février 2006

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         Volume V, Numéro 225                                     Vendredi, 3 mars 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org

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PRÊCHEURS DE HAINE
ENTRETIEN AVEC PIERRE-ANDRÉ TAGUIEFF
www.cid-online.be, 28 février 2006

Historien, politologue et historien des idées, Pierre-André Taguieff a consacré de nombreux de travaux sur les formes classiques et les métamorphoses contemporaines du racisme et de l’antisémitisme, impliquant des investigations d’ordre historiographique et lexicologique autant que des analyses fondées sur la psychologie sociale, l’anthropologie culturelle et la théorie politique qui ont donné lieu à plusieurs ouvrages. Par ailleurs, il a mené des études sur les multiples dimensions des « crises du temps » (épuisement ou redéfinition de l’idée de progrès, responsabilité à l’égard des générations futures, entre autres) en ce qu’elles affectent l’action politique et ses représentations. Enfin, il poursuit ses recherches sur les nouveaux problèmes posés à l’éthique, au droit et à la pensée politique par les progrès des sciences du vivant et plus particulièrement de la génétique humaine.

Après la parution de La Nouvelle Judéophobie en janvier 2002, vous venez de publier Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, somme de près de 1 000 pages. Pourquoi cet ouvrage dense et grave ? Un ouvrage de colère ?

De la colère, il y en a. Comment ne pas en éprouver face au déferlement de haine antijuive auquel nous assistons depuis un certain nombre d’années ? Mais ce livre est d’abord une enquête et une réflexion critique, visant à définir et à expliquer un phénomène aux contours flous. Il répond, certes avec fermeté, à certaines objections et critiques que La Nouvelle Judéophobie a suscitées, mais non pas aux insultes ni aux sottises proférées ! Cet essai est d’un genre mixte : il est à la fois un exercice de pensée politique, une contribution à l’histoire des mythes politiques modernes (privilégiant celui de la « conspiration juive internationale » ou du « complot sioniste mondial »), une enquête sur les manifestations planétaires de la nouvelle judéophobie contemporaine et, enfin, une intervention dans l’espace public. Car, dans ce livre, je m’attaque à un certain nombre d’idées reçues et à des attitudes de relativisation, de minimisation et de peu de résistance intellectuelle et politique de nos sociétés « molles » face à ces nouvelles formes de manifestations anti-juives. J’ai tenté d’esquisser une théorisation d’ensemble du phénomène judéophobe, et de proposer une relecture de l’histoire des judéophobies.

Vous ne parlez pas d’antisémitisme mais de judéophobie ?

Le mot « antisémitisme » (Antisemitismus) a été forgé en 1879 par un théoricien raciste allemand, à une époque où l’on croyait à l’existence de la « race sémitique », pour requalifier la vieille « haine des Juifs » sur une base racialiste (« anti-sémitisme »). Ce terme daté, repris comme auto-désignation par les nationalistes antijuifs de la fin du XIXe siècle, est impropre à désigner l’objet de mes investigations, qu’on pourrait caractériser comme la judéophobie « post-antisémite » qui s’est constituée après la Seconde Guerre mondiale. Mon objet est avant tout d’analyser l’émergence d’une nouvelle configuration antijuive, qui ne se réduit à pas à des résurgences ou à des réactivations. Il s’agit d’une configuration idéologique aux dimensions mondiales, où l’on retrouve des mots et des thèmes provenant de diverses traditions antijuives (antijudaïsme chrétien, antisémitisme nationaliste), mais où l’on trouve aussi de nouveaux motifs d’accusation centrés sur « Israël » et le « sionisme » érigés en mythes répulsifs. Pour aller à l’essentiel, la forme argumentative de cette nouvelle pensée-slogan, qui s’est développée depuis la fin des années 60, peut être ainsi résumé : « Les Juifs sont tous des sionistes plus ou moins cachés ; or le sionisme est un colonialisme, un impérialisme et un racisme ; donc les Juifs sont des colonialistes, des impérialistes et des racistes déclarés ou dissimulés ». Le « sionisme » - comme mythe répulsif et non comme réalité sociopolitique - est devenu l’incarnation du mal absolu.

Cette attitude vis-à-vis du sionisme n’est pas totalement nouvelle.

L’amalgame polémique « sionisme = racisme », voire « sionisme = nazisme », représente l’un des plus importants héritages de la propagande soviétique dont les principaux thèmes ont été repris d’abord par le monde arabo-musulman, puis, avec quelques additions, par le monde musulman transnational. Il faut rappeler que cette orchestration polémique a rendu possible l’adoption, le 10 novembre 1975, par les Nations unies, de la Résolution 3379 condamnant le « sionisme » défini comme « une forme de racisme et de discrimination raciale » ! Cette résolution dite « antiraciste » a été une grande victoire idéologique du camp soviétique et de l’OLP : le nationalisme juif, le sionisme, devenait le seul nationalisme au monde défini officiellement comme « une forme de racisme » donc condamnable par la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Elle n’a été abrogée, dans ses conclusions du moins, qu’en décembre 1991.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans un contexte convulsif marquée par la co-présence de deux configurations antijuives, qui, depuis l’automne 2000, à travers des violences intolérables contre des institutions juives et des individus perçus comme juifs, alimentent la vague judéophobe observable en France comme dans d’autres pays européens. Deux configurations, ai-je précisé. L’une persistante, et bien connue, le vieil antisémitisme inhérent à l’extrême droite ou au nationalisme xénophobe. L’autre émergente, et en expansion, dont les principaux vecteurs sont la propagande des réseaux islamistes radicaux et la démagogie des nouveaux gauchistes : néo-communistes et néo-gauchistes, altermondialistes, trotskistes et anarchistes, exploitant tous massivement « la cause palestinienne », célébrée comme « cause universelle » par l’extrême gauche. On peut y voir la nouvelle expression du tiers-mondisme et de l’idéologie révolutionnaire : le Palestinien-martyr remplace le Prolétaire en lutte pour la société communiste.

Mais cette nouvelle judéophobie contient en elle les racines de l’antisémitisme.

Elle s’inscrit évidemment dans une histoire longue dont les origines remontent aux attitudes judéophobes de l’Antiquité (grecque, romaine, égyptienne), repérables avant même l’apparition de l’antijudaïsme chrétien. On peut identifier trois grands mythes antijuifs fondateurs. Dès l’Antiquité, le Juif est considéré comme l’ennemi du genre humain, un être « insociable » éprouvant une « haine implacable » à l’endroit des autres peuples », stéréotype transmis indéfiniment des Pères de l’Eglise aux racistes antijuifs du XXe siècle, et réactivé aujourd’hui par la propagande islamiste. Le deuxième mythe, inventé puis bricolé du XIIe au XVe siècle, est celui du meurtre rituel qui symbolise la cruauté attribuée au peuple juif [1] et renforce son image de peuple déicide. Cette rumeur de cruauté se retrouve aujourd’hui véhiculée par les médias, autour d’un thème récurrent : l’armée israélienne, Tsahal, est stigmatisée comme une armée tueuse d’enfants, en ce que ses soldats jouiraient de tuer de jeunes enfants palestiniens. Enfin, troisième volet de cet imaginaire transhistorique, le mythe du complot ou de la conspiration, qui naît lui aussi entre le XIIe et le XVe siècles, mais qui se transforme en « complot juif international » au cours du XIXe siècle, pour atteindre sa première apogée avec la parution du plus célèbre faux de l’histoire occidentale, Les Protocoles des Sages de Sion [2], confectionnés à Paris en 1900 -1901. C’est à partir de ces trois mythes d’accusation que s’est développée en Europe ce qu’on peut appeler stricto sensu l’« antisémitisme », forme spécifique d’idéologie raciste, ou plutôt racialiste, qui a régné de la fin des années 1870 à l’effondrement du IIIe Reich. Cet antisémitisme au sens strict était fondé sur la théorie des races élaborée pour l’essentiel au XIXe siècle, incluant le postulat de l’inégalité entre des groupes humains nommés « races », supposés invariables parce que définis par des traits différentiels héréditaires, et voués à une lutte pour l’existence et l’expansion (« guerre des races »). C’est dans ce cadre conceptuel que s’est élaboré l’antisémitisme, application de l’idéologie racialiste à la « question juive », passée au politique à l’occasion de la montée des passions nationalistes et xénophobes des vingt dernières années du XIXe siècle. L’antisémitisme se définit donc comme le racisme antijuif, illustrant la forme dominante de la judéophobie du dernier tiers du XIXe siècle au milieu du XXe. On y rencontre l’assimilation du Juif ou du Sémite à une « race » distincte, inférieure et nuisible, ennemie par nature de la « race aryenne » (« l’Aryen »). Ce type de discours antijuif, explicitement raciste, n’a certes pas disparu, mais il ne fait que persister sous la figure de survivances, dans les marges de l’espace politique (néo-nazis, skinheads, etc.). La nouvelle judéophobie planétaire, que j’analyse précisément dans mon livre, ne se fonde pas sur une théorie raciste, elle consiste au contraire à retourner contre les Juifs l’accusation de « racisme ». Elle se donne donc pour une position « antiraciste ».

Cette nouvelle judéophobie englobe une américanophobie violente.

En effet, ce faisceau de stéréotypes négatifs visant les Israéliens-sionistes-Juifs s’inscrit dans une configuration plus globale, centrée sur la démonisation des États-Unis. L’anti - américanisme radical constitue une nouvelle orthodoxie politique transnationale, qui n’a cessé de se répandre depuis 1989/1990. L’ hyperpuissance américaine est devenue une figure répulsive, dernier recyclage de « l’impérialisme américain » censé porter une responsabilité majeure dans les malheurs du monde : injustices et inégalités, oppressions et exploitations, conflits sanglants et massacres génocidaires. Tous ces fléaux sont imputables aux activités d’Israël (du « sionisme ») ou des États-Unis, ou plus couramment des deux. Mais il ne faut pas tomber dans des excès polémiques : tous les antiaméricains ne sont pas antijuifs, tous les antijuifs ne sont pas antiaméricains. Contentons-nous de relever ce jumelage idéologique : Juifs-Américains, Américains-Juifs, d’où le retour sous différentes formulations de l’amalgame « judéo-américain », de « l’Amérique juive » et de « Jew-York » à « l’impérialisme américano - sioniste ». Israël comme les États-Unis sont des États-nations démocratiques puissants, armés, dotés d’un fort patriotisme, qui osent désigner leurs ennemis et se défendent avec fermeté contre eux. Ce ne sont pas des sociétés « molles » aux croyances « tièdes ». C’est là ce qui exaspère les adeptes de la nouvelle « pensée unique ». On retrouve encore dans le discours anti - américano - sioniste contemporain des traces de l’idéologie soviétique. Mais l’essentiel est ailleurs : l’américanophobie est l’un des facteurs d’aggravation de la fracture transatlantique qui a des conséquences graves dans la lutte contre le terrorisme, dont l’efficacité suppose un consensus international.

Vous insistez sur la dimension planétaire de cette nouvelle judéophobie. Touche-t-elle réellement tous les continents ?

Cette thématique antijuive est désormais diffusée, avec certaines variantes, dans tous les pays sans exception par le biais des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les Protocoles des Sages de Sion, le plus célèbre faux de la littérature anti-juive, fabriqué à Paris, au tout début du XXe siècle, par les services de la politique secrète du Tsar, l’Okhrana, puis traduit dans la plupart des langues européennes au cours des années 1920, n’a jamais autant circulé. Dans les pays arabo - musulmans, mais aussi dans les pays d’Europe de l’Est, en Amérique latine, au Pakistan, en Indonésie et au Japon (où doivent vivre un millier de Juifs tout au plus !). Sans oublier les États - Unis, où les milieux d’extrême droite le rééditent massivement. À travers la diffusion de ce document (présenté comme authentique), on stigmatise les Juifs en tant que « comploteurs » et « dominateurs », on dénonce le danger d’un « complot juif mondial » devenu le « complot sioniste mondial » visant à conquérir l’ensemble de la planète. La propagande islamiste ne cesse d’y faire allusion. Depuis la fin du XXe siècle, de multiples acteurs politiques ou politico-religieux ont réinventé le mythe des « Sages de Sion ».

Vous utilisez l’expression de « nazification » de l’État juif. Qu’entendez-vous par là ?

La nazification de l’État juif est au cœur de la propagande antisioniste qui forme le noyau dur du nouveau discours judéophobe mondialisé. Israël a été accusée de « génocide » visant les Palestiniens après la guerre des Six - Jours, puis d’ « ethnocide » et de « nettoyage ethnique ». Aujourd’hui, on fait un parallèle entre le « judéocide » pratiqué par les nazis et le « palestinocide » supposé commis par les sionistes. Par ces thèmes de propagande, ce qui est mis en cause, c’est la légitimité même de l’État d’Israël, seul État-nation au monde dont le droit à l’existence est récusé. Quoi de plus idéologiquement convenable que de stigmatiser Israël, les « sionistes » ou les « extrémistes juifs » au nom de la juste lutte contre le racisme et l’antisémitisme, ou au nom d’un humanisme cosmopolite. Telle est la posture la plus courante du partisan à l’occidentale de ce que j’ai appelé l’antisionisme radical ou absolu (l’expression est également utilisée en ce sens par Jean-Christophe Rufin dans son rapport). Cette posture se rencontre surtout dans les milieux de la nouvelle extrême gauche, elle autorise des convergences avec certains milieux islamistes, et recoupe les orientations de certaines mouvances d’extrême droite (celle-ci étant majoritairement « antisioniste » aujourd’hui). Outre la judéophobie démonologique des islamistes, je me suis attaché à étudier la judéophobie conspirationniste des nouveaux milieux anticapitalistes ou « révolutionnaires » qui surgissent dans les pays occidentaux. Ils donnent avec fureur et naïveté dans la vision du complot, lorsqu’ils attribuent tous les malheurs des hommes à de mystérieux « nouveaux maîtres du monde », recyclage du mythe des « Sages de Sion ». Le nouvel antijuif standard du troisième millénaire commençant dénonce à la fois « l’antisémitisme » et le « sionisme », il se déclare en même temps anti-antisémite et antisioniste, il se célèbre lui-même comme antiraciste et antifasciste, il s’affirme défenseur des droits de l’Homme, et tout particulièrement des droits des « victimes ». Il a tout pour plaire du point de vue de l’éthiquement correct. Il avance masqué. D’où les difficultés rencontrées par ceux qui s’appliquent à le démasquer. L’antisionisme absolu est devenu le révolutionnarisme des imbéciles, tout comme, à l’époque de l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme nationaliste était le « socialisme des imbéciles » (August Bebel) !

Vous avez choisi de traiter de l’émergence de la judéophobie, en prenant la société française comme point de départ de l’enquête et illustration privilégiée ; quelle est votre analyse de la situation française ?

Concernant l’état de la France, la question de la judéophobie (de ce qu’on appelle toujours « l’antisémitisme ») se pose à nouveau sérieusement à partir de l’automne 2000. L’année 2000 [3] se signale par une brutale montée des violences et des menaces antijuives alors que sont fortement médiatisés les affrontements israélo-palestiniens liés au déclenchement de la deuxième Intifada - qui, je souhaite le souligner, ne se limite plus à une « guerre des pierres » mais prend la forme d’une guerre réelle. Dès octobre 2000, la force des images joue contre Israël lorsque l’éprouvante séquence de la mort du jeune Mohammed al - Doura, filmée en direct, passe sur toutes les chaînes de télévision. [4] L’image du Palestinien devient celle d’un enfant martyrisé par une armée impitoyable et sans visage. Une armée de tueurs rituels : on retrouve la légende fondatrice du meurtre rituel que nous avons évoquée. Dans ce contexte anti-israélien, les agressions antijuives qui se multiplient en France ne donnent pas lieu à de grandes mobilisations consensuelles. L’indifférence domine, mêlée d’une sourde hostilité. Jusqu’au printemps 2002, les pouvoirs publics ne se manifestent guère. Il faudra attendre le début de 2003 pour entendre une condamnation morale officielle de ces actes antijuifs et que se manifeste une volonté de lutter efficacement contre les violences antijuives. Pour toute une fraction de l’opinion, malgré une dénonciation du fondamentalisme islamique qui exploite sans vergogne cette thématique victimaire, la victime c’est le pauvre et/ou l’opprimé, donc « l’immigré » ou « l’Arabe » (voire « le musulman »), donc le Palestinien. Sans pouvoir ici m’étendre sur le sujet, je rappelle que la France a été une puissance coloniale qui a dû faire face à de durs conflits coloniaux : la mémoire de la guerre d’Algérie est toujours vive. Dans le contexte anti-israélien qui s’est radicalisé depuis le début de l’Intifada Al-Aqsa, nombre de Français, anciens militants anticolonialistes ou anticolonialistes par procuration, se projettent dans la résistance palestinienne, rêvée comme une nouvelle lutte anticolonialiste. Au terrorisme palestinien, même à celui des « bombes humaines » visant à tuer le maximum de civils israéliens, ces propalestiniens inconditionnels trouvent des justifications. Certains vont jusqu’à assimiler la résistance palestinienne à la Résistance française contre l’occupant nazi, ce qui présuppose la « nazification » d’Israël, passeport pour son éradication. Par ailleurs, la tradition de la « grande politique arabe » de la France, avec son envers « antisioniste », n’est pas non plus étrangère à la mise en acceptabilité de ces nouvelles attitudes.

L’islamisme radical fustige la décadence de l’Occident dont l’une des idées force est la croyance dans le progrès, thème auquel vous avez consacré plusieurs travaux. Croire au progrès est-il désormais un signe de décadence ?

L’idée de progrès, croyance fondamentalement moderne postulant que l’avenir sera meilleur que le passé et le présent, a structuré l’imaginaire politique occidental, depuis sa longue naissance aux XVIIe et XVIIIe siècles. Or, trois siècles plus tard, on peut constater que la remise en cause de l’idée de progrès, initiée par les anthropologues théoriciens du relativisme culturel radical, puis développée par les idéologues écologistes et altermondialistes, a progressé d’une façon frappante. Les nouveaux ennemis de l’Occident ont repris et simplifié, dans leur langage manichéen, cette dénonciation du « mythe du progrès ». Croire au progrès serait, selon les islamistes radicaux, un symptôme de décadence. Il faudrait donc préserver toutes les formes de cultures, y compris celles où le cannibalisme, la lapidation des femmes ou l’infibulation ont encore force d’usage. Ou établir la Charia partout où vivent des musulmans. Remettre en cause radicalement la notion de progrès, diabolisée parce que d’origine occidentale, revient à vouloir effacer l’avenir. Mais à quoi ressemble un monde qui ne pense pas à l’avenir et qui a pour seule obsession le prétendu complot mondial « américano - sioniste » ? Le rêve d’une unification pacifiante du monde est une illusion qui s’étend dans un occident affaibli par les doutes et les critiques internes. L’hyperterrorisme est entré en guerre contre l’Occident démocratique libéral (le camp des « judéo-croisés »). Les hommes de culture doivent conjuguer le devoir d’histoire et le travail de mémoire. Le grand partage se fera entre ceux qui, suivant la ligne de la peur, se soumettront aux fanatiques criminels porteurs d’un IIIe totalitarisme et ceux qui décideront de s’insurger, de résister aux nouveaux barbares et de combattre pour la liberté de tous.

Propos recueillis par Elisabeth Kosellek

Prêcheurs de haine : Traversée de la judéophobie planétaire, Pierre-André Taguieff, Editions Mille et une nuits, 2004, 962 pages

Post-Scriptum

Voir aussi :

1982 : Effets de la guerre du Liban en Allemagne

Comment s’est constitué le bloc diplomatique anti-israélien à l’ONU

Que s’est-il passé en France ?

Antisionisme/10 conseils pour déjouer quelques pièges antisémites ou la banalisation d’un climat d’agression verbale. Quand deux militants gauchistes néerlandais essaient de raisonner leurs troupes : Les militants qui critiquent la politique de l’Etat israélien doivent absolument éviter de reprendre à leur compte des raisonnements utilisés par les antisémites.

Du même auteur sur d’autres sites :

Entre la « guerre juive » et le « complot américano-sioniste » par Pierre-André Taguieff L’Arche, n° 543, mai 2003.

[1] Selon cette légende, chaque année les Juifs sacrifiaient un enfant (non juif), pour faire avec son sang le gâteau rituel de Pâques, la matza.

[2] Pierre-André Taguieff vient de publier une nouvelle édition refondue de l’étude historique et critique qu’il avait consacrée à ce document : Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usage d’un faux, Berg International /Fayard, Paris, septembre 2004, 490 pages.

[3] Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, rapport remis au ministre de l’Intérieur le 19 octobre 2004.

[4] Cet épisode est analysé par Pierre-André Taguieff dans Prêcheurs de haine (op. cit.), pp. 367-370.

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         Volume V, Numéro 224                                     Vendredi, 24 février 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
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Les juifs et l'argent, rapprochement nauséeux
Annette Levy-Willard
Libération, no. 7712,   23 février 2006

«Ilan était juif et un juif, c'est riche.» Cette phrase d'un des individus arrêtés n'est-elle qu'un simple préjugé sans fondement raciste ? Ou bien révèle-t-elle plutôt une culture antisémite qui a la vie dure dans notre société ?

«La vérité est que ces voyous ont d'abord agi pour des motifs crapuleux... l'argent, mais qu'ils avaient la conviction entre guillemets que les Juifs ont de l'argent» (Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur). «L'un des individus a fait savoir qu'il s'était attaqué à Ilan Halimi car "il était juif et qu'un Juif c'est riche"» (Pascal Clément, ministre de la justice). «La dimension confessionnelle n'est pas inexistante, mais si on leur avait dit que les martiens étaient riches, ils auraient enlevé un martien» (un enquêteur de la police). «Crapuleux», l'enlèvement, la torture et l'assassinat d'Ilan Halimi, mais pas antisémite, entend-on à la télévision et lit-on dans la presse, entre deux appels à la prudence, et malgré la mise en examen, lundi, pour «crime raciste» de sept des suspects arrêtés.

Les Juifs et l'argent, l'argent et les Juifs, rien d'antisémite, un «point de vue», un simple «préjugé», un cliché sans conséquences, comme on parlerait des Belges ou des Ecossais. Ainsi, pour Théo Klein, ancien président du Crif, associer les Juifs et l'argent n'est pas de l'antisémitisme : «C'est une attitude désagréable à l'égard des Juifs. Les Auvergnats n'ont pas toujours eu une excellente réputation, ça existe dans tous les pays, dans toutes les populations. Pour moi, l'antisémitisme est un mouvement organisé dont le but est de mettre les Juifs à l'écart. Je ne pense pas que ce soit une bande organisée pour lutter contre les Juifs», déclarait-il hier à l'AFP.

Depuis l'époque féodale. Jacques Attali, qui a justement publié un livre sur ce sujet (les Juifs, le monde et l'argent, Fayard), est d'un avis opposé. «Il y a deux sources à l'antisémitisme dans l'histoire, Dieu et l'argent. L'antisémitisme a toujours accusé les Juifs de déicide ou de monopoliser l'argent. On déteste les Juifs parce qu'ils ont inventé le monothéisme et on déteste les Juifs parce qu'on les a forcés à faire des métiers d'argent.» Le système féodal avait en effet interdit aux Juifs d'être paysans, de posséder des terres, de porter des armes. Restait l'argent. «Les chrétiens et les musulmans ont obligé les Juifs à être prêteurs au point qu'on ne les autorisait pas à s'installer en Europe ou en Islam s'ils ne prêtaient pas d'argent. Et puis ensuite on les virait ou on les tuait», précise Jacques Attali, pour qui le meurtre d'Ilan Halimi est «un acte isolé de barbares, comme ils s'appellent, mais il révèle clairement que les deux fondements de l'antisémitisme sont toujours là : la religion et l'économique. Dire que ce meurtre n'est pas antisémite est une méconnaissance de l'histoire.»

Et l'histoire, qui commence au VIIIe siècle, se perpétue jusqu'aux temps modernes. Shmuel Trigano, auteur d'un essai l'Avenir des Juifs de France (à paraître le 14 mars, Grasset) , rappelle qu'au XIXe siècle encore les nouveaux courants socialistes dénonçaient les Juifs et l'argent et s'en prenaient aux quelques banquiers juifs européens alors que l'ensemble des communautés juives d'Europe vivait dans une grande pauvreté.

Dans les premiers jours de l'affaire, la prudence a été de mise, malgré l'évocation de l'argent et le fait que la victime soit juive. On parle de «voyous», «gang», «bande», «degré zéro de la pensée», «barbares», etc. Ce n'est pas de l'antisémitisme, affirment initialement les autorités, puisque les kidnappeurs n'avaient pas ciblé les Juifs Ilan et les autres qu'ils ont tenté d'enlever «en tant que tels» mais «seulement» parce qu'ils auraient appartenu à une communauté qui, pensent les ravisseurs, aurait de l'argent. Pourtant, penser qu'Ilan appartient à une communauté est, en soi, le désigner avant tout comme Juif et non comme «Français ordinaire».

«On ne juge pas l'antisémitisme par rapport à l'identité de la victime, mais par rapport à l'intention de l'agresseur, s'étonne Shmuel Trigano. Pour que ce soit antisémite, il faudrait donc que l'agresseur ait une claire conscience de ce qu'il fait, une théorie qui justifie son acte. Une "pure" intention antisémite. Mais cela n'existe pas. Les paysans qui tuaient les Juifs dans les pogroms du XIXe siècle n'avaient pas les outils intellectuels pour penser qu'ils étaient antisémites. Et on peut dire que ces pogroms étaient "crapuleux" parce qu'ils avaient toujours un motif économique, ils en retiraient toujours un profit.»

Tabou. Qualifier un crime antisémite de crapuleux s'apparente parfois à une volonté de le banaliser. Ainsi, à Montpellier, quand trois personnes ont essayé de mettre le feu à une synagogue et ont attendu dans leur voiture pour voir si elle brûlait, le procureur a déclaré : «Ce n'est pas un acte d'antisémites mais de jeunes désoeuvrés...» Le qualificatif d'«antisémitisme» reste un tabou, même quand des Juifs se font agresser. Par crainte d'aggraver la situation ? «C'est ce qui s'est passé en 2001, se souvient Shmuel Trigano, qui a alors fondé l'Observatoire du monde juif pour recenser les agressions antisémites. Le gouvernement n'a pas voulu révéler le nombre d'attaques contre des Juifs, et Lionel Jospin avaient demandé aux institutions juives de garder le silence "pour ne pas mettre de l'huile sur le feu". Comme si divulguer la vérité ne ferait qu'augmenter le nombre d'agressions. Or, on s'aperçoit que si la société ne condamne pas ces agissements, eh bien cela conduit à encore plus d'agressions, et c'est ce qu'on a vu avec la multiplication des actes antisémites dans les années 2001-2002. Le non-dit en France produit des catastrophes. C'est un signe de maladie d'une société parce que le principe de réalité n'existe pas. C'est reconnaître qu'on est dans une situation impossible. Et ce refus conduit naturellement à fustiger les réactions "émotionnelles" de la communauté juive, qui serait décrétée agressive et raciste parce que la victime crie en désignant son agresseur.»

«Aujourd'hui, on s'étonne.» Dans un climat de «non-dit» et de silence, le reportage d'Yves Azéroual et Elie Chouraqui sur l'antisémitisme en banlieue, pour l'émission Envoyé spécial (Antisémitisme, la parole libérée, France 2) avait beaucoup choqué lors de sa diffusion, il y a deux ans. «Les jeunes que nous avions interviewés à la sortie d'une école de Montreuil disaient exactement cela : "Les Juifs c'était tous des riches"», se souvient Yves Azéroual. «Et tout le monde a protesté en me disant que ce sont des ados, que cela n'a aucune signification. Et puis quand on a montré des jeunes blacks et beurs d'une cité de Montreuil qui, face à la caméra et c'est moi qui ai décidé de flouter leur visage, pas eux , appelaient à tuer des Juifs, on n'a pas trouvé cela grave, on m'a dit : "Ce sont des voyous et des excités." Parce qu'on refuse de voir et de dire qu'une culture antisémite s'affiche dans les banlieues au sein d'une minorité de la communauté afro-arabo-musulmane. Alors, aujourd'hui, on s'étonne qu'un chef de bande black musulman passe à l'acte, comme s'il n'y avait, dans cette histoire, ni passé, ni futur.» Le présent, en tout cas, avec la torture et le meurtre du jeune Ilan, imposera qu'on cherche à comprendre la véritable nature de ce crime.

Cérémonie à la mémoire d'Ilan Halimi
à la grande synagogue de Paris

Louis-Bernard Robitaille
La Presse, 24 février 2006

Paris - Très forte émotion en France alors qu'on apprenait de nouveaux détails sur le traitement atroce infligé à Ilan Halimi, un jeune vendeur de téléphones mobiles séquestré pendant trois semaines avant d'être abandonné, agonisant, en grande banlieue parisienne. Ilan Halimi était juif et, selon certains complices présumés du crime, on avait choisi de le kidnapper et de réclamer une rançon " parce que les juifs ont de l'argent pour payer ".

Hier soir, à la grande synagogue de la rue de la Victoire, à Paris, les représentants les plus éminents de l'État et de la vie politique s'étaient déplacés pour assister à une cérémonie religieuse à la mémoire du jeune homme. Peu avant 19 h, on a vu arriver le président Jacques Chirac et le premier ministre Dominique de Villepin, le leader centriste François Bayrou, le chef du parti socialiste François Hollande et sa compagne Ségolène Royal et l'ancien premier ministre Édouard Balladur. Mais également le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, venu exprimer sa solidarité " en tant que musulman ", et l'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois.

Autour de la synagogue, d'importantes forces de police, qui avaient dressé des barrières de sécurité, mais aussi plusieurs milliers de simples citoyens, juifs et non-juifs, venus exprimer leur émotion face à ces " actes de barbarie " à connotation antisémite.

La communauté juive de la région parisienne avait commencé à réagir dès l'enterrement d'Ilan Halimi au cimetière juif de Pantin, la semaine dernière: selon la plupart des responsables de la communauté, le vendeur de 23 ans avait été choisi pour cible, et finalement abominablement torturé " parce qu'il était juif ". D'ailleurs, les premiers éléments de l'enquête indiquaient que le " gang des barbares " responsable du crime avait déjà six ou sept tentatives d'enlèvement (ratées) à leur actif, et que quatre de leurs victimes désignées étaient juives.

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, numéro deux du gouvernement, avait donné une caution officielle à la thèse du crime raciste en parlant mardi à l'Assemblée national

e " d'antisémitisme par amalgame puisque, au-delà du motif crapuleux, on a enlevé Ilan parce que sa famille ou la communauté auraient de l'argent pour payer ". Du coup, une grande manifestation est prévue pour dimanche, qui pourrait être aussi importante que celles qui avaient suivi la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1985 et l'attentat meurtrier contre une synagogue de la rue Copernic, en 1979.

De l'avis général, il s'agit d'une affaire plus trouble et ambiguë que les cas avérés d'actes antisémites, meurtriers ou pas, des dernières années. Devant l'Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy a également précisé que le motif de l'enlèvement était " d'abord crapuleux ", ce que la plupart reconnaissent. " Il n'empêche, disait hier dans un débat le philosophe Luc Ferry, ancien ministre de l'Éducation, le simple fait d'assimiler les juifs et l'argent relève de tant de méchanceté et de bêtise, et évoque un tel arrière-plan historique que ça rejoint l'antisémitisme le plus classique. "

Le " cerveau des barbares "

Même si on ne connaît pas encore tous les détails du drame, il semble que le jeune homme, attiré dans un piège par " une jeune femme brune, séduisante et un peu vulgaire ", ait été maintenu en détention pendant trois semaines dans des conditions abominables, bâillonné et momifié avec du ruban adhésif, battu, peut-être brûlé avec des cigarettes. Une ou plusieurs photos envoyées à la famille en font foi.

Dans des circonstances qui restent obscures, et après que des tentatives de remise de rançon (entre 100 000 et 4 500 000 euros) eurent échoué, Ilan Halimi a finalement été sauvagement brûlé et laissé pour mort, nu et menotté, près de la gare de Sainte-Geneviève-sous-Bois, au sud de Paris. A-t-il été torturé " parce qu'il était juif ", comme le disent des membres de la communauté, mais pas tous?

On attend maintenant le retour de celui que tout le monde désigne comme le " cerveau des barbares ", Youssouf Fofana, pour avoir une version complète des faits. De façon inespérée, ce multirécidiviste violent, qui avait fui le 15 février en Côte-d'Ivoire, son pays d'origine, a été arrêté à Abidjan dans la nuit du 22 au 23 février à un barrage de la police ivoirienne. " Un psychopathe qui mérite un châtiment exemplaire ", a déclaré à la télévision la mère d'Ilan Halimi, qui elle aussi invoque la " connotation antisémite "- mais dans un acte essentiellement crapuleux.

Est-ce-que notre père est encore vivant ?

Le silence des cris et le cri du silence

David Bensoussan

Le Soleil, 8 février 2006

 

 Il était une fois…

 

Il était une fois un rêveur du nom de Joseph, préféré de son père, et que les frères jaloux jetèrent dans une fosse avant de le vendre à une caravane d’ismaélites en partance pour l’Égypte. Il y acquit la confiance du pharaon. La famine sévissant au Canaan, ses frères vinrent chercher du blé en Égypte.  Arrivés devant le gouverneur de l’Égypte qui n’était nul autre que Joseph, ils se prosternèrent devant lui. Joseph les reconnut, mais n’en laissa rien voir. Il les interrogea sèchement sur leur présence, et ils répondirent qu’ils étaient venus acheter de la nourriture pour la ramener au Canaan. Il exigea d’eux de prouver la véracité de leurs dires en amenant devant lui le jeune Benjamin. Ce dont. Attendri à la vue de Benjamin, son émotion fut trop forte. Joseph ne put plus se contenir. Il fit sortir ses serviteurs et, tout en larmes, révéla son identité à ses frères consternés. « Je suis votre frère Joseph. Est-ce-que notre père est encore vivant?» Et ce fut la réconciliation.

           

Les héritiers des religions monothéistes ont été envoutés par de nombreux épisodes bibliques dont celle de Joseph le sage. Sa personnalité attachante a fasciné les enfants, les adultes et les exégètes de toutes les générations. Son tombeau près de la ville biblique de Sichem en Cisjordanie était devenu un lieu de pèlerinage pour tous.

 

Le silence des cris

 

Ce tombeau fut pris d’assaut par la foule en présence des policiers de l’Autorité palestinienne en 2000. On s’y attaqua à coups de pioches. Il fut incendié au mois de décembre 2003 après avoir été réduit à un amas de cendres et d’immondices au début de cette même année. Son dôme fut dynamité en mars 2004. Cet acharnement contre la dépouille de Joseph au vu et au su de toute la planète n’a généré aucune réprimande, aucun appel à la retenue ni de la part des pays de l’Occident ni même de la part des pays musulmans. Les religions enseignent le recueillement pour mieux permettre à l’âme de se rapprocher du divin. Pour beaucoup, le silence des tombes incite à la réflexion sur le sens de la vie et sur les leçons morales à tirer de l’expérience des générations passées. Lorsque ce silence est déchiré par les cris de haine des foules en liesse, le symbole même du respect du recueillement d’autrui est piétiné. Si l’on s’attaque au sacré, qu’en sera-t-il désormais de la dignité humaine ?

 

À l’heure où les caricatures de Mahomet déclenchent des protestations dans certains pays musulmans, il serait bon de mettre en perspective l’inaction sans nom devant l’enseignement de la haine généralisé, encouragée parfois par des autorités qui prétendent parler au nom de l’islam. Qu’il s’agisse des caricatures antisémites dans la pure tradition nazie reprises par des organes de presse gouvernementaux de certains pays, de la destruction des antiques statues de Bouddha en Afghanistan par les Talibans ou du désintérêt total du sort de dizaines de milliers de martyrs du Darfour, victimes du Djihad lancé par les Islamistes de Khartoum contre les Chrétiens, les Animistes, et les Musulmans dits dévoyés, le silence des consciences est oppressant. Comment est-il possible de pouvoir jouer avec le feu et de se prévaloir d’une immunité en regard de tels agissements ? Comment peut-on rester sourd au silence et à l’indifférence sans nom face aux cris et aux actes de haine ?

 

Le cri du silence

 

La liberté totale n’existe pas et l’homme ne vit pas dans l’isolement absolu. La liberté est  une chaîne plus ou moins longue qui octroie des droits mais impose également des obligations et des retenues. Le respect des croyances d’autrui est l’une des valeurs fondamentales.  Ce respect ne se négocie pas. Ceci ne signifie pas qu’il doive être à sens unique. Il est de facto certes, mais il se cultive aussi et requiert un environnement sainement irrigué. Pour cela, il serait bon que les hommes de conscience et que les modérés de tout bord manifestent au grand jour leur réserve devant toute expression d’intolérance, avant que la situation ne dégénère en hystérie et qu’elle ne puisse être récupérée par les radicaux et les fanatiques qui prétendront parler au nom de la morale ou de la spiritualité. Il y a danger que ceux qui développent une vision fondamentaliste des religions n’oublient que l’âme de l’homme est une étincelle divine (Proverbes 20-27) et que le respect de la vie humaine équivaut au respect du divin et qu’ils finissent par saper les fondements de toutes les civilisations de l’Humanité.

 

Le prophète Élie, qui séjourna au mont Sinaï, décrivit ainsi la présence divine: “Et de ce fait, Dieu se manifesta. Devant lui, un vent intense et violent, entrouvrant les monts et brisant les rochers, mais Dieu n’était pas dans ce vent. Après le vent, une forte secousse: Dieu n’y était pas encore. Après la secousse, un feu; Dieu n’était pas dans le feu. Puis, après le feu, un doux et subtil silence (Rois I, 19-11 à 19-12). Il serait bon de s’y référer pour comprendre que la valeur du silence est une dimension qui invite au recueillement, à la réflexion et à des gestes qui soient édifiants et que, tout comme Joseph, on puisse s’exclamer : « Je suis votre frère. Est-ce-que notre père est encore vivant?»

 

Fasse que les cris de haine soient remplacés par la voix de la conscience que le silence des consciences soit remplacé par la voix de l’amour et la réconciliation.

(David Bensoussan est l'auteur de la trilogie La Bible prise au berceau.)

 

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         Volume V, Numéro 223                                     Vendredi, 17 février 2006

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"Zut aux modérés"
Charles Krauthammer

 
Washington Post, 10 février 2006
 
Traduction française : Menahem Macina
 
A mesure que le monde islamique s’enflamme avec une frénésie délibérée, à propos des caricatures danoises de Muhammad, des appels à la raison se font entendre de part et d’autre. Quelques dirigeants et organisations islamiques, tout en s’associant au sentiment d’injustice ressenti par les manifestants et en partageant leur indignation, s’élèvent contre l’emploi de la violence comme moyen de l’exprimer. Leurs homologues occidentaux – des intellectuels, y compris la plupart des grands journaux américains – adoptent une attitude mitigée analogue. Tout en soutenant, bien sûr, le principe de la libre expression, ils critiquent le journal danois pour avoir abusé de ce droit en publiant des caricatures blessantes, et ils se déclarent opposés, par égard pour la sensibilité religieuse, à faire de même.
 
 Dieu nous préserve de ces voix raisonnables.
 
Ce qui passe pour de la modération dans la communauté islamique – dans le style : « Je partage votre fureur mais n’incendiez pas cette ambassade » -, n’a rien à voir avec de la modération. C’est tout simplement une manière cynique d’approuver les buts de la populace sans en approuver les méthodes. Cette manière d’agir est malhonnête parce que, tout en prétendant soutenir le principe du respect de la sensibilité religieuse, elle ne s’intéresse qu’à ce cas d’insensibilité religieuse.
 
 
Ces "modérés" ont-ils jamais protesté contre les grotesques caricatures de chrétiens, et plus spécialement, de Juifs, qui sont diffusées chaque jour dans tout le Moyen-Orient ? Et, entre autres :
 
Les sermons, retransmis par la Télévision palestinienne, qui font référence aux Juifs comme étant des fils de porcs et d’ânes.
 
La série syrienne télévisée, retransmise aux heures de grande écoute, qui met en scène des rabbins immolant un enfant non juif, pour boire son sang de manière rituelle.
 
La série, en 41 épisodes ( !), diffusée par la télévision égyptienne sur la base du faux antisémite tsariste (dont s’inspirèrent les nazis), "Les Protocoles des Sages de Sion", où l’on montre les Juifs conspirant depuis un siècle pour diriger le monde.
 
 Un musulman authentiquement mesuré est celui qui proteste contre les profanations de toutes les croyances. Ceux qui ne le font pas, ne sont pas des modérés mais des hypocrites, des opportunistes et des agents des émeutiers, qui ont simplement recours à des moyens différents pour promouvoir le même objectif : imposer à l’Occident, et à ses traditions de liberté d’expression, un système de tabous qui ne concernent que la foi islamique. Ce ne sont pas des défenseurs de la religion mais des partisans de la suprématie musulmane, qui tentent d’imposer par la force leurs décrets à l’Occident libéral.
 
 Et ces "modérés" trouvent aide et complicité chez les "modérés" occidentaux, qui publient des dessins de la Vierge Marie couverte de déjections d’éléphant, et qui font l’éloge d’un "Christ pisseur" (un crucifix posé dans un pot de chambre), comme étant une création artistique qui mérite une subvention publique, mais sont saisis d’un sentiment soudain de compréhension de la = sensibilité religieuse quand il s’agit de Muhammad.
 
L’argument du souci de la "sensibilité" religieuse vaut pour ceux qui n’ont pas publié les caricatures, en premier lieu, au mois de septembre [2005]. Mais nous ne sommes pas en septembre. Nous sommes en février. Les caricatures ont été publiées, et le journal, ses éditeurs, et le Danemark lui-même, ont été l’objet d’attaques sauvages. Après de multiples incendies criminels, des boycotts dévastateurs et des menaces de mains tranchées et de décapitations, il ne s’agit plus d’un débat en matière de couverture de presse, pour savoir si un journal doit publier ces caricatures pour informer son lectorat de ce qui se passe. C’est désormais une question de solidarité.
 
La foule essaye d’imposer aux journaux occidentaux, voire aux gouvernements occidentaux, ce qu’il est légitime de discuter et de caricaturer. Ces caricatures n’arrivent pas à la cheville du niveau artistique de la prose de Salman Rushdie, mais là n’est pas la question. La question est qui décide ce qui peut être dit et dessiné dans les limites de ce que nous considérons bizarrement comme étant le monde libre.
 
La populace a fait de cette affaire un test de la liberté d’expression en Occident. Les journaux allemands, français et italiens qui ont reproduit ces caricatures ne l’ont pas fait pour informer, mais pour relever le défi – pour proclamer qu’ils ne se laisseront pas intimider par la populace.
 
 Ce dont il est question, c’est de peur. La raison tacite de cette abstention de diffusion n’est pas la prise en compte de la sensibilité religieuse, mais tout simplement la peur. Ils savent ce qui est arrivé à Theo van Gogh, qui avait réalisé un film sur le traitement islamique des femmes, et l’a payé d’un couteau planté dans la poitrine, accompagné d’une proclamation islamique.
 
 Les émeutes et les incendies volontaires partout dans le monde sont des moyens d’intimidation, des rappels du sort de van Gogh. Les islamistes "modérés" sont les agents et les interprètes de la populace, qui nous avertissent de ne plus refaire cela. Et les Occidentaux "modérés" sont leurs collaborateurs épouvantés, qui disent :
 
 
Ne vous inquiétez pas, nous ne le ferons pas. Ce sont ces Danois. Nous sommes sans reproche. Epargnez-nous. De grâce.
 

L'humeur du temps
Hamas: la fin de l'hypocrisie et du double langage
 Jacques Brassard

Le Quotidien, 15 février 2006

Je le proclame d'emblée: c'est une bonne chose, la victoire écrasante du Hamas lors des récentes élections palestiniennes! Et je vous dis tout desuite pourquoi: parce que ce balayage électoral met un terme au règne de l'hypocrisie et du double langage.

Terminé, le temps de la duplicité. Pendant des années, Arafat a tenu devant les Occidentaux un discours de Paix et, en même temps, il soutenait les brigades de la Terreur. Il condamnait, la main sur le coeur, les attentats terroristes et, en même temps, il finançait les auteurs de ces actes. Il négociait avec Clinton et Barak et, en même temps, il préparait la seconde Intifada.

Inutile de rappeler que ce théâtre des fourberies convenait bien aux bonnes âmes de l'Occident. Ça leur permettait de ne retenir que le discours de paix du vieux despote et de s'accrocher à la légende du peuple palestinien, victime de l'oppression et de la tyrannie du Juif dominateur et sans pitié.

Oui, mais...les milliers de civils israéliens innocents, tués par des bombes humaines dans les bus, sur les terrasses des cafés où dans les cafétérias des universités? Réponse des bonnes âmes: ce sont là des réactions bien compréhensibles d'opprimés, devenus tellement désespérésà la suite de l'occupation de leur territoire!

Tout est clair maintenant

Mais, avec le Hamas au pouvoir, tout est désormais clair. Dans la charte de cette organisation terroriste, l'objectif poursuivi est sans équivoque: l'État d'Israël doit disparaître de la surface de la terre et le Juif doit être éliminé. L'Iran des mollahs s'est fixé le même but. Il faut savoir que, dans le monde arabe, le Protocole des Sages de Sion - un faux célèbre, fabriqué, à l'époque, par la police tsariste et prétendant révéler un complot juif de domination du monde - est considéré comme un document authentique et, par conséquent, comme un best-seller.

Le Hamas annonce clairement dans sa charte que c'est par la lutte armée qu'il entend détruire Israël et que sa méthode privilégiée, c'est l'attentat-suicide. Ainsi, Gaza et la Cisjordanie sont devenus des fabriques de "martyrs".

Comment une telle organisation a-t-elle pu gagner les élections? Le scrutin a-t-il été truqué? Pas du tout! Est-ce parce que le Fatah, au pouvoir depuis la création de l'Autorité palestinienne, était corrompu jusqu'à la moelle?

C'est vrai que le parti d'Arafat était pourri par la corruption, mais c'est un facteur secondaire dans la victoire décisive du Hamas.

En réalité, le Hamas a gagné parce que toute la société palestinienne carbure à la haine d'Israël depuis des décennies. L'antisémitisme y est florissant.

Dans les écoles palestiniennes, les manuels scolaires, financés par la Communauté européenne, instillent dans l'esprit des enfants la haine du Juif et l'admiration des poseurs de bombes. Sur le site Internet du Hamas, la mère d'un "martyr" déclare: "J'ai prié pour que mon fils soit tué dans l'attaque, pour qu'il soit récompensé par les 72 vierges au Paradis... J'ai été comblée lorsque j'ai su que mon fils avait tué des Juifs lors de l'attaque." Une bonne maman, n'est-ce pas?

Processus de paix

Alors, qu'en est-il du processus de paix dans toute cette pagaille? Qu'advient-il de la feuille de route? Tout cela n'était que de la poudre aux yeux! Une foire aux illusions! Du baratin pour s'en faire accroire!

Les dernières négociations véritables ont eu lieu du temps de Clinton et ont failli aboutir. C'est Arafat qui a tout bousillé. Depuis, lesPalestiniens ont choisi la violence et la terreur. Il serait temps que les bonnes âmes de l'Occident se rendent compte de la nature profondément violente et totalitaire de la culture politique palestinienne, toute imprégnée de haine et de fanatisme.

Évidence

Les pays occidentaux doivent se rendre à l'évidence: le Hamas ne renoncera pas à la violence et ne reconnaîtra pas l'État d'Israël.

Alors, ils devront cesser de financer à coup de centaines de millions de dollars l'Autorité palestinienne. Ils devront soutenir l'État hébreu et reconnaître qu'il est pleinement légitimé de construire un mur de sécurité pour protéger ses citoyens.

 

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L'HYPOCRISIE A DÉPASSÉ LES BORNES
 Tom Gross
 Jerusalem Post, 6 février 2006
 
Traduit par Albert Soued, www.chez.com/soued/conf.htm pour
www.nuitdorient.com
 

Ces caricatures danoises qui seraient liées au prophète Mahomet et qui ont provoqué tant de tumulte sont vraiment des illustrations sans conséquence. Ceux qui ne les ont pas vus peuvent être rassurés qu'elles sont vraiment quelconques, en comparaison des dessins humoristiques qu'on a l'habitude de voir dans la presse européenne sur d'autres sujets. Même là des non Musulmans pourraient avoir sans doute plus de sympathie pour des Musulmans
qui trouveraient ces dessins offensants, si ce n'était cette étonnante hypocrisie de l'univers musulman et de son "2 poids et 2 mesures", quand il accepte et applaudit des caricatures réellement insultantes à l'égard du Judaïsme, et dans une moindre mesure, à l'égard de la Chrétienté.On pourrait prendre plus au sérieux le soit-disant affront subi par les
Musulmans (mais certainement pas leurs protestations incendiaires et violentes) s'ils avaient émis une quelconque objection vis à vis d'une émission télévisée syrienne traitant les rabbins de cannibales. Ou si dimanche dernier le "Moslem Weekly" (hebdomadaire musulman en Angletrre) n'avait pas publié une caricature d'Ehoud Olmert avec un nez crochu.


Ou si vendredi dernier le film le plus cher jamais tourné en Turquie "la vallée des loups" n'avait été aussi acclamé localement. Dans ce film des soldats américains font irruption dans un mariage en Irak et farcissent un gamin de balles devant sa mère, tuant des dizaines de gens innocents au hasard, le marié recevant une balle dans la tête, et traînant les survivants
en prison où "un médecin juif découpe leurs organes pour les vendre aux riches de New York, Londres ou Tel Aviv…".


Ou si un groupe musulman belgo-hollandais n'avait mis sur son web les caricatures d'Anne Frank dans les bras de Hitler. Ou si l'Arabie Saoudite n'interdisait pas sur son territoire de montrer simplement l'étoile de David ou une croix ...


En ce qui concerne les caricatures dans les journaux, les pays arabes sont passés maîtres dans l'art de la diffusion de la haine, sans que personne ne proteste par ailleurs, sans incendie d'édifices, sans menaces de décapitation de touristes et sans désacralisation de drapeaux portant des symboles comme une croix, une étoile ou un croissant. Et c'est ce qu'on appelle le respect de la religion.


Les caricatures publiées en septembre 2005 dans un journal que personne ne connaît en dehors du Danemark, un des plus petits pays d'Europe que beaucoup ne savent pas situer sur une carte, sont vraiment anodins à côté des caricatures régulièrement publiées sur les Juifs dans les pays où aujourd'hui on incendie des ambassades et où on piétine des drapeaux danois et norvégiens. Et les dessins où les Juifs servent d'appât ne sontpas
seulement dirigés contre le sionisme politique. Ils concernent les Juifs en général, ils sont insultants et ils déshumanisent autant que les dessins des Nazis.


Et ces dessins ne viennent pas seulement de pays niant l'holocauste comme l'Iran ou d'états-voyous comme la Syrie, mais ces images viles viennent de médias de pays supposés modérés, de pays pro-occidentaux comme la Jordanie, l'Egypte, l'Arabie, le Qatar, Oman, Bahrein.


Al Watan (Oman) a publié des caricatures du type nazi montrant des Juifs au nez crochu et au dos courbé, pieds nus et transpirant à profusion.Akhbar al Khalij (Bahrain) a montré des caricatures antisémites de Juifs au chapeau noir crachant et suant alors qu'ils manipulaient les Etats-Unis en faveur de leurs desseins.


Al Ahram (Egypte), un des principaux quotidiens, a publié des caricatures de Juifs riant alors qu'ils boivent du sang. Rappelons ici que le sénat américain vient d'approuver une aide pour 2006 de 1,84 milliard $, la 2ème la plus élevée au monde.


Le dessinateur officiel de l'Autorité Palestinienne a montré les Juifs sous forme de serpents, un motif récurrent dans l'antisémitisme médiéval européen. Leur site web a publié des caricatures répétant la vieille calomnie relative au meurtre rituel par les Juifs d'enfants non
juifs.Certains dessins ne ressemblent pas seulement à ceux des Nazis, mais sont une copie intégrale des originaux. Ainsi un dessin paru dans un journal arabe de langue anglaise, considéré comme le plus modéré du monde arabe, Arab News, montre des rats portant étoile de David et calotte, courant à travers les trous du mur de la "Maison de Palestine", image identique à celle qu'on trouve dans une scène du film nazi, le Juif Suss, où les juifs
apparaissent comme une vermine à éradiquer par une destruction massive. Ailleurs les Juifs sont eux-mêmes les Nazis Al Doustour (Jordanie) a publié un dessin montrant l'entrée du camp d'Aushwitz-Birkenau, avec le drapeau Israélien remplaçant celui des nazis et un écriteau "Camp israélien d'annihilation". Et la Jordanie est un pays supposé modéré, en paix avec son voisin.Pour marquer l'annonce de l'ONU que le 27 janvier serait un jour de
commémoration de la Shoah, le caricaturiste de Al Yom (Arabie Saoudite) a plaqué la swastika nazie sur l'étoile de David.


Le judaïsme n'est pas non plus épargné. Le Daily Star de Beyrouth a publié un dessin montrant un grand livre de Talmud d'où sortait une baïonnette qui perçait la tête d'un vieil arabe, d'où coulait un flot de sang. D'autres caricatures arabes ont montré des Juifs avec des sacs de billets, propageant la mort, la terreur et la maladie.


Les caricatures relativement modérées des Danois ont été publiées dans un certain nombre de journaux européens afin que les lecteurs s'aperçoivent qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat. Mais pas dans les journaux anglais ou dans les principales publications américaines, ces 2 pays étant aujourd'hui trop intimidés par la réaction arabe pour prendre ce risque. Au même moment, alors que les rédacteurs du Guardian et de l'Independent de
Londres sont apparus à la BBC pour dire qu'il ne fallait pas rêver de voir des caricatures offensant des Musulmans, ces mêmes journaux n'ont pas hésité à publier des caricatures offensant les Juifs: le Guardian montrant le sang arabe couvrant le Mur Occidental du Temple, l'Independent montrant Sharon mangeant la chair de bébés palestiniens…. Le New York Times s'est empressé de louer une pièce de Broadway montrant Jésus et Juda faisant l'amour, alors qu'il n'a pas daigné reproduire une seule caricature danoise (ces caricatures ne montrent pourtant que le mauvais usage fait du prophète par les terroristes!).


Les manifestants des rues de Londres chantaient à l'unisson "Europe tu paieras, ton 11/9 n'est pas loin!", avec des pancartes où on lisait "décapitez ceux qui insultent l'Islam" et "préparez vous au véritable holocauste"… et il n'est ainsi pas surprenant que des esprits faibles en Occident aient pris peur. Mais aujourd'hui cette affaire dépasse la caricature, et si les Occidentaux et les Musulmans modérés veulent que la liberté survive, il faut qu'ils cessent de s'effondrer devant les menaces arabes. L'autre jour Marc Stein nous a rappelé que les meilleurs mots d'un danois fameux étaient "être ou ne pas être, c'est là la question!"
Très exactement.

 

Caricatures et politique de l'apaisement -
Un dérapage de la démocratie

Gérard Latulippe
Le Devoir,  7 février 2006

Le 11 septembre 2001, des fous de Dieu provoquèrent l'écrasement de deux avions sur les tours jumelles du World Trade Center. Oussama ben Laden rêvait alors d'unir le monde musulman derrière une campagne de terreur visant à détruire les valeurs occidentales, à changer nos vies.

Al-Qaïda n'y a pas réussi, malgré la succession d'actes terroristes, de prises d'otages et de commandos suicides. Aujourd'hui, la réaction du monde musulman à la publication de caricatures de Mahomet parvient à soulever la rue musulmane, à faire trembler plusieurs gouvernements occidentaux et à les faire reculer en ce qui concerne des valeurs qui sont les piliers de notre développement économique, social et culturel.

C'est une curieuse coïncidence que la rue musulmane s'offusque et s'enflamme quelques jours après l'arrivée au pouvoir du Hamas en Palestine, alors que les 12 caricatures ont été publiées le 30 septembre dernier par le journal danois Jyllands-Posten. Je suis convaincu que les mouvements intégristes musulmans et plusieurs gouvernements arabes ont provoqué cette affaire et incité les manifestations violentes de Gaza à Damas, jusqu'à Jakarta. L'incendie du consulat danois survenu à Beyrouth et revendiqué par le Mouvement national de la défense du prophète Mahomet constitue une illustration frappante de cette manipulation. Il ne serait pas étonnant qu'il ait été appuyé, sinon financé, par les services secrets syriens.

L'objectif est clair : créer un rapport de force contre les pays occidentaux et en faveur des mouvements islamistes intégristes et des pays musulmans les plus radicaux.

Les enjeux

Or les enjeux sont considérables. Si le Hamas ne renonce pas à la violence et refuse de reconnaître l'État Hébreu, les vivres seront coupés. En 2005, la Palestine a bénéficié d'un apport européen de 615 millions de dollars, tandis que la contribution américaine se chiffrait à 234 millions.

L'Iran joue actuellement un bras de fer avec les pays occidentaux au sujet de son programme nucléaire. Le ministre iranien des Affaires étrangères a saisi cette opportunité pour réclamer la convocation d'une réunion extraordinaire des 56 pays membres de la conférence islamique pour traiter de l'attaque contre le monde musulman causée par la publication des caricatures de Mahomet dans plusieurs journaux européens.

Le gouvernement syrien chassé du Liban et soupçonné d'organiser des assassinats politiques avait bien besoin de cette nouvelle cause musulmane pour desserrer l'étau qui l'étouffe et risque de le faire imploser.

Devant cette poussée de violence islamique, Londres, Washington et Paris pratiquent une politique «d'apaisement». Le ministre britannique des Affaires étrangères qualifie la publication des caricatures de «manque de respect» et même d'insulte. Le porte-parole du département d'État américain de même que le président français Jacques Chirac ont tenu des propos similaires. Or «l'apaisement» prend ici le visage de la compromission.

Non à la compromission

C'est de la compromission que d'accepter que la religion musulmane soit traitée d'une façon différente des autres religions, créant ainsi un régime d'exception dans nos constitutions basées sur l'égalité de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Au nom de la religion musulmane, on devrait, dans nos pays, censurer la presse, créer des tribunaux musulmans pour les affaires familiales ou autoriser le port du voile à l'école.

Condamner sans autre forme de procès un journal pour avoir publié des caricatures de Mahomet, c'est reculer en ce qui concerne un des piliers de nos sociétés occidentales, soit la primauté du droit. Comme l'a déclaré le ministre français de l'Intérieur : «Lorsque la caricature va au-delà du raisonnable, ce sont les tribunaux qui en jugent et pas les autorités religieuses, et pas les gouvernements musulmans.»

Nos sociétés démocratiques occidentales se sont développées grâce au pluralisme, à la tolérance et à l'esprit d'ouverture. La politique d'«apaisement» en réponse à la manipulation d'extrémistes islamiques et de certains gouvernements de pays musulmans radicaux équivaut, dans les faits, à cautionner le délit d'opinion et à s'abstenir de défendre les droits de l'homme et nos valeurs démocratiques.

On n'apaisera pas l'extrémisme en s'excusant de pratiquer la liberté d'expression, la primauté du droit et l'esprit de tolérance. On l'encourage ! Les mouvements islamistes radicaux comme les dictateurs de certains pays arabes considéreront ces excuses comme une victoire. Ils y verront la naissance d'un rapport de force leur permettant d'affronter l'Europe et l'Amérique sur plusieurs fronts.

Le fait qu'ils puissent réclamer des restrictions à nos valeurs de liberté et de tolérance au nom d'une religion qu'ils considèrent supérieure aux autres est aussi un mauvais message envoyé aux communautés musulmanes de nos propres pays. C'est un signe que la peur peut nous amener à faire des compromis sur nos valeurs fondamentales.

Le ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne devrait se rappeler que la politique d'«apaisement» mène à l'échec. Neville Chamberlain l'a pratiquée, dans un autre contexte et pour un danger différent, mais la catastrophe n'a pas été évitée. On n'apaise pas l'intolérance sous quelque forme que ce soit. Où sont les Churchill et De Gaulle dont on aurait bien besoin en ces temps troubles ?

L'auteur est l'ex-ministre dans le gouvernement libéral de 1985 à 1989, ancien délégué général du Québec à Mexico et Bruxelles, spécialiste en coopération internationale.

Une réaction honteuse
Daniel Audet 
La Presse, 9 février 2006

La politique d'apaisement choisie par les leaders occidentaux dans l'affaire des caricatures n'augure rien de bon pour la sauvegarde de nos valeurs humanistes

S'il est un progrès tangible de civilisation sur Terre- bien davantage que ne saurait l'être le progrès technologique par exemple, dont il a néanmoins favorisé les conditions de sa croissance exponentielle- , c'est celui, hérité du siècle des Lumières, de l'humanisme. Cette doctrine philosophique, qui place au centre de la vie sociale l'épanouissement de la personne humaine, a offert au monde un système de valeurs auxquelles la plupart des citoyens occidentaux adhèrent complètement. Dans un grand nombre de pays, plusieurs de ces valeurs se traduisent par des règles de droit qui visent à protéger ce que l'on appelle habituellement les droits et les libertés de la personne.

Le Canada et le Québec- malgré certains archaïsmes- constituent des espaces politiques parmi les plus respectueux des valeurs humanistes. Cependant, on dit souvent que la liberté de l'un finit là où le droit de l'autre commence. Ainsi, des conflits entre divers droits et libertés ne manquent pas de se produire et ceux-ci doivent régulièrement être arbitrés par les tribunaux en vertu de nos principes constitutionnels.

Dans le contexte de violence provoquée par la publication en septembre dernier de caricatures de Mahomet dans le quotidien copenhaguois Jyllands-Posten, La Presse, à l'instar des autres médias traditionnels canadiens, a volontairement renoncé à sa liberté d'expression et, par le fait même, prive ses lecteurs de leur droit à l'information. Cédant à la terreur, les médias canadiens ont plutôt choisi de s'autocensurer. Or c'est précisément l'actualité autour desdites caricatures et les réactions qu'elles ont engendrées qui commandent leur publication. Pourtant, le bon peuple devra se contenter de l'appréciation filtrée des pontifes de tous ordres qui eux, les happy few, auront eu la chance de consulter les images interdites, pour se faire une idée sur le caractère offensant ou non des caricatures.

La réaction quasi-unanime des leaders politiques occidentaux face à l'expression de violence musulmane des derniers jours est, quant à elle, on ne peut plus honteuse. Cette politique dite d'apaisement n'augure rien de bon pour la sauvegarde de nos valeurs humanistes. Dans les démocraties occidentales ce sont les tribunaux qui, sur plainte de citoyens lésés, décident- très exceptionnellement- de censurer les médias. En cas de diffamation ou de propagande haineuse, des compensations financières ou des sanctions pénales, voire criminelles sont imposées. C'est ainsi que l'on arrive généralement à éviter les débordements chaotiques dans les sociétés civilisées. Hélas, dans certaines régions du monde- riches comme pauvres d'ailleurs- la règle de droit est toujours un concept très vague. Non, dans ces endroits, c'est la loi du feu et du sang qui fait régner le désordre pour un dessin jugé offensant. De grâce, ne laissons pas la colère de fanatiques religieux nous faire dévier de nos valeurs de liberté humaniste chèrement acquises!

La liberté d'expression est la pierre angulaire de la démocratie. La presse bâillonnée c'est la démocratie à genoux. Cela dit avec tout respect pour l'opinion contraire...

L'auteur ancien délégué général du Québec à Londres est avocat et bachelier en philosophie de l'Université d'Ottawa.

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         Volume V, Numéro 221                                     Vendredi, 3 février 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
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Caricatures de Mohammed: Des journaux européens défendent la liberté d’expression
David Ouellette
Judeoscope.ca, 1 février 2006

 

En septembre dernier, les éditeurs du quotidien danois, Jyllands-Posten, ont pris l’initiative de tester les frontières de la liberté d’expression. Ironie de situation, quatre mois plus tard, sous la pression d’une vague croissante de colère musulmane, des boycotts de produits danois au Moyen-Orient et des menaces de la Ligue Arabe, de la Ligue Mondiale des Musulmans, et de l’Organisation de la Conférence Islamique, d’obliger le Danemark à rendre des comptes à l’ONU pour sa tolérance envers l’«islamophobie», les éditeurs du journal ont cédé et viennent de publier, cette semaine, des excuses envers les « Honorables citoyens du monde musulman ».

 

Ce qui a déclenché la colère des musulmans du monde entier, c’est la publication de 12 caricatures représentant Mohammed, le prophète de l’Islam, acte considéré comme blasphématoire par les musulmans, mais qui ne constitue pas une infraction à la loi au Danemark, ni dans le monde européen, en cette matière.

 

Flemming Rose, le responsable de la rubrique culture, a eu l’idée de chercher à savoir pourquoi aucun éditeur danois n’osait illustrer un livre pour enfants sur la vie de Mohammed. Le journal invitait les lecteurs à envoyer leurs dessins. 12 d’entre eux furent publiés, dont un représentant un illustrateur dessinant un portrait de Mohammed, tout en regardant derrière lui avec anxiété, et un autre montrant une inscription en persan sur un tableau noir : « Les journalistes du Jyllands Posten sont une bande de provocateurs réactionnaires ». D’autres caricatures associaient Mohammed au terrorisme, à la guerre et à la misogynie.

 

Les organisations musulmanes locales réagirent sans tarder. Ils considérèrent les caricatures comme islamophobes et demandèrent des excuses au journal. Des immigrants musulmans envahirent les rues. Jyllands Posten fut contraint d’engager du personnel de sécurité, suite à des menaces de mort. Quand le rédacteur en chef du journal, Carsten Juste, se défendit en disant que la satire était une pratique admise dans les pays démocratiques, l’imam Raed Hlayhel répondit : « Ce genre de démocratie est sans valeur pour les musulmans. Les musulmans n’accepteront jamais ce type d’humiliation. L’article est une insulte pour tous les musulmans du monde. » Pour aggraver les choses, au cours d’un périple dans des pays arabes, une délégation de musulmans danois présenta des dessins de mauvais goût - dont l’origine reste obscure jusqu’à ce jour - représentant Mohammed

 

Bien que le gouvernement danois n’ait pas cédé à la pression diplomatique arabe et musulmane qui s’exerçait sur lui pour qu’il censure les éditeurs de Jyllands Posten, le gouvernement norvégien s’est excusé, honteusement, pour la reprise des caricatures par un magazine norvégien.

 

On a dit que la guerre contre le radicalisme islamique était une bataille d’idées. L’un des principes les plus chers de l’Occident – la liberté d’expression, est attaqué en Europe. Comme l’a fait remarquer, lundi dernier, Magdi Allam, éditorialiste au Corriere della Sera, « le principal champ de bataille est, malheureusement, l’Europe même, qui, en ce moment, est infiltrée et conditionnée par le fondamentalisme et l’extrémisme musulmans », et Allam de se demander : « Qu’attend l’Occident pour intervenir ? »

 

Il semble que les éditeurs européens aient entendu l’appel d’Allam et soient en train de contre-attaquer. En se réveillant, ce matin, les Européens ont découvert les caricatures reproduites par nombre de quotidiens en Allemagne, en France, en Espagne et en Italie.

 

France-Soir a publié, en Une, un titre proclamant : « Oui, nous avons le droit de caricaturer Dieu ». En reproduisant les caricatures dans les pages intérieures du journal, les éditeurs ont argué qu’«aucun dogme religieux ne peut s’imposer à une société démocratique et laïque». Mais cette initiative courageuse a coûté son poste à Jacques Lefranc, directeur du journal.  Le propriétaire de France-Soir, Raymond Lakah [1], a limogé Lefranc, mercredi soir, et exprimé ses regrets à la communauté musulmane, dans un communiqué de presse. Dalil Boubakeur, président du Conseil Français de la Religion Musulmane et recteur de la Mosquée de Paris, a qualifié de « provocation » la reproduction des caricatures par France-Soir.

 

Le président de l’Union Allemande des Journalistes, Michael Konken, a défendu la réimpression des caricatures dans les quotidiens allemands, et a présenté cette action comme « une contribution nécessaire à la formation de l’opinion ». Bascha Mika, l’éditeur responsable du quotidien de gauche, Die Tageszeitung, a expliqué, dans un autre quotidien allemand, le conservateur Die Welt, qui a mis les caricatures en bonne place : « Nous publions ces caricatures parce que c’est un devoir de documenter […] parce que cela fait partie de la liberté de la presse que de pas céder à la pression des musulmans radicaux ». Le Der Tagesspiegel, de Berlin, publie également les caricatures aujourd’hui.

 

Le journal espagnol de gauche, El Periodico, justifie la reprise qu’il en fait en arguant, dans un éditorial : « Ici, la culture de coexistence entre des valeurs opposées est très éloignée de l’intransigeance fondamentaliste de l’islamisme, qui s’imagine avoir le droit de contrôler notre manière de vivre […] Il est logique que ces caricatures irritent certains musulmans. Mais il n’est pas logique qu’au nom d’une lecture littérale et inhumaine du Coran, ils tentent, ici comme à l’étranger, d’interdire de force la critique, ou de menacer de mort ceux qui, avec ou sans bon goût, s’adonnent à la satire. Le quotidien conservateur ABC reproduit, lui aussi, les caricatures, aujourd’hui.

 

Beaucoup de critiques nord-américains de l’islam radical ont tendance à considérer l’Europe comme encline à la conciliation envers l’islam. Autant la chose peut être vraie à certains niveaux diplomatiques et politiques, autant les grands journaux ont démontré aujourd’hui que les Européens peuvent défendre fermement nos valeurs communes, en usant de moyens qu’interdirait sans aucun doute le politiquement correct. Tourner en ridicule des personnages religieux peut, certes, être blessant pour les croyants, mais interpréter erronément une satire religieuse comme de l’intolérance ou de la provocation envers les membres d’une communauté religieuse donnée est intellectuellement malhonnête et ne profite qu’au projet islamiste, dont l’objectif est de convaincre que l’islam lui-même est attaqué par de fourbes infidèles.

 

Si une provocation publique évidente et malveillante à l’égard d’un groupe de personnes devait se produire en Occident, elle serait rapidement dénoncée comme telle, au nom des principes directeurs sur lesquels repose la liberté d’expression et, en fait, la civilisation occidentale. Ce qui est davantage que ce à quoi la presse arabe et islamique peut prétendre. Toutefois, dans le vacarme fait autour des caricatures de Mohammed, ceux qui prétendent être les victimes sont, en réalité, ceux-là même qui poussent à l’intolérance et aux atteintes à la liberté à l’encontre des peuples du Danemark et de l’Occident.

 

Traduction française : Menahem Macina pour l'Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France, 1 février 2006

 

Note du traducteur :

 

[1] On peut légitimement se demander si le fait que Raymond Lakah soit un homme d’affaires franco-égyptien, a pu jouer un rôle dans sa décision de licencier le directeur de son quotidien.

  

Les élections palestiniennes et le processus de paix
David Bensoussan
Le Devoir, 28 janvier 2006

 

Les observateurs du Moyen Orient sont perplexes devant le résultat des élections palestiniennes : D’une part, beaucoup se félicitent de ce que des élections démocratiques aient pu se produire d’une façon ordonnée, car le manque de démocratie est perçu comme étant la source de nombreux maux de société dans les pays du Moyen-Orient. Le bémol est que l’un des partis qui est le mieux placé dans les résultats des élections est, aux yeux des démocraties occidentales, un parti terroriste qui brandit l’arme du terrorisme et qui, par ses discours, prône des solutions d’annihilation de l’État d’Israël.

 

Le parti du Hamas est un parti islamique qui a développé un réseau d’action sociale qui l’a rendu très populaire. Son radicalisme en regard du refus de coexistence avec Israël est en outre soutenu par des pays opposés au règlement du conflit, tout comme l’Iran. Par ailleurs, le parti du Fatah est perçu par beaucoup comme un parti corrompu et le faste que déploie la classe proche du pouvoir détonne de la misère de ceux qui souffrent d’une crise économique grave. Le parti du Fatah est divisé, l’aile jeune étant particulièrement critique du leadership traditionnel. Ce parti est maintenant relégué à l’opposition.

 

Qu’en est-il du processus de paix ? Peu se souviennent de la proposition du président Bush de créer un état palestinien aux côtés d’Israël. Toutefois, il avait exigé le démantèlement de l’infrastructure terroriste. La feuille de route patronnée par le Quartet (formé par les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et les Nations Unies) a également exigé la cessation de toute activité terroriste. Rappelons que ce fut le massacre à Netanya le soir de la Pâque qui déclencha une riposte israélienne importante et ce sont les assassinats suicides qui ont motivé l’érection de la barrière de sécurité.

 

Beaucoup pensent qu’une fois au pouvoir, le Hamas modérera ses positions et de fait, on perçoit un très léger changement de ton de la part de ses leaders. Toutefois, ce changement de ton est réservé à l’audience internationale alors que les médias du Hamas continuent à distiller l’enseignement de la haine par doses massives. Ceux qui préconisent de ne pas prêter attention aux dires du Hamas et de se concentrer plutôt sur ses actes – beaucoup de personnes désillusionnées en Israël semblent s’y résoudre – ne font que retarder les effets insidieux de l’enseignement de la haine et de la glorification de l’assassinat suicide.

 

Par le passé, les opportunités de paix ont été manquées du fait du refus des leaders palestiniens à accepter des compromis, tout comme ce fut dernièrement le cas lors des accords avortés de Camp David ou celui de Taba. Le discours du Premier ministre israélien par intérim Ehoud Olmert a été d’une franchise rare, proposant une négociation directe en vue de l’établissement d’une frontière reconnue, soulignant qu’Israël devrait abandonner des implantations en Cisjordanie. Le leadership palestinien a encore une fois une opportunité historique de bâtir un état indépendant: Saura-t-il en tirer parti ? On peut en douter…

 

Car pour cela, il faudrait une orientation nouvelle. Par le passé, les porte-paroles du Hamas voulaient entamer des pourparlers comme s’il n’y avait pas de terrorisme et continuer le terrorisme comme s’il n’y avait pas de pourparlers. Par ailleurs, le Hamas s’est refusé de reconnaître les accords d’Oslo. Si en outre, ce parti islamique prenait une tournure théocratique et qu’il s’alignait sur les positions radicales de Damas et de Téhéran, il serait fort possible que l’ouverture du nouveau parti israélien Kadima n’ait plus raison d’être et que ce parti perde des voix au profit du Likoud. L’on sera revenu à la case départ, soit celle du lendemain de l’échec des accords de Camp David qui a vu la débâcle de la gauche israélienne et la montée de la droite.

 

Encore une fois, le conflit au Moyen-Orient aborde une nouvelle phase critique.

 

 

"Le Hamas va devenir aussi corrompu que le Fatah"

David Frum a rédigé en 2002, pour le président américain George Bush, la partie du discours sur l'état de l'Union sur l'"axe du Mal" (Iran, Irak, Corée du Nord). Il est maintenant chercheur à l'American Enterprise Institute.

Propos recueillis par Corine Lesnes
Le Monde, 31 janvier 2006

 La victoire du Hamas ne discrédite-t-elle pas les théories de George Bush sur la démocratisation?

 

Elections ou pas, le problème était là. Prenons une comparaison : une entreprise avec des difficultés financières. Elle a couvert ses problèmes en trafiquant les comptes. Un jour, elle décide de changer et de faire venir un comptable honnête. Il révèle l'état réel de la compagnie. Diriez-vous que le comptable a causé les problèmes financiers ? Non, il n'a fait qu'exposer le problème au grand jour. La société palestinienne est ce qu'elle est. Le processus démocratique a révélé la nature du problème, il n'a pas causé le problème. Dans les années 1990, on voulait croire que les extrémistes n'étaient qu'une minorité de chaque côté. C'était erroné