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Communiqué Isranet
Volume IV, Numéro 169 • vendredi, le 21 Janvier 2005 " Ces os
revivront-ils?" ...Il y a soixante ans, les soldats alliés sont arrivés aux portes du camp de concentration d'Auschwitz. Rien ne les préparait à ce dont ils allaient être témoins, en ce lieu et dans les autres camps qu'ils allaient libérer. La puanteur des corps, les piles de vêtements, de dents, de chaussures d'enfants. Mais dans les récits des libérateurs, plus que l'odeur, plus même que les piles de corps, l'histoire de l'horreur s'exprimait sur les visages des survivants. Le récit de Harold Herbst, un libérateur américain de Buchenwald, est le paradigme de beaucoup d'autres. Je le cite : « Comme je marchais parmi les baraquements, j'ai entendu une voix ; je me suis retourné, et j'ai vu un squelette vivant qui me parlait. Il m'a dit, "Dieu merci, vous êtes venus". J'éprouvais un étrange sentiment. Avez-vous jamais parlé avec un squelette qui vous répond ? Et c'est ce que j'étais en train de faire. Plus tard j'ai vu des monceaux de ces squelettes vivants, laissés derrière eux par les Allemands ». Il y a des milliers d'années, le prophète Ezéchiel a eu une vision similaire. Dans un des passages les plus célèbres de la Bible, le prophète décrit comment il parvint à une vallée remplie d'ossements. Ces ossements, dit Ezéchiel, sont la Maison d'Israël. Et ils sont desséchés, et leur espoir est perdu. Confronté à cette scène, il pose la question : Ces os revivront-ils ? Ces os revivront-ils ? Ezéchiel a posé la question que se sont posés tous ceux qui ont libéré des camps : est-ce que de l'espoir ou de l'humanité peut émerger d'une telle horreur? Ces os revivront-ils ? Aujourd'hui, sont ici, avec moi, ceux qui ont donné vie aux os desséchés, des survivants et des libérateurs. Des hommes comme Dov Shilansky, qui a combattu dans le ghetto, et est devenu plus tard Président du Parlement d'Israël, la Knesset. Comme Yossi Peled, qui, après avoir été arraché à la terreur des Nazis, est devenu, par la suite, Général en chef dans les Forces de Défense d'Israël, pour protéger son peuple des horreurs d'une autre calamité. Comme David Grinstein, qui a survécu aux camps de travail, et préside maintenant une organisation de restitutions aux travailleurs forcés sous le pouvoir nazi. Et des femmes comme Gila Almagor - aujourd'hui reine de la scène et du cinéma israéliens - qui a exprimé ses expériences de fille de survivants de l'Holocauste, avec un art qui a touché des millions de personnes. Quand nous voyons ce que les survivants sont parvenus à créer, à bâtir, quand nous voyons leur contribution à l'humanité - à des familles, à des carrières, à la littérature, à la musique, et même à des pays - nous ne pouvons que nous émerveiller de leur force et de leur courage. En même temps, quand nous voyons ce que les survivants ont donné à l'humanité, nous pouvons seulement commencer à imaginer ce qu'auraient pu donner au monde les millions qui n'ont pas survécu. Nous pleurons leur perte, jusqu'à aujourd'hui. Chaque fibre de notre être perçoit leur absence. Chaque famille connaît la souffrance, y compris la mienne - les grands-parents de mon épouse et sept de leurs huit enfants ont été raflés et tués. M. le Président, M. le Président, La tragédie de l'Holocauste a donné une impulsion majeure au rétablissement de la patrie du peuple juif, sur sa terre antique. C'est ce qu'Israël proclame, dans sa Déclaration d'Indépendance: L'Holocauste, qui a englouti des millions de Juifs d'Europe, a prouvé à nouveau l'urgence du rétablissement de l'Etat juif. Un Etat qui résoudrait le problème de l'absence d'une patrie juive, en ouvrant les barrières à tous les Juifs, et en élevant le peuple juif à l'égalité au sein de la famille des nations. Et, en effet, depuis sa création, Israël a donné asile à des juifs victimes de persécution partout dans le monde. En même temps, il a édifié une société, basée sur les valeurs de la démocratie et de la liberté pour tous ses citoyens, où la vie et la culture juives, la littérature, la religion et l'étude - toutes choses que les Nazis ont cherché à détruire - peuvent s'épanouir et prospérer. Le fait que tant de survivants sont venus et ont joué leur rôle dans l'édification de l'Etat d'Israël, était en soi une remarquable réalisation de la prophétie d'Ezéchiel. Le prophète dit, en effet : « Ainsi parle le Seigneur : Vois, Ô mon peuple, je vais te tirer de tes tombeaux. Je mettrai mon esprit en toi et tu vivras dans ton propre pays, sur la terre d'Israël ». M. le Président, En nous assemblant ici, aujourd'hui, dans cette Session Spéciale historique, nous honorons les victimes, nous exprimons notre respect aux survivants, et nous rendons hommage aux libérateurs. Nous nous assemblons ici, aujourd'hui, pour ceux qui se souviennent, pour ceux qui ont oublié, et pour ceux qui ne savent pas. Mais nous nous assemblons également pour nous souvenir que la charte de ces Nations Unies, comme la Déclaration de l'Indépendance d'Israël, est écrite dans le sang des victimes de l'Holocauste. Et nous nous assemblons, aujourd'hui, pour nous dédier à nouveau aux nobles principes sur lesquels cette organisation a été fondée. Une telle affirmation est nécessaire aujourd'hui, plus que jamais. La décennie passée a été témoin d'une augmentation effrayante des tentatives de nier la réalité même de l'Holocauste. Aussi incroyable que cela paraisse, il en est qui supprimeraient volontiers de l'histoire six millions de meurtres. Y a-t-il quelque chose de pire que de détruire systématiquement un peuple, de prendre les fiers citoyens juifs de Vienne, Francfort et Vilna, et même de Tunisie et de Libye, de brûler leurs livres saints, de voler leur dignité, leurs cheveux, leurs dents ; d'en faire des numéros, du savon, des cendres de Treblinka et de Dachau ? La réponse est oui, il y a quelque chose de pire : perpétrer tout cela et le nier ensuite. Perpétrer tout cela et ôter ensuite aux victimes - et à leurs enfants et petits-enfants - la légitimité de leur peine. Nier l'Holocauste, ce n'est pas seulement profaner les victimes et insulter les survivants. C'est aussi priver le monde des leçons qui en découlent - leçons qui sont aussi capitales aujourd'hui qu'elles l'étaient il y a 60 ans. Ces leçons sont capitales aujourd'hui, pour trois raisons pressantes. D'abord, parce qu'aujourd'hui, à nouveau, la peste de l'antisémitisme relève la tête. Qui aurait pu imaginer que, moins de 60 ans après Auschwitz et Bergen-Belsen, le peuple juif et Israël seraient la cible d'attaques antisémites, même dans les pays qui ont été témoins des atrocités nazies ? C'est pourtant exactement ce qui se produit. L'Holocauste nous enseigne que si les Juifs sont les premiers à souffrir de la haine destructrice de l'antisémitisme, ils sont rarement les derniers. Les leçons de l'Holocauste sont capitales pour une seconde raison : parce qu'aujourd'hui, une fois de plus, nous constatons qu'un processus de délégitimation et de déshumanisation, à l'encontre des Juifs et d'autres minorités, est à l'ouvre, ce même processus qui prépara le terrain à la destruction. N'oublions pas. L'extermination brutale d'un peuple n'a pas commencé avec des fusils ou des chars, mais avec des mots, des mots décrivant systématiquement le Juif - l'autre - comme moins que légitime, moins qu'humain. N'oublions pas cela, quand nous trouvons des journaux et des livres de classe actuels qui empruntent des caricatures et des thèmes au journal nazi Der Sturmer pour décrire des Juifs et des Israéliens. Et enfin, ces leçons sont capitales, aujourd'hui, parce que nous sommes témoins de nouveau d'un assaut violent contre le principe fondamental de la sainteté de la vie humaine. Peut-être la plus grande idée de base que la Bible ait donnée à l'humanité est la simple vérité que tout homme, toute femme, tout enfant, est créé à l'image divine, et a donc une valeur infinie. Pour les nazis, la valeur d'un être humain était limitée, voire déplorable. L'essentiel était de savoir quelle somme de travail il pouvait accomplir, quelle quantité de cheveux une femme pouvait fournir, combien de dents en or il avait. Pour les nazis, la destruction d'un être humain, ou d'une centaine, d'un millier, de six millions, était sans importance. Elle n'était qu'un moyen pour une fin perverse. Aujourd'hui encore, nous avons comme adversaires les forces du mal, pour lesquelles la vie humaine - que ce soit celle des civils qu'ils prennent pour cibles, ou celle de leur propre jeunesse qu'ils utilisent comme armes - est sans valeur : elle n'est qu'un moyen pour atteindre leurs buts. Nos sages nous enseignent que « celui qui prend une seule vie, c'est comme s'il avait pris le monde entier ». Aucune vie humaine n'a moins de valeur qu'un monde. Aucune idéologie, aucun ordre du jour politique, ne peuvent justifier ni excuser que l'on prenne délibérément une vie innocente. M. le Président, Nous ne saurons jamais si l'existence des Nations Unies aurait empêché l'Holocauste. Mais cette Session Spéciale confirme aujourd'hui la nécessité, pour les Nations Unies comme pour chaque Etat membre individuellement, de s'engager à nouveau à ce qu'il ne se produise plus jamais. Dans ce contexte, je voudrais exprimer ma satisfaction au Secrétaire général pour la qualité morale de sa parole et la maîtrise avec laquelle il a mené cette Session Spéciale à bien, ainsi qu'à mes collègues Ministres des Affaires étrangères pour leur présence ici aujourd'hui. Alors que le nombre de survivants ne cesse de diminuer, nous sommes proches du moment où cet événement terrible se transformera de mémoire en histoire. Tous réunis ici, promettons de ne jamais oublier les victimes, de ne jamais abandonner les survivants, et de ne jamais permettre qu'un tel événement se répète. En tant que Ministre des Affaires étrangères d'Israël, Etat souverain du peuple juif, je me tiens devant vous et je jure, au nom des victimes, des survivants et de tout le peuple juif : Plus jamais ! Simone
Veil. Retour à Auschwitz Alain Genestar.
Il y a un peu plus de soixante ans, vous êtes déportée
à Auschwitz-Birkenau avec votre mère et votre sœur,
Milou. Vous y êtes revenue hier avec vos deux fils et quelques-uns
de vos petits-enfants. Qu’avez-vous ressenti en passant cette
porte avec eux ? A.G. Au printemps
1944, lors de votre arrivée en train à Auschwitz-Birkenau,
vous aviez 16 ans, plus jeune que votre petite-fille Deborah qui vous
a accompagnée hier. Votre sœur Milou avait une vingtaine
d’années. C’était la nuit. Vous souvenez-vous
de la première heure, du moment où vous êtes descendue
du wagon sur la rampe, des mots de votre mère ? Après, dans le camp, quand
nous partions au travail, nous nous arrangions pour être toujours
toutes les trois dans la même rangée de cinq afin de n’être
pas séparées... Très vite, nous essayons
de savoir ce que sont devenus les gens des camions. Dans l’immédiat,
nous n’avons pas eu de réponse. S.V. [Un silence.]
On avait froid, on avait faim... On se plaignait les unes les autres,
on se réchauffait les pieds... Mais je ne me souviens pas d’avoir
pleuré... Une fois, mais c’était après la
libération... Nous étions quelques Françaises réunies,
j’étais la plus jeune. Nous redevenions des “jeunes”...
Une femme, qui aurait pu être ma mère, m’a fait une
observation. Je l’ai envoyée promener. Ma sœur était
présente. Elle ne m’a peut-être pas donné
une gifle, mais elle m’a engueulée... Elle m’a dit
: “On renaît à la vie, tu n’as pas le droit
de parler comme ça aux gens... !” Une leçon de morale,
en somme. Juste après... alors là, oui, j’ai pleuré
! Mais autrement, non, je n’ai pas le souvenir d’avoir pleuré...
C’était au-delà des larmes... Les
élections irakiennes (III) : les menaces terroristes et islamistes Introduction Les organisations terroristes
islamiques partagent la conviction profonde que les élections
sont une apostasie. Les musulmans devraient être dirigés
par les lois religieuses islamiques ( la Shariah ) telles qu'interprétées
par les semblables de Ben Laden et al-Zarqawi et non des lois faites
par l'homme et promulguées par des représentants élus.
Cette conception islamiste du monde a été largement définie
par Sayyid Qutb dans son livre Ma'alim 'ala al-tariq ' ( Des Signaux
sur la route ), publié en 1957 par les Frères musulmans
au Caire. Ce livre trace une parfaite dichotomie entre croyants et infidèles,
entre les lois religieuses islamiques et les lois des infidèles,
entre la tradition et la décadence, entre le changement violent
et la fausse légitimité. Pour citer Qutb lui-même:
«Dans le monde, il n'y a qu'un parti, le parti d'Allah; tous les
autres sont des partis de Satan et de la rébellion. Ceux qui
ont la foi se battent pour la cause d'Allah, et ceux qui n'ont pas la
foi se battent pour la cause de la rébellion.» En bref,
voter lors d'élections ou faire un choix est, selon les partisans
de la pensée de Qutb, un acte de défi à la juridiction
ultime d'Allah sur la conduite des êtres humains. Dans l'actuel paysage sans loi
en Irak, il y a de nombreuses organisations terroristes islamiques décidées
à empêcher la tenue d'élections nationales libres
et la naissance du régime démocratique qui s'ensuivrait.
Ces organisations/groupes interagissent et soutiennent les activités
du «mouvement de résistance» laïque fait des
restes du régime de Saddam Hussein. Ces organisations sont trop
nombreuses pour être répertoriées; cependant, voici
les plus importantes d'entre elles, identifiées par le quotidien
londonien Al-Hayat: [2] Ce groupe est dirigé par
le Ahmad Fadhil al-Khalayla, d'origine jordanienne, aussi connu sous
le nom d'Abu Mus'ab al-Zarqawi, âgé de trente-sept ans.
Le nom du groupe est récemment devenu « Al-Qaïda dans
les Terres du Tigre et de l'Euphrate ». Al-Zarqawi s'est fait
une réputation de violence par des actes terroristes implacables,
dont des attaques suicides et la décapitation de certaines de
ses victimes, diffusée par vidéo. Il puise principalement
ses partisans parmi des volontaires du jihad qui aspirent au martyr
dans le combat contre la force multinationale et ses partisans irakiens.
Ce groupe a été
établi au milieu des années 1980 au Kurdistan irakien
par Najm al-Din Faraj Ahmad, aussi appelé Mullah Kraikar. La
base du groupe à Biyara (Kurdistan irakien) a été
détruite par l'armée de l'air américaine en mars
2003. De nombreux membres d'Ansar al-Islam on été tués
et les survivants arrêtés et détenus à la
prison d'Assyih à Suleimaniya, au Kurdistan irakien. Nous ne disposons pas d'information
sur ce groupe. Cependant, Il a menacé d'exécuter un ressortissant
philippin si les Philippines ne retiraient pas d'Irak leur petit contingent
de 60 soldats. Le Conseil national de la résistance
irakienne, aussi appelé Conseil uni de la résistance irakienne,
a été formé en juin 2003 et comprend des activistes
baathistes (qualifiés de militants), avatars de l'Armée
irakienne et de la Garde républicaine, ainsi que ceux décrits
comme «les héros de l'appareil national de sécurité».
[12] Il existe de nombreux autres groupes
qui sont apparus à un moment ou un autre, mais ils semblent être
davantage composés de bandits désorganisés que
de terroristes. Ce sont principalement des criminels endurcis libérés
de prison lors de l'amnistie générale décrétée
par Saddam Hussein avant l'invasion. Nombre d'entre eux se sont lancés
dans l'enlèvement d'étrangers, les vendent en définitive
à des groupes terroristes plus intéressés à
terroriser les étrangers qu'à recevoir une rançon.
Excepté les jihadistes
endurcis qui recherchent le martyre, vu comme une extension de la vie
dans un au-delà idéalisé qui les rapprocherait
d'Allah et comme une demeure permanente au Paradis, la plupart des membres
des groupes terroristes irakiens, et plus particulièrement les
prétendus combattants de la résistance, reçoivent
un salaire bien supérieur à ce qu'ils gagneraient autrement
comme fonctionnaires ou petits marchands dans les bazars des villes
irakiennes. Pour reprendre les termes de l'un d'entre eux, alors que
son salaire de fonctionnaire ne suffisait pas à ses besoins de
base, son salaire en tant que membre d'un groupe armé est «plus
que suffisant». [19] La peur du terrorisme en Irak
a eu un impact négatif considérable sur le cours des élections
et des voix se sont élevées pour qu'elles soient reportées:
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Volume IV, Numéro 168 • vendredi, le 21 Janvier 2005 Un
monde sans Israël Imaginez qu'Israël n'ait jamais existé. Le marasme économique et la répression politique qui poussent des jeunes gens en colère à se transformer en bombe-suicide cesseraient-il d'exister? Les Palestiniens auraient-ils un Etat indépendant ? Les Etats-Unis, débarrassés de leur encombrant allié, seraient-ils tout à coup aimés de tout le monde musulman ? Ce serait prendre ses rêves pour la réalité. Loin de créer des tensions, Israël réfrène, en réalité, plus d'antagonismes qu'il n'en cause. Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun Etat n'a autant souffert qu'Israël de si cruels retournements de situation. Inconditionnellement admiré, dans les années 70, comme l'Etat de "ces Juifs pleins de cran", qui ont survécu contre toute attente et ont fait fleurir la démocratie et le désert, dans un climat hostile tant à la liberté qu'à la verdure, Israël est devenu l'objet d'une délégitimation rampante. Le dénigrement se manifeste sous deux formes. La première - la version douce - impute à Israël, d'abord et surtout, tout ce qui ne va pas au Moyen-Orient, et l'accuse d'avoir dévoyé la politique étrangère des Etats-Unis. C'est le leitmotiv des éditoriaux partout dans le monde, sans parler du venin qui suinte des pages de la presse arabo-islamique. La version récente la plus dure s'en prend à l'existence même d'Israël. Selon cette interprétation, c'est Israël en tant que tel, et non son comportement, qui est à l'origine des troubles au Moyen-Orient. Par conséquent, la conclusion "étaticide" est que la naissance d'Israël, à laquelle présidèrent les Etats-Unis et l'Union soviétique, en 1948, fut une erreur grave, si grandiose et digne de respect que l'événement ait pu être alors. La version douce est assez familière. Un des ses motifs est la théorie consistant à "secouer les puces à son chien". Ainsi, aux Etats-Unis, le "lobby juif" et une cabale de néo-conservateurs ont emberlificoté l'administration Bush dans une stupide politique pro-israélienne, contraire à l'intérêt national. Comme cela s'est produit si souvent dans l'histoire, ce point de vue majore l'importance des Juifs. Mais, derrière cette accusation, s'en profile une autre, plus générale, selon laquelle il est, de toute manière, antidémocratique que des groupes sous-nationaux se jettent dans la mêlée quand il est question de politique étrangère. Passons donc en revue les différentes manières dont les entités sous-nationales luttent en matière d'intérêt national: les syndicats et les sociétés réclament des exemptions tarifaires et fiscales ; les organisations non gouvernementales font campagne pour des interventions humanitaires ; et les Cubains américains nous empêchent de fumer des cigarillos de Vuelta Abajo. Ces dernières années, des Polonais ont milité en faveur de Solidarité [Solidarnosch], des Afro-Américains ont lutté contre la ségrégation en Afrique du Sud, et les Lettons, contre l'Union soviétique. En d'autres termes, l'empoignade démocratique ne connaît pas de limites. Une autre version douce est la théorie de "la cause originelle", dans ses nombreuses variantes. Puisque les Israéliens, "obstinés" et "récalcitrants" sont les principaux coupables, ils doivent être punis et chassés pour le bien de la paix. "Faites pression sur Israël" ; "supprimez l'aide économique et militaire" ; "faites-leur savoir que nous ne fermerons pas les yeux sur leurs brutalités" — telles ont été les homélies passe-partout, les obsessions même, des classes bavardes et des décideurs du ministère des affaires étrangères, durant des décennies. Toutefois, comme Sigmund Freud nous l'a rappelé, les obsessions ont tendance à se répandre. Aussi y a-t-il toujours plus d'ajouts créatifs à la théorie bien rodée de la cause originelle. Anatol Lieven, de la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale, affirme que ce qui se passe entre les Israéliens et les Palestiniens est "un obstacle énorme à la démocratisation, parce que cela enflamme tous les aspects les plus négatifs et régressifs du nationalisme et de la culture arabes". En d'autres termes, le conflit nourrit la pathologie, et non l'inverse — un peu comme si un agresseur de passants sur la voie publique expliquait à la police: "tout a commencé quand ce type s'est rebiffé contre mon attaque". Cet argument de la cause originelle présente une triple difficulté : Il brouille, quand il ne les inverse pas, la cause et l'effet. Il fait l'impasse sur une myriade de conflits sans lien avec Israël. Et il absout les Arabes de toute culpabilité, en faisant retomber le blâme sur qui vous savez. A en croire l'ancien inspecteur Scott Ritter, la recherche d'armes arabo-islamiques de destruction de masse, et, par extension, la guerre contre l'Irak, portent aussi la marque d'Israël. "Tant qu'Israël a des armes nucléaires", estime Ritter, "il choisit une voie qui implique la confrontation... Car les pays arabes, le monde musulman, ne vont pas rester à la traîne ni laisser faire, ils chercheront donc à se procurer leur propre force de dissuasion. On a vu cela en Iraq, non seulement pour la force de dissuasion nucléaire, mais également pour la force de dissuasion biologique... que les Iraqiens développaient pour contrebalancer la supériorité nucléaire israélienne". Cette théorie aurait de quoi séduire si elle ne se heurtait à quelques faits gênants. Les Iraqiens n'ont pas utilisé leurs armes de destruction de masse contre l'usurpateur israélien, mais contre leurs coreligionnaires musulmans, durant la guerre Iran-Iraq, et contre leurs concitoyens iraqiens, lors de l'attaque au gaz mortel contre les Kurdes, à Halabja, en 1988 —or, ni l'un ni l'autre ne brandissaient la moindre menace nucléaire. Quant au programme nucléaire iraqien, nous sommes maintenant en possession du "rapport Duelfer", réalisé à partir des comptes rendus d'Iraqiens loyalistes envers le régime, qui concluait: "L'Iran était la cause prépondérante de cette politique. Tous les hauts dirigeants iraqiens considéraient l'Iran comme le principal ennemi de l'Iraq dans la région. L'aspiration à parvenir à un équilibre des forces avec Israël et à acquérir un statut et une influence dans le monde arabe, constituait aussi une motivation, mais secondaire". Passons maintenant à la version dure du dénigrement d'Israël. Toujours aussi subtilement, une tonalité plus sinistre se glisse dans ce récit: Israël n'est pas simplement un voisin indiscipliné, mais un intrus malvenu. Bien que cette version s'exprime encore timidement en dehors du monde arabe, ses promoteurs en Occident occupent la scène comme des diseurs de vérité, qui osent transgresser le tabou. Ainsi, l'auteur britannique A.N. Wilson déclare-t-il que c'est à contrecoeur qu'il en est venu à la conclusion qu'Israël a prouvé, par ses propres actes, qu'il n'avait pas le droit d'exister. Et, après le 11 septembre 2001, le savant brésilien Jose Arthur Giannotti a déclaré : "Convenons que l'histoire du Moyen-Orient serait entièrement différente sans l'Etat d'Israël, qui a ouvert une plaie entre l'Islam et l'Occident. Peut-on venir à bout du terrorisme musulman sans venir à bout de cette blessure, qui est la source de la frustration des terroristes potentiels ?" L'idée même d'un Etat juif est un "anachronisme", argue Tony Judt, professeur et directeur de l'Institut Remarque, à l'Université de New York. Cela ressemble à "un projet séparatiste de la fin du dix-neuvième siècle", qui n'a "aucune place" dans ce nouveau monde merveilleux qui se dirige vers la perfection téléologique de l'unité multiethnique et multiculturelle, liée par le droit international. Le moment est venu "de penser l'impensable", et, par conséquent, d'abandonner cet Etat Juif au profit d'un seul Etat binational, garanti, bien sûr, par une force internationale. Eh bien, supposons qu'Israël soit un anachronisme et une erreur historique, sans laquelle le monde arabo-islamique, qui s'étend de l'Algérie à l'Egypte, et de la Syrie au Pakistan, serait un endroit bien plus heureux, surtout du fait que le péché originel, la création d'Israël, n'aurait jamais été commis. Puis, remontons dans le passé avant de revenir à l’époque présente, comme si nous avions le pouvoir de donner un coup de baguette magique puissante, suite auquel Israël disparaîtrait soudain de la carte.
Commençons la litanie des "que-se-serait-il-passé-si" en 1948, quand Israël est né dans la guerre. Cet Etat mort-né aurait-il tué le problème palestinien dans l’œuf ? Pas exactement. L'Egypte, la Transjordanie (aujourd'hui Jordanie), la Syrie, l'Irak, et le Liban ont marché sur Haïfa et Tel Aviv non pour libérer la Palestine, mais pour s'en emparer. L'invasion était un exemple classique de lutte de pouvoir entre Etats voisins soucieux de s'approprier un territoire. S'ils avaient remporté la victoire, cela n'aurait pas donné lieu à l'émergence d'un Etat palestinien, et il y aurait toujours eu pléthore de réfugiés. (Rappelons que la moitié de la population du Koweit a fui la "libération" de ce pays par le dictateur Saddam Hussein, en 1990.) En effet, dans l'hypothèse où le nationalisme palestinien se fût alors éveillé, comme il l'a fait vers la fin des années 60 et 70, les Palestiniens pourraient maintenant envoyer des terroristes-suicide en Egypte, en Syrie, et ailleurs. Imaginons qu'Israël ait disparu en 1967, au lieu d'occuper la Rive occidentale du Jourdain et la Bande de Gaza, alors dominées, respectivement, par le Roi Hussein de Jordanie et le Président égyptien Gamal Abdel Nasser. Ces dirigeants auraient-ils abandonné leur souveraineté au chef palestinien Yasir Arafat et abandonné Haïfa et Tel Aviv, pour faire bonne mesure ? Probablement pas. Les deux potentats, ennemis en tout, sans que ce soit dit, n'étaient unis que par leur haine et leur crainte communes d'Arafat, le fondateur du Fatah (mouvement national de libération de la Palestine), qu'ils soupçonnaient, avec raison, de comploter contre les régimes arabes. En bref, la "cause originelle" de l'absence d'un Etat palestinien aurait persisté, même sans Israël. Finalement, supposons, par hypothèse, qu'Israël disparaisse d'un seul coup, aujourd'hui. Comment ce développement affecterait-il les pathologies politiques du Moyen-Orient ? Seuls ceux qui pensent que la question palestinienne est au coeur du conflit du Moyen-Orient envisageraient, à la légère, un avenir heureux pour cette région éminemment problématique, une fois Israël disparu. Car, il n'existe rien de tel que "le" conflit. Un rapide calcul fait apparaître cinq situations prévisibles d'enlisement - ou pire - de la situation dans la région : États contre Etats: L'élimination d'Israël du concert régional ne contribuerait guère à la concorde interarabe. Le retrait des puissances coloniales, Grande-Bretagne et France, au milieu du XXe siècle, a laissé un groupe de jeunes Etats arabes redessiner la carte de la région. Dès le début, la Syrie a exigé le Liban. En 1970, seule l'armée israélienne a dissuadé Damas d'envahir la Jordanie, sous le prétexte de soutenir un soulèvement palestinien. Tout au long des années 50 et 60, l'Egypte de Nasser s'est érigée en nouveau champion du panarabisme, et est intervenue au Yémen, dans les années 60. Le successeur de Nasser, le Président Anwar Sadat, s'est trouvé mêlé à des désaccords avec la Libye vers la fin des années 70. La Syrie est entrée au Liban en 1976, puis, elle a annexé le pays 15 ans plus tard, et l'Iraq a déclenché deux guerres contre les Etats de ses coreligionnaires musulmans : l'Iran, en 1980, le Koweit, en 1990. Le conflit avec l'Iran fut à l'origine de la plus longue guerre conventionnelle du XXe siècle. Aucun de ces affrontements n'a le moindre lien avec le conflit israélo-palestinien. En fait, la disparition d'Israël permettrait seulement d'affecter les crédits militaires à la gestion de ces rivalités internes. Croyants contre croyants: Ceux qui pensent que le conflit du Moyen-Orient est une "affaire entre Musulmans et Juifs" feraient mieux de regarder de plus près le décompte des points : 14 ans de carnage fanatique au Liban; la campagne d'extermination des Shiites par Saddam, au lendemain de la première guerre du Golfe ; le massacre de 20.000 personnes par la Syrie, dans la place forte musulmane des Frères musulmans de Hama, en 1982, et la violence terroriste contre les chrétiens égyptiens, dans les années 90. Ajoutez à ce décompte l'oppression interconfessionnelle, comme en Arabie Saoudite, où la secte fondamentaliste des Wahhabites brandit la matraque de la puissance d'Etat pour imposer son style de vie austère aux moins dévots. Idéologies contre idéologies: Le sionisme n'est pas le seul "isme" à sévir dans la région, en concurrence avec d'autres idéologies. Quoique les partis baathistes de Syrie et d'Irak soient issus des mêmes racines fascistes européennes, tous deux ont lutté pour la préséance au Moyen-Orient. Nasser a utilisé le panarabisme-socialisme contre l'Etat-nation arabe. Et Baathistes et Nassériens se sont opposés aux monarchies, comme en Jordanie. L'Iran khomeiniste et l'Arabie Saoudite wahhabite demeurent des ennemis mortels. Quel est le lien avec le conflit arabo-israélien ? Aucun, à l'exception du Hamas, armée terroriste des croyants, jadis soutenue par Israël en tant que rival de l'Organisation de Libération de la Palestine, et aujourd'hui responsable de beaucoup d'explosions-suicide en Israël. Mais le Hamas se débandera-t-il après la disparition d'Israël ? Certainement pas. Le Hamas a de plus grandes ambitions que celle d'éliminer "l'entité sioniste". L'organisation n'aspire à rien moins qu'un Etat arabe unifié sous un régime théocratique. Utopie réactionnaire contre modernité: L'hostilité commune envers Israël est la seule chose qui empêche les modernistes et les traditionalistes arabes de déchirer leur société. Les fondamentalistes luttent contre les laïques, et les musulmans réformistes combattent pour la fusion de la Mosquée et de l'Etat sous le drapeau vert du prophète. Une lutte de classe à peine dissimulée oppose une minuscule bourgeoisie et des millions de jeunes hommes sans emploi, à la structure du pouvoir, qui est le plus souvent une sorte de coterie étatique ayant la haute main sur les moyens de production. Loin de créer des tensions, Israël réfrène réellement les antagonismes dans le monde alentour. Régimes contre peuples: L'existence d'Israël ne peut expliquer l'importance et l'ampleur des services de Mukhabarat (police secrète) dans l'ensemble du Moyen-Orient. À l'exception de la Jordanie, du Maroc, et des émirats du Golfe, qui pratiquent un monarchisme modéré et éclairé, tous les pays arabes (outre l'Iran et le Pakistan) ne sont que des variantes du despotisme — depuis la dictature dynastique de la Syrie jusqu'à l'autoritarisme de l'Egypte. Les dissensions intra-nationales en Algérie ont tué près de 100.000 personnes, sans qu'aucun répit soit en vue. On dit que le nombre des victimes de Saddam s'élève à 300.000. Après la prise de pouvoir de Khomeini, en 1979, l'Iran a été entraîné non seulement dans la guerre Iran-Iraq, mais également dans les troubles civils contenus avec peine dans les années 80. Le Pakistan est sur le point d'exploser. La suppression impitoyable est le prix de la stabilité dans cette région. Redisons-le, il faudrait une imagination féconde pour croire que le fait d'exclure Israël de l'équation du Moyen-Orient donnerait lieu à l'instauration de la démocratie libérale dans la région. Il pourrait être plausible d'arguer du fait que la dialectique de l'hostilité favorise, d'une manière ou d'une autre, la dictature dans les "Etats limitrophes", comme comme c'est le cas des gouvernements égyptiens et syriens, qui invoquent la proximité de la "menace sioniste" comme prétexte pour écraser la dissidence. Mais comment expliquer, alors, les mutilations dans la lointaine Algérie, le bizarre régime de culte de la personnalité, en Libye, la pieuse coutume de couper la main des voleurs en Arabie Saoudite, le despotisme des clercs en Iran, ou l'échec durable de la démocratie, qui ne parvient pas à prendre racine au Pakistan ? Israël a-t-il causé, d'une manière ou d'une autre, les divers putschs qui ont produit la république de la peur en Iraq ? Si la Jordanie, l'Etat qui a la plus longue frontière commune avec Israël, peut faire l'expérience d'une monarchie constitutionnelle, pourquoi pas la Syrie ? Il ne servira à rien d'imputer à Israël les déficits de démocratie et de développement du monde arabe. Israël est un prétexte, pas une cause, et donc sa répudiation ne guérira pas les blessures que s'est infligées à lui-même le monde arabo-islamique. Pas plus que la version douce de l'"étaticide", avec son Etat binational, ce tour de passe-passe ne pourra s'appuyer sur l'argument de la "civilisation des affrontements" (définition empruntée à l'historien britannique Niall Ferguson), qui est la marque distinctive de la culture politique arabe. La lutte mortelle entre les Israéliens et les Palestiniens ne ferait que se déplacer de l'extérieur à l'intérieur. Mon ennemi, moi-même Quelqu'un peut-il affirmer, en toute bonne foi, que ces dysfonctionnements du monde arabe disparaîtraient avec Israël ? Deux rapports de l'ONU sur le "Développement Humain Arabe", rédigés par des auteurs arabes, répondent par la négative. Les calamités sont le fait du monde arabe. La stagnation et le désespoir ont trois causes originelles. La première est le manque de liberté. Les Nations Unies évoquent la persistance des autocraties absolues, des élections truquées, d'une magistrature redevable à l'exécutif, et des contraintes qui pèsent sur la société civile. Les libertés d'expression et d'association sont aussi très sévèrement limitées. La seconde cause originelle est le manque de connaissance : soixante-cinq millions d'adultes sont illettrés, et environ 10 millions d'enfants n'ont pas eu la moindre instruction. De ce fait, le monde arabe rétrograde toujours davantage en matière de recherche scientifique et de développement de la technologie de l'information. Troisièmement, la participation féminine à la vie politique et économique est la plus basse au monde. La croissance économique continuera à stagner, aussi longtemps que le potentiel de la moitié de la population demeurera en grande partie inexploité. Tout cela sera-t-il corrigé quand l'insulte judéo-occidentale faite à la fierté arabe disparaîtra définitivement ? Les millions de jeunes chômeurs désemparés, chair à canon pour les terroristes, disparaîtront-ils aussi — en même temps que le pouvoir exercé par un parti unique, la corruption, et les économies opaques ? Cette perspective n'a de sens que pour ceux qui aiment les explications simplistes, ou, pire, nourrissent une animosité particulière envers l'Etat juif et son refus de se comporter comme la Suède. (Il faut réfléchir au fait que la Suède ne serait pas la Suède non plus si elle vivait dans le monde hobbesien du Moyen-Orient.) En conclusion, le plus populaire de tous les "que-se-serait-il-passé-si" est le suivant: Le monde islamique détesterait-il moins les Etats-Unis si Israël disparaissait ? Comme tous les "que-se-serait-il-passé-si", celui-ci n'admet également qu'une preuve suggestive. Pour commencer, l'idée que 5 millions de juifs sont les seuls responsables de la fureur d'environ un milliard de musulmans ne peut porter le poids dont on la charge. Deuxièmement, les haines arabo-islamiques des Etats-Unis sont antérieures à la conquête de la Rive occidentale du Jourdain et de la Bande de Gaza. Rappelons-nous le dégoût laissé par le coup de force réalisé par les Etats-Unis pour rétablir le pouvoir du Shah à Téhéran, en 1953, ou l'intervention américaine au Liban, en 1958. Dès que la Grande-Bretagne et la France ont quitté le Moyen-Orient, les Etats-Unis sont devenus la puissance dominante et la cible numéro 1. Une autre évidence suggestive est que l'anti-américanisme (officieux) le plus féroce émane des prétendus alliés de Washington au Moyen-Orient arabe, en Egypte et en Arabie Saoudite. Israël est-il la cause de cette situation — ou peut-être est-ce bien commode, pour ces régimes, "d'occuper des esprits étourdis avec des querelles étrangères" (comme le dit le Henry IV de Shakespeare), afin de détourner l'attention populaire de la dépendance à l'égard du "Grand Satan "? Voyez la déclaration du Caire contre l'"hégémonie américaine", texte approuvé par 400 délégués du Moyen-Orient et de l'Occident, en décembre 2002. Ce long acte d'accusation ne mentionne la Palestine que de manière accessoire. La condamnation centrale, émise avec une profusion de variantes, prend pour cible les Etats-Unis, qu'elle accuse de monopoliser la puissance "dans le cadre d'une globalisation capitaliste", de restaurer le "colonialisme" et d'empêcher l'"émergence des forces qui modifieraient l'équilibre au profit d'une multipolarité". En bref, l'Amérique entière est responsable de toutes les misères du monde arabe, Israël venant, à distance, en deuxième position. Cette histoire familière a une tournure ironique : l'un de ses principaux signataires est Nader Fergany, auteur qui a dirigé la rédaction du rapport onusien de 2002, sur le Développement Humain Arabe. Ainsi, même ceux qui reconnaissent les échecs internes du monde arabe finissent par accuser "l'Autre". Etant donné l'énormité de l'acte d'accusation, abandonner Israël n'absoudra pas les Etats-Unis. Les Khomeinistes d'Iran ont raison - si l'on peut dire - quand ils dénoncent l'Amérique comme le "Grand Satan", et Israël seulement comme le "Petit Satan", au service de la puissance américaine. Ce qui met réellement en rage ceux qui haïssent l'Amérique, au Moyen-Orient, c'est que Washington s'immisce dans leurs affaires, que ce soit pour des problèmes liés au pétrole, ou au terrorisme, ou aux armes de destruction de masse. C'est pour cela que Osama bin Laden, qui ne s'est entiché de la cause palestinienne qu'après coup, appelle les Américains les nouveaux croisés, et les Juifs, leurs doublures impérialistes. Rien de tout cela n'a pour but de plaider en faveur de la poursuite de l'occupation, par Israël, de la Rive occidentale du Jourdain et de la Bande de Gaza, ni de justifier les difficultés cruelles qu'elle impose aux Palestiniens, ce qui est dommageable pour l'âme même d'Israël. Mais, comme cette analyse le suggère, la vraie source de l'angoisse arabe est l'Occident, en tant que miroir évident de la misère (arabe) et cible irrésistible de ce que Fouad Ajami, célèbre spécialiste du Moyen-Orient, a appelé "la fureur arabe". Ce qui est mystérieux, c'est que tant d'Occidentaux, comme ceux qui ont signé la déclaration du Caire, croient qu'il en est autrement. S'agit-il d'antisémitisme, comme tant de Juifs sont prompts à le suspecter ? Non, mais nier la légitimité d'Israël a une ressemblance étrange avec quelques traits majeurs de cette croyance, qui compte parmil les plus ténébreuses. Selon elle, les Juifs sont omnipotents, omniprésents, et donc responsables des maux du monde. Aujourd'hui, Israël se trouve dans une situation analogue, que ce soit comme serviteur ou comme manipulateur de la puissance des Etats-Unis. La version douce soupire : "Si seulement Israël était plus raisonnable..." La version semi-dure exige que "les Etats-Unis coupent l'herbe sous les pieds d'Israël", pour lui imposer la docilité qui vient de l'impuissance. Quant à la version dure-dure, elle rêve d'un salut qui découlerait de la disparition d'Israël. Ben voyons. Cela ne rappelle-t-il pas cette vieille blague de la guerre de l'indépendance d’Israël: alors que les balles sifflaient au-dessus des têtes de deux juifs qui couraient se terrer pour échapper aux rafales, l’un deux grogna : "Tant qu'à nous donner un pays qui n’était pas le leur, pourquoi les Angliches ne nous ont-ils pas donné la Suisse ?" Hélas, Israël n'est qu'un lopin de terre dans la région la plus délétère du monde, et le nettoyage n'est même pas commencé. (Josef Joffe est l'éditeur de Die Zeit, chercheur attaché la Hoover Institution, et membre distingué de l'Institut d'Etudes internationales, l'un et l'autre à l'université de Stanford.) Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org. Volume IV, Numéro 167 • vendredi, le 14 Janvier 2005 DU
FUSIL AUX URNES Les Arabes commencent à
l'appeler "le spectacle de la démocratie", sans savoir
comment réagir. Certains espèrent qu'il disparaîtra
de lui-même, tandis que d'autres réservent leur jugement
jusqu'à plus ample information. Pourtant ils sont nombreux, ceux
qui couvrent cette nouvelle politique américaine sous une avalanche
de quolibets cyniques. Nous parlons évidemment du plan Bush de
démocratisation du Moyen Orient. Bush a lancé l'idée
lors d'un discours à Washington en juin 2002. Un an plus tard,
il a donné un contenu à Londres et en juin dernier, lors
du sommet du G8 à Sea Island- Georgia, il a présenté
un plan plus structuré. Au mois de décembre ce plan sera
examiné lors d'une rencontre du G8 à Rabat, rassemblant
les ministres des finances et des affaires étrangères,
avec leurs partenaires arabes. Selon l'agenda, le but de cette conférence
est d'"examiner les moyens de consolider les engagements au Moyen
Orient et en Afrique du Nord, en vue d'un développement commun
fructueux et d'un renforcement harmonieux du processus de réforme
politique, économique et sociale". Ceci est bien entendu
libellé en langage diplomatique. Ce que le président Bush
a en tête est plus concret. Partant du fait que cette région
est la seule pratiquement en dehors du mouvement général
de développement et de démocratie qu'on constate depuis
la fin de la guerre froide et que c'est dans cette région que
le terrorisme international bénéficie non seulement d'une
base populaire, mais aussi de la sympathie et du soutien des élites
dirigeantes, le président Bush fait le lien entre ces deux phénomènes
et il considère que la démocratisation progressive de
la région fait partie de la guerre contre la terreur. (Amir Taheri, un écrivain
iranien et journaliste, est rédacteur en chef de Politique Internationale
à Paris.) Avec tous les regards tournés sur la corruption des fonctionnaires de l'ONU dans le programme "du pétrole contre la nourriture" (du temps de Saddam Hussein), personne n'a remarqué une autre affaire scandaleuse: comment la Syrie, qui a été membre du Conseil de Sécurité en 2002/2003, a décidé qu'elle pouvait continuer à soutenir impunément le terrorisme international et même alimenter la rébellion en cours dans l'Irak occidental. Comment un membre du Conseil peut-il mener une politique aussi dangereuse sans être inquiété? C'est une question sérieuse qui met en lumière le genre de rôle que peut jouer cette organisation dans des régions sensibles pour la sécurité du monde de demain. Sur le plan historique, l'ONU avait délégué une mission à la Syrie: après la guerre du Golfe en 1991, le secrétaire d'état James Baker avait visité Damas pour s'entretenir avec le père de Bashar, Hafez al Assad, alors président de la Syrie. Il cherchait à organiser ce qui allait devenir la Conférence de Madrid. Les Syriens lui ont juré que l'Onu était le cadre le plus indiqué et même vital pour une conférence de la paix entre Arabes et Israéliens, lui répétant que "l'ONU était la source de légitimité du monde"! On savait tout cela au quartier général de l'ONU à New York quelques dix années après. C'est pourquoi on espérait que la Syrie s'amenderait et changerait d'attitude vis à vis de la terreur, quand elle a été élue au Conseil de Sécurité pour 2 ans (oct 2001, un mois après les événements du 11 septembre), par plus des 2/3 des membres de l'Assemblée Générale. On a pensé que vu la mission de paix et de sécurité du Conseil, la Syrie n'avait pas d'autre choix que de s'y aligner et de rompre son soutien au Hezbollah et à la douzaine de groupes terroristes qui avaient trouvé un sanctuaire à Damas depuis une vingtaine d'années. Le scénario de l'ONU n'a pas fonctionné pour la Syrie. Le régime baathiste des Assad continue de défier les résolutions de l'ONU et d'héberger des terroristes, malgré des mises en garde explicites de l'administration Bush depuis déjà quatre ans. La Syrie a aidé Saddam Hussein à contourner les sanctions internationales en permettant au pétrole irakien de transiter illégalement à travers son territoire. Le Hezbollah a carte blanche pour recevoir des armes d'Iran et renforcer son potentiel militaire au Liban du Sud qu'il occupe, en violation des résolutions de l'ONU. 13 000 fusées sont pointées sur le centre d'Israël, créant ainsi une poudrière au Moyen Orient. Au même moment, la Syrie a hébergé des membres d'al Qaeda en 2002, affiliés à Moussab al Zarqawi qui a essayé de déstabiliser le royaume de Jordanie. Ainsi pendant qu'elle occupait un siège au Conseil de Sécurité, la Syrie en a profité pour mener des actions subversives qui sont allées en s'amplifiant. Le stock d'armes de destruction massive d'Irak reste un mystère, bien que des services secrets aient repéré des convois anormaux passant d'un palais présidentiel irakien vers un palais présidentiel syrien, à la veille de la 2ème guerre d'Irak. Selon David Kay, l'ex-chef du groupe de surveillance en Irak, des composants d'armes de destruction massive ont été transférés en Syrie avant 2003, informations recueillies auprès de prisonniers de haut niveau. Au lieu de contribuer à la paix au Moyen Orient, la Syrie a délibérément saboté tous les efforts dans ce sens, profitant de son siège à l'Onu. Cette affaire ne montre pas seulement un comportement d'état-voyou de la Syrie, mais ce qui est encore beaucoup plus grave, l'échec de l'organisation de l'Onu. Au lieu de contribuer à modérer la Syrie, l'ONU a obtenu l'inverse: une attitude insolente et défiante, déjà connue du temps de Hafez al Assad. Le général G W Casey, commandant américain en Irak, a dévoilé en décembre 2004 que l'insurrection irakienne était dirigée par un ancien responsable baathiste d'Irak qui opérait à partir de la Syrie. Le gouvernement provisoire Irakien a confirmé également l'implication des services secrets syriens. De même, lors de la bataille de Fallouja en novembre dernier, les troupes américaines ont découvert des photos de responsables Syriens de haut niveau. Un insurgé fait prisonnier à Najaf a avoué avoir été entraîné dans divers camps syriens. Bref, les empreintes syriennes sont partout où il y a des troubles. Les facétie syriennes ne semblent pas surprendre sur le plan international, bien que ce pays se trouve encore sur la liste du Département d'État comme un état terroriste. Si l'Onu est une "source de légitimité internationale", il est normal que l'attitude de la Syrie, "membre éminent" de l'Onu, soit considérée aussi comme légitime, selon la vision particulière et amorale de cette organisation. On parle de réformer l'Onu, et même de porter les membres du Conseil de Sécurité de 15 à 24. Cette histoire de la Syrie et de son implication directe dans la terreur et dans la déstabilisation du Moyen Orient n'est qu'un rappel cuisant que l'Onu doit changer non seulement dans sa structure, pour pouvoir être crédible et avoir une certaine influence positive. La réforme de l'Onu se situe dans les niveaux acceptables de comportement de ses membres, sinon on va vers la banqueroute. L'Onu des débuts, celle de Roosevelt, est née en 1945 à un moment de grande clarté morale. À cette époque les nouveaux membres devaient déclarer la guerre contre les puissances de l'Axe. Si on ne rétablit pas cette clarté, l'ordre mondial ne pourra être rétabli et inévitablement l'ONU deviendra l'instrument du chaos global. (Dore Gold est ex ambassadeur d'Israël aux Nations Unies, auteur de La Tour de Babble). Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com UNE
PREMIÈRE, UN SITE PALESTINIEN POUR ISRAËL Dans les années 50, j'étais
une gamine qui a grandi dans le territoire de Gaza, contrôlé
à l'époque par l'Egypte". Nonie Darwish se souvient
comment on lui a appris à haïr les Juifs depuis sa tendre
enfance. "On m'a toujours dit de ne pas accepter les bonbons proposés
par les étrangers, car c'était peut-être un Juif
qui essayait de m'empoisonner" se rappelle-t-elle. "On nous
répétait sans cesse que les Juifs étaient des démons,
le mal, les ennemis de Dieu". "J'ai mis du temps à réaliser qu'Israël ne constituait en aucune manière une menace pour le monde arabe, mais bien au contraire, Israël est un atout dans la région" dit-elle au Jerusalem Post, "Quand je suis partie aux Etats-Unis en 1978, c'est un Juif qui m'a procuré mon premier boulot et toute sa famille m'a beaucoup aidée". Ce sont ses contacts avec des
Juifs américains qui lui ont appris à devenir plus humaine
et à repenser tous les clichés qu'on lui avait inculqués
depuis son enfance! Ce sentiment humain s'est encore renforcé
quand l'hôpital Hadassah de Jérusalem a sauvé la
vie de son frère, mais ce sont les événements du
11/09/01 qui ont été le vrai tournant, car elle avait
alors réalisé pleinement la réalité du Moyen
Orient. "La raison essentielle du soutien à Israël
a commencé ce jour là, car j'avais enfin compris que ce
pays était la victime du terrorisme arabe tout au long de son
histoire. Ma propre culture était responsable de ces événements
indicibles de New York et du Pentagone !" Nonie Darwish a alors
commencé à parler, ne pouvant rester muette devant ces
vagues de terreur qui étaient en train de détruire le
tissu moral de la société musulmane. Mue par l'urgence, Nonie Darwish a sillonné les Etats-Unis s'adressant à des audiences les plus diverses, y compris les campus universitaires. Elle a visité Israël et a pris part au sommet annuel de Jérusalem. Elle parvient à toucher un auditoire de plus en plus large et grâce à son site qui contient des articles et autres rubriques en anglais et en arabe, elle a réussi à devenir rapidement un véhicule pour les arabes musulmans et chrétiens modérés qui ne parviennent pas à s'exprimer par ailleurs. "Il y a beaucoup de Juifs et d'Israéliens qui expriment librement leur compassion et leur soutien aux Palestiniens. Il est grand temps que nous, Arabes, exprimions en retour notre compassion et notre soutien" dit-elle sur son site. Elle a bien sûr été attaquée sur son site, mais elle est heureuse car les approbations et les félicitations d'arabes et de musulmans dépassent largement en nombre les mails hostiles. "Nous sommes encore peu nombreux mais nous nous développons" dit-elle, ajoutant "Tant pis si certains ne sont pas contents de notre action". Elle insiste pour dire que ses critiques ne visent pas l'Islam et que celui-ci n'est pas intrinsèquement antisémite. "C'est un phénomène plutôt culturel et non pas religieux; il appartient aux Musulmans qui pratiquent et enseignent la religion qu'ils chérissent, de l'interpréter et de l'élever vers l'esprit de tolérance" Elle est confiante qu'un jour le monde arabe mettra un terme à sa querelle avec l'état Juif, mais elle est moins optimiste quant à la menace croissante du fondamentalisme islamiste en Occident. "La plus grande erreur de jugement que font les Occidentaux, c'est de croire que leur culture et la démocratie sont indestructibles, sous-estimant les forces du Mal et de la terreur. Pourtant en fin de compte de nombreux Musulmans ne cherchent qu'une chose, islamiser l'Amérique et l'Occident, coûte que coûte!" Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com Volume IV, Numéro 166 • vendredi, le 7 Janvier 2005 L’héritier
d’Arafat Traduction française de Simon Pilczer, volontaire de l’IHC Personne n’a-t-il appris quelque chose ? Le 13 septembre 1993, j’étais sur la pelouse de la Maison Blanche pour assister à la signature des accords d’Oslo. J’ai aussi observé l’effondrement intellectuel de toute l’intelligentsia du Moyen-Orient – journalistes, politiciens, « experts » - quand ils tombèrent en pâmoison à la fameuse poignée de mains entre Yasser Arafat et Itsh’ak Rabin et refusèrent, ce jour-là et pour les années à venir, de reconnaître ce qui était évident : Arafat s’embarquait non pas pour la paix, mais pour la prochaine étape de sa guerre perpétuelle contre Israël, celle-ci devant être lancée bien plus avantageusement à partir d’une base sur le territoire palestinien qu’Israël venait juste de lui concéder de façon suicidaire. Pourquoi cela était-il si évident ? Parce qu’Arafat le déclara ainsi – cette même nuit (dans une émission en Arabe à son peuple sur la télévision jordanienne) et bien d’autres fois ensuite. Les experts du Moyen-Orient refusèrent de le croire. Ils ne voulurent pas l’entendre. Puis vint l’intifada. Des milliers de morts plus tard, ils le croient désormais. Les plus honnêtes parmi eux admettent qu’ils eurent tort. Maintenant qu’Arafat est mort, Mahmoud Abbas est assuré de lui succéder et le monde est de nouveau en pâmoison. Abbas, nous répète-t-on, est le grand espoir, le modéré, l’opposant à la violence, l’homme qui a déclaré que l’intifada est contre-productive. Le « faiseur de paix » advient. De nouveau, l’euphorie est dans l’air. De nouveau, personne ne veut écouter ce qui est dit. Les élections pour désigner le nouveau leader palestinien se tiennent dimanche. Comme par hasard, s’agissant d’une élection palestinienne, nous connaissons déjà le vainqueur. Comment le Président désigné a-t-il mené sa campagne ? 30 Déc. : Abbas venant à Jénine, il est hissé sur les épaules de Zakaria Zbeida, un terroriste recherché et notoire des brigades des martyrs al Aqsa. Abbas déclare qu’il protègera tous les terroristes contre Israël. 31 Dec. : Abbas réitère son immortelle loyauté aux exigences maximalistes d’Arafat : retrait israélien complet aux lignes d’armistice de 1949, Jérusalem comme capitale palestinienne et – la cape rouge briseuse d’accord – le « droit au retour », qui enverrait des millions de Palestiniens de l’étranger non pas vers leur propre pays de Palestine, mais en Israël de manière à le détruire démographiquement. 1er Jan : Abbas déclare qu’il ne prendra jamais de mesures énergiques contre le terrorisme palestinien. 4 Jan : Abbas appelle Israël “L’ennemi sioniste”. Cette phrase est si odieuse que seuls le Hezbollah et l’Iran et ceux se consacrant ouvertement à l’extermination d’Israël l’utilisent. Qu’en est-il de l’opposition si vantée d’Abbas à la violence ? Le 2 janvier, il indique aux terroristes du Hamas tirant des roquettes que mutiler et tuer des villageois juifs à l’intérieur d’Israël, « Ce n’est pas le moment pour ce genre d’action ». Voilà une intéressante « renonciation » au terrorisme : pas aujourd’hui, les gars ; peut-être plus tard, quand le temps sera venu. Ce qui était exactement l’approche utilitaire d’Arafat pour le terrorisme pendant la décennie d’Oslo. Certaines des réponses américaines et israéliennes à Abbas suffisent à vous faire verser des larmes. Le porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis en Israël : « Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de nous focaliser sur chaque déclaration faite par un officiel ; ce qui est important est le processus. » Un officiel du bureau du Premier Ministre Ariel Sharon : « Les mots ne comptent pas au Moyen-Orient ; ce qui compte, ce sont les actes ». N’avons-nous rien appris ? Au Moyen-Orient, les mots sont des actes. Jamais autant que dans une campagne électorale au cours de laquelle vos mots définissent votre plateforme et établissent votre mandat. Abbas concourt pratiquement sans opposition, et pourtant, aussi bien sur la question des fins et des moyens, il choisit de faire campagne comme Yasser Arafat. Pendant la décennie d’Oslo,
chaque déclaration d’Arafat de haine, d’incitation
et de glorification de la violence était pareillement écartée.
Puis les bombes commencèrent à exploser dans les cafés
et dans les bus, et les hommes avisés au Moyen-Orient réalisèrent
qu’il l’avait vraiment signifié tout ce temps. Maintenant
de nouveau ils nous disent d’ignorer les mots. Abbas ne veut pas
vraiment le signifier nous assurent-ils. C’est seulement pour
se faire élire. Nous connaissons son vrai cœur modéré.
Croyez nous. Abbas peut-il se transformer en un Sadate, qui émergea aussi dans l’ombre d’un leader charismatique, renversa sa politique et fit la paix avec Israël ? Je le croirai quand je le verrai. Et que je l’entendrai. Un
quotidien gouvernemental égyptien sur le choix de George W. Bush
comme homme de l’année par le Time Magazine : En réaction au choix par le Time Magazine du Président américain George W. Bush comme « homme de l’année », le quotidien gouvernemental égyptien Al-Akhbar a publié un éditorial intitulé « Bush, Hitler et l’homme de l’année ». Voici des extraits de cet éditorial : (1) « Le choix par la revue américaine Time Magazine du président américain, George W. Bush, comme homme de l’année 2004 fut un second coup porté au monde, qui ne s’était pas encore remis du choc provoqué par son élection à un second mandat de président. Tandis que Washington s’apprête à célébrer le [second] mandat, des festivités qui coûteront quarante millions de dollars, une somme record dans l’histoire américaine, le Time Magazine a élaboré une liste des raisons l’ayant amené à porter son choix sur Bush comme Homme de l’année. [Les raisons] sont les suivantes : le fait qu’il ait gardé la main sur ses pistolets (littéralement et au sens figuré), le fait qu’il ait façonné les règles de la politique pour les adapter à son style de cow-boy [et] le fait qu’il ait persuadé une majorité d’électeurs qu’il méritait d’être à la Maison Blanche pour quatre années supplémentaires. Les deux éditorialistes du magazine ont décrit leur rencontre avec Bush l’homme de l’année, celui-ci étalé dans son fauteuil préféré dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Ils se mirent à imaginer que des faucons (2), plutôt que des colombes, avaient fait leur nid dans l’arbre de Noël après qu’il eut choisi la moitié des ministres de son Cabinet parmi les faucons. Cela n’a absolument pas dérangé Bush que le sondage de l’opinion publique le crédite du taux de popularité le plus bas jamais atteint par un président récemment réélu et sur le point d’entamer son second mandat présidentiel. Les critiques qui lui sont adressées [ne l’ont pas dérangé non plus] dans la mesure où il répondit calmement : « Il arrive que vous soyez défini par vos critiques ». Cette déclaration signifie que le Président Bush évalue ses progrès en fonction des ennemis qu’il se fait. En conséquence, il n’est pas surprenant que Bush déclare : « Ma présidence a provoqué des virulentes critiques, que ce soit sur le plan intérieur ou sur le plan international, mais je suis convaincu que les décisions que j’ai prises feront du monde un endroit meilleur [sic]. » (3) Le choix de personnalités figurant dans les « personnalités ayant compté en 2004 » fut aussi une surprise, celle-ci comprenant Iyad Allawi, le Premier ministre intérimaire irakien, et Hamid Karzai, le premier président élu d’Afghanistan. La vraie surprise fut le choix de faire figurer dans la liste le Premier ministre israélien Ariel Sharon après qu’il soit sorti indemne d’un scandale de corruption et après la mort de son ennemi juré Yasser Arafat. Le magazine s’est demandé si le faucon israélien deviendra un conciliateur une fois que sera élue une nouvelle direction palestinienne. Il n’y a aucun doute que le monde fut surpris par le fait que le choix se soit porté sur Bush, qui au cours de son premier mandat a mené le peuple américain à deux guerres. Dieu seul sait ce qui l’attend pendant son second mandat. Pour que Bush, Sharon et consorts ne soient pas pris de l’ivresse d’avoir été considérés comme les personnalités de l’année, nous leur rappelons à tous les deux que le Time Magazine avait choisi Adolf Hitler comme Homme de l’année en 1939, un homme qui entraîna le monde entier dans la plus grande catastrophe de l’histoire moderne. » Notes: (1) Al-Akhbar (Egypte), 24 décembre 2004. Pour consulter l’article du Time Magazine, voir http://www.time.com/time/personoftheyear/2004/story.html (2) Bien qu’il soit écrit dans l’article du Time « des aigles plutôt que des colombes », Al-Akhbar emploie le mot suqur (faucons). (3) Les propos « mais je suis convaincu que les décisions que j’ai prises feront du monde un endroit meilleur » n’apparaissent pas dans l’article du Time Magazine.
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