Communiqué Isranet
janvier 2005
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume IV, Numéro 169 • vendredi, le 21 Janvier 2005

" Ces os revivront-ils?"
Discours de Silvan Shalom à l'ONU, 24 Janvier 2005
Traduction française: Menahem Macina

...Il y a soixante ans, les soldats alliés sont arrivés aux portes du camp de concentration d'Auschwitz. Rien ne les préparait à ce dont ils allaient être témoins, en ce lieu et dans les autres camps qu'ils allaient libérer. La puanteur des corps, les piles de vêtements, de dents, de chaussures d'enfants.

Mais dans les récits des libérateurs, plus que l'odeur, plus même que les piles de corps, l'histoire de l'horreur s'exprimait sur les visages des survivants.

Le récit de Harold Herbst, un libérateur américain de Buchenwald, est le paradigme de beaucoup d'autres. Je le cite :

« Comme je marchais parmi les baraquements, j'ai entendu une voix ; je me suis retourné, et j'ai vu un squelette vivant qui me parlait. Il m'a dit, "Dieu merci, vous êtes venus". J'éprouvais un étrange sentiment. Avez-vous jamais parlé avec un squelette qui vous répond ? Et c'est ce que j'étais en train de faire. Plus tard j'ai vu des monceaux de ces squelettes vivants, laissés derrière eux par les Allemands ».

Il y a des milliers d'années, le prophète Ezéchiel a eu une vision similaire. Dans un des passages les plus célèbres de la Bible, le prophète décrit comment il parvint à une vallée remplie d'ossements. Ces ossements, dit Ezéchiel, sont la Maison d'Israël. Et ils sont desséchés, et leur espoir est perdu. Confronté à cette scène, il pose la question : Ces os revivront-ils ? Ces os revivront-ils ?

Ezéchiel a posé la question que se sont posés tous ceux qui ont libéré des camps : est-ce que de l'espoir ou de l'humanité peut émerger d'une telle horreur? Ces os revivront-ils ?

Aujourd'hui, sont ici, avec moi, ceux qui ont donné vie aux os desséchés, des survivants et des libérateurs. Des hommes comme Dov Shilansky, qui a combattu dans le ghetto, et est devenu plus tard Président du Parlement d'Israël, la Knesset. Comme Yossi Peled, qui, après avoir été arraché à la terreur des Nazis, est devenu, par la suite, Général en chef dans les Forces de Défense d'Israël, pour protéger son peuple des horreurs d'une autre calamité. Comme David Grinstein, qui a survécu aux camps de travail, et préside maintenant une organisation de restitutions aux travailleurs forcés sous le pouvoir nazi. Et des femmes comme Gila Almagor - aujourd'hui reine de la scène et du cinéma israéliens - qui a exprimé ses expériences de fille de survivants de l'Holocauste, avec un art qui a touché des millions de personnes.

Quand nous voyons ce que les survivants sont parvenus à créer, à bâtir, quand nous voyons leur contribution à l'humanité - à des familles, à des carrières, à la littérature, à la musique, et même à des pays - nous ne pouvons que nous émerveiller de leur force et de leur courage.

En même temps, quand nous voyons ce que les survivants ont donné à l'humanité, nous pouvons seulement commencer à imaginer ce qu'auraient pu donner au monde les millions qui n'ont pas survécu. Nous pleurons leur perte, jusqu'à aujourd'hui. Chaque fibre de notre être perçoit leur absence. Chaque famille connaît la souffrance, y compris la mienne - les grands-parents de mon épouse et sept de leurs huit enfants ont été raflés et tués.

M. le Président,
Israël et le peuple juif ont une dette envers les libérateurs des camps de la mort, et c'est aussi le cas de toute l'humanité. Face au mal indicible, ces libérateurs, provenant des nombreuses nations représentées ici aujourd'hui, ont montré l'aptitude humaine à faire le bien. Face à l'accablante indifférence à la douleur des autres, ils ont fait preuve de compassion. Face à la lâcheté, ils ont fait preuve de courage et de détermination.
Nous reconnaissons aussi le courage et l'humanité des Justes d'Entre les Nations, qui ont refusé de détourner les yeux. Des gens, tel Raoul Wallenberg qui a sauvé des milliers de vies juives, et dont la nièce, Nane, est ici, avec nous, aujourd'hui. Ces héros ont aidé nos ossements desséchés à revivre.

M. le Président,
Les ossements desséchés se sont remis à vivre, non seulement dans les êtres qui ont survécu, mais également dans les deux entités qui ont surgi des cendres de l'Holocauste : les Nations Unies et l'Etat moderne d'Israël.

La tragédie de l'Holocauste a donné une impulsion majeure au rétablissement de la patrie du peuple juif, sur sa terre antique. C'est ce qu'Israël proclame, dans sa Déclaration d'Indépendance:

L'Holocauste, qui a englouti des millions de Juifs d'Europe, a prouvé à nouveau l'urgence du rétablissement de l'Etat juif. Un Etat qui résoudrait le problème de l'absence d'une patrie juive, en ouvrant les barrières à tous les Juifs, et en élevant le peuple juif à l'égalité au sein de la famille des nations.

Et, en effet, depuis sa création, Israël a donné asile à des juifs victimes de persécution partout dans le monde. En même temps, il a édifié une société, basée sur les valeurs de la démocratie et de la liberté pour tous ses citoyens, où la vie et la culture juives, la littérature, la religion et l'étude - toutes choses que les Nazis ont cherché à détruire - peuvent s'épanouir et prospérer.

Le fait que tant de survivants sont venus et ont joué leur rôle dans l'édification de l'Etat d'Israël, était en soi une remarquable réalisation de la prophétie d'Ezéchiel. Le prophète dit, en effet : « Ainsi parle le Seigneur : Vois, Ô mon peuple, je vais te tirer de tes tombeaux. Je mettrai mon esprit en toi et tu vivras dans ton propre pays, sur la terre d'Israël ».

M. le Président,
Si Israël représente une tentative héroïque de trouver une réponse positive aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale, les Nations Unies en représentent une autre. Les toutes premières clauses de la charte de l'ONU témoignent de la volonté de ses fondateurs de faire de cette nouvelle organisation internationale une réponse du monde au mal, et vienne, je cite: « sauver les générations futures du fléau de la guerre », « réaffirmer la foi dans les droits essentiels de l'homme » et dans « la dignité et la valeur de la personne humaine ».

En nous assemblant ici, aujourd'hui, dans cette Session Spéciale historique, nous honorons les victimes, nous exprimons notre respect aux survivants, et nous rendons hommage aux libérateurs. Nous nous assemblons ici, aujourd'hui, pour ceux qui se souviennent, pour ceux qui ont oublié, et pour ceux qui ne savent pas. Mais nous nous assemblons également pour nous souvenir que la charte de ces Nations Unies, comme la Déclaration de l'Indépendance d'Israël, est écrite dans le sang des victimes de l'Holocauste. Et nous nous assemblons, aujourd'hui, pour nous dédier à nouveau aux nobles principes sur lesquels cette organisation a été fondée.

Une telle affirmation est nécessaire aujourd'hui, plus que jamais. La décennie passée a été témoin d'une augmentation effrayante des tentatives de nier la réalité même de l'Holocauste. Aussi incroyable que cela paraisse, il en est qui supprimeraient volontiers de l'histoire six millions de meurtres.

Y a-t-il quelque chose de pire que de détruire systématiquement un peuple, de prendre les fiers citoyens juifs de Vienne, Francfort et Vilna, et même de Tunisie et de Libye, de brûler leurs livres saints, de voler leur dignité, leurs cheveux, leurs dents ; d'en faire des numéros, du savon, des cendres de Treblinka et de Dachau ? La réponse est oui, il y a quelque chose de pire : perpétrer tout cela et le nier ensuite. Perpétrer tout cela et ôter ensuite aux victimes - et à leurs enfants et petits-enfants - la légitimité de leur peine.

Nier l'Holocauste, ce n'est pas seulement profaner les victimes et insulter les survivants. C'est aussi priver le monde des leçons qui en découlent - leçons qui sont aussi capitales aujourd'hui qu'elles l'étaient il y a 60 ans.

Ces leçons sont capitales aujourd'hui, pour trois raisons pressantes.

D'abord, parce qu'aujourd'hui, à nouveau, la peste de l'antisémitisme relève la tête. Qui aurait pu imaginer que, moins de 60 ans après Auschwitz et Bergen-Belsen, le peuple juif et Israël seraient la cible d'attaques antisémites, même dans les pays qui ont été témoins des atrocités nazies ? C'est pourtant exactement ce qui se produit. L'Holocauste nous enseigne que si les Juifs sont les premiers à souffrir de la haine destructrice de l'antisémitisme, ils sont rarement les derniers.

Les leçons de l'Holocauste sont capitales pour une seconde raison : parce qu'aujourd'hui, une fois de plus, nous constatons qu'un processus de délégitimation et de déshumanisation, à l'encontre des Juifs et d'autres minorités, est à l'ouvre, ce même processus qui prépara le terrain à la destruction. N'oublions pas. L'extermination brutale d'un peuple n'a pas commencé avec des fusils ou des chars, mais avec des mots, des mots décrivant systématiquement le Juif - l'autre - comme moins que légitime, moins qu'humain. N'oublions pas cela, quand nous trouvons des journaux et des livres de classe actuels qui empruntent des caricatures et des thèmes au journal nazi Der Sturmer pour décrire des Juifs et des Israéliens.

Et enfin, ces leçons sont capitales, aujourd'hui, parce que nous sommes témoins de nouveau d'un assaut violent contre le principe fondamental de la sainteté de la vie humaine. Peut-être la plus grande idée de base que la Bible ait donnée à l'humanité est la simple vérité que tout homme, toute femme, tout enfant, est créé à l'image divine, et a donc une valeur infinie. Pour les nazis, la valeur d'un être humain était limitée, voire déplorable. L'essentiel était de savoir quelle somme de travail il pouvait accomplir, quelle quantité de cheveux une femme pouvait fournir, combien de dents en or il avait. Pour les nazis, la destruction d'un être humain, ou d'une centaine, d'un millier, de six millions, était sans importance. Elle n'était qu'un moyen pour une fin perverse.

Aujourd'hui encore, nous avons comme adversaires les forces du mal, pour lesquelles la vie humaine - que ce soit celle des civils qu'ils prennent pour cibles, ou celle de leur propre jeunesse qu'ils utilisent comme armes - est sans valeur : elle n'est qu'un moyen pour atteindre leurs buts. Nos sages nous enseignent que « celui qui prend une seule vie, c'est comme s'il avait pris le monde entier ». Aucune vie humaine n'a moins de valeur qu'un monde. Aucune idéologie, aucun ordre du jour politique, ne peuvent justifier ni excuser que l'on prenne délibérément une vie innocente.

M. le Président,
Pour six millions de Juifs, l'Etat d'Israël est venu trop tard. Pour eux, et pour d'innombrables autres, les Nations Unies sont aussi venues trop tard. Mais il n'est pas trop tard pour renouveler notre engagement envers les buts pour lesquels les Nations Unies ont été fondées. Et il n'est pas trop tard pour s'atteler à l'édification d'une communauté internationale qui reflétera pleinement ces valeurs ; qui combattra sans compromis l'intolérance à l'égard des gens de toute foi et de toute appartenance ethnique ; qui rejettera l'indifférentisme moral ; qui appellera le mal par son nom.

Nous ne saurons jamais si l'existence des Nations Unies aurait empêché l'Holocauste. Mais cette Session Spéciale confirme aujourd'hui la nécessité, pour les Nations Unies comme pour chaque Etat membre individuellement, de s'engager à nouveau à ce qu'il ne se produise plus jamais. Dans ce contexte, je voudrais exprimer ma satisfaction au Secrétaire général pour la qualité morale de sa parole et la maîtrise avec laquelle il a mené cette Session Spéciale à bien, ainsi qu'à mes collègues Ministres des Affaires étrangères pour leur présence ici aujourd'hui.

Alors que le nombre de survivants ne cesse de diminuer, nous sommes proches du moment où cet événement terrible se transformera de mémoire en histoire. Tous réunis ici, promettons de ne jamais oublier les victimes, de ne jamais abandonner les survivants, et de ne jamais permettre qu'un tel événement se répète.

En tant que Ministre des Affaires étrangères d'Israël, Etat souverain du peuple juif, je me tiens devant vous et je jure, au nom des victimes, des survivants et de tout le peuple juif : Plus jamais !

Simone Veil. Retour à Auschwitz
Un grand entretien avec Alain Genestar
Paris Match, 13 Janvier, 2005

Alain Genestar. Il y a un peu plus de soixante ans, vous êtes déportée à Auschwitz-Birkenau avec votre mère et votre sœur, Milou. Vous y êtes revenue hier avec vos deux fils et quelques-uns de vos petits-enfants. Qu’avez-vous ressenti en passant cette porte avec eux ?

Simone Veil. [Un silence.] Tout est si différent qu’il n’y a pas de lien entre ces deux mondes. Ce sont deux vies. Celle du passé est toujours présente. Ce que j’ai vécu, comme pour tous les déportés, m’a profondément marquée et les souvenirs nous reviennent en mémoire. Le monde des camps de déportation était hors du temps, de la vie, des réalités... On n’avait aucun projet d’avenir. Dans ce que nous vivions au quotidien, ce monde-là ne nous rappelait rien de ce qui avait été notre vie.

A.G.
Vous étiez déjà revenue, mais c’est la première fois que vos petits-enfants vous accompagnent. En venant avec eux, que voulez-vous leur transmettre ?

S.V. Avant de penser à quoi que ce soit, je suis venue parce qu’ils ont exprimé le désir, l’intérêt, de savoir de façon plus précise ce que j’avais vécu, de connaître ce qui a été si bouleversant, si tragique, d’une si grande influence. Ils veulent intégrer non seulement mon passé mais aussi celui de leurs arrière-grands-parents qu’ils n’ont pas connus mais dont je leur parle souvent. C’est important pour eux. Aujourd’hui, avec le 60e anniversaire, on peut penser que c’est la dernière fois qu’il y aura une commémoration d’une telle ampleur. Nos petits-enfants en entendent beaucoup parler et c’était donc un devoir de les emmener, à condition qu’ils le souhaitent. Pour certains, c’est trop douloureux et insupportable. Il ne faut l’imposer à personne.

A.G. Peut-être vouliez-vous leur faire partager une douleur qu’il vous est difficile d’expliquer ?

S.V. C’est beaucoup plus qu’une douleur, c’est une histoire. L’histoire de l’extermination des Juifs d’Europe. C’est cela que je veux qu’ils comprennent. Mais je ne savais pas si cela les intéressait vraiment et si, pour certains d’entre eux, c’était réellement important. Seuls les aînés m’ont accompagnée et j’y retournerai avec ceux qui ont regretté de ne pouvoir venir.

A.G. Vous leur avez peu parlé, hier, tout au long de cette journée à Auschwitz. Il y a eu de grands moments de silence, de recueillement. De temps en temps, l’un d’entre eux venait à vous et vous serrait dans ses bras... Leur avez-vous fait des confidences que vous ne leur auriez pas faites à Paris ?

S.V. Non. Ce sera plus facile maintenant car ce sont eux qui vont me poser des questions... Un sujet comme celui-ci, on ne peut pas l’aborder n’importe quand, n’importe comment. Après cette visite et le choc qu’ils ont ressenti, ils vont certainement m’interroger davantage et il sera plus facile de leur en parler.

Quand Simone Veil quitte la zone du camp où était situé son « bloc », le brouillard est en train de se lever. Elle ne se souvient pas avoir vu le soleil en 1944 : la fumée noire des fours crématoires obscurcissait le ciel.

A.G. Au printemps 1944, lors de votre arrivée en train à Auschwitz-Birkenau, vous aviez 16 ans, plus jeune que votre petite-fille Deborah qui vous a accompagnée hier. Votre sœur Milou avait une vingtaine d’années. C’était la nuit. Vous souvenez-vous de la première heure, du moment où vous êtes descendue du wagon sur la rampe, des mots de votre mère ?

S.V. Je ne me souviens pas des premiers mots, mais de notre premier réflexe, qui s’est révélé être un impératif permanent pendant toute la durée de notre vie au camp: ne jamais accepter d’être séparées. Tout faire pour être toujours ensemble. Nous avons vu que la plupart des familles étaient immédiatement séparées par les SS Les gens “âgés”, à partir de 40 ou 45 ans, les personnes qui se disaient fatiguées, les enfants ainsi que beaucoup d’adolescents étaient mis de côté, éventuellement séparés de leur mère, si celle-ci était jeune. Tous ceux-là montaient dans les camions en pensant nous retrouver tout de suite après. Ils ignoraient qu’ils allaient droit vers les chambres à gaz...

A.G. Quelle était la proportion de ceux qui allaient directement dans ces chambres à gaz ?

S.V. Cela dépendait des convois et de l’occupation du camp. S’il était plein, personne n’y entrait, tout le convoi était parfois exterminé. Par ailleurs, quelques convois ont été directement dirigés à Sobibor où tous les déportés étaient gazés immédiatement. Arrivant en avril, après l’hiver toujours dur à supporter en raison du froid et surtout à cause d’une épidémie de typhus, il y avait de la place... Je dirais que sur les 1 500 personnes de notre convoi, beaucoupplus de la moitié sont montées dans les camions. Je ne connais pas le nombre, je sais juste que nous étions, un an plus tard, 105 survivants.

A.G.
On vous a demandé votre âge à toutes les trois...

S.V. Maman avait 43 ans. C’était “limite”, mais elle faisait jeune. Pour ma sœur Milou, il n’y avait pas de problème... Certains des déportés étaient chargés de nous faire sortir des wagons et de nous faire mettre en rang. Lorsqu’ils voyaient des adolescents qui risquaient d’être sélectionnés pour la chambre à gaz, ils leur disaient : “Dites que vous avez 18 ans !” C’est ce qui s’est passé pour moi. Avoir 16 ans, ça signifiait souvent la mort...

Après, dans le camp, quand nous partions au travail, nous nous arrangions pour être toujours toutes les trois dans la même rangée de cinq afin de n’être pas séparées...

A.G. On imagine cette nuit-là, les projecteurs, les chiens, la peur... Le Dr Mengele est-il là ? Le voyez-vous ?

S.V. Oui, nous passons devant lui. Personne ne savait qui il était. Avec sa badine, d’un geste vif, il dit: “Là !... Là !...” Il décide ainsi en une seconde de la vie ou de la mort. Mais on n’imagine rien de ce que cela signifie. Nous croyons vraiment que nous allons retrouver ceux qui partent dans les camions. Que c’est au plus une question d’heures...

A.G. Quand comprenez-vous qu’il s’agit d’un camp d’extermination ?

S.V. A ce moment, nous ne comprenons rien du tout! Nous avons laissé tous nos bagages, valises et paquets dans le train ; ces fameux wagons à bestiaux où nous avons été entassés pendant près de trois jours dans des conditions effroyables, avec des enfants qui pleurent, des gens très âgés ou malades... Il n’y a qu’une seule tinette, dans un coin, rapidement débordée. Et rien à boire. Nous avions emporté du ravitaillement, mais nous avions tellement soif que, très vite, nous ne pouvions plus manger... Quand nous sommes arrivées à Auschwitz, nous avons été précipitées hors des wagons par des hommes en tenue de bagnard, les chiens des SS aboyaient, se jetaient sur nous. Seules quelques-unes ont pu prendre un petit sac à main ou de voyage...

Il doit être 1 ou 2 heures du matin. C’est le mois d’avril. Il ne fait pas trop froid... Après la “sélection”, nous allons à pied jusque dans une sorte de grande pièce bétonnée, totalement vide... On se demande ce que nous faisons là! Il y a peu de monde encore... Juste quelques déportées, affectées à cette tâche, qui nous demandent de leur remettre nos bijoux, tout ce que nous possédons parce que, nous disent-elles, “de toute façon, on vous le prendra!”... J’ai le souvenir très précis d’une amie qui avait un petit flacon de parfum Lanvin. Elle nous a aspergées avant de faire pareil pour elle plutôt que de le donner à l’une des kapos...

A.G. Vous ne savez toujours rien.

S.V. Non... Ces femmes étaient en uniforme rayé, des robes rayées telles qu’on les voit dans les documents filmés... Ce n’était pas chaud du tout... mais c’était beaucoup mieux que les vêtements usagés et déchirés dont nous avons été affublées quelques heures plus tard.

Très vite, nous essayons de savoir ce que sont devenus les gens des camions. Dans l’immédiat, nous n’avons pas eu de réponse.

Je me rappelle que, dans le vaste local, il n’y avait rien, aucun meuble. Je pense que, cette nuit-là, nous avons essayé de dormir par terre en nous couchant sur le sol. Mais nous étions trop angoissées pour dormir. Dès qu’il a fait un peu jour, des femmes, toujours en tenue rayée, sont arrivées pour nous raser tous les poils du corps. Dans notre convoi, on nous a coupé les cheveux très court mais nous n’avons pas été tondues comme c’était généralement le cas pour celles des convois précédents. En gardant des cheveux, nous gardions figure humaine et l’humiliation d’avoir la tête rasée nous a, par chance, été épargnée.

Puis, toujours au même endroit, c’est la séance du tatouage. Le tatouage en lui-même est sans douleur, il suffit d’une plume pointue et d’une encre indélébile. Ce sont des déportées qui sont chargées de le faire. Désormais, nous sommes marquées comme du bétail. Psychologiquement, c’est une épreuve de plus. Nous avons tout de suite alors conscience de la perte de notre identité : si on nous attribue un numéro, c’est pour qu’il se substitue à notre nom, donc à notre propre identité.

Lucas, Pierre-François, Simone Veil et Isabelle, face à l'abomination ultime : les ruines des chambres à gaz.

Après le temps passé à ces diverses opérations, nous commençons à nous inquiéter du sort de celles et ceux qui étaient partis en camion, les plus angoissées sont les femmes qui avaient des membres de leur famille, enfants, parents ou grands-parents, dans les camions, ou un mari, un frère ou une sœur. Nous avons de nouveau tenté d’interroger les déportées présentes. Elles ont alors répondu sans ménagement : “Les jeunes, les vieux... Tous ceux qui sont partis dans les camions... Tenez, regardez...” Il y avait une petite fenêtre par laquelle on voyait de la fumée... “C’est ce qu’il en reste... après avoir été gazés... Voilà, ils sont tous passés au crématoire.” Notre premier réflexe est de penser que l’on cherche à nous démoraliser. On ne peut pas le croire ! Nous sommes toutes dans la même interrogation : est-ce possible ?... Nous essayons de communiquer par la fenêtre avec d’autres déportées pour vérifier ces informations. Mais elles n’osent pas s’approcher... Au fil des heures pourtant, tous les témoignages se recoupent. Mais celles qui avaient de la famille veulent continuer à douter et à espérer.

Avant d’être affectées à un bloc, nous passons à la désinfection durant toute la matinée. Nous sommes assises sur des gradins, toutes nues... Pour les Françaises, notamment, c’est particulièrement difficile à vivre. Dans les pays d’Europe centrale et en Allemagne, la pudeur n’est pas la même. Dans les douches des stations thermales ou des salles de gymnastique, les femmes se montrent nues les unes aux autres, sans être gênées. En France, nous étions très pudiques. Pour les mères et les filles, se retrouver nues, ainsi, c’était presque plus difficile que vis-à-vis d’étrangères. Les jeunes déportées nous regardaient, nous tripotaient.

Nous étions plus brunes, nous avions un physique différent de celles qu’elles voyaient d’habitude... Cela a duré plusieurs heures... Ces séances de prétendue désinfection ont provoqué chez moi une véritable angoisse : depuis je n’ai plus jamais supporté une certaine promiscuité, ni les douches en commun, ni même de faire la queue, par exemple avant d’entrer au cinéma ou dans une boutique, en étant proche de mes voisins.

Une femme SS, la responsable du camp des femmes, nous a demandé s’il y avait parmi nous une danseuse. Elle adorait la danse. Une des jeunes filles de notre convoi s’est manifestée, ce qui l’a conduite à donner les spectacles pour les SS à l’occasion et à ne pas travailler.

Ensuite, c’était l’épreuve de la douche. Des douches tantôt glaciales, tantôt brûlantes... On passait enfin dans un autre local où il y avait des gros tas de hardes, de véritables chiffons, qui avaient probablement été de vrais vêtements et qu’on avait volontairement détériorés pour qu’ils soient à l’état de loques. N’importe quoi, de n’importe quelle taille... Il y avait aussi des tas de chaussures généralement dépareillées parmi lesquelles il était difficile d’en trouver deux à notre taille.

En sortant de là, nous étions ébahies. Où étions-nous tombées ?... En quelques heures, nous avions basculé dans un autre monde.

A.G. Vous venez de me raconter la vie dans les camps... Vous me dites que vous avez pleuré le jour de la libération... Mais avant, vous n’avez jamais craqué, jamais abandonné ?

S.V. [Un silence.] On avait froid, on avait faim... On se plaignait les unes les autres, on se réchauffait les pieds... Mais je ne me souviens pas d’avoir pleuré... Une fois, mais c’était après la libération... Nous étions quelques Françaises réunies, j’étais la plus jeune. Nous redevenions des “jeunes”... Une femme, qui aurait pu être ma mère, m’a fait une observation. Je l’ai envoyée promener. Ma sœur était présente. Elle ne m’a peut-être pas donné une gifle, mais elle m’a engueulée... Elle m’a dit : “On renaît à la vie, tu n’as pas le droit de parler comme ça aux gens... !” Une leçon de morale, en somme. Juste après... alors là, oui, j’ai pleuré ! Mais autrement, non, je n’ai pas le souvenir d’avoir pleuré... C’était au-delà des larmes...

Sauf une autre fois, sur le chemin du retour, quand j’ai appris par hasard que ma sœur Denise avait été déportée à Ravensbrück. On ne savait rien du sort des déportés de ce camp. J’ai complètement craqué jusqu’au retour le lendemain à Paris : elle était rentrée.

Les élections irakiennes (III) : les menaces terroristes et islamistes
Dr Nimrod Raphaeli
MEMRI, No. 202, 21 Janvier 2005

Introduction
Les futures élections irakiennes ont incité le plus grand ouléma chiite d'Irak, le Grand Ayatollah Ali al-Sistani à s'opposer à Oussama Ben Laden. Al-Sistani a appelé ses fidèles à voter en masse, et a qualifié ceux qui boycottaient les élections «d'infidèles». Son portrait apparaît sur des affiches électorales dans la plupart des provinces irakiennes, indiquant qu'il est favorable aux élections. Dans une vidéo diffusée par Al-Jazeera TV, dans ce qui semble être une réponse à al-Sistani, Oussama Ben Laden a dissuadé de participer aux élections: «Celui qui participe aux élections […] commet l'apostasie contre Allah.» Il a aussi approuvé le meurtre des agents de sécurité au nom d'Allah: «Les membres du personnel militaire [irakien], de l'appareil sécuritaire de la Garde nationale […], il est autorisé de verser leur sang. Ils sont des apostats dont la mort ne mérite pas de prières de salut.» [1] Dans la même vidéo, il a désigné le terroriste jordanien Abu Mus'ab al-Zarqawi comme «Amir», la tête, de l'organisation Al-Qaïda en Irak, et à ce titre l'exécutant en chef du décret de Ben Laden.

Les élections comme apostasie

Les organisations terroristes islamiques partagent la conviction profonde que les élections sont une apostasie. Les musulmans devraient être dirigés par les lois religieuses islamiques ( la Shariah ) telles qu'interprétées par les semblables de Ben Laden et al-Zarqawi et non des lois faites par l'homme et promulguées par des représentants élus. Cette conception islamiste du monde a été largement définie par Sayyid Qutb dans son livre Ma'alim 'ala al-tariq ' ( Des Signaux sur la route ), publié en 1957 par les Frères musulmans au Caire. Ce livre trace une parfaite dichotomie entre croyants et infidèles, entre les lois religieuses islamiques et les lois des infidèles, entre la tradition et la décadence, entre le changement violent et la fausse légitimité. Pour citer Qutb lui-même: «Dans le monde, il n'y a qu'un parti, le parti d'Allah; tous les autres sont des partis de Satan et de la rébellion. Ceux qui ont la foi se battent pour la cause d'Allah, et ceux qui n'ont pas la foi se battent pour la cause de la rébellion.» En bref, voter lors d'élections ou faire un choix est, selon les partisans de la pensée de Qutb, un acte de défi à la juridiction ultime d'Allah sur la conduite des êtres humains.

Les groupes terroristes islamistes en Irak

Dans l'actuel paysage sans loi en Irak, il y a de nombreuses organisations terroristes islamiques décidées à empêcher la tenue d'élections nationales libres et la naissance du régime démocratique qui s'ensuivrait. Ces organisations/groupes interagissent et soutiennent les activités du «mouvement de résistance» laïque fait des restes du régime de Saddam Hussein. Ces organisations sont trop nombreuses pour être répertoriées; cependant, voici les plus importantes d'entre elles, identifiées par le quotidien londonien Al-Hayat: [2]

Monothéisme et Jihad (al Tawheed wa-al-Jihad)

Ce groupe est dirigé par le Ahmad Fadhil al-Khalayla, d'origine jordanienne, aussi connu sous le nom d'Abu Mus'ab al-Zarqawi, âgé de trente-sept ans. Le nom du groupe est récemment devenu « Al-Qaïda dans les Terres du Tigre et de l'Euphrate ». Al-Zarqawi s'est fait une réputation de violence par des actes terroristes implacables, dont des attaques suicides et la décapitation de certaines de ses victimes, diffusée par vidéo. Il puise principalement ses partisans parmi des volontaires du jihad qui aspirent au martyr dans le combat contre la force multinationale et ses partisans irakiens.

Al-Zarqawi incarne la version extrême du wahhabisme saoudien, profondément anti-chiite. Il a commis de nombreux crimes à l'encontre de la communauté chiite en Irak, notamment le meurtre de l'Ayatollah Baqir al-Hakim, le chef du Conseil suprême de la Révolution islamique en Irak (CSRII), et a récemment revendiqué une tentative de meurtre d' Abd el-Aziz al-Hakim, le frère de l'ayatollah et son successeur à la tête du CSRII. Lors de cette attaque, 13 Irakiens ont été tués et 66 autres blessés, sans mentionner les dommages causés aux bureaux du CSRII qui, incidemment, étaient autrefois ceux de Tariq Aziz, Premier ministre irakien, adjoint de Saddam Hussein. Al-Hakim a appelé ses partisans à la retenue. [3]

Al-Zarqawi a qualifié les chiites de «serpents embusqués et scorpions malins, ennemis espionnant et venin pénétrant». Les chiites, a écrit al-Zarqawi, sont «le pire des maux de l'humanité». [4] Al-Zarqawi essaie de pousser la communauté chiite à l'action violente contre les sunnites, ce qui pourrait être le début d'une guerre civile totale qui entraînerait plus de violence et de chaos, servant les desseins des terroristes. Jusqu'ici, la communauté chiite n'a pas mordu à l'hameçon. Au contraire, ses réactions ont été mesurées. Une des principales agences de presse chiites a appelé l'organisation al-Zarqawi «le Groupe de l'Athéisme et de l'Apostasie, qui incarne la pensée salafiste, baathiste et wahhabite». [5]

Les sources de renseignement américaines assurent qu'à mesure qu'Al-Zarqawi gagne en notoriété, il est capable d'attirer davantage de partisans, en particulier parmi les islamistes irakiens et parmi Ansar al-Islam, auquel il était lié lors de son arrivée en Irak en 2001. [6]

Ansar al-Islam (Compagnons de l'Islam)

Ce groupe a été établi au milieu des années 1980 au Kurdistan irakien par Najm al-Din Faraj Ahmad, aussi appelé Mullah Kraikar. La base du groupe à Biyara (Kurdistan irakien) a été détruite par l'armée de l'air américaine en mars 2003. De nombreux membres d'Ansar al-Islam on été tués et les survivants arrêtés et détenus à la prison d'Assyih à Suleimaniya, au Kurdistan irakien.

Les représentants kurdes de la sécurité assurent que les deux dirigeants du mouvement, le Mollah Kraikar (qui a demandé et reçu asile en Norvège) et Ali Babir (arrêté par les Etats-Unis après le renversement de Saddam), avaient des contacts avec Al-Qaïda. Des officiels américains indiquent que le groupe s'est essayé aux armes chimiques. [7]

Il semble qu'Ansar al-Islam ait étendu ses activités en Europe. Les autorités allemandes ont arrêté 20 partisans d'Ansar al-Islam en 2004 et estiment qu'il reste une centaine de partisans en Allemagne et encore 500 et 1000 autres en Europe. [8]

Selon le reportage d'un journaliste du quotidien londonien al-Sharq al-Awsat, il existe de nombreux sous-groupes opérant sous la couverture d'Ansar al-Islam, notamment l'Armée du Compagnon du Sunnisme ( Jaysh Ansar al-Sunna ): ce groupe est considéré comme un groupe dissident d'Ansar al-Islam et est apparemment dirigé par Abu Abdullah al-Hassan bin Mahmud. C'est lui qui avait annoncé sur Internet qu'il avait décapité le Marine d'origine libanaise Wassif Ali Hassoon, ce qui s'est avéré être faux. Le groupe a aussi revendiqué la responsabilité de deux attentats suicides majeurs. Le premier, perpétré dans la ville kurde d'Erbil en février 2004, a coûté la vie à 109 personnes et en a blessé de nombreuses autres. Le second, ciblant le mess de l'armée américaine à Mossoul, s'est soldé par 22 morts, dont 18 soldats américains, et nombres d'employés blessés. En août, le groupe a revendiqué l'exécution de 12 ouvriers népalais dont un fut décapité et filmé en vidéo. [9]

En commun avec deux autres groupes terroristes, Jaysh al-Majuhideen ( l'Armée des guerriers du Jihad ) and al-Jaysh al-Islami al-Iraqi ( l'Armée Islamique Irakienne ), Ansar al-Islam a publié sur son site Internet une déclaration intitulée «La Comédie de la Démocratie et des Elections».

Commençant par une «précision», la déclaration rappelle l'étymologie grecque du terme «démocratie», qui signifie «l'autorité du peuple» et «la législation par le peuple». «Démocratie» veut dire, continue la déclaration, que le peuple rédige pour lui-même les lois qui correspondent à ses désirs et objectifs. Un tel concept, avertit la déclaration, est une marque d'athéisme et d'apostasie, et contraire au principe de monothéisme, qui est la religion des musulmans. C'est une farce mise en scène par les ennemis, qui confère ce qu'ils prétendent être la légitimité au nouveau gouvernement - le serviteur des croisés et l'exécutant de leurs machinations. Les efforts déployés pour le bon déroulement des élections et la participation à ces élections est le plus grand des cadeaux à l'Amérique, l'ennemi de l'Islam et le tyran de notre temps». [10]

De nombreux groupes plus petits opèrent sous la protection de Jaysh Ansar al-Sunna ; ils sont: Le Martyr Aziz Taha, Katibat al-Tawheed, Sa'ad ibn abi Waqqass, Asad al-Islam, Abu Hanifa al-Nu'man, et Abdullah ibn-al-Zubayr.

L'armée Islamique Irakienne (al-Jaysh al-Islami): Fayaliq [Brigades] Khalid ibn al-Walid

Nous ne disposons pas d'information sur ce groupe. Cependant, Il a menacé d'exécuter un ressortissant philippin si les Philippines ne retiraient pas d'Irak leur petit contingent de 60 soldats.

Récemment, le groupe a menacé de porter le «front» à l'intérieur des Etats-Unis. Dans un message adressé au peuple américain, publié sur le site Internet du groupe, il a déclaré que l'année 2005 serait calamiteuse pour l'Amérique, conformément à «la volonté d'Allah». [11]

Le Conseil National de la Résistance Irakienne

Le Conseil national de la résistance irakienne, aussi appelé Conseil uni de la résistance irakienne, a été formé en juin 2003 et comprend des activistes baathistes (qualifiés de militants), avatars de l'Armée irakienne et de la Garde républicaine, ainsi que ceux décrits comme «les héros de l'appareil national de sécurité». [12]

La structure de la direction du Conseil demeure secrète, bien que lors d'une interview avec l'hebdomadaire jordanien al-Majd, l'ancien vice-président irakien Izzet Ibrahim al-Duri ait été identifié comme chef de la résistance. Le Général Abu Mu'tassim (nom de guerre) a aussi été identifié comme «chef de la résistance» et «général de campagne» de la défunte Garde républicaine. [13]

Contrairement aux groupes terroristes précédents, le Conseil national est une organisation laïque entièrement composée d'Irakiens et son opposition aux élections est davantage une question d'idéologie politique que de théologie. Le groupe partage une loyauté élémentaire à Saddam Hussein et la conviction que l'Irak doit continuer d'être dirigée par les sunnites. [14]

Des dons des pays du Golfe et d'Irakiens expatriés financent les activités de ce groupe. Selon le Général John Abizaid, chef du Commandement Sud américain qui supervise les activités militaires en Afghanistan et Irak, il existe un degré de coordination tactique depuis la Syrie et le lieu de naissance de Saddam, Tikrit. Les Etats-Unis cherchent à arrêter 34 anciens officiels baathistes qui apparemment dirigent la rébellion depuis l'Irak et la Syrie. [15]

La branche militaire de Conseil national de résistance est le Jaysh Muhammad ( l'Armée de Muhammad ), formée par Saddam Hussein peu de temps avant l'invasion de l'Irak. Elle était dirigée par le Colonel Mu'ayyid Ahmad Yaseen, un ancien officier de la Garde républicaine. Yaseen a été arrêté à Fallujah en novembre ainsi que son successeur Ra'ad al-Duri et le dirigeant des Fida'iyyoun de Saddam, Hassan al-Saqlawi. L'arrestation des trois dirigeants a été rendue publique par le Premier ministre provisoire Ayad Allawi lors d'une conférence de presse à Bagdad. [16] Dans un document trouvé à Fallujah après son invasion par la coalition internationale, le Jaysh Mohammad offre des conseils aux autres groupes terroristes à propos de la sécurité de campagne. Il conseille de s'abstenir de tout contact avec des personnes du «côté ennemi, même s'il porte l'habit du Pape ou d'al-Sistani». [17]

Dans une vidéo projetée à des journalistes par le Ministre irakien de la Défense Hazem al-Sha'lan, le Colonel Yaseen confirme recevoir une assistance considérable de l'Iran et la Syrie. [18]

Le terrorisme des bandits

Il existe de nombreux autres groupes qui sont apparus à un moment ou un autre, mais ils semblent être davantage composés de bandits désorganisés que de terroristes. Ce sont principalement des criminels endurcis libérés de prison lors de l'amnistie générale décrétée par Saddam Hussein avant l'invasion. Nombre d'entre eux se sont lancés dans l'enlèvement d'étrangers, les vendent en définitive à des groupes terroristes plus intéressés à terroriser les étrangers qu'à recevoir une rançon.

Motivation salariale

Excepté les jihadistes endurcis qui recherchent le martyre, vu comme une extension de la vie dans un au-delà idéalisé qui les rapprocherait d'Allah et comme une demeure permanente au Paradis, la plupart des membres des groupes terroristes irakiens, et plus particulièrement les prétendus combattants de la résistance, reçoivent un salaire bien supérieur à ce qu'ils gagneraient autrement comme fonctionnaires ou petits marchands dans les bazars des villes irakiennes. Pour reprendre les termes de l'un d'entre eux, alors que son salaire de fonctionnaire ne suffisait pas à ses besoins de base, son salaire en tant que membre d'un groupe armé est «plus que suffisant». [19]

Conséquences du terrorisme sur les élections

La peur du terrorisme en Irak a eu un impact négatif considérable sur le cours des élections et des voix se sont élevées pour qu'elles soient reportées:

· Craignant pour la vie de leurs candidats, plusieurs partis politiques et groupes ayant soumis des listes de candidats n'ont pas rendu publiques leurs listes. De nombreux électeurs potentiels ne savent absolument pas pour qui ils pourraient voter.

· Les réunions publiques sont rendues totalement impossibles. Les partis politiques ne peuvent exprimer leurs programmes aux électeurs potentiels en personnes. L'ironie veut que maintenant que la liberté d'expression est réellement protégée par la loi, les candidats se trouvent obligés de cacher leur identité ou de s'entourer de gardes armés.

· La Garde nationale irakienne et la police nationale ont promis de protéger les bureaux de vote le jour des élections; cependant, leur incapacité à se protéger eux-mêmes efficacement contre la terreur quotidienne pourrait inciter d'éventuels électeurs à préférer la sécurité de leur propre foyer aux risques tapis dans les bureaux de vote.

· Des membres des comités électoraux locaux dans les régions sunnites ont démissionné sous la menace d'Islamistes – une situation qui complique encore la tenue d'élections en bonne et due forme dans certaines des provinces sunnites.
· Pis que tout, les élus pourraient être récompensés d'atteinte physique.

Cependant, en dépit de ces risques et dangers, les élections sont probablement la seule façon de donner une légitimité à un gouvernement permanent. Un sondage d'opinion publique réalisé par le quotidien Al-Sharq Al-Awsat révèle qu'une majorité de 66% soutient la tenue des élections au temps fixé pour mettre fin à l'occupation. [20] Il s'agit d'une remarquable convergence des intérêts du peuple irakien et de l'Administration américaine.

(Le Dr Nimrod Raphaeli est le responsable du Programme d'Etude Economique de MEMRI.)

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[1] Voir la dépêche spéciale de MEMRI n° 837, 30 décembre 2004, Oussama Ben Laden au peuple irakien: il est interdit de participer aux élections irakiennes et palestiniennes ; le jihad en Palestine et en Irak incombe aux résidents de tous les pays musulmans, pas seulement aux Irakiens et aux Palestiniens ; Zarqawi est le commandant d'Al-Qaïda en Irak.' http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP83704.
[2] Al-Hayat (Londres), 11 juillet 2004.
[3] www.karbalanes.net/artc.+1649, 27 décembre 2004.
[4] Extrait d'une lettre d'Abu Mus'ab al-Zarqawi, www.globalsecurity.org/wmd/library/news/iraq/2004/02/040212-al-zarqawi.htm.
[5] www.karbalanews.net/artc.php?id=1611.
[6] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 11 juillet 2004.
[7] Al-Hayat (Londres), 11 juillet 2004.
[8] www.karbalanews.net, 10 janvier 2004.
[9] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 10 décembre 2004.
[10] http://jaish-ansaralsunnah.8m.com.
[11] Al-Zaman (Bagdad), 3 janvier 2005.
[12] Enquête et analyse de MEMRI n° 197, 19 novembre 2004, Activités anti-américaines du parti Baath à Paris' http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA19704.
[13] Ibid.
[14] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 11 juillet 2004.
[15] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 11 janvier, 2005.
[16] Al-Zaman (Bagdad), 10 janvier 2005.
[17] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 19 novembre 2004.
[18] Al-Mada (Bagdad), 9 janvier 2005.
[19] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 10 décembre 2004.
[20] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 11 décembre 2005.

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Volume IV, Numéro 168 • vendredi, le 21 Janvier 2005

Un monde sans Israël
Josef Joffe
Foreign Policy, Janvier/février 2005

Imaginez qu'Israël n'ait jamais existé. Le marasme économique et la répression politique qui poussent des jeunes gens en colère à se transformer en bombe-suicide cesseraient-il d'exister? Les Palestiniens auraient-ils un Etat indépendant ? Les Etats-Unis, débarrassés de leur encombrant allié, seraient-ils tout à coup aimés de tout le monde musulman ? Ce serait prendre ses rêves pour la réalité. Loin de créer des tensions, Israël réfrène, en réalité, plus d'antagonismes qu'il n'en cause.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun Etat n'a autant souffert qu'Israël de si cruels retournements de situation. Inconditionnellement admiré, dans les années 70, comme l'Etat de "ces Juifs pleins de cran", qui ont survécu contre toute attente et ont fait fleurir la démocratie et le désert, dans un climat hostile tant à la liberté qu'à la verdure, Israël est devenu l'objet d'une délégitimation rampante.

Le dénigrement se manifeste sous deux formes. La première - la version douce - impute à Israël, d'abord et surtout, tout ce qui ne va pas au Moyen-Orient, et l'accuse d'avoir dévoyé la politique étrangère des Etats-Unis. C'est le leitmotiv des éditoriaux partout dans le monde, sans parler du venin qui suinte des pages de la presse arabo-islamique. La version récente la plus dure s'en prend à l'existence même d'Israël. Selon cette interprétation, c'est Israël en tant que tel, et non son comportement, qui est à l'origine des troubles au Moyen-Orient. Par conséquent, la conclusion "étaticide" est que la naissance d'Israël, à laquelle présidèrent les Etats-Unis et l'Union soviétique, en 1948, fut une erreur grave, si grandiose et digne de respect que l'événement ait pu être alors.

La version douce est assez familière. Un des ses motifs est la théorie consistant à "secouer les puces à son chien". Ainsi, aux Etats-Unis, le "lobby juif" et une cabale de néo-conservateurs ont emberlificoté l'administration Bush dans une stupide politique pro-israélienne, contraire à l'intérêt national. Comme cela s'est produit si souvent dans l'histoire, ce point de vue majore l'importance des Juifs. Mais, derrière cette accusation, s'en profile une autre, plus générale, selon laquelle il est, de toute manière, antidémocratique que des groupes sous-nationaux se jettent dans la mêlée quand il est question de politique étrangère. Passons donc en revue les différentes manières dont les entités sous-nationales luttent en matière d'intérêt national: les syndicats et les sociétés réclament des exemptions tarifaires et fiscales ; les organisations non gouvernementales font campagne pour des interventions humanitaires ; et les Cubains américains nous empêchent de fumer des cigarillos de Vuelta Abajo. Ces dernières années, des Polonais ont milité en faveur de Solidarité [Solidarnosch], des Afro-Américains ont lutté contre la ségrégation en Afrique du Sud, et les Lettons, contre l'Union soviétique. En d'autres termes, l'empoignade démocratique ne connaît pas de limites.

Une autre version douce est la théorie de "la cause originelle", dans ses nombreuses variantes. Puisque les Israéliens, "obstinés" et "récalcitrants" sont les principaux coupables, ils doivent être punis et chassés pour le bien de la paix. "Faites pression sur Israël" ; "supprimez l'aide économique et militaire" ; "faites-leur savoir que nous ne fermerons pas les yeux sur leurs brutalités" — telles ont été les homélies passe-partout, les obsessions même, des classes bavardes et des décideurs du ministère des affaires étrangères, durant des décennies. Toutefois, comme Sigmund Freud nous l'a rappelé, les obsessions ont tendance à se répandre. Aussi y a-t-il toujours plus d'ajouts créatifs à la théorie bien rodée de la cause originelle. Anatol Lieven, de la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale, affirme que ce qui se passe entre les Israéliens et les Palestiniens est "un obstacle énorme à la démocratisation, parce que cela enflamme tous les aspects les plus négatifs et régressifs du nationalisme et de la culture arabes". En d'autres termes, le conflit nourrit la pathologie, et non l'inverse — un peu comme si un agresseur de passants sur la voie publique expliquait à la police: "tout a commencé quand ce type s'est rebiffé contre mon attaque".

Cet argument de la cause originelle présente une triple difficulté : Il brouille, quand il ne les inverse pas, la cause et l'effet. Il fait l'impasse sur une myriade de conflits sans lien avec Israël. Et il absout les Arabes de toute culpabilité, en faisant retomber le blâme sur qui vous savez. A en croire l'ancien inspecteur Scott Ritter, la recherche d'armes arabo-islamiques de destruction de masse, et, par extension, la guerre contre l'Irak, portent aussi la marque d'Israël. "Tant qu'Israël a des armes nucléaires", estime Ritter, "il choisit une voie qui implique la confrontation... Car les pays arabes, le monde musulman, ne vont pas rester à la traîne ni laisser faire, ils chercheront donc à se procurer leur propre force de dissuasion. On a vu cela en Iraq, non seulement pour la force de dissuasion nucléaire, mais également pour la force de dissuasion biologique... que les Iraqiens développaient pour contrebalancer la supériorité nucléaire israélienne".

Cette théorie aurait de quoi séduire si elle ne se heurtait à quelques faits gênants. Les Iraqiens n'ont pas utilisé leurs armes de destruction de masse contre l'usurpateur israélien, mais contre leurs coreligionnaires musulmans, durant la guerre Iran-Iraq, et contre leurs concitoyens iraqiens, lors de l'attaque au gaz mortel contre les Kurdes, à Halabja, en 1988 —or, ni l'un ni l'autre ne brandissaient la moindre menace nucléaire. Quant au programme nucléaire iraqien, nous sommes maintenant en possession du "rapport Duelfer", réalisé à partir des comptes rendus d'Iraqiens loyalistes envers le régime, qui concluait: "L'Iran était la cause prépondérante de cette politique. Tous les hauts dirigeants iraqiens considéraient l'Iran comme le principal ennemi de l'Iraq dans la région. L'aspiration à parvenir à un équilibre des forces avec Israël et à acquérir un statut et une influence dans le monde arabe, constituait aussi une motivation, mais secondaire".

Passons maintenant à la version dure du dénigrement d'Israël. Toujours aussi subtilement, une tonalité plus sinistre se glisse dans ce récit: Israël n'est pas simplement un voisin indiscipliné, mais un intrus malvenu. Bien que cette version s'exprime encore timidement en dehors du monde arabe, ses promoteurs en Occident occupent la scène comme des diseurs de vérité, qui osent transgresser le tabou. Ainsi, l'auteur britannique A.N. Wilson déclare-t-il que c'est à contrecoeur qu'il en est venu à la conclusion qu'Israël a prouvé, par ses propres actes, qu'il n'avait pas le droit d'exister. Et, après le 11 septembre 2001, le savant brésilien Jose Arthur Giannotti a déclaré : "Convenons que l'histoire du Moyen-Orient serait entièrement différente sans l'Etat d'Israël, qui a ouvert une plaie entre l'Islam et l'Occident. Peut-on venir à bout du terrorisme musulman sans venir à bout de cette blessure, qui est la source de la frustration des terroristes potentiels ?"

L'idée même d'un Etat juif est un "anachronisme", argue Tony Judt, professeur et directeur de l'Institut Remarque, à l'Université de New York. Cela ressemble à "un projet séparatiste de la fin du dix-neuvième siècle", qui n'a "aucune place" dans ce nouveau monde merveilleux qui se dirige vers la perfection téléologique de l'unité multiethnique et multiculturelle, liée par le droit international. Le moment est venu "de penser l'impensable", et, par conséquent, d'abandonner cet Etat Juif au profit d'un seul Etat binational, garanti, bien sûr, par une force internationale.

Eh bien, supposons qu'Israël soit un anachronisme et une erreur historique, sans laquelle le monde arabo-islamique, qui s'étend de l'Algérie à l'Egypte, et de la Syrie au Pakistan, serait un endroit bien plus heureux, surtout du fait que le péché originel, la création d'Israël, n'aurait jamais été commis. Puis, remontons dans le passé avant de revenir à l’époque présente, comme si nous avions le pouvoir de donner un coup de baguette magique puissante, suite auquel Israël disparaîtrait soudain de la carte.


Une civilisation d'affrontements

Commençons la litanie des "que-se-serait-il-passé-si" en 1948, quand Israël est né dans la guerre. Cet Etat mort-né aurait-il tué le problème palestinien dans l’œuf ? Pas exactement. L'Egypte, la Transjordanie (aujourd'hui Jordanie), la Syrie, l'Irak, et le Liban ont marché sur Haïfa et Tel Aviv non pour libérer la Palestine, mais pour s'en emparer. L'invasion était un exemple classique de lutte de pouvoir entre Etats voisins soucieux de s'approprier un territoire. S'ils avaient remporté la victoire, cela n'aurait pas donné lieu à l'émergence d'un Etat palestinien, et il y aurait toujours eu pléthore de réfugiés. (Rappelons que la moitié de la population du Koweit a fui la "libération" de ce pays par le dictateur Saddam Hussein, en 1990.) En effet, dans l'hypothèse où le nationalisme palestinien se fût alors éveillé, comme il l'a fait vers la fin des années 60 et 70, les Palestiniens pourraient maintenant envoyer des terroristes-suicide en Egypte, en Syrie, et ailleurs.

Imaginons qu'Israël ait disparu en 1967, au lieu d'occuper la Rive occidentale du Jourdain et la Bande de Gaza, alors dominées, respectivement, par le Roi Hussein de Jordanie et le Président égyptien Gamal Abdel Nasser. Ces dirigeants auraient-ils abandonné leur souveraineté au chef palestinien Yasir Arafat et abandonné Haïfa et Tel Aviv, pour faire bonne mesure ? Probablement pas. Les deux potentats, ennemis en tout, sans que ce soit dit, n'étaient unis que par leur haine et leur crainte communes d'Arafat, le fondateur du Fatah (mouvement national de libération de la Palestine), qu'ils soupçonnaient, avec raison, de comploter contre les régimes arabes. En bref, la "cause originelle" de l'absence d'un Etat palestinien aurait persisté, même sans Israël.

Finalement, supposons, par hypothèse, qu'Israël disparaisse d'un seul coup, aujourd'hui. Comment ce développement affecterait-il les pathologies politiques du Moyen-Orient ? Seuls ceux qui pensent que la question palestinienne est au coeur du conflit du Moyen-Orient envisageraient, à la légère, un avenir heureux pour cette région éminemment problématique, une fois Israël disparu. Car, il n'existe rien de tel que "le" conflit. Un rapide calcul fait apparaître cinq situations prévisibles d'enlisement - ou pire - de la situation dans la région :

États contre Etats: L'élimination d'Israël du concert régional ne contribuerait guère à la concorde interarabe. Le retrait des puissances coloniales, Grande-Bretagne et France, au milieu du XXe siècle, a laissé un groupe de jeunes Etats arabes redessiner la carte de la région. Dès le début, la Syrie a exigé le Liban. En 1970, seule l'armée israélienne a dissuadé Damas d'envahir la Jordanie, sous le prétexte de soutenir un soulèvement palestinien. Tout au long des années 50 et 60, l'Egypte de Nasser s'est érigée en nouveau champion du panarabisme, et est intervenue au Yémen, dans les années 60. Le successeur de Nasser, le Président Anwar Sadat, s'est trouvé mêlé à des désaccords avec la Libye vers la fin des années 70. La Syrie est entrée au Liban en 1976, puis, elle a annexé le pays 15 ans plus tard, et l'Iraq a déclenché deux guerres contre les Etats de ses coreligionnaires musulmans : l'Iran, en 1980, le Koweit, en 1990. Le conflit avec l'Iran fut à l'origine de la plus longue guerre conventionnelle du XXe siècle. Aucun de ces affrontements n'a le moindre lien avec le conflit israélo-palestinien. En fait, la disparition d'Israël permettrait seulement d'affecter les crédits militaires à la gestion de ces rivalités internes.

Croyants contre croyants: Ceux qui pensent que le conflit du Moyen-Orient est une "affaire entre Musulmans et Juifs" feraient mieux de regarder de plus près le décompte des points : 14 ans de carnage fanatique au Liban; la campagne d'extermination des Shiites par Saddam, au lendemain de la première guerre du Golfe ; le massacre de 20.000 personnes par la Syrie, dans la place forte musulmane des Frères musulmans de Hama, en 1982, et la violence terroriste contre les chrétiens égyptiens, dans les années 90. Ajoutez à ce décompte l'oppression interconfessionnelle, comme en Arabie Saoudite, où la secte fondamentaliste des Wahhabites brandit la matraque de la puissance d'Etat pour imposer son style de vie austère aux moins dévots.

Idéologies contre idéologies: Le sionisme n'est pas le seul "isme" à sévir dans la région, en concurrence avec d'autres idéologies. Quoique les partis baathistes de Syrie et d'Irak soient issus des mêmes racines fascistes européennes, tous deux ont lutté pour la préséance au Moyen-Orient. Nasser a utilisé le panarabisme-socialisme contre l'Etat-nation arabe. Et Baathistes et Nassériens se sont opposés aux monarchies, comme en Jordanie. L'Iran khomeiniste et l'Arabie Saoudite wahhabite demeurent des ennemis mortels. Quel est le lien avec le conflit arabo-israélien ? Aucun, à l'exception du Hamas, armée terroriste des croyants, jadis soutenue par Israël en tant que rival de l'Organisation de Libération de la Palestine, et aujourd'hui responsable de beaucoup d'explosions-suicide en Israël. Mais le Hamas se débandera-t-il après la disparition d'Israël ? Certainement pas. Le Hamas a de plus grandes ambitions que celle d'éliminer "l'entité sioniste". L'organisation n'aspire à rien moins qu'un Etat arabe unifié sous un régime théocratique.

Utopie réactionnaire contre modernité: L'hostilité commune envers Israël est la seule chose qui empêche les modernistes et les traditionalistes arabes de déchirer leur société. Les fondamentalistes luttent contre les laïques, et les musulmans réformistes combattent pour la fusion de la Mosquée et de l'Etat sous le drapeau vert du prophète. Une lutte de classe à peine dissimulée oppose une minuscule bourgeoisie et des millions de jeunes hommes sans emploi, à la structure du pouvoir, qui est le plus souvent une sorte de coterie étatique ayant la haute main sur les moyens de production. Loin de créer des tensions, Israël réfrène réellement les antagonismes dans le monde alentour.

Régimes contre peuples: L'existence d'Israël ne peut expliquer l'importance et l'ampleur des services de Mukhabarat (police secrète) dans l'ensemble du Moyen-Orient. À l'exception de la Jordanie, du Maroc, et des émirats du Golfe, qui pratiquent un monarchisme modéré et éclairé, tous les pays arabes (outre l'Iran et le Pakistan) ne sont que des variantes du despotisme — depuis la dictature dynastique de la Syrie jusqu'à l'autoritarisme de l'Egypte. Les dissensions intra-nationales en Algérie ont tué près de 100.000 personnes, sans qu'aucun répit soit en vue. On dit que le nombre des victimes de Saddam s'élève à 300.000. Après la prise de pouvoir de Khomeini, en 1979, l'Iran a été entraîné non seulement dans la guerre Iran-Iraq, mais également dans les troubles civils contenus avec peine dans les années 80. Le Pakistan est sur le point d'exploser. La suppression impitoyable est le prix de la stabilité dans cette région.

Redisons-le, il faudrait une imagination féconde pour croire que le fait d'exclure Israël de l'équation du Moyen-Orient donnerait lieu à l'instauration de la démocratie libérale dans la région. Il pourrait être plausible d'arguer du fait que la dialectique de l'hostilité favorise, d'une manière ou d'une autre, la dictature dans les "Etats limitrophes", comme comme c'est le cas des gouvernements égyptiens et syriens, qui invoquent la proximité de la "menace sioniste" comme prétexte pour écraser la dissidence. Mais comment expliquer, alors, les mutilations dans la lointaine Algérie, le bizarre régime de culte de la personnalité, en Libye, la pieuse coutume de couper la main des voleurs en Arabie Saoudite, le despotisme des clercs en Iran, ou l'échec durable de la démocratie, qui ne parvient pas à prendre racine au Pakistan ? Israël a-t-il causé, d'une manière ou d'une autre, les divers putschs qui ont produit la république de la peur en Iraq ? Si la Jordanie, l'Etat qui a la plus longue frontière commune avec Israël, peut faire l'expérience d'une monarchie constitutionnelle, pourquoi pas la Syrie ?

Il ne servira à rien d'imputer à Israël les déficits de démocratie et de développement du monde arabe. Israël est un prétexte, pas une cause, et donc sa répudiation ne guérira pas les blessures que s'est infligées à lui-même le monde arabo-islamique. Pas plus que la version douce de l'"étaticide", avec son Etat binational, ce tour de passe-passe ne pourra s'appuyer sur l'argument de la "civilisation des affrontements" (définition empruntée à l'historien britannique Niall Ferguson), qui est la marque distinctive de la culture politique arabe. La lutte mortelle entre les Israéliens et les Palestiniens ne ferait que se déplacer de l'extérieur à l'intérieur.

Mon ennemi, moi-même

Quelqu'un peut-il affirmer, en toute bonne foi, que ces dysfonctionnements du monde arabe disparaîtraient avec Israël ? Deux rapports de l'ONU sur le "Développement Humain Arabe", rédigés par des auteurs arabes, répondent par la négative. Les calamités sont le fait du monde arabe. La stagnation et le désespoir ont trois causes originelles. La première est le manque de liberté. Les Nations Unies évoquent la persistance des autocraties absolues, des élections truquées, d'une magistrature redevable à l'exécutif, et des contraintes qui pèsent sur la société civile. Les libertés d'expression et d'association sont aussi très sévèrement limitées. La seconde cause originelle est le manque de connaissance : soixante-cinq millions d'adultes sont illettrés, et environ 10 millions d'enfants n'ont pas eu la moindre instruction. De ce fait, le monde arabe rétrograde toujours davantage en matière de recherche scientifique et de développement de la technologie de l'information. Troisièmement, la participation féminine à la vie politique et économique est la plus basse au monde. La croissance économique continuera à stagner, aussi longtemps que le potentiel de la moitié de la population demeurera en grande partie inexploité.

Tout cela sera-t-il corrigé quand l'insulte judéo-occidentale faite à la fierté arabe disparaîtra définitivement ? Les millions de jeunes chômeurs désemparés, chair à canon pour les terroristes, disparaîtront-ils aussi — en même temps que le pouvoir exercé par un parti unique, la corruption, et les économies opaques ? Cette perspective n'a de sens que pour ceux qui aiment les explications simplistes, ou, pire, nourrissent une animosité particulière envers l'Etat juif et son refus de se comporter comme la Suède. (Il faut réfléchir au fait que la Suède ne serait pas la Suède non plus si elle vivait dans le monde hobbesien du Moyen-Orient.)

En conclusion, le plus populaire de tous les "que-se-serait-il-passé-si" est le suivant: Le monde islamique détesterait-il moins les Etats-Unis si Israël disparaissait ? Comme tous les "que-se-serait-il-passé-si", celui-ci n'admet également qu'une preuve suggestive. Pour commencer, l'idée que 5 millions de juifs sont les seuls responsables de la fureur d'environ un milliard de musulmans ne peut porter le poids dont on la charge. Deuxièmement, les haines arabo-islamiques des Etats-Unis sont antérieures à la conquête de la Rive occidentale du Jourdain et de la Bande de Gaza. Rappelons-nous le dégoût laissé par le coup de force réalisé par les Etats-Unis pour rétablir le pouvoir du Shah à Téhéran, en 1953, ou l'intervention américaine au Liban, en 1958. Dès que la Grande-Bretagne et la France ont quitté le Moyen-Orient, les Etats-Unis sont devenus la puissance dominante et la cible numéro 1. Une autre évidence suggestive est que l'anti-américanisme (officieux) le plus féroce émane des prétendus alliés de Washington au Moyen-Orient arabe, en Egypte et en Arabie Saoudite. Israël est-il la cause de cette situation — ou peut-être est-ce bien commode, pour ces régimes, "d'occuper des esprits étourdis avec des querelles étrangères" (comme le dit le Henry IV de Shakespeare), afin de détourner l'attention populaire de la dépendance à l'égard du "Grand Satan "?

Voyez la déclaration du Caire contre l'"hégémonie américaine", texte approuvé par 400 délégués du Moyen-Orient et de l'Occident, en décembre 2002. Ce long acte d'accusation ne mentionne la Palestine que de manière accessoire. La condamnation centrale, émise avec une profusion de variantes, prend pour cible les Etats-Unis, qu'elle accuse de monopoliser la puissance "dans le cadre d'une globalisation capitaliste", de restaurer le "colonialisme" et d'empêcher l'"émergence des forces qui modifieraient l'équilibre au profit d'une multipolarité". En bref, l'Amérique entière est responsable de toutes les misères du monde arabe, Israël venant, à distance, en deuxième position.

Cette histoire familière a une tournure ironique : l'un de ses principaux signataires est Nader Fergany, auteur qui a dirigé la rédaction du rapport onusien de 2002, sur le Développement Humain Arabe. Ainsi, même ceux qui reconnaissent les échecs internes du monde arabe finissent par accuser "l'Autre". Etant donné l'énormité de l'acte d'accusation, abandonner Israël n'absoudra pas les Etats-Unis. Les Khomeinistes d'Iran ont raison - si l'on peut dire - quand ils dénoncent l'Amérique comme le "Grand Satan", et Israël seulement comme le "Petit Satan", au service de la puissance américaine. Ce qui met réellement en rage ceux qui haïssent l'Amérique, au Moyen-Orient, c'est que Washington s'immisce dans leurs affaires, que ce soit pour des problèmes liés au pétrole, ou au terrorisme, ou aux armes de destruction de masse. C'est pour cela que Osama bin Laden, qui ne s'est entiché de la cause palestinienne qu'après coup, appelle les Américains les nouveaux croisés, et les Juifs, leurs doublures impérialistes.

Rien de tout cela n'a pour but de plaider en faveur de la poursuite de l'occupation, par Israël, de la Rive occidentale du Jourdain et de la Bande de Gaza, ni de justifier les difficultés cruelles qu'elle impose aux Palestiniens, ce qui est dommageable pour l'âme même d'Israël. Mais, comme cette analyse le suggère, la vraie source de l'angoisse arabe est l'Occident, en tant que miroir évident de la misère (arabe) et cible irrésistible de ce que Fouad Ajami, célèbre spécialiste du Moyen-Orient, a appelé "la fureur arabe". Ce qui est mystérieux, c'est que tant d'Occidentaux, comme ceux qui ont signé la déclaration du Caire, croient qu'il en est autrement.

S'agit-il d'antisémitisme, comme tant de Juifs sont prompts à le suspecter ? Non, mais nier la légitimité d'Israël a une ressemblance étrange avec quelques traits majeurs de cette croyance, qui compte parmil les plus ténébreuses. Selon elle, les Juifs sont omnipotents, omniprésents, et donc responsables des maux du monde. Aujourd'hui, Israël se trouve dans une situation analogue, que ce soit comme serviteur ou comme manipulateur de la puissance des Etats-Unis. La version douce soupire : "Si seulement Israël était plus raisonnable..." La version semi-dure exige que "les Etats-Unis coupent l'herbe sous les pieds d'Israël", pour lui imposer la docilité qui vient de l'impuissance. Quant à la version dure-dure, elle rêve d'un salut qui découlerait de la disparition d'Israël.

Ben voyons. Cela ne rappelle-t-il pas cette vieille blague de la guerre de l'indépendance d’Israël: alors que les balles sifflaient au-dessus des têtes de deux juifs qui couraient se terrer pour échapper aux rafales, l’un deux grogna : "Tant qu'à nous donner un pays qui n’était pas le leur, pourquoi les Angliches ne nous ont-ils pas donné la Suisse ?" Hélas, Israël n'est qu'un lopin de terre dans la région la plus délétère du monde, et le nettoyage n'est même pas commencé.

(Josef Joffe est l'éditeur de Die Zeit, chercheur attaché la Hoover Institution, et membre distingué de l'Institut d'Etudes internationales, l'un et l'autre à l'université de Stanford.)

Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org.

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Volume IV, Numéro 167 • vendredi, le 14 Janvier 2005

DU FUSIL AUX URNES
Amir Taheri
Jerusalem Post, 18 novembre 2004

Les Arabes commencent à l'appeler "le spectacle de la démocratie", sans savoir comment réagir. Certains espèrent qu'il disparaîtra de lui-même, tandis que d'autres réservent leur jugement jusqu'à plus ample information. Pourtant ils sont nombreux, ceux qui couvrent cette nouvelle politique américaine sous une avalanche de quolibets cyniques. Nous parlons évidemment du plan Bush de démocratisation du Moyen Orient. Bush a lancé l'idée lors d'un discours à Washington en juin 2002. Un an plus tard, il a donné un contenu à Londres et en juin dernier, lors du sommet du G8 à Sea Island- Georgia, il a présenté un plan plus structuré. Au mois de décembre ce plan sera examiné lors d'une rencontre du G8 à Rabat, rassemblant les ministres des finances et des affaires étrangères, avec leurs partenaires arabes. Selon l'agenda, le but de cette conférence est d'"examiner les moyens de consolider les engagements au Moyen Orient et en Afrique du Nord, en vue d'un développement commun fructueux et d'un renforcement harmonieux du processus de réforme politique, économique et sociale". Ceci est bien entendu libellé en langage diplomatique. Ce que le président Bush a en tête est plus concret. Partant du fait que cette région est la seule pratiquement en dehors du mouvement général de développement et de démocratie qu'on constate depuis la fin de la guerre froide et que c'est dans cette région que le terrorisme international bénéficie non seulement d'une base populaire, mais aussi de la sympathie et du soutien des élites dirigeantes, le président Bush fait le lien entre ces deux phénomènes et il considère que la démocratisation progressive de la région fait partie de la guerre contre la terreur.

Lors des élections présidentielles américaines, le candidat démocrate J Kerry s'est moqué de l'idée que la guerre contre la terreur puisse se terminer par une victoire définitive. Selon lui le maximum qu'on puisse obtenir est la réduction de la terreur dans les limites d'une nuisance acceptable, comme la prostitution, la drogue ou la mafia. Cependant le président Bush offre une alternative permettant de mesurer le succès ou l'échec de la lutte conter la terreur, celle du niveau d'extension de la démocratie.

Si à la fin de son 2ème mandat, il y a plus de démocraties dans la région, il pourra revendiquer une certaine victoire. Sinon il devra admettre son échec.

Le président Bush a choisi ainsi une stratégie à haut risque, parce que la démocratie a des ennemis bien ancrés au Moyen Orient: les élites qui gouvernent craignent de perdre leur pouvoir acquis d'un façon illégitime, ainsi que leurs privilèges; en suite il y a une série d'opposants dont l'anti-américanisme est le leitmotiv politique. Nous avons vu avec quelle férocité les islamistes ont essayé d'empêcher les élections présidentielles et parlementaires en Algérie, dans les années 90. Les seules élections qu'ils acceptaient avaient comme principe de base "un homme, un vote, une seule fois" et leur sinistre slogan était "min al sandouk ilal sandouk", de l'urne au cercueil. Ils ont assassiné des milliers d'électeurs, de candidats et d'élus, en les égorgeant dans la plupart des cas.

En 1996, lors d'une élection dans la Mitidja au sud d'Alger, une urne a été bourrée des parties du corps dépecé du candidat… On peut voir la frayeur qui s'empare des islamistes quand on parle d'élections libres, partout dans le monde arabo-islamique, notamment en Irak et en territoire autonome palestinien. Et l'on voit sur les murs des villes du triangle sunnite en Irak les mêmes slogans qu'on a vus en Algérie. Voici un communiqué de la coalition islamique d'Irak "le devoir sacré des vrais croyants est d'empêcher toute élection en utilisant tous les moyens nécessaires".

Les despotes et les islamistes craignent des élections libres comme Dracula craint la lumière. C'est la raison pour laquelle, il n'y a aucune une possibilité de progrès dans cette région des ténèbres jusqu'à ce qu'on puisse reconnaître qu'un moyen légitime de faire participer le peuple au processus de décision, à tous les niveaux, est celui des élections libres non truquées. Aujourd'hui, même les éléments réactionnaires de la société, qui considéraient jusqu'ici que les élections étaient une invention judéo-chrétienne pour diviser les musulmans, sont prêts à les accepter, du moins du bout des lèvres. Malgré qu'elles ne soient pas tout à fait libres et transparentes, des élections ont lieu dans des pays comme Oman, les émirats, Qatar, Bahrein, Koweit, Tunisie, Jordanie, Algérie, Maroc. Le mois dernier l'Afghanistan a tenu ses premières élections libres, quoique non parfaites. Elles ont eu néanmoins un retentissement important et les gens se demandent "si les Afghans ont pu les faire, pourquoi pas nous ?"

En janvier 2005, ce sera le tour des Palestiniens et des Irakiens. Les résultats de ces élections détermineront le programme de démocratisation de la région. Un succès notamment en Irak, centre du monde arabe, enverra un signal fort aux régimes despotiques de Syrie et d'Iran. Un succès dans les territoires autonomes sera un symbole important pour tout le Moyen Orient, car la cause palestinienne a été adoptée comme emblème de leur propre lutte par les arabo-musulmans qui ont considéré l'attentat-suicide et la décapitation comme les seuls moyens de la faire progresser. Transformer la Palestine d'une cause abstraite en une société vivante qui peut poursuivre ses objectifs par des moyens politiques serait une avancée dans la défaite des forces antidémocratiques de toute la région.

D'ici à 4 ans si les ténèbres peuvent s'éclaircir un peu, le président Bush pourra se retirer confiant qu'il a a gagné au moins la première manche de la guerre contre la terreur.

(Amir Taheri, un écrivain iranien et journaliste, est rédacteur en chef de Politique Internationale à Paris.)

POURQUOI LA SYRIE SE PERMET DE SOUTENIR IMPUNÉMENT LA RÉBELLION EN IRAK
Dore Gold
Townhall.com, le 7 janvier, 2005

Avec tous les regards tournés sur la corruption des fonctionnaires de l'ONU dans le programme "du pétrole contre la nourriture" (du temps de Saddam Hussein), personne n'a remarqué une autre affaire scandaleuse: comment la Syrie, qui a été membre du Conseil de Sécurité en 2002/2003, a décidé qu'elle pouvait continuer à soutenir impunément le terrorisme international et même alimenter la rébellion en cours dans l'Irak occidental. Comment un membre du Conseil peut-il mener une politique aussi dangereuse sans être inquiété? C'est une question sérieuse qui met en lumière le genre de rôle que peut jouer cette organisation dans des régions sensibles pour la sécurité du monde de demain.

Sur le plan historique, l'ONU avait délégué une mission à la Syrie: après la guerre du Golfe en 1991, le secrétaire d'état James Baker avait visité Damas pour s'entretenir avec le père de Bashar, Hafez al Assad, alors président de la Syrie. Il cherchait à organiser ce qui allait devenir la Conférence de Madrid. Les Syriens lui ont juré que l'Onu était le cadre le plus indiqué et même vital pour une conférence de la paix entre Arabes et Israéliens, lui répétant que "l'ONU était la source de légitimité du monde"!

On savait tout cela au quartier général de l'ONU à New York quelques dix années après. C'est pourquoi on espérait que la Syrie s'amenderait et changerait d'attitude vis à vis de la terreur, quand elle a été élue au Conseil de Sécurité pour 2 ans (oct 2001, un mois après les événements du 11 septembre), par plus des 2/3 des membres de l'Assemblée Générale. On a pensé que vu la mission de paix et de sécurité du Conseil, la Syrie n'avait pas d'autre choix que de s'y aligner et de rompre son soutien au Hezbollah et à la douzaine de groupes terroristes qui avaient trouvé un sanctuaire à Damas depuis une vingtaine d'années.

Le scénario de l'ONU n'a pas fonctionné pour la Syrie. Le régime baathiste des Assad continue de défier les résolutions de l'ONU et d'héberger des terroristes, malgré des mises en garde explicites de l'administration Bush depuis déjà quatre ans. La Syrie a aidé Saddam Hussein à contourner les sanctions internationales en permettant au pétrole irakien de transiter illégalement à travers son territoire. Le Hezbollah a carte blanche pour recevoir des armes d'Iran et renforcer son potentiel militaire au Liban du Sud qu'il occupe, en violation des résolutions de l'ONU. 13 000 fusées sont pointées sur le centre d'Israël, créant ainsi une poudrière au Moyen Orient. Au même moment, la Syrie a hébergé des membres d'al Qaeda en 2002, affiliés à Moussab al Zarqawi qui a essayé de déstabiliser le royaume de Jordanie.

Ainsi pendant qu'elle occupait un siège au Conseil de Sécurité, la Syrie en a profité pour mener des actions subversives qui sont allées en s'amplifiant. Le stock d'armes de destruction massive d'Irak reste un mystère, bien que des services secrets aient repéré des convois anormaux passant d'un palais présidentiel irakien vers un palais présidentiel syrien, à la veille de la 2ème guerre d'Irak. Selon David Kay, l'ex-chef du groupe de surveillance en Irak, des composants d'armes de destruction massive ont été transférés en Syrie avant 2003, informations recueillies auprès de prisonniers de haut niveau.

Au lieu de contribuer à la paix au Moyen Orient, la Syrie a délibérément saboté tous les efforts dans ce sens, profitant de son siège à l'Onu.

Cette affaire ne montre pas seulement un comportement d'état-voyou de la Syrie, mais ce qui est encore beaucoup plus grave, l'échec de l'organisation de l'Onu. Au lieu de contribuer à modérer la Syrie, l'ONU a obtenu l'inverse: une attitude insolente et défiante, déjà connue du temps de Hafez al Assad.

Le général G W Casey, commandant américain en Irak, a dévoilé en décembre 2004 que l'insurrection irakienne était dirigée par un ancien responsable baathiste d'Irak qui opérait à partir de la Syrie. Le gouvernement provisoire Irakien a confirmé également l'implication des services secrets syriens. De même, lors de la bataille de Fallouja en novembre dernier, les troupes américaines ont découvert des photos de responsables Syriens de haut niveau. Un insurgé fait prisonnier à Najaf a avoué avoir été entraîné dans divers camps syriens. Bref, les empreintes syriennes sont partout où il y a des troubles.

Les facétie syriennes ne semblent pas surprendre sur le plan international, bien que ce pays se trouve encore sur la liste du Département d'État comme un état terroriste.

Si l'Onu est une "source de légitimité internationale", il est normal que l'attitude de la Syrie, "membre éminent" de l'Onu, soit considérée aussi comme légitime, selon la vision particulière et amorale de cette organisation.

On parle de réformer l'Onu, et même de porter les membres du Conseil de Sécurité de 15 à 24. Cette histoire de la Syrie et de son implication directe dans la terreur et dans la déstabilisation du Moyen Orient n'est qu'un rappel cuisant que l'Onu doit changer non seulement dans sa structure, pour pouvoir être crédible et avoir une certaine influence positive. La réforme de l'Onu se situe dans les niveaux acceptables de comportement de ses membres, sinon on va vers la banqueroute. L'Onu des débuts, celle de Roosevelt, est née en 1945 à un moment de grande clarté morale. À cette époque les nouveaux membres devaient déclarer la guerre contre les puissances de l'Axe. Si on ne rétablit pas cette clarté, l'ordre mondial ne pourra être rétabli et inévitablement l'ONU deviendra l'instrument du chaos global.

(Dore Gold est ex ambassadeur d'Israël aux Nations Unies, auteur de La Tour de Babble).

Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com

UNE PREMIÈRE, UN SITE PALESTINIEN POUR ISRAËL
Michael Freund
Jerusalem Post du 27 décembre 2004

Dans les années 50, j'étais une gamine qui a grandi dans le territoire de Gaza, contrôlé à l'époque par l'Egypte". Nonie Darwish se souvient comment on lui a appris à haïr les Juifs depuis sa tendre enfance. "On m'a toujours dit de ne pas accepter les bonbons proposés par les étrangers, car c'était peut-être un Juif qui essayait de m'empoisonner" se rappelle-t-elle. "On nous répétait sans cesse que les Juifs étaient des démons, le mal, les ennemis de Dieu".
Aujourd'hui après plus d'un demi-siècle, Darwish a abandonné les schémas dans lesquels elle a été élevée; elle est devenue un défenseur actif d'Israël qui s'exprime à haute voix. Récemment elle a lancé un site web www.arabsforisrael.com et a commencé à faire des conférences à travers les Etats-Unis sur la nécessité de soutenir Israël et sa survie.

"J'ai mis du temps à réaliser qu'Israël ne constituait en aucune manière une menace pour le monde arabe, mais bien au contraire, Israël est un atout dans la région" dit-elle au Jerusalem Post, "Quand je suis partie aux Etats-Unis en 1978, c'est un Juif qui m'a procuré mon premier boulot et toute sa famille m'a beaucoup aidée".

Ce sont ses contacts avec des Juifs américains qui lui ont appris à devenir plus humaine et à repenser tous les clichés qu'on lui avait inculqués depuis son enfance! Ce sentiment humain s'est encore renforcé quand l'hôpital Hadassah de Jérusalem a sauvé la vie de son frère, mais ce sont les événements du 11/09/01 qui ont été le vrai tournant, car elle avait alors réalisé pleinement la réalité du Moyen Orient. "La raison essentielle du soutien à Israël a commencé ce jour là, car j'avais enfin compris que ce pays était la victime du terrorisme arabe tout au long de son histoire. Ma propre culture était responsable de ces événements indicibles de New York et du Pentagone !" Nonie Darwish a alors commencé à parler, ne pouvant rester muette devant ces vagues de terreur qui étaient en train de détruire le tissu moral de la société musulmane.

Son message a deux objectifs, faire cesser les pressions sur Israël, et pousser à la réforme du monde arabe, comme moyen de développer un Moyen Orient libre et diversifié.

"Certains disent que l'Amérique doit faire pression sur Israël pour parvenir à la paix, mais moi je dis que le monde doit au contraire faire pression sur tous les pays arabes pour parvenir à cette paix!" dit Darwish, ajoutant que les Palestiniens devraient mettre fin à leur terrorisme. Elle affirme que : "Israël est un excellent prétexte qui convient aux chefs arabes pour détourner les critiques internes sur leur incompétence et leur corruption. Ce petit jeu de se servir de ce pays comme excuse aux problèmes locaux doit cesser; il faut démystifier cette situation. Le monde arabe a un besoin imminent de réformes démocratiques, et si elles n'ont pas lieu, nous allons à la catastrophe!"

Mue par l'urgence, Nonie Darwish a sillonné les Etats-Unis s'adressant à des audiences les plus diverses, y compris les campus universitaires. Elle a visité Israël et a pris part au sommet annuel de Jérusalem. Elle parvient à toucher un auditoire de plus en plus large et grâce à son site qui contient des articles et autres rubriques en anglais et en arabe, elle a réussi à devenir rapidement un véhicule pour les arabes musulmans et chrétiens modérés qui ne parviennent pas à s'exprimer par ailleurs. "Il y a beaucoup de Juifs et d'Israéliens qui expriment librement leur compassion et leur soutien aux Palestiniens. Il est grand temps que nous, Arabes, exprimions en retour notre compassion et notre soutien" dit-elle sur son site. Elle a bien sûr été attaquée sur son site, mais elle est heureuse car les approbations et les félicitations d'arabes et de musulmans dépassent largement en nombre les mails hostiles.

"Nous sommes encore peu nombreux mais nous nous développons" dit-elle, ajoutant "Tant pis si certains ne sont pas contents de notre action". Elle insiste pour dire que ses critiques ne visent pas l'Islam et que celui-ci n'est pas intrinsèquement antisémite. "C'est un phénomène plutôt culturel et non pas religieux; il appartient aux Musulmans qui pratiquent et enseignent la religion qu'ils chérissent, de l'interpréter et de l'élever vers l'esprit de tolérance"

Elle est confiante qu'un jour le monde arabe mettra un terme à sa querelle avec l'état Juif, mais elle est moins optimiste quant à la menace croissante du fondamentalisme islamiste en Occident. "La plus grande erreur de jugement que font les Occidentaux, c'est de croire que leur culture et la démocratie sont indestructibles, sous-estimant les forces du Mal et de la terreur. Pourtant en fin de compte de nombreux Musulmans ne cherchent qu'une chose, islamiser l'Amérique et l'Occident, coûte que coûte!"

Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com

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Volume IV, Numéro 166 • vendredi, le 7 Janvier 2005

L’héritier d’Arafat
Charles Krauthammer
Vendredi 7 janvier 2005, Washington Post

Traduction française de Simon Pilczer, volontaire de l’IHC

Personne n’a-t-il appris quelque chose ?

Le 13 septembre 1993, j’étais sur la pelouse de la Maison Blanche pour assister à la signature des accords d’Oslo. J’ai aussi observé l’effondrement intellectuel de toute l’intelligentsia du Moyen-Orient – journalistes, politiciens, « experts » - quand ils tombèrent en pâmoison à la fameuse poignée de mains entre Yasser Arafat et Itsh’ak Rabin et refusèrent, ce jour-là et pour les années à venir, de reconnaître ce qui était évident : Arafat s’embarquait non pas pour la paix, mais pour la prochaine étape de sa guerre perpétuelle contre Israël, celle-ci devant être lancée bien plus avantageusement à partir d’une base sur le territoire palestinien qu’Israël venait juste de lui concéder de façon suicidaire.

Pourquoi cela était-il si évident ? Parce qu’Arafat le déclara ainsi – cette même nuit (dans une émission en Arabe à son peuple sur la télévision jordanienne) et bien d’autres fois ensuite. Les experts du Moyen-Orient refusèrent de le croire. Ils ne voulurent pas l’entendre. Puis vint l’intifada. Des milliers de morts plus tard, ils le croient désormais. Les plus honnêtes parmi eux admettent qu’ils eurent tort.

Maintenant qu’Arafat est mort, Mahmoud Abbas est assuré de lui succéder et le monde est de nouveau en pâmoison. Abbas, nous répète-t-on, est le grand espoir, le modéré, l’opposant à la violence, l’homme qui a déclaré que l’intifada est contre-productive.

Le « faiseur de paix » advient. De nouveau, l’euphorie est dans l’air. De nouveau, personne ne veut écouter ce qui est dit.

Les élections pour désigner le nouveau leader palestinien se tiennent dimanche. Comme par hasard, s’agissant d’une élection palestinienne, nous connaissons déjà le vainqueur. Comment le Président désigné a-t-il mené sa campagne ?

30 Déc. : Abbas venant à Jénine, il est hissé sur les épaules de Zakaria Zbeida, un terroriste recherché et notoire des brigades des martyrs al Aqsa. Abbas déclare qu’il protègera tous les terroristes contre Israël.

31 Dec. : Abbas réitère son immortelle loyauté aux exigences maximalistes d’Arafat : retrait israélien complet aux lignes d’armistice de 1949, Jérusalem comme capitale palestinienne et – la cape rouge briseuse d’accord – le « droit au retour », qui enverrait des millions de Palestiniens de l’étranger non pas vers leur propre pays de Palestine, mais en Israël de manière à le détruire démographiquement.

1er Jan : Abbas déclare qu’il ne prendra jamais de mesures énergiques contre le terrorisme palestinien.

4 Jan : Abbas appelle Israël “L’ennemi sioniste”. Cette phrase est si odieuse que seuls le Hezbollah et l’Iran et ceux se consacrant ouvertement à l’extermination d’Israël l’utilisent.

Qu’en est-il de l’opposition si vantée d’Abbas à la violence ? Le 2 janvier, il indique aux terroristes du Hamas tirant des roquettes que mutiler et tuer des villageois juifs à l’intérieur d’Israël, « Ce n’est pas le moment pour ce genre d’action ». Voilà une intéressante « renonciation » au terrorisme : pas aujourd’hui, les gars ; peut-être plus tard, quand le temps sera venu. Ce qui était exactement l’approche utilitaire d’Arafat pour le terrorisme pendant la décennie d’Oslo.

Certaines des réponses américaines et israéliennes à Abbas suffisent à vous faire verser des larmes. Le porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis en Israël : « Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de nous focaliser sur chaque déclaration faite par un officiel ; ce qui est important est le processus. » Un officiel du bureau du Premier Ministre Ariel Sharon : « Les mots ne comptent pas au Moyen-Orient ; ce qui compte, ce sont les actes ».

N’avons-nous rien appris ? Au Moyen-Orient, les mots sont des actes. Jamais autant que dans une campagne électorale au cours de laquelle vos mots définissent votre plateforme et établissent votre mandat. Abbas concourt pratiquement sans opposition, et pourtant, aussi bien sur la question des fins et des moyens, il choisit de faire campagne comme Yasser Arafat.

Pendant la décennie d’Oslo, chaque déclaration d’Arafat de haine, d’incitation et de glorification de la violence était pareillement écartée. Puis les bombes commencèrent à exploser dans les cafés et dans les bus, et les hommes avisés au Moyen-Orient réalisèrent qu’il l’avait vraiment signifié tout ce temps. Maintenant de nouveau ils nous disent d’ignorer les mots. Abbas ne veut pas vraiment le signifier nous assurent-ils. C’est seulement pour se faire élire. Nous connaissons son vrai cœur modéré. Croyez nous.
Pourquoi ? Sur la base de leurs antécédents ? Et même plus important encore, vous ne pilotez pas la politique étrangère comme une branche de la psychiatrie. Abbas veut-il signifier les déclarations qu’il fait sur Israël maintenant ? Je ne le sais pas, et peu importe ce que vous entendez de la bouche des experts – les mêmes personnes qui vous assuraient qu’Arafat voulait la paix – eux ne le savent pas non plus.
Mais nous savons vraiment ceci : dans son premier moment de réel dirigeant, son émergence prévue depuis longtemps dans l’ombre d’Arafat, il choisit de hisser littéralement le drapeau des brigades terroristes des martyrs al Aqsa.

Abbas peut-il se transformer en un Sadate, qui émergea aussi dans l’ombre d’un leader charismatique, renversa sa politique et fit la paix avec Israël ? Je le croirai quand je le verrai. Et que je l’entendrai.

Un quotidien gouvernemental égyptien sur le choix de George W. Bush comme homme de l’année par le Time Magazine :
« Hitler a aussi été l’homme de l’année »

MEMRI, Dépêche spéciale No. 839 – Egypte / Etats-Unis et Moyen-Orient,
6 Janvier, 2005

En réaction au choix par le Time Magazine du Président américain George W. Bush comme « homme de l’année », le quotidien gouvernemental égyptien Al-Akhbar a publié un éditorial intitulé « Bush, Hitler et l’homme de l’année ». Voici des extraits de cet éditorial : (1)

« Le choix par la revue américaine Time Magazine du président américain, George W. Bush, comme homme de l’année 2004 fut un second coup porté au monde, qui ne s’était pas encore remis du choc provoqué par son élection à un second mandat de président.

Tandis que Washington s’apprête à célébrer le [second] mandat, des festivités qui coûteront quarante millions de dollars, une somme record dans l’histoire américaine, le Time Magazine a élaboré une liste des raisons l’ayant amené à porter son choix sur Bush comme Homme de l’année. [Les raisons] sont les suivantes : le fait qu’il ait gardé la main sur ses pistolets (littéralement et au sens figuré), le fait qu’il ait façonné les règles de la politique pour les adapter à son style de cow-boy [et] le fait qu’il ait persuadé une majorité d’électeurs qu’il méritait d’être à la Maison Blanche pour quatre années supplémentaires.

Les deux éditorialistes du magazine ont décrit leur rencontre avec Bush l’homme de l’année, celui-ci étalé dans son fauteuil préféré dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Ils se mirent à imaginer que des faucons (2), plutôt que des colombes, avaient fait leur nid dans l’arbre de Noël après qu’il eut choisi la moitié des ministres de son Cabinet parmi les faucons.

Cela n’a absolument pas dérangé Bush que le sondage de l’opinion publique le crédite du taux de popularité le plus bas jamais atteint par un président récemment réélu et sur le point d’entamer son second mandat présidentiel. Les critiques qui lui sont adressées [ne l’ont pas dérangé non plus] dans la mesure où il répondit calmement : « Il arrive que vous soyez défini par vos critiques ». Cette déclaration signifie que le Président Bush évalue ses progrès en fonction des ennemis qu’il se fait. En conséquence, il n’est pas surprenant que Bush déclare : « Ma présidence a provoqué des virulentes critiques, que ce soit sur le plan intérieur ou sur le plan international, mais je suis convaincu que les décisions que j’ai prises feront du monde un endroit meilleur [sic]. » (3)

Le choix de personnalités figurant dans les « personnalités ayant compté en 2004 » fut aussi une surprise, celle-ci comprenant Iyad Allawi, le Premier ministre intérimaire irakien, et Hamid Karzai, le premier président élu d’Afghanistan.

La vraie surprise fut le choix de faire figurer dans la liste le Premier ministre israélien Ariel Sharon après qu’il soit sorti indemne d’un scandale de corruption et après la mort de son ennemi juré Yasser Arafat. Le magazine s’est demandé si le faucon israélien deviendra un conciliateur une fois que sera élue une nouvelle direction palestinienne.

Il n’y a aucun doute que le monde fut surpris par le fait que le choix se soit porté sur Bush, qui au cours de son premier mandat a mené le peuple américain à deux guerres. Dieu seul sait ce qui l’attend pendant son second mandat.

Pour que Bush, Sharon et consorts ne soient pas pris de l’ivresse d’avoir été considérés comme les personnalités de l’année, nous leur rappelons à tous les deux que le Time Magazine avait choisi Adolf Hitler comme Homme de l’année en 1939, un homme qui entraîna le monde entier dans la plus grande catastrophe de l’histoire moderne. »

Notes:

(1) Al-Akhbar (Egypte), 24 décembre 2004. Pour consulter l’article du Time Magazine, voir http://www.time.com/time/personoftheyear/2004/story.html

(2) Bien qu’il soit écrit dans l’article du Time « des aigles plutôt que des colombes », Al-Akhbar emploie le mot suqur (faucons).

(3) Les propos « mais je suis convaincu que les décisions que j’ai prises feront du monde un endroit meilleur » n’apparaissent pas dans l’article du Time Magazine.

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