Communiqué Isranet
novembre 2004
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume III, Numéro 160 • vendredi, le 26 novembre 2004

Fier d'être Israélien
Ismail Khaldi
Israel 21c.com, October 3, 2004

Il y a deux ans, quelques bédouins comme moi, fiers d'être des citoyens israéliens, se demandaient : quels sont notre position et notre statut dans l'État d'Israël dans la situation actuelle ? Après tout, les Bédouins ont contribué à la réussite d'Israël. Au cours de ce dernier temps, quand Israël est attaqué et accusé d'être un État raciste, un "agresseur et un oppresseur", nous avons décidé que la moindre chose, et certainement la chose la plus efficace que nous pourrions faire, serait de raconter notre histoire en tant que membres de la société israélienne.

Moi, Ishmael Khaldi, je suis Israélien. J'ai servi dans Tsahal, dans la police israélienne et dans le Ministère israélien de la Défense. L'an passé, je perdis deux amis bédouins dans l'exercice de leurs fonctions (Dieu bénisse leur mémoire), en défendant l'État d'Israël. Mes amis et ma famille estimons que nous avons un destin commun avec le peuple juif en Israël : nos grand parents fondèrent cette terre avec des immigrés juifs qui arrivèrent dans les années 1920, 30 et 40 pour construire une démocratie. En raison de ce lien à l'État d'Israël, je ne puis rester inactif dans ce temps difficile pour Israël. Je pense que je dois me prononcer et me faire entendre.

Je viens de rentrer d'une tournée de conférences dans des campus de l'Amérique du Nord, une tournée qui dura deux mois, organisée pour l'essentiel par des associations de Hasbarah… En arrivant en Amérique du Nord, déterminé à défendre Israël face au venin de la haine et des attaques dont j'avais beaucoup entendu parler, je m'attendais à retrouver le même engagement sur les campus parmi les étudiants juifs. Malheureusement, ce n'était pas le cas… Je n'étais pas venu en Amérique du Nord pour prétendre qu'Israël soit parfait… Mais, beaucoup d'étudiants tentèrent de m'empêcher de parler. Certains étudiants eurent même l'audace de me comparer à Joseph Gœbbels… La haine profonde se manifesta clairement dans l'ensemble du pays dans les nombreuses questions pipées posées par des étudiants anti-israéliens. Par exemple, un étudiant musulman à l'Université de Rutgers faisait semblant de complètement ignorer qu'Israël est un État libre et demanda : "Comment pouvez-vous soutenir un État hébreu si vous n'êtes pas juif?" … À Milwaukee, on me demanda : "combien de vieillards et de femmes palestiniens avez-vous humiliés pendant votre service dans la police israélienne?" Comment peut-on poser de telles questions? Si seulement on savait la vérité, que les soldats israéliens ont, très souvent, aidé des Palestiniens.

La situation que je rencontrai sur beaucoup de campus en Amérique du Nord et au Canada était terrifiante. J'étais moins choqué par les questions posées par les Arabes que par les menaces personnelles, et la profonde apathie de la majorité des étudiants juifs… Je m'attendais à rencontrer beaucoup plus d'étudiants juifs au courant de la situation en Israël, mais ce n'était pas le cas… Les étudiants arabes et leurs sympathisants savaient presque toutes les informations les plus récentes provenant du Proche Orient. Comment la voix d'Israël peut-elle être entendue si les étudiants juifs ne connaissent pas les faits ou n'ont pas assez de connaissances pour se faire entendre?

Soixante ans après les horreurs de l'Holocauste, j'ai constaté que, sur les campus, la voix juive est muette… Mon engagement, en ce temps crucial, alors qu'Israël se bat pour le droit d'exister, consiste à perpétuer l'héritage de mes grand-parents, s'unir et se combattre pour l'État d'Israël. L'Histoire ne nous tolérera pas si restons muets. Nous devons retrousser nos manches à nouveau afin de construire un meilleur avenir pour Israël et pour tous ses loyaux citoyens. Le droit d'exister d'Israël est mon droit et celui de mon peuple, tout comme le destin d'Israël est notre destin. Mais tout comme l'Histoire exige de moi de combattre pour Israël, l'Histoire ne tolérera pas une génération de Juifs qui reste indifférente.

Un survivant de la tyrannie palestinienne défend Israël
Brigitte Gabriel
FrontPageMagazine.com, October 15, 2004

Je suis fière et honorée d'être ici aujourd'hui en tant que Libanaise parlant en faveur d'Israël — la seule démocratie au Moyen Orient. En tant que quelqu'un qui grandis dans un pays arabe, je veux vous donner un aperçu du cœur du monde arabe. Je fus élevée au Liban où l'on m'a appris que les Juifs étaient mauvais, qu'Israël était le diable, et que nous n'aurions la paix au Moyen Orient que quand nous aurions tué tous les Juifs et les aurions jetés à la mer.

Quand les musulmans et les Palestiniens déclarèrent le jihad contre les chrétiens en 1975, il commençaient à massacrer les chrétiens, ville après ville… C'est Israël qui vint aider les chrétiens au Liban. Ma mère fut blessée par l'obus d'un musulman et portée à un hôpital israélien pour être soignée. Quand nous entrâmes dans la salle des urgences, je fus choquée de ce que j'y vis… Les médecins traitaient chacun selon le traumatisme qu'il avait subi. Ils soignèrent ma mère avant de soigner le soldat israélien qui se trouvait à ses côtés…

Pour la première fois de ma vie, j'ai rencontré une qualité humaine que je sais que ma culture n'aurait jamais montrée à l'égard de son ennemi. J'ai expérimenté les valeurs des Israéliens — qui étaient capables d'aimer leur ennemi dans les moments les plus éprouvants… Je me suis rendu compte que le mensonge que mon gouvernement m'avais vendu au sujet des Juifs et d'Israël était loin de refléter la réalité. Je savais pertinemment que si j'avais été une Juive dans un hôpital arabe, on m'aurait lynchée et jetée par terre et que des cris joyeux de "Allahou akbar" (dieu est grand) auraient retenti dans l'hôpital et dans les rues alentour.

J'ai lié d'amitié avec les familles des soldats israéliens blessés, avec Rina en particulier, dont l'enfant unique avait été blessé aux yeux. Un jour, alors que je visitais avec elle, l'orchestre militaire israélien vint jouer l'hymne national pour remonter le moral des soldats blessés. Quand ils entourèrent le lit du fils de Rina et se mirent à jouer une chanson sur Jérusalem, Rina et moi commençâmes à pleurer. Je sentais comme si je n'étais pas à ma place et me préparais à quitter la chambre, mais cette mère tenait ma main pour me retenir… Elle me tenait en pleurant, et dit : "Ce n'est pas ta faute". Nous restâmes là, simplement, en pleurant, nous tenant par la main…

La différence entre le monde arabe et Israël est une différence de valeurs et de caractère. C'est la barbarie contre la civilisation. C'est la dictature contre la démocratie. C'est le mal contre le bien… Parce qu'on a encouragé les Palestiniens à croire que l'assassinat de civils israéliens innocents est une tactique légitime pour faire avancer leur cause, le monde entier subit maintenant le fléau du terrorisme, de Naïrobi à New York, de Moscou à Madrid, de Bali à Beslan… Ils attribue les attentats suicide au "désespoir face à l'occupation". Mais que je vous dise la vérité. Le premier attentat terroriste majeur commis par des Arabes contre l'État juif fut perpétré dix semaines avant qu'Israël ne devînt indépendant. Le terrorisme arabe n'est pas causé par le "désespoir face à l'occupation", mais par l'IDÉE MÊME d'un État juif.

Tant de fois dans l'histoire des cent dernières années, les citoyens sont restés silencieux et n'ont rien fait, laissant le mal l'emporter. Tout comme l'Amérique s'est levée et a vaincu le communisme, il est maintenant temps de se lever contre le terrorisme l'intégrisme religieux et l'intolérance. Il est temps pour nous tous de nous lever, de soutenir et de défendre l'État d'Israël, qui est aux premières lignes de la guerre contre le terrorisme.

(Merci à Llewellyn Brown pour la traduction française.)

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Volume III, Numéro 159 • vendredi, le 19 novembre 2004

Le maillet en caoutchouc
David Bensoussan

Rien ne pourrait mieux décrire la carrière de Yasser Arafat qu'un maillet en caoutchouc qui ne cesse de rebondir pour mieux cogner à nouveau. À ses débuts, l'OLP de Yasser Arafat détournait des avions et voulut faire la loi en Jordanie. En 1970, le roi Hussein décréta alors une répression sanglante au cours de laquelle 20 000 Palestiniens furent tués. C'est alors que l'OLP s'installa dans le Fatahland au Sud Liban d'où elle continua à mener des actions terroristes tout en intervenant dans la guerre civile entre musulmans et chrétiens au Liban, guerre qui fit plus de 100 000 morts. Après qu'Israël ait chassé Arafat du Liban, l'OLP s'est installée à Tunis. Au cours de la guerre du Golfe, Yasser Arafat se rangea délibérément du côté du dictateur irakien, s'alignant ainsi avec des nations connues pour leur extrémisme tout comme la Libye et l'Iran. C'est pourtant après la Guerre du Golfe que le gouvernement israélien alla chercher Yasser Arafat pour lui proposer de bâtir ensemble la paix. À cet effet, Yasser Arafat et beaucoup de Palestiniens en exil entrèrent à Gaza et en Cisjordanie, et l'Autorité palestinienne fut armée (La plus grande concentration de policiers au monde est celle de l’Autorité palestinienne) afin d'assurer la sécurité et de contrôler les terroristes. Depuis les accords d'Oslo, le terrorisme des organisations palestiniennes n'avait pas cessé de s’abattre sur les populations civiles et l'on se demandait encore si Arafat menait un double jeu par terrorisme interposé. La découverte de documents accablants sur le financement des attentats suicides dans les bureaux d’Arafat n’a laissé plus de doute là-dessus.

Le long processus de la conférence de Madrid, suivie des accords d'Oslo culmina avec les accords de Camp David sous l'égide du Président américain Bill Clinton. À l'occasion de ces négociations, Israël fit des concessions inouïes pour la paix. Au moment où il devait poser le geste de sa vie et témoigner de son courage, Yasser Arafat à qui l'on avait offert plus que ce qu'il n'avait demandé jusque là, se mit à exiger encore plus de concessions dans une attitude irrédentiste ‘‘du tout ou rien’’ qui a fait dérailler le processus de paix. En revenant à Gaza après l’échec des accords de Camp David, Arafat déclara : ‘‘On m’a proposé la moitié de Jérusalem mais je la voulais tout entière’’ !

C'est alors que l'Intifada fut lancée. On envoya des enfants dans des zones de tir. On en envoya encore sitôt qu’un journaliste armé d’une caméra se présentait, passant devant la police armée palestinienne indifférente. On glorifia les enfants suicides jusqu'à en faire le thème central des colonies de vacances. On nomma les lieux publics au nom des assassins de civils israéliens. Suite aux pressions internationales, l'on arrêta des terroristes connus pour les relâcher sitôt après. Les ''prisons portes-tournantes'' ont exacerbé l'opinion israélienne au plus haut point. Arafat voulait continuer à obtenir des concessions par des meurtres de civils. Celui qui a été coiffé du titre du prix Nobel de la paix montrait qu'il revêtait encore son vieux manteau de terroriste. Les propos tranquillisants de Yasser Arafat à la Presse internationale faits en langue anglaise ont contrasté beaucoup avec les propos inflammatoires qu'il tient en arabe. D'un côté, il a tenu le langage de la paix et de l'autre, il a cité un des premiers traités de paix de l'islam qui n'a pas été respecté, insinuant que les accords avec Israël ne sont qu'un moyen de détruire cet État par étapes. Devant les médias occidentaux, il a demandé la paix des braves mais n’a craint pas de tenir un discours antisémite de dénigrement complet du peuple juif lors de la conférence sur le racisme à Durban. Dans un même souffle, il a pris une photo donnant du sang aux victimes du World Trade Center, photo que les médias internationaux s'empressent de publier, et a déclaré en langue arabe que les personnes suicides sont le sel de la terre…

L'histoire a montré que le leadership palestinien a été des plus néfastes à son peuple. En 1948, il refusa le partage de la Palestine. En 1967, le président de l'OLP Ahmed Choukeiri promettait de jeter les Juifs à la mer. Quant à Yasser Arafat, il a raté des occasions historiques, augmentant la misère de son peuple sans atteindre le moindre objectif tangible. Lorsque Clinton avait pressé Arafat de signer les accords de Camp David, ce dernier soutint qu'il craignait pour sa vie, car les extrémistes pourraient avoir sa peau. Anouar Sadate fit un pas courageux vers la paix. Elle lui coûta la vie mais il n'y a plus de guerre entre l'Égypte et Israël. Itshak Rabin fit des concessions courageuses qui lui coûtèrent également la vie. Quant à Arafat, il a joué avec art sur l'ambiguïté et le double langage jusqu'à frustrer au plus haut point les partisans de la paix. Au lieu de prendre une décision courageuse, il a décidé de se faire l'assassin de civils par enfants suicides interposés, désespérant et la gauche israélienne et les diplomates de la planète. Imaginerait-on un Bin Laden repenti-récidiviste qui serait reçu par le pape et l’archevêque de Canterbury ? C’est exactement ce qui s’est passé avec Arafat qui, comblé d’honneurs, s’est senti immunisé contre tous les abus et contre toutes les indécences. On pourrait se demander quelle aura été la motivation réelle des chancelleries européennes et notamment celle de la France, à vouloir s’obstiner à considérer Arafat comme porte-parole unique des Palestiniens.

Pourquoi Arafat a-t-il pris une telle importance dans le monde arabe ? Dans les années soixante, et après la cuisante défaite de la Guerre des Six jours, notamment, le monde arabe a déifié et mythifié Arafat en tant que héros libérateur quand bien même il se livrait au terrorisme. Arafat a dérangé tout comme il a fait l’affaire de nombreux pays arabes. Il a dérangé car les mouvements d’opposition ont utilisé la cause palestinienne pour marquer des points contre leur régime. Il a fait leur affaire car il a permis de détourner l’attention des masses des problèmes internes et du manque d’avenir dans un contexte d’explosion démographique sérieuse. Il semble que la haine d’Israël qui remonte au mépris séculaire de nombreux pays arabes envers leurs minorités non-musulmanes confinées au statut de dhimmis (tolérés) ait aveuglé au point de faire de Arafat un symbole, quitte à hypothéquer leur avenir.

Dans les années soixante, le bloc de l’Est et des pays comme la France ont tenu à soutenir Arafat, misant sur une certaine sympathie arabe qui briserait éventuellement le monopole anglo-saxon sur les richesses pétrolières des pays arabes. Quand bien même Arafat aura déçu beaucoup de pays arabes et qu’il ait aussi plongé son peuple dans la plus grande des misères en déclenchant des attentats-suicides meurtriers qui ont donné lieu à des ripostes musclées, la France tente encore de faire un gain politique sur la dépouille d’Arafat. Beaucoup savent que l’ambiguïté à outrance et le manque de décision politique courageuse et l’utilisation d’enfants-assassins sont loin de faire d’Arafat un parangon d’homme d’état.

On parle souvent de territoires occupés, mais la vérité est que plus de 90% de la population palestinienne a vécu sous le joug d’Arafat qui n’a pu montrer de réalisation tangible à son actif, si ce n’est l’enseignement de la haine, l’étouffement de toute démocratie, une administration corrompue, une régression économique et le détournement de l’islam vers la martyrologie meurtrière. À titre d’exemple, Ayat Mohammed El Akhras, une étudiante palestinienne s’est fait sauter en tuant une personne de 81 ans. Elle n’aura été que le fruit du sacrifice humain dont Arafat a fait la promotion. Recrutée par les émules d’Arafat, armée d’explosifs par eux, elle n’aura été que la victime de l’occupation des Palestiniens par Arafat. Ce dernier a fait en sorte que les huit années d’éducation haineuse sous l’égide de l’Autorité palestinienne fassent de la jeune Ayat une bombe humaine. Nous sommes revenus à une antiquité pré-biblique dans la quelle le sacrifice humain (le sacrifice du Moloch) était pratiqué couramment dans cette région du monde. Le non sacrifice d’Isaac (ou d’Ismaël selon la tradition musulmane) par Abraham qui est le fondement même de l’ensemble des religions monothéistes, venait justement mettre fin à cette pratique…

Et l’avenir ? Il y a tout lieu pour les pays arabes modérés de gagner à faire entendre la voix de la raison et du bon sens. Plus que jamais, il incombe aux modérés palestiniens et aux modérés du monde arabe de s'exprimer à voix haute et sans ambiguïté aucune afin de ne pas laisser la voie libre aux extrémistes. Sans cela, la violence et le terrorisme qu'ils ont parfois toléré finiront par se retourner contre tout ce qui pourrait constituer une lueur d'espoir de paix future, y compris la paix sociale dans leur propre pays.

(David Bensoussan est professeur de sciences à l’Université du Québec.)

Bravo M. Bush!
JACQUES BRASSARD
La Presse, 18 Novembre 2004

Il y avait quelque chose de comique à voir, une fois la victoire de Bush confirmée, la mine déconfite, la larme à l’oeil et le fiel en bouche de tous les commentateurs (surtout radio-canadiens), de tous les penseurs patentés, de tous les « chroniqueux » experts, de tous les suppôts du cabotin clownesque Michael Moore. Toute cette fine fleur de l’antiaméricanisme militant était profondément dépitée, toute cette élite gauche-caviar avait bien du mal à contenir sa hargne et son mépris pour le président réélu. Quel réjouissant spectacle !

Quoi ? Non ! Mais c’est pas vrai ? Les Américains ont eu le mauvais goût de reconduire à la Maison-Blanche George W. Bush, ce va-t-en-guerre grossier et ce triste bigot plutôt que John Kerry, cet aristo de gôche si bien coté dans les salons parisiens et les chaumières québécoises.

Je ne veux pas m’attribuer des dons de clairvoyance, mais il me plaît de rappeler que j’avais prédit le printemps dernier la réélection de Bush. Je l’avais aussi souhaitée. Ce faisant, j’avais indigné bien du monde car j’étais un des rares scribouillards de la presse québécoise (scribouillard amateur et à temps partiel, il est vrai, et pour un journal de province) à ne pas considérer M. Bush comme un crétin dégénéré. Je me sens moins seul maintenant qu’une majorité d’Américains (ce ramassis d’abrutis, n’est-ce pas ?) ont confié un second mandat à G. W. Bush.

Pearl Harbor
À la différence des Européens, des Canadiens et des Québécois, les Américains, eux, savent et comprennent qu’ils sont en guerre. Ils assument dans leur majorité cette réalité et ils sont disposés non seulement à mener cette guerre, mais à la gagner. Et la tragédie du 11 septembre 2001 est le Pearl Harbor de cette guerre. Il y avait eu avant cette date de terribles attentats terroristes contre les États-Unis, mais le président Clinton ne les avait pas perçus comme une déclaration de guerre de la part de la mouvance islamo-fasciste contre l’Occident et ses valeurs. L’effondrement des deux tours de New York a causé un tel traumatisme dans l’âme de la nation américaine, que le président en exercise de ce pays et les citoyens qui l’habitent ont eu la fulgurante révélation de se retrouver au coeur d’une guerre déclarée par des ennemis aussi implacables et aussi fanatiques que les nazis et les communistes auparavant.

« L’enjeu fondamental de l’élection présidentielle américaine du 2 novembre, écrit Laurent Murawiec, directeur de recherche de l’Institut Hudson, c’est celui qui oppose « le candidat du 10 septembre », Kerry, cramponné aux béatitudes de l’avant 2001 et qui ne veut pas être en guerre, à Bush, « candidat du 12 septembre » qui, lui, sait l’être. En appeler au multilatéralisme émasculé que représente l’ONU est une faribole : demandez aux Rwandais...et aux Irakiens. »

Bush, c’est là son mérite, a regardé l’ennemi en face et il a mis en oeuvre avec détermination une stratégie offensive vis-à-vis le terrorisme islamiste. Aujourd’hui, les Afghans n’ont plus à subir la folie Taliban et, lors d’une élection, ils ont fait le choix démocratique d’un président pleinement légitime. Et le renversement du régime sanguinairede Saddam Hussein est un bienfait pour le peuple irakien. Il est vrai que la violence est toujours présente dans le fameux Triangle sunnite et que le terrorisme islamiste y multiplie les attentats meurtriers contre les civils en vue de faire dérailler le processus de démocratisation en cours, mais le président américain de même que le gouvernement irakien maintiennent le cap vers une élection en janvier 2005.

Bush a-t-il menti sur les armes de destruction massive ? Les Américains ont répondu non. On n’en a pas trouvé, mais la clique de Saddam en a déjà fabriquées et utilisées contre les Kurdes et les Iraniens. Et puis les commissions d’enquête ont démontré que le dictateur avait l’intention bien arrêtée d’en produire de nouveau et il gardait intact le potentiel technologique pour ce faire.

Bush s’est-il trompé sur les liens entre le régime de Saddam et le terrorisme ? Les Américains ont répondu non. Les relations du despote irakien avec les réseaux terroristes sont maintenant connues. C’était, par exemple, l’agent-payeur des indemnités aux familles des terroristes palestiniens. Bush s’est il fourvoyé en renversant le régime monstrueux de Saddam Hussein ? Les Américains ont répondu non.

Il serait temps que nous, l’Occidentaux, comprenions le sens et les enjeux du grand combat planétaire qui se joue présentement (et pour longtems encore). Il y a d’un côté, le fascisme islamiste et tous ceux qui le tolèrent par lâcheté ou par idéologie; et de l’autre, il y a, comme tout au long du XXe siècle, le camp de la liberté avec, heureusement, l’Amérique à sa tête.

(Jacques Brassard est un ancien député et ministre du Parti Québécois. Il signe une chronique dans le Quotidien de Chicoutimi.)

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Volume III, Numéro 158 • vendredi, le 12 novembre 2004

Le Centre Hillel proteste auprès
de l’Université de Montréal

ELIAS LEVY
Canadian Jewish News, 11 novembre 2004

Les étudiants juifs francophones du Centre Hillel ont encore une fois maille à partir avec la direction de l’Université de Montréal (U.D.M.)

Ce printemps, l’Association des étudiants juifs du Hillel avait protesté officiellement auprès des instances dirigeantes de l’U.D.M. pour souligner l’absence d’un représentant du judaïsme à un colloque de réflexion sur les relations interreligieuses organisé par un Groupe de recherche du Département de Linguistique et de Traduction de l’U.D.M. Forum académique auquel participèrent des universitaires chrétiens et musulmans, dont le controversé intellectuel suisse musulman Tariq Ramadan.

Cette fois-ci, l’Association des étudiants juifs francophones du Centre Hillel a interpellé la direction de l’U.D.M. après avoir pris connaissance d’un cycle de conférences, intitulé “Israël et Palestine”, qui aura lieu, les 11, 18 et 25 novembre, dans le cadre du programme culturel le plus prestigieux de l’U.D.M., Les Belles Soirées.

Dans un communiqué de presse, émis le 26 octobre dernier par le Centre Hillel, Patrick Bensoussan, président de cette Association d’étudiants juifs francophones, et Yaël La Rose, présidente du Hillel à l’U.D.M., dénoncent vigoureusement “la programmation partiale et anti-israélienne présentée dans le cadre des Belles Soirées”.

Le Centre Hillel reproche aux organisateurs de ce programme culturel et académique très coté de n’avoir invité que deux universitaires, les professeurs Yakov Rabkin et Omar Aktouf, qui “ne présenteront qu’un point de vue pro-palestinien et farouchement antisioniste”. Selon eux, le point de vue pro-israélien a été complètement éludé par les organisateurs de cette série de conférences sur le conflit israélo-palestinien.

“Les 11, 18 et 25 novembre prochains, Les Belles Soirées donneront la parole à des non-spécialistes du Proche-Orient, dont la seule qualité est la négation du droit à l’existence de l’État d’Israël. Le Centre Hillel sollicite des Belles Soirées la tenue d’un cycle de conférences qui présenterait au public une approche équilibrée et paritaire de ce sujet. Le Centre Hillel s’attristerait de voir l’U.D.M. suivre l’exemple de l’Université Concordia, où le droit à la libre expression est présentement bafoué”, soutiennent Yaël La Rose et Patrick Bensoussan dans ce communiqué de presse.

Dans une lettre datée du 27 octobre, dont le CJN a obtenu une copie, adressée au Recteur et aux membres de la haute direction de l’U.D.M., l’Association des étudiants juifs du Hillel déplore vivement que les Belles Soirées aient invité à leur cycle de conférences automnales seulement deux universitaires connus pour leurs positions anti-israéliennes.

“Les professeurs Omar Aktouf et Yakov Rabkin sont connus des facultés et du corps étudiant comme promouvant un seul et unique point de vue à propos d’un conflit complexe et explosif. En effet, ils ont tous les deux eu l’occasion de s’exprimer en faveur de l’Association Solidarity for Palestinian Human Rights, exposant clairement leurs points de vue sur le sujet. Leurs discours respectifs envers l’État d’Israël démontrent avec fermeté leur opposition aux droits de l’État hébreu, remettant même en cause son droit à l’existence. MM. Aktouf et Rabkin sont des farouches détracteurs de l’État juif. Ils prônent sans ambages la “désionisation de la Palestine”, c’est-à dire la disparition de l’État d’Israël. L’U.D.M. a ainsi choisi de ne présenter qu’un seul côté du conflit, donc en opposition à son principe d’impartialité. Cela étant dit, ne serait-il pas plus judicieux et intéressant de présenter, dans le cadre du programme Les Belles Soirées, une perspective plus représentative de la situation dans son ensemble?”, demandent dans cette lettre aux dirigeants de l’U.D.M. Patrick Bensoussan et Yaël La Rose.

Le CJN a contacté la haute direction de l’U.D.M. pour recueillir son point de vue sur cette affaire. Au cours d’une courte entrevue, Guy Berthiaume, vice-recteur aux Affaires publiques et au Développement de l’U.D.M., a fait la mise au point suivante:

“Avant même que le communiqué du Hillel sur les conférences sur “Israël-Palestine” ne soit diffusé, l’U.D.M. avait décidé d’organiser une deuxième conférence sur ce sujet dans le cadre des Belles Soirées. Conférence qui aura lieu le 26 janvier 2005. Le conférencier invité sera le professeur Julien Bauer de l’U.Q.A.M., spécialiste des questions politiques du Moyen-Orient. Le programme des Belles Soirées étant publié à chaque session universitaire, les membres du Centre Hillel n’ont pu encore prendre connaissance de cette conférence du professeur Bauer. C’est normal. Ils n’ont pas encore entre les mains le programme du trimestre d’hiver des Belles Soirées. Je ne blâme pas les membres de la direction du Hillel. Mais, s’ils nous avaient téléphoné, nous aurions pu les informer de la tenue de cette conférence, qui répond à leur souci légitime d’avoir une programmation équilibrée dans Les Belles Soirées”, a déclaré Guy Berthiaume, porte-parole officiel de l’U.D.M.

Le professeur Julien Bauer, qui vient de passer une année sabbatique en Israël, se dit très surpris par cette mise au point de l’U.D.M.

D’après cet universitaire, auteur de plusieurs livres sur la société israélienne et le conflit israélo-arabe, il n’a reçu une invitation officielle des Belles Soirées pour donner une conférence que le 13 octobre dernier.

“Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit à l’U.D.M. Il y a trois ans, les Belles Soirées avaient organisé une série de conférences sur Jérusalem. Ils avaient omis de proposer une conférence sur la Jérusalem juive. Les étudiants du Hillel avaient alors protesté. Pour sauver les meubles et sa crédibilité, l’U.D.M. m’invita à la dernière minute à parler de l’héritage juif de Jérusalem. La même chose vient de se reproduire. L’U.D.M. a décidé de m’inviter à donner une conférence lorsqu’elle s’est aperçue que ce manque flagrant d’impartialité commençait à susciter des remous dans la Communauté juive. Mais, chose certaine, ma conférence n’a été programmée qu’il y a 3 semaines”, nous a dit Julien Bauer.

Sa conférence, le 26 janvier prochain, aura pour thème: “Sionisme et Israël. Entre religion et politique”.

Julien Bauer déplore que les Belles Soirées aient invité deux universitaires qui, selon lui, “ne sont pas des spécialistes des questions relatives au contentieux israélo-palestinien”.

“Les Belles Soirées invitent le gratin du monde universitaire. Des spécialistes réputés dans différentes disciplines. Or, force est de rappeler qu’Omar Aktouf est professeur de management au H.E.C. Il n’est pas un spécialiste de la question israélo-arabe. Il n’est ni politologue, ni historien, ni sociologue. Il n’a publié aucun livre universitaire crédible sur ce sujet-là. Politicien à ses heures -il est membre de l’Union des Forces Progressistes du Québec-, il est connu pour ses positions foncièrement anti-israéliennes. Pendant deux soirées, il étayera ses états d’âme sur la question palestinienne plutôt que des analyses universitaires sérieuses. C’est comme si on m’invitait à donner une conférence sur la Chine, sujet que je suis incapable de traiter. Quant à Yakov Rabkin, il profite de ce tremplin pour promouvoir son livre antisioniste qui n’a aucune rigueur scientifique. Ce livre n’est qu’un réquisitoire au vitriol contre l’État d’Israël”, soutient le professeur Julien Bauer.

Le professeur Yakov Rabkin donnera le 11 novembre une conférence, de deux heures et demie, intitulée “Une histoire de l’opposition juive au Sionisme”.

Le CJN a contacté par téléphone cet universitaire juif originaire de l’ex-URSS à son bureau du Département d’Histoire de l’U.D.M. Ce dernier se dit très surpris par “tout le tapage” fait par les étudiants du Hillel autour de cette série de conférences.

“J’ai été invité par Les Belles Soirées à donner une conférence qui portera largement sur mon livre. C’est une conférence que je considère strictement académique et non politique ou idéologique. Mon livre n’est pas un brûlot de propagande anti-israélien. C’est un livre sérieux, fruit d’un labeur universitaire rigoureux. L’Association étudiante du Hillel, qui a une approche très militante, a une vision activiste du problème israélo-palestinien. Vision qui n’a pas sa place dans un cadre universitaire. Il faut que le Hillel comprenne que tout ce qui se fait à l’université ne doit pas être nécessairement politique”.

Yakov Rabkin n’est pas très loquace lorsqu’on lui demande s’il n’aurait pas été plus équitable, comme le requiert le Centre Hillel, d’inviter un universitaire pro-Sioniste à participer à cette série de conférences automnales.

“Je n’ai pas à intervenir dans le choix de la programmation des Belles Soirées. Ils peuvent inviter qui ils souhaitent”.

D’après lui, ses interventions universitaires sur la question israélo-palestinienne sont objectives et irréprochables.

“Quand j’enseigne, je n’utilise pas une plateforme pour faire de la propagande politique, à tel point que mes élèves ignorent totalement mes positions personnelles sur le conflit israélo-palestinien, dit-il. C’est la seule attitude que doit avoir un académicien. Attitude que je m’escrime à promouvoir. Le Hillel voit les choses et le monde d’une manière binaire: c’est noir ou c’est blanc! Il ne faut pas politiser chaque événement qui traite d’Israël ou du Sionisme. Le discours académique ne devrait pas être dénigré de cette manière”.

Le professeur Omar Aktouf, prononcera deux conférences, de deux heures et demie chacune, les 18 et 25 novembre: “Le drame du peuple palestinien” et “L’improbable paix au Moyen-Orient”.

C’est de Bangkok, où il participe à un colloque international sur la critique de la mondialisation libérale, qu’il a répondu par courriel à nos questions.

Omar Aktouf a tenu à nous préciser qu’il a déjà donné deux fois ces conférences sur le conflit israélo-palestinien, à l’U.D.M. -seul- et à l’Université McGill -avec le professeur Yakov Rabkin-. Il devait aussi ce printemps prononcer la même conférence à l’École des H.E.C., mais, selon lui, “des groupes influents” ont contraint la direction de cette École affiliée à l’U.D.M. à annuler sa causerie.

“Je ne comprends rien à cet acharnement à vouloir interdire que l’on parle des Palestiniens. Il n’y a rien d’antisémite ou d’anti-Israël dans ce que je dis! Anti-Sharon, antisioniste, anti-Bush… oui!”

Il récuse l’allégation des étudiants du Hillel arguant que ce cycle de conférences est “partial et déséquilibré” sans la présentation d’un point de vue pro-israélien.

“Je pense que le point de vue pro-israélien est largement ressassé partout. Ce qui n’est pas le cas du point de vue palestinien… Lors de la première séance de ces conférences, il y aura avec moi le professeur Yakov Rabkin, Israélien, bon Juif, pratiquant fervent et historien du judaïsme, dit-il. Je ne vois pas ce que je peux faire de plus pour être plus “impartial”. Pour le reste, c’est-à-dire avoir un autre Israélien qui tiendrait un autre discours, ce ne serait alors qu’un débat entre Israéliens dans lequel je n’ai pas à m’insérer. Ou alors, le professeur Rabkin est-il considéré par ces groupes comme un non-Juif? Ou comme un non-Israélien?”

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Contre la nazification de l’État juif
Pierre-André Taguieff
La Croix, le 29 octobre 2004

Aux lendemains de la guerre des Six Jours (juin 1967), Israël, dans la propagande des pays arabes, a été accusé de vouloir exterminer le peuple palestinien. L’accusation de « génocide » s’est ajoutée à celles de « colonialisme » et de « racisme ». Elle s’est ensuite « enrichie » par celles d’« ethnocide et de « nettoyage ethnique », massivement utilisées pour délégitimer l’État hébreu. Il y a là, d’une part, l’expression d’une rivalité mimétique entre Juifs et Arabes (palestiniens) - le « palestinocide » supposé commis par les « sionistes » venant concurrencer le « judéocide » commis par les nazis -, et, d’autre part, un retournement contre les Juifs de l’accusation de génocide, suivant l’argument que les Juifs, naguère victimes du génocide hitlérien, se seraient transformés en bourreaux exterminateurs, à l’image des nazis. La nazification d’Israël et du sionisme est au cœur de la propagande « antisioniste » qui forme le noyau dur du nouveau discours judéophobe mondialisé. Il ne s’agit pas de n’importe quelle forme d’« antisionisme », terme équivoque, mais de ce que j’ai appelé l’antisionisme absolu ou radical qui, sur la base d’une délégitimation sans réserve de l’État d’Israël, prône, ouvertement ou non, son démantèlement ou sa destruction violente. La nouvelle judéophobie se fonde sur un amalgame entre Juifs, Israéliens et « sionistes », fantasmés comme les représentants d’une puissance maléfique, et présuppose la réduction polémique du « sionisme » à un programme génocidaire visant les Palestiniens, reformulation de l’accusation de « crime rituel ». Le 16 août 2001, à Durban - quelques jours avant la Conférence « antiraciste » mondiale -, lors d’une manifestation pro-palestinienne, on pouvait lire sur des pancartes : « Stop the Genocide of Palestinians ». L’État d’Israël et « les sionistes » sont accusés litaniquement de « racisme », de « fascisme », d’ « expansionnisme », d’ « impérialisme », d’ « apartheid » et de « génocide ». Cet « antisionisme » extrémiste ne saurait donc être confondu avec une critique de la politique mise en œuvre par tel ou tel gouvernement israélien. L’antisionisme absolu revient à nier le droit à l’existence d’Israël et constitue un appel à son élimination.

La nouvelle vague antijuive est portée à la fois par l’islamisme radical, de façon ouverte (la guerre déclarée aux « judéo-croisés »), et par le nouveau gauchisme tiers-mondiste, d’une façon plus ou moins voilée (à travers la démonisation de « l’axe américano-sioniste »). Tels sont les deux principaux vecteurs des représentations diabolisantes des Juifs au début du XXIe siècle. Mais leurs vecteurs traditionnels n’ont pas pour autant disparu : les multiples mouvances d’extrême droite continuent partout de diffuser des discours antijuifs. Dans la caricature « antisioniste » qui circule sur des sites internet arabo-musulmans ou « anti-mondialisation » s’opère le recyclage des vieux thèmes d’accusation antijuifs (le Juif déicide, vampire, infanticide, criminel rituel, conspirateur, dominateur et exploiteur), mixés avec les nouveaux amalgames diabolisateurs (Israël-nazisme-sionisme-racisme-apartheid-génocide). Ce fatras démonologique a trouvé son point d’application : la figure de Sharon, « le boucher », amateur de « sang palestinien ».

Prenons un exemple : un faux antijuif largement diffusé depuis le printemps 2002, dénonçant le « sionisme » en tant que « nazisme » - Le Manifeste « judéo-nazi » d’Ariel Sharon. Ce « Manifeste » prétend dévoiler « les origines du génocide actuel des Palestiniens » à travers une prétendue « véritable profession de foi nazie » du général Sharon qui « résume l’idéologie sioniste ». La brochure, publiée à Paris en avril 2002, est éditée par : « Le Parti des Musulmans de France ; le Parti de la France plurielle ; l’Arab Commission of Human Rights ; La Pierre et l’Olivier ; le Collectif de la Communauté tunisienne en Europe ». Son « éditeur » est Mondher Sfar, marxiste tunisien résidant en France depuis 1974, antisioniste militant et négationniste convaincu, qui collabora à la Revue d’histoire révisionniste créée par le militant d’extrême droite Henri Roques en 1990. Le faux, qui a circulé sur Internet sur des sites d’extrême droite et d’extrême gauche américains avant de faire l’objet d’une publication, est fabriqué sur la base de propos rapportés dans un ouvrage d’Amos Oz, Les Voix d’Israël, comportant plusieurs entretiens avec des Israéliens ou des Palestiniens. Moyennant certaines manipulations, les déclarations de l’interlocuteur resté anonyme ont été attribuées à Sharon par les faussaires. Ce faux est destiné à donner une vraisemblance à une série d’amalgames « Sharon = Hitler » et « sionisme = nazisme », donc « politique sioniste = génocide des Palestiniens ».

(Pierre-André Taguieff directeur de recherche au CNRS, Paris, CEVIPOF)

Naïm Kattan reçoit le prix Athanase-David
Québec, le 9 novembre 2004

C'est à l'écrivain Naïm Kattan qu'est décerné cette année le prix Athanase-David, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine des lettres.

Originaire de Bagdad, en Irak, où il est né en 1928, Naïm Kattan apprend à lire le Coran le jour à l'école tandis que le soir, à la maison, sa mère lui raconte les récits bibliques. Outre la langue arabe, il pratique l'hébreu, l'anglais et le français. Le jeune homme, qui s'est découvert une véritable passion pour les lettres françaises, s'installe à Paris à l'âge de 18 ans et s'inscrit à la Sorbonne.

Naïm Kattan a l'habitude de dire qu'il est né trois fois : la première à Bagdad, la deuxième à Paris et la troisième à Montréal : « [...] Ma troisième naissance, la plus fondamentale, s'est faite à Montréal : une ville qui contient toutes les autres, où toutes les ethnies, les religions et les langues survivent, mais où il doit y avoir une langue commune pour que les gens puissent s'entendre et se parler : le français. »

C'est en 1954, après un bref séjour aux États-Unis, que Naïm Kattan s'établit à Montréal. Dès le début des années 60, il amorce une fructueuse collaboration au journal Le Devoir où il est, jusqu'à aujourd'hui, critique littéraire. Après avoir enseigné la littérature française à l'Université Laval, il fait son entrée au Conseil des arts du Canada, en 1967. Il y travaillera jusqu'en 1991. Durant ces années, il met sur pied le Service des lettres et de l'édition, et favorise la création de nombreux programmes concernant les écrivains, les éditeurs, les diffuseurs, etc. Depuis 1992, il est professeur associé au Département d'études littéraires de l'UQAM. Membre du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, de 1993 à 2001, président du Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal, de 1994 à 1996, il assume depuis 2001 la direction de la revue Écrits, qui est celle de l'Académie des lettres du Québec.

L'écrivain, qui n'est jamais retourné en Irak, a choisi de ne plus écrire en arabe lors de son arrivée à Montréal, et c'est pourquoi il a « mis une quinzaine d'années avant de parvenir à [s']exprimer en français comme écrivain ». Dans ses 35 livres, Naïm Kattan n'a eu de cesse d'aller à la rencontre de cultures différentes, de réfléchir sur les rapports humains et leur diversité. Son premier livre, Le Réel et le Théâtral, un essai novateur sur les différences entre l'Orient et l'Occident, paraît en 1971 et lui vaut le prix France-Canada. En 1976, un premier roman, inspiré de son enfance à Bagdad, est publié : Adieu Babylone. Parmi ses autres publications, mentionnons La Réconciliation (1993), L'Anniversaire (2000), L'Écrivain migrant : essais sur des cités et des hommes (2001) et La Parole et le Lieu, un ouvrage récent qui rassemble l'essentiel de ses essais.

Fait officier de l'Ordre du Canada, officier de l'Ordre des arts et lettres de France et chevalier de l'Ordre national du Québec, il a reçu de la France, en 2002, les insignes de chevalier de la Légion d'honneur. Il est membre de la Société royale du Canada et de l'Académie des lettres du Québec.

Il y a plus de 30 ans, l'écrivain migrant concluait ainsi son premier livre : « Je n'accepte pas la fixité des lieux sûrs et le confort des certitudes. » Naïm Kattan n'a pas dévié de sa voie. La remise du prix Athanase-David, en accordant à l'écrivain une reconnaissance essentiellement littéraire, vient témoigner de l'importance de son œuvre.

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Volume III, Numéro 157 • vendredi, le 4 novembre 2004

L’étonnante conception de la paix de Leïla Shahid
Elias Levy
Canadian Jewish News, 4 novembre 2004

Leïla Shahid, Déléguée de la Palestine en France, a réussi son opération de “charme”, qu’elle a menée au Québec ces derniers jours pour “alerter et sensibiliser la population, les élites d’opinion et le gouvernement québécois aux épreuves tragiques et affligeantes qu’Ariel Sharon fait subir à un peuple palestinien massacré, opprimé et spolié par un gouvernement impitoyable pratiquant un terrorisme d’État à son zénith”.

C’est en ces termes que Mme Shahid a décrit la situation actuelle des Palestiniens au cours d’une conférence qu’elle a prononcée dans un spacieux amphithéâtre, plein aux deux tiers, de l’Université du Québec à Montréal (U.Q.A.M.)

Au cours de son séjour au Québec, Mme Shahid a été l’invitée des principales émissions à caractère international des radios et des télévisions québécoises. Le Parlement de Québec lui a déployé son tapis rouge pour l’accueillir. Elle a eu un entretien privé avec Monique Gagnon-Tremblay, ministre des Relations internationales du Québec, et a été présentée aux députés de l’Assemblée Nationale par le président de cette institution, Michel Bissonnet.

Invitée au Québec par la Coalition pour la Justice et la Paix en Palestine, son séjour a été parrainé par les députées Louise Harel du Parti Québécois -épouse d’Edmond Omran, Délégué de la Palestine au Québec- et Christiane Gagnon du Bloc Québécois.

Dans son allocution à l’UQAM, où elle a eu droit à une présentation des plus dithyrambiques de la part de la militante féministe et écologiste québécoise Françoise David, Leïla Shahid ne cessa de marteler que tout en étant une initiative positive, car “le retrait d’Israël de chaque centimètre de terre palestinienne est une grande victoire pour nous”, dit-elle, le plan de Sharon pour quitter unilatéralement Gaza est “une stratégie très pernicieuse” pour le peuple palestinien.

“C’est la dimemsion “unilatérale” de ce retrait qui nous préoccupe beaucoup. Entre les mains de qui les Israéliens vont-ils laisser les colonies juives et les terres de Gaza qu’ils évacueront bientôt? Ce retrait aurait dû survenir à la suite de négociations avec l’Autorité Palestinienne. La négociation est la seule clé de voûte pouvant dénouer le noeud gordien de ce conflit qui perdure depuis 56 ans”, dit-elle avec insistance.

Le terme “négociation” revint constamment durant son exposé. “Pour négocier sérieusement avec ses adversaires, il faut prendre la mesure de leurs doléances, de leurs angoisses, de leurs craintes”, ajouta-t-elle sur un ton posé.

Lors de la période de questions, l’auteur de ce texte demanda à cette grande passionaria de la cause palestinienne d’expliciter sa position sur la très épineuse et passionnelle question du “droit au retour” des réfugiés, revendiqué avec force par les Palestiniens. Question qu’elle évita d’aborder tout au long de sa conférence, où elle fustigea véhémentement Sharon et Tsahal.

Je tins à lui rappeler que la majorité des Israéliens récusent vigoureusement cette revendication palestinienne, qu’ils considèrent comme “suicidaire” pour l’État hébreu. Position à laquelle adhèrent aussi des grandes figures de la gauche pacifiste, dont les écrivains et intellectuels Amos Oz, Abraham B. Yehoshua, David Grossman et Zeev Sternhell.

Surprise et visiblement agacée par cette question, Mme Shahid répondit avec une pointe d’agressivité qu’elle ne put retenir:

“Savez-vous ce que représente ce “droit” pour des réfugiés qui ont été spoliés et dépossédés de leurs terres et de leurs maisons? C’est un droit inaliénable auquel aucun Palestinien n’est prêt à renoncer. Seriez-vous prêt à renoncer à votre maison? Le “droit au retour” des réfugiés est un problème uniquement palestinien. Ce n’est pas un problème qui concerne les Israéliens. Oz et Sternhell peuvent dire et penser ce qu’ils veulent sur cette question existentielle, vitale seulement pour le peuple palestinien! Le problème des Israéliens est qu’ils sont un peuple obnubilés par la démographie. Ils voient partout des hordes de Palestiniens déferlant sur leurs villes pour les envahir. Les Palestiniens ne sont pas obsédés par la question démographique. Cette obsession israélienne empêche que deux États voisins puissent vivre en paix côte à côte”, rétorqua-t-elle.

Mais, quand on lui demande si les Palestiniens devraient renoncer définitivement à un “droit au retour” dans les villes d’où leurs familles étaient originaires, aujourd’hui situées dans le territoire d’Israël, Mme Shahid tergiverse et préfère étayer une réponse des plus alambiquées:

“Les Palestiniens ont fait un sacrifice énorme en acceptant la résolution 194 des Nations Unies, selon laquelle les deux peuples doivent vivre dans deux États séparés. Ainsi, les Palestiniens ont accepté de renoncer à la majeure partie de leurs terres, celles où ils vivaient dans la grande Palestine historique”.

Lorsque j’ai demandé à Leïla Shahid pourquoi elle affirme avec une assurance déconcertante que la barrière de sécurité construite par Israël n’est qu’“un autre instrument pour perpétuer une politique raciste d’apartheid qui ne sert pas à protéger les vies des Israéliens” -les faits sur le terrain et les récentes statistique faisant état d’une diminution significative du nombre d’attaques terroristes mettent en charpie son analyse, lui ai-je rappelé-, elle sortit de ses gonds et répondit d’une manière cinglante empreinte de cynisme:

“Expliquez-moi comment vous qui faites partie d’un peuple qui sait ce que représentent et signifient des tours miradors et des clôtures de barbelés osez-vous défendre cet ignoble Mur de sécurité? C’est indigne et incompréhensible” -elle eut droit à plusieurs minutes d’applaudissements frénétiques-.

Décidément, Mme Shahid, qui a une étonnante conception de la notion de “négociation”, et ses confrères de l’Autorité Palestinienne semblent mûrs et prêts pour renouer le dialogue avec les Israéliens!

Cette soirée, à laquelle ont assisté des représentants des forces “progressistes” du Québec se déroula dans une atmosphère très “progressiste”! Les trois intervenants qui émirent des critiques à l’endroit d’Arafat et de l’Autorité palestinienne ont été fougueusement hués et plusieurs voix s’élevèrent pour qu’ils quittent les lieux et aillent égrener “leurs jérémiades et leurs mensonges dans les meetings organisés par les Sionistes…” -termes employés par un des membres de l’assistance.

Michael Tarazi à l'Université de Montréal: Israël est un État raciste,
l'État unique est la solution

Flora Wahnon
www.Judeocope.ca, 31 octobre 2004

«Israël un pays Juif». C'est ainsi que Michael Tarazi, en tournée au Canada, a ouvert son discours, le 28 octobre dernier à l'Université de Montréal. L’invité de l’organisation étudiante « Solidarité pour les droits humains des Palestiniens» est un Palestinien chrétien né au Koweït qui a étudié le droit aux États-Unis pour devenir plus tard conseiller légal de l'OLP.

Les affiches de la conférence annonçaient une analyse de la décision de la Cour Internationale de Justice sur le «mur de l'apartheid». La teneur du discours a dépassé de loin cette seule question. À l’aide de plusieurs exemples, dont la barrière de sécurité tout particulièrement, Tarazi a tenté de délégitimer Israël aux yeux de l'auditoire, en expliquant par d'incomptables demi-vérités comment le gouvernement israélien bafoue la loi internationale. Plus fort encore, il a présenté la stratégie israélienne depuis Oslo comme ayant pour but unique l’acquisition de la plus grande étendue de territoires possible avec le moins de Palestiniens.

Avec calme et éloquence, le conseiller légal de l'OLP a abordé la question des implantations, des réfugiés et de Jérusalem. Il existerait 400 000 implantations à Gaza et en Cisjordanie alors que la convention de Genève stipule qu'il est interdit à l’occupant de construire sur des territoires occupés. Selon Tarazi, il y aurait deux solutions à la question des implantations: soit les colons s'en vont, soit ils restent et deviennent citoyens palestiniens, ce qui lui semble réaliste puisque le mouvement national Palestinien serait laïque et non raciste. Jérusalem aurait été en bien meilleur état si elle était restée dans les mains des Arabes et des musulmans, puisque les restrictions imposées par l'État juif n'auraient pas vu le jour. Tarazi a ensuite raconté que pendant les négociations, seules les parties arabes de Jérusalem étaient sur la table, alors qu'aucun quartier ou implantation juif ne l’aurait été. Selon lui, il est clair qu'Israël est un État raciste qui nie à ses citoyens chrétiens et musulmans des droits égaux à ceux des citoyens juifs. La solution qu'il prône est l’État unique, conséquence logique du droit, selon lui, inaliénable des réfugiés palestiniens à rentrer «chez soi». Tarazi a bien entendu mis l’emphase sur une motivation israélienne contraire à la loi, qu'il a réduite répétitivement à l’équation « le plus de territoires possible avec le moins de Palestiniens possible». Il a martelé son opinion à l’effet que cette motivation israélienne était la raison pour laquelle aucun d'accord de paix entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne n’a été conclu. Il a cité à l’appui plusieurs propositions faites aux Palestiniens durant le processus de paix.

Tarazi a en outre présenté la création de la police palestinienne comme une tactique du gouvernement israélien pour se libérer de la responsabilité de ses actes et de ses dépenses en matière de sécurité tout en conservant 83% des territoires. Ceci serait injuste, selon l’avocat palestinien, car des réfugiés ne devraient pas être contraints de se policer eux-mêmes. Pendant les négociations de Camp David, on aurait proposé la légitimation des implantations, ce qui était naturellement hors de question pour les négociateurs palestiniens.

Tarazi a finalement commenté la question du « mur, de la barrière, comme vous voulez l'appeler ». Pour lui, il s’agit d’une méthode concrète permettant à Israël de garder toute la terre qu'elle veut de son côté. Ceci serait la stratégie israélienne habituelle du vol de terres. Puisque Israël ne veut pas de la population, il enfermerait les Palestiniens dans des «ghettos», que seuls ceux munis de permis spéciaux ont le droit de quitter. Ces permis ne seraient cependant pas reconnus aux périodes de récolte, anéantissant le dur labeur des pauvres paysans palestiniens. Comme preuve ultime d'un système d'apartheid, Israël crée des routes distinctes pour les Palestiniens et pour les colons.

Ainsi, Tarazi conclut que le plan de désengagement du premier ministre Ariel Sharon est une tentative de plus de se débarrasser de la responsabilité israélienne pour les Palestiniens de Gaza.

En réponse à une telle situation, le camp palestinien a essayé de trouver justice en sa faveur à la Cour Internationale de Justice de la Haie. L'absence de conséquences entraînées par cette décision renforce selon Tarazi la conviction des terroristes que la violence, et non pas les méthodes non-violentes, sont efficaces.

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