Communiqué Isranet
juillet 2006
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume V, Numéro 245 • vendredi le 28 juillet 2006

L'actualité en question
Premières leçons de la nouvelle guerre du Liban

P. Giniewski
www.israel-diaspora.info, 25 juillet 2006

D'ores et déjà, la nouvelle guerre du Liban administre plusieurs leçons : des réactions nouvelles des pacifistes isaéliens et de pays arabes, la désinformation des médias français, une réaction plus nuancée que celle de la France de la plupart des pays européens ainsi que de nombreux chroniqueurs français.

Tout d'abord, on constate un niveau d'unanimité nationale rarement atteint au cours des récentes années en Israël, où les oppositions politiques et les polémiques sont très vives.

L'union sacrée des Israéliens est illustrée par la position d'Amos Oz, l'un des grands ténors des pacifistes. Soudain, il découvre la réalité : "Israël n'envahit pas le Liban. Il se défend contre un harcèlement quotidien et le bombardement de dizaines de nos villes et de nos villages en tentant d'écraser le Hezbollah […]. C'est une bataille entre d'un côté une coalition de nations -Israël, le Liban, l'Egypte et l'Arabie Saoudite - […] et l'islam fanatique encouragé par l'Iran et la Syrie […]. Si le Hezbollah est vaincu rapidement, Israël et le Liban seront tous les deux gagnants" (1).

Deuxième constat : cette courte et pénétrante analyse converge avec celle d'un nombre croissant de pays et de porte-parole arabes. Ainsi Wadi Joumblatt, le leader libanais druze : "L'Iran est en train de détruire le Liban par Hezbollah interposé. Il a demandé au Hezbollah d'attaquer Israël pour alléger la pression des Occidentaux dans l'affaire nucléaire". L'Arabie Saoudite a critiqué "l'aventurisme" et les "décisions unilatérales" du Hezbollah. Le roi Abdallah II de Jordanie et l'Egypte de Hosni Moubarak ont également dénoncé "l'aventurisme […] du Hezbollah qui ne sert pas les intérêts arabes".

L'article d'Amos Oz était intitulé : "La guerre du Hezbollah contre Israël et le Liban". On pourrait ajouter : "… et contre le monde civilisé". En effet, l'objectif du Hezbollah est clair : ériger, pour le compte de l'Iran, un mini-Iran à la frontière Nord d'Israël, s'ajoutant au mini-Iran que représente l'"Etat"-Hamas au Sud. Réaliser l'islamisation de l'Egypte et de la Jordanie enfermerait Israël dans un étau mortel.

Des camions innocents ?
Nombre de médias français ont persévéré avec perversité dans leur couverture biaisée et incompétente de la guerre. D'interminables reportages filmés et écrits ont présenté et dénoncé les bombardements israéliens, les ruines libanaises, la détresse des populations libanaises fuyant l'agression de Tsahal. On a dépassé les pires moments des cinq années de Guerre des Hommes-Bombes. Les motivations d'Israël, les dommages causés en Israël par l'agression du Hezbollah, les morts et les blessés israéliens ont été pratiquement ignorés.

Exemple entre mille : la guerre des camions. Le 18 juillet, l'aviation repère et bombarde deux camions venant de Syrie et chargés de missiles. Un drone les avait observés en chargement sur une base syrienne. Ils ont été touchés en territoire libanais. Mais une télévision montre un camion "chargé de denrées" en train de brûler. Une autre chaîne parle de la chasse aux camions chargés de "médicaments". Simultanément, on fait état de l'habituelle "catastrophe humanitaire". Qu'en conclura le téléspectateur ?

Il eut fallu expliquer pourquoi Israël bombarde les axes routiers, opération défensive contre l'agression irano-syro-hezbolienne. Une partie des fusées iraniennes stockées au Liban ont 8 à 10 m de long. Toutes ont forcément été acheminées par avions, camions et bateaux. Faut-il s'étonner qu'Israël ait bombardé des autoroutes, des pistes où peuvent atterrir des avions-cargos, des installations portuaires ? Une chaîne de télévision française a scandaleusement permis à un ancien ministre libanais d'expliquer que l'objectif d'Israël était de détruire le Liban parce que l'Etat juif, fondé sur une seule religion, ne pouvait admettre un voisin multiconfessionnel. Les missiles transportés par camions ? Une galéjade ! Les missiles se transportent à dos d'hommes…

Mais quel belligérant s'est-il jamais interdit de s'en prendre aux moyens utilisés par son ennemi pour s'approvisionner en armes et munitions ? Comment des gouvernements - sans parler des journalistes indécents - ont-ils osé blâmer Israël parce qu'il fait ce qu'ils ont fait eux-mêmes quand ils se défendaient ?

Certaines fusées iraniennes sont susceptibles de porter des ogives chimiques ou bactériologiques : des armes de destruction massive. Se défendre contre cette menace est un impératif. Israël a exactement les mêmes droits que la France ou les Etats-Unis.

Des civils innocents ?
Toutes les télévisions, toute la presse écrite ont montré en permanence les ruines des "quartiers civils", des "maisons habitées par des civils" notamment à Beyrouth.

Le secteur Sud de Beyrouth sur lequel se sont concentrées les frappes israéliennes, était depuis des années une zone militaire où sont localisés les postes de commandement du Hezbollah. Les civils, la police, l'armée libanaise en étaient exclus par les terroristes. Des milliers de caves et de logements de terroristes étaient des dépôts d'armes et de munitions. Des loyers étaient payés aux "civils" qui mettaient leurs locaux à la disposition du Hezbollah. De nombreuses maisons étaient des positions de tir d'où partaient des roquettes. Des salaires étaient payés aux "civils" servant d'artilleurs. C'est contre ces "civils" qu'Israël a riposté. Aucune télévision n'a fourni ces explications.

Rappelons qu'en droit international, chercher à protéger des objectifs militaires en les camouflant en installations civiles, ou en les installant dans les secteurs massivement peuplés, est un crime de guerre.

Les caméras se sont obstinément acharnées sur les ruines de la banlieue Sud de Beyrouth. Elles ont évité le reste de la ville pour ne pas filmer la réalité, la vérité : une vie de tous les jours imperturbée, des rues animées, des magasins pleins, les gens allant à leur travail paisiblement et souriants à la terrasse des cafés.

Les caméras ont perversement montré les familles libanaises du Nord du pays, accueillant leurs parents du Sud ayant fui les fiefs du Hezbollah, venues se réfugier chez elles. Les caméras ont évité de filmer les familles du Nord d'Israël, écrasées par les roquettes, venues se réfugier plus au Sud auprès de leurs parents et amis du Sud.

Les caméras ont filmé les rares Israéliens isolés (souvent des Arabes d'Israël) promenant des slogans pacifistes et des drapeaux de l'OLP dans les rues. Elles n'ont pas cherché à montrer par l'image le sentiment d'unanimité nationale.

Marguerite Yourcenar a écrit que "la vérité est une exactitude". Un ancien diplomate israélien a écrit un livre intitulé Mentir avec les Images.

Le clan des anti-Israéliens
Regrettablement, plusieurs pays occidentaux se sont obstinés à agir à contre-sens de leurs intérêts, en exerçant des pressions sur Israël, pour obtenir "la fin de toutes les violences", notamment un cessez-le-feu, à revenir à la table des négociations, libérer les prisonniers "détenus par les deux camps". C'était mettre Israël et les terroristes sur le même plan. M. Douste-Blazy a déclaré qu'un échange de prisonniers devait accompagner un cessez-le-feu. C'était entériner la position des terroristes qui avaient inauguré leur agression par l'enlèvement de deux soldats israéliens pour obtenir des milliers de terroristes en échange.

La France a été particulièrement active, au point de n'avoir pas été, à plusieurs reprises, suivie par ses partenaires européens.

A Bruxelles, l'Europe des Vingt-Cinq s'est refusée à condamner Israël, rejetant une résolution finlandaise qui proposait de "rappeler Israël à l'ordre lorsqu'il enfreint les règles du droit international". La Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Danemark, l'Italie et les pays de l'Europe centrale dont la République tchèque et la Hongrie, étaient parmi les opposants. Les anti-Israéliens alignaient la France, le Luxembourg, l'Irlande et la Suède, "une bien maigre coalition" note un journaliste français (2).

Jacques Chirac : "La lutte contre le terrorisme est une priorité"
Mais cette posture diplomatique n'est pas sans habileté, voire machiavélisme. La France connaît son impuissance à obtenir, à imposer un cessez-le-feu, qui n'interviendra qu'après que le "travail" nécessaire aura été achevé : les Etats-Unis ont donné à Israël, qui se bat pour le monde libre, le temps nécessaire. Bien entendu, lorsque le cessez-le-feu sera intervenu, la France pourra dire avoir vu juste et avoir fait triompher sa vision pacificatrice.

Or, l'insistance à mettre au premier rang des "objectifs humanitaires", un cessez-le-feu et la négociation, équivalait à procurer au Hezbollah le répit nécessaire pour se reconstruire et poursuivre la guerre à l'abri d'une trêve. Un cessez-le-feu avant l'élimination du Hezbollah et de la menace qu'il représente entraîne des conséquences bien au-delà du conflit israélo-arabe.

L'Iran a fourni des missiles au Hezbollah non seulement pour provoquer la nouvelle guerre du Liban, mais aussi pour pré-positionner au Liban une base d'opérations pour le cas où les Etats-Unis attaqueraient ses sites nucléaires. Permettre au Hezbollah, c'est-à-dire à l'Iran, de conserver partiellement intact l'arsenal iranien de dissuasion, représente une menace à la paix mondiale. On est, au Liban, en présence d'une instrumentalisation d'une organisation terroriste par un Etat-terroriste.

Il est opportun de rappeler que c'est exactement cette situation qu'avait envisagée Jacques Chirac, le 19 janvier 2006, quand il a surpris le monde par une déclaration de signification politique et militaire s'adressant au régime de Téhéran et plus largement au terrorisme international et aux Etats-terroristes.

Parlant, significativement, à l'Ile Longue où sont basés les sous-marins nucléaires français, et soulignant le rôle de la force de frappe et de dissuasion atomique française, Jacques Chirac à souligné que "la lutte contre le terrorisme est l'une de nos priorités". Il a mis en garde "les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser […] des armes de destruction massive". Ils "s'exposeraient à une réponse ferme et adaptée […] conventionnelle […] ou d'une autre nature". Pour la France, le choix n'est donc plus "entre l'inaction et l'anéantissement". Une frappe nucléaire pourrait s'exercer "directement sur les centres de pouvoir, sur [la] capacité à agir" d'une puissance hostile. Et cette menace brandie publiquement contre "les dirigeants animés d'intentions hostiles […] est essentielle pour les ramener à la raison, leur faire prendre conscience du coût démesuré qu'auraient leurs actes, pour eux-mêmes et pour leurs Etats" (3).

Mais imaginons l'équivalent israélien des paroles de Jacques Chirac.
Imaginons Ehud Olmert, choisissant de parler de Dimona, où la presse situe des installations nucléaires israéliennes, ou du port militaire où sont stationnés les sous-marins israéliens dont la presse relate qu'ils seraient porteurs de missiles nucléaires, donc, imaginons Ehud Olmert disant mot pour mot ce qu'a dit le président de la République Française.

Est-il difficile d'imaginer les commentaires de la presse, les réactions de certaines chancelleries ? Quelle serait celle du Quai d'Orsay ? N'accuserait-on pas Israël de choisir délibérément (criminellement, écriront certains journaux) de mettre en danger la paix mondiale ?

Redisons-le sans désemparer : Israël a exactement les mêmes droits que la France, ou n'importe quel pays. Refuser ce droit à l'Etat juif seul est une discrimination antisémite.

Une prise de conscience ?
Déclenchée par le Hezbollah, la nouvelle guerre du Liban apparaît clairement pour ce qu'elle est : une bataille de la IVe Guerre mondiale, livrée par l'islamisme intégriste, totalitaire et extrémiste au monde occidental. D'autres batailles de cette guerre ont été ou sont livrées en Irak, en Afghanistan, au Cachemire, au Darfour, en Tchétchénie, dans les pays musulmans qu'on cherche à islamiser, comme dans les communautés musulmanes d'Europe. Les innombrables attentats, à Tel-Aviv, à Jérusalem à New-York, à Londres, à Paris, à Madrid, à Sharm el-Cheikh, etc, ont été et sont des épisodes de cette guerre et donnent un avant-goût de ce qu'elle sera si l'on commet la folie de laisser l'Iran et ses auxiliaires accéder à la bombe.

Certains pays d'Occident se ferment les yeux et les oreilles pour ne pas le voir ni entendre la vocifération du djihad qui leur promet de les transformer en communautés de dhimmis, soumis, tolérés, rançonnés. Les Etats-Unis, eux, semblent l'avoir compris et avoir décidé de tenir tête, car le djihad armé d'une bombe atomique iranienne ferait apparaître Auschwitz comme une approximation souriante de ce qui nous attend.

Devant cette perspective, on perçoit quelques tentations et tentatives de comprendre et de proclamer la vérité politiquement incorrecte.

Pierre Rousselin pose cette question dans un éditorial du Figaro : "La guerre contre le Hezbollah marquera-t-elle un premier coup d'arrêt à la montée en puissance de l'Iran ?"(4).

Et Ivan Rioufol, dont les analyses sont comme des lueurs de phare dans une nuit opaque, assène les vérités aux munichois et défaitistes qui sont encore aux rênes des chancelleries et des rédactions. Citons-le :

"Les agresseurs s'appellent Hezbollah et Hamas et ces organisations nazislamistes ont mis Israël en état de légitime défense […]. Jusqu'alors, l'Occident bonhomme jugeait que le djihad lancé contre lui s'expliquait par les injustices nées de sa propre hégémonie et singulièrement l'alliance américano-sioniste. C'est avec cette contrition que le 11 septembre 2001 fut compris […]. Aussi est-il heureux que l'Europe pacifiste ouvre les yeux et cesse ses sous-entendus sur la responsabilité centrale de l'Etat hébreu dans le désordre mondial. L'obsession antijuive et anticroisés des fanatiques enturbannés n'autorise plus les excuses de leurs victimes. A l'instar d'Hitler, il faut prendre à la lettre l'Iranien Ahmadinejad, puisant dans le Coran pour appeler à 'éliminer' Israël […]. L'objectif israélien vise à briser et à désarmer un mouvement terroriste ayant pris le Liban en otage et sa population comme bouclier humain. Cette stratégie de libération est légitime […]. La France ferait mieux de s'alarmer de la montée en puissance de la barbarie islamiste et de sa volonté d'en découdre avec l'Occident" (5).

Il n'y a rien à ajouter.

(1) Amos Oz : "La guerre du Hezbollah contre Israël et le Liban", Le Figaro, 20 juillet 2001. p 14.
(2) Alexandre Bouilhet : "L'Union européenne refuse de condamner Israël" Le Figaro, 18 juillet 2001, p 4.
(3) Jacques Chirac : "'Protéger nos intérêts vitaux", Le Monde, 20 janvier 2006, p 20.
(4) Pierre Rousselin : "L'Iran chiite, hantise du monde arabe", Le Figaro, 21 juillet 2006, p 17.
(5) Ivan Rioufol : "'Guerre mondiale, acte IV", ibid.

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Volume V, Numéro 244 • vendredi le 21 juillet 2006

Liban : La seule stratégie pour sortir de la crise
Charles Krauthammer
Washington Post, 19 juillet, 2006
Traduction française : Menahem Macina

C’est une crise et une opportunité. Tandis que, de toutes parts, on se tord les mains de désespoir à propos de l’escalade, apparemment sans fin, du combat entre Israël et le Hezbollah, chacun se demande : Comment cela se terminera-t-il ?

La réponse, claire et aveuglante, consiste à comprendre que cette crise constitue une rare opportunité qui ne se reproduira peut-être plus.

Toutes les forces politiques importantes de la région et du monde, à l’exception des islamistes radicaux de Téhéran et de leurs clients de Damas, veulent le désarmement du Hezbollah et son expulsion du sud-Liban, afin qu’il ne soit plus en mesure de déstabiliser la paix au Liban et dans l’ensemble du Moyen-Orient.

De quelles forces politiques s’agit-il ? Commençons par les grandes puissances. En septembre 2004, elles ont fait adopter la Résolution 1559 du Conseil de Sécurité, exigeant que le Hezbollah désarme et que l’armée libanaise reprenne le contrôle du sud-Liban.

La résolution a bénéficié du patronage des Etats-Unis et – mais oui ! – de la France. En tant qu’ancienne puissance mandataire au Liban, la France a été d’une aide importante pour aider les Libanais à expulser la Syrie durant les dernières heures de la Révolution au pays du Cèdre. Mais la France comprend que l’indépendance et la sécurité sont vaines tant que le Hezbollah –milice privée, illégale et terroriste, aux ordres de la Syrie et de l’Iran – occupe le sud-Liban, où elle constitue un micro-Etat voyou.

Et puis, il y a les Arabes, à commencer par les Libanais qui veulent l’expulsion du Hezbollah. La majorité des Libanais – chrétiens, Druzes, musulmans sunnites et laïques – ressentent avec amertume le fait que leur pays soit otage du Hezbollah et sa transformation en une zone de guerre. Et ce au nom de quels intérêts libanais ? Israël a évacué jusqu’au moindre pouce de territoire libanais il y a six ans.

Les autres Arabes ont parlé, eux aussi. Dans un développement stupéfiant, les 22 membres de la Ligue Arabe ont critiqué le Hezbollah pour avoir provoqué la crise actuelle. C’est un fait sans précédent, de la part de la Ligue Arabe, que de critiquer un membre du camp arabe en conflit ouvert avec Israël. Mais les Etats arabes savent que le Hezbollah, milice chiite au service de l’Iran perse, constitue une menace non seulement pour le Liban, mais également pour eux. L’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie ont ouvertement critiqué le Hezbollah pour avoir commencé une guerre sur la base de ce qui est essentiellement un calendrier iranien (pour détourner l’attention de l’assignation en cours de l’Iran devant le Conseil de Sécurité en vue de sanctions pour son programme nucléaire). Ils sont bien plus inquiets de l’Iran et de ses satellites que d’Israël, et sont donc impatients de voir le Hezbollah désarmé et affaibli.

Bien. Tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut passer à l’acte. Mais qui doit s’en charger ? Personne. Les Libanais sont trop faibles. Les Européens n’envahissent personne. Après son amère expérience, il y a 20 ans, les Etats-Unis sont allergiques au Liban. Et Israël ne pouvait agir à l’improviste, sous peine d’être immédiatement stigmatisé comme l’agresseur et contraint à faire marche arrière.

D’où l’occasion en or, sans précédent, de l’erreur fatale commise par le Hezbollah. Il franchit la frontière internationale tracée par les Nations Unies, pour attaquer Israël, tuer des soldats et prendre des otages. Cette agression est si grossière, que même la Russie se rallie au communiqué du G 8, qui condamne le Hezbollah pour la violence et appelle à la restauration de la souveraineté libanaise sur le sud du pays.

Mais un seul pays a la capacité de réaliser cela : Israël, dont le monde reconnaît maintenant qu’il a été contraint à cette offensive par l’agression du Hezbollah.

La voie vers une solution est donc claire : Israël libère le sud-Liban et le restitue aux Libanais.

Il commence par préparer le terrain par des bombardements aériens, exactement comme pour la Guerre du Golfe, qui a commencé par une campagne aérienne de 40 jours. Mais si l’on s’en tient à cela, le résultat sera un échec. Le Hezbollah restera en place, Israël continuera d’être soumis à des tirs, le Liban restera divisé et non libéré. Et cette guerre reprendra, à l’heure que le Hezbollah et l’Iran choisiront.

Comme au Kuweit, en 1991, la campagne aérienne doit être suivie d’une invasion terrestre pour nettoyer le terrain et chasser l’occupant. Israël doit reprendre le sud-Liban et en expulser le Hezbollah. Il déclarera alors ce qui est évident, à savoir : qu’il n’a aucune visée territoriale sur le Liban et qu’il est prêt à se retirer et à remettre le sud-Liban à l’armée libanaise (peut-être appuyée par une force internationale), accomplissant ainsi finalement ce que le monde avait demandé : l’exécution de la Résolution 1559 et le retour du Sud Liban sous souveraineté libanaise.

Restent seulement deux questions : la volonté d’Israël et la sagesse de l’Amérique. Le Premier Ministre Ehoud Olmert aura-t-il le courage de faire ce qui est si manifestement nécessaire ? Et le voyage prochain de la Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, au Moyen-Orient, en vue de négociations de paix, imposera-t-il un cessez-le-feu prématuré qui lui épargnerait l’humiliation de revenir au pays les mains vides, mais empêcherait justement le seul genre de résultat militaire décisif, capable de garantir les intérêts d’Israël, du Liban, des Arabes modérés et de l’Occident ?

Le sabordage du Désengagement
David Bensoussan
Le Devoir, 19 juillet 2006

Le kidnapping de soldats israéliens au-delà des frontières et les bombardements systématiques des cités israéliennes au moyen de fusées Kassam constituent une agression délibérée visant à faire échouer un arrangement quelconque entre Israël et l’Autorité palestinienne. Cette nouvelle situation remet en question le processus de Désengagement consistant à évacuer la majorité des territoires de Gaza et de Cisjordanie. Il est évident que les radicaux du Hamas et du Hezbollah et leurs commanditaires syriens et iraniens veulent saborder le Désengagement ou tout arrangement pacifique qui pourrait s’amorcer avec Israël depuis l’élection du parti Kadima. Le bouleversement politique récent en Israël avec l’émergence du parti Kadima a décontenancé plus d’un analyste de la scène politique israélienne : Ce parti a été formé par des hommes politiques de gauche et de droite, unis autour d’un projet d’initiatives unilatérales : le Désengagement.

Le contexte du Désengagement

Pour comprendre l’émergence du parti Kadima, il faut mettre en perspective le contexte politique qui a prévalu entre la droite et la gauche ces dernières décennies.

Alors qu’en 1967, les chaînes radiophoniques du Moyen Orient promettaient à force décibels des massacres des citoyens d’Israël. Le président Nasser s’allia avec la Syrie puis la Jordanie. Il renvoya les casques bleus stationnés à la frontière israélo-égyptienne et décréta le blocus du détroit de Tiran sur la Mer Rouge. À la surprise de tous, Israël se retrouva vainqueur en six jours. L’exigüité du territoire était telle que l’on se promit de ne rendre les territoires conquis que s’il y avait accord de paix. La gauche et la droite étaient réunis autour d’un tel consensus et beaucoup qui ne croyaient pas la paix possible cherchèrent à s’installer dans les territoires conquis.

L’Égypte signa la paix et récupéra l’ensemble du territoire du Sinaï. La Jordanie se départit officiellement de la Cisjordanie (les hauteurs de Judée et de Samarie) et, quelques années plus tard, signa la paix avec Israël. Les accords d’Oslo ont permis la création de l’Autorité palestinienne dans l’espoir de passer à la solution de la phase la plus délicate du conflit. Or, les espoirs mis en ces accords s’avérèrent caduques. Chaque concession israélienne était suivie de non recevoir et c’est ainsi que le gouvernement de gauche de Barak tomba et que la droite revint au pouvoir.

Or, plus de trois décennies après la Guerre des Six jours, une bonne partie de la droite israélienne réalisa que la paix avec l’Autorité palestinienne était élusive, que les groupes terroristes continuaient à œuvrer au grand jour. Que ce soit par l’assentiment tacite du temps d’Arafat ou par l’incapacité d’agir de Mahmoud Abbas. D’où l’amère conclusion que la paix rêvée n’était pas pour demain. La majorité de la société ne veut pas continuer l’occupation de populations palestiniennes et c’est ce qui a mené des leaders de la droite, Sharon en premier, à poser des gestes unilatéraux, tout comme le retrait de la bande de Gaza.

Éhoud Olmert, le nouveau chef du parti Kadima, se proposait de continuer des retraits de façon unilatérale de façon à définir une nouvelle frontière car la paix véritable n’était pas réalisable dans l’immédiat. Les autres partis de gauche et de droite, ont des agendas de politique interne fort différents. Ceci dit, le parti du Likoud s’est opposé à la politique de gestes unilatéraux du parti Kadima tandis que le parti travailliste l’a appuyé et il fait partie du gouvernement de coalition.

Les radicaux s’en mêlent

Il faut également tenir compte de la nouvelle donne de l’élection d’un Hamas majoritaire au Parlement de l’Autorité palestinienne. Au mieux, ce parti radical ne propose qu’une trêve jusqu’à ce qu’il puisse trouver les moyens de détruire Israël. Qui plus est, le chef de ce parti n’hésite pas à déclarer qu’il souhaite chercher des appuis auprès de l’Iran. Aujourd’hui, Israël et le monde découvrent avec effroi que l’Iran est gouvernée par un illuminé qui croit fermement avoir été élu pour déclencher l’apocalypse qui devrait se produire pour annoncer la venue du douzième mahdi caché, le messie chiite. C’est cet Iran provocateur qui nargue la planète entière en regard de sa volonté de ne pas respecter le traité de non-prolifération des armes nucléaires qui cherche à acculer le monde à une action contre l’Iran. Cet Iran agit également pour déstabiliser le Moyen Orient via ses alliés syriens, les terroristes du Hezbollah et ceux du Hamas. Ce tragique épisode vient probablement rappeler aux puissances que l’Iran a les moyens de créer des troubles sérieux au moment où le conseil de sécurité s’apprête à prendre des sanctions contre lui.

En outre, il se trouve que le parti du Hamas au pouvoir tient aujourd’hui un langage de non sens qu’aucun État souverain ne saurait tolérer: « Nous sommes prêts à reprendre possession de territoires mais cela ne nous fait pas renoncer à notre but d’éradiquer l’État d’Israël. Nous nous réservons le droit d’envoyer des enfants se faire sauter et d’assassiner autant de civils que possible. Bien que Gaza ait été évacuée par les Israéliens, nous nous réservons le droit de tuer et de kidnapper des personnes en dehors de notre frontière. Nous tenons à ce que l’aide internationale continue, que l’industrie se développe pour continuer à produire des fusées Kassam dont nous bombardons les localités israéliennes de façon incessante. Nous exigeons d’autres retraits israéliens…» Quel État pourrait gober ce non-sens ?

Que signifierait alors un retrait unilatéral de la Cisjordanie à partir de laquelle l’État d’Israël serait bien plus vulnérable ? La philosophie du Désengagement des territoires comportait certains risques dont on mesure aujourd’hui l’étendue avec beaucoup plus de réalisme. Les chansons pour la paix si populaires en Israël ont perdu de leur magie et même la volonté de viser la paix entre deux entités séparées et distinctes semble impraticable dans le contexte actuel.

Le diplomate Abba Eban disait que les leaders palestiniens n’avaient jamais manqué l’occasion de manquer une occasion de faire la paix. Il est désolant que cette déclaration semble encore garder tout son poids. Les actions concertées du Hamas et du Hezbollah réussissent certainement à repousser sine die une initiative qui pourrait mener vers une situation de paix. Les extrémistes mènent la dance. Les modérés sont muets, timorés ou absents. Les populations de la région continuent de souffrir.

(David Bensoussan, analyste du Proche Orient, est membre de l'ICRJ)

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Volume V, Numéro 243 • vendredi le 14 juillet 2006

Les irréductibles
Julien Bauer
Le Devoir, 12 juillet 2006

Le Devoir a publié un texte signé par une dizaine de personnes, dont plusieurs professeurs d'université, pour blâmer Israël de la situation au Proche-Orient. À les croire, non seulement le Hamas n'est pas coupable mais, bien mieux, il est victime des méchants Israéliens.

Deux points, l'un lié à la géographie, l'autre à l'histoire récente, sont révélateurs.

Géographie : c'est l'affirmation que les territoires de l'Autorité palestinienne (Cisjordanie et Gaza) ne correspondent qu'à 22 % de la Palestine historique, laissant entendre qu'Israël a les 78 % restants. Rien de plus faux. Le mandat accordé par la Société des Nations (SDN) à la Grande-Bretagne sur la Palestine comprenait ce qu'on appelle aujourd'hui Israël, Autorité palestinienne et Jordanie. En effet, le mandat, qui prévoyait la création d'un Foyer national juif en Palestine, couvrait les territoires situés de l'autre côté du Jourdain. Les Britanniques, voulant offrir à leurs clients hachémites un territoire, leur ont accordé la Transjordanie, soit 74 % du mandat, et ont obtenu l'accord de la SDN pour ce retrait. Parler de 22 % sans préciser sur quoi porte ce pourcentage est une idée de la propagande palestinienne. Que ce message soit repris par des universitaires en dit long sur leur sérieux.

Histoire récente, vous avez sans doute entendu parler du retrait total d'Israël de Gaza, en août dernier, retrait de l'armée et de la population civile israélienne. Les signataires du texte n'en soutiennent pas moins que Gaza est toujours occupé. Pour eux, l'attaque du Hamas contre une installation militaire en Israël, à l'extérieur de Gaza, est légitime car l'armée israélienne est une armée d'occupation même en territoire israélien. Cette terminologie n'est pas une erreur. Tant de collègues ne peuvent être aussi ignorants. C'est plus simplement une reprise de la ligne du Hamas qui considère que le terme «occupation» ne s'applique pas seulement à Gaza - même sans occupants - et à la Cisjordanie, mais aussi à Israël. Selon cette logique, l'existence même d'Israël est une marque d'occupation.

Mais, peut-on objecter, Israël, après le retrait de Gaza, a empêché l'ouverture d'un port et d'un aéroport à Gaza. Ce port et cet aéroport auraient permis la livraison massive d'armes de toutes sortes. Les roquettes palestiniennes atteignent Ashkelon, l'ouverture d'un aéroport aurait donné aux Palestiniens la possibilité de bombarder Tel Aviv. Est-ce ce que souhaitent les signataires du texte ?

Lorsque Israël s'est retiré de Gaza, les Palestiniens ont eu l'opportunité de montrer comment ils pouvaient gérer leur propre État. On a vu ce que cela a donné : destruction par les Palestiniens eux-mêmes des infrastructures agricoles créées par les Israéliens, élection d'un gouvernement jusqu'au-boutiste, poursuite des attaques quotidiennes contre la population civile israélienne, bref la preuve que les Palestiniens préfèrent la guerre à la paix.

Même ceux qui ont des sympathies pour les Palestiniens se posent des questions. Nos irréductibles ne se posent aucune question. Ils savent que, quoiqu'il arrive, ils continueront à blâmer Israël.

(Julien Bauer, Professeur au Département de science politique, UQAM, est membre du conseil editorial de l"ICRJ)

La vraie raison de leur combat
Charles Krauthammer
The Washington Post, 14 juillet 2006

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org

Juin 2007 marquera le quarantième anniversaire de la Guerre des Six-Jours. Durant quatre décennies on nous a dit que la cause de la colère et de la violence contre Israël est l’occupation des territoires saisis durant cette guerre. Il suffisait de mettre un terme à l’occupation pour que cesse le "cycle de la violence".

Le problème avec cette revendication, c’est qu’avant qu’Israël ne prenne possession de la Cisjordanie et de Gaza, au cours de la Guerre des Six-Jours, tous les Etats arabes avaient rejeté le droit d’Israël à l’existence et déclaré que les frontières d’avant 1967 – aujourd’hui considérées comme sacrées – n’étaient rien de plus que les lignes d’armistice, qui ne mettaient pas fin à la guerre en vue d’exterminer Israël, mais ne faisaient que la suspendre.

Mais il n’est pas nécessaire d’être historien pour comprendre les intentions des ennemis d’Israël. Il suffit de lire les journaux d’aujourd’hui.

Pièce à conviction A : Gaza. Pas plus tard qu’en septembre passé, Israël évacuait intégralement Gaza. Il déclarait frontière internationale la frontière entre Israël et Gaza, renonçant à toute exigence sur ce territoire. Gaza devenait le premier territoire indépendant palestinien de l’histoire. Pourtant, les Gazans ont continué la guerre. Ils ont transformé Gaza en une base de lancement d’attaques de roquettes contre Israël et de percement de tunnels sous la frontière pour lancer des agressions, telle celle qui a tué deux soldats israéliens, le 25 juin et rendu possible le transfert à Gaza d’un otage blessé. Les chars israéliens ont dû retourner à Gaza pour tenter de sauver l’otage et de faire cesser les tirs de roquettes.

Pièce à conviction B : sud-Liban. Deux semaines plus tard, le mercredi [12 juillet], l’organisation terroriste libanaise Hezbollah, qui est représentée au parlement et dans le cabinet libanais, lançait une attaque contre Israël, causant la mort de huit soldats et en blessant deux autres, transférés ensuite comme otages au Liban.

Qu’exige-t-on à présent ? Israël s’est entièrement retiré du Liban en 2000. Pour être sûr que pas un pouce de territoire libanais ne resterait occupé par inadvertance, il a poussé le scrupule jusqu’à demander aux Nations unies de vérifier le tracé exact de la frontière sud du Liban et s’est retiré de l’autre côté. Cette "ligne bleue" a été approuvée par le Conseil de sécurité qui a déclaré qu’Israël avait complètement satisfait aux conditions exigées par la résolution demandant son retrait du Liban.

Exigence satisfaite. Pourtant, que se passe-t-il ? Le Hezbollah a fait, pour le Liban, exactement ce que le Hamas a fait pour Gaza : il l’a transformé en une base militaire et un centre d’opérations terroristes d’où il continue la guerre contre Israël. Le sud-Liban est hérissé de 10.000 roquettes Katiouchas qui mettent le nord d’Israël à portée de tir. Il a suffi de 85 de ces engins, tirés dans les premières heures du combat, pour tuer deux Israéliens et en blesser 120 dans les villes du nord d’Israël.

Au cours des six années écoulées, le Hezbollah a lancé des raids et des attaques périodiques à la roquette contre Israël. Les représailles israéliennes ont mené à l’arrêt de ces provocations, jusqu’à la prochaine fois, selon qu’il conviendra au Hezbollah. Ce fut le cas mercredi. Une base terroriste située dans un territoire arabe (le sud-Liban) qui n’est pas du tout occupé par Israël, attaque ce dernier pour appuyer une autre base terroriste située dans un autre territoire arabe (Gaza) qui n’est davantage occupé par Israël.

Pourquoi ? Parce que l’occupation n’était qu’une excuse pour persuader les Occidentaux, crédules et qui ignorent l’histoire, de soutenir la cause arabe contre Israël. Ce qui est en cause et qui l’a toujours été, c’est l’existence d’Israël. Tel est l’enjeu.

C’est l’Organisation de Libération de la Palestine de Yasser Arafat, qui a convaincu le monde de ce que le problème était l’occupation. Pourtant tout au long de ces années où ce prétexte était invoqué, le groupe même d’Arafat célébrait annuellement son Jour du Fatah, pour commémorer sa première offensive contre Israël : l’attaque à l’explosif contre le Service National des Eaux, en janvier 1965.

Notez la date : 1965. Deux ans avant la guerre de 1967. Deux ans avant que Gaza et la Cisjordanie ne tombent entre les mains d’Israël. Deux ans avant qu’existe le moindre "territoire occupé".

Mais, encore une fois, est-il besoin de recourir à l’histoire ? A mesure que les prétextes invoqués par les Palestiniens pour continuer leur guerre tombent un à un, la rhétorique devient de plus en plus carrément effrontée. Ce jeudi même, le Premier ministre, Ismaïl Haniyeh, écrivant dans le Washington Post, parlait d’Israël comme d’"un Etat prétendument légitime". (Voir sa Libre Opinion intitulée "Agression Under False Pretenses", du 11 juillet.)

Il exposait clairement ce qu’il veut faire de cette entité illégitime. "Contrairement aux descriptions en vogue de la crise dans les médias américains", écrit-il, "la controverse ne porte pas sur Gaza et la Cisjordanie". Il s’agit d’un conflit national plus vaste" qui exige que l’on fasse justice aux "droits nationaux palestiniens".

Cela signifie, bien entendu, le droit à toute la Palestine, sans Etat juif. En définitive, la lutte concerne "les problèmes fondamentaux de 1948, plutôt que ceux de 1967, qui sont secondaires".

En 1967, Israël a obtenu les "territoires occupés". En 1948, Israël a obtenu la vie. Dans la lutte qui fait rage aujourd’hui, en 2006, entre Israël et "l’islamisme génocidaire" (pour reprendre les termes de de Yossi Klein Halevi) du Hamas et du Hezbollah, et de l’Iran derrière eux, l’enjeu est : Israël doit-il vivre et continuera-t-il d’exister.

Chasser le Hezbollah
Pierre Lefebvre
Primo Europe, 13 juillet 2006

Ce qui advient actuellement au Liban est la suite logique et attendue d’années de patience de la part d’Israël.

Le 10 mars 2005, le parlement européen a approuvé à une forte majorité une décision qualifiant le Hezbollah d'organisation terroriste. Ce même parlement a appelé les ministres de l'UE à prendre des mesures concrètes contre cette organisation « Le parlement européen estime qu'il y a des preuves claires de l'implication du Hezbollah dans les activités terroristes et le conseil de l'EU doit prendre les mesures nécessaires afin de les enrayer.»

Depuis, rien. Aucune décision de la part de la diplomatie française qui espère, ce faisant, continuer à pouvoir peser sur les négociations en cours vis-à-vis de la Syrie.

Qu’est ce que le Hezbollah ?

Littéralement, le «Parti de Dieu». Il s’agit d’un groupe fondamentaliste chiite musulman.

Le but clairement avoué et diffusé sur Al Manar, sa chaîne de télévision : créer au Liban un Etat islamique sur le modèle de l’Iran, son principal soutien, au détriment des communautés chrétiennes et sunnites.

Les diplomates oublient aisément les actes de guerre pour un pragmatisme qui les ont souvent menés à la compromission. L’armée et la communauté du renseignement n’oublient cependant pas que le Hezbollah est l’auteur d’une des plus grandes attaques-suicide contre l’armée française, ayant coûté la vie à 299 soldats dont 58 français. C’était en 1983. Depuis, il y eut les otages de France 2, dont Michel Seurat, qui n'est pas revenu.

Si l’on peut estimer que la diplomatie française fait preuve de mansuétude vis-à-vis des politiques et régimes arabes, corrompus ou non, au Moyen Orient, il est en revanche difficile d’affirmer qu’elle n’est pas bien informée.

C’est ainsi que, derrière l’indignation obligée de nos ministres et Président de la République sur l’actuelle opération israélienne au Liban, se cache un sentiment de soulagement, partagé, pourquoi ne pas le dire, par une bonne partie des chancelleries occidentales.

Mieux, les diplomates français n’hésitent pas à désigner les véritables responsables de cette escalade suicidaire. "L'enlèvement de soldats est un acte irresponsable de la part de l'organisation chiite pro-iranienne", a estimé une source diplomatique française. Selon cette même source, "le Hezbollah n'agit pas sans avoir assuré ses arrières" et aurait donc informé la Syrie et l'Iran de ses intentions.

Des mises à feu calculées

Un petit retour en arrière montre qu’à chaque fois que les régimes syrien et iranien sont gravement mis en cause (assassinat d’Hariri et présence illégitime au Liban pour l’un, dossier nucléaire pour l’autre), un événement survient qui rassemble la rue arabe autour de ses valeurs communes. Ces valeurs sûres sont, bien entendu, la défense de l’Islam et la libération de la Palestine.

L’affaire des caricatures est née du fait du responsable palestinien d’une mosquée au Danemark, et de l’action de la déléguée palestinienne (homologue de Leila Shahid) dans ce pays. Cet épisode sanglant est intervenu, curieusement, lors d’un pic de la crise qui opposait la Syrie à la justice internationale.

L’enlèvement des soldats israéliens intervient, quant à lui, au moment même où l’Iran sait qu’il vient d’épuiser ses dernières cartouches vis-à-vis de la communauté internationale. A l'issue de plus de 15 mois d'activité diplomatique intense, Washington vient de rallier la Russie et la Chine à l'idée d'imposer des sanctions contre la République islamique.

Dans le cas présent, il s’agit d’obliger Israël à se déconsidérer aux yeux de l’opinion internationale en intervenant massivement au Liban.

L’aéroport de Beyrouth est bloqué ? Les armes et munitions qui atterrissaient quotidiennement ne parviendront plus aux milices du Hezbollah fortes de 70.000 hommes surarmés. Depuis des mois, Israël demandait au gouvernement libanais de mettre fin à ce trafic. Emile Lahoud a toujours refusé sous la pression « amicale » de la Syrie et des députés du Hezbollah au sein de son propre gouvernement. Il n’avait pas très envie de finir comme son prédécesseur.

Al Manar, chaîne de télévision diffusant en permanence l’appel au génocide des Juifs, vient d’être la cible de bombardements à Beyrouth. Ses relais sur le territoire libanais ont été détruits cette nuit par l’aviation israélienne.

Les ponts qui relient le Liban aux territoires occupés par le Hezbollah sont coupés ? L’approvisionnement militaire en provenance de la Syrie, donc de l’Iran, est rendu plus difficile.

Un voisinage turbulent

Au premier plan, position du Hezbollah vue d'une maison israélienne

La stratégie d’Israël, si elle reste potentiellement dangereuse pour l’équilibre de la région, est à situer dans un contexte de harcèlement quasi quotidien de la part du Hezbollah. Ce mouvement n’a de cesse de prêcher la haine des Juifs.

Les habitants du nord d’Israël vivent en permanence sous la menace de tirs de missiles, et ce, malgré le retrait d’Israël du sud Liban.

Et ce, malgré un accord négocié entre le Liban, Israël et la Syrie en 2000. Cet accord stipulait :
- Les groupes armés au Liban n’effectueront pas d’attaques contre Israël à l’aide de Katioucha ou d’aucun type d’armement.
- Plus généralement, les deux parties s’engagent à faire en sorte qu’en aucune circonstance les civils ne soient la cible d’attaques et que les zones habitées par des civils et les installations industrielles et techniques ne soient utilisées comme point de lancement des attaques.

Depuis 2000, les villes du Nord d’Israël sont régulièrement la cible de missiles tombant au hasard sur des dispensaires, des immeubles et des écoles.

Le paragraphe 4 de cet accord mentionnait : « Sans que cela viole l’arrangement, aucune disposition de cet arrangement ne pourra empêcher une partie d’exercer le droit de légitime défense».

Israël a tenu sa part d’engagement. Cet accord fragile est rompu quotidiennement depuis 2000 par le Hezbollah. Dans le contexte du traumatisme de l’enlèvement du soldat Shalit, l’enlèvement des 2 soldats à la frontière israélienne ne pouvait pas ne pas provoquer l’escalade.

Qui est responsable ?

Le Hezbollah, toléré sinon encouragé par Beyrouth, connaissait à l’avance la réaction potentielle d’Israël à un acte de guerre.

Il porte seul la responsabilité de ce qui adviendra. Mais, ce faisant, il tire une sacrée épine du pied des régimes iranien et syrien qui voient l’attention du monde occidental une fois de plus détournée de leurs « petites » turpitudes.

L’Iran devant le Conseil de sécurité, Damas montré du doigt comme le principal soutien au Hamas et cerné ces derniers jours par la justice internationale dans le cadre de l’enquête sur la mort d’Ariri...

Israël, concerné au premier chef par la culture de haine de ces mouvements islamistes, est le seul à mettre les mains dans le cambouis. Nos bons esprits occidentaux peuvent continuer à le détester, la conscience tranquille.

Les partisans du Hezbollah au Liban s'apprêtent à vivre des jours difficiles.

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Volume V, Numéro 242 • vendredi le 7 juillet 2006

Le Hamas et Israël:
Quelle «reconnaissance implicite»?

Dominique Joucken et Annette Paquot
Le Devoir, 6 juillet 2006

Tout récemment, les différentes factions palestiniennes se sont mises d'accord sur un texte qui a été présenté dans l'ensemble de la presse internationale comme étant une «reconnaissance implicite» de l'État d'Israël.

Cette qualification appelle des commentaires de nature sémantique et juridique. Ce texte constitue-t-il une reconnaissance véritable et effective au sens juridique du terme ? Aussi, dans quelle mesure son caractère implicite pose-t-il problème ?

Pour le linguiste, la reconnaissance d'un État constitue ce qu'il appelle depuis le philosophe anglais Austin un acte de langage, c'est-à-dire un énoncé qui, par son énonciation dans certaines conditions, permet d'accomplir l'acte qu'il signifie. Ainsi, par l'énonciation de «je le jure», on accomplit l'acte de prêter serment. Le juriste, lui, voit dans cette reconnaissance un acte déclaratif, bien défini par le droit international et porteur d'effets politiques eux aussi bien définis.

En droit, la question qui se pose à propos de ce texte est la suivante : s'agit-il d'une reconnaissance valide ? La question se décompose elle-même en deux sous-questions : le texte a-t-il été rédigé par les personnes compétentes pour procéder à une reconnaissance ? Ensuite, les modalités de son adoption sont-elles adéquates pour produire des effets dans le domaine du droit international ?

Sur la question de la compétence des signataires du texte, il ne paraît pas y avoir de problème. L'accord a été négocié entre le gouvernement, dirigé par le Hamas, et la présidence de l'Autorité palestinienne, occupée par Mahmoud Abbas. Or il est de pratique bien établie en droit international public que l'initiative de la reconnaissance doit émaner du pouvoir exécutif. Dès lors que ses deux branches (gouvernement et président) se sont entendues sur un texte en cette matière, il n'est pas douteux que ce texte émane de l'autorité compétente.

En ce qui concerne les modalités d'adoption, aucune objection fondamentale n'est à soulever. La reconnaissance est en effet considérée comme un acte informel. Dans la mesure où ce qui importe, c'est que la volonté de reconnaître soit certaine (et on verra ci-dessous que c'est ce point qui pose véritablement problème), il est admis que cette volonté peut s'exprimer sous n'importe quelle forme : déclaration, texte de loi ou règlement, protocole, etc. [...] En réalité, la question n'est pas de savoir de quelle manière cette volonté s'est exprimée techniquement mais si elle existe vraiment en tant que telle.

Mais trouve-t-on dans ce document la manifestation, même indirecte et implicite, de cette volonté ? Sur la base de sa formulation linguistique, peut-on considérer qu'il peut être interprété comme la reconnaissance exigée ? Nous ne pensons pas que ce soit indiscutable. En effet, ce n'est pas le cas de l'affirmation de l'intention de limiter la «résistance à l'occupation» aux territoires occupés depuis 1967 puisque le fait de renoncer à attaquer un État n'équivaut pas à le reconnaître : il y a de nombreux cas de non-reconnaissance qui n'ont pas entraîné de comportements agressifs. Ce n'est pas le cas non plus de la mention de futures négociations de paix qui y est faite. En effet, Mahmoud Abbas serait chargé de ces négociations en sa qualité de président de l'OLP et non en celle de président de l'Autorité palestinienne, ce qui n'engage pas cette dernière.

Par ailleurs, même si on voyait dans ce texte le contenu en question, son caractère implicite pose-t-il problème ? Dans ce cas particulier, il semble bien que oui. Voyons pourquoi.

La reconnaissance d'un État étant un acte déclaratif et n'étant rien de plus, il faut d'abord remarquer qu'on se trouve ici devant le quasi-oxymoron d'un acte de langage, d'un texte, qui prétend «déclarer sans dire». Cette contradiction dans les termes rend l'ensemble de la démarche plus problématique que s'il s'agissait d'une reconnaissance implicite découlant non d'un acte de langage mais d'un pur acte, comme l'établissement de relations diplomatiques ou la conclusion d'un traité. En effet, on peut penser que le texte en cause aurait pu être plus explicite et, donc, qu'il ne s'agit pas d'une simple absence explicite due aux circonstances mais bien, à cause de l'existence des déclarations de reconnaissance «normales», explicites, d'un refus de reconnaissance explicite. Ce refus lui-même est implicite, il est inhérent au texte, mais il ne dépend pas d'éléments particuliers de son libellé : il tient à sa simple existence, en tant que texte, en lieu et place d'une reconnaissance explicite. Cette interprétation nous paraît difficilement contestable si on prend en compte le contexte, en particulier certaines déclarations antérieures -- explicites, elles -- de dirigeants du Hamas. Ce refus de reconnaissance explicite est lourd de conséquences politiques et diplomatiques puisqu'il pourrait semer le doute sur la sincérité du geste de reconnaissance et sur la volonté de ses auteurs de le faire suivre des effets qu'il entraîne normalement.

Une des caractéristiques essentielles des contenus implicites est qu'ils comportent toujours une possibilité de dénégation. Le Hamas peut donc prétendre, devant ses partisans les plus extrémistes, qu'il n'a dit que ce qu'il a dit tandis qu'Israël et le Quartette peuvent affirmer ne pas voir dans le texte ce que d'autres, par exemple des membres du Fatah et des commentateurs pro-palestiniens, y voient.

Cette dénégation peut porter aussi sur l'intention de communiquer des contenus dont par ailleurs on ne conteste pas la présence dans un texte. Dans ce cas, elle ne peut être le fait que de l'auteur du texte. Ce cas de figure se présenterait si le Hamas, tout en jouant sur le fait que ses partenaires «modérés» tablent sur la présence de ces contenus pour amadouer le Quartette et l'opinion internationale, continuait à prétendre ou à donner à entendre devant les plus radicaux de ses commettants que ses objectifs à long terme n'ont pas changé. Une telle attitude ne tromperait pas les observateurs attentifs et impartiaux mais pourrait en abuser d'autres.

Cette possibilité de dénégation, qui dans le cas présent n'est pas une simple hypothèse d'école, réduit encore la portée de cet acte de reconnaissance particulier. En effet, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, on peut même se demander si ce mode de reconnaissance n'a pas précisément été choisi pour permettre cette dénégation. Dans ce cas, on l'a vu, la reconnaissance en question ne serait pas clairement établie sur le plan juridique puisqu'il y manquerait l'essentiel, à savoir la volonté de reconnaître.

On le voit, la «reconnaissance implicite» dont il est question ici pose problème. Son texte est en lui-même peu significatif et le contexte rend son interprétation encore moins sûre. Le doute subsiste donc quant à l'existence de la volonté qu'il est censé exprimer.

Sur le plan politique aussi, la démarche actuelle semble de nature à susciter des craintes quant à l'avenir du processus de paix qu'elle est censée relancer. En théorie, Israël aurait pu juger opportun de considérer qu'elle constitue la reconnaissance indispensable à la reprise des négociations et d'y voir un geste positif. On comprend cependant qu'il ne s'en satisfait pas et exige au contraire une reconnaissance formelle, incontestable et non sujette à des remises en question futures. Quant aux membres du Quartette, ils décideront peut-être de fermer les yeux sur les insuffisances de cette forme de reconnaissance et de reprendre leur aide au gouvernement de l'Autorité palestinienne. S'ils agissent ainsi, il faut espérer qu'ils veilleront à ce que cette indulgence -- toute pragmatique, on veut le croire -- ne puisse pas être interprétée comme une acceptation de cette forme de reconnaissance ou un acquiescement de principe à une démarche qui ne remplit pas entièrement les conditions qu'ils ont posées à la reprise de cette aide. La diplomatie n'est-elle pas, dit-on, l'art du non-dit et de l'implicite ?

(Dominique Joucken est juriste et journaliste en Belgique. Annette Paquot, membre du conseil editorial de l'ICRJ, est linguiste et professeur à l'Université Laval.)

Souvenez-vous de ce qui s’est passé ici
Charles Krauthammer
Time Magazine, 5-10 juillet 2006
Traduction française : Menahem Macina.

Israël envahit Gaza. Ceci en réaction à une attaque en provenance de Gaza, qui a tué deux Israéliens et en a blessé un autre, lequel a été enlevé et emmené à Gaza… Ce qui, d’ailleurs, était une réaction au meurtre ciblé de dirigeants terroristes à Gaza… Ce qui, d’ailleurs, était une réaction au pilonnage aveugle de villes israéliennes par des roquettes lancées de Gaza.

Parmi tous les conflits du monde, le seul qui apparaisse comme le plus ennuyeux et voué à ne jamais finir est la confrontation entre Arabes et Israéliens, qui se poursuit, majoritairement sur le même mode, semble-t-il, depuis 60 ans. Pratiquement chaque récit que vous lirez présentera l’invasion de Gaza par Israël comme une continuation du cycle de la violence.

Les cycles sont circulaires. Ils n’ont pas de fin. Ils n’ont pas de commencement. C’est pourquoi, si tentante que soit l’utilisation de cette figure de style, elle est fausse, dans le cas présent. C’est aussi faux que de caractériser les attaques américaines contre ce qu’il reste des Talibans en Afghanistan comme faisant partie d’un cycle de violence entre les Etats-Unis et Al-Qaeda, ou, comme dirait Osama bin Laden, entre l’islam et les Croisés, dans un retour à 1099. Chacun a ses doléances – même Hitler en avait une liste quand il envahit la Pologne en 1939 –, mais chaque conflit a son origine.

Ce qui est vraiment remarquable concernant la vague actuelle de violence à Gaza, c’est que l’événement qui est à l’origine du "cycle" n’est pas du tout historique, mais tout à fait contemporain. L’événement n’est pas enfoui dans les brumes de l’histoire. Il s’est produit il y a moins d’un an. Sous les yeux du monde entier, Israël a quitté Gaza. Tous les Juifs, tous les soldats, toutes les installations militaires, tous les restes de l’occupation israélienne ont été arrachés et emmenés.

Et comment les Palestiniens ont-ils réagi ? Qu’ont-ils fait de Gaza, le premier territoire palestinien de l’histoire à être indépendant - ce que n’ont jamais autorisé ni les Ottomans, ni les Britanniques, ni les Egyptiens, ni les Jordaniens, bref, tous ceux qui ont gouverné les Palestiniens avant les Israéliens ? Le jour même du retrait final d’Israël, les Palestiniens ont commencé à tirer des roquettes à partir de Gaza sur des villes israéliennes situées de l’autre côté de la frontière. Et souvenez-vous : il ne s’agit pas d’attaques contre des "colons", mais contre des civils à l’intérieur d’Israël même, l’Israël d’avant 1967, que la communauté internationale reconnaît comme étant sous la souveraineté légitime d’Israël, Etat-membre des nations unies. Un millier de roquettes sont tombées depuis.

Quelle peut bien en être la raison ? Avant le retrait, des attaques au-delà de la frontière pouvaient être raisonnablement justifiées par le mantra habituel de l’occupation, des colonies, et ainsi de suite. Mais après le retrait, qu’y a-t-il à dire ?

On peut trouver la logique de ces attaques continuelles dans ce qu’on a appelé le plan par étapes, adopté en 1974 par le Conseil National Palestinien au Caire. Réalisant qu’ils ne seraient jamais en mesure de détruire Israël d’un seul coup, les Palestiniens adoptèrent un plan destiné à anéantir Israël par étapes. D’abord, accepter tout territoire qu’on leur donnerait, où que ce soit dans la Palestine historique. Ensuite, utiliser ce "sanctuaire" pour faire la guerre jusqu’à ce qu’Israël soit détruit.

C’est ainsi qu’en 2005, Gaza a été donnée aux Palestiniens, entièrement vide de Juifs. Ont-ils commencé à édifier l’Etat auquel ils affirmaient aspirer, à construire des écoles, des routes et des hôpitaux ? Non. Ils tirent des roquettes sur des civils et creusent un tunnel d’environ 270 mètres sous la frontière pour attaquer des soldats israéliens et prendre un otage.

Et cette fois, le terrorisme est perpétré, non par quelque vague groupe que le dirigeant palestinien puisse désavouer – bien qu’avec malhonnêteté. C’est l’oeuvre du Hamas – l’organisation qui a été élue récemment pour diriger les Palestiniens. Au moins, c’est en toute vérité désormais que l’on peut affirmer : un gouvernement palestinien, ouvertement engagé dans le terrorisme et la destruction d’un Etat-membre des Nations unies, recourt, au vu et au su de tous, au terrorisme pour mener sa guerre.

Ce n’est pas un cycle. C’est une flèche. C’est une action qui a un objectif. Elle a commencé il y a 59 ans, quand l’ONU a voté pour résoudre la question de la Palestine, alors gouvernée par la Grande-Bretagne, en créant conjointement un Etat juif et un Etat palestinien. Les Juifs ont accepté le compromis, les Palestiniens l’ont rejeté et se sont alliés à cinq pays arabes extérieurs pour une guerre destinée à détruire l’Etat juif et à s’approprier le territoire.

Ils ont échoué et Israël a survécu. C’est ce qui demeure, du point de vue palestinien, le péché originel d’Israël, le crime fondamental du cycle : la survivance d’Israël. C’est la raison des roquettes, des tunnels, du kidnapping - et de la réaction actuelle d’Israël.

Si cette histoire est trop ancienne, considérons celle des 12 mois écoulés. Gaza est libérée de l’occupation, pourtant Gaza fait la guerre. Pourquoi ? Parce que la raison de cette guerre n’est pas l’occupation, mais l’existence même d’Israël.

Ce qu’on appelle cycle continuera jusqu’à ce que la flèche soit abandonnée et que les Palestiniens acceptent un compromis – ou jusqu’à ce que la flèche atteigne son but et qu’Israël meure.

Conseil editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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