Communiqué Isranet
mars 2004
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 125 • vendredi le 26 mars 2004

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Le vrai triomphe de la terreur
Denise Bombardier
Le Devoir, 20 -21 mars 2004

Terrible et déprimant constat: les fondamentalistes islamiques ont d'ores et déjà réussi leur oeuvre d'intoxication des esprits. En effet, nombreux sont les Occidentaux qui établissent une équation entre George W. Bush et Saddam Hussein, voire Oussama ben Laden. Ils sont également nombreux à croire sincèrement que l'action terroriste actuelle disparaîtrait d'elle-même si les Américains se retiraient d'Irak et que les pays alliés seraient à l'abri s'ils se distanciaient de la politique américaine.

La gauche occidentale, elle, va plus loin en donnant à penser que les inégalités sociales sont à la source de cette dérive politico-religieuse, ce qui sous-tendrait que l'idéologie qui anime les terroristes avait pour objectif la justice et le bonheur collectif. Cette gauche est en train de reproduire son modèle du siècle dernier alors qu'elle s'était faite muette et aveugle devant les horreurs staliniennes au nom du Grand Soir, qu'elle avait idolâtré Mao,
l'éradicateur de la culture, et les Khmers rouges, créateurs d'un homme nouveau sur les charniers d'un génocide. La gauche avait aussi plébiscité Castro, le sauveur de son peuple, celui-ci si heureux qu'il n'a eu de cesse de s'enfuir dans des coquilles de noix souvent transformées en cercueils marins.

Aujourd'hui, l'analyse du terrorisme islamique par plusieurs se fait à partir d'un schéma explicatif qui franchit allégrement la mince frontière entre explication et justification. La vision romantique de l'acte terroriste au nom de la cause noble a la vie dure.

Ainsi donc, pour éviter des bombes dans nos métros, sur nos gratte-ciels ou dans nos avions, nos dirigeants n'ont qu'à s'abstenir de gouverner contre la volonté d'al-Qaïda. En clair, al-Qaïda, défenseur de l'Irak occupé par les Américains, étend son bras vengeur sur les autres pays qui osent les appuyer. Obéissons et nous serons à l'abri. C'est avoir la mémoire courte et oublier tous ces attentats antérieurs à la guerre contre Saddam Hussein et au 11 septembre 2001, ces bombes qui ont tué en Europe, aux États-Unis, où le World Trade Center avait déjà été pris pour cible, au Moyen-Orient, au Pakistan, en Afrique. Il faut une bonne dose d'aveuglement et d'ignorance pour croire que le terrorisme islamique (à distinguer du terrorisme palestinien, en riposte à la politique israélienne) serait une quelconque réponse à la misère et à l'humiliation des populations musulmanes. Mais par qui sont donc dirigés tant de pays qui se réclament de leur Allah à eux, sinon par
des tyrans tortionnaires, kidnappeurs de leur propre peuple, entourés d'une cour servile et apeurée et protégés par des cerbères armés et illuminés ? Les dirigeants qui cherchent une voie vers plus de démocratie, tel le roi du Maroc et le premier ministre tunisien, sont vomis par ces fous de Dieu. On en veut pour preuve les bombes de Casablanca.

Il est faux de croire qu'al-Qaïda et ses disciples s'attaquent à l'Amérique de Bush. Celle de Kerry n'y échapperait pas non plus, de même que l'ensemble des démocraties peuplées de «chiens de chrétiens, de porcs et d'impurs». Les fondamentalistes sont guidés par la haine des valeurs qui nous définissent. Le monde qu'ils rêvent d'instaurer, les talibans nous en ont donné un avant-goût.C'est un monde où la femme disparaît sous la burqa grillagée et informe, asservie et réduite à un instrument de reproduction. C'est un monde où les créateurs sont étouffés, au propre et au figuré, où tous les marginaux sont éliminés, où la musique est interdite, le rire flagellé, le sexe vomi et la liberté lapidée.

Rien n'est plus troublant que d'entendre autour de nous les commentaires des uns et des autres sur les attentats et ceux qui les commettent. Il y a quelque chose du syndrome de Stockholm dans la perception que certains s'en font. Chez d'autres, le ressentiment, les humiliations enfouies, les frustrations, les déceptions et la rage contenue semblent trouver à s'exprimer, cristallisés dans ces actes mortels. Les semeurs de mort frappent aussi notre imagination en distillant la haine. Et, de cela aussi, il faut avoir peur. Les spécialistes de la psychologie des profondeurs pourraient nous éclairer sur quelques effets troubles et dérangeants du climat dans lequel l'Occident vit désormais. Il fallait entendre les Londoniens cette semaine, qui attendent que les bombes sautent.

Il y avait une espèce d'impatience dans leurs propos, l'air de dire «que ça saute au plus vite», comme s'ils voulaient se libérer de cette présence morbide. Les Français, eux, vivent sur le qui-vive à cause de la politique sur le voile. Tous ceux chez nous qui se croient à l'abri de ce chaos devraient s'interroger s'ils ont quelque velléité de voyage. Sauf à se replier dans la forêt et à vivre en ermite coupé du monde et de son murmure, personne n'est à l'abri de la terreur qui menace ce que nous avons acquis de plus récieux, ces valeurs qui fondent notre liberté, si fragile soit-elle. Onze millions d'Espagnols dans les rues du pays la semaine dernière ont incarné cette dignité grave et silencieuse, seul rempart contre cette forme de barbarie.

Il n'y a pas un bon et un mauvais terrorisme
Annette Paquot
Le Devoir, 25 mars 2004

Dans une chronique intitulée «Le vrai triomphe de la terreur», Denise Bombardier démonte et dénonce les mécanismes par lesquels le terrorisme islamiste s'est emparé des esprits d'un grand nombre d'entre nous et a ainsi préparé notre défaite à venir. Ce texte, lucide et rigoureux, empreint d'un véritable humanisme, désigne clairement l'objectif de ces «semeurs de mort», ennemis jurés de notre liberté et, comme elle dit si bien, «des valeurs qui nous définissent». Mme Bombardier dépeint aussi les éléments morbides, trouble mélange d'amnésie, de frustrations, de lâcheté et de culpabilité, qui dessinent les contours de l'opinion majoritaire dans le discours public actuel et colorent le climat moral dans lequel nous vivons désormais.


Il fallait que ces choses-là soient dites. Mais pourquoi fallait-il que Mme Bombardier fasse cette distinction, aussi spécieuse intellectuellement que critiquable moralement, entre le terrorisme islamique en général et le cas particulier du terrorisme palestinien? À la lire, le premier, dicté par la haine, ne serait pas une réponse à la misère et à l'humiliation des populations musulmanes, tandis que le second le serait et ne serait, en outre, qu'une "riposte à la politique israélienne".

Dissocier le terrorisme palestinien de son grand frère islamiste, pudiquement nommé «terrorisme international», c'est oublier les cris de joie dans les rues palestiniennes au soir du 11 septembre 2001, c'est refuser de voir les ressemblances qui existent entre le discours du Hamas et celui d'al-Qaïda, c'est ignorer que l'un et l'autre ont le même modus operandi, l'attentat suicide, c'est être sourd aux appels à l'extermination des «judéo-croisés», c'est absoudre Yasser Arafat, ce soi-disant laïc progressiste qui appelle au djihad, c'est faire l'impasse sur le fait que Saddam Hussein subventionnait les familles des bombes humaines palestiniennes.

Il n'y a pas un bon et un mauvais terrorisme. Au nom de quoi un civil israélien déchiqueté dans un autobus à Jérusalem vaudrait-il moins qu'un ouvrier espagnol brûlé vif à Madrid ? Tous deux sont victimes de la même haine.

Certaines victimes du terrorisme ne sont pas plus innocentes que l'autres. Qu'est-ce qui justifie que l'on reste silencieux à la mort de l'un tandis que l'on manifeste par millions contre celle de l'autre ? Il faut condamner tous les terrorismes.

(Annette Pacquot est professeur à l'Université Laval, Québec)

Une distinction contre-productive
Michael Laughrea
Le Devoir, 25 mars 2004

La distinction que Mme Bombardier faisait samedi dernier dans Le Devoir entre terrorisme islamiste et terrorisme palestinien est presque entièrement spécieuse. Mais elle a surtout des conséquences tragiques. Le terrorisme islamiste lutte contre l'existence du monde occidental; de même, le terrorisme palestinien lutte contre l'existence d'Israël, un sous-ensemble du monde occidental. Le terrorisme islamiste ne se satisfera que d'un monde occidental islamisé (ou d'un monde musulman non occidentalisé); de même, le terrorisme palestinien ne se satisfera que d'un Israël islamisé, comme l'indique sans ambiguïté chacune des quatre couleurs du drapeau palestinien.

Distinguer entre ces deux terrorismes jumeaux, c'est retarder l'avènement d'un État palestinien, i.e. lutter (sans doute sans le vouloir) contre les meilleurs intérêts des Palestiniens. Je ne nie pas qu'une certaine distinction théorique existe (il en existe une entre deux jumeaux identiques), mais j'affirme qu'elle est inutile car contre-productive.

Le terrorisme palestinien encourage le peuple palestinien à refuser automatiquement ce qu'on lui offre, tel ce misérable chômeur à vie qui refuse systématiquement tout emploi sous prétexte que le salaire offert ne représente que 80, 60 ou 50 % de ce que notre chômeur croit valoir. Distinguer entre terrorisme islamiste et terrorisme palestinien est une erreur funeste parce que cela assure aux Palestiniens la pérennité de leur misère auto-infligée.

Il serait plus moral de discuter du sexe des anges car les distinctions spécieuses qu'on créerait alors ne gaspilleraient que du temps de loisir et non des éducations entières. Les Palestiniens auraient déjà un État si l'Occident (notamment les journaux occidentaux) et les Nations unies avaient sans relâche jugé tout aussi sévèrement le terrorisme palestinien que l'on juge maintenant le terrorisme islamiste.

Il n'est pas trop tard pour corriger cette erreur jubilaire. Il est ironique que la presse de langue française ait tendance à rapprocher ce qui s'oppose (par exemple, l'amalgame entre terrorisme palestinien et l'autodéfense israélienne, faussement nommé «cycle de la violence») et à éloigner ce qui se rapproche (par exemple, les terrorismes islamiste et palestinien). Ironique et funeste, donc immoral.

(Michael Laughrea est professeur à l'université McGill
et chercheur à l'Hôpital général juif)

Réponse : que les choses soient claires
Denise Bombardier
Le Devoir, 25 mars 2004

Un nombre relativement important de lecteurs a mal interprété un passage de ma chronique sur le terrorisme islamique de samedi dernier et me vouent à la géhenne depuis. Je me dois de mettre un terme aux accusations qui font de moi une justificatrice du terrorisme palestinien. En écrivant que ce dernier diffère du terrorisme islamique, j'ai simplement voulu établir une distinction entre un terrorisme qui a pris naissance sur des revendications territoriales et celui qui se répand à partir d'une croisade universelle contre le mal incarné par les «chiens de chrétiens et de juifs».

La mort de civils israéliens sous les bombes des kamikazes palestiniens est intolérable et l'antisémitisme islamique une calamité de plus. Israël, comme tous les pays, a droit à l'existence et doit assurer sa sécurité. La discussion demeure ouverte quant aux moyens d'y parvenir en état de guerre dans une démocratie.

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Numéro 124 • vendredi le 19 mars 2004

XÉNOPHOBIE, RACISME ET ANTISÉMITISME
Shmuel Trigano
Colloque de Montréal, 14-16 mars 2004

Le phénomène antisémite qui nous préoccupe depuis trois ans a brouillé la distinction rationnelle qui est faite entre xénophobie, racisme et antisémitisme. Ces trois catégories constituent des modalités de rejet de l'homme différent.

La xénophobie rejette l'étranger historique, national ; le racisme l'étranger physique (se distinguant par la couleur de la peau), l'antisémitisme, l'étranger métaphysique ( que rien ne distingue dans ses apparences mais qui est malgré tout distingué par son environnement), une figure spécifique aux civilisations nées du judaïsme historique : chrétienté et islam et qui a une longue histoire de vingt siècles.

Or c'est précisément la singularité et la spécificité de l'antisémitisme qui ont été mises en question. Plusieurs raisons factuelles l'expliquent.

1) L'existence d'un État d'Israël a « normalisé » l'étranger métaphysique qu'est le Juif aux yeux des cultures engendrées par le christianisme et l'islam, de sorte que l'antisémitisme s'est lui aussi normalisé, même si son noyau reste métaphysique. Il se déploie effectivement dans le champ de la politique internationale si bien qu'il peut se travestir en critique de la politique du gouvernement israélien pour se promouvoir comme cause politique légitime alors qu'il porte en lui l'antisémitisme. C'est ce que l'on appelle de façon congénitalement ambivalente l'antisionisme. Il faut en effet distinguer une critique politique portant sur les actes d'un gouvernement d'une critique portant sur l'essence d'un État et donc son existence même. L'excès de la critique, comparativement à des cas semblables, le recours à des critères d'évaluation exceptionnels, permettent d'identifier un tel glissement.

2) Le monde de l'après-communisme, le nôtre, a caressé le rêve (depuis toujours dangereux) d'une humanité unie et « totale », ennemie de la singularité parce que cette singularité s'opposerait à l'interchangeabilité, à l'échange infini de la multiplicité. C'est un paradoxe : l'utopie multiculturaliste qui se promeut au nom du respect des différences est le plus sûr instrument d'une pensée totalitaire de la société. La reconnaissance des autres se promeut au nom de la négation de l’Autre, du principe même - transcendant- de l’altérité. Cette fraternité, vécue sur le mode de la masse et de l'anonymat, ne peut, cependant, pour se fonder, que rechercher le référent de l’Autre métaphysique en l'excluant (souvent, c'est l'État et la nation qui jouent ce rôle dans son système idéologique). Il se trouve que le Juif en est une figure classique (l'étranger métaphysique). Quand le Juif est de surcroît un peuple juif, une nation israélienne, un État, toutes les conditions sont établies pour établir cette équivalence entre la transcendance- honnie- de l'État-nation et le Juif. L'État d'Israël est alors identifié au Juif métaphysique, une figure dont le sionisme souhaitait justement se libérer.

C'est cette figure que les trois mouvements mondiaux qui se confrontent aujourd'hui sur la scène de l'histoire ont ressuscitée, en prenant pour cible le peuple juif, et tout spécialement l'État d'Israël, c'est-à-dire les Juifs qui ont recherché la normalité conventionnelle de l'époque contemporaine (la forme de l'État-nation) et qui, de ce fait -et dans la plus totale incompréhension des Israéliens-, sont redevenus l’incarnation absolue de l'étranger métaphysique.

Ces trois courants idéologiques mondialistes sont :
- la mondialisation libérale avec son idéologie qu'est le post-modernisme.
- l’antimondialisation gauchiste et libertaire (dite « alter-mondialisation »)
- l'islamisme à la conquête du monde

Ainsi a-t-on pu voir comment les post-modernistes -qui sont légion au sein du peuple juif et d'abord en Israël (« Nouveaux Historiens » et autres « post-sionistes »)- ont pu se livrer à une attaque frontale contre l'existence même de l'État d'Israël, la légitimité de son identité nationale, sa moralité. Ils partagent cette réprobation avec de pseudo-démocrates, rescapés de la chute du communisme et qui s'avèrent n'être que des néo-gauchistes, des archéo-marxistes en voie de reconversion idéologique. C'est toute l'extrême gauche néo-trotskyste qui est notamment concernée ici et qui est revenue sur scène.

Ainsi a-t-on pu voir comment les anti-mondialistes ont fait d'Israël le symbole même de l'Amérique capitaliste et impériale et des Palestiniens, le nouveau «juste souffrant», la victime absolue dont le sort concerne toute l'humanité à son niveau le plus intime et dont la figure suppose implicitement que l'existence d'Israël incarne le mal absolu. Ainsi a-t-on pu voir comment les islamistes ont revivifié la vieille théologie du Juif satanique et menteur, comploteur, ressuscitant une idée coranique selon laquelle Juifs et Chrétiens ont falsifié la parole divine dont le Coran serait la véritable expression tandis que l'islam serait la «religion naturelle » de l'humanité dont tout vient et vers laquelle tout doit retourner.

Du fait de ces nouvelles conditions, il s'est produit un extraordinaire renversement idéologico-politique. L'antiracisme qui est la profession de foi de l'antimondialisme et du gauchisme est parti en guerre contre Israël et les Juifs et a donc effacé la distinction et l'équivalence de valeur entre antisémitisme et racisme. L'antisémitisme a retrouvé sa singularité historique qui en fait une catégorie de la haine, distincte du racisme. Les Juifs se sont retrouvés seuls.
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La mystique de la souffrance palestinienne a ainsi occulté l'antisémitisme que cette mystique ressuscitait et qu'a ressuscité programmatiquement l’O.L.P., en utilisant tous ses relais dans le monde, comme une arme politique contre le peuple juif. La conférence de Durban fut l'illustration de cette machination qui n'a pas hésité à ressusciter le mythe du meurtre rituel d'enfants par les Juifs (les « enfants » soldats palestiniens, le petit Mohamed al Dura furent autant d'icônes de cette manœuvre). Or cette mystique se dit et se pense comme antiraciste. C'est parce que l'on est antiraciste qu'on est antisioniste (puisque le sionisme est défini comme apartheid et nazisme). Mais on est alors de facto antisémite dans le sens où être antisioniste, c'est promouvoir la destruction d'un État jugé amoral dans son essence même. Or, la destruction des Juifs, sous quelque forme identitaire que ce soit (communauté, citoyenneté ou État) est le critère unique d'identification de l'antisémitisme. L'antisionisme est une idéologie exterminationiste qui prône l'extermination du peuple israélien et la destruction de ses institutions, le seul État de la planète dont on souhaite la disparition. C'est une idéologie génocidaire.

Peu importe que s'identifient à ce projet des personnalités juives ou israéliennes - en fait une infime minorité mais à laquelle l'opinion publique occidentale confère sournoisement un droit d'expression quasi exclusif. Cette mouvance est justement celle que nous avons identifiée aux post-modernistes juifs qui récusent l'idée et la légitimité d'un État national pour les Juifs. Ce phénomène est troublant mais l'histoire nous montre qu'il y a eu et qu'il y a un antisémitisme juif (une pathologie propre à une condition minoritaire).

Ainsi a-t-on pu voir comment les militants antiracistes ont pu adopter des postures objectivement antisémites -même si c'est à leur conscience défendante.

Ainsi a-t-on pu assister à la convergence monstrueuse, car contre-nature, de la mouvance néo-trotskyste et de la mouvance islamiste, sur le plan de la politique internationale et de la politique intérieure.

Ainsi a-t-on pu voir des intellectuels post-modernistes rester silencieux et négligents face à la montée d'un antisémitisme, qui -pour toutes les raisons invoquées- constitue un type tout à fait inédit de la haine des Juifs. Comme à la fin du XIXème siècle, l'antisémitisme est redevenu la passerelle entre l'extrême droite et l'extrême gauche et le moyen de leur collusion avec l'islamisme rétrograde et clérical.

Ce renversement paradoxal -un phénomène courant dans les idéologies- a aussi touché la condition des Juifs de diaspora et tout spécialement en Europe qui est un des champs où le choc entre l'islamisme et l'Occident est le plus ressenti. Les Juifs se découvrent alors devenus des étrangers nationaux dans leur propre pays. Ici l'antisémitisme se « normalise » et devient xénophobie : l'image qui médiatise ce transfert est bien sûr l'État d'Israël ( figure par excellence de la « normalisation » des Juifs, devenus des « nationaux » comme les autres) avec lequel les Juifs européens expriment leur solidarité dans leur immense majorité. Mais il est évident que derrière cette figure du Juif comme étranger national, (quasi-israélien, protoisraélien) se profile la figure classique de l'antisémitisme : l'étranger métaphysique, celui que l'on soupçonne chez son concitoyen bien qu'il soit en tous points semblable à soi.

Pour des raisons d'ordre historico-politiques1 la grande majorité des Juifs français ne peut imaginer de continuité juive en Europe sans l'existence et la reconnaissance d'un État d'Israël. Ce n'est pas là une hystérie typiquement juive ou une nostalgie atavique C'est quelque chose d'intimement lié à l'histoire de l'Europe et de la démocratie contemporaine. La modernité, si elle a su faire place aux Juifs comme individus ne les a pas reconnus comme peuple dans l'historico-politique. Sartre l'exprime parfaitement dans une parole scandaleuse des Réflexions sur la question juive : « II n'y a pas de différence entre l'antisémite et le démocrate. Celui là veut détruire le Juif comme homme pour ne laisser subsister en lui que le Juif, le paria, l'intouchable ; celui-ci veut le détruire comme Juif pour ne conserver en lui que l'homme, le sujet abstrait et universel des droits de l'homme et du citoyen »...

Tout le problème pour l'avenir immédiat, c'est de savoir si la figure de l'étranger métaphysique -figure fondamentale de l'antisémitisme- continuera à s'insinuer dans les consciences, cachée derrière une pseudo xénophobie ou un pseudo antiracisme, sapant d'abord la légitimité d'une existence juive en Europe, voire dans le système international, puis, à Dieu ne plaise, sa légalité.

Quoique fassent les Etats démocratiques, tout ne dépend pas d'eux mais aussi de l'opinion publique, de la rumeur, de l'inconscient collectif. Il y a sur ce plan un grand danger dans le fait que la censure idéologique sur l'antisémitisme a sauté. Le plus inquiétant, serait le progrès de la figure masquée de l'étranger métaphysique. Déjà existe une inquiétude envers la figure juive de la part de certains secteurs de l'opinion. Tant de choses horribles ont été dites et montrées sur Israël que tout ce qui touche à lui se voit gagné par une sorte d'exclusion sacrée, de stigmatisation automatique, ne serait-ce que parce que l'homme moyen ne sait pas quoi penser ni comment se comporter.

Cette exclusion est la conséquence de la déshumanisation et de la diabolisation d'Israël. À Durban, Israël a été accusé d'apartheid. Sharon est couramment assimilé à Milosevic. Les Palestiniens et l'extrême gauche en quête d'un nouveau combat mythique visent en effet à kosovariser le conflit et à serbiser Israël pour provoquer une intervention internationale dont ils seront assurément les bénéficiaires . Cette campagne est orchestrée avec maestria par un puissant lobby pro-arabe et la mouvance très bruyante de l'extrême gauche et des postmodernistes juifs.. Elle repose sur une multitude d'organisations non gouvernementales présentes dans tous les pays d'Occident et en Israël qui se font les relais de ses mots d'ordre. Il s'est ainsi créé une confusion totale des esprits, profusion de malentendus qui font que l'on s'écarte des Juifs, qu'un fossé se creuse autour d'eux, que tout ce qui les concerne devient tabou.

D'un côté le totem, objet de mémoire et de compassion : la Shoa (sur laquelle postmodernistes, islamistes et alter-mondialistes se lamentent). De l'autre, le tabou, objet d'horreur et d'exécration: la vie juive reconstituée après la Shoa sous la forme de l'État d'Israël ou des communautés juives d'Europe.

L'exaltation des Juifs morts aux dépens des Juifs vivants.

(Shmuel Trigano est professeur à l'Université de Paris X-Nanterre)

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Numéro 123 • vendredi le 12 mars 2004

Un activiste palestinien des droits de l’Homme : Les Brigades Al-Aqsa dirigent la vie quotidienne dans les villes, à coups de menaces, de violence et de meurtres.
MEMRI, 10 mars 2004

Dans un récent article, Bassem Aïd, fondateur et directeur du groupe palestinien de contrôle des droits de l'Homme, siégeant à Jérusalem Est, et ancien vice-directeur du groupe israélien des droits de l'Homme Betselem, évoque le problème des gangs palestiniens armés qui terrorisent quotidiennement la population palestinienne dans les territoires de l'Autorité palestinienne. Aïd fait des propositions visant à rétablir l'ordre, suggérant que les Palestiniens fassent appel aux gouvernements égyptien, jordanien et éventuellement turc pour assurer la sécurité et la protection des citoyens palestiniens. Voici quelques extraits de l'article:

Le ministre de l'Intérieur de l'Autorité palestinienne a été privé de ses pouvoirs par Arafat; nous avons besoin que les forces extérieures nous aident à assurer notre sécurité

«Comment ordonne-t-on le chaos? Les Palestiniens n'y sont pas arrivés. Les pouvoirs accordés par le président Arafat [au ministre palestinien de l'Intérieur] ont rendu le ministère responsable des problèmes civils exclusivement, et non plus de la sécurité (…)

Les Palestiniens ont besoin de plus de sécurité, ce qui est en passe de devenir un problème pour le gouvernement palestinien. Les Palestiniens doivent recourir aux forces extérieures pour que soit assurée leur sécurité (…)

Le gouvernement d'Ahmed Qoreï [Abou Alaa], incapable de distinguer les problèmes civils des problèmes de sécurité, est devenu inefficace et a perdu sa crédibilité auprès du public. Il est évident pour le monde entier que le peuple palestinien, comme le gouvernement palestinien, sont incapables d'assurer la sécurité dans les territoires palestiniens. L'Autorité palestinienne a besoin d'un ministre de l'Intérieur dont la mission et la fonction soient clairement définies.

Il y a bien quelqu'un au [poste de] ministre de l'Intérieur, [mais il] ne remplit plus sa fonction, sa mission, et a perdu toutes ses compétences. [Le fait de priver de ses pouvoirs le ministre de l'Intérieur] a provoqué la destitution du gouvernement de Mahmoud Abbas [Abou Mazen] et conduit de la même façon à effacer le [gouvernement d'] Abou Alaa. Que signifie tout cela? (…)»

Un ministre palestinien de l'Intérieur serait-il assassiné s'il imposait la loi et l'ordre?

«Nous savons tous que (…) des bandits armés menacent les Palestiniens et font régner la terreur parmi eux. Le 22 octobre dernier, Ghaleb Al-Faroukh, civil palestinien âgé de 46 ans, a été assassiné par deux Palestiniens armés, alors qu'il se rendait à Saïr, à Hébron, pour y faire des courses. Le jour suivant, Madjid Zein, un autre Palestinien de 46 ans, a également été abattu par trois hommes armés dans le même quartier, et le 28 octobre, un autre civilpalestinien du nom de Fakhri El-Masri a été assassiné par deux Palestiniens à Salfit, à proximité de Naplouse.

La question qui se pose est la suivante: quel ministre palestinien de l'Intérieur oserait punir les responsables? Le ministre palestinien de l'Intérieur serait-il abattu s'il les condamnait?

A Tulkarem, les Brigades Al-Aqsa dirigent et gèrent la vie des civils et la sécurité de la ville. Elles menacent, battent et tuent. Le 23 octobre, 12 bandits armés au chômage ayant rejoint les Brigades Al-Aqsa ont abattu Mohammed Hilal, âgé de 22 ans, et Samer Ofeh, âgé de 23 ans, en pleine rue, parce qu'ils les considéraient comme des collaborateurs.»

Naplouse est dirigée par deux voyous armés illettrés

«Naplouse est dirigée par deux voyous armés illettrés. Ces deux personnes, craintes de la population, contrôlent la vie des civils dans la ville. C'est un exemple de situation inacceptable de ville gouvernée par des ignorants, experts dans le seul domaine de la propagation de la peur parmi les civils (…)

Le gouvernement d'urgence ne fait aucun cas des problèmes de sécurité et de sûreté du peuple palestinien. Il les néglige et ignore [en outre] les problèmes d'ordre politique, social et économique. L'attentat qui visait le convoi américain à Gaza, le 15 octobre, était un signal d'alarme qui aurait du inciter les Palestiniens à restructurer leur système de sécurité. Qui peut y parvenir à présent, et maîtriser les voyous qui bafouent les réglementations ?»

Nous devrions appeler à l'aide les forces jordaniennes, égyptiennes et peut-être turques dans le domaine de la sécurité intérieure

«Il n'y a rien de honteux pour les Palestiniens à avouer qu'ils ont perdu espoir. Les Palestiniens recherchent la sécurité et le confort, comme tout le monde. [Vu que les Palestiniens demandent la protection des forces internationales], je conseille au gouvernement palestinien de faire appel à la Jordanie, à l'Egypte et éventuellement à la Turquie, pour que ces pays envoient leurs forces de sécurité, aident à rétablir l'ordre dans les territoires palestiniens et à mettre fin aux attaques dirigées contre des citoyens palestiniens.»

Les volontaires de la mort.
L'arme du suicide

François Géré

Une critique par Jean-Pierre Allali

Il ne se passe pas un jour, sans que la nouvelle d'un attentat-suicide, à Jérusalem, à Bagdad, en Afghanistan, en Turquie ou ailleurs ne soit annoncé. Avec son lot de corps calcinés et atrocement mutilés, avec sa cohorte de blessés sanguinolents, souvent estropiés à vie et, au centre du massacre, les restes déchiquetés de l'auteur de la tuerie, la bombe humaine, le volontaire de la mort, le VM.

Au nom de qui, au nom de quoi ? Dans quel sinistre et inhumain dessein ?

Le 15 janvier dernier, à Erez, principal point de passage entre la bande de Gaza et Israël, un VM se faisait exploser, entraînant la mort de quatre Israéliens. Revendiqué conjointement par le Hamas et les Brigades des «martyrs d'Al-Aqsa », un groupe issu du Fatah, cet attentat meurtrier a été perpétré par une très jeune femme, une Palestinienne, Reem Saleh Al-Riyachi, 22 ans, mère de deux enfants en bas âge.

Par quelle aberration mentale et à la suite de quel type d'embrigadement psychologique une maman peut-elle, quelles que soient ses ressentiments à l'égard d'un groupe humain adverse, abandonner sa famille pour aller s'automutiler mortellement et se transformer en charpie pour la seule satisfaction de nuire à l'ennemi ?

Pour tenter d'analyser le comportement de ces armes humaines quasi-imparables que sont les VM et « expliquer l'instrumentalisation inhumaine de la vie humaine », François Géré, spécialiste des questions touchant à la défense, remonte loin dans le temps, à la recherche de phénomènes plus ou moins similaires. Dans l'Antiquité, voici Socrate buvant la ciguë, les Grecs avec le sacrifice de Leonidas et des trois cents hoplites lacédémoniens du passage des Thermopyles, la devotio magique des Romains, le sacrifice de Samson ou celui des Macchabées. Remontant le temps, il nous décrit par le menu la secte des « Assassins », des chiites ismaéliens, « jalon historique dans la tradition du sacrifice propre à la culture islamique, première étape dans la représentation du combattant suicide ». Puis vient le temps du nihilisme russe, des kamikazes japonais, des volontaires viêt-minh, des Bassidje iraniens, des Tigres noirs du Sri Lanka, des septembristes de Ben Laden et des VM palestiniens, enfin, dont on ne soulignera jamais assez que contrairement à tous ceux qui les ont précédé, ils sèment la mort, sans distinction, parmi des populations civiles, homme, femmes, enfants, vieillards, Juifs ou non-Juifs avec, en ligne de mire obsessionnelle, une haine insondable contre Israël et le monde juif. « Happés dans une spirale de violence que personne n'avait prévue », les Palestiniens et notamment les islamistes forcenés « ne laissent aux Israéliens aucune autre alternative en dehors de la lutte à mort ».

Et, explique l'auteur, tout comme les communistes avaient parié sur le sens de l'Histoire qui devait garantir l'effondrement des Etats-Unis et du capitalisme, les islamistes palestiniens parient aveuglément sur une victoire garantie par Dieu ! En témoigne le serment des partisans du Hezbollah : « Allah est notre but, le prophète est notre modèle, le Coran est notre loi, le djihad est notre vie, le martyre est notre voeu ».

L'action proprement inhumaine des V.M. ne peut se comprendre qu'au travers de deux principes intellectuels qui guident leurs commanditaires : la réification et la bestialisation de l'ennemi considéré comme n'appartenant pas à la race humaine, l'indiscrimination : Nos ennemis, les Juifs, sont tous des soldats, il faut donc les tuer tous.

« Produit d'une double réification (de soi-même et de l'adversaire), la nature du VM relève d'une double transgression, celle de l'ordre du biologique (respect de sa propre vie) et celle de l'éthique (respect de la vie d'autrui) ».

Au terme de cette enquête qui fait froid dans le dos, François Géré, pour lequel « comprendre n'est pas excuser ou accepter », envisage les ripostes possibles. Et si, militairement on peut, momentanément, imaginer toutes sortes de représailles, on n'arrivera au bout de l'action des V.M. qu'en démontrant à leurs chefs que leur ratio de rentabilité n'est pas en leur faveur. Et surtout, il faut universaliser la lutte contre ce phénomène terrifiant. « Le temps est en effet arrivé de saisir le droit international et les instances qui l'incarnent du fait de violence constitué par le sacrifice meurtrier et l'emploi délibéré de l'arme V.M. » « L'usage de l'arme V.M. , au même titre que la torture, devrait être, par principe, au nom de l personne humaine, tenu pour injustifiable et son usage condamné ». Un combat qui sera long et difficile. Un ouvrage passionnant à lire absolument.

Augmentation des incidents antisémites au Canada
Radio-Canada, Jeudi, le 11 mars 2004

L'organisation juive B'nai Brith a indiqué jeudi que les incidents antisémites rapportés au Canada ont augmenté de 27% en 2003 par rapport à 2002. Au total, 584 incidents ont été signalés à la Ligue des droits de la personne de B'nai Brith, qui publie chaque année un rapport sur l'antisémitisme au pays.

Ruth Klein, directrice nationale de B'nai Brith, a souligné que cette augmentation de 27% suivait une augmentation de 60% rapportée en 2002. «Cela veut dire que le nombre d'incidents rapportés a doublé en seulement deux ans au Canada», a-t-elle ajouté.

Pour l'année 2003, le plus grand nombre de cas ont eu lieu au Québec et en Ontario, les deux provinces où l'on compte le plus grand nombre de juifs au Canada. Au Québec, 108 cas ont été rapportés, dont 102 dans la région de Montréal. Il s'agit d'une augmentation de 21% par rapport à 2002. En Ontario, 400 incidents ont été rapportés, comparativement à 329 l'année précédente.

Dans l'ensemble,67% des incidents ont été décrits comme des cas de harcèlement et 30% comme des cas de vandalisme. Sept cas ont abouti à des accusations criminelles et un d'entre eux a entraîné une peine de prison. Il y a eu 23 incidents ayant pour cible des synagogues et 34 cas de menaces proférées contre des enfants. Quarante-six incidents ont eu lieu sur des campus d'universités ou de collèges.

Le rapport cite également le leader autochtone David Ahenakew, qui avait déclaré à la fin de 2002 qu'Hitler avait essayé de «nettoyer le monde» lorsqu'il a «grillé» six millions de juifs durant la Shoah. B'nai Brith a aussi identifié «36 cas qui ont impliqué des Arabes sur le total de 584 cas».

L'organisation, qui ne blâme aucun groupe ethnique en particulier, affirme que le terrorisme international et l'importation de sentiments antisémites de l'étranger constituent les plus grandes menaces envers les juifs et les institutions juives au Canada. «Les groupes néonazis ne constituent plus la plus grande menace, qui provient plutôt d'éléments liés aux organisations terroristes internationales», a déclaré Rochelle Wilner, présidente
nationale de B'nai Brith.

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Numéro 122 • vendredi le 5 mars 2004

Entre la 'guerre juive' et
le 'complot américano-sioniste'

Pierre-André Taguieff
L'Arche, n° 543, mai 2003

La guerre pour la bourgeoisie c’était déjà bien fumier, mais la guerre maintenant pour les Juifs! [...] On s’est étripé toujours sous l’impulsion des Juifs depuis des siècles et des siècles. (Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p. 86-87.)

Depuis l’automne 2002, l’antiaméricanisme à la française s’est de plus en plus clairement teinté de judéophobie, à travers une intensification du discours «antisioniste» convenu, certes, mais aussi par la diffusion croissante d’une représentation antijuive bien connue des historiens des années 1930, celle de la «guerre juive».

On sait que l’un des premiers usages idéologico-politiques des Protocoles des Sages de Sion, entre 1918 et le début des années 1930, a été de justifier la désignation des Juifs comme responsables de la guerre de 14-18. Dans la seconde moitié des années 1930, le recours au mythe du complot juif mondial, véhiculé par les Protocoles, a permis de dénoncer l’éventuelle guerre des démocraties contre le régime nazi comme une «guerre juive».

Les 'bellicistes'

La récurrence de ce type d’accusation mérite d’être prise au sérieux et interrogée. De la «guerre juive» à «l’agression américano-sioniste»: persistance et métamorphose d’un stéréotype accusatoire, à travers lequel s’opèrent la criminalisation et la diabolisalion des «Sages de Sion» sous les multiples noms dont on les affuble (le «lobby juif», le «lobby sioniste», «les sionistes et leurs alliés», le «lobby pro-israélien», le «sionisme mondial», le «pouvoir juif», etc.).

Dans les deux cas, en 1936-1939 et en 2002-2003, l’opposition à la guerre contre une dictature reconnue comme telle prend la forme d’une puissante vague «pacifïste». Si l’ennemi est «belliciste» et, à ce titre, monopolise le statut d’agresseur (réel ou potentiel), les anti-bellicistes se définissent eux-mêmes comme partisans de la paix.

Face au messianisme démocratique à l’américaine, les plus gauchistes d’entre les pacifistes américanophobes recourent volontiers aux arguments de base de la «rhétorique réactionnaire», telle que l’a magistralement analysée Albert Hirschman. Toute tentative de modifier l’ordre international existant est récusée au nom de trois types d’arguments: le risque d’engendrer des effets contraires au but recherché (effet pervers); l’inutilité de l’action entreprise, supposée impuissante à modifier le statu quo (inanité); le risque de bouleverser une organisation fragile, représentant de précieux acquis (mise en péril). Si tout est inconditionnellement préférable à la guerre, alors la servitude est absolument légitimée. La prescription d’éviter la guerre à tout prix a conduit naguère nombre de bons esprits à célébrer les accords de Munich. Des socialistes pacifistes à l’extrême droite nationaliste.

Le maurrassien Pierre Gaxotte écrivait dans Je suis partout, daté du 30 septembre 1938: «Quant à nous, il n’y a plus, à nos yeux, que deux partis: ceux qui sont pour la France et ceux qui sont pour la guerre.» Quelques mois plus tard, Paul Ferdonnet, publiciste stipendié par l’Allemagne nazie, publiait La Guerre juive, qui commençait par ces propos dénués d’ambiguïté, datés de «Noël 1938»: «Ces parasites, ces étrangers, ces ennemis intérieurs, ces Maîtres tyranniques et ces spéculateurs impudents, qui ont misé, en septembre 1938, sur la guerre, sur leur guerre de vengeance et de profit, sur la guerre d’enfer de leur rêve messianique, ces bellicistes furieux, il faut avoir l’audace de se dresser sur leur passage pour les démasquer; et, lorsqu’on les a enfin reconnus, il faut avoir le courage de les désigner par leurs noms : ce sont les Juifs.»

'Sionisme mondial'

Considérons le discours «antiguerre» des premiers mois de 2003 à travers le matériel constitué par les appels aux manifestations, les tracts distribués, les banderoles et les pancartes brandies, les slogans proférés. Non seulement l’intervention militaire anglo-américaine contre le régime de terreur de Saddam Hussein a été assimilée aux réactions israéliennes contre les terroristes palestiniens, mais aussi, et surtout, les Israéliens, et plus largement les représentants du mythique «sionisme mondial», ont été accusés d’être à l’origine de la nouvelle «guerre d’Irak».

Des listes de conseillers du président américain, «juifs», «sionistes» ou «proches du Likoud», ont circulé sur Internet, et la presse, même la plus «respectable», a relayé ces accusations ou ces soupçons, visant un Bush manipulé par «les Israéliens», ou des «conseillers juifs». A l’amalgame polémique, «Bush = Sharon» (également et semblablement «assassins»), s’est ajoutée une vision conspirationniste, que traduisent diverses images schématisantes: du «complot américano-sioniste» (où les «sionistes» sont censés rester dans l’ombre, ou agir de façon occulte), à «Bush valet de Sharon».

Les Juifs, une fois de plus, sont ainsi désignés comme les vrais responsables d’une guerre, et d’une guerre qui, dans le contexte géopolitique contemporain, affecte le système mondial des États. Une nouvelle guerre sinon mondiale, du moins mondialisée à bien des égards.

La croyance à l’action des démons, censée expliquer l’origine des malheurs des humains, donne son assise à la judéophobie «antisioniste». La fixation de la haine «antisioniste» sur un Sharon nazifié (et, en tant que tel, devenu synecdoque de l’État «raciste» et «fasciste» d’Israël), permet de formuler un slogan de ce type: «Hitler en a oublié un: Sharon», slogan justifiant le génocide nazi des Juifs, qu’ont osé crier des milliers de manifestants, lors d’une manifestation en faveur de la Palestine, à Amsterdam, en avril 2002. La dénonciation néo-gauchiste de la «Busherie» peut ainsi glisser vers les «antisionistes» de l’autre bord, les néo-fascistes de l’hebdomadaire Rivarol, jubilant de pouvoir enfin dénoncer, en phase avec une importante partie de «l’opinion mondiale», la «Busherie kasher».

Paris VIII

De multiples incidents antijuifs se sont produits, depuis la fin des années 1990, dans les universités françaises, où des groupes gauchistes et pro-palestiniens font régner un terrorisme intellectuel qui rappelle l’époque de la guerre froide, quand les staliniens exerçaient leur dictature idéologique dans certains établissements universitaires. Après des années d’une intense propagande «antisioniste» fondée sur la nazification des «Juifs-Israéliens-sionistes», l’Union générale des Étudiants tunisiens (UGET) a organisé, du 25 au 27 mars 2003, dans le hall d’entrée de l’université Paris VIII (Seine-Saint-Denis), en guise de célébration de la nationale-palestinienne «journée de la Terre» (30 mars), une exposition provisoire, dont la dimension antijuive était à ce point évidente (caricature de Sharon doté d’un nez proéminent, dessins de Juifs au nez crochu, citations «antisionistes» de Roger Garaudy, etc.) que même des enseignants gauchistes, palestinophiles par définition, s’en sont aperçus. Le thème de la manipulation «sioniste» de la politique américaine ne manquait pas à l’appel, comme le montre cette citation de Roger Garaudy: «Le Premier ministre d’Israël a beaucoup plus d’influence sur la politique étrangère des États-Unis au Proche-Orient que dans son propre pays.» Au milieu des drapeaux palestiniens tapissant le hall, le visiteur tombait sur une série de photos, choisies pour provoquer l’indignation, sur le thème «Massacre à Jénine», pièce maîtresse de la propagande palestinienne depuis le printemps 2002.

Serge Thion

Deux journalistes de Marianne décrivent et racontent ce qu’elles ont vu et entendu dans cette exposition : «Des corps mutilés, des crânes explosés, et des explications 'historiques' sur la naissance de l’État d’Israël, construit sur les ruines des villes palestiniennes. Des pancartes résument: 'sionisme = impérialisme = fascisme' [...] Un étudiant juif tente — en vain — d’expliquer la définition du sionisme à un public plus que réfractaire. Le ton est donné. Pendant ce temps, un 'étudiant' (d’une bonne quarantaine d’années) crie dans un micro: 'Tout le monde sait qu’Israël est derrière la guerre en Irak.' L’auditoire applaudit. Les propos sont sans appel: 'Sionistes et Juifs, ça revient au même.'»

Le négationniste Serge Thion, ravi de la nouvelle conjoncture «antiguerre», où l’antisionisme de propagande fusionne avec un antiaméricanisme mystique, écrit dans le numéro 16, paru en janvier 2003, de sa revue, La Gazette du Golfe et des banlieues, à propos de la «composition» de «l’équipe Bush»: «On peut se demander légitimement, si ce ne sont pas des Juifs israéliens ou pro-israéliens qui dirigent le gouvernement américain». Le 10 avril 2003, paraît le numéro 20 de ce périodique caricaturalement haineux, «antisioniste» autant qu’américanophobe. On y lit, en guise d’avertissement au lecteur: «Née en 1991, de la révolte contre la guerre imposée par les pétroliers américains, elle [La Gazette] [...] avait paru sans périodicité fixe. Ranimée par l’éclatant retour de l’impérialisme américain dévoilé par la divine surprise du 11 septembre, elle avait adopté un rythme mensuel sans en faire un dogme. Le dernier numéro, 19, paru après le déclenchement de la guerre par le quarteron des néo-cons sionistes qui agitent la marionnette boucharde, a été submergé et distendu par le flot de l’actualité.»

D’abréviation usuelle pour «neo-conservatives», l’expression «neocons», en langue française, se transforme subrepticement en terme insultant. Un certain Christophe Deroubaix, dans le quotidien communiste L’Humanité, après avoir affirmé que «Bush applique, les unes après les autres, les idées des "neocons"», présente ainsi Paul Wolfowitz, «l’éminence grise»: «Le véritable chef de la bande des "neocons", c’est lui...». Voilà qui doit faire beaucoup ricaner, dans les troupes clairsemées des néostaliniens.

Israël Shamir

Le 20 mars 2003, dans la lettre d’information (diffusée sur Internet) de l’Association médicale franco-palestinienne (AMFP, Marseille), Point d’information Palestine, on pouvait lire un texte judéophobe et conspirationniste signé Israël Shamir, «Les oreilles de Midas», dénonçant violemment les «magnats juifs des médias» et la «juiverie organisée» (Organised Jewry), celle-ci étant par lui accusée d’être aujourd’hui responsable de la «guerre en Irak», comme elle aurait, d’une façon occulte, naguère, après avoir «acheté secrètement et subverti les médias français durant de nombreuses années», précipité les Français «dans l’horrible et totalement inutile Seconde Guerre mondiale».

Ainsi parle Israël Shamir, l’un de ces Juifs antijuifs qui, s’affirmant «antisionistes», sont devenus des intellectuels organiques de la «cause palestinienne» et se sont rapprochés des milieux négationnistes («notre ami Israël Shamir»: c’est ainsi que Serge Thion, l’ex-bras droit de Robert Faurisson, le présente sur son site, avant de diffuser l’un de ses articles). Shamir affirme que «les Juifs», qu’il oppose aux «gens normaux», «règnent en maîtres en Amérique», et précise son accusation: «La juiverie organisée ne cesse de pousser à la guerre tout en déniant toute prise de position et tout engagement en la matière».

Cet «antisioniste» militant enchaîne en posant la question rhétorique suivante: «Est-il totalement impensable que les Juifs américains aient pris secrètement le contrôle de leurs médias nationaux et soient aujourd’hui en train de précipiter les États-Unis dans une horrible et totalement inutile Troisième Guerre mondiale ?» La prescription s’impose: «Faisons en sorte que les conseillers juifs du président Bush soient virés. Ces comploteurs sont incapables de tenir ce qu’ils ont promis [...] Ils ont poussé le bouchon trop loin.»

Les articles «antisionistes» de Shamir sont disponibles sur des sites négationnistes, islamistes et pro-palestiniens. Un des articles disponibles sur le site www.solidarite-palestine.org se termine par cette prophétie, fondée sur la christification des Palestiniens: «Même si l’on crucifie tous les Palestiniens jusqu’au dernier sur le Golgotha, l’Etat juif d’Israël n’a d’autre réalité que virtuelle et ne verra jamais le jour.»

Dans un autre article, daté de septembre 2002, diffusé sur le site du Parti des Musulmans de France (PMF), au début de février 2003, Shamir écrit : «Les élites juives américaines poussent à l’Armageddon [...] afin de placer l’État juif au sommet de la hiérarchie mondiale. C’est le plan d’un mégalomane, mais ce sont des mégalomanes qui sont aux manettes de la superpuissance mondiale unique.» On comprend dès lors pourquoi Shamir, récusant le projet politique fondé sur la coexistence des deux États, l’un juif, et l’autre palestinien, est un ferme partisan du démantèlement de l’État d’Israël en vue de créer un nouvel État, déjudaïsé, incluant Juifs et Palestiniens. Sur ce même site, où le président du PMF, Mohamed Ennacer Latrèche, dénonce inlassablement «le plan américano-sioniste», on lit, à la fin d’un communiqué de presse du PMF, daté du 20 octobre 2002: «Le PMF adresse au peuple irakien et à son président ses meilleurs vœux de bonheur et de prospérité, tout en lui assurant son entier soutien dans sa résistance aux projets dévastateurs américano-sionistes.»

Diabolisation

La propagande pro-palestinienne aveugle et vindicative ne fait nullement avancer la cause palestinienne, elle ne contribue en aucune manière à la création d’un État palestinien, elle a pour seul résultat de nourrir l’imaginaire antijuif, en radicalisant la haine anti-israélienne. Ceux qui, comme moi, sont convaincus de la nécessité de créer un État palestinien souverain se heurtent aujourd’hui à la dure réalité du total refus, par la majorité des défenseurs de la cause palestinienne, de l’existence même de l’État d’Israël.

La diabolisation d’Israël et de l’Occident, pour les «gouvernements à la fois autoritaires et inopérants qui règnent sur presque tout le Moyen-Orient», est une condition de survie. Comme l’a montré Bernard Lewis, la désignation de responsables imaginaires et de coupables fictifs présente, pour ces gouvernements, plusieurs avantages essentiels: «Expliquer la pauvreté qu’ils sont incapables de réduire, légitimer un pouvoir despotique qui ne cesse de s’alourdir, détourner le mécontentement croissant de la population vers d’autres cibles.»

BARRIÈRE CONTRE LE CHAOS ET LA MORT
Albert Soued
le 29 février 2004

Je pensais naïvement qu'avec la venue du président israélien en France, la désescalade amorcée au Moyen Orient allait se poursuivre au niveau des médias. Je constate que de nombreux médias européens, et notamment français, persistent dans leur attitude démesurément anti-israélienne, montrant ainsi un manque d'équité, aussi bien qu'un manque de recul et de culture historique.

Iniquité et manque de recul des médias européens

N'importe quelle attitude ou décision du gouvernent israélien fait l'objet de critiques, sinon d'invectives qui souvent ne sont basées que sur des sentiments, hors de toute justification logique. Ainsi Israël est appelé "occupant" quand pratiquement toute la population palestinienne est sous le contrôle de l'Autorité d'Arafat. L'armée israélienne est amenée sporadiquement à faire des incursions pour pallier l'inaction des différentes polices palestiniennes ou leur inefficacité à juguler la terreur en provenance des territoires autonomes. Le but de ces incursions ponctuelles est de prévenir des attentats imminents ou de châtier les auteurs d'attentats meurtriers en territoire israélien. Les attentats-suicide ont commencé dès l'arrivée d'Arafat de Tunis en 1994 et dès la création de l'Autonomie Palestinienne. Personne ne peut donc affirmer sans déformer la réalité que les attentats procèdent d'un "désespoir" quelconque, mais ils sont plutôt le résultat d'une politique délibérée ayant pour but d'évincer la population israélienne d'Israël par la terreur.

Aujourd'hui l'objet du tollé général est la construction d'une clôture de sécurité pour séparer les populations israélienne et palestinienne. Après dix ans de réflexion et d'amères expériences, le gouvernement israélien est parvenu à la conclusion que la haine du juif transmise par les éducateurs et les médias dans les territoires autonomes avait atteint un niveau tel que la séparation des populations devenait inéluctable.

Aujourd'hui les Palestiniens sont victimisés par les médias français, au delà de toute retenue, au moindre prétexte, un olivier arraché par ci, un détour obligé par là. Est-ce que l'on s'inquiète autant des Indiens du Brésil ou des Berbères d'Algérie? Une question me trotte dans la tête depuis longtemps; est-ce que ces médias s'inquièteraient autant des Israéliens si par malheur Israël n'avait pas gagné les guerres contre les armées arabes ou si la situation politique locale s'était inversée en faveur des Arabes? Après tout la situation peut s'inverser si, lassés par tant de haine et de hargne autour d'eux, les Israéliens jetaient l'éponge ou ne restaient plus sur leurs gardes. Les guerres d'usure d'Arafat ont pris la relève de 4 guerres classiques menées par les pays arabes contre un état minuscule, guerres qu'ils ont perdues. Et ces nouvelles guerres pudiquement appelées "intifada" (terme inapproprié pour tromper les Occidentaux) ont pour but de démoraliser par la terreur et de salir par le mensonge et la calomnie.

Rafraîchir la mémoire de ceux qui parlent ou écrivent sur le Moyen Orient

Il y a un péché originel dans le conflit israélo-palestinien: c'est l'invasion le 15 mai 1948 par les troupes arabes de l'état d'Israël qui venait d'être créé par le forum des nations et non pas cette création elle-même.

Depuis ce jour, le refus arabe de l'état d'Israël persiste et s'amplifie dans l'éducation donnée à l'école, dans les sermons des mosquées, dans tous les médias des pays arabes quels qu'ils soient, même ceux qui ont signé une paix en bonne et due forme avec Israël. L'affaire des Palestiniens est devenue le bon "prétexte" pour justifier cette animosité, car aucun pays arabe du Moyen Orient ne souhaite la création d'un état palestinien indépendant qui serait une source de "désordres incontrôlés" pour lui et le régime qui l'entretient.

Remonter le temps, 1917

À l'issue de la première guerre mondiale où les Ottomans ont pris le parti de l'Allemagne, leur empire qui couvrait le Moyen Orient et une partie de l'Europe s'est effondré.

1- Après l'effondrement de l'empire ottoman, la création d'une vingtaine d'états arabes s'est étalée sur une quarantaine d'années, là où il n'y avait aucun état arabe. Le principal maître d'œuvre dans la région était la Grande Bretagne.

2- Dans une déclaration solennelle, le premier ministre anglais Balfour s'est engagé à créer un foyer juif sur le territoire d'Israël, de Cisjordanie et Gaza, et de la Transjordanie d'aujourd'hui.

En remontant le temps, au 19ème siècle, ces territoires étaient pratiquement vides, parcourus par des tribus nomades, avec quelques agglomérations juives (bimillénaires) et arabes. Après les pogroms russes et les démarches de Herzl auprès du Sultan, la "terre sainte" commence à recevoir des rescapés et des idéalistes juifs. Ceux-ci créent des villages avec des activités agricoles et artisanales qui attirent des ouvriers arabes des pays voisins. Ces implantations croissent tout au long de la première moitié du 20ème siècle, avec l'apport simultané des populations juives venant d'une Europe devenue dangereuse et des populations venant des nouveaux pays arabes constitués et parfois même d'Afrique.

L'Arabie a été créée par l'Angleterre autour d'une obscure tribu du Centre du pays, avec laquelle les services secrets de Sa Majesté entretenaient des relations privilégiées depuis deux siècles déjà, au détriment de la dynastie régnante Hashémite du H'ejaz. Le colonel Lawrence a contribué à installer un "Ibn Saoud wahabite" sur le trône d'Arabie. On connaît la suite… Pour compenser la dynastie Hashémite, 2 royaumes-états ont été créés en Irak et en Transjordanie, au détriment de la promesse de l'état juif.

Puis après 1945 et la shoah, malgré un Foreign Office qui ne jurait que par sa "politique arabe" et malgré certains fonctionnaires anglais "nazifiant" du Moyen Orient (Lord Moyne, Glubb Pasha par exemple), l'Onu crée enfin l'état d'Israël sur moins de 20% du territoire promis en 1917 par les anglais.

Les pays arabes résultant de l'effondrement de l'empire ottoman ont régressé pendant la 2ème moitié du 20ème siècle.

Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de la Libye à la Malaisie, nous avons assisté à de nombreuses velléités et tentatives hégémoniques avortées de reconstitution du Califat. Elles se sont manifestées sous deux registres. D'abord celui national du panarabisme laïc (Libye, Syrie, Irak, Egypte, Yémen…), puis celui du panislamisme (Arabie, Pakistan, Malaisie…), enfin le registre religieux de l'intégrisme radical (Soudan, Somalie, Iran, Afghanistan….). Ayant pris le pas sur le réalisme socio-économique et sur la modernité, ces velléités ont déstabilisé le Moyen Orient et l'ont appauvri. À cette nostalgie du Califat et des temps glorieux de l'Islam s'est ajoutée la non-intégration ou la mauvaise intégration des minorités musulmanes expatriées, notamment en Europe.

Al Qaeda et tous les groupuscules militants de l'intégrisme radical dans le monde sont le fruit de cette nostalgie hégémonique inassouvie et de l'échec de la modernité démocratique en Islam. Issu d'un Islam mal compris ou mal appliqué, l'intégrisme radical musulman est le résultat de toutes les frustrations subies et de tous les fanatismes inculqués par des chefs sans scrupules. Comme l'Islam, l'intégrisme radical ne connaît ni frontière géographique ni frontière sociale.

L'existence d'Israël est insoutenable pour les arabes

Israël vient de subir depuis septembre 2000 l'assaut le plus cruel et le plus horrible de son existence, car il ne vise pas des combattants en armes, mais des civils, notamment les plus démunis, des femmes, des enfants, des vieillards, ceux qui prennent l'autobus ou qui s'arrêtent pour souffler et prendre un café. Ce dernier assaut est la poursuite de toutes les autres guerres menées par les états arabes, mais ici la guerre a changé de forme. La technique de l'attentat-suicide a été perfectionnée par Arafat et ses nombreuses milices pour déstabiliser, puis éjecter du Moyen Orient la nation israélienne. Dans leurs reportages, les médias occidentaux privilégient les réactions de l'armée israélienne, exagérées selon eux, au détriment d'images montrant la volonté farouche des arabes de se débarrasser du dernier témoin local de leur stagnation et de leurs échecs hégémoniques et socio-économiques, eu égard à un monde qui évolue très vite.

Montrer des soldats israéliens en colère après un attentat ou après une manifestation violente détruisant un tronçon de la barrière de sécurité est devenu très médiatique. Or n'importe quelle autre nation aurait réagi de manière plus impitoyable qu'Israël. Le seul exemple de la Russie vis à vis de la terreur tchétchène est flagrant. La France n'aurait pas réagi autrement si elle avait enregistré en 3 ans 10 000 morts et 60 000 éclopés!
Cela fait 56 ans que six millions d'Israéliens cherchent à vivre en paix avec leurs voisins,

dans des frontières sûres et reconnues, malgré 4 guerres imposées. Connaissez-vous un pays qui rend tous les territoires gagnés dans une guerre défensive pour pouvoir simplement signer un traité de paix, qui s'avère être un chiffon de papier dans les faits?

Nombreux aujourd'hui sont les Israéliens qui sont exaspérés, désespérés devant l'inertie et le refus arabe. Ils appartiennent à une nation qui a réussi malgré ce refus à s'ancrer au Moyen Orient, en donnant l'exemple tant redouté par les états arabes d'une démocratie florissante sur de nombreux plans. Alors certains d'entre ces Israéliens pressés qui ont oublié que la patience était une vertu, recherchent parmi leurs voisins le premier venu prêt à les reconnaître. Ils ont même mis en œuvre un simulacre de plan de paix signé en grande pompe, avec les représentants de 0,1% de la population palestinienne, des intellectuels impuissants…. On rêve d'un frémissement de commencement.

La donne actuelle peut être modifiée, mais dans quels délais? La CIA parle d'une vingtaine d'années, le bon sens parle de deux générations. Si la désescalade actuelle amorcée par le président Bush se poursuivait et si la lutte contre la pieuvre d'Al Qaeda pouvait donner des résultats tangibles, le délai pourrait être raccourci. Mais quelle est cette donne?

La donne actuelle

Pendant longtemps, l'égyptien Arafat n'était que le représentant d'une tendance minoritaire palestinienne en exil et il aurait pu passer une retraite plus glorieuse à Tunis qu'à Ramallah, si l'Europe ne lui avait pas déroulé pendant plus de 25 ans un tapis rouge à chacun de ses déplacements. Arafat était connu de certains services secrets occidentaux qui l'ont longtemps protégé, malgré qu'il fût déjà dans les années 70 un terroriste notoire…

L'ONU et certains pays occidentaux ont érigé en chef d'état cet homme violent, chef d'un groupuscule terroriste. Arafat a été sauvé par eux à plusieurs reprises: après Septembre Noir, lorsqu'il a failli renverser la monarchie Hashémite en Jordanie en 1970; après la débâcle de Beyrouth et la très controversée incursion israélienne au Liban en 1982, lorsqu'il a failli s'approprier ce pays; après son exil à Tunis, lorsque la Norvège et certains Israéliens lui ont ouvert les portes de la Judée, de la Samarie et de Gaza en 1994.

Depuis son arrivée en territoire autonome de Palestine, Arafat a démontré son incapacité à constituer un état responsable et cohérent. La corruption et les détournements de fonds, la militarisation illégale des territoires autonomes, avec une douzaine de milices concurrentes, les activités mafieuses et terroristes ont fini par transformer les enclaves reçues en zones de chaos orchestré par des caïds locaux.

À cela s'est ajoutée la folie des grandeurs, appelée par les "psy" hubris, état classique pour tout potentat amené à la démesure par un excès de pouvoir, encouragé de plus par les chancelleries occidentales. Comment voulez-vous que cet homme se contente de la Judée et Samarie et de Gaza ? Ils ne sont plus à sa mesure; même la Palestine ne l'a jamais été. Arafat visait lui aussi un Califat, un Califat révolutionnaire.

Hélas cette folie a été communiquée à tout un peuple désemparé et désespéré de voir sa situation économique décliner et son statut de citoyen se délabrer, par rapport à l'occupation israélienne d'avant 1994 (la vraie celle-là!). Les Palestiniens d'aujourd'hui ont été élevés dans la haine d'Israël et le désir de son extermination, pour prendre sa place.

Seule force organisée, le Hamas à Gaza est un challenger de la folie d'Arafat, sous couleur de l'islamisme fondamental. Mais il s'agit malheureusement d'une autre folie encore plus dangereuse, alimentée par les caisses saoudiennes et par les doctrines fascistes du Hezbollah, et armée par l'Iran.

Au milieu de ce chaos et de ces folies, il y a des enclaves israéliennes agricoles, industrielles ou simplement d'habitation qui prospèrent malgré les menaces quotidiennes et les attentats. On les appelle là "implantations", ailleurs "colonies". Peu importe. Elles sont là, des gens y vivent depuis une ou deux générations. Et c'est là où le tracé de la barrière de sécurité est devenue une affaire planétaire, dont le monde entier parle, occupant tout un aréopage de juristes à la Haye.

Ce qui peut paraître curieux c'est que des dizaines de clôture sont érigées dans le monde sans que personne ne s'en préoccupe ni ne proteste! Et cette barrière particulière qui a pour but de protéger des êtres humains contre le chaos et la folie meurtrière de ses voisins pose un problème d'état d'âme! Elle est devenue le "mur de la honte" dans les médias européens, parce qu'elle empêche le meurtre de juifs et provoque quelques désagréments à de pauvres paysans palestiniens. Elle empièterait sur quelques km2 de territoire "palestinien" semble-t-il.

La barrière de sécurité construite par Israël est transparente (et non un mur) sur 95% de son parcours. Elle est dotée de dizaines de passages et elle a un objectif qui peut être provisoire, celui de protéger ses citoyens des bombes humaines homicides venant des territoires autonomes. Elle a un avantage subsidiaire non négligeable, celui de donner encore une chance aux Palestiniens de créer leur propre état.

Israël ne reviendra pas aux frontières de 1967. Dans leur libellé en anglais qui fait foi, les résolutions 242 et 338 de l'Onu ne l'exigent nullement. Les Palestiniens doivent payer les erreurs commises par des dirigeants qu'ils acclament, et qui ont choisi, notamment depuis Oslo, la terreur contre des civils, comme moyen de pression et de conquête. Il ne sera jamais question de déplacer, ni de compenser (qui pourrait le faire d'ailleurs?) 230 000 citoyens juifs israéliens. Cette pratique qui date depuis trop longtemps à l'encontre des Juifs doit cesser. Il y a de nombreuses autres solutions satisfaisantes pour des partenaires ayant une bonne volonté réelle.

La barrière de sécurité contre la mort qui vient de l'Est est aussi une limite permettant la réflexion, la pacification et la désescalade. Aux Palestiniens de faire le ménage chez eux, sans que l'Europe ne s'en mêle et ne continue à attiser le feu du chaos. Plus tôt ils le feront, plus tôt la lumière viendra d'Orient, plutôt que la mort et la désolation.

(Albert Soued est un écrivain)

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