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Communiqué Isranet Numéro 143 • vendredi, le 30 juillet 2004 SUITE A L'ANARCHIE RECENTE AU
SEIN DE L'AP, L'anarchie grandissante au sein
de l'Autorité Palestinienne a provoqué dans la presse
arabe un flot croissant d'attaques à l'encontre du président
de l'AP Yasser Arafat, des éditorialistes lui imputant la responsabilité
de l'anarchie et de la corruption au sein de l'AP et l'exhortant à
démissionner. Voici des extraits tirés de plusieurs articles:
Le rédacteur en chef du
quotidien londonien pro-Saddam Al-Quds Al-Arabi: 'Arafat a laissé
la corruption se développer au point de transformer le corps
politique palestinien en un cadavre pestilentiel en pleine décomposition'
Abd Al-Bari 'Atwan , le rédacteur en chef du quotidien londonien
pro-Saddam Al-Quds Al-Arabi, a écrit: «Le président
palestinien Yasser Arafat a perdu une part importante de son prestige
lors de l'attaque contre le Général Ghazi Al-Jabali ,
son chef de la police. Puis Arafat perdit les dernières réminiscences
de [son prestige] lorsqu'il commit une erreur encore plus grossière
en nommant son cousin le Général Moussa Arafat à
la tête de la Sécurité Générale. Le
nouveau commandant n'est pas moins corrompu que son prédécesseur
et est détesté par la majorité du peuple palestinien.
Il est probable que cette décision hâtive de nommer [Moussa
Arafat] conduise à une guerre civile dans la bande de Gaza ou,
au minimum, à une série d'assassinats et d'éliminations
(…) Un chroniqueur du quotidien londonien
Al-Sharq Al-Awsat: Les Arabes doivent dire à Arafat que 'le peuple
palestinien est plus important que vous-même' -------------------------------------------------------------------------------- Au lendemain de la visite
à Paris du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dans le
but de convaincre les sceptiques qu'Ankara est désormais prête
à intégrer l'Europe, le débat sur l'entrée
de la Turquie dans l'Union et sur les frontières de l'Union européenne
mérite d'être poursuivi. Aussi est-il nécessaire
tout d'abord de répondre aux principaux arguments des partisans
de la candidature turque, puis d'expliquer quelles seraient les conséquences
géopolitiques de l'adhésion d'Ankara. Numéro 142 • vendredi, le 23 juillet 2004 LE
MOT « TERRORISTE » Alors que l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), dont est membre le Canada, met l'accent sur la nécessité absolue de modifier le vocabulaire sur Israël parce qu'il a un impact direct sur l'antisémitisme croissant, Annette Paquot, professeur de linguistique à l'Université Laval à Québec, dénonce la machine de guerre lexicale que déploient les médias québécois contre l'État d'Israël. Séverine Biderman Comment expliquez-vous que le mot terroriste ne soit que rarement utilisé dans les médias québécois quand il est question du conflit israélo-palestinien ? Annette Paquot Je n'ai pas fait une étude exhaustive de tous les médias québécois. Mais la réponse se trouve en partie dans le rapport du médiateur de presse Services anglais de CBC – Radio-Canada , appelé ombudsman en Amérique du Nord. Il a pour mandat de recevoir et de répondre aux plaintes des auditeurs et des téléspectateurs. Ainsi dans son rapport 2002-2003, David Bazay devait répondre à la demande d'un téléspectateur qui voulait que la chaîne publique cesse d'employer des termes comme militants ou francs-tireurs et qualifie les Palestiniens engagés dans le conflit de terroristes. Pour réfuter cette demande,
D. Bazay tente de démontrer que l'emploi du mot terroriste est
relatif et que les terroristes des uns sont les combattants de la liberté
des autres. Ainsi, il qualifie le terrorisme « d'action violente
visant délibérément des civils » et conclut
qu'aucune des parties en présence ne respecte cette définition,
chacune employant ce mot « à son escient », en fonction
de ses intérêts. Pour lui, demander que les journalistes
utilisent le mot terroriste « c'est comme si on demandait à
Radio-Canada de choisir son camp et de prendre parti en faveur de la
position du gouvernement israélien en acceptant sa définition
du terrorisme qui dénie toute légitimité à
la résistance palestinienne ». D. Bazay recommande donc
aux journalistes « de n'employer le terme terroriste qu'a posteriori,
lorsqu'ils possèdent toute l'information pertinente disponible
». S. Biderman Quel est le rôle des attentats du 11 septembre dans cette affaire ? A. Paquot Ils ont rapproché de nous le terrorisme et nous ont mieux fait voir et sentir ce qu'il est. Là est, justement, la crainte des adversaires de l'emploi de ce mot à propos du terrorisme palestinien : ils ne veulent pas que nous, ici en Amérique, nous en percevions l'horreur grâce à cette proximité nouvelle. Ainsi, selon Andre Pratte du quotidien francophone, « La Presse », « le mot terroriste, par amalgame avec Ben Laben, mine irrémédiablement la crédibilité de toute cause qui lui est associée ».. S. Biderman Ne peut-on pas remplacer le mot terroriste par d'autres termes équivalents ? A. Paquot Mais je ne vois pas d'autres mots qui seraient aussi justes et précis que celui-ci ! Commando-suicide décrit le sort du commando, mais pas celui de ses victimes. Il n'est donc pas neutre. Homme armé est trop général. Quant à kamikaze, il ne convient pas non plus puisque les soldats japonais qu'on appelait ainsi visaient des cibles militaires tandis que les bombes humaines palestiniennes visent des cibles civiles. Bombe humaine pourrait peut-être convenir, mais il ne dit pas que les victimes sont des civils. Terroriste exprime l'idée de terreur, essentielle à sa définition et a l'avantage de pouvoir s'appliquer à divers types d'attentats et pas seulement à ceux qui supposent la mort de ceux qui les commettent. Quant aux expressions comme extrémiste palestinien, groupe radical, mouvement radical, groupe armé, linguistiquement, elles n'ont pas en elles-mêmes de valeur négative ou positive. En ce sens, elles sont neutres. Mais appliquées à ce dont nous parlons, elles sont mensongères car elles édulcorent la réalité : elles situent les individus ou les groupes en question sur l'échiquier politique et décrivent leurs convictions, certes, mais elles ne disent pas ce qu'ils font. Ce sont des euphémismes. Par ailleurs, les distinctions entre terrorisme et résistance, guérilla, violence révolutionnaire, lutte de libération nationale, reposent toutes sur la notion de légitimité qui n'est pas retenue comme élément constitutif de la définition du mot terrorisme. Enfin, éviter l'emploi du mot terroriste et lui substituer le mot militant ou activiste par exemple, c'est minimiser l'impact des attentats palestiniens sur la population civile. En effet, les actions militantes ne sont généralement pas condamnées en Occident. Les actions terrorisme, en revanche, le sont. Ainsi, les conventions internationales permettent de geler les avoirs des groupes terroristes, mais pas ceux des groupes militants. S. Biderman Comment expliquez-vous ce consensus dans les médias québécois ? A. Paquot La position de Radio-Canada, du journal La Presse ou du quotidien Le Devoir n'a rien d'étonnant. Les politiques langagières sont dictées par les médiateurs de presse, qui se rencontrent régulièrement dans le cadre du Congrès de l'Association internationale des Ombudsmen (Orgazination of News Ombudsmen - ONO), laquelle compte 78 membres qui s'influencent les uns les autres. Peut-être même conviennent-ils d'une ligne de conduite commune ? S. Biderman Vous êtes professeur et donc en contact direct avec des étudiants. Quelle conséquence a sur eux le non-usage dans les médias du mot terroriste ? A. Paquot Pour vérifier cet impact, j'ai eu l'idée de procéder à un petit sondage parmi mes étudiants. Il s'agissait d'un groupe de 63 élèves d'un cours de linguistique française portant sur le vocabulaire. Le questionnaire leur a été administré à la fin du trimestre d'automne 2002. Ainsi, à la question « la destruction des Twin Towers de New York par des individus soupçonnés de faire partie de l'organisation de Ben Laden est-il un acte terroriste ? », 100% des étudiants ont répondu par l'affirmative. À la question « l'explosion d'un avion de la Pam Am au-dessus de Lockerbie, en Écosse, par des individus soupçonnés d'être des agents libyens et qui a coûté la vie à 270 personnes, est-il un acte terroriste », 60 étudiants ont répondu oui, 3 non. À la question « l'assassinat de 21 jeunes Israéliens par un Palestinien qui s'est fait exploser dans la discothèque Dolphinarium de Tel-Aviv est-il un acte terroriste », 43 ont répondu oui, 20 non. À la question « l'assassinat par des Palestiniens du ministre israélien Rehavam Zeevi, est-il un acte terroriste », 32 ont répondu oui, 31 non. Il est important de préciser qu'il ne s'agit pas d'un échantillon représentatif, mais il est néanmoins intéressant. -------------------------------------------------------------------------------- ÉBRANLÉ
PAR DES GENS CULTIVÉS Bzzzt! Je suis de plus en plus ébranlé par des amis de l'étranger quand la conversation tourne au sujet d'"Israël". Une universitaire qui a fréquenté des juifs toute sa vie me confie qu'elle pense que la création de l'état d'Israël était une erreur. Un juif de gauche me prévient "j'ai des vues très radicales à propos d'Israël", sans m'en dire plus. L'éditeur d'un hebdomadaire de New York merveilleusement intelligent par ailleurs ne publie que des articles peu compatissants à l'égard d'Israël. Une femme libérale avoue ne "rien connaître du Moyen Orient", mais cela ne l'empêche pas d'émettre des opinions tranchées contre Israël. À partir de quel moment ce qui est anecdotique devient-il le reflet d'une évidence? De plus en plus de gens corrects de gauche semblent mépriser mon pays ou voir sa disparition comme la nécessaire étape vers un "monde parfait". À la manifestation de San Francisco de l'an dernier contre la guerre d'Irak, un certain nombre d'ahuris ont empêché Michael Lerner du Magazine "Tikkoun" de parler, car il défendait le droit à l'existence d'Israël, et les organisateurs de la "gauche normale" n'ont même pas bronché. Une étude de l'ADL (anti-defamation league) de 2002 montre une brusque montée du sentiment anti-israélien en Europe, confirmé par un sondage récent affirmant que 59% des Européens considéraient Israël comme la plus grande menace pour la paix. La journaliste anglaise Mélanie Philips rapporte que "des manifestants de gauche défilant avec des islamistes fanatiques ont chanté "Hamas! Hamas! tous les juifs au gaz!". Même aux Etast-Unis, l'écrivain féministe Phyllis Chester rapporte avoir été bombardée d'insultes à l'Université Barnard, parce qu'elle a eu le malheur de défendre Israël devant un auditoire de femmes hispaniques et noires. Cette plaie internationale a infecté aussi la gauche sioniste. Ceux qui sont branchés à l'Internet peuvent se rendre compte du dénigrement gratuit d'Israël. Quand un rabbin libéral connu de la côte Est me dit que le Hamas et Ariel Sharon sont au fond identiques – même si Israël accepte un compromis territorial avec les Palestiniens, alors que le Hamas s'en tient à le destruction d'Israël – je désespère de la logique et de la fraternité. L'alliance de la gauche avec les forces d'oppression n'est pas nouvelle, bien sûr. La "gauche d'antan" aimait l'Union Soviétique avec toutes ses perversions et sa cruauté, et ses enfants dans la "nouvelle gauche" ont glorifié l'énorme machine du meurtre de la Chine maoiste (le viol-"génocide" du Tibet a disparu de la mémoire de la gauche). Je ne parle pas d'idéologues durs, mais de gens ordinaires qui allient des sentiments libéraux de gauche avec la haine d'Israël. Les experts ont analysé ce phénomène et ont donné diverses explications: ignorance de l'histoire du conflit israélo-arabe; assimilation d'Israël avec le "colonialisme" américain; le lien entre Ariel Sharon avec Sabra et Shatila, et maintenant, avec l'odieux Bush; le manque de relations publiques d'Israël et la réussite des Palestiniens à se faire passer pour des victimes; une campagne arabe anti-israélienne et antisémite, bien huilée… Tout cela est vrai sans doute, mais ceci n'explique pas pourquoi des gens intelligents à San Francisco sont devenus des partisans de la cause palestinienne, pourquoi le prix Nobel de littérature José Saramago compare la Palestine à Auschwitz et pourquoi le compositeur Mikis Theodorakis appelle les juifs "la racine du mal", et ce sont des gens tout à fait corrects. Je ne prétend pas que ce que fait mon pays est toujours bien. Mais comment se fait-il que des gens ayant un tropisme automatique à l'égard de la démocratie, des droits de l'homme et de la femme, d'une société libre, se lient aussi facilement avec des régimes despotiques et corrompus et avec des gens qui envoient d'autres se faire exploser dans des lieux publics ? Comment se fait-il qu'il importe peu qu'Israël, avec toutes ses erreurs, soit "le seul pays dans cette région stérile…dans lequel n'importe quel féministe, athée, homosexuel ou syndicaliste puisse supporter d'y vivre ", comme dit la journaliste Julie Burchill, en démissionnant du journal "The Guardian", afin de protester contre son étonnant parti-pris contre Israël. Mes amis sont des gens cultivés et tolérants avec lesquels je partage un large éventail d'opinions politiques et le même mode de vie. Cependant ils ne sont pas émus par le fait que l'objectif d'une partie non négligeable des Palestiniens reste la destruction de mon pays. Ils ignorent ou occultent le refus obstiné de compromis des Palestiniens, alors que les électeurs israéliens votent pour un compromis à chaque opportunité… L'ampleur morale des réalisations israéliennes face à une hostilité sans limite de ses voisins n'a apparemment pas de poids pour eux. Je suis donc à la recherche d'autres explications, peut-être que la métaphysique se mélange-t-elle au politique. La renaissance quasi-miraculeuse de la nation juive et de son retour n'insulte-t-elle pas la religion universaliste de la gauche, en suggérant une fois de plus le caractère unique du judaïsme ? Ou bien la ranc¦ur de la gauche n'est-elle qu'une simple expression de leur antagonisme ancestral, comme si cette hostilité a été conçue dès le début par D. lui-même? Mes amis ne sont certainement pas antisémites, mais je me demande s'ils ne sont pas comme ces "canaris dans une mine", inconscients alors qu'ils sombrent sous l'effet de gaz mortels. Et, au delà de la politique et de la métaphysique, comment vais-je m'en sortir personnellement, alors que mes bons amis deviennent aussi mes ennemis? (Traduit par Albert Soued, écrivain. ) Numéro 141 • vendredi, le 16 juillet 2004 AVIS
CONSULTATIF DU JUGE BUERGENTHAL (EXTRAITS) 1. Estimant que la cour aurait dû faire preuve de réserve et refuser de rendre l'avis consultatif demandé, je désapprouve sa décision d'examiner cette cause. Mes votes négatifs concernant les autres points du dispositif ne doivent pas être interprétés comme traduisant ma conception que la construction du mur par Israël sur le territoire palestinien occupé ne pose pas de sérieux problèmes sur le plan du droit international. Je crois qu'elle en pose, et je suis d'accord avec une grande partie de l'Avis rendu. Cependant, je suis obligé de voter contre les résultats de la Cour, en toute objectivité, parce qu'elle n'a pas eu à sa disposition les éléments factuels nécessaires pour parvenir à des conclusions [aussi] radicales ; elle aurait dû refuser d'examiner cette cause [...] De mon point de vue, l'absence, dans le cas présent, des informations et des preuves requises vicie les résultats de la Cour sur le plan de l'objectivité. 2. Je partage la conclusion de la Cour selon laquelle le droit humanitaire international, y compris la Quatrième Convention de Genève, et le droit international en matière de droits de l'homme sont applicables au territoire palestinien occupé, et qu'Israël doit s'y conformer loyalement. Je reconnais que le mur cause une souffrance regrettable à beaucoup de Palestiniens vivant sur ce territoire. À cet égard, je conviens que les moyens employés pour se défendre contre le terrorisme doivent se conformer à toutes les règles applicables du droit international, et qu'un État qui est victime du terrorisme ne peut se défendre contre ce fléau en recourant à des mesures prohibées par le droit international. 3. Il se peut - et je suis disposé
à l'assumer - que, sur base d'une analyse complète de
tous les faits pertinents, l'on parvienne à la conclusion qu'une
partie, ou même tous les segments du mur construit par Israël
sur le territoire palestinien occupé, violent le droit international
(voir le paragraphe 10, ci-après). Mais parvenir à cette
conclusion en ce qui concerne le mur dans son ensemble, sans s'être
assuré, ou avoir tenté de s'assurer auparavant que tous
les faits ayant directement trait aux problèmes du droit d'Israël
à la légitime défense, aux nécessités
militaires et sécuritaires, en raison des attentats meurtriers
répétés perpétrés en Israël
et contre Israël, à partir du territoire palestinien occupé,
et auxquels Israël a été et continue à être
soumis, ne peut se justifier sur la base du droit. La nature de ces
attaques provenant d'au-delà de la Ligne Verte et leur impact
sur Israël et sa population n'ont jamais été sérieusement
examinés par la Cour, et le dossier qui lui a été
remis par les Nations Unies - sur lequel elle fonde largement ses décisions
- effleure à peine ce sujet. Je n'insinue pas qu'un tel examen
exonère Israël de l'accusation selon laquelle le mur qu'il
édifie viole le droit international - que ce soit en partie ou
totalement -, mais seulement qu'à défaut de cet examen,
les décisions rendues ne sont pas légalement bien fondées.
A mon avis, la cause des besoins humanitaires des Palestiniens aurait
été mieux servie si la Cour avait pris en compte ces considérations,
parce que cela aurait donné à son Avis la crédibilité,
dont j'estime qu'il manque. 5. La question de savoir si le droit d'Israël à la légitime défense joue un rôle dans le cas considéré dépend, à mon avis, d'un examen de la nature et de la portée des attaques terroristes meurtrières auxquelles Israël proprement dit est en butte à travers la Ligne Verte, et de la mesure où la construction du mur, en totalité ou de manière partielle, constitue une réponse nécessaire et proportionnée à ces attaques. Sur le plan du droit, il ne me paraît pas inconcevable que quelques segments du mur construits en territoire palestinien correspondent à ce critère, et d'autres pas. Mais pour parvenir à une conclusion dans un sens ou dans un autre, on doit examiner les faits afférents à ce problème et relatifs aux segments spécifiques du mur, à leurs besoins défensifs et aux considérations topographiques qui y sont liées. La Cour ne disposant pas de ces éléments, elle est contrainte d'adopter la conclusion - légalement douteuse, à mon sens - selon laquelle le droit à la légitime - ou intrinsèque - défense n'est pas applicable dans le cas actuel. La Cour présente la chose en ces termes : « L'article 51 de la Charte [...] reconnaît l'existence d'un droit intrinsèque à la légitime défense en cas d'attaque armée d'un État contre un autre État. Toutefois, Israël n'argue pas que les attaques contre lui sont imputables à un État étranger. La Cour note également
qu'Israël exerce son autorité sur le territoire palestinien
occupé et que, comme l'affirme Israël lui-même, la
menace qu'il considère comme justifiant la construction du mur
provient de l'intérieur et non de l'extérieur de ce territoire.
Cette situation est donc différente de celle envisagée
par les résolutions 1368 et 1373 (2001) du Conseil de Sécurité,
aussi Israël ne pourrait-il, en aucun cas, invoquer ces résolutions
à l'appui de sa prétention à exercer un droit de
légitime défense. En conséquence, la Cour conclut
que l'article 51 de la Charte n'a pas de pertinence dans ce cas-ci.
» 6. Cette conclusion pose deux problèmes importants. Le premier est que la Charte des Nations Unies, en affirmant le droit intrinsèque à la légitime défense, ne conditionne pas l'exercice de ce droit à une attaque armée par un autre État - sans parler, pour le moment, de la question de savoir si la Palestine, dans ce cas d'espèce, ne serait pas et n'est pas, en fait, assimilée à un État par la Cour. L'article 51 de la charte prévoit ce qui suit : « Rien, dans la Charte actuelle, ne portera atteinte au droit intrinsèque à la légitime défense, individuelle ou collective, si une attaque armée se produit contre un membre des Nations Unies.... » D'ailleurs, parmi les résolutions citées par la Cour, le Conseil de sécurité a précisé que « le terrorisme international constitue une menace contre la paix et la sécurité internationales, [tout en] réaffirmant le droit intrinsèque à la légitime défense individuelle, tel que reconnu par la Charte des Nations Unies, et réitéré dans la résolution 1368 (2001). » (Conseil de Sécurité : Résolution 1373, de 2001). Dans sa résolution 1368
(2001), adoptée un jour seulement après les attaques du
11 septembre 2001 contre les États-Unis, le Conseil de sécurité
invoque le droit à la légitime défense en appelant
la communauté internationale à combattre le terrorisme.
Or, dans l'une comme dans l'autre de ces résolutions, le Conseil
de Sécurité n'a pas limité l'application [de ce
droit] aux seules attaques terroristes perpétrées par
des États, et ces résolutions ne contiennent aucune supposition
implicite en ce sens. En fait, c'est le contraire qui semble avoir été
le cas. En second lieu, Israël affirme qu'il a le droit de se défendre contre les attaques terroristes provenant de l'autre côté de la Ligne Verte, dont il est l'objet sur son territoire, et que, ce faisant, il exerce son droit intrinsèque à la légitime défense. Dans l'évaluation de la légitimité de cette affirmation, il n'est pas pertinent d'arguer du fait qu'Israël exerce son contrôle sur le territoire palestinien occupé - quel que soit le sens accordé au terme "contrôle", puisque les attaques contre Israël proviennent de ce territoire -, ni du fait que les attaques ne proviennent pas de l'extérieur du [dit] territoire. Car, dans la mesure où la ligne verte est acceptée par la Cour comme délimitant la ligne de division entre Israël et le territoire palestinien occupé, le territoire dont proviennent les attaques ne fait pas partie d'Israël proprement dit. Les attaques contre Israël venant d'au-delà de cette ligne doivent donc permettre à Israël d'exercer son droit de légitime défense, pourvu que les mesures prises par lui soient, en tout état de cause, conformes à l'exercice légitime de ce droit. Pour porter ce jugement, c.-à-d., pour déterminer si la construction du mur, en son entier ou en partie, par Israël, tombe sous le coup [de la condamnation dont elle est l'objet], tous les faits appropriés afférents aux questions de nécessité et de proportionnalité doivent être analysés. L'approche formaliste de la Cour, relative au droit à la légitime défense, lui permet d'éviter de traiter précisément les questions qui sont au coeur de cette problématique. 7. En résumant sa décision selon laquelle le mur viole le droit humanitaire international et la loi internationale en matière de droits de l'homme, la Cour dit ce qui suit : « Pour résumer, la Cour, à partir des éléments en sa possession, n'est pas convaincue que l'itinéraire spécifique choisi par Israël pour le mur était nécessaire pour atteindre ses objectifs de sécurité. Le mur, du fait de l'itinéraire choisi et des mesures qui lui sont associées, viole gravement un certain nombre de droits des Palestiniens résidant dans le territoire occupé par Israël, et les infractions résultant de cet itinéraire ne peuvent pas être justifiées par des exigences militaires ni par les besoins en matière de sécurité nationale ou de maintien de l'ordre public. La construction d'un tel mur est, en conséquence, constitutive d'infractions, dans le chef d'Israël, à plusieurs de ses engagements afférents au dispositions applicables du droit humanitaire international et des droits de l'homme. » (Paragraphe 137). La Cour étaye cette conclusion
par des citations étendues des dispositions légales appropriées
et par les preuves relatives à la souffrance que le mur a causée
le long de quelques segments de son itinéraire. Mais en parvenant
à cette conclusion, la Cour omet de traiter tous les faits ou
preuves [susceptibles de] réfuter spécifiquement les exigences
militaires ou les besoins en matière de sécurité
nationale invoqués par Israël [...] La Cour dit qu'elle
n'est pas convaincue, mais elle omet de démontrer pourquoi elle
n'est pas convaincue, et c'est pour cela que ces conclusions ne convainquent
pas. 10. Un dernier mot maintenant
concernant ma position selon laquelle la Cour aurait dû faire
preuve de discrétion et décliner l'examen de cette cause.
À cet égard, on peut arguer que, s'il a manqué
à la Cour beaucoup de faits appropriés relatifs à
la construction du mur par Israël, c'est parce qu'Israël ne
les a pas présentés, et que la Cour était donc
fondée à s'appuyer presque exclusivement sur les rapports
des Nations Unies qui lui ont été soumis. Cette suggestion
serait valable si, au lieu de répondre à une demande d'avis
consultatif, la Cour avait eu à connaître d'une cause disputée
dans laquelle la charge de la preuve des allégations des deux
parties incombe à chacune d'elles. Mais telle n'est pas la règle
applicable aux procédures d'avis consultatif, qui n'ont pas de
parties prenantes. A partir du moment où la Cour reconnaissait
que le consentement d'Israël à ces débats n'était
pas nécessaire, puisque la cause n'avait pas été
introduite à son encontre et qu'il n'y était pas partie,
Israël n'avait aucune obligation légale de participer à
ces débats, ni d'apporter des preuves à l'appui de son
affirmation concernant la légalité du mur. Même
si j'ai mes conceptions propres sur le bien fondé de la non-présentation,
par Israël, de l'information requise, ce n'est pas à moi
de décider de la question. Reste qu'Israël n'y était
pas obligé. La Cour ne peut donc émettre aucune conclusion
défavorable ayant valeur de preuve, à partir de cette
non-présentation, ni supposer, sans avoir elle-même pleinement
étudié la chose, que les informations et les preuves dont
elle dispose sont suffisantes pour étayer chacune de ses conclusions
légales radicales. (Merci à Menahem Macina (upjf.org) pour la traduction française.) -------------------------------------------------------------------------------- Plaider
la cause d’Israël Il y a eu un moment merveilleux dans l'Histoire lorsque la défense des libertés et le combat pour les droits de l'homme, l'amour pour le judaïsme et la fascination pour Israël se sont rencontrés. Je me souviens encore de l'émotion lors du vote du partage de la Palestine en deux Etats, un Etat juif et un Etat palestinien. Ce plan fut accepté par les Juifs et rejeté par les Arabes. C'était l'époque où le conflit israélo-arabe était perçu de façon claire et tranchée. La sympathie allait vers ces Israéliens, survivants de l'Holocauste qui essayaient de construire un pays démocratique, toujours ouverts aux immigrants et aux réfugiés juifs. Tant de réfugiés s'étaient trouvés face à des pays hermétiquement fermés, lors de la Seconde Guerre Mondiale, alors même qu'ils étaient en danger de mort. C'était un conflit entre la Démocratie et la Tyrannie. Un conflit entre ceux qui avaient accepté le plan des Nations Unies et ceux qui refusaient l'existence de l'Etat d'Israël. La différence entre cette époque et aujourd'hui ne se trouve pas dans les faits, mais dans leur interprétation. C'est l'interprétation qui a changé de manière si dramatique. Ce qui a changé, c'est notre perception du monde. Si une navette spatiale d'une autre planète devait atterrir à l'Assemblée Générale des Nations Unies, ou sur certains campus américains, et si ces passagers extra-terrestres devaient faire un compte-rendu sur l'état de la planète, ils diraient que c'est une planète merveilleuse avec de grands pays adeptes de la Paix. Comme la Syrie, qui siège au Conseil de Sécurité, ou la Libye qui préside la Commission des Droits de l'Homme. Mais il y a un pays - une nation diabolique - qui a été condamné aux Nations Unies plus que tout autre pays et même plus que tous les autres pays réunis. Et si la navette atterrissait à Berkeley [1], elle entendrait Israël et génocide, Israël et apartheid, un florilège de mensonges de toutes sortes. Et c'est pourquoi j'ai écrit à contre-coeur mon livre "Plaider pour Israël" [2]]. Ce n'est pas mon livre favori, personne n'a eu besoin d'écrire 'Plaider pour le Canada', ni 'Plaider pour l'Espagne'. Pourtant, il faut continuer inlassablement d'informer. C'est crucial. Souvent, après mes conférences, les étudiants viennent me trouver pour me dire « Nous ne savions pas ! » Nous ne savions pas qu'Israël avait accepté la solution des deux Etats, mais que ce sont les Arabes qui l'ont refusé. Nous ne savions pas qu'en 1967, Israël avait accepté la résolution 242, dans laquelle les Nations Unies appelaient à la restitution des territoires occupés contre la paix. A la conférence de Khartoum, tous les Etats arabes refusèrent : «Pas de paix, pas de reconnaissance, pas de négociations». Ces étudiants ne savent pas qu'en 2000, Ehoud Barak avec l'appui du Président Clinton, a proposé aux Palestiniens un Etat, constitué de 97% de la Cisjordanie et de la totalité de Gaza, le contrôle de Jérusalem-Est, le contrôle du Mont du Temple, un retour symbolique pour quelques milliers de réfugiés. Au lieu d'accepter ces propositions, ou tout au moins de revenir à la table des négociations, Arafat a déclenché la seconde Intifada. Ah, nous ne savions pas ! Il est vrai que 15 à 20% des étudiants restent insensibles à toute argumentation. Impossible de discuter avec eux. C'est comme mettre une pièce dans un distributeur de boissons automatique et ne recevoir, en retour, ni la boisson ni la pièce. Durant l'une de ces conférences, un étudiant m'a demandé de lui pardonner. Il disait connaître les faits et entendre les mensonges, mais ne prendre jamais fait et cause pour Israël. Sinon, il serait perçu comme un sioniste, un pro-Israéliens, et les filles ne sortiraient plus avec lui. C'est aussi simple que cela. Ce n'est pas cool d'être sioniste. Il faudrait lancer des initiatives dans les campus du genre: «Sortez ce soir avec un sioniste !» C'est pour cela que j'ai décidé de remettre le sionisme au goût du jour, de le rendre à nouveau super, et de démontrer qu'il était possible de soutenir Israël même d'un point de vue progressif et libéral. Je soutiens Israël non pas malgré le fait que je sois un militant des droits de l'homme mais parce que je suis un militant de ces droits. Je soutiens Israël parce que je défends les droits des femmes et les féministes, alors que l'Autorité palestinienne ne les défend pas. Je soutiens Israël parce que je défends les droits des homosexuels, alors que l'Autorité Palestinienne ne les défend pas. Je soutiens Israël parce que c'est le seul pays du Moyen-Orient où un Arabe peut porter plainte contre son propre pays devant la Cour Suprême. La Cour Suprême d'Israël est l'une des meilleures au monde. Elle applique la loi chaque jour face à d'inévitables abus, en temps de guerre. Je soutiens Israël parce que c'est une démocratie. On entend souvent des arguments du type : «La démocratie, c'est seulement pour les pays riches. C'est seulement pour les vieilles nations. C'est un luxe. C'est bon pour les Etats-Unis, c'est bon pour l'Europe». La démocratie israélienne réduit à néant tous ces arguments. Israël est une démocratie depuis le premier jour de son existence, malgré les guerres, malgré le terrorisme. Et je suis pro-Palestiniens. La seule différence entre moi et d'autre pro-Palestiniens, c'est qu'eux sont anti-Israéliens. Assez d'insultes et de rhétorique extrémistes, où le vocabulaire se limite aux mots 'nazisme' et 'apartheid'. Moi, je veux avoir une vraie discussion. Et ce n'est possible que si l'on cesse de diaboliser et de délégitimer Israël. Je demande à ceux qui soutiennent le féminisme, les droits des minorités, la démocratie, de venir soutenir Israël et la Palestine. De soutenir un état palestinien démocratique. Prenez position pour ou contre la barrière. Ne soyez pas toujours d'accord. Les Israéliens ne sont pas toujours d'accord non plus. Il se joue, aujourd'hui, une bataille pour gagner les esprits et les cœurs des jeunes étudiants, de toute une nouvelle génération qui ne sait pas et qui est prête à se rallier à la position dominante. C'est pourquoi chacun d'entre nous qui veut faire entendre une autre voix, doit écrire des 'cartes blanches' dans les journaux, écrire aux rédacteurs de journaux, appeler les radios et les télévisions. Réagir à toute tentative de propager des idées erronées, pour défendre la cause d'Israël… (Alan Dershowitz est Professeur de Droit à Harvard. Traduction française par L'Ambassade d'Israël en Belgique et au Luxembourg. Numéro 140 • vendredi, le 9 juillet 2004 La
Barrière de sécurité Arrêt de la CIJ La Cour internationale de justice (CIJ), sur demande de l'Assemblée générale des Nations Unies – a donné un le 9 juillet un avis consultatif sur les conséquences juridiques de l'édification de la barrière de sécurité. Politisation du Droit international L’avis juridique de la CIJ n’est pas contraignant, mais il a un retentissement politique. Tout en reconnaissant le rôle important de la CIJ, Israël regrette la façon dont cette instance est exploitée pour des manœuvres politiques. Israël, à l'instar de nombreux Etats démocratiques, ne considère pas la CIJ comme un lieu approprié pour traiter de ce sujet. Elle le fait de façon partielle, sans tenir compte du protocole agréé par les deux parties, la Feuille de route, qui traite, elle, dans sa globalité et sa complexité, du conflit israélo-palestinien et demande en premier lieu de faire cesser le terrorisme. S’il y a besoin d'une barrière, c’est qu’il y a un problème de terrorisme. Les autorités palestiniennes n’échapperont pas à leurs obligations clairement énoncées dans la Feuille de route, plan de paix promu par le Quartet international, en cherchant dans les instances internationales des façons de les contourner. Violations palestiniennes En outre, l’Autorité palestinienne a violé systématiquement tous les accords qu’elle a signés et a de surcroît encouragé et financé le terrorisme. La construction de la barrière entre la Cisjordanie et Israël est devenue la dernière extrémité pour protéger une population visée délibérément par les terroristes, après l’échec de toutes les autres solutions. La barrière est une réponse au terrorisme. Barrière : les réalités derrière le mythe La barrière est une mesure défensive, le devoir d’un État de protéger ses citoyens, et un moyen efficace et non-violent de sauver des vies de part et d'autre et de ramener le calme. Les Conventions de Genève sur le droit de la guerre ne disent pas autre chose : les personnes protégées, c’est à dire les civils, ont droit à une protection particulière. Or parmi les 1000 victimes du terrorisme palestinien, 75 pour cent sont des civils. Au Nord de la Samarie, depuis que la clôture est devenue opérationnelle mi 2003, elle a réduit le nombre d'attentats-suicide de plus de 90 pour cent, et par conséquent le nombre de victimes – tant israéliennes que palestiniennes – de 82 pour cent. L’efficacité de la barrière en terme de vies sauvées a largement fait ses preuves. Arrêt de la Cour Suprême d’Israël (30 juin 2004) Les décisions du Gouvernement israélien ainsi que le récent arrêt de la Cour Suprême d’Israël montrent, s’il en était besoin, qu’Israël n’a pas besoin d’avis pour mettre en œuvre les principes de justice et d’équilibre entre sécurité de la population israélienne et bien-être de la population palestinienne. Entre ne pas mourir et vivre correctement. Israël se préoccupe vivement, et depuis le début, de l’impact humanitaire sur les habitants palestiniens, consultant la population locale pour le tracé, indemnisant, replantant des arbres, rétablissant le réseau d’eau etc. les cas échéants. Et bien sûr laissant la possibilité à chacun de faire appel près la Cour Suprême de toute décision. La Cour Suprême israélienne, dans son arrêt du 30 juin 2004, précise qu’elle ne remet aucunement en cause le principe de la clôture de sécurité, mais se limite à son rôle, non politique, qui consiste à préserver les droits des uns et des autres, même quand sont dans la même balance le droit de ne pas être lésé et le droit de vivre. Ce moyen ne fait pas partie du champ politique, et ne détermine aucun changement ni sur le statut de la terre et de ses habitants, ni sur les accords définitifs devant intervenir ente les Israéliens et les Palestiniens. Israël est un Etat de droit et ses plus hauts représentants, du Premier ministre au Ministre de la Défense, se sont engagés à respecter les décisions de la Haute Cour israélienne. La paix et la sécurité ne se feront pas à New York ou à la Haye, mais au Proche-Orient où les dirigeants israéliens et palestiniens peuvent et doivent prendre des décisions courageuses, dialoguer et appliquer les accords déjà signés. -------------------------------------------------------------------------------- Comment
vivre après un attentat? Le 29 janvier 2004, rue Gaza à
Jérusalem, un bus explose. Cet attentat suicide fait 11 morts.
Parmi les blessés, la romancière israélienne. Témoignage L'été israélien a déjà imposé à la ville sa lumière brûlante mais pour moi, c'est encore le milieu de l'hiver. Si quelqu'un me demande quel jour nous sommes aujourd'hui, je réponds distraitement, le 29 janvier, et ce n'est qu'en voyant son visage perplexe que je me souviens, c'est vrai, deux mois ont passé. Comme elle est juste, cette façon de parler, après une expérience difficile, de temps arrêté, un temps qui reste figé à mes côtés, aussi étonné que moi du changement de saison, refusant de s'habituer, d'accepter que la vie continue, alors que le matin du 29 janvier de cette année j'ai pris mon fils de 8 ans par la main, nous sommes sortis et avons marché côte à côte le long des rues familières en papotant joyeusement tout le chemin, devant le portail de l'école, je l'ai embrassé sur le front, au revoir, je viens te chercher à midi. Je lui ai aussi promis que nous irions manger une pizza, mais lorsque nous nous sommes retrouvés quelques heures plus tard, moi, j'étais clouée à un lit étroit aux urgences de l'hôpital, incapable de me mettre debout, le visage et les bras couverts de sang tandis que, tout près de moi, il sanglotait: tu m'avais promis de m'emmener manger une pizza. Ce ne sera pas la seule promesse que j'aurai du mal à tenir au cours des prochains mois et je ne parle pas de celles clairement formulées mais des promesses tacites, les toutes premières, que nous faisons à nos enfants - nous serons toujours là pour vous, toujours forts, nous allons veiller sur nous-mêmes pour pouvoir toujours nous occuper de vous et vous protéger contre tous les dangers. Mais moi, je ne peux pas emmener mon fils manger une pizza parce que, après lui avoir dit au revoir devant le portail de l'école, j'ai fait demi-tour pour rentrer. A la maison m'attendait la version quasi terminée de mon nouveau livre. Je marchais, sans conscience aucune du genou qui, dans quelques minutes, serait mis en charpie, et jouissais, sans conscience aucune, d'une forme physique qui, dans quelques minutes, me serait enlevée. Je me souviens être restée un instant devant le carrefour à hésiter sur le chemin à prendre, totalement consciente en revanche de la gravité de la décision, vu que ces dernières années - depuis le début de l'Intifada qui a allumé le brasier dans lequel se consument nos rêves de paix comme se consumera dans quelques minutes le cadavre à côté de moi - il n'y a pas de décision anodine à Jérusalem,pourtant il faut décider, alors malgré le manque de renseignements suffisants je choisis de prendre la rue Gaza, qui, bien qu'artère principale, dégage quelque chose de bienveillant, c'est là qu'il y a la pharmacie, l'épicerie et le coiffeur, voilà qu'un bus me dépasse, il mord le trottoir et me frôle l'épaule, je recule affolée, pourvu qu'il n'explose pas, tant mieux, il n'explose pas et descend déjà la rue Gaza au moment où je traverse, un chien inconnu sur les talons, je me retourne pour m'assurer que le petit animal a lui aussi atteint le trottoir sans heurt, en face de moi, je vois un autre bus s'approcher, il est bondé, gravit la côte en haletant, me dépasse et explose. Tout à coup, j'ai entendu un grand boum, c'est ce que disent systématiquement les témoins choqués que l'on interviewe tout de suite après un attentat, je marchais et j'ai entendu un grand boum, je parlais au téléphone et j'ai entendu un grand boum, je me demande s'il y a des mots plus explicites que ceux-là, voilà que ça m'est arrivé à moi aussi, tout à coup j'ai entendu un grand boum, mais plus que d'entendre l'explosion je l'ai ressentie dans mon corps, un souffle d'une extrême violence, comme si un immense pied s'était tendu du haut du ciel pour me donner un coup, me soulever dans les airs telle une poupée de chiffon et me projeter sur le trottoir, car c'est ainsi que je me suis trouvée quand j'ai rouvert les yeux, couchée sur le trottoir, à ma droite il y avait une femme de stature imposante allongée sur le ventre, on aurait pu croire qu'elle s'était endormie, elle avait une jambe coupée au-dessus du genou, une petite flamme, comme celle d'une bougie, lui léchait le corps, à ma gauche, j'ai vu le bout de jambe manquant en train de se consumer lui aussi, et moi, au milieu, cernée d'éclats de verre, de morceaux de métal, de sacs couverts de sang, l'enfer sur terre dans cette rue Gaza, entre l'épicerie et la pharmacie. Il y a eu un attentat, je me communique l'information, moi qui vis dans cette crainte depuis si longtemps, eh bien voilà que ça y est, c'est arrivé, quelle chance que ça se soit passé maintenant et pas un quart d'heure plus tôt, quand j'ai traversé là avec mon fils, quelle chance que je sois toute seule. Un étrange calme me gagne, celui qui caractérise les soldats sur le champ de bataille lorsque le cerveau refuse d'appréhender ce genre d'images, une distance émotionnelle qui ne me ressemble pas, parce que moi, chaque fois que je vois ces horreurs à la télé, j'éclate en sanglots, mais maintenant non, mes yeux restent secs,même après m'être aperçue que j'avais du sang sur les mains, même après avoir vu d'autres cadavres autour de moi, non, moi je me dis qu'il faut que je rentre à la maison, j'habite tellement près et les flammes se rapprochent de moi, mais quand j'essaie de me relever, je me rends compte que je ne peux pas. Que ressent une personne dont le cauchemar s'est réalisé? Car depuis des années, moi, c'est bien de cela que j'ai peur, depuis des années j'essaie de protéger mes enfants, je leur fais toujours prendre des petites rues, je nous interdis, à eux comme à moi, les autobus, les cafés, les centres commerciaux, j'essaie de réfléchir à chacun de nos déplacements, ce qui, d'ailleurs, ne m'a jamais procuré le sentiment d'être en sécurité, oh que non, jamais je n'ai cru que ça n'arrivait qu'aux autres, et voilà que ça m'est arrivé, le cauchemar est devenu réalité. Eh bien, une telle personne se sent à la fois intelligente et idiote, malchanceuse et chanceuse, intelligente parce qu'elle n'est pas étonnée et idiote parce qu'elle n'a pas réussi à échapper au danger, malchanceuse d'avoir été blessée et chanceuse d'être encore en vie,mais surtout elle est totalement perdue, rongée par l'angoisse, et elle ressassera les mêmes questions encore et encore, pourquoi justement elle, pourquoi à cet endroit, est-ce le hasard ou au contraire une main qui l'aurait guidée, toutes sortes de réflexions oubliées sur Dieu et la foi se réveilleront, sur les choix et le libre arbitre aussi, voire sur le destin de son peuple et de son pays, sur le lourd tribut à payer pour vivre ici, mais au-delà de ces profondes interrogations ce qui la taraudera au cours des nuits où la douleur la saisira corps et âme, ce sera la plus insignifiante de toutes les questions, pourquoi, à ce foutu carrefour, n'a-t-elle pas choisi de prendre un autre chemin ? De tels événements changent-ils un être humain,sa personnalité,sa philosophie, ses idées politiques? Je suis plutôt du genre à croire aux longs processus et pas aux événements chocs qui, eux, ne changent pas grand-chose en nous, ne font que nous pousser dans nos retranchements, hé oui, une personne dont le cauchemar s'est réalisé en sortira simplement un peu plus angoissée encore et, malheureusement, ne se métamorphosera pas soudain en bouddha impassible. Il en est de même pour la politique: comme la réalité nous sert à prouver que nous avons raison, eh bien, une victime d'attentat qui pense à droite se servira de sa propre expérience pour démontrer que nous n'avons pas de partenaire pour la paix et que le terrorisme palestinien continuera éternellement, tandis que celle qui pense à gauche y trouvera précisément la confirmation que l'on ne peut plus continuer comme ça, que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour arriver à un accord. Et moi, moi qui ai toujours résisté à ces définitions réductrices de droite ou de gauche, moi que la politique israélienne a toujours rebutée et qui, à chaque interview donnée à l'étranger, là où mes livres paraissent, ai toujours mis en avant mon entêtement à ignorer la violence de la réalité extérieure, à continuer d'écrire des romans qui tournent autour de la réalité intérieure, qui examinent l'âme humaine, universelle, qui parlent de la guerre des sexes et non de la guerre des peuples, des limites affectives et non des limites géographiques, voilà que - et j'ai encore du mal à y croire -, tout en restant fidèle à ma volonté de ne m'occuper que de l'individuel, je me retrouve avec le conflit israélo-palestinien qui vient de percuter ma vie,ou plus exactement mon genou, alors que j'allais tranquillement retrouver le livre que j'étais en train de terminer et dans lequel le mot de terrorisme n'apparaît pas même une seule fois. Pourtant, je m'obstine à voir dans ce drame, qui a coûté la vie à 11 personnes et blessé des dizaines d'autres, une espèce d'accident mystérieux, comme si je marchais dans la rue et que la foudre m'était soudain tombée dessus, car cette image est plus supportable, je la comprends beaucoup mieux que celle qui me montre un être humain, un jeune policier de Bethléem, sortir un matin de chez lui avec la ferme intention de tuer le maximum de civils innocents uniquement parce qu'ils sont israéliens. Je n'éprouve pas de haine à son égard, ni à l'égard de ceux qui l'ont précédé ou de ceux qui le suivront, pas d'envie de vengeance non plus, juste une profonde tristesse. «On n'a aucun besoin d'avoir connu les camps d'extermination pour connaître l'angoisse de vivre», dit Jorge Semprun dans «l'Ecriture ou la Vie», un livre qu'une journaliste allemande m'a apporté à l'hôpital. Nul besoin d'avoir connu un attentat pour pleurer notre destin dans ce pays, et pourtant, depuis le 29 janvier, je ressens avec plus d'acuité encore la tragédie qui déchire cette partie du monde, l'impuissance de ceux, Israéliens ou Palestiniens, qui veulent vivre ici en paix, qui prient pour que l'on trouve enfin une solution à ce conflit mais qui, pour l'instant, n'arrivent même pas à tenir les promesses les plus simples qu'ils ont faites à leurs enfants. (Zeruya Shalev vit à
Jérusalem où elle est éditrice et romancière.) Numéro 139 • vendredi, le 2 juillet 2004 Le
débat intérieur en Iran: Comment répondre à
la pression exercée par l’Occident contre son programme
nucléaire Introduction
La stratégie des
réformateurs: les efforts diplomatiques
D’autres menaces contre l’Occident ont été rendues publiques et comprennent:
Font également partie de
cette tendance à l’intimidation, les voix conservatrices
qui appellent régulièrement l’Iran à reconsidérer
sa signature du TNP et de ne pas en ratifier le protocole additionnel.
14 La signature de ce Protocole Additionnel est perçue par ces
cercles comme une humiliation infligée à l’Iran
par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. (Ayelet Savyon est Directrice
du projet iranien de MEMRI ) 1 Voir le récit
dans les journaux iraniens: Sharq (Iran), Aftab-e Yazd (Iran), Jomhour-e
Eslami (Iran), 10 juin 2004.
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