Communiqué Isranet
juin 2005
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume IV, Numéro 190 • vendredi, le 30 juin 2005

Le grand simulacre
Barry Rubin
Jerusalem Post, 27 Juin 2005

La situation actuelle d’Israël et des négociations israélo-palestiniennes mérite d’être qualifiée de bizarre, à bon droit. Pour comprendre les évènements à venir, on doit décrire très exactement où nous en sommes aujourd’hui.

  • Il est dans l'intérêt de pratiquement tout le monde de faire semblant de croire qu’il y a une véritable chance d’aboutir à un accord de paix, et que de ce fait il y un progrès. En réalité on est dans l’impasse, avec un noyau dirigeant palestinie bien incapable de contribuer à l’élaboration d’un traité qui mette fin conflit.
  • La stratégie de Mahmoud Abbas consiste à rechercher la conciliation avec ses adversaires radicaux plutôt qu’à remplir ses engagements et faire la paix avec Israël. Il recherche la conciliation avec ses compagnons des hautes sphères du Fatah, les bandes armées des Brigades des Martyrs d'Al-aqsa, du Hamas et du Jihad islamique. Pour éviter de les contrarier, il n'a absolument pas l’intention de confisquer leurs armes, de mettre un terme à l'incitation à la haine anti-israélienne, d’enterrer pour toujours l’objectif commun d’élimination d’Israël, ni d’exercer une pression trop forte pour mettre fin aux attaques contre Israël. Abbas ne mettra probablement pas en place un gouvernement stable dans la bande de Gaza après le retrait d’Israël. Il ne prendra aucune mesure radicale contre la corruption, les bandes armées, l’anarchie qui règne dans les villes palestiniennes, et il ne prendra pas le contrôle effectif des forces de sécurité.
  • Même si Abbas "gagne" les prochaines élections, le Hamas, les islamistes, les gauchistes et les militants du Fatah disposeront d’une minorité de blocage qui le dissuadera d’accomplir les étapes requises vers la paix, et de réaliser ses engagements.
  • Les choses vont mieux aujourd’hui que lors des quatre années précédentes parce que le terrorisme recule, mais cela n'annonce en rien une solution. Nous sommes encore dans une situation de « ni guerre, ni paix ». Cependant peu de gens comprennent cela en Occident et moins encore admettent que nous abordons une longue phase intermédiaire avant que puisse intervenir une véritable solution. La paix est aujourd’hui aussi lointaine qu’elle l’était en 1993.

Le gouvernement d’Israël se retirera de Gaza et maintiendra ensuite le terrorisme à un niveau "acceptable". Le redéploiement ne sera pas considéré comme un désastre en Israël, mais personne ne pourra dire qu’il a apporté des bénéfices importants.

Dans ce contexte, qu’en sera-t-il de la politique de l’Europe et des États-unis après le retrait de Gaza ? C’est regrettable, mais les gouvernements européens sont généralement indifférents aux impératifs de sécurité d’Israël et à ses intérêts nationaux : ils veulent seulement une "solution" conforme à leur intérêts, obtenue le plus rapidement possible. Ces intérêts consistent à faire du commerce à grande échelle avec les États arabes, à instaurer un climat plus calme dans le monde arabe pour réduire les flux d’immigrants musulmans chez eux, à marquer des points contre les États-unis, et à se poser comme les champions humanitaires des opprimés.

En conséquence, il semble probable qu’ils ne donneront rien à Israël pour les concessions énormes qu’il consent (bien que ces concessions aient été décidées unilatéralement). Ils seront vraisemblablement indifférents, en termes diplomatiques, au chaos à venir dans la bande de Gaza et à l’augmentation des tentatives d’attaques terroristes contre Israël. Ils ignoreront les insuffisances de Abbas et la non application de ses engagements, sauf à les utiliser pour exiger que les choses aillent plus rapidement. Ils interpréteront la feuille de route comme un plan pour créer aussi vite que possible un État palestinien dans les frontières de 1967.

La position souvent mal comprise des États-unis est tout à fait différente, mais elle a un point important en commun avec celle des Européens. C’est en effet dans l’intérêt des Américains de faire croire que le processus de paix est viable.

Les architectes de la politique américaine, qui croient que tout remplaçant de Abbas sera pire que lui, feront tout leur possible pour le dépeindre comme un modéré et l'aider à survivre. Quand Abbas ne remplit pas ses obligations, Washington peut le critiquer, mais il ne le punit pas. Washington s’efforcera d’établir de bonnes relations avec Israël et exercera sur lui une pression limitée, mais il lui demandera de donner davantage, même par petites quantités, sans recevoir beaucoup en échange.

Il n’est pas difficile de comprendre les motifs de l’administration Bush. Le gouvernement des États-unis veut montrer à l'Europe et à ses homologues arabes qu'il fait tout son possible pour résoudre le conflit. La vérité, c’est que l’absence de progrès est due à l'intransigeance palestinienne, au refus des États Arabes de donner un coup de main, et à la politique européenne qui les encourage.

Pour les États-unis, le principal problème de la région est de trouver une solution en Irak, de promouvoir la démocratie et de combattre le terrorisme. Les dirigeants américains veulent réduire au minimum l’effet de diversion du conflit israélo-arabe sur cette stratégie. En même temps ils comprennent qu’une solution définitive est inaccessible pour longtemps.

A l’opposé de l'Europe, les dirigeants américains ne sont pressés d’aboutir à la phase des négociations finales. Ils savent que Abbas ne peut pas tenir ses engagements et ils craignent qu’en essayant de parvenir à un accord de paix ils n’aboutissent à un blocage total, comme en 2000, où Yasser Arafat rejeta les propositions de Camp David et le plan de Clinton. Leur but est donc de donner une apparence de progrès dans le contexte d'une étape de transition.

Ainsi, les Européens et les Américains demanderont à Israël, dans quatre ou cinq mois quelle sera sa prochaine concession, même si Abbas se dispense de poursuivre les terroristes, de les désarmer, et de les affronter énergiquement. Israël devra proposer quelque chose qui n'est pas trop préjudiciable à ses impératifs de sécurité. La seule chose qui puisse changer ce scénario, ce serait l’effondrement du régime de Abbas, le retour du Hamas à une politique agressive, ou la fin du cessez le feu suite à un grand nombre d'attaques palestiniennes.

Cette prévision n'est pas aussi pessimiste qu'il pourrait sembler. Dans la pratique, Israël ne sera pas l’objet de fortes pressions, même s’il est critiqué. La période de transition va se poursuivre, les succès des terroristes seront rares ; les relations israélo-américaines demeureront solides.

Les souffrances éprouvées par les Palestiniens resteront, pour une part écrasante, des souffrances qu’ils s’infligent à eux-mêmes. Et aussi longtemps qu'ils n'auront pas un gouvernement en mesure de mettre un terme à l’anarchie et au terrorisme et qui développe une véritable stratégie de paix, ils devront se contenter des chimères des média qui leurs sont favorables et des déclarations européennes qui n'ont aucun effet sur leur situation matérielle.

Traduction Jean-Pierre Bensimon.

(Barry Rubin est directeur du Global Research in International Affairs Center, et rédacteur en chef de la Middle East Review of International Affairs.)

Cible musulmane
Robert Spencer
FrontPageMagazine.com, 14 juin 2005

Oriana Fallaci a 75 ans. La célèbre journaliste vit cachée, en raison des menaces de mort dont elle a été l'objet après la publication de son livre, paru en 2001, La rage et l'orgueil [1]. Elle est atteinte d'un cancer qui lui laisse peu de temps à vivre. Et voici qu'elle va être mise en jugement pour "diffamation de l'Islam".

A l'origine de la plainte, Adel Smith, président de l'Union Musulmane d'Italie, qui n'a jamais été accusé de diffamation du Christianisme pour avoir dit du crucifix que c'était un "cadavre en miniature", lorsqu'il s'efforçait, en 2003, de faire enlever des écoles les représentations du Christ en croix (1). Il s'est acquis une réputation de drôle de type pour avoir exigé que les Chrétiens répudient les aspects de leur foi qui offensent sa sensibilité islamique. C'est ainsi qu'il a appelé à la destruction de la fresque de Jean de Modène, "Le Jugement dernier", qui se trouve dans la cathédrale du XIVe siècle de San Petronio, à Bologne (Italie), parce que ce joyau inestimable de la Chrétienté médiévale représente le Prophète Mohammed en enfer (2). Mais c'est dans le procès intenté au pape Jean-Paul II et au cardinal Joseph Ratzinger - aujourd'hui pape -, qu'A. Smith a atteint le record du manque de sérieux : il les accusait d'offense envers l'Islam, pour avoir exprimé leurs opinions, au demeurant banales s'agissant de dignitaires chrétiens, selon lesquelles le Christianisme est unique et supérieur aux autres religions, y compris l'Islam (3).

Son nouveau procès contre Fallaci est au moins aussi peu sérieux, mais Smith a réussi à trouver un juge qui accepte d'entrer dans le jeu. Le juge Armando Graislamophosso, de la ville italienne de Bergame, a statué, lors d'une audience préliminaire, que le dernier livre de Fallaci, La Forza della Ragione - La force de la raison -, contenait 18 affirmations «nettement blessantes pour l'Islam et les Musulmans», et que, en conséquence, il devait faire l'objet d'un examen (4). Le juge se basait sur une liste établie par Smith, qui se plaignait de ce que Fallaci ait «répandu la haine de l'Islam et des Musulmans, en déformant les faits historiques établis pour en inventer d'autres, mentir et diffamer les Musulmans du monde entier» (5). La décision de Grasso a fait jubiler Smith : «C'est la première fois qu'un juge ordonne l'ouverture d'une procédure pour diffamation envers la foi islamique. Mais il ne s'agit pas seulement de diffamation. Nous aimerions également que (le tribunal) reconnaisse que c'est une incitation à la haine religieuse.» (6).

Le ministre italien de la justice, Roberto Castelli, n'a pas apprécié la décision de Grasso. «En Europe», a-t-il déclaré, «nous assistons à l'émergence d'un mouvement qui cherche à réduire au silence ceux qui ne s'alignent pas sur une seule tendance, selon laquelle il est interdit de dire du mal de l'Islam. Le livre de Fallaci contient une très forte critique de l'Islam, mais pas de diffamation.» (7).

Le procès devra recourir à une batterie d'historiens : plusieurs des dix-huit propos offensants de Fallaci sont tout simplement des assertions historiques. S'ils s'avéraient faux, Smith aurait matière à plaider, quoique, dans une société libre, il serait préférable de fournir des preuves de leur fausseté, plutôt que de se précipiter vers les tribunaux pour faire taire Fallaci. Bien entendu, les organisations islamiques occidentales n'ont pas hésité à s'opposer à des descriptions exactes de l'Islam, qu'elles trouvent inopportunes. En mars dernier, le Conseil des Relations Américano-Islamiques (CAIR) a mené une campagne, qui a été couronnée de succès, pour contraindre la National Review à faire retirer de la vente par son service littéraire un livre [qualifié de] «violemment islamophobe», intitulé "La vie et la religion de Mohammed", de J. L. Menezes. CAIR reproche au livre sa description négative de Mohammed, le Prophète de l'Islam, présenté comme un guerrier sanguinaire et dissolu. Pourtant, durant toute la campagne, CAIR a eu la sagesse de ne jamais affirmer que le livre contient quoi que ce soit de faux - car ce n'est pas le cas (8). L'intention de sa campagne, comme de celle de Smith, pourrait avoir été de faire taire les voix qui mettent en exergue le rôle joué par l'Islam dans la croissance du terrorisme mondial à l'époque moderne. Mais Smith est allé plus loin que CAIR en prétendant que Fallaci «déforme les faits historiques et en invente d'autres», et qu'«elle ment». Si ce procès aboutissait à ce qu'un tribunal établisse que Fallaci n'a dit que la vérité, ce serait un excellent résultat.

Il ne sera pas inutile de passer en revue les 18 outrages, tels que spécifiés dans la plainte déposée par Smith, pour voir à quel point le procès qu'il intente est tortueux et dépourvu de substance.

1. Fallaci affirme que, quand les combattants du djihad occupaient l'Abbaye de Montecassino (Italie), en 883, «les Musulmans s'amusaient à sacrifier, chaque nuit, la virginité d'une nonne. Devinez où ! Sur l'autel de la cathédrale» (9). Je n'ai pas été en mesure de trouver une indication historique qui corrobore cela, dans le délai qui m'était imparti pour la rédaction de cet article ; Fallaci, qui n'est pas une historienne, n'équipe pas son travail de notes. Toutefois, c'est un fait bien établi que les envahisseurs djihadistes mirent à sac et brûlèrent l'Abbaye et tuèrent son Abbé, Saint Bertarius.

Se seraient-ils arrêtés brusquement sans violer des nonnes, ni désécrer l'autel de la cathédrale ? La loi islamique suggère autre chose. Le Coran permet aux Musulmans d'avoir des relations sexuelles avec leurs épouses et les femmes non mariées qui sont leurs esclaves : «Vous sont interdites… les femmes mariées, sauf celles qui vous appartiennent en tant qu'esclaves» (Sourate 4 :23-24). Les jeunes femmes esclaves sont considérées comme ayant été les épouses des hommes massacrés au combat par les guerriers du djihad. Le recueil légal islamique ‘Umdat al-Salik, agréé par l'Université Al-Azhar, l'autorité la plus respectée de l'Islam sunnite, stipule : «Quand un enfant ou une femme sont faits captifs, ils deviennent des esclaves du fait de leur capture, et le mariage antérieur est automatiquement annulé» (10). Pourquoi ? Parce qu'ainsi ces femmes peuvent devenir les concubines de leurs vainqueurs.

C'est le Prophète Mohammed qui est à l'origine de cette législation. Après un combat victorieux, il déclara à ses hommes : «Prenez toutes les femmes comme esclaves.» Il en prit une également. Une tradition islamique bien établie rapporte que «le Prophète, attaqua à l'improviste les Bani Mustaliq, sans avertissement préalable, alors que, inconscients du danger, ils abreuvaient leur bétail dans des points d'eau. Leurs guerriers furent tués et leurs femmes et leurs enfants réduits en esclavage ; ce jour-là, le Prophète prit Juwairiya». Juwairiya bint [fille de] Amr devint la septième épouse du Prophète.

Il fit de même après son massacre notoire de la tribu juive des Kurayzah [2]. Selon son plus ancien biographe, Ibn Ishaq, Mohammed «se rendit au marché de Médine (qui est encore, aujourd'hui, le marché de cette ville) et y fit creuser des tranchées. Puis il envoya chercher [les hommes de la tribu des Banu Qurayza], et les fit décapiter dans ces tranchées, à mesure qu'on les lui amenait, groupe par groupe». Après avoir tué «600 à 700 hommes - certains avancent les chiffres de 800 à 900», le Prophète de l'Islam prit pour autre concubine une femme qu'il venait juste de réduire au veuvage, Rayhana bint Amr (12). Il n'existe pas de tradition faisant état du consentement de Juwairiya, ni de celui de Rayhana.

Selon une tradition islamique généralement acceptée, quand les hommes de Mohammed sortirent victorieux d'une autre bataille ils lui soumirent une question d'éthique : «Nous avons pris des femmes en esclavage et nous voulons pratiquer le ‘azl [coitus interruptus] dans nos rapports avec elles». Mohammed leur dit : «Il vaut mieux que vous ne fassiez pas cela, car Allah a écrit qu'il créera jusqu'au Jour de la Résurrection» (13). En disant «Il vaut mieux que vous ne fassiez pas cela», il faisait allusion au coït interrompu, et non au viol des esclaves. Il considérait la chose comme allant de soi.

Il y a de nombreuses preuves de ce que les Musulmans se comportaient de cette manière, même quand il s'agissait de nonnes. Quand des djihadistes conquirent Thessalonique, en 904, à peine plus de vingt ans après le sac de Montecassino, un témoin oculaire rapporta que «des nonnes, pétrifiées de peur, échevelées, tentèrent de fuir, et tombèrent par milliers aux mains des barbares, qui tuèrent les plus âgées et envoyèrent les plus jeunes et les plus belles en captivité et au déshonneur. Les Sarrasins massacrèrent aussi les infortunées qui avaient cherché refuge dans les églises» (14). Et, comme le note l'historien Steven Runciman, quand les descendants et les héritiers spirituels de ces djihadistes envahirent Constantinople, le 29 mai 1453, «quelques-unes des jeunes nonnes préférèrent le martyre au déshonneur et se jetèrent dans des puits, où elles moururent» (15). Il ne semble pas évident que ces religieuses aient lu de la propagande bassement islamophobe, ni la vie du Prophète.

Pour ce qui est des assertions de Fallaci concernant les autels [sur lesquels des nonnes auraient été violées], le récit de Runciman suggère que de tels faits se sont produits dans des églises de la Constantinople vaincue, en notant, en termes prudes, qu'«il y eut des scènes d'indécence dans les églises» (16).

2. J'ignore les sources de Fallaci concernant son assertion, selon laquelle, à Constantinople, en 1453, les Musulmans «décapitaient même des nouveaux-nés, et éteignaient les chandelles avec leurs petites têtes.» Runciman ne mentionne pas le fait que le conquérant Mehmet peut difficilement être considéré comme un défenseur énergique des droits des enfants : «On dit que Mehmet lui-même envoya quatre cents enfants grecs en présent à chacun des trois principaux potentats musulmans de l'époque, le sultan d'Egypte, le roi de Tunis et celui de Grenade» (17). Soit Smith n'est pas choqué à l'idée que Mehmet aurait tué des enfants et même des bébés - selon Runciman, les conquérants «tuèrent tous ceux qu'ils trouvèrent dans les rues, hommes, femmes, enfants, sans discrimination» (18) ; soit le problème de Smith par rapport à ce qu'écrit Fallaci est que les Musulmans aient traité les cadavres de manière aussi barbare. Dans ce cas, ce n'est pas Fallaci qu'il devrait attaquer en justice, mais les érudits musulmans et les porte-parole qui ont justifié la mutilation des cadavres à Falludjah, en 2004 (19).

3. Fallaci a aussi déclenché l'ire de Smith pour avoir affirmé que «Le Coran voit, avant tout, la femme comme un utérus qui met au monde». Pourtant, le Coran compare la femme à un champ (terre de labour), dont l'homme use selon son bon plaisir : «Vos femmes sont pour vous une terre (à cultiver), allez donc à votre terre comme vous le désirez.» (2:223). Le Prophète Mohammed ajoutait que «si une femme passe une nuit hors du lit de son époux (ne couche pas avec lui), les anges lancent leurs malédictions contre elle jusqu'à ce qu'elle revienne (à son époux)», et «le droit qu'obtient l'homme sur la femme est qu'elle ne doit pas se refuser à lui, même s'ils sont sur le dos d'un chameau et qu'il essaie de la prendre» (20). Cela sonne difficilement comme une approbation de l'égalité entre femmes et hommes en matière de dignité.

4. Fallaci affirme : «...le rêve que les fils d'Allah ont entretenu durant des années, [est] de faire exploser la Tour de Giotto, celle de Pise, ou la coupole de Saint Pierre, ou la Tour Eiffel, ou l'Abbaye de Westminster, ou la cathédrale de Cologne, et ainsi de suite…» Ce point de la plainte de Smith semble fondé sur l'oubli que l'attentat du 11 septembre [2001] ait jamais eu lieu. A l'évidence, Smith escompte que les responsables politiques italiens oublieront également les nombreux terroristes djihadistes arrêtés en Europe - notamment les djihadistes algériens qui ont été arrêtés, en février, avant qu'ils aient pu mener à bien leur projet de faire sauter la Tour Eiffel (21).

5. «L'abattage halal [rituel] est barbare», affirme Fallaci, critiquant du même coup les lois juives de l'abattage rituel. Si de telles opinions sont taxées de «discours de haine», je m'attends à ce que les militants de PETA [3] soient pourchassés et mis en prison.

6. En France, dit Fallaci, «le racisme islamique, qui est la haine des chiens-d'infidèles, règne en maître et n'est jamais l'objet de poursuites judiciaires, jamais puni. Ainsi, les Musulmans déclarent ouvertement : "Nous devons profiter de l'espace démocratique que la France nous offre, nous devons exploiter la démocratie, c'est-à-dire nous en servir pour occuper du territoire." Ainsi, un nombre non négligeable d'entre eux affirment : "En Europe, le point de vue nazi n'était pas compris. Ou pas par tous. Il étair considéré comme un vecteur de folie homicide, alors qu'en réalité, Hitler fut un grand homme."».

Voyons, quel Musulman dirait une telle chose en France ? Hum. Peut-être Rabah Zehani, qui, à Lyon, jetait des pierres à ses voisins juifs en criant : «Sales Juifs, Hitler n'a pas fini le boulot !» Ou bien les écoliers musulmans qui gribouillèrent "Mort aux Juifs !" sur les murs de leur école, dans la périphérie de Paris (22).

7. Fallaci : Les Musulmans estiment que «la biologie est une science indécente, parce qu'elle s'occupe du corps humain et du sexe». Ici encore, Smith semble avoir des difficultés avec les défis qui découlent de la vie dans une société libre. De telles accusations ont été émises à l'encontre la Chrétienté, durant des années, et aucune n'a entraîné des poursuites judiciaires.

8. Fallaci : «Nous devrons nous soumettre au joug d'une foi qui… au lieu d'amour répand la haine, et au lieu de la liberté, l'esclavage». Ici, à nouveau, la plainte de Smith s'effondre au contact des faits. Le Coran dit aux Musulmans de ne pas aimer leurs ennemis, mais d'être "miséricordieux l'un envers l'autre" et "impitoyable envers les incroyants" (48:29). Al-Muhajiroun, célèbre groupe djihadiste de Grande-Bretagne - aujourd'hui dissous -, organisa, en 2004, un séminaire intitulé «L'obligation d'inciter à la haine religieuse» (23). Ou encore, comme me l'a écrit récemment un jeune Musulman : "Je vous hais pour l'amour d'Allah et je fais du'a [c'est-à-dire, je prie] pour votre destruction" (24).

Et l'esclavage ? Aujourd'hui pratiqué uniquement dans les pays musulmans (spécialement au Soudan et en Mauritanie), où il est justifié sur des bases islamiques, il est considéré comme allant de soi par le Coran.

9. Fallaci se plaint d'une Droite et d'une Gauche… qui (en Italie) sont, l'une et l'autre, du côté de l'ennemi (l'Islam)». Le problème de Smith, à ce propos, est-il que l'Islam soit appelé l'ennemi ? L'origine de cette définition est à chercher chez des guerriers, tel Osama bin Laden, qui a déclaré la guerre à l'Occident dans les années 1990, et non chez Fallaci.

10. Fallaci : «Les exigences des Islamistes concernant les programmes scolaires impliquent que, dans les cours de littérature, nous ne serons pas autorisés à inclure, par exemple, le Divine Comédie [de Dante]… ni le Cantique des Créatures, ni les chants religieux d'Alessandra Manzoni…» De la part d'un homme qui a demandé la destruction de la fresque de Modène à Bologne, c'est un curieux élément de plainte.

11. Fallaci dédaigne «…la disgracieuse lamentation du muezzin…» Aujourd'hui, même les questions de goût doivent être soumises à la police de la pensée.

12. Fallaci: Au cours des 20 dernières années, des terroristes ont tué six mille personnes, «à la gloire du Coran. En obéissance à ses versets». Smith sait-il que, dans un sermon prononcé en 2003, Osama bin Laden a loué Allah pour le Verset de l'Epée (Coran 9:5) (25). Ou que Abu Musab al-Zarqawi a publié une défense détaillée de ses actes, basée sur le Coran et sur la tradition islamique ? (26). Ou que des djihadistes font des recrues dans le monde entier, parmi les Musulmans, en se référant au Coran, et en se présentant comme des interprètes d'un "Islam pur" ? (27).

13. Fallaci: «Notre Jésus de Nazareth… ils l'ont mis dans leur Danna, où il mange comme Trimalchion [4], boit comme un pochard, copule comme un maniaque sexuel». "Danna" ou jannah, est le Paradis islamique, où la nourriture, la boisson et les femmes abondent, en effet (cf. Coran 13:35, 44:54, 47:15, etc.). Du fait que Jésus est considéré comme un prophète de l'Islam, on considère qu'il est au Paradis. La description que fait Fallaci de ce Paradis est péjorative, mais indéniablement exacte.

14. Fallaci: «le Droit féodal, révoltant, réactionnaire et borné, ne se trouve aujourd'hui qu'en Islam. Il est l'Islam». Smith proteste contre cette vision des choses, et pourtant, il ne semble pas qu'il ait trouvé à redire à la défense de la lapidation des adultères, publiée par Hani Ramadan dans un magazine parisien (28).

15. Fallaci condamne «la mutilation que les Musulmans imposent aux petites filles pour les empêcher de tirer du plaisir de l'acte sexuel quand elles seront adultes. C'est une castration féminine pratiquée par les Musulmans dans vingt-huit pays de l'Afrique islamique, et qui est responsable de la mort de deux millions d'êtres humains chaque année, par septicémie ou hémorragie…» Smith s'imagine-t-il nous faire croire que Fallaci a inventé cela ? Alors que le parlement norvégien, confronté à l'évidence sans cesse croissante de cette pratique, vient juste d'introduire, cette semaine, une législation qui rend obligatoires des examens pour mutilations génitales féminines (29).

16. Fallaci: Les Italiens, résignés à leur islamisation et complètement laïcisés, «ne s'offensent pas quand des immigrants musulmans urinent sur leurs monuments ou souillent les sacristies de leurs églises, ou jettent leurs crucifix par la fenêtre d'un hôpital». Ils ne seront pas en mesure de les faire jeter hors des écoles - Adel Smith en a acquis la certitude. Mais des choses de ce genre se produisent-elles ? Certainement - et les Italiens les accueillent avec indifférence, en effet. L'année dernière, une école de Rome a même mis au placard sa représentation annuelle de Noël, au profit du "Petit Chaperon rouge", pour éviter de choquer les Musulmans (30). Pour mieux vous manger [5], bien sûr.

17. Fallaci: «L'Islam est un étang. Et un étang est une cuvette d'eau stagnante… Il n'est jamais purifié… Il se pollue facilement, comme un trou destiné à abreuver un bétail de peu de valeur. L'étang n'aime pas la vie : il aime la mort…» Peut-être Smith devrait-il orienter sa plainte contre Maulana Inyadullah, de Al-Qaeda, qui affirmait avec morgue, peu de temps après le 11 septembre : «Les Américains aiment le Pepsi-Cola, nous, nous aimons la mort» (31).

18. Fallaci: «En dépit des massacres par lesquels les fils d'Allah nous ont ensanglantés et se sont eux-mêmes couverts de sang durant plus de trente ans, la guerre que l'Islam a déclarée à l'Occident… est une guerre de culture… ils nous tuent pour nous soumettre. Pour nous intimider… Leur but n'est pas de remplir les cimetières. Ni de détruire nos gratte-ciel… Il est de détruire notre âme et nos idées. Nos sentiments et nos rêves.

Smith espère sans doute que nous n'avons jamais entendu parler du Sheikh Muhammad bin Abd Al-Rahman Al-‘Arifi, Imam de l'Académie de la Défense du roi Fahd, qui déclarait récemment : «…Nous dominerons la terre du Vatican ; nous dominerons Rome et y introduirons l'Islam. Oui, les chrétiens qui ont gravé des croix sur la poitrine de musulmans […] devront nous payer la djiziya [taxe payée par les non-musulmans sous tutelle musulmane], dans l'humiliation, ou ils devront se convertir à l'islam…» (32) [6]. Smith est certain que la majorité des Occidentaux n'entendront jamais parler de l'influent Sheikh Yusef Al-Qaradawi, loué comme réformiste par l'universitaire dhimmi, John Esposito (33). Qaradawi a écrit que «l'Islam reviendra en Europe en conquérant et en vainqueur, après en avoir été expulsé à deux reprises […] J'affirme que la conquête, cette fois, ne se fera pas par l'épée, mais par la prédication et l'idéologie…» (34) [7]

Fallaci demeure méfiante : «Ce n'est pas moi que vise ce procès. Il n'est pas non plus instruit par un juge en mal de publicité. C'est un procès qui vise à créer un Précédent, le Cas Fallaci. Je ne condescendrai pas à l'honorer de ma présence. Cette action judiciaire est inacceptable, impardonnable. Déformer la pensée d'une personne, épingler un mot par ci, un autre par là, coudre le tout ensemble avec des points de suspension, c'est arbitraire. Illicite. Illégal. Contraire à toute décence morale et intellectuelle. C'est une honte !» (35).

Au cours d'un exposé, à Washington, en 2002, Fallaci a déclaré : «La haine envers l'Occident augmente comme un incendie attisé par le vent. La confrontation entre eux et nous n'est pas militaire. Elle est culturelle, religieuse, et le pire est encore à venir.» Le procès qui lui est intenté n'est qu'un signe avant-coureur de ce terrible dénouement [8].

Merci à Menahem Macina et debriefing.org pour la traduction française.

(Robert Spencer dirige Jihad Watch.)

-------------------

Notes de l'auteur

(1) "Italian Judge Bans Crucifix From School", Associated Press, 27 octobre 2003.
(2) "Paper: Italian Church Attack Plotted", Associated Press, 23 juin 2002.
(3) "Muslim Activist Sues Pope, Cardinal", Associated Press, 29 février 2004.
(4) "Fallaci To Go On Trial For Defaming Islam", AGI, 24 mai 2005.
(5) Ibid.
(6) "Italian Author To Face Charges Of Defaming Islam", Reuters, 25 mai 2005.
(7) Ibid.
(8) Robert Spencer, "CAIR's War on National Review", FrontPageMagazine.com, March 30, 2005.
(9) Traductions du matériau contenu dans la plainte, par Chris Newman, "The 18 things you can't say about Muslims in Italy", sur le Blog de Dagger In Hand, 26 mai 2005.
(10) Nuh Ha Mim Keller, éditeur et traducteur, Reliance of the Traveller ('Umdat al-Salik), Amana Publications, 1994.
(11) Sahih Bukhari, vol. 3, livre 46, no. 717.
(12) Ibn Ishaq, The Life of Muhammad, traduction de A. Guillaume, Oxford University Press, 1955, p. 464.
(13) Sahih Bukhari, vol. 5, livre 59, no. 459.
(14) O. Tafrali, Thessalonique - Des Origines au XVIe siècle, pp. 151-154, cité d'après Andrew G. Bostom, "Jihad Killings of POWs and Non-Combatants", FrontPageMagazine.com, 9 septembre 2004.
(15) Steven Runciman, The Fall of Constantinople - 1453, Cambridge University Press, 1965, p. 147.
(16) Runciman, p. 148.
(17) Runciman, p. 151.
(18) Runciman, p. 145.
(19) See Jeff Jacoby, "Mutilation of victims and Muslim law", Boston Globe, 13 juin 2004.
(20) Abu Hamid al-Ghazzali, Ihya' ulum al-din (Cairo, n.d.), 4:747. Cité dans Hamdun Dagher, The Position of Women in Islam, Light of Life, 1997.
(21) "Officials: Militants Targeted Eiffel Tower", Associated Press, 16 février 2005.
(22) "Holocaust Lessons Meet Muslim Rebuff in France", Reuters, 20 janvier 2005.
(23) "The obligation of inciting religious hatred", Dhimmi Watch, 15 mars 2004.
(24) "we make dua Allah allows your blood to spill over our hands", Jihad Watch, 31 mai 2005.
(25) Middle East Media Research Institute (MEMRI), "Bin Laden's Sermon for the Feast of the Sacrifice", MEMRI Special Dispatch No. 476, 5 mars 2003.
(26) "Zarqawi Statement May 20, 2005 Part 1", Jihad Unspun, 26 mai 2005.
(27) "Fears as young Muslims 'opt out'", BBC, 7 mars 2004.
(28) "Swiss Court Reinstates Muslim Teacher To His Job", IslamOnline, 4 avril 2004.
(29) "Doctors warn against child exam", Aftenposten, 3 juin 2005.
(30) "Furor Over Scrapping of Christmas Play", Reuters, 9 décembre 2004.
(31) David Brooks, "Among the Bourgeoisophobes: Why the Europeans and Arabs, each in their own way, hate America and Israel", The Weekly Standard, 15 avril 2002.
(32) Steven Stalinsky, "The Next Pope and Islamic Prophecy", FrontPageMagazine.com, 14 avril 2005.
(33) John L. Esposito, "Practice and Theory" Boston Review, avril/mai 2003.
(34) Stalinsky, "The Next Pope and Islamic Prophecy".
(35) "Fallaci: 'Processo non contro di me", Tgcom, 27 mai 2005. Traduction de Chris Newman, "Oriana's trial date set", sur le Blog de Dagger In Hand, 3 juin 2005.


---------------------

Notes du traducteur

[1] O. Fallaci a également écrit «La force de la raison», ouvrage analysé par Lorenzo Vidino, dans un article intitulé "Forceful Reason", mis en ligne le 4 mai 2004 dans National Review Online, et traduit en français par S. Pilczer, sous le titre "'Vigoureuse Raison' d'Oriana Fallaci", pour le site Objectif-info.com.

[2] Les Bnay Quraysh (ou Kuraish). Pour mémoire : En 628, Mohammed conclut une trêve avec les infidèles de sa tribu, les Bnay Kuraysh [qui étaient Juifs]. Il agit ainsi en raison de leur refus de se joindre à la communauté islamique, lorsqu'il réalisa qu'il ne pouvait les vaincre militairement. Deux ans plus tard, ayant consolidé son pouvoir, il attaqua la sainte Mecque, abattit les gens de son propre clan, et détruisit tous les symboles de leur culture païenne. Voir Un analyste israélien de l'Islam et de la politique arabe: Je crois Arafat.
[3] PETA est l'acronyme de People for the Ethic Treatment of Animals.

[4] Personnage truculent et épicurien du Satyricon, œuvre latine attribuée à Petrone.

[5] Allusion à la réponse du Loup déguisé en grand-mère à la question du Petit Chaperon Rouge : «Grand-mère pourquoi avez-vous de si grosses dents ?» - «C'est pour mieux te manger, mon enfant !»

[6] Voir Dépêche de MEMRI, n° 447, du 6 décembre 2002, traduite en français sur notre site, sous le titre "Des cheiks annoncent la conquête de Rome par l'islam", et "Rome, prochaine conquête de l'Islam".

[7] Voir Macina, "Eurabia, Qaradawi, Ramadan: la menace islamiste soft". Pour avoir une idée plus précise de la tactique de Al-Qaradawi, voici, dans son intégralité, le passage auquel l'auteur fait allusion:
« On posa au prophète Mahomet la question suivante : "Quelle ville sera conquise en premier, Constantinople ou Romiyya ? Il répondit : La ville d'Héraclès sera conquise en premier", c'est-à-dire Constantinople… Romiyya est la ville aujourd'hui appelée 'Rome', capitale italienne. La ville d'Héraclès [qui devint ensuite Constantinople] fut conquise en 1453 par Mohammed Ben Morad, jeune Ottoman de 23 ans, connu sous le nom de Mohammed le Conquérant. L'autre ville, Romiyya, reste [à conquérir], et nous espérons et croyons [qu'elle sera conquise] …. Cela signifie que l'islam retournera en Europe. L'islam est entré deux fois en Europe, et deux fois l'a quittée… Peut-être que la prochaine conquête, avec la volonté d'Allah, se fera par la prédication et l'idéologie. Toute terre n'est pas obligatoirement conquise par l'épée…. [La conquête de la Mecque] ne s'est pas faite par l'épée ou la guerre, mais par un traité [de Houdaybia] et par des moyens pacifiques… Peut-être allons-nous conquérir ces terres sans armées. Nous voulons qu'une armée de prédicateurs et d'enseignants présentent l'islam dans toutes les langues et tous les dialectes… Nous avons conquis Constantinople, mais la deuxième partie de la prophétie reste à accomplir - la conquête de Romiyya. Celle-ci implique le retour de l'islam en Europe… L'Europe [finira par] se rendre compte qu'elle souffre de sa culture matérialiste et se cherchera une solution de remplacement, une échappatoire, un canot de sauvetage ; elle ne trouvera rien qui puisse la sauver, si ce n'est le message de l'islam, le message du muezzin, qui lui transmettra la religion sans renier le monde, la conduira aux cieux sans la déraciner de la terre. Avec la volonté d'Allah, l'islam retournera en Europe, et les Européens se convertiront à l'islam. Ils seront ensuite à même de propager l'islam dans le monde, mieux que nous, les anciens musulmans. Tout cela est possible pour Allah. »

[8] L'audience préliminaire de ce procès a été fixée au 12 juin 2006.

Top of the Page

Volume IV, Numéro 189 • vendredi, le 17 juin 2005

LES RACINES DE L'ANTI AMÉRICANISME ARABE
Barry Rubin
Jerusalem Post du 14 juin 2005

Que pensent les états arabes de la politique américaine au Moyen Orient et que devraient-ils en penser?

Il est vraiment remarquable que les erreurs de perception soient encore aujourd'hui aussi énormes, à l'ère des communications rapides, de l'Internet et de la télévision par satellite. Cependant, quelle que soit cette incompréhension de l'Occident vis à vis de cette région, l'inverse est encore plus vrai.

Le point de vue officiel et public qui prévaut dans le monde arabe et en Iran – à l'exception de quelques articles épars de libéraux – est que les Etats-Unis sont un pays impérialiste qui opprime ses musulmans et commet toutes sortes d'atrocités (1). Le thème le plus répandu est que l'Amérique est la source de tous les maux et de tous les errements et il est répété dans les écoles, les sermons, les compte-rendus du gouvernement, à la télé et à la radio, dans tous les médias et les même dans les déclarations des intellectuels.

Les radicaux mènent l'offensive contre l'Amérique, les modérés cherchent à la persuader de s'écarter du vice!

Trois sentiments prévalent à l'égard de la politique américaine et de la présidence de G W Bush, la haine, le mépris et le blâme pour son échec à résoudre les conflits, Israélo-palestinien et Irakien. Aucun qualificatif, aucun mensonge n'est épargné pour diffamer les Etats-Unis.

Cette apparente unanimité persuade même beaucoup d'Occidentaux que ces revendications sont authentiques ou du moins qu'elles représentent les ressentiments des Arabes. Une telle conclusion néglige le fait que ces sentiments sont le fruit d'une désinformation généralisée, initiée par des dictateurs cherchant à faire porter le chapeau à d'autres pour leurs propres échecs, ou par des révolutionnaires cherchant à chevaucher le sentiment de haine populaire pour se maintenir ou prendre le pouvoir. Dans tous les cas, on est face à une suppression systématique de toute voix opposée à la ligne officielle.

Mais ce n'est pas tout! Car derrière cet énorme barrage officiel, il y a un débat à deux niveaux. Il y a d'abord un débat, sinon une contestation, au sein de petits groupes d'arabes réformistes et surtout dans la majorité du peuple Iranien qui ne supporte plus le régime islamiste qu'on lui impose. Malgré des réserves surtout pour se protéger, ils acclament l'administration Bush et sa nouvelle politique, qui cherche à développer la démocratie au Moyen Orient. Cette politique est perçue par eux comme un moyen de se débarrasser des dictatures qui les oppressent. Une majorité en Irak a le même point de vue, voyant dans l'intervention américaine une libération et un moyen de se défendre contre la terreur. Même s'ils souhaitent que l'armée américaine quitte le pays aussitôt que possible, ils sont néanmoins content de sa présence.

Plus étonnant encore, il y a le niveau privé des élites qui gouvernent, ce qu'elles disent en secret ou dans les réunions officielles à huis clos. Là point n'est besoin de rhétorique ni de démagogie. Si elles veulent survivre, elles ont besoin de prévoir les réactions américaines et de savoir comment répondre. Là on trouve un mélange de crainte et de cynisme. Beaucoup de dirigeants arabes ne pensent pas que les Etats-Unis presseront trop fort pour obtenir un changement politique réel dans leur pays. Mais ils ont peur aussi que l'administration Bush ne soit vraiment sérieuse. Est-ce que celle-ci essaye de renverser les régimes actuels ou seulement cherche-t-elle à les punir pour leur conduite pendant des décennies. En conséquence, ces élites ont développé une stratégie assez sophistiquée.

Poursuivre la propagande contre l'Amérique pour être sûr que le peuple ne commence pas à penser que "démocratie, liberté, modération" sont de vraies valeurs.

Cette tactique donne la possibilité de blâmer l'autre pour ses propres erreurs, échecs et incompétence. Il faut ajouter le fait qu'elle permet aussi aux dirigeants nationalistes de prétendre assouvir les désirs des Islamistes.

Insister sur le fait qu'ils sont déjà des états démocratiques, du moins dans le cadre de leurs valeurs et traditions.

Affirmer qu'ils sont en train de procéder à toutes sortes de réformes, incluant des changements mineurs dans les droits de l'homme et dans les élections. Ainsi ces pays n'ont besoin ni des conseils ni des critiques de l'Amérique.

Réprimer efficacement toute dissension locale et toute menace par des mesures adaptées, récupération, arrestation …. Le summum de l'élégance stratégique: d'abord réprimer toute contestation intérieure sous le prétexte de la menace islamiste intégriste, ensuite jeter le blâme sur l'Amérique qui demande qu'on la rejoigne dans la lutte contre le terrorisme.

Faire le mort, car G W Bush s'en ira en janvier 2009 et son successeur aura peut-être d'autres priorités ou une autre politique. Au Moyen Orient on est patient, pas en Amérique.

Cette approche a l'air de bien marcher. En tout cas, du point de vue des dirigeants, c'est la meilleure alternative. Même le dictateur libyen, Moamar Gaddafi l'a bien compris ainsi que feu Hafez al Assad, ex président de Syrie qui ont initié cette façon de faire, chacun à sa manière, dans les années 90. Le fils Bashar ne semble pas avoir bien compris, et il joue le jeu suranné du panarabisme, celui d'une génération auparavant. Et il se trompe dangereusement.

Il faut savoir aussi qu'à la lumière de la guerre d'Irak, de la déception à l'égard des chefs palestiniens, des succès électoraux des islamistes etc…, à Washington on est en train de repenser la politique à l'égard du Moyen Orient. On cherche à mêler "realpolitik" (laisser tranquilles certains régimes arabes, l'Arabie Saoudite par exemple) et la nécessité d'une démocratisation à long terme. Surdéployés en Irak en termes de logistique et d'opinion publique, les Etats-Unis ne cherchent pas d'autres confrontations. Si aucun leader arabe ne fait de mauvais calcul – peut-être pas Bashar – le système décrit ci-dessus peut marcher encore longtemps, avec sa stagnation économique, sinon son recul, sa dictature, son idéologie bon marché, l'intransigeance palestinienne et tutti quanti.

En paraphrasant Winston Churchill, ce qui arrive aujourd'hui ce n'est pas le début de la fin, mais la fin d'un début. Mais c'est quand même un début.

Barry Rubin, directeur de "Global Research in International Affairs Center", il publie la revue "Middle East Review of International Affairs".

Traduit par Albert Soued, www.chez.com/soued pour www.nuitdorient.com

Note de la traduction

(1) une diffamation récente du type "les Américains ont pollué le Coran, en le jetant dans les WC" qui rejoint les diffamations antisémites continuelles

Top of the Page

Volume IV, Numéro 188 • vendredi, le 10 juin 2005

J'accuse.
Antisémitisme au journal Le Monde et au-delà

Tom Gross
Wall Street Journal, 2 juin 2005

Une cour française la semaine dernière a déclaré trois rédacteurs du journal Le Monde, ainsi que le Directeur de la publication, coupables de « diffamation raciste » à l’encontre d’Israël et du Peuple juif. Lors d’une décision fracassante, la Cour d’Appel de Versailles a jugé qu’un article d’opinion publié dans Le Monde en 2002, « Israël – Palestine : le Cancer », avait attisé une opinion antisémite.

Les rédacteurs de cet article, Edgar Morin (un sociologue renommé), Danièle Sallenave (conférencière à l’Université de Nanterre) et Sami Naïr (membre du Parlement européen), ainsi que le Directeur de la publication du journal Le Monde, Jean-Marie Colombani, ont été condamnés à payer l’Euro symbolique à titre de dommages à un groupe de défense des Droits de l’Homme [la LICRA, ndt] et à l’Association France-Israël. Le Monde a aussi été condamné à publier cet article de condamnation, ce qui lui reste à faire.

Il est encourageant de voir une Cour française décider que l’antisémitisme ne doit avoir aucune place dans les médias – même quand il est masqué en tant qu’analyse du conflit israélo-palestinien. La décision dit aussi clairement que la loi sous cet aspect s’applique aussi aux extrémistes juifs (M. Morin est juif) aussi bien qu’aux non-juifs.

La liberté de la presse est une valeur qu’il faut chérir, sans l’exploiter ni en abuser. En général, les pays européens ont des lois strictes contre un tel abus et les principaux médias en Europe exercent en tous les cas une autocensure valable. Des journalistes responsables évitent avec vigueur des descriptions diffamatoires de groupes entiers, religieux, nationaux ou ethniques. Ils font leur maximum par exemple, pour éviter de suggérer que les massacres au Darfour, qui sont exécutés par des milices arabes, représentent en quelque manière une caractéristique arabe.

L’exception à cela semble être la couverture des Juifs, en particulier les Israéliens. Cela est parfaitement ironique étant donné que les lois sur la liberté d’expression relativement strictes en Europe (comparées à celles des USA) ont été dans une large mesure inspirées en réaction à l’occupation du continent par les nazis. Et pourtant, d’Oslo à Athènes, de Londres à Madrid, la saison a été virtuellement ouverte contre eux dans les années passées, spécialement dans les médias supposés libéraux.

« Israël – Palestine : le Cancer » est une œuvre pleine de méchanceté, de mensonges, de calomnies et de mythes concernant le « Peuple élu », « le massacre de Jénine », décrivant les Juifs comme un « Peuple méprisant, prenant plaisir à humilier les autres », « imposant leur loi sans pitié », et ainsi de suite.

Pourtant, ce n’était pas pire que des milliers d’autres reportages de nouvelles, d’éditoriaux, de commentaires, de lettres, de dessins ‘humoristiques’, et de titres publiés à travers l’Europe au cours des années récentes, sous couvert d’une discussion légitime et raisonnée de la politique israélienne.

Les diffamations et les distorsions au sujet d’Israël dans certains médias anglais sont désormais assez bien connues : l’équation du Guardian d’Israël et al-Qaïda ; l’équation de l’Evening Standard d’Israël et des Talibans ; le reportage de la correspondante de la BBC au Moyen-Orient, Orla Guerin, sur “Comment les Israéliens ont volé Noël”. Le plus célèbre d’entre eux est le correspondent de l’Independent au Moyen-Orient, Robert Fisk, qui se spécialise dans des observations telles que son commentaire “Si jamais une épée était plantée dans une alliance militaire entre l’Orient et l’Occident, les Israéliens brandiraient cette dague”, ce qui implique que la Maison Blanche est tombée dans les mains des Juifs : « Les ‘Perle’ et les ‘Wolfowitz’ et les ‘Cohen’… Les très sinistres personnages voletant autour de Bush”.

Les invectives contre Israël ailleurs en Europe sont moins bien connues. En Espagne par exemple, le 4 juin 2001 (trois jours après qu’un démocide à la bombe palestinien ait tué 21 jeunes Israéliens près d’une discothèque, et en ait blessé plus de 100 autres, le tout au beau milieu d’un cessez-le-feu israélien unilatéral), le quotidien libéral Cambio 16 publia un dessin du Premier Ministre israélien Ariel Sharon (avec un nez crochu qu’il n’a pas), avec un casque (qu’il ne porte généralement pas), arborant une svastika à l’intérieur d’une étoile de David sur sa poitrine, et proclamant : « Au moins Hitler m’a appris à envahir un pays et à détruire chaque insecte vivant ».

La semaine précédente, le 23 mai, El Pais (le New York Times d’Espagne), publia un dessin d’un personnage allégorique portant un une petite moustache noire de forme rectangulaire, volant dans les airs vers la lèvre supérieure de Sharon. La légende disait : « Clio, la muse de l’histoire, place la moustache d’Hitler sur Ariel Sharon ».

Deux jours plus tard, le 25 mai, le quotidien catalan la Vanguardia publia un dessin montrant un imposant immeuble, avec un signe extérieur indiquant « Musée de l’Holocauste juif », et à côté un autre immeuble en construction, avec un grand signe indiquant « Futur Musée de l’Holocauste palestinien »).

Le plus grand journal grec, le quotidien de gauche Eleftherotypia, a utilisé plusieurs dessins de ce type. En avril 2002, sur sa page de garde, sous le titre « Holocauste II », un soldat israélien était dépeint comme un officier nazi et un civil palestinien comme un prisonnier dans un camp de la mort juif. En septembre 2002, un autre dessin dans Eleftherotypia montrait un soldat israélien avec une étoile juive déclarant à un officier nazi à côté de lui « Arafat n’est plus quelqu’un à qui le Reich peut encore parler ». L’officier nazi répondait « Pourquoi ? Il est juif ? ».

En Italie, en Octobre 2001, le site Internet de l’un des journaux les plus respectés du pays, la Reppublica, publia le faux notoirement antisémite « les Protocoles des Sages de Sion », dans leur totalité, sans apporter la moindre explication historique. Il suggérait, cependant, que l’œuvre aiderait les lecteurs à comprendre pourquoi les USA avaient entrepris une action militaire contre l’Afghanistan.

En avril 2002, le quotidien libéral italien la Stampa mit en page de couverture un dessin montrant un tank israélien, blasonné avec une étoile juive, pointant un large canon sur un Jésus bébé dans une mangeoire, tandis que le bébé plaidait, « Sûrement, ils ne veulent pas me tuer de nouveau, n’est-ce pas ? ».

Dans le Corriere Della Serra, un autre dessin montrait Jésus piégé dans sa tombe, incapable de se lever, parce qu’Ariel Sharon, pistolet en main, est assis sur le sépulcre.

Le plus grand journal suédois du matin, Dagens Nybeter, plaça la caricature d’un Juif hassidique, accusant quiconque critiquant Israël, d’antisémitisme. Un autre journal suédois important, Aftonbladet, utilisa le titre « la crucifixion d’Arafat ».

Si le reportage biaisé, et les préjugés étaient limités à un ou à deux journaux ou programmes de télévision dans chaque pays, il serait possible de les ignorer. Mais ce n’est pas le cas. Dénigrer Israël s’étend même à des journaux locaux qui ne couvrent pas généralement les Affaires Etrangères, tels que les titres étalés sur une double page « Juifs dans des bottes militaires » dans Luton on Sunday. (Luton est une ville industrielle du sud de l’Angleterre). Ou bien l’article du principal journal régional de Norvège, Stavanger Aftenblad, mettant à égalité les actions d’Israël contre les terroristes à Ramallah avec les attaques sur le World Trade Center.

Des comparaisons grotesques et complètement fausses comme celles-là ne devraient pas trouver place dans les reportages ou les commentaires sur le Moyen-orient. Pourtant, bien que la décision de la Cour française – la première de son espèce en Europe – soit une étape majeure, personne en France ne semble s’en soucier. Le journal le plus distingué du pays, le journal de réputation, a été déclaré coupable d’antisémitisme. On aurait pu penser qu’un tel verdict aurait provoqué une large couverture et conduit à un examen de conscience en profondeur, et à un débat public. Au lieu de cela, il y a eu un silence quasi-complet, et pratiquement aucune couverture dans la presse française .

Et peu de gens ailleurs en auront entendu parler. Reuters et l’Agence France Presse (Agences qui se sont montrées particulièrement pleines de préjugés à l’encontre d’Israël) ont émis de brèves dépêches dans leurs télégrammes en français la semaine dernière, mais ont choisi de ne pas en faire état dans leurs services de nouvelles en anglais. L’agence Associated Press ne l’a pas du tout diffusée. Au lieu de déclencher la longue réévaluation qui aurait déjà due être entreprise de l’attitude de l’Europe à l’égard d’Israël, les médias ont choisi de l’ignorer.

Tom Gross est ancien correspondant à Jérusalem du Sunday Telegraph et du New York Daily News.

Adaptation française de Simon Pilczer ©, volontaire de l’IHC

Pas de sympathie pour un Etat d’Israël 'voleur'
Max Singer
Jerusalem Post, 2 juin 2005

Nous ne devrions pas être surpris quand les Européens, entre autres, refusent de s'émouvoir des plaintes d'Israël à propos de la terreur palestinienne, et sont agacés par ses arguments relatifs à la nécessité de frontières défendables. La raison, quoique simple, passe presque inaperçue : Israël parle de ses besoins, alors que les Palestiniens parlent de leurs droits.

Ce qui ne veut pas dire que les Européens et d'autres gens bien-intentionnés pensent qu'il est juste d'infliger à Israël des explosions-suicide - bien qu'ils soient si excédés qu'ils ne protestent pas clairement. Même s'ils reconnaissent, sur le papier, que la terreur doit cesser, le bien-fondé essentiel de la cause d'Israël est perçu comme une série d'excuses pour garder la terre que l'Etat Juif a volée aux Palestiniens.

Tant que le conflit avec les Palestiniens sera considéré comme le combat entre un voleur et sa victime - dont l'enjeu est de savoir quand "la terre palestinienne" sera restituée à ses propriétaires légitimes -, tout ce que dira Israël de ses besoins sécuritaires tombera dans l'oreille d'un sourd.

Sous l'angle émotionnel, les voleurs n'ont pas de droits, même pas celui de la sécurité. Comment pouvons-nous nous attendre à ce que l'on soutienne un "voleur" qui affirme que la victime ne doit pas employer des moyens illégaux pour récupérer sa terre, et que lui-même, le "voleur", a besoin d'un bien volé pour protéger sa sécurité, ou que l'on doit faire preuve de considération envers des citoyens que l'usurpateur a établis sur la terre volée ?

Notre exigence de "frontières défendables", par exemple, est comprise comme signifiant qu'"Israël a besoin de garder des territoires palestiniens afin de se défendre". Cela n'attire pas des Européens qui ne se soucient même pas d'être en mesure de se défendre eux-mêmes, et donc encore moins de la défense d'Israël.

En revanche, le discours palestinien est perçu ainsi : "Nous sommes un peuple ancien et fier ; notre terre a été volée par des étrangers colonialistes, et nous combattrons jusqu'à ce que nous la récupérions." La réponse qui consiste à dire qu'ils combattent de manière trop répugnante, ou qu'Israël a besoin de la terre pour assurer sa sécurité, ne véhicule pas une grande charge émotive.

Bien sûr, l'opinion et la politique européennes - ou autres - sont aussi affectées par d'autres facteurs que le sens moral fondamental des citoyens, mais la grande vague du sentiment anti-israélien fondé sur ce jugement moral erroné a atteint une telle intensité, qu'il faut la contrer pour rendre possible un changement de politique. Israël doit mobiliser tous ses efforts pour faire comprendre aux Européens et aux autres Etats que les Palestiniens ne sont pas les victimes d'un vol, mais plutôt des plaideurs déboutés, qui refusent d'accepter les décisions solidement fondées rendues en leur défaveur.

Un sentiment anti-israélien aussi profondément ancré ne disparaîtra pas tant que nous n'affirmerons pas que nous sommes un peuple ancien et fier ; que la terre contestée [1] est notre patrie, et qu'elle fut nôtre historiquement ; que cette terre nous a été attribuée par la Société des Nations, et que nous lutterons pour protéger notre pays.

Nous devons insister sur la différence entre le geste de bonne volonté par lequel nous renonçons à une partie de notre patrie - sauf à la rendre indéfendable - par souci de paix, et le renoncement à un territoire "volé". De plus, nous devons préciser que nous permettons à des Arabes de vivre, en tant que citoyens à part entière, sur la terre qui est sous notre souveraineté, alors que les Arabes expulsent les Juifs de toutes les terres qu'ils acquièrent, qu'il n'existe aucune autre terre juive, et qu'il y a des millions de km2 d'autres terres arabes.

Israël doit agir comme s'il était persuadé que ses droits moraux, juridiques et historiques sur les territoires contestés sont aussi valables, voire meilleurs que les droits des Palestiniens, et qu'il est aussi ardent à protéger sa terre qu'ils le sont à l'obtenir. Alors seulement, les Européens en viendront à comprendre que "la terre palestinienne occupée" est, au contraire, un territoire contesté sur lequel Israël a des revendications, légales et morales, qui ont été formellement approuvées par la communauté internationale.

La terre CONTESTÉE - nous devrions nous en souvenir - est devenue vacante en 1920, lorsque son ancien souverain, l'empire ottoman vaincu, a été écarté. La Ligue des Nations a prêté attention à la controverse entre les Juifs, soutenus par la déclaration Balfour de la Grande-Bretagne, et les Arabes vivant dans le pays, soutenus par d'autres Arabes.

Consciente du fait que les Juifs avaient eu la souveraineté sur le pays dans les temps anciens, qu'ils n'avaient aucune autre patrie, et ne prenaient la place d'aucun Etat existant, la Ligue avait décidé que le peuple juif devrait être invité à s'établir sur la terre située entre le Jourdain et la mer Méditerranée, comme étant sa patrie. Les Arabes, y compris les Palestiniens, n'ont jamais accepté cette décision, laquelle n'a jamais été abrogée.

Certains arguent du fait que la décision de la Ligue des Nations était "coloniale" et qu'elle ne devrait pas prévaloir sur le droit à l'autodétermination. Mais la décision de la Ligue était l'autorité légale en vigueur en 1922, et tous les Juifs qui sont venus dans le pays après cette date pour fonder un Etat ont agi sur le fondement de cette autorité. Et les nombreux Arabes qui sont venus s'y installer après 1922, l'ont fait sachant que cette terre avait été légalement désignée comme future patrie juive [2]. Même si ce n'est peut-être pas le dernier mot de l'affaire, c'est un commencement essentiel.

Les droits d'Israël ne sont ni parfaits ni exclusifs, mais ils sont sans aucun doute assez solides pour que l'Etat juif ne vienne pas à la table de négociations en tant que "voleur de terre palestinienne". Les exigences des Palestiniens peuvent être assez fortes pour justifier qu'on leur donne une partie de la terre qu'ils veulent. Mais puisque les Palestiniens n'ont jamais eu la souveraineté sur le pays, celui-ci ne peut leur avoir été volé.

Les Palestiniens sont donc des demandeurs, pas les victimes d'un vol. Leur comportement devra être jugé comme l'agir d'un demandeur qui est en quête de territoires auxquels il estime avoir droit, et non comme l'agir d'un propriétaire dépossédé.

La prétention palestinienne à la propriété revient, en fait, à soutenir que la Ligue n'aurait pas dû accorder aux Juifs un foyer national, que les Nations Unies n'auraient pas dû voter le partage de la terre, et que, en dépit du point de vue dominant de la communauté internationale, Israël n'a pas le droit à l'existence.

Quand la controverse est reconnue comme étant un conflit entre deux parties ayant, l'une et l'autre, de fortes revendications, un peuple peut envisager un compromis qui traduit les besoins des deux peuples: celui des Palestiniens qui veulent plus de territoires que ceux dans lesquels ils vivent déjà, pour créer un Etat plus viable; celui d'Israël qui veut des frontières défendables, confronté qu'il est au refus arabe persistant d'accepter un Etat non musulman, quel qu'il soit.

Ce n'est que quand la recherche d'un tel compromis sera considérée comme juste, que la cruauté des méthodes palestiniennes de combat, et l'intransigeance de leur position, dans les négociations, deviendront moralement manifestes.

(Max Singer est membre chevronné [senior fellow] du Hudson Institute [Washington D.C.] et du Centre BESA [The Begin-Sadat Center for Strategic Studies] de l'Université de Bar-Ilan.)

Merci à Menahem Macina (upjf.org) pour la traduction française.
-----------------------

Notes du traducteur :

[1] La notion de "territoire contesté" ou "disputé" a fait l'objet de nombre d'articles, nous recommandons tout particulièrement celui de Dore Gold: "Des territoires 'occupés' aux territoires 'disputés'".

[2] Alexander Yakobson et Amnon Rubinstein, respectivement historien et juriste, ont fort bien établi et développé l'argument de la légitimité internationale de l'Etat d'Israël, dans leur livre, "Yisrael Umishpakhat Haamim: Medinat Le'om Yehudit Uzekhuyot Haadam" (Israël et la famille des nations : État-nation juif et droits de l'homme), Schocken, 2003. Voir, ici, l'article de S. Avineri, "Oui: Juif et démocratique" [à propos du livre d'A. Rubinstein].

Top of the Page

Volume IV, Numéro 187 • vendredi, le 3 juin 2005

L'autre mur d'Israël
Bernard Poulet
L'Expansion, 25 mai 2005

En misant sur le tout high-tech, les businessmen israéliens ont sorti leur pays de la crise. Et ils l'ont éloigné un peu plus de ses voisins arabes.

Un nouveau mur se construit entre Israël et ses voisins. Moins spectaculaire que la barrière de béton censée arrêter les terroristes, il pourrait pourtant se révéler bien plus infranchissable. Ce mur n'a ni miradors, ni mitrailleuses : il est économique, scientifique et technologique.

Tournant le dos à un monde arabe enfermé dans un tragique retard, Israël, cet Etat qui fut imaginé longtemps avant que d'être, s'est inventé un nouveau rêve : devenir au xxie siècle un des tout premiers centres mondiaux de la haute technologie, sorte d'hybride de la Silicon Valley et de Singapour. Pour y parvenir, l'Etat hébreu a décidé de bâtir une économie ultramoderne, ultralibérale, tournée vers le grand large et globalisée, capable d'assurer sa réussite sans rien devoir à son environnement hostile. « Chaque année, l'écart technologique se creuse avec le monde arabe, et cette tendance devient exponentielle », constate le banquier Stéphane Boujnah.

Israël est en passe de gagner ce nouveau pari, réussissant encore une fois à transformer ses faiblesses géographiques et historiques en ressources et en forces. Ici, la nécessité fait loi, la contrainte est un moteur, et c'est parce qu'il n'y a presque rien qu'on veut tout inventer. Ainsi, puisqu'il lui fallut, dès le premier jour, se défendre les armes à la main, Israël s'est doté d'une armée ultramoderne.

Ne pouvant mobiliser que de faibles contingents de soldats, Tsahal (1), avec l'aide de la France, puis celle des Etats-Unis, est devenue une des armées les plus high-tech du monde. Dans les laboratoires et les bureaux d'études de la défense israélienne sont mis au point des systèmes si sophistiqués qu'ils ramènent au rang de jouets grossiers les gadgets de James Bond. Les drones, ces petits avions sans pilote qui ont révolutionné la guerre moderne, dopent les exportations militaires. Un savoir-faire qui rejaillit dans le civil. « La moitié de nos exportations industrielles - hors militaires - proviennent de la haute technologie, et nous consacrons 4 % du PIB à la recherche », souligne Shraga Brosh, le résident de l'Association des industriels.

Les paysages de Galilée rappellent parfois la Toscane avec ses collines arrondies, ses oliviers et quelques cyprès. Mais il y manque l'élégance des villas patriciennes et l'opulence des cités-Etats. Seuls alternent les villages arabes poussiéreux, les cubes blancs des villes nouvelles israéliennes dressées comme des châteaux forts et les pôles de haute technologie. Sur la route qui s'enfonce au coeur de cette Galilée millénaire, on croise parfois, image immuable, un Bédouin poussant ses chèvres sur un sol ocre et rocailleux. Mais, quelques kilomètres plus loin, le centre de Yoqneam, entre Haïfa et Nazareth, évoque plus la Californie high-tech qu'un paysage biblique. Les collines sont hérissées de petits buildings de verre et d'acier qui affichent les sigles de quelques-unes des entreprises les plus performantes d'Israël. Et l'élégante secrétaire qui nous accueille au siège de la société Given Imaging parle un anglais appris à Berkeley.

Ici, on fabrique une capsule de science-fiction dont même Jules Verne n'avait pas eu l'idée. La PillCam, qui n'est guère plus grosse qu'une gélule d'antibiotique, embarque néanmoins une minicaméra, un éclairage, une batterie et un émetteur pour un voyage de l'oesophage à la sortie naturelle qui remplace de nombreuses endoscopies douloureuses et dangereuses. C'est parce qu'il mettait au point les systèmes de guidage du missilier militaire Rafael que l'officier-ingénieur Gaby Iddan a imaginé, il y a une dizaine d'années, ce petit vaisseau exploratoire des intestins. « Quand vous savez réaliser des vidéos dans un environnement hostile comme celui d'un missile en vol, vous pouvez miniaturiser cette technologie pour faire fonctionner une microcaméra dans un intestin », explique modestement l'inventeur.

Créée en 1998, Given Imaging est une entreprise cotée à Tel-Aviv et à New York, au Nasdaq, où elle est évaluée à 1 milliard de dollars. « Nous employons plus de 300 personnes », se félicite son PDG, Gavriel Meron. Cet économiste de formation, qui croit autant au marché qu'à son Dieu - il ne quitte jamais sa kippa -, souligne que son entreprise est bénéficiaire depuis l'an dernier. Given Imaging symbolise bien le redémarrage spectaculaire de l'économie israélienne, et aussi les incertitudes qui planent sur l'avenir : petite société à l'échelle mondiale, elle voit arriver avec crainte un concurrent japonais de poids, Olympus. Installée dans une région instable, cette start-up s'est sentie obligée d'implanter une « usine de réserve » en Irlande, au cas où la situation tournerait mal en Israël...

Car Israël est une force fragile. Le pays sort d'une crise grave, une récession économique aiguë où se sont conjuguées, au tournant de l'an 2000, l'explosion de la bulle Internet et les violences de la seconde Intifada. Isolé, petit en taille et en population - à peine plus de 6 millions d'habitants, dont plus de 1 million d'Arabes israéliens -, ce pays peut moins que les autres se permettre une aphasie économique. A chaque fois, c'est sa survie qui est en jeu. Son histoire et sa fragilité le condamnent à la croissance.

La récession - mitoun, en hébreu - est un mot qui fait peur ici. Après le formidable dynamisme des débuts, le premier mitoun survient en 1964. Il ne s'achèvera qu'avec la guerre des Six-Jours, en juin 1967. Pour revenir, encore plus brutal, avec les révisions stratégiques et les nouvelles dépenses militaires imposées par la grande frayeur de la guerre du Kippour, en octobre 1973. Israël doit alors reconfigurer à prix d'or son équipement militaire. Les déficits, l'endettement et une inflation galopante en seront les conséquences. Une situation tellement dangereuse que le travailliste Shimon Peres devra imposer un consensus national - réunissant autour du gouvernement les patrons et les responsables de la grande centrale syndicale Histadrout - pour enrayer les dérapages sans diminuer les crédits de défense.

Mais il faudra la survenue d'un miracle pour redresser vraiment la situation, explique Sami Friedrich, patron de Shaldor, le plus grand cabinet de conseil de Tel-Aviv. L'arrivée de plus de 1 million de "juifs russes" (d'ailleurs pas toujours juifs), à partir de la fin des années 80, va fournir un sang neuf et un moteur à l'économie israélienne. Près de 40 % ont une formation supérieure - médecins, ingénieurs, techniciens, économistes. Et, surtout, plusieurs centaines d'entre eux sont des "génies" des nouvelles technologies. » Aujourd'hui, quand on demande son chemin dans un des pôles technologiques qui ont fleuri à travers le pays, on ne s'étonne pas qu'on vous réponde en russe : si les immigrés sont loin d'avoir tous assimilé l'hébreu, ils maîtrisent parfaitement l'informatique, la biologie, la physique et les mathématiques.

Depuis 1991, 24 « incubateurs » - pépinières d'entreprises - ont été créés. Ils ont permis le lancement d'un millier de projets, dont plus de 45 % sont devenus de véritables entreprises de haute technologie, où l'on retrouve, outre les « génies » russes, tout ce qu'Israël compte d'inventeurs et d'hommes d'affaires.

Le Pr Shlomo Breznitz fait vingt ans de moins que ses soixante-dix printemps. C'est une publicité vivante pour CogniFit, la start-up qu'il a fondée en 1999. A partir des sciences cognitives, son entreprise a élaboré des tests et des exercices sur ordinateur qui stimulent le cerveau afin, notamment, de ralentir les effets des maladies d'Alzheimer et de Parkinson. En attendant cet usage médical, la méthode CogniFit a été déclinée plus modestement : elle est vendue aux auto-écoles pour évaluer et faire progresser les candidats au permis de conduire.

« Cette aventure, trop bizarre même pour les capital-risqueurs, n'aurait jamais été possible sans la politique d'aides du gouvernement : dix ans de crédit d'impôts parce que la société est installée en Galilée et un demi-million de dollars avancés par l'incubateur Naiot, spécialisé dans le matériel médical », explique Breznitz. Une partie de cet argent est fournie par le gouvernement via le Bureau de la direction scientifique, l'équivalent de notre Anvar, qui alloue chaque année quelque 400 millions d'euros de subventions à des entreprises innovantes. Naiot est l'incubateur le plus performant du pays. A 33 ans, Assif Stoffman en est le patron depuis bientôt quatre ans. Ce jeune homme ne sourit pas. D'ailleurs, ici, on ne sourit guère, comme si tout était trop grave. Il n'est pas jusqu'au traditionnel humour juif qui semble s'être mis en sourdine. Pourtant, Stoffman aurait de quoi se dérider : Naiot a levé 160 millions de dollars et accouché de plus de 40 entreprises viables.

Le secteur des biotechnologies et du matériel médical est un des autres points forts de l'économie israélienne : l'entreprise Teva, qui emploie 13 000 personnes, est ainsi le leader mondial des médicaments génériques. « Nous sommes un pays de serial entrepreneurs », commente Yahal Zilka, le responsable de Magnum Communications Fund, une de ces sociétés de capital-risque qui ont fleuri dans le sillage du boom technologique. « Ici, les gens ont le goût du risque et du mouvement. C'est l'association de la technologie, de l'argent, de la mobilité, d'un système légal favorable, de la volonté de gagner des marchés avec un lien privilégié avec les Etats-Unis qui explique nos succès », renchérit Yoram Oron, qui a créé Vertex, un autre fonds de capital-risque. Israël est le deuxième pays, derrière les Etats-Unis, pour l'importance du capital-risque : 10 milliards de dollars ont été levés entre 1992 et 2002, et 1,5 milliard en 2004 pour la seule haute technologie, plus qu'en France. Plus de 100 sociétés sont cotées au Nasdaq, ce qui place Israël en troisième position derrière les Etats-Unis et le Canada.

Les grandes entreprises américaines ont compris depuis longtemps l'intérêt de s'implanter ici. Au début des années 70, Intel, Motorola, Texas Instruments, IBM, Digital, National Semiconductor et, plus tard, Microsoft ont ouvert leurs premiers centres de recherches en Israël. Ils employaient alors quelques dizaines de chercheurs. Aujourd'hui, ils en font travailler des centaines. Car Israël peut se féliciter de posséder plusieurs universités ou centres d'excellence, comme l'Institut Weizmann, l'université Ben-Gourion ou le Technion d'Haïfa, qui forment de remarquables ingénieurs.

Mais le MIT de l'Etat hébreu, c'est d'abord l'armée. En particulier ses unités high-tech les plus secrètes. Tout le monde passe sous les drapeaux : trois ans pour les garçons et deux pour les filles. Ceux qui entrent dans les unités secrètes signent généralement pour six ans. A 18 ans, une telle expérience marque les personnalités. Elle explique le côté rugueux de la plupart des jeunes Israéliens. On n'apprend pas les bonnes manières dans les casernes. Ni quand on se fait tirer dessus. « Mais on y acquiert une maturité précoce, on apprend à décider vite, à assumer des responsabilités et à faire face au risque. Cela fait des gens très aptes à lancer des affaires », souligne Daniel Rouach, professeur à l'ESCP de Paris et au Technion d'Haïfa.

L'armée sélectionne les meilleurs pour ses centres de recherches et ses unités d'élite. Pendant longtemps, c'était un secret. Mais, aujourd'hui, c'est tout juste si le gouvernement n'en fait pas la publicité pour démontrer aux investisseurs étrangers que le pays a formé les troupes de choc du business moderne. Gadi Mazor, le PDG d'Onset, entreprise spécialisée dans la reconnaissance vocale, ne cache pas qu'il a passé plusieurs années dans la très secrète unité 8-200 de Tsahal. C'est de cette même « université » du renseignement que sont sortis les fondateurs de Nice Systems, société spécialisée dans la numérisation de données. Le patron de la Banque Mizrahi, Yacov Perry, est l'ancien chef du redoutable Shin Bet, la DST israélienne. De 1986 à 1994, son nom était secret d'Etat. Récemment, ce personnage à lunettes noires et crâne rasé a été la vedette d'une émission de téléréalité.

Le business de la sécurité est florissant. Après les vagues d'attentats de la seconde Intifada, les contrôles sont devenus omniprésents : un vigile, qui fouille les sacs, est posté à l'entrée de chaque lieu public. La vigilance est depuis longtemps une seconde nature et un business. Israël exporte ses systèmes de surveillance - caméras, scanners, systèmes d'identification, détecteurs d'explosifs. Des installations vidéo surveillent les rues sensibles, repérant grâce à des programmes informatiques tout ce qui peut ressembler à un comportement anormal. Big Brother veille, et bien peu s'en plaignent.

Mais surtout, le pays a refusé obstinément de céder à la peur. La vie nocturne de Tel-Aviv ne s'est jamais interrompue. En avril 2003, une bombe a explosé dans un bar à côté de l'ambassade américaine, tuant trois jeunes et en blessant une vingtaine. L'endroit, sur le front de mer, est à nouveau plein de monde. Dans le quartier des affaires, au pied des immenses tours de verre qui font des clins d'oeil à Manhattan, on ne compte plus les restaurants chics, japonais ou français. Bien qu'une bombe ait encore fait cinq morts dans un autre night-club, le 25 février, on se bouscule dans ces rues qui ont des allures du downtown new-yorkais.

L'argent, manifestement, ne manque pas. Au moins pour certains. Tous ceux qui applaudissent à la politique « thatchérienne » de Benyamin Netanyahou. Dès son arrivée au ministère des Finances, il y a bientôt deux ans, « Bibi » avait stigmatisé le poids excessif du secteur public (55 % de l'économie) et annoncé son intention de multiplier les privatisations. C'est chose faite pour l'essentiel du système bancaire, les ports, la compagnie aérienne El Al, la majorité du secteur coopératif, bientôt les télécoms et quelques éléments de l'industrie militaire.

« Son agenda a été très clair dès le départ : discipline budgétaire, réduction de l'Etat social au niveau des moyens disponibles, baisse des impôts et transformation des structures pour favoriser le développement d'une économie de marché », explique un de ses proches collaborateurs, Joseph Bachar, directeur général du ministère des Finances. Le déficit a été limité à 4 % par la loi, et les dépenses publiques ne doivent pas croître de plus de 1 % par an. Netanyahou a réussi l'exploit de créer des fonds de pension privés pour les retraites, d'en reculer l'âge (de 65 à 67 ans pour les hommes et de 60 à 65 ans pour les femmes), de réduire le montant des prestations sociales et de... diminuer les salaires des fonctionnaires. La mythique centrale syndicale Histadrout a dû manger son chapeau et accepter le plan de rigueur.

Netanyahou peut dire merci à l'Intifada. Les kamikazes palestiniens et l'état d'urgence créé de facto par le terrorisme ont contribué à faire passer ces pilules amères mais efficaces. La croissance est repartie depuis l'an dernier (plus de 4 % en 2004), la Bourse a grimpé de 100 % en deux ans, le tourisme est en pleine reprise et le chômage - qui reste trop élevé - est repassé sous la barre des 10 %.

Libéralisme, ouverture sur le monde, encouragements à l'investissement, privatisations et développement sans prise en compte des autres pays de la région, le programme de « Bibi » est bien loin du rêve travailliste d'un Shimon Peres qui, naguère, avait évoqué la création d'un « marché commun du Proche-Orient ». « Nous ne pouvons pas élaborer nos plans dans l'attente que les choses bougent », se justifie Joseph Bachar (2).

A Herzlia, banlieue nord de Tel-Aviv, on respire la réussite et l'argent. Les villas des nouveaux riches ne lésinent ni sur le marbre ni sur le kitsch. En bord de mer, des jeunes gens bronzés font du kitesurf. A l'ArCafe - une chaîne de bistrots modernes - comme dans les dizaines de nouveaux lieux qui ont éclos à l'ombre des buildings, jolies filles et jeunes entrepreneurs se croisent autour d'un cappuccino. Kobi Ben-Zvi a l'habitude d'y prendre ses petits déjeuners de travail. Après plusieurs années passées à Austin pour Motorola, cet ingénieur, qui a créé Wintegra, une start-up de semi-conducteurs, avoue qu'il a « été surpris » par Netanyahou. « Mais il a donné la liberté d'entreprendre, ajoute-t-il. C'est important, car il ne suffisait plus de partager la pénurie. »

Certes, mais c'est peut-être là le côté sombre de cette réussite. Israël, à l'image de ses modèles ultralibéraux, devient une société à deux vitesses. A côté des princes de la nouvelle économie, 20 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Certains jeunes soldats ne prendraient pas leurs permissions pour profiter de la nourriture de la caserne. « Un homme sur quatre, 10 % des ouvriers et 600 000 enfants sont pauvres, martèle Efraim Zilony, responsable du secteur économique de la Histadrout. Chaque année, les inégalités s'aggravent. » Même le patron des patrons, Shraga Brosh, admet qu'un « pays aussi isolé qu'Israël ne peut pas se permettre d'avoir près de 10 % de chômeurs ».

Tout cela semble bien étrange à Mme Chavale. A 72 ans, cette kibboutznik de la première heure parcourt, désenchantée et nostalgique, les baraques collectives aujourd'hui désertées du kibboutz Nasholim, au sud d'Haïfa. Dorénavant, les kibboutzniks préfèrent vivre dans des maisons particulières et travailler en dehors de la coopérative. Dans les champs, des immigrés thaïlandais ont remplacé les Palestiniens (3). Une partie des bâtiments ont été réaménagés en motel de luxe, avec 89 chambres louées entre 60 et 190 dollars la nuit.

Mme Chavale admet avec tristesse que l'idéal égalitaire des kibboutz « était peut-être une illusion ». « Il était difficile de traiter à égalité ceux qui travaillaient dur et ceux qui tiraient au flanc. Et compliqué d'accepter les ordres de certains quand on se considérait tous comme égaux. » Aujourd'hui, c'est grâce à cet hôtel et à son « manager » venu du privé que sa retraite est payée à la fin du mois. Et ce que Mme Chavale ne sait pas encore, c'est que Shamir Optical, l'entreprise high-tech d'un autre kibboutz, vient de faire son entrée au Nasdaq.

(1) Acronyme hébreu pour « armée de défense d'Israël ».

(2) Plus brutalement, l'éditorialiste de la revue américaine Atlantic Monthly, Benjamin Schwarz, écrit en mai que le mur a d'abord été « conçu comme un moyen de détacher Israël politiquement et économiquement d'une population palestinienne en croissance et qui s'appauvrit ».

(3) Officiellement, on compte 60 000 travailleurs immigrés en Israël, essentiellement venus d'Asie, mais on estime qu'ils sont deux fois plus nombreux.

Gil Shwed, de l'armée à Check Point

Ses mots crépitent comme les rouages d'une imprimante et il ne cesse de bouger sur son fauteuil comme s'il voulait s'en aller. Sympathique et mystérieux - il ne veut pas dire son âge (probablement 35 ans) -, ce jeune homme évolue dans un univers très secret puisqu'il est le n° 1 mondial des systèmes de sécurité sur Internet.

Comme Bill Gates, Gil Shwed a quitté l'université, trop pressé de réussir pour user ses culottes sur les bancs de la fac. A 12 ans, il décroche son premier job dans l'informatique, mais c'est à 18 qu'il passe aux choses sérieuses : il travaille dans les unités secrètes de Tsahal chargées de sécuriser les premiers systèmes informatiques.

Dès qu'il sort de l'armée, en 1993, il lance sa société, Check Point, avec deux copains, Shlomo Kramer et Marius Nacht. Ce sont eux qui ont inventé les fameux firewalls et tous les systèmes de sécurisation des réseaux informatiques. Un marché en pleine expansion et un succès qui pèse plus de 400 millions de dollars.

Diamants : une ambition de taille

Les immeubles de verre de Ramat Gan abritent le plus grand coffre-fort du monde : la bourse des diamants de Tel-Aviv, avec ses quatre tours, ses mille bureaux, ses cinq banques et ses douanes. Elle a vu le jour au milieu des années 60. En 2004, le marché du diamant représentait environ 20 % des exportations d'Israël (9,2 milliards de dollars pour les diamants polis et bruts, malgré la concurrence croissante des pays asiatiques). Ramat Gan est le premier centre mondial pour le commerce du diamant poli (5,5 milliards de dollars) et ambitionne de devenir la première place pour tous les diamants, devant Anvers, Londres et Johannesburg. Pour atteindre son objectif, l'Etat hébreu essaie d'avoir un plus grand accès à la production des pierres brutes, dont le commerce est dominé par le groupe De Beers. C'est donc, en Afrique et en Russie, l'occasion de grandes manoeuvres où se profilent nombre d'aventuriers, sur fond d'histoires dignes des meilleurs romans.

Zones de contacts

Pour encourager la coopération entre Israël et ses voisins, les Etats-Unis ont inventé les qualified industrial zones (QIZ). Ces zones industrielles implantées d'abord en Jordanie (depuis 1998), puis en Egypte, autorisent les exportations vers les Etats-Unis sans paiements de droits de douane, à condition que les produits incorporent au moins 11,7 % d'apports israéliens. Résultat : les exportations jordaniennes vers les Etats-Unis sont passées de 20 millions de dollars en 1997 à 1 milliard en 2004. L'accord avec l'Egypte a été signé le 14 décembre dernier. Plus de 400 entreprises sont d'ores et déjà concernées. Grâce aux QIZ, les exportations égyptiennes vers les Etats-Unis pourraient doubler en deux ans. « Les avions entre Israël et l'Egypte sont à nouveau pleins », assure Yair Shiran, responsable du programme au ministère israélien de l'Industrie. Depuis la signature de l'accord, deux manifestations ont eu lieu en Egypte. Non pour dénoncer l'« ennemi sioniste », mais pour réclamer l'installation de QIZ supplémentaires...

Top of the Page

Conseil editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

Encouragez vos collègues, amis et parents à consulter notre site Web pour obtenir de plus amples informations sur le Communiqué Isranet. Pour vous joindre à notre liste d’envoi ou pour vous désabonner, contactez-nous à : http://www.isranet.org/.

Le Communiqué Isranet hebdomadaire est un service de l'ICRJ. Nous espérons que vous le trouvez utile et que vous l'appuierez et seconderez notre travail d'éducation pro-Israël, en faisant une contribution déductible d'impôts d'un minimum de 36.00 $ [veuillez envoyer un chèque ou votre information VISA/Mastercard à l'ICRJ (voir l'en-tête pour l'adresse)]. Tout don comprend un abonnement de membre à notre périodique reconnu, ISRAFAX, qui vous sera livré à domicile par la poste.


CIJR
Daily Briefing &
Communiqué