Depuis les années 1950, le gouvernement des États-Unis
a systématiquement encouragé les gouvernements israéliens
à céder des territoires, et je m'attends à ce
que cet usage persiste. Mais il vaut la peine de signaler que plusieurs
membres du Congrès – et parmi eux les sénateurs
Charles Schumer et Jesse Helms – ont fait part de leur inquiétude
en voyant Jérusalem compromettre sa sécurité
en abandonnant trop de terres. N'est-il pas concevable qu'une telle
circonspection parvienne à s'imposer également au sein
de l'exécutif?
En décembre 2000, espérant contre toute attente, j'appelais
l'administration Clinton à remonter le moral de son allié
défaillant en adoptant plusieurs mesures, dont notamment la
dissuasion de nouvelles concessions territoriales par Israël.
Aujourd'hui, j'appelle l'administration Bush à constater l'évolution
lamentable du retrait de Gaza, à porter son regard au-delà
des attraits faciles d'un nouveau retrait israélien et à
rester conscient des dangers qu'implique une évacuation unilatérale
de la Cisjordanie – pour Israël, pour la Jordanie et pour
les États-Unis.
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de la page
Volume
V, Numéro 235 • Vendredi, 19 mai 2006
Plus jamais
?
Charles Krauthammer
The Washington Post, 5 mai 2006
Traduction française
: Menahem Macina, l'upjf.org
Quand quelque chose se produit pour la première fois en 1871
ans, cela mérite attention. En 70, puis en 135 de notre ère,
l’Empire romain a brutalement écrasé les révoltes
juives de Judée, détruit Jérusalem, tué
des centaines de milliers de Juifs, réduit en esclavage et
exilé des centaines de milliers d’autres. Durant près
de deux millénaires, les Juifs ont erré dans le monde.
Et aujourd’hui, en 2006, pour la première fois depuis
lors, il y a à nouveau plus de Juifs vivant en Israël
– l’Etat qui a succédé à la Judée
– qu’en tout autre endroit de la terre.
La population juive d’Israël vient d’atteindre les
cinq millions six cent mille âmes. La population juive d’Amérique,
qui était de cinq millions cinq cent mille âmes en 1990,
est tombée à environ cinq millions deux cent mille,
dix ans plus tard, et son déclin abrupt, causé par la
baisse des taux de fertilité et les hauts niveaux d’assimilation,
réduira ce nombre de moitié au milieu du siècle.
Quand six millions de Juifs européens furent tués dans
l’Holocauste, seuls deux centres majeurs de vie juive subsistèrent
: l’Amérique et Israël. Ce système à
deux étoiles est toujours en vigueur aujourd’hui, mais
il vient d’atteindre un point où il suffirait d’un
rien pour qu’il bascule.
Chaque année, tandis que la population juive continue de croître
en Israël et de décliner en Amérique (et dans le
reste de la Diaspora), Israël devient de plus en plus, comme
c’était le cas au temps de Jésus, le centre du
monde juif.
Une restauration des plus improbables et aux allures d’épopée.
Pour ne prendre qu’une des plus remarquables réussites
du retour : l’hébreu est la seule langue morte de l’histoire
connue à avoir été remise en usage dans la vie
quotidienne, en tant que langue vivante d’une nation. Mais cette
transformation a un prix et comporte un danger : elle modifie radicalement
les perspectives de survie du peuple juif.
Durant 2000 ans, les Juifs ont été protégés
par la dispersion – une protection qui n’empêchait
pas les communautés individuelles d’être régulièrement
persécutées et massacrées, mais qui était
efficace pour le peuple dans son ensemble. Décimés en
un lieu, ils pouvaient survivre ailleurs. Persécutés
en Espagne, ils pouvaient trouver refuge à Constantinople.
On pouvait les massacrer dans les régions rhénanes au
cours des Croisades, ou en Ukraine durant l’insurrection de
Chmielnicki, en 1648-49, mais ils survivaient dans le reste de l’Europe.
Hitler a mis fin à cette illusion. Il a démontré
que l’antisémitisme moderne, conjugué aux technologies
modernes – voies ferrées, bureaucraties disciplinées,
chambres à gaz meurtrières à l’efficacité
industrielle – pouvait s’emparer de gens dispersés
et les "concentrer" pour les anéantir totalement.
La fondation d’Israël constitua une déclaration
juive, adressée à un monde qui avait permis à
l’Holocauste de se produire – après qu’Hitler
eut très clairement exposé ses intentions. Il y était
proclamé que les Juifs recourraient dorénavant à
l’autoprotection et à l’indépendance pour
se défendre. Et c’est ce qu’ils ont fait en créant
une armée juive, la première en 2000 ans, qui l’a
emporté dans trois grandes guerres de survie (1948-49, 1967
et 1973).
Mais, par une ironie cruelle de l’histoire, pour ce faire il
a fallu cette concentration, ce rassemblement consistant à
mettre tous les œufs dans le même panier : un territoire
exigu contigu de la Méditerranée, dont la partie la
plus étroite est de quelque douze kilomètres. Une cible
tentante pour ceux qui voudraient achever l’œuvre d’Hitler.
Ses successeurs d’aujourd’hui résident à
Téhéran. Le monde a été très attentif
à la déclaration du Président Mahmoud Ahmadinejad,
affirmant qu’Israël devait être détruit. Mais
il a prêté moins d’attention aux formulations concernant
la manière exacte dont Israël serait détruit, à
savoir : « par une seule tempête », selon la promesse
d’Ahmadinejad.
L’ancien président, Hashemi Rafsanjani, le prétendu
modéré de la bande, a expliqué que « l’emploi
d’une bombe nucléaire contre Israël ne laisserait
rien subsister sur son sol, alors qu’il ne causerait que des
dégâts au monde de l’Islam ». Logique impeccable.
L’intention est claire : une attaque nucléaire détruirait
totalement le minuscule Israël, alors que des représailles
lancées par un Israël mourant n’auraient pas d’effet
majeur sur une civilisation islamique d’un milliard d’individus,
dont les populations s’échelonnent de la Mauritanie à
l’Indonésie.
Dan sa course aux armes nucléaires, l’Iran précise
qu’en cas de problème, les Juifs seront les premiers
à souffrir. « Nous avons annoncé que, quel que
soit l’endroit (d’Iran) où l’Amérique
causera des dommages, le premier lieu que nous ciblerons sera Israël
», a déclaré le général Mohammad
Ebrahim Dehghani, un commandant de haut rang des Gardiens de la Révolution.
Hitler avait été légèrement moins direct
lorsqu’il avait annoncé, six mois avant d’envahir
la Pologne, que, s’il y avait une autre guerre, « le résultat
serait… l’anéantissement de la race juive en Europe
».
La semaine dernière, Bernard Lewis, doyen des études
islamiques, qui vient d’atteindre ses 90 ans et se souvient
fort bien du XXe siècle, confessait que, pour la première
fois, il éprouve à nouveau le sentiment d’être
en 1938. Il n’a pas eu besoin d’ajouter qu’en 1938,
face à la tempête qui se préparait, sous l’égide
d’un ennemi fanatique et agressif, qui se déclarait ouvertement
ennemi de l’Occident et, plus farouchement encore, des Juifs,
le monde n’a rien fait.
Quand, dans les quelques prochaines années, les mollahs d’Iran
auront acquis les armes nucléaires qu’ils convoitent,
le nombre de Juifs vivant en Israël, atteindra précisément
les 6 millions.
Jamais plus ?
Dissuader
Téhéran
Daniel Pipes
New York Sun, 9 mai 2006
Traduction française
: Alain Jean-Mairet
Alors que le régime iranien, dans sa fuite en avant, appelle
sans équivoque à la destruction d'Israël et enfreint
ouvertement les règles de non-prolifération nucléaire,
l'Occident est confronté à deux perspectives très
désagréables.
La première consiste à tolérer le comportement
de Téhéran en espérant que les choses s’arrangeront.
Peut-être la dissuasion jouera-t-elle son rôle et le moratoire
de six décennies sur l'utilisation des armes atomiques sera-t-il
maintenu. Peut-être les dirigeants iraniens renonceront-ils
à leur attitude messianique. Peut-être aucun autre État
ne décidera-t-il, comme Téhéran, de galvauder
sa promesse de respecter les règles du jeu.
Les mots-clé de ce scénario sont "espérer"
et "peut-être" – l'attentisme fébrile
remplace ici les plans stratégiques. Voilà qui, à
tout le moins, ne ressemble guère à la conduite usuelle
des affaires par les grandes puissances.
La deuxième perspective consiste en la destruction, par le
gouvernement des États-Unis (avec peut-être quelques
alliés), d'installations iraniennes essentielles, ce qui retarderait
ou briserait les ambitions nucléaires iraniennes. Des analystes
militaires estiment qu'avec de bonnes informations et un décret
spécial, les forces aériennes américaines sont
en mesure de causer les dommages nécessaires en l'espace de
quelques jours. De plus, elles pourraient protéger le détroit
d'Hormuz.
Mais une attaque aurait des conséquences néfastes, et
ce notamment dans deux domaines liés entre eux, à savoir
l'opinion publique musulmane et le marché pétrolier.
Tous les indices suggèrent que des frappes aériennes
encourageraient la population iranienne, encore méfiante pour
l'instant, à se rallier à son gouvernement. Des attaques
aériennes enflammeraient le climat, déjà hostile
aux Etats-Unis, dans la communauté musulmane mondiale, causant
ainsi une recrudescence du soutien à l'islam radical et une
aggravation de la séparation des civilisations. Des informations
indiquent que Téhéran finance des groupes terroristes
afin qu'ils se préparent à attaquer les ambassades,
les bases militaires et les intérêts économiques
américains, à fomenter des attentats en Irak, et à
lancer des missiles sur Israël.
Même si les forces armées occidentales sont capables
de répondre à ces défis, des raids aériens
pourraient inciter les Iraniens et leurs partisans à cesser
d'approvisionner le marché en pétrole et en gaz, à
perpétrer des attentats terroristes contre les infrastructures
énergétiques et à fomenter des troubles civils,
déclenchant ainsi une récession économique comparable
à celle entraînée par la crise énergétique
du milieu des années 1970.
Face à ces deux alternatives déplaisantes, je conclus,
comme le sénateur John McCain, un républicain d'Arizona,
qu'«une seule chose serait pire que le recours à une
action militaire américaine : un Iran disposant de l'arme nucléaire.»
Mais n'y a-t-il pas une troisième voie, plus acceptable ? La
trouver est l'objectif de tous les analystes qui se penchent sur le
sujet, y compris votre serviteur. Cette troisième option implique
nécessairement un mécanisme capable de dissuader le
régime iranien de développer et de militariser ses installations
atomiques. Existe-t-il un tel moyen de dissuasion?
Oui, et il a même une chance de succès. L'Iran, fort
heureusement, n'est pas une dictature où une seule personne
prend toutes les décisions majeures, mais une oligarchie où
le pouvoir est réparti entre plusieurs centres et où
de nombreuses questions sont débattues. Les dirigeants politiques
eux-mêmes y sont divisés, et certains éléments
importants doutent du bien-fondé de la poursuite du programme
nucléaire, craignant l'isolement international qui s'ensuivrait,
sans parler des frappes aériennes. D'autres secteurs influents
de la société – notamment religieux, militaires
et économiques – s'inquiètent également
de cette course en avant, tête baissée.
Une campagne menée par des Iraniens opposés à
la confrontation pourrait s'imposer, car l'Iran lui-même n'est
pas menacé d'une attaque nucléaire. La décision
de se doter d'armes nucléaires est volontaire et Téhéran
peut y renoncer. On peut avancer que la sécurité iranienne
serait améliorée si le pays restait non nucléarisé.
Les forces opposées à la nucléarisation doivent
être motivées et unifiées, et cette évolution
serait favorisée par de fortes pressions extérieures.
Si les Européens, les Russes, les Chinois, les Moyen-Orientaux
et d'autres encore agissaient de concert avec Washington, cela favoriserait
la mobilisation des éléments de l'opposition en Iran.
En effet, ces États ont de bonnes raisons de craindre tant
un Téhéran nucléaire, que le précédent
fâcheux que cela représenterait et dont pourraient s'inspirer
d'autres puissances nucléaires potentielles, tels le Brésil
et l'Afrique du Sud.
Cependant, cette coopération internationale ne se concrétise
guère, comme on peut le voir aux Nations Unies. Le Conseil
de sécurité reste désorienté sur la question
iranienne, et un officiel iranien a même été élu
jusqu'au sein de la Commission des Nations unies pour le désarmement
(laquelle est chargée de réaliser le désarmement
nucléaire).
Dissuader Téhéran nécessite des pressions soutenues
et constantes sur le corps politique iranien. Cela implique, paradoxalement,
que les plus fervents adversaires des frappes aériennes menées
par les États-Unis doivent (1) faire cause commune avec Washington
et (2) convaincre les Iraniens que des répercussions terribles
les attendent s'ils défient le consensus international.
Ces mesures n'offrent aucune garantie de succès, mais elles
constituent le seul moyen réaliste de prévenir de graves
dangers.
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Volume
V, Numéro 234 • Vendredi, 12 mai 2006
Oprah,
Elie Wiesel, et mes coreligionnaires chrétiens
Christopher M. Leighton
Commentary Magazine, mai 2006
Traduction française
: Menahem Macina, l'upjf.org
Quand Oprah [1] parle, l’Amérique écoute. Quand
Oprah tend le doigt, l’Amérique se tourne pour regarder
dans la direction indiquée. Plus étonnant encore, peut-être,
Oprah peut brandir un livre devant vous et certains d’entre
nous peuvent même éteindre leur télévision
à distance et se plonger dans la lecture de ses pages.
La sélection, qu’elle a faite récemment, de La
Nuit, le récit classique de l’Holocauste, par Elie Wiesel,
pour son club du livre de ce mois, dans le cadre du Oprah Winfrey
Show [2], promet de polariser l’attention d’un énorme
public qui sait encore peu de chose ou rien du tout de cette catastrophe
fracassante et définitive de notre temps. Dans ses émissions
avec Wiesel, dont il est prévu qu’elles incluent une
visite filmée à Auschwitz, nous verrons une femme afro-américaine
marchant dans le royaume de la nuit et au milieu des ombres. Cette
odyssée éducative peut ouvrir la voie à de nouvelles
compréhensions, entre autres, entre chrétiens et Juifs.
Qui pourrait se montrer réticent à ce propos ? Pourquoi
devrais-je, en particulier, être en proie au doute ? Le livre
de Wiesel m’a initié à des questions qui ont modelé
l’œuvre de ma vie dans le champ des études sur les
chrétiens et les Juifs. Je continue à considérer
son chef-d’œuvre, publié en France sous le titre
La Nuit, en 1958, et dans son pays, en 1960, comme l’une des
narrations de l’Holocauste, les plus saisissantes jamais composées,
et je suis impressionné par le choix audacieux, qu’a
fait Oprah, de le placer au centre de sa rencontre et de celle de
ses téléspectateurs avec le trauma tellurique que fut
la Shoah. Pourquoi donc, alors, ai-je si peu confiance en la possibilité
que cette combinaison unique de talents réalise un miracle
dans notre psyché collective ?
Mon malaise provient du soupçon que la lecture et la discussion
de La Nuit, de Wiesel, occuperont l’entièreté
du programme. En vertu de la puissance du plus grand club de livres
de la planète, le public américain ira à Auschwitz,
contemplera un pan réduit du vaste et complexe paysage, et
ne sera pas en mesure de prendre garde à une série de
difficultés beaucoup plus proches de chez nous, au sens du
foyer mental et culturel, habité par tant de mes collègues
chrétiens. Un génie littéraire et une Télévision
cathartique peuvent momentanément nous captiver, mais il est
probable que la plupart des téléspectateurs sortiront
sans dommage de cette expérience, avec des postulats non vérifiés
et potentiellement dangereux.
Mon anxiété a trois aspects. Le premier provient du
caractère intime du récit que fait le livre. Un jeune
garçon juif, originaire d’une petite ville d’Europe
orientale, est balayé par le mécanisme d’un meurtre
de masse, et les lecteurs sont envoûtés par une voix
qui leur relate les événements survenus dans un monde,
méconnaissable tant il est déformé. Nous assistons
à leur déroulement au travers du regard d’un enfant,
dont l’ancrage dans sa famille, dans sa foi et dans la perception
de soi est méthodiquement brisé. Nous pénétrons
dans un royaume d’incertitude radicale et de désespoir,
dans lequel notre regard n’a pas le droit de porter plus loin
que les fils barbelés qui l’enclosent et le contiennent.
Et c’est là le problème. Dans le monde que dépeint
Wiesel, les organisateurs du génocide se trouvent en dehors
du périmètre du camp, et donc en dehors de la perception
non informée du lecteur. Les politiciens qui ont élaboré
ces plans, les bureaucrates et les technocrates qui les ont réalisés
avec une efficacité meurtrière, demeurent sans visage.
Il n’est pas possible de rendre compte de l’exécution
soigneusement orchestrée d’un meurtre de masse.
Dans le même ordre d’idées, nous traversons le
récit de Wiesel sans remarquer les « bourreaux volontaires
» d’Hitler, les gens ordinaires qui obéirent aveuglément
aux instructions et y acquiescèrent par leur silence. Beaucoup
d’entre eux étaient le produit du meilleur système
éducatif du monde ; la plupart avaient été baptisés
au cœur même de la chrétienté. La majorité
silencieuse ne voulait pas en savoir trop. Les gens étaient
occupés, ils ne voulaient pas entrer en conflit avec les autorités,
ni mettre en danger leur existence ou celle de leur famille. Ils ont
feint d’ignorer les horreurs. Les justes, ceux qui ont risqué
leur vie pour sauver des innocents, furent de rares exceptions qui
n’ont fait que confirmer la règle.
Mais la voix impérative qui émane des crématoires
exige que nous affrontions les fondements idéologiques de ce
meurtre de masse, et cette confrontation nous conduit au seuil de
la tradition chrétienne. Au long des siècles, les enseignements
chrétiens ont cultivé le terreau d’une hostilité
qui découlait d’un mépris largement répandu
pour le judaïsme et le peuple juif. Ce caractère dédaigneux
s’amplifiait dans l’interprétation chrétienne
de la Bible, et se répandait grâce à l’entregent
de brillants théologiens, renforcé par les usages homilétiques
et liturgiques, et incarné dans l’art et l’architecture.
De nos jours, beaucoup de chrétiens sont inconscients de cet
héritage inquiétant, et ont tendance à en nier
la virulence et la longévité. Et ceci, malgré
l’écrasant consensus des historiens, et, dans les récentes
décennies, celui de la hiérarchie ecclésiale,
selon lequel l’animosité enracinée dans la chrétienté
a constitué, en fait, une condition préalable de l’émergence
de l’antisémitisme moderne. Pour cette raison, l’Holocauste
impose aux chrétiens une obligation particulière, et
le désamorçage du parti pris, toujours toxique, constitue
pour les chrétiens un impératif de la plus haute urgence.
La Nuit, de Wiesel, fournit un aperçu de l’horrible expérience
des victimes ; elle ne brandit pas un miroir pour obliger les chrétiens
à se mesurer au point vulnérable de leur tradition.
J’aimerais croire que, dépassant les limites du livre,
Oprah examinera les courants antijudaïques qui animaient les
perpétrateurs de l’Holocauste et paralysèrent
ceux qui se tenaient à l’écart. Ce faisant, elle
aiderait beaucoup d’Américains, spécialement les
Protestants, à relever un défi difficile, et apporterait
une contribution de son cru au témoignage révolutionnaire
émis, en premier, par l’Eglise catholique romaine, lors
du Second Concile du Vatican, en 1965, quand elle rendit publique
la déclaration Nostra Aetate [§ 4].
Mais, pour des raisons qui constituent le second aspect de mon anxiété,
j’ai des doutes.
Les chrétiens apprennent à lire et à interpréter
le monde à la lumière de la vie, de la mort et de la
résurrection de Jésus. En plaçant leurs combats
dans la lumière de l’histoire, telle qu’elle est
narrée dans les Evangiles, ils sont capables de percevoir le
sens au sein de l’échec humain, l’ordre au fond
du chaos, et l’espérance dans l’épaisseur
du désespoir.
Que se passe-t-il lorsque des chrétiens "lisent"
La Nuit, de Wiesel, au prisme de leur histoire sainte ? Qu’est-ce
que la narration chrétienne contribue à faire découvrir
dans les réalités auxquelles Wiesel est confronté
? Que cache ou déforme le regard chrétien sur le monde,
à propos de cette quintessence de l’expérience
juive ?
Il me faut encore rencontrer un lecteur de La Nuit, qui ne soit pas
sorti boiteux [3] de cette rencontre. Les mémoires de Wiesel
se sont imprimées de manière indélébile
dans l’imagination de tous, avec la résistance à
feuilleter les pages. Peu de récits de l’Holocauste,
en effet, ont autant d’efficacité pour aider les lecteurs
à ressentir la transformation poignante d’un être
en victime. Toutefois, cette identification, rendue possible par le
talent littéraire de Wiesel, peut libérer une catharsis
sans générer, pour autant, une compréhension
historique ou un discernement théologique. Précisément,
les chrétiens peuvent, par l’imagination, pénétrer
dans cette mémoire et en resituer les horreurs dans leur propre
cadre religieux : celui de la mort-et-de-la-résurrection
Dans l’une des scènes les plus bouleversantes du livre,
Wiesel évoque l’exécution du jeune garçon
par les nazis. L’enfant est pendu à la potence entre
deux hommes. Comme les prisonniers sont rassemblés et obligés
d’assister à la pendaison des victimes, ils ne peuvent
éviter de voir l’enfant, qui est trop léger pour
que la corde puisse achever l’œuvre de strangulation. L’agonie
de l’enfant, qui se débat faiblement entre la vie et
la mort, suscite la question : « Où est-il [Dieu] ? ».
Et Wiesel de répondre avec intensité : « Où
il est ? Il est là, pendu à cette potence. »
Ces mots dénotent un effondrement de la foi. Pour des Juifs,
en particulier, ils peuvent être considérés comme
les termes d’une contestation radicale, une mise en accusation
du Dieu Qui, jadis, agissait dans l’histoire pour racheter Israël,
Son peuple, mais Qui, en cet instant le plus crucial de sa détresse,
a omis de le sauver. Peut-être est-ce là le faible écho
de la plainte du Psalmiste, dont le but était de tirer le Seigneur
de Sa somnolence. Mais le silence de Dieu brise l’espérance.
La conscience accablante de Son absence, de Sa trahison, menace de
fracasser la possibilité même de la foi. Le narrateur,
un jeune homme élevé dans un pieux foyer juif, se retrouve
dans un engourdissement sinistre, dans un vide que rien ne peut combler.
Pour beaucoup de lecteurs chrétiens, cependant, cet épisode
résonne de manière très différente. La
où les Juifs voient la preuve de l’absence de Dieu, les
chrétiens découvrent, au milieu de l’angoisse
et de l’obscurité, une confirmation de la présence
rédemptrice de Dieu. Pénétrant au cœur de
la ténèbre, Dieu refuse d’abandonner ceux qui
L’invoquent. Il n’est pas étonnant que beaucoup
de chrétiens aient lu le récit de Wiesel comme "la
crucifixion des Juifs", et les meurtres d’Auschwitz comme
des offrandes sacrificielles, qui expient les péchés
de l’humanité.
L’inférence est presque irrésistible – un
réflexe religieux enraciné. François Mauriac,
l’écrivain catholique français qui fit tant pour
faire connaître La Nuit au public, exprime justement cette vue
dans sa préface au livre :
Ai-je expliqué à [Elie Wiesel] que ce qui a constitué
une pierre d’achoppement pour sa foi est devenu la pierre angulaire
de la mienne ? Et que la correspondance entre la croix et la souffrance
humaine demeure, selon moi, la clé du mystère insondable
dans lequel la foi de son enfance a sombré ?
On peut s’interroger : et alors, quoi ? Le fait que, les yeux
rivés sur l’abîme de Wiesel, Juifs et chrétiens
puissent en déduire un éventail de significations diverses,
ne doit nullement nous perturber. Chaque communauté religieuse
regarde le monde à travers la perspective de sa propre narration,
et parvient à des conclusions disparates. Qu’y a-t-il
de mal à cela ?
Voilà ce qui est mal : les rêveries de Mauriac sont révélatrices
d’une tendance très ancienne à faire entrer, de
force, l’horreur de l’Holocauste dans les contours du
scénario chrétien. Mais dès que le caractère
irréductiblement spécifique de la souffrance juive sous
Hitler est mis à l’ombre de la croix, et devient subordonné
à la souffrance de l’homme de Galilée, qui a pris
sur lui les péchés du monde il y a 2.000 ans, le destin
d’un million et demi d’enfants juifs assassinés
revêt une signification théologique qui falsifie l’essence
même du désastre d’un peuple.
Les hurlements de ces enfants et de leurs parents torturés
n’ont pas amélioré le monde. Ils n’ont pas
davantage constitué une offrande sacrificielle ayant le pouvoir
de rétablir les liens d’intimité entre Dieu et
l’humanité. Tout effort pour faire entrer, de force,
la souffrance de la communauté juive dans un paradigme chrétien,
associe à la violence originelle une autre dimension de profanation.
En fait, la domestication de la souffrance juive par une comparaison
avec l’exécution de Jésus, dénote un échec
de la compréhension chrétienne du mystère qui
est au cœur de la crucifixion. Comme l’apôtre Pierre
le rappelle aux chrétiens, le réflexe humain fondamental
face à la souffrance qui défigure est soit de se détourner,
soit de regarder, hébété et fasciné, en
se tenant à distance, à l’abri du danger. La crucifixion
oblige les chrétiens à faire face à la douleur
de quelqu’un d’autre, en une confrontation qui les met
dans une situation où ils ne se sont jamais trouvés
auparavant et dont on ne revient pas indemne dans la quiétude
de son chez soi. Imposer à la souffrance des autres une signification
déterminée de manière transcendantale fausse
ce défi.
Pour le dire autrement, une rencontre avec l’Holocauste met
le chrétien face aux limites de leur talent théologique
et les contraint à réexaminer l’affirmation selon
laquelle une nouvelle vie fait toujours suite à la mort. S’ils
refusent le défi, ils liront et interpréteront La Nuit,
de Wiesel, d’une manière qui se borne à répéter
ce qu’ils ont toujours su. De cette rencontre, ils n’apprendront
rien, que ce soit sur les autres ou sur eux-mêmes.
Le troisième aspect de mon anxiété provient d’interprétations
de ce livre qui aboutissent à ériger le peuple juif
en "victime". Ce qui est assez compréhensible. Dans
le récit de Wiesel, l’imagination du lecteur est envahie
par l’alchimie démoniaque du génocide nazi, qui,
en effet, a laminé et transformé chacun en victime impuissante.
Mais ce fragment d’expérience historique ne parvient
pas à suggérer la profondeur, ni la largeur, la diversité,
ni l’hétérogénéité de la
culture juive, et il ne véhicule certainement pas une perception
des valeurs centrales de la civilisation qui furent attaquées
et détruites.
Je me demande combien de spectateurs de l’émission d’Oprah
feront une lecture erronée de cette destruction comme constituant
une preuve du caractère immuable du destin tragique des Juifs.
Dans les premières pages du livre, Wiesel montre les Juifs
de sa ville comme des experts dans la pratique de la négation
et de la dérobade, toutes habitudes qui semblent les avoir
rendus aveugles au programme nazi de meurtre de masse. Plutôt
que d’organiser une campagne de résistance armée,
ou d’étudier des stratégies de fuite, ils continuèrent
à faire confiance à la bonté et à la rationalité
intrinsèques de l’humanité. Il paraît difficile
d’échapper à la suggestion qu’une tendance
incoercible à l’espoir a nourri une passivité
dysfonctionnelle. Il s’avère que toutes les autres ressources
héroïques de la tradition juive ont été
écrasées sans difficulté sous la botte des occupants
nazis.
Au royaume d’Auschwitz, les Juifs étaient tout bonnement
livrés à la mort. Pourtant, même le massacre de
millions d’êtres humains n’a pas réussi à
calmer l’appétit nazi, qui ne faisait que croître
à mesure qu’on le nourrissait. Est-ce donc là
le destin juif – une réitération infinie de la
destruction du Temple, des Croisades et de l’Inquisition, des
expulsions et des pogroms ? Ou ce crime constitue-t-il quelque chose
d’absolument unique ?
Il ne fait pas de doute que beaucoup de lecteurs, par empathie avec
la souffrance juive, trouveront une certaine grandeur à la
capacité d’endurer une longue histoire de douleur et
d’y survivre. Mais le rôle assigné, de ce fait,
au peuple choisi par Dieu ne correspond pas avec la condition de la
communauté juive des Etats-Unis, par exemple, qui a gravi les
échelons de la réussite sociale, a atteint une stabilité
économique enviable, et a contribué activement à
tous les aspects de notre existence nationale. Le statut de victime
ne convient pas davantage à l’Etat d’Israël,
qui a résisté avec succès aux assauts de ses
ennemis arabes, et qui est convaincu que seules la puissance militaire
et l’endurance politique garantiront son avenir.
Le résultat de cette dissonance a eu des implications maléfiques.
Aujourd’hui, dans les réactions de mécontentement
de nombreux chrétiens européens et américains
face au refus déterminé d’Israël de céder
au terrorisme arabe, nous avons vu, en toute clarté, les priorités
morales perverties d’un monde pour qui les Juifs ne sont les
bienvenus que quand ils se conforment à un ancien scénario,
atteignant à la noblesse tragique, par impuissance et passivité,
au travers du sacrifice. Tout programme d’étude de l’Holocauste
qui ne va pas au-delà de La Nuit, de Wiesel, faillira à
enseigner au grand public chrétien américain le caractère
mensonger et la dangereuse arrogance de ce stéréotype.
Peut-être des possibilités pédagogiques se dissimulent-elles
dans mes doutes. Chrétiens et juifs vivent imbriqués
dans un réseau de relations complexes, et ni les uns ni les
autres ne peuvent espérer saisir la signification de leurs
propres traditions, et encore moins de celles des autres, sans peiner
à la tâche. Une lecture du chef-d’œuvre de
Wiesel ne constituera pas un substitut de ce labeur. Tôt ou
tard, nous devrons prendre la route qui s’éloigne d’Auschwitz.
On peut seulement espérer que la visite d’Oprah au camp
de l’horreur absolue, où souffrit Wiesel, sera le signe
d’un commencement et non celui d’une fin de ce voyage.
(Christopher M. Leighton, Pasteur Presbytérien,
est un nouveau collaborateur de Commentary. Durant les vingt dernières
années, il a exercé les fonctions de directeur de l’Institut
d’Etudes Chrétiennes et Juives de Baltimore, dans le
Maryland.)
------------------------
Notes de la Rédaction d’upjf.org
[1] Oprah Winfrey, née le 20 janvier 1954, à Kosciusko,
Mississipi, est actrice, productrice et animatrice de télévision
aux Etats-Unis. C'est une personnalité extrêmement influente
dans son pays, et elle est l'une des premières femmes noires
à être devenue milliardaire, grâce à ses
activités de productrice notamment. C'est aussi une âme
généreuse, puisqu'en 2005, elle a offert une voiture
aux 200 personnes venues assister à son émission de
talk-show ! (D’après le site de Wikipedia). Cliquer pour
voir le site de Oprah.
[2] C’est le titre de son émission littéraire
télévisée, très populaire en Amérique.
La promotion qu’elle fait des titres sélectionnés
par elle vaut régulièrement à ces ouvrages de
devenir des bestsellers.
[3] Peut-être allusion au combat de Jacob avec l’ange,
au gué de Yabboq (cf. Gn 32, 23-33).
Début
de la page
Volume
V, Numéro 233 • Vendredi, 5 mai 2006
La
victoire par la participation politique :
la nouvelle stratégie du Hamas et ses limites. Evaluation et
recommandations politiques
Yigal Carmon
MEMRI, 21 avril 2006, No.270
Dans un briefing donné
le 17 mars 2006 au Congrès américain sur la stratégie
du Hamas après les élections palestiniennes, Yigal Carmon,
président du MEMRI, a présenté la stratégie
du Hamas et ses limites et a fait quelques recommandations politiques.
Le briefing a été sponsorisé
par le sous-comité des relations internationales pour le terrorisme
international et la non prolifération, dépendant de
la Chambre des députés, et co-sponsorisé par
les dirigeants du Comité: le président Ed Royce (Républicain,
Californie), l'éminent membre Brad Sherman (Démocrate,
Californie) et le représentant Steven Rothman (Démocrate,
New Jersey). Ileana Ros-Lehtinin, présidente du sous-comité
du Moyen-Orient et d'Asie centrale, et le membre éminent Gary
Ackerman, ont aussi co-sponsorisé l'événement.
Voici un résumé de l'évaluation:
Estimation
Des trois menaces islamistes qui pèsent aujourd'hui sur les
Etats-Unis - Al-Qaïda, l'Iran et les Frères musulmans
-, Al-Qaïda et l'Iran ont choisi d'atteindre leurs objectifs
par la confrontation tandis que les Frères musulmans ont opté
pour la participation politique. Ce choix a été essentiellement
motivé par la guerre mondiale contre le terrorisme, qui a poussé
le Hamas (composante de l'organisation mère que sont les Frères
musulmans) à comprendre que dans le monde de l'après
11 septembre, les organisations terroristes n'ont pas d'avenir, tandis
que par la participation au jeu politique, elles pourraient toutefois
atteindre certains de leurs grands objectifs.
La participation au jeu politique implique l'acceptation de certaines
contraintes politiques, contraintes dont le Hamas n'avait pas eu à
se préoccuper avant les élections législatives
de janvier 2006, pas plus que les Frères musulmans avant les
élections législatives d'Egypte de novembre-décembre
2005. Ce n'est qu'après la victoire du Hamas que des conditions
ont été formulées à la participation du
Hamas au jeu politique.
Les trois exigences actuelles posées au Hamas concernent Israël:
la renonciation à la violence, la reconnaissance d'Israël
et le respect des accords antérieurs.
Ces conditions sont inefficaces:
1) Elles ne peuvent être respectées que pour un temps
limité et pour des raisons tactiques et en effet, le Hamas
a entrepris de les respecter, puis a fait marche arrière.
2) En se focalisant sur Israël, on ignore le problème
plus large de la participation au jeu politique des Frères
musulmans, et des mouvements nationalistes laïques, dans l'ensemble
des pays arabes et musulmans.
Le succès du Hamas, bien que limité aux territoires
palestiniens, pose une menace aux intérêts américains
dans la région. Si l'Occident se résigne à la
victoire du Hamas, les Frères musulmans pourraient fort bien
répéter ce succès en Egypte et en Jordanie. Abou
Mazen et l'OLP se retrouveraient encore plus mis de côté,
tandis que les régimes actuels en Jordanie et en Egypte pourraient
se trouver sérieusement menacés. Voilà qui mettrait
en danger la stabilité de tout le Moyen-Orient.
Le moment critique sera celui où le Hamas prendra le commandement
des forces de sécurité palestiniennes. A ce stade, la
crise sera beaucoup plus difficile à gérer et risquera
de devenir incontrôlable. En effet, la stratégie déclarée
du Hamas est de combiner participation politique et résistance,
comme l'ont affirmé Mashaal, Haniya et Al-Zahar ("le fusil
dans une main, la politique et l'autorité dans l'autre").
[1]
Le scénario souhaité est que, plutôt que de combiner
participation au jeu politique et résistance, le Hamas poursuive
sur la voie de la modération, à l'instar de l'OLP. Les
actuelles avancées tactiques/temporaires du Hamas en ce sens,
dans le but d'obtenir une reconnaissance mondiale de sa victoire,
laissent espérer que cela est possible.
Cet espoir reste toutefois timide. Contrairement à l'OLP,
organisation nationale distincte limitée à un peuple
et à une terre, le Hamas est lié au mouvement régional,
et même mondial, des Frères musulmans, qui bénéficient
d'une structure islamique globale. En tant que tel, il est vraisemblable
qu'il demeure fidèle à ses positions.
Recommandations
Les exigences américaines doivent donc se focaliser sur la
transformation interne et idéologique du mouvement. Elles ne
doivent pas se focaliser sur le Hamas, mais en priorité sur
l'organisation mère: les Frères musulmans. (Les conditions
qui suivent devraient également s'appliquer aux mouvements
nationalistes laïques.)
Présenter les exigences suivantes comme des critères
internationaux universels garantira le soutien de l'Union européenne
et des Nations unies.
Afin d'encourager les Frères musulmans et ses ramifications
à entreprendre des mesures pour se conformer aux critères
politiques internationaux, la reconnaissance politique ne devrait
être accordée qu'après que les conditions suivantes
auront été remplies par le Hamas et les Frères
musulmans et incluses à leurs programmes politiques officiels
en vue des élections:
1) L'adhésion à la politique par l'exclusion de la
violence et du recours à la force. De mouvement de résistance
armé, le Hamas doit devenir un parti politique non armé.
Cette exigence s'applique également au Fatah, censé
suivre la même transformation avec le processus d'Oslo mais
qui, jusqu'à ce jour, ne l'a pas fait. Une fois que le Fatah
aura pris des mesures en ce sens, la pression sur le Hamas et les
autres factions pour faire de même sera plus forte. Et si le
Hamas n'obtempère pas, il ne bénéficiera pas
de la reconnaissance internationale.
2) L'Adoption des valeurs démocratiques. Celle-ci se fait
longuement attendre. Une telle adoption contrera l'érosion
de la notion de démocratie qui, ces dernières années,
en est arrivée à n'englober que l'idée d'élections
libres.
L'ensemble des valeurs démocratiques devraient inclure: l'égalité
de tous devant la loi, sans considérations de religion, d'appartenance
ethnique ou de genre, et l'adoption officielle dans le programme politique
des organisations concernées de toutes les libertés
constitutionnelles, incarnées par les conventions internationalement
acceptées, telles que la Déclaration des Droits de l'Homme,
la charte des Nations Unies, les conventions des Nations Unies et
les autres critères internationaux.
(Yigal Carmon est président du MEMRI)
[1] Pour des déclarations d'Al-Zahar, voir Al-Qods (Jérusalem),
le 15 février 2006 ; pour des déclarations de Haniya,
voir http://memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1017 ; pour des déclarations
de Mash'al, voir http://memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1044
; http://memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1024.
Pour d'autres extraits-vidéo de leaders du Hamas, voir http://www.memritv.org/Search.asp?ACT=S5&P1=151.
Israël
2006, statistiques et données
Un écho d’Israël
, 5 mai, 2006
Données générales
A l’occasion du 58ème anniversaire de la création
de l’Etat d’Israël, le bureau israélien des
statistiques vient de publier son rapport annuel :
Aujourd’hui vivent en Israël 7 026 000 personnes, soit
8 fois plus d’habitants qu’en 1948, puisque la population
du pays s’élevait alors à 806 000 habitants.
Le nombre de Juifs en Israël s’élève à
5 639 000 (soit 76% de la population totale du pays) ce chiffre ne
comprend pas les 306 000 nouveaux émigrants qui sont enregistrés
au ministère de l’intérieur comme non-Juifs et
qui constituent 4% de la population d’Israël. 20% de la
population est arabe (soit 1 387 000 habitants). Les étrangers
qui vivent en Israël ne sont pas inclus dans ces données,
ils sont estimés à 150 000.
Depuis la dernière fête de l’Indépendance,
la population israélienne a augmenté de 118 000 personnes.
138 000 bébés sont nés en Israël durant
cette période.
66% des Israéliens sont nés en Israël (3 600 000)
contre 34% qui sont nés à l’étranger :
960 000 sont issus des pays de l’ex-Union Soviétique,
150 000 sont natifs du Maroc, 110 000 de Roumanie, 77 000 d’Amérique
du Nord, 70 000 d’Irak, 70 000 d’Ethiopie, enfin, 62 000
sont nés en Pologne.
En 1948, seuls 35% des juifs étaient natifs du pays.
Les nouveaux immigrants :
Le nombre d’immigrants est en légère baisse par
rapport à l’an dernier.
21 000 nouveaux immigrants, contre 26 000 l’an dernier, sont
montés en Israël. Parmi eux, 9 300 sont venus des ex-pays
de l’Union Soviétique, 3 700 d’Ethiopie, 2500 de
France, et 200 des Etats-Unis.
Répartition géographique de la population :
45% de la population d’Israël résident dans des
villes de plus de 100 000 habitants, soit 3 100 000 personnes.
On compte 5 villes de plus de 200 000 habitants : Jérusalem,
Tel Aviv, Haïfa, Richon LeTsion et Ashdod. Un quart de la population
du pays réside dans ces villes.
Jérusalem est la première ville d’Israël,
avec 718 900 habitants - en 1948, elle en comptait 84 000. Lorsque
Ben Gourion proclama l’Indépendance, vivaient à
Tel Aviv 248 500 habitants (30% de la population). Elle était
la plus grande ville d’Israël, aujourd’hui elle compte
378 800 habitants, soit 5% seulement de la population globale d’Israël.
Haïfa est la troisième ville du pays, avec 267 700 habitants
- contre 98 600 en 1948.
14 villes sont peuplées de plus de 100 000 habitants, la majorité
d’entre elles sont des localités périphériques
de Tel Aviv.
Richon LeTsion est la quatrième ville du pays avec plus de
219 800 habitants, alors qu’elle en comprenait 11 000 à
la création de l’Etat d’Israël.
La population rurale représente seulement de 8% (571 600 personnes)
de l’ensemble de la population israélienne, parmi eux,
il faut compter 118 000 résidents en kibboutz, soit 2% de la
population, alors qu’en 1948 ils constituaient 6%.
© Un écho d’Israël
Mis en ligne le 05 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org
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