Communiqué Isranet
avril
2006
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Volume V, Numéro
232 • Vendredi, 28 avril 2006
Un enfant de la révolution
prend le commandement :
les démons d’Ahmadinejad
Matthias Kuntzel
The New Republic, 24 avril 2006
Traduction française :
Menahem Macina pour l'upjf.org
Durant la guerre Iran-Iraq, l'Ayatollah Khomeyni importa de Taiwan 500.000
petites clés en plastique. Ces breloques visaient à inspirer.
Après l'invasion iraqienne de l'Iran, en septembre 1980, il était
vite devenu clair que les forces iraniennes n'étaient pas un
adversaire capable de se mesurer à l'armée de métier,
professionnelle et bien armée, de Saddam Hussein.
Pour compenser ce désavantage, Khomeiny envoya au front des enfants
iraniens, dont certains n'avaient pas plus de 12 ans. Constitués
en unité militaire, ils traversaient des champs de mines en direction
de l'ennemi, se frayant un chemin avec leur corps. Avant chaque mission,
chaque enfant avait, à son cou, une clé taiwanaise censée
lui ouvrir les portes du paradis.
A un certain stade, cependant, le bain de sang terrestre devint un problème.
« Dans le passé », écrivait le quotidien iranien
semi-officiel, Ettelaat, alors que la guerre faisait rage, « nous
avions des volontaires enfants, âgés de 14, 15 et 16 ans.
Ils entraient dans les champs de mines. Leurs yeux ne voyaient rien.
Leurs oreilles n’entendaient rien. Puis, quelques instants plus
tard, on voyait des nuages de poussière. Quand la poussière
se dissipait, on ne voyait plus rien d’eux. Eparpillés
partout alentour, gisaient des déchets de chair brûlée
et des morceaux d’os ». Ettelaat rassurait ses lecteurs
: on éviterait de telles scènes dorénavant. «
Avant de pénétrer dans les champs de mines, les enfants
s’enveloppent (désormais) dans des couvertures et se roulent
sur le sol, de manière à ce que les parties de leur corps
restent ensemble après l’explosion des mines et que l’on
puisse les inhumer dans des tombes. »
Ces enfants qui roulaient vers leur mort faisaient partie des Basiji,
un mouvement de masse créé par Khomeiny en 1979, et devenu
paramilitaire après le début de la guerre pour renforcer
l’armée assiégée. La Basij Mostazafan –
ou "mobilisation des opprimés" – était
essentiellement une milice de volontaires, dont la plupart des membres
n’avaient pas 18 ans. Ils marchaient, par milliers et avec enthousiasme,
vers leur propre destruction. « Les jeunes déminaient avec
leur corps », rappelait, en 2002, au journal allemand, Frankfurter
Allgemeine, un ancien combattant de la guerre Iran-Iraq. « Parfois,
on aurait dit une course. Même sans les ordres du chef, chacun
voulait être le premier. »
Le sacrifice des Basiji était effroyable. Et pourtant, aujourd’hui,
il est la source non d’une honte nationale, mais d’une fierté
grandissante. Depuis la fin des hostilités avec l’Iraq,
en 1988, les Basiji ont vu croître leur nombre et leur influence.
Ils ont été organisés, avant tout, en brigade des
mœurs, pour faire respecter la loi religieuse en Iran, et leurs
"unités spéciales" d’élite ont
été utilisées comme troupes de choc contre les
forces antigouvernementales. En 1999 et 2003, par exemple, les Basiji
ont eu pour rôle de réprimer l’agitation estudiantine.
Et, l’année dernière, ils formaient le puissant
noyau de la base politique qui a propulsé à la présidence
Mahmoud Ahmadinejad, qui, selon la rumeur, a été instructeur
du Basij durant la guerre Iran-Iraq.
Ahmadinejad savoure son alliance avec les Basiji. Il apparaît
régulièrement en public avec l’écharpe Basij
noire et blanche, et, dans ses discours, ne cesse de louer la "culture
Basij" et le "pouvoir Basij", avec lesquels, dit-il,
« L’Iran, aujourd’hui, fait sentir sa présence
sur la scène internationale et diplomatique ».
Le fait que la suprématie de Ahmadinejad s’appuie sur les
Basiji, indique que la Révolution iranienne, initiée il
y a près de trois décennies, est entrée dans une
phase nouvelle et inquiétante. Une jeune génération
d’Iraniens, dont la conception du monde s’est formée
dans les atrocités de la guerre Iran-Iraq, a accédé
au pouvoir et fait preuve d’une approche idéologique plus
fervente de la politique que ses prédécesseurs. Les enfants
de la Révolution sont devenus ses dirigeants, à présent.
En 1980, l’Ayattolah Khomeiny appela l’invasion iraqienne
une « bénédiction divine », parce que la guerre
lui fournissait l’opportunité parfaite d’islamiser
et la société iranienne et les institutions de l’Etat
iranien. Tandis que les troupes de Saddam envahissaient l’Iran,
Les Gardiens de la Révolution, qui lui étaient fanatiquement
dévoués, se lançaient rapidement dans la mobilisation
et la préparation de leurs forces aériennes et maritimes.
Dans le même temps, le régime accélérait
la transformation des Basiji en une milice populaire.
Alors que les Gardiens de la Révolution étaient des soldats
adultes entraînés de manière professionnelle, la
milice Basiji était essentiellement composée de garçons
âgés de 12 à 17 ans et d’hommes de plus de
45 ans. Leur formation ne durait que quelques semaines et portait davantage
sur la théologie que sur les armes et la stratégie. La
plupart des Basiji venaient de la campagne et étaient souvent
illettrés. Un fois leur entraînement achevé, chacun
d’entre eux recevait un bandeau rouge sang qui le désignait
comme un VOLONTAIRE POUR LE MARTYRE. Selon l’ouvrage de Sepehr
Zabih, The Iranian Military in Revolution and War [L’armée
iranienne dans la Révolution et la Guerre], ces volontaires constituaient
près d’un tiers de l’armée iranienne, et la
majeure partie de son infanterie.
La principale stratégie utilisée par les Basiji était
celle de l’attaque en vagues humaines, au cours de laquelle des
enfants et des adolescents à peine armés avançaient
continuellement vers l’ennemi en rangs parfaitement alignés.
Peu importait qu’ils tombent sous le feu de l’ennemi ou
fassent exploser des mines avec leur corps : l’important était
que les Basiji continuent à progresser par-dessus les restes
déchiquetés et mutilés de leurs camarades tués,
allant au-devant de la mort, vague après vague. Quand une brèche
avait été ouverte dans les lignes iraqiennes, les commandants
iraniens envoyaient leurs troupes des Gardiens de la Révolution
les plus valeureux et les plus expérimentés.
Cette méthode avait un coefficient de réussite indéniable.
« Il arrivaient vers nos positions en hordes énormes en
faisant tournoyer leurs poings », se plaignait un officier iraqien,
durant l’été 1982. « Vous pouviez abattre
la première vague, puis la seconde. Mais à un certain
stade, les cadavres s’entassent devant vous, et tout ce que vous
pouvez faire, c’est hurler et jeter votre arme. Ce sont des êtres
humains, après tout ! » A l’été de
1983, quelque 450.000 Basiji avaient été envoyés
au front. Au bout de trois mois, ceux qui avaient survécu à
ces opérations étaient renvoyés à leurs
écoles et à leurs lieux de travail.
Mais trois mois, c’est long, quand on est au front. En 1982, au
cours de la reconquête de la ville de Khorramshahr, 10.000 Iraniens
périrent. A la suite de l’"opération Kheiber",
en février 1984, les cadavres de quelque 20.000 tués iraniens
jonchaient le champ de bataille. L’offensive de "Karbala
Quatre", en 1986, coûta la vie à plus de 10.000 Iraniens.
On dit qu’en tout, quelque 100.000 hommes et enfants ont été
tués au cours des opérations Basiji. Pourquoi les Basiji
étaient-ils volontaires pour une telle mission ?
La plupart d’entre eux étaient recrutés par des
membres des Gardiens de la Révolution, qui commandaient les Basiji.
Ces "éducateurs spéciaux" parcouraient les écoles
et sélectionnaient leurs martyrs, parmi les participants aux
exercices paramilitaires, auxquels les jeunes Iraniens étaient
tenus de prendre part. Des films de propagande – comme le film
de télévision réalisé en 1986 et intitulé
A Contribution to the War [Une contribution à la guerre] célébraient
cette alliance entre les étudiants et le régime, et sapaient
l’autorité des parents qui tentaient de sauver la vie de
leurs enfants. (A l’époque, la loi iranienne permettait
aux enfants de s’engager, même contre le gré de leurs
parents.) D’ailleurs, quelques parents se laissaient séduire
par les avantages offerts. Lors d’une campagne appelée
"Offrez un enfant à l’imam", toute famille qui
avait perdu un enfant sur le champ de bataille se voyait offrir un crédit
sans intérêt et d’autres généreuses
allocations. De plus, l’enrôlement dans le corps des Basiji
donnait au plus pauvre d’entre les pauvres une chance de promotion
sociale.
Pourtant d’autres étaient contraints au "volontariat".
En 1982, l’hebdomadaire allemand, Der Spiegel, présentait
le cas d’un garçon de 12 ans, du nom de Hossein, qui fut
enrôlé dans les Basiji, bien qu’il fût atteint
de la poliomyélite :
Un jour, quelques imams inconnus passèrent dans le village. Ils
convoquèrent toute la population sur la place qui faisait face
au poste de police, et ils annoncèrent qu’ils apportaient
de bonnes nouvelles de la part de l’imam Khomeiny : l’Armée
Islamique d’Iran avait été choisie pour libérer
la ville sainte d’Al Quds – Jérusalem – du
joug des infidèles […] Le mollah local avait décidé
que chaque famille ayant des enfants devrait fournir un soldat de Dieu.
Comme Hossein était le moins utile à sa famille et que,
du fait de son infirmité, il ne pouvait de toute façon
pas s’attendre à beaucoup de bonheur dans cette vie, son
père le choisit pour représenter la famille dans le combat
contre les démons d’infidèles.
Des 20 enfants qui partirent à la guerre avec Hossein, seuls
lui et deux autres survécurent.
Mais, si de telles méthodes peuvent jeter quelque lumière
sur les raisons de leur engagement, elles n’expliquent pas la
ferveur avec laquelle ils se précipitaient vers leur propre destruction.
Seule la nature particulière de l’islam de la Révolution
iranienne peut permettre d’élucider ce phénomène.
Au début de la guerre, les mollahs qui dirigeaient l’Iran
n’envoyaient pas des êtres humains dans les champs de mines,
mais des animaux : ânes, chevaux et chiens. Mais cette tactique
s’avéra inutile : « Après la désintégration
de quelques ânes, les autres s’enfuyaient terrorisés
», relate Mostafa Arki dans son livre, Eight Years of War in the
Middle East [Huit ans de guerre au Moyen-Orient]. Les ânes réagissaient
normalement, car la peur de la mort est naturelle. Les Basiji, par contre,
marchaient à la mort sans peur et sans plainte. Les curieux slogans
qu’ils chantaient en arrivant sur le champ de bataille sont dignes
d’attention ; « Contre les Yazid de notre temps ! »
; « La caravane de Hussein est en route ! » ; « Un
nouveau Karbala nous attend ! ».
Yazid, Hussein, Karbala – ces mots sont tous des références
au mythe fondateur de l’islam chiite. A la fin du septième
siècle, l’islam était divisé entre ceux qui
étaient fidèles au calife Yazid – les prédécesseurs
de l’islam sunnite – et les fondateurs de l’islam
chiite, qui croyaient que l’imam Hussein, petit-fils du prophète
Muhammad, devait gouverner les musulmans. En 680, Hussein prit la tête
d’une révolte contre le calife "illégitime",
mais il fut trahi. Dans la plaine de Karbala, le dixième jour
du mois de Muharram, les troupes de Yazid attaquèrent Hussein
et sa suite et les mirent à mort. Le cadavre de Hussein portait
les traces de 33 trous de lance et de 34 coups d’épée.
Après avoir été décapité, son corps
fut piétiné par des chevaux. Depuis lors, le martyre de
Hussein a constitué le cœur de la théologie chiite,
et la Célébration de la Hashura, qui commémore
sa mort est le jour le plus sacré du chiisme. En cette occasion,
les hommes se frappent avec leurs poings, ou se flagellent avec des
chaînes de fer pour s’identifier aux souffrances de Hussein.
Au fil des siècles, le rituel était devenu odieusement
violent. Dans son étude intitulée Crowds and Power [Foules
et Pouvoir], Elias Canetti nous rapporte un récit de première
main sur la fête de la Ashura, telle qu’elle avait lieu
au milieu du dix-neuvième siècle, à Téhéran
:
500.000 personnes, sous l’emprise du délire, couvrent leur
tête de cendres et se frappent le front contre le sol. Ils désirent
s’infliger volontairement des tourments : se suicider en masse,
se mutiler avec raffinement […] Des centaines d’hommes en
tunique blanche s’avancent, le visage levé vers le ciel
avec une expression extatique. Certains d’entre eux seront morts
ce soir, beaucoup seront estropiés et mutilés, et les
tuniques blanches, devenues rouges seront leur linceul […] Il
n’y a pas de plus beau destin que de mourir le jour de la Célébration
de la Ashura. Les portes des huit Paradis sont grand ouvertes pour les
saints et tous ceux qui s’efforcent de s’y engouffrer.
De tels excès sanglants sont interdits dans l’Iran contemporain,
mais, au cours de la Guerre Iran-Iraq, Khomeiny s’est emparé
de l’essence de ce rituel pour en faire un acte symbolique et
le revêtir d’un contenu politique. Il prit la ferveur intérieure
et la canalisa vers l’ennemi extérieur. Il transforma la
lamentation passive en une opposition active. Il fit de la bataille
de Karbala le prototype de toute lutte contre la tyrannie. De fait,
cette technique a été utilisée durant les manifestations
politiques de 1978, où de nombreux manifestants iraniens portaient
des linceuls pour lier la bataille de 680 à la lutte d’alors
contre le Shah. Dans la guerre contre l’Iraq, une plus grande
signification était attribuée à Karbala : d’un
côté, l’ignoble Yazid, qui revêtait maintenant
la forme de Saddam Hussein ; de l’autre, le petit-fils du Prophète,
Hussein, représentant ceux qui souffrent et pour lesquels le
temps de la vengeance chiite est finalement venu.
Par la suite, le pouvoir de ce récit fut renforcé par
le tour théologique que Khomeiny lui imprima. Selon Khomeiny,
la vie est sans valeur et la mort est le début de la véritable
existence. « Le monde naturel », expliquait-il en octobre
1980, « est le plus bas élément, le rebut de la
création ». Ce qui est décisif, c’est l’au-delà
: Le « monde divin, qui est éternel ». Ce monde-là
est accessible aux martyrs. Leur mort n’en est pas une, c’est
seulement le transfert de ce monde dans celui de l’au-delà,
où ils vivront éternellement et dans la gloire. Que le
guerrier gagne la bataille, ou qu’il la perde en mourant en martyr,
dans les deux cas, sa victoire est garantie, soit dans ce monde matériel,
soit dans le monde spirituel.
Cette attitude avait une implication mortelle pour les Basiji : qu’ils
survivent ou non était hors de propos. Même l’utilité
stratégique de leur sacrifice importait peu. Les victoires militaires
sont secondaires, expliquait Khomeiny, en septembre 1980. Le Basiji
doit « comprendre qu’il est un 'soldat de Dieu', pour qui
ce n’est pas tant le résultat du conflit que la part qu’on
y prend, qui apporte plénitude et satisfaction » Le dégoût
de Khomeiny pour la vie aurait-il pu avoir autant d’effet, dans
la guerre contre l’Iraq sans le mythe de Karbala ? Probablement
pas. C’est avec le mot de Karbala sur les lèvres que les
Basiji entrèrent dans la bataille avec exultation.
Pour ceux dont le courage faiblissait pourtant en face de la mort, le
régime monta un spectacle. Un mystérieux cavalier chevauchant
un magnifique destrier allait apparaître soudain sur les lignes
de front. Son visage – recouvert de phosphore – allait resplendir.
Son costume était celui d’un prince médiéval.
Reza Behrouzi, un enfant-soldat, dont le récit a été
rapporté, en 1985, par l’écrivain français,
Freidoune Sehabjam, racontait que les soldats réagissaient avec
un mélange de terreur et de ravissement.
Tout le monde voulait courir au devant du cavalier. Mais il les tenait
à distance. « Ne venez pas vers moi ! », criait-il,
« Menez le combat contre les infidèles ! […] Vengez
la mort de notre Imam Hussein et terrassez la descendance de Yazid !
» Et comme la silhouette disparaissait, les soldats s’écriaient
en pleurant : « Oh, Imam Zaman, où êtes-vous ? »
Ils tombaient à genoux, priaient et se lamentaient. Quand elle
se manifestait à nouveau, ils se redressaient comme un seul homme.
Ceux dont les forces n’étaient pas encore épuisées
fonçaient sur les lignes ennemies.
La mystérieuse apparition, capable de déclencher de telles
émotions, est l’"imam caché", un personnage
mythique qui influence la pensée et l’action d’Ahmadinejad
jusqu’à aujourd’hui. Les chiites appellent "imams"
tous les descendants mâles du prophète Muhammad et leur
attribuent un statut quasi divin. Hussein, qui fut tué par Yazid
à Karbala, était le troisième Imam. Son fils et
son petit-fils étaient les quatrième et cinquième.
A la fin de cette lignée, il y a le "Douzième Imam",
dont le nom est Muhammad. Certains le nomment le Mahdi ("celui
qui est guidé par Dieu"), tandis que d’autres disent
imam Zaman (sahib-e zaman, "le maître du temps"). Il
naquit en 869, et était le fils unique du onzième Imam.
En 874, il disparut sans laisser de trace, causant ainsi l’extinction
de la lignée.
Toutefois, selon la mythologie chiite, le Douzième Imam a survécu.
Les chiites croient qu’il s’est seulement dérobé
à la vue du public, à l’âge de cinq ans, et
qu’il émergera, tôt ou tard, de son "occultation",
pour délivrer le monde du mal.
Ecrivant au début des années 80, V. S. Naipaul a montré
à quel point la croyance en la venue du messie chiite est profondément
enracinée dans la population iranienne. Dans son livre, Among
the Believers: An Islamic Journey [Au milieu des croyants : un voyage
islamique], il racontait avoir vu, dans la Téhéran d’après
la Révolution, des posters aux motifs similaires à ceux
de la Chine maoïste : par exemple, des foules avec des fusils et
des mitraillettes, brandis comme en guise d’accueil. Les posters
arboraient toujours la même phrase : DOUZIEME IMAM, NOUS T’ATTENDONS.
Naipaul écrit qu’il pouvait comprendre intellectuellement
la vénération envers Khomeiny. « Mais il était
plus difficile de comprendre l’idée de la révolution
comme quelque chose de plus, comme une offrande au Douzième Imam,
l’homme qui avait disparu […] et restait "occulté".
Selon la tradition chiite, un pouvoir islamique légitime ne peut
s’établir qu’après la réapparition
du Douzième Imam. D’ici là, les chiites n’ont
qu’à attendre, à supporter en paix un pouvoir illégitime,
et à se remémorer, avec tristesse, Hussein, le petit-fils
du Prophète. Mais Khomeiny n’avait pas l’intention
d’attendre. Il revêtit le mythe d’un sens entièrement
nouveau : le Douzième Imam ne surgirait que quand les croyants
auraient vaincu le mal. Pour hâter le retour du Mahdi, les musulmans
devaient secouer leur torpeur et combattre. Cet activisme a davantage
de choses en commun avec l’idée révolutionnaire
des Frères Musulmans d’Egypte, qu’avec le chiisme.
Khomeiny s’était familiarisé avec les textes des
Frères Musulmans depuis les années trente, à savoir
: que les réalisations de la modernité ont remplacé
la providence divine par le libre arbitre individuel, la foi aveugle
par le doute, et la morale austère de la charia par les plaisirs
des sens. Selon la légende, Yazid était l’incarnation
de tout ce qui est interdit. Il buvait du vin, prenait plaisir à
écouter de la musique et des chansons, et jouait avec des chiens
et des singes. Et n’était-ce pas précisément
le cas de Saddam ? Dans la guerre contre l’Iraq, le "mal"
était clairement défini, et vaincre le mal était
la condition préalable pour hâter le retour du Douzième
Imam bien-aimé. Lorsqu’il se donna à voir durant
quelques minutes, caracolant sur sa monture, la volonté de mourir
en martyr s’accrut considérablement.
C’est cette culture qui a nourri la conception du monde de Mahmoud
Ahmadinejad. Né hors de Téhéran, en 1956, fils
d’un forgeron, il acquit une formation d’ingénieur
civil, et durant la Guerre Iran-Iraq, il s’agrégea aux
Gardiens de la Révolution. Sa biographie demeure étrangement
elliptique. A-t-il joué un rôle dans la prise de contrôle
de l’Ambassade des Etats-Unis, en 1979 ? Qu’a-t-il fait,
au juste, durant la guerre ? Nous n’avons aucune réponse
claire à ces questions. Son site présidentiel dit simplement
qu’il a été « en service actif en tant que
volontaire Basiji jusqu’à la fin de la sainte défense
[la guerre contre l’Iraq], et qu’il a servi comme Ingénieur
de combat dans différentes sphères de responsabilité
».
Nous savons qu’après la fin de la guerre, il a été
gouverneur de la Province d’Ardebil, et organisateur de Ansar-e
Hezbollah, un groupe radical de vigilance composé d’islamistes
fondamentalistes, connu sous le nom de Abadgaran-e Iran-e Islami, ou
Promoteurs d’un Iran islamique. C’est dans ce rôle
qu’il se tailla la réputation – et la popularité
- d’un dirigeant rigide attelé à défaire
les réformes libérales du président d’alors,
Muhammad Khatami. Ahmadinejad se positionna en dirigeant d’une
"seconde révolution" en vue d’éradiquer
de la société iranienne la corruption et les influences
occidentales. Les Basiji, dont le nombre s’était extrêmement
accru depuis la fin de la Guerre Iran-Iraq, l’adoptèrent.
Recrutés dans les couches les plus pauvres et les plus conservatrices
de la population, les Basiji sont sous la direction du Guide Suprême
et successeur de Khomeiny, Ali Khameiny, auquel ils ont juré
une loyauté absolue. Durant la course à la présidence
d’Ahmadinejad, en 2005, les millions de Basiji de toutes les villes,
faubourgs et mosquées d’Iran, devinrent les artisans non
officiels de sa campagne.
Depuis que Ahmadinejad est devenu président, l’influence
des Basiji a grandi. En novembre, le nouveau président inaugurait
la "semaine Basiji" annuelle, qui commémore les martyrs
de la Guerre Iran-Iraq. Selon un rapport publié par Kayan, une
publication fidèle à Khameiny, quelque neuf millions de
Basiji – soit 12% de la population iranienne – se sont rassemblés
pour une manifestation en faveur de la plateforme antilibérale
de Ahmadinejad. L’article affirmait que « les manifestants
form[aie]nt une chaîne humaine de quelque 8.700 km de long […]
Rien qu’à Téhéran, 1.250.000 personnes se
sont rassemblées ».
Fin juillet 2005, le mouvement Basiji annonçait qu’il projetait
d’accroître le nombre de ses membres, qui passerait de 10
à 15 millions vers 2010. On estime que les unités d’élite
spéciales comptent pour l’instant quelque 150.000 membres.
Les Basiji ont donc reçu de nouveaux pouvoirs dans leur fonction
en tant que département non officiel de la police. Ce que cela
implique en pratique est devenu clair en février 2006, quand
les Basiji ont attaqué le chef du syndicat des conducteurs d’autobus,
Massoud Osanlou. Ils l’ont retenu prisonnier dans son appartement
et lui ont coupé l’extrémité de la langue
pour le convaincre de se taire. Aucun Basiji ne doit craindre d’être
poursuivi en justice pour de telles méthodes terroristes.
Du fait que l’idéologie et l’influence des Basiji
bénéficient d’un renouveau sous la présidence
d’Ahmadinejad, la foi du mouvement dans les vertus de l’immolation
violente de soi-même reste intacte. Il n’y a pas, en Iran,
de "commission de vérité" pour enquêter
sur le suicide collectif planifié par l’Etat, qui eut lieu
de 1980 à 1988. Par contre, on enseigne à tous les Iraniens,
depuis l’enfance, les vertus du martyre. A l’évidence,
beaucoup d’entre eux rejettent les enseignements Basiji. Néanmoins,
chacun connaît le nom de Hossein Fahmideh, un enfant de 13 ans,
qui, durant la guerre, se fit exploser devant un char iraqien. Son image
suit les Iraniens tout au long de la journée, que ce soit sur
des timbres postaux ou sur l’argent. Si vous exposez un billet
de 500 rials à la lumière, c’est le visage de cet
enfant que vous verrez en filigrane. L’immolation volontaire de
Fahmideh est présentée, dans la presse iranienne, comme
un modèle de foi profonde. Il a été le thème
à la fois d’un film d’animation et d’un épisode
d’une série télévisée, "Les enfants
du Paradis". Pour symboliser leur volonté de mourir pour
la Révolution, les groupes Basiji portent un linceul blanc par-dessus
leur uniforme dans les manifestations publiques.
Au cours de la Fête de la Ashura de cette année, on a emmené
les écoliers en excursion dans un "Cimetière de Martyrs".
Le New York Times relatait : « Ils portent autour de la tête
des bandeaux sur lesquels est dessiné le nom de Hussein, et marchent
sous des bannières où l’on peut lire : "Se
souvenir des Martyrs, aujourd’hui, est aussi important que de
devenir un Martyr", et "La nation qui considère le
Martyre comme un bonheur sera toujours Victorieuse" ». Depuis
2004, la mobilisation des Iraniens dans des brigades-suicide s’est
intensifiée, et elle inclut un entraînement des recrues
pour des missions à l’étranger. C’est ainsi
qu’a été créée une unité spéciale
qui porte le nom de "Commando des Martyrs Volontaires. «
Selon ses statistiques, cette force a recruté jusqu’ici
quelque 52.000 Iraniens pour la cause du suicide. Son objectif est de
former une "unité du martyre" dans chaque province
iranienne.
Le culte Basiji de l’autodestruction serait terrifiant dans n’importe
quel pays. Mais dans le contexte du programme nucléaire iranien,
son obsession du martyre équivaut à un détonateur
allumé. Actuellement, les Basiji ne sont pas envoyés dans
le désert, mais plutôt dans les laboratoires. Les étudiants
Basiji sont encouragés à s’inscrire dans des disciplines
techniques et scientifiques. Selon un porte-parole des Gardiens de la
Révolution, l’objectif est d’utiliser le "facteur
technique" pour accroître la "sécurité
nationale".
Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Prenons en compte le
fait que, en décembre 2001, l’ancien président iranien,
Hashemi Rafsanjani, expliquait que « l’utilisation ne serait-ce
que d’une seule bombe contre Israël y détruirait tout
». Par contre, si Israël répliquait avec ses propres
armes nucléaires, cela « ne causerait des dégâts
qu’au monde islamique. Il n’est donc pas déraisonnable
d’envisager une telle éventualité. » Rafsanjani
énonçait ainsi une macabre analyse de pertes et profits.
Il pourrait être impossible de détruire Israël sans
subir des représailles. Mais, le niveau des dommages qu’Israël
pourrait infliger à l’islam est supportable – il
ne ferait qu’ajouter environ 100.000 martyrs de plus pour l’Islam.
Pourtant, Rafsanjani fait partie de l’aile modérée
de la Révolution iranienne ; il croit que tout conflit doit avoir
un résultat "qui en vaille la peine". Au contraire,
Ahmadinejad est prédisposé aux perspectives apocalyptiques.
Dans l’une de ses premières interviews, après son
élection à la présidence, il déclarait avec
enthousiasme : « Y a-t-il un art plus magnifique, plus divin,
plus éternel que celui de la mort d’un martyr ? »
En septembre 2005, il concluait son premier discours à la tribune
des Nations Unies en implorant Dieu d’opérer le retour
du Douzième Imam. Il finance un institut de recherche à
Téhéran, dont le seul but est d’étudier et,
si possible, de hâter la venue de l’imam. Il y revenait
avec insistance lors d’une conférence de théologie,
en novembre 2005 : « La tâche la plus importante de notre
Révolution, est de préparer la voie au retour du Douzième
Imam ».
Une politique menée en alliance avec une force surnaturelle est
nécessairement imprévisible. Pourquoi un président
iranien s’engagerait-il dans une politique pragmatique quand son
postulat est que, dans trois ou quatre ans, le sauveur apparaîtra
? Si le Messie est sur le point de venir, pourquoi faire des compromis
? C’est pourquoi, jusqu’à maintenant, Ahmadinedjad
a mené des politiques de confrontation avec un plaisir évident.
L’histoire des Basiji montre que nous devons nous attendre à
des monstruosités de la part du régime iranien. Déjà,
ce qui a commencé dans les années 80 par le nettoyage
des champs de mines à l’aide de détonateurs humains,
s’est répandu dans tout le Moyen-Orient, comme l’illustrent
les attentats-suicide à l’explosif qui sont devenus la
stratégie préférée des terroristes. Les
spectacles motivants dans le désert, avec des acteurs engagés
pour jouer le rôle de l’imam caché, ont pris la forme
d’une confrontation ouverte entre un président iranien
fanatique et le monde occidental. Et le Basiji qui autrefois errait
dans le désert, armé seulement d’un simple bâton
de marche travaille aujourd’hui comme chimiste dans une usine
d’enrichissement d’uranium.
(Matthias Kuntzel est spécialiste en sciences politiques à
Hambourg, en Allemagne. Il est l’auteur de Djihad und Judenhass
(Djihad et haine des Juifs).)
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Volume
V, Numéro 231 • Vendredi, 21 avril 2006
‘Quand
nous avons entendu l’explosion, Papa nous a entouré et
nous a embrassé très fort’
Alexandre Yudkewicz
Arouts 7,18 avril 2006
Le printemps était revenu,
ce lundi 17 avril, sur Tel-Aviv, après un dimanche maussade.
L’atmosphère était riante et rien ne pouvait présager
de la tragédie qui allait faucher des vies, briser des familles,
causer des dizaines de blessés et de personnes traumatisées.
Philippe Belhacen, z’’l,
45 ans, résident d’Ashdod, avait décidé d’emmener
ses deux plus jeunes enfants, Linor (15 ans) et Ori (12 ans) à
Tel-Aviv, pour leur acheter des vêtements en l’honneur des
fêtes de Pessah. «Lorsque nous avons entendu l’explosion,
Papa m’a entouré avec Linor», raconte Ori, «et
il nous a enlacé très fort. Et puis il m’a dit :
‘prends le téléphone et appelle Maman pour lui dire
qu’il y a eu un attentat.» Aussitôt après,
Philippe Belhacen s’est écroulé. Les policiers qui
l’ont monté dans l’ambulance témoignent toutefois
qu’ils ont pu lui parler. Belhacen leur a dit qu’il avait
été atteint par des éclats et par le souffle de
l’explosion. Un des éclats l’a atteint dans la région
du cœur et il a rendu l’âme avant même son arrivée
à l’hôpital.
La fille cadette de Belhacen,
Lital (19 ans), raconte que son père a sauvé de fait Linor
et Ori en les protégeant. «J’ai pu lui parler le
matin même encore», confie-t-elle, «il voulait que
je vienne avec eux à Tel-Aviv, mais je ne pouvais pas. C’était
un papa épatant, j’ai eu droit à un père
qui n’a jamais fait de mal à personne. Ce n’est pas
juste…» Belhacen laisse derrière lui sa femme, Eti,
et ses quatre enfants : Liran (21), Lital (19), Linor (15) et Ori (12).
David Shaoulov, z’’l,
29 ans, a été tué au moment où son épouse,
Ludmilla (27 ans), enceinte au 9ème mois de grossesse, s’était
rendue à l’hôpital car elle sentait qu’elle
était peut-être en train d’accoucher. Peu de temps
après son arrivée à la maternité, la terrible
nouvelle lui parvenait par l’intermédiaire de la famille.
Ludmilla a alors insisté, contre l’avis des médecins,
pour se rendre à l’institut médico-légal
d’Abou Kabir pour identifier le corps de son époux.
La famille Shaoulov était
montée en Israël en 1990. Le petit frère de David,
Yossi, âgé de 17 ans, témoigne : «David supportait
toute la famille. Je ne sais pas ce que nous allons faire sans lui à
présent.» A part sa femme, qui devrait accoucher sous peu
d’une petite fille, Shaoulov laisse derrière lui deux enfants
: Idan, 6 ans, et Karine, 4 ans. Il laisse également une sœur,
Ziva (24) et un frère, Yossi (17).
Benyamin Hafouta, z’’l,
47 ans, était le garde de sécurité en faction devant
le restaurant qui fut le théâtre de l’attentat. Il
avait pris sur lui le poste au lendemain du précédent
attentat qui avait touché le ‘Rosh Haïr’ : «pourquoi
est-ce qu’un terroriste reviendrait deux fois au même endroit
?» disait-il pour rassurer ses proches.
Lorsque le terroriste s’est
approché, Hafouta s’est méfié du jeune homme
qui paraissait suspect et alors que la pelle à détection
de métaux s’est mise à sonner face au sac que tenait
le terroriste, l’énorme déflagration a retentit
dans tout le quartier de l’ancienne gare routière de Tel-Aviv.
En effectuant sa mission, le garde a ainsi permis d’éviter
une plus grande catastrophe, qui aurait eu lieu si le terroriste avait
pu pénétrer à l’intérieur du restaurant.
POURQUOI
EST MORT MOH'AMED ABOU AL HAWA ?
Caroline Glick
Jerusalem Post, 18 avril 2006
Moh'amed Abou al Hawa, 42 ans,
était père de 8 enfants lorsqu'il est mort mercredi dernier.
Alors que les Juifs commençaient à fêter la Pâque,
et racontaient l'histoire de l'exode d'Egypte ainsi que celle de la
naissance d'une nation, Moh'amed était torturé par des
terroristes du Fatah. Pendant qu'on appréciait notre repas du
Séder, il a été abattu par 7 rafales, et, alors
qu'on clôturait notre soirée studieuse par "L'an prochain
à Jérusalem!", le corps de ce pauvre homme flambait
avec sa voiture.
Moh'amed Abou al Hawa a été
torturé et assassiné parce qu'on l'accusait d'un crime
capital. Huit enfants sont devenus orphelins mercredi dernier dans la
nuit parce que leur père avait soit disant vendu à des
Juifs un bien immeuble situé à Jérusalem. L'immeuble
est situé dans le quartier d'Al Tor, juste au dessus du Mont
du Temple, au Mont des Oliviers.
Moh'amed Abou al Hawa a été
enterré dans un cimetière improvisé, sur la route
entre Jérusalem où il vivait et Jéricho, là
où il a été tué. Son corps a été
enterré là, parce que le moufti de l'Autorité Palestinienne
(AP), Ikrima Sabri empêche tout Musulman accusé d'avoir
vendu un bien immobilier ou un terrain à un Juif d'être
enterré décemment dans un cimetière musulman.
Lorsque l'AP a été
installée en 1994, le premier acte légal effectué
par son président Yasser Arafat et son ministre de la justice
Freih Abou Madein était de déclarer nulle et non avenue
toute loi en vigueur. Après avoir plongé la société
palestinienne dans un chaos légal, ces 2 hommes ont réinstitué
la loi jordanienne qu'Israël avait révoquée en 1967.
Cette loi fait de la vente d'un terrain à un Juif un délit.
Depuis 1994, des douzaines d'arabes
Israéliens et des résidents de l'AP ont été
assassinés, car soupçonnés d'avoir vendu un terrain
à des Juifs. Comme ceux qui l'ont précédé,
le meurtre de Abou al Hawa nous donne un bon aperçu sur la société
palestinienne. Il nous dit que toute AP, celle-ci comme tout Etat qui
peut lui succéder sera raciste, ce sera un état pratiquant
l'apartheid où les lois promulguées le seront sur la base
de la race et de la religion. On refusera aux Juifs tout droit de l'homme
et les Arabes qui voudront vivre en paix avec les Juifs seront accusés
de trahison et seront des cibles de meurtre.
Samedi soir, le sheikh Israélien
Raed Salah, ex-maire de Oum al Fah'm (Israël) et chef de la branche
nord du Mouvement Islamique Israélien a parlé à
30 000 arabes Israéliens dans le stade de sport de Qafr Kana.
Il a placé le meurtre de Abou al Hawa
dans le contexte de la stratégie
arabo-islamique de conquête de Jérusalem. Son discours
a été largement diffusé par Al jazeera et il appelait
à l'expulsion de tous les Juifs de Jérusalem. Il a appelé
ses frères arabes à sauver Jérusalem des mains
des Juifs, leur promettant que très bientôt cette ville
sera la capitale de la nation islamique et sera gouvernée par
un caliphe ! Le discours de Salah le place au niveau de Sheikh Youssef
al Qaradaoui, le chef religieux sunnite basé au Qatar, autorité
respectée par aussi bien al Qaeda que le Hamas. Président
de la Fondation al Qouds (la sainte ou Jérusalem), en décembre
dernier, à Sanaa-Yémen, Qaradaoui a donné ordre
d'islamiser Jérusalem, de mettre fin à la coexistence
avec Israël, et d'entamer un jihad civil, en parallèle avec
la résistance armée.
Aujourd'hui personne dans le monde
arabo-islamique et encore moins dans l'AP ne se lèvera pour défendre
la mémoire de Abou al Hawa. Car pour tout ce monde, ce meurtre
servira de leçon et découragera toute velléité
de relation pacifique ou commerciale avec les Israéliens. Aucune
de ces victimes de l'apartheid contre les Juifs n'aura eu l'occasion
de s'exprimer ou de se défendre. Selon les spécialistes
de la vente de biens immobiliers palestiniens, dans la plupart des cas,
ces Arabes punis d'avoir vendu un terrain à des Juifs ne l'avaient
pas fait. Dans le pire des cas, ces gens qui avaient simplement de bonnes
relations avec des Juifs, sont devenus ainsi des "collaborateurs".
Par ces méthodes, les dirigeants palestiniens sont assurés
que les citoyens arabes auront trop peur d'entamer des relations de
coexistence avec Israël.
Considéré comme
un vendeur traître, Abou al Hawa ne pouvait pas s'attendre à
être protégé par les Palestiniens, mais comme résident
de Jérusalem, il aurait pu espérer une protection des
autorités israéliennes. Légalement, ce devoir incombe
en effet à la Police d'Israël. Mais hélas, non seulement
cette police ne l'a pas protégé, mais à cause d'elle
il lui a été impossible d'échapper à la
mort. Le mois dernier, le tribunal de Jérusalem a ordonné
à la police de chasser des "squatters" arabes installés
dans l'immeuble qui appartenait auparavant à Abou al Hawa. Selon
nos sources, au lieu de mener cette opération délicate
discrètement, dans un environnement arabe souvent hostile, la
police en a informé la chaîne de TV10! Celle-ci diffusa
l'opération à une heure de grande écoute deux soirées
de suite. Elle montra la police en train de jeter les effets personnels
des squatters. Le reporter Assaf Zohar a montré ces squatters
comme de pauvres victimes innocentes et les nouveaux propriétaires
juifs comme des possédants arrogants, riches et fanatiques. Or
ils avaient acheté l'immeuble légalement, le faisaient
garder légalement et voulaient y emménager légalement.
Questionné par Zohar, Abou al Hawa a juré ses grands dieux
qu'il avait refusé l'offre d'achat proposée par des Juifs
venus avec des sacs plein de billets et le pressant de vendre. Il a
juré qu'il ne vendrait jamais à des Juifs. A aucun moment
Zohar n'a mentionné le fait que l'AP procédait régulièrement
à l'assassinat extra judiciaire de tous ceux qu'on accuse de
vendre des biens à des Juifs.
On imagine mal al Jazeera montrer
des Juifs d'une façon pire que ne l'a fait la chaîne 10.
Le fait que l'immeuble en question se trouvait à l'intérieur
de la capitale d'Israël, à deux pas du Mont du Temple, n'a
pas impressionné Zohar. Après l'émission de ce
reporter, les clameurs d'incitation contre Abou al Hawa se sont amplifiées
dans l'environnement d'Al Tor et ailleurs en AP. De bonne source, Abou
al Hawa était harcelé avant l'émission, mais non
condamné à mort. La diffusion des images de la chaîne
10 a mis sa vie en péril.
Cette affaire montre d'une manière
troublante le niveau de compétence de nos élites, qu'elles
soient à la police ou à l'information télévisée.
A la police on nous affirme que la protection de Abou al Hawa a été
mal menée par une équipe. Si la police l'avait voulu,
elle aurait pu dissuader les Arabes du coin et les intrus palestiniens
de harceler cet homme, en tout cas elle aurait pu les persuader de le
laisser tranquille lui et sa famille. A cause de la diffusion des images
de la chaîne 10, tuer Abou al Hawa était devenu un sujet
d'honneur, les assassins devenant des héros défendant
l'orgueil palestinien et la solidarité islamique contre les Juifs….
Cette chaîne a non seulement transformé un citoyen arabe
en une cible de meurtre, mais elle a montré comment les élites
de ce pays considèrent l'antisémitisme officiel palestinien.
Montrant la scène de l'éviction soir après soir
pendant 7 longues minutes, montrant les Juifs comme de riches exploiteurs
et des intrus, la chaîne 10, ses reporters, ses producteurs, ses
rédacteurs acceptent de fait le fondement antisémite des
griefs des Palestiniens contre Israël. C'est-à-dire que
ces élites Israéliennes pensent que l'objectif de la création
d'un état palestinien annule le droit des Juifs de posséder
des terrains dans les zones que les palestiniens revendiquent.
Il ne fait pas de doute que l'action
combinée de la police, de Tsahal et du Shin Bet pourrait faire
disparaître ces assassinats qu'exécutent les Palestiniens
pour empêcher des citoyens arabes de vendre des terrains à
des Juifs. Cette action pourrait en tout cas faire comprendre aux Palestiniens
et aux responsables arabes Israéliens qu'ils n’ont pas
d'autre choix que de s'en tenir à la loi israélienne dans
la capitale israélienne et, dans cette lutte pour la survie,
Israël a les moyens humains d'y parvenir.
Pour que cette bataille ne soit
pas un travail d'Hercule, encore faut-il que nos élites acceptent
que nous avons le droit de lutter et de nous défendre, sans qu'elles
n'adoptent le point de vue raciste de l'adversaire, le présentant
de plus au public comme une vérité objective.
La torture et le meurtre de Abou
al Hawa est le résultat non seulement d'une société
palestinienne barbare, mais aussi celui du fait que les soutiens de
ces barbares au sein de notre propre pays règnent en maîtres.
(Traduit par Albert Soued
pour www.nuitdorient.com)
Les
nazis voulaient étendre l'holocauste aux juifs en Palestine
Le Monde (AFP), 12 avril 2006
Le
régime nazi d'Adolf Hitler avait prévu d'étendre
l'holocauste au demi-million de juifs d'Europe réfugiés
en Palestine lors de la Deuxième Guerre mondiale, selon une étude
réalisée par deux historiens de l'Université de
Stuttgart (sud-ouest), publiée mercredi.
Le régime national-socialiste avait maintenu à disposition
une unité spécialement constituée à cet
effet et stationnée en Grèce, qui devait exterminer les
quelque 500.000 juifs d'Europe réfugiés en Palestine,
écrivent Klaus Michael Mallmann et Martin Cüppers, après
trois ans de recherches dans de nombreuses archives.
"Nous avons exploité, entre autres, des documents du ministère
allemand des Affaires étrangères à Berlin et du
service des archives militaires à Fribourg" (sud-ouest),
précise M. Mallmann, auteur d'autres études sur la Gestapo
et le Parti communiste allemand.
Seule la défaite du maréchal allemand Erwin Rommel, dont
les troupes ont été repousées fin 1942 à
El Alamein en Egypte par les soldats du maréchal britannique
Bernard Montgomery, a évité l'extension de l'holocauste
en Palestine, affirment les deux historiens.
Si Rommel avait remporté la bataille d'Alamein et progressé
jusqu'en Palestine, le commando d'intervention aurait reçu l'ordre
d'abattre les juifs en Palestine, selon l'étude.
"L'un des principaux collaborateurs des nationaux-socialistes et
en même temps un antisémite inconditionnel était
le mufti de Jérusalem, Haj Amin el-Husseini", soulignent
les deux historiens.
Sa personne reflétait "de manière exemplaire le rôle
décisif joué par la haine des juifs dans le projet d'entente
germano-arabe", ajoutent-ils. Selon eux, Haj Amin el-Husseini,
l'un des principaux sinon le principal dirigeant palestinien de l'époque,
a mis au point les détails de l'extermination lors de plusieurs
rencontres avec Adolf Eichmann, l'officier supérieur SS en charge
de la mise en oeuvre de l'holocauste, capturé par les services
secrets israéliens en Argentine en 1960, condamné à
mort et exécuté à Jérusalem en 1962.
"L'histoire du Proche-Orient aurait été complètement
différente et un Etat juif n'aurait jamais pu être créé
là-bas si le projet des Allemands et des Arabes avait effectivement
été appliqué", observent les deux historiens.
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Volume
V, Numéro 230 • Vendredi, 7 avril 2006
José-Marie
Aznar :
"Israël doit faire partie de l’Alliance Atlantique."
Ugo Rankl
Guysen Israël News, 3 mars 2006
De passage à Jérusalem,
Jose Maria Aznar, l’ancien Premier Ministre espagnol, est venu
exposer aux journalistes et aux diplomates réunis par le Jerusalem
Center for Public Affairs sa vision de l’Otan et des réformes
indispensables à conduire au sein de l’Alliance Atlantique.
Jose Marie Aznar s’est mis en retrait de la vie politique après
les terribles attentats de Madrid du 11 mars 2004 avec 191 morts et
1500 blessés.
Cette attaque contre la population
madrilène a été menée trois jours avant
les élections générales. Jose Maria Aznar ne briguait
pas un nouveau mandat. Il dirigeait les affaires espagnoles depuis 1996
et souhaitait tourner la page. Mais le Premier Ministre s’était
désigné un successeur en la personne de Marianno Rajoy.
Juste avant les attentats, les sondages donnent ce dernier largement
gagnant.
Mais alors que l’Espagne
est encore sous le choc, le cours prévisible des choses dérape.
Jose Maria Aznar fait l’erreur d’accuser trop vite l’organisation
basque ETA d’avoir organisé la tuerie de Madrid. Le 17
mars 2004, un scandale éclate. Aznar est accuse d’avoir
tenté de faire pression sur les groupes de presse espagnols pour
accréditer la thèse de l’attentat basque. L’opposition
espagnole tire à boulets rouges sur le Premier ministre que l’on
rend directement responsable des attentats.
Pour les socialistes, menés
par Jose Luis Zapaterro, les organisateurs des attentats sont des islamistes
et rien ne se serait produit si Aznar ne s’était pas aligné
sur Georges Bush et avait refusé d’envoyer des troupes
en Irak. L’argument porte. Le candidat soutenu par Jose Maria
Aznar est battu aux élections. Jose Luis Zapaterro devient Premier
ministre et décide de conduire une politique strictement pacifiste.
Les forces espagnoles déployées
en Irak sont rapatriées. Les attentats de Madrid ont prouvé
que les islamistes pouvaient faire influer directement sur les choix
électoraux dans une démocratie en faisant exploser leurs
bombes dans la foule.
A Jérusalem, Jose Maria
Aznar est venu rappeler qu’il était une victime et un survivant
du terrorisme. Le 19 avril 1995, il a échappé de justesse
à un attentat de l’ETA. Touché à titre personnel
et en tant qu’homme politique, Aznar est convaincu que l’Occident
est en guerre contre un ennemi sans pitié qui veut restaurer
« le califat mondial » et détruire toutes les valeurs
de la civilisation occidentale.
Avec l’Otan, l’Occident
a les moyens de se défendre. L’alliance atlantique, a rappelé
Jose Maria Aznar, a réussi à contrer la menace communiste
jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Mais face
à la menace islamiste, l’organisation de la défense
occidentale doit se réformer pour mettre en échec un ennemi
qui ne ressemble plus du tout au rouleau compresseur soviétique.
Les islamistes sont incapables d’aligner des divisions de chars
et d’infanterie Ils ont choisi la stratégie de l’infiltration
dans les démocraties qu’ils frappent durement dès
que l’occasion adéquate se présente.
Mais la menace militaire qui émane
du monde musulman, avec les efforts que l’Iran consent pour acquérir
un arsenal nucléaire, se précise. Jose Maria Aznar voit
un autre péril dramatique avec la fusion du nationalisme palestinien
et de l’islamisme. Le « vernis » palestinien va justifier
l’agressivité des musulmans extrémistes et la rendre
politiquement correcte. Les Palestiniens, qui ont construit leur identité
nationale sur la guerre et le terrorisme, ont déjà fourni
des cadres au mouvement jihadiste mondial. Après la victoire
du Hamas aux élections palestiniennes, les forces anti-occidentales
pourraient disposer d’une tête de pont sur la Méditerranée
ou l’Iran, et tous les pays qui soutiennent le terrorisme pourraient
rassembler des hommes et stocker des armes.
Pour contrer un ennemi qui refuse
pour le moment l’affrontement direct et « se cache dans
les mosquées et les cafés Internet » depuis les
Philippines jusqu’à l’Europe, l’Otan doit se
déployer sur tous les continents. Jose Maria Aznar fait donc
campagne dans les capitales occidentales pour que l’Australie
et le Japon deviennent membres de l’Alliance Atlantique. Israël
doit également intégrer au plus l’Otan. L’ancien
Premier ministre espagnol estime que l’Etat hébreu est
un pays occidental qui partage le même héritage culturel,
politique et spirituel que les nations occidentales et les Etats-Unis.
Il faut donc que l’Occident oublie sa prudence et demande sans
tarder à Israël de se ranger dans son camp. Les protestations
et les menaces du monde arabe ne doivent pas empêcher les pays
libres de se rassembler pour opposer un front commun à l’islamisme.
Jose Maria Aznar dit qu’il
demande souvent aux Européens hostiles à Israël d’imaginer
la situation et l’avenir de leur continent si jamais les Palestiniens
et l’islam finissaient par triompher : ce serait la pire des hypothèses
pour les nations occidentales qui porteraient le fardeau moral d’avoir
abandonné une démocratie face à un «tsunami
» totalitaire. En outre, si l’islamisme faisait sauter le
verrou israélien, l’Europe serait immédiatement
la seconde étape vers la constitution du califat mondial.
Pour qu’Israël rejoigne
l’Otan, il faut apaiser les craintes des Européens qui
préfèrent considérer, contre toute évidence,
que le problème d’Israël n’est pas le même
que celui des démocraties occidentales confrontées au
totalitarisme islamique.
Mais il faut également
triompher de la méfiance des Israéliens. Ces derniers,
en effet, sont farouchement attachés à leur liberté
d’action, et ils imaginent mal se ranger aux côtés
de nations certes officiellement amies et alliées, mais qui n’ont
jamais hésité à condamner l’Etat juif chaque
fois qu’il prend l’initiative contre les Palestiniens.
Israël
avant les élections du 28 mars
Bulle d'air high-tech
Didier FRANCOIS
www.liberation.fr,
23 mars 2006
Le joyau de l'économie
israélienne, le Matam, centre des industries scientifiques, s'est
ciselé un écrin à la mesure de son succès.
Au pied du mont Carmel, en bordure de Méditerranée, un
incroyable «parc de haute technologie» s'élève
désormais sur une ancienne friche de 20 hectares en lieu et place
de vieux hangars portuaires. Coulés dans la verdure, temples
modernes entièrement dédiés à la recherche
de pointe, deux dizaines d'immeubles en béton brut et verre fumé
abritent les laboratoires de tous les principaux acteurs du secteur
informatique mondial. Les géants du marché international,
Intel, Microsoft, Philips, Motorola ou Hewlett Packard, côtoient
ici les jeunes entreprises les plus dynamiques du pays, Elbit Syste
s, ChipX, Zoran, Zim Ofer. Dans cette pépinière à
idées neuves, pas moins de 6 000 chercheurs, des ingénieurs,
des techniciens, pionniers dans leur domaine, travaillent à développer
aujourd'hui la trouvaille géniale qui fera l'ordinaire de demain.
Et ce filon de matière grise attire en Israël une ruée
d'investisseurs, spécialistes en capital-risque, en quête
de la prochaine pépite électronique. Une source de revenus
inestimable pour un pays lourdement handicapé par le coût
d'un interminable conflit.
Petits génies embauchés
à bon prix
Dans le cocon du Matam de Haïfa, les échos des accrochages
dans les Territoires palestiniens occupés arrivent tout aussi
étouffés que sur les postes de télévision
californiens de la Silicon Valley. A l'image de son modèle américain,
le monde du high-tech israélien vit dans une bulle confortable
où les soucis du quotidien sont réduits à leur
plus simple expression. L'attention des employeurs semble sans limites
pour que leurs petits génies, embauchés à bon pri
, puissent se concentrer sur l'accomplissement de leurs rêves
numériques. Aucun détail n'a été laissé
au hasard. Chacun dispose d'une place de stationnement nominative. Le
Matam réserve à l'usage de ses hôtes une station-service
et un garage, une clinique, une banque, un bureau de poste et une agence
de voyages. Cerise sur le gâteau, une crèche de onze classes
peut accueillir jusqu'à 350 chérubins âgés
de 3 mois à 6 ans. Bezeq, la compagnie israélienne de
téléphone cellulaire, gère un central de communication
à très haut débit quand la municipalité
affecte, en permanence, deux transformateurs électriques aux
seuls besoins en énergie du parc.
Les rares pauses que s'accordent
les informaticiens se prennent sur le pouce au Machinetta Coffee Shop.
Ce bar aux allures de cafétéria est situé dans
le hall de la Matam Towers 1, un immeuble de bureaux aux grands espaces
traversés de passerelles reliées entre elles par des ascenseurs
intérieurs en acier gris. Les murs s'élèvent en
abruptes parois chaulées d'ocre rouge. Dans cette ambiance, un
poil Star Trek, des haut-parleurs, que dissimulent des palmiers cultivés
en bacs, diffusent des chansons de Brassens et d'Edith Piaf. Aux tables
alentour, personne ne s'en étonne. L'anglais domine dans des
conversations mâtinées de tous les accents concevables,
hébreu, américain, russe ou français. Les tenues
sont décontractées, mais chacun porte, passé autour
du cou, un badge plastifié indispensable pour circuler entre
les divers contrôles de sécurité. Bienvenue sur
la planète high-tech, berceau de la mondialisation, laboratoire
de notre futur, où l'expresso se boit avec sucrettes, coupé
de lait crémeux.
«Monde à
part»
A Matam, tu te sens quelqu'un de spécial vivant dans un monde
à part, admet bien volontiers Avi Ohana, embauché par
Intel sur un salon d'informatique à Paris dès la fin de
ses études. Tu trouves ici toutes les nationalités possibles,
des Indiens, des Argentins. Pour communiquer, on utilise comme des fous
Babylon, un logiciel de tr duction simultanée inventé
en Israël. Les boîtes multinationales sont totalement ouvertes.
A Intel, on travaille même avec des Arabes. Les sociétés
israéliennes en revanche leur refusent tout accès. Elles
ont toujours un lien avec la Défense. A table, lors des gros
événements, on parle de politique, ce qui serait impensable
dans les laboratoires aux Etats-Unis. Ça ne pose aucun problème,
le milieu du high-tech israélien tend plutôt vers le centre,
c'est une sorte de miroir de la société israélienne
mais sans ses extrêmes et beaucoup plus libéral d'un point
de vue économique. Dans l'ensemble, on discute bien plus de nos
salaires ou de football que de politique.»
Avi connaît son affaire.
Ce spécialiste en architecture des microprocesseurs a atterri
à Haïfa il y a douze ans. Le numéro 1 mondial de
la puce informatique avait des besoins énormes. 2000 employés
travaillent à Haïfa dans son centre de développement
spécialisé dans les unités centrales pour ordinateurs.
«Le processeur Centrino a été dév loppé
ici, souligne Avi, et nous mettons la touche finale au projet qui va
remplacer le Pentium», le processeur qui équipe la très
grande majorité des ordinateurs dans le monde. D'ici quelques
mois, l'essentiel de la production d'Intel sortira de ses chaînes
israéliennes. L'entreprise américaine possède déjà
deux usines dans le pays. Celle de Kiryat Gat fabrique des cartes de
mémoire flash. Une nouvelle ligne est en cours d'achèvement;
elle traitera les applications issues de la nanotechnologie et produira
de minuscules transistors bien plus fins qu'une feuille de papier à
cigarette.
Prévue pour ouvrir au second
semestre 2008, cette usine emploiera 2 000 techniciens à la fabrication
de plaques de silicium. Intel aura alors déboursé la somme
astronomique de 3,5 milliards de dollars, faisant du projet Fab-28 le
plus important investissement industriel de l'histoire de l'Etat hébreu.
Lors de la signature, en décembre dernier, le gouvernement israélien
a annoncé l'octroi de 525 millions de doll rs en crédits
pour financer l'achat du terrain et une aide de 600 millions de dollars
pour la modernisation de l'usine existante. Un effort considérable
pour le budget du pays. «Nous avons eu un débat très
intense sur la question de savoir si nous devions apporter à
Intel l'aide nécessaire à son investissement», reconnaît
Ehud Olmert, qui assure l'intérim du Premier ministre Ariel Sharon,
mais qui a soutenu à bout de bras ce projet au cours des deux
dernières années à la tête du ministère
de l'Industrie puis de celui des Finances.
«Le fait que l'on puisse,
aujourd'hui, investir 5 milliards de dollars en Israël, c'est aussi
affirmer que le Hamas ne nous fait pas peur, que le terrorisme ne nous
effraie pas et que l'on a confiance dans l'Etat d'Israël, son gouvernement,
son peuple et sa stabilité économique, souligne-t-il.
Intel a été la première compagnie à y investir,
il y a plus de trente ans, ouvrant la voie à IBM, Motorola ainsi
qu'à d'autres entreprises venues du monde entier. Et a cune d'elle
n'a jamais eu à le regretter.» L'économie locale
n'a pas eu plus à s'en plaindre. Ses partenaires internationaux
se sont révélés d'une grande fidélité
lors de la récession qui a frappé le pays de 2000 à
2003, conjugaison d'une reprise de l'Intifada palestinienne et de l'éclatement
de la bulle spéculative dans les start-up du high-tech. La croissance
est repartie depuis 2004, avec un taux supérieur à 4 %.
Et la reprise s'est confirmée avec une croissance de 5,2 % en
2005, selon le Bureau central des statistiques.
Plus de 100 sociétés
israéliennes sont cotées au Nasdaq, ce qui place Israël
en troisième position derrière les Etats-Unis et le Canada.
Les investissements étrangers se sont élevés à
9,7 milliards de dollars l'an dernier, en hausse de 67 %. Cet afflux
a dopé la Bourse dont les principaux indices ont progressé
de quelque 30 % en 2005. Et Israël talonne désormais les
Etats-Unis pour l'importance du capital-risque.
Cet exceptionnel dynamisme de
la haute technologie israélie ne creuse aussi sûrement
le fossé avec une société palestinienne rendue
exsangue par l'Intifada que le mur de sécurité érigé
autour des territoires occupés. D'autant que le conflit ne semble
pas totalement étranger à ce nouvel élan économique.
La perméabilité entre recherche militaire et applications
civiles compte au nombre des raisons qui contribuent au succès
du high-tech israélien. Ainsi les cartes de mémoire flash
produites à Kiryat Gat sont une invention conçue au départ
par l'armée de l'air pour équiper ses avions de chasse
avec une base de données mécanique et compacte qui résiste
aux conditions extrêmes du pilotage de combat. «Une solution
technique développée pour les militaires finit toujours
par trouver un débouché dans le civil», souligne
Amit Mendelsohn, concepteur de logiciels passé lui-même
de l'armée au civil, et rédacteur de Chief, une newsletter
en hébreu.
Expérience acquise
à l'armée
«Prenons l'exemple de la sécurité des données
et de leur transmission C'est un secteur dans lequel les Israéliens
sont leaders à travers une entreprise comme Check Point, explique
Amit Mendelsohn. L'un de ses trois fondateurs, Gil Shwed, a conçu
le premier pare-feu en 1993. Il a entamé des études à
l'université de Jérusalem, mais a acquis toute son expérience
au cours de ses trois années passées sous les drapeaux.
Chaque année, des dizaines de jeunes arrivent sur le marché
de la recherche, munis de leur diplôme militaire et d'une solide
expérience dans les domaines de pointe.»
«J'ai commencé l'informatique
lorsque j'avais 15 ans, car mon lycée avait signé une
convention avec l'université de Tel-Aviv, raconte un spécialiste
des logiciels de télésurveillance sans fil. A 18 ans,
j'ai rejoint une unité des renseignements militaires chargée
de la récolte des données électroniques. C'est
là que j'ai acquis mon expérience de recherche. En fait,
quand un problème pratique se pose, nous apprenons à chercher
des solutions qui ne soient pas conventionnelles o auxquelles l'adversaire
ne va pas penser. Les chefs vont alors mettre en place de petites équipes
pluridisciplinaires en fonction des besoins. Ils peuvent également
mettre plusieurs équipes en concurrence. Ce type de fonctionnement
très souple, autour de la recherche d'une idée et de son
application, est en fait très proche du mode de fonctionnement
d'une start-up.»
L'arrivée massive d'immigrants
quittant l'ancienne Union soviétique, à partir de 1990,
a considérablement renforcé le potentiel de recherche
d'Israël. «Les Russes devaient faire face au même problème
que les Israéliens, souligne Avi Ohana, dû à leur
manque chronique de moyens, il leur fallait se démener pour trouver
des solutions technologiques originales et peu coûteuses. Elle
est là notre force. En Israël, on a la hutzpa, le toupet
qui manque aux Américains. Les jeunes ici veulent réussir.
Et les Israéliens veulent toujours faire mieux que les Américains.
Le high-tech, ici, c'est une sorte de fierté nationale.»
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editorial
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Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
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Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ) |
Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ) |
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