Communiqué Isranet
juillet 2004
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 143 • vendredi, le 30 juillet 2004

SUITE A L'ANARCHIE RECENTE AU SEIN DE L'AP,
LA PRESSE ARABE INVECTIVE ARAFAT

MEMRI, Dépêches spéciales - No. 751, Juillet 23, 2004

L'anarchie grandissante au sein de l'Autorité Palestinienne a provoqué dans la presse arabe un flot croissant d'attaques à l'encontre du président de l'AP Yasser Arafat, des éditorialistes lui imputant la responsabilité de l'anarchie et de la corruption au sein de l'AP et l'exhortant à démissionner. Voici des extraits tirés de plusieurs articles:

Le rédacteur en chef du quotidien koweïtien Al-Siyassa: Arafat, comme Saddam, a conduit son peuple au terrorisme, à la destruction et à la mort
Ahmad Jarallah, le rédacteur en chef du quotidien koweïtien Al-Siyassa, a écrit dans un éditorial: «Finalement, les Palestiniens commencent aujourd'hui à saisir les rênes entre leurs propres mains. Ils ont commencé à agir directement contre les hommes d'Arafat, les tsars de la corruption (…) Arafat lui-même doit partir, en tant que chef de l'AP corrompue et comme personnalité dont la survie politique est vaine, particulièrement lorsque le bras armé du Fatah, qu'il dirige, l'accuse d'être responsable de cette tragédie (…)

Arafat a détruit les fondements de la vie du peuple palestinien, et l'a entraîné vers le terrorisme, la destruction et la mort gratuite sous l'empire du désespoir. Il a mis la terre en lambeaux, comme Saddam avait mis la patrie irakienne en lambeaux et avait humilié son peuple. Cette homme a atteint le stade de l'ineptie politique qui s'illustre par sa volonté de s'accrocher au pouvoir et espérer de la longévité.

Le chef de la corruption est Arafat lui-même et les premiers à en être conscients sont les dirigeants arabes (…) Ouvrir la voie vers la paix ou vers la feuille de route sera impossible tant que cet homme, qui malmène l'existence de son peuple pour survivre, restera [au pouvoir]". 1

Le rédacteur en chef du quotidien gouvernemental égyptien Al-Akhbar: 'Arafat a offert un magnifique cadeau à Sharon'

Galal Dawidar, rédacteur en chef du quotidien gouvernemental égyptien Al-Akhbar et un proche du président égyptien Hosni Moubarak, a écrit dans ses colonnes: « Quelle joie pour l'agression israélienne! Quelle joie pour Sharon le chef meurtrier et son gang sanguinaire! Ils ont mérité ce merveilleux cadeau de la part du président Arafat, qui le leur donna avec arrogance et obstination pour endiguer le flot de demandes de réformes au sein de l'AP (…)

Nous réitérons notre requête auprès du président Arafat qui, malgré tout ce qui vient de se passer, a encore le pouvoir de reprendre le contrôle de la situation. Il est responsable et doit se plier au désir du peuple palestinien et de la communauté internationale et doit agir rapidement en vue de réhabiliter le foyer palestinien pour affronter les dangers et les complots qui pèsent sur les espoirs et les droits légitimes [du peuple palestinien]". 2

Le rédacteur en chef du quotidien londonien pro-Saddam Al-Quds Al-Arabi: 'Arafat a laissé la corruption se développer au point de transformer le corps politique palestinien en un cadavre pestilentiel en pleine décomposition' Abd Al-Bari 'Atwan , le rédacteur en chef du quotidien londonien pro-Saddam Al-Quds Al-Arabi, a écrit: «Le président palestinien Yasser Arafat a perdu une part importante de son prestige lors de l'attaque contre le Général Ghazi Al-Jabali , son chef de la police. Puis Arafat perdit les dernières réminiscences de [son prestige] lorsqu'il commit une erreur encore plus grossière en nommant son cousin le Général Moussa Arafat à la tête de la Sécurité Générale. Le nouveau commandant n'est pas moins corrompu que son prédécesseur et est détesté par la majorité du peuple palestinien. Il est probable que cette décision hâtive de nommer [Moussa Arafat] conduise à une guerre civile dans la bande de Gaza ou, au minimum, à une série d'assassinats et d'éliminations (…)

Toutes les institutions de l'AP sont corrompues et illégitimes. La corruption est une maladie contagieuse et le président Arafat a laissé cette maladie se propager au point de transformer le corps politique palestinien en un cadavre pestilentiel et en pleine décomposition (…)

Au nom de la majorité silencieuse, nous demandons que le président Arafat cesse de soutenir les corrompus, prononce leur révocation et fasse appel aux forces de la jeunesse qui ont les [mains] propres au sein du peuple palestinien. C'est la seule façon de sortir de l'anarchie et du déclin (…)» 3

Un éditorialiste du quotidien gouvernemental jordanien Al-Ra'i: 'Arafat s'accroche à son siège au détriment du soutien international au peuple palestinien'

L'éditorialiste Dr Fahd Al-Fanek a écrit dans le quotidien gouvernemental égyptien Al-Ra'i: «Arafat fait l'objet d'un ostracisme sur le plan international, mais s'accroche à son siège au détriment du soutien international au peuple palestinien et à sa cause. Il est ainsi devenu un lourd fardeau (…) Il est nécessaire à présent de sacrifier un état palestinien pour préserver la Mouqataa [le quartier général d'Arafat] à Ramallah.

A présent que la situation est aussi mauvaise que possible, M. Arafat réalise-t-il qu'il a fait son temps et doit se retirer de lui-même, sinon les choses aboutiront à leur fin naturelle par d'autres moyens?» 4

Un ancien rédacteur en chef du quotidien londonien de langue arabe Al-Hayat exhorte Arafat à démissionner

Jihad Al-Khazen , un ancien rédacteur en chef du quotidien londonien de langue arabe Al-Hayat, qui a appelé Arafat à démissionner à plusieurs reprises, a une nouvelle fois réitéré son appel: «Selon la feuille de route, à laquelle Arafat a déjà donné son accord, les services de sécurité [palestiniens] étaient censés unifier plus de 12 organes de sécurité pour les ramener au nombre de trois. Pourtant, il résista, se contentant d'annoncer des actions limitées lorsqu'il était déjà trop tard. Le peuple de Gaza, qui a exigé le retrait du chef de la police Ghazi Al Jabali en raison de sa corruption, manifesta également contre la nomination de Moussa Arafat, le cousin du chef palestinien, à la tête de la sécurité nationale. Ils ont exigé la révocation d'un personnage officiel à cause de sa corruption, et ont seulement vu Arafat leur présenter quelqu'un d'encore plus corrompu (…)

En mai, j'ai appelé dans ces colonnes Arafat à démissionner. La semaine dernière, l'envoyé spécial de l'ONU au Moyen-Orient Terje Roed-Larsen, un grand défenseur des palestiniens, a critiqué l'action d'Arafat. Si telle est l'opinion d'un [ami], Arafat doit alors réexaminer les opinions des autres et se demander de nouveau qui doit être tenu responsable [de cela]». 5

Un chroniqueur du quotidien londonien Al-Sharq Al-Awsat: Les Arabes doivent dire à Arafat que 'le peuple palestinien est plus important que vous-même'
L'éditorialiste Dr Mamoun Fendi a écrit dans le quotidien londonien de langue arabe Al-Sharq Al-Awsat: «Arafat ne se soucie de rien d'autre que de sa propre 'liberté de mouvement'. Il n'attache aucune importance aux propos de [l'envoyé spécial des Nations Unies au Moyen-orient Terje Roed] Larsen au Conseil de Sécurité [de l'ONU] concernant la transition du retrait de Gaza par Sharon au début d'un retrait total [des territoires palestiniens] et la libération d'1,5 million de palestiniens du joug de l'occupation et de l'humiliation. La liberté personnelle d'Arafat compte plus que la liberté des Palestiniens. Lors de toutes les négociations conduites par Arafat, il semblait agir selon la devise (…) 'Si je ne fais pas partie de la solution, je saborde la partie'.

Tous les Arabes, et en premier lieu leurs dirigeants, doivent dire à cet homme, 'Cette question est plus grande que vous ne l'êtes', et le peuple palestinien est plus important qu'Abou Ammar [Arafat]. Les actes d'Abou Ammar ne répondent pas à une stratégie de libération mais à des manœuvres de survie et [pour autant que cela le concerne] le peuple palestinien, et la région, peuvent aller au diable.

Une question demeure: [doit] on maintenir enfermée toute la région avec [Arafat] dans sa prison à Ramallah? Ou doit-on d'abord libérer les Palestiniens, et laisser Arafat pour la fin? Selon moi, libérer les habitants de Gaza et les sortir de la prison de Sharon est la priorité avant de libérer Arafat de sa prison ». 6

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1 Al-Siyassa (Koweït),20 juillet 2004.

2 Al-Akhbar (Egypte), 21 juillet 2004. Galal Dawidar a également écrit un article critique à l'égard d' Arafat dans Al-Akhbar le 19 juillet 2004.

3 Al-Quds Al-Arabi (Londres), 19 juillet 2004.

4 Al-Ra'i (Jordanie), 20 juillet 2004.

5 Al-Hayat (Londres, en Anglais), 20 juillet 2004.

6 Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 19 juillet 2004.

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LES RAISONS DE REFUSER LA CANDIDATURE D'ANKARA
Alexandre del Valle
Le Figaro, 26 juillet 2004

Au lendemain de la visite à Paris du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dans le but de convaincre les sceptiques qu'Ankara est désormais prête à intégrer l'Europe, le débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Union et sur les frontières de l'Union européenne mérite d'être poursuivi. Aussi est-il nécessaire tout d'abord de répondre aux principaux arguments des partisans de la candidature turque, puis d'expliquer quelles seraient les conséquences géopolitiques de l'adhésion d'Ankara.

Dire que la Turquie est historiquement européenne est aussi vrai que de dire que la France, en tant qu'ex-puissance coloniale, est africaine. La Turquie n'est pas plus européenne par sa géographie (excepté Istanbul et la Thrace) que par ses moeurs ou sa conscience civilisationnelle. Les Turcs se définissent comme un peuple asiatique dont l'Age d'Or est l'apogée de l'Empire ottoman, et si une faible minorité kémaliste ou issue des quartiers privilégiés d'Istanbul se sent européenne, les habitants des favelas d'Istanbul et des campagnes de l'Anatolie se reconnaissent plus dans le voisin irakien que dans les Européens du Nord ou même dans les Grecs chrétiens. La récente nomination d'un citoyen turc à la tête de l'Organisation de la conférence islamique (OCI, prosaoudienne), puis les propos irrédentistes inquiétants d'Erdogan accusant la Grèce de «persécuter les Turcs musulmans» de Thrace (1), ou encore la politique panturque d'Ankara en Asie centrale et dans le Caucase, montrent bien que la Turquie demeure ce pays «dreaming west and moving east».

Invoquer l'«irréversibilité» de la candidature turque sous prétexte qu'Ankara a signé un accord d'association en 1963, est membre de l'Otan et du Conseil de l'Europe, ou au titre d'une «promesse», ne tient pas. L'Otan et le Conseil de l'Europe ne sont pas des sas d'entrée dans l'Union. En réponse à la demande officielle d'adhésion d'Ankara (1987), qui fut rejetée, le Parlement européen avait voté une résolution – occultée aujourd'hui – exigeant en vain comme préalable la reconnaissance du génocide arménien, l'amélioration du sort des minorités, puis le retrait de Chypre. C'est donc Ankara qui n'a pas rempli ses obligations, et non l'inverse. Loin d'être un dû, le processus d'intégration de la Turquie peut être interrompu à tout moment sur décision d'un Conseil européen, d'un rapport négatif de Bruxelles ou par le veto d'un Etat membre.

- Dire qu'il «faut» intégrer la Turquie afin de démontrer que l'Europe n'est pas un «club chrétien» et ne «rejette» pas un candidat islamique est absurde : demande-t-on à la Ligue arabe d'intégrer Israël ou l'Inde pour prouver qu'elle n'est pas un «club musulman» ? Ce mauvais procès renverse les rôles, car c'est à la Turquie de prouver qu'elle n'est pas un «club musulman» : il y a plus de Turcs de confession musulmane à Paris que de chrétiens dans toute la Turquie (100 000), pays musulman à 99%.

- Dire que la Turquie demeure une «exception laïque» et un allié naturel contre l'islamisme, grâce à l'héritage d'Atatürk, est faux : la Turquie nouvelle autorise et réclame tout ce que rejetait Kémal : le voile, les partis islamiques, les confréries, les cours de religion obligatoires. Ses lois contre le blasphème condamneraient Atatürk lui-même ! Le kémalisme a connu un coup d'arrêt dès les années 50-60, avec les gouvernements Menderes et Demirel, et il est politiquement mort sous Turgut Ozal, ce grand artisan de la réislamisation qui abolit l'article 163 interdisant les partis islamistes. Comment peut-on soutenir qu'un pays dont 70% des femmes sont voilées, dont l'Etat entretient 90 000 imams et des milliers de mosquées, mentionne les religions sur les cartes d'identité, interdit la haute fonction publique et militaire aux non-musulmans, et qui est dirigé par un parti (l'AKP) issu d'un courant islamiste victorieux aux élections depuis le début des années 90, est encore un pays laïque ?

- On nous explique que les islamistes turcs au pouvoir sont des «modérés» et des pro-occidentaux qui maintiendront les liens avec l'Otan et Israël. C'est oublier les propos du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, justifiant la polygamie devant un auditoire du SPD allemand, expliquant que «la démocratie n'est pas un but mais un moyen»(2). Les alliés américains savent eux aussi depuis la guerre d'Irak que la Turquie réislamisée ne coopérera plus jamais comme avant. D'autant qu'Erdogan a reproché à George Bush, lors du sommet de l'Otan de juin, sa politique «prokurde» en Irak (3), Ankara revendiquant une partie de ce pays au nom la même «politique des minorités» qu'elle invoque à Chypre ou en Thrace...

– L'intégration de la Turquie permettrait à celle-ci de «poursuivre sa démocratisation», nous dit-on. L'Union européenne est certes un espace de paix et de démocratie, mais elle est située du point de vue civilisationnel, donc naturellement «réservée» aux peuples de culture judéo-chrétienne marqués par la pensée gréco-latine et situés en Europe, ce qui fait déjà beaucoup de monde à démocratiser avant la Turquie, l'Ukraine, la Biélorussie et la Russie étant infiniment plus européennes. Toute entité géopolitique doit avoir des limites claires, faute de quoi nous avons affaire à un phénomène néo-impérial ayant vocation à s'étendre à l'infini.

– Nos dirigeants ont-ils seulement conscience que la Turquie dans l'Europe deviendra l'Etat prépondérant de l'Union : dès 2020, Ankara disposera de 100 députés turcs majoritairement islamistes au Parlement européen (contre 72 pour la France et 98 pour l'Allemagne) ; sera la première puissance militaire et démographique de l'Union (bientôt 100 millions d'habitants et 850 000 soldats) ?

L'entrée de la Turquie dans l'Union ouvrira la boîte de Pandore de l'élargissement. Pourquoi refuser ensuite les 200 millions de turcophones du Caucase et d'Asie centrale ou les Etats du Maghreb ? L'UE héritera de tous les contentieux géopolitiques (eau, frontières, minorités, etc.) que la Turquie entretient avec ses voisins. Sans oublier les trafics de drogue, d'armes et d'immigrés clandestins dont elle est une des plaques tournantes majeures. L'Union aura comme voisins directs l'Iran des mollahs et la Syrie, parraines du Hezbollah ; l'Irak du djihad anti-occidental d'al-Qaida ; l'Azerbaïdjan et la Géorgie, points de passage des islamo-terroristes du djihad tchétchène...

Malgré cela, les partisans de la candidature turque affirment que son intégration à l'UE nous permettra de conjurer le choc des civilisations et de combattre la menace islamiste !

L'Europe serait une chance pour la démocratie turque, nous dit-on. Elle sera surtout une chance pour les islamistes turcs, jusque-là condamnés à édulcorer leur programme et à subir l'alliance avec l'Amérique et Israël tant que les militaires contrôlent le pays. Ne serait-ce que pour préserver l'exception kémaliste tant invoquée par les turco-euphoriques, les dirigeants européens devront réfléchir à deux fois avant de déclencher un processus qu'ils ne maîtriseront plus.

(1) Agence Anadolou, 17 juin 2004. (2) Gérard Croc dans la «Revue des Deux mondes», avril 2003. (3) AFP, ju
in 2004.

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Numéro 142 • vendredi, le 23 juillet 2004

LE MOT « TERRORISTE »
QUASIMENT BANNI DE LA PRESSE QUÉBÉCOISE

Severine Biderman
Proche-Orient.info, 20 juillet 2004

Alors que l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), dont est membre le Canada, met l'accent sur la nécessité absolue de modifier le vocabulaire sur Israël parce qu'il a un impact direct sur l'antisémitisme croissant, Annette Paquot, professeur de linguistique à l'Université Laval à Québec, dénonce la machine de guerre lexicale que déploient les médias québécois contre l'État d'Israël.

Séverine Biderman Comment expliquez-vous que le mot terroriste ne soit que rarement utilisé dans les médias québécois quand il est question du conflit israélo-palestinien ?

Annette Paquot Je n'ai pas fait une étude exhaustive de tous les médias québécois. Mais la réponse se trouve en partie dans le rapport du médiateur de presse Services anglais de CBC – Radio-Canada , appelé ombudsman en Amérique du Nord. Il a pour mandat de recevoir et de répondre aux plaintes des auditeurs et des téléspectateurs. Ainsi dans son rapport 2002-2003, David Bazay devait répondre à la demande d'un téléspectateur qui voulait que la chaîne publique cesse d'employer des termes comme militants ou francs-tireurs et qualifie les Palestiniens engagés dans le conflit de terroristes.

Pour réfuter cette demande, D. Bazay tente de démontrer que l'emploi du mot terroriste est relatif et que les terroristes des uns sont les combattants de la liberté des autres. Ainsi, il qualifie le terrorisme « d'action violente visant délibérément des civils » et conclut qu'aucune des parties en présence ne respecte cette définition, chacune employant ce mot « à son escient », en fonction de ses intérêts. Pour lui, demander que les journalistes utilisent le mot terroriste « c'est comme si on demandait à Radio-Canada de choisir son camp et de prendre parti en faveur de la position du gouvernement israélien en acceptant sa définition du terrorisme qui dénie toute légitimité à la résistance palestinienne ». D. Bazay recommande donc aux journalistes « de n'employer le terme terroriste qu'a posteriori, lorsqu'ils possèdent toute l'information pertinente disponible ».
Le problème, avec un tel raisonnement manié au nom de la neutralité, s'apparente bel et bien à un parti-pris. À une prise de position en faveur des Palestiniens. Arafat lui-même a plaidé en ce sens devant l'Assemblée générale des Nations unies : « Il est impossible d'appeler terroriste celui qui soutient une cause juste... » Épouser son point de vue, ce n'est pas être neutre !

S. Biderman Quel est le rôle des attentats du 11 septembre dans cette affaire ?

A. Paquot Ils ont rapproché de nous le terrorisme et nous ont mieux fait voir et sentir ce qu'il est. Là est, justement, la crainte des adversaires de l'emploi de ce mot à propos du terrorisme palestinien : ils ne veulent pas que nous, ici en Amérique, nous en percevions l'horreur grâce à cette proximité nouvelle. Ainsi, selon Andre Pratte du quotidien francophone, « La Presse », « le mot terroriste, par amalgame avec Ben Laben, mine irrémédiablement la crédibilité de toute cause qui lui est associée »..

S. Biderman Ne peut-on pas remplacer le mot terroriste par d'autres termes équivalents ?

A. Paquot Mais je ne vois pas d'autres mots qui seraient aussi justes et précis que celui-ci ! Commando-suicide décrit le sort du commando, mais pas celui de ses victimes. Il n'est donc pas neutre. Homme armé est trop général. Quant à kamikaze, il ne convient pas non plus puisque les soldats japonais qu'on appelait ainsi visaient des cibles militaires tandis que les bombes humaines palestiniennes visent des cibles civiles. Bombe humaine pourrait peut-être convenir, mais il ne dit pas que les victimes sont des civils. Terroriste exprime l'idée de terreur, essentielle à sa définition et a l'avantage de pouvoir s'appliquer à divers types d'attentats et pas seulement à ceux qui supposent la mort de ceux qui les commettent.

Quant aux expressions comme extrémiste palestinien, groupe radical, mouvement radical, groupe armé, linguistiquement, elles n'ont pas en elles-mêmes de valeur négative ou positive. En ce sens, elles sont neutres. Mais appliquées à ce dont nous parlons, elles sont mensongères car elles édulcorent la réalité : elles situent les individus ou les groupes en question sur l'échiquier politique et décrivent leurs convictions, certes, mais elles ne disent pas ce qu'ils font. Ce sont des euphémismes. Par ailleurs, les distinctions entre terrorisme et résistance, guérilla, violence révolutionnaire, lutte de libération nationale, reposent toutes sur la notion de légitimité qui n'est pas retenue comme élément constitutif de la définition du mot terrorisme.

Enfin, éviter l'emploi du mot terroriste et lui substituer le mot militant ou activiste par exemple, c'est minimiser l'impact des attentats palestiniens sur la population civile. En effet, les actions militantes ne sont généralement pas condamnées en Occident. Les actions terrorisme, en revanche, le sont. Ainsi, les conventions internationales permettent de geler les avoirs des groupes terroristes, mais pas ceux des groupes militants.

S. Biderman Comment expliquez-vous ce consensus dans les médias québécois ?

A. Paquot La position de Radio-Canada, du journal La Presse ou du quotidien Le Devoir n'a rien d'étonnant. Les politiques langagières sont dictées par les médiateurs de presse, qui se rencontrent régulièrement dans le cadre du Congrès de l'Association internationale des Ombudsmen (Orgazination of News Ombudsmen - ONO), laquelle compte 78 membres qui s'influencent les uns les autres. Peut-être même conviennent-ils d'une ligne de conduite commune ?

S. Biderman Vous êtes professeur et donc en contact direct avec des étudiants. Quelle conséquence a sur eux le non-usage dans les médias du mot terroriste ?

A. Paquot Pour vérifier cet impact, j'ai eu l'idée de procéder à un petit sondage parmi mes étudiants. Il s'agissait d'un groupe de 63 élèves d'un cours de linguistique française portant sur le vocabulaire. Le questionnaire leur a été administré à la fin du trimestre d'automne 2002. Ainsi, à la question « la destruction des Twin Towers de New York par des individus soupçonnés de faire partie de l'organisation de Ben Laden est-il un acte terroriste ? », 100% des étudiants ont répondu par l'affirmative. À la question « l'explosion d'un avion de la Pam Am au-dessus de Lockerbie, en Écosse, par des individus soupçonnés d'être des agents libyens et qui a coûté la vie à 270 personnes, est-il un acte terroriste », 60 étudiants ont répondu oui, 3 non. À la question « l'assassinat de 21 jeunes Israéliens par un Palestinien qui s'est fait exploser dans la discothèque Dolphinarium de Tel-Aviv est-il un acte terroriste », 43 ont répondu oui, 20 non. À la question « l'assassinat par des Palestiniens du ministre israélien Rehavam Zeevi, est-il un acte terroriste », 32 ont répondu oui, 31 non. Il est important de préciser qu'il ne s'agit pas d'un échantillon représentatif, mais il est néanmoins intéressant.

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ÉBRANLÉ PAR DES GENS CULTIVÉS
David Margolis
Jerusalem Post, 14 juin 2004

Bzzzt! Je suis de plus en plus ébranlé par des amis de l'étranger quand la conversation tourne au sujet d'"Israël".

Une universitaire qui a fréquenté des juifs toute sa vie me confie qu'elle pense que la création de l'état d'Israël était une erreur. Un juif de gauche me prévient "j'ai des vues très radicales à propos d'Israël", sans m'en dire plus. L'éditeur d'un hebdomadaire de New York merveilleusement intelligent par ailleurs ne publie que des articles peu compatissants à l'égard d'Israël. Une femme libérale avoue ne "rien connaître du Moyen Orient", mais cela ne l'empêche pas d'émettre des opinions tranchées contre Israël.

À partir de quel moment ce qui est anecdotique devient-il le reflet d'une évidence? De plus en plus de gens corrects de gauche semblent mépriser mon pays ou voir sa disparition comme la nécessaire étape vers un "monde parfait".

À la manifestation de San Francisco de l'an dernier contre la guerre d'Irak, un certain nombre d'ahuris ont empêché Michael Lerner du Magazine "Tikkoun" de parler, car il défendait le droit à l'existence d'Israël, et les organisateurs de la "gauche normale" n'ont même pas bronché.

Une étude de l'ADL (anti-defamation league) de 2002 montre une brusque montée du sentiment anti-israélien en Europe, confirmé par un sondage récent affirmant que 59% des Européens considéraient Israël comme la plus grande menace pour la paix. La journaliste anglaise Mélanie Philips rapporte que "des manifestants de gauche défilant avec des islamistes fanatiques ont chanté "Hamas! Hamas! tous les juifs au gaz!". Même aux Etast-Unis, l'écrivain féministe Phyllis Chester rapporte avoir été bombardée d'insultes à l'Université Barnard, parce qu'elle a eu le malheur de défendre Israël devant un auditoire de femmes hispaniques et noires.

Cette plaie internationale a infecté aussi la gauche sioniste. Ceux qui sont branchés à l'Internet peuvent se rendre compte du dénigrement gratuit d'Israël. Quand un rabbin libéral connu de la côte Est me dit que le Hamas et Ariel Sharon sont au fond identiques – même si Israël accepte un compromis territorial avec les Palestiniens, alors que le Hamas s'en tient à le destruction d'Israël – je désespère de la logique et de la fraternité.

L'alliance de la gauche avec les forces d'oppression n'est pas nouvelle, bien sûr. La "gauche d'antan" aimait l'Union Soviétique avec toutes ses perversions et sa cruauté, et ses enfants dans la "nouvelle gauche" ont glorifié l'énorme machine du meurtre de la Chine maoiste (le viol-"génocide" du Tibet a disparu de la mémoire de la gauche). Je ne parle pas d'idéologues durs, mais de gens ordinaires qui allient des sentiments libéraux de gauche avec la haine d'Israël.

Les experts ont analysé ce phénomène et ont donné diverses explications: ignorance de l'histoire du conflit israélo-arabe; assimilation d'Israël avec le "colonialisme" américain; le lien entre Ariel Sharon avec Sabra et Shatila, et maintenant, avec l'odieux Bush; le manque de relations publiques d'Israël et la réussite des Palestiniens à se faire passer pour des victimes; une campagne arabe anti-israélienne et antisémite, bien huilée…

Tout cela est vrai sans doute, mais ceci n'explique pas pourquoi des gens intelligents à San Francisco sont devenus des partisans de la cause palestinienne, pourquoi le prix Nobel de littérature José Saramago compare la Palestine à Auschwitz et pourquoi le compositeur Mikis Theodorakis appelle les juifs "la racine du mal", et ce sont des gens tout à fait corrects.

Je ne prétend pas que ce que fait mon pays est toujours bien. Mais comment se fait-il que des gens ayant un tropisme automatique à l'égard de la démocratie, des droits de l'homme et de la femme, d'une société libre, se lient aussi facilement avec des régimes despotiques et corrompus et avec des gens qui envoient d'autres se faire exploser dans des lieux publics ? Comment se fait-il qu'il importe peu qu'Israël, avec toutes ses erreurs, soit "le seul pays dans cette région stérile…dans lequel n'importe quel féministe, athée, homosexuel ou syndicaliste puisse supporter d'y vivre ", comme dit la journaliste Julie Burchill, en démissionnant du journal "The Guardian", afin de protester contre son étonnant parti-pris contre Israël.

Mes amis sont des gens cultivés et tolérants avec lesquels je partage un large éventail d'opinions politiques et le même mode de vie. Cependant ils ne sont pas émus par le fait que l'objectif d'une partie non négligeable des Palestiniens reste la destruction de mon pays. Ils ignorent ou occultent le refus obstiné de compromis des Palestiniens, alors que les électeurs israéliens votent pour un compromis à chaque opportunité… L'ampleur morale des réalisations israéliennes face à une hostilité sans limite de ses voisins n'a apparemment pas de poids pour eux.

Je suis donc à la recherche d'autres explications, peut-être que la métaphysique se mélange-t-elle au politique. La renaissance quasi-miraculeuse de la nation juive et de son retour n'insulte-t-elle pas la religion universaliste de la gauche, en suggérant une fois de plus le caractère unique du judaïsme ? Ou bien la ranc¦ur de la gauche n'est-elle qu'une simple expression de leur antagonisme ancestral, comme si cette hostilité a été conçue dès le début par D. lui-même? Mes amis ne sont certainement pas antisémites, mais je me demande s'ils ne sont pas comme ces "canaris dans une mine", inconscients alors qu'ils sombrent sous l'effet de gaz mortels. Et, au delà de la politique et de la métaphysique, comment vais-je m'en sortir personnellement, alors que mes bons amis deviennent aussi mes ennemis?

(Traduit par Albert Soued, écrivain. )

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Numéro 141 • vendredi, le 16 juillet 2004

AVIS CONSULTATIF DU JUGE BUERGENTHAL (EXTRAITS)
Cour Internationale de Justice, 9 juillet 2004

1. Estimant que la cour aurait dû faire preuve de réserve et refuser de rendre l'avis consultatif demandé, je désapprouve sa décision d'examiner cette cause. Mes votes négatifs concernant les autres points du dispositif ne doivent pas être interprétés comme traduisant ma conception que la construction du mur par Israël sur le territoire palestinien occupé ne pose pas de sérieux problèmes sur le plan du droit international. Je crois qu'elle en pose, et je suis d'accord avec une grande partie de l'Avis rendu. Cependant, je suis obligé de voter contre les résultats de la Cour, en toute objectivité, parce qu'elle n'a pas eu à sa disposition les éléments factuels nécessaires pour parvenir à des conclusions [aussi] radicales ; elle aurait dû refuser d'examiner cette cause [...] De mon point de vue, l'absence, dans le cas présent, des informations et des preuves requises vicie les résultats de la Cour sur le plan de l'objectivité.

2. Je partage la conclusion de la Cour selon laquelle le droit humanitaire international, y compris la Quatrième Convention de Genève, et le droit international en matière de droits de l'homme sont applicables au territoire palestinien occupé, et qu'Israël doit s'y conformer loyalement. Je reconnais que le mur cause une souffrance regrettable à beaucoup de Palestiniens vivant sur ce territoire. À cet égard, je conviens que les moyens employés pour se défendre contre le terrorisme doivent se conformer à toutes les règles applicables du droit international, et qu'un État qui est victime du terrorisme ne peut se défendre contre ce fléau en recourant à des mesures prohibées par le droit international.

3. Il se peut - et je suis disposé à l'assumer - que, sur base d'une analyse complète de tous les faits pertinents, l'on parvienne à la conclusion qu'une partie, ou même tous les segments du mur construit par Israël sur le territoire palestinien occupé, violent le droit international (voir le paragraphe 10, ci-après). Mais parvenir à cette conclusion en ce qui concerne le mur dans son ensemble, sans s'être assuré, ou avoir tenté de s'assurer auparavant que tous les faits ayant directement trait aux problèmes du droit d'Israël à la légitime défense, aux nécessités militaires et sécuritaires, en raison des attentats meurtriers répétés perpétrés en Israël et contre Israël, à partir du territoire palestinien occupé, et auxquels Israël a été et continue à être soumis, ne peut se justifier sur la base du droit. La nature de ces attaques provenant d'au-delà de la Ligne Verte et leur impact sur Israël et sa population n'ont jamais été sérieusement examinés par la Cour, et le dossier qui lui a été remis par les Nations Unies - sur lequel elle fonde largement ses décisions - effleure à peine ce sujet. Je n'insinue pas qu'un tel examen exonère Israël de l'accusation selon laquelle le mur qu'il édifie viole le droit international - que ce soit en partie ou totalement -, mais seulement qu'à défaut de cet examen, les décisions rendues ne sont pas légalement bien fondées. A mon avis, la cause des besoins humanitaires des Palestiniens aurait été mieux servie si la Cour avait pris en compte ces considérations, parce que cela aurait donné à son Avis la crédibilité, dont j'estime qu'il manque.
[...]

5. La question de savoir si le droit d'Israël à la légitime défense joue un rôle dans le cas considéré dépend, à mon avis, d'un examen de la nature et de la portée des attaques terroristes meurtrières auxquelles Israël proprement dit est en butte à travers la Ligne Verte, et de la mesure où la construction du mur, en totalité ou de manière partielle, constitue une réponse nécessaire et proportionnée à ces attaques. Sur le plan du droit, il ne me paraît pas inconcevable que quelques segments du mur construits en territoire palestinien correspondent à ce critère, et d'autres pas. Mais pour parvenir à une conclusion dans un sens ou dans un autre, on doit examiner les faits afférents à ce problème et relatifs aux segments spécifiques du mur, à leurs besoins défensifs et aux considérations topographiques qui y sont liées.

La Cour ne disposant pas de ces éléments, elle est contrainte d'adopter la conclusion - légalement douteuse, à mon sens - selon laquelle le droit à la légitime - ou intrinsèque - défense n'est pas applicable dans le cas actuel. La Cour présente la chose en ces termes :

« L'article 51 de la Charte [...] reconnaît l'existence d'un droit intrinsèque à la légitime défense en cas d'attaque armée d'un État contre un autre État. Toutefois, Israël n'argue pas que les attaques contre lui sont imputables à un État étranger.

La Cour note également qu'Israël exerce son autorité sur le territoire palestinien occupé et que, comme l'affirme Israël lui-même, la menace qu'il considère comme justifiant la construction du mur provient de l'intérieur et non de l'extérieur de ce territoire. Cette situation est donc différente de celle envisagée par les résolutions 1368 et 1373 (2001) du Conseil de Sécurité, aussi Israël ne pourrait-il, en aucun cas, invoquer ces résolutions à l'appui de sa prétention à exercer un droit de légitime défense. En conséquence, la Cour conclut que l'article 51 de la Charte n'a pas de pertinence dans ce cas-ci. »
(Paragraphe 139).

6. Cette conclusion pose deux problèmes importants. Le premier est que la Charte des Nations Unies, en affirmant le droit intrinsèque à la légitime défense, ne conditionne pas l'exercice de ce droit à une attaque armée par un autre État - sans parler, pour le moment, de la question de savoir si la Palestine, dans ce cas d'espèce, ne serait pas et n'est pas, en fait, assimilée à un État par la Cour. L'article 51 de la charte prévoit ce qui suit :

« Rien, dans la Charte actuelle, ne portera atteinte au droit intrinsèque à la légitime défense, individuelle ou collective, si une attaque armée se produit contre un membre des Nations Unies.... »

D'ailleurs, parmi les résolutions citées par la Cour, le Conseil de sécurité a précisé que

« le terrorisme international constitue une menace contre la paix et la sécurité internationales, [tout en] réaffirmant le droit intrinsèque à la légitime défense individuelle, tel que reconnu par la Charte des Nations Unies, et réitéré dans la résolution 1368 (2001). » (Conseil de Sécurité : Résolution 1373, de 2001).

Dans sa résolution 1368 (2001), adoptée un jour seulement après les attaques du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, le Conseil de sécurité invoque le droit à la légitime défense en appelant la communauté internationale à combattre le terrorisme. Or, dans l'une comme dans l'autre de ces résolutions, le Conseil de Sécurité n'a pas limité l'application [de ce droit] aux seules attaques terroristes perpétrées par des États, et ces résolutions ne contiennent aucune supposition implicite en ce sens. En fait, c'est le contraire qui semble avoir été le cas.
[...]

En second lieu, Israël affirme qu'il a le droit de se défendre contre les attaques terroristes provenant de l'autre côté de la Ligne Verte, dont il est l'objet sur son territoire, et que, ce faisant, il exerce son droit intrinsèque à la légitime défense. Dans l'évaluation de la légitimité de cette affirmation, il n'est pas pertinent d'arguer du fait qu'Israël exerce son contrôle sur le territoire palestinien occupé - quel que soit le sens accordé au terme "contrôle", puisque les attaques contre Israël proviennent de ce territoire -, ni du fait que les attaques ne proviennent pas de l'extérieur du [dit] territoire. Car, dans la mesure où la ligne verte est acceptée par la Cour comme délimitant la ligne de division entre Israël et le territoire palestinien occupé, le territoire dont proviennent les attaques ne fait pas partie d'Israël proprement dit. Les attaques contre Israël venant d'au-delà de cette ligne doivent donc permettre à Israël d'exercer son droit de légitime défense, pourvu que les mesures prises par lui soient, en tout état de cause, conformes à l'exercice légitime de ce droit. Pour porter ce jugement, c.-à-d., pour déterminer si la construction du mur, en son entier ou en partie, par Israël, tombe sous le coup [de la condamnation dont elle est l'objet], tous les faits appropriés afférents aux questions de nécessité et de proportionnalité doivent être analysés. L'approche formaliste de la Cour, relative au droit à la légitime défense, lui permet d'éviter de traiter précisément les questions qui sont au coeur de cette problématique.

7. En résumant sa décision selon laquelle le mur viole le droit humanitaire international et la loi internationale en matière de droits de l'homme, la Cour dit ce qui suit :

« Pour résumer, la Cour, à partir des éléments en sa possession, n'est pas convaincue que l'itinéraire spécifique choisi par Israël pour le mur était nécessaire pour atteindre ses objectifs de sécurité. Le mur, du fait de l'itinéraire choisi et des mesures qui lui sont associées, viole gravement un certain nombre de droits des Palestiniens résidant dans le territoire occupé par Israël, et les infractions résultant de cet itinéraire ne peuvent pas être justifiées par des exigences militaires ni par les besoins en matière de sécurité nationale ou de maintien de l'ordre public. La construction d'un tel mur est, en conséquence, constitutive d'infractions, dans le chef d'Israël, à plusieurs de ses engagements afférents au dispositions applicables du droit humanitaire international et des droits de l'homme. » (Paragraphe 137).

La Cour étaye cette conclusion par des citations étendues des dispositions légales appropriées et par les preuves relatives à la souffrance que le mur a causée le long de quelques segments de son itinéraire. Mais en parvenant à cette conclusion, la Cour omet de traiter tous les faits ou preuves [susceptibles de] réfuter spécifiquement les exigences militaires ou les besoins en matière de sécurité nationale invoqués par Israël [...] La Cour dit qu'elle n'est pas convaincue, mais elle omet de démontrer pourquoi elle n'est pas convaincue, et c'est pour cela que ces conclusions ne convainquent pas.
[...]

10. Un dernier mot maintenant concernant ma position selon laquelle la Cour aurait dû faire preuve de discrétion et décliner l'examen de cette cause. À cet égard, on peut arguer que, s'il a manqué à la Cour beaucoup de faits appropriés relatifs à la construction du mur par Israël, c'est parce qu'Israël ne les a pas présentés, et que la Cour était donc fondée à s'appuyer presque exclusivement sur les rapports des Nations Unies qui lui ont été soumis. Cette suggestion serait valable si, au lieu de répondre à une demande d'avis consultatif, la Cour avait eu à connaître d'une cause disputée dans laquelle la charge de la preuve des allégations des deux parties incombe à chacune d'elles. Mais telle n'est pas la règle applicable aux procédures d'avis consultatif, qui n'ont pas de parties prenantes. A partir du moment où la Cour reconnaissait que le consentement d'Israël à ces débats n'était pas nécessaire, puisque la cause n'avait pas été introduite à son encontre et qu'il n'y était pas partie, Israël n'avait aucune obligation légale de participer à ces débats, ni d'apporter des preuves à l'appui de son affirmation concernant la légalité du mur. Même si j'ai mes conceptions propres sur le bien fondé de la non-présentation, par Israël, de l'information requise, ce n'est pas à moi de décider de la question. Reste qu'Israël n'y était pas obligé. La Cour ne peut donc émettre aucune conclusion défavorable ayant valeur de preuve, à partir de cette non-présentation, ni supposer, sans avoir elle-même pleinement étudié la chose, que les informations et les preuves dont elle dispose sont suffisantes pour étayer chacune de ses conclusions légales radicales.
[...]

(Merci à Menahem Macina (upjf.org) pour la traduction française.)

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Plaider la cause d’Israël
Alan Dershowitz
Extraits d'une conférence faite à Berkeley le 29 avril 2004

Il y a eu un moment merveilleux dans l'Histoire lorsque la défense des libertés et le combat pour les droits de l'homme, l'amour pour le judaïsme et la fascination pour Israël se sont rencontrés.

Je me souviens encore de l'émotion lors du vote du partage de la Palestine en deux Etats, un Etat juif et un Etat palestinien. Ce plan fut accepté par les Juifs et rejeté par les Arabes.

C'était l'époque où le conflit israélo-arabe était perçu de façon claire et tranchée.

La sympathie allait vers ces Israéliens, survivants de l'Holocauste qui essayaient de construire un pays démocratique, toujours ouverts aux immigrants et aux réfugiés juifs. Tant de réfugiés s'étaient trouvés face à des pays hermétiquement fermés, lors de la Seconde Guerre Mondiale, alors même qu'ils étaient en danger de mort.

C'était un conflit entre la Démocratie et la Tyrannie. Un conflit entre ceux qui avaient accepté le plan des Nations Unies et ceux qui refusaient l'existence de l'Etat d'Israël.

La différence entre cette époque et aujourd'hui ne se trouve pas dans les faits, mais dans leur interprétation. C'est l'interprétation qui a changé de manière si dramatique.

Ce qui a changé, c'est notre perception du monde.

Si une navette spatiale d'une autre planète devait atterrir à l'Assemblée Générale des Nations Unies, ou sur certains campus américains, et si ces passagers extra-terrestres devaient faire un compte-rendu sur l'état de la planète, ils diraient que c'est une planète merveilleuse avec de grands pays adeptes de la Paix. Comme la Syrie, qui siège au Conseil de Sécurité, ou la Libye qui préside la Commission des Droits de l'Homme. Mais il y a un pays - une nation diabolique - qui a été condamné aux Nations Unies plus que tout autre pays et même plus que tous les autres pays réunis.

Et si la navette atterrissait à Berkeley [1], elle entendrait Israël et génocide, Israël et apartheid, un florilège de mensonges de toutes sortes.

Et c'est pourquoi j'ai écrit à contre-coeur mon livre "Plaider pour Israël" [2]]. Ce n'est pas mon livre favori, personne n'a eu besoin d'écrire 'Plaider pour le Canada', ni 'Plaider pour l'Espagne'.

Pourtant, il faut continuer inlassablement d'informer. C'est crucial. Souvent, après mes conférences, les étudiants viennent me trouver pour me dire « Nous ne savions pas ! »

Nous ne savions pas qu'Israël avait accepté la solution des deux Etats, mais que ce sont les Arabes qui l'ont refusé.

Nous ne savions pas qu'en 1967, Israël avait accepté la résolution 242, dans laquelle les Nations Unies appelaient à la restitution des territoires occupés contre la paix.

A la conférence de Khartoum, tous les Etats arabes refusèrent : «Pas de paix, pas de reconnaissance, pas de négociations».

Ces étudiants ne savent pas qu'en 2000, Ehoud Barak avec l'appui du Président Clinton, a proposé aux Palestiniens un Etat, constitué de 97% de la Cisjordanie et de la totalité de Gaza, le contrôle de Jérusalem-Est, le contrôle du Mont du Temple, un retour symbolique pour quelques milliers de réfugiés.

Au lieu d'accepter ces propositions, ou tout au moins de revenir à la table des négociations, Arafat a déclenché la seconde Intifada.

Ah, nous ne savions pas !

Il est vrai que 15 à 20% des étudiants restent insensibles à toute argumentation. Impossible de discuter avec eux. C'est comme mettre une pièce dans un distributeur de boissons automatique et ne recevoir, en retour, ni la boisson ni la pièce.

Durant l'une de ces conférences, un étudiant m'a demandé de lui pardonner. Il disait connaître les faits et entendre les mensonges, mais ne prendre jamais fait et cause pour Israël. Sinon, il serait perçu comme un sioniste, un pro-Israéliens, et les filles ne sortiraient plus avec lui.

C'est aussi simple que cela. Ce n'est pas cool d'être sioniste. Il faudrait lancer des initiatives dans les campus du genre: «Sortez ce soir avec un sioniste !»

C'est pour cela que j'ai décidé de remettre le sionisme au goût du jour, de le rendre à nouveau super, et de démontrer qu'il était possible de soutenir Israël même d'un point de vue progressif et libéral.

Je soutiens Israël non pas malgré le fait que je sois un militant des droits de l'homme mais parce que je suis un militant de ces droits.

Je soutiens Israël parce que je défends les droits des femmes et les féministes, alors que l'Autorité palestinienne ne les défend pas.

Je soutiens Israël parce que je défends les droits des homosexuels, alors que l'Autorité Palestinienne ne les défend pas.

Je soutiens Israël parce que c'est le seul pays du Moyen-Orient où un Arabe peut porter plainte contre son propre pays devant la Cour Suprême. La Cour Suprême d'Israël est l'une des meilleures au monde. Elle applique la loi chaque jour face à d'inévitables abus, en temps de guerre.

Je soutiens Israël parce que c'est une démocratie. On entend souvent des arguments du type : «La démocratie, c'est seulement pour les pays riches. C'est seulement pour les vieilles nations. C'est un luxe. C'est bon pour les Etats-Unis, c'est bon pour l'Europe». La démocratie israélienne réduit à néant tous ces arguments.

Israël est une démocratie depuis le premier jour de son existence, malgré les guerres, malgré le terrorisme.

Et je suis pro-Palestiniens. La seule différence entre moi et d'autre pro-Palestiniens, c'est qu'eux sont anti-Israéliens. Assez d'insultes et de rhétorique extrémistes, où le vocabulaire se limite aux mots 'nazisme' et 'apartheid'. Moi, je veux avoir une vraie discussion. Et ce n'est possible que si l'on cesse de diaboliser et de délégitimer Israël.

Je demande à ceux qui soutiennent le féminisme, les droits des minorités, la démocratie, de venir soutenir Israël et la Palestine. De soutenir un état palestinien démocratique.

Prenez position pour ou contre la barrière. Ne soyez pas toujours d'accord. Les Israéliens ne sont pas toujours d'accord non plus.

Il se joue, aujourd'hui, une bataille pour gagner les esprits et les cœurs des jeunes étudiants, de toute une nouvelle génération qui ne sait pas et qui est prête à se rallier à la position dominante. C'est pourquoi chacun d'entre nous qui veut faire entendre une autre voix, doit écrire des 'cartes blanches' dans les journaux, écrire aux rédacteurs de journaux, appeler les radios et les télévisions. Réagir à toute tentative de propager des idées erronées, pour défendre la cause d'Israël…

(Alan Dershowitz est Professeur de Droit à Harvard. Traduction française par L'Ambassade d'Israël en Belgique et au Luxembourg.

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Numéro 140 • vendredi, le 9 juillet 2004

La Barrière de sécurité
Communiqué de l'Ambassade d'Israël en France
9 juillet 2004

Arrêt de la CIJ

La Cour internationale de justice (CIJ), sur demande de l'Assemblée générale des Nations Unies – a donné un le 9 juillet un avis consultatif sur les conséquences juridiques de l'édification de la barrière de sécurité.

Politisation du Droit international

L’avis juridique de la CIJ n’est pas contraignant, mais il a un retentissement politique.

Tout en reconnaissant le rôle important de la CIJ, Israël regrette la façon dont cette instance est exploitée pour des manœuvres politiques.

Israël, à l'instar de nombreux Etats démocratiques, ne considère pas la CIJ comme un lieu approprié pour traiter de ce sujet. Elle le fait de façon partielle, sans tenir compte du protocole agréé par les deux parties, la Feuille de route, qui traite, elle, dans sa globalité et sa complexité, du conflit israélo-palestinien et demande en premier lieu de faire cesser le terrorisme.

S’il y a besoin d'une barrière, c’est qu’il y a un problème de terrorisme.

Les autorités palestiniennes n’échapperont pas à leurs obligations clairement énoncées dans la Feuille de route, plan de paix promu par le Quartet international, en cherchant dans les instances internationales des façons de les contourner.

Violations palestiniennes

En outre, l’Autorité palestinienne a violé systématiquement tous les accords qu’elle a signés et a de surcroît encouragé et financé le terrorisme. La construction de la barrière entre la Cisjordanie et Israël est devenue la dernière extrémité pour protéger une population visée délibérément par les terroristes, après l’échec de toutes les autres solutions. La barrière est une réponse au terrorisme.

Barrière : les réalités derrière le mythe

La barrière est une mesure défensive, le devoir d’un État de protéger ses citoyens, et un moyen efficace et non-violent de sauver des vies de part et d'autre et de ramener le calme.

Les Conventions de Genève sur le droit de la guerre ne disent pas autre chose : les personnes protégées, c’est à dire les civils, ont droit à une protection particulière.

Or parmi les 1000 victimes du terrorisme palestinien, 75 pour cent sont des civils.

Au Nord de la Samarie, depuis que la clôture est devenue opérationnelle mi 2003, elle a réduit le nombre d'attentats-suicide de plus de 90 pour cent, et par conséquent le nombre de victimes – tant israéliennes que palestiniennes – de 82 pour cent.

L’efficacité de la barrière en terme de vies sauvées a largement fait ses preuves.

Arrêt de la Cour Suprême d’Israël (30 juin 2004)

Les décisions du Gouvernement israélien ainsi que le récent arrêt de la Cour Suprême d’Israël montrent, s’il en était besoin, qu’Israël n’a pas besoin d’avis pour mettre en œuvre les principes de justice et d’équilibre entre sécurité de la population israélienne et bien-être de la population palestinienne. Entre ne pas mourir et vivre correctement.

Israël se préoccupe vivement, et depuis le début, de l’impact humanitaire sur les habitants palestiniens, consultant la population locale pour le tracé, indemnisant, replantant des arbres, rétablissant le réseau d’eau etc. les cas échéants. Et bien sûr laissant la possibilité à chacun de faire appel près la Cour Suprême de toute décision.

La Cour Suprême israélienne, dans son arrêt du 30 juin 2004, précise qu’elle ne remet aucunement en cause le principe de la clôture de sécurité, mais se limite à son rôle, non politique, qui consiste à préserver les droits des uns et des autres, même quand sont dans la même balance le droit de ne pas être lésé et le droit de vivre.

Ce moyen ne fait pas partie du champ politique, et ne détermine aucun changement ni sur le statut de la terre et de ses habitants, ni sur les accords définitifs devant intervenir ente les Israéliens et les Palestiniens.

Israël est un Etat de droit et ses plus hauts représentants, du Premier ministre au Ministre de la Défense, se sont engagés à respecter les décisions de la Haute Cour israélienne.

La paix et la sécurité ne se feront pas à New York ou à la Haye, mais au Proche-Orient où les dirigeants israéliens et palestiniens peuvent et doivent prendre des décisions courageuses, dialoguer et appliquer les accords déjà signés.

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Comment vivre après un attentat?
Zeruya Shalev
Le Nouvel Observateur, Semaine du jeudi 24 juin 2004

Le 29 janvier 2004, rue Gaza à Jérusalem, un bus explose. Cet attentat suicide fait 11 morts. Parmi les blessés, la romancière israélienne. Témoignage
exclusif

L'été israélien a déjà imposé à la ville sa lumière brûlante mais pour moi, c'est encore le milieu de l'hiver. Si quelqu'un me demande quel jour nous sommes aujourd'hui, je réponds distraitement, le 29 janvier, et ce n'est qu'en voyant son visage perplexe que je me souviens, c'est vrai, deux mois ont passé. Comme elle est juste, cette façon de parler, après une expérience difficile, de temps arrêté, un temps qui reste figé à mes côtés, aussi étonné que moi du changement de saison, refusant de s'habituer, d'accepter que la vie continue, alors que le matin du 29 janvier de cette année j'ai pris mon fils de 8 ans par la main, nous sommes sortis et avons marché côte à côte le long des rues familières en papotant joyeusement tout le chemin, devant le portail de l'école, je l'ai embrassé sur le front, au revoir, je viens te chercher à midi.

Je lui ai aussi promis que nous irions manger une pizza, mais lorsque nous nous sommes retrouvés quelques heures plus tard, moi, j'étais clouée à un lit étroit aux urgences de l'hôpital, incapable de me mettre debout, le visage et les bras couverts de sang tandis que, tout près de moi, il sanglotait: tu m'avais promis de m'emmener manger une pizza. Ce ne sera pas la seule promesse que j'aurai du mal à tenir au cours des prochains mois et je ne parle pas de celles clairement formulées mais des promesses tacites, les toutes premières, que nous faisons à nos enfants - nous serons toujours là pour vous, toujours forts, nous allons veiller sur nous-mêmes pour pouvoir toujours nous occuper de vous et vous protéger contre tous les dangers. Mais moi, je ne peux pas emmener mon fils manger une pizza parce que, après lui avoir dit au revoir devant le portail de l'école, j'ai fait demi-tour pour rentrer. A la maison m'attendait la version quasi terminée de mon nouveau livre. Je marchais, sans conscience aucune du genou qui, dans quelques minutes, serait mis en charpie, et jouissais, sans conscience aucune, d'une forme physique qui, dans quelques minutes, me serait enlevée.

Je me souviens être restée un instant devant le carrefour à hésiter sur le chemin à prendre, totalement consciente en revanche de la gravité de la décision, vu que ces dernières années - depuis le début de l'Intifada qui a allumé le brasier dans lequel se consument nos rêves de paix comme se consumera dans quelques minutes le cadavre à côté de moi - il n'y a pas de décision anodine à Jérusalem,pourtant il faut décider, alors malgré le manque de renseignements suffisants je choisis de prendre la rue Gaza, qui, bien qu'artère principale, dégage quelque chose de bienveillant, c'est là qu'il y a la pharmacie, l'épicerie et le coiffeur, voilà qu'un bus me dépasse, il mord le trottoir et me frôle l'épaule, je recule affolée, pourvu qu'il n'explose pas, tant mieux, il n'explose pas et descend déjà la rue Gaza au moment où je traverse, un chien inconnu sur les talons, je me retourne pour m'assurer que le petit animal a lui aussi atteint le trottoir sans heurt, en face de moi, je vois un autre bus s'approcher, il est bondé, gravit la côte en haletant, me dépasse et explose.

Tout à coup, j'ai entendu un grand boum, c'est ce que disent systématiquement les témoins choqués que l'on interviewe tout de suite après un attentat, je marchais et j'ai entendu un grand boum, je parlais au téléphone et j'ai entendu un grand boum, je me demande s'il y a des mots plus explicites que ceux-là, voilà que ça m'est arrivé à moi aussi, tout à coup j'ai entendu un grand boum, mais plus que d'entendre l'explosion je l'ai ressentie dans mon corps, un souffle d'une extrême violence, comme si un immense pied s'était tendu du haut du ciel pour me donner un coup, me soulever dans les airs telle une poupée de chiffon et me projeter sur le trottoir, car c'est ainsi que je me suis trouvée quand j'ai rouvert les yeux, couchée sur le trottoir, à ma droite il y avait une femme de stature imposante allongée sur le ventre, on aurait pu croire qu'elle s'était endormie, elle avait une jambe coupée au-dessus du genou, une petite flamme, comme celle d'une bougie, lui léchait le corps, à ma gauche, j'ai vu le bout de jambe manquant en train de se consumer lui aussi, et moi, au milieu, cernée d'éclats de verre, de morceaux de métal, de sacs couverts de sang, l'enfer sur terre dans cette rue Gaza, entre l'épicerie et la pharmacie.

Il y a eu un attentat, je me communique l'information, moi qui vis dans cette crainte depuis si longtemps, eh bien voilà que ça y est, c'est arrivé, quelle chance que ça se soit passé maintenant et pas un quart d'heure plus tôt, quand j'ai traversé là avec mon fils, quelle chance que je sois toute seule. Un étrange calme me gagne, celui qui caractérise les soldats sur le champ de bataille lorsque le cerveau refuse d'appréhender ce genre d'images, une distance émotionnelle qui ne me ressemble pas, parce que moi, chaque fois que je vois ces horreurs à la télé, j'éclate en sanglots, mais maintenant non, mes yeux restent secs,même après m'être aperçue que j'avais du sang sur les mains, même après avoir vu d'autres cadavres autour de moi, non, moi je me dis qu'il faut que je rentre à la maison, j'habite tellement près et les flammes se rapprochent de moi, mais quand j'essaie de me relever, je me rends compte que je ne peux pas.

Que ressent une personne dont le cauchemar s'est réalisé? Car depuis des années, moi, c'est bien de cela que j'ai peur, depuis des années j'essaie de protéger mes enfants, je leur fais toujours prendre des petites rues, je nous interdis, à eux comme à moi, les autobus, les cafés, les centres commerciaux, j'essaie de réfléchir à chacun de nos déplacements, ce qui, d'ailleurs, ne m'a jamais procuré le sentiment d'être en sécurité, oh que non, jamais je n'ai cru que ça n'arrivait qu'aux autres, et voilà que ça m'est arrivé, le cauchemar est devenu réalité.

Eh bien, une telle personne se sent à la fois intelligente et idiote, malchanceuse et chanceuse, intelligente parce qu'elle n'est pas étonnée et idiote parce qu'elle n'a pas réussi à échapper au danger, malchanceuse d'avoir été blessée et chanceuse d'être encore en vie,mais surtout elle est totalement perdue, rongée par l'angoisse, et elle ressassera les mêmes questions encore et encore, pourquoi justement elle, pourquoi à cet endroit, est-ce le hasard ou au contraire une main qui l'aurait guidée, toutes sortes de réflexions oubliées sur Dieu et la foi se réveilleront, sur les choix et le libre arbitre aussi, voire sur le destin de son peuple et de son pays, sur le lourd tribut à payer pour vivre ici, mais au-delà de ces profondes interrogations ce qui la taraudera au cours des nuits où la douleur la saisira corps et âme, ce sera la plus insignifiante de toutes les questions, pourquoi, à ce foutu carrefour, n'a-t-elle pas choisi de prendre un autre chemin ?

De tels événements changent-ils un être humain,sa personnalité,sa philosophie, ses idées politiques? Je suis plutôt du genre à croire aux longs processus et pas aux événements chocs qui, eux, ne changent pas grand-chose en nous, ne font que nous pousser dans nos retranchements, hé oui, une personne dont le cauchemar s'est réalisé en sortira simplement un peu plus angoissée encore et, malheureusement, ne se métamorphosera pas soudain en bouddha impassible. Il en est de même pour la politique: comme la réalité nous sert à prouver que nous avons raison, eh bien, une victime d'attentat qui pense à droite se servira de sa propre expérience pour démontrer que nous n'avons pas de partenaire pour la paix et que le terrorisme palestinien continuera éternellement, tandis que celle qui pense à gauche y trouvera précisément la confirmation que l'on ne peut plus continuer comme ça, que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour arriver à un accord.

Et moi, moi qui ai toujours résisté à ces définitions réductrices de droite ou de gauche, moi que la politique israélienne a toujours rebutée et qui, à chaque interview donnée à l'étranger, là où mes livres paraissent, ai toujours mis en avant mon entêtement à ignorer la violence de la réalité extérieure, à continuer d'écrire des romans qui tournent autour de la réalité intérieure, qui examinent l'âme humaine, universelle, qui parlent de la guerre des sexes et non de la guerre des peuples, des limites affectives et non des limites géographiques, voilà que - et j'ai encore du mal à y croire -, tout en restant fidèle à ma volonté de ne m'occuper que de l'individuel, je me retrouve avec le conflit israélo-palestinien qui vient de percuter ma vie,ou plus exactement mon genou, alors que j'allais tranquillement retrouver le livre que j'étais en train de terminer et dans lequel le mot de terrorisme n'apparaît pas même une seule fois.

Pourtant, je m'obstine à voir dans ce drame, qui a coûté la vie à 11 personnes et blessé des dizaines d'autres, une espèce d'accident mystérieux, comme si je marchais dans la rue et que la foudre m'était soudain tombée dessus, car cette image est plus supportable, je la comprends beaucoup mieux que celle qui me montre un être humain, un jeune policier de Bethléem, sortir un matin de chez lui avec la ferme intention de tuer le maximum de civils innocents uniquement parce qu'ils sont israéliens. Je n'éprouve pas de haine à son égard, ni à l'égard de ceux qui l'ont précédé ou de ceux qui le suivront, pas d'envie de vengeance non plus, juste une profonde tristesse. «On n'a aucun besoin d'avoir connu les camps d'extermination pour connaître l'angoisse de vivre», dit Jorge Semprun dans «l'Ecriture ou la Vie», un livre qu'une journaliste allemande m'a apporté à l'hôpital.

Nul besoin d'avoir connu un attentat pour pleurer notre destin dans ce pays, et pourtant, depuis le 29 janvier, je ressens avec plus d'acuité encore la tragédie qui déchire cette partie du monde, l'impuissance de ceux, Israéliens ou Palestiniens, qui veulent vivre ici en paix, qui prient pour que l'on trouve enfin une solution à ce conflit mais qui, pour l'instant, n'arrivent même pas à tenir les promesses les plus simples qu'ils ont faites à leurs enfants.

(Zeruya Shalev vit à Jérusalem où elle est éditrice et romancière.)
Traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz

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Numéro 139 • vendredi, le 2 juillet 2004

Le débat intérieur en Iran: Comment répondre à la pression exercée par l’Occident contre son programme nucléaire
Ayelet Savyon
Memri, 18 juin 2004

Introduction
En réaction à la pression internationale croissante concernant son programme nucléaire, deux approches dominantes apparaissent dans les médias en Iran autour de la question des voies à adopter pour contrer la menace de l’Occident pesant sur les activités nucléaires iraniennes. Ce qui suit est une analyse de ces deux approches, telles qu’elles ont été relayées par les médias iraniens:

Les deux approches
La première approche embrassée par les conservateurs iraniens, et plus particulièrement par les Gardiens de la Révolution et les cercles proches du Guide Suprême Ali Khamenei , est revendicative, agressive et menace ouvertement des cibles et intérêts européens et américains, aussi bien au Moyen-Orient qu’en occident. La seconde approche adoptée par les cercles réformateurs est plus modérée, privilégie les voies diplomatiques et s’oppose à menacer l’occident. Quoi qu’il en soit, et malgré leurs divergences, les deux camps s’accordent sur la nécessité pour l’Iran de mener à bien un programme nucléaire de pointe.

La stratégie des Conservateurs: menaces et invectives

Actuellement, le dossier de l’activité nucléaire iranienne est étudié par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) , qui doit rendre sous peu une décision à ce sujet. L’Iran tente d’empêcher les Etats-Unis de mettre à exécution leur menace de transférer son dossier nucléaire au Conseil de Sécurité de l’ONU – ce qui rendrait l’Iran suspect de non -observation du Traité de Non-prolifération (TNP) et de développer secrètement une bombe nucléaire. Récemment, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, pays avec lesquels l’Iran a mené d’intenses négociations au cours de l’année dernière, se sont ralliés à la pression exercée sur l’Iran par les Etats-Unis et l’AIEA en rédigeant un projet de résolution. Ce texte condamne le refus iranien de coopérer pleinement avec l’AIEA, de ne pas avoir fait preuve de transparence sur son activité nucléaire et de ne pas y avoir mis fin, et d’être en conséquence en contradiction avec ses engagements pris le 21 octobre 2003 dans la Déclaration de Téhéran . 1

Pour repousser la menace occidentale, les conservateurs iraniens recommandent d’intimider l’Europe et les U.S.A. Ce qui suit s’inscrit dans le cadre de ces recommandations.

  1. Un nombre croissant de rapports font état du recrutement et de la formation par les Gardiens de la Révolution de milliers de volontaires iraniens pour exécuter des opérations suicide contre des cibles occidentales, européennes et américaines en Irak et de leur envoi sur place. 2 (Voir Appendice I)
  2. Des rapports sur la reprise des projets de missiles à longue portée Shihab 4 et Shihab 5, sur ordre du Guide Suprême Ali Khamenei – avec l’Europe et les USA pour cibles stratégiques. 3
  3. Des déclarations de hauts dignitaires du régime affirment l’existence d’un plan visant à éliminer la civilisation anglo-saxonne au moyen de missiles et de commandos suicide contre « 29 sites sensibles» à l’Ouest, des sites qui ont d’ores et déjà été identifiés par les services de renseignement iraniens. 4
  4. Des déclarations dans les journaux conservateurs appelant l’Iran à quitter le TNP et à ne pas en ratifier le protocole additionnel. 5

La stratégie des réformateurs: les efforts diplomatiques
Les cercles réformateurs, en particulier ceux entourant le Président iranien Muhammad Khatami et le Ministère des Affaires étrangères recommandent d’adopter une stratégie modérée en empruntant la voie diplomatique. Ils négocient, depuis un an, avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne pour faire disparaître le dossier iranien de l’ordre du jour de la communauté internationale; ils semblent avoir obtenu la promesse de ces puissances européennes de clore le dossier en contrepartie de l’engagement iranien de cesser toute activité nucléaire et de coopérer pleinement avec l’AIEA. 6

La publication de ce projet de résolution européen condamnant l’Iran causa une grande déception et provoqua un tonnerre de critiques, fondées en premier lieu sur le principe qu’il ne faut pas compter sur l’Europe pour s’opposer jusqu’au bout à son allié américain. En outre, les conservateurs critiquent l’appui exclusif des réformateurs sur la solution diplomatique restée à ce jour infructueuse 7 tandis que les réformateurs critiquent les conservateurs pour avoir récemment recruté des volontaires pour des opérations suicide contre des cibles occidentales. Les réformateurs ont justifié leur opposition à l’institutionnalisation d’un tel recrutement massif en affirmant que nuire à l’Europe mettrait en péril les intérêts nationaux iraniens à un moment où l’Iran a besoin du soutien de l’Europe pour s’opposer aux U.S.A. Les réformateurs ne s’opposent cependant pas aux opérations suicide contre des cibles occidentales dans la mesure où elles sont menées par des individus agissant de leur propre initiative. 8

Quelques exemples de la stratégie d’intimidation des conservateurs

Les faits suivants sont des illustrations de la stratégie d’intimidation suivie par les conservateurs:

  • Lors d’un rassemblement de volontaires pour des opérations suicide, le directeur du Centre des Gardiens de la Révolution pour les Opérations Stratégiques, le Général Salami, a déclaré: « Le recours à des opérations tactiques mineures peut nous permettre d’atteindre des objectifs stratégiques. Vous voyez par vous-même que la destruction de deux tours aux USA a modifié le cours de l’histoire: il y a désormais un avant et un après (…)» 9 ( Voir l’Appendice I)
  • Muhammad Ali Samedi le porte parole du Centre de l’Organisation Islamique Mondiale pour le Souvenir des Shahids a affirmé que jusqu’ici, 2000 personnes se sont portées volontaires pour mener des opérations martyres, et ajouta: «Pour le moment, la Palestine occupée, Salman Rushdie et l’occupation américaine (en Irak) sont nos cibles premières, ainsi que les forces occupantes dans d’autres pays musulmans(…) Les opérations martyres débuteront uniquement sur l’ordre du Guide Suprême(Ali Khamenei) ». 10 (Voir l’Appendice I)

D’autres menaces contre l’Occident ont été rendues publiques et comprennent:

  • L’annonce de la reprise du programme de missiles à longue portée Shihab 4 et Shihab 5, sur ordre du Guide Suprême iranien Ali Khamenei. Selon une source militaire du Ministère iranien de la Défense, «lors d’une réunion avec des commandants des Gardiens de la Révolution, Khamenei a déclaré qu’Israël projetait d’attaquer prochainement les installations nucléaires et militaires iraniennes et qu’il fallait en conséquence accélérer la préparation de l’armée et de la défense iraniennes. Khamenei a noté que la hausse des prix du pétrole avait permis à l’Iran d’affecter un budget plus important à ses projets militaires. Le Ministère de la Défense (iranien) a obtenu un milliard de dollars pour la reprise des projets Shihab 4 et Shihab 5.Il est notoire que l’Iran a effectué dans le passé des tests de ses missiles Shihab 3 dont la portée est de 1200 kilomètres ( qui peuvent atteindre Israël), mais (le Président) Khatami mit un terme au projet Shihab 4 dont la portée est de 2800 kilomètres ( ce qui couvre l’Europe de l’Ouest) et au projet Shihab 5 dont la portée s’étend entre 4900 et 5300 kilomètres (pouvant atteindre les USA), car il considérait que ces projets étaient incompatibles avec les intérêts stratégiques iraniens et les besoins de la défense». 11
  • Des déclarations du Docteur Hassan Abassi, théoricien du renseignement des Gardiens de la Révolution, à la tête du Centre des Gardiens de la Révolution pour la Doctrine de Sécurité Nationale Hors des Frontières de l’Iran, et analyste politique pour l’Autorité Iranienne de Diffusion, qui informa des militants d’Ansar-e-Hizbullah,lors de l’une de leurs réunions secrètes, de «la localisation et de la surveillance par l’Iran de 29 sites sensibles à l’Ouest, et de l’intention de les bombarder (…) «Nous avons l’intention de faire exploser 6000 têtes nucléaires américaines (aux USA). Nous avons localisé 29 points faibles et avons transféré ces informations à nos organisations de guérilla par le biais desquelles nous agissons.» Abassi poursuivit, «Nous avons également mis en place un département pour la Grande-Bretagne, et la recherche de sa destruction est inscrite à notre ordre du jour. Nous opérons également auprès des mexicains, des Argentins et de tous ceux ayant un conflit avec les USA». 12 Selon une autre information, Abassi ajouta, «Nous prônons (la politique de) la violence et la guerre contre les ennemis de l’Islam révolutionnaire. Je suis fier de semer par mes actions la crainte et l’angoisse chez les Américains… Nous avons une stratégie destinée à détruire la civilisation anglo-saxonne et à déraciner les Américains et les Anglais. Nos missiles sont à présent prêts à frapper leur civilisation, et dès que le Guide (Ali Khamenei) nous en donnera l’ordre, nous lancerons nos missiles contre leurs villes et infrastructures. Notre devise durant la guerre contre l’Irak était: Karbala, nous arrivons, Jérusalem, nous arrivons. Mais à cause de la politique de Khatami et de son «dialogue entre les civilisations» nous avons été forcés d’abandonner notre projet(…) Et nous voilà à présent de nouveau sur le point de le mener à son terme(…) La guerre globale menée par les infidèles est une guerre menée contre Allah et les musulmans et nous devons utiliser tous les moyens à notre disposition pour lutter sur ce front, qu’il s’agisse d’opérations suicide ou de nos missiles». 13

Font également partie de cette tendance à l’intimidation, les voix conservatrices qui appellent régulièrement l’Iran à reconsidérer sa signature du TNP et de ne pas en ratifier le protocole additionnel. 14 La signature de ce Protocole Additionnel est perçue par ces cercles comme une humiliation infligée à l’Iran par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

C’est dans ce contexte qu’Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du quotidien conservateur iranien Kayhan et proche du Guide Suprême Ali Khamenei, a publié un article d’importance appelant à la poursuite du programme nucléaire iranien sans se préoccuper des grandes puissances tout en adoptant diverses stratégies pour endiguer la pression occidentale sur l’Iran.

Shariatmadari exprime sa fierté de voir l’Iran être devenu « une puissance nucléaire,» un accomplissement qu’il désigne comme « la perle rare pour laquelle nous avons fourni tant d’efforts». Au-delà de la sévère critique à l’égard de la capitulation servile du Ministre des Affaires étrangères devant les puissances européennes et au-delà de l’accusation de trahison à l’encontre des réformateurs Iraniens, Shariatmadari encourage à envisager « d’accroître la marge de manœuvre (iranienne) en créant de nouvelles options et opportunités en renforçant les moyens de résistance et d’actions préventives dans le monde entier». Voici quelques extraits de cet article:

« (…) Il est un fait indéniable que malgré le conflit inéquilibré (qui l’oppose à l’Occident) et en dépit des diverses sanctions et de l’égoïsme des grandes puissances, notre pays est parvenu à se procurer une technologie nucléaire de pointe qui lui est unique. Ce que nous avons obtenu est une production locale, et (elle) a été obtenue par le fruit du travail remarquable de nos experts et c’est pour cette raison que nous ne devons rien à la mesquinerie des grandes puissances de ce monde. Nous n’avons pas rejoint le club nucléaire grâce au soutien ou à l’autorisation des USA, de la Grande-Bretagne, de la France ou de l’Allemagne. Au contraire: Les enfants prodiges de l’Iran ont remis les gouvernements Reagan,Thatcher et Mitterrand à leur place et ont décidé que l’Iran devait rattraper son retard (avec les grandes puissances) dans le domaine de la technologie nucléaire à finalité pacifique(…)

De même, un second fait (indéniable) est que (…) l’acquisition par l’Iran du statut de puissance nucléaire est porteuse d’un message puissant et de grande envergure(…)

L’année de tergiversations avec eux (l’AIEA, les puissances européennes et l’opinion publique occidentale) qui sont intervenues alors que nous avons pleinement coopéré, [suite aux] 664 visites d’inspecteurs et la remise d’un rapport de 1000 pages sur l’activité nucléaire (de l’Iran) et bien qu’américains et européens aient avancé des prétextes divers et variés(…) ils s’attendaient à nous voir mettre fin à tous nos programmes nucléaires à visée pacifique(…) que nous admettions la supériorité de leur religion et de leur race, que le reste du monde est une race archaïque qui doit fournir un dur labeur et se réduire elle-même à l’esclavage en implorant d’obtenir refuge à la Maison-Blanche, au Palais de Buckingham et au Palais de l’Elysée.

Devant la situation actuelle, nous devons choisir entre deux possibilités: Soit nous cédons à la pression qu’ils font peser sur nous, levons les mains en l’air en mettant à genou l’audace et la volonté qui sont indispensables à la fondation d’une civilisation, de l’honneur et du progrès; Soit nous ne cédons pas au chantage, en protégeant et en appréciant la valeur de cette perle rare pour laquelle nous avons fourni tant d’efforts, bien qu’ils tentent de la présenter comme un navire sans valeur. Manifestement, la première possibilité s’accommode d’avantage de la mollesse, de la peur et d’un esprit de (soumission) à l’humiliation (…) Si notre pays veut connaître la gloire en ce monde, il n’a pas d’autre choix que d’élaborer une stratégie en ce sens et de se doter des moyens adaptés à cette stratégie.

(…) Un peuple qui désire s’élever à un statut véritable dans le monde, et qui ne veut pas être le serviteur docile de ses ennemis et rivaux ne doit pas nommer des diplomates qui étouffent leur audace. ( Il doit uniquement élargir (ses) horizons,créer les opportunités (pour agir) ouvertement devant les USA et certaines puissances européennes et (ne pas envoyer des diplomates) qui seront assis autour de la table de négociation avec une mallette vide et jouant à découvert.

(…) Tout pays dont les organes diplomatiques peuvent surprendre la partie adverse et lui faire réaliser que «l’inattendu» peut se produire encore et encore, neutralisera une part importante de l’énergie, de l’audace et de l’esprit d’initiative de (ses) rivaux, comme l’avait fait l’Imam Khomeiny au cours de l’affaire de l’insolence de Salman Rushdie et comme l’avait fait son sage et érudit successeur (Le Guide Suprême iranien Ali Khamenei) lors du scandale de Mykonos, au cours duquel l’ambassadeur d’Allemagne fut expulsé et le dernier ambassadeur européen à revenir en Iran. 15 Ainsi, ces deux grandes figures (Khomeiny et Khamenei) ont fait payer la belligérance et l’insolence(contre l’Iran), ce qui fut également inattendu pour nos ennemis. Nous devons œuvrer pour faire valoir nos droits contre les loups qui peuplent cette jungle qu’est le monde.

Bien conscients de tout cela, nous devons immuniser nos organes diplomatiques et assécher les racines de l’infection purulente et de la fièvre dont ils ont été frappés. Nous devons envisager d’accroître notre marge de manœuvre en créant de nouvelles options et opportunités et en renforçant les moyens de résistance et d’actions préventives dans le monde entier. Nous ne pouvons pas imaginer pouvoir nous défendre sans mettre en place des remparts et barricades à proximité immédiate de l’ennemi. À cet égard, notre Ministère des Affaires étrangères n’est pas allé assez loin, malgré ses efforts et les succès qui ne doivent pas être ignorés. Par exemple, les discussions optimistes avec l’Europe ne doivent pas devenir(…) la stratégie et le discours dominants, tandis que les autres voies comme la résistance islamique restent négligées.

(…) Ce n’est pas l’endroit pour s’étendre sur l’alliance stratégique qui s’est opérée entre certains courants et cercles du Sixième Majlis(qui était réformateur), le Ministère des Affaires étrangères et l’Association des Journalistes (réformatrice) avec l’Union Européenne et certains personnages comme l’ancien Secrétaire Général de l’OTAN Javier Solana. Ce n’est pas (non plus) l’endroit pour déterminer à quel moment les relations raisonnables et mesurées avec certains gouvernements comme ceux de Berlin,Londres et Paris sont devenues, insidieusement et radicalement, une alliance stratégique contre les principes de la République Islamique (d’Iran), la résistance islamique et l’éveil des musulmans au Moyen-Orient. Mais il est permis de noter la vague de critiques émises par certains éléments influents en Europe et aux USA lors de l’investiture du Parlement conservateur (iranien) à la suite des élections du 28 février.

Ils (i.e. ces éléments européens et américains) ont réalisé que le monde était sens dessus dessous et qu’il ne leur serait plus possible de prendre en otage des parlementaires(iraniens) agissant pour le compte de l’ennemi dans les situations les plus sensibles et lors de conflits de politique étrangère, et que (ces parlementaires iraniens) ne leur promettraient plus, en parallèle de la pression exercée de l’extérieur, d’agir de l’intérieur pour diffuser le message de l’ennemi. Dans le cas où l’ennemi ferait pression, ils (ces parlementaires) auraient alors préparé un plan en trois étapes en vue de forcer leur propre gouvernement à signer le Protocole Additionnel et ainsi lier les mains des responsables de la politique étrangère iranienne et les jeter, poings liés, aux pieds de l’ennemi.

À la lumière de ceci, j’espère que le Septième Majlis sera un centre de gravité et un réservoir d’idées pour acquérir du discernement et affermir les stratégies et tactiques diplomatiques de l’Iran.

Nous devons faire comprendre à nos ennemis qu’il est inconcevable que l’instabilité, l’insécurité et le traumatisme soient notre lot, tandis qu’ils connaissent la stabilité, la sécurité et la tranquillité. Leur tranquillité peut aussi être troublée.

(…) Nous pouvons également nous jouer de l’opinion publique au cœur de leurs frontières et déstabiliser leurs gouvernements, mais nous devons avoir une vision large et ne pas nous soucier de ces crises artificielles qu’ils provoquent en notre sein afin de nous détourner de ce qui se passe autour de nous(…)» 16

La réponse des réformateurs: les gouvernements ne devraient pas organiser des opérations suicide

Le quotidien réformateur Aftab-e Yazd critiqua les efforts entrepris pour l’organisation d’un volontariat aux opérations suicide contre des cibles occidentales, déclarant dans un éditorial qu’ «aujourd’hui encore la prudence doit être de mise. D’autres pays affectent notre destin, que nous le voulions ou non; ils ont effectué entre eux un judicieux partage des rôles et agissent, en tout premier lieu, selon leurs intérêts à long terme. Pourtant, (…) il existe parmi ceux qui prennent les décisions en Iran des éléments qui ne sont pas conscients du caractère sérieux de la menace qui pèse contre l’Iran, ou qui ne sont pas certains de la voie appropriée pour l’identifier et la neutraliser.

D’un côté, nous avons négocié(au sujet du dossier nucléaire iranien et de la question des droits de l’homme) avec l’Allemagne,la Grande-Bretagne et la France, pour les satisfaire et les unir aux côtés de l’Iran afin que nous puissions affronter la tyrannie des USA. Bien qu’il était clair dès le premier jour, en raison des intérêts stratégiques communs à l’Europe et aux USA, que ce que nous pensions allait s’avérer n’être qu’une illusion. Mais nous avons eu la possibilité de bénéficier de la rivalité existant entre les deux pôles d’influence, l’Europe et les USA.

Mais d’un autre côté, nous avons pris plusieurs mesures qui ont offert aux Européens le prétexte qu’ils cherchaient depuis le début. Nous avons donné à l’affaire de la rencontre avec l’ambassadeur d’Allemagne en Iran des proportions démesurées et avons demandé son expulsion; nous avons considéré que les problèmes rencontrés par la femme française de Lyon qui portait un voile islamique en public étaient une raison pour cesser toute coopération économique avec la France. Et peu de temps après, nous avons attaqué à plusieurs reprises l’Ambassade Britannique et ainsi achevé de rompre des liens avec trois pays européens.

Le volontariat pour des opérations martyres contre les forces américaines et britanniques relèvent d’un choix personnel. Toutefois, si les efforts entrepris pour sa médiatisation sont tels qu’ils laissent entrevoir d’une quelconque manière l’implication d’organes gouvernementaux, cela pourrait constituer un danger pour l’Iran (…)» 17

Le quotidien réformateur Vaqae-e Ettefaqieh s’en est également pris aux conservateurs, accusant leur politique d’avoir provoqué une condamnation européenne. Le journal affirme que bien que les services de la politique étrangère iranienne aient fait tout leur possible pour élever le statut international de l’Iran au cours des dernières années, un certain nombre d’actions engagées par des forces radicales internes ont anéanti tous ces efforts diplomatiques. Ces mesures radicales comprenaient le retrait iranien du TNP et appelaient à expulser d’Iran certains ambassadeurs occidentaux. 18

(Ayelet Savyon est Directrice du projet iranien de MEMRI )
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1 Voir le récit dans les journaux iraniens: Sharq (Iran), Aftab-e Yazd (Iran), Jomhour-e Eslami (Iran), 10 juin 2004.

2 Des informations sur l’activité d’inscription de volontaires, la conférence, et l’envoi des volontaires en Irak ont été publiées dans Kayhan (Iran), 1er juin 2004; Sharq (Iran), 6 juin 2004; Jomhour-e Eslami (Iran), 6 juin 2004; Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 28 mai 2004 et 14 juin 2004; Sharq (Iran) 27 mai 2004 http://www.sharghnewspaper.com/830307/gover.htm et le site en langue perse Rouydad, opposé au régime, http://rouydad.info/news/index.aspx?UID=2513.

3 Al-Sharq Al-Awsat, (London), 14 juin 2004.

4 http://rouydad.info/news/index.aspx?UID=2513. Voir MEMRI Dépêche Spéciale n°723 du 28 mai 2004.

Sont également notables les déclarations du Président du Conseil de discernement de l'intérêt public Ali Akbar Hashemi Rafsanjani , qui affirma, après une nouvelle condamnation de l’Iran par l’AIEA en mars 2004, que «l’Iran doit réagir durement contre ceux agissant contre lui sur la scène internationale» Tehran Times, 16 mars 2004.

5 Kayhan (Iran), 12 juin 2004. Au cours des dernières semaines, les journaux conservateurs ont commencé à appeler au retrait unilatéral du TNP, faisant valoir que les inconvénients engendrés par la sortie du traité ne sont pas plus importants que les avantages d’y demeurer partie prenante. Ils critiquèrent les mesures prises concernant l’AIEA par le gouvernement iranien et le Parlement réformateur sortant et appelèrent à reconsidérer ces mesures. Ils qualifièrent les décisions prises par les hauts responsables concernant les discussions sur la signature du Protocole Additionnel d’«humiliation» et de «naïveté». Aftab-e Yazd (Iran), 14 mars 2004; 5 avril 2004; 31 mai 2004.

6 Pour plus d’information sur les négociations et la politique du Ministère iranien des Affaires étrangères, voir l’interview de l’ancien représentant de l’Iran à l’AIEA, le Docteur Ali Akbar Salehi dans le quotidien anglophone Iran Daily, 9 juin 2004. Voir également les déclarations de hauts responsables iraniens: IRNA, 10 mars 2004; 7 avril 2004; 24 mai 2004; Iran Daily, 13 avril 2004, 25 avril 2004.

7 Kayhan (Iran), 8 juin 2004; Aftab-e Yazd (Iran),13 juin 2004; Jomhour-e Eslami (Iran), 5 avril 2004.

8 Aftab-e Yazd (Iran), 12 juin 2004; Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 14 juin 2004. D’autres critiques émises par les réformateurs iraniens ont en premier lieu reproché aux conservateurs de ruiner les efforts du Ministère des Affaires étrangères en proposant que l’Iran quitte le TNP et expulse des ambassadeurs occidentaux. Vaqae-e Ettefaqieh (Iran), 6 juin 2004; Aftab-e Yazd,16 mars 2004.

9 Sharq (Iran), 5 juin 2004.

10 Sharq (Iran), 5 juin 2004.

11 Al-Sharq Al-Awsat (Londres),14 juin 2004.

12 http://rouydad.info./news/index.aspx?UID=2513

13 See MEMRI Depêche Spéciale No. 723, 28 mai 2004.

14 A titre d’exemple, Jomhour-e Eslami (Iran),17 mars 2004; Aftab-e Yazd (Iran), 4 mars 2004; Tehran Times,7 mars 2004.

15 L’affaire du Mykonos concerne le meurtre de quatre opposants au régime iranien, au restaurant Le Mykonos, à Berlin le 21 septembre 1992. Un tribunal allemand a jugé que des hauts responsables iraniens étaient impliqués dans le meurtre.

16 Kayhan (Iran), 12 juin 2004.

17 Aftab-e Yazd (Iran), 8 juin 2004.

18 Vaqaei-e Ettefaqieah (Iran), 16 mars 2004.

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