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Communiqué Isranet Volume III, Numéro 165 • vendredi, le 31 décembre 2004 Activités anti-américaines
du parti Baath à Paris Avec la destitution du régime de Saddam Hussein le 9 avril 2003, le parti Baath au pouvoir est devenu illégal, tandis qu'un comité de "débaasification" s'est créé en Irak. [1] La machine de propagande baasiste semble toutefois avoir trouvé son nouveau siège à Paris, d'où des menaces contre les Etats-Unis sont émises régulièrement en trois langues: le français, l'anglais et l'espagnol. Les militants du parti Baath invoquent bien entendu la "résistance", afin de mettre sur le même plan leurs activités et celles des résistants français contre l'occupation nazie, pendant la deuxième guerre mondiale. La résurrection du parti Baath sur le sol français se voit renforcée par la position du gouvernement selon laquelle les représentants de la "résistance" devraient pouvoir participer aux conférences prévues en Irak au sujet de l'avenir du pays. Cette position a été clairement formulée par Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, dans une interview sur France inter. M. Barnier s'est déclaré favorable à un processus politique irakien incluant des groupes de personnes ayant opté pour la résistance par les armes [2] Le Conseil national de
la résistance irakienne L'identité des dirigeants du Conseil reste secrète. Toutefois, une interview de l'ancien vice président Izzat Ibrahim Al-Duri présente ce dernier comme le chef de la résistance. Un communiqué de presse évoque les forces opérant sous le parapluie de la résistance baasiste. Elles incluent: [3] - Le parti arabe socialiste baasiste d'Irak (organisation clandestine) - Le mouvement (irakien) "Résistance et la libération" - Le Conseil unifié de la résistance irakienne - Des forces militaires telles que les "Fedayyoun de Saddam" et la "Deuxième armée de Mahomet" [4] Selon le communiqué de presse, ceux-ci sont rejoints "dans les coulisses" par différentes "formations patriotiques", dont des communistes et des nassériens.
Dans une publication plus récente, l'adresse Internet des comités Irak est: www.comitesirak.free.fr Dans l'un des documents affichés figurent les informations suivantes: Pour une coordination transnationale des comités irakiens (Bruxelles) Tel: International +32 2 218 73
09 Une newsletter identifie Luc Michel comme étant un "éditeur belge, connu pour sa défense de la cause arabe, et l'éditeur de la newsletter 'Al-Baath Al-Iraki'" Une équipe juridique dirigée par Me Dominique Jourdain a pour e-mail djavo@club-intenet.fr. Un abonnement gratuit à la newsletter Al-Baath Al-Iraki ("résurrection irakienne") peut être obtenu en s'adressant à commiteirak@yahoo.fr. Certaines newsletters portent la mention suivante: "(…) Matériel distribué dans un but non lucratif à ceux qui ont préalablement manifesté leur intérêt pour l'information contenue ci-dessous dans un but de recherche et d'éducation." Etant donné que la plupart des publications sont distribuées par Yahoo France, on est enclin à penser que les textes proviennent de France. Aucune information n'est disponible quant aux sources de financement. Il est toutefois possible que l'association dénommé "Amitiés franco-irakiennes" corresponde à l'association du même nom ayant bénéficié des coupons de pétrole de Saddam Hussein (pour 15.1 millions de barils). [5] Revue des publications A. Défense de Saddam Hussein L'association "Amitiés franco-irakiennes" a lancé un appel international condamnant "le traitement indigne administré au Président Saddam Hussein, en violation des principes de la loi internationale." Un formulaire était joint à la newsletter avec l'en-tête suivant: "Les signataires se rappellent solennellement que le président Saddam Hussein est un prisonnier de guerre auquel s'applique pleinement la Convention de Genève de 1949 sur les prisonniers de guerre." [6] Dans une newsletter datée du 7 juillet 2004 et intitulée "La défense politique du président Saddam Hussein est aussi organisée!", le groupe annonce la création du "Comité international de défense du président Saddam Hussein". On peut lire: "Le Comité entend répondre à la campagne de haine et aux mensonges orchestrés par les medias--contrôlés par les sionistes américains, et ré-établir la vérité sur l'Irak de Saddam Hussein et le parti Baath." [7] B. Espace francophone Dans une newsletter (datée simplement de 2003) et dépourvue du symbole de l'Etat irakien, présent sur les publications ultérieures, les auteurs déclarent: "Nous sommes nombreux dans le monde, et en particulier dans le monde francophone, à souhaiter non seulement la fin de l'occupation yankee en Irak, mais plus encore la victoire de la résistance baasiste, qui se réclame de Saddam Hussein et qui est organisée sous le mouvement Résistance et libération de l'Irak." [8] La newsletter déclare que le but de la résistance n'est pas uniquement de triompher de "l'impérialisme sioniste américain en Irak", mais d'étendre son action en Palestine occupée et en Europe, où la domination yankee est aujourd'hui ébranlée ; elle revendique en outre son alignement sur la position de Che Guevara selon qui "l'impérialisme a une tête, les Etats-Unis, qui devrait être tranchée!" L'espace francophone comprend la Belgique, la France, le Québec et la Suisse francophone, selon le site, et sera occupé par "une coordination francophone des Comités Irak". C. Premier anniversaire de l'occupation Le jour marquant le premier anniversaire de l'occupation de l'Irak, un "communiqué politique" a été affiché par le "Conseil unifié de la résistance irakienne." [9] Selon ce communiqué, "le Conseil national de la Résistance irakienne est né il y a dix mois." Il comprend des "bataillons de militants baasistes, des membres des forces armées et des héros du dispositif de sécurité nationale." Les communiqué fait référence aux "nobles cheikhs de tribus, aux moudjahidine religieux et à la multitude d'étrangers musulmans [non irakiens], qui ont rejoint la courageuse résistance afin de former une structure organisée chargée de conduire des opérations et de coordonner les programmes et actions de la résistance (…)". Le communiqué présente son plan d'action: Le rejet total de l'occupation, de ses moyens, de ses agents et de tout ce qui émane d'elle, "comme les structures, les titres, et les comités de traîtres qui servent les envahisseurs et trahissent leur peuple." "La continuité de la résistance sous toutes ses formes armées, et la mobilisation des masses à travers manifestations et protestations, le boycott de l'occupation (…) par tous les moyens possibles. Le rétablissement des institutions d'Etat et de l'armée telles qu'elles existaient avant le 9 avril 2003 Dans ce paragraphe, le communiqué propose un projet de rétablissement des institutions d'Etat, garantissant la liberté politique, la Création d'une Cour suprême des Droits de l'Homme et l'abolition des lois d'urgence. [10] D. Transfert d'autorité E. Interview d'Izzat
Ibrahim Al-Duri D'après Al-Duri, le parti Baath "est en très bonne santé et mène la plus honorable et la plus digne des batailles de la nation arabe." Au sujet d'éventuelles négociations avec les Etats-Unis, Al-Duri a rétorqué: "[Il n'y aura] pas de négociation avec les Etats-Unis sous l'occupation: le seul dialogue entre eux et nous est celui des armes et de la résistance." Evoquant l'impact de la capture de Saddam Hussein sur le parti Baath, Al-Duri affirme: "Ce qui est arrivé au camarade dirigeant et à d'autres camarades au pouvoir ne nous a pas surpris. C'est ainsi que nous avons prévu toutes les possibilités: l'emprisonnement ou le martyre." Il ajoute: "Ce que je voudrais souligner ici est qu'aucun parmi nous n'est dupe en ce qui concerne la nature de la bataille, ses conséquences et son programme. Aujourd'hui, après un an et demi d'occupation, le monde entier sait que ce sont la malfaisante administration américaine et ses alliés qui ont été menés en bateau quant à leur évaluation des résultats de la bataille à long terme." Al-Duri confie en outre que la résistance est composée des militants baasistes et d'anciens soldats irakiens, de membres de la Garde républicaine, des services de sécurité, des Feddayin de Saddam Hussein et de l'armée d'Al-Qods. [12] Al-Duri n'a pas eu beaucoup de bien à dire des chiites au sud du pays. Il estime que les organisations chiites "placent la laïcité avant la terre", vu que certaines de ces organisations "ont couvert les actes criminels de l'ennemi contre notre peuple." La réponse d'Al-Duri reflète l'attitude du parti Baath à vis-à-vis des chiites. Interview du Général
Abou Moutassim Le général Abou Moutassim (nom de guerre) est présenté comme "le chef de la résistance", un "général du terrain" de la Garde républicaine dissolue. Evoquant la résistance en Irak, Abou Moutassim déclare que celle-ci "contrôle un grand nombre de villes irakiennes": des villes comme Falloudjah, Samaraa et Ramadi ainsi que des régions et banlieues de Bagdad. Le général estime que les Etats-Unis ne sont plus à même de dissimuler leurs pertes. Les Irakiens, assurent-ils, "connaissent l'étendue des pertes et sont toujours en mesure de les augmenter.
Abou Moutassim refuse de décrire la structure du commandement militaire qui conduit les opérations militaires mais révèle qu' "un haut commandement militaire unifié supervise le gouvernail de la résistance dans tout l'Irak." La direction comprend "les meilleurs officiers de l'armée irakienne, de la Garde républicaine, des Feddayin de Saddam, des services de renseignement et de sécurité. Le commandement militaire inclut un représentant de la branche politique du parti Baath, qui établit le lien entre le commandement militaire et politique Invité à commenter le succès du gouvernement Allaoui face à l'armée Mahdi de Mouqtada Al-Sadr, il déclare que "Mouqtada Al-Sadr et ceux qui ont reçu l'autorisation de parler en son nom sont des imbéciles sans aucune compréhension politique. Derniers événements
à Falloudjah (Le Dr Nimrod Raphaeli est chargé d'analyses pour MEMRI) [1] Voir l'Enquête et analyse n°176 de MEMRI sur la "débaasification" de l'Irak [2] Ambassade de France aux Etats-Unis, le 27 septembre 2004. Il convient aussi de mentionner la pétition au président George Bush, au Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, au Premier ministre britannique Tony Blair et à d'autres encore, signée par des organisations civiles irakiennes ainsi que par un groupe d'intellectuels arabes et irakiens. Cette pétition condamne les efforts déployés par certaines gouvernements pour miner le processus démocratique en Irak, et présente le gouvernement français comme "l'avant-garde" de ces pays. www.petiononline.com/ocsi/petition/html. [3] Communiqué de presse des Comités Irak, le 15 mai 2004. Toutes les publications des Comités Irak citées dans ce rapport sont affichées sur Internet. [4] Fallah Al-Naqib, ministre irakien de l'Intérieur, a annoncé l'arrestation de Mouaiyyid Yassine, commandant de Jaish Mohammed (l'armée de Mahomet), à Falloudjah. On raconte qu'il s'est rendu à Damas pour coordonner les opérations militaires contre les forces de la coalition avec un ancien dirigeant du parti Baath: Mohammed Younis Al-Ahmed. Jaish Mohammed, branche militaire du parti Baath, a été créée par Saddam avant sa destitution. (Al-Sharq Al-Awsat, Londres, le 17 novembre 2004) [5] Voir l'article de Nimrod Raphaeli "Saddam's Oil Vouchers - The European Dimension", présenté lors d'une conférence sur la corruption humanitaire au Royaume uni, le 1er octobre 2004 [6] Communiqué de presse des Comités Irak, le 6 janvier 2004 [7] Communiqué de presse du Comité international pour la défense du président Saddam Hussein, le 7 juillet 2004 [8] Traduit de l'arabe, quand le texte original n'est pas en français. Souvent mal écrit dans la version originale. Nous nous efforçons de rester fidèle au texte original, même dans ses imperfections [9] Daté du 5 avril 2004 et signé par la branche politique du Conseil national unifié de la résistance irakienne [10] Communiqué politique du Conseil unifié de la résistance irakienne, le 5 avril 2004 [11] Déclaration du parti socialiste arabe baasiste irakien, le 20 mai 2004 [12] Milices armées auxquelles Saddam comptait recourir pour "libérer Jérusalem". Selon les sources officielles irakiennes de l'époque, celles-ci comptaient des millions de personnes. [13] N° 48 (17 novembre 2004), comitesirak@Yahoo.fr [15] Quisling était le Premier ministre norvégien ayant collaboré avec l'occupation nazie pendant la deuxième guerre mondiale. «
Les islamistes sont déjà là » Dans le flot d’encre qui s’est déversé sur les recommandations de Marion Boyd en faveur de l’introduction de cours d’arbitrage islamiques en Ontario, les médias ont soigneusement évité, tel un écueil, le terme pourtant central à cette affaire, l’islamisme. Néanmoins, c’est à grands renforts d’ « ismes » que les commentateurs québécois ont formulé des critiques acerbes à l’endroit du rapport de l’ancienne procureure générale d’Ontario : on lui a reproché son paternalisme envers les musulmanes, rappelé les victoires du féminisme en droit familial et décrié ce multiculturalisme canadien qui championne les droits collectifs au détriment des droits individuels. Tout cela est fort bien et juste. Reste que l’ « isme » qui sert de locomotive à la conquête de la sphère publique par un islam rigoriste a été passé sous silence. Tout se passe au Canada--et dans une plus forte mesure au Québec--comme si nous étions les meilleurs élèves de George W. Bush, qui, au lendemain des attentats du 11 septembre, appela ses concitoyens à ne pas amalgamer islamisme et islam. Le milieu politico-médiatique québécois semble avoir si bien retenu la leçon que l’islamisme lui est devenu étranger. Les visites de Tariq Ramadan au Québec suscitent moins d’émoi qu’une conférence d’un ambassadeur américain ou d’un ex-premier ministre israélien. On laisse sceptiquement entendre que ses détracteurs le qualifient d’islamiste alors qu’en Europe plus aucun média ou intellectuel sérieux n’entretient le moindre doute sur le projet politique du petit-fils du fondateur des Frères Musulmans. L’alliance entre islamistes et extrême-gauche « altermondialiste » qui inquiète tant l’Europe et dont les contours se définissent un peu plus après chaque visite du téléprédicateur islamique au Québec n'est même pas enregistrée par nos médias. Les grandes préoccupations sociétales de l’Occident nous laissent de glace. C’est ainsi que par largesse d’esprit, caractéristique aussi chère aux Québécois qu’aux Canadiens, nous avons autorisé le port du hidjab, le voile islamique, dans nos établissements scolaires, cautionnant ainsi la ségrégation des sexes qui est toujours la première prescription imposée par les islamistes. Tout l’édifice de l’islam politique repose sur l’apartheid des sexes, la domination des hommes sur les femmes et la réduction de fillettes âgées de 12 ans à des objets sexuels sur le « marché du mariage ». Comme le décrit si bien l’essayiste Chahdortt Djavann, « Voiler les femmes, c’est diffuser la vision du monde islamiste, une vision du monde, de la société, de l’homme et de la femme que le voile islamique résume et que les femmes portent sur la tête ». Si l’on croit que l’islamisme a mis le pied dans la porte avec le rapport de Marion Boyd, qu’on se détrompe : notre libéralisme qui a perversement transformé en droit une contrainte imposée par la violence avait déjà ouvert en 1995 les portes à l’islam politique. Et l’islam politique s’est empressé de franchir le seuil. Le chapitre canadien du Council on American-Islamic Relations (CAIR), fer de lance de l’islamisme en Amérique de Nord, réclame désormais que les écoles privées du Québec amendent leur code vestimentaire de manière à autoriser le port du voile. À l’Université de Montréal, des activistes font pression sur la direction de l’établissement, à grand renfort de chantage à l’islamophobie (néologisme iranien pour justifier la fatwa de mort contre Salman Rushdie), pour que celle-ci leur reconnaisse ce qu’elle n’a jamais reconnu aux fidèles d’autres religions : une salle de prière. Or si dans leur infinie complaisance politiquement correcte certains esprits trouvent la demande anodine, peut-être doit-on souligner que dans sa plus simple expression, de Kabul à Montréal, l’islamisme consiste à défier l’ordre social établi et à faire prendre racine à l’islam dans la sphère publique. Dans les pays islamiques, les islamistes prêchent la « ré-islamisation », en Occident, tout simplement l’« islamisation ». Pour le mouvement Jeunes musulmans du Canada (JMC), par exemple, une organisation dédiée au « renouveau spirituel de la jeunesse musulmane » la ré-islamisation du monde musulman commence en Occident. La djâhiliya de l'Occident, c’est-à-dire l’obscur âge préislamique où les hommes vivent dans l’ignorance d’Allah, serait l’obstacle principal à la ré-islamisation des terres d'Islam. Pour mettre un terme à l’influence « anti-islamique » de l’Amérique et de l’Europe sur les dirigeants arabes et musulmans, il importe de faire un travail de Dawah, de prosélytisme, dans tous les secteurs de la société occidentale pour exporter en Orient un islam rigoriste. Dans un rare moment de candeur, le président du CAIR, Omar M. Ahmad, a même déclaré à un journaliste que « l'islam n'est pas en Amérique pour être l'égal de toute autre foi, mais pour devenir dominant. Le Coran devrait être la plus haute autorité en Amérique, et l'islam la seule religion acceptée sur toute la Terre ». L’islamisation, ou la ré-islamisation, s’accomplit sur fond de violence et d’intimidation. Une des formes élémentaires d’intimidation utilisée par les islamistes est de définir qui est un bon musulman et qui ne l’est pas. Une institution telle que la cour d’arbitrage revendiquée par l’Institut islamique de justice civile (IIJC) renforcerait ce pouvoir d’intimidation. En fait, l’intimidation a déjà commencé. Le fondateur de l’IIJC, l’avocat Syed Ali Mumtaz, déclarait dès 1995 : « Voulez-vous vous gouverner selon la loi personnelle de votre religion ou préférez-vous la gouvernance du droit familial séculier canadien ? Si vous choisissez ce dernier, vous ne pouvez pas prétendre que vous croyez en l’islam comme religion ». Autrement dit, qui ne se soumettrait pas aux cours d’arbitrage islamiques sous la férule de l’IIJC se rendrait coupable d’apostasie, un crime punissable de mort en islam. Syed Mumtaz, qui est aussi un essayiste prolifique, estime que le musulman n’a qu’une seule nationalité, la nationalité islamique. Position partagée par les islamistes du monde entier, eux qui rêvent de reconstituer la mythique oummah, ou communauté des croyants, de la vie du prophète pour restaurer la gloire perdue de l’islam. Notons que ce sont des groupes tels que le Council on American-Islamic Relations, le Congrès islamique du Canada ou le Conseil musulman de Montréal qui font du lobbying en faveur de cours islamiques et non pas, par exemple, la Fédération arabo-canadienne, Espace Maroc-Canada ou le Centre culturel algérien de Montréal. La raison est simple. La grande majorité des musulmans au Québec ne se définissent pas en première ligne comme tels. C’est pourquoi ils se regroupent en structures associatives ethno-culturelles et que parler de « la » communauté musulmane a autant de sens que parler de « la » communauté chrétienne. Lorsque nos médias décrivent, par exemple une Marocaine comme une « musulmane d’origine marocaine », ils accordent une importance prépondérante à sa foi. En somme, ils emploient le langage des islamistes, qui, pour atteindre l’unité politique « salvatrice » des musulmans, s’efforcent d’effacer les divisions ethno-culturelles entre musulmans. Le passage de « maghrébins » à « musulmans de France » dans le discours public auquel on assiste depuis quelques années en France pour y décrire la population immigrée souligne à quel point la terminologie islamiste a gagné du terrain. Le rapport de Marion Boyd a été rendu nécessaire par le défi lancé par les islamistes à la société laïcisée du Canada. Le feu vert qu’il donne à la création de cours islamiques doit certes nous alarmer en raison de la menace qu’il représente pour le traitement équitable des femmes immigrées qui seront soumises à une pression sociale accrue et déjà formidable. Au-delà de cet aspect, il doit nous inquiéter parce que désormais les islamistes n’ont plus le pied dans la porte. Nous la leur tenons grand ouverte, ils sont déjà là, pour paraphraser l’enquête de Christophe Deloire et de Christophe Dubois sur la progression de l’islamisme en France, mais nous refusons de les voir. Et pourtant, au Canada, la bannière islamiste est déjà hissée à mi-mât. (David Ouellette est journaliste et chercheur associé à ICRJ) A tous nos amis, Bonne Année 2005! Volume III, Numéro 164 • vendredi, le 24 décembre 2004 LA VRAIE LIBÉRATION DES
PALESTINIENS La mort de Yasser Arafat a placé
une fois de plus la recherche de la paix au Moyen Orient à la
croisée des chemins. Il y a dix ans, les politiciens ont pris
le mauvais chemin, pensant qu'on pouvait instaurer la paix en concluant
un accord avec des dictatures. ( Natan Sharanski, ex-dissident soviétique, est ministre des affaires de la Diaspora et co-auteur avec Ron Dermer de l'ouvrage "Le cas de la démocratie") -------------------------------------------------------------------------------- La
guerre d’agression du monde arabe contre Israël n’est
pas achevée Il me faut constater que, chez nombre de gens de bonne volonté, les illusions aujourd’hui abondent. Arafat est mort, tout devient possible, disent les uns. Des modérés vont enfin se dégager dans le camp palestinien, disent les autres, qui ajoutent parfois que la paix est enfin en vue, que bientôt il sera envisageable de signer des traités de paix et de voir coexister deux Etats, Israël et l’Etat de Palestine, installés côte à côte et en situation de fraternité. Etant un ami indéfectible et inébranlable d’Israël, préférant la paix et la fraternité à la guerre et à la haine, j’aurais voulu pouvoir dire que tout cela me semble exact, mais je le peux pas, non, je ne le peux absolument pas. Parce qu’outre l’amitié que je porte à Israël, je me souviens, moi qui ne suis pas juif, de ce qui s’est passé en Europe, il y a soixante ans. A l’époque déjà, des gens de bonne volonté voulaient minimiser les dangers, prendre leurs désirs pour des réalités, mais la réalité la plus noire et la plus sanglante les a rattrapés. A l’époque, je n’étais pas encore né et je ne pouvais, par définition, rien faire. Aujourd’hui, je suis adulte, en pleine possession de mes moyens intellectuels, et c’est différent, je me sentirais coupable, totalement coupable de me taire. Je me dois de dire que je pense que la mort d’Arafat ne change strictement rien. A la place d’un vieux terroriste mal rasé habillé d’un treillis, il y aura bientôt un vieux terroriste bien rasé et habillé d’un costume sur mesure appelé Mahmoud Abbas. Il n’aura pas le charisme de son prédécesseur, mais il aura le même esprit pervers et borné : pour une simple raison, il est de la même école et de la même clique. Les faits, qui s’accumulent, me donnent raison : Abbas n’a pas condamné les derniers attentats anti-israéliens et n’a pas semblé frémir en entendant que le Fatah était impliqué ; il a rendu visite, voici peu, en compagnie d’autres membres de la clique, à Béchar Al-Assad, à Ahmed Jibril, chef du FPLP, à Khaled Mashaall, chef actuel du Hamas et à Ramadan Shala, chef du Djihad Islamique. Ce n’était pas pour condamner les uns et les autres, mais pour coordonner ses actions et ses paroles avec eux. Il a d’ailleurs précisé : « Nous n’avons pas de différences quant aux objectifs », ce qui est clair et édifiant. Dans quelques semaines Mahmoud Abbas sera élu dans le cadre d’élections, sans la moindre valeur démocratique, par une population depuis longtemps fanatisée, dépourvue de liberté de la presse et de liberté de parole. Les dirigeants européens parleront d’un nouveau « président légitime », là où il n’y aura eu que l’intronisation d’un nouveau dictateur. Le nouveau dictateur acceptera peut-être de débattre, mais il ne cédera rien sur l’essentiel. Il voudra, il l’a déjà dit aussi, le « droit au retour » dans son intégralité, les frontières de 1967 dans leur intégralité, et, bien sûr, des forces d’interposition internationales. Il voudra, en somme, le « porte-avions » que voulait Arafat et continuera à vouloir, sans le dire ouvertement, la destruction d’Israël. On me parle quelquefois de nouveaux interlocuteurs, la réalité oblige à dire qu’il n’y a pas de nouveaux interlocuteurs, et qu’il n’y a donc pas d’interlocuteurs du tout. Les Européens feront semblant d’avoir trouvé des interlocuteurs, cependant que ni les Américains ni les Israéliens n’ont besoin de faire semblant aux côtés des Européens. Comment ne pas faire semblant ? En restant ferme sur les principes : ni droit au retour, ni acceptation des frontières de 1967. Ce n’est pas Israël qui a choisi la guerre en 1947-48, en 1967, en 1973. Ce n’est pas Israël qui a perdu la guerre. Ce n’est pas et ce n’a jamais été Israël l’agresseur. Je me dois d’ajouter que je ne connais pas d’accord de paix qui se soit révélé fiable et durable entre une démocratie et un régime autoritaire ou totalitaire. Il ne peut y avoir, dans les relations avec un régime autoritaire ou totalitaire, que des rapports de force et de vigilance. Si tant est qu’on veuille invoquer le droit d’un peuple à disposer de lui-même, ce droit ne saurait être confondu avec le droit d’une clique dictatoriale à disposer d’un peuple. La création de l’Autorité Palestinienne, dans les conditions où elle s’est effectuée, a donné à une clique dictatoriale totalitaire et terroriste une population à gérer. Cette très grave erreur, fruit des illusions de la gauche israélienne et de la gauche américaine, a fait deux ensembles de victimes, le peuple israélien, frappé dans sa chair par des assassins, disposant de bases arrières en Cisjordanie et à Gaza, et les « Palestiniens », proie de la clique dictatoriale qui les affamés, fanatisés et transformés en hommes-bombes. Sortir de l’erreur impliquerait, pour le moins, un changement de régime, un assainissement économique et une désintoxication mentale des « Palestiniens ». Ce ne sont pas les élections au sein de l’Autorité palestinienne, en janvier, qui permettront ces changements impératifs qui devraient constituer un préalable à toute forme de pourparlers. Nous ne sommes pas dans une situation où on peut parler de paix : nous sommes dans une situation de guerre, où les ennemis d’Israël ne reconnaissent pas la moindre défaite et n’ont donc pas, dans leur esprit, l’idée qu’il faut faire la paix. La paix ne pourra venir que si l’Autorité palestinienne est vaincue et remplacée par des gens imprégnés d’un esprit démocratique, acceptant d’être aidés par d’autres gens imprégnés d’un esprit démocratique. Plus largement, la paix ne pourra venir que si l’on sort de la guerre déclarée en 1947-48 par le monde arabe à Israël. Ce qui impliquera des changements de régimes plus vastes et l’éradication de l’islam militant. L’Autorité Palestinienne est une clique crapuleuse, corrompue et fanatique : se contenter de renverser cette clique tant qu’existent dans la région d’autres cliques du même acabit, le Hezbollah au Liban, le régime baassiste en Syrie, les mollahs au pouvoir à Téhéran etc. ne pourrait en aucun cas assainir la situation. Ceux qui, dans le monde occidental, veulent la destruction d’Israël, par cynisme ou par « réalisme sans scrupules», disent qu’il faut d’abord résoudre le « conflit israélo-palestinien » ; cela revient à adopter la thèse des gens les plus détraqués du monde arabe et musulman, qui ont eux-mêmes une idée précise sur la façon de « résoudre » le « conflit ». Les amis d’Israël savent que ce qu’il faut résoudre, ce sont les problèmes posés par les psychopathologies disséminées par l’islam militant dans le monde arabe et musulman. Seule la disparition de ces psychopathologies est à même de faire disparaître « l’obsession anti-israélienne ». L’unique attitude à avoir en ce contexte est, là encore, de rester ferme sur les principes : pas de démocratie, pas de liberté de parole, pas d’interlocuteur. L’Europe poussera Israël à discuter quand même et à faire des gestes. La parole des Etats-Unis a heureusement plus de poids que celle de l’Europe. En l’absence d’interlocuteurs, optimiser la sécurité d’Israël en achevant la barrière de sécurité sera très utile. L’assainissement de la région, qui est au cœur de la politique étrangère de l’administration Bush, devra se poursuivre. Tout ce qui permettra aux pays d’Europe encore sains de n’avoir pas à se plier à la discipline que voudraient imposer les pays les plus malsains (dont, bien sûr, la France néo-gaulliste) sera bon à prendre : les pourparlers ouverts pour l’entrée de la Turquie en Europe seront, je pense, un excellent catalyseur, jouant en faveur d’une absence d’unité politique et diplomatique plus forte en Europe. Quand les psychopathologies disséminées dans la région auront été soignées (et elles doivent l’être impérativement, non seulement pour la survie d’Israël mais pour celle de la civilisation occidentale et pour celle de l’humanisme), « l’obsession anti-israélienne » pourra disparaître, la guerre d’agression contre Israël pourra prendre fin. Alors et alors seulement, on pourra envisager un Etat palestinien. On pourra aussi se demander si la création d’un minuscule Etat arabe, venant en supplément des Etats arabes existant aujourd’hui, s’impose. Et on pourra se poser, dans un contexte apaisé, quelques questions. Celle-ci par exemple : existait-il un peuple palestinien, nettement distinct des autres peuples arabes de la région, en 1947-48 ? Pourquoi, alors que le territoire du Mandat palestinien comprenait au départ la Jordanie et qu’en créant la Jordanie sur les trois-quarts du territoire du Mandat palestinien, on a déjà créé un Etat arabe en Palestine, faudrait-il en créer un second ? Je sais, ces questions relèvent du tabou. Il viendra cependant un moment où le tabou devra être levé. Il m’est difficile, ne vivant pas en Israël, de prendre position sur le retrait de Gaza. Ce que je pense, c’est que, face à des gens imprégnés d’une mentalité autoritaire ou totalitaire, on ne peut passer contrat et il n’y a que des rapports de force. Tout ce qui pourrait ressembler à un moment de faiblesse ou à une concession doit se trouver banni et considéré comme un encouragement donné à l’adversaire. Rien n’est plus impératif en même temps que de protéger des vies humaines et de le faire de la façon la plus optimale : si les implantations à Gaza sont coûteuses et font courir à des citoyens et à des soldats israéliens des risques disproportionnés, une solution s’impose. Si elles constituent au contraire des gages de sécurité, une autre solution s’impose. Il doit, en tous cas, être dit clairement que la haine disséminée parmi les êtres humains soumis à l’Autorité Palestinienne est tout à la fois la raison des précautions prises par les Israéliens, le motif des entraves à la liberté de circulation des populations arabes de Gaza, qui sont entraves « auto infligées » et le fondement de ce qui pourrait rendre Gaza judenrein, comme on disait au temps d’Hitler. Le racisme peut, parfois, obliger des gens à partir, mais il n’est jamais honorable, jamais justifié. Il ne doit jamais être récompensé. Il doit être dénoncé. L’Autorité palestinienne est bouffie de racisme anti-juif. Des racistes ne sont ni fréquentables ni dignes de confiance. Volume III, Numéro 163 • vendredi, le 17 décembre 2004 Réactions
arabes à la loi américaine de recensement des actes antisémites
dans le monde Introduction La préface de cette loi relève "la recrudescence des actes antisémites à l'échelle mondiale, ces dernières années, y compris dans certaines des plus puissantes démocraties, ce qui a incité des organisations internationales (…) à remettre le problème à l'ordre du jour." Cette loi précise qu'à la mi-novembre 2004, un recensement des actes antisémites dans le monde et des dispositions prises par les gouvernements concernés pour y remédier sera soumis au Sénat et à la Chambre des représentants. En outre, une section sur l'antisémitisme sera dorénavant ajoutée au Rapport annuel du département d'Etat américain, relative à l'exercice des droits de l'Homme, ainsi qu'au rapport annuel sur la liberté religieuse dans le monde ; cette section devra inclure "un descriptif de la nature et de la portée des actes antisémites et de l'incitation à l'antisémitisme intervenus lors de l'année révolue, comprenant le descriptif a) des actes de violence physique ou de harcèlement prenant pour cible des Juifs, des actes de violence et de vandalisme visant des institutions de la communauté juive, écoles, synagogues et cimetières inclus ; b) de toute propagande dans les médias gouvernementaux et non gouvernementaux cherchant à justifier ou à promouvoir la haine raciale et à inciter à la violence contre les Juifs ; c) des éventuelles dispositions prises par les gouvernements pour supprimer l'incitation à la violence et la propagande de haine d) les dispositions gouvernementales pour promulguer et appliquer des lois relatives à la protection du droit à la liberté religieuse des Juifs ; e) les efforts gouvernementaux pour promouvoir l'éducation de la tolérance et la lutte contre les préjugés." La préface remarque en outre que "l'antisémitisme a parfois pris la forme de la diffamation du sionisme, le mouvement national juif, et de l'incitation à la haine contre Israël." Cette précision n'est toutefois pas rapportée dans la loi même, qui ne tient pas compte de ce type de diffamation ou de l'incitation à la haine contre Israël et le sionisme. Malgré cela, la loi a été mal accueillie par les façonneurs d'opinion publique dans le monde arabe, lesquels ont déclaré que selon cette loi, toute critique de la politique israélienne était une marque d'antisémitisme. Ils ont qualifié la loi d'ingérence dans les affaires intérieures des Etats, craignant que son application ne porte atteinte à la liberté d'expression, et ont protesté contre "l'influence considérable des Juifs" aux Etats-Unis. Certains ont qualifié la loi de "raciste", arguant qu'elle ignore le fait que les Arabes sont aussi des sémites, également victimes de discrimination et de persécution. D'autres ont estimé que les Etats-Unis s'efforçaient, au moyen de cette loi, d'imposer leurs valeurs au monde, et que leur arrogance ne faisait qu'accroître la haine à l'encontre des Américains dans le monde. Plusieurs de ces déclarations de protestation mentionnent MEMRI (le Middle East Media Research Institute) comme l'une des organisations ayant porté le sujet à l'attention du public, et ayant ainsi entraîné la promulgation de cette loi. Lors du 10ème séminaire des pays méditerranéens de l'OSCE, tenu à Charm El-Cheikh les 18 et 19 novembre, l'Egypte a réussi a convaincre l'OSCE d'étendre son domaine d'application en incluant les actes islamophobes. Selon Al-Ahram weekly, "l'organisation compte nommer trois représentants spéciaux: un pour surveiller le phénomène croissant d'islamophobie, un autre pour l'antisémitisme, et un troisième pour les autres sortes de discrimination, d'intolérance et de xénophobie." (1) Voici les principaux arguments avancés contre le "Global Antisemitism Review Act" Cette loi a pour but de protéger Israël et le sionisme, pas les Juifs Le principal argument contre la loi est qu'elle est motivée par des considérations politiques plutôt qu'humaines et que son objectif est de préserver Israël des critiques légitimes de sa politique arabe. Un article du quotidien Al-Qods Al-Arabi (favorable à Saddam Hussein), publié en arabe à Londres, affirme que cette loi "protégera la terreur israélienne et donnera au gouvernement israélien le feu vert pour tuer, abattre et détruire", qu'elle sera "une épée tirée contre tous les écrivains, oulémas et politiciens qui élèvent la voix pour protester – en particulier dans la patrie arabe et le monde islamique." L'article évoque la "soumission" du président Bush au lobby juif américain et qualifie la loi de raciste : "Le président des Etats-Unis George Bush enfreint tous les critères moraux en se jetant dans les bras du mouvement sioniste (…) pour gagner les voix juives et se faire réélire (…) Personne ne récuse le fait que l'antisémitisme est dangereux et condamnable. Ce qui inquiète toutefois est l'amalgame évident entre judaïsme et sionisme, et le fait de traiter toute critique de l'Etat hébreu, de ses guerres de destruction et de nettoyage ethnique contre les Arabes de Palestine comme une critique des sémites (…) Nous espérions que le président Bush étendrait le domaine d'application de cette loi en y incluant d'autres formes de persécution religieuse, sans distinction ou discrimination entre les religions (…) Le président Bush ne peut interdire les pièces de William Shakespeare qui tracent un portait affreux des Juifs en les décrivant comme des sangsues - dans le Marchand de Venise. Mais il peut forcer les Arabes à normaliser leurs relations avec Israël, à donner une nouvelle forme à leur religion et à leurs croyances de façon à servir cette normalisation, sans [pour autant] leur accorder les moindres de leurs droits légitimes. Cette loi est raciste dans son contenu, se révèle hostile aux Arabes et aux musulmans en prétextant le danger de l'antisémitisme (…)" (2) Le journaliste Mohammed Al-Samak écrit dans le quotidien gouvernemental égyptien Al-Ahram que les Arabes sont opposés à l'antisémitisme, mais que la compréhension du terme "antisémitisme" par les Etats-Unis place et les Etats-Unis, et Israël, contre le reste du monde : "En principe, les musulmans en général et les Arabes en particulier ne peuvent que s'opposer à l'antisémitisme. Non parce que les Arabes sont des sémites comme les Juifs, mais parce qu'ils ont payé, et continuent de payer très cher pour les actes antisémites (…) L'antisémitisme a fait deux victimes, pas une : les Juifs, qui ont été persécutés, torturés et brûlés dans les camps de détention [nazis], et les musulmans et chrétiens arabes qui ont payé, et continuent de payer pour compenser ces crimes, en raison du complexe de culpabilité de l'Europe (…) Les Etats-Unis ont adopté la définition des dictionnaires et de diverses sources académiques – selon laquelle 'antisémitisme' signifie haine des Juifs, du sionisme et d'Israël. Cela implique que la critique que je formule du sionisme en tant qu'entreprise politique est considérée comme de l'antisémitisme, que n'importe quelle critique de la politique d'Israël, de ses crimes collectifs en Cisjordanie et à Gaza, de son occupation d'une partie de la Syrie et du Liban, de ses menaces de faire sauter la centrale nucléaire iranienne sera considérée comme de l'antisémitisme (…) [Cette définition] établit une nouvelle réalité dans le domaine des relations internationales, où le monde est divisé en deux axes : l'un qui est accusé d'antisémitisme et qui comprend le monde islamique, le monde catholique (l'Amérique latine), le monde orthodoxe (la Russie), le monde bouddhiste (la Chine) et le monde laïc (l'Union européenne), et un autre axe qui s'oppose à l'antisémitisme, n'incluant que les Etats-Unis et Israël. L'application de cette loi américaine révèlera bien si cette politique est en mesure de combattre ou du moins de calmer l'antisémitisme, plutôt que de l'enflammer dans le monde – non pas à cause de la haine des Juifs, mais par rancœur à l'égard d'Israël et des Etats-Unis." (3) Le journaliste Ahmed Al-Roubi assure, dans le quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres, que cette loi est conçue pour protéger Israël : " 'Sémitisme' est un terme qui inclut plusieurs peuples. Les Juifs sont sémites, et les victimes palestiniennes le sont aussi. Si la loi faisait référence au sémitisme, le premier coupable serait Ariel Sharon, qui commet des crimes contre les Palestiniens sémites, les assassine et leur impose des punitions collectives. Le but de cette loi n'est même pas de protéger les Juifs, vu qu'il existe de nombreux Juifs aussi bien au sein de l'Etat hébreu qu'en dehors qui s'opposent à la politique d'Israël, des Juifs Américains qui sont persécutés et boycottés par les importantes institutions médiatiques américaines pour avoir critiqué Israël. Cette loi vise à protéger Israël, qu'elle nomme 'antisémitisme'. Ce sera donc pour nous un honneur de rejoindre les nombreux écrivains et commentateurs politiques sur la liste des antisémites du département d'Etat américain – tant que le terme 'sémitisme', dans la loi de Bush, fera référence à Israël (…) spécialisé dans l'imitation de l'Etat nazi (…)" (4) Une accusation particulièrement dure a été émise par Ghazi Al-Aridhi, rédacteur au quotidien saoudien Al-Riyadh : ce dernier estime que la loi permet à Israël de nuire aux Juifs tout en accusant autrui : "L'attaque israélienne contre l'Europe, et plus particulièrement contre la France et certaines sociétés composées de Juifs, s'endurcit, cette fois sous les gros titres d' 'antisémitisme'. Les services de renseignements israéliens ont perpétré des opérations contre des cibles juives en France, dans le but d'effrayer les musulmans et de déstabiliser les Juifs français pour les encourager à quitter la France et à rejoindre leur patrie, Israël (…) Cette loi autorise Israël, au moyen de ses services [de sécurité] à perpétrer toutes sortes d'opérations contre des institutions juives ou des Juifs dans le monde, et d'en accuser ses 'ennemis' (…) Tous ceux qui critiquent Israël seront condamnés, accusés d'antisémitisme et de soutenir le terrorisme (…) C'est une 'loi contre la haine d'Israël', alors que parallèlement, c'est la loi de la jungle qui s'applique dans le cas de la haine des Arabes et des musulmans, vu l'usurpation de leurs habitations et institutions (…)" (5) C'est une loi qui enfreint la liberté d'expression et constitue une ingérence dans les affaires intérieures Un autre reproche adressé à la loi de recensement des actes antisémites est qu'elle empièterait sur la liberté d'expression et contredirait les principes déclarés des Etats-Unis. Dans le quotidien gouvernemental égyptien Al-Ahram, le journaliste (Dr) Mahmoud Suleiman affirme que cette nouvelle loi est un coup porté à la liberté d'expression et qu'elle représente une ingérence dans les affaires intérieures des pays souverains : "Selon cette loi, la critique du meurtre de femmes et d'enfants et de l'expulsion de milliers d'entre eux, une fois leurs habitations détruites, et toute protestation contre l'expropriation des terres d'agriculture par les forces israéliennes d'occupation, entrent dans le cadre de l'antisémitisme' (…) Ce que cette initiative a de particulier, c'est le transfert des services de surveillance, jusque là sous la responsabilité d'organisations non gouvernementales (…) au niveau officiel du département d'Etat (…) Si un organe neutre s'était chargé d'élaborer ce projet, il ne se serait pas uniquement intéressé aux Juifs ou à l'antisémitisme (un terme qui aurait également fait référence aux Arabes), mais aurait en outre souligné le danger de toute déclaration ou action raciste ou hostile envers les religions monothéistes, et aurait aussi condamné les déclarations israéliennes regorgeant d'expressions cherchant à nuire aux Arabes et à l'islam (…) Cette loi est fondamentalement en contradiction avec tous les appels des Etats-Unis, passés et présents, pour [encourager] la démocratie, l'égalité et la non discrimination. De même, elle est fondamentalement en contradiction avec les droits de l'Homme, à commencer par la liberté d'expression. [Cette loi] représente une ingérence dans les affaires intérieures [des Etats] parce qu'elle accorde à l'envoyé spécial responsable du recensement [des actes antisémites] et aux membres des missions américaines dans les différentes capitales du monde, le droit de surveiller et de superviser des affaires qui se trouvent au coeur de la politique intérieure des Etats concernés. De même, [cette loi] est une sorte d'extorsion, en ce qu'elle lie l'aide financière [accordée par les Etats-Unis] aux muselières (…)" (6) Le Dr Mustafa Abd El-Ghani estime aussi dans un article paru dans le quotidien Al-Ahram, que la loi de recensement des actes antisémites est un coup à la liberté d'expression, assurant que désormais, 'les Juifs vont pouvoir se propager avec impudence dans le monde, agir comme bon leur semble, avec le maître impérialiste du monde à leurs côtés pour les appuyer ; celui-ci va jusqu'à promulguer des lois et publier des communiqués pour protéger les droits de l'Homme des seuls Juifs. Cela en raison d'intérêts électoraux, de la pression exercée par la droite conservatrice [aux Etats-Unis] ou de l'influence d'organisations de recherche qui, pour la plupart, constituent des sous-groupe d'orientalistes (…) [Les conservateurs de droite qui appuient la loi] ont des liens avec des organisations telles que MEMRI, qui s'occupent aujourd'hui d'accuser ou de faire un procès à quiconque serait tenté d'émettre des propos susceptibles d'être considérés comme défensifs face aux forts (…)" (7) Dans un autre article, le Dr Abd El-Ghani mentionne de nouveau "l'organisation sioniste MEMRI", assurant que MEMRI "a comploté avec impudence contre le centre culturel des Emirats arabes unis, le Centre Zayed, parce que ce dernier était neutre et accueillait de nombreuses personnalités influentes par leur pensée (…) L'attaque contre le Centre Zayed accusait ce dernier d'hostilité à l'égard des Etats-Unis, d'encourager l'antisémitisme, de disséminer des théories de complot, de réfuter l'Holocauste et d'autres choses du même genre, et en fin de compte le centre a été fermé (…) Nous vivons à l'âge des sionistes, lesquels se sont emparés de la pensée évangéliste et de la pensée de façon générale ; et en se réclamant des 'Juifs', ils ont envisagé de promulguer des lois contre autrui, les 'Goyim', comme ils appellent leurs ennemis, qui sont systématiquement condamnés à mort (…)" (8) Le quotidien qatari Al-Sharq a qualifié une telle loi de 'terreur intellectuelle' : "La ratification de cette loi par Bush révèle l'influence juive qui se répand avec force dans l'actuelle Administration américaine (…) Le résultat naturel de cette loi sera une espèce de 'terreur intellectuelle' exercée par l'Administration américaine, sous l'apparence de lois interdisant toute opinion critique d'Israël et de ses actions terroristes, en particulier dans la région arabe. En outre, il sera fait un procès à toute personne ayant une opinion [critique]. Nous avons en effet affaire à un nouveau [type de] soutien américain de la politique israélienne (…) A notre avis, cette loi étendra le cercle des ennemis de l'actuelle Administration américaine - qui outrepasse toutes les limites dans son parti pris favorable à Israël (…)" (9) Les Américains veulent imposer leurs valeurs au reste du monde Dr Abd El-Wahhab al-Massiri, intellectuel égyptien, auteur de l'encyclopédie "Les Juifs, le judaïsme et le sionisme", déclare : "Cette loi participe à l'attaque américaine contre le monde." Il ajoute: "Les Etats-Unis veulent mettre en évidence leur hégémonie [sur le monde, et à cette fin] ils en appellent tantôt à la démocratie, tantôt aux droits de l'Homme, et dernièrement ils ont prétexté l'antisémitisme. Tous [ces sujets] sont les instruments dont se servent les Etats-Unis pour s'ingérer dans les affaires des autres pays et leur imposer leur politique et leur vision du monde." (10) Le journaliste égyptien Hassan Abou Taleb, directeur du 'Rapport stratégique arabe", affirme quant à lui dans le quotidien saoudien Al-Watan que les Etats-Unis essaient d'imposer leurs valeurs au monde : "Ce n'est pas la première fois que les autorités législatives aux Etats-Unis se sont instituées en autorités législatives du monde entier. Elles imposent leur patronage aux autres Etats, affichant une vision particulière qui provient de l'expérience américaine, bien distincte – vision que les Etats-Unis tentent d'imposer aux autres pays (…) Ils essaient d'obliger des gouvernements à l'adopter, comme si 'souveraineté nationale' ne voulait rien dire, traitant ces gouvernements comme des gouvernements locaux d'Etats américains. Nous avons déjà assisté à ce comportement pas le passé, avec la loi américaine sur la liberté religieuse dans le monde. Cette loi estime que la situation des religions dans le monde est semblable à celle qui prévaut dans le pays modèle que serait l'Amérique, où chacun est libre de créer une nouvelle religion (…), sans tenir compte du fait qu'il existe des religions monothéistes sacrées auxquelles il n'est pas question de toucher, et que quiconque parmi ses membres n'y croit pas est enjoint à se taire (…) L'Administration Bush compte s'ingérer directement dans ce qui est écrit, publié et distribué par le phénomène juif dans les pays arabes et islamiques – comme s'il était nécessaire d'accorder une protection absolue aux Juifs, qui seraient un groupe à part qui ne droit en aucun cas être critiqué - un groupe qui se situe au-dessus des lois et au-dessus des conventions internationales des droits de l'Homme, lesquelles ne font pas de distinction entre les différents groupes. Le danger devient plus clair, vu la signification de cette maudite loi – selon laquelle toute critique d'Israël, et en particulier de ses actions inhumaines et barbares contre les Palestiniens, relève de l' 'antisémitisme'. Cette loi déclare apparemment que quiconque ose critiquer l'Etat juif, Israël, même politiquement, comme on critique n'importe quel autre Etat, y compris les Etats-Unis, fait preuve de haine à l'encontre des Juifs (…) Cette maudite loi ne reconnaît pas que les Arabes sont des sémites, ni que la discrimination à leur encontre va croissant (…) dans certains pays européens ainsi même qu'aux Etats-Unis, ce que [cette loi] aurait dû mentionner, ou au moins en dire un mot. [En ignorant ces faits], cette loi fait preuve d'un scandaleux antisémitisme, basé sur la religion et la race (…) Il ne suffit pas d'ignorer l'existence de cette loi (…) La moindre des choses est que l'Organisation de la conférence islamique émette un communiqué rejetant cette loi dans son intégralité et donne ainsi l'exemple aux pays islamiques, afin qu'ils n'aient pas de relations avec l'envoyé spécial des Etats-Unis chargé de l'antisémitisme. Le minimum consiste en outre pour les pays arabes à s'unir contre cette loi et à rejeter toute forme d'ingérence [dans leurs affaires], ingérence qui cherche à supprimer la liberté d'expression et de créativité, [ce qui comprend] la critique du triste visage de la politique israélienne (…)" (11) Les partisans de la loi Toute loi qui lutte contre le racisme profite aux Arabes et aux musulmans La réaction d'Abd El-Rahman Al-Rachid, ancien directeur du quotidien Al-Sharq Al-Awsat et actuel directeur général de la télévision Al-Arabiyya, révèle un point de vue bien différent : Exhortant les Arabes à soutenir la loi de recensement des actes antisémites, il écrit : "Certains craignent que cette loi (…) ne devienne [une loi] contre les droits des Arabes dans leur combat contre Israël. Toutefois, bien que le terme 'antisémitisme' puisse être mal interprété, nous devons prendre cette loi pour ce qu'elle est : une loi visant à recenser, et non à punir. Deuxièmement, elle combat le racisme et il convient donc de l'encourager, non de la condamner. Nous devrions dire 'oui' à cette loi et demander à ce qu'elle s'applique aussi au racisme anti-musulman, au racisme envers les noirs ou envers toute autre minorité. Une initiative de ce type aura une plus grande signification et connaîtra un plus grand soutien public que s'il se limite à un seul groupe de personnes. Parallèlement, ne nous égarons pas en confondant Israël et judaïsme, ou pensée sioniste extrémiste nationaliste et religion juive. Une telle erreur serait un faux pas révélateur d'un racisme évident, ne différant aucunement du racisme anti-arabe et anti-musulman dû aux actions de certains d'entre nous. La vérité historique, ignorée de beaucoup d'entre nous, est que la protection des Juifs sémites du racisme européen sert également les Arabes et les musulmans venus s'installer en Europe après la deuxième guerre mondiale. Suite à la défaite de la pensée raciste nazie, des lois strictes ont été promulguées [en Europe] contre la discrimination raciale des minorités ethniques et religieuses (…) Plusieurs des lois en vigueur en Occident, qui protègent les mosquées, assurent [l'exercice ] de leurs droits aux citoyens d'origine arabo-musulmane, punissant quiconque se rend coupable de discrimination raciale ou religieuse dans la fonction publique et dans la vie de tous les jours, trouvent leurs racines dans le mouvement humanitaire qui refuse que la tragédie raciste intervenue avant et pendant la deuxième guerre mondiale (…) se reproduise un jour (…) Toute nouvelle loi visant à lutter contre le racisme, aussi limitée soit-elle au départ, finit pas réaliser son but final : la guerre contre le racisme sous toutes ses formes et partout dans le monde." (1)Al-Ahram Weekly
(Egypte), le 25 novembre 2004. (Aluma Dankowitz est chargée du projet de réforme de MEMRI .) -------------------------------------------------------------------------------- Créé à la fin de l’été par un jeune journaliste montréalais, David Ouellette, Judéoscope. Le magazine d’actualités à l’œil nu (www.judeoscope.ca) est le premier média électronique juif francophone au Québec et au Canada. Ancien collaborateur au journal en ligne français Proche-Orient.info, David Ouellette publie régulièment des articles dans plusieurs journaux et périodiques de langue anglaise, dont The Jerusalem Post, FrontPage Magazine... “Je me suis dit qu’il
était temps de créer au Québec et au Canada un
journal d’information électronique juif de langue française
dédié au Moyen-Orient et à des questions concernant
la Communauté juive, comme il en existe déjà à
foison en France et dans d’autres pays européens. Les Arabes
musulmans canadiens ont beaucoup de médias électroniques
à leur portée. Ils ont accès aux nombreux médias
altermondialistes ou d’extrême gauche francophones. Les
Arabes ont un champ médiatique que les Juifs canadiens, surtout
les francophones, n’ont pas. Judéoscope, qui est un journal
en ligne électronique totalement indépendant, aidera certainement
à combler ce vacuum dans le monde médiatique québécois
et canadien’, explique David Ouellette en entrevue. “Je crois qu’il est temps qu’on ait au Québec un média électronique juif de langue française. Les Juifs du Québec, qu’il ne faut pas confondre avec la Communauté juive organisée, ont intérêt à développer des médias indépendants qui ne prendront pas nécessairement les mêmes positions que les organisations officielles du judaïsme québécois et canadien. Je crois qu’on peut faire entendre à nos concitoyens non-Juifs une autre voix et d’autres préoccupations avec une autre sensibilité. Ce ne sera pas un dédoublement, mais plutôt un travail complémentaire à celui que font les organismes juifs officiels”. Judéoscope informe quotidiennement ses lecteurs sur l’état de l’antisémitisme au Canada, au Québec et dans le monde; l’activisme des groupes islamistes au Québec et au Canada; le dossier du Moyen-Orient… Mais, la couverture du conflit israélo-palestinien ne semble pas être un dossier prioritaire pour Judéoscope. Pourquoi? “C’est vrai. Judéoscope ne consacre pas beaucoup d’articles à Israël et au conflit israélo-palestinien, reconnaît David Ouellette. Je ne crois pas qu’Israël ait besoin de Judéoscope pour se défendre. Il existe déjà, au Québec et au Canada, des structures institutionnelles qui font ce travail. Israël a son ambassade et ses consulats au Canada. Par ailleurs, plusieurs organisations communautaires juives sont aussi très actives au niveau du lobbying pro-israélien. Je leur laisse le soin de faire ce travail”. Par contre, l’activisme des groupes islamistes au Québec et au Canada est l’objet d’une couverture médiatique importante. Plusieurs articles, enquêtes et reportages sont consacrés régulièrement à ces groupes qui militent activement dans les cénacles politiques et sociaux. “Judéoscope, qui mène une veille médiatique de tous les groupes islamistes présents au Canada, peut fournir des pistes d’enquête à des journalistes d’investigation. Il est intéressant de noter qu’on n’a pas besoin de connaître l’arabe ou l’ourdou pour faire une telle veille médiatique. Toutes les informations relatives à l’activisme de ces groupes islamistes sont disponibles en anglais et en français. C’est quelque chose qui manque dans le paysage médiatique québécois. Si on regarde la presse canadienne anglaise, ce travail de débroussaillage est fait sur une base quasi quotidienne. Les médias anglophones identifient régulièrement les acteurs de telle ou telle autre frange de la Communauté islamique. Dans les médias francophones québécois, ce travail n’est pas fait. Au Québec, on préfère se taire sur cette question. C’est le silence complet!” David Ouellette estime que la
question de l’antisémitisme, qui est réapparue avec
force depuis quelques années dans toutes les sociétés
occidentales, est banalisée au Québec. “En ce qui a trait à l’antisémitisme, il y a un travail d’éducation à faire au Québec. On se rend très vite compte que, généralement, les Québécois ne sont pas très sensibles à la question de l’antisémitisme. Ils ont même tendance à la relativiser et à dire que c’est un phénomène éculé, une chose du passé. Or, nous savons que depuis cinq ou six ans un nouveau type de discours judéophobe a pignon sur rue. Les formes de cet antisémitisme ne sont peut-être pas aussi évidentes pour les personnes peu sensibles aux questions ou à l’Histoire juives. Mais, il s’agit néanmoins de discours profondément hostiles aux Juifs. Une rhétorique judéophobe martelée dans certains sites Internet et journaux de quartier québécois”. Tout en reconnaissant qu’une critique virulente du gouvernement d’Israël ne peut être qualifiée d’acte antisémite, David Ouellette s’escrime à mettre en garde ses interlocuteurs non-Juifs contre les amalgames fallacieux établissant un parallèle entre le judaïsme et les actions politiques et militaires de l’État d’Israël. “Il faut savoir faire la part des choses. Il y a beaucoup de Juifs qui perçoivent tout billet pro-palestinien dans les journaux comme étant de l’antisémitisme, dit-il. Je ne suis pas de ceux-là. Je crois qu’il y a moyen d’appuyer les deux parties impliquées dans le conflit israélo-palestinien sans tomber dans la diabolisation de l’autre. Si certains journaux québécois ont fait le choix éditorial d’appuyer la cause palestinienne, moi je ne traduis pas cela comme un sentiment antisémite. Cependant, il arrive qu’on publie en tribume libre dans des journaux québécois des textes vraiment questionnables. Dans certains journaux, des éditorialistes rémunérés, c’est-à-dire réguliers, font usage de stéréotypes antisémites abjects émanant de l’antijudaïsme médiéval. Ce fut le cas récemment de l’éditorialiste Jean-Guy Dubuc de La Voix de l’Est, qui a comparé sans ambages la répression israélienne du terrorisme palestinien à la crucifixion du Christ”. Selon David Ouellette, 400 à 500 personnes visitent quotidiennement le site de Judéoscope. “Le nombre quotidien de
visiteurs dépend de l’actualité et des articles
que nous publions. Il y a des jours où ce nombre peut grimper
jusqu’à 1 000 personnes. Nous avons un minimum de 400 lecteurs
par jour, précise-t-il. Des articles de Judéoscope sont
repris par d’autres médias dans le monde -dans des journaux
non-juifs aussi. Nous avons actuellement autant de lecteurs au Canada
qu’en France, pays où nous avons déjà plusieurs
collaborateurs qui nous envoient des articles toutes les semaines”. “La promotion de Judéoscope s’est faite jusqu’ici de bouche à oreille. Nous n’avons pas les moyens financiers pour faire une campagne de promotion. Nous ne recevons aucun soutien financier. Nous sommes autonomes et tenons à le demeurer, dans la mesure du possible. Nous n’avons rien demandé à la Communauté juive institutionnelle. Nous lui demandons seulement de nous lire. Un comité de soutien est actuellement en formation. À terme, celui-ci devrait nous fournir des moyens financiers, qui nous serviront à faire la promotion de Judéoscope et à mettre sur pied une équipe de collaborateurs réguliers au Québec et au Canada. C’est ce qui nous fait cruellement défaut en ce moment. C’est ironique car Judéoscope a déjà plusieurs collaborateurs réguliers aux en France et aux États-Unis”. Volume III, Numéro 162 • vendredi, le 10 decembre 2004 Mort
d'Arafat: le grand show de la tartuferie! Brassens avait bien raison quand il chantait: "Une fois qu'ils ont cassé leur pipe, les morts sont tous de braves types." Nous en avons une exemplaire illustration avec la mort récente du Président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat. Ce fut une formidable compétition entre chefs d'État et vedettes médiatiques pour désigner celui qui aurait le plus l'air d'une pleureuse de profession, et celui qui serait le plus dithyrambique et le plus outrageusement flagorneur dans son éloge funèbre! Ce fut, il faut bien le dire, un superbe concours. Le trophée de la Triste Mine se doit d'être attribué à Jacques Chirac, le Président français, si complaisant envers le dictateur arabe et qui s'était composé, pour l'occasion, une figure tellement éplorée qu'il en était risible. Pour ce qui est du baratin de circonstance, par contre, difficile de choisir un champion. Nous avons l'embarras du choix. Tous ont eu recours à la glorification excessive: héros, martyr, patriote sublime, amoureux de la paix, chef historique bien-aimé, mettez-en! Un grand show de tartuferie! Le droit à la discordance Dans ce concert d'éloges, je me permet quelques discordances. Et d'abord, une de taille, concernant l'espoir de paix dans cette région du monde. En 2000, au Camp David, Arafat a refusé une généreuse proposition de paix de la part d'Ehoud Barak, le Premier ministre israëlien. "Si Arafat avait fait un autre choix, écrit, dans ses Mémoires, Madeleine Albright, Secrétaire d'État sous Clinton, la Palestine serait aujourd'hui membre des Nations-Unies, sa capitale établie à Jérusalem-est. Sa population serait libre d'aller et venir entre la Cisjordanie et Gaza. Son aéroport et son port maritime fonctionneraient. Les réfugiés recevraient des compensations et on les aiderait à se réinstaller. Au lieu de quoi, les Palestiniens vivent avec leur légalisme, leur misère et leur terreur." Mme Albright n'est pas un témoin de seconde main. Elle était là, sur place, au coeur des négociations. Et son verdict est formel: c'est Arafat qui a torpillé en toute connaissance de cause un projet honorable de paix entre Israël et les Palestiniens. Au lieu de la paix, Arafat a déclenché la seconde Intifada et une vague d'attentats terroristes a déferlé sur Israël, massacrant des centaines de civils innocents. Il est de bon ton, en certains milieux rongés par l'anti-sionisme, pour ne pas dire l'anti-sémitisme, de prétendre qu'Arafat s'opposait à la terreur mais qu'il n'a pas réussi à contrôler les organisations terroristes, telles le Hamas et le Djiad islamique. Rien de plus faux. Il est démontré, aujourd'hui, sur la base de documents comptables, qu'Arafat dirigeait et finançait les activités terroristes (dont des attentats-suicides) des Brigades des martyrs d'Al Aqsa, commando terroriste rattaché à son propre parti, le Fatah. Il faut se rendre à l'évidence: le prix Nobel de la paix était un leader terroriste. Alors, assez de pleurnicheries! Despotique et corrompu Et puis, le régime de l'Autorité palestinienne était un régime à la fois despotique et corrompu. Toute forme d'opposition interne était bâillonnée, toute velléité démocratique était réprimée. Avec, tout à côté, la remarquable démocratie israëlienne, le contraste était frappant. Il l'est toujours. La corruption et les détournements de fonds étaient érigés en système. Le Fonds monétaire international a découvert qu'Arafat a détourné 900 millions $ (de la petite monnaie, quoi!) dans divers comptes bancaires qu'il contrôlait. Ce "petit pécule" était investi dans toutes sortes d'entreprises commerciales. Avez-vous toujours envie de brailler sur la dépouille mortelle du Despote? Maintenant qu'Arafat est mort, les Palestiniens auront-ils la sagesse de comprendre que le terrorisme ne mène nulle part, qu'il représente une impasse et que la deuxième Intifada constitue un échec? On doit l'espérer, mais il est permis d'être sceptique quand on sait que l'objectif des gangs terroristes est toujours d'anéantir l'État d'Israël, que l'on enseigne la haine des Juifs dans les écoles palestiniennes et que les jeunes qui se font exploser dans les bus et sur les terrasses des cafés, semant la mort parmi des civils innocents (y compris des enfants), sont considérés comme des héros et des martyrs par des foules fanatisées. Volume III, Numéro 161 • vendredi, le 3 decembre 2004 Assassinat
de Théô Van Gogh : Sur le milliard de Musulmans éparpillés de par le monde, combien on pris la peine de s'interroger et de méditer sur l'assassinat de Théô Van Gogh, ce cinéaste néerlandais égorgé en plein mois de Ramadan dans une rue d'Amsterdam par un islamiste marocain qui lui reprochait ses prises de position publiques contre l'Islam. Personne ou presque. S'il y a eu débat en terre musulmane sur la question, ce débat est resté bien feutré. C'est que l'assassinat d'intellectuels est chez nous monnaie courante. Malheur à ceux qui osent défier les vérités établies et aller à l'encontre de ce que les islamistes considèrent comme des thawabit ou constantes intangibles. Tous ceux qui s'y sont frottés l'ont payé cher. En Egypte, au Maroc, en Iran, beaucoup d'intellectuels ont payé de leur vie cette audace ; en Algérie, où la tourmente a emporté plus de cent mille morts ces dernières années, une soixantaine d'intellectuels ont fait l'objet d'assassinats ciblés, simplement pour avoir professé une vision du monde qui diverge de celle de l'Islam radical, les artistes étaient nombreux parmi de ces victimes. En Turquie, l'horreur a atteint son comble en 1993, quand 36 intellectuels et artistes, réunis en séminaire dans un hôtel de la ville de Sivas, ont été brûlés vifs dans un incendie allumé par des islamistes qui ont ensuite fait barrage aux pompiers et aux citoyens qui tentaient de porter secours aux victimes. L'assassinat de Théô Van Gogh nous interpelle parce qu'au delà de l'acte terroriste, devenu malheureusement banal et qu'il ne faut jamais cesser de condamner, il marque le transfert en Europe d'une pratique qui perdure chez nous depuis des siècles sans jamais avoir suscité de grandes émotions. Tuer des artistes, des poètes et des écrivains, a de tout temps été chez nous chose admise dès que l'artiste ou l'intellectuel s'avise de franchir la ligne rouge d'une vérité jugée absolue. Les sultans qui nous gouvernent et la foule sont solidaires sur la question. C'est que le problème avec les intellectuels, et plus encore avec les artistes, est qu'ils rejettent le principe de la soumission à une vérité définitive, ce qui les met ipso facto en opposition avec les théologies monothéistes qui ne donnent pour horizon à la vie des hommes que la soumission servile à des vérités révélées. Ils sont donc incontrôlables. La Renaissance, qui a été d'abord une explosion de l'art, c'est-à-dire des formes d'expression de l'imagination et de la fantaisie, a propulsé l'Europe vers la modernité alors que le Monde musulman continuait dans le même temps à bétonner les murs qui l'enfermaient dans un Moyen Age contemporain en s'entêtant à faire la confusion entre la simple croyance religieuse et le concept de vérité. La conséquence? C'est ce désastre fait d'échecs et d'avortements partagés collectivement, c'est aussi, au niveau individuel et collectif, l'incapacité à se libérer du joug politique qui nous opprime et dont on ne pourra se libérer que lorsqu'on donnera à la religion une autre interprétation que celle d'un joug métaphysique. C'est ce joug d'une certaine «Vérité» religieuse qui bloque chez nous toute tentative de redressement véritable. Comment pourrions-nous accéder à la liberté politique, condition nécessaire à la dignité, sans commencer par nous affranchir des tabous qui entravent nos libertés privées ? Comment imaginer possible l'existence, dans le monde, de sociétés qui se seraient libérées au plan politique tout en continuant à pratiquer le principe de la soumission collective au plan religieux ? Comment imaginer le libre choix politique sans le libre arbitre de la foi ? C'est ce que Théô Van Gogh reproche à l'Islam en mettant l'accent sur le statut de la femme, réduite à une condition d'être inférieur par une lecture littéraliste qui s'impose comme un carcan à nos sociétés contemporaines simplement parce que nous nous obstinons à donner au texte religieux la valeur d'un texte de loi alors que le reste de l'humanité prenait le large en s'affranchissant des lois religieuses et en faisant acte d'autonomie dans tout ce qui a trait au travail de législation. A la manière des artistes, les formules de Théô Van Gogh sont parfois lapidaires; ainsi, pour dénoncer la condition d'objet passif faite à la femme, le cinéaste néerlandais disait des Musulmans mâles qu'ils étaient des «baiseurs de chèvres» ; ce en quoi il n'avait que partiellement raison ; car, quand on parle de baise, les hommes et les femmes partagent en terre d'Islam la même condition. Dans leurs rapports avec leurs gouvernants comme dans leurs relations avec les pays tiers, ils vivent en commun une même situation faite d'humiliation et de prosternation. Les évènements d'Irak et d'Afghanistan, les guerres civiles larvées de l'Algérie, du Pakistan, de l'Arabie Saoudite, d'Egypte ou d'ailleurs, ainsi que notre incapacité à apprivoiser la liberté, notre inaptitude à nous défaire de notre particularisme et à partager avec le reste de l'humanité son élan vers l'universel. Nous avons poussé jusqu'à son extrême limite la domination du référent religieux au point d'avoir interdit pendant des siècles l'art, créant ainsi une société mutilée: sans peintres, sans sculpteurs, sans romanciers, sans rêveurs, sans gens de fantaisie; nous privant de la sorte de ce fantastique levier dont l'homme a de tout temps usé pour se projeter en avant, en s'appuyant sur sa faculté d'imagination et d'innovation. Aujourd'hui encore, quand la fièvre religieuse monte, le premier réflexe de nos extrémistes (ne le sommes-nous pas devenus tous) est d'allonger sur l'autel du sacrifice ces iconoclastes d'artistes et d'intellectuels qui ont l'outrecuidance de penser autrement sans que cela gène les ruminants que nous sommes. Le bénéfice du privilège de l'émigration n'a pas conduit l'assassin de l'arrière-petit-fils du grand peintre hollandais à une remise en question du schéma d'une foi totalitaire, mais à un rejet exacerbé de concepts et de valeurs dont la source d'inspiration est la liberté, cette liberté qui devient en Hollande presque libertaire en matière politique et sociale. Quoi de plus naturel que de voir la confrontation entre ces deux visions du monde déboucher sur une scène aussi barbare que le fut le meurtre de Théô Van Gogh. Il y a un demi-siècle, les Nazis, partisans du mythe totalitaire de la supériorité aryenne, donnaient la chasse dans les villes européennes aux peintres du courant abstrait jugé décadent. Plus tard, les Staliniens, autres tenants d'une doctrine totalitaire basée sur une «lecture scientifique de l'histoire» réprimaient dans leurs geôles les adeptes de la musique rock, considérée comme un stigmate de la dégénérescence occidentale. Au-delà de leurs crimes collectifs, tous les totalitarismes ont tendance à ramener l'ensemble des comportements individuels à des normes conformes à leur propre schéma mental...
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