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126

Numéro 130 Vendredi, 30 avril 2004
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Numéro 129 Vendredi, 23 avril 2004
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
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La réprobation d'Israël et l'imaginaire
anti-juif
Jean Ouellette
www.desinfos.com,
22 avril 2004
Au phénomène de la réprobation générale d'Israël auquel nous assistons depuis la deuxième intifada, on pourrait appliquer le constat que proposait Shmuel Trigano lors d'un colloque récent tenu à Montréal sur le nouvel antisémitisme : " Le phénomène antisémite qui nous préoccupe depuis trois ans a brouillé la distinction rationnelle qui est faite entre xénophobie, racisme et antisémitisme "
Pour Trigano, tributaire des analyses du sociologue Pierre-André Taguieff, un renversement s'est produit, aussi extraordinaire que paradoxal : " L'antiracisme qui est la profession de foi de l'antimondialisme et du gauchisme est parti en guerre contre Israël et les Juifs et a donc effacé la distinction et l'équivalence de valeur entre antisémitisme et racisme ". S'il est indéniable que le discours antisioniste et la critique démonisante de l'État d'Israël se situent souvent d'emblée dans une mouvance antisémite, il n'en est pas moins fréquent qu'inversement, le discours antisémite trouve un alibi facile dans la sphère du politique vu comme le lieu idéal où peut s'exercer impunément le jugement le plus réprobateur qui soit sur les politiques de l'État d'Israël. Un autre pas est franchi quand la critique remet en question la légitimité de l'État juif et attribue le caractère présumé odieux de ses politiques à une quelconque déchéance morale de ses dirigeants héritée, par atavisme, des lieux troubles de l'expérience historique des Juifs à travers les âges. Une caricature parue en décembre dernier dans un quotidien d'ici et montrant Ariel Sharon attablé, bavoir au cou et dévorant des enfants palestiniens, ressortit à cet imaginaire collectif et lugubre qui hante bien davantage que le nôtre, faut-il le dire, l'imaginaire des sociétés européennes. Contrairement à l'Europe, le Québec n'est pas le théâtre
d'actes haineux commis à l'endroit des Juifs. Cet état de fait, si réjouissant
et si rassurant qu'il soit, n'empêche aucunement le discours haineux
antijuif ni ne masque le caractère particulièrement délétère du
discours antisioniste et anti-israélien. Le premier s'exprime de façon
ouverte et explicite dans les lignes ouvertes de la radio et dans les
tribunes réservées aux lecteurs des grands quotidiens et parfois,
mais exceptionnellement, dans des éditoriaux. Le second La barrière de sécurité destinée à prévenir les
attentats terroristes devient dans la bouche des commentateurs de la télévision
un " mur de la honte " ou un " mur de l'apartheid
". Le caractère fallacieux de ces accusations est d'autant plus étonnant qu'elles émanent très souvent de personnes parfaitement crédibles en d'autres circonstances et parfaitement respectables dans leur milieu de travail. Il ne viendrait à l'idée de personne qu'il faille considérer tous les commentateurs de l'actualité proche-orientale qui s'expriment dans nos médias comme des racistes et des antisémites. Comment expliquer l'extrême réticence d'un grand nombre de journalistes et de beaucoup de nos intellectuels à discerner au moins une part de vérité dans le " récit " israélien et leur incapacité à éprouver un minimum d'empathie (sympathie serait un terme trop fort) pour les Israéliens dans la conjoncture qui est la leur ? Pourquoi nos médias ouvrent-ils plus volontiers leurs portes à des " experts " juifs qui font profession de foi antisioniste et rejettent l'idée même d'un État juif et boudent ceux-là mêmes, juifs ou non, dont on décrète que leurs émotions sont trop inspirées par leur amour d'Israël pour que leur expertise soit considérée de bon aloi. Pourquoi tellement de nos experts acceptent-ils sans sourciller la thèse selon laquelle le terrorisme palestinien serait en riposte aux politiques israéliennes et donc, de fait, parfaitement explicable sinon justifiable et condamnent du même trait de plume le terrorisme islamiste ? Récemment on a pu s'étonner du deuil médiatique qui a entouré l'élimination du Cheikh Yassin alors que la mort tragique de civils israéliens à la suite d'attentats terroristes ne suscite guère d'émotion. À l'image stéréotypée, robotisée, de l'Israélien dominateur, de culture anglo-saxonne, jouissant d'un climat qui rappelle la Floride ou la Californie, se gorgeant des capitaux de nos voisins du Sud, soumis à une morale biblique inférieure à celle que nous pensons avoir héritée du Nouveau Testament et qui proscrirait, aime-t-on croire, la politique des attentats ciblés, il faut substituer celle, plus complexe, d'individus acculturés aux réalités de leur pays grâce au creuset que leur offre une armée de conscrits, hébraïsés mais pas au point de ne plus parler les langues des nations d'où sont issus leurs aînés, épris de science et de culture et sensibles aux valeurs morales d'une tradition éthico-religieuse déjà vénérable à une époque où l'Europe en était à ses premiers balbutiements. L'ancrage dans la conscience collective de schèmes mentaux hostiles aux Juifs perçu comme l'Autre par excellence et qui n'attendent qu'un stimulant extérieur pour sortir de leur latence, surtout s'ils vont de pair avec une profonde ignorance du judaïsme considéré dans toute son extension historique, nous fournit peut-être le début d'une explication. L'antisémitisme serait-il si profondément intégré à notre culture qu'il continuerait à asservir les réflexes de ceux-la mêmes qui, par l'éducation et la réflexion, sont parvenus malgré tout à opérer dans leur esprit le décryptage intellectuel nécessaire à l'éradication d'un préjugé aussi tenace. Si, d'aventure, l'État d'Israël devait porter seul la responsabilité des défaillances et des échecs des sociétés arabes qui l'entourent, notre conscience se verrait, du même coup, blanchie et soulagée d'avoir trouvé enfin une collectivité juive que l'on peut commodément montrer du doigt dans l'espoir, un jour, de la voir bannie du concert des nations. Soulagés du devoir de lucidité dans l'analyse des conflits qui sévissent au Proche-Orient, les chantres de l'explication mythique auront la partie facile : ils accuseront les nouveaux Juifs d'avoir empoisonné l'eau du puits. (Jean Ouellette est membre du Conseil Editorial de l'ICRJ)
Norman
Spector Le
Devoir, 22 avril 2004
Tout comme le ministre de la Justice, Irwin Cotler, j’ai
appris l’hébreu à l’école Talmud Torah de Montréal. Plus tard,
j’ai aussi étudie l’arabe
et ainsi connu les deux côtés du conflit qui déchire le Proche-Orient.
Et je crois que Me Cotler a erré en qualifiant
l’incendie de notre ancienne bibliothèque de «crime
haineux».
Certes, l’antisémistisme, comme d’autres formes de racisme,
existe au Canada. Cependant,
connaissant Me Cotler, je ne peux pas croire qu’il était
vraiment en accord avec l’approche adoptée par le directeur exécutif
du Conseil canadien des relations américano-islamiques, Riad Saloojee,
qui a vu dans cette attaque «une
chance de rendre universelle la question des crimes haineux».
Avant sa nomination comme ministre, Me Cotler avait
écrit un texte important sur le «nouvel antisémitisme» qui dépeint
Israël- à la fois dans les médias et dans les rues- comme un mal
unique, apparenté à lAllemagne nazie. À cet égard, Me
Cotler a sans doute lu entier le communiqué retrouvé à
l’emplacement des livres brûlés.
Les auteurs y expliquaient ceci: «Notre
but était de déclencher l’alarme sans causer de décès […],
mais ce n’est qu’un commencement.
Si vos crimes continuent au Proche-Orient, nos attaques
continueront.»
La plupart des médias n’ont pas reproduit ce texte.
D’autres ont toutefois souligne que l’attaque se voulait
une revanche pour l’attentat d’Israël contre le leader du Hamas,
le cheik Ahmed Yassine. Cependant,
ce dont a besoin et ce que cherche cette organisation, plus encore que
la vengeance, c’est un moyen de dissuasion.
Le premier ministre Ariel Sharon a déjà démantelé la
majeure partie de l’infrastructure du Hamas en Cisjordanie et est
sur le point de faire de même à Gaza, avant que ses troupes ne se
retirent. La semaine
dernière, le président américain George W. Bush à remis à Sharon
une letter reconnaissant le droit d’Israël à
«agir contre des organismes terroristes».
Le Hamas ne connaît aucune limite à son utilisation de la
violence, y compris le fait d’envoyer des femmes et des enfants
faire les kamikazes dans les pizzerias.
Ses amis occidentaux utilisent le langage des droits de la
personne pour essayer de mettre un frein à la campagne militaire de
M. Sharon contre le terrorisme. En
arabe, cependant, le message est différent et comprend des menaces
proférées contre les communautés juives à l’extérieur d’Israël.
Quelques éditorialistes ont complètement ignoré le communiqué,
tout comme l’a fait le premier ministre Paul Martin, qui a déclaré
sans embarras que «ce n’était
pas une attaque contre les juifs».
En revanche, le chef conservateur Stephen Harper a dit que ses
«pensées étaient avec la
communauté juive».
En établissent un lien entre l’incendie criminel de la
bibliothèque et un incendie raté dans une mosquée à Toronto, M.
Martin n’a pas su faire une distinction importante.
Depuis le 11 septembre 2001 et l’envoi de nos troupes en
Afghanistan, il n’y a qu’une seule guerre qui ait été déclarée
contre les Canadiens--celle d’Oussama ben Laden--, et les mosquées
au Canada n’en sont pas la cible.
Il est possible que ce soit un fou ou un bigot qui ait écrit
le communiqué trouve à Montréal.
Cependant, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS)
indique que des cellules d’espions en dormance--comme celles qui ont
choisi les emplacements juifs à Montréal ou envoyé Ahmed Ressam à
Los Angeles pour y faire sauter l’aéroport international--sont présentes
au Canada. Une sécurité
accrue autour des établissements juifs serait beaucoup plus efficace
que la campagne éducative antiraciste proposée par M. Cotler.
En mai 2003, les cibles des attaques à Casablanca, au Maroc,
comprenaient un cimitière et un centre social juifs.
Ceux qui ont fait exploser les trains de Madrid, au mois de
mars dernier, projetaient de viser des emplacements espagnols
semblables dans une deuxième phase.
Peu de jours avant l’incendie de la bibliothèque de l’école
juive de Saint-Laurent, la police de Londres avait saisi 600
kilogrammes de nitrate d’ammonium, une quantité suffisante pour
fabriquer des bombes plus puissantes que celles qui ont tué 202
personnes à Bali. Cinq
hommes ont été inculpés en vertu de la loi antiterroriste et la
police londonienne a indentifié un jeune homme d’Ottawa comme étant
un conspirateur.
Après l’incendie à l’école de Saint-Laurent, l’imam
d’Ottawa, Jamal Solaiman, a expliqué que «les
Canadiens devaient comprendre que la paix au Canada ne peut être réalisée
qu’en gagnant les coeurs et les esprits des citoyens du monde
musulman». Il est
bien plus inquiétant que, pour des extrémistes de leur monde, les bébés
soient des cibles légitimes parce qu’ils deviennent des soldats
quand ils grandissent, de même que les mères sont des cibles légitimes
parce qu’elles élisent Ariel Sharon et George W. Bush, tout comme
les juifs de la diaspora sont des cibles légitimes parce qu’ils
soutiennent l’«entité sioniste» dont la seule existence est
considérée par ces extrémistes comme une hérésie religieuse.
La guerre contre le terrorisme est un partie une guerre contre
toutes ces idées. Elle
doit être conduite par des agents de renseignement qui maîtrisent
les langues étrangères autant que par des soldats bien équipés.
Nous pourrons gagner si nous gardons l’oeil ouvert, mais nous
sommes certains de perdre se nous persistons à pratiquer la politique
de l’autruche. (Norman
Specteur est chroniqueur politique au Globe
and Mail.) |
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Numéro 128 Vendredi, 16 avril 2004
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
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No D2003-11-018 Date_Décision 20040326 Plaignant M. David Ouellette Mis_en_cause M. Jean-Guy Dubuc, journaliste, M. Benoit Lapierre, éditorialiste en chef, M. François Beaudoin, directeur de l’information et le quotidien La Voix de l’Est Résumé_Plainte M. David Ouellette porte plainte contre le quotidien La Voix de l’Est, à propos d’un éditorial écrit par Jean-Guy Dubuc, le 24 septembre 2003, et intitulé « Quand Israël se fait assassin ». L’éditorial a été écrit au moment où le vice-premier ministre israélien avait évoqué le meurtre de Yasser Arafat comme une option. Il reproche au journaliste d’avoir assimilé le gouvernement israélien à l’ensemble du peuple juif et d’avoir cultivé des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et du judaïsme.
Griefs_Plaignant Selon
le plaignant, l’objet premier de cet éditorial est de condamner les
considérations du vice-premier ministre israélien quant au sort
politique et personnel de Yasser Arafat, alors que celles-ci ont été
rapidement démenties officiellement par le gouvernement israélien.
M. Ouellette estime que cette condamnation « dérive de la
critique légitime des politiques d’un gouvernement quelconque à la
diffamation du peuple juif et du judaïsme en puisant dans le canon
antijudaïque d’une théologie catholique révolue et répudiée par
le Vatican ». Il
cite un passage de l’éditorial mis en cause : « On
croirait entendre la condamnation du Christ lui-même, mis à mort par
les Juifs. On n’aime pas la personne? On l’exécute. » Pour
le plaignant, M. Dubuc avance d’emblée que les Juifs éliminent
leurs adversaires par l’assassinat depuis la crucifixion du Christ,
crucifixion qu’il attribue indistinctement aux Juifs. Il
considère que non seulement, M. Dubuc ressuscite l’accusation de déicide
et agite ainsi le spectre de la culpabilité collective qui a valu aux
Juifs des siècles de persécutions sanglantes, mais qu’en plus, il
assimile sans différenciation le gouvernement d’Israël à
l’ensemble des Juifs. Le
plaignant estime qu’à la lecture de l’éditorial, « le déicide
imputé aux Juifs semble condamner ceux-ci à le répéter sous forme
d’actions contre-terroristes du gouvernement israélien, parce que
les Israélites, n’ayant pas accepté le Christ, seraient restés
attachés à un code moral et juridique suranné ». Et de citer
le passage qui a inspiré ce commentaire : « Et
les Israélites en font tout autant, fidèles à la politique "œil
pour œil, dent pour dent", figée dans un Ancien Testament qui
n’a pas entendu un tout autre message de leur compatriote Jésus de
Nazareth. » En
outre, M. Ouellette s’indigne
à propos de la dernière phrase de l’éditorial : « Enfin,
surtout, les Juifs peuvent-ils être lucides sur eux-mêmes? »,
question rhétorique à laquelle, selon lui, le lecteur, au bout de ce
long réquisitoire théologique antijudaïque, ne peut que répondre
non. Enfin, dans un dernier paragraphe, il rappelle les raisons de sa plainte : « Cet article confond Juifs et gouvernement israélien et sous couvert de critique politique, il s’engage à dépeindre l’ensemble des Juifs et le judaïsme sous une lumière défavorable, voire maléfique. » De ce fait, il reproche à Jean-Guy Dubuc d’avoir entretenu des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et du judaïsme. Comm_Mis_en_Cause Commentaires
de Benoit Lapierre, éditorialiste en chef, cautionnés par François
Beaudoin, directeur de l’information : Pour
M. Lapierre, ce que le plaignant reproche principalement à l’éditorialiste,
c’est d’avoir diffamé le peuple juif. Il
reprend les deux premiers passages utilisés par le plaignant pour
attester qu’à la lecture de l’éditorial, on ne peut absolument
pas conclure comme le fait le plaignant. Il estime que son interprétation
du texte est erronée et biaisée. En
ce qui concerne la part prise par les Juifs dans la mise à mort du
Christ, le plaignant laisse entendre, selon lui, qu’il y a erreur
sur les faits, ce qu’il a bien le droit d’affirmer, si ce n’est
que selon le Petit Larousse : « Après la venue de Jésus
à Jérusalem pour la Pâque, l’atmosphère se tendit; à
l’instigation des éléments dirigeants juifs, Jésus fut arrêté,
condamné à mort et crucifié sur l’ordre du procureur romain,
Ponce Pilate. » M.
Lapierre affirme donc que M. Dubuc ne serait peut-être pas le seul à
mal interpréter l’histoire. De ce fait, il considère que cette
plainte est sans fondement et purement vexatoire. Commentaires
de Jean-Guy Dubuc, journaliste : Pour
le mis-en-cause, il est évident, à tout esprit lucide, qu’il
dénonçait,
à l’instar de plusieurs autres éditorialistes dans le monde, les
paroles du chef du gouvernement d’Israël, et non tous les Juifs du
monde. « Quant
au procès de Jésus, on ne refera pas l’histoire! »,
s’exclame-t-il. Il
dit laisser le Conseil de presse à ses responsabilités, mais, que
personnellement, il croit ne devoir changer aucun mot de ce qu’il a
écrit. Selon lui, les paroles du gouvernement israélien méritaient
la réprobation mondiale. Enfin, il conclut sur ces commentaires : « Il faut quand même appeler un chat un chat et qualifier les gestes de tous les artisans de la haine, quels qu’ils soient. » Répl_Plaignant Selon
le plaignant, l’article de M. Dubuc est certes un billet d’opinion,
mais même un éditorial doit reposer sur des faits vérifiables et
des réalités tangibles. M. Ouellette atteste que les arguments de M.
Dubuc reposent sur des préjugés d’ordre religieux et un déterminisme
théologique qui n’ont pas leur place dans la critique de mesures
antiterroristes évoquées par le membre d’un gouvernement étranger. Le
plaignant, qui considère comme incontestable le fait que M. Dubuc
accuse les Juifs de la mise à mort du Christ, se lance alors dans des
considérations théologiques. Cette accusation repose sur les seuls
évangiles. Or, selon lui, si ceux-ci « contiennent un noyau de
vérité historique, les récits de la Passion sont indubitablement un
théologoumène dont les objectifs clairement prosélytes visent à la
fois la conversion des Juifs et la délégitimation de la foi rivale
des premiers chrétiens, soit le judaïsme ». En outre, du fait
qu’à son idée, les apôtres ne sont pas d’accord entre eux sur
les faits, il affirme que « M. Dubuc ne peut se réclamer de
l’objectivité historique des évangiles et encore moins fonder son
accusation de déicide et inférer qu’un déterminisme théologique
opère dans les actions politiques ou le sens de la justice des Juifs
ou de l’État d’Israël ». Il
assure, par ailleurs, que si certains Juifs considéraient Jésus
comme un dangereux adversaire, divisés comme ils l’étaient sous la
domination romaine, ce ne sont certainement pas tous les Juifs qui ont
cherché à influencer les Romains à condamner le Christ. Il estime,
donc, qu’en l’absence de toute autre preuve documentaire de la vie
de Jésus que les évangiles, imputer la mise à mort du Christ aux
Juifs et à leurs descendants est tout aussi dénué de fondement
historique au sens moderne et critique que l’extrapolation de M.
Dubuc, « on n’aime pas la personne? On l’exécute! ».
En outre, pour M. Ouellette, M. Dubuc n’explique pas en quoi les
Juifs ont pour habitude d’éliminer leurs adversaires en les tuant,
et en ce sens, l’accusation est gratuite et collective. Il complète
son argumentation en ces termes : « Jusqu’à preuve du
contraire, ce sont bien plutôt les Juifs qui ont subi des exécutions
sans appel depuis les pogromes d’Éléphantine aux Croisades, en
passant par l’Inquisition et la Shoah, jusqu’aux purges "antisionistes"
de Staline et le terrorisme islamo-palestinien. » Il
insiste sur le fait que ces accusations s’adressent bien aux Juifs
dans leur ensemble, et non au vice-premier ministre israélien, car
« Israélite » et « Israélien » ne sont pas
des termes interchangeables, « Israélite » désignant
les Juifs ou les habitants du royaume biblique d’Israël »,
« Tous les Israéliens ne sont pas Israélites et tous les Israélites
ne sont pas Israéliens , affirme-t-il. Il estime que lorsque M.
Dubuc lance ces accusations aux Israélites, il ne s’adresse pas
strictement aux décideurs politiques israéliens, comme il le dit
dans ses commentaires. Par
ailleurs, selon le plaignant, la relation que M. Dubuc établit entre
le supplice de Jésus –« châtiment éminemment romain,
ordonné par le procureur Ponce Pilate, selon les évangiles eux-mêmes »
– et les mesures envisagées par le gouvernement israélien pour défendre
ses citoyens du « terrorisme orchestré par Yasser Arafat depuis
cinq décennies » est délirante. Pour M. Ouellette, si M. Dubuc
souhaitait dénoncer la politique du gouvernement, il aurait pu être
plus crédible en s’abstenant d’avoir recours à des clichés
antijudaïques ciblant l’ensemble des Juifs. Il considère qu’en
homme instruit, M. Dubuc sait pertinemment que l’accusation de déicide
a historiquement servi à inciter les masses contre les Juifs et à décimer
des communautés entières et qu’en choisissant ainsi la rhétorique
du déicide juif et de l’aveuglement spirituel des Juifs, il
poursuivait une « stratégie discursive dépendante du
ressentiment antijuif séculaire véhiculé par l’Église jusqu’à
l’adoption de Vatican II ». Enfin, il conclut que M. Dubuc, qui remet en question la lucidité des Juifs, a écrit un texte qui recèle des charges intempestives à l’endroit des Israélites. Le journaliste transgresserait ainsi la ligne rouge entre la critique légitime d’un gouvernement et la délégitimation, ainsi que la diffamation d’un peuple entier sur fond d’intolérance religieuse. Décision Le
journalisme d'opinion accorde aux professionnels de l'information une
grande latitude dans l'expression de leurs points de vue, commentaires,
opinions, prises de position, critiques, ainsi que dans le choix du
ton et du style qu'ils adoptent pour ce faire. Traditionnellement, l'éditorial
et le commentaire émanent de la direction d'un média et reflètent
la position, les convictions ou l'orientation générale de l'éditeur
– ou de l'équipe éditoriale – quant aux questions qui y sont
traitées. Les sujets et les contenus des éditoriaux relèvent de la
discrétion de l'éditeur qui est libre d'établir la politique du média
en ces matières. M.
Ouellette reproche à M. Dubuc d’avoir véhiculé dans son éditorial
des préjugés hostiles et diffamatoires à l’endroit des Juifs et
d’avoir assimilé, dans sa critique, l’ensemble de ceux-ci avec le
gouvernement israélien. Si
l’éditorialiste fait une critique sévère du gouvernement israélien
et des Juifs, il rappelle aussi qu’Israël est « le pays qui a
souffert du pire assassinat des temps modernes ». Il ne s’agit
donc pas ici d’un pamphlet antisémite. Jean-Guy Dubuc n’hésite
pas non plus à formuler des commentaires négatifs à l’égard de
Yasser Arafat et du peuple palestinien. Ainsi, même si son
opinion est très tranchée sur le sujet, et son titre d’éditorialiste
le lui en donne le droit, M. Dubuc ne fait pas non plus l’apologie
des Palestiniens. En
ce qui concerne l’assimilation du peuple juif avec le gouvernement
israélien, sans s’attarder sur des réflexions sémantiques, il
faut à tout le moins reconnaître qu’Israël est un état juif. Le
Conseil de presse ajoute qu’à chaque fois qu’un gouvernement
prend une décision, en tant que représentant du peuple, il est évident
que les conséquences des décisions rejaillissent automatiquement sur
l’ensemble de la communauté. Ici, comme la critique vise le
gouvernement israélien, elle a donc des répercussions immédiates
sur la communauté juive. Néanmoins, le Conseil ne relève pas de
remarques pouvant susciter un éventuel manque de respect envers des
groupes sociaux ou religieux. Quant
aux aspects historiques, théologiques et sémantiques auxquels le
plaignant se réfère, le Conseil de presse considère qu’il n’est
pas de son ressort de se lancer dans un tel débat. Il laisse aux spécialistes
le soin d’élucider ces questions. En
conclusion, le Conseil reconnaît que l’éditorialiste avait le
droit d’exprimer librement son opinion, en vertu de sa liberté rédactionnelle,
même si ses propos ont pu paraître offensants pour certains. Pour toutes ces raisons, le Conseil rejette la plainte contre le journaliste Jean-Guy Dubuc et le quotidien La Voix de L’Est...
Lettre:
La décision du Conseil de Presse du Québec En suggérant qu'Israël, État juif comme vous le dites, prend des décisions qui engagent les Juifs de la Diaspora (vous parlez de "répercussions), le Conseil adopte une posture qui ne fait qu'ajouter à l'extrême confusion des arguments que vous invoquez à l'appui de la défense de l'éditorialiste visé par la plainte. Les juristes ne manqueront pas de contester la fausseté de l'argumentation. Il me semble que le Conseil a erré dans cette décision. Même si vous en veniez à rejeter la plainte, vous ne pouvez le faire sur la base des arguments spécieux que vous invoquez. Les arguments mis de l'avant par l'entreprise de presse et par l'éditorialiste ne résistent pas à l'analyse. Je dirais même qu'ils sont honteux et qu'ils nuiront à la réputation du Conseil. J'ai déjà procédé à des consultations auprès de journalistes et d'intellectuels connus pour leur rigueur: leur incrédulité a vite fait place à la stupéfaction à la lecture du texte d'une décision, dont on peut dire sans exagération, qu'elle ouvre la voie à une justification post factum de l'attaque contre l'école juive de Ville St-Laurent. Enfin, le recours à une sorte de déterminisme théologique (on cite le Larousse pour nous faire une leçon d'histoire!) pour décrire le comportement des Juifs contemporains est une insulte à l'intelligence et une attaque contre l'intégrité de nos concitoyens juifs et celle des citoyens israéliens. Il me semble que le Conseil a failli à sa tâche en se réfugiant derrière une vague déclaration rédigée en langue de bois sur l'incontestable liberté de l'éditorialiste, en invoquant le principe pour le moins douteux de la culpabilité par association et en prenant pour acquis le caractère supposément criminel de l'État d'Israël. (Jean Ouellette, professeur à l'Université de Montréal, est membre du Conseil Editorial de l'ICRJ) |
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