décembre 2005

numéro 212 numéro 213 / numéro 214 /
  numéro 215 / numéro 216


         Volume IV, Numéro 216                                     Vendredi, 30 décembre 2005

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org

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Les derniers mots de Jebrane Tuieni avant son assassinat:
 "…Le Liban n'a jamais fait partie et ne fera jamais partie de la Syrie…"
MEMRI, décembre 13, 2005 No.1046
 

Voici des extraits de la dernière chronique hebdomadaire du journaliste Jebrane Tuieni, parue le 8 décembre 2005 dans le quotidien libanais An-Nahar, où il était également président-directeur général du conseil d'administration. Son article attaque vivement le régime syrien, et plus particulièrement le ministre syrien des Affaires étrangères Farouq Al-Shar. Quatre jours plus tard, le 12 décembre 2005, Tuieni était assassiné.

 

Le régime syrien ne veut pas reconnaître que le Liban ne fait pas partie de la Syrie.

 

Evoquant les fermes de Sheba, Tuieni a écrit: "J'aimerais que le ministre syrien des Affaires étrangères nous explique pourquoi il n'est pas intéressé à envoyer un document syrien officiel au gouvernement libanais reconnaissant les fermes de Sheba comme territoire libanais (...) Pourquoi le ministre Al-Shar insiste-t-il pour lier la question des fermes de Sheba à la libération des Hauteurs du Golan ? Le Golan est un territoire syrien, tandis que les fermes de Sheba sont libanaises. Pourquoi le régime syrien insiste-t-il, par le biais de son ministre des Affaires étrangères et de son Premier ministre, pour ne pas envoyer un tel document ? (…) Le ministre Al-Shar ne se rend-il pas compte que cela sert la politique israélienne qui essaie, de diverses façons, de demeurer sur tous les territoires occupés pendant la guerre de 1967 ?

 

Monsieur le ministre [Al-Shar], contrairement à ce que vous pensez, le Liban estime que l'envoi de ce document pourrait aider à la libération des fermes de Sheba - à moins que vous et votre régime ne soyez pas intéressés à ce que ces fermes soient libérées et rendues aux Libanais. Cela expliquerait pourquoi vous liez le problème des fermes à la libération des Hauteurs du Golan: ainsi [le problème des fermes de Sheba] demeure irrésolu, tout comme celui de la délimitation des frontières [avec la Syrie]. En effet, le régime syrien ne souhaite pas admettre que le Liban a des frontières nettes, reconnues internationalement, ni que le Liban n'a jamais fait, et ne fera jamais partie de la Syrie (…)"

 

La Syrie craint que la vérité ne soit révélée au grand jour par une enquête internationale

 

Evoquant l'enquête sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafiq Al-Hariri, Tuieni a aussi écrit: "De quelle objectivité parle le ministre Al-Shar, quand on sait qu'au moment même où [le témoin syrien] Hussam Hussam a franchi la frontière syrienne, le ministre syrien de l'Information s'est saisi de lui pour s'en servir comme d'une arme vide, obsolète, contre l'enquête internationale et contre le Liban ?

 

Où est la coopération entre la Syrie et la commission d'enquête internationale? A quel point le comité d'enquête syrien, qui jusqu'à ce jour n'a pas écouté Hussam Hussam, est-il sérieux? (…) La Syrie ne sera satisfaite de l'enquête internationale que si le juge Deltev Mehlis conclut qu'Al-Hariri s'est 'suicidé', tout comme Basil Fleihan et ses associés, en plus de Samir Kassir et de George Hawi, de Ghazi Kanaan, ainsi que de Marwan Hamada et May Shidiaq, qui auraient [eux aussi] tenté de se 'suicider' sans succès. [1]

 

Depuis la création de la commission d'enquête internationale, le régime syrien manifeste son peu d'intérêt pour une enquête. Il a surtout peur que la vérité ne soit révélée au grand jour, amenant la honte sur lui (…)"

 

Le régime syrien est responsable des charniers découverts au Liban

 

Au sujet des charniers découverts à proximité des quartiers généraux des services de renseignement syriens à Anjar, Tuieni a écrit le commentaire suivant: "(…) c'est un problème à part, distinct de ce qui est connu sous le nom de 'guerre civile au Liban'. Le problème est directement lié au fonctionnement de l'armée et des services de renseignement en [Syrie], qui prétendent ne pas prendre part [à la guerre civile] mais protéger [le Liban], alors qu'en vérité, ce sont des assassins sans scrupules.

 

Le régime syrien est seul responsable des charniers d'Anjar. C'est un crime contre l'humanité, qui nécessite une intervention internationale immédiate, une enquête approfondie, un tribunal et un procès internationaux, sans rapport avec l'assassinat d'Al-Hariri, qui a [déjà] été qualifié d'acte terroriste par la communauté internationale.

 

Le régime syrien doit savoir (…) que les régimes tyranniques et malveillants qui ont perpétré des massacres contre l'humanité ont été poursuivis en justice et renversés! Le meurtre, le massacre et l'entassement [de cadavres] dans des charniers ne sont pas des actes légitimes, même pendant les pires guerres et sous [le règne] les tyrans (…) [tels qu'] Adolf Hitler, Ceausescu, Milosevic, Saddam Hussein et les chefs des tribus du Rwanda."

 

Nous choisissons la loyauté au Liban

 

"Tuieni conclut: "Désolé, Monsieur le ministre Al-Shar, mais entre la loyauté à la Syrie et au Liban, nous choisissons le Liban (…)

 

S'agissant des [questions] arabes, nous avons toujours défendu les causes arabes justes, et en particulier la cause palestinienne et la libération des hauteurs du Golan. Quant à ceux qui, au Liban, préfèrent être loyaux à la Syrie qu'au Liban, nous considérons qu'ils ne sont ni pour le Liban, ni pour la Syrie, et donc qu'ils sont au service de l'ennemi du Liban et de la Syrie: Israël (…)"

 
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[1] Basil Fleihan était député libanais et ancien ministre des Finances ; il a également été tué dans l'explosion qui a causé la mort de Rafiq Al-Hariri le 14 février 2005. Samir Kassir était un journaliste libanais anti-syrien et chroniqueur pour An-Nahar ; il a été tué le 2 juin 2005 dans un attentat à la voiture piégée. George Hawi, ancien secrétaire général du parti communiste libanais, a été tué en juin 2005 dans un attentat à la voiture piégée. Ghazi Kan'an, ministre syrien de l'Intérieur, a été trouvé mort dans son bureau en octobre 2005 ; on a dit qu'il s'était suicidé. Après sa mort, certains ont affirmé qu'il ne s'était pas volontairement suicidé, mais avait été contraint; par le régime syrien, de se donner la mort. Marwan Hamada, député libanais et ancien ministre, a échappé à une tentative d'assassinat en octobre 2004. May Shidiaq, journaliste libanais ayant travaillé pour LBC TV et élevé le ton contre une intervention syrienne au Liban, a échappé à une tentative d'assassinat le 25 septembre 2005, mais a été grièvement blessé.

 
 A l’Université libanaise, un symposium d’Al-Manar appelle à rayer Israël de la carte,
citant Hitler comme exemple
MEMRI, décembre 15, 2005 No.1049

Ci-dessous, des extraits d’un symposium d’étudiants à l’Université libanaise, organisé par la télévision Al-Manar du Hezbollah et diffusé le 29 novembre 2005. Le symposium intervenait le jour anniversaire de l’adoption du plan de partage de l’ONU (29 novembre 1947). Cette journée est généralement commémorée dans le monde arabe par des manifestations pro-palestiniennes. Le symposium d’Al-Manar était consacré au conflit israélo-palestinien, avec la participation de Shafiq Al-Hut, ancien représentant de l’OLP au Liban et en présence d’étudiants palestiniens, libanais et syriens.


L’Université libanaise est la seule université publique libanaise [1] ; c’est aussi la plus grande du Liban. [2] L’enseignement est dispensé en français et en arabe.


VISIONNER LES EXTRAITS VIDEO SUR

 http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=962

 

Médiateur: Les régimes arabes ont tous accepté la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, c’est-à-dire dans les frontières de 1967. Ils estiment que la réalité et l’équilibre des pouvoirs ne permettent pas [d’en souhaiter plus] pour le moment. Soutenez-vous ce ‘réalisme’ ou adhérez-vous à ce qui est connu comme la Palestine historique, originelle ?

 


Edudiant n°1: Je m’appelle Hisham Shamaas et je suis étudiant en sciences politiques. Je veux juste dire que tout le monde parle de…

 


Médiateur: Répondez à la question, s’il vous plaît.

 


Hisham Shamaas: L’Etat ne devrait pas être limité aux frontières de 1976… Ou plutôt, de 1967. Israël doit être éradiqué.

 


Médiateur: Vous voulez dire, raviver la devise voulant qu’Israël soit rayé de la carte.

 


Hisham Shamaas: Israël devrait être complètement éradiqué, afin que les Palestiniens aient à pays où retourner.

 


Médiateur: Si on vous dit que ce n’est pas réaliste, que répondez-vous ?

 


Hisham Shamaas: Rien n’est irréaliste. Tout comme Israël… Tout comme Hitler a combattu les Juifs… Nous sommes une grande nation islamique de djihad, et nous aussi devrions combattre les Juifs et les brûler.


(…)


Etudiant n°2: La grippe aviaire a frappé le monde entier, et on s’efforce actuellement de lui trouver un remède. Quant à Israël, le seul remède est de le rayer de la carte.


(…)


Médiateur: Comment vous appelez-vous ?


Etudiant n° 3: Mahmoud Fakhri. J’espère que ce que je vais dire n’incite pas trop [à la haine].


Médiateur: Allez-y ! Incitez [à la haine]. C’est ce que nous voulons. Nous voulons de l’action.


Mahmoud Fakhri: En toute franchise, les Arabes devraient renverser les régimes décevants.


Médiateur: C’est vraiment de l’incitation [à la haine].


Fakhri: En toute honnêteté, tout gouvernement décevant qui veut normaliser les relations avec l’ennemi sioniste et renier la cause arabe, et en particulier Jérusalem, doit être renversé par le peuple, lequel doit avoir son mot à dire.

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[1] Elle a été fondée par l'Etat libanais en 1953. Sur son site, en langue française (http://www.ul.edu.lb/ ), un mot du recteur, le Dr Ibrahim Kobeissi, précise: « L'Université libanaise est une personne morale jouissant d’une autonomie administrative, académique et financière. Sa mission se concentre principalement dans la trilogie suivante: enseignement, recherche et diffusion de la culture. Elle s'efforce de procurer à chaque étudiant une formation de base lui offrant de multiples possibilités d’insertion dans la vie professionnelle. La philosophie de notre université est fondée sur la liberté de conscience, le jugement indépendant et le rejet de tout autoritarisme. » http://www.ul.edu.lb/francais/presiden.htm.


[2] Selon le site de l’université, l’effectif des étudiants de l’Université libanaise s'est élevé, « de 33.320 étudiants en 1992/1993, à 68.510 en 2000/2001, soit une progression moyenne de 9,4% par an. Ils représentent aujourd'hui environ 62% de l'effectif global des étudiants au Liban. »


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         Volume IV, Numéro 215                                     Vendredi, 23 décembre 2005

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NOS TROUPES DOIVENT RESTER  
Joe Lieberman
Wall Street Journal le 29 Novembre 2005

Traduit par Stéphane Teicher, pour www.nuitdorient.com

 Je reviens juste de mon quatrième voyage en Irak en 17 mois, et je peux faire état de réels progrès là-bas. Bien sûr, il y a encore beaucoup à faire, mais le peuple Irakien est sur le point de parvenir à une transformation fondamentale, de la tyrannie meurtrière primitive de Saddam, vers une nation moderne, assurant son propre gouvernement et sa propre sécurité, à moins que la grande armée Américaine, qui leur a donné et nous a donné cette occasion exceptionnelle, ne soit prématurément retirée.

Les progrès sont visibles et concrets. Dans le Nord Kurde, la sécurité est constante et la prospérité se développe. Le Sud essentiellement Shiite reste largement à l’abri du terrorisme, il reçoit beaucoup plus d’énergie électrique et autres services publics que sous Saddam, et il enregistre une activité économique croissante. Le triangle Sunnite, géographiquement limité par Baghdad à l’Est, Tikrit au Nord et  Ramadi à l’Ouest, est le secteur où se concentrent les attaques terroristes ennemies. Et pourtant, là aussi il y a des progrès. 

Il y a beaucoup plus de voitures dans les rues, de paraboles de télévision sur les toits, et littéralement des millions de téléphones portables de plus dans les mains des Irakiens. Tout cela montre que l’économie Irakienne se développe. Les candidats Sunnites font campagne activement pour les élections à l’Assemblée Nationale. Le peuple se fraie un chemin vers une économie et une société qui fonctionnent, au milieu d’une guerre terroriste très brutale, inhumaine, et soutenue contre la population civile, sous la protection des militaires Irakiens et Américains.

C’est une guerre entre 27 millions et 10 000 terroristes.

27 millions d’Irakiens qui veulent vivre une vie de liberté, d’espoir et de prospérité, et à peu près 10 000 terroristes qui sont, soit des revanchards de Saddam, des extrémistes Islamistes Irakiens, ou des combattants étrangers d’al Qaeda qui savent que leur cause maléfique sera perdue, si l’Irak devient libre et moderne. Les terroristes tentent de stopper ce mouvement en provoquant une guerre civile qui entraînerait le chaos qui permettra à l’Irak de remplacer l’Afghanistan comme base de leur œuvre de guerre fanatique. Nous combattons aux côtés des 27 millions parce que l’issue de cette guerre est d’une importance critique pour la sécurité et la liberté de l’Amérique. Si les terroristes gagnent, ils seront encouragés à nous frapper à nouveau directement, et à saper encore plus l’amorce de stabilité et de progrès au Moyen Orient, qui est depuis longtemps une priorité sécuritaire et économique pour l’Amérique.

Avant d’aller en Irak la semaine dernière, je suis allé en Israël et chez l’Autorité Palestinienne. Israël est la seule vraie démocratie dans la région, mais ce pays reçoit maintenant la compagnie bienvenue des Irakiens et des Palestiniens, qui sont au milieu de solides campagnes nationales pour des élections législatives, des Libanais qui se sont soulevés fièrement avec autodétermination après l’assassinat d’Hariri, pour rejeter leurs occupants Syriens (les milices du Hezbollah, soutenues par la Syrie et l’Iran devraient suivre), et les Koweitiens, les Egyptiens et les Saoudiens, qui ont fait les premiers pas vers une ouverture plus large de leur gouvernement au peuple. Lors de ma rencontre avec le Premier Ministre d’Irak, Ibrahim al-Jaafari, un homme prévenant et réfléchi qui a déclaré avec un orgueil justifié que son pays avait maintenant le système politique le plus ouvert et le plus démocratique du monde Arabe. Il a raison.

Face aux menaces terroristes et à la violence grandissante, huit millions d’Irakiens ont voté pour leur gouvernement intérimaire en Janvier, près de 10 millions ont participé au referendum sur leur nouvelle constitution en Octobre, et ils seront sans doute encore plus nombreux à voter dans les élections pour un gouvernement permanent le 15 Décembre. Chaque fois que les 27 millions d’Irakiens en ont eu la possibilité depuis la chute de Saddam, ils ont voté pour un gouvernement autonome et pour l’espoir face à la violence et à la haine que leur offrent les 10 000 terroristes. Le comportement de la communauté Sunnite a été des plus encourageants lorsque, bien que déçus par la constitution proposée, ils se sont inscrits et ont voté au lieu de prendre les armes et d’aller dans la rue. La semaine dernière, j’ai été enthousiasmé d’assister à une campagne politique vigoureuse, couverte par un grand nombre de télévisions et de journaux indépendants.

 Aucun de ces changements remarquables ne se serait produit sans les forces de coalition menées par les USA. Et, j’en suis convaincu, presque tous les progrès accomplis en Irak et dans le Moyen Orient seront perdus si ces forces sont retirées avant que l’armée Irakienne soit capable d’assurer la sécurité du pays.

Les leaders du gouvernement légitimement élu d’Irak le comprennent bien, et ils m’ont demandé de les rassurer sur l’engagement de l’Amérique. La question est de savoir si le peuple Américain et un nombre suffisant de leurs représentants au Congrès dans les deux partis le comprennent aussi. Je suis déçu par les Démocrates qui se focalisent plus sur la façon dont le Président Bush a entraîné l’Amérique dans la guerre il y a près de trois ans, et par les Républicains, qui se préoccupent plus de savoir si la guerre va leur faire perdre leur siège aux élections de Novembre prochain, que de savoir comment nous allons continuer de progresser en Irak dans les mois et années à venir. 

 Voici une constatation ironique que j’ai ramenée d’Irak. Alors que les sondages US montrent un sérieux déclin du soutien à la guerre et un pessimisme grandissant sur la façon dont elle va se terminer, les sondages réalisés par des Irakiens pour des universités Irakiennes montrent un optimisme grandissant. Deux tiers des personnes interrogées disent qu’elles se sentent mieux sans Saddam que sous Saddam, et un pourcentage remarquable de 82% sont convaincues que leur vie en Irak sera meilleure dans un an qu’aujourd’hui. Quelle erreur colossale ce serait pour le leadership politique bipartisan Américain, de choisir ce moment historique pour perdre toute volonté, et comme dit la phrase fameuse, de saisir la défaite des mâchoires de la victoire proche.

Les leaders des forces militaires et diplomatiques de l’Amérique en Irak, le Général George Casey et  l’Ambassadeur Zal Khalilzad, ont une vision claire et contraignante de notre mission ici. Il s’agit de créer l’environnement dans lequel la démocratie, la sécurité et la prospérité de l’Irak peuvent prendre racine et où les Irakiens eux-mêmes peuvent défendre leurs progrès politiques contre ces 10 000 terroristes qui veulent les leur enlever.

 

Est ce que l’Amérique a un bon plan pour y parvenir, une stratégie de la victoire en Irak? La réponse est oui. Et il est important que le peuple Américain comprenne bien que ce plan n’est pas resté obstinément immuable, mais qu’il a changé au fil des années. Des erreurs ont été faites, certaines graves, après l’éviction de Saddam, et aucun des partisans de la guerre n’hésiterait à l’admettre. Mais nous avons appris de ces erreurs, et, ce qui est caractéristique du style Américain, nous avons tiré des leçons de ce qui a marché et de ce qui n’a pas marché sur le terrain. L’utilisation récente par l’administration du slogan « nettoyer, consolider et construire » décrit avec précision la stratégie que j’ai vue mise en œuvre la semaine dernière.

Nous intégrons maintenant un noyau de forces de la coalition dans chaque unité combattante Irakienne, ce qui rend chaque unité plus efficace, et multiplie nos forces. Nous faisons des progrès dans le « nettoyage » et la « consolidation ». La Sixième Division d’Infanterie de Forces de Sécurité Irakiennes contrôle maintenant plus d’un tiers de Baghdad à elle seule, et y assure la police. Les forces de la Coalition et les forces Irakiennes ont nettoyé ensemble les villes de Fallujah, Mossoul et Tal Afar, qui étaient aux mains des terroristes, et une grande partie de la frontière Syrienne. Ces zones sont maintenant maintenues en sécurité par les militaires Irakiens eux-mêmes. Les forces de la Coalition et les forces Irakiennes sont en mission pour nettoyer Ramadi, devenue la ville la plus dangereuse dans la province d’Al-Anbar, à l’extrémité est du Triangle Sunnite.

Sur l’ensemble du pays, les responsables militaires Américains estiment qu’environ un tiers des quelques 100 000 membres de l’armée Irakienne sont capables de “mener le combat” seuls, avec un soutien logistique des USA, et que ce nombre devrait doubler d’ici à l’année prochaine. Si cela se confirme, les forces armées Américaines, pourraient entamer un retrait proportionnel à la montée en puissance de l’autonomie des forces Irakiennes, en 2006. Si tout se passe bien, je pense que nous pourrons parvenir à une présence militaire Américaine là-bas, beaucoup plus faible à la fin de 2006 ou en 2007, mais il est aussi probable que nous devrons maintenir une présence significative en Irak ou à proximité, pendant plusieurs années. 

 

La reconstruction économique de L’Irak a été plus lente que prévu, et trop d’argent a été gaspillé ou volé. L’Ambassadeur Khalilzad met maintenant en oeuvre une réforme qui a fait ses preuves dans les équipes de reconstruction Provinciales d’Afghanistan, et fait intervenir des experts économiques et politiques Américains, qui travaillent en partenariat dans chacune des 18 provinces d’Irak avec leurs élus, les fonctionnaires, et le secteur privé. C’est la partie « construire » de la stratégie du « nettoyer, consolider, construire », et c’est le travail des équipes Américaines et internationales pour professionnaliser les agences nationales et provinciales en Irak. 

Voila les nouvelles idées en marche, qui changent la réalité sur le terrain, et qui expliquent pourquoi le peuple Irakien est optimiste pour son avenir – et pourquoi le peuple Américain devrait l’être lui aussi. 

Les mots manquent pour évoquer l’Armée et les Marines US qui mènent l’essentiel du combat pour nous en Irak. Ils sont courageux, droits, efficaces, novateurs, très méritants et très fiers. Après un repas de Thanksgiving en compagnie d’un grand groupe de Marines à Camp Fallujah dans l’Ouest de l’Irak, j’ai demandé à leur commandant si le moral de ses troupes avait été atteint par le développement de l’opposition des Américains à la guerre en Irak . Sa réponse a été perspicace, instructive et très inspirée: "j’imagine que si l’opposition et les divisions dans notre pays se prolongent et prennent de l’ampleur, cela pourra avoir un certain effet, mais, Sénateur, mes Marines sont motivés par leur dévouement l’un à l’autre, et pour notre cause, et non par des débats politiques".  

Merci Général. Voilà un message puissant et nécessaire pour le reste de l’Amérique et ses dirigeants politiques, à ce moment critique de l’histoire de notre nation. Semper Fi.

 (Joe Lieberman, Sénateur Démocrate du Connecticut, ancien candidat à la présidence des Etats-Unis)


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Le retour d'un spectre : les « nouveaux réacs »
Pierre-André Taguieff
l'Observatoire, le 14 décembre 2005

Dans cette tribune polémique publiée par l'Observatoire du communautarisme, le philosophe et politologue Pierre-André Taguieff pointe les dangers du politiquement correct et le retour du terrorisme intellectuel à gauche. Dans ce contexte, certaines associations communautaires n'hésitent pas à diffamer et à appeler à des représailles professionnelles les chercheurs ou intellectuels récalcitrants à leur vision du « devoir de mémoire ». Les discours de dénonciation de la France « néo-coloniale », prétendument « antiracistes », ont enfin fortement contribué à mettre l'accent sur les origines ethniques ou les identités religieuses supposées des jeunes émeutiers aux motivations floues d'octobre et novembre 2005.

Lancée en octobre/novembre 2002, la catégorie d'amalgame « nouveaux réactionnaires » a permis à quelques journalistes vindicatifs de manifester leur naturel hargneux et à des intellectuels-militants de régler des comptes avec leurs rivaux ou leurs adversaires politiques. L'expression polémique « nouveaux réactionnaires », étiquette conceptuellement vide mais aux fortes connotations négatives, est en effet destinée à un unique usage : marquer, disqualifier, couvrir d'infamie l'individu auquel on l'applique. Elle sert à fabriquer des suspects. Pour fonctionner correctement, elle doit jouer sur une idée reçue en héritage : la localisation à gauche, comme par nature, des « intellectuels », censés former une communauté d'appartenance définie par un ensemble de convictions idéologico-politiques. Le « nouveau réac » est à la fois un traître en tant qu'intellectuel (il est censé trahir sa communauté d'appartenance : les « intellectuels ») et, en tant que citoyen, un individu suspect, douteux, voire dangereux. Tout « intellectuel » suspecté de « glisser vers la droite » ou d'avoir des « idée de droite » , voire d'éprouver de la sympathie pour telle ou telle personnalité de droite, peut faire figure de « nouveau réac ». Mais les usages polémiques de l'étiquette ne se réduisent pas à la dénonciation de la droitisation des analyses ou des sympathies : peut être qualifié de « nouveau réac » tout citoyen affirmant la valeur des principes républicains à la française, défendant la loi sur les signes religieux à l'école, se montrant dubitatif sur la construction européenne (telle qu'elle se fait) ou condamnant sans complaisance les actes de vandalisme commis par de « jeunes émeutiers » dans certaines banlieues françaises. En outre, toute critique de l'islamisme (comme littéralisme fondamentaliste ou comme idéologie djihadiste) étant assimilée par les prêcheurs néo-gauchistes (suivis par la gauche bien-pensante) à une manifestation d'islamophobie, il va de soi que le « nouveau réac » est nécessairement islamophobe. Une gauche sans projet a besoin d'ennemis haïssables, aussi fantasmatiques soient-ils. L'acte de les dénoncer lui permet de se donner une contenance, à défaut d'une consistance. Telle est la principale fonction de l'étiquette illégitimante, dans un contexte où les identités politiques sont floues : fixer une ligne imaginaire séparant la gauche de la droite. De quoi intimider les intellectuels en leur lançant le message : « Attention, ne pas franchir la ligne jaune ! » En servant d'anathème, l'expression infamante présente en outre l'avantage de renforcer la croyance dont vit la gauche « divine » : se croire moralement supérieure.

La locution « nouveaux réacs » aura servi d'abord d'instrument privilégié d'une courte mais intense chasse aux sorcières, durant l'hiver 2002/2003, dans le seul milieu des « intellectuels » (romanciers et philosophes, pour l'essentiel), comme si la catégorisation stigmatisante ne valait que pour eux. Elle fut une tentative de mise à l'Index, à travers la fabrication laborieuse d'une liste noire, où figurait déjà Alain Finkielkraut, à côté de penseurs tels que Pierre Manent, Marcel Gauchet, Alain Besançon, Jean-Claude Milner, Shmuel Trigano, etc. Une liste établie par Daniel Lindenberg dans son piteux libelle, Le Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, édité dans la collection « La République des idées » (Le Seuil) par l'historien Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, qui n'a cessé depuis de participer aux campagnes de dénonciation des « mauvais sujets ». Un an plus tard, une autre liste noire, établie par un islamiste de charme, suborneur professionnel, mentionnait les « sionistes » les plus dangereux parmi les « intellectuels juifs », où l'on retrouvait Finkielkraut, à côté d'autres « intellectuels » jugés infréquentables (Alexandre Adler, André Glucksmann, etc.). Dans l'espace politique tel qu'il pouvait s'observer en 2002/2003, on pouvait identifier aisément les « vieux » ou les « anciens réactionnaires » (de Le Pen à Villiers), mais les « nouveaux réacs » demeuraient invisibles, ou étaient jugés négligeables. D'où la concentration exclusive des attaques contre des hommes de pensée ou d'écriture (ces derniers se limitant à Houellebecq, Dantec, Muray). La campagne contre les intellectuels « néo-réacs » a duré quelques semaines et les feux polémiques se sont provisoirement éteints, faute de combattants motivés. Sa relance contre une cible redéfinie, les « intellectuels sionistes », s'est heurtée à de fortes résistances dans l'espace culturel comme dans l'espace politique. Mais, pour les esprits paresseux du monde médiatique et les pense-menu teigneux de la gauche résiduelle, qui rêvent d'en découdre avec ceux qu'ils n'osent plus stigmatiser comme « fascistes », « nouveau réac » est une insulte toujours disponible. Et la dénonciation du « complot sioniste » ou de « l'axe américano-sioniste » a été réactivée dans la mouvance du bouffon médiatique Dieudonné, dont on continue de sous-estimer l'audience. L'apparition d'un ministre populaire et atypique, Nicolas Sarkozy, nouvelle cible des bien-pensants de tous bords, a été une aubaine aux yeux des « stalino-trotskistes » (1) de notre temps : un nouveau « néo-réac » était né dans la classe politique traditionnelle. Il ne s'agissait pas de soumettre ses propositions ou ses actes à un examen critique rigoureux, d'en discuter le bien-fondé, mais de construire un personnage-repoussoir de droite : Le Pen occupant le poste « extrême droite » et Villiers le poste « droite extrême », seul restait libre d'accès le poste « nouveau réac ». La montée de la popularité du ministre de l'Intérieur dans le contexte des émeutes, montrant à quel point la gauche bien-pensante et les néo-gauchistes étaient coupées du peuple, ne pouvait que le transformer en cible principale de la nouvelle chasse aux sorcières, lancée au nom du « politiquement correct » le plus caricatural ( « il a dit "racailles" ! »). Sarkozy pouvait être inclus dans la catégorie diabolisante élargie des « nouveaux réacs » version 2005. La chimère des « nouveaux réacs » semblait enfin prendre consistance politique, avec un Sarkozy érigé en chef de tribu.

Le terrorisme intellectuel, du Collège de France aux collèges de banlieues, de la haute à la basse intelligentsia, s'est forgé un nouveau langage en quelques années. Il va de pair avec la « communautarisation » croissante des approches des faits culturels et/ou historiques. Les lobbies associatifs font régner la terreur judiciaire dans l'espace public, où les universitaires et les chercheurs sont surveillés, menacés et diffamés. Certains d'entre eux accompagnent le mouvement, et n'hésitent pas à signer des pétitions appelant à des interdictions professionnelles. Au nom de formes dévoyées du « devoir de mémoire » ou de la « luttte contre les discriminations », certaines organisations dites « communautaires » ou « identitaires » s'efforcent d'imposer, par un chantage judiciaire permanent ou par des campagnes médiatiques, leurs visions militantes de l'histoire. Des « Collectifs » formés sur des bases ethno-raciales, dont l'intolérance active se camoufle mal derrière des slogans de facture « antiraciste » , ont pour programme d'interdire les recherches sur des domaines « politiquement incorrects » (par exemple, la traite interne à l'Afrique noire ou la traite vers le monde arabo-musulman), d'imposer des jugements globalement criminalisants sur certaines périodes historiques (l'histoire de la colonisation, par exemple) et, plus généralement, de substituer un point de vue hyper-moral au travail de l'historien, du sociologue ou de l'anthropologue. Qu'un chercheur du niveau d'Olivier Pétré-Grenouilleau puisse être poursuivi devant les tribunaux pour ses travaux d'historien sur les formes d'esclavage autres que la traite atlantique (seule prise en compte par la loi Taubira de 2001), voilà qui suffit à montrer les inquiétants progrès de la soviétisation des esprits en France.

Les délateurs et les diabolisateurs se sont remis au travail, après les trois semaines d'émeutes qui ont vandalisé certaines banlieues françaises (du 27 octobre à la mi-novembre 2005), dont les principaux acteurs furent des « jeunes des banlieues », le plus souvent de nationalité française. Des discours empathiques et complaisants ont érigés ces derniers en « victimes » (des « discriminations », dont la France « néo-coloniale » est supposée friande), acculées à s'exprimer par une « révolte » destructrice, sans revendications. Ces discours de dénonciation, prétendument « antiracistes », ont fortement contribué à mettre l'accent sur les origines ethniques ou les identités religieuses supposées des jeunes émeutiers aux motivations floues. Quand les journalistes, les politiques et les sociologues ne peuvent rien expliquer, ils se rabattent volontiers sur les « identités ethnico-religieuses », couplées soit avec « l'islamisme », soit avec « le racisme » ou « les discriminations », entités censées rendre compte magiquement de tout ce qui dysfonctionne. Causalité magique, dont on trouve des usages variables dans les milieux militants, qui peuvent être diamétralement opposés. Plus généralement, il fallait trouver les véritables responsables de l'aggravation de la « fracture sociale » : pourquoi pas les intellectuels « lepénisés » ou « sarkozysés » ? « La mise à l'Index est la mise en joue des temps de trêves », notait Jules Vallès. Dans les années 1950, Raymond Aron était traité de « fasciste » par ses ennemis installés dans le bon camp d'alors, celui du Prolétariat, figure héroïque aujourd'hui effacée. Les staliniens de l'époque dénonçaient de façon prophétique les « sionistes réactionnaires » . Les ennemis du général de Gaulle n'ont pas hésité à utiliser contre l'incarnation de la France libre l'injure suprême : « Fasciste ! » . Depuis les années 2002/2003, tout intellectuel lucide et courageux est fusillé comme « nouveau réac » par de nouveaux exécuteurs au nom des nouvelles figures du Bien, « victimes » transfigurées par un pseudo-antiracisme réduit à une rhétorique hyper-morale, destinée à intimider et à faire taire. Notre ténébreuse époque a les idoles victimaires qu'elle mérite.

Chez les nouveaux délateurs, on rencontre quelques stratèges cyniques, manipulateurs de médias qui s'expriment peu, et beaucoup de boy-scouts dont la bonne foi ne saurait être mise en doute. Ces derniers, par leur existence, ont le mérite de nous rappeler l'importance de la bêtise dans l'Histoire. En 1936, André Suarès, l'un des premiers « intellectuels » à avoir discerné la commune nature du communisme et du nazisme, notait avec lucidité et sagesse : « En beaucoup, la bêtise tient lieu de l'honnêteté. » (2) Si le développement durable est une utopie sympathique, la bêtise durable est une réalité transhistorique. Il n'y a rien à attendre de la bêtise, ni rien à faire contre elle. Oublions-la.

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1) J'emprunte librement l'expression ironique à Guy Debord.
2) André Suarès, Valeurs, Paris, Grasset, 1936 ; rééd. in A. Suarès, Valeurs et autres écrits historiques, politiques et critiques, 1923-1948 , édition établie par Robert Parienté, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2002, p. 547.

(*) Philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS. Dernier livre paru : La Foire aux « Illuminés ». Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme , Paris, Fayard/Mille et une nuits, novembre 2005.

 

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         Volume IV, Numéro 213                                     Vendredi, 9 décembre 2005

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Israël numéro 1 mondial en technologie
Newsletter n°151 du 24 novembre 2005
 

Un nouveau rapport international fait savoir que l'avenir économique d'Israël est désormais le plus prometteur parmi tous les pays du monde.  Selon cette étude, Israël, qui jouit dores et déjà d'une renommée mondiale  au niveau de la high-tech, est également devenu un pays leader dans les sciences et la technologie.

 Le ministère de l'Industrie et du Commerce a effectué récemment une enquête sur le niveau intellectuel du pays. Ce document, rendu public par le quotidien israélien Yediot Aharonot,  révèle que le nombre d'ingénieurs en Israël est le plus élevé au monde :
135 ingénieurs pour 10.000 travailleurs, comparé à 70 pour les Etats-Unis (2ème place), suivis par le Japon (65), les Pays-Bas (53), et la Suisse (38). Israël est aussi classé premier au monde pour le nombre de scientifiques et techniciens, avec 140 scientifiques et techniciens pour 10.000 travailleurs. Les USA sont loin derrière avec 83, suivis par le Japon
(80), l'Allemagne (60) et la Suisse (55).

Cette étude révèle également qu'Israël fournit un environnement propice aux affaires, une infrastructure financière et bancaire développée, et encourage les investissements pour les initiatives technologiques. Selon cette même étude, Israël est classé premier pour le budget alloué à la recherche et au développement par rapport à son PNB.

D'après Elisha Yanaï, président de l'Association d'électronique, Israël est devenu un Silicon Valley. Modestement, il déclare : « On doit nous comparer non à la totalité des USA,
mais à certaines zones de high-tech telles que la Silicon Valley en Californie et les zones high-tech de Boston et du Texas. Une telle comparaison, qui nous est plus naturelle, nous met en troisième position de façon absolue ». 

 

Hommage à Israël et au monde juif
Michael Laughrea

Robert Aumann, prix Nobel d'économie 2005, devient le quatrième Israélien à recevoir un prix Nobel en 4 ans. Un tel score intellectuel n'a été dépassé que par les États-unis, la Russie, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et la Suède.

Il n'a été égalé que par le Japon, et l'Italie. Les Israéliens ont reçu plus de prix Nobel que les Chinois, les Australiens, les Indiens et les Brésiliens, bien que, pour des raisons évidentes, aucun prix Nobel ne pouvait être accordé à un Israélien avant 1947! Bravo Israël: 4 prix Nobel en 4 ans (1 en 2002, 2 en 2004 et 1 en 2005), c'est tout à fait exceptionnel. Pour comprendre à quel point c'est exceptionnel, notons que les résidents du Québec (le Québec compte 1 million d'habitants de plus qu'Israël), malgré l'absence de guerre et d'intifada, n'ont obtenu aucun prix Nobel en 104 ans...

Cet hommage à Israël s'accompagne naturellement d'un hommage à la communauté juive, car sa contribution à l'avancement des connaissances, de la paix et de la littérature est complètement hors norme: de 2000 à 2005, 21 prix Nobel, 28% du total, ont été attribués à des Juifs, 22 à des Européens (730 millions de personnes), 41 à des Américains (300 millions de personnes), et 17 au reste du monde (dont 4 à Israël). [La somme des prix dépasse 75 parce que 5 prix ont été accordés à des détenteurs de double nationalité; par exemple, si un lauréat est citoyen américain et citoyen allemand, j'alloue un prix Nobel aux USA et un autre à l'Europe.]

Que 13 millions de personnes (0,2% de la population du globe), dont la moitié seulement sont de citoyenneté américaine ou européenne, obtiennent autant de prix Nobel que 730 millions d'Européens ou 150 millions d'Américains, voilà qui mérite les éloges les plus chaleureux; voilà un sujet dont tout le monde devrait parler. Surtout qu'un regard sur le 20e siècle mène à des conclusions analogues: plus de 18% des prix Nobel 1901-1999 ont été obtenus par des Juifs, malgré l'antisémitisme discriminatoire ou même mortifère qui marqua la première moitié de ce siècle.

Le monde juif a reçu plus de prix Nobel de médecine que le Royaume-Uni et l'Allemagne réunis, plus de prix Nobel de physique que l'Allemagne et la France réunies, presque autant de prix Nobel d'économie que l'Europe entière, et plus de médailles Fields que le Royaume-Uni et la Russie réunis (la médaille Fields est l'équivalent le plus proche de ce que serait un prix Nobel de mathématiques).

25% des médailles Fields, 23% des prix Nobel d'économie, 22% des prix Nobel de médecine, et 21% des prix Nobel de physique ont été obtenus par des Juifs.

Il n'y a pas que les sciences de toutes sortes qui bénéficient énormément de la contribution juive. De 1901 à 2005, 11% des prix Nobel de littérature et de paix ont été accordés à des Juifs, un pourcentage qui laisse, lui aussi, bouche bée. En fait, après les peuples américain et britannique (29 et 23 prix, respectivement), le peuple juif est celui qui a reçu le plus de prix Nobel de littérature et de paix au monde (21 prix), devançant la France (20 prix) de peu et approchant la somme des prix obtenus par l'Allemagne, l'Italie et la Russie réunies (22 prix). En termes de prix Nobel de littérature, le

Monde juif se classe premier au monde, ex aequo avec la France.

 (Michael Laughrea, B.Sc., M.Sc., M.Phil., Ph.D., est professeur  à Université McGill et chercheur à Hopital Général Juif de Montréal.)

 

 

 

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         Volume IV, Numéro 212                                     Vendredi, 2 décembre 2005

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Mon voyage d’étude à Auschwitz
Marc Knobel

Conseil représentatif des institutions juives de France, 17 Novembre 2005
 

 

Mercredi 9 novembre 2005, jour d'anniversaire de la Nuit de Cristal, 140 lycéens et enseignants de la région Nord-Pas de Calais sont allés à Auschwitz avec la section française du CJM, le CRIF et le CDJC. 

Je n’étais pas retourné en Pologne depuis une bonne vingtaine d’années. A l’époque, nous avions visité au pas de course le camp, sans l’aide d’un guide, sans le moindre témoignage, sans que nous ayons à notre disposition le moindre texte. Il faisait beau et extrêmement chaud. 

Lorsque ce 9 novembre 2005, je suis retourné à Auschwitz dans le cadre d’un énième voyage du Comité d’information des lycéens sur la Shoah (1) - préparé par Myriam Glikerman, que je salue affectueusement et à qui je veux particulièrement rendre hommage - les conditions étaient diamétralement différentes. Je suivais un groupe de cent quatre vingt-huit personnes, un groupe très encadré. Lorsque la liste des participants me fut présentée par Myriam, je pris vraiment conscience de l’importance de cette délégation. Elle était composée d’une vingtaine d’enseignants de près de vingt établissements scolaires du département du Nord et de celui du Pas-de-Calais ; près de cent vingt élèves ; des représentants du rectorat et deux proviseurs ; différentes personnalités et/ou responsables du conseil régional du Nord Pas-de-Calais ; des élus (Verts, PC, PS, UMP, UDF) ; une huitaine de journalistes ; et quatre rescapés des camps, Charles Baron, Jules Fainzang, Ida Grynspan, Yvette Levy. 

Je connaissais deux d’entre eux (Charles Baron et Ida Grynspan) et j’avais été fortement impressionné lorsque je les avais rencontré sur un plateau de télévision, en janvier 2005. Ils avaient compté leur histoire aussi simplement que possible, en expliquant méticuleusement ce qu’ils avaient vécu et ce qu’ils considèrent depuis comme une vraie mission. Raconter, témoigner inlassablement, expliquer et revenir constamment sur les lieux du crime pour que les jeunes générations sachent. Je me retrouvai donc en présence de ces deux infatigables personnes, qui trouvent en eux comme une mystérieuse force. Comment peut-on revenir en ce lieu ? Comment le pourrai-je si j’étais à leur place ? 

J’ai été frappé, littéralement saisi par une forte émotion lorsqu’à un moment donné mon regard a croisé celui d’Ida Grynspan, qui regardait l’entrée d’Auschwitz II Birkenau, la fameuse guérite principale des SS, à la fois porte principale, appelée par les prisonniers « Porte de la mort ». Elle se trouvait au beau milieu de l’embranchement de la voie ferrée et du quai de Birkenau, ou les SS réceptionnaient les convois de Juifs. Que regardait-elle si fixement ? Que revoyait-elle et à quoi pensait-elle à ce moment précis ? Je l’ignore. Je n’ai pas osé le lui demander. De la même manière, lorsque notre bus nous emmena à Auschwitz, un vieux monsieur de 82 ans, prit la parole. Jules Fainzang raconta son histoire. C’est encore son regard que je surpris au vol, dans le bus, à l’extérieur du bus, au camp, plusieurs fois de suite. Comment pourrai-je en quelques mots vous parler de ce regard à la fois glacé, vide quelquefois, dur ou blessé, mais si incroyablement humain ? Comment pourrai-je en quelques mots vous parler de son récit ? Ils décrivaient l’inhumanité et l’horreur absolue. Je peux juste dire qu’il racontait ce que des hommes ont supporté, comment ils sont morts, il criait leur souffrance avec de simples mots, et sans la moindre haine. 

Plus loin, il parlait d’autres hommes qui avaient -eux- planifié méticuleusement ces crimes. Ils tuaient comme on tuerait des mouches, ou de petits animaux nuisibles. Puis le soir, ces hommes-là rejoignaient leur famille et jouaient avec leurs enfants. Je regardais alors les élèves dans le bus. Jules Fainzang s’était tu. Il y eut un silence pesant, lourd, un silence de gosses. 

Je me demandais ce qu’ils pensaient de tout cela ? Ce qu’ils ressentaient ou comprenaient ? Et je me souvenais d’une conversation que j’avais eue avec Myriam Glikerman, quelques jours auparavant. Que garderont-ils de cette visite, d’ici quelques années ? Auront-ils une plus grande compassion, une plus grande humanité ? Que d’attentes autour de ce voyage, que de peurs aussi. Peur que cela ne marche pas, qu’il y ait un raté, qu’un élève se comporte mal, que les élèves soient indifférents ou blasés, qu’ils ne comprennent pas, qu’on loupe notre avion, qu’on perde trop de temps, que l’on ait un accident, que… 

Pourquoi doit-on se « flageller » ainsi ? Pourquoi avons-nous peur ? De qui ? De quoi ? Et qu’espérons-nous presque « bêtement » ? Changer l’Humanité ? Transformer les hommes ? Les faire pleurer ? 

Lorsque nous franchîmes enfin l’enceinte du camp, et que nous arpentâmes les lieux du crime, je ressentis comme une douleur indicible. Dans le bus, j’avais expliqué que j’appréhendais cette visite. Je l’appréhendais encore plus que je ne le croyais. J’avais mal. Mal aux tripes. Mal à l’âme. Mal au ventre. Mal à en pleurer, sans qu’une larme pourtant ne puisse couler. Rien de rien. Pas un mot, pas une larme. 

C’était une journée d’éducation. On voyait donc les blocs, les voies, les portes, les rails, les embranchements de voie ferrée, le plafond effondré d’une chambre à gaz, les ruines d’un crématoire, l’intérieur d’un crématoire, les escaliers menant à un crématoire, des photographies prises par les SS, des fragments du camp, des cheveux, des Taleths retrouvés après la libération du camp, des objets pris sur les victimes (pièces, montres, cuillères, miroirs, boites, nounours d’enfants), des bagages, des valises, des installations pour le nettoyage et la désinfection des vêtements, des vêtements d’enfants, de femmes, d’hommes, de vieillards, des restes métalliques, des latrines situées dans les baraques en bois de Birkenau, un gibet sur lequel ont été exécutés des prisonniers, un chevalet sur lequel on exécutait la punition du fouet, les clôtures électrifiées, un chariot pour le transport de corps, des tours de guet, des photos personnelles, des photos de famille apportées dans le camp par les juifs, les vitrines… 

C’était une journée d’éducation, et nous prenions en pleine figure les lieux, les murs, le froid. Trop courte journée pour comprendre parfaitement et totalement les rouages du crime de masse, l’indicible, la mort et la haine. 

Trop courte journée. 

Les cheveux, les chaussures, les valises disent sans dire. Qu’est ce que ces objets nous apprennent vraiment et précisément sur l’histoire des gens qui leur ont autrefois donné vie ? Que savons-nous d’eux ? Rien, puisqu’ils sont morts, puisqu’on ne les voit pas. Les monceaux de cheveux de femmes tondues, les brosses à dents, les prothèses de jambes et de bras, les lunettes, les assiettes. Mais des cheveux sans tête, des lentilles ou des lunettes sans yeux, des prothèses sans jambes, des chaussures sans pieds. Devant l’une de ces fenêtres, Jules Fainzang criera sa douleur. J’écoutais, je frissonnais et j’étais continuellement dérangé par le va et viens incessant des touristes, des groupes qui arpentent le lieu. Je n’ai pas le temps de me recueillir, pas le temps de comprendre. J’étais frustré et pourtant, en croisant le regard des élèves du Nord Pas-de-Calais, je sentais leur horreur, leur peine, leur tristesse, leur incompréhension. 

Ce voyage ne fut pas vain, loin s’en faut. Il a manqué du temps, mais nous avons vu ce qu’il fallait voir. Il a manqué du temps, mais nous avons écouté ce qu’il fallait entendre. Il a manqué du temps, mais nous sommes allés pour comprendre, pour savoir, pour le dire et le redire encore. 

« Il n’y a pas de mots pour décrire l’outrage subi, cette destruction de l’homme ». Mais il y a des mots pour dire que nous nous lèverons contre la barbarie, que nous lui résisterons, que nous comporterons en Homme, respectueux de son prochain. Il y a des mots pour crier, pour se révolter contre la barbarie et pour résister. Il y a des mots pour se rappeler au silence du monde. N’est ce pas cela au fond, l’une des leçons d’Auschwitz ? 

MK 

Notes :
1. Le Comité d’Information des Lycéens sur la Shoah a été crée en 1989 à l’initiative de la Section Française du Congrès Juif Mondial (CJM) et du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF). En 1994, le Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) a été associé à cette initiative.
 

 

 

 

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