avril 2006

  numéro 230 / numéro 231 / numéro 232


         Volume V, Numéro 232                                     Vendredi, 28 avril 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org

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Un enfant de la révolution prend le commandement :
 les démons d’Ahmadinejad
Matthias Kuntzel
The New Republic, 24 avril 2006
 
Traduction française : Menahem Macina pour l'upjf.org 
 
Durant la guerre Iran-Iraq, l'Ayatollah Khomeyni importa de Taiwan 500.000 petites clés en plastique. Ces breloques visaient à inspirer. Après l'invasion iraqienne de l'Iran, en septembre 1980, il était vite devenu clair que les forces iraniennes n'étaient pas un adversaire capable de se mesurer à l'armée de métier, professionnelle et bien armée, de Saddam Hussein.
 
Pour compenser ce désavantage, Khomeiny envoya au front des enfants iraniens, dont certains n'avaient pas plus de 12 ans. Constitués en unité militaire, ils traversaient des champs de mines en direction de l'ennemi, se frayant un chemin avec leur corps. Avant chaque mission, chaque enfant avait, à son cou, une clé taiwanaise censée lui ouvrir les portes du paradis.
 
A un certain stade, cependant, le bain de sang terrestre devint un problème. « Dans le passé », écrivait le quotidien iranien semi-officiel, Ettelaat, alors que la guerre faisait rage, « nous avions des volontaires enfants, âgés de 14, 15 et 16 ans. Ils entraient dans les champs de mines. Leurs yeux ne voyaient rien. Leurs oreilles n’entendaient rien. Puis, quelques instants plus tard, on voyait des nuages de poussière. Quand la poussière se dissipait, on ne voyait plus rien d’eux. Eparpillés partout alentour, gisaient des déchets de chair brûlée et des morceaux d’os ». Ettelaat rassurait ses lecteurs : on éviterait de telles scènes dorénavant. « Avant de pénétrer dans les champs de mines, les enfants s’enveloppent (désormais) dans des couvertures et se roulent sur le sol, de manière à ce que les parties de leur corps restent ensemble après l’explosion des mines et que l’on puisse les inhumer dans des tombes. »
 
Ces enfants qui roulaient vers leur mort faisaient partie des Basiji, un mouvement de masse créé par Khomeiny en 1979, et devenu paramilitaire après le début de la guerre pour renforcer l’armée assiégée. La Basij Mostazafan – ou "mobilisation des opprimés" – était essentiellement une milice de volontaires, dont la plupart des membres n’avaient pas 18 ans. Ils marchaient, par milliers et avec enthousiasme, vers leur propre destruction. « Les jeunes déminaient avec leur corps », rappelait, en 2002, au journal allemand, Frankfurter Allgemeine, un ancien combattant de la guerre Iran-Iraq. « Parfois, on aurait dit une course. Même sans les ordres du chef, chacun voulait être le premier. »
 
Le sacrifice des Basiji était effroyable. Et pourtant, aujourd’hui, il est la source non d’une honte nationale, mais d’une fierté grandissante. Depuis la fin des hostilités avec l’Iraq, en 1988, les Basiji ont vu croître leur nombre et leur influence.
 
Ils ont été organisés, avant tout, en brigade des mœurs, pour faire respecter la loi religieuse en Iran, et leurs "unités spéciales" d’élite ont été utilisées comme troupes de choc contre les forces antigouvernementales. En 1999 et 2003, par exemple, les Basiji ont eu pour rôle de réprimer l’agitation estudiantine. Et, l’année dernière, ils formaient le puissant noyau de la base politique qui a propulsé à la présidence Mahmoud Ahmadinejad, qui, selon la rumeur, a été instructeur du Basij durant la guerre Iran-Iraq.  
 
Ahmadinejad savoure son alliance avec les Basiji. Il apparaît régulièrement en public avec l’écharpe Basij noire et blanche, et, dans ses discours, ne cesse de louer la "culture Basij" et le "pouvoir Basij", avec lesquels, dit-il,
 
« L’Iran, aujourd’hui, fait sentir sa présence sur la scène internationale et diplomatique ».
 
Le fait que la suprématie de Ahmadinejad s’appuie sur les Basiji, indique que la Révolution iranienne, initiée il y a près de trois décennies, est entrée dans une phase nouvelle et inquiétante. Une jeune génération d’Iraniens, dont la conception du monde s’est formée dans les atrocités de la guerre Iran-Iraq, a accédé au pouvoir et fait preuve d’une approche idéologique plus fervente de la politique que ses prédécesseurs. Les enfants de la Révolution sont devenus ses dirigeants, à présent.
 
En 1980, l’Ayattolah Khomeiny appela l’invasion iraqienne une « bénédiction divine », parce que la guerre lui fournissait l’opportunité parfaite d’islamiser et la société iranienne et les institutions de l’Etat iranien. Tandis que les troupes de Saddam envahissaient l’Iran, Les Gardiens de la Révolution, qui lui étaient fanatiquement dévoués, se lançaient rapidement dans la mobilisation et la préparation de leurs forces aériennes et maritimes. Dans le même temps, le régime accélérait la transformation des Basiji en une milice populaire.
 
Alors que les Gardiens de la Révolution étaient des soldats adultes entraînés de manière professionnelle, la milice Basiji  était essentiellement composée de garçons âgés de 12 à 17 ans et d’hommes de plus de 45 ans. Leur formation ne durait que quelques semaines et portait davantage sur la théologie que sur les armes et la stratégie. La plupart des Basiji venaient de la campagne et étaient souvent illettrés. Un fois leur entraînement achevé, chacun d’entre eux recevait un bandeau rouge sang qui le désignait comme un VOLONTAIRE POUR LE MARTYRE. Selon l’ouvrage de Sepehr Zabih, The Iranian Military in Revolution and War [L’armée iranienne dans la Révolution et la Guerre], ces volontaires constituaient près d’un tiers de l’armée iranienne, et la majeure partie de son infanterie.
 
La principale stratégie utilisée par les Basiji était celle de l’attaque en vagues humaines, au cours de laquelle des enfants et des adolescents à peine armés avançaient continuellement vers l’ennemi en rangs parfaitement alignés. Peu importait qu’ils tombent sous le feu de l’ennemi ou fassent exploser des mines avec leur corps : l’important était que les Basiji continuent à progresser par-dessus les restes déchiquetés et mutilés de leurs camarades tués, allant au-devant de la mort, vague après vague. Quand une brèche avait été ouverte dans les lignes iraqiennes, les commandants iraniens envoyaient leurs troupes des Gardiens de la Révolution les plus valeureux et les plus expérimentés.
 
Cette méthode avait un coefficient de réussite indéniable. « Il arrivaient vers nos positions en hordes énormes en faisant tournoyer leurs poings », se plaignait un officier iraqien, durant l’été 1982. « Vous pouviez abattre la première vague, puis la seconde. Mais à un certain stade, les cadavres s’entassent devant vous, et tout ce que vous pouvez faire, c’est hurler et jeter votre arme. Ce sont des êtres humains, après tout ! » A l’été de 1983, quelque 450.000 Basiji avaient été envoyés au front. Au bout de trois mois, ceux qui avaient survécu à ces opérations étaient renvoyés à leurs écoles et à leurs lieux de travail.
 
Mais trois mois, c’est long, quand on est au front. En 1982, au cours de la reconquête de la ville de Khorramshahr, 10.000 Iraniens périrent. A la suite de l’"opération Kheiber", en février 1984, les cadavres de quelque 20.000 tués iraniens jonchaient le champ de bataille. L’offensive de "Karbala Quatre", en 1986, coûta la vie à plus de 10.000 Iraniens. On dit qu’en tout, quelque 100.000 hommes et enfants ont été tués au cours des opérations Basiji. Pourquoi les Basiji étaient-ils volontaires pour une telle mission ?
 
La plupart d’entre eux étaient recrutés par des membres des Gardiens de la Révolution, qui commandaient les Basiji. Ces "éducateurs spéciaux" parcouraient les écoles et sélectionnaient leurs martyrs, parmi les participants aux exercices paramilitaires, auxquels les jeunes Iraniens étaient tenus de prendre part. Des films de propagande – comme le film de télévision réalisé en 1986 et intitulé A Contribution to the War [Une contribution à la guerre] célébraient cette alliance entre les étudiants et le régime, et sapaient l’autorité des parents qui tentaient de sauver la vie de leurs enfants. (A l’époque, la loi iranienne permettait aux enfants de s’engager, même contre le gré de leurs parents.) D’ailleurs, quelques parents se laissaient séduire par les avantages offerts. Lors d’une campagne appelée "Offrez un enfant à l’imam", toute famille qui avait perdu un enfant sur le champ de bataille se voyait offrir un crédit sans intérêt et d’autres généreuses allocations. De plus, l’enrôlement dans le corps des Basiji donnait au plus pauvre d’entre les pauvres une chance de promotion sociale.
 
Pourtant d’autres étaient contraints au "volontariat". En 1982, l’hebdomadaire allemand, Der Spiegel, présentait le cas d’un garçon de 12 ans, du nom de Hossein, qui fut enrôlé dans les Basiji, bien qu’il fût atteint de la poliomyélite :
 
Un jour, quelques imams inconnus passèrent dans le village. Ils convoquèrent toute la population sur la place qui faisait face au poste de police, et ils annoncèrent qu’ils apportaient de bonnes nouvelles de la part de l’imam Khomeiny : l’Armée Islamique d’Iran avait été choisie pour libérer la ville sainte d’Al Quds – Jérusalem – du joug des infidèles […] Le mollah local avait décidé que chaque famille ayant des enfants devrait fournir un soldat de Dieu. Comme Hossein était le moins utile à sa famille et que, du fait de son infirmité, il ne pouvait de toute façon pas s’attendre à beaucoup de bonheur dans cette vie, son père le choisit pour représenter la famille dans le combat contre les démons d’infidèles.
 
Des 20 enfants qui partirent à la guerre avec Hossein, seuls lui et deux autres survécurent.
 
Mais, si de telles méthodes peuvent jeter quelque lumière sur les raisons de leur engagement, elles n’expliquent pas la ferveur avec laquelle ils se précipitaient vers leur propre destruction. Seule la nature particulière de l’islam de la Révolution iranienne peut permettre d’élucider ce phénomène.
 
Au début de la guerre, les mollahs qui dirigeaient l’Iran n’envoyaient pas des êtres humains dans les champs de mines, mais des animaux : ânes, chevaux et chiens. Mais cette tactique s’avéra inutile : « Après la désintégration de quelques ânes, les autres s’enfuyaient terrorisés », relate Mostafa Arki dans son livre, Eight Years of War in the Middle East [Huit ans de guerre au Moyen-Orient]. Les ânes réagissaient normalement, car la peur de la mort est naturelle. Les Basiji, par contre, marchaient à la mort sans peur et sans plainte. Les curieux slogans qu’ils chantaient en arrivant sur le champ de bataille sont dignes d’attention ; « Contre les Yazid de notre temps ! » ; « La caravane de Hussein est en route ! » ; « Un nouveau Karbala nous attend ! ».
 
Yazid, Hussein, Karbala – ces mots sont tous des références au mythe fondateur de l’islam chiite. A la fin du septième siècle, l’islam était divisé entre ceux qui étaient fidèles au calife Yazid – les prédécesseurs de l’islam sunnite – et les fondateurs de l’islam chiite, qui croyaient que l’imam Hussein, petit-fils du prophète Muhammad, devait gouverner les musulmans. En 680, Hussein prit la tête d’une révolte contre le calife "illégitime", mais il fut trahi. Dans la plaine de Karbala, le dixième jour du mois de Muharram, les troupes de Yazid attaquèrent Hussein et sa suite et les mirent à mort. Le cadavre de Hussein portait les traces de 33 trous de lance et de 34 coups d’épée.
 
Après avoir été décapité, son corps fut piétiné par des chevaux. Depuis lors, le martyre de Hussein a constitué le cœur de la théologie chiite, et la Célébration de la Hashura, qui commémore sa mort est le jour le plus sacré du chiisme. En cette occasion, les hommes se frappent avec leurs poings, ou se flagellent avec des chaînes de fer pour s’identifier aux souffrances de Hussein. Au fil des siècles, le rituel était devenu odieusement violent. Dans son étude intitulée Crowds and Power [Foules et Pouvoir], Elias Canetti nous rapporte un récit de première main sur la fête de la Ashura, telle qu’elle avait lieu au milieu du dix-neuvième siècle, à Téhéran :
 
500.000 personnes, sous l’emprise du délire, couvrent leur tête de cendres et se frappent le front contre le sol. Ils désirent s’infliger volontairement des tourments : se suicider en masse, se mutiler avec raffinement […] Des centaines d’hommes en tunique blanche s’avancent, le visage levé vers le ciel avec une expression extatique. Certains d’entre eux seront morts ce soir, beaucoup seront estropiés et mutilés, et les tuniques blanches, devenues rouges seront leur linceul […] Il n’y a pas de plus beau destin que de mourir le jour de la Célébration de la Ashura. Les portes des huit Paradis sont grand ouvertes pour les saints et tous ceux qui s’efforcent de s’y engouffrer.
 
De tels excès sanglants sont interdits dans l’Iran contemporain, mais, au cours de la Guerre Iran-Iraq, Khomeiny s’est emparé de l’essence de ce rituel pour en faire un acte symbolique et le revêtir d’un contenu politique. Il prit la ferveur intérieure et la canalisa vers l’ennemi extérieur. Il transforma la lamentation passive en une opposition active. Il fit de la bataille de Karbala le prototype de toute lutte contre la tyrannie. De fait, cette technique a été utilisée durant les manifestations politiques de 1978, où de nombreux manifestants iraniens  portaient des linceuls pour lier la bataille de 680 à la lutte d’alors contre le Shah. Dans la guerre contre l’Iraq, une plus grande signification était attribuée à Karbala : d’un côté, l’ignoble Yazid, qui revêtait maintenant la forme de Saddam Hussein ; de l’autre, le petit-fils du Prophète, Hussein, représentant ceux qui souffrent et pour lesquels le temps de la vengeance chiite est finalement venu.
 
Par la suite, le pouvoir de ce récit fut renforcé par le tour théologique que Khomeiny lui imprima. Selon Khomeiny, la vie est sans valeur et la mort est le début de la véritable existence. « Le monde naturel », expliquait-il en octobre 1980, « est le plus bas élément, le rebut de la création ». Ce qui est décisif, c’est l’au-delà : Le « monde divin, qui est éternel ». Ce monde-là est accessible aux martyrs. Leur mort n’en est pas une, c’est seulement le transfert de ce monde dans celui de l’au-delà, où ils vivront éternellement et dans la gloire. Que le guerrier gagne la bataille, ou qu’il la perde en mourant en martyr, dans les deux cas, sa victoire est garantie, soit dans ce monde matériel, soit dans le monde spirituel.
 
Cette attitude avait une implication mortelle pour les Basiji : qu’ils survivent ou non était hors de propos. Même l’utilité stratégique de leur sacrifice importait peu. Les victoires militaires sont secondaires, expliquait Khomeiny, en septembre 1980. Le Basiji doit « comprendre qu’il est un 'soldat de Dieu', pour qui ce n’est pas tant le résultat du conflit que la part qu’on y prend, qui apporte plénitude et satisfaction » Le dégoût de Khomeiny pour la vie aurait-il pu avoir autant d’effet, dans la guerre contre l’Iraq sans le mythe de Karbala ? Probablement pas. C’est avec le mot de Karbala sur les lèvres que les Basiji entrèrent dans la bataille avec exultation.
 
Pour ceux dont le courage faiblissait pourtant en face de la mort, le régime monta un spectacle. Un mystérieux cavalier chevauchant un magnifique destrier allait apparaître soudain sur les lignes de front. Son visage – recouvert de phosphore – allait resplendir. Son costume était celui d’un prince médiéval. Reza Behrouzi, un enfant-soldat, dont le récit a été rapporté, en 1985, par l’écrivain français, Freidoune Sehabjam, racontait que les soldats réagissaient avec un mélange de terreur et de ravissement.
 
Tout le monde voulait courir au devant du cavalier. Mais il les tenait à distance. « Ne venez pas vers moi ! », criait-il, « Menez le combat contre les infidèles ! […] Vengez la mort de notre Imam Hussein et terrassez la descendance de Yazid ! » Et comme la silhouette disparaissait, les soldats s’écriaient en pleurant : « Oh, Imam Zaman, où êtes-vous ? » Ils tombaient à genoux, priaient et se lamentaient. Quand elle se manifestait à nouveau, ils se redressaient comme un seul homme. Ceux dont les forces n’étaient pas encore épuisées fonçaient sur les lignes ennemies.
 
La mystérieuse apparition, capable de déclencher de telles émotions, est l’"imam caché", un personnage mythique qui influence la pensée et l’action d’Ahmadinejad jusqu’à aujourd’hui. Les chiites appellent "imams" tous les descendants mâles du prophète Muhammad et leur attribuent un statut quasi divin. Hussein, qui fut tué par Yazid à Karbala, était le troisième Imam. Son fils et son petit-fils étaient les quatrième et cinquième. A la fin de cette lignée, il y a le "Douzième Imam", dont le nom est Muhammad. Certains le nomment le Mahdi ("celui qui est guidé par Dieu"), tandis que d’autres disent imam Zaman (sahib-e zaman, "le maître du temps"). Il naquit en 869, et était le fils unique du onzième Imam. En 874, il disparut sans laisser de trace, causant ainsi l’extinction de la lignée.
 
Toutefois, selon la mythologie chiite, le Douzième Imam a survécu. Les chiites croient qu’il s’est seulement dérobé à la vue du public, à l’âge de cinq ans, et qu’il émergera, tôt ou tard, de son "occultation", pour délivrer le monde du mal.
 
Ecrivant au début des années 80, V. S. Naipaul a montré à quel point la croyance en la venue du messie chiite est profondément enracinée dans la population iranienne. Dans son livre, Among the Believers: An Islamic Journey [Au milieu des croyants : un voyage islamique], il racontait avoir vu, dans la Téhéran d’après la Révolution, des posters aux motifs similaires à ceux de la Chine maoïste : par exemple, des foules avec des fusils et des mitraillettes, brandis comme en guise d’accueil. Les posters arboraient toujours la même phrase : DOUZIEME IMAM, NOUS T’ATTENDONS. Naipaul écrit qu’il pouvait comprendre intellectuellement la vénération envers Khomeiny. « Mais il était plus difficile de comprendre l’idée de la révolution comme quelque chose de plus, comme une offrande au Douzième Imam, l’homme qui avait disparu […] et restait "occulté". Selon la tradition chiite, un pouvoir islamique légitime ne peut s’établir qu’après la réapparition du Douzième Imam. D’ici là, les chiites n’ont qu’à attendre, à supporter en paix un pouvoir illégitime, et à se remémorer, avec tristesse, Hussein, le petit-fils du Prophète. Mais Khomeiny n’avait pas l’intention d’attendre. Il revêtit le mythe d’un sens entièrement nouveau : le Douzième Imam ne surgirait que quand les croyants auraient vaincu le mal. Pour hâter le retour du Mahdi, les musulmans devaient secouer leur torpeur et combattre. Cet activisme a davantage de choses en commun avec l’idée révolutionnaire des Frères Musulmans d’Egypte, qu’avec le chiisme. Khomeiny s’était familiarisé avec les textes des Frères Musulmans depuis les années trente, à savoir : que les réalisations de la modernité ont remplacé la providence divine par le libre arbitre individuel, la foi aveugle par le doute, et la morale austère de la charia par les plaisirs des sens. Selon la légende, Yazid était l’incarnation de tout ce qui est interdit. Il buvait du vin, prenait plaisir à écouter de la musique et des chansons, et jouait avec des chiens et des singes. Et n’était-ce pas précisément le cas de Saddam ? Dans la guerre contre l’Iraq, le "mal" était clairement défini, et vaincre le mal était la condition préalable pour hâter le retour du Douzième Imam bien-aimé. Lorsqu’il se donna à voir durant quelques minutes, caracolant sur sa monture, la volonté de mourir en martyr s’accrut considérablement.
 
C’est cette culture qui a nourri la conception du monde de Mahmoud Ahmadinejad. Né hors de Téhéran, en 1956, fils d’un forgeron, il acquit une formation d’ingénieur civil, et durant la Guerre Iran-Iraq, il s’agrégea aux Gardiens de la Révolution. Sa biographie demeure étrangement elliptique. A-t-il joué un rôle dans la prise de contrôle de l’Ambassade des Etats-Unis, en 1979 ? Qu’a-t-il fait, au juste, durant la guerre ? Nous n’avons aucune réponse claire à ces questions. Son site présidentiel dit simplement qu’il a été « en service actif en tant que volontaire Basiji jusqu’à la fin de la sainte défense [la guerre contre l’Iraq], et qu’il a servi comme Ingénieur de combat dans différentes sphères de responsabilité ».
 
Nous savons qu’après la fin de la guerre, il a été gouverneur de la Province d’Ardebil, et organisateur de Ansar-e Hezbollah, un groupe radical de vigilance composé d’islamistes fondamentalistes, connu sous le nom de Abadgaran-e Iran-e Islami, ou Promoteurs d’un Iran islamique. C’est dans ce rôle qu’il se tailla la réputation – et la popularité - d’un dirigeant rigide attelé à défaire les réformes libérales du président d’alors, Muhammad Khatami. Ahmadinejad se positionna en dirigeant d’une "seconde révolution" en vue d’éradiquer de la société iranienne la corruption et les influences occidentales. Les Basiji, dont le nombre s’était extrêmement accru depuis la fin de la Guerre Iran-Iraq, l’adoptèrent. Recrutés dans les couches les plus pauvres et les plus conservatrices de la population, les Basiji sont sous la direction du Guide Suprême et successeur de Khomeiny, Ali Khameiny, auquel ils ont juré une loyauté absolue. Durant la course à la présidence d’Ahmadinejad, en 2005, les millions de Basiji de toutes les villes, faubourgs et mosquées d’Iran, devinrent les artisans non officiels de sa campagne.
 
Depuis que Ahmadinejad est devenu président, l’influence des Basiji a grandi. En novembre, le nouveau président inaugurait la "semaine Basiji" annuelle, qui commémore les martyrs de la Guerre Iran-Iraq. Selon un rapport publié par Kayan, une publication fidèle à Khameiny, quelque neuf millions de Basiji – soit 12% de la population iranienne – se sont rassemblés pour une manifestation en faveur de la plateforme antilibérale de Ahmadinejad. L’article affirmait que « les manifestants form[aie]nt une chaîne humaine de quelque 8.700 km de long […] Rien qu’à Téhéran, 1.250.000 personnes se sont rassemblées ».
 
Fin juillet 2005, le mouvement Basiji annonçait qu’il projetait d’accroître le nombre de ses membres, qui passerait de 10 à 15 millions vers 2010. On estime que les unités d’élite spéciales comptent pour l’instant quelque 150.000 membres. Les Basiji ont donc reçu de nouveaux pouvoirs dans leur fonction en tant que département non officiel de la police. Ce que cela implique en pratique est devenu clair en février 2006, quand les Basiji ont attaqué le chef du syndicat des conducteurs d’autobus, Massoud Osanlou. Ils l’ont retenu prisonnier dans son appartement et lui ont coupé l’extrémité de la langue pour le convaincre de se taire. Aucun Basiji ne doit craindre d’être poursuivi en justice pour de telles méthodes terroristes.
 
Du fait que l’idéologie et l’influence des Basiji bénéficient d’un renouveau sous la présidence d’Ahmadinejad, la foi du mouvement dans les vertus de l’immolation violente de soi-même reste intacte. Il n’y a pas, en Iran, de "commission de vérité" pour enquêter sur le suicide collectif planifié par l’Etat, qui eut lieu de 1980 à 1988. Par contre, on enseigne à tous les Iraniens, depuis l’enfance, les vertus du martyre. A l’évidence, beaucoup d’entre eux rejettent les enseignements Basiji. Néanmoins, chacun connaît le nom de Hossein Fahmideh, un enfant de 13 ans, qui, durant la guerre, se fit exploser devant un char iraqien. Son image suit les Iraniens tout au long de la journée, que ce soit sur des timbres postaux ou sur l’argent. Si vous exposez un billet de 500 rials à la lumière, c’est le visage de cet enfant que vous verrez en filigrane. L’immolation volontaire de Fahmideh est présentée, dans la presse iranienne, comme un modèle de foi profonde. Il a été le thème à la fois d’un film d’animation et d’un épisode d’une série télévisée, "Les enfants du Paradis". Pour symboliser leur volonté de mourir pour la Révolution, les groupes Basiji portent un linceul blanc par-dessus leur uniforme dans les manifestations publiques.
 
Au cours de la Fête de la Ashura de cette année, on a emmené les écoliers en excursion dans un "Cimetière de Martyrs". Le New York Times relatait : « Ils portent autour de la tête des bandeaux sur lesquels est dessiné le nom de Hussein, et marchent sous des bannières où l’on peut lire : "Se souvenir des Martyrs, aujourd’hui, est aussi important que de devenir un Martyr", et "La nation qui considère le Martyre comme un bonheur sera toujours Victorieuse" ». Depuis 2004, la mobilisation des Iraniens dans des brigades-suicide s’est intensifiée, et elle inclut un entraînement des recrues pour des missions à l’étranger. C’est ainsi qu’a été créée une unité spéciale qui porte le nom de "Commando des Martyrs Volontaires. « Selon ses statistiques, cette force a recruté jusqu’ici quelque 52.000 Iraniens pour la cause du suicide. Son objectif est de former une "unité du martyre" dans chaque province iranienne.
 
Le culte Basiji de l’autodestruction serait terrifiant dans n’importe quel pays. Mais dans le contexte du programme nucléaire iranien, son obsession du martyre équivaut à un détonateur allumé. Actuellement, les Basiji ne sont pas envoyés dans le désert, mais plutôt dans les laboratoires. Les étudiants Basiji sont encouragés à s’inscrire dans des disciplines techniques et scientifiques. Selon un porte-parole des Gardiens de la Révolution, l’objectif est d’utiliser le "facteur technique" pour accroître la "sécurité nationale".
 
Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Prenons en compte le fait que, en décembre 2001, l’ancien président iranien, Hashemi Rafsanjani, expliquait que « l’utilisation ne serait-ce que d’une seule bombe contre Israël y détruirait tout ». Par contre, si Israël répliquait avec ses propres armes nucléaires, cela « ne causerait des dégâts qu’au monde islamique. Il n’est donc pas déraisonnable d’envisager une telle éventualité. » Rafsanjani énonçait ainsi une macabre analyse de pertes et profits. Il pourrait être impossible de détruire Israël sans subir des représailles. Mais, le niveau des dommages qu’Israël pourrait infliger à l’islam est supportable – il ne ferait qu’ajouter environ 100.000 martyrs de plus pour l’Islam.
 
Pourtant, Rafsanjani fait partie de l’aile modérée de la Révolution iranienne ; il croit que tout conflit doit avoir un résultat "qui en vaille la peine". Au contraire, Ahmadinejad est prédisposé aux perspectives apocalyptiques. Dans l’une de ses premières interviews, après son élection à la présidence, il déclarait avec enthousiasme : « Y a-t-il un art plus magnifique, plus divin, plus éternel que celui de la mort d’un martyr ? » En septembre 2005, il concluait son premier discours à la tribune des Nations Unies en implorant Dieu d’opérer le retour du Douzième Imam. Il finance un institut de recherche à Téhéran, dont le seul but est d’étudier et, si possible, de hâter la venue de l’imam. Il y revenait avec insistance lors d’une conférence de théologie, en novembre 2005 : « La tâche la plus importante de notre Révolution, est de préparer la voie au retour du Douzième Imam ».
 
Une politique menée en alliance avec une force surnaturelle est nécessairement imprévisible. Pourquoi un président iranien s’engagerait-il dans une politique pragmatique quand son postulat est que, dans trois ou quatre ans, le sauveur apparaîtra ? Si le Messie est sur le point de venir, pourquoi faire des compromis ? C’est pourquoi, jusqu’à maintenant, Ahmadinedjad a mené des politiques de confrontation avec un plaisir évident.
 
L’histoire des Basiji montre que nous devons nous attendre à des monstruosités de la part du régime iranien. Déjà, ce qui a commencé dans les années 80 par le nettoyage des champs de mines à l’aide de détonateurs humains, s’est répandu dans tout le Moyen-Orient, comme l’illustrent les attentats-suicide à l’explosif qui sont devenus la stratégie préférée des terroristes. Les spectacles motivants dans le désert, avec des acteurs engagés pour jouer le rôle de l’imam caché, ont pris la forme d’une confrontation ouverte entre un président iranien fanatique et le monde occidental. Et le Basiji qui autrefois errait dans le désert, armé seulement d’un simple bâton de marche travaille aujourd’hui comme chimiste dans une usine d’enrichissement d’uranium.
 
(Matthias Kuntzel est spécialiste en sciences politiques à Hambourg, en Allemagne. Il est l’auteur de Djihad und Judenhass (Djihad et haine des Juifs).)
 


 

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‘Quand nous avons entendu l’explosion, Papa nous a entouré et nous a embrassé très fort’
Alexandre Yudkewicz
Arouts 7,18 avril 2006

  Le printemps était revenu, ce lundi 17 avril, sur Tel-Aviv, après un dimanche maussade. L’atmosphère était riante et rien ne pouvait présager de la tragédie qui allait faucher des vies, briser des familles, causer des dizaines de blessés et de personnes traumatisées.

  Philippe Belhacen, z’’l, 45 ans, résident d’Ashdod, avait décidé d’emmener ses deux plus jeunes enfants, Linor (15 ans) et Ori (12 ans) à Tel-Aviv, pour leur acheter des vêtements en l’honneur des fêtes de Pessah. «Lorsque nous avons entendu l’explosion, Papa m’a entouré avec Linor», raconte Ori, «et il nous a enlacé très fort. Et puis il m’a dit : ‘prends le téléphone et appelle Maman pour lui dire qu’il y a eu un attentat.» Aussitôt après, Philippe Belhacen s’est écroulé. Les policiers qui l’ont monté dans l’ambulance témoignent toutefois qu’ils ont pu lui parler. Belhacen leur a dit qu’il avait été atteint par des éclats et par le souffle de l’explosion. Un des éclats l’a atteint dans la région du cœur et il a rendu l’âme avant même son arrivée à l’hôpital.

  La fille cadette de Belhacen, Lital (19 ans), raconte que son père a sauvé de fait Linor et Ori en les protégeant. «J’ai pu lui parler le matin même encore», confie-t-elle, «il voulait que je vienne avec eux à Tel-Aviv, mais je ne pouvais pas. C’était un papa épatant, j’ai eu droit à un père qui n’a jamais fait de mal à personne. Ce n’est pas juste…» Belhacen laisse derrière lui sa femme, Eti, et ses quatre enfants : Liran (21), Lital (19), Linor (15) et Ori (12).

   David Shaoulov, z’’l, 29 ans, a été tué au moment où son épouse, Ludmilla (27 ans), enceinte au 9ème mois de grossesse, s’était rendue à l’hôpital car elle sentait qu’elle était peut-être en train d’accoucher. Peu de temps après son arrivée à la maternité, la terrible nouvelle lui parvenait par l’intermédiaire de la famille. Ludmilla a alors insisté, contre l’avis des médecins, pour se rendre à l’institut médico-légal d’Abou Kabir pour identifier le corps de son époux.

  La famille Shaoulov était montée en Israël en 1990. Le petit frère de David, Yossi, âgé de 17 ans, témoigne : «David supportait toute la famille. Je ne sais pas ce que nous allons faire sans lui à présent.» A part sa femme, qui devrait accoucher sous peu d’une petite fille, Shaoulov laisse derrière lui deux enfants : Idan, 6 ans, et Karine, 4 ans. Il laisse également une sœur, Ziva (24) et un frère, Yossi (17).

  Benyamin Hafouta, z’’l, 47 ans, était le garde de sécurité en faction devant le restaurant qui fut le théâtre de l’attentat. Il avait pris sur lui le poste au lendemain du précédent attentat qui avait touché le ‘Rosh Haïr’ : «pourquoi est-ce qu’un terroriste reviendrait deux fois au même endroit ?» disait-il pour rassurer ses proches.

  Lorsque le terroriste s’est approché, Hafouta s’est méfié du jeune homme qui paraissait suspect et alors que la pelle à détection de métaux s’est mise à sonner face au sac que tenait le terroriste, l’énorme déflagration a retentit dans tout le quartier de l’ancienne gare routière de Tel-Aviv. En effectuant sa mission, le garde a ainsi permis d’éviter une plus grande catastrophe, qui aurait eu lieu si le terroriste avait pu pénétrer à l’intérieur du restaurant.

POURQUOI EST MORT MOH'AMED ABOU AL HAWA ?
Caroline Glick
 Jerusalem Post, 18 avril 2006

  Moh'amed Abou al Hawa, 42 ans, était père de 8 enfants lorsqu'il est mort mercredi dernier. Alors que les Juifs commençaient à fêter la Pâque, et racontaient l'histoire de l'exode d'Egypte ainsi que celle de la naissance d'une nation, Moh'amed était torturé par des terroristes du Fatah. Pendant qu'on appréciait notre repas du Séder, il a été abattu par 7 rafales, et, alors qu'on clôturait notre soirée studieuse par "L'an prochain à Jérusalem!", le corps de ce pauvre homme flambait avec sa voiture.

Moh'amed Abou al Hawa a été torturé et assassiné parce qu'on l'accusait d'un crime capital. Huit enfants sont devenus orphelins mercredi dernier dans la nuit parce que leur père avait soit disant vendu à des Juifs un bien immeuble situé à Jérusalem. L'immeuble est situé dans le quartier d'Al Tor, juste au dessus du Mont du Temple, au Mont des Oliviers.

Moh'amed Abou al Hawa a été enterré dans un cimetière improvisé, sur la route entre Jérusalem où il vivait et Jéricho, là où il a été tué. Son corps a été enterré là, parce que le moufti de l'Autorité Palestinienne (AP), Ikrima Sabri empêche tout Musulman accusé d'avoir vendu un bien immobilier ou un terrain à un Juif d'être enterré décemment dans un cimetière musulman.

Lorsque l'AP a été installée en 1994, le premier acte légal effectué par son président Yasser Arafat et son ministre de la justice Freih Abou Madein était de déclarer nulle et non avenue toute loi en vigueur. Après avoir plongé la société palestinienne dans un chaos légal, ces 2 hommes ont réinstitué la loi jordanienne qu'Israël avait révoquée en 1967. Cette loi fait de la vente d'un terrain à un Juif un délit.

Depuis 1994, des douzaines d'arabes Israéliens et des résidents de l'AP ont été assassinés, car soupçonnés d'avoir vendu un terrain à des Juifs. Comme ceux qui l'ont précédé, le meurtre de Abou al Hawa nous donne un bon aperçu sur la société palestinienne. Il nous dit que toute AP, celle-ci comme tout Etat qui peut lui succéder sera raciste, ce sera un état pratiquant l'apartheid où les lois promulguées le seront sur la base de la race et de la religion. On refusera aux Juifs tout droit de l'homme et les Arabes qui voudront vivre en paix avec les Juifs seront accusés de trahison et seront des cibles de meurtre.

Samedi soir, le sheikh Israélien Raed Salah, ex-maire de Oum al Fah'm (Israël) et chef de la branche nord du Mouvement Islamique Israélien a parlé à 30 000 arabes Israéliens dans le stade de sport de Qafr Kana. Il a placé le meurtre de Abou al Hawa

dans le contexte de la stratégie arabo-islamique de conquête de Jérusalem. Son discours a été largement diffusé par Al jazeera et il appelait à l'expulsion de tous les Juifs de Jérusalem. Il a appelé ses frères arabes à sauver Jérusalem des mains des Juifs, leur promettant que très bientôt cette ville sera la capitale de la nation islamique et sera gouvernée par un caliphe !  Le discours de Salah le place au niveau de Sheikh Youssef al Qaradaoui, le chef religieux sunnite basé au Qatar, autorité respectée par aussi bien al Qaeda que le Hamas. Président de la Fondation al Qouds (la sainte ou Jérusalem), en décembre dernier, à Sanaa-Yémen, Qaradaoui a donné ordre d'islamiser Jérusalem, de mettre fin à la coexistence avec Israël, et d'entamer un jihad civil, en parallèle avec la résistance armée.

Aujourd'hui personne dans le monde arabo-islamique et encore moins dans l'AP ne se lèvera pour défendre la mémoire de Abou al Hawa. Car pour tout ce monde, ce meurtre servira de leçon et découragera toute velléité de relation pacifique ou commerciale avec les Israéliens. Aucune de ces victimes de l'apartheid contre les Juifs n'aura eu l'occasion de s'exprimer ou de se défendre. Selon les spécialistes de la vente de biens immobiliers palestiniens, dans la plupart des cas, ces Arabes punis d'avoir vendu un terrain à des Juifs ne l'avaient pas fait. Dans le pire des cas, ces gens qui avaient simplement de bonnes relations avec des Juifs, sont devenus ainsi des "collaborateurs". Par ces méthodes, les dirigeants palestiniens sont assurés que les citoyens arabes auront trop peur d'entamer des relations de coexistence avec Israël.

  Considéré comme un vendeur traître, Abou al Hawa ne pouvait pas s'attendre à être protégé par les Palestiniens, mais comme résident de Jérusalem, il aurait pu espérer une protection des autorités israéliennes. Légalement, ce devoir incombe en effet à la Police d'Israël. Mais hélas, non seulement cette police ne l'a pas protégé, mais à cause d'elle il lui a été impossible d'échapper à la mort. Le mois dernier, le tribunal de Jérusalem a ordonné à la police de chasser des "squatters" arabes installés dans l'immeuble qui appartenait auparavant à Abou al Hawa. Selon nos sources, au lieu de mener cette opération délicate discrètement, dans un environnement arabe souvent hostile, la police en a informé la chaîne de TV10! Celle-ci diffusa l'opération à une heure de grande écoute deux soirées de suite. Elle montra la police en train de jeter les effets personnels des squatters. Le reporter Assaf Zohar a montré ces squatters comme de pauvres victimes innocentes et les nouveaux propriétaires juifs comme des possédants arrogants, riches et fanatiques. Or ils avaient acheté l'immeuble légalement, le faisaient garder légalement et voulaient y emménager légalement. Questionné par Zohar, Abou al Hawa a juré ses grands dieux qu'il avait refusé l'offre d'achat proposée par des Juifs venus avec des sacs plein de billets et le pressant de vendre. Il a juré qu'il ne vendrait jamais à des Juifs. A aucun moment Zohar n'a mentionné le fait que l'AP procédait régulièrement à l'assassinat extra judiciaire de tous ceux qu'on accuse de vendre des biens à des Juifs.

On imagine mal al Jazeera montrer des Juifs d'une façon pire que ne l'a fait la chaîne 10. Le fait que l'immeuble en question se trouvait à l'intérieur de la capitale d'Israël, à deux pas du Mont du Temple, n'a pas impressionné Zohar. Après l'émission de ce reporter, les clameurs d'incitation contre Abou al Hawa se sont amplifiées dans l'environnement d'Al Tor et ailleurs en AP. De bonne source, Abou al Hawa était harcelé avant l'émission, mais non condamné à mort. La diffusion des images de la chaîne 10 a mis sa vie en péril.

Cette affaire montre d'une manière troublante le niveau de compétence de nos élites, qu'elles soient à la police ou à l'information télévisée. A la police on nous affirme que la protection de Abou al Hawa a été mal menée par une équipe. Si la police l'avait voulu, elle aurait pu dissuader les Arabes du coin et les intrus palestiniens de harceler cet homme, en tout cas elle aurait pu les persuader de le laisser tranquille lui et sa famille. A cause de la diffusion des images de la chaîne 10,  tuer Abou al Hawa était devenu un sujet d'honneur, les assassins devenant des héros défendant l'orgueil palestinien et la solidarité islamique contre les Juifs…. Cette chaîne a non seulement transformé un citoyen arabe en une cible de meurtre, mais elle a montré comment les élites de ce pays considèrent l'antisémitisme officiel palestinien. Montrant la scène de l'éviction soir après soir pendant 7 longues minutes, montrant les Juifs comme de riches exploiteurs et des intrus, la chaîne 10, ses reporters, ses producteurs, ses rédacteurs acceptent de fait le fondement antisémite des griefs des Palestiniens contre Israël. C'est-à-dire que ces élites Israéliennes pensent que l'objectif de la création d'un état palestinien annule le droit des Juifs de posséder des terrains dans les zones que les palestiniens revendiquent.

Il ne fait pas de doute que l'action combinée de la police, de Tsahal et du Shin Bet pourrait faire disparaître ces assassinats qu'exécutent les Palestiniens pour empêcher des citoyens arabes de vendre des terrains à des Juifs. Cette action pourrait en tout cas faire comprendre aux Palestiniens et aux responsables arabes Israéliens qu'ils n’ont pas d'autre choix que de s'en tenir à la loi israélienne dans la capitale israélienne et, dans cette lutte pour la survie, Israël a les moyens humains d'y parvenir.

Pour que cette bataille ne soit pas un travail d'Hercule, encore faut-il que nos élites acceptent que nous avons le droit de lutter et de nous défendre, sans qu'elles n'adoptent le point de vue raciste de l'adversaire, le présentant de plus au public comme une vérité objective.

La torture et le meurtre de Abou al Hawa est le résultat non seulement d'une société palestinienne barbare, mais aussi celui du fait que les soutiens de ces barbares au sein de notre propre pays règnent en maîtres.

(Traduit par Albert Soued  pour www.nuitdorient.com)       

Les nazis voulaient étendre l'holocauste aux juifs en Palestine
Le Monde (AFP), 12 avril 2006

 Le régime nazi d'Adolf Hitler avait prévu d'étendre l'holocauste au demi-million de juifs d'Europe réfugiés en Palestine lors de la Deuxième Guerre mondiale, selon une étude réalisée par deux historiens de l'Université de Stuttgart (sud-ouest), publiée mercredi.
 
Le régime national-socialiste avait maintenu à disposition une unité spécialement constituée à cet effet et stationnée en Grèce, qui devait exterminer les quelque 500.000 juifs d'Europe réfugiés en Palestine, écrivent Klaus Michael Mallmann et Martin Cüppers, après trois ans de recherches dans de nombreuses archives.
 
"Nous avons exploité, entre autres, des documents du ministère allemand des Affaires étrangères à Berlin et du service des archives militaires à Fribourg" (sud-ouest), précise M. Mallmann, auteur d'autres études sur la Gestapo et le Parti communiste allemand.
 
Seule la défaite du maréchal allemand Erwin Rommel, dont les troupes ont été repousées fin 1942 à El Alamein en Egypte par les soldats du maréchal britannique Bernard Montgomery, a évité l'extension de l'holocauste en Palestine, affirment les deux historiens.
 
Si Rommel avait remporté la bataille d'Alamein et progressé jusqu'en Palestine, le commando d'intervention aurait reçu l'ordre d'abattre les juifs en Palestine, selon l'étude.
 
"L'un des principaux collaborateurs des nationaux-socialistes et en même temps un antisémite inconditionnel était le mufti de Jérusalem, Haj Amin el-Husseini", soulignent les deux historiens.
 
Sa personne reflétait "de manière exemplaire le rôle décisif joué par la haine des juifs dans le projet d'entente germano-arabe", ajoutent-ils. Selon eux, Haj Amin el-Husseini, l'un des principaux sinon le principal dirigeant palestinien de l'époque, a mis au point les détails de l'extermination lors de plusieurs rencontres avec Adolf Eichmann, l'officier supérieur SS en charge de la mise en oeuvre de l'holocauste, capturé par les services secrets israéliens en Argentine en 1960, condamné à mort et exécuté à Jérusalem en 1962.
 
"L'histoire du Proche-Orient aurait été complètement différente et un Etat juif n'aurait jamais pu être créé là-bas si le projet des Allemands et des Arabes avait effectivement été appliqué", observent les deux historiens.
 

Conseil Editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
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         Volume V, Numéro 230                                     Vendredi, 7 avril 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
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José-Marie Aznar : 
 "Israël doit faire partie de l’Alliance Atlantique."

  Ugo Rankl

Guysen Israël News, 3 mars 2006

 

          De passage à Jérusalem, Jose Maria Aznar, l’ancien Premier Ministre espagnol, est venu exposer aux journalistes et aux diplomates réunis par le Jerusalem Center for Public Affairs sa vision de l’Otan et des réformes indispensables à conduire au sein de l’Alliance Atlantique.  Jose Marie Aznar s’est mis en retrait de la vie politique après les terribles attentats de Madrid du 11 mars 2004 avec 191 morts et 1500 blessés.

 

           Cette attaque contre la population madrilène a été menée trois jours avant les élections générales. Jose Maria Aznar ne briguait pas un nouveau mandat. Il dirigeait les affaires espagnoles depuis 1996 et souhaitait tourner la page. Mais le Premier Ministre s’était désigné un successeur en la personne de Marianno Rajoy. Juste avant les attentats, les sondages donnent ce dernier largement gagnant.

 

Mais alors que l’Espagne est encore sous le choc, le cours prévisible des choses dérape. Jose Maria Aznar fait l’erreur d’accuser trop vite l’organisation basque ETA d’avoir organisé la tuerie de Madrid. Le 17 mars 2004, un scandale éclate. Aznar est accuse d’avoir tenté de faire pression sur les groupes de presse espagnols pour accréditer la thèse de l’attentat basque. L’opposition espagnole tire à boulets rouges sur le Premier ministre que l’on rend directement responsable des attentats.

 

Pour les socialistes, menés par Jose Luis Zapaterro, les organisateurs des attentats sont des islamistes et rien ne se serait produit si Aznar ne s’était pas aligné sur Georges Bush et avait refusé d’envoyer des troupes en Irak. L’argument porte. Le candidat soutenu par Jose Maria Aznar est battu aux élections. Jose Luis Zapaterro devient Premier ministre et décide de conduire une politique strictement pacifiste.

 

Les forces espagnoles déployées en Irak sont rapatriées. Les attentats de Madrid ont prouvé que les islamistes pouvaient faire influer directement sur les choix électoraux dans une démocratie en faisant exploser leurs bombes dans la foule.

 

A Jérusalem, Jose Maria Aznar est venu rappeler qu’il était une victime et un survivant du terrorisme. Le 19 avril 1995, il a échappé de justesse à un attentat de l’ETA. Touché à titre personnel et en tant qu’homme politique, Aznar est convaincu que l’Occident est en guerre contre un ennemi sans pitié qui veut restaurer « le califat mondial » et détruire toutes les valeurs de la civilisation occidentale.

 

 Avec l’Otan, l’Occident a les moyens de se défendre. L’alliance atlantique, a rappelé Jose Maria Aznar, a réussi à contrer la menace communiste jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Mais face à la menace islamiste, l’organisation de la défense occidentale doit se réformer pour mettre en échec un ennemi qui ne ressemble plus du tout au rouleau compresseur soviétique. Les islamistes sont incapables d’aligner des divisions de chars et d’infanterie Ils ont choisi la stratégie de l’infiltration dans les démocraties qu’ils frappent durement dès que l’occasion adéquate se présente.

 

Mais la menace militaire qui émane du monde musulman, avec les efforts que l’Iran consent pour acquérir un arsenal nucléaire, se précise. Jose Maria Aznar voit un autre péril dramatique avec la fusion du nationalisme palestinien et de l’islamisme. Le « vernis » palestinien va justifier l’agressivité des musulmans extrémistes et la rendre politiquement correcte. Les Palestiniens, qui ont construit leur identité nationale sur la guerre et le terrorisme, ont déjà fourni des cadres au mouvement jihadiste mondial. Après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes, les forces anti-occidentales pourraient disposer d’une tête de pont sur la Méditerranée ou l’Iran, et tous les pays qui soutiennent le terrorisme pourraient rassembler des hommes et stocker des armes.

 

Pour contrer un ennemi qui refuse pour le moment l’affrontement direct et « se cache dans les mosquées et les cafés Internet » depuis les Philippines jusqu’à l’Europe, l’Otan doit se déployer sur tous les continents. Jose Maria Aznar fait donc campagne dans les capitales occidentales pour que l’Australie et le Japon deviennent membres de l’Alliance Atlantique. Israël doit également intégrer au plus l’Otan. L’ancien Premier ministre espagnol estime que l’Etat hébreu est un pays occidental qui partage le même héritage culturel, politique et spirituel que les nations occidentales et les Etats-Unis. Il faut donc que l’Occident oublie sa prudence et demande sans tarder à Israël de se ranger dans son camp. Les protestations et les menaces du monde arabe ne doivent pas empêcher les pays libres de se rassembler pour opposer un front commun à l’islamisme.

 

 Jose Maria Aznar dit qu’il demande souvent aux Européens hostiles à Israël d’imaginer la situation et l’avenir de leur continent si jamais les Palestiniens et l’islam finissaient par triompher : ce serait la pire des hypothèses pour les nations occidentales qui porteraient le fardeau moral d’avoir abandonné une démocratie face à un «tsunami » totalitaire. En outre, si l’islamisme faisait sauter le verrou israélien, l’Europe serait immédiatement la seconde étape vers la constitution du califat mondial.

 

Pour qu’Israël rejoigne l’Otan, il faut apaiser les craintes des Européens qui préfèrent considérer, contre toute évidence, que le problème d’Israël n’est pas le même que celui des démocraties occidentales confrontées au totalitarisme islamique.

Mais il faut également triompher de la méfiance des Israéliens. Ces derniers, en effet, sont farouchement attachés à leur liberté d’action, et ils imaginent mal se ranger aux côtés de nations certes officiellement amies et alliées, mais qui n’ont jamais hésité à condamner l’Etat juif chaque fois qu’il prend l’initiative contre les Palestiniens.


Israël avant les élections du 28 mars
Bulle d'air high-tech
Didier FRANCOIS  

www.liberation.fr, 23 mars 2006

 

Le joyau de l'économie israélienne, le Matam, centre des industries scientifiques, s'est ciselé un écrin à la mesure de son succès. Au pied du mont Carmel, en bordure de Méditerranée, un incroyable «parc de haute technologie» s'élève désormais sur une ancienne friche de 20 hectares en lieu et place de vieux hangars portuaires. Coulés dans la verdure, temples modernes entièrement dédiés à la recherche de pointe, deux dizaines d'immeubles en béton brut et verre fumé abritent les laboratoires de tous les principaux acteurs du secteur informatique mondial. Les géants du marché international, Intel, Microsoft, Philips, Motorola ou Hewlett Packard, côtoient ici les jeunes entreprises les plus dynamiques du pays, Elbit Syste s, ChipX, Zoran, Zim Ofer. Dans cette pépinière à idées neuves, pas moins de 6 000 chercheurs, des ingénieurs, des techniciens, pionniers dans leur domaine, travaillent à développer aujourd'hui la trouvaille géniale qui fera l'ordinaire de demain. Et ce filon de matière grise attire en Israël une ruée d'investisseurs, spécialistes en capital-risque, en quête de la prochaine pépite électronique. Une source de revenus inestimable pour un pays lourdement handicapé par le coût d'un interminable conflit.

 

Petits génies embauchés à bon prix
Dans le cocon du Matam de Haïfa, les échos des accrochages dans les Territoires palestiniens occupés arrivent tout aussi étouffés que sur les postes de télévision californiens de la Silicon Valley. A l'image de son modèle américain, le monde du high-tech israélien vit dans une bulle confortable où les soucis du quotidien sont réduits à leur plus simple expression. L'attention des employeurs semble sans limites pour que leurs petits génies, embauchés à bon pri , puissent se concentrer sur l'accomplissement de leurs rêves numériques. Aucun détail n'a été laissé au hasard. Chacun dispose d'une place de stationnement nominative. Le Matam réserve à l'usage de ses hôtes une station-service et un garage, une clinique, une banque, un bureau de poste et une agence de voyages. Cerise sur le gâteau, une crèche de onze classes peut accueillir jusqu'à 350 chérubins âgés de 3 mois à 6 ans. Bezeq, la compagnie israélienne de téléphone cellulaire, gère un central de communication à très haut débit quand la municipalité affecte, en permanence, deux transformateurs électriques aux seuls besoins en énergie du parc.

 

Les rares pauses que s'accordent les informaticiens se prennent sur le pouce au Machinetta Coffee Shop. Ce bar aux allures de cafétéria est situé dans le hall de la Matam Towers 1, un immeuble de bureaux aux grands espaces traversés de passerelles reliées entre elles par des ascenseurs intérieurs en acier gris. Les murs s'élèvent en abruptes parois chaulées d'ocre rouge. Dans cette ambiance, un poil Star Trek, des haut-parleurs, que dissimulent des palmiers cultivés en bacs, diffusent des chansons de Brassens et d'Edith Piaf. Aux tables alentour, personne ne s'en étonne. L'anglais domine dans des conversations mâtinées de tous les accents concevables, hébreu, américain, russe ou français. Les tenues sont décontractées, mais chacun porte, passé autour du cou, un badge plastifié indispensable pour circuler entre les divers contrôles de sécurité. Bienvenue sur la planète high-tech, berceau de la mondialisation, laboratoire de notre futur, où l'expresso se boit avec sucrettes, coupé de lait crémeux.

 

«Monde à part»
A Matam, tu te sens quelqu'un de spécial vivant dans un monde à part, admet bien volontiers Avi Ohana, embauché par Intel sur un salon d'informatique à Paris dès la fin de ses études. Tu trouves ici toutes les nationalités possibles, des Indiens, des Argentins. Pour communiquer, on utilise comme des fous Babylon, un logiciel de tr duction simultanée inventé en Israël. Les boîtes multinationales sont totalement ouvertes. A Intel, on travaille même avec des Arabes. Les sociétés israéliennes en revanche leur refusent tout accès. Elles ont toujours un lien avec la Défense. A table, lors des gros événements, on parle de politique, ce qui serait impensable dans les laboratoires aux Etats-Unis. Ça ne pose aucun problème, le milieu du high-tech israélien tend plutôt vers le centre, c'est une sorte de miroir de la société israélienne mais sans ses extrêmes et beaucoup plus libéral d'un point de vue économique. Dans l'ensemble, on discute bien plus de nos salaires ou de football que de politique.»

 

Avi connaît son affaire. Ce spécialiste en architecture des microprocesseurs a atterri à Haïfa il y a douze ans. Le numéro 1 mondial de la puce informatique avait des besoins énormes. 2000 employés travaillent à Haïfa dans son centre de développement spécialisé dans les unités centrales pour ordinateurs. «Le processeur Centrino a été dév loppé ici, souligne Avi, et nous mettons la touche finale au projet qui va remplacer le Pentium», le processeur qui équipe la très grande majorité des ordinateurs dans le monde. D'ici quelques mois, l'essentiel de la production d'Intel sortira de ses chaînes israéliennes. L'entreprise américaine possède déjà deux usines dans le pays. Celle de Kiryat Gat fabrique des cartes de mémoire flash. Une nouvelle ligne est en cours d'achèvement; elle traitera les applications issues de la nanotechnologie et produira de minuscules transistors bien plus fins qu'une feuille de papier à cigarette.

 

Prévue pour ouvrir au second semestre 2008, cette usine emploiera 2 000 techniciens à la fabrication de plaques de silicium. Intel aura alors déboursé la somme astronomique de 3,5 milliards de dollars, faisant du projet Fab-28 le plus important investissement industriel de l'histoire de l'Etat hébreu. Lors de la signature, en décembre dernier, le gouvernement israélien a annoncé l'octroi de 525 millions de doll rs en crédits pour financer l'achat du terrain et une aide de 600 millions de dollars pour la modernisation de l'usine existante. Un effort considérable pour le budget du pays. «Nous avons eu un débat très intense sur la question de savoir si nous devions apporter à Intel l'aide nécessaire à son investissement», reconnaît Ehud Olmert, qui assure l'intérim du Premier ministre Ariel Sharon, mais qui a soutenu à bout de bras ce projet au cours des deux dernières années à la tête du ministère de l'Industrie puis de celui des Finances.

 

«Le fait que l'on puisse, aujourd'hui, investir 5 milliards de dollars en Israël, c'est aussi affirmer que le Hamas ne nous fait pas peur, que le terrorisme ne nous effraie pas et que l'on a confiance dans l'Etat d'Israël, son gouvernement, son peuple et sa stabilité économique, souligne-t-il. Intel a été la première compagnie à y investir, il y a plus de trente ans, ouvrant la voie à IBM, Motorola ainsi qu'à d'autres entreprises venues du monde entier. Et a cune d'elle n'a jamais eu à le regretter.» L'économie locale n'a pas eu plus à s'en plaindre. Ses partenaires internationaux se sont révélés d'une grande fidélité lors de la récession qui a frappé le pays de 2000 à 2003, conjugaison d'une reprise de l'Intifada palestinienne et de l'éclatement de la bulle spéculative dans les start-up du high-tech. La croissance est repartie depuis 2004, avec un taux supérieur à 4 %. Et la reprise s'est confirmée avec une croissance de 5,2 % en 2005, selon le Bureau central des statistiques.

 

Plus de 100 sociétés israéliennes sont cotées au Nasdaq, ce qui place Israël en troisième position derrière les Etats-Unis et le Canada. Les investissements étrangers se sont élevés à 9,7 milliards de dollars l'an dernier, en hausse de 67 %. Cet afflux a dopé la Bourse dont les principaux indices ont progressé de quelque 30 % en 2005. Et Israël talonne désormais les Etats-Unis pour l'importance du capital-risque.

 

Cet exceptionnel dynamisme de la haute technologie israélie ne creuse aussi sûrement le fossé avec une société palestinienne rendue exsangue par l'Intifada que le mur de sécurité érigé autour des territoires occupés. D'autant que le conflit ne semble pas totalement étranger à ce nouvel élan économique. La perméabilité entre recherche militaire et applications civiles compte au nombre des raisons qui contribuent au succès du high-tech israélien. Ainsi les cartes de mémoire flash produites à Kiryat Gat sont une invention conçue au départ par l'armée de l'air pour équiper ses avions de chasse avec une base de données mécanique et compacte qui résiste aux conditions extrêmes du pilotage de combat. «Une solution technique développée pour les militaires finit toujours par trouver un débouché dans le civil», souligne Amit Mendelsohn, concepteur de logiciels passé lui-même de l'armée au civil, et rédacteur de Chief, une newsletter en hébreu.

 

Expérience acquise à l'armée

 

«Prenons l'exemple de la sécurité des données et de leur transmission C'est un secteur dans lequel les Israéliens sont leaders à travers une entreprise comme Check Point, explique Amit Mendelsohn. L'un de ses trois fondateurs, Gil Shwed, a conçu le premier pare-feu en 1993. Il a entamé des études à l'université de Jérusalem, mais a acquis toute son expérience au cours de ses trois années passées sous les drapeaux. Chaque année, des dizaines de jeunes arrivent sur le marché de la recherche, munis de leur diplôme militaire et d'une solide expérience dans les domaines de pointe.»

 

«J'ai commencé l'informatique lorsque j'avais 15 ans, car mon lycée avait signé une convention avec l'université de Tel-Aviv, raconte un spécialiste des logiciels de télésurveillance sans fil. A 18 ans, j'ai rejoint une unité des renseignements militaires chargée de la récolte des données électroniques. C'est là que j'ai acquis mon expérience de recherche. En fait, quand un problème pratique se pose, nous apprenons à chercher des solutions qui ne soient pas conventionnelles o auxquelles l'adversaire ne va pas penser. Les chefs vont alors mettre en place de petites équipes pluridisciplinaires en fonction des besoins. Ils peuvent également mettre plusieurs équipes en concurrence. Ce type de fonctionnement très souple, autour de la recherche d'une idée et de son application, est en fait très proche du mode de fonctionnement d'une start-up.»

 

L'arrivée massive d'immigrants quittant l'ancienne Union soviétique, à partir de 1990, a considérablement renforcé le potentiel de recherche d'Israël. «Les Russes devaient faire face au même problème que les Israéliens, souligne Avi Ohana, dû à leur manque chronique de moyens, il leur fallait se démener pour trouver des solutions technologiques originales et peu coûteuses. Elle est là notre force. En Israël, on a la hutzpa, le toupet qui manque aux Américains. Les jeunes ici veulent réussir. Et les Israéliens veulent toujours faire mieux que les Américains. Le high-tech, ici, c'est une sorte de fierté nationale.»

 

 

Conseil Editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
David Ouellette (Chercheur Associé; Journaliste, ICRJ)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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