mai 2006

  numéro 233 / numéro 234 / numéro 235 / numéro 236


         Volume V, Numéro 236                                     Vendredi, 26 mai 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Les risques des négociations de "contournement" Joël Fishman
Makor Rishon, le 19 Mai 2006

Traduction: Objectif-info.com

"Pourquoi nous efforçons-nous si vainement de réussir dans une entreprise si vaine?" [ Henry Thoreau, Walden ].

On a appris récemment que Mahmoud Abbas avait téléphoné au premier ministre Ehud Olmert pour lui demander de reprendre des négociations avec Israël. Dans le même esprit, la secrétaire d'État Condoleeza Rice et les membres du Quartet ont essayé de persuader Israël de s'engager dans des négociations, même si les chances d'aboutir sont minimes. On peut se demander qui tirerait profit de cette proposition qui semble assez innocente à première vue.

Mahmoud Abbas ne représente pas le gouvernement légalement élu de l'Autorité palestinienne. Il est tout simplement dépourvu de la légitimité qui reviendrait à un dirigeant démocratiquement élu. Pour le meilleur ou pour le pire, le Hamas est arrivé au pouvoir à l'issue d'élections légales, que l'administration américaine a bien voulues. Si de véritables négociations devaient avoir lieu, elles devraient être menées avec le gouvernement légal de l'Autorité palestinienne, ce qui n'est pas possible actuellement. Le Hamas ne reconnaît pas l'État d'Israël, et Israël ne considère pas le Hamas comme un partenaire possible. De fait, Israël a établi des critères pour caractériser un partenaire crédible pour des négociations. Parmi les conditions préalables, on trouve les obligations suivantes : la reconnaissance du droit d'Israël à l'existence, la fin du terrorisme, le démantèlement des organisations et des infrastructures terroristes, le respect des accords déjà signés, et le choix d'un premier ministre doté de pouvoirs suffisants et prêt à agir résolument contre le terrorisme. C'est la politique d'Israël que le premier ministre Ariel Sharon a définie il y a trois ans et demi, le 4 décembre 2002, à la Conférence de Herzlia. Les responsables politiques israéliens savaient que si l'on renversait cette séquence, si l'on renonçait à ces conditions préalables, on aurait la certitude qu'un nouvel État terroriste s'édifierait à côté d'Israël. Par conséquent, ce que les Américains ont appelé avec légèreté un programme de « contournement » pour aider Mahmoud Abbas, fait l'impasse sur les exigences stratégiques fondamentales d'Israël et affaiblit en même temps son attitude morale à l'endroit du Hamas.

Mahmoud Abbas n'a pas demandé des négociations parce qu'il veut la paix. Sur le fond de cette question, il ne peut pas apporter ce qu'Israël revendique. C'est à une situation de faillite morale et financière qu'a abouti Mahmoud Abbas, qui se retrouve de fait hors jeu. Pour lui, le fait même de négocier, même s'il n'a rien à donner en retour, offre de nombreux avantages. Se retrouver dans la même pièce qu'un délégué israélien, respirer le même air, cela lui confère une certaine respectabilité et l'aiderait peut-être à trouver des financements. Et, ce n'est pas le moindre avantage, l'isolement politique de l'Autorité palestinienne pourrait être brisé.

L'Autorité palestinienne n'a jamais vraiment renoncé à sa guerre contre Israël, et elle se livre à un type de guerre où les négociations sont un moyen d'affaiblir l'adversaire, d'obtenir des territoires sans combattre, de jouer la montre, d'entraver et d'harceler "l'ennemi sioniste". Des négociations sont aussi une opportunité pour mobiliser les amis de la cause palestinienne en Israël, qui déstabilisent sa démocratie à grand renfort de discours agressifs et fracassants. Nos adversaires ont donc beaucoup à y gagner, mais pas Israël.

En réalité, des hommes politiques bien intentionnés ont fait le même genre d'erreur dans le passé. Shimon Pérès a cru naïvement que l'OLP affaiblie qui avait pris parti pour Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe, montrerait de la gratitude envers Israël qui lui évitait de tomber dans l'oubli. Revenant sur la décennie précédente, le professeur Élie Kedourie, grand historien du Moyen-Orient, posait la question : à quoi a-t-il servi de sauver Yasser Arafat et l'OLP au cours de l'été 1982 en les escortant de Beyrouth jusqu'à l'asile de Tunis ? De même, nous nous pouvons nous demander ce qu'a apporté de bon le transfert de l'OLP à Gaza en 1993, ou, avec le bénéfice du recul, si la cause de la paix au Moyen-Orient progresserait réellement du fait de l'établissement d'un État palestinien (si jamais cette initiative a une justification morale convaincante).

Plutôt que tirer une fois encore les marrons du feu pour le compte des Palestiniens, il vaudrait peut-être mieux cette fois-ci que la communauté internationale fasse assumer à l'Autorité palestinienne les conséquences de sa décision initiale de négocier et de son comportement déloyal à l'époque du soi-disant "processus de paix d'Oslo."

Dr. Joël S. Fishman est membre du Jerusalem Center for Public Affairs

M. Olmert visite Washington
Daniel Pipes

New York Sun, 16 mai 2006

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Quand un premier ministre israélien fait une visite inaugurale à Washington, c'est toujours un grand événement. En principe, il rencontre le président, s'adresse au Congrès, fait une apparition sur les meilleurs programmes télévisés, donne des discours devant des publics influents et s'entretient en privé avec une série de notables. Culte de la personnalité, pompe et substance s'entremêlent pendant que les deux chefs de gouvernement établissent une relation stable, que le lien entre les États-Unis et Israël est confirmé une nouvelle fois et que les questions touchant au conflit israélo-arabe sont passées en revue.

Lorsque Ehud Olmert arrivera, dans quelques jours, le thème politique central sera constitué de ce qu'il nomme le «plan de convergence», soit la suite du retrait de Gaza opéré à la mi-2005 par une évacuation comparable mais de plus grande envergure des soldats et des résidents israéliens en Cisjordanie.

David Makovsky a réuni les différents composants de ce plan de portée considérable dans une récente étude du Washington Institute for Near East Policy intitulée Olmert's Unilateral Option: An Early Assessment (l'option unilatérale d'Olmert: une première évaluation). Il s'agit, entre autres des projets suivants:

La barrière de sécurité israélienne servira de base pour l'établissement d'une frontière avec la Cisjordanie, dont 92% seront placés sous le contrôle de l'Autorité palestinienne. Israël conservera trois ensembles résidentiels (Gush Etzion, Maale Adumim et Ariel) avec une population civile israélienne estimée à 193000 personnes, mais au moins 60000 civils israéliens seront évacués de Cisjordanie d'ici 2010, par la force si nécessaire. Les environs arabes de Jérusalem seront incorporés dans la Cisjordanie, ce qui diminuera la population arabe de la ville de 140000 personnes. Fait remarquable, le plan ne mentionne pas l'avenir de la présence militaire israélienne.

Le plan israélien est peut-être unilatéral par nature, mais M. Makovsky relève que même l'unilatéralisme nécessite des négociations. Ainsi, au cours de sa prochaine visite à Washington, M. Olmert sollicitera l'appui diplomatique et financier de Washington pour son projet de retrait. Ce soutien lui semble acquis, car le gouvernement des États-Unis ne s'oppose jamais à un retrait territorial israélien.

Mais avant que le président et le Congrès ne donnent leur aval à l'initiative d'Olmert, il serait tout de même indiqué qu'ils consacrent quelques réflexions à ses implications néfastes pour la sécurité américaine exposées dans un important rapport réalisé par Caroline Glick pour le Center for Security Policy: Ehud Olmert's "Convergence" Plan for the West Bank and U.S. Middle East Policy (Le plan de «convergence» d'Ehud Olmert pour la Cisjordanie et la politique moyen-orientale des États-Unis). Mme Glick avertit que le plan de M. Olmert compromettra probablement les intérêts sécuritaires des États-Unis en déstabilisant Israël et la Jordanie.

Avec une grande minutie, elle documente comment le retrait israélien de Gaza en 2005 a radicalisé la société arabe palestinienne, entraîné la chute de Gaza dans l'anarchie, ouvert ses portes aux forces du terrorisme, mis en danger l'infrastructure nationale israélienne, entravé les troupes israéliennes, permis l'édification d'un arsenal palestinien substantiel et créé une série de nouveaux problèmes entre Israël et l'Égypte.

Elle prévoit ainsi de même que la cession prévue de territoires à l'Autorité palestinienne va déstabiliser la Cisjordanie, porter préjudice à Israël et «menacer directement la capacité de survie des Hachémites» en Jordanie. Ces dommages auront des conséquences négatives pour les États-Unis, affirme-t-elle, en:

  • compromettant les forces militaires américaines stationnées en Israël et en Jordanie;
  • rehaussant le prestige d'États qui parrainent les terroristes arabes palestiniens;
  • renforçant l'Autorité palestinienne dirigée par le Hamas qui, avec ses alliés de Syrie, d'Iran et du Hezbollah vont mettre en place ce que Mme Glick appelle «une base d'entraînement, de logistique et d'information de guerre» à l'usage de groupes terroristes en guerre contre les États-Unis;
  • menaçant les transports traversant Israël et la Jordanie pour approvisionner les forces américaines en Irak;
  • permettant aux terroristes qui combattent les forces américaines en Irak d'établir des bases d'entraînement en Cisjordanie;
  • créant une impression de faiblesse en regard du fait d'Israël est si généralement perçu comme un agent de Washington;
  • accordant une victoire gratuite aux islamistes et aux djihadistes.

Depuis les années 1950, le gouvernement des États-Unis a systématiquement encouragé les gouvernements israéliens à céder des territoires, et je m'attends à ce que cet usage persiste. Mais il vaut la peine de signaler que plusieurs membres du Congrès – et parmi eux les sénateurs Charles Schumer et Jesse Helms – ont fait part de leur inquiétude en voyant Jérusalem compromettre sa sécurité en abandonnant trop de terres. N'est-il pas concevable qu'une telle circonspection parvienne à s'imposer également au sein de l'exécutif?

En décembre 2000, espérant contre toute attente, j'appelais l'administration Clinton à remonter le moral de son allié défaillant en adoptant plusieurs mesures, dont notamment la dissuasion de nouvelles concessions territoriales par Israël. Aujourd'hui, j'appelle l'administration Bush à constater l'évolution lamentable du retrait de Gaza, à porter son regard au-delà des attraits faciles d'un nouveau retrait israélien et à rester conscient des dangers qu'implique une évacuation unilatérale de la Cisjordanie – pour Israël, pour la Jordanie et pour les États-Unis.


Conseil Editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
David Ouellette (Chercheur Associé; Journaliste, ICRJ)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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         Volume V, Numéro 235                                     Vendredi, 19 mai 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
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Plus jamais ? 
Charles Krauthammer

 
The Washington Post,  5 mai 2006
 
Traduction française : Menahem Macina, l'upjf.org
 
 
Quand quelque chose se produit pour la première fois en 1871 ans, cela mérite attention. En 70, puis en 135 de notre ère, l’Empire romain a brutalement écrasé les révoltes juives de Judée, détruit Jérusalem, tué des centaines de milliers de Juifs, réduit en esclavage et exilé des centaines de milliers d’autres. Durant près de deux millénaires, les Juifs ont erré dans le monde. Et aujourd’hui, en 2006, pour la première fois depuis lors, il y a à nouveau plus de Juifs vivant en Israël – l’Etat qui a succédé à la Judée – qu’en tout autre endroit de la terre.
 
La population juive d’Israël vient d’atteindre les cinq millions six cent mille âmes. La population juive d’Amérique, qui était de cinq millions cinq cent mille âmes en 1990, est tombée à environ cinq millions deux cent mille, dix ans plus tard, et son déclin abrupt, causé par la baisse des taux de fertilité et les hauts niveaux d’assimilation, réduira ce nombre de moitié au milieu du siècle.
 
Quand six millions de Juifs européens furent tués dans l’Holocauste, seuls deux centres majeurs de vie juive subsistèrent : l’Amérique et Israël. Ce système à deux étoiles est toujours en vigueur aujourd’hui, mais il vient d’atteindre un point où il suffirait d’un rien pour qu’il bascule.
 
Chaque année, tandis que la population juive continue de croître en Israël et de décliner en Amérique (et dans le reste de la Diaspora), Israël devient de plus en plus, comme c’était le cas au temps de Jésus, le centre du monde juif.
 
Une restauration des plus improbables et aux allures d’épopée. Pour ne prendre qu’une des plus remarquables réussites du retour : l’hébreu est la seule langue morte de l’histoire connue à avoir été remise en usage dans la vie quotidienne, en tant que langue vivante d’une nation. Mais cette transformation a un prix et comporte un danger : elle modifie radicalement les perspectives de survie du peuple juif.
 
Durant 2000 ans, les Juifs ont été protégés par la dispersion – une protection qui n’empêchait pas les communautés individuelles d’être régulièrement persécutées et massacrées, mais qui était efficace pour le peuple dans son ensemble. Décimés en un lieu, ils pouvaient survivre ailleurs. Persécutés en Espagne, ils pouvaient trouver refuge à Constantinople. On pouvait les massacrer dans les régions rhénanes au cours des Croisades, ou en Ukraine durant l’insurrection de Chmielnicki, en 1648-49, mais ils survivaient dans le reste de l’Europe.
 
Hitler a mis fin à cette illusion. Il a démontré que l’antisémitisme moderne, conjugué aux technologies modernes – voies ferrées, bureaucraties disciplinées, chambres à gaz meurtrières à l’efficacité industrielle – pouvait s’emparer de gens dispersés et les "concentrer" pour les anéantir totalement.
 
La fondation d’Israël constitua une déclaration juive, adressée à un monde qui avait permis à l’Holocauste de se produire – après qu’Hitler eut très clairement exposé ses intentions. Il y était proclamé que les Juifs recourraient dorénavant à l’autoprotection et à l’indépendance pour se défendre. Et c’est ce qu’ils ont fait en créant une armée juive, la première en 2000 ans, qui l’a emporté dans trois grandes guerres de survie (1948-49, 1967 et 1973).
 
Mais, par une ironie cruelle de l’histoire, pour ce faire il a fallu cette concentration, ce rassemblement consistant à mettre tous les œufs dans le même panier : un territoire exigu contigu de la Méditerranée, dont la partie la plus étroite est de quelque douze kilomètres. Une cible tentante pour ceux qui voudraient achever l’œuvre d’Hitler.
 
Ses successeurs d’aujourd’hui résident à Téhéran. Le monde a été très attentif à la déclaration du Président Mahmoud Ahmadinejad, affirmant qu’Israël devait être détruit. Mais il a prêté moins d’attention aux formulations concernant la manière exacte dont Israël serait détruit, à savoir : « par une seule tempête », selon la promesse d’Ahmadinejad.
 
L’ancien président, Hashemi Rafsanjani,  le prétendu modéré de la bande, a expliqué que « l’emploi d’une bombe nucléaire contre Israël ne laisserait rien subsister sur son sol, alors qu’il ne causerait que des dégâts au monde de l’Islam ». Logique impeccable. L’intention est claire : une attaque nucléaire détruirait totalement le minuscule Israël, alors que des représailles lancées par un Israël mourant n’auraient pas d’effet majeur sur une civilisation islamique d’un milliard d’individus, dont les populations s’échelonnent de la Mauritanie à l’Indonésie.
 
Dan sa course aux armes nucléaires, l’Iran précise qu’en cas de problème, les Juifs seront les premiers à souffrir. « Nous avons annoncé que, quel que soit l’endroit (d’Iran) où l’Amérique causera des dommages, le premier lieu que nous ciblerons sera Israël », a déclaré le général Mohammad Ebrahim Dehghani, un commandant de haut rang des Gardiens de la Révolution. Hitler avait été légèrement moins direct lorsqu’il avait annoncé, six mois avant d’envahir la Pologne, que, s’il y avait une autre guerre, « le résultat serait… l’anéantissement de la race juive en Europe ».
 
La semaine dernière, Bernard Lewis, doyen des études islamiques, qui vient d’atteindre ses 90 ans et se souvient fort bien du XXe siècle, confessait que, pour la première fois, il éprouve à nouveau le sentiment d’être en 1938. Il n’a pas eu besoin d’ajouter qu’en 1938, face à la tempête qui se préparait, sous l’égide d’un ennemi fanatique et agressif, qui se déclarait ouvertement ennemi de l’Occident et, plus farouchement encore, des Juifs, le monde n’a rien fait.
 
Quand, dans les quelques prochaines années, les mollahs d’Iran auront acquis les armes nucléaires qu’ils convoitent, le nombre de Juifs vivant en Israël, atteindra précisément les 6 millions.
 
Jamais plus ?
  
 
 
Dissuader Téhéran
Daniel Pipes
New York Sun, 9 mai 2006
 
Traduction française : Alain Jean-Mairet
 
Alors que le régime iranien, dans sa fuite en avant, appelle sans équivoque à la destruction d'Israël et enfreint ouvertement les règles de non-prolifération nucléaire, l'Occident est confronté à deux perspectives très désagréables.
 
La première consiste à tolérer le comportement de Téhéran en espérant que les choses s’arrangeront. Peut-être la dissuasion jouera-t-elle son rôle et le moratoire de six décennies sur l'utilisation des armes atomiques sera-t-il maintenu. Peut-être les dirigeants iraniens renonceront-ils à leur attitude messianique. Peut-être aucun autre État ne décidera-t-il, comme Téhéran, de galvauder sa promesse de respecter les règles du jeu.
 
Les mots-clé de ce scénario sont "espérer" et "peut-être" – l'attentisme fébrile remplace ici les plans stratégiques. Voilà qui, à tout le moins, ne ressemble guère à la conduite usuelle des affaires par les grandes puissances.
 
La deuxième perspective consiste en la destruction, par le gouvernement des États-Unis (avec peut-être quelques alliés), d'installations iraniennes essentielles, ce qui retarderait ou briserait les ambitions nucléaires iraniennes. Des analystes militaires estiment qu'avec de bonnes informations et un décret spécial, les forces aériennes américaines sont en mesure de causer les dommages nécessaires en l'espace de quelques jours. De plus, elles pourraient protéger le détroit d'Hormuz.
 
Mais une attaque aurait des conséquences néfastes, et ce notamment dans deux domaines liés entre eux, à savoir l'opinion publique musulmane et le marché pétrolier. Tous les indices suggèrent que des frappes aériennes encourageraient la population iranienne, encore méfiante pour l'instant, à se rallier à son gouvernement. Des attaques aériennes enflammeraient le climat, déjà hostile aux Etats-Unis, dans la communauté musulmane mondiale, causant ainsi une recrudescence du soutien à l'islam radical et une aggravation de la séparation des civilisations. Des informations indiquent que Téhéran finance des groupes terroristes afin qu'ils se préparent à attaquer les ambassades, les bases militaires et les intérêts économiques américains, à fomenter des attentats en Irak, et à lancer des missiles sur Israël.
 
Même si les forces armées occidentales sont capables de répondre à ces défis, des raids aériens pourraient inciter les Iraniens et leurs partisans à cesser d'approvisionner le marché en pétrole et en gaz, à perpétrer des attentats terroristes contre les infrastructures énergétiques et à fomenter des troubles civils, déclenchant ainsi une récession économique comparable à celle entraînée par la crise énergétique du milieu des années 1970.
 
Face à ces deux alternatives déplaisantes, je conclus, comme le sénateur John McCain, un républicain d'Arizona, qu'«une seule chose serait pire que le recours à une action militaire américaine : un Iran disposant de l'arme nucléaire.»
 
Mais n'y a-t-il pas une troisième voie, plus acceptable ? La trouver est l'objectif de tous les analystes qui se penchent sur le sujet, y compris votre serviteur. Cette troisième option implique nécessairement un mécanisme capable de dissuader le régime iranien de développer et de militariser ses installations atomiques. Existe-t-il un tel moyen de dissuasion?
 
Oui, et il a même une chance de succès. L'Iran, fort heureusement, n'est pas une dictature où une seule personne prend toutes les décisions majeures, mais une oligarchie où le pouvoir est réparti entre plusieurs centres et où de nombreuses questions sont débattues. Les dirigeants politiques eux-mêmes y sont divisés, et certains éléments importants doutent du bien-fondé de la poursuite du programme nucléaire, craignant l'isolement international qui s'ensuivrait, sans parler des frappes aériennes. D'autres secteurs influents de la société – notamment religieux, militaires et économiques – s'inquiètent également de cette course en avant, tête baissée.
 
Une campagne menée par des Iraniens opposés à la confrontation pourrait s'imposer, car l'Iran lui-même n'est pas menacé d'une attaque nucléaire. La décision de se doter d'armes nucléaires est volontaire et Téhéran peut y renoncer. On peut avancer que la sécurité iranienne serait améliorée si le pays restait non nucléarisé.
 
Les forces opposées à la nucléarisation doivent être motivées et unifiées, et cette évolution serait favorisée par de fortes pressions extérieures. Si les Européens, les Russes, les Chinois, les Moyen-Orientaux et d'autres encore agissaient de concert avec Washington, cela favoriserait la mobilisation des éléments de l'opposition en Iran. En effet, ces États ont de bonnes raisons de craindre tant un Téhéran nucléaire, que le précédent fâcheux que cela représenterait et dont pourraient s'inspirer d'autres puissances nucléaires potentielles, tels le Brésil et l'Afrique du Sud.
 
Cependant, cette coopération internationale ne se concrétise guère, comme on peut le voir aux Nations Unies. Le Conseil de sécurité reste désorienté sur la question iranienne, et un officiel iranien a même été élu jusqu'au sein de la Commission des Nations unies pour le désarmement (laquelle est chargée de réaliser le désarmement nucléaire).
 
Dissuader Téhéran nécessite des pressions soutenues et constantes sur le corps politique iranien. Cela implique, paradoxalement, que les plus fervents adversaires des frappes aériennes menées par les États-Unis doivent (1) faire cause commune avec Washington et (2) convaincre les Iraniens que des répercussions terribles les attendent s'ils défient le consensus international.
 
Ces mesures n'offrent aucune garantie de succès, mais elles constituent le seul moyen réaliste de prévenir de graves dangers.


Conseil Editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
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         Volume V, Numéro 234                                     Vendredi, 12 mai 2006

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Oprah, Elie Wiesel, et mes coreligionnaires chrétiens
Christopher M. Leighton
Commentary Magazine, mai 2006
Traduction française : Menahem Macina, l'upjf.org
Quand Oprah [1] parle, l’Amérique écoute. Quand Oprah tend le doigt, l’Amérique se tourne pour regarder dans la direction indiquée. Plus étonnant encore, peut-être, Oprah peut brandir un livre devant vous et certains d’entre nous peuvent même éteindre leur télévision à distance et se plonger dans la lecture de ses pages. 
 
La sélection, qu’elle a faite récemment, de La Nuit, le récit classique de l’Holocauste, par Elie Wiesel, pour son club du livre de ce mois, dans le cadre du Oprah Winfrey Show [2], promet de polariser l’attention d’un énorme public qui sait encore peu de chose ou rien du tout de cette catastrophe fracassante et définitive de notre temps. Dans ses émissions avec Wiesel, dont il est prévu qu’elles incluent une visite filmée à Auschwitz, nous verrons une femme afro-américaine marchant dans le royaume de la nuit et au milieu des ombres. Cette odyssée éducative peut ouvrir la voie à de nouvelles compréhensions, entre autres, entre chrétiens et Juifs.
 
Qui pourrait se montrer réticent à ce propos ? Pourquoi devrais-je, en particulier, être en proie au doute ? Le livre de Wiesel m’a initié à des questions qui ont modelé l’œuvre de ma vie dans le champ des études sur les chrétiens et les Juifs. Je continue à considérer son chef-d’œuvre, publié en France sous le titre La Nuit, en 1958, et dans son pays, en 1960, comme l’une des narrations de l’Holocauste, les plus saisissantes jamais composées, et je suis impressionné par le choix audacieux, qu’a fait Oprah, de le placer au centre de sa rencontre et de celle de ses téléspectateurs avec le trauma tellurique que fut la Shoah. Pourquoi donc, alors, ai-je si peu confiance en la possibilité que cette combinaison unique de talents réalise un miracle dans notre psyché collective ?
 
Mon malaise provient du soupçon que la lecture et la discussion de La Nuit, de Wiesel, occuperont l’entièreté du programme. En vertu de la puissance du plus grand club de livres de la planète, le public américain ira à Auschwitz, contemplera un pan réduit du vaste et complexe paysage, et ne sera pas en mesure de prendre garde à une série de difficultés beaucoup plus proches de chez nous, au sens du foyer mental et culturel, habité par tant de mes collègues chrétiens. Un génie littéraire et une Télévision cathartique peuvent momentanément nous captiver, mais il est probable que la plupart des téléspectateurs sortiront sans dommage de cette expérience, avec des postulats non vérifiés et potentiellement dangereux.
 
Mon anxiété a trois aspects. Le premier provient du caractère intime du récit que fait le livre. Un jeune garçon juif, originaire d’une petite ville d’Europe orientale, est balayé par le mécanisme d’un meurtre de masse, et les lecteurs sont envoûtés par une voix qui leur relate les événements survenus dans un monde, méconnaissable tant il est déformé. Nous assistons à leur déroulement au travers du regard  d’un enfant, dont l’ancrage dans sa famille, dans sa foi et dans la perception de soi est méthodiquement brisé. Nous pénétrons dans un royaume d’incertitude radicale et de désespoir, dans lequel notre regard n’a pas le droit de porter plus loin que les fils barbelés qui l’enclosent et le contiennent.
 
Et c’est là le problème. Dans le monde que dépeint Wiesel, les organisateurs du génocide se trouvent en dehors du périmètre du camp, et donc en dehors de la perception non informée du lecteur. Les politiciens qui ont élaboré ces plans, les bureaucrates et les technocrates qui les ont réalisés avec une efficacité meurtrière, demeurent sans visage. Il n’est pas possible de rendre compte de l’exécution soigneusement orchestrée d’un meurtre de masse.
 
Dans le même ordre d’idées, nous traversons le récit de Wiesel sans remarquer les « bourreaux volontaires » d’Hitler, les gens ordinaires qui obéirent aveuglément aux instructions et y acquiescèrent par leur silence. Beaucoup d’entre eux étaient le produit du meilleur système éducatif du monde ; la plupart avaient été baptisés au cœur même de la chrétienté. La majorité silencieuse ne voulait pas en savoir trop. Les gens étaient occupés, ils ne voulaient pas entrer en conflit avec les autorités, ni mettre en danger leur existence ou celle de leur famille. Ils ont feint d’ignorer les horreurs. Les justes, ceux qui ont risqué leur vie pour sauver des innocents, furent de rares exceptions qui n’ont fait que confirmer la règle.
 
Mais la voix impérative qui émane des crématoires exige que nous affrontions les fondements idéologiques de ce meurtre de masse, et cette confrontation nous conduit au seuil de la tradition chrétienne. Au long des siècles, les enseignements chrétiens ont cultivé le terreau d’une hostilité qui découlait d’un mépris largement répandu pour le judaïsme et le peuple juif. Ce caractère dédaigneux s’amplifiait dans l’interprétation chrétienne de la Bible, et se répandait grâce à l’entregent de brillants théologiens, renforcé par les usages homilétiques et liturgiques, et incarné dans l’art et l’architecture.
 
De nos jours, beaucoup de chrétiens sont inconscients de cet héritage inquiétant, et ont tendance à en nier la virulence et la longévité. Et ceci, malgré l’écrasant consensus des historiens, et, dans les récentes décennies, celui de la hiérarchie ecclésiale, selon lequel l’animosité enracinée dans la chrétienté a constitué, en fait, une condition préalable de l’émergence de l’antisémitisme moderne. Pour cette raison, l’Holocauste impose aux chrétiens une obligation particulière, et le désamorçage du parti pris, toujours toxique, constitue pour les chrétiens un impératif de la plus haute urgence.
 
La Nuit, de Wiesel, fournit un aperçu de l’horrible expérience des victimes ; elle ne brandit pas un miroir pour obliger les chrétiens à se mesurer au point vulnérable de leur tradition. J’aimerais croire que, dépassant les limites du livre, Oprah examinera les courants antijudaïques qui animaient les perpétrateurs de l’Holocauste et paralysèrent ceux qui se tenaient à l’écart. Ce faisant, elle aiderait beaucoup d’Américains, spécialement les Protestants, à relever un défi difficile, et apporterait une contribution de son cru au témoignage révolutionnaire émis, en premier, par l’Eglise catholique romaine, lors du Second Concile du Vatican, en 1965, quand elle rendit publique la déclaration Nostra Aetate [§ 4].
 
Mais, pour des raisons qui constituent le second aspect de mon anxiété, j’ai des doutes.
 
 
Les chrétiens apprennent à lire et à interpréter le monde à la lumière de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. En plaçant leurs combats dans la lumière de l’histoire, telle qu’elle est narrée dans les Evangiles, ils sont capables de percevoir le sens au sein de l’échec humain, l’ordre au fond du chaos, et l’espérance dans l’épaisseur du désespoir.
 
Que se passe-t-il lorsque des chrétiens "lisent" La Nuit, de Wiesel, au prisme de leur histoire sainte ? Qu’est-ce que la narration chrétienne contribue à faire découvrir dans les réalités auxquelles Wiesel est confronté ? Que cache ou déforme le regard chrétien sur le monde, à propos de cette quintessence de l’expérience juive ?
 
Il me faut encore rencontrer un lecteur de La Nuit, qui ne soit pas sorti boiteux [3] de cette rencontre. Les mémoires de Wiesel se sont imprimées de manière indélébile dans l’imagination de tous, avec la résistance à feuilleter les pages. Peu de récits de l’Holocauste, en effet, ont autant d’efficacité pour aider les lecteurs à ressentir la transformation poignante d’un être en victime. Toutefois, cette identification, rendue possible par le talent littéraire de Wiesel, peut libérer une catharsis sans générer, pour autant, une compréhension historique ou un discernement théologique. Précisément, les chrétiens peuvent, par l’imagination, pénétrer dans cette mémoire et en resituer les horreurs dans leur propre cadre religieux : celui de la mort-et-de-la-résurrection
 
Dans l’une des scènes les plus bouleversantes du livre, Wiesel évoque l’exécution du jeune garçon par les nazis. L’enfant est pendu à la potence entre deux hommes. Comme les prisonniers sont rassemblés et obligés d’assister à la pendaison des victimes, ils ne peuvent éviter de voir l’enfant, qui est trop léger pour que la corde puisse achever l’œuvre de strangulation. L’agonie de l’enfant, qui se débat faiblement entre la vie et la mort, suscite la question : « Où est-il [Dieu] ? ». Et Wiesel de répondre avec intensité : « Où il est ? Il est là, pendu à cette potence. »
 
Ces mots dénotent un effondrement de la foi. Pour des Juifs, en particulier, ils peuvent être considérés comme les termes d’une contestation radicale, une mise en accusation du Dieu Qui, jadis, agissait dans l’histoire pour racheter Israël, Son peuple, mais Qui, en cet instant le plus crucial de sa détresse, a omis de le sauver. Peut-être est-ce là le faible écho de la plainte du Psalmiste, dont le but était de tirer le Seigneur de Sa somnolence. Mais le silence de Dieu brise l’espérance. La conscience accablante de Son absence, de Sa trahison, menace de fracasser la possibilité même de la foi. Le narrateur, un jeune homme élevé dans un pieux foyer juif, se retrouve dans un engourdissement sinistre, dans un vide que rien ne peut combler.
 
Pour beaucoup de lecteurs chrétiens, cependant, cet épisode résonne de manière très différente. La où les Juifs voient la preuve de l’absence de Dieu, les chrétiens découvrent, au milieu de l’angoisse et de l’obscurité, une confirmation de la présence rédemptrice de Dieu. Pénétrant au cœur de la ténèbre, Dieu refuse d’abandonner ceux qui L’invoquent. Il n’est pas étonnant que beaucoup de chrétiens aient lu le récit de Wiesel comme "la crucifixion des Juifs", et les meurtres d’Auschwitz comme des offrandes sacrificielles, qui expient les péchés de l’humanité.
 
L’inférence est presque irrésistible – un réflexe religieux enraciné. François Mauriac, l’écrivain catholique français qui fit tant pour faire connaître La Nuit au public, exprime justement cette vue dans sa préface au livre :
 
Ai-je expliqué à [Elie Wiesel] que ce qui a constitué une pierre d’achoppement pour sa foi est devenu la pierre angulaire de la mienne ? Et que la correspondance entre la croix et la souffrance humaine demeure, selon moi, la clé du mystère insondable dans lequel la foi de son enfance a sombré ?
 
On peut s’interroger : et alors, quoi ? Le fait que, les yeux rivés sur l’abîme de Wiesel, Juifs et chrétiens puissent en déduire un éventail de significations diverses, ne doit nullement nous perturber. Chaque communauté religieuse regarde le monde à travers la perspective de sa propre narration, et parvient à des conclusions disparates. Qu’y a-t-il de mal à cela ?
 
Voilà ce qui est mal : les rêveries de Mauriac sont révélatrices d’une tendance très ancienne à faire entrer, de force, l’horreur de l’Holocauste dans les contours du scénario chrétien. Mais dès que le caractère irréductiblement spécifique de la souffrance juive sous Hitler est mis à l’ombre de la croix, et devient subordonné à la souffrance de l’homme de Galilée, qui a pris sur lui les péchés du monde il y a 2.000 ans, le destin d’un million et demi d’enfants juifs assassinés revêt une signification théologique qui falsifie l’essence même du désastre d’un peuple.
 
Les hurlements de ces enfants et de leurs parents torturés n’ont pas amélioré le monde. Ils n’ont pas davantage constitué une offrande sacrificielle ayant le pouvoir de rétablir les liens d’intimité entre Dieu et l’humanité. Tout effort pour faire entrer, de force, la souffrance de la communauté juive dans un paradigme chrétien, associe à la violence originelle une autre dimension de profanation.
 
En fait, la domestication de la souffrance juive par une comparaison avec l’exécution de Jésus, dénote un échec de la compréhension chrétienne du mystère qui est au cœur de la crucifixion. Comme l’apôtre Pierre le rappelle aux chrétiens, le réflexe humain fondamental face à la souffrance qui défigure est soit de se détourner, soit de regarder, hébété et fasciné, en se tenant à distance, à l’abri du danger. La crucifixion oblige les chrétiens à faire face à la douleur de quelqu’un d’autre, en une confrontation qui les met dans une situation où ils ne se sont jamais trouvés auparavant et dont on ne revient pas indemne dans la quiétude de son chez soi. Imposer à la souffrance des autres une signification déterminée de manière transcendantale fausse ce défi.
 
Pour le dire autrement, une rencontre avec l’Holocauste met le chrétien face aux limites de leur talent théologique et les contraint à réexaminer l’affirmation selon laquelle une nouvelle vie fait toujours suite à la mort. S’ils refusent le défi, ils liront et interpréteront La Nuit, de Wiesel, d’une manière qui se borne à répéter ce qu’ils ont toujours su. De cette rencontre, ils n’apprendront rien, que ce soit sur les autres ou sur eux-mêmes.
 
 
Le troisième aspect de mon anxiété provient d’interprétations de ce livre qui aboutissent à ériger le peuple juif en "victime". Ce qui est assez compréhensible. Dans le récit de Wiesel, l’imagination du lecteur est envahie par l’alchimie démoniaque du génocide nazi, qui, en effet, a laminé et transformé chacun en victime impuissante. Mais ce fragment d’expérience historique ne parvient pas à suggérer la profondeur, ni la largeur, la diversité, ni l’hétérogénéité de la culture juive, et il ne véhicule certainement pas une perception des valeurs centrales de la civilisation qui furent attaquées et détruites.
 
Je me demande combien de spectateurs de l’émission d’Oprah feront une lecture erronée de cette destruction comme constituant une preuve du caractère immuable du destin tragique des Juifs. Dans les premières pages du livre, Wiesel montre les Juifs de sa ville comme des experts dans la pratique de la négation et de la dérobade, toutes habitudes qui semblent les avoir rendus aveugles au programme nazi de meurtre de masse. Plutôt que d’organiser une campagne de résistance armée, ou d’étudier des stratégies de fuite, ils continuèrent à faire confiance à la bonté et à la rationalité intrinsèques de l’humanité. Il paraît difficile d’échapper à la suggestion qu’une tendance incoercible à l’espoir a nourri une passivité dysfonctionnelle. Il s’avère que toutes les autres ressources héroïques de la tradition juive ont été écrasées sans difficulté sous la botte des occupants nazis.
 
 Au royaume d’Auschwitz, les Juifs étaient tout bonnement livrés à la mort. Pourtant, même le massacre de millions d’êtres humains n’a pas réussi à calmer l’appétit nazi, qui ne faisait que croître à mesure qu’on le nourrissait. Est-ce donc là le destin juif – une réitération infinie de la destruction du Temple, des Croisades et de l’Inquisition, des expulsions et des pogroms ? Ou ce crime constitue-t-il quelque chose d’absolument unique ?
 
Il ne fait pas de doute que beaucoup de lecteurs, par empathie avec la souffrance juive, trouveront une certaine grandeur à la capacité d’endurer une longue histoire de douleur et d’y survivre. Mais le rôle assigné, de ce fait, au peuple choisi par Dieu ne correspond pas avec la condition de la communauté juive des Etats-Unis, par exemple, qui a gravi les échelons de la réussite sociale, a atteint une stabilité économique enviable, et a contribué activement à tous les aspects de notre existence nationale. Le statut de victime ne convient pas davantage à l’Etat d’Israël, qui a résisté avec succès aux assauts de ses ennemis arabes, et qui est convaincu que seules la puissance militaire et l’endurance politique garantiront son avenir.
 
Le résultat de cette dissonance a eu des implications maléfiques. Aujourd’hui, dans les réactions de mécontentement de nombreux chrétiens européens et américains face au refus déterminé d’Israël de céder au terrorisme arabe, nous avons vu, en toute clarté, les priorités morales perverties d’un monde pour qui les Juifs ne sont les bienvenus que quand ils se conforment à un ancien scénario, atteignant à la noblesse tragique, par impuissance et passivité, au travers du sacrifice. Tout programme d’étude de l’Holocauste qui ne va pas au-delà de La Nuit, de Wiesel, faillira à enseigner au grand public chrétien américain le caractère mensonger et la dangereuse arrogance de ce stéréotype.
 
 
Peut-être des possibilités pédagogiques se dissimulent-elles dans mes doutes. Chrétiens et juifs vivent imbriqués dans un réseau de relations complexes, et ni les uns ni les autres ne peuvent espérer saisir la signification de leurs propres traditions, et encore moins de celles des autres, sans peiner à la tâche. Une lecture du chef-d’œuvre de Wiesel ne constituera pas un substitut de ce labeur. Tôt ou tard, nous devrons prendre la route qui s’éloigne d’Auschwitz. On peut seulement espérer que la visite d’Oprah au camp de l’horreur absolue, où souffrit Wiesel, sera le signe d’un commencement et non celui d’une fin de ce voyage.

(Christopher M. Leighton,  Pasteur Presbytérien, est un nouveau collaborateur de Commentary. Durant les vingt dernières années, il a exercé les fonctions de directeur de l’Institut d’Etudes Chrétiennes et Juives de Baltimore, dans le Maryland.)
 
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Notes de la Rédaction d’upjf.org
 
[1] Oprah Winfrey, née le 20 janvier 1954, à Kosciusko, Mississipi, est actrice, productrice et animatrice de télévision aux Etats-Unis. C'est une personnalité extrêmement influente dans son pays, et elle est l'une des premières femmes noires à être devenue milliardaire, grâce à ses activités de productrice notamment. C'est aussi une âme généreuse, puisqu'en 2005, elle a offert une voiture aux 200 personnes venues assister à son émission de talk-show ! (D’après le site de Wikipedia). Cliquer pour voir le site de Oprah.
 
[2] C’est le titre de son émission littéraire télévisée, très populaire en Amérique. La promotion qu’elle fait des titres sélectionnés par elle vaut régulièrement à ces ouvrages de devenir des bestsellers.
 
[3] Peut-être allusion au combat de Jacob avec l’ange, au gué de Yabboq (cf. Gn 32, 23-33).


Conseil Editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
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         Volume V, Numéro 233                                     Vendredi, 5 mai 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
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___________________________________________

 
La victoire par la participation politique :
la nouvelle stratégie du Hamas et ses limites. Evaluation et recommandations politiques
Yigal Carmon 
MEMRI, 21 avril 2006No.270
 
 
Dans un briefing donné le 17 mars 2006 au Congrès américain sur la stratégie du Hamas après les élections palestiniennes, Yigal Carmon, président du MEMRI, a présenté la stratégie du Hamas et ses limites et a fait quelques recommandations politiques.

Le briefing a été sponsorisé par le sous-comité des relations internationales pour le terrorisme international et la non prolifération, dépendant de la Chambre des députés, et co-sponsorisé par les dirigeants du Comité: le président Ed Royce (Républicain, Californie), l'éminent membre Brad Sherman (Démocrate, Californie) et le représentant Steven Rothman (Démocrate, New Jersey). Ileana Ros-Lehtinin, présidente du sous-comité du Moyen-Orient et d'Asie centrale, et le membre éminent Gary Ackerman, ont aussi co-sponsorisé l'événement.
 
Voici un résumé de l'évaluation:

Estimation

Des trois menaces islamistes qui pèsent aujourd'hui sur les Etats-Unis - Al-Qaïda, l'Iran et les Frères musulmans -, Al-Qaïda et l'Iran ont choisi d'atteindre leurs objectifs par la confrontation tandis que les Frères musulmans ont opté pour la participation politique. Ce choix a été essentiellement motivé par la guerre mondiale contre le terrorisme, qui a poussé le Hamas (composante de l'organisation mère que sont les Frères musulmans) à comprendre que dans le monde de l'après 11 septembre, les organisations terroristes n'ont pas d'avenir, tandis que par la participation au jeu politique, elles pourraient toutefois atteindre certains de leurs grands objectifs.
 
La participation au jeu politique implique l'acceptation de certaines contraintes politiques, contraintes dont le Hamas n'avait pas eu à se préoccuper avant les élections législatives de janvier 2006, pas plus que les Frères musulmans avant les élections législatives d'Egypte de novembre-décembre 2005. Ce n'est qu'après la victoire du Hamas que des conditions ont été formulées à la participation du Hamas au jeu politique.
 
Les trois exigences actuelles posées au Hamas concernent Israël: la renonciation à la violence, la reconnaissance d'Israël et le respect des accords antérieurs.
 
Ces conditions sont inefficaces:

1) Elles ne peuvent être respectées que pour un temps limité et pour des raisons tactiques et en effet, le Hamas a entrepris de les respecter, puis a fait marche arrière.
 
2) En se focalisant sur Israël, on ignore le problème plus large de la participation au jeu politique des Frères musulmans, et des mouvements nationalistes laïques, dans l'ensemble des pays arabes et musulmans.

Le succès du Hamas, bien que limité aux territoires palestiniens, pose une menace aux intérêts américains dans la région. Si l'Occident se résigne à la victoire du Hamas, les Frères musulmans pourraient fort bien répéter ce succès en Egypte et en Jordanie. Abou Mazen et l'OLP se retrouveraient encore plus mis de côté, tandis que les régimes actuels en Jordanie et en Egypte pourraient se trouver sérieusement menacés. Voilà qui mettrait en danger la stabilité de tout le Moyen-Orient.
 
Le moment critique sera celui où le Hamas prendra le commandement des forces de sécurité palestiniennes. A ce stade, la crise sera beaucoup plus difficile à gérer et risquera de devenir incontrôlable. En effet, la stratégie déclarée du Hamas est de combiner participation politique et résistance, comme l'ont affirmé Mashaal, Haniya et Al-Zahar ("le fusil dans une main, la politique et l'autorité dans l'autre"). [1]
 
Le scénario souhaité est que, plutôt que de combiner participation au jeu politique et résistance, le Hamas poursuive sur la voie de la modération, à l'instar de l'OLP. Les actuelles avancées tactiques/temporaires du Hamas en ce sens, dans le but d'obtenir une reconnaissance mondiale de sa victoire, laissent espérer que cela est possible.

Cet espoir reste toutefois timide. Contrairement à l'OLP, organisation nationale distincte limitée à un peuple et à une terre, le Hamas est lié au mouvement régional, et même mondial, des Frères musulmans, qui bénéficient d'une structure islamique globale. En tant que tel, il est vraisemblable qu'il demeure fidèle à ses positions.
 

Recommandations

Les exigences américaines doivent donc se focaliser sur la transformation interne et idéologique du mouvement. Elles ne doivent pas se focaliser sur le Hamas, mais en priorité sur l'organisation mère: les Frères musulmans. (Les conditions qui suivent devraient également s'appliquer aux mouvements nationalistes laïques.)
 
Présenter les exigences suivantes comme des critères internationaux universels garantira le soutien de l'Union européenne et des Nations unies.
 
Afin d'encourager les Frères musulmans et ses ramifications à entreprendre des mesures pour se conformer aux critères politiques internationaux, la reconnaissance politique ne devrait être accordée qu'après que les conditions suivantes auront été remplies par le Hamas et les Frères musulmans et incluses à leurs programmes politiques officiels en vue des élections:

1) L'adhésion à la politique par l'exclusion de la violence et du recours à la force. De mouvement de résistance armé, le Hamas doit devenir un parti politique non armé. Cette exigence s'applique également au Fatah, censé suivre la même transformation avec le processus d'Oslo mais qui, jusqu'à ce jour, ne l'a pas fait. Une fois que le Fatah aura pris des mesures en ce sens, la pression sur le Hamas et les autres factions pour faire de même sera plus forte. Et si le Hamas n'obtempère pas, il ne bénéficiera pas de la reconnaissance internationale.
 

2) L'Adoption des valeurs démocratiques. Celle-ci se fait longuement attendre. Une telle adoption contrera l'érosion de la notion de démocratie qui, ces dernières années, en est arrivée à n'englober que l'idée d'élections libres.
 

L'ensemble des valeurs démocratiques devraient inclure: l'égalité de tous devant la loi, sans considérations de religion, d'appartenance ethnique ou de genre, et l'adoption officielle dans le programme politique des organisations concernées de toutes les libertés constitutionnelles, incarnées par les conventions internationalement acceptées, telles que la Déclaration des Droits de l'Homme, la charte des Nations Unies, les conventions des Nations Unies et les autres critères internationaux.
 
(Yigal Carmon est président du MEMRI)
 
[1] Pour des déclarations d'Al-Zahar, voir Al-Qods (Jérusalem), le 15 février 2006 ; pour des déclarations de Haniya, voir http://memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1017 ; pour des déclarations de Mash'al, voir http://memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1044 ; http://memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1024.
 
Pour d'autres extraits-vidéo de leaders du Hamas, voir http://www.memritv.org/Search.asp?ACT=S5&P1=151.
 
Israël 2006, statistiques et données
Un écho d’Israël , 5 mai, 2006
 
Données générales
 
A l’occasion du 58ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, le bureau israélien des statistiques vient de publier son rapport annuel :
 

Aujourd’hui vivent en Israël 7 026 000 personnes, soit 8 fois plus d’habitants qu’en 1948, puisque la population du pays s’élevait alors à 806 000 habitants.
 
Le nombre de Juifs en Israël s’élève à 5 639 000 (soit 76% de la population totale du pays) ce chiffre ne comprend pas les 306 000 nouveaux émigrants qui sont enregistrés au ministère de l’intérieur comme non-Juifs et qui constituent 4% de la population d’Israël. 20% de la population est arabe (soit 1 387 000 habitants). Les étrangers qui vivent en Israël ne sont pas inclus dans ces données, ils sont estimés à 150 000.
 

Depuis la dernière fête de l’Indépendance, la population israélienne a augmenté de 118 000 personnes. 138 000 bébés sont nés en Israël durant cette période.
 
66% des Israéliens sont nés en Israël (3 600 000) contre 34% qui sont nés à l’étranger : 960 000 sont issus des pays de l’ex-Union Soviétique, 150 000 sont natifs du Maroc, 110 000 de Roumanie, 77 000 d’Amérique du Nord, 70 000 d’Irak, 70 000 d’Ethiopie, enfin, 62 000 sont nés en Pologne.
 
En 1948, seuls 35% des juifs étaient natifs du pays.
 
Les nouveaux immigrants :
 
Le nombre d’immigrants est en légère baisse par rapport à l’an dernier.
 

21 000 nouveaux immigrants, contre 26 000 l’an dernier, sont montés en Israël. Parmi eux, 9 300 sont venus des ex-pays de l’Union Soviétique, 3 700 d’Ethiopie, 2500 de France, et 200 des Etats-Unis.
 
Répartition géographique de la population :
 
45% de la population d’Israël résident dans des villes de plus de 100 000 habitants, soit 3 100 000 personnes.
 
On compte 5 villes de plus de 200 000 habitants : Jérusalem, Tel Aviv, Haïfa, Richon LeTsion et Ashdod. Un quart de la population du pays réside dans ces villes.
 
Jérusalem est la première ville d’Israël, avec 718 900 habitants - en 1948, elle en comptait 84 000. Lorsque Ben Gourion proclama l’Indépendance, vivaient à Tel Aviv 248 500 habitants (30% de la population). Elle était la plus grande ville d’Israël, aujourd’hui elle compte 378 800 habitants, soit 5% seulement de la population globale d’Israël.
 

Haïfa est la troisième ville du pays, avec 267 700 habitants - contre 98 600 en 1948.
 
14 villes sont peuplées de plus de 100 000 habitants, la majorité d’entre elles sont des localités périphériques de Tel Aviv.
 
Richon LeTsion est la quatrième ville du pays avec plus de 219 800 habitants, alors qu’elle en comprenait 11 000 à la création de l’Etat d’Israël.
 
La population rurale représente seulement de 8% (571 600 personnes) de l’ensemble de la population israélienne, parmi eux, il faut compter 118 000 résidents en kibboutz, soit 2% de la population, alors qu’en 1948 ils constituaient 6%.
 
 © Un écho d’Israël
 
Mis en ligne le 05 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org


Conseil Editorial
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