Communiqué Isranet
juin 2006
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
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Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
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Volume V, Numéro 241 • vendredi le 30 juin 2006

Aimer ou démoniser Israël?
Jean Ouellette
Le Devoir, 27 juin 2006

Je vois déjà nos faiseurs d'opinion incrédules esquisser un geste défensif à la lecture d'un tel titre. Comment peut-on faire luire à des esprits imprégnés de la vérité du narratif palestinien la perspective d'une découverte, réelle ou virtuelle, d'une terre que nos catéchismes d'antan qualifiaient de sainte, mais que le mur de l'apartheid, selon une expression chère à nos médias, rend à jamais inhospitalière pour quiconque se targue de rejeter le sionisme au nom d'une vague défense de l'antiracisme?

Peut-on imaginer, au-delà des images qui nous assiègent, choquantes pour des yeux habitués à plus de décence, que l'opinion des gens du Québec demeure néanmoins ouverte à un discours moins idéologique et, partant, susceptible de découvrir les attraits incontestables de la réalité israélienne ? Y a-t-il, comme on a pu le lire récemment dans Le Soleil, une vérité israélienne des choses qui viendrait en contradiction avec l'interprétation partagée par le reste du monde ?

Offensons les irréductibles et lâchons le qualificatif à la mode : Israël est un pays cool ! Je sens déjà que l'on ne m'aime plus. J'insiste. Le pays ne se réduit pas aux paramètres du conflit israélo-palestinien tel qu'il est rapporté dans nos médias. Chacun, selon ses affinités personnelles, sa curiosité intellectuelle ou encore selon ses intérêts professionnels, y trouvera largement son compte.

Au risque de tomber dans le piège d'un mercantilisme superficiel qui siérait davantage à un publireportage, je citerai, ne serait-ce qu'en passant, l'attrait irrésistible de l'industrie touristique d'Israël, tout en prenant bien soin de souligner que ce petit pays dépourvu de richesses naturelles a résolument opté pour une économie fondée sur un savoir du plus haut niveau.

Il revient aux plus jeunes de célébrer les plaisirs nocturnes de Tel-Aviv, souvent préférés à l'austère découverte des richesses historiques de Jérusalem la religieuse. Certains préféreront les paysages ondulés de la Galilée ou encore la douce piété de Safed, bien blottie au creux de ses collines et toute vibrante encore aux élans mystiques qui l'animèrent autrefois. D'autres, enfin, trouveront leur inspiration dans les déserts de Juda ou seront sensibles aux variations extrêmes des températures du Negev et à l'infinie diversité de ses coloris.

Mais Israël, c'est avant tout sa population diversifiée et une jeunesse qui porte son pays à bout de bras et qui, pour prix de son service, accepte de reporter ses rêves et ses projets personnels à un âge où les jeunes d'ici commencent déjà à se sentir installés dans la vie. La jeunesse d'Israël offre, pour qui veut dessiller ses yeux, une définition renouvelée de la résilience.


Impératifs de protection

Exécrable propagande sioniste ? Sans aucun doute, répondront ceux parmi nous qui s'abreuvent aux eaux délétères distillées par tous ces experts et analystes de la scène internationale et crient au scandale devant le «mur de la honte» érigé sans grand enthousiasme par Israël.

Faut-il être aveuglé par une fallacieuse définition du sionisme comme doctrine politique pour songer à combattre l'entreprise sioniste au nom de je ne sais quel antiracisme primaire ? A-t-on oublié, en ces cercles, que l'infâme équation onusienne a bel et bien été révoquée ? Faut-il être de droite et fascisant pour comprendre que le mur dit de l'apartheid répond à des impératifs de protection et qu'il tombera vraisemblablement sous les pics des démolisseurs au terme d'un accord de paix ?

Pour d'autres, c'est le facteur religieux qui est à la base de leur réticences envers l'État juif. État théocratique, objecteront-ils, sans se douter qu'ils définissent l'identité juive, individuelle et collective, en termes empruntés à la théologie chrétienne de façon à réduire la judaïté à l'espace proprement religieux.

Ou alors, ils sont obnubilés par l'engouement dont jouissent, chez nous et ailleurs, certains universitaires juifs qui ont réussi à se convaincre que le sionisme contredit les enseignements fondamentaux du judaïsme. Ces universitaires sont notamment à l'oeuvre aux États-Unis, en France, et parfois même en Israël. Chez nous, la thèse est développée par l'auteur d'un livre intitulé Au nom de la Torah et lancé tout récemment en anglais. L'ouvrage n'aura été applaudi, somme toute, que par ceux qui estiment avoir des comptes à régler avec l'État juif puisqu'il préconise l'élimination d'Israël au profit d'une vague entité binationale.

La Palestine

Enfin, les partisans d'une représentation visant à diaboliser Israël contesteront la légitimité de l'État juif sur la base du cruel conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens. Les médias présentent ce conflit comme une dispute territoriale (ce qu'il est aussi) entre deux mouvements nationaux rivaux. Dans la mesure où le sionisme prend la forme, à leurs yeux, d'une entreprise coloniale, l'enjeu, pour la population indigène, est d'expulser l'occupant étranger.

Dans cette perspective, le terme «occupation» reçoit diverses acceptions selon les factions en cause. Les accords d'Oslo auraient pu, théoriquement, régler le conflit défini dans ces termes. En utilisant l'expression «le cycle de la violence» pour décrire le conflit qui oppose Israël aux «militants palestiniens», beaucoup d'analystes brouillent commodément la distinction essentielle que l'on se doit de faire entre les victimes d'actes terroristes et ceux qui jugent bon de les perpétrer.

De là à accuser Israël d'un déni de justice permanent à l'égard de la population palestinien, il n'y a qu'un pas, et il est aisément franchi. Les Israéliens sont alors perçus dans le rôle peu enviable de ceux qui bloquent irrémédiablement les aspirations légitimes des Palestiniens.

Fuseront alors, en certains cercles, des attaques insidieuses contre des pratiques de l'armée israélienne qui n'auraient rien à envier aux atrocités commises par les nazis ! On sous-entend que les militants d'un mouvement national peuvent recourir à tous les moyens, la terreur comprise, pour réaliser leurs aspirations.

En réalité, le conflit comporte une autre dimension, rendue plus évidente encore depuis l'élection du Hamas : celle d'un mouvement islamiste proche des aspirations des Frères musulmans dont il procède idéologiquement. L'enjeu n'est plus l'occupation, mais la restauration à la Umma islamique de la totalité de terres vues comme parti intégrante de Dar Al-islam (La Maison de l'Islam) et tombées entre les mains des infidèles que sont les Juifs qui se réclament du sionisme.

Une résolution du conflit ainsi défini est plus difficile à entrevoir. Le plan de désengagement du présent gouvernement israélien découle logiquement de ce constat.

Je veux être réaliste. Aucun argument n'ébranlera l'entêtement de ceux qui persistent à croire qu'une sorte de faute originelle a entaché le sionisme dès lors que le rêve nostalgique de Sion se transforma en projet politique. Mais comment ne pas voir qu'en soutenant Israël, les démocraties renforceront les factions modérées et favoriseront peut-être ainsi l'émergence d'un État palestinien ?

(Jean Ouellette, professeur retraité de l'Université de Montréal [spécialiste en études juives], est membre de l'equippe editorial de l'ICRJ)

QUE PENSENT LES MUSULMANS DANS LE MONDE?
Daniel Pipes
New York Sun, 27 juin 2006

Pour le savoir, le Pew Research Center for the People & the Press (Centre de recherche Pew pour le public et les médias) effectua ce printemps un vaste sondage intitulé «The Great Divide: How Westerners and Muslims View Each Other» (Le grand fossé: comment se voient les Occidentaux et les Musulmans). Le Centre Pew interrogea des Musulmans dans deux types de pays: six d’entre eux ont une population à majorité musulmane de longue date (Égypte, Indonésie, Jordanie, Nigéria, Pakistan et Turquie) et quatre autres, situés en Europe occidentale, ont des populations musulmanes minoritaires (France, Allemagne, Grande-Bretagne et Espagne).

Ce sondage, qui examine également les opinions occidentales sur les Musulmans, livre des résultats consternants sans être vraiment surprenants. On peut les classer en trois rubriques.

Propension au conspirationnisme.

Aucune des populations musulmanes interrogées ne pense en majorité que des Arabes ont perpétré les attentats du 11 septembre 2001 en Amérique. Les taux de Musulmans rendant des Arabes responsables s’étendent de 15% seulement au Pakistan à 48% parmi les Musulmans français. Le pourcentage de Turcs qui incriminent les Arabes est tombé de 46% en 2002 à 16% aujourd’hui, ce qui confirme des tendances négatives apparues récemment. En d’autres termes, dans chacune de ces dix communautés musulmanes, une majorité de gens considèrent les attentats du 11 septembre comme une supercherie mise en scène par le gouvernement américain, par Israël ou par quelque autre agence.

De même, les Musulmans sont nombreux à nourrir des préjugés contre les Juifs, de 28% d’avis défavorables parmi les Musulmans français à 98% en Jordanie (où, si la monarchie est modérée, la population est majoritairement arabo-palestinienne). En outre, les Musulmans de certains pays (surtout l’Égypte et la Jordanie) considèrent les Juifs comme des conspirateurs, responsables des mauvaises relations entre Musulmans et Occidentaux.

Les théories de la "conspiration" portent également sur des thèmes plus larges. À la question "qui est responsable au premier chef pour le manque de prospérité des nations musulmanes?", entre 14% (au Pakistan) et 43% (en Jordanie) accusent la politique de l’Amérique et des autres états occidentaux, plutôt que des problèmes locaux tels que le manque de démocratie, les lacunes de l’éducation, la corruption ou l’Islam radical.

Cet esprit ayant recours aux théories de la "conspiration" révèle un refus très répandu au sein de la oumma de faire face aux réalités, une préférence pour les clichés confortables des complots, des manigances et des intrigues. Il met aussi en lumière des problèmes majeurs d’adaptation à la modernité.

Soutien au terrorisme

Toutes les populations musulmanes sondées affichent de solides soutiens à Ben Laden. À la question de savoir s’ils ont confiance en lui, les Musulmans sont entre 8% (en Turquie) et 72% (au Nigéria) à répondre par l’affirmative. Les attentats-suicide à l’explosif sont populaires aussi: les Musulmans sont entre 13% (en Allemagne) et 69% (au Nigéria) à les juger justifiés. Ces chiffres épouvantables indiquent que le terrorisme a de profondes racines parmi les Musulmans et restera un danger pour de longues années encore.

Les Musulmans britanniques et nigérians sont les plus fortement aliénés

La Grande-Bretagne présente une image très paradoxale. Les non-Musulmans y ont des opinions remarquablement plus favorables sur l’Islam et les Musulmans que partout ailleurs en Occident; ainsi, seuls 32% des Britanniques interrogés jugent l’Islam violent, soit sensiblement moins que les personnes sondées en France (41%), en Allemagne (52%) ou en Espagne (60%). Dans le débat sur les caricatures de Mahomet, les Britanniques montrèrent plus de sympathie pour le point de vue musulman que les autres Européens. D’une manière plus générale, les Britanniques reprochent moins aux Musulmans d’être responsables des piètres relations entre Occidentaux et Musulmans.

Mais en contrepartie, les Musulmans britanniques affichent l’attitude antioccidentale la plus prononcée d’Europe. Ils sont en effet beaucoup plus nombreux que leurs coreligionnaires de France, d’Allemagne et d’Espagne à juger les Occidentaux violents, avides, immoraux et arrogants. De plus, leurs opinions sont nettement plus extrêmes au sujet des Juifs, de la responsabilité des attentats du 11 septembre ou de la place de la femme dans les sociétés occidentales.

Cette situation britannique reflète le phénomène du «Londonistan», où les Britanniques pratiquent une politique de reculade préemptive – une faiblesse à laquelle les Musulmans répondent par un regain d’agressivité.

Les Musulmans nigérians expriment généralement les opinions les plus belliqueuses sur des questions comme l’état des relations entre Occidentaux et Musulmans, l’immoralité et l’arrogance supposées des Occidentaux et le soutien en faveur de Bin Laden et du terrorisme suicidaire. Cet extrémisme résulte sans doute de la violence caractérisant les relations actuelles entre Chrétiens et Musulmans au Nigéria.

Paradoxalement, l’aliénation des Musulmans est la plus marquée dans les pays où les Musulmans sont soit le mieux, soit le plus mal acceptés. La bonne solution semble donc consister en un moyen terme, où les Musulmans ne jouissent pas de privilèges spéciaux, comme en Grande-Bretagne, et ne sont pas non plus confrontés à un stade avancé d’hostilité, comme au Nigéria.

Dans l’ensemble, le sondage de Pew émet un message de crise incontestable s’étendant d’un bout à l’autre du monde musulman.

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Volume V, Numéro 240 • vendredi le 23 juin 2006

APPRENDRE À SES DÉPENS
Moshé Arens
Ha'aretz, 22 juin 2006

Bien qu'Israël soit suffisamment fort et qu'il ait des réserves pour compenser les erreurs répétées de ses dirigeants, nous avons le droit d'attendre de ceux-ci qu'ils tirent les leçons de leurs erreurs, afin d'en minimiser les conséquences pour les citoyens. Mais là, on voit bien qu'ils apprennent à leurs dépens, et beaucoup d'Israéliens en payent le prix. Et c'est le tour des résidents de Sdérot, d'Ashkelon et des communautés aux alentours.

Depuis que les forces de Tsahal se sont retirées du Liban-sud, on a clamé que les retraits unilatéraux sur des lignes de "plus grande légitimité" accroissent la force de dissuasion d'Israël, à l'égard des actes de terrorisme contre des citoyens. Comme si la réponse militaire d'Israël contre le terrorisme du Hezbollah n'était pas suffisamment justifiée, quand Tsahal était déployé dans le sud du Liban. Comme si une fois Tsahal replié sur la frontière internationale, sa réponse contre les agissements du Hezbollah aurait été sans doute mieux comprise par le monde entier. Qui peut oublier les terribles avertissements d'Ehoud Barak, alors 1er ministre, menaçant d'infliger de sévères ripostes contre le Liban, si le Hezbollah continuait ses attaques après le redéploiement de l'armée ? On a appelé les casques bleus de l'Onu pour bien montrer au monde entier qu'Israël n'occupait plus un seul cm2 de territoire libanais. Mais il s'est trouvé que ceux qui étaient supposés recevoir ces avertissements, le sheikh Nasrallah et le gouvernement Libanais, n'étaient nullement impressionnés par nos menaces. Les attaques ont continué de plus belle, la riposte israélienne est restée lettre morte et la dissuasion à la frontière nord s'est écroulée.

On n'a rien appris de cette leçon. Puis nos dirigeants ont continué avec la même rhétorique: si Israël se redéploie sur les lignes de 1967 autour de la bande de Gaza, alors les terroristes verront ce qu'ils n'ont jamais vu, si jamais ils continuaient à attaquer Israël. Et d'ajouter que le monde entier comprendrait toute riposte israélienne aux actes de terrorisme, quelle que soit son ampleur dévastatrice…

L'auto-punition infligée par Israël du fait du désengagement de Gaza, c'est à dire l'évacuation forcée de 8000 résidents, la destruction de leur maison et leurs champs abandonnés, aurait dû convaincre les Palestiniens, ainsi que les amis et les ennemis d'Israël, qu'à partir de ce moment, il n'y aurait plus d'excuse aux attaques terroristes. Et ce message a été largement diffusé par les chefs militaires et politiques afin qu'il n'y ait aucun malentendu. Mais les roquettes Qassam ont continué à pleuvoir, avec une fréquence encore plus grande et atteignant des zones sensibles autour d'Ashkelon.

Ayant leur racines sans doute quelque part près de la ville légendaire de Chelm (1), nos dirigeants ont décidé que la réponse aux tirs de roquettes Qassam serait des barrages continus d'artillerie "sur des champs vides". Or ces tirs ont empêché de dormir les habitants d'Ashqelon, mais ils n'ont pas empêché les roquettes de continuer à tomber. Bien au contraire, avec leurs "dommages collatéraux", ces tirs stupides d'artillerie ont provoqué des critiques de partout. La dissuasion d'Israël s'est une fois de plus écroulée. Et les terroristes sont de plus en plus osés. Répétez après moi "tout désengagement unilatéral affaiblit la dissuasion d'Israël".

Avec des arguties du type "les Qassam tombaient déjà sur Sdérot bien avant le désengagement de Gaza!", "personne n'a été tué par une roquette Qassam!", nos dirigeants refusent d'admettre que le désengagement de Gaza a été un gigantesque fiasco. Mais insister bêtement pour que ce désengagement comprenne aussi le nord de la bande de Gaza et les localités de Nitsanit, Dugit et Alei Sinaï, pour atteindre les lignes de 1967, cela a rapproché les zones de lancement des roquettes de la ville d'Ashkelon.

Alors que les résidents de Sdérot sont recroquevillés dans leur abri, nos dirigeants se grattent la tête pour savoir quoi faire demain.

Israël est en tête des nations dans la technologie d'interception balistique, mais la trajectoire des Qassam est trop courte pour qu'une interception soit possible. Pour le moment il n'y a pas d'autre solution que de réoccuper "unilatéralement" une partie du nord de Gaza, que l'armée a abandonnée stupidement, en août dernier. C'est pourtant si simple, alors pourquoi ne le fait-on pas? Vous n'allez pas me croire, nos dirigeants ont honte d'admettre leur erreur d'évaluation. (2)

(Moshé Arens est l'ancien ministre de la défense)

Note de la traduction

(1)propos ironiques de l'auteur, la méthode préconisée étant inspirée de l'armée russe; de plus on peut penser que cette ville de Chelm est l'image d'une judéité diasporique et non israélienne, c'est à dire craintive, plus que prudente.

(2) alors que pensez-vous d'un désengagement de Judée et de Samarie prôné par Ehoud Olmert?

Traduit par Albert Soued pour www.nuitdorient.com

Qui est coupable de la douleur qui s’exhale sur une plage?
Charles Krauthammer
Washington Post, 16 juin 2006
Traduction française : Menahem Macina, l'UPJF.org

C’était une autre de ces images qui font instantanément le tour du monde. On y voyait une jeune Palestinienne gémissant d’un chagrin déchirant, pleurant la mort de son père, de la seconde épouse de celui-ci, et de cinq enfants du couple, tués par une explosion sur une plage de Gaza. Puis vint la condamnation. Le Président Mahmoud Abbas (un modéré !) appela immédiatement ce massacre un "génocide" israélien et, pour dramatiser le crime, adopta légalement la petite affligée.

La couverture de presse sensationnaliste et les accusations spectaculaires font surgir la question toute simple : Pourquoi Israël bombarderait-il une famille pacifique sur une plage ?

Maladroit, comme toujours, le gouvernement israélien a semblé s’excuser à mi-mot, en exprimant ses regrets à propos de ces morts, ce qui laissait entendre que, peut-être, elles avaient été causées par un obus israélien perdu, visant une position de lancement de roquettes. Mais ensuite, quelques jours plus tard, une enquête militaire concluait qu’Israël n’était pas en cause dans cette affaire.

Premièrement, parce que les fragments d’engin explosif, qui avaient été extraits des victimes (soignées dans des hôpitaux israéliens – une forme de "génocide"), n’étaient pas du type de matériau utilisé par l’artillerie israélienne.

Deuxièmement, parce qu’une photographie aérienne n’a pas permis de repérer [en cet endroit] un cratère comme celui qu’aurait dû causer un tir de l’artillerie israélienne.

Troisièmement, parce qu’Israël pouvait rendre compte de cinq des six obus tirés en direction d’une position de lancement de roquettes, située dans les parages, et que celui qui manquait avait été tiré au moins cinq minutes avant celui qui est censé avoir tué la famille palestinienne.

L’expert d’une branche locale d’un groupe de défense des droits de l’homme conteste les affirmations israéliennes. Soit. Concédons, pour les besoins du débat, que la question de savoir s’il s’agissait d’un obus perdu, reste sans solution. Mais la question qui va de soi, et qui n’est pas posée, est celle-ci : Qui encourt le blâme quand des Palestiniens installent des lanceurs de roquettes pour atteindre Israël – et les placent à moins de 400 mètres d’une plage remplie de familles palestiniennes en ce jour de "Shabbat" musulman ?

Réponse : C’est un exemple supplémentaire de la tactique palestinienne, classique et lâche, du bouclier humain, qui consiste à attaquer d’innocents civils israéliens en s’abritant derrière d’innocents civils palestiniens. A ce "jeu"-là, les terroristes palestiniens – et les gouvernements palestiniens (Fatah comme Hamas) qui leur permettent d’opérer sans encombres – sont toujours gagnants. En effet, si leurs roquettes lancées contre des objectifs israéliens tuent des Juifs innocents, personne au monde n’y prête attention, et c’est un succès de plus pour la guerre terroriste contre Israël. Et si des attaques israéliennes préventives contre ces bases de lancement de roquettes tuent malencontreusement des civils palestiniens, l’image emblématique d’un "massacre israélien" fait la Une du New York Times, et les Palestiniens gagnent la guerre de la propagande.

Mais une autre question, encore plus importante, n’est pas posée. Que les bases de lancement de roquettes soient situées tout près des plages civiles, ou dans des zones éloignées, pour quelle raison, somme toute, les Gazans lancent-ils des roquettes contre Israël ? - Ils en ont tiré environ un millier, l’an dernier.

Pour amener Israël à évacuer ses colons, à mettre fin à l’occupation et à permettre aux Palestiniens de parvenir à la dignité et à l’indépendance ?

Mais c’est exactement ce qu’a fait Israël, l’année dernière. Il a totalement évacué Gaza, démantelé toutes ses installations militaires, retiré ses soldats, détruit toutes les implantations israéliennes et expulsé la totalité des 7000 colons israéliens. Puis, Israël a défini la ligne qui sépare Israël de Gaza comme étant une frontière internationale.

Gaza est devenu le premier territoire palestinien indépendant qui ait jamais existé.
Et qu’ont fait les Palestiniens de cette indépendance, de ce territoire judenrein sous contrôle palestinien ? Ils ont utilisé leur indépendance pour lancer des roquettes sur des civils dans les villes israéliennes des environs.

Pourquoi ? Parce que les Palestiniens préfèrent le statut de victimes au statut d’Etat [1]. Ils l’ont démontré depuis 60 ans, à commencer par leur rejet de la décision des Nations Unies de créer un Etat Palestinien, en 1947, parce qu’elles auraient aussi créé un petit Etat juif mitoyen. Plutôt que d’y consentir, ils entrèrent en guerre.

Un demi-siècle plus tard, au sommet de Camp David avec le Président Bill Clinton, Israël renouvela l’offre d’un Etat palestinien – avec Jérusalem pour capitale, sans le moindre colon juif en Palestine, et sur un territoire continu représentant 95% de la Cisjordanie (Israël devant se contenter des 5% restant et des morceaux de territoires lui appartenant en propre).

Réponse palestinienne ? Une guerre, à nouveau – la guerre terroriste d’Arafat, autrement dit : la seconde Intifada, qui a tué des milliers de Juifs.

Cette adoption de l’état de victime et de martyr, du sang et de la souffrance, est la maladie palestinienne.

On leur a offert un Etat indépendant.

On leur a donné la totalité de la bande de Gaza.

Et ils répondent par des attaques de roquettes contre des villes israéliennes pacifiques, situées – il faut le rappeler – dans l’Israël d’avant 1967 !

Que peut faire Israël, si ce n’est tenter d’extirper ces bases de lancement de roquettes et leurs équipes ? Que feraient les Etats-Unis si des roquettes, tirées par-dessus la frontière avec Mexico, pleuvaient sur San Diego ? [2]

A présent, regardez à nouveau le terrible cliché [3] et posez-vous la question : Qui est responsable du chagrin déchirant de cette pauvre gamine palestinienne ?

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Notes du traducteur

[1] L’expression anglaise sonne avec beaucoup plus de force : " Because the Palestinians prefer victimhood to statehood ".

[2] Cet exemple américain peut ne pas être très signifiant pour des Français, par exemple. On peut en fournir plusieurs parallèles frappants. Je n’en évoquerai qu’un seul – hypothétique, pour l'instant. Supposons que les Basques français, après avoir en vain réclamé leur indépendance - assortie de la rétrocession d’une large portion de territoire français limitrophe, qu’ils prétendraient leur avoir appartenu dans le passé -, se mettent à bombarder des villes comme Narbonne ou Biarritz, que croyez-vous que feraient l’Etat français et son armée ? Pour montrer que ce n’est pas là pure fiction, lire une dépêche récente de l’AFP, intitulée "L'ETA appelle la France à s'impliquer".
[3] Il s’agit, bien sûr, de la photo – qui a fait le tour du monde - de la fillette se roulant, de désespoir, sur le sable de la plage, près du cadavre de son père.

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Volume V, Numéro 239 • vendredi le 16 juin 2006

Israël n'est pas responsable de l’explosion
sur la plage de Gaza

Résultats de la commission d’enquête
Communiqué de l'ambassade d'Israël en France, 13 juin 2006

Le Ministre de la Défense, Amir Peretz, le Chef d’Etat-Major, Dan Halutz, et le Général Meir Kalifi, responsable de la commission d’enquête, ont tenu une conférence de presse à Tel-Aviv, le mardi 13 juin pour présenter les résultats de ladite commission.

Amir Peretz a déclaré qu’il y avait suffisamment de preuves pour attester que l’explosion sur la plage de Gaza n’était pas due aux forces israéliennes, contrairement à ce qui a été décrit.

Dan Halutz a confirmé ce fait, ajoutant que tous les tirs israéliens du 13 juin dernier, provenant de la mer, de l’air ou de la terre avaient été examinés en détail. Il ressort de l’enquête que :

- Un éclat d’obus retiré du corps d’une des victimes hospitalisée en Israël (hôpital Ichilov de Tel-Aviv) a été examiné au laboratoire du Technion (Haïfa) : il ne s’agit pas d’un obus utilisé par Tsahal.

- Le trou laissé sur la plage, selon les photographies, ne semble pas avoir été dû à une explosion par le haut (cas d’un obus), mais à une explosion venant d’en dessous (cas d’une mine).

- Israël a recueilli une masse considérable de données indiquant que, durant les dernières semaines, depuis que des commandos israéliens se sont infiltrés dans la bande de Gaza (pour la première fois depuis le retrait israélien, en août 2005) afin de neutraliser les cellules responsables des tirs de roquettes, le Hamas a méthodiquement miné la plage nord de la bande de Gaza pour empêcher les Israéliens d’y revenir.

Selon le journal Haaretz, des Palestiniens ont été témoins que des militants du Hamas se sont précipités sur la plage après l’explosion et ont ramassé les débris dus à l’explosion.

Enfin, comme l’avait déjà attesté le commandant de Tsahal pour la région Sud, Yoav Galant, le dimanche 11 juin, sur les 6 tirs terrestres effectués le jour de l’incident, 5 ont atteint leur cible (des emplacements de lancement de roquettes Qassam), à 250 mètres de la plage. Le 6ème, dont l’impact n’a pas été trouvé, a, de toute façon, été tiré à 16h51, alors que l’explosion sur la plage a eu lieu, d’après les témoins palestiniens, entre 16h 57 et 17h 10 (pour plus de détails, lire la version en anglais)

Les conclusions de l’enquête menée après le drame survenu sur la plage de Gaza, le 9 juin, démontrant qu'Israël n’est pas impliqué, la manipulation cynique des images d’une malheureuse enfant pleurant la mort de sa famille n’a eu d’autre objectif que de jeter, une fois encore, l’opprobre sur Israël.

Israël défend ses citoyens

En vertu du droit international, Israël a non seulement le droit, mais également l’obligation de défendre ses citoyens.

Nous déplorons toute perte de vies humaines lors des opérations militaires destinées à protéger notre population contre la menace terroriste à laquelle elle continue d’être malheureusement exposée. Les civils palestiniens ne constituent certainement pas une cible et les pertes civiles palestiniennes résultent du fait que les terroristes opèrent, en toute connaissance de cause, à partir de zones à forte densité de population.

Israël constate, malgré l’évacuation de la bande de Gaza l’année dernière, une escalade inquiétante de la terreur contre son territoire, qui se traduit non seulement par une augmentation des tentatives d’attentats-suicide, mais aussi par des tirs incessants de roquettes Qassam et, récemment, de type Katioucha à portée plus longue et plus précise. Ces tirs se font de plus en plus intenses, ces dernières semaines, prenant la population des villes et kibboutzim du Néguev en otage.

En dépit de ces menaces et de la nette détérioration de sa situation sécuritaire, Israël a répété vouloir privilégier une solution négociée, sur la base de la Feuille de route, qui fixe clairement l’arrêt de la terreur comme première étape de son application.

Israël est prêt à négocier avec tout partenaire palestinien qui renonce au terrorisme, qui reconnaît son existence et s’engage à respecter les accords conclus. A cet effet, il est important de rappeler que le gouvernement Hamas, fidèle à sa Charte, refuse de reconnaître Israël, d’entamer un dialogue politique, de renoncer à la terreur et de respecter ces accords. Par conséquent, le Hamas rejette une solution à deux Etats, préconisée par la communauté internationale et dont le principe est accepté par Israël.

D’autre part, Israël constate, avec inquiétude, la détérioration des conditions humanitaires de la population palestinienne. Israël a proposé une aide importante par le biais d’organisations internationales en vue d’améliorer ces conditions, mais le Hamas, apparemment peu soucieux des conditions de vie de sa propre population, rejette tout mécanisme de contrôle concernant l’affectation de cette aide.

Tant que la population civile israélienne restera la cible des terroristes, Israël ne pourra que défendre ses citoyens. Israël ne vise jamais volontairement des civils palestiniens, mais du fait que les lanceurs de roquettes choisissant de tirer à partir de zones peuplées, des drames, tel celui du 13 juin, sont inévitables. Israël regrette les morts de civils suite à la frappe contre le camion du Jihad islamique, qui s’apprêtait à viser Ashkelon.

Retrouvez plus d'information sur le site de l’Ambassade d’Israël en France :

visionnez des vidéos, des cartes, consultez le catalogue de publications et commandez en ligne, accédez à Rachel, une présentation ludique et animée d’Israël pour les enfants, consultez les anciennes Newsletters, consultez les documents de référence et l'actualité.

Site de l’Ambassade d’Israël en France : http://paris.mfa.gov.il

Morts de la plage de Gaza:
Une vidéo palestinienne truquée

Itamar Marcus et Barbara Crook
Palestinian Media Watch, 13 juin 2006
Traduction française : Menahem Macina pour l'UPJF.org

La télévision de l’Autorité Palestinienne a diffusé, à plusieurs reprises, un clip vidéo falsifié des événements qui entourent la mort de sept membres d’une famille palestinienne sur la plage de Gaza, vendredi 9. Dans une tentative d’imputer ces morts à la marine israélienne, la Télévision de l’Autorité Palestinienne (PA TV) a utilisé une vidéo montrant un bateau israélien lance-missiles, faisant feu à Gaza, plus tôt dans la journée du vendredi, et l’a incluse dans les scènes du drame de la plage, créant ainsi l’impression d’une responsabilité israélienne.

Cliquer sur le lien pour voir cette vidéo falsifiée par la Télévision Palestinienne

Ci-après, la durée des images introduites frauduleusement dans la séquence vidéo :

00 - :32 secondes : Le clip de PA TV débute par une scène montrant le bateau lance-missiles tirant vers la côte de Gaza. Une séquence audio de sirènes d’ambulances est ajoutée pour créer l’impression fallacieuse que le bateau tirait au moment où les ambulances étaient sur les lieux.
0:32 - 1:05 : On passe directement à la scène des victimes, pour créer un lien fallacieux entre les deux actions.
1:05 - 1:09 : La prise de vues revient au vaisseau et montre un marin regardant vers la plage à la jumelle, créant à nouveau l’impression qu’il regarde l’évacuation des victimes.
1:09 - 2:00 : La scène de l’évacuation continue et se termine par le mot "Pourquoi ?" inscrit sur l’écran, uniquement en anglais, indiquant que la cible de cette intoxication est une audience étrangère, vraisemblablement les médias.

Bien entendu, la vidéo de la marine israélienne n’avait aucun rapport avec les morts de la plage. En effet, réalisée plus tôt dans la journée, elle avait déjà été diffusée aux médias et sur Internet par l’armée israélienne elle-même, à 16h, une heure avant le carnage.

Commentaire de PMW :

Il convient de noter que non seulement la vidéo est falsifiée, mais que la scène de la plage conforte clairement l’affirmation israélienne selon laquelle les morts n’ont pas été causées par un obus israélien. L’impact d’un obus de ce type eût creusé un cratère géant [1] et répandu du sable sur toute la zone, ainsi que sur les victimes. Il n’y a aucun cratère et les lieux de la plage ne sont pas sens dessus dessous comme c’eût été le cas si un obus israélien était tombé dans le voisinage.

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Note de la Rédaction de l'Upjf

[1] C'est l'inverse qui est vrai. Un obus de marine creuse un cratère, nettement repérable, certes, mais pas "géant". En réalité la configuration du terrain tel qu'il est visible sur la vidéo mise en ligne en son temps, sur le site de Maariv, témoigne d'un vaste souffle qui a bouleversé le sable de la plage (indice d'une explosion de surface et non du résultat d'un impact). En tout état de cause, aucun cratère n'est visible. C'est ce qu'il faut retenir. Je rappelle au passage que je soutiens cette thèse depuis le début de l'affaire, voir : "La redoutable force de frappe médiatique des Palestiniens" ; "Gaza: bavure israélienne ou dissimulation palestinienne de preuves ?" ; "Mélodrame et cynisme sont les deux mamelles de la propagande de l’AP".

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Volume V, Numéro 238 • vendredi le 9 juin 2006

Les «causes» du terrorisme
Annette Paquot
Le Devoir, 9 Juin 2006

Dans un éditorial sans ambiguïté et très ferme consacré aux suites de l'arrestation à Toronto des 17 personnes accusées de complot terroriste et condamnant les pratiques religieuses extrémistes, Josée Boileau note avec justesse qu'«il est très agaçant de se faire dire que l'extrémisme est suscité par les stéréotypes ethniques véhiculés par ce qu'il faut bien appeler la majorité» (Le Devoir, 8 juin 2006).

Cette remarque pose la question des causes de l'extrémisme, du terrorisme en général et du terrorisme islamiste en particulier. New York, Bali, Jérusalem, Madrid, Londres et maintenant Toronto : le terrorisme islamiste interpelle émotivement chacun de nous, qui sommes des cibles et ne voulons pas mourir. Il interpelle aussi notre raison. Nous sachant menacés, nous essayons d'évaluer l'importance et l'imminence de la menace, de définir sa nature exacte et, mettant notre raison au service de notre survie, de trouver les moyens d'y parer.

Dans cette démarche intellectuelle, un des points auxquels s'attache le plus souvent notre réflexion est tout naturellement celui des «causes» du terrorisme. Comprendre, pensons-nous, c'est pouvoir reconstituer l'enchaînement des causes. Si elle y parvient, notre raison est satisfaite. Notre instinct de survie, lui aussi, est rassuré si nous pouvons répondre à cette question car qui connaît les causes d'un phénomène peut s'y attaquer. Supprimer la «cause» du terrorisme, c'est briser cet enchaînement et donc pouvoir espérer échapper à la menace.

Voilà ce qui explique, je crois, qu'on s'interroge, dans tant de forums publics et tant de conversations privées, sur les causes de ce phénomène.

La logique de ceux qui attaquent

Cette question des causes, certains la posent fréquemment en s'attachant à ceux qui sont l'objet des attaques terroristes c'est-à-dire les Américains, les Britanniques, les Espagnols, les Israéliens, les Canadiens... bref, à nous, citoyens des démocraties occidentales, qui, à l'heure actuelle, sommes attaqués ou à tout le moins menacés. Ils pensent que si les terroristes nous attaquent, veulent nous détruire ou nous avoir à leur merci, c'est parce que nous sommes trop ceci ou trop cela, parce que nous participons d'un système qu'ils réprouvent ou parce que la politique que mènent certains de nos pays est orientée de telle ou de telle façon.

Mais il faut combattre cette façon de voir les choses. La cause du 11-Septembre ne se trouve pas chez les Américains, celle du terrorisme de l'intifada ne se trouve pas chez les Israéliens et celle du complot fomenté par les personnes récemment arrêtées à Toronto ne se trouve pas au Canada. La cause du machisme ne se trouve pas chez les femmes, celle de l'antisémitisme chez les juifs, celle du racisme contre les Noirs chez les Noirs. La cause de l'intifada ne se trouve pas dans l'occupation israélienne ni -- a fortiori -- dans la visite d'Ariel Sharon à l'esplanade des Mosquées. Penser que la cause du terrorisme se trouve chez ceux qu'il attaque, c'est déjà donner raison aux terroristes, entrer dans leur logique et donc leur concéder un début de victoire.

Même quand nous considérons les acteurs et reconnaissons que la haine et le mépris des femmes, des juifs ou des Noirs se trouve dans le coeur des machistes, des antisémites et des racistes, nous confondons trop souvent cause et motivation. Cette haine les pousse à agir mais ne constitue pas la cause de leur action.

Responsables

Il en va de même des terroristes : dire que la cause du terrorisme réside dans le fait qu'ils sont pauvres, occupés, exploités, objets de préjugés négatifs ou de discrimination, c'est ignorer que d'autres populations pauvres, occupées ou exploitées n'ont pas «produit» de terrorisme et qu'on peut subir la discrimination et les préjugés et lutter contre eux sans devenir terroriste kamikaze. En tant que sujets, ils sont responsables de ce qu'ils font et pourraient agir autrement.

Oussama ben Laden aurait pu ne pas attaquer le World Trade Center, les terroristes palestiniens auraient pu ne pas faire sauter des autobus et des restaurants remplis de civils et les jeunes Londoniens auraient pu ne pas mettre de bombes dans leur métro. Ces actes sont les réponses qu'ils ont choisi d'apporter à une situation donnée.

Raisonner en fonction de causes fait l'impasse sur la responsabilité et sur la liberté. Penser un phénomène humain de façon aussi mécaniste nie aux acteurs leur pleine qualité de sujets responsables de leurs actes. Cela conduit aussi à une indulgence complaisante et dangereuse.

Les terroristes agissent pour des raisons qui leur sont propres, ils sont inspirés par des motivations précises et sans doute variées et ils poursuivent des objectifs bien définis. Ni ces motivations ni les raisons qu'ils invoquent ne sont des causes. Ce n'est pas à leurs victimes d'assumer la responsabilité de leurs actions.

(Annette Paquot, professeure titulaire à l'Université Laval, est membre du Conseil Editorial de l'ICRJ.)

Le «J'accuse» de Fatima Houda-Pepin
La députée libérale dénonce la «propagande haineuse» des «extrémistes»
Antoine Robitaille
Le Devoir, 8 Juin, 2006

Québec -- Une «propagande haineuse», un véritable «cancer», se dissémine dans notre société depuis 25 ans, «sous couvert de religion», l'islam «réductionniste», a accusé hier la députée libérale de Lapinière, Fatima Houda-Pepin, dans un entretien au Devoir où elle a remis en question la représentativité de certains des porte-parole de cette communauté. Seule élue québécoise musulmane, elle insiste pour dire qu'elle ne veut d'aucune façon préjuger de la culpabilité des 17 présumés terroristes torontois, arrêtés vendredi. Elle souscrit évidemment aux appels au calme et à la prudence.

Mais elle considère que Québécois et Canadiens, quelle que soit l'issue des procès», doivent prendre conscience d'un fait : «Tant et aussi longtemps qu'on laissera des gens, ici, faire des endoctrinements et lancer des messages de haine à l'encontre des autres parce qu'ils sont d'une autre religion, d'une autre culture, d'une autre idéologie ou d'une autre pratique religieuse, nous allons avoir des problèmes.»

Mme Houda-Pepin, qui n'a jamais été tendre à l'endroit des sections radicales de l'islamisme, avait présenté l'an dernier une motion à l'Assemblée nationale (finalement adoptée à l'unanimité) en opposition au projet de tribunaux islamiques en Ontario.

Elle s'inquiète des propos auxquels les citoyens musulmans sont exposés «dans des lieux de culte» ou «dans des cercles de réflexion ou d'échange spirituels». Là, dit-elle, se tiennent «des discours haineux extrêmement violents à l'endroit de tous les "mécréants"; entendez par "mécréants" tous ceux qui ne sont pas musulmans, d'une part, et, d'autre part, les musulmans qui ne pensent pas comme eux». Selon la députée, «la violence commence là : lorsqu'on propage un discours de haine à l'encontre de l'autre, à cause de sa différence». D'après elle, «il faut arrêter de se fermer les yeux sur cette réalité parce que nous sommes tous perdants si on continue de fermer les yeux sur ce phénomène».

Comme les skinheads

Elle s'étonne du fait que l'on soit si vigilant envers les «discours haineux» que propagent les «skinheads», par exemple, mais dès que des propos de la même eau sont formulés dans un discours «religieux», on laisse faire. «Je présume et je suppose qu'il est permis d'interdire !», dit-elle en contre-pied au fameux slogan de mai 1968, «il est interdit d'interdire». Elle fait remarquer que le code pénal canadien contient «tout ce qu'il faut» pour mettre fin à cette «propagation haineuse sous couvert de religion». «C'est aux autorités compétentes d'agir en conséquence», insiste-t-elle.

Surtout que toute cette haine est un produit d'importation qui cause un problème de représentativité. Ses propagateurs font partie, dit-elle, d'un «petit segment minoritaire» chez les musulmans d'ici, «une mouvance alimentée aux conflits importés d'ailleurs, aux sensibilités venant d'ailleurs; elle s'est organisée autour d'un certain leadership importé d'ailleurs», affirme-t-elle. Elle pense par exemple «à des gens qui viennent ici comme imams, ils sont formés à l'étranger, payés par l'étranger, pour promouvoir au Québec et au Canada un islam de l'étranger qui n'a aucun rapport avec la réalité et les contextes proprement québécois et proprement canadiens».

Ce «segment» travaille depuis longtemps au Canada, depuis quelque «25 ans», soutient-elle. Et ceux qui le composent sont bien alimentés à tout point de vue (financement, mobilisation, structure) et cherchent à s'imposer par tous les moyens aux communautés musulmanes. «D'une certaine manière, ils essaient de définir la communauté au Canada et au Québec», dit-elle.

Mais il y a un problème : «N'importe qui peut se déclarer imam», déplore Mme Houda-Pepin. «Ce n'est pas comme le sacerdoce, où vous avez une structure, une Église organisée, où les titres valent quelque chose, où les gens ont passé à travers une formation académique, une formation personnelle, qui les a amenés à une reconnaissance d'un statut précis.» Même si vous faites n'importe quel métier, soutient-elle, «vous pouvez presque entrer dans une mosquée, dire que vous voulez être un imam et vous êtes un imam ! Pourvu que vous ayez l'argent qui coule derrière vous, parce que c'est ce qui est nécessaire. Et alors, vous pouvez prendre la communauté en otage».

En contrepartie, «l'immense majorité» de cette communauté, dit-elle, ne se reconnaît pas dans ces imams souvent invités par les médias pour parler au nom des musulmans. «Il n'y a pas de leadership unifié, il n'y a pas d'interlocuteurs qui vont refléter l'opinion, le point de vue ou le sentiment de la très vaste majorité», déplore-t-elle. «Ceux qui s'intègrent, ceux qui vivent en harmonie avec leur milieu ne sont pas organisés, n'ont pas de voix reconnue pour refléter leurs sentiments et leurs réactions.» Et cette situation est «profondément dramatique», souligne Mme Houda-Pepin, parce que de nombreux membres de cette majorité «non organisée» se sentent floués : «Quand on les rencontre, ils vous disent : "Moi, j'ai quitté mon pays, j'ai quitté ma famille pour fuir l'extrémisme, la violence, le fanatisme, pour combattre ces éléments-là, et ici, on m'associe à ceux qui représentent cela !"», raconte la députée.

Un «cancer»

Ainsi, s'il faut bien sûr faire «tous les efforts nécessaires pour encourager l'intégration des communautés musulmanes au Québec, au Canada», il faut aussi, selon elle, «avec la même énergie et avec la même force, dénoncer les éléments extrémistes qui sont en train de disséminer une vision de l'islam qui est totalement en rupture avec ce qu'on devrait vivre dans le monde moderne. C'est un vrai cancer qui est en train de se répandre dans la communauté». À preuve, ces burqas qui se multiplient chez nous et qui, notamment, étaient omniprésentes autour du palais de justice : «C'est une violence faite aux femmes de les forcer à porter ça, une ségrégation. On leur apprend à haïr l'autre, on leur apprend à ne pas donner la main à l'autre. On leur apprend à prendre leurs distances par rapport à l'autre.»

Lutter contre l'extrémisme ici, c'est du reste aider d'autres pays musulmans qui tentent de s'en sortir, affirme-t-elle. Il faut en somme agir localement et penser globalement car il y a aujourd'hui un extrémisme sans frontières qui est un sous-produit de la mondialisation. «L'ayatollah Khomeiny, lorsqu'il est rentré en Iran en 1979, il est parti d'où ? De la banlieue de Paris, rappelle la députée. Est-ce que vous vous rendez compte que plusieurs mouvances qui se déploient à l'heure actuelle dans le monde ont leurs pieds à terre dans les pays démocratiques pour frapper ces autres pays qui cherchent justement à leur barrer la voie chez eux ? L'internationalisation est déjà là. Donc, personne ne peut mener ce combat-là seul.»

Le discours de Mme Houda-Pepin débouche sur un plaidoyer pour l'aide internationale à ces pays aux prises avec l'islamisme, par exemple le Maroc. «Si on est capable de dépenser des milliards de dollars pour envoyer des soldats en Irak prétendument pour implanter la démocratie, est-ce qu'on ne pourrait pas prendre le quart de cet argent-là et aider des pays qui veulent aller vers la démocratie et les soutenir dans leur destin ?»

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Volume V, Numéro 237 • vendredi le 2 juin 2006

Dissuader ceux qui sont déjà morts ?
Laurent Murawiec
BESA Center for Strategic Studies Bar ­Ilan University , 25 mai 2006
Traduction française : Menahem Macina

La dissuasion est effective lorsque quelqu’un est authentiquement capable de menacer le centre de gravité de son ennemi : la menace d’infliger des pertes inacceptables, que ce soit dans une rixe de bar ou dans une escalade nucléaire. La logique qui préside à la dissuasion est : cela en vaut-il la peine ? Le rapport coût-bénéfice de l’initiative envisagée est-il tellement négatif qu’il réduirait à néant le capital investi ? La dissuasion est effective lorsque le prix à payer par la partie sur laquelle elle s’exerce excède énormément les bénéfices escomptés. Mais la dissuasion n’atteint son but que si l’ennemi est capable de, ou disposé à entrer dans la même logique. Si les règles du jeu de l’ennemi sont différentes et qu’il raisonne selon d’autres règles, il ne se laissera pas dissuader. Les Philistins ne pouvaient rien faire pour dissuader Samson. Si le calcul est : je donne ma vie terrestre sans valeur en échange du triomphe d’Allah sur la terre et d’une éternité de béatitude, si l’ennemi veut mourir, s’il désire l’apocalypse, rien ne pourra l’en dissuader.

Quand Mahmoud Ahmadinejad était maire de Téhéran, il a proposé avec insistance que les routes principales de Téhéran soient élargies pour que – expliquait-il – le jour de sa réapparition, l’Imam caché, Mohammed ibn Hassan, dont la grande "occultation" a eu lieu en 941 de notre ère puisse fouler des avenues spacieuses. Plus récemment, il déclara au ministre indien des Affaires étrangères : « dans deux ans, tout sera réglé », sur quoi le dignitaire invité se méprit en croyant que l’Iran prévoyait de posséder des armes nucléaires dans un délai de deux ans. Il fut stupéfait d’apprendre plus tard qu’Ahmadinejad avait voulu dire que le Mahdi apparaîtrait dans deux ans, ce qui ferait disparaître tous les problèmes du monde.

A vrai dire, cette attitude n’est pas nouvelle, et elle ne doit pas nous surprendre : les idées religieuses et leurs cousines éloignées, les représentations idéologiques, ne déterminent pas seulement les croyances de ceux qui y croient, mais leurs actions. La vérité est comme envahie par la foi, et la foi, à son tour, façonne la réalité du croyant. La différence entre le religieux et l’idéologie religieuse est la suivante : le croyant religieux admet que la réalité est un donné, alors que le fanatique risque tout sur une pseudo-réalité de ce qui devrait être. Le croyant religieux admet la réalité et s’emploie à l’améliorer, tandis que le fanatique la rejette, refuse tout compromis avec elle et essaie de la détruire pour y substituer sa perception visionnaire.

Pat Moyniham fit un jour cette remarquable réponse à un opposant : « Vous avez le droit à vos opinions, mais pas à vos réalités ». Ahmadinejad vit davantage dans ses croyances que sur notre terre commune. Nous avons la même planète en partage, mais pas les mêmes réalités. Le partage prend la forme de bombes et de balles.

Ahmadinejad veut hâter la réapparition de l’Imam Caché, dont la venue, selon l’apocalyptique islamique traditionnelle, et spécialement shiite, sera le Signe que l’Heure est venue, que la Fin des Temps est proche. La politique d’Ahmadinejad ne peut être appelée "radicale", par opposition à "modérée". Sa politique est apocalyptique et eschatologique. Sa perspective n’est pas terrestre mais vise l’au-delà. Le célèbre Ayatollah Khomeiny disait : « Nous n’avons pas fait une révolution pour faire baisser le prix du melon ». Le rôle du Mahdi, lors de sa réapparition, sera de prendre la tête de la grande guerre finale qui aboutira à l’extermination des Incroyants, à la fin de l’Incroyance et à la complète domination de la loi de Dieu sur toute l’humanité. La Umma [communauté musulmane] s’étendra jusqu’à absorber l’ensemble du monde.

La politique mise en œuvre par la nébuleuse au pouvoir à Téhéran – Ahmadinejad, les Pasdaran, les Basiji, le ministère du Renseignement, le Guide Suprême Khamenei – est apocalyptique et millénariste, mais aussi autiste: rien de ce qui, dans le monde, contrevient à leur sens perverti de ce qui est ou devrait être, n’a droit de cité ; inversement, tout ce qui, dans le monde, contredit leurs représentations doit être éradiqué : seules leurs représentations ont le droit d’exister. Dans leur révolte contre l’Ordre du monde, ils sont déterminés à imposer à ce monde un Ordre qui est incompatible avec la plupart des institutions et des gens. Ils sont prêts à détruire un monde qui refuse leur dawa et s’accroche, de manière opiniâtre, à ses conceptions, pour faire prévaloir leurs vues extravagantes.

Le djihad contemporain n’est pas une question de politique (en matière d’"occupation", d’"injustices", de colonialisme, de néocolonialisme, d’impérialisme et de sionisme), mais une question de foi gnostique. Par conséquent, les tentatives de traiter le problème sous l’angle politique ne permettent même pas de percevoir sa nature. L’aspirine, comme la pénicilline, sont une bonne chose, mais elles sont de peu d’utilité pour combattre les maladies de l’esprit. J’insiste sur le fait que je ne dis pas ici que djihadistes sont "cinglés". Je dis qu’ils sont atteints d’une maladie de l’esprit, et cette maladie est la religion politique du Gnosticisme moderne dans sa version islamique.

Faisons un retour en arrière, si vous le voulez bien, sur ce qui s’est passé le 28 septembre 1971, au Caire. Le Premier ministre de Jordanie, Wasfi al Tell, qui était menacé de représailles par le mouvement palestinien, pour ce qu’on a appelé Septembre Noir, en 1970, entre dans le salon de l’Hôtel Sheraton. "Cinq balles, tirées à bout portant, [l’]atteignirent… Il tituba… tomba, touché à mort, parmi les éclats de verre sur le sol de marbre. Tandis qu’il agonisait, l’un des tueurs se pencha sur lui et lapa le sang qui coulait de ses blessures". La multiplication d’incidents similaires nous indique qu’il ne s’agit pas de 'dommages collatéraux', ni d’événements fortuits. Ils n’appartiennent pas à la sphère de la politique traditionnelle, ils ressortissent plutôt à un 'ailleurs' de la géopolitique.

Les soldats tuent. Les terroristes tuent. Le djihad moderne lape le sang. La sacralisation du sang, la profonde admiration pour la sauvagerie, le culte de l’assassinat, l’adoration de la mort, sont inséparables du djihad arabo-musulman contemporain. Assassiner de manière horrible, infliger des souffrances avec joie et de manière sanglante, sont des comportements célébrés et présentés comme des modèles à imiter et des actes exemplaires qui plaisent à Allah. Ce ne sont pas là de purs échos d’une attitude archaïque à l’égard de la mort. J’ai rassemblé, comme peut le faire tout un chacun, des dizaines d’exemples de sacrifices humains infligés par des djihadistes islamistes de tout acabit. Cette pornographie du crime est infinie. Elle va du meurtre gratuit de Léon Klinghoffer [9], jusqu’aux instructions de Mohammed Atta– « Votre couteau doit être bien aiguisé et vous ne devez pas causer de la souffrance à votre animal durant le massacre ». Elle passe aussi par le cimetière du Behesht Zahra, le "Paradis des Fleurs", près de Téhéran, avec sa Fontaine de Sang. Ou encore par ce rapport sur le meurtre d’un intellectuel algérien, le "Dr Hammed Boukhobza, qui fut tué par un groupe de terroristes islamistes dans la ville de Telelly […] ". "On ne se contenta pas de le tuer dans son appartement, mais sa femme et ses enfants, qui voulaient fuir, furent contraints de voir comment on le coupait littéralement en morceaux et lui arrachait lentement les entrailles, alors qu’il respirait encore. Manifestement, les terroristes aimaient voir cette souffrance et voulaient que la famille du supplicié partagent leur plaisir."

L’accumulation de tels actes montre qu’ils ne constituent pas un épiphénomène mais sont au cœur du dessein du djihadiste. Ils sont diffusés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur des chaînes, telle Al Jezira et beaucoup d’autres. On les regarde et les célèbre avec avidité, on organise des projections privées et familiales. Pensons aux photos et aux vidéos d’assassinats, Daniel Pearl, Paul Johnson, meurtres en direct destinés à être vus par le public. Une photo, prise le 12 octobre 2000, en est peut-être le pire symbole : un jeune homme montre à une foule palestinienne jubilante ses mains dégoulinantes du sang de deux soldats israéliens assassinés. Il y a une demande publique correspondant à l’offre : des films de meurtres gores sont utilisés comme des repères identitaires. Ils témoignent du triomphe d’une théologie de la mort, une "production de mort", comme avaient coutume de dire les idéologues baathistes (la prétendue distinction entre les nationalistes arabes ou panarabes apparemment 'laïques', et les structures religieuses, est vide de sens quand il s’agit de vie ou de mort, comme c’est le cas), et une 'industrie de mort', comme un ouléma saoudien en vue l’appelait fièrement. Il faut entendre le thème chanté d’un chant funèbre hypnotique des Frères Musulmans : Allah ghayatuna/Al Rasul zaimuna/Al Quran dusturuna/Al Jihad sabiluna/Al mawt fi sabil Allah asma amanina/Allah akbar. Ces mots doivent être pris au sérieux, voire littéralement, comme les événements l’ont montré. Hassan al Banna a, à maintes reprises, loué l’"art de la mort" de sa Confrérie (fann al­mawt). C’est un amour de la mort, une pathologie du martyre, ou un nihilisme : lorsqu'une société tout entière s’oriente dans cette direction, cette société est en train de devenir suicidaire. Une société qui entraîne ses jeunes vers le meurtre et la recherche de la mort fait des choix qui mènent à son extinction. « Nous aimons la mort plus que vous aimez la vie ».

Si vous dépréciez et méprisez la vie et qu’à l’inverse, vous concentrez tous vos désirs sur la mort, le passage dévotement désiré vers la vie glorieuse de l’au-delà par la voie de la shahada [martyre], 'troquer' (comme dit le Coran) sa vie terrestre pour celle de l’au-delà, est beaucoup plus facile, et prendre la vie des autres est une procuration, c’est une obligation, un sacrifice. Le meurtre par suicide tel qu’il est abondamment pratiqué contre Israël, l’Inde et, plus récemment, les Etats-Unis, est causé par cette pathologie collective de l’esprit, l’idéologie religieuse gnostique. Il y a des causes secondaires, combinées, mais elles ne sont que cela, des auxiliaires de l’idéologie.

Les croyants – ici, les djihadistes - sont les Elus : eux et eux seuls, connaissent le dessein de Dieu sur le monde ; ils ont été choisis par Lui pour mener et gagner la Bataille finale et cosmique entre Dieu et Satan, et faire advenir la perfection sur la terre, en l’occurrence, l’extension de la loi et du règne de Dieu, le dar al islam, pour l’humanité tout entière. Qui que ce soit d’autre a tort et est mauvais, jahili, c’est un ennemi que l’on peut et que l’on doit tuer à son gré. La réalité, c’est-à-dire la Création, est irrémédiablement pervertie. Les Parfaits sont "une élite de surhommes immoraux" (Norman Cohn), qui savent ce que la réalité doit 'réellement' être. Ils ont entrepris de transformer le monde pour qu’il soit conforme à la 'seconde réalité' qu’eux seuls connaissent, grâce à leur savoir exceptionnel, la gnose. Pour parvenir de A à B, du monde mauvais d’aujourd’hui au monde parfait de demain, des torrents de sang doivent être versés dans un combat exterminateur, le sang de tous ceux dont les actes ou dont l’existence même entrave l’accomplissement de la mission du Mahdi. Grâce à leur condition extraordinaire, les Parfaits sont au-dessus de toutes les lois et règles. Tout ce qu’ils font est voulu et ratifié par Dieu. Leur intention est garante de leurs actes. Eux seuls sont capables de décider de la vie et de la mort. Le pouvoir que cette idéologie confère à ses partisans est exaltant. Ils aiment la mort plus que nous aimons la vie.

Durant cinq cents ans, de 1100 à 1600, l’Europe a été ruinée par des insurrections gnostiques, des Flandres à l’Italie du Nord, de la Bohème à la France : pastoureaux taborites, flagellants, esprits libres, anabaptistes, etc. Le schéma de croyance, décrit ci-dessus était le leur. Ils recrutèrent des centaines de milliers de gens, menacèrent des royaumes et renversèrent des duchés, ils massacrèrent des Juifs, des prêtres et des gens riches, ils créèrent leurs propres 'républiques' grotesques, sanguinaires et totalitaires.

"Bientôt nous boirons du sang au lieu de vin", affirmaient les chefs de la principale rébellion, "ceux qui n’acceptent pas le baptême… doivent être tués, puis ils seront baptisés dans leur sang". Et un autre : "Maudit soit l’homme qui retient son épée de verser le sang des ennemis du Christ. Tout croyant doit laver ses mains dans ce sang… tout prêtre doit légalement pourchasser, blesser et tuer les pécheurs". Et "les Justes… ne se réjouiront pas en voyant la vengeance et en se lavant les mains avec le sang des pécheurs". Ecoutons Thomas Müntzer : "maudits soient les incroyants… ne les laissez pas vivre plus longtemps, les malfaisants qui se détournent de Dieu. Car un impie n’a pas le droit de vivre s’il gêne le pieux. L’épée est nécessaire pour les exterminer… s’ils résistent, qu’ils soient massacrés sans merci… les impies n’ont pas le droit de vivre, sauf si les Elus choisissent de le lui permettre… Maintenant, attaquez-les… il est temps… Ces vauriens sont aussi désespérés que des chiens… Ne prêtez pas attention aux lamentations des impies ! Ils vous imploreront… ne vous laissez pas apitoyer… Attaquez-les ! Attaquez-les ! Tant que le fer est chaud, ne laissez pas votre épée se refroidir ! Ne la laissez pas boiter !"

En règle générale, on entend les mêmes harangues de la bouche des islamistes radicaux. "Mourez avant de mourir", dit Ali Shariati, le fidèle shiite. "Celui qui saisit un fusil, un couteau de cuisine, ou même un caillou comme arme pour tuer les ennemis de la foi a sa place assurée dans les cieux. Un Etat islamique est la somme totale de fidèles individuels de cette sorte. Un Etat islamique est en état de guerre jusqu’à ce que le monde entier voie et accepte la lumière de la Vraie Foi", dit l’Ayatollah Fazlallah Mahalati, organisateur des pelotons iraniens d’assassinat. "Permettre aux infidèles de rester en vie signifie leur permettre de causer davantage de corruption. Les tuer est une opération chirurgicale ordonnée par Allah… la guerre est une bénédiction pour le monde et pour toute nation. C’est Allah lui-même qui ordonne aux hommes de faire la guerre et de tuer… C’est la guerre qui purifie la terre", a dit Ruhollah Khomeiny. Et l’article 15 de la charte du Hamas illustre cela : "Je veux réellement aller à la guerre pour Allah ! J’attaquerai et je tuerai ! J’attaquerai et je tuerai ! J’attaquerai et je tuerai !" Comme je l’ai dit, un soldat tue, un djihadiste aime tuer. Et quelle fut la lugubre arithmétique prônée par certains djihadistes ? Puisque les Américains ont, soi-disant, tué beaucoup de musulmans, les musulmans étaient "en droit" de tuer 4 millions d’Américains, enfants inclus. La Torah relate la fin des sacrifices humains : elle déclare avec force que la Loi de Dieu est : TU NE TUERAS PAS, ce qui fut adopté par les chrétiens. Le djihad d’aujourd’hui est une énorme régression aux temps pré-abrahamiques, à Moloch et à Baal.

A l’époque moderne, en Occident, comme l’ont montré Eric Voegelin et Norman Cohn, l’idéologie s’est transformée et a pris des formes laïques – nazie et bolchevique, en particulier. L’islam était lourdement chargé de contenus gnostiques, et avait été formé par une matrice tribale, favorisant, par nature, des tendances manichéennes ("eux" par rapport à "nous"). Le saut de la religion seule à l’idéologie religieuse était facile. Il fut accompli, au XIXe siècle, par Jamal al ­Din al ­Afghani. Marchèrent à sa suite : Abu Ala Mawdoodi, Hassan al­ Banna, Sayyid Qutb, Ali Shariati, Ruhollah Khomeiny, Osama bin Laden. Le Hamas, le Hezbollah, le Deobandi de l’Asie du Sud, la Jamaah Islamiyya indonésienne, les Taliban, les Wahhabites, partagent cette conception.

Sachant cela, pourquoi ne décourageons-nous pas les modernes gnostiques, les djihadistes ?

D’abord, nous ne le faisons pas. Ceux qui sont déjà morts, qui se considèrent comme morts au monde et vivants pour le monde à venir, ceux qui veulent mourir, ne peuvent généralement pas être découragés. La foi a été décrite comme une croyance aux choses invisibles. Le gnosticisme est une croyance en une réalité imaginaire qui est considérée comme plus réelle que la réalité commune : les gnostiques ne croient pas à ce qu’ils voient, ils voient ce qu’ils croient. On ne peut décourager cela. Imaginez qu’Oussama bin Laden soit devant vous : comment allez-vous le dissuader ? Et Zawahiri, ou Zarqawi ? Dissuasion ? N’y pensez même pas. La dissuasion aurait pu marcher avant que le djihad contemporain ait atteint sa masse critique, peut-être aux alentours du milieu des années 1990.

Si notre ennemi était un simple 'terrorisme', nous pourrions l’empêcher de nuire, chèrement, sans aucun doute : en détruisant le lien entre Saoudites et Wahhabites et leur mainmise sur le pouvoir, en balayant la force des ayatollahs iraniens, et en exerçant une forte pression sur la nocive communauté du renseignement militaire pakistanais – en fin de compte, les parties centrales du terrorisme musulman. L’effondrement de cette structure de terreur aurait entraîné celui du terrorisme. Mais le terrorisme lui-même n’est rien d’autre que le principal instrument du djihad : le principe directeur est le djihad, pas le terrorisme. L’objectif des djihadistes (selon la terminologie de Clausewitz, le Zweck), selon les mots mêmes du Coran, est de jeter la terreur dans le cœur des incroyants, c’est un objectif quasi militaire : une fois terrorisés, les Incrédules, les schismatiques et les polythéistes se convertiront, se soumettront ou mourront. L’objectif stratégique (Ziel) du djihad est la mainmise gnostique sur le monde. Dans une certaine mesure, nous serions capables d’affaiblir, d’entraver ou de retarder le Zweck. Mais le Ziel est inconditionnel et ne peut être modifié. Pouvons-nous empêcher le djihad de nuire en lui arrachant ses crocs terroristes ?

Quelques contournements sont efficaces. La manière dont l’armée israélienne et les forces de sécurité ont impitoyablement épuisé la force du terrorisme islamique, principalement par le rythme élevé de l’usure de son cadre de commandement, est exemplaire et devrait faire l’objet d’études et d’imitation ailleurs, dans des conditions différentes.

Le djihad contemporain, comme son émanation, le terrorisme, est une chaîne intégrale : tant qu’il est islamiquement fascinant d’être un membre du clergé qui promulgue des fatwas appelant au meurtre de civils israéliens, ou de GIs américains, le clerc continuera. Une fois mort, il cessera son activité. Il en sera de même du président d’une association de bienfaisance qui transfère de l’argent au djihad. Même chose pour l’officier de haut rang du renseignement qui entraîne ou infiltre des terroristes, pour le prédicateur qui provoque, pour le professeur de madrasa ou d’université qui fait du lavage de cerveaux, pour le prince qui ment par peur, et pour l’ayatollah qui envoie des équipes de tueurs, etc. Telle est la dissuasion que lançaient ceux dont on ne parle plus, pour encourager les autres, comme on dit en français.

Le djihad est l’idéologie influente d’un certain nombre d’Etats ; des Etats peuvent être contraints et frappés. Cette approche est une variante de la notion de décapitation, ou de la formulation de ciblage nodal créée par le théoricien de la force aérienne militaire. Ce n’est pas tant le hardware des djihadistes qu’il faut frapper que leur software, mais pas par une frappe légère.

Qu’a fait l’Europe pour écraser les insurgés gnostiques au début et à la fin de l’époque médiévale ? Churchill a dit un jour : "Si Hitler envahissait l’enfer, je ferais au moins une référence favorable au démon à la Chambre des Communes". De manière analogue, j’aurai un mot aimable pour l’Inquisition (pas pour l’espagnole, toutefois), qui a fait du bon travail en nettoyant ce gâchis. On les a pourchassés et tués. Thomas Müntzer fut vaincu, capturé et décapité en 1525. Le roi des Anabaptistes de Münster, John von Leyden et son entourage furent exécutés en 1535. A titre d’avertissement épouvantable, leurs corps furent suspendus dans des cages de fer du haut de la tour de l’église Saint Lambert, dans cette ville. Ceux qui survécurent se cachèrent dans l’attente de jours meilleurs. Ce qu’ils avaient découvert, c’est que leur révolte était sans espoir, qu’elle était inutile et que de lever trop haut la tête était le plus sûr moyen de la perdre. Leur volonté avait été brisée. Le trauma qu’ils avaient subi pour l’avoir fait était suffisant.

Un martyr aura des imitateurs, dix martyrs déclencheront admiration et émulation. Un millier de martyrs morts à l’insu de tous meurent en vain. Si Ahmadinejad et d’autres meurent en vain et inutilement, ils ne mourront pas en martyrs, mais en rustres. Leur mort est la seule chose qui compte pour le gnostique et pour le djihadiste : si l’on enlève cela, il ne reste rien. Cela ne veut pas dire, comme les jurés du procès de Moussaoui semblent avoir été amenés à penser, qu’"on ne peut pas faire de lui un martyr puisque c’est ce qu’il veut". Il faut faire en sorte que sa mort soit solitaire, inutile et ignorée.

Les morts banales, sans romantisme, triviales, font voler en éclats la gloire de la mort du djihadiste. C’est George Patton qui a dit : "Aucun salaud n’a jamais gagné une guerre en mourant pour son pays. Il l’a gagnée en faisant mourir pour son pays un autre pauvre et stupide salaud". La recette n’est ni belle ni facile.

Les gnostiques européens vaincus sont entrés dans la clandestinité, leur seul espoir reposait sur la transmission clandestine de leurs croyances, spécialement à leurs enfants. La société ne peut éliminer les croyances gnostiques, mais elle peut rendre la souche inactive au lieu de virulente. Le djihad est inséparable de l’islam et découle de ses principes les plus fondamentaux. La rupture de ce lien ne se produira pas de sitôt. Mais, tout au long de l’histoire, quand les conquérants islamiques se sont heurtés à des adversaires de force égale à la leur, ils se sont arrêtés. Quand ils ont subi une défaite écrasante, ils ont battu en retraite, et ont trouvé l’ouléma ou le faqi pour la justifier, comme les 'prophètes' qui annonçaient l’"enlèvement" [de l’Eglise] pour hier à 8h 09, et l’ont remis à l’année prochaine. Mais souvenons-nous que la plupart des fidèles ne sont pas rebutés par l’échec ridicule des prophéties de leur prophète, précisément parce qu’ils vivent dans la 'seconde réalité'.

Après l’extermination de leurs dirigeants, les insurgés européens du Moyen-Âge se débandèrent et se dispersèrent. Soumettre à un rythme élevé d’attrition et à un ciblage nodal le dispositif djihadiste dans le monde (par là, je tiens à le souligner, je ne veux pas dire les 'terroristes' seulement, ou même en premier lieu) me semble être un moderne équivalent de ce qui se passa jadis. Si je puis rendre hommage à la chaîne de commandement qui a orchestré son élimination, le cheikh Yassin n’avait pas pour habitude de manier des armes à feu – il maniait la mort. C’est ceux qui déploient les morts vivants qui doivent être les cibles prioritaires.

(Voici un lien à l'article complet: http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-11325-145-7-dissuader-ceux-deja-morts-laurent-muraciec.html pour ceux et celles qui veulent lire les notes du traducteur.)

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