Décembre 2004 


numéro 165 / numéro 164 / numéro 163 / numéro 162 / numéro 161


         Volume III, Numéro 165                                         Vendredi, 31 décembre 2004

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Activités anti-américaines du parti Baath à Paris

Dr. Nimrod Raphaeli

Memri.org, 30 novembre, 2004

 

Avec la destitution du régime de Saddam Hussein le 9 avril 2003, le parti Baath au pouvoir est devenu illégal, tandis qu'un comité de "débaasification" s'est créé en Irak. [1] La machine de propagande baasiste semble toutefois avoir trouvé son nouveau siège à Paris, d'où des menaces contre les Etats-Unis sont émises régulièrement en trois langues: le français, l'anglais et l'espagnol. Les militants du parti Baath invoquent bien entendu la "résistance", afin de mettre sur le même plan leurs activités et celles des résistants français contre l'occupation nazie, pendant la deuxième guerre mondiale.

 

La résurrection du parti Baath sur le sol français se voit renforcée par la position du gouvernement selon laquelle les représentants de la "résistance" devraient pouvoir participer aux conférences prévues en Irak au sujet de l'avenir du pays. Cette position a été clairement formulée par Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, dans une interview sur France inter. M. Barnier s'est déclaré favorable à un processus politique irakien incluant des groupes de personnes ayant opté pour la résistance par les armes [2]

 

Le Conseil national de la résistance irakienne

Le Conseil national de la résistance irakienne, également appelé "Conseil unifié de la résistance irakienne", a vu le jour en juin 2003. Il regroupe des activistes baasistes (appelés "militants"), d'anciens membres de l'armée irakienne et de la Garde républicaine, ainsi que des "héros du dispositif de sécurité nationale."

 

L'identité des dirigeants du Conseil reste secrète. Toutefois, une interview de l'ancien vice président Izzat Ibrahim Al-Duri présente ce dernier comme le chef de la résistance. Un communiqué de presse évoque les forces opérant sous le parapluie de la résistance baasiste. Elles incluent: [3]

 

- Le parti arabe socialiste baasiste d'Irak (organisation clandestine)

 

- Le mouvement (irakien) "Résistance et la libération"

 

- Le Conseil unifié de la résistance irakienne

 

- Des forces militaires telles que les "Fedayyoun de Saddam" et la "Deuxième armée de Mahomet" [4]

 

Selon le communiqué de presse, ceux-ci sont rejoints "dans les coulisses" par différentes "formations patriotiques", dont des communistes et des nassériens.

 

Point d'information

Les écrits du Conseil sont publiés par les "Comités Irak de base" sous la direction éditoriale de Luc Michel, dont l'adresse serait: 128/01 rue de Montingy-B/6000 Charleroi. E-Mail: Iraqcommittees@yahoo.com. Dans d'autres newsletters, l'adresse indiquée de Luc Michel est: 39 Maagdenstraat - B/1000 Brussels (Belgique).

 

Dans une publication plus récente, l'adresse Internet des comités Irak est: www.comitesirak.free.fr Dans l'un des documents affichés figurent les informations suivantes:

 

Pour une coordination transnationale des comités irakiens (Bruxelles)

 

Tel: International +32 2 218 73 09

Fax: International +32 2 218 73 59

Coordination francophone (Paris)

Tel/Fax: 01 43 83 75 32 International +33 1 43 83 75 32 (France)

 

Une newsletter identifie Luc Michel comme étant un "éditeur belge, connu pour sa défense de la cause arabe, et l'éditeur de la newsletter 'Al-Baath Al-Iraki'"

 

Une équipe juridique dirigée par Me Dominique Jourdain a pour e-mail djavo@club-intenet.fr. Un abonnement gratuit à la newsletter Al-Baath Al-Iraki ("résurrection irakienne") peut être obtenu en s'adressant à commiteirak@yahoo.fr.

 

Certaines newsletters portent la mention suivante: "(…) Matériel distribué dans un but non lucratif à ceux qui ont préalablement manifesté leur intérêt pour l'information contenue ci-dessous dans un but de recherche et d'éducation."

 

Etant donné que la plupart des publications sont distribuées par Yahoo France, on est enclin à penser que les textes proviennent de France. Aucune information n'est disponible quant aux sources de financement. Il est toutefois possible que l'association dénommé "Amitiés franco-irakiennes" corresponde à l'association du même nom ayant bénéficié des coupons de pétrole de Saddam Hussein (pour 15.1 millions de barils). [5]

 

Revue des publications

 

A. Défense de Saddam Hussein

L'association "Amitiés franco-irakiennes" a lancé un appel international condamnant "le traitement indigne administré au Président Saddam Hussein, en violation des principes de la loi internationale." Un formulaire était joint à la newsletter avec l'en-tête suivant: "Les signataires se rappellent solennellement que le président Saddam Hussein est un prisonnier de guerre auquel s'applique pleinement la Convention de Genève de 1949 sur les prisonniers de guerre." [6]

 

Dans une newsletter datée du 7 juillet 2004 et intitulée "La défense politique du président Saddam Hussein est aussi organisée!", le groupe annonce la création du "Comité international de défense du président Saddam Hussein". On peut lire: "Le Comité entend répondre à la campagne de haine et aux mensonges orchestrés par les medias--contrôlés par les sionistes américains, et ré-établir la vérité sur l'Irak de Saddam Hussein et le parti Baath." [7]

 

B. Espace francophone

Dans une newsletter (datée simplement de 2003) et dépourvue du symbole de l'Etat irakien, présent sur les publications ultérieures, les auteurs déclarent: "Nous sommes nombreux dans le monde, et en particulier dans le monde francophone, à souhaiter non seulement la fin de l'occupation yankee en Irak, mais plus encore la victoire de la résistance baasiste, qui se réclame de Saddam Hussein et qui est organisée sous le mouvement Résistance et libération de l'Irak." [8]

 

La newsletter déclare que le but de la résistance n'est pas uniquement de triompher de "l'impérialisme sioniste américain en Irak", mais d'étendre son action en Palestine occupée et en Europe, où la domination yankee est aujourd'hui ébranlée ; elle revendique en outre son alignement sur la position de Che Guevara selon qui "l'impérialisme a une tête, les Etats-Unis, qui devrait être tranchée!"

 

L'espace francophone comprend la Belgique, la France, le Québec et la Suisse francophone, selon le site, et sera occupé par "une coordination francophone des Comités Irak".

 

C. Premier anniversaire de l'occupation

Le jour marquant le premier anniversaire de l'occupation de l'Irak, un "communiqué politique" a été affiché par le "Conseil unifié de la résistance irakienne." [9]

 

Selon ce communiqué, "le Conseil national de la Résistance irakienne est né il y a dix mois." Il comprend des "bataillons de militants baasistes, des membres des forces armées et des héros du dispositif de sécurité nationale." Les communiqué fait référence aux "nobles cheikhs de tribus, aux moudjahidine religieux et à la multitude d'étrangers musulmans [non irakiens], qui ont rejoint la courageuse résistance afin de former une structure organisée chargée de conduire des opérations et de coordonner les programmes et actions de la résistance (…)".

 

Le communiqué présente son plan d'action:

 

Le rejet total de l'occupation, de ses moyens, de ses agents et de tout ce qui émane d'elle, "comme les structures, les titres, et les comités de traîtres qui servent les envahisseurs et trahissent leur peuple."

 

"La continuité de la résistance sous toutes ses formes armées, et la mobilisation des masses à travers manifestations et protestations, le boycott de l'occupation (…) par tous les moyens possibles.

 

Le rétablissement des institutions d'Etat et de l'armée telles qu'elles existaient avant le 9 avril 2003

 

Dans ce paragraphe, le communiqué propose un projet de rétablissement des institutions d'Etat, garantissant la liberté politique, la Création d'une Cour suprême des Droits de l'Homme et l'abolition des lois d'urgence. [10]

 

D. Transfert d'autorité

Anticipant le transfert de pouvoir à un gouvernement irakien provisoire sous la constitution provisoire, négocié par le Conseil gouvernemental irakien et l'Autorité provisoire de la coalition, le parti Baath, à partir de la France et de la Belgique, a déclaré que: "La résistance irakienne prendra pour cible la présidence, le gouvernement provisoire et les forces étrangères, y compris celles qui se trouvent sous le contrôle des Nations unies et qui demeureront en Irak après le prétendu 'transfert d'autorité' censé intervenir fin juin." [11]

 

E. Interview d'Izzat Ibrahim Al-Duri

La lettre d'information n° 47 (datée du 17 octobre 2004) contient une interview d'Izzat Ibrahim Al-Duri, adjoint de Saddam, parue dans l'hebdomadaire jordanien Al-Madjd.Izzat Al-Ibrahim fait partie des 55 Irakiens les plus recherchés de l'ancien régime.

 

D'après Al-Duri, le parti Baath "est en très bonne santé et mène la plus honorable et la plus digne des batailles de la nation arabe." Au sujet d'éventuelles négociations avec les Etats-Unis, Al-Duri a rétorqué: "[Il n'y aura] pas de négociation avec les Etats-Unis sous l'occupation: le seul dialogue entre eux et nous est celui des armes et de la résistance."

 

Evoquant l'impact de la capture de Saddam Hussein sur le parti Baath, Al-Duri affirme: "Ce qui est arrivé au camarade dirigeant et à d'autres camarades au pouvoir ne nous a pas surpris. C'est ainsi que nous avons prévu toutes les possibilités: l'emprisonnement ou le martyre." Il ajoute: "Ce que je voudrais souligner ici est qu'aucun parmi nous n'est dupe en ce qui concerne la nature de la bataille, ses conséquences et son programme. Aujourd'hui, après un an et demi d'occupation, le monde entier sait que ce sont la malfaisante administration américaine et ses alliés qui ont été menés en bateau quant à leur évaluation des résultats de la bataille à long terme."

 

Al-Duri confie en outre que la résistance est composée des militants baasistes et d'anciens soldats irakiens, de membres de la Garde républicaine, des services de sécurité, des Feddayin de Saddam Hussein et de l'armée d'Al-Qods. [12]

 

Al-Duri n'a pas eu beaucoup de bien à dire des chiites au sud du pays. Il estime que les organisations chiites "placent la laïcité avant la terre", vu que certaines de ces organisations "ont couvert les actes criminels de l'ennemi contre notre peuple." La réponse d'Al-Duri reflète l'attitude du parti Baath à vis-à-vis des chiites.

 

Interview du Général Abou Moutassim

La newsletter 47, datée du 1er novembre 2004, contient une interview du général Abou Moutassim, également parue dans l'hebdomadaire Al-Majd, interview qui "a su pénétrer au cœur de l'héroïque résistance irakienne." [13]

 

Le général Abou Moutassim (nom de guerre) est présenté comme "le chef de la résistance", un "général du terrain" de la Garde républicaine dissolue. Evoquant la résistance en Irak, Abou Moutassim déclare que celle-ci "contrôle un grand nombre de villes irakiennes": des villes comme Falloudjah, Samaraa et Ramadi ainsi que des régions et banlieues de Bagdad. Le général estime que les Etats-Unis ne sont plus à même de dissimuler leurs pertes. Les Irakiens, assurent-ils, "connaissent l'étendue des pertes et sont toujours en mesure de les augmenter."

 

Abou Moutassim refuse de décrire la structure du commandement militaire qui conduit les opérations militaires mais révèle qu' "un haut commandement militaire unifié supervise le gouvernail de la résistance dans tout l'Irak." La direction comprend "les meilleurs officiers de l'armée irakienne, de la Garde républicaine, des Feddayin de Saddam, des services de renseignement et de sécurité. Le commandement militaire inclut un représentant de la branche politique du parti Baath, qui établit le lien entre le commandement militaire et politique."

 

Invité à commenter le succès du gouvernement Allaoui face à l'armée Mahdi de Mouqtada Al-Sadr, il déclare que "Mouqtada Al-Sadr et ceux qui ont reçu l'autorisation de parler en son nom sont des imbéciles sans aucune compréhension politique."

 

Derniers événements à Falloudjah

 

Dans la dernière newsletter, émise de Paris par les Comités Irak le 17 novembre 2004, [14] le parti Baath assure à nouveau au peuple irakien que la destruction "de l'infrastructure de marionnettes qui exerce son autorité est au cœur de la stratégie de résistance armée irakienne." La version française fait référence au "gouvernement fantoche de Quisling Yankee Allaoui". [15] La newsletter se termine ainsi: Longue vie à Saddam Hussein, le combattant, secrétaire général de la région irakienne [en opposition à la région syrienne], président de la République, symbole de courage, défiant les camps de prisonniers, ingénieur et planificateur de la glorieuse résistance armée irakienne!"

 

(Le Dr Nimrod Raphaeli est chargé d'analyses pour MEMRI)

 

 

 

[1] Voir l'Enquête et analyse n°176 de MEMRI sur la "débaasification" de l'Irak

 

 

[2] Ambassade de France aux Etats-Unis, le 27 septembre 2004. Il convient aussi de mentionner la pétition au président George Bush, au Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, au Premier ministre britannique Tony Blair et à d'autres encore, signée par des organisations civiles irakiennes ainsi que par un groupe d'intellectuels arabes et irakiens. Cette pétition condamne les efforts déployés par certaines gouvernements pour miner le processus démocratique en Irak, et présente le gouvernement français comme "l'avant-garde" de ces pays. www.petiononline.com/ocsi/petition/html.

 

[3] Communiqué de presse des Comités Irak, le 15 mai 2004. Toutes les publications des Comités Irak citées dans ce rapport sont affichées sur Internet.

 

[4] Fallah Al-Naqib, ministre irakien de l'Intérieur, a annoncé l'arrestation de Mouaiyyid Yassine, commandant de Jaish Mohammed (l'armée de Mahomet), à Falloudjah. On raconte qu'il s'est rendu à Damas pour coordonner les opérations militaires contre les forces de la coalition avec un ancien dirigeant du parti Baath: Mohammed Younis Al-Ahmed. Jaish Mohammed, branche militaire du parti Baath, a été créée par Saddam avant sa destitution. (Al-Sharq Al-Awsat, Londres, le 17 novembre 2004)

 

[5] Voir l'article de Nimrod Raphaeli "Saddam's Oil Vouchers - The European Dimension", présenté lors d'une conférence sur la corruption humanitaire au Royaume uni, le 1er octobre 2004

 

[6] Communiqué de presse des Comités Irak, le 6 janvier 2004

 

[7] Communiqué de presse du Comité international pour la défense du président Saddam Hussein, le 7 juillet 2004

 

[8] Traduit de l'arabe, quand le texte original n'est pas en français. Souvent mal écrit dans la version originale. Nous nous efforçons de rester fidèle au texte original, même dans ses imperfections

 

[9] Daté du 5 avril 2004 et signé par la branche politique du Conseil national unifié de la résistance irakienne

 

[10] Communiqué politique du Conseil unifié de la résistance irakienne, le 5 avril 2004

 

[11] Déclaration du parti socialiste arabe baasiste irakien, le 20 mai 2004

 

[12] Milices armées auxquelles Saddam comptait recourir pour "libérer Jérusalem". Selon les sources officielles irakiennes de l'époque, celles-ci comptaient des millions de personnes.

 

[13] N° 48 (17 novembre 2004), comitesirak@Yahoo.fr

 

[15] Quisling était le Premier ministre norvégien ayant collaboré avec l'occupation nazie pendant la deuxième guerre mondiale.

 

« Les islamistes sont déjà là »

David Ouellette

Judeoscope.ca, 28 décembre 2004

 

Dans le flot d’encre qui s’est déversé sur les recommandations de Marion Boyd en faveur de l’introduction de cours d’arbitrage islamiques en Ontario, les médias ont soigneusement évité, tel un écueil, le terme pourtant central à cette affaire, l’islamisme.

 

Néanmoins, c’est à grands renforts d’ « ismes » que les commentateurs québécois ont formulé des critiques acerbes à l’endroit du rapport de l’ancienne procureure générale d’Ontario : on lui a reproché son paternalisme envers les musulmanes, rappelé les victoires du féminisme en droit familial et décrié ce multiculturalisme canadien qui championne les droits collectifs au détriment des droits individuels. Tout cela est fort bien et juste. Reste que l’ « isme » qui sert de locomotive à la conquête de la sphère publique par un islam rigoriste a été passé sous silence.

 

Tout se passe au Canada--et dans une plus forte mesure au Québec--comme si nous étions les meilleurs élèves de George W. Bush, qui, au lendemain des attentats du 11 septembre, appela ses concitoyens à ne pas amalgamer islamisme et islam. Le milieu politico-médiatique québécois semble avoir si bien retenu la leçon que l’islamisme lui est devenu étranger. Les visites de Tariq Ramadan au Québec suscitent moins d’émoi qu’une conférence d’un ambassadeur américain ou d’un ex-premier ministre israélien. On laisse sceptiquement entendre que ses détracteurs le qualifient d’islamiste alors qu’en Europe plus aucun média ou intellectuel sérieux n’entretient le moindre doute sur le projet politique du petit-fils du fondateur des Frères Musulmans. L’alliance entre islamistes et extrême-gauche « altermondialiste » qui inquiète tant l’Europe et dont les contours se définissent un peu plus après chaque visite du téléprédicateur islamique au Québec n'est même pas enregistrée par nos médias. Les grandes préoccupations sociétales de l’Occident nous laissent de glace.

 

C’est ainsi que par largesse d’esprit, caractéristique aussi chère aux Québécois qu’aux Canadiens, nous avons autorisé le port du hidjab, le voile islamique, dans nos établissements scolaires, cautionnant ainsi la ségrégation des sexes qui est toujours la première prescription imposée par les islamistes. Tout l’édifice de l’islam politique repose sur l’apartheid des sexes, la domination des hommes sur les femmes et la réduction de fillettes âgées de 12 ans à des objets sexuels sur le « marché du mariage ». Comme le décrit si bien l’essayiste Chahdortt Djavann, « Voiler les femmes, c’est diffuser la vision du monde islamiste, une vision du monde, de la société, de l’homme et de la femme que le voile islamique résume et que les femmes portent sur la tête ». Si l’on croit que l’islamisme a mis le pied dans la porte avec le rapport de Marion Boyd, qu’on se détrompe : notre libéralisme qui a perversement transformé en droit une contrainte imposée par la violence avait déjà ouvert en 1995 les portes à l’islam politique.

 

Et l’islam politique s’est empressé de franchir le seuil. Le chapitre canadien du Council on American-Islamic Relations (CAIR), fer de lance de l’islamisme en Amérique de Nord, réclame désormais que les écoles privées du Québec amendent leur code vestimentaire de manière à autoriser le port du voile. À l’Université de Montréal, des activistes font pression sur la direction de l’établissement, à grand renfort de chantage à l’islamophobie (néologisme iranien pour justifier la fatwa de mort contre Salman Rushdie), pour que celle-ci leur reconnaisse ce qu’elle n’a jamais reconnu aux fidèles d’autres religions : une salle de prière. Or si dans leur infinie complaisance politiquement correcte certains esprits trouvent la demande anodine, peut-être doit-on souligner que dans sa plus simple expression, de Kabul à Montréal, l’islamisme consiste à défier l’ordre social établi et à faire prendre racine à l’islam dans la sphère publique. Dans les pays islamiques, les islamistes prêchent la « ré-islamisation », en Occident, tout simplement l’« islamisation ». 

 

Pour le mouvement Jeunes musulmans du Canada (JMC), par exemple, une organisation dédiée au « renouveau spirituel de la jeunesse musulmane » la ré-islamisation du monde musulman commence en Occident. La djâhiliya de l'Occident, c’est-à-dire l’obscur âge préislamique où les hommes vivent dans l’ignorance d’Allah, serait l’obstacle principal à la ré-islamisation des terres d'Islam. Pour mettre un terme à l’influence « anti-islamique » de l’Amérique et de l’Europe sur les dirigeants arabes et musulmans, il importe de faire un travail de Dawah, de prosélytisme, dans tous les secteurs de la société occidentale pour exporter en Orient un islam rigoriste. Dans un rare moment de candeur, le président du CAIR, Omar M. Ahmad, a même déclaré à un journaliste que « l'islam n'est pas en Amérique pour être l'égal de toute autre foi, mais pour devenir dominant. Le Coran devrait être la plus haute autorité en Amérique, et l'islam la seule religion acceptée sur toute la Terre ».

 

L’islamisation, ou la ré-islamisation, s’accomplit sur fond de violence et d’intimidation. Une des formes élémentaires d’intimidation utilisée par les islamistes est de définir qui est un bon musulman et qui ne l’est pas. Une institution telle que la cour d’arbitrage revendiquée par l’Institut islamique de justice civile (IIJC) renforcerait ce pouvoir d’intimidation. En fait, l’intimidation a déjà commencé. Le fondateur de l’IIJC, l’avocat Syed Ali Mumtaz, déclarait dès 1995 : « Voulez-vous vous gouverner selon la loi personnelle de votre religion ou préférez-vous la gouvernance du droit familial séculier canadien ? Si vous choisissez ce dernier, vous ne pouvez pas prétendre que vous croyez en l’islam comme religion ». Autrement dit, qui ne se soumettrait pas aux cours d’arbitrage islamiques sous la férule de l’IIJC se rendrait coupable d’apostasie, un crime punissable de mort en islam.

 

Syed Mumtaz, qui est aussi un essayiste prolifique, estime que le musulman n’a qu’une seule nationalité, la nationalité islamique. Position partagée par les islamistes du monde entier, eux qui rêvent de reconstituer la mythique oummah, ou communauté des croyants, de la vie du prophète pour restaurer la gloire perdue de l’islam. Notons que ce sont des groupes tels que le Council on American-Islamic Relations, le Congrès islamique du Canada ou le Conseil musulman de Montréal qui font du lobbying en faveur de cours islamiques et non pas, par exemple, la Fédération arabo-canadienne, Espace Maroc-Canada ou le Centre culturel algérien de Montréal. La raison est simple. La grande majorité des musulmans au Québec ne se définissent pas en première ligne comme tels. C’est pourquoi ils se regroupent en structures associatives ethno-culturelles et que parler de « la » communauté musulmane a autant de sens que parler de « la » communauté chrétienne. Lorsque nos médias décrivent, par exemple une Marocaine comme une « musulmane d’origine marocaine », ils accordent une importance prépondérante à sa foi. En somme, ils emploient le langage des islamistes, qui, pour atteindre l’unité politique « salvatrice » des musulmans, s’efforcent d’effacer les divisions ethno-culturelles entre musulmans. Le passage de « maghrébins » à « musulmans de France » dans le discours public auquel on assiste depuis quelques années en France pour y décrire la population immigrée souligne à quel point la terminologie islamiste a gagné du terrain.

 

Le rapport de Marion Boyd a été rendu nécessaire par le défi lancé par les islamistes à la société laïcisée du Canada. Le feu vert qu’il donne à la création de cours islamiques doit certes nous alarmer en raison de la menace qu’il représente pour le traitement équitable des femmes immigrées qui seront soumises à une pression sociale accrue et déjà formidable. Au-delà de cet aspect, il doit nous inquiéter parce que désormais les islamistes n’ont plus le pied dans la porte. Nous la leur tenons grand ouverte, ils sont déjà là, pour paraphraser l’enquête de Christophe Deloire et de Christophe Dubois sur la progression de l’islamisme en France, mais nous refusons de les voir. Et pourtant, au Canada, la bannière islamiste est déjà hissée à mi-mât.

 

(David Ouellette est journaliste et chercheur associé à ICRJ)

 

A tous nos amis, Bonne Année 2005!


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         Volume III, Numéro 164                                         Vendredi, 24 décembre 2004

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LA VRAIE LIBÉRATION DES PALESTINIENS
Natan Sharanski

Jerusalem Post, 10 décembre 2004

 
La mort de Yasser Arafat a placé une fois de plus la recherche de la paix au Moyen Orient à la croisée des chemins. Il y a dix ans, les politiciens ont pris le mauvais chemin, pensant qu'on pouvait instaurer la paix en concluant un accord avec des dictatures.
 
Aujourd'hui, nous devons envisager un processus de paix ancré dans l'élargissement de la liberté et de la démocratie dans la société palestinienne.
 
On sera fortement tenté de revenir à la formule d'Oslo. D'ailleurs, il n'y a qu'à voir l'engouement de nombreux protagonistes à trouver rapidement l'homme fort qui réussira à juguler le chaos, tout en concluant un accord avec Israël. De même qu'ils voient les prochaines élections comme un moyen de rendre légitime un leader qui serait "renforcé" par les largesses occidentales et israéliennes.
 
Or c'est exactement cette mauvaise approche qui a si lamentablement échoué lors de la dernière décennie! Selon la logique d'Oslo, un homme "modéré" comme Arafat, devrait prendre les rênes, encouragé par les nations libres, afin qu'il puisse combattre le terrorisme et parvenir à un accord avec Israël. Malheureusement, on ne s'est jamais mêlé de la façon dont gouvernait Arafat; bien au contraire, on a pensé que son comportement despotique, loin d'être un obstacle à la paix, devait au contraire y aboutir. Quelques jours après la signature d'Oslo, Ytshaq Rabin déclarait qu'Arafat allait combattre le Hamas, "sans une Cour Suprême, sans droits de l'homme et sans la miséricorde des libéraux".
 
Ce qu'on n'a pas compris à ce moment là, et aujourd'hui encore non plus, c'est qu'un régime palestinien non démocratique serait une menace permanente pour la sécurité d'Israël.
 
Car les régimes dictatoriaux ont toujours besoin de mobiliser le peuple contre un ennemi extérieur, afin de maintenir une stabilité intérieure. C'est parce qu'elle a perdu Israël comme ennemi, en signant un traité de paix, que l'Egypte pratique à outrance l'incitation la plus abjecte à l'antisémitisme. C'est pourquoi le régime saoudien finance le wahabisme, la doctrine la plus fanatique de l'Islam, aussi bien en Arabie qu'à l'étranger, provoquant la vague de terreur internationale la plus meurtrière qu'on ait vu. Et c'est la raison pour laquelle l'Autorité Palestinienne, instaurée par les accords d'Oslo, a utilisé toutes les ressources fournies par l'Occident pour entretenir les campagnes de propagande les plus haineuses contre son voisin Israël, au lieu d'améliorer le niveau de vie de ses citoyens.
 
Aux Etats Unis, l'amendement Jackson par exemple liait le bénéfice de l'accord commercial dit "de la nation la plus favorisée" (qui exemptait des droits de douane les produits importés d'un pays), octroyé à l'Urss, à la condition que les citoyens de ce pays puissent émigrer librement. Comme ce moyen de pression était facilement mesurable, on savait à tout moment où on en était au niveau de la liberté dans ce pays.
 
Nous devrions nous aussi trouver des moyens concrets et tangibles pour savoir si les Palestiniens font des progrès dans la voie des réformes démocratiques. Et on devrait lier notre comportement directement aux résultats obtenus. En plus du droit des Palestiniens d'avoir une opposition libre et non muselée, d'autres mesures devraient être prises par les nouveaux dirigeants pour qu'ils soient crédibles.
 
Primo, le prochain dirigeant palestinien devrait s'occuper d'urgence de soulager la misère et la souffrance des centaines de milliers de citoyens qui vivent dans des camps, (au lieu de construire des édifices et des villas de prestige). Quatre générations de palestiniens ont été les pions de la politique arabe du refus et d'agression contre l'état d'Israël. Il faut démanteler aussitôt que possible tous ces camps et leurs habitants doivent être réinstallés dans un habitat décent.
 
Ces nouveaux dirigeants devraient abandonner leurs fantasmes de détruire Israël et consacrer leur énergie à des fins positives, en commençant par améliorer le niveau de vie de leurs congénères, quitte à ce que les nations du monde libre établissent une espèce de "plan Marshal" pour mettre fin à une situation honteuse et à un désastre humanitaire.
 
Secundo, il faudrait que cesse définitivement l'incitation à la haine du Juif  et de l'Israélien et à son meurtre, aussi bien dans les livres scolaires que dans les émissions des médias ou dans les prêches des mosquées. L'éducation des jeunes devrait commencer à promouvoir la paix et la coexistence avec son voisin.
 
Tertio, les dirigeants palestiniens devraient promouvoir les opportunités économiques à l'ensembles des citoyens (et ne pas les réserver seulement à une nomenclatura comme aujourd'hui). Pendant son passage dans l'Autorité Palestinienne, Yasser Arafat a géré les territoires comme une affaire personnelle et familiale, en écrasant la classe moyenne qui n'existe plus. Il s'est emparé de toutes les industries et de tous les négoces importants sous forme de monopoles. Il a contrôlé tous les permis de travail en Israël ainsi que tous les fonds d'aide venant de l'étranger. Un signe positif de la novelle ère serait de libérer l'économie et faire éclater les monopoles, en incitant la classe moyenne à investir.
 
En résumé, une nouveau leadership qui s'engagerait sérieusement dans les réformes politiques et économiques serait naturellement notre partenaire dans la lutte contre la terreur.
 
Il ne faut pas se faire d'illusions quant aux prochaines élections palestiniennes. À l'instar de celles de l'Union soviétique, le vainqueur est déjà choisi et n'aura rien à faire avec la démocratie. Les élections ne seront donc pas libres, mais il faut savoir aussi que de "vraies élections libres" ne peuvent se tenir qu'au bout d'un long processus de démocratisation.
 
Cependant qui que ce soit qui émerge des urnes en janvier devrait gagner la confiance et le soutien du monde libre et d'Israël. Comment? En gagnant la confiance de son propre peuple d'abord. C'est uniquement dans le cas où ce nouveau leader s'engagera dans la voie des réformes démocratiques qu'il sera crédible et pourra devenir légitime, vis à vis  de son peuple et vis à vis de l'extérieur. Alors il pourra recevoir l'appui moral et financier des nations et même récupérer un territoire. Dans le cas inverse, nous nous retrouverons à la case départ d'avant Madrid et aucune concession ne devrait être faite.
 
Lors des dix dernières années, on a mesuré la santé du processus de paix par le nombre de sommets tenus, par les rencontres de négociation, par le nombre d'envoyés sur le terrain ou par l'étendue des concessions faites par Israël. Personnellement je mesure cette santé par le niveau de liberté dont jouit le citoyen Palestinien dans sa société et la maladie de l'intifada a été le reflet d'une société de la peur et de la terreur.
 
Dans les mois et les années qui viennent, ceux qui voudront mesurer la situation du processus de paix devraient taire tout le bourdonnement médiatique environnant et se poser une seule question: y a –t-il plus de liberté aujourd'hui dans la société Palestinienne que le mois dernier, ou que l'année dernière ? Si la réponse est positive c'est que nous sommes sur la voie de la paix réellement.
 
Traduit librement par Albert Soued, écrivain.  Les parenthèses sont celles du traducteur.
 
( Natan Sharanski, ex-dissident soviétique, est ministre des affaires de la Diaspora et co-auteur avec Ron Dermer de l'ouvrage "Le cas de la démocratie")
 

 
 
La guerre d’agression du monde arabe contre Israël n’est pas achevée
 Guy Millière
Metula News Agency, 23 décembre, 2004


Il me faut constater que, chez nombre de gens de bonne volonté, les illusions aujourd’hui abondent. Arafat est mort, tout devient possible, disent les uns. Des modérés vont enfin se dégager dans le camp palestinien, disent les autres, qui ajoutent parfois que la paix est enfin en vue, que bientôt il sera envisageable de signer des traités de paix et de voir coexister deux Etats, Israël et l’Etat de Palestine, installés côte à côte et en situation de fraternité. Etant un ami indéfectible et inébranlable d’Israël, préférant la paix et la fraternité à la guerre et à la haine, j’aurais voulu pouvoir dire que tout cela me semble exact, mais je le peux pas, non, je ne le peux absolument pas. Parce qu’outre l’amitié que je porte à Israël, je me souviens, moi qui ne suis pas juif, de ce qui s’est passé en Europe, il y a soixante ans. A l’époque déjà, des gens de bonne volonté voulaient minimiser les dangers, prendre leurs désirs pour des réalités, mais la réalité la plus noire et la plus sanglante les a rattrapés. A l’époque, je n’étais pas encore né et je ne pouvais, par définition, rien faire. Aujourd’hui, je suis adulte, en pleine possession de mes moyens intellectuels, et c’est différent, je me sentirais coupable, totalement coupable de me taire.

Je me dois de dire que je pense que la mort d’Arafat ne change strictement rien. A la place d’un vieux terroriste mal rasé habillé d’un treillis, il y aura bientôt un vieux terroriste bien rasé et habillé d’un costume sur mesure appelé Mahmoud Abbas. Il n’aura pas le charisme de son prédécesseur, mais il aura le même esprit pervers et borné : pour une simple raison, il est de la même école et de la même clique. Les faits, qui s’accumulent, me donnent raison : Abbas n’a pas condamné les derniers attentats anti-israéliens et n’a pas semblé frémir en entendant que le Fatah était impliqué ; il a rendu visite, voici peu, en compagnie d’autres membres de la clique, à Béchar Al-Assad, à Ahmed Jibril, chef du FPLP, à Khaled Mashaall, chef actuel du Hamas et à Ramadan Shala, chef du Djihad Islamique. Ce n’était pas pour condamner les uns et les autres, mais pour coordonner ses actions et ses paroles avec eux. Il a d’ailleurs précisé : « Nous n’avons pas de différences quant aux objectifs », ce qui est clair et édifiant.  

 

Dans quelques semaines Mahmoud Abbas sera élu dans le cadre d’élections, sans la moindre valeur démocratique, par une population depuis longtemps fanatisée, dépourvue de liberté de la presse et de liberté de parole. Les dirigeants européens parleront d’un nouveau « président légitime », là où il n’y aura eu que l’intronisation d’un nouveau dictateur. Le nouveau dictateur acceptera peut-être de débattre, mais il ne cédera rien sur l’essentiel. Il voudra, il l’a déjà dit aussi, le « droit au retour » dans son intégralité, les frontières de 1967 dans leur intégralité, et, bien sûr, des forces d’interposition internationales. Il voudra, en somme, le « porte-avions » que voulait Arafat et continuera à vouloir, sans le dire ouvertement, la destruction d’Israël.

 

On me parle quelquefois de nouveaux interlocuteurs, la réalité oblige à dire qu’il n’y a pas de nouveaux interlocuteurs, et qu’il n’y a donc pas d’interlocuteurs du tout. Les Européens feront semblant d’avoir trouvé des interlocuteurs, cependant que ni les Américains ni les Israéliens n’ont besoin de faire semblant aux côtés des Européens. Comment ne pas faire semblant ? En restant ferme sur les principes : ni droit au retour, ni acceptation des frontières de 1967. Ce n’est pas Israël qui a choisi la guerre en 1947-48, en 1967, en 1973. Ce n’est pas Israël qui a perdu la guerre. Ce n’est pas et ce n’a jamais été Israël l’agresseur.

Je me doi