![]() |
|||||||||||
|
Communiqué Isranet
Volume IV, Numéro 186 • vendredi, le 27 mai 2005 Pourquoi l’Islam n’est-il
pas respecté ? Il est temps d’être franc. C’est en première page des nouvelles cette semaine que ‘Newsweek’ a rétracté un reportage mentionnant qu’un investigateur américain de Guantanamo avait jeté un exemplaire du Coran dans les toilettes. Partout on rapporta que l’histoire de Newsweek avait allumé d'énormes émeutes musulmanes, au cours desquelles au moins 17 personnes furent tuées. Mais il n’y eut aucune mention de protestations mortelles dans les années récentes, provoquées par des actes de profanation comparables à l’égard d’autres religions. Personne n’a rappelé, par exemple, que des catholiques américains ont déchaîné de violents saccages en 1989, après que le photographe Andres Serrano ait intégré la photographie « en pissant sur le Christ », montrant un crucifix immergé dans l’urine – incluse dans une exposition subventionnée par la Dotation Nationale pour les Arts. Ou bien qu’ils firent une émeute en 1992 quand la chanteuse Sinéad O’Connor, participant à l’émission ‘Saturday Night Live’ , déchira une photographie du Pape Jean-Paul II. Il n’y eut pas de rappel que les communautés juives laissèrent éclater une violence brutale en 2000, après que des Arabes eurent démoli le Tombeau de Joseph, mettant le feu à cet antique lieu de pèlerinage, en assassinant un jeune rabbin qui essayait de sauver la Torah. Et personne ne remarqua que les Bouddhistes firent une orgie meurtrière en 2001 en réponse à la destruction, par le gouvernement Taliban en Afghanistan, de deux statues sans prix du Bouddha, vieilles de 1500 ans. Bien sûr, il y a une bonne raison à ce que toutes ces protestations sanglantes ne soient pas rappelées en couverture de l’affaire Newsweek : Elles ne sont jamais arrivées ! Chrétiens, Juifs, Bouddhistes ne se laissent pas aller à une rage homicide quand leur religion est insultée. Ils n’appellent pas à la guerre sainte et à des émeutes dans les rues. Il serait impensable pour un prêtre, un rabbin, un lama traditionnels, d’exiger qu’un blasphémateur soit mis à mort. Mais quand Reuters a rapporté ce que Mohamed Hanif, l’imam d’un séminaire musulman au Pakistan, a déclaré au sujet des présumés profanateurs du Coran – « Ils doivent être pendus. Ils doivent être tués en public de sorte que personne n’osera insulter l’Islam et ses symboles sacrés » - Y eut-il un seul lecteur surpris ? Les émeutes musulmanes auraient dues être couvertes par l’indignation et la condamnation.. De toutes parts du monde civilisé, auraient du venir des dénonciations de ceux qui réagiraient à la destruction présumée d’un livre par des menaces brutales et le massacre de 17 personnes innocentes. Mais le chœur des condamnations a été dirigé non pas contre les meurtriers et les fanatiques qui les ont incités, mais contre Newsweek. Depuis la Maison Blanche, le magazine fut violemment critiqué – pour avoir traité d’un objet qu’il aurait dû savoir potentiellement incendiaire, pour s’être reposé sur une source mal assurée, pour son animosité à l’encontre des militaires et de la guerre. Encore et encore, Newsweek fut blâmé pour le nombre des victimes des émeutes. Des experts conservateurs en firent leur miel. “Newsweek a menti, des gens ont péri” titra le site Internet populaire de Michelle Malkin. Sur Nationalreview.com, Paul Marshall de « Freedom House » fulmina : « Sur quelle planète ces gens [de Newsweek] vivent-ils ?... Quiconque avec un peu de cervelle leur aurait dit le risque que des gens mourraient à la suite de cet article ». Toute la colère de Marshall était réservéeà Newsweek, il n’a pas eu la moindre critique pour les maraudeurs de la rue musulmane. Puis il y eut la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, qui annonça à une audience sénatoriale qu’elle avait un message pour les « Musulmans en Amérique et à travers le monde ». Et que disait ce message ? Que des gens convenables ne recourent pas au meurtre uniquement parce que quelqu’un a offensé leur sensibilités religieuses ? Que la soif de sang primitive faisant rage en Afghanistan et au Pakistan était la preuve du dysfonctionnement de la culture politique du monde musulman ? Non : son message fut que “L’irrespect pour le saint Coran n’est pas maintenant, n’a jamais été, et ne sera jamais, toléré par les Etats Unis”. Bien sûr, Rice parlait alors que l’émeute se poursuivait encore. Son but était de réduire la fièvre anti-américaine. Mais ce que « les Musulmans en Amérique et à travers le monde entier » doivent entendre n’est pas un baratin flatteur. Ce dont ils ont besoin est un rappel catégorique que la vraie profanation de l’Islam n’est pas ce qu’un investigateur à Guantanamo pourrait avoir fait du Coran. C’est ce que les zélotes totalitaires musulmans ont fait à d’innocents êtres humains au nom de l’Islam. C’est le 11 septembre et Beslan et Bali et Daniel Pearl et l’USS Cole [bateau US attaqué au large du Yemen, ndt]. Ce sont les trains à Madrid, et les autobus en Israël. C’est le Hamas et al-Qaïda et les sermons emplis de haine des infidèles, et d’exhortations au « martyr ». Mais ce qui disgracie l’Islam par dessus tout, c'est que la grande majorité des Musulmans de la planète ne disent rien au sujet du cancer djihadiste dévorant de l’extérieur leur religion. Ce sont les « Musulmans Libres Contre le Terrorisme » [Free Muslims Against Terrorism en anglais, ndt], organisation pro-démocratique, appelant les Musulmans et ceux du Moyen-orient à « converger vers la capitale de notre nation pour une manifestation contre le terrorisme » - avec au final 50 personnes présentes. Non, l’Islam n’est pas respecté. Cela ne changera que lorsqu'une foule immense de Musulmans fervents se montreront à des manifestations contre le terrorisme, quand les galvaniseurs de la populace essayant de déclencher une émeute sur un Coran profané ne pourront pas même avoir l’heure. (Adaptation française de Simon Pilczer pour primo-europe.org) L'Assemblée
nationale adopte une motion sur les tribunaux islamiques L'Assemblée nationale du Québec a adopté, aujourd'hui, une motion unanime portant sur l'implantation de tribunaux islamiques au Québec et au Canada. La motion a été présentée conjointement par des élues des trois partis politiques représentés au Parlement, soit la députée de La Pinière, madame Fatima Houda-Pepin, la députée de Terrebonne, madame Jocelyne Caron et la députée de Lotbinière, madame Sylvie Roy. Madame Fatima Houda-Pepin a souligné que « les membres de la communauté musulmane, dont la présence au Canada remonte à 1871, font des efforts considérables pour s'intégrer, malgré les stigmates et les amalgames dont ils font l'objet, mais que ces efforts d'intégration, consentis par des dizaines de milliers de musulmans, sont anéantis par une mouvance islamiste minoritaire mais agissante, qui cherche à imposer son système de valeurs, au nom d'une certaine idée de Dieu. » Elle a rappelé le contexte dans lequel des groupes islamistes tentent depuis une quinzaine d'années d'implanter des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada, et appelé à la plus grande vigilance. « Comment peut-on justifier l'application de la Charia au Canada, quand dans les pays musulmans, les organismes de la société civile réclament son abrogation pour en finir avec la discrimination faite aux femmes. Réclamer l'application de la Charia au Canada est un véritable coup de force qui vise à saper l'une des assises fondamentales de notre démocratie, notre système de justice », a ajouté madame Fatima Houda-Pepin. Le texte de la motion se lit comme suit : « Que l'Assemblée nationale du Québec s'oppose à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada. » Hamas
Victorieux Ne mâchons pas nos mots
: la victoire écrasante du Hamas lors des récentes élections
palestiniennes locales est un désastre pour les espoirs de paix
des Palestiniens, et pour Israël. C’est un tournant historique.
L’Occident devra choisir entre reconnaître ce qui arrive,
ou glisser sur un terrain très dangereux. D’abord, nous devons nous débarrasser des tentatives désespérées, outrageusement naïves pour adoucir le souffle, telles que proclamer que le Fatah est « vainqueur » de l’élection bien qu’il n’ait recueilli que 40 % des votes, ou que cette victoire va modérer le Hamas. Le Hamas va désormais être en mesure d’empêcher même les plus petits pas en avant vers la paix, ou un compromis de Mahmoud Abbas (Abu Mazen). En effet, un processus de paix qui pourrait conduire à un large accord dans les années à venir est terminé. Considérez que : Le Fatah ne relèvera le défi en écrasant sa propre corruption, ou en faisant émerger de meilleurs dirigeants. Sentant la faiblesse du Fatah, la faction dissidente qui soutient Marwan Barghouti élèvera ses exigences et s’inclinera peut-être de plus en plus vers une alliance avec le Hamas. Si des candidats indépendants du Hamas se mettent en lice, les forces d’Abu Mazen feront encore moins bien aux élections législatives programmées en juillet. Après le prochain scrutin, Abu Mazen pourrait bien être confronté à l’opposition parlementaire du Hamas, aux gauchistes durs, et aux membres dissidents du Fatah, qui peuvent intimider ou bloquer, toute tentative de compromis, de modération, ou même se jouer des précédents engagements de l’Autorité Palestinienne. Le Hamas n’a pas gagné l’élection du fait de sa modération, mais par ses attaques terroristes, ses exigences de victoire totale, et son opposition à un accord de paix négocié. Alors que les services sociaux et la réputation de moindre corruption du mouvement ont aussi contribué, aucun chef du Hamas ne conclut que la victoire nécessite l’abandon de l’extrémisme. Au contraire, le vote est un mandat pour l’intransigeance. La question essentielle est que, si Abu Mazen était trop effrayé pour s’attaquer aux terroristes, modérer l’idéologie palestinienne, ou négocier une paix de compromis avec Israël quand il avait tout le pouvoir, il sera désormais encore plus timoré. Deux exemples pré-électoraux : des attaques terroristes palestiniennes ont augmenté de 54 % entre mars et avril du fait de la passivité d’Abu Mazen. Quand ses forces arrêtèrent un membre du Hamas pour avoir tiré une roquette sur Israël, le Hamas a tout simplement bloqué Gaza par des manifestations pendant quelques heures et menacé la vie des officiels du gouvernement jusqu’à ce qu’ils le relâchent. Quelqu’un sera-t-il aujourd’hui empêché d’attaquer Israël ou de défier le régime palestinien ? Et puis, cela signifie que quel que soit le nombre de concessions faites par Israël en se retirant et en libérant des prisonniers, ou le montant d’argent et de soutien que l’Occident donne à Abu Mazen, il n’y aura pas de processus de paix sérieux. La direction palestinienne est paralysée. Que le Hamas, pour ses propres objectifs, permette au cessez-le-feu de durer ou non, tout espoir d’une réelle percée est terminé. Si grande est la présomption que le mouvement palestinien doit être modéré et pragmatique que beaucoup voudront tout simplement ignorer la nouvelle situation et continueront d’attendre d’Abu Mazen qu’il fasse la paix, alors que tout prouve le contraire. D’autres, spécialement en Europe, tiendront pour argument que le Hamas peut être modéré s’il est apaisé aux dépens d’Israël. Ayant échoué à modérer Arafat et ses successeurs, ils utiliseront les mêmes tactiques avec les islamistes beaucoup plus durs et extrémistes. En dehors de l’idéologie, qui a constamment exigé la destruction d’Israël, pourquoi le Hamas abandonnerait-il un programme manifestement si attractif pour les Palestiniens, et une stratégie qui marche clairement ? Son grand avantage est la violence terroriste, et davantage d’attaques contre des Israéliens démontreront encore plus, selon le raisonnement de sa direction, combien elle est plus efficace que celle des rivaux. Ironiquement, le fondement de la victoire du Hamas a été créée et maintenue par le Fatah, l’enfant de la combinaison par Yasser Arafat de l’extrémisme et de l’incompétence. C’est le résultat naturel du rejet de la paix en 2000, et du lancement d’une guerre terroriste de quatre ans. Pendant des années, la direction nationaliste disait au peuple chaque jour qu’Israël s’effondrerait, que les Palestiniens ont un droit sur tout son territoire, que la violence est la seule tactique efficace et le compromis une trahison. Maintenant Israël est confronté au problème du retrait de la bande de Gaza où le Hamas sera dominant, du retour des villes de la rive occidentale à une Autorité Palestinienne ne montrant aucun intérêt à désarmer ou arrêter les terroristes, et à la tentative d’aider un régime qui n’a aucun intérêt dans un accord de paix. L’autre facteur est de savoir comment l’Occident verra ces développements. Des observateurs tirent déjà des analogies inadaptées sans référence aux faits spécifiques concernant le Hamas et la politique palestinienne, concluant qu’un peu de gentillesse et la direction de quelques conseils municipaux modéreront le Hamas. Beaucoup blâmeront Israël de ne pas faire plus de concessions unilatérales. Mais ce fut l’échec d’Abu Mazen de rompre avec le passé et ses collègues, son désintérêt pour un changement réel qui a fait du Hamas une alternative attractive. Aussi le problème demeure le même qu’avant : un mouvement palestinien formé par Arafat, l’extrémisme, la terreur et la diabolisation d’Israël n’a pas conduit à une direction ou à une idéologie modérées. Les forces occidentales, conciliantes et même acclamant les extrémistes, assurent leur intransigeance. Le dernier processus de paix a pris sept pour parvenir à son résultat sanglant et déprimant. Ce round prendra probablement moins d’un an. (Barry Rubin est directeur de « Global Research In International Affairs (GLORIA) Center et rédacteur au « Middle east review of International Affairs (Meria) Journal. Son livre, « The Long War for Freedom : The Arab Struggle for Democracy in the Middle East sera publié en septembre.) (Traduction française de Simon Pilczer, volontaire de l’IHC pour desinfo.com) Volume IV, Numéro 185 • vendredi, le 20 mai 2005 RIEN
N'A CHANGÉ POUR L'AUTORITÉ PALESTINIENNE La disparition de Yasser Arafat,
en novembre dernier, suscita de grands espoirs parmi ceux qui voyaient
dans sa personnalité malfaisante la principale cause de l'intransigeance
palestinienne. Comment se présente la situation six mois après la mort d'Arafat? Elle est à peu près aussi mauvaise qu'on pouvait s'y attendre. M. Abbas, sans ambiguïté, conduit les Palestiniens à la guerre contre Israël dès après le retrait de Gaza en août 2005.
À la suite de ces mesures, le terrorisme palestinien, spécialement celui sévissant à Gaza, a fortement augmenté depuis le mois d'avril. La situation a atteint un tel niveau qu'un analyste, Leslie Susser, estime que le cessez-le-feu de février «pourrait être à la limite de l'effondrement». Il est difficile de contrer Caroline Glick lorsqu'elle conclut que le gouvernement Sharon et l'administration Bush ont tous deux commis une «horrible méprise» en misant sur M. Abbas. Pourtant, aucun d'eux ne reconnaît cette erreur car ils sont maintenant profondément impliqués dans le succès de sa carrière politique. Le retrait israélien de Gaza prévu en août va probablement provoquer de nouvelles poussées de violence. L'une d'entre elles pourrait intervenir en juillet, quand les forces de défense palestiniennes entreprendront un grand nettoyage pour s'assurer que le retrait ne se déroulera pas sous le feu des Palestiniens. D'autres violences pourraient suivre en septembre, avec des Palestiniens alors en possession de Gaza lançant une nouvelle attaque contre Israël. Ces incidents mettront probablement en jeu l'important arsenal de roquettes que le Hamas a constitué entre-temps. Le chef d'état-major israélien Moshé Yaalon annonça ouvertement son sentiment: «Nous devons nous attendre à une éruption de terrorisme dès après le désengagement.» Ainsi, Ariel Sharon a soigneusement mis en place tous les éléments d'un désastre programmé. Ironie du sort, la seule chose qui pourrait prévenir cette issue serait une victoire du Hamas à l'élection du Conseil palestinien à la mi-juillet. De plus en plus de voix s'élèvent en Israël pour demander le report ou l'annulation du retrait de Gaza au cas où le Hamas sortirait alors son épingle du jeu, ce qui paraît probable. Par exemple, le ministre israélien des affaires étrangères Silvan Shalom déclara que si le Hamas remportait les élections, il serait «déraisonnable» d'appliquer le plan de désengagement et de permettre au Hamas de créer un «Hamasstan» à Gaza. Les quatre mois à venir nous réservent donc de nombreux développements possibles. Leur point commun est que, d'ici septembre, le théâtre israélo-arabe sera encore plus affligé qu'actuellement. (Adaptation française: Alain Jean-Mairet) PEUT-ON
DIALOGUER AVEC TARIQ RAMADAN? Répudié en Europe, persona non grata aux Etats-Unis, on comprendra que le prédicateur islamique Tariq Ramadan multiplie ses interventions au Canada et ses contacts avec des organisations islamistes telles que CAIR, s’inquiète de l’avenir du pluralisme canadien dans le Globe and Mail, et surtout, ne manque pas d’assister aux activités de groupes islamiques militants. Or demain, M. Ramadan obtiendra à Montréal ce dont il ne peut que rêver en Europe: la caution d’un membre éminent de la classe politique et de la communauté juive organisée, M. Victor Goldbloom, dans le cadre du colloque «Tensions sociales, Identités plurielles et Valeurs communes» organisé par le collectif Présence Musulmane, ce maillon canadien du réseau de collectifs éponymes qui colportent les idées de M. Ramadan dans le monde francophone. Idées qui, comme on le sait, réduisent les attentats du 11 septembre, de Bali et de Madrid à des « interventions», louangent les politiques cruelles du régime islamiste soudanais, appellent à des « moratoires » sur la lapidation des femmes plutôt qu’à son abolition, ou prennent la forme de la dénonciation de l’appui de certains intellectuels français à Israël sur la base de leur judéité, voyant même des juifs là où il n’y en a pas. Ce fut notamment le cas, ô combien significatif, de Pierre-André Taguieff, philosophe français non juif, qui dans « La nouvelle judéophobie » estime que l’ « antisionisme absolu » est le vecteur principal de la judéophobie contemporaine. Après une journée de « débats » avec, entre autres, des chantres de l’antisionisme de l'acabit de Rachad Antonius et d’ Omar Aktouf, M. Goldbloom participera à titre de représentant d'un groupe judéo-musulman à une table ronde animée par M. Ramadan où il sera question de dialogue judéo-musulman. Bien qu’il faille applaudir l’existence d’un pareil groupe et souligner la nécessité de rapprocher les communautés juive et musulmane, encore faut-il un minimum de terrain d’entente dans un forum crédible. Or ni Présence Musulmane, ni Tariq Ramadan ne sont-ils en mesure d’offrir ce forum. À l’occasion du dernier colloque annuel de Présence Musulmane, j’ai été témoin de la scène suivante: dans un auditorium universitaire accueillant plusieurs centaines de personnes dont la majorité étaient ostensiblement musulmanes, un jeune homme prit le micro pour se lancer dans une longue harangue antisémite (sur le ton «dieudonnesque» du il n'y en a que pour les juifs et rien pour nous) interrompue seulement par l’ovation frénétique du public enchanté. La veille de cet incident, l’un des futurs membres de ce même groupe judéo-musulman, dépité qu’un rabbin estimé de Montréal ait refusé de participer à une table ronde avec M. Ramadan après avoir été alerté du piège qu’on lui tendait, avait fait jouer au public son message téléphonique expliquant les raisons de son désistement dans le but évident de faire comprendre au public que M. Ramadan était l'innocente victime de machinations injustes. Or si force est de convenir que ces gens ont besoin d’être guéris de leur fanatisme, il est toutefois à craindre que le dialogue interreligieux, tel qu’il a été conçu entre juifs et chrétiens, ne soit pas le remède approprié à la haine délirante et aux manipulations dont je fus témoin. Il revient aux musulmans modérés de trouver la cure au fanatisme qui sévit chez leurs coreligionnaires. S’ils y arrivent, il sera toujours temps de réifier des platitudes à l’effet que l’islam et le judaïsme ont effectivement des valeurs communes. Entre-temps, si dialoguer il faut, qu’on le fasse avec les musulmans pour lesquels la réprobation intégrale d’Israël et des juifs ne constitue pas une doctrine. M. Goldbloom, qui a accumulé crédibilité et légitimité dans l’exercice du dialogue judéo-chrétien, serait bien avisé de ne pas gaspiller ce capital symbolique sur des rhéteurs pour lesquels le dialogue interreligieux n'est qu'une occasion de s’afficher en compagnie de personnalités juives connues et respectées afin d'acquérir une licence pour diaboliser Israël plus librement et colmater la façade de modération ébréchée de Tariq Ramadan. Volume IV, Numéro 184 • vendredi, le 13 mai 2005 L'Égypte
et les échéances de 2005 L'année 2005 s'annonce difficile pour l'Egypte. Plusieurs défis bousculent l'immobilisme du pays. Le plus immédiat est le retour du terrorisme, après huit années de calme, sous deux formes : – «professionnelle» avec l'attentat contre l'hôtel Hilton de Taba d'octobre 2004, qui visait des touristes israéliens et qui avait fait trente-quatre morts ; – «artisanal et familial» avec les trois attentats du Caire contre les touristes, en avril 2005, faisant six morts et une quarantaine de blessés. Cette dernière forme est la plus inquiétante. Elle est déstructurée et fondée sur des initiatives privées, bien éloignées des deux centrales terroristes majeures des années 90, identifiées et neutralisées : le Djihad et la Jemaah Islamiyah. Si le Djihad, dont le chef, Ayman al-Zawahiri – l'actuel bras droit de Ben Laden qui a fusionné son organisation avec al-Qaida en 1998 –, n'a plus donné de signes d'activisme en Egypte, les dirigeants historiques de la Jemaah ont structuré une repentance argumentée derrière les barreaux. Ceux des leurs qui ont été libérés au terme de leur peine sont «tenus» par les dirigeants repentis qui rendent compte devant les autorités sécuritaires de tout dérapage de leurs fidèles. Le principal avocat des islamistes, Moutasser al-Zayyate, nous a confié que «près de 20 000 islamistes qui ont fini de purger leur peine sont toujours en prison grâce à des artifices juridico-policiers». Les attentats d'avril ne semblent pas avoir été commis par ces deux groupes. L'argumentaire de la Jemaah justifie l'abandon de la violence en s'appuyant sur le Coran, alors que ses idéologues s'étaient inspirés des mêmes textes pour plaider en faveur de la violence, quelques décennies plus tôt. La mouvance terroriste égyptienne s'est surtout inspirée du maître à penser de l'islamisme djihadiste et takfiriste, l'un des brillants idéologues des Frères musulmans, Sayyed Qotb, d'une part, et du wahhabisme saoudien qui a déteint sur les expatriés égyptiens en Arabie, d'autre part. La violence d'avril n'a pas livré tous ses ressorts, même si elle paraît limpide par rapport à ses mobiles idéologiques qui reprennent les arguments délaissés par la Jemaah et le Djihad. Elle cible les touristes qui viennent «souiller la terre islamique de l'Egypte en rendant hommage à ses pharaons, symboles de l'idolâtrie et de l'impiété». Les moyens techniques primaires des kamikazes renvoient à une cellule naissante. Les auteurs ont montré leur détermination à mourir pour entraîner avec eux le plus grand nombre de «mécréants». En cela, ils s'inscrivent dans la logique du 11 Septembre. Le recours à des femmes kamikazes rappelle les «veuves de Tchétchénie». Ces terroristes sont difficile à identifier. Combien de jeunes takfiristes ont accès à Internet pour apprendre à fabriquer des bombes artisanales et sont prêts à se faire exploser ? Pourtant, le peuple égyptien fait tout pour protéger les touristes. Le chômage frappe le pays. Le smic avoisine 15 € par mois. L'arrivée de chaque touriste crée un emploi sur un an. En réalité, l'Egypte a réprimé le terrorisme islamiste, mais elle n'a pas asséché les sources doctrinales des kamikazes. Elle n'a pas non plus donné de réponses aux attentes d'une population dont la croissance démographique dépasse les capacités économiques du pays. Le deuxième défi, en cette année d'élections présidentielle et législatives, est politique et structurel. Le président Moubarak, au pouvoir depuis 1981, compte se représenter pour un 5e mandat. Les structures du régime, même retouchées avec la révision de l'article 76 de la Constitution, assurent à Moubarak une réélection confortable. Le problème se décline sur plusieurs niveaux. Le principal étant le divorce entre le peuple et ses élites, usées par un pouvoir exclusif depuis un quart de siècle. Or, malgré la formation d'une classe moyenne de plus de 2 millions de familles aisées (sur 72 millions d'habitants), les Egyptiens restent très frustrés de leurs conditions économiques, de l'ampleur de la corruption qui touche les élites, du maintien de l'état d'urgence et de l'humiliation face à un voisin israélien avec lequel la paix signée en 1979 n'a pas abouti à une normalisation entre les peuples, à cause du sort réservé aux Palestiniens. Aussi, un président qui s'agrippe au pouvoir malgré ses 77 ans et ses accidents de santé affaiblit la fonction et entame les chances de son fils et successeur présumé, Gamal. En cas «d'accident de parcours», le pouvoir échapperait aux politiques au profit des militaires qui désigneraient alors leur favori. Pourtant, Gamal paraît comme l'un des hommes les plus avertis et les plus susceptibles, au sein de sa génération, de porter le flambeau d'une Egypte modernisée. Il remplit d'ores et déjà les prérogatives d'un «vice-président», poste laissé vacant par son père. Il a fait nommer ses fidèles au gouvernement et a ressuscité les instances moribondes du Parti national démocratique. L'acharnement du raïs à se maintenir à la présidence heurte l'aspiration du peuple au changement. Les manifestations du mouvement Kefaya («Ça suffit»), des Frères musulmans, du courant nationaliste, ainsi que la contestation des magistrats qui veulent imposer leurs conditions pour superviser les élections en disent long sur le réveil de la société civile. Le pouvoir égyptien ne peut pas rester sourd au vent libéral américain qui balaye la région depuis les attentats du 11 Septembre, ni tenter de «calmer» Washington en jouant seulement un rôle constructif dans le conflit israélo-palestinien. Le raïs est invité à revoir sa politique intérieure, à ouvrir le champ politique. Au risque de perturber l'ordre établi et de profiter aux Frères musulmans avec lesquels les Etats-Unis et l'Union européenne dialoguent. Condoleezza Rice s'est dite favorable aux changements politiques rapides sans tenir compte de la stabilité intérieure des pays concernés (Washington Post du 25 mars 2005). Elle estime que la défense des régimes despotiques au nom de la stabilité a provoqué le ressentiment envers les Etats-Unis, qui a abouti au terrorisme. «Nous n'avions ni la démocratie ni la stabilité», déclare-t-elle. En revanche, le néoconservateur Daniel Pipes, nous a confié combien il était «hasardeux d'imposer la démocratie à une société qui n'est pas encore préparée à l'assumer. Cela risque d'aboutir à l'inverse du résultat escompté». En tout état de cause, l'Egypte n'a jamais avancé que sous l'impulsion de son pharaon, de son président. L'histoire de Mahomet Ali et celle du Khédive Ismaïl montrent que toute renaissance est conditionnée par la volonté de son raïs et de l'élite dont il s'entoure. Les Egyptiens se rappellent qu'en onze ans Sadate avait mené la guerre et signé la paix tout en répudiant l'URSS pour s'allier avec les Etats-Unis ! * Directeur de l'Observatoire des pays arabes. Dernier ouvrage : L'Arabie saoudite en guerre (Ed. Perrin, coll. «Tempus», 2004). Des
dizaines d’islamistes ont été livrés à
l’Egypte Les États-Unis et plusieurs autres pays, notamment arabes et asiatiques, ont secrètement livré depuis 1994 des dizaines d’islamistes égyptiens à l’Égypte, où ils ont très certainement été tortures, rapportait hier Human Rights Watch (HRW). Dans un rapport de 53 pages, l’organisation de défense des droits de l’homme présente l’Égypte comme le principal receptacle mondial de détenus soupçonnés d’activisme islamique et susceptibles de fournir de précieux renseignements dans la lutte contre le terrorisme conduite pas les États-Unis. Le document, initulé Trou noir - Le sort des islamistes remis à l’Égypt, cite nommément 61 personnes, pratiquement toutes égyptiennes, livrées aux autorités du Caire depuis 11 ans. Mais comme ces transferts se passent dans le plus grand secret, Human Rights Watch estime que leur nombre est bien plus important. Sur la foi des evaluation d’experts, avocats et activists égyptiens, le rapport suggère que de 150 à 200 détenus auraient ainsi été remis à l’Égypte depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Les pays «expéditeurs» sont surtout arabes et asiatiques, mais ils comprennet aussi les États-Unis et la Suède. Depuis le 11 septembre 2001, des pays comme le Soudan, l’Iran, l’Arabie Saoudite et le Yémen se sont montrés plus disposes à livrer des suspects. «Les personnes renvoyée en Égypte dans ces conditions sont quasi certaines d’être torturées», a declare Joe Stork, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient. Entre janvier 1993 et avril 2004, près de 300 personnes ont été torturées en Égypte et 120 sont mortes, selon l’Ogranisation égyptienne des droites de l’homme, citée par HRW. D’après Stork, la torture et les autres formes de mauvais traitements sont si répandues en Égyptes que les États-Unis et les autres pays qui lui remittent des personnes soupçonnés de terrorisme enfreignent, ce faisant, la convention internationale contre la torture. Le president George Bush a démenti le 28 avril que les États-Unis agissaient hors du cadre du droit international, adjoutant: «Nous envoyons des gens dans le pays qui nous assurent qu’ils ne pratiquent pas la torture.» «Du fait que de nombreux exiles égyptiens sont d’anciens lieutenants d’un des principaux chefs d’al-Qaïda, Ayman al-Zaouari, lui-même égyptien, les États-Unis sont particulièrement intéressés par les renseignements obtenus des ressortissants égyptiens», note le rapport de HRW. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, Bush avait accordé à la CIA carte blanche pour extrader des suspects. De 100 à 150 personnes auraient ainsi été livrées par Washington depuis cette date. Enlisement
en Irak? La série d'attentats commis depuis la formation laborieuse du gouvernement irakien est l'illustration brutale d'un changement de nature de l'insurrection dans ce pays. Le modus operandi des opposants au gouvernement et à la coalition dirigée par les États-Unis met en lumière deux faits nouveaux: les attaques sont conçues et menées par des individus ayant une bien plus grande maîtrise des armes que les miliciens chiites de Fallouja. Ensuite? Un élargissement géographique du champ de bataille se poursuit. À cet égard, les chiffres, si morbides soient-ils, sont éloquents. Au cours des mois de février et mars, on comptait entre 30 et 40 attaques par jour. Depuis le début d'avril, elles ont doublé, ainsi d'ailleurs que les attentats à la voiture piégée. Qui plus est, on a constaté que des djihadistes originaires d'Égypte, de Jordanie, d'Arabie Saoudite et d'Europe s'étaient introduits en Irak en nombres plus imposants qu'on ne l'avait envisagé, voire espéré. CQFD : il y a de plus en plus d'islamistes et de moins en moins de baasistes. Des informations distillées au compte-gouttes, on sait que la plupart d'entre eux ont transité par la frontière syrienne, que la coalition peine à contrôler. De cette difficulté, les insurgés tirent profit en usant de la région ouest du pays comme base de repli ou comme bastion. Au début de la semaine, l'armée américaine a donné le coup d'envoi à une importante offensive dans le secteur, dans l'espoir évidemment d'éteindre les feux qui proviennent de l'endroit. Des changements récemment effectuées, un responsable américain a conclu qu'ils étaient autant de signes que la guerre en Irak était entrée dans une nouvelle phase. À cause de cette progression de la violence tous azimuts, le ministre irakien de la Défense a essuyé une défaite. Le refus des leaders kurdes et de certains responsables chiites d'intégrer l'armée officielle a été signifié avec une telle vigueur que le ministre a abandonné son projet. Au sein de la communauté kurde, on craint de plus en plus que tout cela ne dégénère en guerre civile ou, du moins, à des affrontements larvés entre les diverses composantes irakiennes. Le débat sur la Constitution irakienne laisse d'ailleurs présager des lendemains pour le moins cahoteux. En effet, les députés membres de la commission chargée de rédiger la Constitution ne se sont toujours pas entendus sur les procédures à établir pour mener l'exercice à bien. Les religieux chiites voudraient que le texte soit adopté à la majorité simple; les kurdes ainsi que les chiites laïques souhaitent que cette majorité soit fixée aux deux tiers. Il en est ainsi parce que les religieux entendent accorder un rôle prépondérant à l'islam dans la gestion du pays alors que les autres aimeraient que la religion soit cantonnée à l'extérieur de la sphère politique. Résultat net de cette foire d'empoigne sur fond constitutionnel : il est de plus en plus certain que la loi fondamentale ne sera pas déposée le 15 août prochain, comme cela avait été prévu. À l'évidence, tout va être retardé : référendum sur la Constitution, élections générales et... départ des troupes de la coalition. Bref, c'est à se demander s'il ne faut pas désormais parler d'enlisement. Volume IV, Numéro 183 • vendredi, le 6 mai 2005 Chers lecteurs, Pour la commémoration du jour de l'Holocauste, Yom HaShoah, voici donc quatre œuvres par Paul Celan, le renommé poète roumain juif. Celan naquit en 1920 dans une famille de langue allemande à Czernowitz, alors partie de la Roumanie. Comme jeune homme il étudia la médecine en France mais retourna à Chernivtsi pour étudier les langues romanes et la littérature. En 1941 les troupes Nazies occupèrent la région et regroupèrent les juifs dans les ghettos. Ses parents furent envoyés dans un camp d’internement en Transnistrie en 1942 où son père mourut de typhus et où sa mère fut tuée. Celan fut envoyé dans un camp de travail forcé dans un bataillon de cantonniers à Tabaresti. Après la guerre il parvint à quitter la Roumanie pour Vienne où il publia son premier livre Der Sand aus den Urnen. Il s’installa ensuite à Paris. Paul Celan se suicida en 1970 par noyade dans la Seine.--Eds. -------------------------------------------------------------------------------- FUGUE DE MORT Lait noir de l’aube nous
le buvons le soir Lait noir de l’aube nous
te buvons la nuit Il crie enfoncez plus vos bêches
dans la terre vous autres et vous chantez jouez Lait noir de l’aube nous
te buvons la nuit Il crie jouez plus douce la mort
la mort est un maître d’Allemagne Lait noir de l’aube nous
te buvons la nuit tes cheveux d’or Margarete -------------------------------------------------------------------------------- Voix, rayures gravées
ce qui était avec toi * Voix venues du chemin d’orties : viens sur les mains jusqu’à
nous. * Voix, envahies de nuit,
cordes * Voix devant qui ton cœur
reflue * Voix, rauques, dans le
gravillon, Mets à l’eau ici,
enfant, les barques quand à mi-coque la bourrasque
vient se mettre dans son droit * Voix de Jacob : Les larmes. * Voix dans l’intérieur de l’arche : n'ont été * Pas une -------------------------------------------------------------------------------- TENABRAE Nous sommes tout près,
Seigneur, Déjà happés,
Seigneur, Prie, Seigneur, Nous sommes allés tout
pliés, Nous sommes allés à l’abreuvoir, Seigneur. C’était du sang,
c’était Ça brillait. Ça nous jetait ton image
dans les yeux, Seigneur. Nous avons bu, Seigneur. Prie, Seigneur. -------------------------------------------------------------------------------- GLOIRE DE CENDRES derrière Naguère Pontique : ici, (Sur la corde de souffle Gloire de Les dés jetés, de
l’Est, Personne CHOIX DE POÈMES DE PAUL CELAN. Date de publication : 25/11/1998. Editeur : Gallimard. Traduit par Jean-Pierre Lefebvre
|
|