Communiqué Isranet
janvier
2004
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 116 •
vendredi le 30 janvier 2004
L'indépendance de la CIJ
en péril
Sylvain Shalom
Le Figaro, 30 janvier 2004
La dernière requête
de l'Assemblée générale de l'ONU à la Cour
internationale de justice (CIJ) de La Haye pour un avis consultatif
sur la barrière de sécurité d'Israël constitue
une menace aux valeurs fondamentales et aux principes fondateurs des
Nations unies. De plus, elle met en danger la nature indépendante
et apolitique de la CIJ ainsi que la promotion de la paix et de la sécurité
du Proche-Orient. La Cour devrait rejeter cette tentative d'exploitation
de son mandat à des fins politiques et devrait plutôt veiller
à la légitimité et à la bienséance
de l'institution.
Cette requête, déclenchée
par une majorité automatique en faveur de toute initiative émanant
des Palestiniens, a transgressé les propres règles de
procédure et de répartition des pouvoirs de l'ONU.
Les organes politiques de l'ONU
se sont déjà penchés sur le conflit israélo-palestinien
: le Conseil de sécurité a approuvé à l'unanimité
la résolution 1515, le 19 novembre dernier reconnaissant la feuille
de route, comme l'unique manière de promouvoir la paix dans la
région. Le Quartette (ONU, Etats-Unis, Union européenne,
Russie) de son côté, a parrainé la feuille de route.
Cette requête de la session extraordinaire d'urgence de l'Assemblée
générale défie de front ce consensus de l'ONU.
Loin d'être une pure question
de droit, cette demande d'"avis juridique" est clairement
empreinte d'idées préconçues ; elle fait penser
à la fameuse remarque d'Abba Eban selon laquelle "si l'Algérie
proposait une résolution affirmant que la terre est plate et
que c'est Israël qui l'a aplatie, elle serait votée à
164 voix, 13 contre et 26 abstentions."
Cette requête ne se réfère
aucunement au terrorisme et à l'incitation à la haine
de la part des Palestiniens ou à l'échec total du leadership
palestinien à respecter son engagement internationalement reconnu
à démanteler les infrastructures terroristes. Après
plus de 19 000 attaques terroristes, plus de 900 morts et des milliers
de blessés, Israël a entrepris la construction d'une barrière
de défense antiterroriste dont le seul objectif est d'empêcher
les terroristes suicide d'avoir accès aux bus, aux cafés
et aux coeurs des villes israéliennes.
Alors que l'usage de barrières
de sécurité pour empêcher l'incursion d'éléments
terroristes est largement répandu parmi les Etats devant faire
face au terrorisme, Israël n'est hostile à aucune discussion
ayant trait à l'influence de la barrière sur la population
palestinienne. Nous ne désirons pas les faire souffrir. En effet,
les caractéristiques de la barrière, y compris son tracé
et les mesures humanitaires telles que les points de passage et les
«portes agricoles» pour faciliter la liberté de mouvement,
ont été adoptées suite à des discussions
et des consultations en Israël et avec la population locale. Le
système judiciaire israélien, indépendant et fort
respecté, a également été impliqué
dans ce processus. Chaque Palestinien gêné par la barrière
a le droit de faire appel directement auprès de la Haute Cour
de justice israélienne.
On a observé un effort
de longue haleine destiné à détourner l'ordre du
jour des organes politiques et humanitaires de l'ONU. L'Assemblée
générale de 2003, qui s'est clôturée il y
a peu, s'est caractérisée par 19 résolutions anti-israéliennes.
Or il n'y avait même pas une seule résolution relative
au conflit du Cachemire par exemple. Cela contraste fortement avec l'échec
de cette même assemblée à réunir une majorité
de soutien aux résolutions proposées pour protéger
les enfants israéliens du terrorisme ou à une proposition
irlandaise condamnant l'antisémitisme. D'autres organes comme
la Commission des droits de l'homme, présidée l'année
dernière par la Libye, ont littéralement consacré
la moitié de leur temps à des débats sur des problèmes
israélo-palestiniens. Ceci étant, il n'est en rien surprenant
que la conférence de Durban contre le racisme en 2001 ait tourné
en un scandaleux festival de haine contre Israël et les Juifs.
La feuille de route appelle clairement
les deux parties à résoudre le conflit par le biais de
négociations directes et pacifiques. La première phase
de ce plan demande aux Palestiniens de mettre directement un terme à
la violence et de combattre le terrorisme. Cependant, depuis son adoption,
deux premiers ministres palestiniens consécutifs ont publiquement
annoncé qu'ils ne respecteraient pas ce premier engagement exigé
par la feuille de route : démanteler les infrastructures terroristes.
Les Palestiniens ont préféré chercher un appui
international pour divertir l'attention et la porter sur les réactions
israéliennes au terrorisme, plutôt que de régler
le problème du terrorisme.
La communauté internationale
doit dire non.
Le risque majeur, au-delà
d'un tort considérable au processus de paix, est qu'un «succès»
éventuel mènerait à d'autres dangereuses questions
politiques capables de détruire les organes de notre communauté
internationale, telles que des questions sur l'Irak, la Tchétchénie
ou tout autre problème pouvant réunir une majorité
d'Etats non démocratiques à l'Assemblée générale.
La communauté internationale doit veiller à l'intégrité
des institutions internationales fondées pour préserver
les droits des citoyens de la communauté des nations. Nous ne
pouvons tolérer le comportement destructeur des Palestiniens
dans leurs efforts de se dérober aux engagements plusieurs fois
acceptés par eux depuis le début du processus de paix
en 1993 ; nous ne pouvons non plus tolérer qu'ils portent atteinte
à la CIJ.
Le président américain
Truman exprimait exactement la même idée en 1945, à
la clôture de la conférence de San Francisco instituant
les Nations unies : "Vous avez créé un bel instrument
pour la paix, la sécurité et le progrès humain
dans le monde", avait-il dit. "Le monde doit maintenant l'utiliser.
Echouer dans son utilisation reviendrait à trahir tous ceux qui
sont morts afin que nous puissions nous rencontrer ici en toute liberté
et sécurité pour sa création. Qui chercherait à
l'utiliser de façon égoïste, pour l'avantage d'une
nation ou d'un petit groupe de nations, serait également coupable
de trahison."
(Silvan Shalom est Vice-premier
ministre et
ministre des Affaires étrangères d'Israël.)
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Des
familles palestiniennes contre
le "culte de la mort"
Khaled Abu Toameh
Jerusalem Post, 20 janvier 2004
Un éditorialiste palestinien
de premier plan a lancé une attaque cinglante contre le Hamas
et le Jihad islamique pour avoir recruté des adolescents et des
mères de famille pour des attentats suicides contre Israël,
en disant que les Palestiniens en ont assez de cette "culture de
la mort".
Dans les colonnes du quotidien
de l'Autorité palestinienne Al-Ayyam, Hasan al-Batal, un célèbre
éditorialiste très proche de l'AP, a félicité
pour leur courage les familles de kamikazes qui se sont exprimées
contre ce phénomène.
Cette attaque renvoie à un débat au sein de la societé
palestinienne, au sujet de l'utilisation de femmes et d'adolescents
en tant que bombes humaines.
Batal fait precisement référence
aux familles de Reel al-Rayashi, une mère de deux enfants qui
s'est fait exploser la semaine derniere au carrefour d'Erez, et d'Iyad
Al-Masri, qui est mort quand, il y a quinze jours, sa ceinture d'explosifs
s'est déclenchée prématurément en Cisjordanie.
Geste
sans precedent, les familles ont condamne publiquement ceux qui avaient
envoye Rayashi et Masri commettre les attentats suicides.
Rayashi, 22 ans, a été
recrutée par le Hamas, et Masri, 17 ans, par le Jihad islamique.
Mardi, des sources palestiniennes ont confirme que Rayashi avait ete
forcée a commettre l'attentat après que son mari eut découvert
qu'elle le trompait avec un militant du Hamas.
Masri, equipe d'une ceinture
d'explosifs, a été envoyé en mission mortelle quelques
jours seulement après que son frère eut été
tué par des tirs israéliens à Naplouse. Il semble
qu'il se soit égaré, et il s'est fait exploser dans un
champ près de Naplouse. Sa famille a accusé le Jihad d'avoir
exploité la douleur provoquée par la mort de son jeune
frère, et a exigé une enquête sur les circonstances
de son recrutement.
Sous le titre "Des familles
se rebellent contre la culture de la mort", Batal s'est attaqué
au Hamas pour avoir recruté une mère de deux enfants en
bas age, de 18 mois et de trois ans, pour commettre un attentat suicide.
Il a souligné le "courage moral" de la famille de Masri,
qui a condamné la "vie gachée" de leur fils.
Il a aussi felicité la famille de Rayashi pour avoir refusé
de recevoir des condoléances dans une "tente de deuil"
qui aurait été montée à Gaza.
Batal a exprimé l'espoir
que les réactions de ces familles constituent le signal d'un
debut de changement de fond dans les normes liées a ce genre
d'attentats.
"Les organisations
civiques palestiniennes doivent soutenir l'appel de la famille Masri
qui réclame une enquête contre ceux qui l'ont poussé
(à commettre l'attentat suicide) en exploitant la mort d'Amjad,
son frère agé de 15 ans. De même, les groupes de
femmes doivent faire entendre leur voix et déclarer que le devoir
maternel est plus important que le combat".
L'éditorialiste palestinien
a prédit que, à moins que le peuple palestinien tout entier
ne s'exprime de la sorte, "le jour arrivera très bientôt
ou nous verrons des garcons de 10 ans et des femmes enceintes avec des
ceintures d'explosifs". Et il pose la question : "Comment
nous justifier vis-a-vis du monde si, d'un côté, nos enfants
sont tués par l'armée israélienne, et si de l'autre,
nous envoyons des enfants et des mèes de familles avec des ceintures
d'explosifs? Comment les Palestiniens persuaderont-ils d'avantage de
militants pacifistes du monde de risquer leur vie en solidarité
avec les Palestiniens si nous commencons a équiper nos enfants
et nos mères de ceintures d'explosifs.
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Le Monde : La faute aux
choses
Ilan Tsadik
Metula News Agency, 30 janvier 2004
Les actes de violence extrême
excitent les esprits, c’est une chose connue. Face à la
mort en gros, lorsque les objectifs des assassins et le nombre de leurs
victimes sortent du cadre des évènements explicables avec
les clés habituelles de l’information, cela donne aux observateurs
l’occasion de s’exprimer de façon plus ou moins décente.
Gilles Paris et le Monde, ont pris depuis longtemps le pli étrange
de dépersonnaliser les assassinats collectifs palestiniens et
de déresponsabiliser leurs auteurs.
Cela aboutit, dans les chapeaux d’articles, à des tournures
d’un goût tiré par les cheveux, du genre : "Un
attentat-suicide en plein centre de Jérusalem a tué au
moins dix personnes, jeudi 29 janvier, et blessé une cinquantaine
d'autres". Sacrés attentats-suicide, il faudrait presque
leur déclarer la guerre… Aux autobus aussi, d’ailleurs,
puisque c’est un de ces animaux étranges, se mouvant sur
quatre roues en caoutchouc, qui, selon Paris, "a explosé"
rue Gazza.
Au Monde, les choses acquièrent une âme, vous devez le
savoir, dès que, pour des raisons uniquement liées à
leur ethnie, à leur nationalité et à leur religion,
des terroristes arabes prennent l’initiative d’assassiner
ou de mutiler des civils israéliens par dizaines.
Et si vous n’avez pas culbuté, j’entends si les choses
ne sont pas assez claires dans la dépêche du quotidien
parisien, vous conservez le loisir de vous remettre les idées
en place en regardant la photo de l’attentat...
C’est tout de suite plus
parlant, n’est-ce pas ? Rien de tel qu’une image d’actu
pour saisir ce qui s’est effectivement passé, pas ? Vous
remarquerez, en haut à gauche, monsieur Attentat-suicide en train
d’effectuer son carnage et vous surprendrez monsieur Otto-Bus
von Egged pendant qu’il a la mauvaise idée d’exploser,
non loin de la résidence officielle du Premier ministre d’Israël.
Ca pourrait presque être drôle, si ces hyperboles mondaines
ne se déchaînaient sur une arrière odeur de sang
innocent et sur fond de décor de synagogues françaises
qui brûlent. Dans l’article de Gilles Paris d’hier,
le gugusse réussit le tour de force d’exprimer que monsieur
Attentat-suicide "a été condamné par l’Autorité
palestinienne" avant même de s’extirper de la forme
sémantique passive et de donner enfin à ses lecteurs la
première indication quant à la responsabilité humaine
de ce crime de guerre.
Cela aboutit à une logique de dupes typique, à laquelle
on nous a malheureusement habitués dans le quotidien dans lequel
Cypel est rédacteur en chef, puisque l’organisation par
qui Attentat-suicide a été revendiqué, c’est
les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Or lesdites Brigades forment l’expression
terroriste principale des Tanzim et les Tanzim sont l’une des
composantes de l’OLP dont Yasser Arafat est le chef.
Toi y en a pas comprendre ? C’est assez normal, puisque des journalistes
indélicats aider toi à rien piger et à rester sur
tes impressions simplistes de jouif y en a méchant et Palestinien
y en a pauvre victime. Moi y en a t’expliquer simple :
L’Autorité palestinienne dirigée par Yasser Arafat
condamne un crime de guerre du premier degré perpétré
par une organisation terroriste dirigée par Yasser Arafat. C’est
pas tout de suite plus clair ?
Le titre de l’article aussi est indécent, même s’il
n’a très vraisemblablement pas été choisi
par monsieur Paris : Un attentat-suicide à Jérusalem relance
le cycle des violences. Il faudrait que quelqu’un dise au Monde
qu’avant de relancer, peut-être, demain, le cycle de la
violence, cet assassinat-collectif d’Israéliens a été
perpétré aujourd’hui par des Palestiniens et qu’ils
ont volé aujourd’hui leur existence à dix personnes
innocentes de tout crime et qu’ils ont écorché,
au plus profond de leur chair et de leur âme, une cinquantaine
d’autres civils tout aussi innocents.
C’est parce que, dans un titre d’article, l’ontologie
des journalistes veut que l’on exprime l’élément
informatif principal du papier. Que faut-il dire alors de l’ontologie
des gens du Monde, qui jugent que le risque de relance du cycle des
violences--dont il faudrait sans doute démontrer préalablement
l’existence. Je veux dire, que le Monde n’a nullement établi
que les actes de guerre au Moyen-Orient étaient le résultat
d’un cycle action-représailles plutôt que de l’exécution
d’un plan stratégique prédéterminé.
Qui se donnera la peine de lire les déclarations des Tanzim au
lendemain de cet assassinat--collectif se persuadera sans difficulté
que cette organisation ne réagit pas sur une base cyclique mais
qu’elle réalise un plan d’éradication artisanale
de l’Etat d’Israël--est plus significatif, à
la fois que les souffrances d’innocentes victimes du terrorisme
et que l’identité, la description des mobiles, la caractérisation
de l’acte, et la dénonciation des méthodes des assassins
et de leur crime.
Il y a certes des choix qui n’ajoutent rien à la respectabilité
de notre profession. Celui-ci en est un. Surtout que Gilles Paris, dans
son papier d’aujourd’hui, s’échine à
dissocier Arafat des Brigades des martyrs. Selon ce journaliste, les
"Brigades auraient rompu depuis deux ans avec la ligne officielle
de l'Autorité palestinienne". "Rompu avec la ligne
officielle"--Paris veut parler sans doute des improvisations solo
du raïs, qui dépendent essentiellement de la composition
de son auditoire, car personne de sensé ne peut distinguer de
ligne officielle de l’Autorité Palestinienne à l’encontre
du terrorisme--mais rupture avec l’Autorité Palestinienne
en aucun cas ! De plus, Paris serait-il le dernier journaliste de l’international
à ne pas lire les comptes-rendus de Sami el-Soudi ? J’ai
des raisons d’en douter. Dès lors il n’ignore pas
que le reclus de la Moukata abrite et protège 27 terroristes
des Brigades dans son refuge. 27 personnes appartenant précisément
au gang qui vient de commettre ce crime de guerre dans l’autobus
de Jérusalem. Comment, dans ces conditions, le correspondant
du Monde en Israël trouve-t-il l’impudence, envers les victimes
et envers ses lecteurs, de propager l’idée que les assassins
et Yasser Arafat ne feraient pas partie de la même organisation--l’OLP--et
qu’ils ne partageraient pas les mêmes objectifs ?
Dans le chapeau de l’article d’hier, le Monde fait suivre
la dépersonnalisation des causes de l’assassinat par le
rejet implicite des mêmes causes sur les Israéliens. Si
! Ainsi, il faut comprendre que ce seraient les Israéliens, de
par leur incursion d’avant-hier, qui auraient en quelque sorte
généré le crime de guerre palestinien. Cet assassinat
serait encore le résultat de l’impasse politique complète
qui prévaut dans la région et qui est causé par
le refus de Sharon de rencontrer Ahmed Qureï.
Ces propositions de causalité sont, bien entendu, factuellement
infondées. Ca n’est pas uniquement que les faits sont rapportés
par le Monde de façon inexacte et propagandiste--car les Palestiniens
de l’avant-veille ne sont pas morts des suites de l’incursion
de Tsahal à Gaza, ne s’étant pas agi d’une
exécution capitale mais d’une situation de combat, durant
laquelle des miliciens palestiniens armés ont spontanément
engagé des soldats israéliens et qu’ils sont morts
durant cet engagement ; de même que ça n’est pas
Sharon qui refuse de rencontrer le nouvel homme de paille d’Arafat
mais Qureï qui pose des pré-conditions, inacceptables pour
le gouvernement israélien, à la tenue d’une telle
réunion--c’est, beaucoup plus simplement, que le droit
de la guerre mais aussi la culture humaniste, défendent que l’on
justifie un crime de guerre ou un crime contre l’humanité
par un épisode préalable d’un conflit. Faute d’appliquer
strictement cette règle au conflit judéo-arabe et à
inventer systématiquement des explications aux assassins, le
Monde, dans le questionnement sur l’antisémitisme a vraisemblablement
perdu son âme.
Et au lieu de rappeler que la Carte Routière (Road Map), qu’ils
appellent Feuille de Route pour une raison qui ne nous échappe
pas, "ce plan de paix international, étant restée
lettre morte", les gens du Monde pourraient aussi bien, à
notre avis, donner la raison de cette mortitude. Pour une fois, ils
feraient de l’information. Ils pourraient dire ainsi, que la condition
préalable, écrite et sine qua none de ce plan passe par
le démantèlement des organisations terroristes palestiniennes
par l’Autorité Palestinienne. Ils pourraient dire aussi
que son chef, leur ami Yasser Arafat, refuse de désarmer ces
organisations car il refuse de se priver de l’arme du terrorisme
qu’il a lui-même instrumentalisée.
Sinon, tous les amphigouris, très lâches et très
irresponsables, des articles du Monde à propos du Moyen Orient,
pourraient se résumer à l’insulte suicidaire qu’a
osée la station Radio Classique lors de son flash de 12 heures
30 hier, décrétant que le type d’acte, tel l’attentat
de Jérusalem, était en fait la seule arme des désespérés.
Au moins, les énergumènes de cette station ne font-ils
pas, eux, en plus d’afficher leur déculture, injure à
la langue français et à l’intelligence de leurs
auditeurs.
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Numéro
115 • vendredi le 22 janvier 2004
Les
journalistes Libanis dans le collimateur
de Damas
Marwan Haddad
Proche-Orient.info, 23 janvier 2004
«
Ce n'est pas grave », m'ont dit mes confrères journalistes.
Certes : ici, au Liban, rien n'est vraiment « grave ». Pas
même l'absorption, qui se fait à pas de charge, de ce pays
par le « grand frère » syrien. « Ce n'est qu'un
accord de plus », m'ont encore dit mes confrères. Un de
plus sur la déjà si longue liste des « accords de
coopération et de fraternité » qui se signent au
quotidien, ou presque, entre les deux pays.
Cet accord-là me fait
pourtant entrevoir mon avenir en noir. Ses signataires : l'Ordre des
journalistes libanais, présidé par l'inamovible Melhem
Karam, et l'Union des journalistes syriens. En vertu de ce texte, entré
en vigueur dès sa publication, le 21 janvier, je suis donc désormais
tenu de « coordonner » et « unifier » mes «
prises de positions » lors de toutes les « rencontres et
conférences de presse » auquel je serai convié,
tant à l'échelon national, qu'arabe et international.
Je me croyais libre, jusque-là, de poser toutes les questions
qui me semblaient pertinentes. Des vétérans de la presse
m'avaient même autrefois assené que la liberté,
l'impertinence même sont des valeurs intrinsèques du métier
de journaliste. Ma liberté sera donc désormais tributaire
d'une coordination préalable avec les « journalistes »
des médias officiels syriens. Officiels forcément, puisque
le « grand frère » ne dispose pas de médias
indépendants. Il est fort probable que l'on fermera les yeux,
dans un premier temps, lors des conférences de presse, sur les
questions n'ayant pas fait l'objet de cette fameuse « coordination
préalable » (au fond, à quel moment se décidera-t-elle
?). Mais la menace restera toujours suspendue au-dessus de nos têtes
; et la moindre incartade, dans n'importe quel article, le couperet
tombera : journaliste impertinent, va en prison !
«L'accord de coopération et de fraternité »
comporte, m'a-t-on dit, un lot de consolation : désormais, à
l'initiative de l'Ordre des journalistes libanais et de l'Union des
journalistes syriens, des « échanges de visites de reconnaissance
» seront organisés pour permettre à tous de prendre
connaissance des « opérations de redressement et de construction
dans les deux pays », puis d'en témoigner dans les médias
écrits et audiovisuels. Mieux encore : des groupes de travail
seront mis en place pour nous permettre, Syriens et Libanais, d'échanger
nos « expériences » et nos « expertises »,
et de profiter du développement de la presse dans les deux pays.
J'irai donc en Syrie, encadré
par des membres des Moukhabarat, et je reviendrai vous chanter les louanges
de ce pays des libertés. J'oubliais de vous dire que la mise
en place de cet accord a été favorisée par deux
organismes : la Fédération des journalistes arabes, et
un Comité permanent des libertés – inconnu jusque-là
au bataillon. Objectif : m'aider, ainsi que tous les autres journalistes,
à « assumer (nos) positions au sein des organisations populaires
arabes ».
Pendant ce temps, et après la « MTV », une seconde
chaîne de télévision privée libanaise risque
la fermeture – pour impertinence, justement : la « New TV
», qui a eu le front d'accuser les autorités libanaises
de négligence dans l'octroi d'autorisations au Boeing d'UTA affrété
pour Beyrouth, qui s'est écrasé au moment de son décollage,
à Cotonou, le 25 décembre. « Diffamation »,
a décrété le ministre libanais des Transports,
Négib Mikati. L'affaire est devant les tribunaux libanais. Mais
pourquoi diable certains journalistes adorent-ils s'attirer des problèmes
? Révéler des magouilles ? Parler des pots-de-vin versés
aux responsables ? Dénoncer les scandales, l'affairisme, les
jeux politico-financiers ? Aux autres, les splendeurs du Spa inauguré
il y a quelques mois au « Méridien » de Damas ; les
visites guidées à Palmyre et, pourquoi pas, un cocktail
d'accueil à la présidence syrienne. La vie peut être
si douce…
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Ce voile qui agite la France
Ahmed Halli
Matin (d'Alger), 23 decembre 2003
Réfléchissez bien
avant de donner le moindre sou à ces quêteurs barbus qui
vous sollicitent votre bon coeur. Le moindre centime pourrait financer
le prochain attentat intégriste en Turquie ou en Irak. Chaque
pièce ou billet que vous croyez donner aux musulmans qui souffrent
peut payer la balle qui tuera votre frère ou votre cousin. Les
fonds ramassés par les islamistes ne servent pas seulement à
acheter des hôtels en Allemagne. Ils soutiennent directement l'«
effort de guerre» des groupes intégristes. Quand les Algériens
le disaient et faisaient mine de vouloir assécher les sources
financières du terrorisme, on les accusait de porter atteinte
à la solidarité islamique.
Aujourd'hui, ce sont les Saoudiens
qui l'affirment et leurs propos sont plus crédibles. Contrairement
à nous, les éradicateurs saoudiens ne se laissent pas
distraire en chemin par une « omra » ou par une prière
surérogatoire. Ils se sont jurés d'extirper les racines
du terrorisme et ils le font en bons jardiniers. C'est normal, ils savent
ce qu'ils ont planté et l'endroit exact où le mal s'est
enraciné. Le ministère saoudien de l'Intérieur
a ainsi noté l'importance des sommes d'argent retrouvées
chez les terroristes récemment arrêtés. Cet argent
n'a pas été prélevé sur la cassette personnelle
de Saddam mais sur celles des citoyens saoudiens. Il provient des quêtes
qui se font, loin de tout contrôle, dans les mosquées,
les écoles, les universités et les marchés. Les
autorités saoudiennes savent désormais que l'argent qu'ils
utilisent pour la propagation du wahhabisme peut être utilisé
contre eux. Ils n'ont plus d'autre souci à se faire. La guerre
du hidjab est gagnée. Le foulard islamique est désormais
de mise de Baghdad à Casablanca. L'emblème de l'ignorance
et de la superstition flotte aux vents de l'Est et de l'Ouest. En attendant
ce Nord convoité et toujours inaccessible.
Voyez ! L'annonce d'une loi prochaine
en France pour interdire le « hidjab » dans les écoles
n'a pas provoqué la tempête attendue dans ce pays. Alors
que les intégristes de Navarre font le dos rond, ceux de Beyrouth
et du Caire fulminent. C'est un coup dur pour ceux qui croyaient reconquérir
les banlieues de la France à défaut de l'Andalousie. Après
avoir assuré sa domination sur le Machrek et le Maghreb, l'internationale
du foulard veut sa revanche sur les croisés (c'est l'éternel
argument de l'islam politique). Les laïcs écrasés
ou convertis en pays musulmans, il reste la nouvelle bataille de Poitiers.
Hélas, les avant-gardes installées à demeure ne
sont pas aussi combatives que prévu. Malgré l'activisme
de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et les moyens
de pression financiers et moraux dont elle dispose, la « hidjab
connections » piétine. Les troupes se dispersent et se
laissent même tenter par le giron de la république laïque.
Les cohortes en hidjab lancées à la conquête de
la citadelle laïque risquent le sort des grandes compagnies.
Imam attitré de l'UOIF
et grand veneur en matière d'âmes féminines, Karadhaoui
a appelé à la révolte. L'islam de France doit être
aux couleurs de l'UOIF et porter hidjab. Karadhaoui revendique pour
l'islam en Occident des privilèges que les pays musulmans n'accordent
pas aux autres religions révélées. L'Egyptien Mohamed
Selim El Aoua, qui a longtemps semé la mauvaise graine dans nos
séminaires sur la pensée islamique, lui emboîte
le pas. Feignant d'ignorer que la France est la fille aînée
de l'Eglise, il dénonce l'interdiction faite aux filles musulmanes
d'afficher leur soumission et leur statut d'inférieur. Dans un
pamphlet publié par le quotidien qatari Al Raya, le prédicateur
égyptien rappelle à Sarkozy et aux siens que le voile
est une prescription divine. Il fait à peine mieux que Djamel
Zitouni sommant Jacques Chirac de se convertir à l'islam. Selon
lui, la question du voile islamique ne relève pas des affaires
intérieures de la France mais de l'obéissance à
Dieu.
C'est aussi le signal de la révolte
à Beyrouth. Al Hayat, quotidien de Londres, a publié dimanche
dernier à la une la photo d'une manifestation de protestation
d'étudiantes libanaises. Elles sont toutes « hidjabisées
», bien entendu, et ont l'air de ce qu'elles ne sont pas, des
femmes libres. Quant aux étudiantes maronites, on ne leur a pas
demandé leur avis et ça ne se fait pas en pays d'Islam.
Al Hayat fait état de la lettre ouverte envoyée à
Jacques Chirac par le chef religieux shiite Hussein Fadlallah. Ce dernier,
qui n'a pas de penchants excessifs pour la tolérance et la liberté,
estime que l'interdiction du port du voile est une atteinte à
la liberté des musulmans de France. Fadhlallah ne voit pas comment
un morceau de tissu peut menacer la laïcité en France. On
voit très bien, par contre, ce que serait le sort d'un homme
portant la kippa dans le quartier shiite de Beyrouth.
De Beyrouth à Damas, il n'y a que le pas d'un fantassin syrien
occupant le Liban. De son côté, le mufti de la monarchie
syrienne enjoint à Chirac de revenir sur l'interdiction du hidjab
sous peine de perdre l'amitié des Arabes. Lui aussi proclame
que le voile de la femme est un des fondements de l'islam. Il ne faut
plus s'étonner alors d'entendre de jeunes Français musulmans
proclamer que le voile « est un des cinq piliers de l'islam ».
C'est dans ce contexte que le correspondant à Beyrouth du journal
en ligne Elaph est revenu sur l'affaire du hidjab de Khedidja Benguenna,
speakerine à Al Jazira. Reprenant la formule rituelle utilisée
par les starlettes égyptiennes « repenties », la
speakerine a affirmé qu'elle avait « vaincu le diable ».
En fait, l'article, non signé, attribue plutôt la reconversion
de Khedidja à l'influence des Frères musulmans très
présents au sein de la chaîne. A chacun son gourou. Khedidja,
ex-speakerine de l'ENTV, a adopté le hidjab sur les conseils
d'un prédicateur égyptien qui se produit également
sur Al Jazira.
Comme toutes les nouvelles converties,
Mme Benguenna a attaqué les femmes qui ne portent pas le voile
parce que « soumises au diable », selon Elaph. Ces attaques,
note notre confrère, montrent bien le véritable objectif
de cette opération même si Khedidja claironne que sa décision
était une question personnelle. Un spécialiste des médias
estime, en effet, qu'il s'agit d'une opération médiatique
destinée à faire la promotion du voile. Il ajoute, cependant,
qu'il serait erroné de penser qu'il s'agit seulement d'une décision
à caractère politique et religieux. Khedidja n'a pas renoncé
à l'exhibitionnisme (tabarroudj) puisqu'elle met des hidjab de
couleurs vives comme le font les Malaisiennes et les Indonésiennes.
Sa décision, ajoute-t-il, peut donc être motivée
par l'âge.
Dans tous les cas, Khedidja a ajouté un boulet de plus au pied
de la femme arabe.
Début
de la page
Numéro
114 • vendredi le 16 janvier 2004
Un
plan de paix irremediablement voue à l’echec
Shlomo Avineri
Los Angeles Times, le 4 janvier 2004
Maintenant que l’agitation
qui a accompagné les soi-disant Accords de Genève s’est
quelque peu calmée, il est peut-être temps de chercher
à comprendre pourquoi la plupart des Israéliens n’a
pas réussi à se rallier aux grandes lignes non officielles
de ce plan visant à obtenir la paix avec les Palestiniens. Le
problème le plus important auquel les Israéliens sont
confrontés est qu’il existe une grande différence
entre ce que les auteurs du texte prétendent qu’il dit
et ce qu’il dit réellement. Par ailleurs, la façon
dont cette initiative a été présentée pose
problème en termes de crédibilité.
Intéressons nous à l’identité des auteurs
de la proposition. Ils se sont présentés comme étant
des personnages publics israéliens et palestiniens indépendants,
tels que des intellectuels et des écrivains. Ce n’est pas
tout à fait exact. Du côté israélien, cette
affirmation est vraie: le groupe était composé de politiciens
de l’opposition, d’intellectuels et d’écrivains.
En revanche, du côté palestinien, le groupe était
complètement différent : le principal initiateur palestinien,
M. Yasser Abed-Rabbo, est un ancien ministre de l’Information
et de la Culture de l’Autorité palestinienne. De plus,
lorsque la proposition a été dévoilée le
mois dernier à Genève, une lettre de M. Yasser Arafat,
président de l’Autorité palestinienne, qui dans
l’ensemble soutenait l’initiative, a été lue,
tandis qu’un certain nombre de ministres palestiniens assistaient
à la cérémonie. En réalité, les Accords
de Genève sont un document approuvé par une partie de
l’opposition israélienne et par la plus grande partie du
corps gouvernemental palestinien. Il ne s’agit pas d’un
document émanant de deux « sociétés civiles
».
Les concepteurs présentent le document comme une acceptation
explicite par les Palestiniens de l’existence d’Israël
en tant qu’Etat juif. Or il n’en est rien. Dans son préambule,
le texte fait vaguement référence au droit des Juifs à
disposer d’un Etat, mais il n’est nullepart mentionné
que cet Etat sera en Israël ; il pourrait aussi bien se situer
en Ouganda. Dans la mesure où la cause profonde du conflit réside
dans le refus des Arabes d’accepter Israël en tant qu’Etat
juif, de nombreux Israéliens ont l’impression que les initiateurs
du texte étaient loin d’être sincères.
Cette impression concerne également le problème du droit
au retour des réfugiés palestiniens de 1948 et de leurs
descendants, qui constitue la pierre angulaire du dogme nationaliste
palestinien. Les concepteurs du plan affirment que, dans leur document,
les Palestiniens renoncent explicitement au droit au retour en Israël
dans les propriétés d’où ils avaient fui
ou desquelles ils avaient été expulsés durant la
guerre de 1948. Mais ce n’est pas le cas. Il est vrai que le droit
au retour n’apparaît pas explicitement dans le document,
mais celui-ci établit que le problème des réfugiés
sera traité dans le respect de la résolution 194 des Nations
Unies. Cette résolution datant de 1948 ne mentionne pas spécifiquement
un droit au retour ; elle dit de façon simple et explicite que
les réfugiés « feront leur retour ». On apprend
à chaque enfant palestinien que la résolution 194 constitue
la légitimation internationale du droit au retour des Palestiniens.
Dans ce cas encore, de nombreux Israéliens ont eu l’impression
que les concepteurs de la proposition n’avaient pas été
honnêtes.
En ce qui concerne la question des implantations juives dans les territoires
occupés, les concepteurs ont présenté leur plan
en « assurant » que la plupart de ses habitants resteraient
là où ils étaient installés. Une nouvelle
fois, ceci n’est pas exact. La lecture des cartes ajoutées
aux documents démontre que 140 000 de ces 220 000 habitants des
implantations de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza devraient être
installés ailleurs. Cela représente un grand nombre de
personnes et implique des décisions humaines, économiques
et politiques difficiles. Même ceux qui soutiennent l’idée
de faire déménager nombre de ses habitants sentent que
les auteurs du projet n’ont pas été honnêtes
avec eux.
D’autres problèmes émergent à la lecture
du document : l’accord envisage de mettre en place un Groupe International
de Vérification et de Mise en application qui serait responsable
de la réinstallation des réfugiés, des questions
concernant les frontières et de la structure complexe amenée
à superviser une Jérusalem à nouveau divisée.
Les Nations Unies, les Etats-Unis et l’Union européenne
ne seraient pas les seuls membres de ce groupe, mais également
la Ligue arabe. Etant donnée la grande autorité qui est
reconnue à cette structure internationale, de nombreux Israéliens
craignent que la souveraineté et l’indépendance
de leur pays ne soient sérieusement mises en péril, sinon
perdues, et que le pays ne soit transformé en quasi protectorat.
A ce malaise s’ajoute le fait que les Accords de Genève
stipulent non seulement que les réfugiés palestiniens
de 1948 pourraient prétendre à des compensations, ce qui
semble raisonnable à la plupart des Israéliens, mais que
les pays arabes de la région bénéficieraient également
de compensations versées par Israël pour les années
durant lesquelles ils ont « hébergé » les
réfugiés. Si l’on considère l’utilisation
cynique que plusieurs pays arabes ont fait des réfugiés
palestiniens pendant les décennies qu’a duré le
conflit, cette clause semble être la goutte d’eau qui fait
déborder le vase, d’autant qu’elle n’a jamais
été mentionnée dans la campagne qui a précédé
la publication finale du plan.
On peut comprendre pourquoi le pouvoir palestinien, dans lequel M. Abed-Rabbo
a joué un rôle prépondérant, sent qu’il
lui faut lui-même se sortir du précipice dans lequel il
s’est précipité après des années de
participation à des actes terroristes et à des attaques-suicides.
Mais on ne doit pas alors s’étonner que de nombreux Israéliens,
y compris ceux qui sont prêts à faire des concessions considérables,
considèrent qu’avec le plan des Accords de Genève,
ils ont été menés en bateau par la machine de propagande
palestinienne et par quelques complices israéliens conscients
ou naïfs.
(Shlomo Avineri est professeur
de sciences politiques à l’Université
hébraïque de Jérusalem.)
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Assad altère son interview
au New York Times: un message aux Américains,
un autre aux Syriens
Middle East Media Research Institute
(MEMRI), Dépêche Spéciale n° 638
Dans un article affiché
le 5 décembre 2003 sur Al-Rai, site du parti communiste syrien,
le journaliste syrien Subhi Hadidi (1) critique l’omission de
longs passages dans la version syrienne de l’interview accordée
par le président Bashar Assad au New York Times le 30 novembre
2003. L’interview a été menée en arabe, puis
traduite en anglais par le bureau des publications d’Assad pour
le New York Times, tandis qu’une version arabe a été
publiée par l’Agence de presse Sana, affiliée au
gouvernement syrien, ainsi que par le quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité
en arabe à Londres. Voici quelques extraits de l’article
de Hadidi affiché sur Al-Rai : (2)
Deux langues, deux versions
« Le président syrien a accordé une longue interview
au journal américain New York Times, révélant la
mentalité de Bashar Assad quant à ses paroles, ses actions
et sa façon de faire. Il s’agit de l’interview la
plus importante d’Al-Assad accordée à la presse
américaine, interview qui fournit un bon exemple de la philosophie
qui domine au palais présidentiel (…)
Peut-on concevoir que le président fasse des déclarations
destinées à la presse américaine (et donc internationale,
vu que l’interview a été menée en anglais),
et que ces déclarations diffèrent de celles publiées
par les médias syriens ? Si tel est bien le cas (…) comment
ce président peut-il être considéré comme
jeune, moderne et partisan de la réforme (même au sens
le plus large du terme), et comment peut-il être considéré
comme responsable ?
Commençons par mentionner les chiffres : la version anglaise,
publiée sur le site du New York Times, contenait 11.280 termes
(…) L’agence de presse syrienne Sana et la presse syrienne
officielle ont publié une prétendue ‘version complète’,
qui ne contenait que 5.500 termes. Le journal londonien Al-Sharq Al-Awsat
publie la ‘version arabe complète de l’interview’,
qui comprend quant à elle 7.667 mots.
Où ont disparu les 2.200 termes si, comme l’affirme la
presse américaine, c’est bien le bureau présidentiel
qui s’est chargé de la traduction en anglais ? Qu’a
dit Al-Assad à l’Amérique et au monde entier qu’il
n’a pas cru bon de révéler aux Syriens ?
La partie omise comportait des questions et des réponses portant
sur la situation intérieure [en Syrie], l’Irak, le Hezbollah,
la normalisation avec l’Etat hébreu et la coopération
sécuritaire entre les Etats-Unis et la Syrie. Ce sont là
des domaines qui nécessitent des progrès particuliers,
mais je me contenterai de mentionner brièvement une étonnante
déclaration du président Al-Assad, présente aussi
bien dans la presse occidentale qu’arabe :
‘A cette époque [en référence aux années
80], Saddam Hussein envoyait de gros wagons chargés d’explosifs
dans le but de tuer des milliers de Syriens. Il a abattu plus de 15.000
personnes en quatre ans.
Est-ce bien vrai ? Saddam Hussein a-t-il tué 15.000 Syriens en
seulement quatre ans ? Quand donc Saddam a-t-il perpétré
ces massacres terrifiants, et où ? Pourquoi n’en entend-on
parler que maintenant ? Comment le gouvernement a-t-il pu si longtemps
garder le silence sur un nombre aussi impressionnant de victimes parmi
ses citoyens ?
Ne s’agit-il pas là d’une déclaration surprenante,
si elle est vraie, et plus surprenante encore si elle est fausse ? Et
si c’est un simple lapsus, n’est-il pas plus gênant
encore qu’un mauvais pas dû au manque d’expérience
ou qu’une bévue due à un manque de savoir-faire
? »
Assad : L’opposition en Syrie est loyale à la Syrie
face aux Etats-Unis
« Le contenu omis par les médias syriens avait trait à
la situation intérieure et peut être divisé en deux
[parties] : des questions gênantes posées par l’interviewer,
contenant, il faut bien l’admettre, une pression menaçante,
et les réponses à ces questions (…)
L’une des réponses du président fut : ‘(…)
L’opposition syrienne dans et en dehors de Syrie n’est pas
favorable au régime syrien, à la constitution ou au gouvernement
syrien. Toutefois, elle est contre les déclarations américaines
concernant l’apport de la démocratie en Irak. Je veux dire
qu’elle s’oppose à l’importation de la démocratie
par la force ou par d’autres moyens. Telle est clairement son
opinion, comme on peut le constater à la télévision
ou dans les journaux (…)
Si Al-Assad est conscient d’une telle conformité d’opinion
de la part de l’opposition syrienne et la mentionne aux Américains
presque avec fierté, pourquoi la cache-t-il au peuple syrien
? Ce malheureux peuple est-il arriéré au point que même
cela lui soit caché – bien qu’il finisse tout de
même par être mis au courant par la télévision
et les journaux, comme le fait remarquer le président lui-même
? Et si le peuple syrien est aussi arriéré, comment Al-Assad
peut-il en faire si généreusement l’éloge
quand il évoque l’ ‘amour’ du peuple pour le
président ? (…) »
Assad : Les exigences des minorités concernant leurs
droits n’ont rien à voir avec l’opposition au régime
syrien
« En est-il de même des autres parties omises, qui consistent
en ce que l’on pourrait appeler ‘un dialogue de sourds’
? (…) Prenons par exemple cet échange entre le journaliste
américain et le président syrien :
‘[Question] : Il fut une époque où
le dialogue était ouvert, où les gens allaient à
des forums et où il y avait des débats. Tout cela a pris
fin. Pourquoi donc ?
Al-Assad : Rien n’a pris fin. Vous pouvez vous
rendre à l’Institut Al-Atassi, et nous en avons beaucoup
d’autres.
Question : Il y a tout juste deux mois, ils ont essayé
d’en organiser un [forum] à Alep, et les hommes ont été
arrêtés à leur arrivée.
Al-Assad : Il s’agissait d’un débat
sur une certaine ethnie. Ils ne critiquaient pas le gouvernement ; ils
évoquaient les droits des Kurdes (…) C’est l’unité
nationale qui est en jeu quand on parle d’ethnies. Nous avons
des Tchétchènes, des Arméniens, et la loi en Syrie
ne permet pas d’en parler. C’est notre loi. Je ne connais
pas ces gens, mais ils font des manifestations que notre loi interdit.
Cela n’a rien à voir avec le régime.’
La vérité est que les gens comprennent pourquoi les médias
syriens évitent de publier ce passage. Il n’existe pas
d’institut Al-Atassi ; il y a seulement un club de ce nom. Les
résidents d’Alep n’étaient pas en train de
manifester, mais de participer à un symposium politique portant
sur les droits des Kurdes ; mais même s’ils avaient manifesté,
quel crime auraient-ils commis ?
Le président sait-il que des centaines de milliers de Kurdes
syriens n’ont toujours pas la citoyenneté ? Sait-il que
leur situation est pire que celle des Bédouins du Koweït
? (…)
Un autre exemple d’omission révèle l’un des
aspects de la philosophie du président Assad : (…) [Assad]
imagine que l’Etat et les citoyens vivent dans une saine [réalité]
démocratique, et fait l’éloge excessif des réformes
qui se mettent doucement en place.
Devant rendre compte de la lenteur des réformes, il ne met toutefois
pas en cause l’opposition de la ‘vieille garde’, du
parti Baath ou des personnes corrompues au plus haut niveau du régime,
mais l’attribue à pratiquement une seule cause : le manque
de personnel qualifié à même de [gérer] la
réforme.
Voyons le dialogue qui suit :
‘Question : Il y a deux ans, à Damas,
on pouvait assister à toutes sortes de débats sur la démocratie,
la loi et la réforme économique, mais tout cela a disparu.
Al-Assad : C’est faux. Je vais vous donner l’adresse
d’Atassi, qui représente l’opposition.
Question : Mais cela ne fait qu’une personne.
Autrefois, il y en avait des dizaines.
Al-Assad : Permettez que je vous pose une question
: quel est le chiffre idéal ?
Question : Ce n’est une question de chiffre :
les gens ne se sentent plus libres d’avoir un débat public.
Al-Assad : Pourquoi n’allez-vous pas pour vous
faire une idée par vous-même ?
Question : J’ai cherché des débats.
Il est très difficile d’en trouver.
Al-Assad : Vous voulez qu’on vous donne des noms
?’
Assad veut-il dire que les clubs existent encore, comme autrefois ?
Suffit-il de communiquer l’adresse de l’Institut Al-Atassi
pour prouver l’existence de la liberté d’expression,
sans même parler de la mise en place de la démocratie ?
»
Assad cherchant à couvrir la corruption
« L’autre partie est encore plus surprenante, vu qu’elle
repose sur l’exemple classique de la dérobade, au moyen
de la langue politique moderne, de raffinement artistique, de tromperie
et de l’art de s’esquiver.
L’[interviewer] interroge Al-Assad sur la corruption de l’entourage
du président ; Al-Assad demande : ‘Pourquoi de mon entourage
? Que voulez-vous dire par là ?’ Sans hésiter, l’[interviewer]
mentionne le cousin du président, qui fut pris dans une affaire
de téléphones portables, et précise : ‘La
liste est longue’. Le président répond : ‘Il
est syrien comme tous les Syriens, et peu importe qu’il s’agisse
de mon cousin, de mon frère ou de qui que ce soit d’autre.
Il existe une loi en Syrie.’
Est-ce [la même] loi qui a puni Riyad Seif (3) d’avoir révélé
les merveilles de l’affaire du téléphone portable
? Est-ce en vertu de l’esprit de cette loi que le président
laisse entendre que Seif est en prison pour impôts non payés,
tandis que d’autres ont essayé de menacer l’unité
de l’Etat en ‘portant atteinte au régime syrien pluraliste
? (…)’
L’art de la dérobade devient silence dès qu’il
s’agit du cousin, vu qu’il est syrien comme tous les Syriens,
mais se transforme en accusation contre Riyad Seif, qui peut-être
n’est pas syrien, et qui met en danger l’unité de
l’Etat en s’occupant de problèmes ethniques (…)
Qui donc a édité, amendé et censuré l’interview
du président ? Est-ce le protagoniste de l’entretien lui-même
? Est-ce un autre organisme, mieux versé dans la doctrine de
la magie et du secret ? Pourquoi la traduction fournie au New York Times
n’a-t-elle pas aussi été censurée ? Le palais
[présidentiel] souhaite-t-il, en fournissant une traduction complète,
persuader la presse américaine que le régime est géré
avec intégrité et transparence, méprisant ce faisant
l’intelligence des Syriens qui n’ont eu droit qu’à
des passages sélectionnés ? »
(1) Hadidi réside actuellement à Paris et écrit,
entre autres, pour le quotidien londonien Al-Qods Al-Arabi.
(2) Al-Rai (Syrie), le 5 décembre 2003
http://www.arraee.com/artical/nov/artical_05-01.htm
(3) Ancien membre du Parlement syrien condamné en juillet 2002
à cinq ans de prison pour avoir «illégalement tenté
de changer la constitution.»
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Numéro
113 • vendredi le 9 janvier 2004
La
duplicité morale de l’Europe
face à l’antisémitisme
Cobi Benatoff et Edgar Bronfman
Financial Times, 5 janvier 2004
[Traduction française exclusive
de Prof. Annette Paquot et David Ouellette pour ICJR]
L’antisémitisme
peut s’exprimer de deux manières: par l’action et
par l’inaction. Remarquablement, la Commission européenne
est coupable des deux. D’abord, la Commission a publié
un sondage d’opinion déficient et redoutablement incendiaire
qui prétendait identifier Israël comme la plus grande menace
à la paix mondiale. Puis, elle a censuré une étude
commandée par son propre Monitoring Centre [Note du traducteur
: Observatoire européen du racisme et de la xénophobie]
faisant état de l’implication de minorités islamiques
dans la progression de l’antisémitisme européen.
Ne mâchons pas nos mots : ces deux actions étaient motivées
politiquement et manifestaient un manque de volonté et de décence.
Les faits sont en effet incontournables et il y a grand péril
à les ignorer. Dans ce cas-ci, les personnes exposées
au plus grave danger ne sont pas les obstructionnistes qui ont caché
cette étude depuis près d’un an, mais les Juifs
d’Europe : témoins et victimes du plus barbare acte de
massacre et de cruauté perpétré de mémoire
de ceux qui y vivent. À l’inaction, il faut opposer l’action
et la transparence doit être la marque des institutions démocratiques;
c’est pourquoi nous avons rendu public le rapport de l’Observatoire.
Selon l’enseignement du Talmud, qui se tait consent et c’est
pourquoi nous ne nous reposerons pas tant que chaque parlementaire européen,
État membre et institution intergouvernementale n’aura
pas en main un exemplaire de ce rapport.
L’importance de cette étude est claire pour quiconque la
lit. Considérez seulement sa révélation la plus
fondamentale voulant «que l’on ne peut nier l’existence
d’un lien étroit entre la montée de l’antisémitisme
et l’escalade du conflit au Moyen-Orient». Le rapport explique
que la politique d’Israël envers les Palestiniens fournit
un alibi pour «dénoncer les Juifs en général»
à travers l’Europe.
Le rapport établit correctement que « des facteurs qui
ordinairement déterminent la fréquence d’incidents
antisémites… tels que la force et le degré de mobilisation
que peuvent générer les partis et groupes d’extrême-droite
… n’ont pas joué de rôle décisif»
dans la propagation d’incidents antisémites depuis le début
de la seconde intifada. L’étude conclut que les incidents
antisémites commis pendant la période observée
ont été commis avant tout par des extrémistes de
droite, des islamistes radicaux, des jeunes musulmans et la gauche pro-palestinienne.
Elle signale « que le postulat dominant de l’antisémitisme
contemporain est toujours celui de la conspiration juive mondiale ».
Ces conclusions ne sont pas théoriques. En 2002, l’étude
annuelle sur l’antisémitisme dans le monde du Congrès
juif mondial conclut qu’avant le déclenchement de la seconde
Intifada en septembre 2000, la violence physique était surtout
dirigée contre des institutions, principalement les cimetières
et les synagogues.
Au cours de 2002, toutefois, ce modèle a changé de manière
spectaculaire et le nombre d’agressions physiques contre des individus
juifs ou des personnes ressemblant à des Juifs, a presque doublé.
En France, alors que le débat sur le port de vêtements
et d’accessoires religieux à l’école se poursuit,
le Grand Rabbin de France a dû suggérer aux hommes juifs
de porter des casquettes de base-ball au lieu de la kippa traditionnelle
pour des raisons de sécurité personnelle.
À l’extérieur d’Israël, la majorité
des agressions antisémites violentes ont eu lieu en Europe occidentale.
Que l’Union européenne dissimule ces faits empeste la malhonnêteté
intellectuelle et la duplicité morale.
La lutte contre l’antisémitisme, la forme de racisme la
plus ancienne du monde, a subi une immense défaite aux mains
des censeurs européens. L’Europe a parachevé l’antisémitisme
au siècle dernier et ceux qui désirent voir le continent
libéré de ce mal ne peuvent permettre à une poignée
de brutes, qu’ils soient dans la rue ou au parlement, de salir
un peuple qui n’a de leçons à recevoir de personne
dans l’histoire de l’apaisement et de l’inaction.
Les démocraties ne sont pas jugées en vertu du traitement
qu’elles réservent aux majorités actuelles ou futures,
mais en vertu du traitement de leurs minorités. Une épreuve
majeure aura lieu le mois prochain à un séminaire convoqué
conjointement par Romano Prodi, président de la Commission et
le Congrès juif européen, qui confrontera le défi
de l’antisémitisme sur le continent. Nous attendons ses
résultats.
Les nations européennes ont déjà été
les exportatrices des valeurs démocratiques dans le monde, les
protectrices des droits humains et les fondatrices de la liberté
des hommes. De notre vivant, l’Europe a aussi engendré
et exporté le plus grand mal de l’humanité. Ce sont
là des vérités indéniables. Au moment où
l’Europe débat sur la question de savoir si sa constitution
devrait faire référence à son histoire chrétienne,
il n’est peut-être pas déplacé de citer le
Nouveau Testament : « vous connaîtrez la vérité
et la vérité fera de vous des hommes libres». L’Europe
devrait tenir compte de ces mots.
(Edgar
M. Bronfman et Cobi Benatoff sont respectivement présidents
du Congrès juif mondial et du Congrès juif européen.)
Merci
à Prof. Annette Paquot, Université de Laval, et David
Ouellette, chercheur associé de l'ICRJ et membre du groupe de
recherche «Islam et identités nationales européennes»
[Université de Montréal] pour cette traduction française.
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Le déshonneur du Président
de la CE
Raphael Grynpas
Primo-Europe, 7 janvier 2004
Le quotidien londonien The Financial
Times a publié, le 5 janvier 2004, un court article où
d’éminents représentants des communautés
juives Messieurs E.M. Bronfman, pour le Congrès juif mondial,
et C. Benatoff, pour le Congrès juif européen exprimaient
leurs griefs vis-à-vis de la CE pour sa « malhonnêteté
intellectuelle (intellectual dishonesty) » et son « imposture
morale (moral treachery) ».
En vrai démocrate et premier responsable politique de l’Union
Européenne (UE), qui se veut un modèle d’ouverture,
d’équité et de liberté d’expression,
M. R. Prodi a décidé de punir ces gens, qui osent découvrir
la laideur du politiquement correct européen, en supprimant le
séminaire sur l’antisémitisme en Europe prévu
le mois prochain à Vienne. Rappelons que c’est Monsieur
Prodi lui-même qui avait proposé la tenue de ce séminaire
lors de son dernier passage à New York, en réponse aux
inquiétudes exprimées par les représentants de
la communauté juive des Etats-Unis.
Monsieur le Président de la Commission Européenne (CE),
dont le déficit démocratique constitue la réserve
des honnêtes gens depuis près de 50 ans, a supprimé
ce [séminaire] , parce que ce qui n’est pas dans l’ordre
de ce déficit démocratique est tout simplement interdit.
En effet, ce qu’exprime la misérable missive du petit Prodi
et de ses petits camarades revient à dire à d’authentiques
représentants des communautés juives qu’ils n’ont
pas droit à la parole, parce qu’ils ne plaisent pas au
Prince. Cette censure est tragique parce qu’elle empêche
un débat public entre les parties concernées visant à
freiner la remontée de l’antisémitisme, lequel est
enraciné dans la psychée de trop nombreux européens.
Cette annulation ressemble fort à une ignominie, mais ce n’en
est sans doute pas une aux yeux du Président d’une institution
qui rationalise la plupart de ses initiatives en invoquant les principes
de la démocratie. Cela fait penser à la charité
chrétienne des inquisiteurs ou, plus récemment, à
la liberté offerte par la dictature du prolétariat. L’initiative
du Président de la CE semblerait indiquer que la liberté
européenne ne tolère pas la contradiction et encore moins
l’accusation de comportements malfaisants.
Alors, pour continuer à justifier un discours lénifiant
et plein de bons principes, la CE a choisi de se déshonorer en
interdisant l’analyse publique (le séminaire annulé)
de sa responsabilité dans la résurgence de l’antisémitisme.
A moins que ce ne soit de la lâcheté. Monsieur Prodi et
ses portes coton ont choisi le déshonneur au détriment
de la recherche de la vérité.
Remarquons que cette manière de procéder est absolument
identique à cette vielle coutume des antisémites, qui
consiste à accuser les Juifs d’être la cause de l’antisémitisme.
Il faut à la vérité dire que si les Juifs n’existaient
pas, il n’y aurait pas d’antisémitisme, mais que
Monsieur Romano Prodi ne serait pas un démocrate chrétien,
mais un démocrate tout court… En effet, nous avons appris
récemment que Jésus, Marie et Joseph étaient des
Palestiniens. Certes, la CE n’est pour rien dans cette découverte,
mais c’est la politique qu’elle mène systématiquement
contre la légitimité d’Israël, comme le financement
du terrorisme palestinien ou du moins le refus de l’UE de contrôler
ce que l’Autorité palestinienne fait avec l’argent
des contribuables européens, qui a permis à cette contre-vérité
d’occuper les commentaires des amis de Monsieur Prodi et des encenseurs
des Institutions européennes.
Pour illustrer les faits reprochés à la politique de l’UE,
Messieurs Bronfman et Benatoff rappellent deux initiatives récentes
d’organismes prétendument indépendants de la CE,
qui les financent… La première est le rapport issu de Vienne
qui dénonçait l’immigration musulmane et la gauche
pro-palestinienne pour son activisme antisémite violent ; rapport
que la Commission a tenté de dissimuler. La deuxième initiative
est le sondage qui prétendait que près de 60% des citoyens
européens voyaient en Israël, le pays qui menaçait
le plus la paix mondiale. Or, comme nous l’avons montré
sur ce site, ce sondage était intentionnellement biaisé
et donc, ses résultats étaient totalement faisandés.
Dans ce dernier cas, la mauvaise foi de la Commission s’est étalée
dans les déclarations de son porte-parole, qui n’a pas
hésité à montrer dans quel mépris il tenait
le public européen, mais semble-t-il, cela a échappé
à la plupart des journalistes francophones, qui ne sont pas là
pour investiguer mais pour sagement répercuter les positions
officielles, les commenter et les défendre ; tout ça en
toute indépendance, bien sûr.
Le minable prétexte invoqué par son Excellence Monsieur
R. Prodi a une seule signification : la volonté de poursuivre
la politique pro-Arafat de la Commission, c’est-à-dire
de soutenir résolument l’irrédentisme palestinien
au détriment des Palestiniens eux-mêmes et des Israéliens
et, partant, de la paix entre un pays reconnu par 161 états et
un état dont l’avenir dépend de la paix. En annulant
le séminaire de Vienne, Monsieur Prodi et sa Commission ont choisi
de continuer à entretenir cette maladie de l’âme
qu’est l’antisémitisme, parce qu’ils se sont
ainsi interdits de dégager les causes du mal.
Ne doutant pas que c’est un homme intelligent, il ne s’étonnera
pas que la CE, c’est-à-dire l’UE soit exclue des
décisions futures au Proche-Orient. En effet, quelle crédibilité
les parties concernées par le conflit peuvent-[elles attribuer]
à une Excellence qui se comporte comme un sale gosse : tu m’as
critiqué, je vais te punir. Autant pour le niveau et la qualité
de la diplomatie européenne. Or, les critiques de Messieurs Bronfman
et Benatoff n’étaient tout au plus qu’une qualification
de la manière dont la politique européenne au Proche-Orient
est justifiée et défendue par la Commission, manière
qui entretient et renforce l’antisémitisme.
Il reste à savoir si son Excellence Monsieur le Président
Prodi et sa Commission sont prêts à assumer les conséquences
de leurs choix, ou s’ils vont s’engager plus avant dans
la malhonnêteté intellectuelle et l’imposture morale.
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N.B. Le président du CRIF, Roger Cukierman s'est déclaré
d'accord avec les présidents du Congrès juif mondial et
du Congrès juif européen qui avaient accusé hier
la Communauté européenne d'antisémitisme, dans
un article publié par le 'Financial Times'. (Guysen.Israël.News)
Le président de la Commission
européenne, Romano Prodi, est revenu sur sa décision d'hier
: le séminaire européen sur l'antisémitisme aura
bien lieu comme prévu, en février 2004. (Guysen. Israël.
News)
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Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
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Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
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Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ) |
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