Communiqué Isranet
décembre 2006
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume V, Numéro 268 • vendredi le 29 décembre 2006

Pourquoi l'Occident pourrait échouer
Daniel Pipes
New York Sun, 26 décembre 2006

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Après avoir vaincu les fascistes et les communistes, l'Occident va-t-il maintenant parvenir à vaincre les islamistes?

À première vue, sa supériorité militaire semble rendre sa victoire inévitable. Même si Téhéran se dote de l'arme nucléaire, les Islamistes ne disposeront d'aucun appareil militaire comparable à celui de pendant la Deuxième Guerre mondiale ou à celui de l'Union soviétique pendant la guerre froide. En quoi les islamistes peuvent-ils être mesurés à la Wehrmacht ou à l'Armée rouge? Aux SS ou aux Spetznaz? À la Gestapo ou au GKB? Ou encore à Auschwitz ou au Goulag?

Pourtant, un certain nombre d'analystes, dont votre serviteur, craignent que les choses ne soient pas si simples. Les islamistes (définis comme étant les gens qui exigent de vivre selon la loi sacrée de l'Islam, la charia) pourraient en effet obtenir de bien meilleurs résultats que les autres totalitaristes. Il se pourrait même qu'ils l'emportent. Car l'Occident, malgré toute la puissance de son matériel, présente des bogues logiciels qui pourraient lui être fatals. Trois d'entre eux – le pacifisme, la haine de soi et l'autosatisfaction – mérite une attention particulière.

Pacifisme. Dans les milieux instruits, on nourrit aujourd'hui volontiers la conviction selon laquelle «il n'existe pas de solution militaire» aux problèmes actuels, un mantra appliqué au Liban, à l'Irak, à l'Iran, à l'Afghanistan, aux Kurdes, au terrorisme et au conflit israélo-arabe. Mais ce pacifisme pragmatique veut ignorer que l'histoire moderne fournit de nombreux exemples de solutions militaires. Que furent donc les défaites de l'Axe, des États-Unis au Vietnam ou de l'Union soviétique en Afghanistan sinon des solutions militaires?

Haine de soi. Des éléments non négligeables de plusieurs pays occidentaux – notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël – croient que leur gouvernement est le dépositaire du mal et considèrent le terrorisme actuel comme le châtiment de péchés antérieurs. Cette attitude du «Nous avons vu l'ennemi: c'est nous» conduit à remplacer une réplique adéquate par le seul apaisement, accompagné d'une disposition à renoncer à ses traditions et à ses accomplissements. Ainsi, Oussama Ben Laden honore nommément des gauchistes tels que Robert Fisk et William Blum. Les partisans occidentaux de la haine de soi revêtent une importance exagérée en raison de leur rôle de faiseurs d'opinion dans les universités, les médias, les institutions religieuses et les arts. Ils servent aux islamistes de moudjahiddines auxiliaires.

Autosatisfaction. L'absence de présence militaire islamiste importante inspire un sentiment de dédain à de nombreux Occidentaux, surtout à gauche de l'arène politique. La guerre conventionnelle, avec ses hommes en uniformes, ses vaisseaux et son aviation, ses batailles sanglantes à la conquête de terres et de ressources, est aisée à comprendre, mais la guerre asymétrique contre l'Islam radical est élusive. L'emploi de cutters et de ceintures d'explosifs entrave la perception d'un tel ennemi comme un adversaire digne de ce nom. Ainsi, nombreux sont ceux qui, comme John Kerry, veulent traiter le terrorisme comme une simple «nuisance».

Mais les islamistes déploient en fait des moyens redoutables dépassant largement le cadre du terrorisme local:

  • Un accès potentiel à des armes de destruction massive capables d'anéantir la vie occidentale.
  • Un attrait religieux qui possède des racines plus profondes et exerce une influence plus durable que les idéologies artificielles du fascisme ou du communisme.
  • Un appareil institutionnel élaboré, financé et organisé de manière impressionnante, en mesure de conquérir sa crédibilité, de susciter les bonnes volontés et de mener au succès électoral.
  • Une idéologie capable d'attirer les Musulmans de toutes sortes, du lumpenprolétariat aux privilégiés, des analphabètes aux universitaires chevronnés, des gens parfaitement intégrés aux derniers des psychopathes, des Yéménites aux Canadiens. Le mouvement échappe presque à toute définition sociologique.

Une démarche non violente – ce que j'appelle «l'islamisme légal» – qui concrétise l'islamisation par des moyens tant éducationnels que politiques et religieux, sans recourir à l'illégalité ou au terrorisme. L'islamisme légal s'impose avec succès tant dans des pays à majorité musulmane, comme l'Algérie, que dans des pays où l'Islam est minoritaire, comme au Royaume-Uni.
Un nombre formidable d'activistes engagés. Si les islamistes constituent 10 à 15% de la population musulmane mondiale, leur effectif représente 125 à 200 millions de personnes, soit un nombre beaucoup plus élevé que la totalité des fascistes et des communistes ayant jamais vécu.
Le pacifisme, la haine de soi et l'autosatisfaction prolongent la guerre contre l'Islam radical et causent des victimes inutiles. Il semble fort probable que les Occidentaux de gauche ne pourront surmonter cette triple infirmité et affronter l'ampleur réelle de la menace qu'après avoir subi des pertes humaines et matérielles catastrophiques. Le monde civilisé devrait s'imposer tout de même, mais tardivement et en payant un prix exagéré.

Et si les islamistes se montrent habiles, évitent les destructions massives, se concentrent sur l'action légale, politique, non violente, et que leur mouvement reste dynamique, il est difficile de voir ce qui pourrait les arrêter.

Baker mord la poussière. Et après ?
Laurent Murawiec
Metula News Agency, le 28 décembre 2006

Le retour de l’empire a fait long feu. James Baker croyait gagner l’Oscar, il a droit au Prix Citron. Les rêves mouillés des illuminés de Téhéran, quant à eux, ont du mal à envahir la réalité au-delà de leurs voisins immédiats : l’embrouille moyen-orientale nous a encore réservé une virevolte inattendue. Une fois de plus, Bush a réagi à une attrape posée par les ennemis de sa politique ; il a rebondi, sans toutefois mettre en place une vraie stratégie, et rejeté les poisons qu’on lui proposait comme antidote. Le monde n’est pas tout à fait simple.

« Une semaine est une éternité en politique » avait dit l’ancien premier ministre anglais Harold Wilson. A fortiori les trois ou quatre semaines qui se sont écoulées depuis l’apparition, semblable à celle qui jadis avait ébloui Bernadette Soubirou, du rapport de la Commission Baker sur l’Irak. Les critiques de gauche et de droite ont frappé dru l’irréalisme pompeux et l’arrogance creuse du rapport, de ses auteurs, de son saint Patron. De Blücher qu’il était, Baker est devenu Grouchy ou même Polichinelle.

L’Amérique devait, selon lui, se jeter en suppliant aux pieds de ses pires ennemis afin que ceux-ci la tirent du mauvais pas. La brillante recette et les soixante-seize recommandations qui la déclinaient devaient être adoptées en bloc, « pas comme une macédoine où l’on choisit ce que l’on veut », précisait, pas franchement modeste, super-Baker. Sa réputation usurpée (après tout, ses titres de gloire comme secrétaire d’Etat de Bush père furent l’abandon du Liban à la Syrie et le fictionnel « processus de paix » de l’oubliable Conférence de Madrid sur le Moyen-Orient) a changé l’or en plomb.

Mais aujourd’hui, la Commission et ses recettes sont out ! Il suffit de lire les articles vénéneux et rageurs que la grande presse proche de l’Establishment consacre à la chose, comme une récente chronique de Robert Novak, parue dans le Washington Post, pour s’en apercevoir : encore une fois, les néo-conservateurs, « the Israeli ruling classes and their U.S. outriders », écrit cette fripouille de plume, la classe dirigeante israélienne et ses éclaireurs américains, empêchent la solution du seul vrai problème du Moyen-Orient, le « conflit israélo-palestinien. ». Si seulement Bush n’avait pas laissé la bride sur le cou de Sharon, il n’y aurait aucun problème en Irak !

On comprend la mâle rage qui donne le branle à ces braves gens : voici quelques jours à peine, Mlle Condi Rice, leur élève, protégée et porte-influence dans l’entourage de Bush, expliquait que « les Etats-Unis ont toujours agi efficacement en jouant à la fois par la puissance et par les principes » et ajoutait – insulte suprême à ses mentors – je ne vois pas comment les Etats-Unis pourraient jamais s’exempter de leur grande tâche pour se consacrer à je ne sais quelle stabilité… ce serait une stabilité trompeuse. » Le mot est lâché, la « fausse stabilité », fétiche des « Réalistes », est rejetée. Rice ajoutait, à revers de ses propres convictions, que les Etats-Unis doivent agir « intelligemment dans le nouveau contexte stratégique, plutôt que de retomber dans le vieux cadre stratégique en quête d’une stabilité qui n’existe plus ». L’Iran et la Syrie ne feront rien pour stabiliser quoi que ce soit, ajoutait-elle, sauf s’il y va de leur intérêt, et le prix qu’ils en exigeraient de toute façon serait exorbitant, la réannexion du Liban, pour la Syrie, et un feu vert à l’armement nucléaire pour l’Iran.

On n’est pas là bien éloigné du bon sens le plus élémentaire – celui-là même dont ont si cruellement manqué Baker et sa chapelle. Bush a confirmé le rejet des recommandations dans une longue interview au Washington Post et dans une conférence de presse convoquée spécialement pour l’occasion. Le président, si l’on me permet l’image, n’est pas un kangourou qui saute de sa propre volonté ; c’est un ballon de basket-ball qui rebondit d’autant plus fort qu’il reçoit des coups. Les « Réalistes » ont exigé de lui – pour prix de leur soutien – qu’il se renie entièrement. Le ballon a réagi violemment – panier à trois points.

Pour autant, les problèmes ne sont pas résolus. Baker et Cie avaient profité de l’échec de l’entreprise irakienne, de l’impopularité (relative) de la guerre, du moins de l’absence de perspective qui en brouille la perception, de la défaite électorale des Républicains en novembre, pour se faufiler de nouveau sur l’avant-scène. Ils y reviendront si rien ne change. Or, on peine à apercevoir l’amorce de vrais changements. L’entrée en fonction au Pentagone de Robert Gates, bureaucrate endurci, membre de la même coterie, n’en annonce guère. Il a certes assuré – cornaqué par le staff présidentiel ? – que « nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’échouer en Irak. Une retraite d’Irak serait une calamité qui reviendrait nous tourmenter, entacherait notre crédibilité et mettrait l’Amérique en danger pendant des décennies. ». Cela va sans dire, mais pour citer M. de Talleyrand-Périgord, cela va encore mieux en le disant.

On débat beaucoup d’une injection rapide (« surge ») de plusieurs dizaines de milliers de soldats américains à Bagdad pour sécuriser et préparer une « irakisation ». La chose ne serait pas mauvaise, qui donnerait aux forces de la coalition de nouvelles marges de manœuvre. Aucune décision n’a encore été prise. Mais elle ne changerait pas la donne.

Ce qu’on aurait dû faire, il y a trois ans déjà, mais qui n’eut pas lieu, serait le vrai tournant de la guerre : il faut éliminer physiquement le bandit islamo-fasciste Muqtada al-Sadr, proche de l’Iran, et casser son « Armée du Mahdi » ! Qui veut « parler » à l’Iran, à la Syrie, et à toute la région, atteindrait par là la vraie éloquence : les Américains tapent sur la table et arrêtent de faire semblant de ne pas voir qui, par barils entiers, jette de l’huile sur les feux de la guerre sectaire, ils se conduisent enfin en patrons et non plus en gentils animateurs qui ont peur d’offenser l’Islam et qui occupent le pays sans montrer la violence d’un « vrai » occupant.

En attendant un hypothétique tournant, un autre paramètre régional semble avoir amorcé un changement, encore que les contours n’en soient pas encore nettement dessinés : c’est l’échec relatif des candidats du prêcheur d’apocalypse Ahmadinejad aux élections municipales en Iran et au scrutin pour l’ « Assemblée des Experts », sorte de Chambre de contrôle à la soviétique, peuplée exclusivement de barbus enturbannés.

Entendons-nous : les « élections » en Iran sont une mascarade, où la plupart des candidats humains sont évincés avant le vote au bénéfice des pygmées cléricaux de service, et où la fraude électorale règne avec impudence, sans parler de l’intimidation, des violences en tous genres et de la corruption. Les ayatollahs ont tiré les leçons de défaites antérieures où ils avaient eu l’inexcusable naïveté de ne pas se croire haïs du peuple. Cela étant, les gagnants cette fois-ci sont des ayatollahs, non pas modérés mais peu désireux de pousser trop loin la provocation nucléaire. Ils veulent des armes atomiques, mais pas d’Apocalypse now. Leur figure de proue est l’ayatollah Hachémi-Rafsandjani, ancien président, qui a battu le mentor d’Ahmadinejad, l’ayatollah Mesba-Yazdi, pour un siège à l’Assemblée des Experts. L’imagination fiévreuse de diplomates et de journalistes occidentaux - décidément incorrigibles - a immédiatement sauté sur ce retour de Rafsandjani « le modéré. » C’est lui qui a lancé le programme nucléaire militaire de l’Iran et qui a été le premier à en évoquer l’usage contre Israël. Modéré, certes pas, mais milliardaire, sans désir d’apocalypse, avec un « simple » désir de puissance et de domination.

On suggère que le Guide suprême Khamenei a voulu pondérer la politique iranienne plutôt déséquilibrée par Ahmadinejad : ressortir le leurre des « modérés », tout en laissant ce dernier divaguer et préparer ses guerres. Notons qu’Ahmadinejad a été copieusement sifflé et humilié par les étudiants de l’Université de Téhéran il y a quelques jours, témérité que l’on paie usuellement en Iran de sa vie, sauf à être un tant soit peu protégé par certains services du régime.

Les événements à venir au Liban permettront de mieux saisir et interpréter ceux de Téhéran. Nasrallah fait encore peser la menace d’un coup de force (avec l’appui, hélas ! de Michel Aoun). Le coup d’arrêt donné à Washington à la politique capitularde est une petite bonne nouvelle pour le Liban : pour l’heure, la Maison Blanche ne vendra pas la peau de la souris libanaise au carnassier voisin, et, à l’inverse, poussera en avant l’enquête internationale sur le rôle de Damas dans l’assassinat de Hariri. Il n’y a pas que Baker qui a poussé le bouchon trop loin.

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Volume V, Numéro 267 • vendredi le 22 décembre 2006

La négation de la Shoah dans l'idéologie
et la stratégie du régime iranien

Yigal Carmon
MEMRI, Enquête et analyse n° 307, 20 décembre 2006

Le 14 décembre 2006, un symposium sur le thème "Négationnisme ou comment ouvrir la voie au génocide" a été tenu à Yad Vashem à Jérusalem. Le président et fondateur de MEMRI, Yigal Carmon, a pris la parole lors de ce symposium. Voici son all
ocution.

Visionner les extraits de la télévision iranienne diffusés lors du symposium sur mms://207.232.26.152/events/IRANHOLOCAUST.WMV

Le négationnisme persistant du président iranien Mahmoud Ahmadinejad soulève une question essentielle à laquelle il nous faut répondre : quelle est la fonction de la négation de la Shoah dans l'idéologie et la stratégie du régime iranien ? La réponse à cette question revête la plus haute importance pour l'avenir de l'Etat d'Israël.

A l'Institut de recherche des médias du Moyen-Orient, nous rassemblons et analysons les déclarations d'Ahmadinejad et d'autres responsables du régime iranien. Il ressort de ces recherches que le négationnisme du régime iranien n'est pas une manifestation de haine irrationnelle, mais un moyen prémédité d'arriver à ses fins.

Nier la légitimité d'Israël

Nous pouvons distinguer deux buts essentiels. Le premier est le refus de toute légitimité à la création et à l'existence de l'Etat d'Israël en tant que refuge assurant aux Juifs la sécurité après la Shoah. Pour atteindre ce but, Ahmadinejad affirme qu'il n'y a jamais eu d'Holocauste et que si les Juifs ont bien été touchés durant la Deuxième guerre mondiale – une affirmation devant être vérifiée au moyen de recherches approfondies -, ils ne l'ont pas été plus que les autres. En aucun cas, le "mythe" de l'Holocauste ne peut justifier la création de l'Etat d'Israël en Palestine.

L'élimination de l'entité sioniste – l'Etat d'Israël

Le deuxième but est – ainsi que le déclare fréquemment Ahmadinejad - d’"effacer Israël de la carte." Ahmadinejad est conscient du fait que tant que le monde gardera en mémoire la Shoah , il rejettera toute tentative visant à perpétrer un nouveau génocide juif. Pour effacer Israël de la carte, il est donc indispensable d'effacer la mémoire de la Shoah. Il s'agit donc d'un négationnisme planifié et prémédité

Diabolisation

Effacer la mémoire de la Shoah peut se faire qu'en diabolisant les Juifs et l'Etat d'Israël. La diabolisation est une condition au génocide. Nous nous souvenons qu'Hitler avait entamé une importante campagne de diabolisation des Juifs avant de passer aux exterminations de masse. Ahmadinejad et le régime iranien font de même en menant une virulente campagne antisémite de démonisation.

La télévision d'Etat produit des séries allant dans ce sens. Celles-ci recourent aux calomnies bien connues, accusant les Juifs d'incorporer du sang d'enfants non juifs au pain azyme de la Pâque juive ou d'enlever des enfants non-juifs pour voler leurs organes. Les Juifs sont décrits comme des sous-hommes, des singes et des porcs. Ils sont représentés dans ces séries en train de persécuter le prophète Mahomet par des pratiques vaudous ou de torturer une figure historique rappelant Jésus sur la Croix. Ce ne sont là que deux exemples parmi beaucoup d'autres.

Il convient de souligner que ce phénomène est contrôlé au plus haut niveau par l'Etat. Il est révélateur que la première apparition publique d'Ahmadinejad après son investiture fut donnée devant des réalisateurs de séries télévisées.

Tout cela est entrepris afin de diaboliser les Juifs et Israël, ce qui, comme je l'ai dit plus tôt, est une condition à leur élimination. Il n'est toutefois pas possible de diaboliser un peuple considéré comme victime de la Shoah. Tant que les Juifs seront perçus comme les victimes de la Shoah , cette diabolisation ne pourra prendre racine. Nier l'existence de la Shoah est donc une nécessité, visant à ôter aux Juifs leur statut de victimes.

C'est pourquoi ces trois éléments, liés entre eux, que sont la négation de la Shoah , l'élimination de l'Etat d'Israël et la diabolisation des Juifs, ne cessent de revenir dans les déclarations d'Ahmadinejad et d'autres hauts responsables iraniens.

Il est vrai que ces trois éléments ont été énoncés séparément dans les médias. Le fait de les entendre réunis, dans le contexte que je viens juste de définir, nous permettra de comprendre leur fonction et leur signification dans le cadre de l'idéologie et de la stratégie du régime iranien.

Dans un discours bien connu donné le 23 octobre 2005 lors de la conférence iranienne ayant pour thème "Le monde sans le sionisme", Ahmadinejad a exposé ses vues sur l'Etat d'Israël, le qualifiant de mal absolu et d'instrument de l'Occident pour dominer les musulmans. Répondant à ceux qui demandaient s'il est possible de vivre dans un monde sans Amérique et sans sionisme, il a dit : "Autant que vous sachiez que ce slogan et cet objectif sont réalisables et pourront très certainement être atteints."

Plus loin dans son discours, il a cité Khomeiny en ces termes : "Ce régime qui occupe Qods (Jérusalem) doit être supprimé des pages de l'histoire." Commentant cette phrase de son mentor spirituel, Ahmadinejad a déclaré : "Cette phrase est pleine de sagesse. Le problème palestinien n'est pas un problème sur lequel nous pouvons faire des compromis." Plus tard, il a précisé : "Très bientôt, le monde islamique sera purgé de cette tâche de honte (Israël) qui se trouve en son sein. Cet objectif peut être atteint." Ce discours a clairement annoncé l'objectif final : l'élimination d'Israël.

Lors de la réunion de l'Organisation de la conférence islamique, intervenue à la Mecque début décembre 2005, Ahmadinejad a émis des propos révélant clairement le lien existant entre l'élimination de l'Etat d'Israël et la négation de la Shoah : "Certains pays européens s'entêtent à affirmer qu'Hitler a brûlé des millions de Juifs opprimés dans les fours crématoires. Ils insistent si fort que si quelqu'un prouve le contraire, ils le condamnent et le jettent en prison. Bien que nous n'acceptions pas cette affirmation, admettons qu'elle soit véridique et demandons aux Européens : est-ce que l'exécution de Juifs opprimés par Hitler (justifie) le soutien au régime qui occupe Jérusalem ?..."

Cette question d'Ahmadinejad est révélatrice : selon lui, l'Holocauste est le seul élément qui puisse justifier l'existence de l'Etat d'Israël. Elle implique deux choses : a) que l'Holocauste est un mythe et b) que même s'il avait vraiment eu lieu, il ne suffirait pas à justifier l'existence d'Israël. Dans les deux cas, l'obsession d'Ahmadinejad ne porte pas sur l'Holocauste, mais sur l'existence même d'Israël. Si nier la Shoah peut permettre de remettre en cause l'existence d'Israël, celle-ci doit être niée.

Dans le même discours, Ahmadinejad a aussi dit : "Si vous (Européens), estimez avoir commis une injustice à l'encontre des Juifs, pourquoi les musulmans et les Palestiniens devraient-ils en payer le prix ? D'accord, vous avez opprimé (les Juifs). Mettez donc une partie de l'Europe à la disposition du régime sioniste..." Encore une fois, la ligne directrice est le non droit d'Israël à l'existence. Nier l'Holocauste est important pour Ahmadinejad, vu que celui-ci confère une justification morale à la création et à l'existence de l'Etat d'Israël.

Dans le discours que vous avez vu plus tôt sur DVD, daté du 14 décembre 2005, Ahmadinejad a encore une fois lié ces deux éléments majeurs. Il qualifie de "mythe" la Shoah , mais cette fois ajoute : "Si vous (Européens) dites vrai quand vous affirmez avoir exterminé six millions de Juifs lors de la Deuxième guerre mondiale… Si vous avez commis un crime, il n'est que juste que vous placiez un morceau de votre terre à leur disposition – en Europe, en Amérique, au Canada ou en Alaska…" Une fois de plus, la négation de la Shoah représente avant tout pour Ahmadinejad un moyen de délégitimer l'existence d'Israël.

Le président iranien s'efforce ensuite de dépeindre les Juifs comme les véritables oppresseurs, plutôt que comme les victimes : "Le sionisme est lui-même une idéologie occidentale colonialiste (liée) à des idées laïques et à des méthodes fascistes -fondée par les Anglais. Jusqu'à aujourd'hui, avec l'aide directe de l'Amérique et d'une partie de l'Europe, (le sionisme) massacre les musulmans." Il ajoute plus loin : "Voilà une question importante à laquelle doivent répondre les pays occidentaux et les médias : y a-t-il un crime commis par (l'Occident) à cette époque ( la Deuxième guerre mondiale) que les sionistes ne commettent pas aujourd'hui ? Le sionisme est essentiellement un nouveau fascisme…"

Voilà donc la vision d'Ahmadinejad : les sionistes sont les véritables oppresseurs et assassins. Et s'il prétend parfois faire la différence entre sionistes et Juifs, le fait est que sa campagne de diabolisation use et abuse de préjugés antisémites utilisés à maintes reprises dans l'histoire pour décrire les Juifs (et pas seulement les sionistes) comme des oppresseurs et des meurtriers.

Comme vous venez de le voir sur le DVD, le véritable Holocauste, tel que décrit par Ahmadinejad, a été commis par les Juifs : par le roi juif du Yémen, Youssef Dhu Nuwas qui, prétend-il, brûlait les chrétiens aux premiers temps du christianisme, et par les Juifs iraniens, comme le décrirait le Livre d'Esther. En outre, les Juifs de l'époque moderne continueraient de se comporter comme des assassins, tuant de nombreux enfants chrétiens à Londres et à Paris - comme vous avez pu le voir de vos propres yeux, pour incorporer du sang au pain azyme consommé à Pessah.

En résumé, la négation de l'Holocauste est une donnée inextricable de la diabolisation visant à atteindre l'objectif final, qui est l'élimination d'Israël.

Ces trois éléments clés mentionnés plus haut ont une place importante dans l'identité et les travaux des personnes invitées par le régime iranien à la conférence de Téhéran sur la négation de la Shoah. Leur opposition explicite à l'existence d'Israël revête une importance de tout premier ordre. C'est pourquoi les membres de la secte juive anti-sioniste Neturei Karta ont aussi été invités. Le régime iranien maintient avec eux des liens puissants. Puis vient la diabolisation des Juifs visant à justifier le programme d'élimination. C'est ainsi qu'ont été invités de nombreux négationnistes, dont Frederick Toben, qui ne se contente pas de nier la Shoah , mais qui ajoute que les Juifs ont intentionnellement répandu le virus du SIDA aux Etats-Unis.

Le discours d'Ahmadinejad lors du colloque négationniste illustre pour le mieux le rôle que joue la négation de la Shoah dans l'idéologie et la stratégie du régime iranien. Il commence son discours en s'adressant aux négationnistes de la conférence : "Vous êtes chez vous en Iran. Ici vous pourrez librement exprimer vos opinions, d'une façon amicale et dans une atmosphère de liberté." Puis il enchaîne sans transition : "La courbe de vie du régime sioniste est sur sa descente… Je vous le dis maintenant… Le régime sioniste sera éradiqué et l'humanité libérée."

Voir des extraits vidéo sur la négation de la Shoah sur http://www.memritv.org/Search.asp?ACT=S5&P1=156.

(Yigal Carmon est président de l'Institut de recherche des médias du Moyen-Orient [MEMRI] )

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Volume V, Numéro 266 • vendredi lr 15 décembre 2006

Frères humains…
Pierre Foglia
La Presse, le 8 décembre 2006

Je vous parle de ce livre, Les bienveillantes, qui vient d’obtenir le Goncourt. C’est un livre sur la Shoah. Je l’ignorais en l’achetant, je n’avais lu aucune critique, tout ce que je savais c’est qu’on parlait comme d’un exploit de lecture à cause de ses 900 pages, oh là là 900 pages, tu te rends compte ! Vous allez voir qu’on va bientôt remettre un certificat de lecture à cause de ses 900 pages, mais c’est un autre sujet, celui-là sur l’anéantissement de la littérature.

Je n’ai pas acheté ce livre parce qu’il était gros, je l'ai acheté parce que je l'ai ouvert chez ma libraire et que j'ai lu la première ligne: Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça c'est passé. J'ai pensé à la ballade des pendus de Villon Fréres humains qui après nous vivez... quand quelqu'un m'appelle son frère, je sais d'instinct que ce n'est pas par amour, je sais qu'il me veut son frère en chiennerie, je sais qu'il a quelque chose de lourd à me faire porter, il veut dire que ce qu'il a fait de pire je l'eusse fait aussi, que je suis son son frère-de-sang-dans-le-sang.

Neuf cents pages plus loin, la question reste entière : le héros du livre, le Sturmbannführer—le commandant SS—Maxmilien Aue, docteur en droit, passionné d'histoire et de littérature et tout particulièrement du Flaubert de L'éducation sentimental, est-il mon frère? Si vous m’aviez posé la question avant que je lise le livre, je vous eusse répondu un non outragé, non évidemment, comment osez-vous seulement me poser cette question infamante ?

Neuf cents pages plus loin, je ne suis plus aussi certain de n’être pas le frère de cet intendant de l’administration nazie dont le travail consistait, vers la fin de la guerre, à compter les calories des rations des prisonniers des camps de la mort. Pour ce travail, il devait se déplacer de Berlin dans les camps, il allait en quelque sorte en voyage d’affaires à Auschwitz, passait deux ou trois nuit au camp, respirait l’âcre fumée des fours crématoires, traversait, indifférent, les longues filées de vieillards, de malades, de femmes, quelques-unes enceintes, et d’enfants juifs qui venaient d’arriver de Hongrie ou de France dans des trains à bestiaux et attandaient, nus dans la cour, à la porte de ces grands hangars où ils croyaient qu’ils allaient prendre une « douche ».

Vous imaginez tuer six millions de personnes? Non vous n'imaginez pas. On a beau en parler, le rappeler, ça ne rentre pas. L'oubli, dites-vous? Non. Ça ne rentre pas depuis le tout début.

En 1950, j'ai 10 ans, cela faisait cinq ans que les Russes étaient entrés dans Auschwitz. On est en 2006, les tours du World Trade c'était en 2001, on a encore en tête les images des gens qui se jettent des tours. En 1950, rien. Le procès de Nuremberg? C'est à peine si on en avait entendu parler. C'était avant la télé. Chez moi, on n'avait même pas la radio (ni l'électricité). Six millions de gens ont été tués et on n'en savait rien.

Six millions. Pas à la guerre. Pas des soldats. Pas des civils bombardés dans leur cave. Des juifs parce qu’ils étaient juifs. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieux, qu’on arrêtait chez eux, qu’on mettait dans des trains. Une heure avant de mourir, ces gens-là ne savaient pas qu’on allait les tuer. En Ukraine par exemple, on leur disait de se présenter à telle heure à tel endroit avec leurs effets, qu’on allait les reloger, ils venaient librement, se mettaient en rang sur des kilomètres. Les SS les embarquaient dans des camions, les menaient à un ravin où ils étaient abbatus à la mitrailleuse. Une couche de terre, une couche de juifs, une couche de terre, une couche de juifs.

Vous savez comment je l'ai appris? Par le film Nuit et brouillard d'Alain Resnais sorti en 1956. J'avais 16 ans. Cela faisait 11 ans que la guerre était finie. Mes parents ne m’avaient jamais parlé de rien, mes profs non plus. J’étais sorti du cinéma ravagé.

Le livre Les bienveillantes est encore plus terrifiant que le film. La littérature nous entraîne là ou ne peuvent aller les documents. Nourrie par une recherche qui a pris près de 20 ans à l’auteur (Jonathan Littell), la fiction nous mène au coeur du plus grand massacre de l'histoire en nous faisant partager le quotidien des assassins. On n’y avait pas pensé mais tuer six millions de gens, sans bombe atomique, et au tout début sans même de chambres à gaz, à la mitaine quasiment, c’est un énorme travail. Un travail qui occupait tout un ministère, des hauts fonctionnaires complètement débordés par l'ampleur de la tâche. Je ne parle pas des bourreaux mais de ceux-là qui avaient à exécuter le plan, à rencontrer les objectifs, à suivre la cadence, les fours peuvent incinérer 2500 juifs par jour, on vient d'en recevoir 7000 de Hongrie, problème, on les met ou en attendant? On les nourrit comment? On n'a pas les budgets, les gardes sont épuisés, voilà des mois qu'ils n'ont pas pris congé.

Vers les deux tiers du livre, notre héros est chargé par Himmler lui-même de récupérer les juifs valides pour les faire travailler dans les usines d'armement. Pendant 200 pages, le commandant SS Aue se promène de camp en camp pour tenter de mettre en application ce nouveau plan fort mal reçu, et tout d'un coup, je me suis rendu compte que je m'en désolais pour lui, que j'entrais dans son travail, dans son quotidien, que j'allais partager son repas du midi, que je l'accompagnais au concert le soir, que je m'indignais avec lui de la corruption des administrations des camps, de la bêtise de Eichmann...

Jusqu'à ce que, en traversant la cour du camp, je remarque dans la lignée des juifs qui attendaient de passer à « la douche » une jeune femme enceinte et que la question me vienne tout à coup, le gaz traverse-t-il le liquide amniotique? L'embryon vit-il encore à la crémation de la mère?

Je disais un livre terrifiant. Frères humains qui après nous vivez...

Déclaration du Premier ministre concernant les propos du président de l'Iran
12 décembre 2006, Ottawa (Ontario)

Le Premier ministre Stephen Harper a publié aujourd’hui la déclaration qui suit :

« Au nom du gouvernement du Canada, je tiens à condamner avec la plus grande fermeté ce dernier exemple de propos anti-israéliens et racistes du président de l’Iran. En outre, la conférence que le président Mahmoud Ahmadinejad a accueilli à la seule fin de nier l’holocauste est une offense pour l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens. »

Assemblé nationale du Québec dénonce la conférence négationniste de Téhéran
Le jeudi 14 décembre 2006

M. [Lawrence] Bergman[le ministere de Revenu]: M. le Président, je désire présenter...conjointement avec le député de Richelieu de même qu'avec le député de Chutes-de-la-Chaudière, la motion suivante:

«Que l'Assemblée nationale dénonce sans équivoque la tenue d'une conférence déshonorante en Iran qui a pour but de réfuter l'exactitude historique de l'Holocauste, alors qu'il est inconcevable de mettre en doute une des plus grandes tragédies de l'humanité, soit l'extermination et les souffrances de plusieurs millions de personnes.»

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, est-ce qu'il y a consentement pour débattre de cette motion... c'est-à-dire il y a consentement pour présenter cette motion sans débat?.

Dupuis: ...consentement pour la présenter sans débat.

Le Vice-Président (M. Gendron): Est-ce que cette motion est adoptée?

Des voix: Adopté.

L'Institut du Judaïsme Québécois
vous invite à une table ronde en compagnie d'acteurs clés pour débattre du thème

DIALOGUE DES CULTURES ou CULTURE DES DIALOGUES

Conférenciers

Patrick Beauduin : Vice-président création convergente, Groupe Cossette
Dany Laferrière : Écrivain et cinéaste
Léon Ouaknine : Consultant
Bruno Roy : Poète, romancier, essayiste

Animée par Ghila Sroka

Quand : Mardi 30 janvier 2007
19 h précises

Où : Université de Montréal
Amphithéâtre B-2285
3200, rue Jean-Brillant

Entrée libre dans la limite des places disponibles

INSCRIPTION OBLIGATOIRE par courriel : ghilasroka@videotron.ca

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Volume V, Numéro 265 • vendredi le 8 décembre 2006

Comment mettre fin au terrorisme
Daniel Pipes
New York Sun, 5 décembre 2006

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Pour être efficace, une stratégie de contre-terrorisme doit se concentrer sur le fait que le terrorisme perpétré par des Musulmans au nom de l'Islam constitue la menace stratégique pesant sur les populations civilisées, musulmanes ou non musulmanes, de notre époque.

Au niveau le plus élémentaire, cette menace fait intervenir des individus isolés atteints par le syndrome du djihad subit et qui lancent des actions meurtrières totalement imprévisibles. Au plus haut niveau, elle revêt la forme d'une organisation criminelle telle que le Hamas, qui dirige le quasi-gouvernement de l'Autorité palestinienne, ou même les efforts d'Al-Qaïda visant à acquérir des armes de destruction massive. Ainsi, si le terrorisme des Musulmans était stoppé, ce serait un progrès majeur vers la victoire dans ce que certains appellent la Quatrième Guerre mondiale.

Est-ce possible?

Oui, et en partie aussi grâce à un contre-terrorisme conventionnel efficace. Les individus doivent être traqués, les organisations fermées, les réseaux détruits, les frontières surveillées, les transferts de fonds empêchés, les ADM interdites. Mais ces mesures ne combattent que les symptômes du problème, pas le problème lui-même. «Le problème lui-même» consiste en la motivation qui alimente les flambées de violence commises par des Musulmans au nom de l'Islam. Cette violence ne peut être contrée qu'en isolant la raison pour laquelle le terrorisme est devenu un aspect si marquant de la vie musulmane.

Cette agressivité ne résulte pas d'impulsions perverses dictant la destruction par elle-même; et elle n'est pas issue de la religion de l'Islam, laquelle n'inspirait nullement une telle rage meurtrière il y a encore une génération. Non, elle provient d'idées politiques.

Les idées ne jouent aucun rôle dans la criminalité ordinaire, qui ne poursuit que des objectifs purement égoïstes. Mais les idées, généralement de celles qui tendent à changer le monde de manière radicale, sont au cœur même du terrorisme et notamment de sa variante suicidaire. Contrairement à la plupart d'entre nous, qui acceptons généralement l'existence telle qu'elle est, les utopistes tiennent à édifier un ordre nouveau et supérieur. Pour y parvenir, ils s'approprient tous les pouvoirs, affichent un mépris glacial pour la vie humaine et nourrissent l'ambition de réaliser leur vision à l'échelle mondiale. Il existe plusieurs schémas utopiques de ce type, avec à leur tête le fascisme et le communisme qui ont tous deux fait des dizaines de millions de victimes.

Ces deux totalitarismes ont été vaincus en 1945 et en 1991, respectivement, l'un par la guerre (au cours de la Deuxième Guerre mondiale) et l'autre plus subtilement (par la guerre froide). Leur quasi-disparition incita certains optimistes à imaginer que l'ère de l'utopie et du totalitarisme était arrivée à son terme et qu'un ordre libéral l'avait définitivement remplacée.

Hélas, c'était sans compter avec un troisième totalitarisme en progression depuis les années 1920, celui de l'islamisme, que l'on peut résumer par la conviction selon laquelle «l'Islam est la solution» à tout, de l'éducation des enfants à la manière de faire la guerre. À la suite de la convergence de plusieurs facteurs – une rivalité historique avec les Juifs et les Chrétiens, une natalité effrénée, la capture de l'État iranien en 1979, le soutien des États pétroliers –, les islamistes en sont arrivés à dominer le discours idéologique des Musulmans intéressés par leur identité ou leur foi islamique.

C'est ainsi que la loi islamique, en repli depuis deux siècles, fait son grand retour et avec elle le djihad, la guerre sacrée. Le califat, en fait éteint depuis plus d'un millénaire, est redevenu un rêve ardent. Les idées prônées par des penseurs et des organisateurs tels que Muhammad ibn Abd al-Wahhab, Shah Waliullah, Sayyid Abu'l-A'la al-Mawdudi, Hasan al-Banna, Sayyid Qutb et Rouhollah Khomeini se sont imposées contre les approches traditionnelles, modernistes et centristes de l'Islam. Les adeptes de ces utopistes recourent à la violence, y compris au terrorisme, pour promouvoir leur vision malveillante.

Ainsi, la forme la plus efficace de contre-terrorisme consiste à combattre non pas les terroristes, mais les idées qui les motivent. Cette stratégie implique deux étapes principales. D'abord, il faut vaincre le mouvement islamiste comme l'ont été les mouvements fasciste et communiste – à tous les niveaux et de toutes les manières, en usant de toutes les institutions, publiques et privées. Cette tâche incombe essentiellement aux non-Musulmans, car les communautés musulmanes n'ont généralement pas la capacité ou la volonté de purger leurs éléments islamistes.

En revanche, seuls des Musulmans sont en mesure d'accomplir la deuxième étape, la formulation et la propagation d'un Islam moderne, modéré, démocratique, libéral, convivial, humain et respectueux de la femme. Ici, les non-Musulmans peuvent apporter leur aide en se distançant des islamistes et en soutenant les Musulmans modérés.

Bien qu'il soit théoriquement réalisable, la faiblesse de ses avocats actuels fait paraître l'avènement d'un Islam modéré totalement hors de portée. Mais, malgré toute la fragilité de ses perspectives actuelles, le succès de l'Islam modéré est la seule forme efficace de contre-terrorisme. Le terrorisme, allumé par de mauvaises idées, ne peut être éteint que par de bonnes idées.

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Volume V, Numéro 264 • vendredi le 1 decembre 2006

Le monde selon Carter
Alan Dershowitz
New York Sun, 27 novembre 2006

Adaptation française de Sentinelle 5767 pour desinfo.com

Parfois, vous pouvez vraiment parler d’un livre d’après sa couverture. La décision du Président Jimmy Carter de donner pour titre à sa nouvelle épître anti-Israël " Palestine : la Paix et pas l’Apartheid " (éditeurs : Simon & Schuster, 288 pages, $27) révèle tout cela. Son utilisation du mot chargé de sens " apartheid ", suggérant une analogie avec la politique haïe de l’Afrique du Sud, est particulièrement outrageante, si l’on considère sa reconnaissance cachée à la fin de son livre creux et superficiel, que ce qui survient en Israël de nos jours " est, à l’opposé de l’Afrique du Sud - non pas du racisme, mais l’acquisition de la terre ".

Il n’explique pas non plus que la motivation d’Israël à garder la terre qu’il a conquise dans une guerre défensive soit liée à la prévention du terrorisme. Israël a essayé, à différentes occasions, d’échanger la terre contre la paix, et ce qu’il a eu en échange a été le terrorisme, des roquettes, et des prises d’otages lancées depuis le territoire restitué.

En fait, le terrorisme arabo-palestinien manque virtuellement dans tout le compte-rendu historique de M. Carter, qui reproche à peu près tout à Israël, et pratiquement rien aux Palestiniens. De façon incroyable, il affirme que la violence initiale dans le conflit israélo-palestinien était motivée par l’intolérance religieuse, survenue quand des " militants juifs " ont attaqué des Arabes en 1929, alors que le grand Mufti de Jérusalem avait ordonné le massacre de plus de 100 rabbins, étudiants, et sépharades non sionistes, dont les familles avaient vécu à Hébron et dans d’autres cités juives antiques depuis des millénaires. Les Juifs ont répondu à cette violence raciste en établissant une force de défense. Il n’y a nulle mention de la longue histoire du terrorisme palestinien avant l’occupation, ou du massacre [des athlètes israéliens, Ndt] à Munich et d’autres inspirés par Yasser Arafat. Il n’y a pas même de référence au Karine A, le bateau d’armes terroristes commandé par Arafat en janvier 2002.

Le livre de M. Carter est tellement rempli de fautes simplistes et d’omissions délibérées que, si c’était un dossier déposé devant une Cour de justice, il serait attaqué et son auteur sanctionné pour tromperie de la Cour. M. Carter est aussi coupable de tromper la Cour de l’opinion publique. Une simple liste de toutes les fautes et omissions de M. Carter remplirait un volume de la taille de son livre. En voici quelques unes seulement, parmi les plus flagrantes :

M. Carter souligne que les "Arabes chrétiens et musulmans ont continué de vivre dans ce même pays depuis l’époque romaine ", mais il ignore le fait que les Juifs ont vécu à Hébron, Safed, Jérusalem, et d’autres cités depuis plus longtemps encore. Il ne discute pas non plus l’expulsion de centaines de milliers de Juifs des pays arabes depuis 1948.

De façon répétée, M. Carter proclame que les Arabes palestiniens ont soutenu depuis longtemps une solution à deux Etats, et que les Israéliens s’y sont toujours opposés. Pourtant, il ne mentionne pas le fait qu’en 1938, la commission Peel a proposé une solution à deux Etats, Israël recevant une simple tranche de son antique foyer national, et les Palestiniens recevant le gros du territoire. Les Juifs ont accepté et les Palestiniens ont rejeté cette proposition parce que les dirigeants arabes se préoccupaient plus de l’absence d’un Etat juif sur une terre sainte musulmane que d’avoir leur propre Etat palestinien.

Il mentionne à peine l’acceptation par Israël, et le rejet palestinien, de la division du mandat par les Nations Unies en 1948.

Il prétend qu’en 1967, Israël a lancé une attaque préventive contre la Jordanie. La vérité est que la Jordanie a attaqué Israël d’abord, alors qu’Israël essayait désespérément de persuader la Jordanie de demeurer en dehors de la guerre, et Israël a contre-attaqué après que l’armée jordanienne ait encerclé Jérusalem, tirant des missiles sur le centre de la cité. C’est seulement alors qu’Israël s’est emparé de la Rive Occidentale, territoire qu’il a proposé de restituer en échange de la paix et de la reconnaissance par la Jordanie.

M. Carter mentionne de façon répétée la résolution 242 du Conseil de Sécurité, qui appelait au retour de territoires conquis en échange de la paix, de la reconnaissance [du droit à l’existence d’Israël, Ndt], et de frontières sûres, mais il ignore qu’Israël l’a accepté, alors que toutes les nations arabes et les Palestiniens ont rejeté cette résolution. Les Arabes se sont rencontrés à Khartoum, et ont stipulé leur fameux [triple] " Non " : " Non à la paix, Non à la reconnaissance, Non à la négociation ". Mais vous ne pourriez pas le savoir en lisant l’histoire selon M. Carter.

M. Carter prend Israël en défaut pour sa "frappe aérienne qui a détruit le réacteur nucléaire irakien" sans mentionner que l’Irak avait menacé d’attaquer Israël avec des armes nucléaires si elle parvenait à fabriquer une bombe.

M. Carter prend Israël en défaut pour son administration des sites religieux chrétiens et musulmans, alors qu’Israël en vérité assure scrupuleusement à ceux de chaque religion le droit de pratiquer comme ils le désirent - dans les limites bien sûr des besoins de la sécurité. Il omet de mentionner qu’entre 1948 et 1967, quand la Jordanie occupait la Rive Occidentale et Jérusalem Est, les Hachémites avaient détruit et profané des sites religieux juifs, et empêché les Juifs de prier devant le Mur Occidental. Il ne mentionne jamais non plus l’occupation brutale par l’Egypte de Gaza entre 1948 et 1967.

M. Carter blâme Israël et exonère Arafat, pour le refus palestinien d’accepter un Etat sur 95 % de la Rive Occidentale et de la totalité de Gaza, conformément aux offres de Clinton et Barak à Camp David et Taba en 2000 - 2001. Il accepte l’histoire révisionniste palestinienne, rejette les comptes-rendus de témoins oculaires, tels le Président Clinton et Dennis Ross ; et il ignore que le Prince saoudien Bandar ait accusé de " crime " le rejet par Arafat de cette proposition, et qualifié le compte-rendu d’Arafat " non conforme à la vérité " - excepté apparemment pour M. Carter. Le fait que M. Carter choisisse de croire Arafat plutôt que M. Clinton parle de lui-même.

La description par M. Carter de la récente guerre au Liban est trompeuse. Il commence par affirmer que le Hezbollah a capturé deux soldats israéliens. " Capturé " suggère un sujet d’appréhension militaire ayant le statut habituel du prisonnier de guerre. Les soldats ont été kidnappés, et n’ont pas été entendus depuis - pas même un signe de vie. Les attaques de roquettes qui ont précédé l’invasion par Israël sont largement ignorées, comme le fait que le Hezbollah ait tiré des roquettes depuis des centres de population civile.

M. Carter n’accorde virtuellement aucun crédit au superbe système légal israélien, affirmant faussement (sans aucune citation) que des " confessions arrachées sous la torture sont admissibles devant les Cours israéliennes ", que des prisonniers sont " exécutés ", et que les " accusateurs " agissent comme des " juges ". Même les critiques les plus sévères d’Israël reconnaissent l’équité de la Cour Suprême d’Israël, mais pas M. Carter.

M. Carte reproche même à Israël " l’exode des Chrétiens de la terre Sainte ", ignorant totalement l’islamisation de la zone par le Hamas, et l’exode comparable des Arabes Chrétiens du Liban comme conséquence de l’influence croissante du Hezbollah, et des assassinats répétés de dirigeants chrétiens par la Syrie.

M. Carter fait reproche aussi à chaque administration américaine, à l’exception de la sienne, de l’impasse militaire au Moyen-Orient, avec une insistance particulière sur " une Maison Blanche et un Congrès des USA soumis au cours des années récentes ". Il recourt à l’hyperbole et à l’exagération quand il dit que le " dialogue sur des sujets controversés est un privilège à accorder seulement comme récompense pour un comportement servile, et à retirer à ceux qui rejettent les exigences des USA ". Il fait la confusion entre les Etats terroristes, comme l’Iran et la Syrie, avec lesquels nous ne dialoguons pas, et les Etats avec lesquels nous sommes fortement en désaccord, comme la France et la Chine, mais avec lesquels nous avons un dialogue constant.

Et ce ne sont pas seulement les faits. C’est aussi le ton. Il est évident que M. Carter n’aime vraiment pas Israël ou les Israéliens. Il sermonna Golda Meïr sur la nature " laïque " des Israéliens, la prévenant que " Israël était puni chaque fois que ses dirigeants se détournaient du culte fervent de Dieu ". Il admet qu’il n’aimait pas Menah’em Begin. Il a peu de bien à dire sur quelque israélien que ce soit - sauf le petit nombre qui est d’accord avec lui. Mais il s’en sort apparemment seul à merveille avec le très laïc meurtrier de masse syrien, Hafez el Assad. M. Carter et sa femme Rosalynn ont aussi eu du bon temps avec Arafat, lui aussi laïc - un homme qui a le sang de centaines d’Américains et d’Israéliens sur les mains.

Rosalynn et moi avons rencontré Arafat dans la ville de Gaza, où il restait avec sa femme, Suha, et leur petite fille. Le bébé, habillée dans une jolie tenue rose, est venue sans hésiter s’asseoir sur mes genoux, où je mis en pratique les mêmes ruses que j’avais utilisées avec succès pour mes enfants et petits-enfants. Beaucoup de photographies ont été prises, puis les photographes ont demandé que Arafat tienne sa fille pendant un instant. Quand il la prit, l’enfant hurla fort et tendit les mains vers moi, provoquant des admonestations joviales du candidat présidentiel d’avoir à rester à la maison assez longtemps pour devenir familier avec son propre enfant.

Il y a quelque chose de très troublant au sujet de ces descriptions.

" Palestine : la Paix pas l’Apartheid " est si partial qu’il soulève inévitablement la question de ce qui motive un homme décent comme Jimmy Carter à écrire un livre aussi indécent. Quels que soient les motivations de M. Carter, la paternité de ce dossier unilatéral, anhistorique et simpliste contre Israël, le disqualifie pour toujours de jouer le moindre rôle positif dans une résolution équitable du conflit entre Israël et les Palestiniens. C’est là une tragédie parce que le " Carter Center ", qui a fait beaucoup de bien dans le monde, aurait pu être une force de paix si Jimmy Carter était aussi généreux en esprit à l’égard des Israéliens qu’il l’est pour les Palestiniens.

Balfour
Renée Neher-Bernheim
Israel Magazine, novembre 2006

Politicien britannique de grand calibre, Balfour n’aurait peut-être jamais joué le rôle déterminant qui fut le sien en signant la Déclaration qui porte son nom si, onze ans plus tôt, il n’avait pas eu, avec Haïm Weizmann, une conversation qui s’est avérée décisive.

1906 est une année d’élections en Grande-Bretagne. Balfour est un politicien chevronné de 58 ans. Il a déjà été Premier ministre, notamment en 1903 quand son ministre des Colonies, Joseph Chamberlain, a proposé à Herzl d’établir les Juifs en Ouganda. A sa grande surprise, Balfour apprend que les Juifs ont repoussé cette offre, et il confie à un ami qu’il serait curieux de connaître un de ces Juifs hostiles au projet de l’Ouganada : il ne comprend pas leurs motivations.

Pour mener sa campagne électorale, Balfour se rend à Manchester. Il se trouve que Haim Weizmann y est installé depuis peu. Il est connu pour avoir été un des adversaires du projet de l’Ouganda. C’est ainsi que, grâce à un ami commun, Weizmann est reçu par Balfour pourtant extrêment occupé. L’entrevue, qui devait durer quelques minutes, dure une heure entière. Weizmann la raconte dans ses « Mémoires » :

« Il me demanda pourquoi certains Juifs sionistes étaient si fortement opposés à l’offre de l’Ouganda. Le gouvernement brittannique avait réellement le désir de faire quelque chose pour soulager la misère des Juifs … J’ai répondu en me lançant dans ce que je me rappelle avoir été un long discours sur la signification du mouvement sioniste. J’ai développé l’aspect sprituel de sionisme, j’ai fait ressortir que, en dehors d’une profonde conviction religieuse s’exprimant en termes modernes de politique, rien ne pouvait assurer vie au mouvement; cette conviction avait ses fondements en Palestine, et en Palestine seulement. Si Moïse, ajoutai-je encore, était arrivé au sixième Congrès au moment où on était en train d’adopter la résolution en faveur de l’Ouganda, sûrement il aurait un nouvelle fois brisé les Tables… Mais Balfour resta de glace. Alors je lui dis brusquement : « Monsieur Balfour, si je vous offrais Paris au lieu de Londres, l’accepteriez-vous? » Il attendit, me regarda, puis répondit : « Mais, docteur Weizmann, Londres, nous l’avons. » « C’est vrai, dis-je. Mais nous, nous avions Jérusalem quand Londres n’était qu’un marécage. » Il s’appuya en arrière, continua à me dévisager, et dix deux choses dont je me souviens parfaitement ».

Des millions de Juifs!

La première, c’était : « Y a-t-il beaucoup de Juifs qui pensent comme vous ?» « Je crois, répondis-je, exprimer l’opinion de millions de Juifs que vous ne rencontrerez jamais et qui ne peuvent s’exprimer eux-mêmes, mais avec lesquels je pourrais paver les routes du pays d’où je viens. » Puis il ajouta la seconde remarque : « S’il en est ainsi, un jour, vous serez une force. » Peu avant mon départ, Balfour dit : « C’est étrange. Les Juifs que je vois sont tout à fait différents.. » « Monsieur Balfour, répondis-je, c’est que vous ne voyez pas les vrais Juifs. »

La différence est déjà bien marquée, en ces années de l’avant Première Guerre mondiale, entre les Juifs très assimilés et non sionistes, et ceux, comme Weizmann et tant d’autres, qui souhaitent ardemment redonner aux Juifs leur patrie ancestrale. C’est à ces derniers qu’iront désormais les sympathies de Balfour.

Il est impossible de raconter ici toutes les tractations qui ont précédé la Déclaration Balfour. Rappelons simplement que, si du côté juif sioniste, elle est due à la détermination agissante de Haïm Weizmann et de ses amis, du côté du gouvernement britannique, elle est due à quelques hommes d’État, dont Lloyd George et Balfour.

En pleine guerre, en décembre 1916, un changement de ministère a lieu : Asquith est renversé et Lloyd George devient Premier ministre. Il choisit Balfour comme ministre des Affaires Étrangères. Désormais les pourparleurs en vue de ce qui sera la Déclaration vont intensifier. Un obstacle inattendu surgit cependant quand Lord Montagu, un Juif tout à fait assimilé et antisioniste, entre dans le gouvernement Lloyd George, en juillet 1917. Il est hostile à la Déclaration et en modifie par certains détails, le libellé.

La Déclaration Balfour

La Déclaration Balfour est en réalité un simple lettre, (voir encadré) en anglais, signée par Arthur James Balfour sur papier à en-tête du Ministère des Affaires Étrangères et datée du 2 novembre 1917.

La lettre est adressée à Lord Walter Rothschild, un très ardent sioniste, membre de la Chambre des Lords et vice-président du Board of Deputies of British Jews (assemblée représentative des Juifs anglais). Un des résultats de l’intervention négative de Lord Montagu a été une formulation ambiguë. Une première mouture, acceptée par Balfour, promettait que « la Palestine serait un Foyer National juif » (National Home).

La nouvelle mouture, après l’intervention du ministre Lord Montagu, et que Balfour a été obligé d’accepter, promet que « un Foyer National juif sera établi en Palestine. » Cette différence d’un seul mot a ouvert la porte aux modifications territoriales ultérieures.

Quoi qu’il en soit, la Déclaration Balfour a été acceuillie avec une joie intense dans tous les milieux sionistes. Mais elle est aussi un atout important pour soutenir les revendications britanniques sur la Palestine. Il ne faut pas oublier qu’on est encore en pleine guerre. La France et l’Angleterre espèrent la victore (mais ne l’ont pas encore) et, avec elle, l’écroulement de l’Empire turc allié des Allemends, Français et Anglais convoitent de s’approprier un jour la Palestine et le Liban, ces régions clefs qui bordent le Canal de Suez et commandent l’Est de la Méditerranée.

Les historiens s’interrogent encore aujourd’hui pour savoir si la Déclaration Balfour (qui sera entérinée en 1920 par les Traités de Paix) est le fruit d’un idéalisme ou d’une politique très intéressée. Pour Balfour lui-même, il ya certainement un sentiment double : une réelle sympathie pour la cause sioniste, éveillée depuis cette rencontre avec Weizmann en 1906, et en même temps une vision politique, légitime d’ailleurs, des interêts majeurs de l’Angleterre.

La création du Foyer National juif sous la tutelle britannique entraîne un très grand développement économique. Dans toutes les agglomérations apparaissent des nouveaux quartiers avec des rues Balfour. À Jérusalem et à Tel-Aviv, à Haïfa, à Naharya, à Netanya, à Rishon le-Tsion, à Beer Shéva, à Petah Tikva, à Kfar Saba, à Ramleh, etc... En 1922, un moshav est fondé dans la valée d’Yzréel, qui prend le nom de Balfouria. Une vaste forêt est plantée en son honneur en Galilée. L’inauguration de l’Université Hébraïque sur le Mont Scopus a lieu en 1925. Balfour est l’invité d’honneur de cette imposante cérémonie. Il est heureux de voir se développer le Foyer National juif qui a vu le jour, en quelque sorte, grâce à sa signature. Il aura l’occasion de dire en parlant de la Déclaration : « C’est ce que j’ai fait de mieux dans ma vie. »

Quand Balfour meurt en 1930 à 82 ans, sa mort est ressentie dans le monde juif comme un deuil profond. De nouvelles rues à son nom apparaîtront encore. Le souvenir des hommes politiques d’éfface souvent très vite au rhythme des élections nouvelles et des remous gouvernementaux. Balfour n’est peut-être plus qu’un nom, vaguement honoré, en Angleterre. Mais en Israël, le nom de Balfour reste celui d’un homme à qui Israël doit beaucoup et auquel les Juifs gardent une remarquable fidélité.

Le texte de la déclaration Balfour

Voici la déclaration d’intentions addressée par le comte Arthur de Balfour, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Lloyd George, à lord Rothschild, vice-président du Board of Jewish Deputies :

« Cher Lord Rothschild,

« J’ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, en sympathie avec les aspirations juives sionistes; cette déclaration a été soumise au Cabinet et approuvé par lui.

« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif, et il emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui porte atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives de Palestine ainsi qu’aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans les autres pays. »

Conseil editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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