Avril 2004 

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numéro 127 / numéro 126


          Numéro 130                                           Vendredi, 30 avril 2004

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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À MONTRÉAL, UN BRÛLOT ANTISIONISTE ÉCRIT PAR UN JUIF
David Ouellette

www.proche-orient.info, 27 avril 2004


   20 avril, 19h, à la librairie Olivieri, aux abords de l'Université de Montréal. Ils sont une petite centaine, ce qui est loin d'être négligeable pour Montréal, à attendre que Yakov Rabkin commence à présenter son livre : « Au nom de la Torah. Une histoire de l'opposition juive au sionisme ». Des professeurs d'université sont là, des membres d'organisations pro-palestiniennes, « Ta'ayush », « Shalom-Salaam », « Solidarité pour les Droits humains des Palestiniens », mais aussi des hommes en noirs, barbus, coiffés de kippas ou de chapeaux noirs. Tous ne sont pas venus pour les mêmes raisons… 

   Après une longue introduction du livre par l'auteur, l'animateur de la soirée, Marcel Fournier, prend aussitôt ses distances pour expliquer qu'il était sioniste avant sa lecture et qu'il le demeurait. La période des questions s'ouvre. Quelques personnalités juives attaquent directement : « Yakov, on ne peut pas écrire n'importe quoi quand même ! Les Centres Hillel ne font pas de recrutement pour l'armée israélienne ! ». Les pro-palestiniens huent. Un religieux se lève et demande : « M. Rabkin, aucun de nos chachamim (sages) n'a jamais écrit un livre nommé « au nom de la Torah ». L'avez-vous écrit en tant qu'historien, que chacham (sage) ou que am ha'aretz (ignare) ? » Silence dans la salle. Hormis quelques juifs, et Rabkin lui-même, personne n'a compris l'injure, bien que tous la devinent. Les libraires observent la scène les yeux écarquillés : pourquoi tous ces juifs religieux s'en prennent-ils à l'auteur coiffé lui aussi d'une kippa, tandis que des gens coiffés de keffiehs palestiniens volent à son secours ?

   Professeur d'histoire à l'Université de Montréal, Yakov Rabkin s'est taillé une réputation de spécialiste du Moyen-Orient et du judaïsme. Un exploit pour ce réfugié d'Union soviétique arrivé à Montréal dans les années 70 avec de vagues notions sur le sionisme et le judaïsme. Il est aussi considéré comme un « juif juste », titre que se décernent entre eux des membres d'organisations juives pro-palestiniennes pour avoir « souffert de discrimination » en raison de leurs sympathies pour la cause palestinienne.Son discours est largement tributaire des sectes ultra-orthodoxes marginales pour lesquelles la destruction d'Israël est passée du dogme théologique à l'obsession idéologique. Leurs prestations provocatrices dans les manifestations pro-palestiniennes en Amérique du Nord et en Europe en témoignent.

   Depuis près de cinq ans, Rabkin serine en effet, du haut des tribunes montréalaises, que l'État d'Israël doit être démantelé pour faire place à un État binational où les juifs vivraient en minorité sous la bienveillante protection de leurs concitoyens musulmans.
Pourtant, l'homme n'a pas toujours été un adversaire d'Israël. Certains de ses collègues assurent même qu'il a déjà été un fervent sioniste. Il aurait même tenté, sans succès, de se trouver un poste de professeur en Israël.

   D'emblée, l'ouvrage de Rabkin prétend paradoxalement que ce que l'auteur appelle « l'opposition de la tradition juive » au sionisme est un sujet « souvent occulté, voire censuré ». Vraisemblablement, l'auteur ignore le livre du politologue israélien Ilan Greilshammer, « Les hommes en noir », pour ne nommer que celui-là.
Plus curieux encore, Rabkin postule que, « parmi les inconditionnels d'Israël, il y a moins de juifs que de chrétiens » - ce qui en chiffre absolu est peut-être vrai mais ne dit rien en soi sur la proportion de juifs ennemis de l'existence d'Israël. L'ennui, c'est que l'auteur élabore ainsi une argumentation qui exagère quantitativement l'importance des juifs antisionistes. En vérité, son livre a pour but de nier le caractère juif d'Israël, de le priver de sa légitimité tant nationale que territoriale et d'insinuer que les juifs de la diaspora et les citoyens d'Israël eux-mêmes sont significativement divisés sur l'existence d'Israël.

   L'argumentation de Rabkin repose en grande partie sur la recension monotone d'écrits de rabbins d'Europe de l'Est du 19ème siècle et de la première moitié du 20ème siècle, tels ceux du fondateur de Netouré Karta, Amram Blau. Le lecteur y apprend que selon « la tradition juive », la shoah fut une punition de Dieu imputable au sionisme, que l'eschatologie juive interdit la « conquête » d'Eretz Israël par la force, que la condition du juif est et doit demeurer celle de l'exil jusqu'à la rédemption qui viendra avec le messie espéré. Le sionisme, perçu par ces juifs pieux comme une tentative d'accélérer la rédemption, est dès lors dénoncé comme une hérésie aux antipodes du judaïsme.

   La confrontation ne s'arrête pas là. La tension entre le sionisme et le judaïsme orthodoxe serait telle que Rabkin déclare sans ambages que « l'opposition de la nouvelle identité israélienne à la tradition juive est bien documentée, et [que] ce sont les résultats de cette opposition qui expliquent l'hostilité envers le judaïsme que l'on trouve souvent en Israël et qui n'a point de parallèle dans la diaspora. Le rejet du judaïsme y atteint une intensité inconnue dans d'autres agglomérations juives du monde. » (Rabkin 2004, p. 49)

   Il va sans dire que le rejet du sionisme s'accompagne du rejet de la modernité, de la Haskala (lumière juives) et de l'émancipation des juifs, phénomènes historiques liés entre eux qui ont engendré la laïcisation des juifs, qui, en somme, est le foyer véritable de l'antisionisme judaïque. L'émancipation aurait modifié le sens de l'histoire des juifs. En adoptant les modèles interprétatifs historiques européens, les juifs auraient cessé de comprendre leur histoire à travers le prisme de l'eschatologie rédemptrice du judaïsme et auraient conclu que l'exil faisait des juifs des « perdants » de l'histoire. Parce que le sionisme est une idéologie inspirée des mouvements nationalistes européens, s'adressant en premier lieu aux juifs émancipés et laïcs, il représenterait pour Rabkin une déchirure dans la continuité historique et spirituelle du judaïsme. Le Sion spirituel des ultra-orthodoxes et la Jérusalem terrestre des sionistes seraient irréconciliables.
Mais alors comment expliquer le phénomène orthodoxe sioniste pour qui l'État d'Israël et la rédemption messianique ne s'excluent pas mutuellement ? Rabkin n'y répond pas plus qu'il n'a répondu aux objections des juifs religieux venus l'écouter - ce qui lui a valu les applaudissements des militants pro-palestiniens présents.

   Une histoire de cette opposition théologique à la création de l'État moderne d'Israël n'aurait certes pas été sans intérêt, si elle n'était pas aussi tendancieuse que l'ouvrage de Rabkin. Car loin d'être un travail d'historien, il s'agit bel et bien d'un pamphlet politico-religieux antisioniste (la recommandation de Noam Chomsky au dos du livre le garantissait presque) dans lequel l'auteur attribue à certaines sectes des mouvements haredi et hassidiques le monopole de la tradition juive et obscurcit la longue tradition du nationalisme juif et du sionisme religieux véhiculée par des groupes religieux tout aussi attachés à la tradition juive que prétendent l'être les Satmar ou Netouré Karta.

   Contrairement à Yeshayahu Leibowitz qui a su défier le sionisme sur un terrain philosophique, Rabkin se rabat sur un judaïsme suranné, obscurantiste et marginal dans la vaine entreprise de déjudaïser le mouvement d'émancipation nationale que le sionisme continue de représenter, tant en Israël que dans la diaspora. Reste que « Au nom de la Torah » deviendra certainement une bible de la propagande palestinienne.

David Ouellette est journaliste et chercheur associé à ICRJ 


Adbusters, ou les chausseurs de juifs du ROC
Antoine Robitaille

Le Devoir, 4 avril 2004

 

   Adbusters, cette revue basée à Vancouver et reconnue comme sympathique, puisqu’elle est contre la surconsommation et la publicité, a perdu beaucoup d’abonnés cette semaine.  La raison?  Un éditorial à saveur antisémite, signé par le rédacteur en chef Kalle Lasn.  Le texte intitutlé «Mais pourquoi personne ne dit qu’ils sont juifs?» visait à mettre en relief le fait «qu’un nombre disproportionné» des néoconservateurs proches du président Bush sont juifs, «d’où la politique pro-Israël de l’administration au pouvoir».  CQFD!  Adbusters, qui voulait sans doute se montrer innovateur, dressa ensuite une liste (assurément pas de Schindler) des 50 «néoconservateurs» les plus influents des États-Unis, dont Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz.   Adbusters plaça à coté des juifs un point noir clairement indentifiable.  Pourquoi pas une étoile jaune tant qu’ à y être?  L’article d’Adbusters commence à soulever un tollé dans le ROC, dont la communauté juive a par aillers été victime, ces derniers temps, d’importants actes de vandalisme, notamment à Toronto.

 

   L’antisémitisme n’est pas nouveau. Mais il était traditionellement identifié à droite et émanait habituellement du camp des adorateurs et nostalgiques des «races pures».  Mais voilà que, notamment depuis la Conférence sur le racisme de Durban, en 2001, où des pourfendeurs d’Israël avaient ressorti le Protocole des sages de sion, (cette vieille imposture centenaire) pour accuser l’État hébreu, on voit poindre un «antisémitisme de gauche».  La critique d’Israël dégénère en haine de tous les juifs.  Et l’article d’Adbusters reprend les «vieilles accusations antisémites du complot juif international», selon l’analyse qu’on a faite à plusiers reprises à l’émission Night Time Review de la CBC, mercredi soir.

 

   Hier, le National Post faisait état de l’article d’Adbusters et présentait une interview avec Kalle Lasn, qui se disait tout surpris des «réactions viscérales»que son texte avait suscitées.  Lasn dit n’avoir aucune intention de se rétracter. Le Post note que le texte incriminé se trouve sur le site de la revue et est suivi d’un florilège de répliques.  Celle d’un David Goldstein, par exemple, qui rappelle que pendant les années noires du maccarthysme aux États-Unis, on dressait aussi de telles listes; à la différence qu’on tentait de prouver que les juifs étaient surreprésentés dans les rangs communistes.

 

   La réponse aux réponses se trouve aussi sur le site d’Adbusters.  Kalle Lasn y admet que la liste «était une provocation».  Mais il explique ensuite que «si c’était une liste de dentistes ou de pompiers, alors elle serait vraiment blessante.  Mais il ne s’agit pas de la liste d’un groupe ordinaire:  ces gens représentent le plus puissant et influent courant intellectuel du monde d’aujourd’hui.  Ils ont le pouvoir de déclencher des guerres et d’y mettre fin».  Selon Lasn, les néoconservateurs sont les «principaux architectes de la politique étrangère des États-Unis depuis le 11 septembre 2001- une politique profondément pro-israélienne et qui est à la source d’un anti-américanisme mondial».  Voilà la raison pour laquelle «il fallait braquer les projecteurs sur ces gens», se défend Lasn, qui conclut en s’interrogeant: «Si la moitié des néocons étaient Palestiniens, les États-Unis auraient-ils envahi l’Irak? »

 

   Dans l’article du Post mentionné plus haut, on citait notamment Frank Dimant, vice-président de l’organisation B’nai Brith du Canada, qui faisait remarquer que «dans l’administration de Bill Clinton, plusiers juifs se trouvaient dans des positions de pouvoir et pourtant, cette administration a toute fait pour apaiser le chef palestinien Yasser Arafat».  Daniel Pipes, historien qui dirige le think tank Middle East Forum et qui se trouve sur la liste d’Adbusters, écrit que la perspective de Lasn est absurde, «puisqu’elle implique que la region détermine absolument la position politique d’un individu».  Ainsi, note-t-il, «il y a de nombreux juifs très connus qui se sont prononcés contre la guerre en Irak».

 

   Interrogeons-nous:  y aura-t-il une motion unanime condamnant l’article de Lasn à la Chambre des communes?  Ou encore à l’Assemblée nationale?  L’antisémitisme de gauche connaîtra-t-il la même réprobation générale que l’apparence du vieil antisémitisme de droite, ou encore l’évocation de votes ethniques?...

Conseil Editorial
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          Numéro 129                                           Vendredi, 23 avril 2004

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La réprobation d'Israël et l'imaginaire anti-juif
Jean Ouellette
www.desinfos.com, 22 avril 2004

Au phénomène de la réprobation générale d'Israël auquel nous assistons depuis la deuxième intifada, on pourrait appliquer le constat que proposait Shmuel Trigano lors d'un colloque récent tenu à Montréal sur le nouvel antisémitisme : " Le phénomène antisémite qui nous préoccupe depuis trois ans a brouillé la distinction rationnelle qui est faite entre xénophobie, racisme et antisémitisme "

 

Pour Trigano, tributaire des analyses du sociologue Pierre-André Taguieff, un renversement s'est produit, aussi extraordinaire que paradoxal : " L'antiracisme qui est la profession de foi de l'antimondialisme et du gauchisme est parti en guerre contre Israël et les Juifs et a donc effacé la distinction et l'équivalence de valeur entre antisémitisme et racisme ". S'il est indéniable que le discours antisioniste et la critique démonisante de l'État d'Israël se situent souvent d'emblée dans une mouvance antisémite, il n'en est pas moins fréquent qu'inversement, le discours antisémite trouve un alibi facile dans la sphère du politique vu comme le lieu idéal où peut s'exercer impunément le jugement le plus réprobateur qui soit sur les politiques de l'État d'Israël.

Un autre pas est franchi quand la critique remet en question la légitimité de l'État juif et attribue le caractère présumé odieux de ses politiques à une quelconque déchéance morale de ses dirigeants héritée, par atavisme, des lieux troubles de l'expérience historique des Juifs à travers les âges. Une caricature parue en décembre dernier dans un quotidien d'ici et montrant Ariel Sharon attablé, bavoir au cou et dévorant des enfants palestiniens, ressortit à cet imaginaire collectif et lugubre qui hante bien davantage que le nôtre, faut-il le dire, l'imaginaire des sociétés européennes.

Contrairement à l'Europe, le Québec n'est pas le théâtre d'actes haineux commis à l'endroit des Juifs. Cet état de fait, si réjouissant et si rassurant qu'il soit, n'empêche aucunement le discours haineux antijuif ni ne masque le caractère particulièrement délétère du discours antisioniste et anti-israélien. Le premier s'exprime de façon ouverte et explicite dans les lignes ouvertes de la radio et dans les tribunes réservées aux lecteurs des grands quotidiens et parfois, mais exceptionnellement, dans des éditoriaux. Le second
domine la couverture médiatique du conflit israélo-arabe. Ce dernier discours n'est pas en soi illégitime et peut formuler des critiques à l'endroit d'Israël comparables à celles que l'on retrouve dans la presse israélienne elle-même. Ce qui frappe dans la couverture médiatique du conflit qui oppose Israël à ses voisins arabes et palestiniens, c'est le caractère récurrent des tentatives de démonisation de l'État d'Israël, de sa population, de ses structures organisationnelles et surtout de son armée en laquelle on se complaît à imaginer des manquements répétés et délibérés aux droits élémentaires des Palestiniens. Ces exactions seraient assimilables aux crimes commis par les nazis !

La barrière de sécurité destinée à prévenir les attentats terroristes devient dans la bouche des commentateurs de la télévision un " mur de la honte " ou un " mur de l'apartheid ".
Il faut comprendre que les victimes israéliennes des attentats terroristes tombent sous les assauts de résistants épris de liberté et que les opérations de représailles de l'armée israélienne constituent autant de violations des Droits de l'Homme et contribuent à la paupérisation d'une société déjà dépossédée par les exactions du sionisme international. Ils vont jusqu'à suggérer qu'Israël s'adonne au terrorisme d'État. D'autres affirmeront sans l'ombre d'une hésitation que l'État d'Israël, loin de constituer une démocratie, s'apparente davantage à un état théocratique qui pratiquerait, au surplus, des politiques racistes à l'endroit de ses minorités.

Le caractère fallacieux de ces accusations est d'autant plus étonnant qu'elles émanent très souvent de personnes parfaitement crédibles en d'autres circonstances et parfaitement respectables dans leur milieu de travail. Il ne viendrait à l'idée de personne qu'il faille considérer tous les commentateurs de l'actualité proche-orientale qui s'expriment dans nos médias comme des racistes et des antisémites.

Comment expliquer l'extrême réticence d'un grand nombre de journalistes et de beaucoup de nos intellectuels à discerner au moins une part de vérité dans le " récit " israélien et leur incapacité à éprouver un minimum d'empathie (sympathie serait un terme trop fort) pour les Israéliens dans la conjoncture qui est la leur ? Pourquoi nos médias ouvrent-ils plus volontiers leurs portes à des " experts " juifs qui font profession de foi antisioniste et rejettent l'idée même d'un État juif et boudent ceux-là mêmes, juifs ou non, dont on décrète que leurs émotions sont trop inspirées par leur amour d'Israël pour que leur expertise soit considérée de bon aloi. Pourquoi tellement de nos experts acceptent-ils sans sourciller la thèse selon laquelle le terrorisme palestinien serait en riposte aux politiques israéliennes et donc, de fait, parfaitement explicable sinon justifiable et condamnent du même trait de plume le terrorisme islamiste ? Récemment on a pu s'étonner du deuil médiatique qui a entouré l'élimination du Cheikh Yassin alors que la mort tragique de civils israéliens à la suite d'attentats terroristes ne suscite guère d'émotion.

À l'image stéréotypée, robotisée, de l'Israélien dominateur, de culture anglo-saxonne, jouissant d'un climat qui rappelle la Floride ou la Californie, se gorgeant des capitaux de nos voisins du Sud, soumis à une morale biblique inférieure à celle que nous pensons avoir héritée du Nouveau Testament et qui proscrirait, aime-t-on croire, la politique des attentats ciblés, il faut substituer celle, plus complexe, d'individus acculturés aux réalités de leur pays grâce au creuset que leur offre une armée de conscrits, hébraïsés mais pas au point de ne plus parler les langues des nations d'où sont issus leurs aînés, épris de science et de culture et sensibles aux valeurs morales d'une tradition éthico-religieuse déjà vénérable à une époque où l'Europe en était à ses premiers balbutiements.

L'ancrage dans la conscience collective de schèmes mentaux hostiles aux Juifs perçu comme l'Autre par excellence et qui n'attendent qu'un stimulant extérieur pour sortir de leur latence, surtout s'ils vont de pair avec une profonde ignorance du judaïsme considéré dans toute son extension historique, nous fournit peut-être le début d'une explication. L'antisémitisme serait-il si profondément intégré à notre culture qu'il continuerait à asservir les réflexes de ceux-la mêmes qui, par l'éducation et la réflexion, sont parvenus malgré tout à opérer dans leur esprit le décryptage intellectuel nécessaire à l'éradication d'un préjugé aussi tenace.

Si, d'aventure, l'État d'Israël devait porter seul la responsabilité des défaillances et des échecs des sociétés arabes qui l'entourent, notre conscience se verrait, du même coup, blanchie et soulagée d'avoir trouvé enfin une collectivité juive que l'on peut commodément montrer du doigt dans l'espoir, un jour, de la voir bannie du concert des nations. Soulagés du devoir de lucidité dans l'analyse des conflits qui sévissent au Proche-Orient, les chantres de l'explication mythique auront la partie facile : ils accuseront les nouveaux Juifs d'avoir empoisonné l'eau du puits.

 (Jean Ouellette est membre du Conseil Editorial de l'ICRJ)


La politique de l’autruche 

Norman Spector

Le Devoir, 22 avril 2004

 

   Tout comme le ministre de la Justice, Irwin Cotler, j’ai appris l’hébreu à l’école Talmud Torah de Montréal. Plus tard, j’ai aussi étudie l’arabe et ainsi connu les deux côtés du conflit qui déchire le Proche-Orient.  Et je crois que Me Cotler a erré en qualifiant l’incendie de notre ancienne bibliothèque de «crime haineux».

 

   Certes, l’antisémistisme, comme d’autres formes de racisme, existe au Canada.  Cependant, connaissant Me Cotler, je ne peux pas croire qu’il était vraiment en accord avec l’approche adoptée par le directeur exécutif du Conseil canadien des relations américano-islamiques, Riad Saloojee, qui a vu dans cette attaque «une chance de rendre universelle la question des crimes haineux».

 

   Avant sa nomination comme ministre, Me Cotler avait écrit un texte important sur le «nouvel antisémitisme» qui dépeint Israël- à la fois dans les médias et dans les rues- comme un mal unique, apparenté à lAllemagne nazie. À cet égard, Me Cotler a sans doute lu entier le communiqué retrouvé à l’emplacement des livres brûlés.  Les auteurs y expliquaient ceci: «Notre but était de déclencher l’alarme sans causer de décès […], mais ce n’est qu’un commencement.  Si vos crimes continuent au Proche-Orient, nos attaques continueront.»

 

   La plupart des médias n’ont pas reproduit ce texte.  D’autres ont toutefois souligne que l’attaque se voulait une revanche pour l’attentat d’Israël contre le leader du Hamas, le cheik Ahmed Yassine.  Cependant, ce dont a besoin et ce que cherche cette organisation, plus encore que la vengeance, c’est un moyen de dissuasion.  Le premier ministre Ariel Sharon a déjà démantelé la majeure partie de l’infrastructure du Hamas en Cisjordanie et est sur le point de faire de même à Gaza, avant que ses troupes ne se retirent.  La semaine dernière, le président américain George W. Bush à remis à Sharon une letter reconnaissant le droit d’Israël à «agir contre des organismes terroristes».

 

   Le Hamas ne connaît aucune limite à son utilisation de la violence, y compris le fait d’envoyer des femmes et des enfants faire les kamikazes dans les pizzerias.  Ses amis occidentaux utilisent le langage des droits de la personne pour essayer de mettre un frein à la campagne militaire de M. Sharon contre le terrorisme.  En arabe, cependant, le message est différent et comprend des menaces proférées contre les communautés juives à l’extérieur d’Israël.

 

   Quelques éditorialistes ont complètement ignoré le communiqué, tout comme l’a fait le premier ministre Paul Martin, qui a déclaré sans embarras que «ce n’était pas une attaque contre les juifs».  En revanche, le chef conservateur Stephen Harper a dit que ses «pensées étaient avec la communauté juive».

 

   En établissent un lien entre l’incendie criminel de la bibliothèque et un incendie raté dans une mosquée à Toronto, M. Martin n’a pas su faire une distinction importante.  Depuis le 11 septembre 2001 et l’envoi de nos troupes en Afghanistan, il n’y a qu’une seule guerre qui ait été déclarée contre les Canadiens--celle d’Oussama ben Laden--, et les mosquées au Canada n’en sont pas la cible.

 

   Il est possible que ce soit un fou ou un bigot qui ait écrit le communiqué trouve à Montréal.  Cependant, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) indique que des cellules d’espions en dormance--comme celles qui ont choisi les emplacements juifs à Montréal ou envoyé Ahmed Ressam à Los Angeles pour y faire sauter l’aéroport international--sont présentes au Canada.  Une sécurité accrue autour des établissements juifs serait beaucoup plus efficace que la campagne éducative antiraciste proposée par M. Cotler.

 

   En mai 2003, les cibles des attaques à Casablanca, au Maroc, comprenaient un cimitière et un centre social juifs.  Ceux qui ont fait exploser les trains de Madrid, au mois de mars dernier, projetaient de viser des emplacements espagnols semblables dans une deuxième phase.

 

   Peu de jours avant l’incendie de la bibliothèque de l’école juive de Saint-Laurent, la police de Londres avait saisi 600 kilogrammes de nitrate d’ammonium, une quantité suffisante pour fabriquer des bombes plus puissantes que celles qui ont tué 202 personnes à Bali.  Cinq hommes ont été inculpés en vertu de la loi antiterroriste et la police londonienne a indentifié un jeune homme d’Ottawa comme étant un conspirateur.

 

   Après l’incendie à l’école de Saint-Laurent, l’imam d’Ottawa, Jamal Solaiman, a expliqué que «les Canadiens devaient comprendre que la paix au Canada ne peut être réalisée qu’en gagnant les coeurs et les esprits des citoyens du monde musulman».  Il est bien plus inquiétant que, pour des extrémistes de leur monde, les bébés soient des cibles légitimes parce qu’ils deviennent des soldats quand ils grandissent, de même que les mères sont des cibles légitimes parce qu’elles élisent Ariel Sharon et George W. Bush, tout comme les juifs de la diaspora sont des cibles légitimes parce qu’ils soutiennent l’«entité sioniste» dont la seule existence est considérée par ces extrémistes comme une hérésie religieuse.

 

   La guerre contre le terrorisme est un partie une guerre contre toutes ces idées.  Elle doit être conduite par des agents de renseignement qui maîtrisent les langues étrangères autant que par des soldats bien équipés.  Nous pourrons gagner si nous gardons l’oeil ouvert, mais nous sommes certains de perdre se nous persistons à pratiquer la politique de l’autruche.

 

 (Norman Specteur est chroniqueur politique au Globe and Mail.)

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          Numéro 128                                           Vendredi, 16 avril 2004

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No

D2003-11-018

 

Date_Décision

20040326

 

Plaignant

M. David Ouellette

 

Mis_en_cause

M. Jean-Guy Dubuc, journaliste, M. Benoit Lapierre, éditorialiste en chef, M. François Beaudoin, directeur de l’information et le quotidien La Voix de l’Est

 

Résumé_Plainte

M. David Ouellette porte plainte contre le quotidien La Voix de l’Est, à propos d’un éditorial écrit par Jean-Guy Dubuc, le 24 septembre 2003, et intitulé « Quand Israël se fait assassin ». L’éditorial a été écrit au moment où le vice-premier ministre israélien avait évoqué le meurtre de Yasser Arafat comme une option. Il reproche au journaliste d’avoir assimilé le gouvernement israélien à l’ensemble du peuple juif et d’avoir cultivé des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et du judaïsme.

 

Griefs_Plaignant

Selon le plaignant, l’objet premier de cet éditorial est de condamner les considérations du vice-premier ministre israélien quant au sort politique et personnel de Yasser Arafat, alors que celles-ci ont été rapidement démenties officiellement par le gouvernement israélien. M. Ouellette estime que cette condamnation « dérive de la critique légitime des politiques d’un gouvernement quelconque à la diffamation du peuple juif et du judaïsme en puisant dans le canon antijudaïque d’une théologie catholique révolue et répudiée par le Vatican ».

 

Il cite un passage de l’éditorial mis en cause :

« On croirait entendre la condamnation du Christ lui-même, mis à mort par les Juifs. On n’aime pas la personne? On l’exécute. » Pour le plaignant, M. Dubuc avance d’emblée que les Juifs éliminent leurs adversaires par l’assassinat depuis la crucifixion du Christ, crucifixion qu’il attribue indistinctement aux Juifs.

 

Il considère que non seulement, M. Dubuc ressuscite l’accusation de déicide et agite ainsi le spectre de la culpabilité collective qui a valu aux Juifs des siècles de persécutions sanglantes, mais qu’en plus, il assimile sans différenciation le gouvernement d’Israël à l’ensemble des Juifs.

 

Le plaignant estime qu’à la lecture de l’éditorial, « le déicide imputé aux Juifs semble condamner ceux-ci à le répéter sous forme d’actions contre-terroristes du gouvernement israélien, parce que les Israélites, n’ayant pas accepté le Christ, seraient restés attachés à un code moral et juridique suranné ». Et de citer le passage qui a inspiré ce commentaire :

 

 « Et les Israélites en font tout autant, fidèles à la politique "œil pour œil, dent pour dent", figée dans un Ancien Testament qui n’a pas entendu un tout autre message de leur compatriote Jésus de Nazareth. »

 

En outre, M. Ouellette  s’indigne à propos de la dernière phrase de l’éditorial : « Enfin, surtout, les Juifs peuvent-ils être lucides sur eux-mêmes? », question rhétorique à laquelle, selon lui, le lecteur, au bout de ce long réquisitoire théologique antijudaïque, ne peut que répondre non.

 

Enfin, dans un dernier paragraphe, il rappelle les raisons de sa plainte : « Cet article confond Juifs et gouvernement israélien et sous couvert de critique politique, il s’engage à dépeindre l’ensemble des Juifs et le judaïsme sous une lumière défavorable, voire maléfique. » De ce fait, il reproche à Jean-Guy Dubuc d’avoir entretenu des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et du judaïsme.

 

Comm_Mis_en_Cause

Commentaires de Benoit Lapierre, éditorialiste en chef, cautionnés par François Beaudoin, directeur de l’information :

 

Pour M. Lapierre, ce que le plaignant reproche principalement à l’éditorialiste, c’est d’avoir diffamé le peuple juif.

 

Il reprend les deux premiers passages utilisés par le plaignant pour attester qu’à la lecture de l’éditorial, on ne peut absolument pas conclure comme le fait le plaignant. Il estime que son interprétation du texte est erronée et biaisée.

 

En ce qui concerne la part prise par les Juifs dans la mise à mort du Christ, le plaignant laisse entendre, selon lui, qu’il y a erreur sur les faits, ce qu’il a bien le droit d’affirmer, si ce n’est que selon le Petit Larousse : « Après la venue de Jésus à Jérusalem pour la Pâque, l’atmosphère se tendit; à l’instigation des éléments dirigeants juifs, Jésus fut arrêté, condamné à mort et crucifié sur l’ordre du procureur romain, Ponce Pilate. »

 

M. Lapierre affirme donc que M. Dubuc ne serait peut-être pas le seul à mal interpréter l’histoire. De ce fait, il considère que cette plainte est sans fondement et purement vexatoire.

 

Commentaires de Jean-Guy Dubuc, journaliste :

 

Pour le mis-en-cause, il est évident, à tout esprit lucide, qu’il dénonçait, à l’instar de plusieurs autres éditorialistes dans le monde, les paroles du chef du gouvernement d’Israël, et non tous les Juifs du monde.

 

« Quant au procès de Jésus, on ne refera pas l’histoire! », s’exclame-t-il.

 

Il dit laisser le Conseil de presse à ses responsabilités, mais, que personnellement, il croit ne devoir changer aucun mot de ce qu’il a écrit. Selon lui, les paroles du gouvernement israélien méritaient la réprobation mondiale.

 

Enfin, il conclut sur ces commentaires : « Il faut quand même appeler un chat un chat et qualifier les gestes de tous les artisans de la haine, quels qu’ils soient. »

 

Répl_Plaignant

Selon le plaignant, l’article de M. Dubuc est certes un billet d’opinion, mais même un éditorial doit reposer sur des faits vérifiables et des réalités tangibles. M. Ouellette atteste que les arguments de M. Dubuc reposent sur des préjugés d’ordre religieux et un déterminisme théologique qui n’ont pas leur place dans la critique de mesures antiterroristes évoquées par le membre d’un gouvernement étranger.

 

Le plaignant, qui considère comme incontestable le fait que M. Dubuc accuse les Juifs de la mise à mort du Christ, se lance alors dans des considérations théologiques. Cette accusation repose sur les seuls évangiles. Or, selon lui, si ceux-ci « contiennent un noyau de vérité historique, les récits de la Passion sont indubitablement un théologoumène dont les objectifs clairement prosélytes visent à la fois la conversion des Juifs et la délégitimation de la foi rivale des premiers chrétiens, soit le judaïsme ». En outre, du fait qu’à son idée, les apôtres ne sont pas d’accord entre eux sur les faits, il affirme que « M. Dubuc ne peut se réclamer de l’objectivité historique des évangiles et encore moins fonder son accusation de déicide et inférer qu’un déterminisme théologique opère dans les actions politiques ou le sens de la justice des Juifs ou de l’État d’Israël ». 

 

Il assure, par ailleurs, que si certains Juifs considéraient Jésus comme un dangereux adversaire, divisés comme ils l’étaient sous la domination romaine, ce ne sont certainement pas tous les Juifs qui ont cherché à influencer les Romains à condamner le Christ. Il estime, donc, qu’en l’absence de toute autre preuve documentaire de la vie de Jésus que les évangiles, imputer la mise à mort du Christ aux Juifs et à leurs descendants est tout aussi dénué de fondement historique au sens moderne et critique que l’extrapolation de M. Dubuc, « on n’aime pas la personne? On l’exécute! ». En outre, pour M. Ouellette, M. Dubuc n’explique pas en quoi les Juifs ont pour habitude d’éliminer leurs adversaires en les tuant, et en ce sens, l’accusation est gratuite et collective. Il complète son argumentation en ces termes : «  Jusqu’à preuve du contraire, ce sont bien plutôt les Juifs qui ont subi des exécutions sans appel depuis les pogromes d’Éléphantine aux Croisades, en passant par l’Inquisition et la Shoah, jusqu’aux purges "antisionistes" de Staline et le terrorisme islamo-palestinien. »

 

Il insiste sur le fait que ces accusations s’adressent bien aux Juifs dans leur ensemble, et non au vice-premier ministre israélien, car « Israélite » et « Israélien » ne sont pas des termes interchangeables, « Israélite »  désignant les Juifs ou les habitants du royaume biblique d’Israël », « Tous les Israéliens ne sont pas Israélites et tous les Israélites ne sont pas Israéliens , affirme-t-il. Il estime que lorsque M. Dubuc lance ces accusations aux Israélites, il ne s’adresse pas strictement aux décideurs politiques israéliens, comme il le dit dans ses commentaires.

 

Par ailleurs, selon le plaignant, la relation que M. Dubuc établit entre le supplice de Jésus –« châtiment éminemment romain, ordonné par le procureur Ponce Pilate, selon les évangiles eux-mêmes » – et les mesures envisagées par le gouvernement israélien pour défendre ses citoyens du « terrorisme orchestré par Yasser Arafat depuis cinq décennies » est délirante. Pour M. Ouellette, si M. Dubuc souhaitait dénoncer la politique du gouvernement, il aurait pu être plus crédible en s’abstenant d’avoir recours à des clichés antijudaïques ciblant l’ensemble des Juifs. Il considère qu’en homme instruit, M. Dubuc sait pertinemment que l’accusation de déicide a historiquement servi à inciter les masses contre les Juifs et à décimer des communautés entières et qu’en choisissant ainsi la rhétorique du déicide juif et de l’aveuglement spirituel des Juifs, il poursuivait une « stratégie discursive dépendante du ressentiment antijuif séculaire véhiculé par l’Église jusqu’à l’adoption de Vatican II ».

 

Enfin, il conclut que M. Dubuc, qui remet en question la lucidité des Juifs, a écrit un texte qui recèle des charges intempestives à l’endroit des Israélites. Le journaliste transgresserait ainsi la ligne rouge entre la critique légitime d’un gouvernement et la délégitimation, ainsi que la diffamation d’un peuple entier sur fond d’intolérance religieuse.

 

Décision

Le journalisme d'opinion accorde aux professionnels de l'information une grande latitude dans l'expression de leurs points de vue, commentaires, opinions, prises de position, critiques, ainsi que dans le choix du ton et du style qu'ils adoptent pour ce faire. Traditionnellement, l'éditorial et le commentaire émanent de la direction d'un média et reflètent la position, les convictions ou l'orientation générale de l'éditeur – ou de l'équipe éditoriale – quant aux questions qui y sont traitées. Les sujets et les contenus des éditoriaux relèvent de la discrétion de l'éditeur qui est libre d'établir la politique du média en ces matières.

 

M. Ouellette reproche à M. Dubuc d’avoir véhiculé dans son éditorial des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et d’avoir assimilé, dans sa critique, l’ensemble de ceux-ci avec le gouvernement israélien.

 

Si l’éditorialiste fait une critique sévère du gouvernement israélien et des Juifs, il rappelle aussi qu’Israël est « le pays qui a souffert du pire assassinat des temps modernes ». Il ne s’agit donc pas ici d’un pamphlet antisémite. Jean-Guy Dubuc n’hésite pas non plus à formuler des commentaires négatifs à l’égard de Yasser Arafat et du peuple palestinien. Ainsi, même si son opinion est très tranchée sur le sujet, et son titre d’éditorialiste le lui en donne le droit, M. Dubuc ne fait pas non plus l’apologie des Palestiniens.

 

En ce qui concerne l’assimilation du peuple juif avec le gouvernement israélien, sans s’attarder sur des réflexions sémantiques, il faut à tout le moins reconnaître qu’Israël est un état juif. Le Conseil de presse ajoute qu’à chaque fois qu’un gouvernement prend une décision, en tant que représentant du peuple, il est évident que les conséquences des décisions rejaillissent automatiquement sur l’ensemble de la communauté. Ici, comme la critique vise le gouvernement israélien, elle a donc des répercussions immédiates sur la communauté juive. Néanmoins, le Conseil ne relève pas de remarques pouvant susciter un éventuel manque de respect envers des groupes sociaux ou religieux.

 

Quant aux aspects historiques, théologiques et sémantiques auxquels le plaignant se réfère, le Conseil de presse considère qu’il n’est pas de son ressort de se lancer dans un tel débat. Il laisse aux spécialistes le soin d’élucider ces questions.

 

En conclusion, le Conseil reconnaît que l’éditorialiste avait le droit d’exprimer librement son opinion, en vertu de sa liberté rédactionnelle, même si ses propos ont pu paraître offensants pour certains.

 

Pour toutes ces raisons, le Conseil rejette la plainte contre le journaliste Jean-Guy Dubuc et le quotidien La Voix de L’Est...

 


Lettre: La décision du Conseil de Presse du Québec
David Ouellette vs Jean-Guy Dubuc
 
Jean Ouellette
 14 avril, 2004 

   Messieurs, Mesdames: À titre d'ancien membre du Conseil de Presse du Québec (j'ai été président du Comité des cas), je voudrais exprimer ma stupéfaction à la lecture de la décision que le Conseil a rendu récemment dans le cas cité en rubrique.

   En suggérant qu'Israël, État juif comme vous le dites, prend des décisions qui engagent les Juifs de la Diaspora (vous parlez de "répercussions), le Conseil adopte une posture qui ne fait qu'ajouter à l'extrême confusion des arguments que vous invoquez à l'appui de la défense de l'éditorialiste visé par la plainte.  Les juristes ne manqueront pas de contester la fausseté de l'argumentation.  Il me semble que le Conseil a erré dans cette décision.

   Même si vous en veniez à rejeter la plainte, vous ne pouvez le faire sur la base des arguments spécieux que vous invoquez.  Les arguments mis de l'avant par l'entreprise de presse et par l'éditorialiste ne résistent pas à l'analyse. Je dirais même qu'ils sont honteux et qu'ils nuiront à la réputation du Conseil.  J'ai déjà procédé à des consultations auprès de journalistes et d'intellectuels connus pour leur rigueur: leur incrédulité a vite fait place à la stupéfaction à la lecture du texte d'une décision, dont on peut dire sans exagération, qu'elle ouvre la voie à une justification post factum de l'attaque contre l'école juive de Ville St-Laurent.  Enfin, le recours à une sorte de déterminisme théologique (on cite le Larousse pour nous faire une leçon d'histoire!) pour décrire le comportement des Juifs contemporains est une insulte à l'intelligence et une attaque contre l'intégrité de nos concitoyens juifs et celle des citoyens israéliens. 

   Il me semble que le Conseil a failli à sa tâche en se réfugiant derrière une vague déclaration rédigée en langue de bois sur l'incontestable liberté de l'éditorialiste, en invoquant le principe pour le moins douteux de la culpabilité par association et en prenant pour acquis le caractère supposément criminel de l'État d'Israël.

 (Jean Ouellette, professeur à l'Université de Montréal, est membre du Conseil Editorial de l'ICRJ)

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          Numéro 127                                           Vendredi, 9 avril 2004

COMMUNIQUÉ ISRANET
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L'ignoble attentat
Lysiane Gagnon
La Presse, 8 avril 2004

J'entendais l'autre jour des gens se féliciter de ce qu'il y avait eu cette année quatre fois moins d'incidents antisémites au Québec qu'en Ontario. Autrement dit, quand on se compare, on se console...

C'est une façon tordue de voir les choses. Primo, un seul incident serait déjà de trop. Secundo, le Québec a été depuis deux ans le théâtre de deux attaques particulièrement graves contre la communauté juive. En 2002, un cocktail Molotov endommageait sérieusement l'unique synagogue de Québec, et cette semaine, on montait de plusieurs crans dans l'horreur, avec l'ignoble incendie de la bibliothèque de l'école Talmud Torah.

Jusqu'à tout récemment, l'antisémitisme au Québec- le vieil antisémitisme " canadien-français "- était surtout affaire d'attitude: un mélange de méfiance, d'envie, d'ignorance crasse, d'hostilité plus ou moins ouverte envers les Juifs. Mais on ne passait pas aux actes, contrairement au Canada anglais où sévissent quelques groupuscules de " suprémacistes blancs " et de négationistes.

Hélas, nous voici au stade de l'acte. Et s'il faut en croire le message laissé par les auteurs de l'attentat, il s'agit maintenant non plus seulement de vandalisme extrême, non plus seulement d'un acte " haineux ", mais de terrorisme pur et simple, apparemment perpétré pour venger l'assassinat du Cheik Yassine par l'armée israélienne.

D'où la nécessité d'une réaction collective à cette violence importée de la poudrière du Proche-Orient. Les leaders politiques se sont conduits impeccablement, mais il ne faut pas s'arrêter là.

D'où, aussi, la nécessité d'une solidarité inconditionnelle avec les Juifs du Québec qui désormais vivent dans la crainte de voir leurs domiciles couverts de graffitis haineux, voire d'être victimes d'agressions physiques pour peu que leur judaïté soit visible, comme cela s'est produit plusieurs fois en France.

Cessons de trouver des " excuses " aux terroristes qui ont brûlé les livres d'une école élémentaire en nous avertissant, par-dessus le marché, que ce n'était qu'un début, sous-entendant que la prochaine fois, ce serait pire.

On entend trop souvent des gens dire, dans une molle et lâche défense de la communauté juive, que cette dernière ne devrait pas payer pour les péchés du gouvernement Sharon parce que nombre de Juifs de la diaspora sont contre les politiques de Sharon. C'est vrai du reste, mais même si ce ne l'était pas, qu'est-ce que cela changerait? Les Juifs ont le droit inaliénable à leurs opinions politiques, qu'elles soient populaires ou non, dans ce pays où la liberté d'opinion et d'expression est censée être garantie.

Cessons d'exiger, comme on le leur demande souvent à mots couverts, que les Juifs de la diaspora se dissocient de l'État d'Israël pour acheter leur sécurité. Au-delà des différences d'opinion concernant les politiques de l'actuel gouvernement israélien, il n'y a pas un Juif, où que ce soit, qui ne tienne au droit à l'existence et à l'autodéfense de l'État d'Israël, exception faite de quelques marginaux surexcités (ceux, toujours les mêmes, que certains journalistes nous présentent comme les seuls " bons " Juifs)

Cessons aussi de nous tromper de victimes. Dans le flot de commentaires qui ont suivi cet attentat, nombre de beaux esprits n'avaient rien de plus pressé que d'exhorter la population à " ne pas montrer du doigt " la communauté arabo-musulmane, à comprendre son point de vue sur le Proche-Orient, etc. Comme on ignore qui sont les auteurs de l'attentat, c'était vraiment de la surprotection!

En vérité, dans ce cas-ci, il n'y a qu'une victime et une seule, et c'est la communauté juive- pas seulement la minorité de Juifs religieux qui fréquentent les écoles privées et portent la kippa ou font partie des sectes hassidiques, mais tous les Juifs, y compris la majorité laïque.

Ici comme ailleurs, et même en Israël, la majorité des Juifs sont non religieux (ou si peu) et n'affichent aucun signe distinctif. La judaïté n'est plus, aujourd'hui, d'abord affaire de religion. C'est une culture et une histoire. Une histoire dont Israël fait partie au même titre que l'Holocauste d'où ce pays a tiré sa raison d'être.

Une autre distorsion mentale qui revenait cette semaine dans nombre de propos, c'est de tout étiqueter en termes de " racisme ", en ignorant la spécificité de l'antisémitisme, ce mal millénaire, pernicieux et foncièrement irrationnel, qui semble plonger ses racines dans la recherche du bouc émissaire.

Au lieu de multiplier les appels vagues à la " tolérance ", comme si l'antisémitisme relevait d'un banal réflexe xénophobe, il serait plus utile de regarder la réalité en face. L'attentat de lundi n'est pas surgi de nulle part. Il se produit à la suite de multiples incidents, les uns connus, les autres cachés ou passés sous silence, et qui tous indiquent la montée d'un antisémitisme d'un nouveau type.

Pour en finir avec Mel Gibson
Gérard Mordillat et Jérôme P
rieur
Libération, 7 avril 2004

Dans son Voyage au bout de la nuit, Céline définissait le cinéma comme une grande place trouble, «une grande place trouble pour les pauvres, pour les rêves», écrivait-il. Le film de Mel Gibson, bien au-delà de son indigence esthétique et de ses escroqueries historiques, révèle combien le christianisme contient toujours en lui, et même à son insu, une grande place trouble. Une poche de résistance, un nid de rancoeur, de ressentiment qui ira en s'amplifiant des positions «antijudéennes» des premiers temps à l'«antijudaïsme» après la chute du temple de Jérusalem en 70 jusqu'à l'«antisémitisme» au sens moderne du terme. Devenue religion officielle de l'Empire romain, l'Eglise ne combattra plus les Juifs en raison de leur implantation géographique (la Judée) ni en raison de leur foi (le judaïsme) mais en tant que figure de l'aveuglement, de la surdité aux volontés de Dieu, comme image du Mal, l'incarnation du Diable.

Deux formes d'antisémitisme se superposent aujourd'hui en France. Un antisémitisme importé du conflit israélo-palestinien, l'«israëlophobie» confondant l'Etat hébreu et la politique du gouvernement Sharon avec les Juifs en général, et l'antisémitisme culturel de l'histoire occidentale, la judéophobie héritée de la vieille tradition catholique voyant les juifs comme les assassins du Seigneur Jésus, le «peuple déicide». Ce dont la Passion du Christ est ni plus ni moins le dernier avatar.

Dans son film, Mel Gibson reprend à son compte la vieille rengaine chrétienne des Juifs assassins du fils de Dieu, mais la chantonne à voix basse (style «c'est l'humanité qui est coupable» - comme si l'«humanité» en ce lieu et en ce temps de l'histoire avait un autre visage que celui des grands prêtres du Temple en costumes d'opérette, du juif cupide, du traître Judas au nez crochu, de la populace de Jérusalem)... Mel Gibson, par la violence des images qu'il propose, ouvre un nouvel espace où les vessies antisémites se vendent comme des lanternes historiques.

On sent les responsables catholiques gênés aux entournures par le film : pris en tenailles entre les conclusions de Vatican II - mais pour certains elles sont démodées, vieilles de quarante ans déjà - et le peuple des fidèles, les «braves gens» qui n'en sont toujours pas arrivés là et qu'il ne faut pas brutaliser. Il en va de la vérité de l'Evangile. Comment ce que disent les Evangiles - au demeurant livres de théologie et de propagande - pourrait-il ne pas être vrai ? Et c'est de cet argument particulièrement spécieux qu'usent les plus farouches partisans du film.

Mais le pire - si l'on peut dresser une telle échelle - ce sont les autres, ceux qui au nom de la «liberté de penser», au nom de la «vérité historique» sont prêts à tout croire, sans se douter que d'autres ont tout pensé à leur place. De même que l'on a parlé de «lepénisation» des esprits, tant les idées racistes et xénophobes de l'extrême droite finissent par être banalisées dans les médias et les partis politiques, redoutons que l'on  parle désormais de «melgibsonisation» de l'histoire, tant l'inculture de nos contemporains en matière d'histoire des religions est grande, les manuels édités par les éditeurs scolaires ressemblant d'avantage à des catéchismes laïcs qu'à un vrai travail de critique des sources que l'on serait en droit d'attendre.

La mise à mort de Jésus, multidiffusée en mondiovision, n'est pas seulement une résurgence du sadomasochisme cher aux doloristes. C'est à travers le temps même de la torture, de la flagellation, du portement de la croix, de la crucifixion, une manière de faire durer le spectacle. Mais pourquoi faire tant durer la représentation d'un supplice qui tient en un mot seulement dans les Evangiles ? Pourquoi ralentir le lynchage ? C'est pour avoir le temps de jouir de l'horreur, et, à chaque coup donné, de transférer la honte et l'angoisse sur les coupables : les bourreaux et ceux qui les auraient, jadis, armés... Supplicier sans fin ce corps, et ici au-delà même de la vraisemblance physiologique, au-delà même de toute espèce de réalisme, c'est  défigurer la victime, ce que les nazis voulaient faire dans les camps, c'est aussi chercher à réussir une autre opération. Le corps martyrisé, tuméfié, lacéré, scarifié, maquillé du Jésus gibsonien est un leurre : c'est le prix à payer pour que soit effacé le corps d'homme et de juif, et qu'advienne à sa place un corps divin, un corps universel.

Coincé entre l'hypocrite pudibonderie hollywoodienne et les interdits de l'Eglise, l'Evangile selon Gibson n'ose d'ailleurs pas montrer ce dont témoignent les historiens romains : les crucifiés étaient suppliciés nus. Mais montrer Jésus nu pose un problème auquel se sont heurtés tous les fabricants d'images chrétiennes, c'est montrer son sexe circoncis, montrer que ce Seigneur que l'on révère comme un Dieu était juif.

Or, aussi désolant cela soit-il pour certains, il ne faut pas craindre de le répéter, de le dire, de le redire, de le dire autant de fois que nécessaire, tant ce qui est pour nous une affirmation historique incontestable - Jésus était juif, il a toujours vécu sous la Loi sans autre horizon qu'Israël - apparaît encore à certains comme inacceptable voire provocateur, scandaleux. Répétons-le donc sans se lasser : Jésus n'a jamais voulu rompre avec la religion de ses pères, il n'a jamais été chrétien, il n'en a évidemment jamais rencontré de sa vie. Ajoutons que, en tant que juif observant, l'idée de renoncer à la circoncision, marque de l'Alliance avec Dieu (Yahvé), aux interdits alimentaires, au sabbat, à l'observance de la Torah n'était certainement pas une idée qu'il aurait professée aux alentours des années 30 de notre ère, en Judée comme en Galilée.

Jésus n'était pas un «réformateur» du judaïsme, en tout cas pas plus pas moins que les autres prophètes apocalyptiques de son temps - dont l'historien juif Flavius Josèphe cite de nombreux exemples- qui, comme lui, prêchaient la restauration du royaume d'Israël, appelaient de leurs voeux le règne de Yahvé et annonçaient l'imminence du Jugement dernier et la Fin des temps. L'homme Jésus, le thaumaturge, le faiseur de miracles aux dires des Evangiles (écrits de quarante à soixante ans après sa mort) n'a pas voulu, ni même pensé, une nouvelle religion qui se détacherait du judaïsme au point de voir dans les juifs des adversaires qu'il faut combattre puis des ennemis qu'il faut exterminer.

La singularité de Jésus, juif «issu de la lie du peuple» selon la formule de Voltaire, incompréhensible hors du judaïsme de son temps, un judaïsme aux multiples facettes, un judaïsme qui ignore toute orthodoxie, est d'avoir été de tous ses semblables (Jean le Baptiste, Theudas, Judas le Galiléen, l'Egyptien, etc.) le seul prophète dont la vie ait été écrite ou le seul dont l'histoire nous soit parvenue. Le croyant y lira une manifestation de la volonté divine, l'historien s'arrêtera devant cette exception qui place la littérature en première ligne de l'histoire chrétienne.

Dans une interview, Mel Gibson se défend d'être antisémite, arguant que c'est impossible de l'être pour un chrétien. Cette pétition de principe est l'ordinaire défense de ceux qui ne veulent voir dans l'expression de l'antisémitisme chrétien qu'une «crise de nerfs», pour utiliser le vocabulaire de René Girard, qui a récemment exprimé son admiration pour le film gibsonien. Mais il n'y a de crise de nerfs que pour ceux qui récusent la judéité fondamentale de Jésus au nom de la foi, de la transcendance, de l'universalité proclamée du Christ. C'est bien au contraire cette récusation et son corollaire l'antisémitisme qu'il faut interroger, au lieu de s'enfermer dans la dénégation, de s'y accrocher comme à un dernier bastion qui, si jamais il tombait, risquerait d'entraîner dans sa chute le christianisme lui-même et la civilisation occidentale.

L'antijudaïsme n'est pas pour autant une invention chrétienne. Il existait, entre autres, chez les Grecs et chez les Romains bien avant le christianisme. Cet antijudaïsme, voire cet antisémitisme antique, se fondait sur un rejet absolu du monothéisme. Les juifs, puis les chrétiens (considérés comme juifs par les Romains) seront accusés pour les mêmes raisons d'être «ennemis de tous les hommes» puisque leur adhésion à un Dieu unique les amenait à nier les deux plus vieilles lois de l'humanité : la loi de l'hospitalité et celle de la commensalité. Le Dieu unique des juifs (comme celui des chrétiens) ne pouvait accepter l'hospitalité que lui offraient les dieux grecs ou romains puisqu'il niait leur existence ; il ne pouvait pas non plus s'asseoir à la même table qu'eux pour participer à leur banquet. Ainsi, les juifs (et les chrétiens) se mettaient au ban de la société antique. L'alliance de l'Eglise et de l'Empire, au cours du IVe siècle, va détourner cette haine ancestrale sur les seuls juifs.

Bien évidemment, aucun des textes du Nouveau Testament, aussi durs soient-ils à l'encontre des Juifs, n'a été écrit dans la perspective et pour l'usage qui en a été fait ultérieurement. Entre le Ier et le IIe siècles, les rédacteurs, s'ils défendaient des positions antijudéennes ou antijudaïques, n'étaient naturellement pas «antisémites». C'était, si l'on veut, une querelle de famille. En revanche, quand l'Eglise et l'Etat se rejoindront, ils s'appuieront sur ces textes pour justifier les persécutions contre les juifs, les humiliations, les pogroms jusqu'aux plus grandes horreurs de l'histoire contemporaine. Il est impossible de faire l'économie de cette lecture du Nouveau Testament, surtout au moment où le film de Mel Gibson remet cette criminalisation des Juifs au goût du jour.

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          Numéro 126                                           Vendredi, 2 avril 2004

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