Communiqué Isranet
février 2004
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 121 • vendredi le 27 février 2004

Le séminaire de la bonne volonté
Richard Herzinger
Die Zeit, Numéro 9, 2004

La Commission européenne a voulu poser un geste symbolique avec son séminaire sur l’antisémitisme. La réalité sociale européenne n’y a pas été abordée.

Les conflits se sont tus sous les compliments. Jeudi dernier à Bruxelles, lors du séminaire contre l’antisémitisme en Europe et « pour une Europe de la diversité » organisé par la Commission européenne, les représentants du European Jewish Committee (EJC) et d’autres organisations juives internationales ne tarissaient pas d’éloges pour l’engagement du conférencier principal du congrès, le président de la Commission, Romano Prodi, dans le combat des tendances judéophobes. Il y a quelques semaines la situation était toute autre : Prodi avait annulé le séminaire déjà prévu à l’époque, vexé par le reproche de représentants juifs selon lequel l’Union européenne encouragerait passivement et activement des attitudes judéophobes.

Un sondage publié par l’Union européenne, selon lequel une majorité d’Européens considèrent qu’Israël représente la plus grande menace pour la paix mondiale, avait aussi suscité la controverse. La colère grondait aussi parce que l’Observatoire viennois du racisme et de la xénophobie, proche de l’Union européenne, avait retiré une étude sur la montée de l’antisémitisme, tout particulièrement parmi les jeunes musulmans en Europe.

Entretemps, l’animosité entre représentants européens et représentants juifs a été balayée, du moins en apparence. Prodi a réaffirmé dans son discours au séminaire de Bruxelles que toute manifestation d’antisémitisme ébranle les fondations démocratiques et pluralistes de l’Europe moderne. Il a demandé expressément à l’Observatoire viennois de présenter le plus tôt possible son étude controversée et promis d’ancrer la lutte contre l’antisémitisme aux niveaux gouvernementaux européen et national par l’établissement d’observatoires des manifestations d’antisémitisme. Toutefois, Prodi a largement contourné un problème fondamental: le sentiment antisémite ne s’exprime plus aujourd’hui exclusivement dans les organes «traditionnels» de la propagande d’extrême-droite, mais est de plus en plus légitimé par l’«anti-colonialisme» et l’«anti-racisme». Parce que l’État d’Israël est dénoncé par les groupes islamistes et les courants de la gauche radicale au sein du mouvement «critique de la mondialisation», chaque juif qui refuse de se distancier de cet État paraît raciste et devient une cible d’agression potentielle.

Ce méli-mélo exige de l’Europe démocratique un nouvel effort de pensée: l’équation «antisémitisme=racisme=xénophobie» sur laquelle l’Union européenne fonde son pathos humanitaire et sa différenciation entre victime et criminel, entre le bien et le mal, ne tient plus. La violence antisémite en Europe est commise en bonne partie par des forces qui – en tant que musulmans arabes ou turcs- souffrent elles-mêmes du racisme et de la xénophobie.

L’antisémitisme, de manière générale, diffère du « racisme ». La haine des juifs, qui peut se nourrir de n’importe quoi et non seulement de motifs « racistes », vise un principe abstrait. Le « juif » est pour les antisémites de toutes couleurs un symbole de la civilisation libérale occidentale toute entière.

Pour cela seul, l’Europe ne peut laisser aux seuls juifs la lutte contre l’antisémitisme. Mais les représentants d’organisations juives, venus en légions, sont restés au séminaire de Bruxelles, cette fois-ci encore, largement entre eux. Par moments on aurait pu confondre cette réunion avec un séminaire international de rabbins. Du côté non-juif n’étaient présents que l’archevêque de Lyon, le directeur de la Grande Mosquée de Paris et un représentant des églises évangéliques allemandes. La menace de cette vieille-nouvelle judéophobie n’est pourtant pas un problème théologique.

Joschka Fischer, qui s’est illustré en tant qu’invité vedette – et unique représentant d’un gouvernement européen- a lancé un avertissement contre la minimisation de la crainte des communautés juives en Europe ou sa réduction à la paranoïa. Il a cité « ses amis juifs », qui lui ont expliqué à sa grande consternation qu’ils songeaient à bientôt quitter l’Europe. Il a beaucoup été question de cette atmosphère de panique parmi les juifs européens. Mais on aurait bien aimé, en dehors des discours élaborés de représentants officiels, entendre quelques-uns des ces «amis juifs» eux-mêmes parler de leur quotidien sous menace d’agressions. De même, les avis de la tant évoquée (et laïque!) « société civile » faisaient défaut. Tout comme les différents partis politiques, les syndicalistes, les entrepreneurs et les mouvements de contestation tels qu’ ATTAC qui débattent dans leurs propres rangs avec des agitateurs anti-israéliens et antisémites. Bref, on a rien entendu de la réalité sociale européenne à ce séminaire. Il ne manquait par contre pas de discours savants, honorables, parfois même pédants, sur l’héritage commun du judaïsme, du christianisme et de l’islam ou de professions de foi flamboyantes en faveur de la tolérance et de la pluralité.

Il est toutefois permis d’espérer que ce séminaire de la bonne volonté aura au moins posé un premier geste pour que l’Europe officielle ne perçoive plus l’antisémitisme comme un phénomène du passé ou le pêché mignon de minorités appauvries et opprimées, mais comme une menace de premier rang pour le processus d’unification européenne et les valeurs sur lesquelles il repose. Peut-être verrons-nous un jour qu’aux belles et grandes paroles suivront des actes.

[Traduit de l’allemand par David Ouellette, chercheur associé de l'ICRJ et membre du groupe de recherche «Islam et identités nationales européennes» [Université de Montréal]

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Que pensez-vous de la controverse autour du film La Passion du Christ de Mel Gibson?
Canoë.com (Québécor Média)

[En date du 27 février, 60 personnes avaient répondu à question posée par le portal Web de canoe.com (Québécor Média) "Que pensez-vous de la controverse autour du film La Passion du Christ de Mel Gibson?" Nous reproduisons ci-dessous quelques-unes des réponses les plus véhémentes.--David Ouellette]

Il y a eu beaucoup de films sur Jésus,celui-ci fait effets car c'est Mil Gibson qui le réalise. Mais l'histoire demeure la mëme Jésus est mort pour nos péchés.Si ce film peu aidé a réalisé la réalité de Jésus,mais t'en mieux. Pour ma part je le recommande. Il est très violents,mais la vie est violentes déja avec tous les évenements qui ce passe présentement dans le monde.Les juifs ce sente menacé par ce film, et eux il ne menace pas la paix dans le monde,je cherche a comprendre....
Benoit

J'ai beaucoup de respect pour le peuple juif mais le probleme avec eux c'est qu'ils essaient de paraitre parfait. Comme disait un utilisateur de ce forum;ils se sont placer eux meme sur un pird d'estale. Ils veulent faire croirent au monde entier qu'ils n'ont jamais rien fait de mal,qu'ils sont un peuple parfait. Le fait de critiquer toute oeuvre qui ne rehausse pas le peuple juifs ne fait qu'indigner les gens. C'est impossible de critiquer les juifs sans se faire traiter d'anti semite. Mais la verité c'est qu'ils sont directement responsable de la mort de Jesus. Mais est ce qu'ont vas vraiment les detester apres ca?Bien sur que non.
Est ce qu'on en veut encore au Allemand d'etre responsable des deux plus grandes guere du vingtieme siecle?
Samuel E.

Ce sera super. peut etre cette fois les juifs seront extermines jusqu'au dernier, au moins la partie ultra - megalo - conserviste - fanatique. ces gens osent dire qu'ils ne sont pas responsables de la mort du christ, bah ... bien sur qu'ils ne sont pas. cet evenement a survenu il y a un peu moins de 2000 ans. lisez 2000 ANS!!!
en plus c'etait une partie des religieux juifs qui sont responsables, dans ce temps, et non pas en ensemble. beep beep beeeep.
mais defendre les criminels avec autant d'audace cela fait des ces religieux d'aujourd'hui les coupables, ca oui.
trop cool

Les Juif chialle contre ce film pour dire que la crusifixion de Jésus ne s'est pas passé de cette facons ... ÉTAIENT-ILS LÀ POUR LE VOIR ??? J'trouve que depuis le fameux "holocaust" les juifs sont Parano ... Ils dise que tout le monde les haïse, mais il ont l'air de vouloir entretenir cette Haine pour justifier ce qu'il font en Palestine.

Les Juif se voient comme un Peuple Bénis de Yahvé ... ils ne semble pas tolèrer de se faire dire qu'il sont les responsables de la mort du "Fils de Dieu".
Salomon

Cheker ben ça, Jésus n'était-il pas juif? Alors pourquoi les juifs chialent??? Parce qu'ils ont honte d'avoir tué un des leurs?? Non mais franchements y veulent faire pitié ou quoi? ça fait plus de 2000 ans... revenez-en!!! C'est pas votre erreur à vous juifs d'aujourd'hui.
Moi j'ai hâte de le voir, ça va être super bon, je ne suis pas la plus pieuse en manière de religion mais je suis sûr que je vais aimer.
sarah-mélany

Je crois que la paranoïa poursuit encore les juifs! Je n’ai pas encore vu ce film, mais j’irai le voir en fin de semaine. Si par hasard on y dit que les juifs sont responsables, ça change quoi à la vie des juifs d’aujourd’hui? Étaient t-ils tous vivants à cette époque? Sont-ce eux qui l’on frappé? Moi la communauté juive elle commence à m’énerver! Ces gens peuvent tout se permettrent, mais il ne faut jamais rien dire contre eux. Est-ce que j’en ai trop dit pour me publier? Vous savez, j’en aurais encore beaucoup à écrire là-dessus!
JGuy Arsenault

Je suis vraiment tanné de toujours entendre les juifs se pleindre. A les entendres tout le monde serait anti-semite. Tu peux rigoler sur les noirs, les francais,les americains, les gays....mais pas les juifs. C'est de la pure vanitée et de la pretention. Ils se sont placer eux meme sur un pied d'estal.
Croyer vous vraiment qu'on va en vouloir au juifs d'avoir tuer Jesus il y a 2000 ans quand on a deja oublier ce que les allemand on fait voila 60 ans? Et c'est en agissant de la sorte qu'ils se font detester. Le film est magnifique,il suit l'evangile a la lettre.
Thomas

Il y plus de deux mille ans que le Christ suscitte la controverse et il la suscitera toujours, parce qu'il démontre le courage d'un homme qui donne sa vie pour sauver celles des autres. L'homme est une créature faite d'antagonisme, amour et cruauté sont entrelacés autour de son âme, il est à la fois l'image même de son Dieu et de son malin. Qu'un homme retire un pécule intéressant de ce récit n'a rien d'étonnant, il reprend une histoire qui a toujours susciter la compassion et la quête d'émotion forte engendré par la crauté qu'elle dépeint. Quand au peuple juif qui se dit insulté que le film les rendent responsables de la mort de Jésus, c'est certains, les juifs d'ajourd'hui ne le sont pas. Leurs aïeux eux le sont, ce sont eux qui ont condamné l'homme à mort et qui sont aller trouver les Romains pour qu'ils le fassent parce que la loi romaine leur interdisait qu'il le fassent eux-mêmes. Oui ils ont fait mettre le Christ à mort et oui ils ont subi l'holocauste, ils ne peuvent changer l'histoire. Cependant, il peuvent changer l'avenir et être ce que leurs aïeux auraient dû être, rempli d'amour et de compassion envers le peuple avec qui il doivent partager le territoire sur lequel ils vivent ensembles. Paix sur la terre aux hommes et femmes de bonnes volonté, Amen.
Mario

Pourquoi revenir sur des réalités vécues et historiquement vraies. Les dirigeants juifs du temps de Jésus ne sont pas les juifs d'aujourd'hui. Ce qui a été restera. On ne récriera pas l'histoire pour faire plaisir à certaines personnes! De grâce en visionnant le film regardez le film pour ce qu'il montre: la passion et la mort du Fils de Dieu.
Richard Latulippe

L’ÉTERNEL SERAIT-IL ANTISÉMITE ?
Je ne vois pas pourquoi les juifs devraient avoir un statut spécial. S’ils ont connu l’holocauste, ils ne sont pas les seuls à avoir connu la désolation, la souffrance, la mort. Un survol rapide des cinq continents ainsi que de l’histoire des centaines de peuples qui s’y retrouvent nous révèlera que nombreux sont ceux qui pourraient lever la voix chaque fois que l’on touche à leur réalité. Pourtant les prophètes les ont habitués au langage direct. Je ne citerai qu’un bref extrait d’Isaie :
« Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d'iniquités, A la race des méchants, aux enfants corrompus! Ils ont abandonné l'Éternel, ils ont méprisé le Saint d'Israël. Ils se sont retirés en arrière...
Quels châtiments nouveaux vous infliger, Quand vous multipliez vos révoltes? La tête entière est malade, Et tout le coeur est souffrant. Cessez d'apporter de vaines offrandes: J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; Elles me sont à charge; Je suis las de les supporter. » Isaïe (Ch.1, v.4, 5, 13,14)
Quiconque oserait prononcer de tels propos aujourd’hui serait vite accusé de racisme et d’antisémitisme. Pourtant, on n’a jamais accusé Isaïe de pareilles calamités et encore moins Yahvé. Ce sont pourtant eux les auteurs de ces paroles.
Oscar Fortin

Une autre fois, j’entends un peuple jouer à la victime. La société actuelle est tellement «Politically correct» voire hypocrite, qu'il est maintenant défendu de rapporter un fait sans en cacher certaines parties sous peine de choquer certaines personnes ou certains peuples un peu trop chatouilleux. Oui, il est arrivé des choses atroces aux Juifs mais NON je n'étais pas là. On en a bien fait des films. Pourquoi ne pas en faire sur la passion du Christ? Ce n’est pas de l’antisémitisme. On «sur-victimise» certains peuples au détriment de certains autres. Un noir peut faire une blague raciste, pas l'inverse. Les Israéliens peuvent tuer des innocents avec la bénédiction de tous, mais on entend encore parler de l'holocauste. Les américains tuent des centaines d’Irakiens innocents à cause d’une poignée de terroristes et font pire qu’eux tout en mentant ouvertement. Il y a un certain équilibre à atteindre. Peut-être est-ce le climat normal d'une société en décadence. Imaginez seulement une minute l'impact du commentaire raciste (OUI c'était raciste) de Conan O'Brian s'il avait été dirigé vers le peuple Juif... Je suis contre toute forme de racisme, mais je suis encore plus contre le fait de tout ramener au racisme et de l’utiliser pour en arriver à des fins douteuses. Je vous laisse y songer. Je ne suis pas pour les commentaires du père de Gibson, mais je ne suis pas non plus pour une complainte maintes fois répétée et surexploitée.
Sébastien


Bon appelons un chien un chien un chat un chat. De quoi les juifs s'offusque-t-il, Le Christ a été renier et martyrisé par eux et les romains. Il est normal de rétablir les faits.
Fred Caillou

Pourquoi tant de controverse. Quiconque a lu la Bible sait tres bien que se sont les juifs qui ont tue Jesus etant lui meme un Juif.Cest quoi la controverse? Les juifs ont faits des choses aussi ecoeurantes que n'importe quel autre peuple dans l'histoire faudrait-il peut-etre seulement l'admettre? Ce que je doute fort.
joseph

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Numéro 120 • lundi le 23 février 2004

Je suis en train d'enterrer mon mari
Fanny Haim
Yédiot Aharonot, le 23 fevrier 2004

Aujourd'hui, Messieurs les juges de La Haye, au moment où vous débattrez de cette barrière de sécurité, je serai en train d'enterrer mon mari. Je ne suis pas une politicienne. Je me tourne vers vous en tant que simple être humain. Cette barrière aurait pu sauver mon mari. Yéhouda était mon amour de jeunesse. Nous étions mariés depuis 21 ans et la sœur de Yehouda est l'épouse du conseiller économique de l'ambassade d'Israël dans votre ville de La Haye. Cela fait des mois, qu'elle essaie avec les diplomates de l'ambassade de faire ouvrir les yeux au monde. Des mois entiers qu'elle défend les droits de l'État d'Israël. Mais moi, je ne réclamais qu'un seul droit, modeste : celui de continuer à choyer mon mari, celui de pouvoir ensemble voir grandir nos enfants et nos petits-enfants. Aujourd'hui, même ce droit-là m'a été enlevé. Pour moi, c'est trop tard. Mais vous, messieurs les juges, pouvez encore permettre à d'autres familles de jouir de ce droit élémentaire : celui de vivre heureux, de se lever le matin sans douleur. Alors, aujourd'hui, lorsque vous vous pencherez sur ces grands dossiers, pensez, ne serait-ce qu'un seul instant, aux gens simples. Pensez au grand cœur de mon mari Yehouda, pensez à notre fils Avner. Peut-être serez-vous capable de lui expliquer pourquoi, à 10 ans, il est déjà orphelin ? Aujourd'hui, dans votre salle d'audience des gens vont débattre, ils vont lancer des accusations. Dans ma maison, ce sera le défilé incessant des amis venant présenter leurs condoléances. Mais moi, je resterai inconsolable. Car ce soir, lorsque vous, messieurs les juges rentrerez chez vous, à La Haye, et que vous irez embrasser vos enfants, moi, je resterai seule. Certes, je suis loin de toute politique, mais aujourd'hui, touchée par le deuil, je pense avoir acquis, par le sang et par les larmes, le droit de m'adresser à vous et de vous dire : si une barrière de sécurité avait été édifiée sur toute la longueur du pays, peut-être que ce soir j'aurais encore pu embrasser mon mari. Ne jugez pas mon pays ! Ne l'empêchez pas de tout faire pour se défendre et pour éviter ainsi d'autres sacrifices. Aujourd'hui, je vais enterrer mon mari ; quant à vous, là-bas à La Haye, n'enterrez pas la Justice !

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Liberté aux Palestiniens!
Gaétan Bouchard
Trois-Rivières, Quebec, Canada, le 5 février 2004

Toute politique qui ne tient pas compte des droits et libertés de la personne n’est que misère, mensonge et barbarie. Ceux qui font l’apologie d’idéologies restrictives, orientées sur le contrôle de tout ce qui se dit et s’entend dans une communauté humaine, doivent être tenus pour ce qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire des contempteurs de la liberté, voire des tyrans.

Fonder une pensée politique sur des mirages, le respect des « droits collectifs » par exemple, c’est nécessairement contribuer à restreindre les libertés concrètes, les seules qui comptent vraiment : ma liberté, ta liberté, sa liberté, la liberté de tout un chacun…

L’autoritarisme a toujours pour corollaire la traque aux traîtres, aux vendus et aux ennemis du peuple. Il repose sur l’idée d’accorder la liberté pour tous et l’esclavage pour chacun.

L’histoire du vingtième siècle démontre que les tyrans utilisent toujours d’invraisemblables techniques de propagande et de contrôle des idées. Sous le prétexte fallacieux de « libérer » la collectivité de toute forme d’influence étrangère, les tyrans sapent les fondements de la démocratie pour asseoir leur pouvoir sur la soumission absolue et inconditionnelle de tous les citoyens à leur doctrine totalitaire. La fin qu’ils poursuivent justifie tous les moyens qu’ils emploient.

Dans son récit de voyage en URSS intitulé Vers l’autre flamme, l’écrivain roumain Panaït Istrati, désillusionné de ses sympathies communistes antérieures, en vient à cette conclusion sur la dialectique de la fin et des moyens: « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Le problème, c’est qu’il n’y a jamais d’omelette : il n’y a que des œufs cassés… »

Il n’y a, effectivement, que des œufs cassés autour des tyrans…

Les premières victimes de la pensée totalitaire sont toujours les enfants. Pour s’assurer un avenir radieux, les despotes profitent de la naïveté et de l’ignorance de la jeunesse pour la façonner selon leurs vœux les plus morbides. Les jeunesses hitlériennes, les jeunesses staliniennes, les jeunes Gardes Rouges de Mao et les jeunes kamikazes palestiniens ont tous en commun le culte du père de la nation, lequel leur promet le Walhalla, les lendemains qui chantent ou le paradis des houris s’ils se prêtent à ses ordres.

Maître en psychologie juvénile, le grand chef sait profiter de la naïveté, de l’ignorance et du ressentiment de la jeunesse envers le temps présent pour la diriger ensuite, comme une meute de chiens dressés pour tuer, sur ses ennemis personnels: intellectuels, esprits critiques, étrangers, bref tous ceux et celles qui sont réfractaires à la Pensée unique hors de laquelle il ne saurait y avoir que l’exil, l’ostracisme, l’emprisonnement, la torture et, ultimement, la mort.

Israël est le seul État vraiment démocratique du Moyen-Orient. Israël fait face au terrorisme des contempteurs de la liberté, lesquels sont tous animés par la haine. Les autorités palestiniennes actuelles sont les pires ennemis de leurs propres concitoyens, qui doivent vivre sous leur contrôle absolu, sans dire un mot.

L’opposition a une voix en Israël, parce que c’est une société libre. Il n’y a pas de véritable opposition en Palestine, puisque c’est une dictature.

La barbarie et le mal ne sont pas des vues de l’esprit. Ils existent réellement sur cette terre. Une Grand Chef qui enseigne à des enfants qu’ils doivent s’entourer d’une ceinture de bombes pour aller au paradis est une indication certaine pour dire que ce Grand Chef est irresponsable et inhumain! Un Grand Chef qui traque les traîtres, les vendus et les ennemis du peuple, au grand dam du respect des droits et libertés individuelles, n’est qu’un tyran.

Si j’étais Palestinien, j’accueillerais en libérateur quiconque viendrait délivrer mes concitoyens des despotes qui l’asservissent et bafouent leurs libertés concrètes pour favoriser le triomphe de la Terreur.

Il va sans dire que j’en ai plus qu’assez de la désinformation dont est victime l’État d’Israël dans sa lutte contre le terrorisme et sa résistance aux dictatures locales.

La Palestine, dans l’état actuel des choses, c’est Saturne dévorant ses propres enfants.

Si nous aimons vraiment l’humanité, nous ne pouvons pas soutenir des hommes politiques qui ne savent même pas aimer convenablement leurs propres enfants… Au nom de leurs enfants, pour leur assurer un avenir meilleur, nous devons vaincre le terrorisme et appuyer les citoyens d’Israël dans leur volonté de défendre l’idéal d’une société juste et équitable pour tous sur leur territoire.

Cet idéal devrait inspirer les Palestiniens et leur permettre de dresser le bilan des 30 dernières années d’occupation de leur communauté par une clique de bandits sans âme et sans remords.

Oui, les Palestiniens peuvent être libres, libres comme nous le sommes, chacun de nous, au Canada ou en Israël, libres de dire ce qu’ils pensent, sans se faire traiter d’ennemis du peuple, de traîtres ou de vendus par les « Amis du Peuple », c’est-à-dire par les vrais bourreaux de la Palestine : Yasser Arafat et sa gestapo personnelle.

Nos médias ont la responsabilité de nous présenter une information équitable, exacte, complète et équilibrée. Lorsqu’on nous présente des reportages ou des articles sur le conflit israëlo-palestinien, il est toujours révoltant de constater que nos salles de nouvelles semblent sous le contrôle d’ayatollahs qui se chargent de faire l’apologie des pires régimes dictatoriaux de la planète, sous le prétexte de favoriser des libertés abstraites, qui ne veulent rien dire pour les pauvres Palestiniens qui se font casser la gueule à coups de crosse de fusil pour avoir osé exprimer une opinion divergente sur la conduite des affaires publiques. Chaque fois que nous soutenons la cause d’Arafat, qu’on se le dise, nous cassons la gueule à un Palestinien qui n’est pas d’accord avec Arafat… Or, j’aime trop les Palestiniens pour soutenir leur tyran.

Le système scolaire palestinien est sous le contrôle de fous dangereux qui enseignent à leurs enfants qu’il n’y a rien de plus noble que de s’entourer d’une ceinture de bombes pour aller tuer des Juifs. Yasser Arafat et ses acolytes réclament la rétrocession de TOUT le territoire israëlien (100%!!!) et l’expulsion de TOUS les Juifs d’Israël, comme en font foi les manuels scolaires et les déclarations politiques de l’autorité palestinienne.

Je rappellerai aux « camarades » qui s’occupent de nous présenter de tels reportages, pour nous vendre leur « bonne conscience » aux relents de totalitarisme, que plus des trois quarts des Israëliens sont d’accord avec le principe qu’il y ait deux États et deux peuples souverains sur le territoire actuel d’Israël. Je rappellerai aussi que les autorités palestiniennes, avec Yasser Arafat à leur tête, s’opposent à toute forme de concession, qu’ils sont en quelque sorte utilisés par les pays arabes avoisinants pour travailler à l’expulsion et à l’extermination de tous les Juifs d’Israël.

On peut voir que la Palestine occupe 100% du territoire israëlien actuel dans les documents utilisés par l’OLP et ses organisations affiliées pour présenter son territoire géographique. Cette politique, est-il nécessaire de le rappeler, est à la source de tous les actes terroristes commis par les kamikazes palestiniens, obnubilés par une vision de haine où il faut nécessairement jeter tous les Juifs dans la mer Méditerranée.

Trop souvent les représentants de nos médias soutiennent les idéologies totalitaires, liberticides et terroristes. Certains journalistes abusent de leur liberté d’expression en militant pour l’avènement d’une société où il n’y aura plus de liberté d’expression.

Soutenir Israël, dans le contexte actuel, me semble la meilleure manière d’accorder de vraies libertés aux Palestiniens, des libertés concrètes qui leur permettront d’accéder à ce bonheur qui ne saurait se trouver dans la haine, la terreur et le despotisme inoculés dans leurs veines, dès le berceau, par leurs élites politiques irresponsables.

Les Palestiniens seront libres lorsque chaque Palestinien pourra dire ce qu’il pense sans crainte de représailles.

Les Palestiniens, n’en déplaisent aux activistes de la pensée totalitaire, méritent des libertés concrètes, c’est-à-dire des libertés individuelles.

Il est clair, selon moi, que les « libertés abstraites » sont toujours un prétexte pour commettre des crimes contre l’humanité.

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Numéro 119 • vendredi le 20 février 2004

France-Israël : la double méprise
ALAIN-GÉRARD SLAMA
Le Figaro, 16 février 2004

A rien ne sert de se voiler la face, sous prétexte que le président israélien Moshe Katsav est en visite officielle à Paris. Les relations entre Paris et Jérusalem sont détestables. Il n'en fut pas toujours ainsi. Elles furent idylliques sous la IVe République et dans les premières années de la Cinquième. Comment les deux pays en sont-ils venus là ? C'est une histoire de quarante années, qui ont vu s'amplifier, de part et d'autre, les effets ravageurs de deux malentendus.

Du côté français, l'idée s'est imposée qu'Israël était, en terre d'islam, le dernier bastion de l'Europe coloniale. Aussi longtemps que la France avait fondé son prestige sur la possession d'un empire, l'Etat d'Israël avait trouvé auprès d'elle solidarité et sympathie.

Israël pouvait même compter sur le soutien de l'extrême droite antisémite et impérialiste, qui considérait le sionisme comme une solution au «problème juif» dès le régime de Vichy. C'est après la guerre d'Algérie que le vent a tourné. Singulièrement au Quai d'Orsay, qui répugnait déjà à vendre des armes à Israël sous la Quatrième, et où la levée de l'hypothèque coloniale a réveillé le vieux fantasme de la politique arabe de la France. Cette doctrine du Quai, venue de l'Ancien Régime, a été entretenue par la rivalité de notre pays avec l'Angleterre, qui a endossé une responsabilité historique majeure en encourageant dès1915 l'utopie du «royaume arabe» contre l'Allemagne et la Turquie. Le rêve diplomatique de la «politique arabe» a été radicalisé, jusqu'à nos jours, par une rancune tenace à l'égard des Etats-Unis, dont l'hostilité à la colonisation française fut constante, depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux accords d'Evian en passant par Suez.

Or même George W. Bush et Donald Rumsfeld ont compris qu'il existe autant de politiques arabes que de nations arabes, et que dans l'Orient compliqué, les accords diplomatiques ont besoin d'être appuyés sur un rapport de forces pour être lus dans les mêmes termes par toutes les parties concernées.

Perçu comme le dernier Etat colonialiste du monde civilisé, l'Etat d'Israël conserva quelque temps encore la faveur de l'extrême droite. Mais, à la suite du Quai, l'opinion française s'est convaincue de la précarité de l'existence d'Israël, condamnée d'avance comme l'avait été la présence française en Algérie. C'est ce sentiment que de Gaulle, jusqu'alors très favorable à Tel-Aviv, a exprimé le 27 novembre 1967, en qualifiant de «dominateur» un peuple «d'élite», assez «sûr de lui» pour n'avoir pas écouté ses mises en garde.

Parmi d'autres intellectuels, Emmanuel Berl réagit alors dans des termes très actuels. Conscient du fait que la défaillance du soutien international mettrait, à terme, en danger l'existence même du peuple d'Israël, il écrivit dans Nasser tel qu'on le loue : «Si on peut être antisémite sans être antisioniste, on ne peut guère, aujourd'hui, être antisioniste sans être antisémite.»

Berl avait raison sur un point : la déclaration du Général a bel et bien lâché la bride au discours des antisémites d'extrême droite, qui ont recyclé la «politique arabe» dans leur sens. Le Front national, a priori favorable à Israël par hostilité à l'immigration, a rallié le camp de l'antisionisme le plus dur à partir de la guerre du Golfe.

Berl avait tort en revanche quand il attribuait à un préjugé antisémite la Weltpolitik pro-arabe et défavorable à Israël qui fut menée par le Général et par ses successeurs, à la brève exception du début du règne de Mitterrand. Les dirigeants français étaient convaincus, depuis la guerre de Six-Jours, que la création de l'Etat d'Israël, longtemps encouragée par la Grande-Bretagne contre la France, puisait sa seule légitimité dans la nécessité, pour la communauté internationale, de réparer l'épouvantable crime nazi. Mais nul ne croyait que, compte tenu des rejets arabes, cette situation pût être normalisée par un accord direct entre Israël et ses partenaires.

Israël devrait donc comprendre qu'il ne pourrait exister qu'avec le soutien des puissances. Ce soutien lui était garanti–on sait qu'en1970, Pompidou faisait parvenir à Tel-Aviv des avions en pièces détachées, en même temps qu'il vendait des Mirage à Tripoli. Mais cette garantie avait une condition: qu'Israël rende des comptes à la France, et cela d'autant plus qu'il en rendait aux Etats-Unis. Dans cette perspective, tout acte de souveraineté de sa part était perçu comme une marque d'insubordination périlleuse pour la paix du monde.

En d'autres termes, la France s'est donné bonne conscience en se portant garante de l'existence de l'Etat d'Israël au prix d'accords avec les pays arabes, alors que ce à quoi elle aurait dû veiller, était de garantir la souveraineté du jeune Etat contre l'entreprise de démolition interne poursuivie sans relâche par les Palestiniens. Mais il aurait fallu pour cela réviser de fond en comble le mythe qui est à l'origine de cette politique, et qui fait d'Israël un Etat colonial.

Rien de plus faux en effet que cette accusation. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le génocide de millions de juifs avait fait de la création d'un Etat juif un droit, autant qu'un devoir de sécurité. Le lieu choisi pour l'implantation de cet Etat avait été la Palestine, pour deux raisons. La première était la présence d'une population juive nombreuse sur une terre qui était celle de ses origines. Cette population avait augmenté en deux phases, les persécutions espagnoles de la fin du XVe siècle, et les pogroms européens de la fin du XIXe.

La seconde raison du choix de la Palestine est que, depuis mille ans au moins, ce territoire n'avait jamais cessé d'être occupé par des puissances étrangères. Les juifs qui s'y trouvaient étaient donc des colonisés au même titre que les Palestiniens, et ils avaient un droit égal de l'occuper. C'est en s'appuyant sur ce constat fondamental que l'ONU avait prévu, en novembre 1947, un plan de partage de la Palestine entre deux Etats jumeaux. Les Etats arabes voisins et les Arabes de Palestine ont refusé ce partage. Tout ce qui a suivi est parti de cette asymétrie. On peut et on doit condamner les violences auxquelles les Israéliens se sont livrés à la faveur du conflit de 1948, mais on doit aussi à la vérité de rappeler que les sionistes n'ont pas voulu ce conflit.

Il est regrettable qu'Israël ait entretenu lui-même la confusion en s'accrochant aux «colonies» qu'il a occupées depuis 1967 : c'était là, pour le coup, une bataille perdue d'avance. Le gouvernement israélien commence à en tirer les conséquences.

Mais rien, dans les origines de l'Etat d'Israël, ne justifie qu'on entretienne la légende selon laquelle il serait lui-même un Etat colonial. Ce présupposé n'empoisonne pas seulement les relations franco-israéliennes depuis quarante ans. Il entretient aussi une autre confusion, un autre malentendu particulièrement préjudiciables à l'image de la France à l'étranger, dans la mesure où, pris à la lettre, il revient à dénier au peuple juif le droit d'avoir une nation.

Ce second malentendu donne à la France, fille aînée de l'Eglise, la réputation d'être un pays structurellement, substantiellement antisémite. Exploité par la presse israélienne, relayé par les médias américains, il a contribué à durcir les antagonismes. Alors que l'attitude du Quai d'Orsay a encouragé l'antisémitisme d'extrême droite, le reproche d'antisémitisme adressé à la politique française a radicalisé l'antisionisme des pacifistes et tiers-mondistes d'extrême gauche jusqu'à faire de ceux-ci les alliés objectifs des antisémistes.

Le fait est que, comme l'ont souligné, entre autres, Pierre-André Taguieff et Alain Finkielkraut, les oreilles françaises sont de moins en moins sensibles aux échos des slogans et des attentats antisémites qui accompagnent les manifestations pro-palestiniennes manipulées par les mouvements intégristes.

Il faut s'en inquiéter. Pas au point cependant de donner des gages à ceux qui veulent récrire l'histoire de France, et qui accusent l'individualisme national, pétri de l'esprit des Lumières, de favoriser l'antisémitisme par rejet de toute forme de revendication d'appartenance, par détestation des identitarismes communautaires. S'il est une pensée individualiste et rationnelle étroitement associée aux Lumières, c'est bien la pensée juive !

Toutes les poussées antisémites que la France a connues depuis le milieu du XIXe siècle, de Proudhon à Vichy en passant par les années 1900 et 1930, ont correspondu, au contraire, à des périodes de nostalgie communautaire et identitaire. Partout où l'universalisme a été remis en cause, le judaïsme a été la cible privilégiée. La tradition juive et la tradition française se confondent quand elles sont fidèles à elles-mêmes. Elles s'affrontent quand elles se renient.

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Les illusions perdues
EMMANUEL NAVON
Le Figaro, 16 février 2004

La visite en France du président de l'État d'Israël, Moshe Katzav, est l'occasion de faire le point sur les relations franco-israéliennes et d'expliquer à nos amis français la décision des Israéliens de se séparer physiquement des Palestiniens. Contrairement à une idée répandue et incorrecte, la France fut l'un des pays les plus favorables à la renaissance de l'État d'Israël et les plus activement engagés dans sa défense. Les accords Sykes-Picot de 1916, dans lesquels la France et la Grande-Bretagne se partagèrent le Proche-Orient, ne mirent pas fin à la rivalité entre les deux puissances. Lorsque la Grande Bretagne commença à trahir ses engagements envers le mouvement sioniste après l'octroi du mandat sur la Palestine par la Société des nations en 1922, les Juifs palestiniens (c'est ainsi qu'ils s'appelaient à l'époque) trouvèrent en la France un allié tacite.

En 1955, alors que l'Union soviétique commença à armer l'Égypte par le biais de la Tchécoslovaquie, les Etats-Unis refusèrent de vendre des armes à Israël mais continuèrent à armer les pays arabes et à faire pression sur Israël pour l'octroi de concessions territoriales à l'Égypte et la Jordanie.

Seule la France accepta de vendre des armes à Israël, et la coopération militaire entre les deux pays s'étendit au domaine nucléaire. Les bombes atomiques française et israélienne sont le fruit de cette coopération. Avec la fin de la guerre d'Algérie en 1962, la France voulut restaurer ses relations avec le monde arabe, et Israël pâtit de cette nouvelle politique.

Israël se tourna alors vers les États-Unis, déçus des résultats de leur «politique arabe» dès 1958. La nouvelle relation américano-israélienne ne fit qu'élargir le fossé entre la France et Israël : la politique étrangère gaullienne, en se démarquant des Etats-Unis, se démarqua également de leur nouvel allié proche-oriental. Le divorce franco-israélien commença bien avant la guerre des Six Jours, mais il est clair que les résultats territoriaux de cette guerre fournirent à de Gaulle le prétexte idéal pour mener sa politique arabe jusqu'au bout.

Après la guerre de Kippour, l'arme pétrolière arabe trouva dans l'antiaméricanisme gaullien un allié dont les relations franco-israéliennes pâtissent jusqu'à aujourd'hui. La France se fit l'avocat international de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) pour se démarquer des Etats-Unis et pour marquer des points dans le monde arabe. Créée par Nasser en 1964 (trois ans avant la guerre des Six Jours) afin de liquider Israël et de placer la Palestine sous la houlette de l'Égypte, l'OLP centralisa l'effort pan-arabe de destruction d'Israël par la guerre totale. D'où la «stratégie des étapes» qu'Arafat adopta sur le conseil de son ami Ceausescu: «Vous devriez faire semblant d'abandonner le terrorisme», conseilla le dictateur roumain à son camarade. «L'Occident finira peut-être par vous croire.» Lorsque le roi Hussein déclara son désengagement de la Cisjordanie en 1988, Arafat déclara à Genève en décembre de la même année, sous la pression de Reagan et de Gorbatchev, qu'il renonçait au terrorisme et qu'il acceptait la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU.

L'effondrement de l'Union soviétique et donc du soutien diplomatique et militaire de Moscou, l'immigration massive des Juifs soviétiques vers Israël, la victoire américaine contre l'Irak et la répudiation diplomatique de l'OLP par Washington, la cessation du soutien financier de l'Arabie saoudite et des pays du Golfe, l'établissement de relations diplomatiques entre Israël et trois alliés stratégiques de l'OLP (la Russie, la Chine et l'Inde), l'exclusion de l'OLP de la Conférence de Madrid – cette série d'événements ne devait-elle pas suffire pour convaincre Arafat qu'un accord avec Israël était sa dernière chance ?

Arafat ne saisit pas la perche d'Oslo pour faire la paix mais pour reprendre la guerre : le jour même de la signature des Accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, il déclara dans une interview à la télévision jordanienne que le but de ces accords était de mettre en oeuvre le Plan des étapes adopté par l'OLP en 1974. Fayçal Husseini, un proche d'Arafat qualifié de «modéré» par les médias occidentaux, confirma cette stratégie. Dans une interview avec le journal égyptien Al-Arabi en date du 24 juin 2001, Husseini admit que les Accords d'Oslo n'étaient qu'un «cheval de Troie» destiné à faciliter la réalisation du but final de l'OLP «qui continue d'être la libération de toute la Palestine du Jourdain à la Méditerranée». En juillet 2000 à Camp David et en janvier 2001 à Taba, Arafat avait précédemment rejeté l'offre de créer un État palestinien sur 100% de la bande de Gaza, 97% de la Cisjordanie et avec Jérusalem pour capitale, parce que Israël exigeait en retour la fin du conflit et refusait le suicide démographique euphémiquement exprimé par l'expression «droit au retour.»

Arafat a alors répondu par une guerre qui a fait plus de neuf cents victimes israéliennes en trois ans (l'équivalent, proportionnellement, de neuf mille victimes françaises). Les Israéliens sont donc revenus de deux illusions au cours de ces dix dernières années : celle des frontières bibliques et celle de la paix avec les Palestiniens une paix véritable, pas une «paix de Hudaibiya». La clôture de sécurité constitue l'enterrement concret et physique de ces deux illusions qui menacent l'existence même de l'État juif.

Puissent nos amis français comprendre par le bon sens ce que nous avons compris par la douleur.

(Emmanuel Navon est Professeur de relations internationales à l'université de Tel-Aviv (Israël) et directeur d'un cabinet de conseil.)

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Numéro 118 • vendredi le 13 février 2004

Le Règne Des Voyous
Bassam Eid
Ha’aretz, 28 janvier, 2004

Comment changer le chaos en ordre? Les Palestiniens n'ont jamais réussi à le faire. Le président Yasser Arafat a modifié les pouvoirs qui lui ont été accordés et le ministre de l'Intérieur n'est plus responsable des problèmes de sécurité, mais seulement des questions civiles. Présidé par Arafat, le Conseil National de Sécurité, ne fera aucun effort pour gérer la sécurité, ni pour limiter la corruption et les distorsions de la société palestinienne.

Le peuple palestinien a besoin d'une plus grande sécurité et cette exigence est devenue un embarras pour le gouvernement actuel.

Le peuple palestinien a un besoin urgent que des forces extérieures prennent en charge sa sécurité et qu'il puisse s'en sortir sain et sauf.

Le peuple palestinien a besoin d'un gouvernement dans lequel tous les ministres agissent comme des ministres de l'Intérieur, afin d'édicter et de superviser les mesures de sécurité nécessaires aux territoires palestiniens.

N'étant pas capable de séparer les questions civiles des problèmes de sécurité, le gouvernement d'Ahmed Qoreia, alias Abou Ala, a montré son inefficacité et a perdu toute crédibilité auprès du public. Il est clair pour le monde entier qu'à la fois le peuple palestinien et son gouvernement ont été incapables de contrôler la sécurité dans les territoires palestiniens. L'Autorité palestinienne a besoin d'un Ministre de l'Intérieur avec une mission et des fonctions claires.

Il y a pourtant quelqu'un qu'on appelle Ministre de l'Intérieur, mais il a perdu sa mission, sa fonction et son pouvoir, ce qui a provoqué la chute du gouvernement de Mahmoud Abbas dit Abou Mazen et ce qui entraînera aussi celle d'Abou Ala. Qu'est que tout cela signifie?

Tout le monde sait qu'il y a plusieurs hommes armés qui menacent et répandent la terreur dans la population. Le 22 octobre 2003, Ghaleb al-Faroukh, 46 ans, un civil palestinien a été tué par deux autres palestiniens armés, alors qu'il était en route pour faire des courses à Sai'r- Hébron. Le lendemain, Majid Zein, 46 ans, un autre civil a été abattu par trois tueurs dans le même endroit; et le 28 octobre, un autre civil palestinien, Fakhri al Masri a été tué par deux autres palestiniens à Salfit, près de Naplouse.

La question est de savoir ce que pourrait oser faire un ministre de l'Intérieur palestinien pour punir les responsables de ces meurtres. Il pourrait en effet être tué à son tour s'il venait à les châtier!

À Toul Karm, les brigades d'al Aqsa gèrent la vie civile et la sécurité de la ville. Ils menacent, battent et tuent. Le 23 octobre, douze hommes sans emploi qui ont rejoint les Brigades d'al Aqsa ont tué dans la rue Mohamed Hilal, 22 ans et Samir Ofeh, 23 ans sous prétexte qu'ils étaient des collaborateurs d'Israël.

Naplouse est gouvernée par deux voyous sans instruction; le peuple a peur d'eux et ils contrôlent la vie de la cité.

Ce sont quelques exemples d'une situation devenue inacceptable et on peut se demander qui sera le veilleur ou le gardien loyal du bien être des Palestiniens.

Le gouvernement d'urgence a totalement négligé l'aspect sécuritaire du peuple palestinien, mais aussi les questions sociales, économiques et même politiques! L'explosion qui a visé un convoi américain à Gaza le 15 octobre 2003 a été un feu rouge, lui indiquant qu'il était urgent de rebâtir un système de sécurité. Qui peut le faire maintenant et qui peut contrôler les voyous qui le violent en permanence?

Il n'est pas honteux pour nous Palestiniens d'admettre aujourd'hui que nous avons perdu tout espoir. Nous recherchons le confort et la sécurité comme tout autre peuple.

Peuple en danger, et dans le cadre d'une éventuelle coopération régionale en matière de protection, je recommande au gouvernement palestinien de faire appel à l'aide de la Jordanie, de l'Egypte et peut-être de la Turquie, afin qu'ils nous envoient des forces armées pour restaurer l'ordre dans les territoires palestiniens et pour mettre fin aux attaques subies par les citoyens.

(Bassam Eid est fondateur et directeur du Groupe de surveillance des
Droits de l'Homme Palestiniens, basé à Jérusalem Est)

(Traduit par Bertus.)

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En Plein Cirque Arafatien !
Sami el-Soudi
Metula News Agency, 24 décembre, 2004

Le torchon brûle entre le gouvernement égyptien et la Moukata de Ramallah, c’est le moins que l’on puisse en dire. Le Président Moubarak est effet persuadé que l’incident de la mosquée Al-Aksa avait été savamment préparé par les services aux ordres de Yasser Arafat. Le raïs du Caire, ainsi que ses ministres, boycottent depuis les appels téléphoniques hystériques en provenance des dirigeants de l’Autonomie Palestinienne, si bien que le Vieux a dépêché en urgence Farouk Kaddoumi, un membre de son bureau politique, sur les bords du Nil.

La première initiative de Kaddoumi, à sa descente d’avion, a consisté à accuser ni plus ni moins les Israéliens d’avoir organisé l’agression contre le ministre Ahmed Maher. L’ambassadeur d’Arafat a même cru bon de préciser que : "c’était les Israéliens qui avaient arrêté les coupables de l’agression, ce qui", selon la logique très particulière qui règne chez nous, "prouverait de manière indiscutable la culpabilité des Israéliens".

Faute de persuader ses hôtes, cette déclaration démentielle a encore approfondi le fossé qui s’était creusé entre Moubarak et Arafat. Aussi, quelques minutes seulement après la déclaration de Kaddoumi, Hosni Moubarak a téléphoné au Premier ministre israélien, afin de le remercier, je cite, "pour l’accueil chaleureux et les soins attentifs qui ont été réservés à son ministre des affaires étrangères" et pour réitérer "la volonté égyptienne de resserrer ses liens avec l’Etat d’Israël".

De notre côté, le mensonge médiatique a désormais supplanté totalement tout autre système de gouvernement. Depuis l’affaire Mohamed Al Dura, en passant par le Karine A et l’accusation lancée par Arafat, selon laquelle les Israéliens auraient fait eux-mêmes sauter la discothèque du Delphinarium (22 morts) et auraient également assassiné leur ministre du tourisme, Rehavam Zeevi, les responsables palestiniens mentent systématiquement sur tous les événements dans lesquels ils sont impliqués. Pour les quelques intellectuels qui gardent encore la tête froide, il s’agit d’une attitude misérable, qui non seulement déshonore la cause de l’indépendance de la Palestine mais, de plus, décrédibilise a priori et de a à z tous les engagements qui pourraient être pris par notre direction politique. Quel gouvernement faisant preuve de respect de soi pourrait, délibérément, passer contrat avec nos arracheurs de dents.

C’est d’ailleurs bien pour cela que nos vrais amis—l’Egypte étant, sans le commencement de l’ombre d’un doute intelligent—le pays qui soutient le plus efficacement la lutte en vue de notre émancipation nationale dès ses origins—coupent les uns après les autres les ponts qui les lient à nos dirigeants. Ne restent que certains médias internationaux, encore plus antijuifs qu’anti-arabes, et des organisations de faux amis, aussi hideux et menteurs que nos tyrans, pour répercuter telles quelles les incongruités scélérates qu’ils prodiguent. Ces haut-parleurs de notre déchéance morale agissent de 4 façons distinctes : soit a) ils reprennent, amplifient et soutiennent les mensonges d’Arafat, s’ils ont une chance d’être crus par leurs auditoires, soit b) ils prennent la décision, déontologiquement inqualifiable, de taire ces mensonges, lorsque ceux-ci sont trop grossiers pour être crus en occident. C’est le cas, par exemple, de l’affirmation de El-Hayyat Al-Jeddida (l’organe d’information officiel de l’Autorité Palestinienne Ndlr.), selon laquelle des unités de l’armée israélienne utiliseraient des stripteaseuses afin d’assassiner les jeunes palestiniens, soit encore, c) ils minimisent la portée des méfaits d’Arafat, en n’y consacrant qu’un entrefilet minuscule et encore, tronqué des éléments significatifs qui permettraient à l’auditoire occidental d’appréhender la portée de ce qui s’est réellement passé. Une variante de la technique c) de défense des mystifications d’Arafat, consiste, en plus de l’émasculation du signifiant d’un événement, à présenter un long sujet—authentique ou mis en scène lui aussi—juste après la mention de l’entrefilet.

Ce fut d’ailleurs le cas, il y a deux jours, dans le journal télévisé de 20 heures de la télévision française¹. Après avoir minimisé l’incident Maher, jusqu’à le présenter dans sa portion congrue, ces pseudo journalistes et vrais propagandistes arafatiens ont présenté un reportage censé monter comment la répression effectuée par les juifs avait fait fuir une grande partie des chrétiens de Palestine. Permettez alors à un Palestinien, fier de sa souche, soucieux de sa respectabilité et musulman de surcroît, de dire à ces pignoufs de l’information à quel point ils transgressent l’ontologie de notre métier et surtout, à quel point ils enfoncent mon peuple dans son purgatoire, en formant le creuset médiatique des impostures de son Führer dévoyé. De leur dire que les juifs n’ont absolument rien à voir avec la fuite de nos frères chrétiens, qui a commencé au tout début du XXème siècle (avant donc la création de l’Etat d’Israël Ndlr.), sous les coups des persécutions islamiques. Quant à Arafat, il est de notoriété publique et historique, qu’il a génocidé la population de la ville chrétienne de Damour, au Liban, prenant un plaisir certain à désacraliser son église, en la transformant en stand de tir et à profaner ses sépultures (en déterrant les morts du cimetière de la ville Ndlr.). Pour le surplus, Yasser Arafat et ses Tanzim font actuellement subir un authentique régime d’apartheid à nos frères chrétiens de Palestine, leur imposant notamment des impôts ségrégationnistes sur la célébration de leurs mariages et de leurs enterrements. J’ajoute que tous les correspondants permanents en poste dans la région connaissent de cet état de fait, de même, bien évidemment, que tous les journalistes palestiniens, ce qui rend cette nouvelle imposture médiatique particulièrement méprisable.

Pour revenir sur le dernier mensonge arafatien, j’ai entendu Adnan Husseini, l’administrateur de la Wakf (l’institution dépendant d’Arafat vouée à la gestion des lieux saints musulmans de Palestine) prétendre également que les Israéliens étaient responsables des incidents ayant émaillé la visite de Maher. Husseini leur reproche d’avoir créé la confusion parmi les gardes de la Wakf, en faisant pénétrer le minister—de façon exceptionnelle, dit-il—sur l’esplanade des mosquées par la porte Sud (la porte Moghrabi Ndlr.) à la place de la porte Nord (la porte des Lions Ndlr.). J’ai vérifié la chose auprès d’un ami très proche, qui travaille également à la Wakf de Jérusalem ; ce dernier m’assure que tous les visiteurs officiels ont toujours transité par la porte Sud et que cela inclut Ahmed Maher, lors de sa précédente visite. J’ai une telle confiance en cet ami, que je prends volontiers son témoignage à mon compte et sous ma responsabilité.

En fait, la contrevérité de Husseini vient cacher sa propre responsabilité dans l’agression de l’hôte égyptien. Tout avait commencé par la décision de Moubarak de réchauffer ses relations avec Sharon. Non seulement envoyait-il Maher en éclaireur à Jérusalem, encore se pliait-il à la demande faite par le gouvernement israélien à tous les visiteurs étrangers, acceptant que le ministre ne se rende pas auprès d’Arafat à la Moukata. Courroucé par l’échec de son initiative en vue d’obtenir une Houdna respectée par toutes les factions palestiniennes, y discernant avec raison les manipulations d’Arafat, Hosni Moubarak instruisait son ministre de ne rencontrer aucun représentant politique palestinien durant cette visite.

Enragé et se sentant humilié par son protecteur égyptien, le reclus de la Moukata organisait une manifestation de mauvaise humeur dans la mosquée Al-Aksa. Il donnait des ordres à Adnan Husseini afin de permettre à une trentaine d’islamistes agités d’interpeller vigoureusement (c’est très précisément les termes des instructions) le ministre égyptien. Le service d’ordre renforcé de la Wakf permettait donc à ces militants de prendre place dans la mosquée dès 11 heures du matin. Il est évident, par ailleurs, qu’à l’occasion de cette visite officielle, la Wakf avait filtré l’accès à la mosquée et connaissait parfaitement l’identité de tous les fidèles qui s’y trouvaient.

La manifestation d’Arafat n’allait connaître qu’un seul imprévu : Ses organisateurs n’avaient pas tenu compte de la santé fragile d’Ahmed Maher. En situation normale, il n’aurait été que dérangé par les vitupérations et les bousculades des islamistes, là, il a carrément fait un malaise. A la télévision égyptienne, l’effondrement de Maher a donné une toute autre ampleur à l’incident. Les mots "traîtres" et "on va vous faire la Djihad chez vous !" ont été évidemment très mal perçus par le pouvoir cairote. Les images des soldats juifs, pénétrant dans la mosquée et dégageant Maher, au coude à coude avec les hommes de la sécurité égyptienne, ont eu l’effet contraire de celui escompté par notre timonier amateur. A cette coopération égypto-israélienne contre la violence et le terrorisme sont venus s’ajouter les nombreux témoignages de l’affabilité des médecins israéliens à l’égard du ministre et le fait que les policiers juifs ont retrouvé la bague de Maher, qu’il avait perdue dans l’échauffourée, et à laquelle il tenait beaucoup.

L’incident, en lui-même, ne fut pas d’une gravité exceptionnelle. Ce qu’il a dévoilé, par contre, risque de priver la population palestinienne de son premier appui arabe. Déjà dirigée par un manipulateur corrompu de bas étages, dont les mensonges systématiques ne remplaceront jamais le choix d’une politique rationnelle aboutissant possiblement à une situation de paix, grimée de force en Pinocchios aux nez surdimensionnés, accablée par la misère issue du choix imbécile de la guerre sans fin, cette population attendra 100 visiteurs, ce soir, sur le lieu de naissance du Christ, alors que Bethlehem pourrait être le centre naturel du monde chrétien. Pour nous, il n’y a qu’une prière de Noël qui puisse nous sauver : Qu’il s’en aille ! Que le responsable de nos malheurs inutiles, de nos morts, s’en aille !

Note¹: Possiblement FR2, Tf1 n’étant pas capté dans la région. Il n’y avait personne, avant-hier, à la rédaction centrale de Metula afin de visionner et d’enregistrer ce JT et il ne figure plus sur le site Internet de la chaîne.

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Moshé Katsav, Président D'israël:
“La France N'est Pas Antisémite”

Le Nouvel Observateur, 12 février, 2004

Pour le président israélien Moshé Katsav, qui sera reçu dans notre pays du 16 au 19 février, l’Elysée a déroulé le tapis rouge, soulignant ainsi la solennité de cette rencontre éminemment politique. Alors que les relations entre les deux pays, après des débuts plus que chaleureux, ont connu une longue période de glaciation, notamment depuis 1967, lorsque de Gaulle qualifia Israël de peuple « sûr de lui et dominateur », il existe aujourd’hui une réelle volonté de réconciliation. Moshé Katsav a reçu Josette Alia et répond, en exclusivité, aux questions du Nouvel Observateur.

Votre visite intervient au moment où la presse et certains hommes politiques israéliens dénoncent une montée de l’antisémitisme en France. Quel est votre sentiment sur ce point ?

Non, la France n’est pas antisémite. Mais il y a des manifestations d’antisémitisme en France, comme dans d’autres pays européens, et cela nous inquiète d’autant plus que la France est à nos yeux le pays le plus démocratique et le plus attaché aux valeurs universelles. Or celui qui jette des pierres contre une synagogue jettera un jour des pierres contre le Parlement.

Le gouvernement français réagit-il comme il convient contre ces agissements ou devrait-il en faire plus?

Le gouvernement français a dénoncé ces actes antisémites et, là dessus, nous sommes avec le Président Chirac sur la même longueur d’onde. Nous évoquerons d’ailleurs ce sujet lors de ma visite.

Il y a d’autres sujets qui fâchent, notamment sur la solution à apporter aux problèmes de la paix au Moyen-Orient. Seront-ils aussi évoqués ?

Nous avons décidé de permettre aux relations bilatérales, qui marchent très bien, de se développer indépendamment des problèmes politiques, où des différents subsistent entre nous. Sur le plan bilatéral, nous allons poursuivre une coopération déjà très satisfaisante et mettre en chantier de nouveaux projets communs, déjà lancés par le groupe de haut niveau que président le Professesur David Khayat et l’ambassadeur Yejouda Lancry.

Les Français s’interrogent sur la politique actuelle d’Israel. Ariel Sharon déclare qu’il accepte l’existence d’un Etat palestinien, que l’occupation de la Cisjordanie doit cesser, et qu’Israel est disposé à évacuer unilatéralement la bande de Gaza. Mais, en même temps, il poursuit la construction d’un mur qui empiète largement sur la Cisjordanie palestinienne. N’y a-t-il pas une contradiction ?

La paix est à portée de main, le compromis est tout à fait possible. Mais le vrai problème est la lutte, à l’intérieur de chaque camp, entre des forces positives, qui veulent la paix et sont prêtes à en payer le prix, et les forces destructrices, comme le Hamas ou le Djihad, qui en fait la refusent et dont le but est la disparition de l’Etat d’Israël.

Tant que les modérés comme Abou Ala, Abedl Rabbo ou Abou Mahzen ne prendront pas vraiment le pouvoir chez eux, ce sont les terroristes qui domineront la rue palestinienne et rien ne sera possible.

C’est pourquoi nous avons érigé non pas un mur—il y a seulement l0 kilomètres en dur sur 200 kilomètres construits—mais seulement une barrière en simple grillage. Ce n’est pas une frontière politique, ce barrage n’est pas fixe. Il n’a qu’un but, faire cesser les infiltrations des terroristes et protéger nos citoyens. D’ailleurs il a été construit à l’initiative des militaires, pas des politiques.

Ce qui signifie qu’il pourrait être déplacé ?

Bien sûr, dès que nous pourrons négocier avec les palestiniens et qu’une frontière aura été fixée d’un commun accord. Comme nous l’avons fait au Liban. Vous savez nous ne voulions pas ce barrage. Il nous coûte très cher et suscite beaucoup de problèmes: politiques, internationaux, pratiques…

On peut parvenir à la paix par d’autres voies, comme le proposent certains israéliens . Vous avez reçu récemment Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo. Cela signifie-t-il un appui au moins moral de votre part à l’initiative de Genève ?

Je les ai reçus comme je recevrais quiconque prend une initiative de paix. Mais il y a un gouvernement légitime et un Parlement élu dans ce pays. Les procédures démocratiques existent et les élections ne manquent pas. Le peuple a toutes les possibilités de se prononcer et il se prononcera.

Vous aviez invité le Président syrien Bachar el Assad et il a refusé votre invitation. Le cas échéant, renouvelleriez vous cette offre?

S’il changeait d’avis, qu’il soit le bienvenu. C’est à lui de choisir. Il sait comment nous joindre, soit par les voies secrètes utilisées dans le passé mais qui sont restées fermées ces dernières années, soit publiquement comme l’avait fait Sadate. Mais je reste sceptique lorsque j’entends le discours antisémite qu’il a tenu devant le Pape et lorsque je vois qu’il continue de livrer des armes iraniennes au Hezbollah au Liban.

En négociant avec le Hezbollah des échanges de prisonniers, vous en faites un interlocuteur et vous lui accordez ce que vous avez toujours refusé aux dirigeants palestiniens comme Abou Mahzen et Abou Ala. Est ce si judicieux ?

Nous avions un devoir moral à l’égard des familles des trois soldats kidnappés en territoire israélien et tués par le Hezbollah, qui c’est vrai exploite nos sentiments. Mais quand Amou Mahzen était premier ministre, nous avions libérés des palestiniens, emprisonnés en Israel pour des raisons de sécurité. Et nous étions prêts à faire d’autres pas dans cette direction. Malheureusement à la suite d’un différent avec Yasser Arafat, Abu Mahzen a démissionné.

En novembre 2001 vous aviez proposé de prendre votre voiture et d’aller à Rammalah rencontrer Arafat pour lui proposer la « hudna » ( la trêve).

Oui j’ai cru qu’on pouvait au moins calmer les esprits en parlant directement au peuple palestinien. Arafat avait accepté ma proposition . Mais au moment où je devais partir nos services secrets ont découvert l’affaire du « Karin A », ce bateau intercepté à l’instant où il allait livrer des armes à Arafat.

Quand j’ai eu en main toutes les données du problème, et la preuve de ce double langage, j’ai renoncé à mon projet. Pourtant je continue à penser que nous avons, les palestiniens et nous, des intérêts communs très forts et évidents. Le tout est d’en persuader les opinions publiques, palestinienne et israélienne.

Le retrait unilatéral de Gaza qui vient d’être annoncé par Ariel Sharon vous semble-t-il possible et réalisable ? Dans quelles conditions et quand ?

Sharon est déterminé et c’est à mon avis très sérieux. On prépare ce programme et on définit en ce moment les étapes de ce retrait, avec des développements précis.

Cette décision fait-elle partie d’un nouveau plan israélien qui pourrait être présenté lors du voyage d’Ariel Sharon à Washington ?

Vous le verrez. J’ai un devoir de réserve sur les questions qui divisent la Knesset et je ne peux donc pas vous répondre. Je dirai pourtant que cette décision d’un retrait unilatéral de Gaza est la conséquence directe de la non application de la feuille de route par les palestiniens et de la poursuite des actes terroristes. Nous avons fait beaucoup de pas vers un compromis.

Des leaders palestiniens se sont assis encore récemment sur cette chaise où vous êtes assise. Tout a toujours échoué à cause du terrorisme.

Vous savez ce que disait Rabin, qu’il faut réprimer le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations et poursuivre les négociations comme s’il n’y avait pas de terrorisme. En appliquant cette méthode qui a conduit à Oslo, on aurait peut-être pu avancer plus vite.

Les attentats que nous subissons depuis trois ans sont les plus sanglants que nous ayons connus, même pendant la période de Rabin. Malgré cela il y a eu depuis trois ans beaucoup plus d’initiatives qu’on ne le croit. Mais quand des autobus sautent dans la rue, qu’il y a des explosions dans les cafés, les restaurants, et que des centaines de civils femmes et enfants israéliens meurent dans des conditions affreuses, vous conviendrez qu’il est très difficile de gérer des négociations sérieuses.

En même temps, cela fait des terroristes les arbitres des efforts de paix, qu’ils peuvent ainsi ruiner quand bon leur semble. Comment rompre ce cycle infernal ?

Là nous en revenons à votre première question sur ce que nous voulons vraiment : l’arrêt des attentats. Ou les palestiniens l’obtiendront de leurs extrémistes, ou alors c’est nous qui y mettrons fin d’une manière ou d’une autre. Parce que pour nous c’est vital. Après mille jours d’angoisse, d’assassinats et d’effusion de sang, les citoyens israéliens demandent, à juste titre, que leurs vies soient protégées, en priorité.

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Numéro 117 • vendredi le 6 février 2004

Est-il permis de soutenir Israël ?
Armand Laferrere
Commentaire, 6 janvier 2004

A l'été 2003, le parti socialiste français était agité par le départ vexé de son spécialiste attitré du Moyen Orient, M. Pascal Boniface. M. Boniface s'était fait connaître, avant les élections de 2002, par une note largement diffusée où il recommandait au PS de soutenir plus fermement la cause palestinienne. Le principal argument mis en avant par cette note était démographique : la population d'origine musulmane étant environ dix fois plus nombreuse en France que la communauté juive, le soutien à la cause palestinienne apporterait plus de voix, et en ferait moins perdre, que la solidarité avec Israël.

Par la suite, la publication d'un ouvrage plus complet sur le sujet (Est-il permis de critiquer Israël ? Robert Laffont, 2003) devait montrer une plus grande sophistication des arguments de M. Boniface : Israël est un agresseur raciste, écrasant et humiliant sans raison valable un peuple faible et honnête qui ne demande que justice. Tout soutien à cette puissance maléfique ne peut s'expliquer que par une solidarité ethnique mal placée, par la manipulation des media aux mains d'extrémistes pro-israéliens, ou par le sentiment de culpabilité des non-Juifs face au souvenir de l'Holocauste. Bien logiquement, après sa démission du PS, M. Boniface accusait donc le " communautarisme " d'être responsable de ses malheurs. Certains media ont alors rappelé que l'argument de la supériorité numérique des Arabes sur les Juifs en France, employé par M. Boniface avant la publication de son ouvrage, n'était pas entièrement dépourvu de biais communautaire. C'était oublier que dans l'intervalle, M. Boniface s'était élevé au-dessus des considérations purement arithmétiques et avait découvert la vraie nature maléfique du régime israélien et du complot qui vise à en empêcher toute critique.

Certes, l'ironie est facile face à Pascal Boniface. Elle est surtout stérile : convaincu d'être victime d'un complot, il s'est condamné à interpréter toute critique à la lumière de cette intéressante théorie. Il est donc plus utile d'analyser sa thèse : celle d'un Israël agresseur et raciste, qu'un complot d'extrémistes intimidant les media parvient seul à protéger contre la critique.

Y a-t-il un biais pro israélien des média ?

L'accusation selon laquelle les media s'interdiraient de critiquer Israël autant qu'il le mérite peut être examinée à la lumière des faits suivants.

Israël est critiqué pour avoir toléré, et parfois encouragé, l'implantation d'une minorité juive dans les territoires à majorité palestinienne. L'existence d'une forte minorité arabe en Israël n'est critiquée par personne. L'idée qu'un seul des deux peuples a le droit d'exiger l'épuration ethnique de son territoire est régulièrement présentée comme une évidence.

Les critiques d'Israël s'appuient souvent sur les analyses d'Israéliens pro palestiniens, appelés " militants de la paix ". On ne trouve jamais de Palestiniens pro israéliens ; et on ne se demande jamais si ce déséquilibre a ou non un rapport avec les exécutions sommaires, assez bien documentées, de " collaborateurs " par l'autorité palestinienne.

Pendant la deuxième Intifada, alors que des explosifs étaient infiltrés presque quotidiennement en Israël (y compris, à l'occasion, dans des ambulances), c'est Israël - et non les terroristes - qui était critiqué pour l'existence des postes de contrôle destinés à assurer sa protection. La désorganisation de l'existence de Palestiniens innocents, conséquence malheureuse de ces contrôles de sécurité, a été plusieurs fois présentée comme leur objectif.

M. Ariel Sharon reste accusé d'avoir provoqué la deuxième Intifada en visitant le mont du Temple le 28 septembre 2000. Il va donc de soi, pour les classes éclairées, que la visite d'un Juif sur le lieu le plus saint du judaïsme est une provocation inqualifiable et que le déclenchement d'une guerre meurtrière est une réaction parfaitement appropriée à ce scandale. Les media français ont toujours refusé de mentionner la déclaration de M. Imad Falouji, ministre de la communication de l'autorité palestinienne, qui a déclaré le 5 décembre 2000 devant la télévision palestinienne : " Ceux qui attribuent l'Intifada à la visite du haïssable Sharon à la mosquée Al Aqsa se trompent (…) Cette Intifada était planifiée depuis le retour du Président [Arafat] des négociations de Camp David [juillet 2000] où il a tenu bon face à Clinton ".

Israël reste accusé de la mort du petit Mohammed Al Doura, filmée le 30 septembre 2000 au cours d'un échange de feu par un cameraman palestinien employé par France 2. Après avoir admis le 3 octobre que l'armée israélienne, qui ne voyait pas le garçon, pouvait avoir involontairement provoqué sa mort, les forces de défense israéliennes ont commandé une enquête qui a établi, dans un rapport rendu public le 27 novembre 2000, que la balle qui avait atteint l'enfant venait presque certainement des lignes palestiniennes, à proximité du cameraman. Lorsqu'un chercheur israélien, M. Nahum Shahaf, a émis l'hypothèse que les images du 30 septembre pouvaient n'être qu'une mise en scène et demandé à visionner les rushes qui auraient permis d'en avoir le cœur net, sa demande a été refusée.

Israël a été accusé de crimes de guerre à Jénine, après les combats qui ont eu lieu en avril 2002 dans ce camp de réfugiés dont étaient partis plusieurs dizaines de missions suicides (dont 23 couronnées de succès) depuis le début de l'Intifada. Les sources palestiniennes, reprises par les media occidentaux et aussitôt incorporées dans un film, ont fait état de 3000 puis de 500 morts, de la destruction d'une aile entière de l'hôpital et de l'emploi d'avions de combat. [1] Visitant la zone le 18 avril 2002, l'envoyé spécial de l'ONU au Moyen Orient, M. Roed-Larsen, annonçait qu'" aucun objectif ne peut justifier une telle destruction " et accusait Israël d'avoir bloqué l'accès aux organisations humanitaires pendant 11 jours. Trois mois plus tard, le secrétaire général des Nations Unies concluait que le nombre des victimes était de 52 Palestiniens, dont au moins 45 combattants, et 23 Israéliens. A aucun moment, Israël n'avait employé d'avions. L'assaut avait été précédé d'appels répétés aux non-combattants à quitter la zone. L'hôpital n'avait pas été touché. Les ONG n'avaient été empêchées d'entrer dans la zone que parce que les Palestiniens l'avaient entièrement piégée.

Lorsque, le 2 avril 2002, un groupe de Palestiniens musulmans armés, dont 13 terroristes recherchés par Israël, entrèrent de force dans l'Église de la Nativité à Bethlehem et prirent en otage les religieux, c'est Israël qui fut critiqué pour avoir assiégé l'église, dont l'intégrité fut entièrement respectée. Les 13 terroristes recherchés finirent par être expulsés à Chypre.

Israël a été accusé (émission diffusée le 3 juin 2003 sur Arte) de détourner l'eau du Moyen Orient pour assoiffer les Palestiniens. Personne n'a songé à demander combien de villages cisjordaniens (devenus depuis " palestiniens ") avaient l'eau courante avant l'occupation de ce territoire par Israël en 1967, combien l'ont aujourd'hui et quel a été l'effet du transfert des territoires à l'autorité palestinienne sur l'entretien des canalisations.

Après la publication de la " carte routière pour le Moyen Orient " en 2003, Israël a été critiqué pour des actes dont ce plan ne faisait aucune mention : le nombre des terroristes relâchés, la construction d'une barrière de sécurité entre Israël et les territoires palestiniens. Dans le même temps, en violation directe et explicite de la carte routière, Mahmoud Abbas refusait de désarmer les groupes terroristes sans s'attirer les mêmes reproches.

Tous ces faits semblent indiquer, à première vue, qu'il est possible et même assez largement accepté de critiquer Israël, même lorsque la simple description des faits semble appeler une approche plus nuancée. Si la critique d'Israël est impossible aujourd'hui, on aimerait savoir à quoi ressemblerait un monde où elle serait permise.

Ce que l'on tait

Si la critique d'Israël ne semble pas souffrir d'une censure excessive, il est d'autres éléments du conflit du Moyen Orient dont il est plus difficile de trouver des échos dans notre presse.

L'histoire du traitement des Juifs et des Chrétiens dans la tradition musulmane est l'un de ces éléments. L'importance de cette histoire est essentielle pour comprendre le comportement actuel d'Israël, pour deux raisons. D'abord, environ la moitié de la population juive d'Israël vient des pays arabes, dont elle a été chassée après la création d'Israël en 1948 : le souvenir de sa condition passée est encore vivace et influence nécessairement ses craintes et son comportement. Ensuite, la perspective de revenir un jour sous domination musulmane est un risque réel pour les Juifs d'Israël, s'ils devaient perdre une guerre à un moment ou un autre des prochains siècles ou être emportés par une évolution démographique. Il est donc légitime de se pencher sur un passé que les Musulmans n'ont jamais renié et qui, de ce fait, présente la meilleure indication de ce que pourrait être l'avenir.

Or, la présentation qui est faite de ce passé s'accompagne presque systématiquement de deux erreurs. Une erreur théologique, selon laquelle l'Islam s'inscrirait dans la continuité du judaïsme et du christianisme et aurait un respect particulier pour les " religions du Livre " qui l'ont précédé. Et une erreur historique, qui voudrait que le maintien de communautés juives et chrétiennes pendant des siècles sous domination musulmane prouve la " tolérance " de la religion dominante, au sens que ce mot a pris en Occident depuis les Lumières.

" Pas de contrainte en religion " (Sourate 2 ; verset 256) a été cité si souvent que ces mots semblent parfois la seule citation du Coran reprise par nos media. Elle est souvent liée à la notion de " religions du Livre " - entièrement absente du Coran, qui ne parle que de " gens du Livre " - pour en conclure que l'Islam, parce qu'il fait lui aussi référence à un livre saint, s'inscrit dans la continuité des deux religions bibliques et garantit leur respect.

Cette présentation est en contradiction directe avec les textes coraniques. Certes, le Coran fait mention de nombreux événements de l'histoire d'Israël et de la révélation chrétienne. Mais il ne poursuit pas un récit commencé par la Bible, au sens où le Nouveau Testament poursuit et complète l'Ancien. Prétendument éternel et incréé, le Coran se veut antérieur à la Bible : il est l'archétype des écritures révélées " à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus (…) à Moïse, à Jésus et aux prophètes de la part de leur Seigneur " (3 : 84). Or, les deux textes sont contradictoires et souvent irréconciliables.

Les patriarches et les prophètes, Jésus compris, sont présentés dans le Coran comme des prédicateurs de la religion musulmane. Abraham était " un musulman à la foi pure " (3 :67). Après avoir annoncé la venue de Mahomet (61 :6), Jésus n'a pas été crucifié, mais " il leur est seulement apparu ainsi " (4 :157). L'incarnation et la résurrection sont donc des mythes blasphématoires.

Dans certains cas, les divergences entre les deux livres sont le résultat d'un mélange exotique entre légendes orientales et tradition biblique : une armée de djinns, d'oiseaux et d'hommes menée par Salomon traverse la vallée des fourmis et leur ordonne de rentrer chez elles pour ne pas être écrasées, avant qu'une grue ne révèle au roi l'existence de la reine de Saba (27 :17-23). Dieu transforme les Juifs en singes et en porcs (5 :60 ; 7 :165-166). [2] Le Coran semble présenter aussi des confusions surprenantes sur l'histoire et les dogmes juifs et chrétiens. L'homme qui trompe les Juifs en fondant le veau d'or pendant la sortie d'Egypte est un Samaritain (20 :85-88), alors que le peuple samaritain ne s'est séparé du peuple juif qu'au septième siècle avant Jésus-Christ, au moins six siècles après l'Exode. Marie, mère de Jésus, est appelée " sœur d'Aaron " et " fille d'Imran " (19 :28 ; 66 :12), ce qui suggère une confusion avec Miriam, sœur d'Aaron et de Moïse et fille d'Amram, qui vivait treize siècles plus tôt. L'argument du Coran contre le dogme de la Trinité est que Jésus et Marie étaient seulement des êtres humains (5 :72-75 et 116), ce qui pourrait révéler une compréhension assez approximative de ce dogme.

Le Coran contient cependant, à titre préventif, l'explication de ces contradictions : les Juifs et les Chrétiens ont falsifié le message des prophètes et fabriqué de fausses Ecritures (2 :75 ; 3 :78 ; 5 :13, 15, 41,72) ; ils " sont devenus incrédules après avoir été croyants " (3 :90). Loin d'être des précurseurs respectés, les " gens du Livre " sont donc des faussaires et des apostats. On comprend mieux, dans ces conditions, l'injonction donnée aux Musulmans : " Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens, ils sont amis les uns des autres ; celui qui, parmi vous, les prend pour amis, est des leurs " (5 :60).

" Tolérance " et dhimma

L'idée d'une " tolérance " musulmane, employée pour décrire le traitement des communautés juive et chrétienne dans le monde musulman, est aussi inexacte que l'argument d'une continuité entre la Bible et l'islam. Les textes et les traditions régissant le sort fait aux Juifs et aux Chrétiens sous domination musulmane n'ont rien de commun avec la " tolérance " au sens où tout Occidental moderne entend ce mot.

Le texte fondateur est la sourate 9, verset 29 : " Combats ceux qui ne professent pas la vraie foi jusqu'à ce qu'ils paient d'une main soumise la jizya [une capitation sur les infidèles] ". La protection (dhimma) accordée aux gens du Livre ne se conçoit donc qu'après la victoire des Musulmans dans la guerre sainte (jihad), victoire qui a pour effet de transformer les terres des infidèles en terre d'Islam (dar-al-Islam). De plus, la dhimma a pour condition impérative l'acceptation par les vaincus d'un statut inférieur. L'exemple fondateur est celui de la dhimma accordée par Mahomet en 628 aux Juifs de l'oasis de Khaybar : les Musulmans devenaient propriétaires des terres, que les Juifs pouvaient cependant continuer à exploiter ; la moitié de la récolte revenait à Mahomet ; il conservait le droit de chasser les populations de Khaybar à son bon plaisir ; en contrepartie, il s'engageait à les protéger contre les razzias bédouines et les autorisait à conserver leur organisation religieuse.

Mme Bat Ye'or, de l'université de Lausanne, a documenté dans plusieurs ouvrages l'évolution, depuis la dhimma de Khaybar, du statut des minorités religieuses protégées (dhimmis) sous domination musulmane, à travers les siècles. [3] Malgré de grandes variations d'un territoire et d'un siècle à l'autre, ce statut a eu trois caractéristiques constantes jusqu'à la colonisation occidentale :

Des charges exceptionnelles auxquelles les Musulmans n'étaient pas soumis : paiement de la capitation et d'un impôt spécial sur la terre, entretien des soldats, obligation d'effectuer les travaux les plus vils (ramassage des ordures, nettoyage des latrines) ;

Une humiliation systématique et organisée. Juifs et Chrétiens devaient porter des habits distinctifs. Ils ne pouvaient pas monter de chevaux, animaux nobles, et devaient descendre de leur âne ou de leur mule lorsqu'ils croisaient un musulman. Leurs lieux de culte, et même leurs habitations, ne pouvaient pas dépasser en hauteur celles des musulmans ;

Une complète précarité juridique et physique. La protection accordée aux dhimmis - qui, du reste, ne protégeait les gens du Livre que contre les musulmans eux-mêmes - pouvait être retirée à tout moment. Elle l'était systématiquement, et sans recours, lorsque Juifs ou Chrétiens étaient accusés à tort ou à raison d'avoir dit du mal de l'Islam.

Ces discriminations et cette insécurité permanente expliquent pourquoi les communautés chrétiennes et juives, encore majoritaires dans de nombreux territoires plusieurs siècles après l'invasion arabe, se sont progressivement étiolées sous le poids des extorsions, des humiliations et des persécutions occasionnelles. Elle a créé, dans la plupart de ces communautés, une mentalité de soumission abjecte. Pour éviter le retour des persécutions, les Églises et les synagogues prenaient systématiquement le parti de leurs oppresseurs. Même le souvenir des persécutions passées était interdit, car il aurait été perçu comme une offense à l'Islam et, donc, comme un appel à une persécution nouvelle.

Cette mentalité dhimmi est encore vivace dans de nombreuses Églises chrétiennes du Moyen Orient. Elle explique l'attitude systématiquement pro-musulmane et anti-israélienne de nombreuses Églises : la proximité physique et l'armement supérieur des Musulmans ne leur laisse aucun choix. Ainsi, lors de la prise d'otages de l'Église de la Nativité en avril 2002, l'évêque anglican et les patriarches catholiques et orthodoxes de Jérusalem furent unanimes à dénoncer, non la prise en otage de prêtres et de nonnes, mais le siège israélien. Pour la sécurité de leurs ouailles, c'était la meilleure chose à faire ; mais on peut regretter que de telles prises de positions soient généralement prises au sérieux par les Églises d'Europe.

Quel que soit l'avenir du conflit du Moyen Orient, ce sera la grandeur éternelle des Juifs Israël que d'avoir rompu la dhimma. Après treize siècles d'humiliation, les Juifs peuvent enfin s'habiller comme ils le souhaitent, conserver le fruit de leur travail, débattre librement, défendre leurs vies et leurs propriétés, se soumettre aux lois et non aux caprices des puissants, sur la terre où leur peuple est né et où ils furent majoritaires pendant la plus grande partie des trois derniers millénaires. Il est normal que cette liberté retrouvée offusque ceux qui croient que leur religion leur donne un droit divin à dominer les autres peuples, que le moindre recul du dar-al-Islam est un scandale théologique absolu ou que la démocratie, l'Etat de droit, l'économie de marché et la liberté d'expression ne sont pas des objectifs légitimes. Il est plus surprenant de voir ceux qui se réclament de traditions démocratiques prendre parti contre le seul peuple libre du Moyen Orient.

L'ennemi des Palestiniens

Ceux des ennemis d'Israël qui disent soutenir la liberté affirment que la libération des Juifs n'a été acquise que par l'asservissement d'un autre peuple. Pourtant, les citoyens arabes d'Israël sont les seuls de la région à bénéficier d'une complète liberté d'expression, de toutes les protections de l'Etat de droit et du droit de voter dans des élections qui modifient la réalité du pouvoir. Quant à la tragédie que subissent quotidiennement les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, il est largement illogique d'affirmer qu'Israël en est le principal responsable.

D'une part, Israël n'est pour rien dans l'absence totale de liberté d'expression ou de protection juridique des personnes qui règne dans les territoires administrés par l'autorité palestinienne. Rien n'interdisait à Yasser Arafat, après les accords d'Oslo de septembre 1993, de créer une démocratie et un Etat de droit dans les territoires transférés à l'administration palestinienne. En France, le Monde publia quelques articles pour prédire cette évolution. Mais ce journal est bon perdant et ne tient pas rigueur à M. Arafat de n'avoir pas accompli sa prédiction.

D'autre part et surtout, les territoires sont la source d'une menace terroriste permanente qu'Israël doit bien prendre en compte. Du déclenchement de la deuxième Intifada au 3 novembre 2003, 869 Israéliens ont été assassinés parmi une population de 6 millions, dont 5 millions de Juifs. 676 de ces victimes, soit 78 %, étaient des civils : adolescents en boîte de nuit, familles célébrant un mariage. Israël vit dans la peur. Il serait immoral de le juger sans l'avoir rappelé.[4]

Les postes de contrôle, les incursions militaires occasionnelles, ou plus récemment la construction de la barrière de sécurité, affectent gravement l'existence de ceux des Palestiniens qui ne veulent rien d'autre que vivre en paix. Mais pourquoi ne rappelle-t-on pas qu'il n'y avait ni barrages routiers, ni barrières de sécurité avant l'Intifada ? Les Palestiniens venaient travailler en Israël, les Israéliens visitaient les territoires. Cette liberté de mouvement est quelque peu difficile à maintenir quand elle sert à infiltrer des ceintures d'explosifs.

Le sort des Palestiniens pacifiques est l'une des grandes tragédies du monde contemporain. Ceux qui en font le reproche à Israël sont cordialement invités à proposer d'autres moyens pour lutter contre les infiltrations terroristes. On leur signalera simplement les pistes qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité : offrir un Etat à Yasser Arafat sur une surface égale à celle de l'ensemble des territoires, moyennant des aménagements de frontière réciproques, et partager Jérusalem (Taba, janvier 2001) ; charger l'autorité palestinienne de désarmer les terroristes (Carte routière, mars 2003).

L'ennemi des civils de Palestine n'est pas Israël. Ce sont les groupes terroristes ; ce sont les responsables de l'autorité palestinienne qui n'envisagent un accord que comme un pas vers la destruction totale d'Israël. Yasser Arafat est le premier de ces ennemis. Le 10 mai 1994, quelques mois après les accords d'Oslo, il déclarait publiquement à Johannesburg : " Notre modèle est l'accord [hudna] signé par notre prophète Mahomet avec les Quraysh à la Mecque (…) nous acceptons aujourd'hui cet accord, mais il n'est qu'une étape dans la route de Jérusalem ". Pour mémoire, le traité de 628 cité par M. Arafat (traité de Hudaybiyah) avait permis à Mahomet d'augmenter ses forces à l'abri d'un cessez-le-feu temporaire, puis, une fois le cessez-le-feu terminé, de prendre la Mecque en 630. Encore le 2 juin 2003, alors qu'un " cessez-le-feu " (c'est-à-dire là encore une hudna, comme le traité de Hudaybiyah) était en cours de négociation, M. Arafat célébrait la " journée internationale de l'enfance " en incitant les enfants palestiniens à participer à des attentats suicide pour reconquérir Jérusalem (réception diffusée le 3 juin sur la deuxième chaîne de télévision israélienne).

On peut donc comprendre qu'Israël ait souvent préféré un excès de précaution, même au risque de nuire aux populations civiles, plutôt qu'un excès de confiance. Dire cela n'est pas reconnaître l'utilité ou la nécessité de chaque action particulière. Mais Israël est en guerre et la guerre exige de prendre des décisions rapides en environnement incertain. S'il pouvait y avoir moins de méfiance, il y aurait moins de souffrance. Dès l'acceptation d'une hudna de trois mois par les terroristes le 29 juin 2003, le gouvernement israélien prit de premières mesures pour alléger cette souffrance : levée de barrages, autorisation d'entrée de travailleurs. Israël était alors prêt à aller plus loin si l'autorité palestinienne prenait simultanément des mesures concrètes pour démanteler les organisations terroristes, ce qui ne fut jamais fait.

La méfiance qu'Israël éprouve face à ses adversaires est souvent présentée comme le signe d'une idéologie raciste ou un prétexte pour poursuivre l'oppression militaire. Une description partielle des causes de cette méfiance, fondée sur des documents aisément disponibles et traduits, peut permettre de nuancer ce point de vue.

Courte description du mal

Après les accords d'Oslo de septembre 1993, Yasser Arafat devint le dirigeant de l'autorité palestinienne, embryon d'Etat chargé, dans un premier temps, d'administrer 42 % de la Cisjordanie et 90 % de Gaza. Cette autorité était dotée, entre autres, d'une police, d'une presse écrite et audiovisuelle et de la responsabilité des programmes scolaires. Toutes ces missions sont largement financées par ce qu'il est convenu d'appeler la " communauté internationale ", notamment par l'Union Européenne et par Israël.

Parce que l'Union Européenne avait financé la rédaction de manuels scolaires, certains députés européens (notamment Mme Emma Bonino, ancien commissaire, et M. Olivier Dupuis) ont cherché à attirer l'attention de l'Europe sur les incitations à la haine et au meurtre dans ces nouveaux manuels. M. Boniface (op. cit, pp.56-57) rejette d'un revers de main ces accusations, en reprenant à son compte les dénégations d'une source unique et palestinienne. Il ne semble pas avoir connaissance du récent ouvrage de synthèse réalisé sur ce sujet par un universitaire allemand, le professeur Goetz Nordbruch. [5]

L'ouvrage de M. Nordbruch, illustré de plusieurs pages de ces manuels, démontre que même les manuels scolaires palestiniens les plus récents ne reconnaissent pas l'existence d'Israël. Les cartes de la région ne font mention que d'une " Palestine " qui couvre tout le territoire israélien. Outre que cette conception de la Palestine est en contradiction directe avec la reconnaissance d'Israël par l'OLP dans les accords d'Oslo, elle illustre la naïveté profonde de ceux qui affirment encore qu'un retrait total des territoires occupés en 1967 permettrait la fin du conflit. Il permettrait de créer une Palestine à côté d'Israël ; mais l'autorité palestinienne ne veut manifestement pas de cette solution, puisqu'elle continue à enseigner à ses enfants que leur nation ne sera libre qu'après la disparition d'Israël. Comme l'indique le professeur Nordbruch dans sa conclusion, " l'idée de liberté n'est évoquée que par opposition à une oppression extérieure, jamais par opposition à une oppression interne ".

Une fois la nation palestinienne ainsi définie, les livres scolaires rappellent que " l'Islam commande à chaque musulman de défendre sa terre, même quand un seul pouce en a été volé ". A cette fin, les enfants sont encouragés à participer à l'Intifada et au Jihad. Les questions posées incluent " Asmaa, fille d'Abu Bakr, avait mon âge quand elle prit part aux combats du prophète (…) Quel rôle puis-je jouer pour soutenir la résistance nationale contre l'occupant impérialiste ? ". Un manuel d'éducation islamique pour les enfants de sixième apporte un élément de réponse : un poème illustré en l'honneur des martyrs, qui se termine par le vers suivant : " l'âme noble a deux buts : la mort et le désir de mourir ".

En cohérence avec le refus de reconnaître Israël, les manuels scolaires ne font presque pas mention de cet Etat. En revanche, ils contiennent une importante propagande antisémite. A l'occasion du récit de la vie de Mahomet, il est indiqué que " le prophète donna instruction à ses disciples d'apprendre le langage des Juifs pour être à l'abri de leurs ruses ". L'expulsion totale des Juifs d'Arabie par Mahomet et ses successeurs immédiats est présentée comme un châtiment de Dieu pour n'avoir pas respecté la dhimma. Une des questions posées aux enfants est : " comparez l'attitude des Musulmans et des Juifs pour ce qui concerne le respect des contrats ". Pour les enfants chrétiens, l'instruction religieuse insiste sur les épisodes de conflits entre Jésus et les Juifs et ne signale pas que Jésus lui-même était juif.

Les manuels scolaires palestiniens sont cependant des modèles de pacifisme et d'harmonie à côté de la propagande télévisée. Le professeur Itamar Marcus présente sur son site Internet (Palestinian Media Watch, http://www.pmw.org.il/new/) une sélection instructive d'émissions de télévision palestiniennes. Les shahids - ces jeunes gens et jeunes femmes qui donnent leur vie pour assassiner des civils juifs - sont constamment glorifiés : un clip musical à la gloire de Wafa Idriss, première femme shahid (assassinat du 27 janvier 2002) fut diffusé tous les jours pendant plusieurs mois (" O ma sœur Wafa, battement de cœur de notre fierté… "). Les prêches religieux télévisés appellent au meurtre des Juifs : " Nous les ferons exploser à Hadera, nous les ferons exploser à Tel Aviv… Dieu fera de nous les maîtres de cette cohue … Béni celui qui a enseigné le combat à ses fils, béni celui qui a mis une balle de côté pour la mettre dans la tête d'un Juif " (Dr Ibrahim Maadi, 3 août 2001) ; " Celui qui ne demande pas à Dieu de mourir en shahid mourra dans un état d'impiété " (Sheikh Ahmed Abdul Razek, 22 mars 2002) ; " Quand le shahid rencontre son créateur, tous ses péchés sont pardonnés (…) il épouse 72 vierges et sert d'intercesseur céleste pour 70 membres de sa famille " (Dr Ismail Al-Radouan, 17 août 2001) ; et ainsi de suite.

Les émissions pour enfants sont particulièrement éprouvantes. Des garçons et filles de six à dix ans expliquent, sous l'œil attendri des adultes, qu'ils veulent devenir des shahids ou qu'ils vont tuer tous les Juifs. Un clip musical montre un garçon d'une douzaine d'années donner à son père une lettre où il lui demande de se réjouir de sa mort, avant d'aller lancer des pierres et de tomber à terre en chantant " douce est l'odeur de ta terre, ô ma patrie, pour le shahid ". Dans un autre clip, sans doute le plus insoutenable, le petit Mohammed Al Doura est montré au Paradis, courant sur une plage, jouant au cerf-volant et chantant " Douce est l'odeur des shahids ; ô mon père, en attendant que tu me rejoignes, je ne pleurerai pas et je serai heureux ". Puis, il fait aux spectateurs un signe de la main, avant que s'affiche le texte suivant : " Je vous fais signe, non pour vous dire adieu, mais pour vous dire : rejoignez-moi ".

Toutes ces émissions ont été diffusées à de nombreuses reprises par la télévision palestinienne. Elles ne peuvent pas être inconnues des journalistes en poste au Moyen Orient. La raison pour laquelle ces abominations ne sont jamais mentionnées dans la presse française est un mystère. Résoudre ce mystère serait une entreprise plus intéressante que de chercher à déterminer s'il est, ou non, permis de critiquer Israël dans la France d'aujourd'hui.

Soutenir Israël

La critique d'Israël a bien des charmes. L'image d'un peuple faible opprimé par un plus fort réconforte ceux qui croient moral de prendre systématiquement le parti du plus faible. Le fait qu'Israël est une civilisation occidentale donne à ceux qui n'ont pu participer aux combats de la décolonisation l'illusion de se racheter - même si c'est en menaçant, cette fois, le maintien d'un peuple sur sa propre terre. Ceux qui ont passé le vingtième siècle à chercher des contre-modèles à opposer à la civilisation démocratique et capitaliste (l'URSS, l'Allemagne nazie, la Chine populaire, le Cambodge des Khmers rouges, Cuba…) sont dans la situation difficile de devoir reconnaître l'échec de leurs idoles. La Palestine, engagée dans une lutte de " libération nationale " passant par la destruction d'un pays d'Occident, est le dernier avatar de leur recherche émouvante d'un totalitarisme devant lequel se prosterner.

Naturellement, l'antisémitisme, les intérêts commerciaux, la lâcheté devant les intimidations de certains Musulmans ou le cynisme démographique (" 5 millions de Juifs, 300 millions d'Arabes, autant se placer du côté des plus nombreux ") ne jouent aucun rôle dans l'hostilité à Israël. La preuve en est que ces motifs ne sont revendiqués par personne.

Quoi qu'il en soit, on voudra bien permettre à ceux qui aiment la démocratie, l'Etat de droit, l'économie de marché, la liberté d'expression et le respect des individus, de soutenir Israël et d'en être fiers. Il ne s'agit pas, comme on le dit sans cesse, d'un " soutien inconditionnel ". Il y a plusieurs conditions rigoureuses à ce soutien : ne pas inciter ses propres enfants au meurtre et au suicide ; ne pas fusiller sans procès ses propres dissidents ; remplacer régulièrement ses dirigeants dans des élections démocratiques ; respecter la liberté de la presse ; ne pas exiger l'épuration ethnique totale de son territoire ; ne pas faire des massacres de civils son premier but de guerre. Il se trouve simplement qu'Israël remplit ces conditions.

L'esprit du temps, hélas, nous contraint par ailleurs à préciser que notre soutien n'est pas le produit d'un " réflexe communautaire ", mais d'une solidarité de principes. Celui qui écrit ces lignes n'est ni juif, ni israélien. Mais il ne demande pas de plus grand honneur que d'être pris pour tel par les ennemis d'Israël.

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[1] Jenine Jenine, de Muhammad Bakri, 2002. Un film franco-israélien sur le même sujet, La route de Jenine de Pierre Rehov, a été refusé par toutes les télévisions françaises.

[2] Le caractère folklorique de ces histoires ne doit pas faire oublier qu'elles continuent à être utilisées dans la propagande antisémite. Ainsi, les Juifs étaient encore décrits comme les " descendants de singes et de porcs " par le très respecté sheikh d'Al Azhar, Mohammed Sayyid Al Tantawi, en avril 2002 (cf. http://www.palestine-info.info/arabic/palestoday/readers/mashhoor/22_4_02.htm). Al Azhar, faut-il le rappeler, est régulièrement décrite en France comme " la plus haute autorité morale du monde sunnite ".

[3] Cf. en dernier lieu Islam and Dhimmitude : where civilizations collide, Fairleigh Dickinson, 2002

[4] Ce décompte figure sur le site de l'institut international du contre terrorisme (http://www.ict.org.il). Le nombre des victimes palestiniennes est très supérieur : 2.158, plus 315 victimes palestiniennes des Palestiniens eux-mêmes (auteurs d'attentats suicides et victimes de règlements de compte). 67 % des victimes palestiniennes sont des combattants ou des victimes d'autres Palestiniens. La proportion d'enfants de moins de 13 ans est plus faible parmi les victimes palestiniennes (2,8 %) que parmi les victimes israéliennes (4,1 %) malgré l'incitation à la haine (cf. infra) et l'habitude, bien documentée par les images télévisées, de placer les enfants en première ligne dans les affrontements. Quant au nombre des femmes et des victimes de plus de 45 ans, il est plus de deux fois plus faible, en valeur absolue, chez les Palestiniens que chez les Israéliens.

[5] Narrating Palestinian nationalism - A study of the new Palestinian textbooks, Middle East Media Research Institute, 2002

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