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Communiqué Isranet
Numéro 138 • vendredi, le 25 juin 2004 Enseignants et parents protestent
contre une ‘culture de la mort’ enseignée En Arabie Saoudite, une voix critique se fait entendre contre la place prépondérante que prend la mort dans les écoles saoudiennes. Editorialistes, professeurs universitaires et parents évoquent les dommages émotionnels dont souffrent les enfants à cause de cette polarisation [sur la mort] et font appel au Ministère de l'éducation saoudien pour la faire cesser. Deux articles de Hamza Qablan Al-Mozainy, professeur en langue et littérature arabe de l'Université du Roi Saoud en Arabie Saoudite, sont apparus à un an d'intervalle dans le quotidien saoudien Al-Watan et analysent «la culture de la mort» dans les écoles saoudiennes et le rôle des professeurs dans sa dissémination. [1] Voici quelques extraits des deux articles d'Al-Mozainy et de deux autres articles qui traitent de ce sujet: 'La culture de la mort au sein de nos écoles' Le 27 mars 2003, le quotidien saoudien Al-Watan publie le premier article d'Al-Mozainy à ce sujet, intitulé «la culture de la mort au sein de nos écoles»: «La semaine dernière, le Lycée Roi Saud de Riyad a tenu une journée éducationnelle appelée 'Le début et la fin' […] L'un des événements contenait une tente divisée en deux: une [partie] présentait le chemin de la vertu, l'adhésion aux commandements de la religion, comment maintenir de bonnes fréquentations, et tout ce qui s'en suit; l'autre [partie] présentait le chemin du mal, celui du détournement de la religion, la drogue, et les mauvaises fréquentations. Jusque là, tout paraissait assez normal, peut-être dans le but de motiver les élèves à choisir le chemin de la vertu et renoncer au chemin du mal. Mais étrangement, les deux chemins ne s'arrêtaient pas là. Au contraire, il semblerait qu'ils ne formaient pas le véritable but [de l'exposition]. Les deux [chemins] menaient à une autre tente, dans laquelle se trouvait le mannequin d'un homme mort enveloppé dans un linceul prés d'une fosse qui ressemblait à une tombe. Un film y était projeté en guise d'accompagnement sur la façon de laver les morts en plus d'un sermon de lamentations déplorant l'état [physique] du mort et les horreurs de la tombe. (…) Certaines [des filles]m'ont avoué qu'elles étaient terrifiées et prises de panique, et qu'elles avaient évité de regarder ces présentations, [ajoutant] que certains des éducateurs en chargeont exigé qu'elles ne détournent pas leurs regards. Les mêmes élèves ont dit que cette nuit là, elles étaient prises d'horreur et n'osaient pas s'endormir par peur d'avoir des cauchemars. Nous ne devons pas oublier que cette activité fut organisée dans un collège, et que des enfants de moins de quinze furent amenés à cette exposition. A cet âge, [les enfants] ont une grande capacité à se laisser gagner par la peur et l'effroi nourris par l'imagination. Il ne fait aucun doute que ce genre de sermon expose les jeunes élèves à des sujets effrayants face auxquels ils sont désarmés, [et que ces sujets] inspirent [déjà] l'horreur chez les adultes – sans parler des enfants. Il y a eu plusieurs exposés au cours de l'événement, dont le contenu frôlait un appel ouvert à ces écoliers de rejoindre le courant appelé 'Le [mouvement du] réveil islamique' ou 'Le Da'wa', ce qui se transforme souvent en 'Djihad'. Ce n'est pas la première foi qu'une telle exposition a lieu. Plusieurs événements dumême style se répandent dans beaucoup d'écoles (…) Les enseignants prêchent souvent sur le même sujet pendant les cours. Une enseignante a apporté [en classe] un mannequin [d'un corps mort] et l'a lavé devant les filles. Elle les a fait participer à la préparation du corps et à son enveloppement dans un linceul. Certaines des filles déclarent qu'elles ont ressenti une grande anxiété [suite à cette manœuvre] (…) Il me semble que les exhibitions de ce genre ne sont qu'un exemple de la culture de la mort qui sévit dans notre société récemment. Les prêcheurs semblent adopter une insistance bizarre et excessive dans leurs sermons sur des explications terrifiantes à propos des tourments et des horreurs de la mort. Et cela se développe jusqu'au point où les sermons sont maintenant truffés de descriptions de l'état corporel du mort, basés sur les histoires fantaisistes des croque-morts, qui habituellement racontent des histoires sur les signes du bien ou du mal qui apparaissent sur les corps des morts qu'ils préparent à l'enterrement, et ainsi de suite. Cette tendance s'immisce aussi dans l'enseignement à l'école (…)» 'Un grand nombre de jeunes sont victimes de quelques extrémistes' «Une des motivations possibles derrière cette méthode d'exhortation serait de commencer à recruter de potentiels partisans. Si un jeune absorbe bien l'idée de la mort, il s'abstiendra de [goûter aux plaisirs] de ce monde et s'appliquera plus aux activités religieuses – fait qui peut très bien être mis en œuvre par des personnes ayant des motifs cachés. Il n'y a qu'un pas entre l'acte d'abstenir de la vie [de ce monde] et de s'adapter à l'idée de la mort, pour le jeune qui devenu convaincu que, puisqu'il doitmourir, autant qu'il le fasse 'pour Allah'. Ainsi,beaucoup de jeunes sont victimes de quelques extrémistes qui les exploitent en les entraînant à conduire des opérations qu'ils font croire [des opérations] de Djihad.» 'Le Ministère de l'éducation [saoudien] est directement responsable de la poursuite de ces activités' «Les questions à poser maintenant sont: Est-ce que le Ministère de l'éducation est vraiment au courant de ces activités dans les écoles? Si oui, a-t-il donné son consentement? L'a-t-il accordé après avoir consulté des psychologues et des sociologues pour connaître les effets et les bénéfices de telles activités? Le Ministère de l'éducation [saoudien] est directement responsable de la poursuite de ces activités. S'il les ignore, il doit agir immédiatement pour les faire cesser, car elles produiront sûrement des résultats non loin de ceux qui nous ont rendu suspect - l'Islam et les Musulmans - aux yeux du monde entier.» [2] 'La culture de la mort vie toujours' Un an plus tard, le 6 mai 2004, Al-Mozainy publie un autre article à propos du même sujet dans Al-Watan, intitulé «la culture de la mort vie toujours': «Il y a un an, le quotidien Al-Watan publiait mon article intitulé 'La culture de la mort au sein de nos écoles'. Cet article critiquait la prolifération du sujet de la mort dans des activités extra scolaires au sein des écoles (…) Je souhaitais que le Ministère de l'éducation établisse un comité d'investigation pour étudier ce phénomène et publier leurs résultats pour que chaque citoyen puisse connaître leur position officielle [sur la question]. Mais cela n'a jamais eu lieu et le ministère reste muet à ce jour. Il est rapidement survenu que ces activités ne se limitaient pas à une école [particulière] et qu'elles n'étaient non plus l'affaire d'un événement extraordinaire tenu en dehors des heures de cours. De plus, ces activités sont devenues des faits journaliers, [ayant lieu] dans des écoles à travers le pays, en long et en large.» «A l'époque, le quotidien Al-Watan publia plusieurs lettres de lecteurs de différentes régions attestant et dénonçant ces mêmes activités.Al-Watan rapporta un incident qui a eu lieu dans la région d'Al-Jazan où une élève a perdu connaissance et est resté deux semaines à l'hôpital après avoir participé à une des ces expositions (…)» On enseigne aux filles à l'école à laver et préparer les corps morts «Abd Al-Aziz Al-Athian de Al-Jawf a envoyé une lettre au magazine Al-Yamama, publiée dans le numéro 1789, page 16 et intitulé 'Comment ils ont éduqué ma fille'. Dans cette lettre, [Al-Athian] raconte qu'un enseignant a montré un film aux filles 'pour qu'elles voient comment laver et envelopper un corps mort dans un linceul par le billet d'images effrayantes avec une voix de fond encore plus effrayante.' Il relate aussi les dires de sa fille:'La maîtresse nous a déjà passé ce film de nombreuses fois. Je voulais détourner mon regard pour ne pas voir ce qu'il contenait. [Mais] aujourd'hui, la maîtresse a choisi les filles qui avaient le plus peur [du film], y compris moi, et nous a fait asseoir tout devant et forcé à regarder l'écran par différents moyens en disant, 'Regardez, oh ! (…) Regardez, voilà la fin qui t'attend,et celle qui attend tous tes amis.'» M. Al-Athian explique que sa fille n'a pu s'endormir seulement que lorsqu'ils allumèrent toutes les lumières de la maison jusqu'au matin. Elle a dormi pendant de courts moments, remplis de cauchemars, dont certains la réveillaient terrifiée et horrifiée. Elle n'a aucune envie d'étudier et elle est tout le temps distraite' (…) La réalité prouve (…) que 'la culture de la mort' vie toujours (…) Ce n'est pas le cas isolé d'une enseignante trop zélé, mais d'une culture répandue parmi beaucoup d'enseignants dans beaucoup d'écoles dans toutes les régions (…) Le film sur les ablutions du corps mort est accompagné de passages du Coran, de poèmes 'islamiques' et de passages audio extrêmement troublants et effrayants» [3] '[Le Ministère de l'éducation] ne peut prétendre que le passage de ce film est un événement isolé' «L'un des enseignants m'a confirmé que ce film et d'autres du même genre sont montrés aux élèves dans plusieurs écoles. Du moment que ce film est diffusé en publique lors d'événements officiels subventionnés par le Ministère [de l'éducation], et auxquels des élèves de tout âge participent, [leMinistère de l'éducation] ne peut prétendre que le passage de ce film est un incident isolé ou l'interprétation de [personnes trop] zélés, mais de bonne foi (…) Ce phénomène et ces activités sont la preuve, encore une fois, que nos écoles sont entrain de faciliter la dissémination de l'extrémisme, que ce soit intentionnellement ou non. Tout cela peut concourir à créer des personnalités perturbées et passionnées, facilement recrutées dans les rangs des groupes extrémistes et violents, et qui pourront finalement se laisser entraîner à participer aux crimes, meurtres et attaques à la bombe dont souffrent notre pays actuellement.» [4] Les étudiantes à l'université sont aussi formées dans la culture de la mort Keinan Al-Ghamdi, ancien rédacteur en chef du quotidien Al-Watan, récemment licencié pour ses commentaires politiques, a aussi écrit sur ce sujet dans un article intitulé «disséminer la culture de la mort: Merci aux professeurs universitaires». [5] Il y écrit: «Ahmad bin Ali Al-Asmari, le père d'une étudiante, [m'a écrit]: le département des sciences de la Faculté d'Education à Al-Malz a inclut dans ses activités du semestre un cours sur comment envelopper [les morts] dans des linceuls. Vous pouvez imaginer l'intense hystérie des filles et leur peur face à cette culture inutile. Je vous demande, quel usage peut bien faire une fille étudiant au département des sciences, auquel l'état paye des millions pour l'éducation et l'apprentissage, de cette culture de la mort? Est-ce que la faculté la forme pour travailler dans les départements des morts et des tombes? Puisque je n'ai pas de réponse à la question d'Al-Asmari, je la renvoie au Ministère de l'éducation, là où les responsables ont distribué des tractes déclarant qu'ils allaient bannir ces activités étranges. Mais ce fut un échec.» [6] Dr Abd Al'Aziz Al-'Omar, doyen de la Faculté de l'enseignement à Riyadh, a écrit dans un article pour le quotidien saoudien Al-Jazirah, intitulé «étudier la mort»: «Mon fils m'a téléphoné la semaine dernière du bureau du directeur de son lycée pour me dire que ce matin là, sa classe avait décidé d'aller visiter l'endroit où les morts sont lavés et que la semaine précédante, ils avaient visité une maison de convalescence (…)» La question se pose: Pouvons-nous assurer l'équilibre émotionnel et mental des enfants si nous leur enseignons la mort? Est-ce que l'école est obligée d'enseigner la mort aux élèves? Est-ce nécessaire d'emmener nos enfants aux deuils et aux enterrements? Est-ce nécessaire de les emmener aux lieux de traitement médical pour qu'ils puissent voir les moments entre la vie et la mort? N'avons-nous pas peur que les écoles s'appliquent à enseigner le phénomène de la mort aux élèves, d'une façon telle que les enfants finissent par s'abstenir et fuir la vie [de ce monde], méprisant les innovations et les accomplissements de ce monde?» [7] *** [1] Pour plus d'informations sur Al-Mozainy, voir: http://www.almozainy.jeeran.com/cv2.htm [2] Al-Watan (Arabie Saoudite), le 27 mars 2004. Cet article a provoqué de vives réactions et le fils de l'auteur a été agressé par ses professeurs de religion, Yahyah Al-Ma'ajami et Abdallah Al-Qal'i, qui ont maudit son père en le traitant d'apostat. [3] Al-Mozainy écrit qu'un pareil film a été visionné à la foire aux livres dans le Hall du Roi Abd Al'Aziz à Riyadh:«La première chose vue par les visiteurs de la foire est un film sur les ablutions des morts. Le film est terrifiant car il comprend de longues scènes d'un homme allongé sur un lit et des images de tombes, dont certaines sont ouvertes. L'objectif du film est peut être de faire croire aux spectateurs terrifiés que c'est la tombe qui les attend.» Al-Watan (Arabie Saoudite), le 6 mai 2004. [4] Al-Watan (Arabie Saoudite), le 6 mai 2004 [5] Les autorités saoudiennes ont récemment demandé à Al-Ghamdi sa démission, après qu'Al-Watan ait publié un article dénonçant le déploiement de troupes américaines sur la péninsule arabe et la construction d'une base militaire au Qatar; et aussi suite à un article qu'il a écrit sur le besoin d'autocritique de la part des ministres saoudiens à propos d'erreurs commises. [6] Al-Watan (Arabie Saoudite), le 17 mai 2004 [7] Al-Jazirah (Arabie Saoudite), le 2 mai 2004 Numéro 137 • vendredi le 18 juin 2004 RÊVES
AU DELÀ DU JOURDAIN Dans
des cercles privés, des personnalités Palestiniennes commencent
à parler du rôle nécessaire que doit jouer la Jordanie
en Judée-Samarie. Seize ans après la déclaration
forcée de désengagement des territoires au delà
du Jourdain, par feu le roi Hussein, au milieu de la colère de
la première "intifada", on murmure çà
et là qu'il faut trouver une nouvelle formule, pour rétablir
les liens entre un état palestinien indépendant et son
voisin de l'Est. Il est encore trop tôt pour affirmer si ces espoirs
sont le reflet d'un désespoir engendré par l'actuelle
implosion en Judée Samarie ou s'ils sont le résultat d'une
réflexion sérieuse. Le Conseil Central du Fatah a décidé de créer un comité spécial pour étudier les demandes des Brigades des Martyrs d'Al Aksa. Le comité sera constitué de hauts responsables du Fatah et de ministres membres du cabinet. C'est la première fois que le leadership palestinien reconnaît qu'il a la responsabilité de ce groupe armé. La décision de créer ce comité fait suite à des plaintes de leaders de la milice reprochant au Président de l'Autorité Palestinienne et au leadership du Fatah de les avoir abandonnés et de ne plus leur payer leurs salaires. En début de semaine, plusieurs membres des Brigades des Martyrs d'Al Aksa de Cisjordanie et de la bande de Gaza avaient créé un embarras certains dans le leadership palestinien en menaçant de rompre avec le Fatah. Les miliciens avaient également accusé le leadership palestinien de corruption. Dimanche soir, Arafat présidait une réunion d'urgence du Conseil Central du Fatah, dans ses bureaux de Ramallah, afin de débattre des moyens à mettre en oeuvre pour contenir la mutinerie de la milice du Fatah. La réunion s'est tenue en présence du Premier ministre Ahmed Qorei qui a déclaré que les Brigades des Martyrs d'Al Aksa retenaient toute l'attention du leadership palestinien. Il a ajouté que la mission désormais la plus importante était de garantir la protection des miliciens armés qui sont recherchés par Israël pour avoir mené des attentats terroristes. Hani Uwaidah, le commandant des Brigades des Martyrs d'Al Aksa à Tul Karem, a révélé au Jerusalem Post que l'Autorité Palestinienne avait cessé de lui payer son salaire depuis quelques mois. Il ajoute que c'est la raison principale pour laquelle lui et ses amis avaient arrêté leurs attaques contre Israël. "Le leadership palestinien à Ramallah nous a dit que nous devions maintenant nous tenir tranquilles et qu'à cause des pressions de la communauté interna-tionale ils ne pourraient plus continuer à payer nos salaires", ajoute-t-il. A Ramallah, des responsables palestiniens de haut rang ont confirmé lundi qu'Arafat avait invité les miliciens armés du Fatah à rejoindre les services de sécurité reformés. Abdel Fatah Hamayel, ancien ministre du cabinet de l'AP, qui assure la liaison entre Arafat et les fugitifs, affirme que l'idée de recruter les miliciens pour les intégrer dans la sécurité palestinienne n'était pas neuve. D'après Hamayel, il y a au moins 450 miliciens armés du Fatah en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza "qui ont fait beaucoup de sacrifices pour la cause palestinienne." Il ajoute : "Après tous ces sacrifices, nous ne pouvons pas dire à ces hommes que nous n'avons plus besoin de leurs services. Les Brigades des Martyrs d'Al Aksa ont un grand rôle à jouer et ils suivent les décisions de la direction politique." Entre temps, le commandant des Brigades des Martyrs d'Al Aksa de la région de Jenine,Zakariya Zubeidi,a lancé des attaques cinglantes contre les dirigeants du Fatah et a appellé à leur demission. Zubeidi qui est recherché par Israël pour son rôle dans une série d'attentats terroristes, a accusé les membres du Conseil Central du Fatah de tenter de mettre les Brigades d'Al Aksa hors jeu : "Ils continuent leur conspiration contre les Brigades des Martyrs d'Al Aksa et ils essaient de mettre un terme à leur soutien financier," a-t-il lancé. Zubeidi affirme que le groupe a renforcé la position du Fatah au cours des trois dernières années. "Grâce à nous, le Fatah a restauré sa dignité et son pouvoir pendant l'Intifada," poursuit-il. "Mais maintenant les membres du Conseil Central du Fatah font pression sur nous pour que nous acceptions la dissolution des Brigades. Nous ne leur faisons plus confiance et nous leur disons que c'est à eux de s'en aller". Zubeidi affirme avoir échappé de peu à une tentative de le liquider plus tôt cette semaine lorsqu'une unité spéciale de l'armée israélienne le localisa dans le camp de réfugié de Jénine. Il affirme que les soldats ouvrirent le feu, mais blessèrent un de ses gardes du corps, qui fut emmené à l'hôpital. Il affirme que lui et ses hommes
respecteraient un accord de cessez-le-feu déclaré par
les diverses factions palestiniennes après qu'Israel ait quitté
la bande de Gaza. Toutefois, il avertit que ses hommes continueraient
de mener des attaques contre les forces israéliennes en Cisjordanie.
Numéro 136 • vendredi le 11 juin 2004 Un
nouvel antisémitisme ? Après l'explosion d'une bombe devant la synagogue de Québec, l'incendie de la bibliothèque de l'école Talmud Torah à Montréal, les multiples incidents antijuifs qui ont déshonoré l'Ontario, la profanation du cimetière juif de Québec semble confirmer que le Québec n'échappe pas à la vague d'antisémitisme qui envahit insidieusement le monde occidental. Un colloque, tenu en mars à Montréal, a mis l'accent sur les dimensions mondiales des nouvelles formes d'antisémitisme. Cet antisémitisme peut ne pas paraître bien nouveau, mais il l'est en ce qu'il n'est plus le fait de la seule extrême droite et aussi parce qu'il ne se réclame plus, en général, de l'idéologie raciste au sens strict du terme. Il est nouveau, enfin, parce que sa cible réelle, les juifs en tant que juifs, est masquée par ce qui lui sert de prétexte, la lutte contre l'État d'Israël. En effet, au contraire de l'antijudaïsme chrétien traditionnel et de l'antisémitisme qui a dominé la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècles, l'antisémitisme actuel est souvent le fait de divers mouvements d'ultra-gauche, parés des atours de la lutte - pas si nouvelle ! - contre le capitalisme mondialiste. Il n'invoque plus une abjecte et dépassée théorie de la race, mais fait un double (et contradictoire) reproche aux juifs. Diabolisation D'une part, il leur reproche les modalités, jugées trop communautaristes ou trop particularistes, de leur insertion dans le reste de la société et leur soutien à Israël, jugé trop nationaliste. D'autre part, il en fait les suppôts de la mondialisation néolibérale et de l'internationalisme exploiteur et niveleur. Cet antisémitisme nouveau s'appuie aussi sur la diabolisation du sionisme et sur la nazification, honteuse, de l'État d'Israël. Car on n'hésite plus, dans certains milieux, à utiliser ce qualificatif contre cet État, pourtant seule démocratie du Proche-Orient qui, dans sa lutte pour se défendre contre un terrorisme épouvantable, essaie réellement d'épargner les civils au risque même de mettre en danger ses propres soldats. Cette diabolisation mensongère est non seulement scandaleuse et répugnante, mais elle est aussi très dangereuse parce qu'elle autorise et justifie une lutte à mort contre ce pays et contre ses amis, au premier rang desquels, les communautés juives. Mise en garde Le Congrès juif canadien a exprimé son inquiétude devant la profanation du cimetière de Québec. Lors de l'incendie de la bibliothèque de l'école montréalaise, son président de l'époque pour le Québec, M. J. Gabay, avait mis en garde contre l'importation ici du conflit du Proche-Orient. Cette mise en garde est plus que jamais d'actualité. Elle a été entendue, on veut le croire. En effet, - et cela aussi le distingue de l'antisémitisme ancien - l'antisémitisme actuel fait l'objet de la condamnation unanime des politiciens et des leaders d'opinion. On l'a vu, après l'incendie de la bibliothèque de Montréal : fédéralistes et nationalistes, de gauche ou de droite, ils ont tous manifesté clairement leur soutien à la communauté juive. Mais cela ne suffit pas : il faut que cette condamnation trouve plus qu'un écho, qu'elle trouve sa source et son inspiration dans l'ensemble de la population et que nos compatriotes juifs sentent que nous sommes tous solidaires avec eux et nous entendent dire d'une seule voix, avec eux, que l'antisémitisme ne passera pas. (Annette Paquot, professeure
à l'Université Laval, est membre du Après
la publication d'un rapport du À trois semaines des élections fédérales canadiennes, les groupes de pression islamiques se mobilisent pour consolider le « vote musulman ». Forts du dernier recensement national (2003) qui place pour la première fois dans l'histoire du Canada l'islam au rang de troisième religion (après le catholicisme et le protestantisme, et avant le judaïsme), ces groupes multiplient leurs efforts pour que les 600 000 musulmans canadiens prennent conscience de leur poids électoral potentiel. Le 13 avril dernier, le Congrès islamique du Canada (CIC) publiait presque deux mois avant les élections générales un rapport intitulé « Election 2004. Towards Informed and Committed Voting ». À la suite d'une analyse des déclarations publiques, des objectifs de campagne électorale et des votes parlementaires de chacun des 301 députés fédéraux, le CIC y évalue chacun d'entre eux. En fonction de 20 questions parmi lesquelles le développement de liens commerciaux entre le Canada et le monde islamique ou le conflit israélo-arabe. Le rapport accorde ensuite une note moyenne à chaque député selon la grille suivante : A : position en accord ave le point de vue du CIC ; B : position partiellement en accord avec le point de vue du CIC F : position à l'opposé du point de vue du CIC La grande majorité des députés du gouvernement libéral (centre-gauche) sortant obtiennent ainsi une moyenne de A ou de B. la conclusion s'impose sans le dire : le CIC souhaite que le " vote musulman" réélise le Parti libéral au pouvoir. Souvent perçu comme le parti du multiculturalisme et de l'immigration, ayant fait le choix d'une politique étrangère qui semble plutôt dictée par l'ONU que par les intérêts nationaux, le Parti libéral bénéficie traditionnellement du vote des « néo-Canadiens ». En revanche, 68 des 71 députés de l'opposition officielle, le Parti conservateur (centre-droit), réputé pour son appui à l'intervention américaine en Irak, à une politique d'immigration plus stricte et au droit d'autodéfense d'Israël, récoltent un F. Il est vrai que le Président du CIC, Mohammed Elmasry, a publiquement exprimé la crainte de voir se transformer le Parti conservateur en « Parti neocon », terme utilisé par les adversaires de l'administration Bush pour désigner les acteurs de la «cabale juive » qui règnerait sur la Maison Blanche et le Pentagone. Aux extrêmes du spectre politique, les députés du parti néo-démocrate (gauche/altermondialistes), parti violemment opposé à la politique étrangère américaine et très critique d'Israël, récoltent tous des A. De nouveaux candidats néo-démocrates - comme les altermondialistes Omar Aktouf ou Monia Mazigh, l'épouse voilée de Maher Arar, récemment rentré de Syrie après y avoir été déporté en 2001 par les États-unis pour ses liens présumés avec Al-Qaïda -, ont de quoi attirer l' « électorat musulman », bien que le parti néo-démocrate ne soit même pas certain de participer à l'opposition officielle. De plus, le rapport du CIC identifie 101 districts électoraux canadiens dans lesquels un « vote musulman » homogène pourrait faire basculer l'élection en faveur de l'un ou l'autre des candidats. 55 de ceux-ci seraient en Ontario et 21 au Québec, les deux provinces les plus peuplées du Canada. Outre le rapport du CIC, le chapitre canadien du Council on American-Islamic Relations (CAIR-CAN) a initié une veille électorale et publié un guide des élections sur son site internet. Ce 7 juin, son directeur exécutif, Riad Saloojee, signe dans le quotidien de la capitale, l' Ottawa Citizen, un éditorial intitulé « Une tyrannie de choix pour les musulmans du Canada ». Il y déplore le manque de cohésion du « vote islamique », puisque les intérêts musulmans seraient, selon lui, éparpillés sur l'échiquier politique canadien. Les musulmans seraient divisés entre le pluralisme des libéraux, les valeurs traditionnelles des conservateurs et le militantisme altermondialiste et pro-palestinien des néo-démocrates. Le même jour, Mohamed Elmasry, président du CIC, publie dans l'influent quotidien torontois, le Globe and Mail, un article intitulé « Pourquoi les musulmans doivent voter ». Mettant en garde contre les dangers de l'apathie électorale parmi les jeunes immigrants, mais surtout contre le refus de voter d'une minorité de musulmans en signe de protestation « contre l'illusion des valeurs démocratiques », Elmasry appelle les musulmans à voter « par amour du Canada et par amour de l'islam ». CAIR-CAN et le CIC identifient tous deux la révision de la loi antiterroriste C-36 comme le principal enjeu électoral des musulmans. Votée à la suite des attentats du 11 septembre, la loi C-36 est considérée comme d'inspiration américaine, contraire aux valeurs canadiennes, liberticide et discriminatrice envers les musulmans. La loi fera l'objet d'une révision judiciaire avant la fin de l'année. La Canadian Arab Federation (CFA) et CAIR-CAN, qui distribue des brochures expliquant aux musulmans canadiens comment éviter de collaborer avec les enquêtes anti-terroristes de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) et du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), ont rencontré en avril dernier la ministre de la Justice, Anne McLellan, pour lui présenter leurs recommandations sur la révision de la loi antiterroriste. Dans un communiqué conjoint publié après cette rencontre, CAIR-CAN et la CFA ont accueilli avec réserve les plans de la ministre pour une nouvelle loi sur la sécurité nationale « made in Canada ». Contrairement à son voisin américain, où l'ethnicisation du vote est monnaie courante, on parle traditionnellement de régionalisation du vote au Canada (ouest conservateur, centre libéral, est néo-démocrate). Il est donc d'autant plus surprenant et inquiétant que ni les médias, ni les politiciens ne se soient alarmés de l'apparition du terme « vote musulman » dans le vocabulaire politique canadien. Certes, pour l'heure, le terme fait moins l'impression d'une réalité empirique que d'un nouveau moyen de pression de la part de CAIR-CAN et du CIC. Reste qu'il suffit parfois de nommer une chose pour lui donner vie. CAIR-CAN et le CIC parviendront-ils à consolider le vote des musulmans et ouvrir la voie à l'ethnicisation du vote dans ce pays multiethnique ? Tel est l'enjeu, capital. (David Ouellette est journaliste et chercheur associé à ICRJ ) Numéro 135 • vendredi le 4 juin 2004 Le dernier cri
en matière d'antisémitisme Des génocides abjectes continuent à se produire sur la planète. Tout comme des massacres de civils à grande échelle et autres exécutions brutales. Pourtant l'épithète le plus abjecte dans toutes les langues du monde—"Nazi"—n'est pas attribué aux auteurs de ces crimes mais, uniquement et systématiquement, crié à la figure d'Israël. Ce n'est pas comme si les vrais horreurs étaient difficiles à trouver. Pour trouver une campagne génocidaire organisée par un état, allez au Soudan, où les troupes du gouvernement arabe musulman de Khartoum, et les milices arabes armées par ce dernier, attaquent systématiquement des tribus noires. Des milliers de personnes ont été assassinées et un million chassés de leurs foyers par des aggressions méthodiques : bombardement de villages, exécutions d'hommes, de femmes et d'enfants, viols à grande échelle et privation forcée de nourriture et d'eau. Pourtant le mot "Nazi" n'est pas utilisé contre les autorités soudanaises que ce soit par les pays arabes ou tout autres pays, tout comme ce mot ne fut pas utilisé contre les autorités Hutus rwandaises qui ont organisé le genocide d'environ 800.000 Tutsis. Les massacres délibérés de civils sont encore plus faciles à trouver. Ces trois dernières années dans les rues d'Israël, de nombreux autobus, cafés et restaurants ont été transformés en chambres à explosion par les organisations palestiniennes dont le but déclaré est d'éradiquer Israel et de vider la région des juifs. C'est ainsi qu'ils ont systématiquement tué une douzaine d'israéliens par-ci, deux douzaines par-là, disloquant et projetant bras, jambes, poumons, foies, cervelles et lambeaux de peau et de muscles sur tous les trottoirs d'Israël. Et au World Trade Center à New York le 11 septembre 2001, autant d'innocents ont été assassins en quelques minutes qu'en un jour de chambre à gaz à Auschwitz. Toutes ces actions, bien qu'elles ne justifient pas le terme "Nazi," sont des actes délibérés de massacres de civils par des organisations ayant un programme ouvertement déclaré de meurtre de masse.. Pourtant l'épithète "Nazi" n'a été à aucun moment utilisé contre les organisateurs de ces massacres ou de quel qu'autre atrocité dans le monde. Le mot "Nazi" est cependant régulièrement crié à la figure d'Israel, bien que la politique de ce pays est d'éviter de tuer des civils palestiniens. Il est crié, d'abord et avant tout, par les Palestiniens et leurs alliés arabes et musulmans. Il est crié ensuite par les détracteurs européen d'Israel. "Ce qui arrive à Ramallah," disait en 2002 Jose Saramago, lauréat portugais du prix Nobel de littérature, "est un crime qui peut être comparé à Auschwitz." Les habitants juifs de la rive occidentale, disait l'année suivante Tom Paulin poète d'Oxford, "devraient être fusillés. Je pense que ce sont des Nazis, des racistes. Je n'éprouve que de la haine pour eux." La même année, l'écrivain irlandais Tom McGurk approuvait la comparaison entre l'offensive israélienne contre Jénin et la destruction par les Nazis du ghetto de Varsovie. "Comme il est extraordinaire," écrivait-il," que tant de gens dans les démocraties liberals occidentales se sentent si étrangement le soufflé coupé, si émotionnellement pris à la gorge en face de la barbarie de type nazi de l'état d'Israel contre les Palestiniens." La raison pour laquelle les Palestiniens appellent les israéliens "nazis" n'est pas difficile à comprendre. C'est une accusation féconde à employer en toutes occasions contre un pays qui a lui-même émergé des cendres de l'Holocauste et qui reçu sa légitimité de la communauté internationale en 1948 en partie à cause de cette catastrophe. Si le mot "Nazi" peut être attaché à ce pays avec succès, alors sont droit à l'existence peut être mis en question. Quant à savoir pourquoi des non-Palestiniens dirigent cette accusation contre Israel plutôt que contre d'autres cibles est plus complexe. Certains essaient simplement d'utiliser l'arme verbale la plus dévastatrice possible dans leur guerre contre l'état juif. Mais d'autres sont des antisémites qui ont enfin trouvé le stratagème qui les libère des restrictions en place depuis 60 ans. Pendant les six décennies qui ont suivi l'Holocauste, l'antisémitisme était vu comme la cause ayant mené au pire génocide dans l'histoire humaine. Il n'était pas possible d'être antisémite en bonne compagnie. Les années passant, certains antisémites essayèrent de rompre l'interdit en déclarant que l'Holocauste n'avait jamais eu lieu - car enfin s'il n'a jamais eu lieu ou a été exagéré alors l'antisémitisme est faussement accusé d'avoir été une idéologie génocidaire et peut à nouveau être réintégré dans l'espace des discours acceptables. Pourtant le négationnisme n'a jamais réussi à atteindre une large crédibilité en occident, étant donné la montagne de preuves. Mais si le public pouvait être convaincu qu'Israël ne vaut pas mieux que l'Allemagne nazie,alors les antisémites blanchis pourraient enfin revenir aux affaires. Voir même, si le public en venait à voir Israël comme s'étant engagé dans une attitude de type nazi, il pourrait en conclure que l'état juif est en fait pire que l'Allemagne nazie.Quand nous entendons l'épithète "Nazi" réservé aux israéliens seuls, sachons en décrypter les tenants et aboutissants. C'est tantôt une arme de guerre tantôt une tentative de réhabiliter l'antisémitisme voilà pourquoi ce mot est utilisé uniquement contre Israël et non contreles pays et groupes réellement coupables de génocides et de meurtres de masse. (Walter Reich est psychiatre et professeur de relation internationale, éthique et comportement humain à George Washington University) -------------------------------------------------------------------------------- Opter
pour le moindre mal [en Arabie Saoudite] Depuis le premier attentat terroriste perpétré il y a juste une année, l'Arabie Saoudite a été le théâtre de près d'un incident violent par mois. Le processus a atteint un point culminant ce mois-ci, avec non moins de quatre incidents, dont l'attaque meurtrière menée ce week-end contre un complexe résidentiel d'al-Khobar. Bien qu'elles aient été dirigées essentiellement contre des étrangers, et ainsi contre les infrastructures économiques du pays, ces agressions reflètent un profond fossé séparant deux courants sociaux en Arabie Saoudite et dont les implications dépassent largement le cadre de l'actualité. La question concerne les orientations tant religieuses que politiques et économiques et trouve son origine dans un conflit vieux de près d'un siècle. Le royaume saoudien prit forme vers 1750, lorsque Muhammad al-Saud, un leader tribal, conclut une alliance avec Muhammad bin Abd al-Wahhab, unleader religieux. Saud donna son nom au royaume qui perdura jusqu'à nos jours (à l'exception de deux brefs intermèdes); al-Wahhab donna le sien à la version de l'Islam qui, aujourd'hui encore, fait office d'idéologie du royaume. À ses débuts, le wahhabisme était considéré par les autres Musulmans comme une version extrémiste de l'Islam et son influence ne dépassa guère l'Arabie centrale, son lieu d'origine. Son rejet de l'identité islamique des Musulmans non wahhabites et son opposition obstinée aux usages musulmans traditionnels rendaient le wahhabisme inacceptable aux yeux des puissances du Moyen-Orient, et notamment de l'Empire ottoman. L'hostilité générale manifestée à l'encontre de l'intolérance Saoudienne explique pourquoi ce mouvement faillit disparaître à deux reprises. Bernard http://www.princeton.edu/~paw/archive_new/PAW02-03/01-0912/features.html Lewis propose ici une analogie qui illustre bien la position saoudienne au sein de l'Islam: «Imaginez que le Ku Klux Klan obtienne le contrôle absolu de l'État du Texas. Et qu'il dispose dès lors des revenus pétrolifères de cet État. Et qu'il utilise ces resources financières pour établir un réseau d'établissements d'enseignement supérieur et d'écoles répandant leur mouture particulière du Christianisme dans l'ensemble de la Chrétienté. Vous aurez alors une idée de ce qui s'est passé dans le monde musulman moderne.» Le troisième royaume saoudien a été fondé en 1902, lorsque Abdul-Aziz ibn Saud s'empara de la ville de Riyad. Dix ans plus tard, Abdul-Aziz forma une armée constituée d'ikhwan («frères», au sens religieux) qui allait devenir le fer de lance--armé, agressif, fanatisé--du mouvement wahhabite. Cette armée était connue pour son cri de guerre qui résumait bien son credo: «Le vent du paradis nous appelle. Où sont ceux qui aspirent au paradis?» Les ikhwan gagnèrent la plupart de leurs batailles, permettant ainsi l'expansion du règne et des pratiques wahhabites. Ils connurent leur plus grande victoire en 1924, lorsqu'ils arrachèrent La Mecque au pouvoir de la dynastie hachémite qui contrôlait la ville depuis des siècles (et qui continue de régner sur la Jordanie). Ce succès transforma la situation d'Abdul-Aziz à deux égards. En dominant le dernier prétendant arabe, il établissait les Saoudiens au rang de première puissance régionale incontestée. Et, en plaçant la ville sainte de l'Islam et la principale région urbaine de la péninsule arabe sous contrôle saoudien, il soumit le wahhabisme à de nouvelles tensions. Les vérités simples des décennies précédentes étaient remises en question. Les Saoudiens devaient développer des relations diplomatiques plus élaborées et accepter l'atmosphère relativement libérale alors prédominante à La Mecque. Abdul-Aziz comprit rapidement qu'il devait exercer un contrôle sur les ikhwan et arrondir les angles les plus aigus du wahhabisme. Lorsqu'il sévit contre les ikhwan, dans les années suivant la conquête de La Mecque, ceux-ci se révoltèrent, provoquant une guerre civile qui dura jusqu'à la défaite des ikhwan renégats, en 1930, face aux forces d'Abdul-Aziz. Transposé dans notre temps, les ikhwan ressemblent aux talibans, avec leur pureté et leur extrémisme, et Abdul-Aziz ressemble à ses fils, qui perpétuent le royaume--moins pur--qu'il fonda. Avec sa victoire de 1930, une version plus modérée du wahhabisme l'emportait sur sa branche plus fanatique. Si la monarchie saoudienne a toujours été plus rigoureusement islamique que ses voisins, elle n'en a pas moins été laxiste en regard des normes précédentes de la doctrine wahhabite. Certes, la monarchie affirme que sa constitution n'est autre que le Coran, interdit la pratique de religions non islamiques, parraine la tristement célèbre police religieuse Muttawa et prescrit une séparation stricte des sexes. Mais tout cela reste modéré comparé à la version ikhwan, car le royaume promulgue tout de même certaines lois non coraniques, tolère tacitement les cultes non islamiques, limite l'action de la Muttawa et autorise les femmes à quitter leur foyer. Mais la philosophie islamique des ikhwan ne disparût pas en 1930. Elle se retira et conserva une certaine emprise sur des éléments d'arrière-garde. Ainsi, à mesure que la monarchie saoudienne, profitant des richesses de l'âge du pétrole, prenait de plus en plus des airs pompeux et hypocrites, l'attrait du message ikhwan gagnait du terrain. Cet élan vers le purisme éveilla pour la première fois l'attention mondiale en 1979, lorsqu'un groupe de jeunes gens inspirés des ikhwan prirent d'assaut la Grande Mosquée de La Mecque et y restèrent deux semaines durant. La même approche devint perceptible dans l'effort des moudjahidines, parrainés par les Saoudiens, de chasser l'Union Soviétique d'Afghanistan dans les années 1979 à 1989. Le régime taliban incarna cette doctrine durant les cinq années de son règne, soit jusqu'à sa défaite dans la guerre menée par les États-Unis. L'approche ikhwan a conquis de nombreux porte-parole éminents au sein du monde saoudien actuel, y compris des cheiks de premier plan et, bien entendu, Oussama Ben Laden. Ressortissant saoudien qui construisit sa personnalité pendant ses années de lutte au côté des moudjahidines afghans, Ben Laden n'a aucune indulgence pour la monarchie saoudienne, qu'il considère comme fondée sur l'escroquerie et entièrement dominée politiquement par les États-Unis. Il souhaite instaurer à sa place un gouvernement d'inspiration ikhwan qui imposerait des vertus islamiques plus rigoureuses et adopterait une politique étrangère résolument islamique. Tout semble indiquer que cette vision des choses jouit d'une large popularité en Arabie Saoudite; son soutien y est en tout cas supérieur à celui de l'approche libérale que les Occidentaux préfèreraient voir triompher. À la lumière de cette tranche d'histoire, la série d'attentats des douze derniers mois révèle l'émergence d'un profond conflit intérieur saoudien dont le vainqueur emportera tous les enjeux, comme dans les années 1920. L'issue de cet affrontement décidera si l'Arabie Saoudite pourra rester une monarchie qui s'adapte, dans une certaine mesure, aux impératifs du monde moderne, ou si elle se transformera en un émirat islamique perpétuant le règne des talibans d'Afghanistan. Les États occidentaux sont ainsi confrontés à un choix déplaisant entre la monarchie saoudienne, avec tous ses défauts, et l'alternative ikhwan plus détestable encore. La marge de manœuvre politique se limite donc à soutenir la monarchie afin qu'elle puisse écarter la pire menace radicale, tout en faisant pression sur elle pour obtenir diverses réformes, notamment en ce qui concerne la corruption et le financement des organisations islamiques militantes partout dans le monde.
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