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Volume V, Numéro 220 Vendredi, 27 janvier 2006
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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LA
TRANSPARENCE DÉMOCRATIQUE PRÉCIPITE LE CHANGEMENT
Albert
Soued
www.chez.com/soued/conf.htm
pour www.nuitdorient.com, Le
29 janvier 2006
La nouvelle politique des Etats-Unis de transparence démocratique précipite le changement et l'éclatement de la vérité au Moyen Orient. Les populations peu habituées à s'exprimer par les urnes en profitent pour régler leurs comptes avec des dirigeants corrompus ou incapables, et pour assouvir leurs fantasmes.
En Afghanistan et en Irak, les élections ont confirmé que les populations avaient en horreur les talibans dans le premier pays et Saddam Hussein et les baathistes dans le second. Au Liban, elles ont confirmé que les Libanais ne voulaient plus d'ingérence syrienne. Mais ailleurs, comme en Egypte ou en Syrie, des élections libres remplaceraient une dictature ou un "régime fort et stable" en place par le pouvoir islamiste et intégriste des Frères Musulmans, bien que les populations y soient en majorité laïques. Pourquoi? Parce que dans ces pays, on a découragé toute opposition libérale, et la seule alternative pour le peuple, c'est de voter pour des confréries caritatives musulmanes, proches de lui. Or ces confréries n'ont pas d'autre but que d'installer un pouvoir islamique, afin de reconstituer la Oumma et le Caliphat dans tout le monde musulman. Elles oeuvrent discrètement ou en sous-main comme en Egypte où elles sont interdites sur le plan politique ou profitent d'élections démocratiques pour s'imposer comme alternative à un pouvoir corrompu, comme cela se passe pour l'Autorité Palestinienne. Là le Hamas a raflé 76 sièges sur 138 lors d'élections démocratiques et libres. Or le Hamas est une émanation de la confrérie des Frères Musulmans qui ne rechigne pas à la violence. Elle l'a démontré dans de nombreux attentats en Egypte, en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Israël. Rappelons qu'aussi bien en arabe qu'en hébreu, l'acronyme H'amas signifie "violence".
Or ce groupe aux dimensions modestes, qui vient de s'emparer librement du pouvoir d'une Autorité non encore constituée en Etat, semble mettre en émoi le monde libre. Tous les commentateurs se perdent en conjectures pour savoir si ce Hamas va modérer ses positions, cesser la violence, reconnaître l'existence de son voisin Israël et devenir "respectable". Or le Hamas a répondu par avance à ce questionnement, car il ne peut faire moins que Yasser Arafat, dirigeant longtemps adulé par l'Occident et qui disait "Nous négocierons avec les Israéliens, comme s'il n'y avait pas de terreur, et nous continuerons à les terroriser, comme s'il n'y avait pas de négociations".
Le H'amas va nous servir très certainement "le double langage". D'un côté, les yeux doux et les paroles apaisantes vers l'Occident pour obtenir les subsides sans lesquels l'Autorité Palestinienne ne peut survivre. De l'autre, il contribuera à déstabiliser la région, en prêtant main forte au triangle H'ezbollah-Syrie-Iran. Dans un premier temps il évitera les attentats en Israël, puis les reprendra à travers les différents groupuscules terroristes existants, voire à travers al Qaeda (1). Et nous voilà repartis non pas à la case zéro, mais bien en arrière, car il y a la menace nucléaire et celle des missiles de longue portée qui se rapprochent.
Et on ne peut imputer la cause de ce développement, ni au désengagement d'Ariel Sharon de Gaza, ni à la nouvelle politique américaine de transparence politique et de volonté d'élections libres au Moyen Orient. Il nous semble être le cours normal du désir de puissance de l'Islam, de cette nostalgie d'un passé glorieux, révolu, mais qu'on rêve de ressusciter. Et la victoire du Hamas n'a fait qu'accélérer ce courant et rapprocher le moment de vérité.
Car la vérité finira par éclater. Les arabo-musulmans acceptent-ils "oui ou non", en leur sein un état et une population ayant une foi et des valeurs différentes des leurs ? La venue du Hamas au pouvoir clarifiera certainement le débat.
Ce que nous craignons, c'est que les Palestiniens viennent de signer vraisemblablement l'arrêt de mort de leur état, un suicide national. Mais voulaient-ils réellement un État? Au fond d'eux-mêmes n'espéraient-ils pas confusément revenir plutôt dans "la maison de leur arrière grand père" à Jaffa ou ailleurs en Israël? Et ils pensent que le H'amas, à travers le jihad de la large Oumma islamique, les aidera à y parvenir plus aisément que le Fatah. Voilà le résultat d'un demi siècle d'enseignement de l'Utopie et de la Haine qui risque de déboucher sur un grand conflit.
Notes
(1) la police Colombienne vient d'arrêter 19 personnes dont 4 Jordaniens, un gang de faux passeports qui devaient permettre à des agents du Hamas et d'Al Qaeda de circuler librement en Europe et aux Etats-Unis!
Elections
palestiniennes et offensive islamiste
Alexandre
Adler
Le
Figaro, 26 janvier 2006
Avec les élections palestiniennes nous arrivons au point extrême de l'offensive islamiste qui fait rage depuis plusieurs mois. Une comparaison vient immédiatement à l'esprit, celle des années 1955-1958, au Moyen-Orient. En ces trois années de feu et d'espérances, nous assistons en effet à la nationalisation du canal de Suez suivie bientôt du triomphe paradoxal de Nasser, après la déroute diplomatique infligée aux Français et aux Britanniques qui avaient voulu le renverser par des moyens militaires.
L'impact de ce tournant stratégique entraîne la victoire politique sinon
militaire du FLN en Algérie, la première guerre civile libanaise que seule
une intervention militaire rapide des États-Unis parvient à éteindre, et
bien sûr, le renforcement de la monarchie hachémite en Irak, laquelle
conduit à la radicalisation du régime syrien et à un début de déstabilisation
de l'Arabie saoudite elle-même, dont un des princes choisit même de rallier
Nasser au Caire. Ici, nous aurions en parallèle, le redressement inattendu de
l'islamisme iranien qui retrouve son intensité militante des premiers jours
avec l'élection surprise d'Ahmadinejad, l'affirmation en force du courant
islamiste égyptien, lequel, malgré l'autolimitation qu'il s'est imposée par
prudence, apparaît comme le grand vainqueur des élections semi-libres
auxquelles Moubarak a dû consentir sous la pression américaine.
En Palestine, où les élections sont infiniment plus sincères, on s'attend
à ce que les Frères musulmans du Hamas, liés depuis toujours à leurs
homologues égyptiens, remportent quelque 40% des suffrages, voire une majorité
absolue qui sanctionnerait l'inexorable décomposition du Fatah depuis la mort
d'Arafat. Si la mèche allumée ainsi va jusqu'au bout, nous pourrions
assister à une prise d'hégémonie de la région par des forces islamistes
qui seraient en voie d'unification totale. Imaginons l'un de ces scénarios
catastrophes : ayant délibérément accéléré le rythme de la crise,
Ahmadinejad se débarrasserait bientôt des courants pragmatiques rassemblés
autour de l'ancien président Rafsandjani à Téhéran. Cela fait, le président
iranien pourrait alors inverser totalement l'actuelle politique de Téhéran.
Au lieu de s'affronter quotidiennement aux intégristes sunnites au nom d'une
identité chiite intransigeante, les Iraniens et leurs alliés proposeraient
une trêve de Dieu à leurs actuels adversaires et une action commune contre «tous
les ennemis des musulmans», en Irak comme au Liban. Seraient alors
exaucées les petites minorités intégristes qui, avec Moktada Sadr à Bagdad
et Imad Mugnieh à Beyrouth, refusaient énergiquement pour le premier de
cautionner un gouvernement chiite irakien sous protection américaine, pour le
second de laisser le Hezbollah appuyer le retour à l'indépendance libanaise
en abandonnant à son sort le régime syrien et en comblant les attentes de la
France, des États-Unis et même d'Israël.
Il faut savoir aussi que les maîtres d'Ahmadinejad étaient tous des
sympathisants chiites des Frères musulmans sunnites d'Égypte et qu'ils
prisaient davantage les écrits enflammés de haine du grand martyr cairote de
la Confrérie Sayed Qotb plutôt que les classiques iraniens, tel le grand
Sorawardi. Aujourd'hui d'ailleurs, les Frères musulmans égypto-palestiniens
restent très attentifs à ce qui est en train de se passer en Iran ; le chef
apparent de la Confrérie Akef n'a-t-il pas salué avec enthousiasme l'appel
venu de Téhéran à «rayer Israël de la
carte».
Le Hamas, quelles que soient les concessions purement hypocrites qu'il
pratique pour des raisons électorales, ne peut en aucune manière renoncer à
son programme de destruction des Israéliens. Si enfin, une part substantielle
de la population chiite irakienne décidait de se joindre au djihad des
sunnites, nous assisterions à la mise sur la défensive du contingent américain
en Irak, à la victoire inéluctable des tendances les plus dures du régime
syrien, à un début de reprise de la guerre civile au Liban et pour le moins,
à une forme d'«intifada froide», qui mettrait en faillite ce qui reste de
l'Autorité palestinienne d'Abou Mazen. Comme avec la fuite du prince Talal au
Caire naguère, l'Arabie saoudite ne serait pas épargnée par le souffle du
nouveau djihad.
Mais il y a encore quelques obstacles sérieux à franchir pour parvenir à ce
scénario de cauchemar. Isolons-en les trois principaux : le sentiment viscéral
de solidarité politico-religieuse des chiites iraniens avec leurs frères du
monde arabe qu'exclut à terme le lâchage de l'ayatollah Sistani par Téhéran,
et menace très directement le maintien au pouvoir d'Admadinejad. Le second
obstacle réside dans la lassitude générale de la population palestinienne
qui, d'accord pour sanctionner un gouvernement inepte, ne le serait pas nécessairement
pour reprendre les armes contre l'Etat d'Israël. Le dernier obstacle réside
dans le sectarisme sunnite intéressé des principaux courants intégristes du
Moyen-Orient, lesquels dépendent de subventions saoudiennes très officieuses.
C'est dans ce contexte, à mon avis, qu'il faut interpréter l'étrange appel
d'Oussama Ben Laden, depuis son sous-sol pakistanais à une sorte de «trêve»
avec les États-Unis. Le seul fait de prononcer ce mot, en ce moment même, me
semble d'abord un message aux intégristes iraniens : même si vous provoquez
une crise avec les États-Unis, nous ne vous soutiendrons jamais, car nous
savons que vous menacez encore l'Arabie saoudite, véritable coeur de notre
entreprise. Comparaison n'est donc pas raison. L'entreprise offensive des
islamistes ne peut que se briser à terme sur la diversité des intérêts en
jeu, tout comme naguère le nassérisme lui-même.
Les
noirs desseins d’Adolf Ahmadinejad
Joël Rubinfeld
Le Soir (www.lesoir.be),
24 janvier 2006
Reconnaissons
aux diatribes antisémites et négationnistes de Mahmoud Ahmadinejad un mérite :
celui d’avoir publicisé, dans son effroyable nudité, la perception qu’a
d’Israël la République islamique d’Iran instaurée par Khomeiny en 1979.
Il n’y a, en effet, rien de bien nouveau dans les propos de l’actuel président
iranien.
C’est l’ayatollah
Khomeiny qui édictera la doctrine iranienne concernant le « petit Satan » :
« Le régime [Israël] qui occupe Al-Quds
[Jérusalem] doit être rayé des pages de l’Histoire ».
Les leaders iraniens successifs ont, par la suite, fidèlement suivi la voie
tracée par le père de la révolution islamique.
Ainsi, le Guide suprême Ali
Khamenei, véritable chef de la République islamique depuis la mort de
Khomeiny en 1989, ne dit rien d’autre que Mahmoud Ahmadinejad lorsque, en
2000, il déclare : « La position de l’Iran a toujours été
claire quant à cet affreux phénomène [Israël]. Nous
avons à maintes reprises dit que cette tumeur cancéreuse doit disparaître
de la région ». En 2004, il ajoute que « le régime
sioniste est voué à l’annihilation ».
L’ancien président Akbar
Hachemi Rafsandjani (1989-1997) – le candidat « pragmatique »
des dernières élections – n’est pas en reste lorsque, en 2001, à
l’université de Téhéran, il assène : « L’utilisation de
l’arme atomique contre Israël détruira tout ce qui se trouve sur son sol,
alors qu’elle [une riposte nucléaire israélienne] ne
ferait qu’endommager le monde islamique ». Et d’enfoncer,
deux ans plus tard, le clou : « Israël n’a pas
d’avenir (…). Ceux qui misent sur une tumeur
(…) se trompent ».
Les déclarations de
l’actuel président qui veut « rayer Israël de la carte »,
qualifie l’Holocauste de « mythe », annonce
que « très bientôt, cette tâche de honte disparaîtra du
centre du monde islamique » et prône la délocalisation de
l’Etat juif en Allemagne ou en Alaska ne sont, dès lors, guère
surprenantes.
A la parole, les mollahs
iraniens ont également joint le geste.
Il y a, d’abord, ce
programme nucléaire à propos duquel les experts les plus pessimistes fixent
le point de non-retour au mois de mars 2006. Limitons-nous ici à l’analyse
de l’argument avancé par les officiels iraniens pour justifier leur course
à l’atome : la légitime nécessité de répondre aux besoins énergétiques
du pays. Quelques chiffres suffisent à démontrer la faiblesse de cette
assertion :
– Pétrole : l’Iran
arrive en seconde position au niveau mondial pour les réserves de pétrole
(derrière l’Arabie saoudite). La production iranienne (5% de la production
mondiale) est nettement en dessous de ses capacités en termes de potentiel
(13% des ressources mondiales).
– Gaz : l’Iran
arrive en seconde position au niveau mondial pour les réserves de gaz (derrière
la Russie). La production iranienne (4% de la production mondiale) est
nettement en dessous de ses capacités en termes de potentiel (15% des
ressources mondiales).
– Electricité : selon
les derniers chiffres disponibles (The World Factbook 2005, CIA),
l’Iran a, en 2002, produit 129 milliards de kilowatts et en a consommé
119,9 milliards.
Le programme des missiles
balistiques Shihab constitue une autre source d’inquiétude pour Israël et
les voisins arabes de l’Iran, mais également pour le monde occidental car,
si le Shihab-3 peut d’ores et déjà porter une ogive de 800 kilos à 1.700
kilomètres, les Shihab-4 (2.800 km) et Shihab-5 (4.900-5.300 km) sur lesquels
travaillent les ingénieurs iraniens mettent l’Europe et le continent américain
à la merci d’un « fou de Dieu ». Et, faut-il le préciser, la règle
du MAD (Mutually Assured Destruction) qui, jusqu’ici, a prévalu
au sein du club nucléaire devient inopérante lorsque l’un des
protagonistes aspire à la mort autant que l’autre tient à la vie.
Le soutien au Hezbollah
s’inscrit également dans la pensée khomeyniste. Financée par les deniers
iraniens et entraînée par les Pasdaran, l’organisation terroriste
libanaise est aujourd’hui à la tête d’un arsenal de plus de 10.000
missiles et roquettes pointés sur l’Etat hébreu. L’adoption, par
ailleurs, du salut nazi par les Hezbollahi lors des défilés
militaires en dit long sur les repères idéologiques de ces derniers.
Ces différents éléments témoignent
de la cohérence et de l’opiniâtreté du régime iranien dans sa démarche
« exterminasioniste ». Quelle sera maintenant la réaction, au-delà
des traditionnelles condamnations de circonstance, de l’Europe face aux
incantations d’un homme qui ambitionne de mettre la Shoah au pluriel ?
Un défi est lancé par le président iranien à l’Europe du « Plus
jamais ça ! ». Aujourd’hui, nous savons. Comme l’a récemment
écrit l’éditorialiste du Washington Post Charles Krauthammer : « Tout
le monde sait dans quelle direction les armes nucléaires seront pointées
(…). Et tout le monde sait que si quelqu’un pousse sur le bouton,
ce sera la fin d’Israël ».
Les Nations unies ont également
un rôle déterminant à jouer dans cette crise. En janvier 2005, lors de la
commémoration du soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz,
Kofi Annan rappelait que « l’ONU ne doit jamais oublier qu’elle a
été créée en réponse au mal du nazisme et que les horreurs de
l’Holocauste ont contribué à définir sa mission. (…) Nous
devons être attentifs à toute résurgence de l’antisémitisme et être prêts
à agir contre les nouvelles formes [d’antisémitisme] qui
apparaissent aujourd’hui ». Le temps est venu de transformer
ces belles paroles en actes.
Et ne nous leurrons pas, la menace existentielle ne se limite pas à Israël. A laisser faire, nous pourrions bien nous retrouver, un de ces matins, à la merci d’une pression sur un bouton, quelque part à Téhéran. Rapportés par le quotidien Al-Sharq Al-Awsat, les propos tenus en 2004 par un théoricien des Gardiens de la Révolution – organisation dont est issu l’actuel président iranien – sont à cet égard éloquents : « Notre stratégie est conçue pour la destruction de la civilisation anglo-saxonne et le déracinement des Américains et des Anglais. Nos missiles sont maintenant prêts à frapper leur civilisation. Dès que les ordres nous parviendront du Guide [Ali Khamenei], nous lancerons nos missiles sur leurs villes ».
(Joël Rubinfeld est Président de l’Atlantis Institute www.atlantis.org)
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Volume V, Numéro 219 Vendredi, 20 janvier 2006
COMMUNIQUÉ ISRANET
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L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
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Mais la différence entre Hitler et Ahmadinejad est que le premier a échoué, là où le second est en train de réussir : accéder à la bombe atomique. Selon les rapports de l'AIEA et de son directeur, le prix Nobel de la paix Mohammed ElBaradei, l'Iran se rapproche aujourd'hui dangereusement du «seuil» nucléaire. Et l'acquisition de l'arme nucléaire, qui constitue depuis des décennies l'objectif du programme clandestin iranien, en complète violation de ses engagements internationaux, transformerait cet Etat, qui s'est depuis longtemps affranchi des règles du monde civilisé – que l'on songe à la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran en 1979 ou à l'épisode du «diplomate» iranien Wahid Gordji en 1986, qui n'était qu'une illustration de sa pratique ordinaire du terrorisme, y compris sur notre sol –, en une menace autrement plus sérieuse pour la paix et la sécurité internationales. Ainsi parle aujourd'hui le dirigeant d'un grand pays musulman. Et que dit le reste du monde musulman, un milliard d'hommes, lesquels ne sont pour l'essentiel ni chiites, ni persans ? Réponse : rien. Aucun président, aucun ministre des Affaires étrangères, aucun média arabe, y compris dans les Etats modérés amis de l'Occident, ne s'est élevé pour dénoncer cet appel au génocide des Juifs. Mieux, il s'est même trouvé quelques thuriféraires de la foi islamique pour se féliciter de la force de conviction du président iranien. Deuxième question : si le monde arabo-musulman ne réagit pas, que fait l'Occident et surtout que fait l'Europe, qui a vu naître la folie hitlérienne et sa conclusion : la Shoah. Réponse : les démocraties occidentales «condamnent» et «s'indignent» de propos «scandaleux» et naturellement «inacceptables»... mais au-delà des mots, elles ne font rien. L'inexistence de l'Europe sur un sujet aussi fondamental n'a d'égale que son échec, aujourd'hui patent, dans le bras de fer qui oppose l'Iran et la Communauté internationale sur ses ambitions nucléaires. Il est clair aujourd'hui que les négociations conduites par les trois Européens avec l'Iran ont fait long feu. Des solutions de compromis raisonnables avaient pourtant été proposées, en vain, aux Iraniens. Ceux-ci viennent d'annoncer, il y a deux jours, la reprise de leurs activités de recherche et d'enrichissement. Au train où vont les choses, l'Iran d'Ahmadinejad aura la bombe d'ici un an ou deux, tout au plus. Les équilibres régionaux s'en trouveront bouleversés. Outre Israël, les pays arabes modérés, mais aussi la Turquie, qui est notre alliée au sein de l'Otan, risquent de se voir directement soumis à son chantage. Nous-mêmes pourrons a contrario nous féliciter d'avoir eu la sagesse de conserver une force de dissuasion en cours de modernisation. Mais compte tenu des liens étroits entretenus par l'Iran et en particulier par les pasdarans – que M. Ahmadinejad dirigeait encore récemment – avec plusieurs mouvements terroristes djihadistes, dont le Hezbollah, le pire serait à craindre – c'est-à-dire l'emploi de l'arme nucléaire au coeur de nos villes par une nébuleuse d'acteurs terroristes non étatiques –, alors que le territoire iranien serait «sanctuarisé». On objectera que le président iranien n'est pas aujourd'hui détenteur de la totalité du pouvoir et qu'il demeure soumis en théorie à l'autorité du guide de la révolution Ali Khamenei, sorte de Hindenburg en turban. Mais pour combien de temps encore ? On assurera aussi que ses positions seraient affaiblies par ses propres outrances et plus encore par l'alliance réalisée de facto entre Américains et chiites en Irak. Cela est peut-être vrai. Mais la fuite en avant qu'il a déclenchée est une sorte de quitte-ou-double : soit nous laissons Ahmadinejad poursuivre sur sa lancée programmatique, et c'est l'assurance d'un nouveau conflit majeur au Proche-Orient, dans lequel nous risquerions d'être impliqués ; soit il en est empêché, ce qu'il faut évidemment souhaiter. L'idéal serait qu'il le soit de l'intérieur, à la faveur d'un changement de régime en Iran. On peut malheureusement douter que les circonstances s'y prêtent. A défaut, il conviendrait, avant que la situation échappe à tout contrôle, que le Conseil de sécurité soit saisi de cette affaire, en espérant qu'il ne fasse pas une nouvelle fois la preuve de son incapacité à agir. Car il ne faut pas se voiler la face : l'un des dommages collatéraux du débat sur les armes de destruction massive en Irak – alors que l'intervention de la coalition aurait très bien pu être justifiée, à mon sens, par la seule nécessité d'écarter un dictateur particulièrement sanguinaire – aura été d'affaiblir durablement toute capacité de mobilisation des opinions publiques occidentales sur les questions de prolifération, qui sont aujourd'hui pourtant le danger le plus pressant. Ahmadinejad le sait : aussi pousse-t-il ses feux. A nous de savoir relever ce défi, sans faiblesse. Plus nous attendrons, plus le coût sera élevé. * Député et conseiller de Paris, président de l'Assemblée parlemen-taire de l'Otan. Cette tribune est cosignée par les députés UMP Alfred Almont, Richard Dell'Agnola, Bernard Depierre, Claude Goasguen, Arlette Grosskost, Jean-Yves Hugon, Jean-Marc Lefranc, Pierre Lellouche, Lionnel Luca, Richard Mallié, Pierre Micaux, Marc Reymann, Jean-Marc Roubaud et Philippe Vitel. Le credo antisémite de Hugo
Chávez Antinéolibéral, anti-impérialiste... et antisémite ? Le président
vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine,
a identifié les «maîtres du monde» : «Les descendants de ceux qui
ont crucifié le Christ.» Cette «minorité s'est emparée des
richesses du monde». Des déclarations tenues le 24 décembre, passées
d'abord inaperçues et qui inquiètent la petite communauté juive vénézuélienne,
0,1 % de la population, d'autant que d'autres soupçons visaient déjà
depuis longtemps le président «Dans ses mots convergent deux arguments centraux de l'antisémitisme, a réagi la délégation du centre Simon Wiesenthal pour l'Amérique latine, en Argentine, celle qui accuse les juifs d'avoir tué Jésus, et celle qui les associe avec les richesses.» «Il est particulièrement paradoxal, poursuit ce communiqué, que le président d'un pays qui dans quelques jours va être hôte d'un des rassemblements de la pensée progressiste, le Forum social mondial, utilise une rhétorique réactionnaire et moyenâgeuse.» Le centre Simon Wiesenthal réclame des «excuses publiques» : «Le silence pourra seulement être interprété comme une réaffirmation d'une pensée raciste.» Excuses publiques qui ne viendront jamais. Le texte intégral de la «soirée de Noël» de Hugo Chávez était toujours en ligne hier sur le site officiel du ministère de la Communication et de l'Information vénézuélien. Le 29 novembre, la communauté juive vénézuélienne s'était déjà inquiétée quand 25 policiers armés avaient investi le Centre hébraïque de Caracas, qui inclut une école, pour, officiellement et en vain, chercher des indices sur l'assassinat à la voiture piégée, un an auparavant, du procureur chargé d'enquêter sur le coup d'Etat du 12 avril 2002 qui avait chassé Hugo Chávez du pouvoir pendant deux jours. Des médias d'Etat vénézuéliens avaient insinué que le Mossad pourrait avoir été derrière cet assassinat. Le procureur général du Venezuela a également accusé la CIA d'avoir «planifié» cet attentat. Dans les années 90, Hugo Chávez a longtemps été conseillé et
inspiré par Norberto Ceresole, notamment sur le thème favori du président
vénézuélien, les liens entre Armée, Caudillo, Peuple, titre d'un
livre de cet «idéologue» argentin qui avait déjà été conseiller
de la dictature militaire nationaliste «de gauche» péruvienne de
Juan Velazco Alvarado, entre 1968 et 1975. Norberto Ceresole est un révisionniste
affiché qui disait de lui-même, avant sa mort, en 2003 : «Je ne
suis bien sûr ni antisémite ni nazi (...), je fais juste partie d'un
révisionnisme qui veut démontrer qu'une partie importante du récit
de la déportation et de la mort des juifs sous le système nazi a été
arrangée en forme de mythe.» Après la tentative de coup d'Etat du
lieutenant-colonel Hugo Chávez en 1992, Norberto Ceresole avait été
expulsé du pays. Chávez l'avait rappelé à ses côtés en 1998,
juste après Chávez sera aussi un des premiers chefs d'Etat à recevoir - «début 2006» - le président iranien, élu en juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, celui-là même qui a appelé à «rayer Israël de la carte». © Libération Débat à
Caracas sur l'"antisémitisme" du président Hugo Chavez d'anonymat, de "l'instrumentalisation de l'antisémitisme dans le débat politique vénézuélien, où il n'a rien à faire". La CAIV se plaint par ailleurs de ne pas avoir été consultée par le Centre Simon-Wiesenthal. Deux associations juives des Etats-Unis, le AJ Committee et le Congrès juif américain, partagent l'avis de la CAIV : la phrase d'Hugo Chavez contre "la minorité qui s'est emparée des richesses du monde" ne visait pas les juifs mais "l'oligarchie blanche". Ce n'est pas l'opinion des
intellectuels vénézuéliens de l'opposition. Une trentaine d'entre
eux, ex-recteurs d'université, prestigieux professeurs et écrivains,
ont signé une pétition "contre les allusions antisémites du
discours officiel vénézuélien". Les signataires rappellent que,
avant son arrivée au pouvoir, Hugo Chavez a été conseillé par le révisionniste
Sacré Sharon!
Marek Halter Le Devoir, 14 et 15 janvier 2006
Il
fait beau à Tel-Aviv. Les plages sont aussi peuplées que de
coutume. Quelques courageux se risquent dans l'eau. Aux terrasses
des cafés, rue Dizengoff, au centre de la ville, les clients sont
plongés dans leurs journaux. Sur chacune des pages, j'aperçois
le visage d'Ariel Sharon. Des voitures passent, klaxonnent. La vie
continue. Mais la tristesse demeure. Même chez ceux qui, à
plusieurs reprises, ont manifesté contre lui.
«Une époque disparaît, celle qui a marqué mon enfance», me dit le cinéaste Amos Gitaï. Et, comme pour justifier son émotion, il ajoute : «Le dernier des volontaristes s'en va.»
En parlant de Sharon avec des Israéliens, j'ai l'étrange
impression de m'adresser à des gens qui auraient tous lu le même
livre qu'ils viendraient de refermer et qui leur laisserait aux
yeux un air de mélancolie. Des êtres qui ont rêvé la même
histoire et qui peinent de la voir s'achever.
«Normal, précise Amir Peretz, le maire de Shderot
et nouvel élu à la tête du Parti travailliste. Ariel Sharon est
le dernier de ceux qui ont dominé la vie politique et militaire
d'Israël depuis sa création. Imaginez la tête des Parisiens si,
en se réveillant un jour, ils ne voyaient plus la tour Eiffel !»
Amir Peretz est un petit homme trapu au visage agrémenté
d'une riche moustache à l'irakienne mais qui semble s'inspirer de
Lech Walesa. Il me parle de Sharon : «Nous sommes des adversaires
politiques, mais des voisins aussi... » La ville de Shderot est
en effet à une vingtaine de kilomètres de Shikmin, la ferme de
Sharon. «Nous avions l'habitude de nous rencontrer à mi-chemin,
de préférence à la fin du sabbat, poursuit-il. Moi, j'arrivais
à vélo, lui, sur son tracteur... »
L'homme qui réfléchit
Sacré Sharon ! Je l'aimais bien. Je l'ai connu il y a 30 ans en compagnie d'Yitzhak Rabin, l'autre personnalité qui, à sa mort, a fait pleurer tout Israël. J'ai vu Sharon en 1989 à l'occasion de la parution en France de son autobiographie. Il était accompagné de sa femme, Lili, qui a beaucoup compté dans sa vie. Au dîner offert en son honneur, plusieurs chaises restèrent vides. À l'époque, après la guerre du Liban, il était considéré comme une sorte de lépreux, un homme infréquentable. Pour ma part, je n'ai jamais refusé de parler avec quiconque. La parole n'est-elle pas la seule arme que nous, les écrivains, possédons ?
Cette rencontre houleuse, Sharon ne l'a jamais
oubliée. Je l'ai interviewé à plusieurs reprises depuis et, à
chacune de nos retrouvailles, nous poursuivions la controverse.
Sharon n'arrêtait jamais de réfléchir et de vouloir infléchir
les positions de l'autre.
Je ris tout seul en écrivant : après chacun de
nos entretiens, dès que je rentrais à Paris, je savais qu'il
allait m'appeler. C'était inéluctable. D'abord venait la voix de
Marit Danon, son assistante qui, par je ne sais quel étrange
destin, fut également l'assistante de Rabin. «Marek, le premier
ministre veut te parler», m'annonçait-elle en français, puis
j'entendais, venant de loin, la voix légèrement étouffée de
Sharon. «J'espère que tu n'as pas encore écrit ton article»,
commençait-il. Et avant même que je ne lui réponde, il lançait
d'une seule traite : «J'ai oublié de te dire... J'aimerais
ajouter... J'ai réfléchi... »
Sacré Sharon ! Un homme volontaire, passionné et
qui réfléchit. C'est plutôt rare, non ?
Au début, notre désaccord était profond. Comme
avec Yitzhak Rabin, d'ailleurs, avant Oslo.
Shimon Peres, cet autre monument historique israélien
qui, à l'âge de 82 ans, rajeunit à vue d'oeil, se promène en
complet. Et s'engueule avec la presse, laquelle ne le ménage pas
au sujet de ses allers et retours d'un parti à l'autre. Il est néanmoins
à la tête de tous les sondages. Peres me résume ainsi ses
rapports avec Ariel Sharon : «C'est un ami. J'ai accepté de l'épauler
depuis qu'il s'est rapproché des idées que j'ai toujours défendues
: la paix avec les Palestiniens.»...
Le dernier roi
La route de Tel-Aviv à Jérusalem est embouteillée.
Des centaines d'Israéliens s'acheminent vers l'hôpital Hadassah
où se bat le dernier «roi d'Israël». Curieux peuple. Celui-là
même qui, le premier, a renversé les idoles continue à
entretenir le rêve fou d'un roi à idolâtrer sur la terre de ses
ancêtres.
Déjà, après la guerre des Six Jours, il dansait
autour du général Dayan en chantant : «Dayan, roi d'Israël !»
Il dansait, il y a peu, autour de Sharon. Et, en même temps, ce
peuple est fier de sa démocratie !...
J'hésite à me rendre à l'hôpital où on le
maintient dans un coma artificiel. Comment pourrais-je, après
l'avoir vu si vivant, si fougueux, si enthousiaste, supporter
l'image d'un gisant ? Mais les conventions et le sens du devoir,
l'affection peut-être me conduisent malgré tout au septième étage,
devant les rideaux qui protègent sa chambre. Son fils Omri apparaît
furtivement. Quelques médecins...
Une jeune infirmière brune en blouse blanche passe
devant moi. Je l'arrête : «Vous vous occupez du premier ministre
?» «Oui», répond-elle. «Je vois, dis-je en indiquant son
badge, que vous vous appelez Khadija, comme la femme du Prophète
?» Elle sourit. «Je suis arabe.» Et, sans me laisser le temps
de lui poser d'autres questions, elle ajoute : «Je suis israélienne
et fière de m'occuper de M. Sharon.»...
Tout dépend
Et maintenant ? «Maintenant, souligne l'écrivain
Amos Oz, un des rédacteurs des accords de Genève, tout dépend
des Palestiniens.» Est-ce à dire que toutes les options du côté
israélien sont ouvertes ? «Peut-être, précise Daniel Bensimon,
le fameux chroniqueur du quotidien Ha'aretz, à condition que les
Palestiniens ne se lancent pas de nouveau dans de folles aventures.»
Tout dépend aussi du pouvoir obtenu lors des élections
du mois de mars par les héritiers d'Ariel Sharon. Or il se trouve
que la base de son parti Kadima («En avant») est issue de la
classe moyenne née ces dernières années à la suite de la
mondialisation de l'économie israélienne menée par Benjamin Nétanyahou.
«Le parti Kadima n'est pas une invention de
Sharon, souligne Yaron London, l'animateur d'une des meilleures émissions
politiques de la télévision. Il répond à une nécessité...
Regarde autour de nous [il désigne le café où nous prenons un
verre à Afeka, au nord de Tel-Aviv], nous sommes au centre même
de cette nouvelle classe. Les boutiques de mode, les restaurants,
les banques prolifèrent. C'est une classe sociale qui découvre
le bien-être matériel et qui, fatiguée des idéologies, veut la
paix. Qu'on lui foute la paix. Cette classe est importante comme
dans tous les pays démocratiques. Elle pourra donc faire gagner
son camp. Encore faut-il que celui-ci ait à sa tête un homme
aussi volontariste que Sharon.»
Et si l'époque volontariste était révolue et que
le pouvoir appartienne désormais aux gestionnaires ?
Je connais mal Éhoud Olmert, le premier ministre
par intérim. À Jérusalem, dans les bars autour de l'université,
les opinions divergent. Personnellement, je pense qu'il se révélera.
Qu'il surprendra même. Shimon Peres lui fait confiance.
Un soir, au cours d'un dîner avec Éhoud Olmert,
nous parlions des Palestiniens. Il m'est paru plus faucon que
colombe. Or, à ma grande surprise, à la fin du repas, me prenant
à part, il me demanda de lui organiser une rencontre avec Arafat.
Et si cette rencontre n'a pas eu lieu, ce n'est pas de son fait.
Ariel Sharon m'a récemment confié que c'est avec
l'appui d'Olmert qu'il envisageait l'évacuation de la plupart des
territoires occupés, étape par étape, sans se préoccuper des
dirigeants palestiniens. «Mon devoir de premier ministre est de
m'inquiéter d'abord de l'intérêt d'Israël. Quand je verrai en
face de moi des hommes capables de s'occuper de l'avenir des
Palestiniens, je dialoguerai avec eux.»
En attendant, les services de sécurité planchent
sur un improbable enterrement éventuel Comment assurer la sécurité
des chefs d'État et de gouvernement qui se rendraient à la ferme
Shikmin, à la frontière de Gaza, où Sharon a toujours exprimé
le désir d'être inhumé près de sa femme Lili ? La ferme est à
portée des fusées Kassam tirées par les extrémistes du Hamas.
Ce Hamas avec lequel Éhoud Olmert n'exclut pas de négocier, a-t-il
déclaré il y a quelques jours, au cas où celui-ci l'emporterait
aux élections palestiniennes.
À l'heure où je prends la route pour l'aéroport
Lod-Ben Gourion, il a cessé de pleuvoir. Un arc-en-ciel couronne
la vieille ville de Jérusalem.
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Volume V, Numéro 218 Vendredi, 13 janvier 2006
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur L'après-Sharon La
route vers la paix sera encore plus ardue Mme Hermann est professeure de sciences
politiques à l'Open University of Israel et directeur du Centre Steinmetz
pour la recherche sur la paix à l'Université de Tel Aviv. M. Newman est
professeur de géographie politique à l'Université Ben Gurion et rédacteur
en chef du journal Geopolitics. La maladie dramatique du premier ministre Ariel
Sharon a démontré les forces du système politique d'Israël. La preuve en a
été fournie par le passage ordonné et sans heurts des pouvoirs au
vice-premier ministre Ehud Olmert du parti Kadima de Sharon et par la décision
du chef du Likoud Benjamin Netanyahou de demander aux membres du cabinet de
son propre parti de rester à leur poste assurant la stabilité du régime. De plus, la nouvelle formation centriste de
Sharon, qu'on disait le parti d'un seul homme sans structure officielle, sans
mécanisme d'élection d'un nouveau chef ou de nomination de candidats pour
les prochaines élections, semble s'être solidarisé sous la direction
temporaire de M. Olmert. Des sondages réalisés moins de 24 heures après
l'admission de Sharon à l'hôpital démontrent que Kadima, sous la direction
d'Olmert ou même d'autres chefs comme la ministre de la Justice Tzipi Livni
ou l'ancien premier ministre Shimon Peres, conserverait une confortable
majorité. Au même moment, alors que des personnalités
politiques de partout au pays acheminent des messages de sympathie et
suspendent leur campagne électorale, les dirigeants des deux principaux
partis- les Travaillistes à gauche et le Likoud à droite- doivent sûrement
être soulagés. En l'absence de Sharon comme chef de Kadima, la scène
politique sera beaucoup plus compétitive. Les sondages, il est vrai,
indiquent que ni Netanyahou ni Peretz (chef du Parti travailliste) ne réussirait
à arracher le pouvoir à Kadima, mais l'écart entre les partis risque de rétrécir
et ainsi d'augmenter leur pouvoir de négociation respectif quand viendra le
temps de former la prochaine coalition gouvernementale. Bien sûr, ce ne sera pas facile. Alors que
Sharon et son parti sont devenus les chouchous du pragmatisme israélien, ses
rivaux- Netanyahou et Peretz- sont présentés comme l'incarnation des
politiques plus extrêmes, à droite et à gauche respectivement. Avec le
retrait de Sharon, le nombre d'électeurs indécis va presque certainement
augmenter. Pour regagner une part importante de leur électorat traditionnel
qui aurait voté pour Sharon, tant Netanyahou que Peretz devront modérer
leurs prises de position en matière de politique étrangère et d'économie. Les gains de Netanyahou à droite risquent de dépasser
ceux de Peretz à gauche. Après tout, le Kadima est composé surtout de
politiciens et de sympathisants du Likoud qui ont démontré leur loyauté à
la personne de Sharon. Également, le fait que Netanyahou ait déjà été
premier ministre lui confère sans doute aux yeux du public un statut que
Peretz, sans expérience ministérielle, ne possède pas. La ligne dure L'issue des élections
palestiniennes, à la fin de janvier, risque aussi de jouer en faveur de
Netanyahou. Si, comme on s'y attend, le Hamas obtient des appuis importants
lors du scrutin, la plupart des Israéliens y verront un appel palestinien à
la lutte armée. Une bonne partie du public israélien aura probablement
tendance à voter pour la ligne dure et pour un politicien chevronné de
droite. C'est ce s'est produit en 2001 quand Sharon a été élu après le début
de la seconde Intifada. Personne en Israël ne sait ce que Sharon avait
l'intention de faire après avoir gagné ses élections. Mais l'impression générale,
c'est qu'il aurait été prêt à mettre en oeuvre un retrait limité et un désengagement
israélien dans certaines régions de la Cisjordanie, un peu comme cela s'était
fait dans la bande de Gaza. Sans Sharon à la barre, la nouvelle direction de
Kadima ne pourra compter sur le même appui du public pour réaliser des
concessions d'une aussi grande portée. Si un parti Kadima moins assuré et
privé de son fondateur devait opter pour une coalition avec le Parti Likoud
de Netanyahou, tout mouvement en direction de la paix avec les Palestiniens
sera sévèrement limité. Moins de 48 heures après l'hospitalisation
d'urgence de Sharon, il apparaît clair que cet événement aura un impact
majeur à long terme pour Israël et la région. Amorce
d’une phase délicate au Moyen Orient avec l’hospitalisation d’Ariel
Sharon On
dit souvent que les ouvertures de paix ne peuvent être faites que par des
politiciens de droite. Cela fut vrai de Nixon élu sous la bannière de
l’anticommunisme qui fit des ouvertures vers la Chine communiste. Cela fut
vrai aussi pour De Gaulle qui décida d’abandonner l’Algérie. Cela fut
vrai de Menahem Begin qui signa un accord de paix avec le président égyptien
Anouar el Sadate, et cela est d’autant plus vrai d’Ariel Sharon dans le
contexte actuel du conflit israélo-arabe. La
philosophie proactive de Sharon a fait de lui l’homme des colonies de
peuplement. Cette philosophie veut que, si la paix n’est pas possible avec
les voisins, autant baliser sa propre route, d’autant que la région de Judée
et de Samarie (la Cisjordanie) est une région de hauteurs qui est tel un
goulot d’étranglement pour Israël car, par endroits, cette bande de terre
n’excède pas douze kilomètres avant de déboucher sur la Méditerranée. Ariel
Sharon a cependant surpris tout le monde, à commencer par les membres de son
parti, en déclarant vouloir évacuer Gaza sans contrepartie. Jusque là, la
politique israélienne a été de ne pas faire de concession territoriale sans
qu’il n’y ait une garantie de paix véritable. Or, le dialogue avec Arafat
fut un grand échec pour la gauche israélienne, car c’est le non
aboutissement du processus même d’Oslo tout comme celui des accords du Camp
David qui a porté la droite au pouvoir avec Sharon à sa tête. Pourquoi
un tel revirement ? Sharon a
souscrit à la feuille de route du Quartet, mais il ne veut ni ne peut y
donner la pleine mesure tant que la violence ne cessera pas. Dans un discours
historique prononcé à Hertsliya, Sharon a souligné que la population de
Gaza vivait sans espoir aucun. Sharon le libérateur de territoires parlait
maintenant de ce que l’occupation n’est pas chose facile pour les
Palestiniens. En parallèle, il a fait ériger une barrière de sécurité
pour bloquer autant que faire ce peut les assassinats suicides déclenchés
contre les populations civiles. Il a préparé la population israélienne à
l’évacuation de Gaza en ajoutant qu’elle serait suivie d’autres mesures
douloureuses. Au
plan militaire, la situation n’est pas critique pour Israël (bien que pour
l’instant plane le danger d’un Iran doté de l’arme nucléaire). Par
contre, du point de vue moral, Israël n’est pas prêt à se livrer à un
contre-terrorisme aveugle, et même les actions de contre-terrorisme ciblé
sont critiquées par le public israélien dans la mesure où elles peuvent
causer des dommages collatéraux. Sur la scène économique, la situation a été
redressée. Pour briser le cercle vicieux de la violence, il faut prendre des
mesures novatrices qui ont une chance d’aboutir. Le
nouveau parti d’Ariel Sharon, Kadima, a recueilli les appuis d’une partie
du Likoud, mais aussi ceux d’une partie de la gauche car les gens de gauche
qui veulent quitter les territoires savent pertinemment qu’une seule
personne a la trempe, la capacité et la détermination pour y parvenir :
Ariel Sharon, ce leader au franc parler qui est arrivé à redresser des
situations militaires délicates – quitte à enfreindre les ordres - et qui
a su tenir son cap politique envers et contre les critiques de tous bord, tant
sur la scène nationale que sur la scène internationale. Un sondage récent
attribuait 42 sièges (sur 120) à ce parti qui aurait probablement formé le
nouveau gouvernement. Qui aurait
la stature pour remplacer Sharon ? L’âge joue contre Shimon Peres, un vieux
routier de la politique. La jeunesse et le manque d’expérience jouent
contre la brillante ministre de la Justice actuelle Tsipi Livni, qui a eu
jusqu’à ce jour un parcours politique sans tâche. Shaoul Mofaz, ministre
de la défense, s’est joint au parti beaucoup trop tard, et est de ce fait
perçu comme un opportuniste. Reste Éhoud Oulmert, l’actuel vice-Premier
ministre qui a secondé Sharon. Il a une réputation de technocrate. Il a
l’expérience mais non la popularité. Le parti Kadima survivra-t-il à
Sharon ? Si
le résultat des élections au sein de l’Autorité palestinienne où se
confrontent le Hamas radical et le Fatah – divisé – tourne en faveur du
Hamas, il est fort possible que l’échiquier israélien se retrouve dans la
position où il s’était trouvé au lendemain de l’échec des accords de
paix de Camp David au temps de la présidence de Bill Clinton. S’il n’y a
pas de partenaire palestinien stable et fiable, la société israélienne
risque de devenir plus polarisée que jamais et d’être peu disposée à
faire des concessions qui pourraient affecter sa sécurité. Par
le passé, les personnes qui ont eu une vision politique audacieuse de même
qu’une grande expérience militaire ont été pratiquement les seules à
pouvoir obtenir la confiance de l’électorat israélien. Un nouveau
leadership doit émerger au sein de la démocratie israélienne pour
poursuivre l’œuvre de la génération des pionniers d’Israël dont Ariel
Sharon est l’un des derniers représentants. (David
Bensoussan, professor at l'université McGill (Montréal), est
membre du Conseil Editorial de l'ICJR)
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B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Tamar Hermann
et David Newman
La Presse, 6 janvier 2006
David Bensoussan
La Presse, 6 janvier 2006
Le
Hamas Et Les Chretiens
Michel
Gurfinkiel
Diffusé sur RCJ, le 1er janvier
2006
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Volume V, Numéro 217 Vendredi, 6 janvier 2006
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
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Bradley Burston
Ha'aretz, 5 janview 2006
Adaptation française: Alain Jean-Mairet
Le premier ministre d'Israël, Ariel Sharon, a été victime d'une hémorragie cérébrale massive. Sa carrière politique, pour le moins, semble toucher à son terme. Qu'est-ce que cela signifie pour la politique israélienne et pour les relations israélo-arabes?
Au fond, cela marque un simple retour à la normale.
Depuis la création de l'État d'Israël, en 1948, deux points de vue sur les relations avec les Arabes ont toujours dominé sa vie politique – ceux représentés par (ce qu'on appelle aujourd'hui) le Parti travailliste à gauche et par le Likoud à droite.
Le Parti travailliste plaide pour plus de flexibilité et de complaisance envers les Arabes, le Likoud défend une ligne plus dure. Les onze premiers ministres israéliens sont tous issus de ces deux partis; aucun d'entre eux ne venait de la pléthore d'autres formations que compte le pays. Ces partis souffrent tous deux d'une baisse de popularité, mais ils restent, ensemble, les pivots de la vie électorale et les faiseurs des grands personnages politiques d'Israël.
Ou plutôt ils le restaient, jusqu'à il y a six semaines. Le 21 novembre dernier, Sharon quitta le Likoud pour former son propre parti, baptisé Kadima. Il prit cette mesure radicale en partie parce que sa position vis-à-vis des Palestiniens s'était écarté à tel point du programme nationaliste du Likoud – comme en témoigne le retrait des militaires et des civils israéliens de Gaza durant l'été 2005 –, qu'il n'y avait plus sa place. D'autre part, il avait acquis une telle popularité personnelle qu'il possédait dès lors la stature nécessaire pour fonder un parti à sa propre image.
Son geste était parfaitement minuté et recueillit un succès immense. Instantanément, les sondages prévoyaient que Kadima allait remplacer le Parti travailliste et le Likoud. La dernière enquête, menée par «Dialogue» lundi et publiée hier, attribuait la victoire à Kadima avec 42 sièges sur les 120 qu'abrite la Knesset, le Parlement israélien. Le Parti travailliste suivait avec 19 sièges et le Likoud avec 14 malheureux sièges.
Le succès éclatant de Kadima bouleversa totalement la politique israélienne. Les vétérans historiques étaient à tel point mis sur la touche que l'on pouvait s'attendre à voir Sharon former un gouvernement sans même se soucier de chercher un allié auprès de l'un ou l'autre d'entre eux.
Plus étonnante encore était l'autorité personnelle de Sharon au sein de Kadima; jamais Israël n'avait assisté à l'émergence d'un homme fort de ce calibre (et cela est très rare dans toutes les démocraties matures; on pense ici à Pim Fortuyn aux Pays-Bas, comme autre exception de ce type). Sharon rassembla ainsi très vite au sein de Kadima d'éminents politiciens du Parti travailliste, du Likoud et autres qui n'avaient que peu de choses en commun hormis leur volonté de le suivre.
C'était une prouesse acrobatique de haut-vol, sans filet, un acte courageux jusqu'à la témérité, qui ne pouvait durer qu'aussi longtemps qu'allait durer son état de grâce. Ou sa santé.
J'ai jeté un regard sceptique sur Kadima dès les premières heures et l'ai qualifié à peine une semaine après sa création d'évasion aventureuse qui «(1) chutera aussi abruptement qu'[elle] s'est élevée, et (2) [qui] laissera un maigre héritage». Si la carrière de Sharon est maintenant terminée, celle de Kadima l'est aussi. C'est lui qui créa, dirigea et décida de la politique de ce parti, et personne d'autre que lui ne peut contrôler ses éléments hétérogènes. Sans Sharon, les composants de Kadima retourneront à leur anciens foyers, au Parti travailliste, au Likoud et ailleurs. La politique israélienne reviendra à la normale avec un bruit sourd.
Le Likoud, que l'on s'attendait à voir obtenir une décevante troisième place aux votations de mars, est le plus susceptible de profiter de la sortie de scène de Sharon. Les membres de Kadima provenaient en large part de ses rangs et le Likoud pourrait bien ainsi, sous la direction énergique de Benjamin Netanyahu, réaliser un résultat suffisant pour rester au pouvoir. Les perspectives du Likoud sont d'autant plus radieuses que le Parti travailliste vient d'élire un nouveau dirigeant radical et encore inexpérimenté, Amir Peretz.
D'une manière plus générale, le soudain glissement à gauche de la politique israélienne provoqué par le tournant à gauche personnel de Sharon va cesser et peut-être même s'inverser.
Au niveau des relations israéliennes avec les Palestiniens, Sharon a commis des erreurs monumentales au cours des derniers mois. Le retrait de tous les Israéliens de Gaza, notamment, a confirmé aux Palestiniens que la violence est payante, ce qui a déclenché un déluge de roquettes sur le territoire israélien et une flambée du climat politique.
À mesure qu'Israël reviendra à un état plus normal, sans politicien jouissant de la popularité exagérée de Sharon, les actions du gouvernement seront à nouveau soumises à un examen plus approfondi. Cela se traduira probablement par des plans d'actions politiques envers les Palestiniens marqués moins par l'évasion que par le réalisme – et peut-être assistera-t-on alors à quelques progrès vers la résolution du conflit israélo-palestinien.
_________________________________
Postscript:
Un sondage réalisé pour la radio israélienne le 4 janvier – avant l'hospitalisation d'urgence de Sharon – demandait aux personnes interrogées: «Si Ariel Sharon ne prend pas la tête de Kadima aux élections, pour qui voterez-vous?»
Résultats: 18 pour le Parti travailliste, 16 pour le Likoud, 13 pour Kadima.
Les réponses en faveur des autres partis ne sont pas disponibles.
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