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Volume IV, Numéro 211 Vendredi, 25 novembre 2005
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Un attentat suicide à la bombe perpétré à Hadera, en Israël, le 26 octobre, tuant cinq personnes, suscita la liesse palestinienne usuelle en pareil cas: quelque 3000 personnes descendirent dans les rues pour célébrer l'événement, scandant Allahou Akbar pour appeler à davantage d'attentats suicide contre les Israéliens et pour féliciter les familles des «martyrs» pour la réussite de leur attaque.
En revanche, les Arabes palestiniens firent grise mise après les trois explosions du 9 novembre dernier qui tuèrent 57 personnes et en blessèrent des centaines d'autres à Amman, en Jordanie. C'est que, pour la toute première fois, ils se trouvèrent eux-mêmes à la place des victimes de ces mêmes «martyrs» islamistes.
Le massacre commis dans la salle de bal de l'hôtel Radisson RAS coûta la vie de 17 parents qui assistaient au mariage de ce que le Times de Londres qualifiait de «couple béni» parmi la population arabe palestinienne, «apprécié par tous leurs parents et leurs amis de l'élite palestinienne». Les attentats à l'explosif tuèrent aussi quatre personnages officiels de l'Autorité palestinienne, notamment Bashir Nafeh, chef des services de renseignements militaires de Cisjordanie.
Après deux décennies passées à distiller ces horreurs contre les Israéliens, parfois également lors de célébrations (une Pâque juive, une Bar-mitsvah), les Arabes palestiniens, qui forment une majorité de la population jordanienne, s'en retrouvent soudain la cible.
Et, quelle surprise, ils n'apprécient guère.
Le frère d'une femme blessée dans l'attentat déclara à un reporter: «Ma sœur, je l'aime. Je l'aime jusqu'à la mort et si quelque chose devait lui arriver, je serais vraiment…» Puis il s'étrangla d'émotion, se tut et se mit à pleurer. Un autre parent qualifia les terroristes de «criminels pervers». Une troisième s'écria: «Oh mon Dieu, oh mon Dieu. Est-il possible que des Arabes tuent des Arabes, que des Musulmans tuent des Musulmans?»
Je compatis profondément à la douleur de la famille. J'espère également que les Arabes palestiniens, devenus mondialement célèbres non seulement pour leur recours systématique aux meurtres suicidaires, mais surtout pour leur enthousiasme à le faire, bénéficieront de cette leçon exceptionnelle.
Aucun autre système médiatique et scolaire n'endoctrine les enfants en vue d'en faire des assassins suicidaires. Aucune autre communauté n'organise des veillées mortuaires pleines d'allégresse en l'honneur d'auteurs d'attentats suicide. Aucuns autres parents n'espèrent que leurs enfants se feront exploser. Aucuns autres ne reçoivent un tel soutien et de telles récompenses financières des autorités pour des actes de terrorisme. Aucune autre population n'a produit un leader aussi inextricablement lié au terrorisme que Yasser Arafat, ni n'a si abondamment manifesté sa dévotion à son égard.
Les manifestations commémoratives en souvenir de sa mort, le 11 novembre, furent marquées par des déclarations passionnées, selon lesquelles «il vivra pour toujours dans nos cœurs», et de nouveaux engagements à perpétuer son œuvre.
Les attentats d'Amman, attribués à Al-Qaida, mettent en lumière l'hypocrisie des Arabes palestiniens et de leurs partisans, qui ne condamnent le terrorisme que lorsqu'il est dirigé contre eux, et non contre d'autres, notamment les Israéliens. Shaker Elsayed, imam de la mosquée Dar al-Hijrah, en Virginie, dénonça l'attentat contre le mariage d'Amman comme étant «un geste insensé». Fort bien. Mais Brian Hecht, de l'Investigative Project, observe que le même Elsayed est un long habitué de la justification des attaques contre les Israéliens: «Le djihad est un devoir pour tous – enfants, femmes et hommes», dit-il. «Tous doivent faire le djihad avec tous les instruments dont ils peuvent disposer.»
La reine Noor de Jordanie incarne cette hypocrisie lorsqu'elle déclare que les terroristes d'Amman «ont commis une grave erreur tactique ici, car ils ont agressé des civils innocents, essentiellement des Musulmans», sous-entendant qu'elle aurait approuvé l'action si les victimes n'avait pas été musulmanes.
La honteuse liaison particulière des Arabes palestiniens avec les tueries suicidaires et le «martyre» va-t-elle perdre de son élan après les atrocités d'Amman? Le fait de goûter à leur propre remède leur apprendra-t-il qu'on ne peut éviter de récolter une partie de ce que l'on sème aux quatre vents? Que la barbarie finit toujours par frapper également les barbares?
Des signes fragiles semblent indiquer un revirement d'opinion, au moins pour l'instant, en Jordanie. Un sondage réalisé en 2004 à l'université jordanienne révéla que deux tiers des adultes jordaniens considéraient Al-Qaida en Irak comme «une organisation de résistance légitime». Après les attentats d'Amman, les enquêteurs constatèrent que neuf sur dix des participants qui soutenaient Al-Qaida avaient changé d'avis depuis lors.
Pour que les Arabes palestiniens modifient leur comportement, il faut que les populations civilisées adoptent une attitude ferme face au terrorisme suicidaire. Cela implique de rejeter purement et simplement le Hamas en tant qu'organisation politique et d'exclure tout dialogue avec lui. Cela implique de condamner publiquement des films propagandistes tels que «Paradise Now», qui blanchit la pratique des attentats suicide palestiniens. Et cela implique de déclarer coupables les exécutants du Djihad islamique palestinien tels que Sami Al-Arian et ses comparses de Floride.
Le message à transmettre aux Arabes palestiniens doit être simple, cohérent et universel: chacun condamne le terrorisme suicidaire, sans équivoque ni exception – que le contexte soit électoral, diplomatique ou éducatif, et que les bombes explosent à Amman ou à Hadera.
Adaptation française: Alain Jean-Mairet
Réactions dans le monde arabe et musulman aux émeutes en FranceMEMRI, No. 1022, 16 novembre 2005
Les émeutes en France ont déclenché une vague de réactions dans le monde arabe et musulman. De nombreux journalistes ont attribué les troubles à la discrimination contre les Arabes et les musulmans ainsi qu'à leurs conditions de vie précaires. D'autres ont reproché aux communautés immigrées de ne pas faire d'efforts pour s'intégrer à la société française et améliorer leur sort. Pour sa part, l'UOIF (Union des organisations islamiques de France) a émis une fatwa affirmant que l'islam condamne les fauteurs de trouble - fatwa vivement critiquée par le premier site islamique français Oumma.com qui lui reproche d'islamiser le phénomène des émeutes.
Ci-dessous les réactions de la presse et des sites arabes aux émeutes:
Les émeutes ont une cause légitime: la discrimination
Dans un article intitulé "La révolution de la racaille", publié à Londres dans le quotidien arabe Al-Sharq Al-Awsat, le directeur d'Al-Arabiyya, M. Abd El-Rahman Al-Rashed, écrit: "Ce sont peut-être des voleurs, de la racaille, des anarchistes, mais ils ont une cause [légitime], et il n'y a pas d'autre choix possible que de l'écouter et d'agir (…) C'est une protestation contre la situation dont un secteur important de la population croit souffrir. Peu importe que le ministre [français de l'Intérieur] les traite de 'racaille' et de 'saleté'. Ces insultes et malédictions ne résoudront pas cette crise qui se reproduira à l'avenir, même si elle se calme pour un certain temps (…)
Le pays de la Loi et des libertés [ndlr: la France] n'a pas su régler cet ancien problème que lui a légué la fin de la colonisation: la nécessité [d'améliorer] le sort des immigrés (…) Il est inconcevable que dans l'Etat français de la liberté et de la démocratie, il n'y ait pas un seul représentant de cette importante minorité au Parlement - lequel est sensé représenter tous les niveaux de population, la racaille comme l'élite. Les grands partis de France ne comptent pas dans leurs rangs de représentants des millions de citoyens français d'origine étrangère, Arabes et musulmans, et ne font pas assez pour défendre leurs droits (…)
Ceux qui génèrent les émeutes font généralement partie de la racaille, parce qu'ils savent crier [plus fort que tous] et pensent moins que quiconque aux conséquences [de leurs actions]. Il est vrai que les incendies d'écoles et les attaques de passants, parfois jusqu'à la mort, sont le fait du rebut de la société. Malheureusement, ce sont là les voix [d'un secteur] de la société dont le processus politique ne tient pas compte.
Faisons la distinction entre la racaille et ses exigences. La racaille ne recevrait aucune marque de solidarité [de la communauté arabe et musulmane] s'il n'existait pas un sentiment de discrimination."[1]
Un grand quotidien iranien: les politiciens de Paris ne peuvent plus cacher le visage hideux de la discrimination raciste
Le quotidien conservateur iranien Jomhouri-ye Eslami publie dans un éditorial: "En plus de se prétendre les défenseurs des droits de l'Homme, et en plus de l'orgueilleuse médaille qu'ils se sont auto-attribués pour l'exercice de la démocratie et de la liberté, les politiciens français ont essayé de placer leur nom en première ligne des défenseurs des droits de l'Homme dans le monde et de faire [de la France] le centre culturel de l'Europe et du monde (…)
Le meurtre de deux jeunes par la police française (…) a mis à bout de patience ceux qui ont souffert pendant des années de la discrimination raciste de ce pays [la France]. Et leur paisible mouvement s'est transformé en rébellion manifeste et violente.
(…) Chaque magasin pillé reflète la répression exercée par les résidents de l'Elysée sur les pauvres gens opprimés de leur pays. C'est la révélation de tous les mensonges que les politiciens français entretiennent, avec leurs exigences scintillantes et miroitantes [dans le but d'être considérés] en tout lieu comme les défenseurs des droits de l'Homme.
La discrimination croît aussi en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, au Canada, tandis que plusieurs autres pays occidentaux (…) souffrent de cette maladie (…) Les Français constatent la discrimination, la répression et l'hypocrisie des politiciens français. Ajoutées aux problèmes de pauvreté et de famine, celles-ci sont devenues trop dures à supporter et les ont conduits à se révolter contre les politiciens. Ce qui se passe sur le territoire français est maintenant révélé au grand jour. Les politiciens de Paris ne peuvent plus cacher le visage hideux de la discrimination raciste de ce pays (…)" [2]
Le gouvernement français a échoué. Il doit mettre au point une politique donnant vraiment aux immigrés le sentiment d'appartenir à la République.
Dr Haytham Manna, membre arabe du comité des droits de l'Homme résidant actuellement en France, a écrit, dans le quotidien koweïtien Al-Siyassa, un article intitulé: "Qui présentera ses excuses aux jeunes immigrés ?" L'article dit: "Aujourd'hui, quand il y a une explosion dans les banlieues du nord de Paris suite à la mort de deux adolescents qui ont fui la police, la société française des droits de l'Homme ne sait relater les événements qu'en ces termes: 'trente ans d'échecs et trois ans de [décisions] arbitraires considérées comme politique gouvernementale'. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy qui, voilà quatre ans, qualifiait de criminels ceux qui s'adonnaient à de telles activités (…), a choisi cette fois de qualifier les rebelles de racaille et de saleté (…)
Le gouvernement français a complètement échoué à mettre en place une politique efficace vis-vis des immigrés - une politique leur permettant d'appartenir véritablement, et pas seulement officiellement, à la République (…) Il y a près de dix ans, j'ai exigé [la création] d'un comité d'enquête chargé d'évaluer le racisme dans la police française. Ce comité a confirmé le sentiment de l’accentuation du racisme au sein des services de sécurité. Le 15 mars 2000, le Comité consultatif des droits de l'Homme [en France] a publié un rapport selon lequel 70% des Français admettent connaître des sentiments racistes.
Le jour même, le comité arabe des droits de l'Homme a appelé certains militants français des droits de l'Homme à les prévenir du danger. Il régnait parfois une tranquillité artificielle, comme si la France, 'le pays de la déclaration des droits de l'Homme', ne pouvait devenir victime du SIDA ou du racisme. Peu après, un sondage spécial révélait que 60% des Français estiment que la population d'origine étrangère est [trop] importante [en France] (…)" [3]
Tariq Ramadan: L'unité de la France et de la République n'est qu'un mythe (…)
L'intellectuel islamique européen Tariq Ramadan a demandé de ne pas mêler religion et émeutes: "Actuellement [en France], il est clair que certains groupes ne s'intéressent qu'à la destruction et à la violence arbitraire. Mais ce n'est pas tout. [D'autres] éléments sous-tendent cette vague de violence. La conviction de la prédominance des motifs religieux nous fait perdre de vue les motifs socio-économiques en créant deux domaines distincts: les banlieues d'un côté et les riches quartiers bourgeois [de l'autre].
Au sujet de la gestion du problème, Ramadan a dit: "Ma position est claire. Il faut rétablir la sécurité et l'ordre, parce que la violence n'est pas une réponse, et qu'il est clair que ces gangs devront payer (…) Nous avons besoin d'un Jean Jaurès moderne: il a dit que le problème religieux devait être mis de côté pour permettre de se focaliser sur le problème social. L'unité de la France et de la République n'est qu'un mythe aux niveaux social et économique. Le problème n'est pas la laïcité. Les déclarations de Nicolas Sarkozy [sur la "racaille"] sont absolument inacceptables: nous ne pouvons défendre une partie de la France en humiliant l'autre." [4]
Dans un article publié sur le premier site islamique français www.oumma.com, Ramadan a comparé le système d'intégration français au système britannique: "Le modèle français n’est pas meilleur ni moins bon que le modèle anglais." Selon lui, alors que la discrimination en Angleterre se base sur des considérations ethniques, elle se base en France sur "le porte-monnaie". Pour Ramadan, il faut combattre le phénomène du racisme et de la formation des ghettos par l’enseignement, qui doit aussi s’intéresser à la culture des populations immigrées: "(…) les programmes scolaires en disent très peu sur les histoires et les traditions de ceux qui composent les sociétés d’aujourd’hui. Si l’enseignement officiel ne reconnaît pas la contribution passée des parents, il sera difficile de faire croire que l’on respecte leurs enfants." Selon Tariq Ramadan, "les exigences, légitimes, des citoyens musulmans de France et de Grande-Bretagne ne sont pas entendues" et "leur violence, usant de moyens illégitimes, est une réaction malheureusement compréhensible"[5]
Al-Qaradhawi: Nous souhaitons sécurité, paix et tranquillité à la France, d'autant plus que ses positions sont justes et raisonnablement indépendantes de celles des Etats-Unis.
Dans une déclaration faite à l'Agence de nouvelles du Qatar, le cheikh Youssef Al-Qaradhawi a regretté l'existence d'émeutes en France, appelant les musulmans de France à réagir sagement à la situation: "Nous sommes profondément attristés de ce que les émeutiers soient allés jusqu'à incendier des voitures et des installations publiques, portant atteinte aux intérêts de la France et de son peuple (…) En tant qu'Arabes et musulmans, nous souhaitons à la France et à son peuple amical sécurité, paix et tranquillité, d'autant plus que les positions de la France sur les questions arabes et musulmanes ont la caractéristique d'être justes et honnêtes, et sont relativement indépendantes de celles des Etats-Unis."
Al-Qaradhawi a appelé les communautés musulmanes de France à l'apaisement. Il a aussi appelé le gouvernement français à ne pas se focaliser uniquement sur l'aspect sécuritaire de la situation, mais à la consulter les guides religieux et politiques des communautés [musulmanes] afin de trouver le moyen de résoudre ces problèmes et de s'atteler aux véritables causes de la déchéance dont souffrent les communautés [musulmanes] de France aux niveaux culturel, social, éducatif et économique.[6]
L'ancien ministre koweïtien de l'Education: Les Français d'origine arabe doivent en finir avec la mentalité de ghetto pour participer à la civilisation française
L'ancien ministre koweïtien de l'Education Ahmad Al-Rabii écrit dans Al-Sharq Al-Awsat: "Nous pouvons trouver des justifications à la colère accumulée et éprouver de la compréhension face aux conséquences de la politique de racisme et de marginalisation des minorités [de France]. Mais cela ne doit pas empêcher les leaders de la communauté arabe de dialoguer entre eux avant de dialoguer avec l'autre, de débattre de la crise intérieure de la communauté [arabe] avant de discuter de la crise dans la société française.
Les Français d'origine arabe n'ont pas intérêt à la destruction et à la violence: celles-ci n'amélioreront pas leur sort. Au contraire, elles alimentent l'idéologie raciste hostile aux minorités, mettent de l'eau au moulin de la politique [raciste du gouvernement français] et retardent l'intégration des ['minorités'] à la société française.
L'anarchie règne au sein de la communauté arabe, ce que les récents événements ont bien montré. Aucune autorité n'est capable de diriger et de ramener le calme. Il n'y a pas d'institutions civiles capables de façonner et de motiver l'opinion des minorités. Les Français d'origine arabe n'ont pas réussi à s'organiser au niveau culturel et à profiter des avantages de la société française qui leur auraient permis de jouer un plus grand rôle [dans la société] et d'affaiblir la politique des racistes extrémistes.
Cette minorité doit s'interroger sur le fossé qui existe entre sa taille [importante] et ses accomplissements dans les sphères politique, économique, culturelle et universitaire.
Les Français d'origine arabe doivent se comporter comme des citoyens français et prouver au reste de la population française qu'ils sont une partie essentielle de la société française. Cela revient à dire qu'ils doivent connaître des succès, faire tout leur possible pour améliorer leurs moyens de subsistance et leur éducation, se battre contre ceux [chez eux] qui causent du tort à la minorité arabe par des comportements dévoyés qui nuisent à l'image du Français d'origine arabe, et se débarrasser de la mentalité de ghetto pour devenir partie intégrante de la civilisation française (…)"[7]
Un chroniqueur saoudien: "Le problème ne se trouve pas avec le gouvernement français, mais avec les immigrés arabes"
Le chroniqueur Dr Ali Saad Al-Moussa écrit dans le quotidien saoudien gouvernemental Al-Watan: "Les incendies de Paris ont aussi mis le feu à l'accumulation de problèmes liés à l'immigration arabe. L'Arabe ne peut pas vivre en harmonie avec une culture qui n'est pas la sienne, pour une raison très simple: aujourd'hui, les Arabes tournent sur eux-mêmes en retrait de la culture mondiale (…) Quel que soit le degré d'enracinement de l'immigré dans ce nouveau pays, il ne peut aspirer à une complète égalité avec ceux qui y sont nés. Les immigrés arabes arrivés [en France] par vagues successives ne le comprennent pas et ne l'acceptent pas, bien que la France soit le meilleur pays pour les immigrés (…)
Quiconque se contente d’incriminer le gouvernement français de la grave situation dans laquelle se trouvent ces banlieues parisiennes se trompe. Les Arabes vivent un conflit culturel avec l'autre, de sorte que chacun se replie sur sa propre communauté, ce qui fait que les banlieues acquièrent le caractère de leur culture mère. [Les immigrés français d'origine arabe] portent dans leurs bagages leur héritage, leur culture, leurs coutumes et leur conduite (…)
L'apparence des rues, les portes, les écoles et le niveau des services [dans les banlieues de Paris] nous ramènent aux villes du Maroc, qui n'ont pas changé depuis des siècles. Le respect pour le gouvernement [français] est quasi-inexistant. L'immigration nécessite une prédisposition mentale: pourquoi ceux parmi nous qui aspirent à émigrer vers un monde différent le rabaisseraient-ils en employant les termes les plus odieux dès leur arrivée ?"[8]
Les événements prouvent que les idées occidentales n'amélioreront pas le Moyen-Orient
Dans un article paru dans le quotidien koweïtien Al-Siyassa, intitulé "La liberté, l'égalité et la fraternité ne sont pas pour tous", le chroniqueur Dr Khaled Awid Al-Jinfawi écrit: "Cette incapacité évidente qu'ont certaines sociétés immigrées des pays occidentaux à s'intégrer nous éclaire encore une fois sur le succès relatif de nombreux concepts progressistes, tels que ceux de 'liberté, égalité et fraternité des hommes' (…) au Moyen-Orient.
Si les idéaux d'égalité, de justice, de démocratie, de droits de l'homme et de fraternité qui ont émergé en Occident pour être adoptés par la Révolutionfrançaise à la fin du 18èmesiècle n'ont pas su éradiquer la pauvreté et l'inégalité et ont même accentué la marginalité des communautés [immigrées], les privant de leurs droits et de nombreuses occasions dans les domaines de l'économie, de l'éducation et du développement, comment donc ces idées (…) pourraient-elles améliorer le sort des personnes au Moyen-Orient ? (…)" [9]
Selon la fatwa de l'UOIF (l'Union des organisations islamiques de France), l'islam n'autorise pas ces émeutes
Le 6 novembre 2005, le bureau des fatwas de l'UOIF a émis une fatwa défendant de participer aux émeutes, affirmant que celles-ci sont "interdites par la religion". La fatwa dit: "La religion musulmane considère que le besoin des uns n’abolit pas les droits des autres. Ainsi le besoin d’exprimer sa détresse ou son malaise n’annule pas le droit des innocents qui ont vu leurs voitures et commerces brûler (…) L'agression est interdite par l'islam selon le verset [Coran 2:190]: 'et ne transgressez point car Allah n’aime pas les transgresseurs' (…) Ceci est aussi soutenu par la Sunna du Messager d'Allah et bénéficie du consensus de nombreuses écoles de jurisprudence (…) Il est formellement interdit à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divines de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peuvent attenter à la vie d’autrui."
Le cheikh Ahmad Jab Allah, membre du bureau des fatwas et du Conseil européen pour la fatwa et la recherche, a confié à www.islamonline.net: "Cette fatwa était nécessaire pour semer le trouble et est un message à l'attention des Français", afin qu'ils sachent que l'islam n'a rien à voir avec les événements. Il poursuit: "Le rôle des institutions islamiques est de clarifier leur position face aux événements. Notre responsabilité en tant que musulmans français est de mettre en place un cadre pour les jeunes musulmans et d'éviter qu'ils ne soient poussés à recourir à des moyens illégitimes pour défendre leurs droits (…) Nous aspirons à distribuer cette fatwa dans les institutions, les mosquées, là où les incendies font rage, vu que de nombreux imams ne savent plus quoi faire face à l'agitation. Ainsi, cette fatwa a pour but de les aider à adopter la bonne position face aux émeutes."[10]
Le principal site islamiste français www.oumma.com
a affiché un avis différent dans un article intitulé: "La fatwa
hallucinante de l'UOIF", affirmant que cette fatwa accrédite "l’idée
selon laquelle les motivations des 'casseurs' s’expliqueraient par leur
islamité supposée: ils sont délinquants, parce qu’ils sont avant tout
musulmans". Oumma.com estime que cette fatwa renforce les préjugés
contre les musulmans et que par elle, l'UOIF "se transforme en auxiliaire
sécuritaire du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy." [11]
[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 7 novembre 2005.
[2] Jomhouri-ye Eslami (Iran), le 8 novembre 2005.
[3] Al-Siyassa (Kuwait), le 8 novembre 2005.
[4] Al-Sharq Al-Awsat (London), le 9 novembre 2005.
[5] http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1763, le 8 novembre 2005.
[6] Qatar news agency (Qatar), le 7 novembre 2005.
[7] Al-Sharq Al-Awsat (London), le 8 novembre 2005.
[8] Al-Watan (Saudi Arabia), le 8 novembre 2005.
[9] Al-Siyassa (Kuwait), le 8 novembre 2005.
[10] http://www.islamonline.net/Arabic/news/2005-11/07/article02.shtml
[11] http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1759, le 7 novembre 2005.
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Volume IV, Numéro 210 Vendredi, 18 novembre 2005
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
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Un vent glacial balaie le boulevard René-Lévesque à l’angle de la rue Peel. Au pied d’une tour à bureaux, de grandes bannières noires à gros lettrage blanc claquent au vent. Une trentaine d’individus, certains accotés aux parois du gratte-ciel, brandissent des pancartes. D’autres distribuent des feuilles volantes aux passants qui sont étonnamment nombreux à s’arrêter dans leur course le temps de prendre les feuillets et faire un brin de conversation pour ensuite traverser la rue Peel où un autre groupe, considérablement plus petit, leur fera revivre la même scène. Quittant les passants des yeux, un homme d’une quarantaine d’années m’aborde, non sans affabilité, et me demande: «Saviez-vous qu’Israël est une société d’apartheid en expansion coloniale?»
Nous sommes vendredi midi à l’entrée de l’édifice abritant le Consulat général d’Israël à Montréal. Depuis cinq ans, c’est-à-dire, depuis que l’Autorité palestinienne a déclenché une guérilla terroriste en guise de réponse aux propositions israéliennes de résolution de conflit faites à Camp David II, des militants pro-palestiniens y tiennent chaque vendredi une vigile.
«La Palestine est une prison», «Mettons fin à l’apartheid israélien», «Le mur de la honte doit tomber», «Arrêtons le nettoyage ethnique des Palestiniens». Les slogans sont aussi familiers que creux. Ce sont les mêmes que scandent de Montréal à Sydney les sympathisants de la cause palestinienne, passant sous silence l’emprise des islamistes suicidaires et du culte de la mort sur la société palestinienne qui a rendu nécessaires des mesures de sécurité, certes dures, mais inévitables, pour protéger la population civile israélienne des attentats suicides et des francs-tireurs télécommandés depuis Gaza, Ramallah, Tul Karem, Damas et Téhéran.
«Israël n’est menacé par aucun de ses voisins», m’explique un militant pour lequel les intérêts sécuritaires d’Israël ne seraient qu’un prétexte à l"expansion coloniale" d’un petit pays qui depuis 1967 offre aux nations voisines en échange de leur reconnaissance de l’État hébreu et d’un accord de paix le retour de territoires conquis au cours de guerres d’autodéfense. Ni le but avoué des islamistes palestiniens, ni le consensus palestinien et encore moins les ambitions nucléaires de la République islamique d’Iran qui convergent tous sur la fondation d’un État palestinien sur les ruines d’Israël ne perturbent mon interlocuteur : tout cela ne serait que «désinformation». «L’Iran», m’apprend-il, « développe sa bombe nucléaire dans une optique de défense et non d’agression». S’il est encore heureux qu’il ne qualifie pas de «désinformation» les évidentes ambitions nucléaires de la République islamique d’Iran, ce militant autodéclaré de la paix et des droits de la personne ne voit aucune ironie à rationaliser le développement d’une bombe nucléaire par un régime fondé sur l’objectif dystopique de l’expansion et de la domination de l’islam à l’échelle planétaire et dont le dossier humanitaire est bien plus catastrophique que celui d’Israël.
Le principal organisateur de cette vigile pro-palestinienne est un groupe fondé par un Juif montréalais, Bruce Katz, et Rezeq Faraj, un Canadien d’origine palestinienne, appelé Palestiniens et Juifs unis (PAJU). Depuis sa fondation, PAJU jouit d’un rayonnement médiatique important grâce à la complaisance de plusieurs médias qui dépeignent le groupe comme de braves colombes juives en rupture avec une communauté de faucons... Certains de ses membres ont même eu le privilège de faire leur pèlerinage en compagnie de la CSQ à la muqata de cet autre parangon de la paix, l’Égyptien qui se fit Palestinien, Yasser Arafat.
Plus palestinien que le Hamas qui avait accueilli le retrait israélien de Gaza comme une « victoire », le PAJU estime que ce retrait fera de Gaza une « prison à ciel ouvert ». Il appuie en outre le prétendu droit de retour en Israël des descendants des réfugiés arabes de la guerre pan-arabe de 1948 contre l’État d’Israël naissant, un euphémisme pour la solution dite d’un seul État, à savoir, le démantèlement d’Israël.
Les textes distribués par le PAJU aux passants ont pour but principal de détourner l’attention du rejectionnisme, des demandes maximalistes et du terrorisme palestiniens. Pour cela, le PAJU fait principalement appel à des sources nominalement juives qui s’acharnent à déshumaniser Israël en le « sudafricanisant », voire en le nazifiant: Norman Finkelstein, (The Holocaust Industry, Beyond Chutzpa), des groupuscules « humanitaires» de l’extrême-gauche antisioniste israélienne et des journalistes peu consciencieux tels qu’Amira Hass (Ha’aretz), trouvée coupable d’avoir inventé de toutes pièces pour un article des actes de mutilation de cadavres Palestiniens par des Juifs de Judée et qui ces jours-ci décrit malhonnêtement des routes réservées par mesure de sécurité aux citoyens israéliens (fussent-ils juifs, musulmans ou chrétiens) comme des routes réservées aux « Juifs seulement ».
En face, aux abords du Square Dorchester, un drapeau d’Israël, tenu à bout de bras par un grand gaillard, flotte au vent. À ses côtés, une femme tient, elle, une pancarte: «Dénonçons la violence palestinienne». Derrière elle, deux douzaines de pancartes jonchées sur le sol qui n’ont pas trouvé preneurs: «Israël, 57 ans de démocratie», «Oui à la paix, non au terrorisme». À quelques mètres d’eux, à l’intersection, un homme distribue des feuilles volantes aux passants.
Jean-Marie Gélinas, président d’Amitiés Québec-Israël, Yoram Danan et Renée sont les seuls contre-manifestants à s’être déplacés aujourd’hui. Ils forment, avec Martin Frankland, Edmond Silber, David Pariser et Julia, les piliers des vigiles pro-israéliennes amorcées il y a trois ans, à une époque où les attentats terroristes en Israël étaient quotidiens et multiples.
Avec le soutien du bureau montréalais du B’nai Brith qui leur fournit le matériel pour la conception des pancartes et la reproduction de feuilles volantes, ce petit groupe dévoué vient chaque vendredi, beau temps, mauvais temps, contrer la propagande toxique pro-palestinienne. Or leurs rangs se sont tellement réduits que lorsque je leur ai fait part de ce projet de reportage, Renée m’a répondu : « Venez cette semaine pendant que nous y sommes encore. Je ne sais pas combien de temps encore nous serons là ».
En effet, la mobilisation des amis d’Israël est décevante. Avant que ne commence en 2002 l’opération anti-terroriste israélienne nommée «bouclier défensif» et que ne chute sensiblement le nombre d’attentats suicide en Israël, la vigile pouvait réunir une soixantaine de personnes. À l’époque, les rabbins mobilisaient leurs congrégations et les professeurs d’écoles juives leurs élèves, tandis qu’accouraient à la vigile des représentants de diverses dénominations chrétiennes. Or depuis que la situation sécuritaire s’est grandement améliorée - en partie grâce au prétendu «mur de l’apartheid» - et que la campagne de lynchage systématique d’Israël dans les médias s’est essoufflée, la plupart des amis d’Israël à Montréal semblent moins éprouver le besoin de manifester leur solidarité avec l’unique démocratie moyen-orientale, constatent Jean-Marie Gélinas et Renée.
Ce contre quoi s’élèvent énergiquement les derniers participants de la vigile. Pour eux, assister à cette vigile dépasse le simple soutien à Israël. « Les accusations non fondées que le PAJU diffuse au sujet d’Israël nuisent non seulement à Israël », opinent-ils, mais incitent à la haine des Juifs ici même, à Montréal et au Québec. Nous avons pu constater ce phénomène très souvent par la réaction des passants ». Passants qui au gré de l’actualité moyen-orientale et du contenu plus ou moins incendiaire des feuillets distribués par le PAJU, se montrent soit réceptifs à la perspective israélienne en temps de calme relatif, soit catégoriquement agressifs en temps de répression anti-terroriste. Il arrrive cependant, comme j’en fus témoin ce midi-là, que des passants se joignent un moment au groupe et prennent une pancarte.
« Notre but », explique Yoram Danan, « est de promouvoir une paix réelle et juste en combattant la propagande mensongère du PAJU qui encourage l’extrémisme palestinien et attise ainsi la violence sous couvert de soi-disant promouvoir la paix entre Juifs et Palestiniens » Et d’ajouter Martin Frankland : « La vérité étant pour moi essentielle, je tiens à manifester mon soutien à cette cause juste qu’est celle d’Israël. Appuyer Israël (raisonnablement) est aussi la seule façon décente de défendre les intérêts des Arabes palestiniens ».
En outre, ces ultimes manifestants déplorent la nonchalance des Montréalais - juifs et non juifs- devant la montée du terrorisme et de l’extrémisme islamique dans le monde. « L’islamisme» , explique Martin Frankland, constitue une menace sécuritaire et surtout idéologique pour la planète entière, pas seulement pour Israël. Il serait naïf de penser, comme la France, qu’on peut s’en protéger en se positionnant contre l’État hébreu ».
Tandis que le PAJU et d’autres groupes semblables multiplient leurs activités antisionistes copieusement documentées dans la presse, le groupe estime que la communauté juive serait bien avisée de s’ouvrir davantage à ses concitoyens et de combattre plus activement la désinformation dont elle se plaint à juste titre par un plus grand appui à la vigile et à l’organisation de présentations du point de vue israélien dans les cégeps, les universités, les ONG locales et autres espaces publics.
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Volume IV, Numéro 209 Vendredi, 11 novembre 2005
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr@isranet.org
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"Pourquoi
Paris brûle-t-il ?"
Amir Taheri
New York Post, 4 novembre
2005
Quand la nuit tombe, les « incidents » commencent -- et le scénario est toujours le même.
Des bandes de jeunes en passe-montagne commencent par mettre le feu à des voitures en stationnement, ils cassent les vitres des devantures à coups de battes de base-ball, ils vandalisent les cabines téléphoniques et mettent à sac les cinémas, les bibliothèques et les écoles. Quand la police arrive sur les lieux, les émeutiers les attaquent à coups de pierres, de couteaux, de battes de base-ball.
La police réagit en tirant des grenades lacrymogènes et, à l'occasion, des coups de feu à blanc en l'air. Parfois les jeunes ripostent -- avec de vraies balles.
Ce ne sont pas des scènes venues de la bande de Gaza, mais de 20 villes françaises, la plupart proches de Paris, plongées dans une version européenne de l'intifada qui semble incontrôlable au moment où j'écris ces lignes.
Les incidents ont commencé il y a une semaine à Clichy-sous-Bois, une banlieue défavorisée à l'est de Paris. Nicolas Sarkozy, le tonitruant ministre de l'Intérieur français, a réagi en envoyant plus de 400 policiers lourdement armés pour "imposer les lois de la République" et a promis d'écraser les "racailles et autres hooligans" le jour même. Il n'a cependant pas fallut longtemps pour que ceux qui ne se mettent pas la tête dans le sable comprennent qu'il ne s'agissait pas d'une "explosion d'éléments criminels" qui pourrait être traitée par un mélange de rond de manche et de matraques.
Le lundi suivant tout le monde à Paris parlait d'une "crise sans précédents". Sarkozy et son patron, le premier ministre Dominique de Villepin, se sont vus obligés d'annuler leurs voyages à l'étranger pour accorder toute leur attention aux émeutes.
Comment tout cela a-t-il commencé ? On s'accorde à dire que, la semaine dernière, un groupe de jeunes gens de Clichy se sont adonnés à un de leurs sports favoris : voler des pièces détachées sur les voitures en stationnement.
Normalement, rien de dramatique ne se serait passé, car cela fait des années que la police ne met plus les pieds dans cette banlieue.
Le problème est survenu quand une habitante, quidam témoin d'un de ces vols, pris son téléphone pour signaler à la police qu'une joyeuse razzia se déroulait sous ses yeux juste en face de chez elle. La police s'est donc vue contrainte à faire quelque chose -- ce qui voulait dire pénétrer dans une ville qui leur avait été interdite depuis longtemps.
Pour ces jeunes -- qui avaient régné sur Clichy pendant des années sans être inquiétés --, l'arrivée de la police sur les lieux représentait une véritable provocation. Une brève poursuite eut lieu dans la rue, et deux jeunes, que la police ne pourchassait même pas, cherchèrent refuge dans l'enceinte d'un transformateur électrique dont l'accès était barré par une clôture. Tous deux furent [mortellement] électrocutés.
Une fois répandue la nouvelle de leurs morts, tout Clichy était aux armes.
Aux cris de "Allah Akbar", des bandes de jeunes armés de tout ce qu'ils avaient pu trouver entamèrent un saccage généralisé et mirent la police en fuite.
Les autorités françaises, ne pouvait permettre qu'une bande de jeunes chasse la police d'une portion du territoire français. La riposte ne se fit pas attendre - on envoya les CRS en camions blindés et avec des instructions d'extrême fermeté.
En quelques heures, la raison première des incidents était déjà oubliée et la querelle pris la forme de l'exigence par les représentants des émeutiers que la police française se retire des "territoires occupés". Dès le milieu de la semaine, les émeutes s'étaient étendues à trois des départements de la périphérie parisienne comportant 5.5 millions d'habitants.
Qui sont les gens qui habitent les zones concernées ? A Clichy même, plus de 80% des habitants sont des immigrés musulmans originaire principalement d'Afrique Noire et d'Afrique Arabe. Dans les autres villes touchées, la communauté musulmane immigrée représente entre 30 à 60% de la population. Mais ce ne sont pas les seuls chiffres à prendre en compte. Le taux de chômage moyen dans ces zones est estimé à environ 30%, et, pour ce qui est des jeunes en âge de travailler, il atteint 60%.
Dans ces villes de banlieue, construites dans les années 50 sur le modèle des logements sociaux soviétiques stalinien, les gens vivent entassés les uns sur les autres, parfois plusieurs générations dans le même appartement minuscule, et ne voient la "vraie vie française" qu'à la télévision.
Les Français aimaient se flatter du succès de leur politique d'intégration, supposée à même de transformer en une seule génération les immigrés du monde entier en "Français authentique".
Cette politique a fonctionné tant que les immigrants arrivaient en France au compte-gouttes et s'intégraient au courant dominant. Ce mécanisme ne peut fonctionner lorsque, comme dans la plupart des écoles des banlieues concernées, moins de 20% des élèves sont francophones de naissance.
La France a aussi perdu un autre puissant outil d'intégration : le service militaire obligatoire, aboli dans les années 1990.
Plus le nombre d'immigrés avec enfants augmente à un endroit donné, plus les résidents français de naissance le quittent pour des "endroits plus calmes", rendant ainsi l'intégration encore plus difficile.
Dans certains endroits, un immigré peut passer toute sa vie sans devoir parler le français - sans parler de se familiariser avec la culture française.
Le résultat est souvent l'exclusion. Ce qui permet aux islamistes radicaux de propager leurs idées de ségrégation religieuse et d'apartheid culturel.
Certains d'entre eux réclament même que les zones où les musulmans forment la majorité soient réorganisées sur le modèle du système du "millet" de l'empire ottoman : chaque communauté religieuse (millet) jouirait du droit d'organiser sa vie sociale, culturelle et éducative en accord avec ses croyances religieuses.
Dans certaines parties de la France, ce système est de facto déjà en place. Dans ces zones, toutes les femmes sont obligées de porter le "hidjab" islamiste standard et la plupart des hommes portent des barbes de la longueur prescrite par les cheiks.
Les radicaux sont parvenus à chasser les commerçants français qui vendaient des boissons alcoolisées et des produits à base de porc; ils ont contraint les "lieux de perdition" tels que dancings, cinémas et théâtres à fermer; et ils ont pris le contrôle d'une bonne part des administrations locales.
Un reporter qui a passé le week-end dernier à Clichy et dans les villes voisines de Bondy, Aulnay-sous-Bois et Bobigny a entendu cet unique message récurrent : les Autorités Françaises n'ont rien à faire ici.
"Tout ce que nous exigeons, c'est qu'on nous laisse tranquilles", déclare Mouloud Dahmani, un des "émirs" locaux engagé dans des négociations visant à persuader les Français de retirer les forces de police et à permettre à un comité de cheiks, pour la plupart issus des "Frères Musulmans", de négocier la fin des hostilités.
Le président Jacques Chirac et son premier ministre de Villepin sont particulièrement ulcérés car ils avaient cru que leur opposition au renversement de Saddam Hussein en 2003 aurait pourvu la France d'une image héroïque au sein de la communauté musulmane.
Cette illusion est désormais en morceaux -- et l'administration Chirac, qui traversait déjà une crise politique profonde, semble n'avoir pas la moindre idée de la manière de désamorcer ce que le quotidien parisien France-Soir appelle "une bombe à retardement".
Il est maintenant clair qu'une portion substantielle des musulmans de France non seulement refuse l'intégration à une "culture française supérieure", mais en outre croit dur comme fer que c'est l'Islam qui offre la plus haut degré de culture auquel tout le monde devrait aspiré.
Quelle est la solution ? L'une d'entre elles, proposée par Gilles Kepel, conseiller de Chirac aux affaires islamiques, est la création d'une "nouvelle Andalousie" dans laquelle Chrétiens et Musulmans vivraient côte à côte et coopéreraient afin de créer une nouvelle synthèse culturelle.
Le problème avec la vision de Kepel c'est qu'elle fait l'impasse sur le problème important du pouvoir politique. Qui dirigera cette nouvelle Andalousie : les Musulmans ou les Français largement laïques ?
La politique française redevient tout à coup très intéressante bien que ce soit pour les pires des raisons.
Traduction CID
(Amir Taheri publie la revue française Politique Internationale)
Fragile
Jordanie
Serge
Truffaut
Le Devoir, vendredi 11 novembre 2005
Alliée aussi solide que fidèle des États-Unis dans la guerre au terrorisme, la Jordanie vient d'être frappée par une série d'attentats revendiqués par l'un de ses fils, Moussab al-Zarqaoui, chef d'al-Qaïda en Irak. Royaume fragile et aux maigres ressources, la Jordanie est condamnée à relever des défis imposants. Déclinons.
De
tous les pays de la région, la Jordanie représente aux yeux des dirigeants
d'al-Qaïda la figure du vilain . Cette conviction découle d'une série de
facteurs dont les plus importants à retenir sont les suivants : le pays
est un allié vital pour les États-Unis depuis 1970, depuis les événements de
septembre noir, la reconnaissance de l'État d'Israël en 1994 et enfin le
soutien officiel à la guerre contre Saddam Hussein. Dans la hiérarchie des
raisons ayant persuadé al-Qaïda de saigner la capitale Amman, la dernière
arrive évidemment en tête de liste.
Depuis le début de l'offensive menée par la coalition anglo-américaine, au-delà
de 400 000 Irakiens ont plié bagage pour s'installer en Jordanie. Parmi
eux, on compte un certain nombre d'anciens bonzes du parti Baas, dont d'ex-cadres
de l'armée qui participent directement ou indirectement à l'insurrection qui
se poursuit en Irak. La très grande majorité d'entre eux, c'est à souligner,
sont des sunnites révulsés par l'accession au pouvoir des chiites. Dans leur
exil, ils ont trouvé des alliés au sein de la majorité sunnite jordanienne également
révoltés par l'ascension des chiites.
Dans la foulée du conflit irakien, Amman est devenu à bien des égards la
capitale bis de l'Irak. C'est dans cette ville que se rencontrent des diplomates
s'occupant du dossier irakien, des animateurs d'ONG et surtout bien des acteurs
du développement économique et de la scène politique. De fait, beaucoup de
congrès et de colloques consacrés à l'Irak se déroulent dans les... hôtels
d'Amman. D'où le tir groupé visant ces lieux.
À
ces variables et faits, il faut ajouter autre chose. Au début de la présente
année, le roi Abdallah a lancé le pays sur la voie des réformes. Intitulé
The National Agenda, le plan conçu doit transformer la Jordanie au cours des
dix prochaines années. Mais voilà, l'articulation du plan en question a été
confiée à des notables du pays, à des proches du roi. Aucun représentant
de l'opposition, aucun technocrate, aucun porte-parole des classes pauvres et
moyennes n'ont participé à ces travaux. En un mot, la mécanique employée
pour confectionner le tout ne fut pas très, très démocratique.
Toujours
est-il que le résultat, ou plus exactement les mesures prises dans la foulée
de ce plan et celles annoncées ont particulièrement heurté les tenants des
traditions tribales ou claniques et beaucoup de sunnites. Les premiers parce
qu'ils ne veulent pas perdre, en tout ou en partie, leurs pouvoirs, les
seconds parce qu'on envisage une réforme du système électoral afin que les
réfugiés palestiniens et leurs descendants disposent d'une représentation
égale à leur poids démographique.
Ce
National Agenda a mis en lumière un paradoxe. Il a été organisé à la
suite de pressions de la rue jordanienne provoquées par l'organisation d'élections
dans les territoires palestiniens et en Irak. On voulait donc que le vent de
la démocratisation souffle dans les environs d'Amman. Seulement voilà, on
s'est attelé à cela sans trop accorder à l'élaboration de cette vaste réforme
le soin démocratique, pour ce qui est de la représentation des groupes qui
composent la société jordanienne, qu'oblige pourtant cet exercice. Dommage.
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Volume IV, Numéro 208 Vendredi, 04 novembre 2005
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
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Lettre:
Une réponse
à
Monsieur Gérard Étienne
Jean-Marie
Gélinas
Amitiés Québec-Israël
...Je trouve malheureux qu'un organisme comme le vôtre publie une lettre comme celle de Monsieur Gérard Étienne qui véhicule des informations et des préjugés erronés sur le peuple québécois qui ne sont pas conformes du tout à la vérité historique. En toute amitiés, je tiens à vous le souligner.
Ce monsieur ignore complètement non seulement l'origine des Québécois, mais leur histoire et celle du Canada aussi. Pour ce qui est de l'influence du Chanoine Lionel Groulx sur les Québécois, elle était surtout reliée au despotisme de l'époque que l'Église catholique exerçait sur l’ensemble de la population francophone du Québec, la privant ainsi de sa liberté de conscience. Cette influence de l'Église, comme nous le constatons aujourd'hui est disparue depuis la révolution tranquille des années 1960. Aujourd'hui, on casse du bois sur le dos du peuple Québécois, essayant de lui faire endosser une responsabilité historique qu'il na jamais eue, dans le but, j'imagine, de faire oublier ceux qui étaient les véritables responsables de la politique antisémite au Canada et au Québec.Le Canada a eu deux Premiers ministres qui ont adhéré à la doctrine nazie. Le Premier ministre du Canada, Richard Bedford Bennett, qui possédait une richesse considérable en 1929, a financé avec des fortes sommes d'argent les trois journaux d'Adrien Arcand, lesquels deviendront au Québec, à partir des années 1930, des véhicules de propagande antisémite. Adrien Arcand était un nazi notoire et un fédéraliste enragé, un adversaire déterminé de Lionel Groulx et des nationalistes québécois, qu'il considérait comme des ennemis à combattre.
L'autre Premier ministre du Canada pro-nazi était William Lyon Mackenzie King, qui a été celui qui a exercé le pouvoir le plus longtemps : vingt et un ans ! Et au Canada anglais, il est considéré comme le plus grand d'entre eux. Ce qu'on sait moins, c'est qu'il était un adepte du spiritisme et un antisémite. Il avait une grande admiration pour le régime nazi et son chef Hitler.
La description de la politique canadienne d'immigration en ce qui concerne les Juifs, pour la période 1935-1945, se fonde sur l'ouvrage décisif quant à cette question, «Nome Is To Many», de Irving Abella et Harold Troper.
Les Britanniques et les Américains (États Unis) avaient comme politique d'immigration la préférence aux Européens du Nord. Au bas de l'échelle, figuraient les Juifs, les Asiatiques et les Noirs : on ne voulait pas d'immigrants qui appartenaient à «des races qui ne peuvent être assimilées sans des pertes sociales et économiques pour le Canada». Selon Abella et Troper, tous les immigrants étaient évalués « by their degree of similar racial characteristics to the Anglo-Canadian majority».
La ligne éditoriale du Globe était qu'il fallait maintenir comme majorité au Canada la race britannique. (Lita-Rose Bercheman, op. ct., p.133)
L'homme qui était chargé de mettre en application cette politique d'immigration raciste au Canada, s'appelait Frederick Charles Blair. Né en 1874 à Carliste en Ontario de parents écossais, Blair était un baptiste antisémite. Il fut nommé directeur des Services d'Immigration canadiens en 1935 par le Premier ministre Bennett. Il était convaincu que le Canada était en danger de se voir submergé par les Juifs, et que sa mission était d'en endiguer le flot. Selon son expression, il ne voulait pas que le Canada devienne «the dumping ground for 800 000 Jewish refugees». Il estimait que «les Juifs ne peuvent pas être traités comme une nation ou un groupe religieux, mais seulement comme une race». L'intérêt du Canada de l'époque était d'empêcher les Juifs d'entrer au Canada, et d'encourager Hitler à trouver une solution nationale à son problème juif. Sous l'autorité du Premier ministre Mackenzie King, c'est cet homme Frederick Charles Blair qui définira la politique canadienne d'immigration jusqu'en 1943. Le Gouvernement du Québec, n'avait aucun pouvoir et contrôle sur le politique d'immigration du pays.
C'est Frederick Charles Blair, qui refusa l'entrée au Canada des 907 juifs qui s'étaient embarqués le 15 mai 1939 à bord du luxueux paquebot Saint-Louis qui avait quitté Hambourg, en Allemagne. Aux suppliques de compassion de Canadiens d'origine juive, le Premier ministre du Canada, Mackenzie King se déclare « catégoriquement opposé à l'admission des passagers du Saint-Louis», affirmant qu'il ne s'agit pas là d'un problème canadien.
Le clergé anglican, toujours selon Davies et Nefsky entretenait lui aussi des idées antisémites. L’évêque A.C. Headlam, président du Conseil anglican des relations étrangères, condamnait la violence contre les Juifs, tout en rendant ces derniers responsables de la violence des communistes russes et, en accusant les libres-penseurs juifs d'utiliser le judaïsme pour diffamer le christianisme. Tout autant que les membres de l'Église Unie, les anglicans croyaient que la conversion au christianisme était le remède ultime à l'antisémitisme.
Comme si ce n'était déjà pas suffisamment odieux comme ça, une fois la guerre déclarée, la conduite malveillante des fonctionnaires fédéraux canadiens envers les Juifs deviendra encore plus abjecte. Quelque deux milles Juifs allemands résidants au Canada sont alors considérés comme des étrangers ennemis et internés dans les mêmes camps que les prisonniers de guerres SS et les sympathisants nazis.
La guerre 1939-45 terminée, c'est le Canada et l'Argentine qui accueillent le plus de criminels nazis comme réfugiés.
Jean-Marie Gélinas, Président
Amitiés Québec-Israël
Le sionisme et Israël : quelle légalité
internationale ?
Frédéric Encel
Atlantis Institute,11 Novembre 2005
L'une des principales critiques existentielles formulées à l’encontre d’Israël, ou de l’idéal sioniste qui l’a engendré, porte sur un déficit de légitimité juridique, autrement dit de légalité aux yeux du droit international tel qu’il est défini dans son acception contemporaine. Quelques éléments objectifs fondent pourtant pour les Israéliens – au-delà des aspects moraux, politiques ou historiques – cette légalité.
En premier lieu, nul texte de droit international ne fonde l’aspiration d’un peuple en particulier à se percevoir comme une nation ayant droit à la souveraineté sur un territoire représenté comme le sien. Les Etats français, chinois, cubain, libyen, seraient aujourd’hui bien en peine – ainsi que l’Autorité palestinienne du reste – de démontrer la validité de la prétention des peuples qu’ils encadrent respectivement à se percevoir comme des peuples dotés d’un droit historique sui generis. Qui a « accordé » aux Français le droit de se représenter comme un peuple et, partant, de bâtir un Etat fondé sur ce principe primordial ? Qui a « accordé » aux Palestiniens le droit de s’affirmer « peuple » ? Ainsi posée, la question n’a naturellement aucun sens. Elle n’en a guère davantage appliquée à Israël. Une nation est avant tout une représentation ou, dans l’acception d’Ernest Renan, « une âme, un principe spirituel ».
Qui a « accordé » aux Français le droit de se représenter comme un peuple et, partant, de bâtir un Etat fondé sur ce principe primordial ? Qui a « accordé » aux Palestiniens le droit de s’affirmer « peuple » ? Ainsi posée, la question n’a naturellement aucun sens. Elle n’en a guère davantage appliquée à Israël
En second lieu, il convient de noter que la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917, selon laquelle « le gouvernement de sa Majesté [britannique] envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif », offre une reconnaissance officielle valant légitimité. Les détracteurs du sionisme objectent que ce texte n’émanait pas alors d’un organisme international reconnu comme représentatif des nations, et qu’il n’évoquait qu’un « foyer national » (homeland) et non un Etat, Etat que – par ailleurs – la puissance mandataire britannique n’accordera jamais au mouvement sioniste. Exacts, ces deux faits n’en constituent pourtant pas aux yeux des Israéliens des arguments fondés, pour les raisons suivantes : d’abord ni la Société des Nations (SDN) ni l’ONU n’existaient alors ; elles seront respectivement fondées en 1919 et 1945. En 1917, sauf pour des conventions ratifiées par certains Etats dans quelques domaines (droit de la guerre notamment), et une Cour pénale internationale au poids tout à fait marginal, on ne peut réellement parler de communauté internationale régie par un droit spécifique. Or les puissances signataires du traité de San Remo d’avril 1920 intègrent à leurs conclusions cette déclaration Balfour, conclusions entérinées par l’article 95 du traité de Sèvres signé quatre mois plus tard.
En troisième lieu, et là réside précisément le socle de légitimité fondamentale du sionisme, l’Article 2 du Chapitre Premier de la Charte des Nations Unies dispose que parmi les buts et les principes de celle-ci, il s’agit de « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ». Si les (ou un certain nombre de) Juifs constituent un peuple, la cause est entendue. Quant à la localisation géographique précise qui doit correspondre à ce peuple, qui pourrait s’arroger le droit d’en décider à la place du peuple intéressé ? A cet égard, c’est l’ONU qui décide très officiellement de cette localisation géographique de l’Etat du peuple juif. Le plan de partage onusien du 29 novembre 1947, adopté de manière régulière (vote à la majorité qualifiée des deux tiers) et conforme à la lettre et à l’esprit de la Charte des Nations-Unies, entre un Etat juif, un Etat arabe, et un corpus separatum pour la zone Jérusalem-Bethléem, fonde en droit international la légitimité de l’Etat juif de Palestine, lequel sera baptisé en mai 1948 « Etat d’Israël » par l’Exécutif de l’Organisation sioniste mondiale (OSM). Une légitimité d’autant moins contestable que l’OSM accepte alors sans réserve la résolution onusienne n° 181 qui entérine le plan de partage, a contrario des Etats de la Ligue arabe et du mufti de Jérusalem Hadj Amine el-Husseini, lequel ne bénéficie d’aucune représentativité politique reconnue. Surtout, l’ONU admet officiellement et définitivement en son sein l’Etat d’Israël, le 11 mai 1949.
Enfin, si l’Assemblée générale des Nations-Unies adopta bien la résolution 3379, non contraignante et votée le 10 novembre 1975 (majorité arabo-africano-soviétique), assimilant le sionisme à une forme de racisme, cette résolution fut purement et simplement annulée par une autre résolution de même nature adoptée le 16 décembre 1991, immédiatement après la chute de l’empire soviétique. A ce jour, nul texte s’inscrivant dans le droit international ne mentionne donc le sionisme de manière dévalorisante ou négative, de quelque manière que ce soit, et seuls quelques rares Etats ne reconnaissent toujours pas Israël.
Reconnaître la qualité essentielle et valorisante de peuple à toute population et refuser ce droit fondamental aux Juifs, ne serait-ce pas faire œuvre de ségrégation ?
Au fond, la question fondamentale est la suivante : si Français, Camerounais, Laotiens, Luxembourgeois et autres Palestiniens sont admis comme des peuples – dotés donc collectivement de droits moraux, juridiques, politiques, nationaux précis – que les Juifs ne le seraient-ils pas, avec des droits nationaux identiques sur un espace incontestablement ancestral ? Reconnaître la qualité essentielle et valorisante de peuple à toute population – même numériquement fort réduite et/ou dépourvue de conscience nationale – et refuser ce droit fondamental aux Juifs – du moins à ceux qui souhaitent se représenter comme membres d’un peuple – ne serait-ce pas faire œuvre de ségrégation ?
Ici, s’attarder sur les condition et détails du plan de partage de la Palestine en deux Etats n’est peut-être pas inutile. En juillet 1922, la puissance mandataire britannique procède à un découpage arbitraire et unilatéral de la Palestine : la Transjordanie (outre-Jourdain), 74% de la Palestine mandataire, est offerte à l’Emir hachémite Abdallah, fils du shérif de La Mecque allié contre les Turcs en 1916-18. Sur le territoire restant, l’antagonisme sans cesse plus profond et meurtrier entre Arabes et Juifs en Palestine, dans les années 1920-30, pousse la puissance mandataire à suggérer un premier plan de partage de la zone en 1937 ; suivant les conclusions de la Commission royale présidée par Lord Robert Peel sur la Palestine, Londres envisage la création d’un micro-Etat juif d’environ 5 000 km², le reste (24 000 km²) revenant à la Transjordanie. Accepté par l’Exécutif sioniste, le plan est rejeté par les notables et les chancelleries arabes ; l’Irak craint par exemple un accroissement de puissance de son voisin transjordanien.
Le second plan, britannique également, émane de la Commission John Woodhead qui suggère trois découpages territoriaux considérés comme impraticables sur le terrain par le gouvernement et l’état-major. Enfin l’aggravation des tensions judéo-arabes suivant la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1945-47 – ainsi que les pressions croissantes des opinions publiques britannique (du fait du coût de l’occupation) et américaine (à cause de l’ampleur de la Shoah) – contraignent Londres à confier le dossier à une commission onusienne, l’United Nations Special Commitee on Palestine (UNSCOP), laquelle remet son rapport le 31 août 1947. Le 29 novembre, celle-ci l’adopte donc par la majorité requise des deux tiers ; majorité atteinte après d’intenses tractations auprès de modestes Etats latino-américains, Etats-Unis et Union soviétique d’une part, Etats arabo-musulmans d’autre part. En définitive, 33 Etats votent en faveur du plan de partage, contre 13 contre et 10 abstentions.
Le plan de partition de 1947 est accepté par l'Organisation sioniste mondiale, tandis que le haut Comité arabe palestinien ainsi que toutes les capitales arabes le rejettent
Le plan de partition prévoit trois zones distinctes : un Etat juif comprenant la plaine côtière de Ashdod à Saint Jean d’Accre, la Galilée orientale, et l’essentiel du désert du Néguev ; un Etat arabe incluant la majeure partie de la Galilée, la Cisjordanie augmentée, la bande de Gaza et une partie nord-ouest du Néguev ; enfin un corpus separatum internationalisé sur Jérusalem et Bethléem. Une fois encore, l’Organiation sioniste mondiale (OSM) accepte officiellement le plan, tandis que le haut Comité arabe [palestinien], le Mufti de Jérusalem Hadj Amine el-Husseini, ainsi que toutes les capitales arabes le rejettent. Londres indique que ses troupes quitteront définitivement et unilatéralement la Palestine le 15 mai 1948.
L’Organisation sioniste mondiale (OSM), par la voix de son exécutif, accepte immédiatement la résolution 181 entérinant le plan de partage, cependant que tous les Etats de la Ligue arabe la rejettent. De fait, la résolution ne sera jamais appliquée : entre le 14 et le 15 mai, Ben Gourion proclame l’Indépendance, les armées arabes envahissent l’Etat juif naissant, et l’armée britannique se retire. La guerre israélo-arabe qui s’ensuit modifie considérablement le tracé du plan de partage onusien, et efface l’Etat arabe de Palestine au profit de la Transjordanie et, dans une moindre mesure, d’Israël et de l’Egypte. En décembre 1948, une commission de conciliation est mise sur pied par l’ONU – qui comprend notamment les Etats-Unis, la France et la Turquie – avec pour objectif de faire appliquer la résolution 181 aux belligérants israélien et arabes. Ses travaux se concluent finalement par un échec.
Cette guerre d’Indépendance d’Israël, ou première guerre israélo-arabe (mai 1948-mars 1949), modifiera considérablement les limites et la nature de certaines des zones établies par l’ONU ; Jérusalem est ainsi coupée en deux secteurs nationaux, israélien et transjordanien, tandis que l’Egypte, Israël et surtout la Transjordanie prennent définitivement possession des territoires dévolus originellement à l’Etat arabe de Palestine.
En conclusion, si l'on peut très légitimement critiquer tel aspect de la démarche sioniste puis des différentes politiques gouvernementales israéliennes depuis 1948, on ne peut sans tomber dans l'outrance dénoncer son illégalité en droit international.
(Frédéric Encel, docteur en géopolitique, est Fellow à l'Atlantis Institute)
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