mars 2006

  numéro 225 / numéro 226 / numéro 227 / numéro 228


         Volume V, Numéro 229                                     Vendredi, 31 mars 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org

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Israël renonce à la victoire
Daniel Pipes
 The New York Sun, 28 mars 2006
Traduction française : Menahem Macina pour le site upjf.org.

 
Alors que les Israéliens vont aux urnes, aucun des partis majoritaires ne propose l’option de gagner la guerre contre les Arabes palestiniens. C’est une lacune frappante et dangereuse.
 
Jetons tout d’abord, un bref regard sur l’arrière-fond historique. Comme le démontre l’expérience, on gagne les guerres quand l’un des protagonistes est contraint de renoncer à ses objectifs. Ce n’est que logique, car, tant que les deux adversaires espèrent réaliser leurs ambitions guerrières, soit le combat continue, soit il peut toujours reprendre. Par exemple, bien que vaincus, lors de la Première Guerre Mondiale, les Allemands n’ont pas renoncé à leur but de dominer l’Europe, et se sont rapidement tournés vers Hitler pour tenter à nouveau l’aventure. La Guerre de Corée s’est achevée il y a moins d’un demi-siècle, mais le fait que ni le Nord, ni le Sud n’aient renoncé à leurs aspirations, signifie que la guerre peut éclater à tout moment. De même, au long des nombreux affrontements du conflit arabo-israélien (guerres de 1948-49, 1956, 1967, 1973, et 1982), les deux belligérants ont gardé leurs objectifs.
 
Ces objectifs sont simples, statiques et binaires. Les Arabes luttent pour éliminer Israël ; Israël lutte pour être accepté par ses voisins. Le combat des premiers est offensif ; celui du second est défensif. Le premier est barbare, le second, civilisé. Durant près de 60 ans, les tenants du front du refus ont cherché à éliminer Israël en recourant à toutes sortes de stratégies : en sapant sa légitimité par la propagande, en causant des dommages à son économie par le biais d’un boycott commercial, en le démoralisant par le terrorisme, et en menaçant ses populations d’armes de destruction massive.
 
Bien que l’effort arabe ait été patient, intense et tenace, il a échoué. Les Israéliens ont édifié un pays moderne, riche et fort, mais qui est encore largement rejeté par les Arabes. Ce résultat mitigé a engendré deux développements politiques : un sentiment d’assurance chez les Israéliens politiquement modérés, et un sentiment de culpabilité et d’autocritique chez les Israéliens de gauche. Très peu d’Israéliens se préoccupent encore de ce que la tâche consistant à amener les Arabes à accepter la permanence de l’état juif, n’est toujours pas encore achevée. Appelons cela l’objectif invisible de la guerre d’Israël.
 
Plutôt que de chercher la victoire, les Israéliens ont élaboré une longue liste d’approches de gestion du conflit. Elles incluent :
  • Attitude unilatéraliste (construction d’un mur, retraits partiels) : c’est la politique actuelle, qu’ont choisie Ariel Sharon, Ehoud Olmert et le parti Kadima.
  • Bail de 99 ans pour les terres sur lesquelles sont bâties des villes israéliennes de Cisjordanie : c’est l’option du parti Avodah, de Amir Peretz.
  • Développement économique palestino-arabe : c’est l’option de Shimon Peres.
  • Compromis territorial : c’est l’hypothèse de la diplomatie, telle qu’initiée par Ytzhak Rabin.
  • Financement extérieur des Arabes palestiniens (au modèle du Plan Marshall) : c’est l’option du représentant américain, Henry Hyde.
  • Repli sur les frontières de 1967 : option de l’extrême gauche israélienne.
  • Pression sur les Palestiniens pour les amener à se doter d’un bon gouvernement : option de Natan Sharansky (et du président Bush).
  • Insistance sur le fait que la Jordanie est la Palestine : opinion de la droite israélienne.
  • Evacuation des Arabes palestiniens de Cisjordanie : option de l’extrême droite israélienne.
Ces nombreuses approches sont d’un esprit très différent et s’excluent mutuellement. Mais elles ont un élément-clé en commun. Toutes gèrent le conflit sans le résoudre. Toutes ignorent la nécessité de vaincre le refus palestinien. Toutes cherchent à ruser avec la guerre, plutôt que de la gagner.
 
Pour un observateur extérieur qui aspire à une reconnaissance arabe aussi proche que possible, le fait de négliger la seule stratégie gagnante est quelque peu frustrant, à plus forte raison quand on se rappelle de quelle manière brillante les Israéliens, dans un premier stade, ont compris leurs objectifs de guerre.
 
Heureusement, au moins un important politicien israélien défend la thèse d’une victoire israélienne sur les Arabes palestiniens. Uzi Landau remarque simplement que, « quand on est en guerre, on veut gagner la guerre ». Il espérait être en tête du Likoud pour les élections en cours, mais il n’a même pas atteint un rang lui permettant d’accéder à une majorité dans son parti, et il est classé 14ème dans la liste du [Likoud], cette semaine, ce qui ne lui garantit même pas un siège à l’assemblée. Alors qu’on s’attend à ce que le Likoud lui-même obtienne moins de 15% du vote populaire, on voit clairement à quel point, actuellement, les Israéliens trouvent impopulaire l’idée de gagner leur guerre.
 
Et c’est pourquoi ils s’essaient au compromis, à l’unilatéralisme, à l’enrichissement de leurs ennemis, et à d’autres plans. Mais, comme l’a fait remarquer Douglas MacArthur, « A la guerre, il n’y a d’autre alternative que de vaincre ». La diplomatie d’Oslo s’est soldée par un échec déprimant, et tel sera le sort des autres plans qui éludent la difficile tâche de remporter la victoire. En fin de compte, les Israéliens doivent se préparer à reprendre l’effort ardu, amer, long et coûteux, qui est nécessaire pour convaincre les Palestiniens et d’autres que leur rêve d’éliminer Israël est mort.
 
Si les Israéliens échouent à ce faire, c’est Israël lui-même qui mourra.
 
Des nouvelles de Jérusalem
Christian Rioux
Le Devoir, 31 mars 2006

Jérusalem - J’avais visité Israël il y a trois ans alors que le pays vivait des heures sombres. Au coeur de la seconde intifada, Ariel Sharon, alors chef du Likoud, avait été porté au pouvoir sans la moindre hésitation.

Le pays était sous le choc de ces jeunes kamikazes palestiniens qui venaient se faire sauter par un après-midi ensoleillé dans un restaurant, un autobus ou un supermarché. Les habitants de Jérusalem marchaient dans les rues en jetant des regards suspects derrière eux. Au luxuriant marché de Makhane Yehuda, les femmes se dépêchaient d’acheter de la purée de pois chiches et des oranges pour vite rentrer chez elles. Pas un habitant qui ne connaissait pas un membre de sa famille ou un ami ayant assisté à une explosion. En Israël, tout le monde a un fils, une fille ou un neveu dans l’armée.

Trois ans plus tard, sans avoir changé radicalement, l’atmosphère de Jérusalem n’est plus tout à fait la même. Quelques jours avant le scrutin législatif de mardi, les policiers ont bien arrêté sur l’autoroute en direction de Tel-Aviv des Palestiniens transportant suffisamment d’explosifs pour assassiner des dizaines d’innocents. Pourtant, les rues de la capitale ont retrouvé leur animation. Ce n’est pas le bonheur, mais chacun veut croire que cette trêve qui ne dit pas son nom est là pour durer.

Derrière cette apparence de normalité, la société israélienne ne s’est pourtant jamais complètement remise du choc provoqué par la seconde intifada. La première, lors de laquelle de jeunes Palestiniens avaient courageusement affronté l’armée avec des pierres, avait recueilli le soutien du monde entier. La seconde a été une horreur sans nom dont le souvenir n’est pas près de s’effacer. Les Israéliens n’ont toujours pas compris pourquoi les Palestiniens (ceux du Hamas comme ceux de l’OLP) ont eu recours à des moyens d’une sauvagerie que ni les résistants à l’invasion nazie en Europe ni ceux qui ont combattu la dictature soviétique n’avaient osé utiliser.

Ce faisant, les Palestiniens ont fait à leur cause un tort incalculable. Ils se sont aliéné les secteurs les plus progressistes de la société israélienne, sur l’appui desquels ils ne pourront plus compter avant des lustres. À Ramallah, j’ai eu beau tenter d’expliquer à mes interlocuteurs palestiniens le tremblement de terre moral qu’avaient provoqué en Israël ces jeunes kamikazes entrant dans un restaurant de la rue de Jaffa et tuant sur le coup 40 innocents. «C’est la guerre», m’a-t-on répondu simplement. Comme si la guerre justifiait tous les moyens...

Les Israéliens ont beau comprendre les causes internes qui ont mené à l’élection du Hamas, ils ne peuvent évidemment pas accepter de voir récompensé le principal porte-étendard de ce terrorisme aveugle. On comprend dès lors pourquoi la société israélienne semble se résigner à n’avoir plus d’interlocuteur. Du moins pas avant un certain temps.

 

 

Conseil Editorial
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Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
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         Volume V, Numéro 228                                     Vendredi, 24 mars 2006

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L'épouse du chef incarcéré du parti égyptien Al-Ghad : la dictature mène à l'extrémisme et au terrorisme
MEMRI, 20 mars 2006, No. 1115

Gamila Ismaïl, l'épouse d'Ayman Nour, chef du parti égyptien réformateur Al-Ghad condamné à cinq ans de prison, a été empêchée par les Autorités égyptiennes de participer à la conférence sur les femmes et la démocratie qui s'est tenue les 5-7 mars 2006 à Washington. Le tribunal civil du Caire enquête actuellement sur Gamila Ismaïl et son mari. [1] Ayman Nour est accusé d'avoir "diffamé et maudit" le président Hosni Moubarak et son régime et d'avoir agressé un membre du NPD (Parti démocratique national) au pouvoir. Gamila Ismaïl est pour sa part accusée d'avoir agressé un officier de police et de monter la population contre le régime de Moubarak. Selon elle, ces accusations ont pour seul but de la diffamer, ainsi que son mari.

Le message de Gamila Ismaïl à la conférence, affiché sur le site du parti Al-Ghad (www.elghad.org ), évoque le statut de la femme égyptienne. En voici des extraits:

Le problème des femmes égyptiennes est lié au problème de la nation égyptienne dans son ensemble.

Je crois en toute sincérité que le problème de la femme égyptienne n'est pas distinct de celui de la nation égyptienne: tous ont besoin de liberté et d'une constitution démocratique nouvelle et moderne qui établirait un mécanisme souple permettant le changement de gouvernement.

Nous croyons que la liberté des femmes participe de la liberté de la patrie (…) La femme égyptienne ne peut garantir sa propre liberté et celle de sa famille sans un minimum de liberté politique et l'abolition des lois d'urgence… Elle ne réclame pas la liberté que pour elle, accordant (la priorité) aux droits de sa nation: (le droit à) la dignité, à la liberté, à la croissance, à la justice et à un gouvernement digne de ce nom. Elle estime que par le biais de la nation, elle pourra recouvrer les droits qui lui font défaut, aussi bien en termes de représentation politique qu'en termes d'égalité économique et sociale.

Le femme égyptienne croit que les dictatures tyranniques mènent nécessairement à l'extrémisme, produisent le terrorisme, (qui est une réaction de) désespoir des peuples sans espoir. Nous tenons compte de la menace de la violence, mais nous pensons que la seule façon de la contrer est d'en éliminer les causes. La cause première est l'absence de liberté, l'absence de mécanismes pouvant réellement permettre un changement de gouvernement, et la confiscation du droit du peuple à élire librement son gouvernement!"

Le fait de laisser les femmes dans l'ignorance et les enchaîner affecte toute nation qui lutte pour le progrès et la liberté.

"La confiscation des droits et des libertés de la femme dans les sociétés qui progressent vers plus de démocratie est une atteinte non seulement à la vie et à l'avenir de la moitié de la société, mais à la société dans son ensemble. (La politique qui consiste à) laisser les femmes dans l'ignorance et à les enchaîner affecte toute nation qui se bat pour le progrès et la liberté…

S'agissant du statut de la femme en Egypte, nous devons souligner qu'à ses débuts, notre culture islamique, et avant elle la culture pharaonique - une culture des plus anciennes et des plus distinguées, avaient toutes deux instauré l'égalité des sexes et amélioré le statut social des femmes. Il suffit de dire que les anciens Egyptiens, avant (l'avènement du) monothéisme, considéraient comme féminins les dieux de la justice, de l'agriculture et des cieux. En outre, les femmes (dans l'Egypte ancienne) arrivaient au pouvoir grâce aux mêmes mécanismes que les hommes (…)

Un régime tyrannique détruit la dignité des hommes et des femmes, vu qu'il ne respecte que le pouvoir.

L'Egyptien Qassem Amin est écrivain, philosophe et juge ; il a pris position pour la libération des femmes. Ses déclarations sur les femmes, publiées au début du 20ème siècle, ont attiré mon attention quand je me suis mise à enquêter sur les racines de la crise que traversent les Egyptiennes, et peut-être toutes les femmes en Orient.

Qassem Amin estime que (les difficultés rencontrées par) les femmes en Orient proviennent de l'absence de démocratie. Un régime tyrannique soutient toutes les formes de tyrannie et encourage la violence et la discrimination à l'encontre des femmes (…) Qassem a en outre déclaré que la relation hommes-femmes se base sur le modèle de la relation entre le régime et les individus dans une société. Un régime tyrannique détruit la dignité des hommes et des femmes, vu qu'il ne respecte que le pouvoir. Quand le pouvoir devient une valeur sociale, la société valorise le pouvoir sous toutes ses formes ; c'est ce qui permet aux hommes de traiter les femmes de façon tyrannique. [2]


[1] Voir la Dépêche spéciale n° 1075 de MEMRI: Réactions des médias arabes à l’emprisonnement d’Ayman Nour, leader du parti libéral égyptien Al-Ghad, http://memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP107506

[2] www.elghad.org, le 8 mars 2006

Oumm Nidal, membre du Conseil législatif palestinien... « Une mère musulmane doit éduquer ses enfants au djihad… Des millions de jeunes aspirent à mourir pour Allah. »
MEMRI, 17 mars, 2006, No. 1111

Ce qui suit est tiré d’une interview de Madame Oumm Nidal Farhat, membre du Conseil législatif palestinien, diffusée sur la chaîne saoudienne Iqra le 19 février 2006.

 

VISIONNER LES EXTRAITS VIDEO SUR http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1066

 

Nabil Hammad (directeur général d'Iqra): « Hier, j’ai vu sur certaines chaînes de télévision - des chaînes arabes, malheureusement - des programmes traduits qui dépeignent les moudjahidine palestiniens comme étant motivés par les vierges aux yeux noirs dans leurs missions d'élimination d'Israéliens - comme s’ils se réjouissaient de tuer ces pauvres Juifs israéliens. Ils renversent complètement la situation. Une nation entière souffre, ses maisons sont occupées et toutes ses capacités sont anéanties. Pourtant cette nation doit faire face à des demandes de ne pas combattre. Nous parlons de résistance à l’occupant. »

 

« Continuez.»

 

Oumm Nidal: « Il s'agit de résistance - nul ne peut prétendre le contraire -, quelles que soient les méthodes utilisées. Toutes les méthodes sont légitimes pour résister à l’occupant. »

 

Nabil Hammad: « Comme vous savez, il existe des plans pour dépouiller la résistance de sa signification, en prétendant que c'est du terrorisme. Même la résistance est maintenant appelée 'terrorisme'. On en apprend tous les jours... »

 

(…)

 

Oumm Nidal: « Dès le plus jeune âge, mon fils Mohammed portait une arme et s'en servait. C’était naturel pour lui. Il n’a pas eu un beau jour envie de prendre une arme, de remplir des missions, et ainsi de suite. C’est venu petit à petit.

 

Il y a eu une mission qui devait avoir lieu - celle qu'il a ensuite remplie. Mon fils aîné Nidal, qu’il repose en paix, m’a dit: ‘Je veux confier cette mission à mon frère Mohammed’. Il a insisté car il aimait beaucoup Mohammed. Il l’avait choisi. Il l’avait choisi pour cette mission parmi tous. Certains étaient même un peu en colère de n’avoir pas été désignés, mais il a dit: ‘Par Allah, cette mission conduit au Paradis, et je ne choisirai personne d’autre que mon frère’.

 

Qu’Allah soit Loué, nous avons des milliers de jeunes hommes. Ils aspirent tous au martyre pour l’amour d’Allah. Il y en a même qui se mettent à pleurer quand on ne leur donne pas la chance de devenir martyr. Tant que nous conserverons cette détermination, nous serons les plus forts, avec la volonté d’Allah ! »

 

Nabil Hammad: « Oumm Nidal, nous entendons toujours les mères palestiniennes dire: ‘Nous donnons naissance à des martyrs'. Pouvez-vous expliquer cela ? »

 

Oumm Nidal: « La réalité [dans laquelle nous vivons] nous l’impose. Nous croyons à la foi tracée pour nous par Allah, et nous croyons que si quelqu’un doit mourir, il mourra - même s’il se cache dans une caisse. Mais pourquoi ne pas prendre l’initiative et mourir en martyrs ? Il existe un immense abîme entre telle mort et telle autre mort. Aussi, pourquoi ne pourrions-nous pas choisir le martyr ? Allah nous a choisis, parmi tous les peuples, nous conférant l’honneur du djihad sur le front palestinien. Prendre l'initiative du martyre nous correspond d'autant mieux, bien mieux que d’attendre que la mort vienne nous chercher dans notre lit. »

 

Nabil Hammad: « Vous avez un magnifique dicton qui dit: ‘Que vaut la vie lorsqu’on accepte l’humiliation ? »

 

Oumm Nidal: « C’est vrai ».

 

(…)

 

Nabil Hammad: « Quel message souhaitez-vous transmettre aux mères musulmanes qui veulent éduquer [bien] leurs fils, leur souhaitant une réussite matérielle, l'obtention de diplômes universitaires, des palaces et des voitures de luxe ? »

 

(…)

 

Oumm Nidal: « Une mère musulmane doit élever ses enfants dans la prière, les bonnes actions, et bien évidemment, le djihad, qui est l’un des devoirs que nous devons inculquer à nos enfants. »

 

(…)

 

« Le djihad est pour l’Islam un devoir auquel nul ne peut échapper, semblable à tout autre devoir religieux. Pour comprendre le vrai sens de l’Islam, il faut inclure la notion de djihad aux devoirs islamiques, et en Palestine, c’est un devoir individuel. Si nous sommes négligents vis-à-vis de ce devoir, nous commettons un péché. »

 

Pour en savoir plus sur Oumm Nidal:

Voir le clip n° 980 de MEMRI TV, Dream 2 TV (Egypte), 21 décembre 2005: http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=980.

Dépêche spéciale - No. 1063

Oumm Nidal, candidate aux élections palestiniennes: ‘Je suis fière et honorée d'être une terroriste pour Allah’
URL:http://www.memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP106306
32k - Le 06 Janvier 2006

 

Dépêche spéciale - No. 673

Oumm Nidal: « la mère des shahids »
URL:http://www.memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP67304
22k - Le 09 Mars 2004

 

Dépêche spéciale - No. 391

Entretien avec la mère d'un kamikaze
URL:http://memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP39102
24k - Le 19 Juin 2002

 

 

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Pourquoi Israël a-t-il été obligé d’agir à Jéricho?
l'Ambassade d'Israël en Belgique et au Luxembourg, 17 mars 2006

A l’origine de l’opération de Jéricho, on trouve le non respect des accords signés par l’Autorité Palestinienne non seulement avec Israël mais aussi avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, membre de l’Union européenne.

Tsahal a mené à bien une opération délicate en faisant tout son possible pour éviter des pertes humaines. Plus qu’une attaque contre une prison,  il s’agissait d’une attaque contre un repaire de terroristes qui pouvaient coordonner des opérations en toute impunité en raison du laxisme des surveillants. Pour lire sur les conditions de vie des détenus dans la prison de Jéricho, un article du Times on line "Cigares, oiseaux, fleurs et domestiques – la vie dans la prison de Jéricho" (en anglais)

Israël aurait pu bombarder la prison, mais a préféré mettre ses soldats en danger pour qu’il n’y ait pas des dommages collatéraux. Il n’y a pas eu ni maltraitances, ni sévices. Il a été demandé aux Palestiniens d’enlever leurs vêtements pour  vérifier qu’ils ne cachent ni armes, ni explosifs.

Israël se bat pour que des accords soient respectés et que des terroristes ne soient pas libérés.

Malheureusement, cette action a eu pour conséquence l’enlèvement de citoyens européens révélant plus encore l’état de non droit dans lequel se trouve les Territoires palestiniens.

Certains ont invoqué un motif électoral à cette action. C’est un argument des plus faibles étant donné qu’il  y a en Israël un consensus de tous les partis sur cette opération.

Rappelons les faits :

En octobre 2001, des terroristes du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ont assassiné le Ministre israélien du Tourisme Rehavam Zeevi alors qu’il sortait de sa chambre d’hôtel à Jérusalem. Yasser Arafat avait alors accueilli les meurtriers dans son quartier-général de Ramallah. (la Moukata).

En avril 2002, durant l’opération Rempart, l’armée israélienne avait assiégé la Moukata et avait exigé que les assassins soient jugés.

Suite à la médiation du Président américain Georges Bush, un accord avait été obtenu :

des surveillants anglais et américains seraient responsables des détenus incarcérés dans une prison palestinienne. Cet accord  a été approuvé par le gouvernement israélien le 28 avril 2002. Les terroristes ont alors été emprisonnés à Jéricho.

Israël aurait préféré le maintien de cet accord mais les agents britanniques et américains ont été obligés de quitter la prison car ils ne pouvaient plus remplir leurs fonctions à cause d’un manque de sécurité et suite à des violations répétées de l’accord par les Palestiniens.

 

Le 8 mars, une lettre a été envoyée à Mahmoud Abbas par les consuls des Etats-Unis et de Grande-Bretagne sur le sujet de la non application de l’accord de Ramallah.

Quelques extraits de cette lettre :

« L’Autorité palestinienne n’a jamais respecté les dispositions de l’accord sur la Mission anglo-américaine de surveillance de la prison de Jéricho. Alors que les six détenus –Fuad Shobaki, Ahmad Sa’adat, Iyad Gholmi, Hamdi Qu’ran, Madj Rmawi, et Basel al-Asmar sont incarcérés dans la Prison de Jéricho, l’Autorité Palestinienne a constamment failli à l’application du règlement défini dans la mission de surveillance de Jéricho, tant au niveau des visites, des inspections de cellules, des téléphones et de la correspondance.  De plus, l’Autorité Palestinienne n’a pu garantir au personnel britannique et américain de la prison des conditions de travail sûres. Les démarches répétées de nos gouvernements auprès des échelons les plus élevés de l’Autorité palestinienne n’ont pas abouti à une meilleure application de ces accords. Le transfert en cours des instances gouvernementales palestiniennes à un parti politique qui appelle à la libération des détenus de Jéricho remet en question  la durabilité de la mission de surveillance (…)

Malheureusement, si l’Autorité palestinienne n’applique pas toutes les dispositions de l’accord de surveillance de Jéricho et ne réalise pas des améliorations substantielles quant à la sécurité du personnel britannique et américain de la prison, ou établit un nouvel accord avec le Gouvernement d’Israël, nous serons dans l’obligation de mettre un terme à notre implication dans ces accords et de retirer nos agents avec un effet immédiat. »

Lettre signée par Jakes Walles, Consul général des Etats-Unis et par John Jenkins, Consul général de Grande-Bretagne

Pour lire toute la lettre en anglais…

D’autre part, des déclarations récentes du leader du Hamas Khaled Meshaal et du Président de l’Autorité Palestinienne Abbas ne laissaient aucun doute sur la libération imminente de ces terroristes.

Depuis les élections palestiniennes en janvier 2006, Meshaal a, à plusieurs reprises, exigé leur libération. Le 24 février, Mahmoud Abbas a annoncé n’y voir aucune objection. Les déclarations de la majorité des hauts officiels palestiniens ont clairement indiqué que la libération des assassins du Ministre Zeevi était sur le point d’être réalisée

Lors des dernières élections palestiniennes du 25 janvier 2006, Ahmed Sa’adate ayant été élu au parlement en tant que tête de liste du FPLP, le Hamas envisageait de l’associer au nouveau gouvernement.

 

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         Volume V, Numéro 226                                     Vendredi, 10 mars 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
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"Il n'y a pas de conflit de civilisations mais un conflit entre la mentalité du Moyen-âge et celle du 21ème siècle"
MEMRI, 6 mars 2006
Voici des extraits d'une interview de la psychologue arabe américaine Wafa Sultan. L'interview a été diffusée sue Al-Jazira le 21 février 2006.

VISIONNER LE CLIP N° 1050 SUR http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1050.

Wafa Sultan: "Le conflit auquel nous assistons n'est pas un conflit de religions ou de civilisations. C'est un conflit entre deux opposés, entre deux époques. C'est un conflit entre une mentalité qui appartient au Moyen-Âge et une autre qui appartient au 21ème siècle. C'est un conflit qui oppose la civilisation au retard, ce qui est civilisé à ce qui est primitif, la barbarie à la raison. C'est un conflit entre la liberté et l'oppression, entre la démocratie et la dictature. C'est un conflit entre les droits de l'Homme d'une part, la violation de ces droits de l'autre. C'est un conflit qui oppose ceux qui traitent les femmes comme des animaux à ceux qui les traitent comme des êtres humains. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est pas un conflit de civilisations. Les civilisations ne s'affrontent pas ; elles se complètent.

(…)

Animateur: Si je comprends bien, vous dites que les événements actuels représentent l'opposition de la culture occidentale au retard et à l'ignorance des musulmans ?

Wafa Sultan: Oui, c'est ce que je dis.

(…)

Animateur: Qui a inventé le concept de conflit de civilisations ? N'était-ce pas Samuel Huntington ? Ce n'était pas Ben Laden. J'aimerais évoquer le sujet, si vous voulez bien…

Wafa Sultan: Les musulmans sont les premiers à avoir employé cette expression. Ce sont les musulmans qui ont déclenché le conflit des civilisations. Le Prophète de l'islam a déclaré: 'J'ai reçu l'ordre de combattre ceux qui ne croient pas en Allah et en son Messager.' En divisant la population entre musulmans et non-musulmans et en appelant à combattre les autres jusqu'à ce qu'ils adoptent leurs propres croyances, les musulmans ont ouvert le conflit et déclenché la guerre. Les ouvrages et programmes islamiques regorgent d'appels au takfir et au combat des infidèles.

Mon collègue a déclaré qu'il n'offense jamais autrui dans ses croyances. Quelle civilisation au monde l'autorise à donner aux autres des appellations qu'ils ne se sont pas choisies eux-mêmes ? Une fois, il les appelle 'Ahl Al-Dhimma', une autre fois 'le Peuple du Livre' ; une autre fois encore, il les compare à des singes et des porcs, où il appelle les chrétiens 'ceux qui éveillent la colère d'Allah'. Qui vous a dit qu'ils sont le 'Peuple du Livre' ? Ils ne sont pas le Peuple du Livre ; ils sont le Peuple de nombreux livres. Tous les ouvrages scientifiques utiles que vous possédez aujourd'hui sont à eux ; c'est le fruit de leur libre pensée et de leur créativité. Qui vous donne le droit de les appeler 'ceux qui éveillent la colère d'Allah' ou 'les égarés', pour venir ensuite raconter que votre religion vous défend d'offenser les croyances d'autrui ?

Je ne suis ni chrétienne, ni musulmane, ni juive. Je suis un être humain laïque. Je ne crois pas à surnaturel, mais je respecte le droit d'autrui à y croire.

Dr Ibrahim Al-Khouli: Etes-vous hérétique ?

Wafa Sultan: Appelez-moi comme vous voudrez. Je suis un être humain qui ne crois pas au surnaturel…

Dr Ibrahim Al-Khouli: Si vous êtes hérétique, il ne sert à rien de vous faire des reproches, vu que vous avez blasphémé contre l'islam, contre le Prophète et le Coran…

Wafa Sultan: C'est un problème personnel qui ne vous concerne pas.

(…)

Wafa Sultan: Mon frère, vous pouvez croire aux pierres tant que vous ne me les lancez pas dessus. Vous êtres libre d'adorer qui vous voulez, mais les croyances des autres ne vous regardent pas, qu'ils croient que le Messie est Dieu, fils de Marie, ou que Satan est Dieu, fils de Marie. Laissez les gens croire en ce qu'ils veulent.

(…)

Wafa Sultan: Les Juifs ont derrière eux la tragédie de l'Holocauste et ont [néanmoins] obligé le monde à les respecter au moyen de leur savoir, non de leur terreur ; [ils ont forcé le respect du monde] par leur travail, non en pleurant et en criant. L'humanité doit la plus grande partie des découvertes et de la science des 19ème et 20ème siècles aux scientifiques juifs. 15 millions de personnes, éparpillées à travers le monde, se sont unies pour gagner leurs droits grâce à leur travail et à leurs connaissances. Nous n'avons pas vu un seul Juif se faire sauter dans un restaurant allemand. Nous n'avons pas vu un seul Juif détruire une église. Nous n'avons pas vu un seul Juif protester en commettant des meurtres. Les musulmans ont transformé en décombres trois statues de Bouddha. Nous n'avons pas vu un seul bouddhiste réduire en cendres une mosquée, tuer un musulman ou incendier une ambassade. Seuls les musulmans défendent leurs croyances en brûlant des églises, en tuant, en détruisant des ambassades. Cette façon de faire ne donnera aucun fruit. Les musulmans doivent se demander ce qu'ils peuvent faire pour l'humanité avant d'exiger que l'humanité les respecte."

 
Choc des civilisations ? Non : des philosophies
André Glucksmann

LE MONDE, 3 mars 2006


La campagne anticaricatures a commencé contre un journal, puis a visé le Danemark, qui se réclame de la liberté de la presse, et, désormais, prend pour cible l'Europe, accusée de pratiquer deux poids, deux mesures. L'Union européenne n'admet-elle pas qu'on dénigre impunément le Prophète alors qu'elle interdit et condamne d'autres "opinions" comme le nazisme et le négationnisme ? Pourquoi est-il permis de plaisanter sur Mahomet et non sur
le génocide des juifs ?, interrogent à cor et à cri les intégristes en lançant un concours de dessins humoristiques sur Auschwitz. Donnant, donnant : ou bien tout doit être autorisé au nom du free speech (liberté d'expression), ou bien censurons équitablement ce qui choque les uns comme ce qui hérisse les autres. Beaucoup de défenseurs du droit à la caricature
se sentent piégés. Au nom de la liberté d'expression, vont-ils publier des quolibets sur les chambres à gaz ?

Irrespect pour irrespect ? Transgression pour transgression ? Faut-il mettre sur le même plan la négation d'Auschwitz et la désacralisation de Mahomet ? C'est ici que deux philosophies irréductiblement s'opposent. L'une dit oui, il s'agit de deux "croyances" équivalentes, également bafouées ; il n'existe pas de différence entre vérité de fait et profession de foi ; la conviction que le génocide a eu lieu et la certitude que Mahomet fut éclairé par l'ange
Gabriel sont du même registre. L'autre dit non, la réalité des camps de la mort est de l'ordre du constat, pas la sacralité des prophètes, qui relève de l'engagement des fidèles.

Pareille distinction entre le factuel et la croyance est au fondement de la pensée occidentale. Déjà Aristote sépare, d'une part, le discours indicatif susceptible d'être discuté afin d'aboutir à une affirmation ou une négation, d'autre part, les prières. Ces dernières échappent à la discussion parce qu'elles ne constatent pas, elles implorent, promettent, jurent, décrètent ;
elles ne visent pas une information, mais une performance. Lorsque l'islamiste fanatique affirme que les Européens pratiquent la "religion de la Shoah", comme lui celle de Mahomet, il abolit la distinction du fait et de la croyance ; pour lui, il n'existe que des croyances, donc l'Europe favorise les unes contre les autres.

Le discours civilisé, sans distinction de race ou de confession, analyse et circonscrit des vérités scientifiques, des vérités historiques et des états de fait qui ne relèvent pas de la foi, mais de la connaissance. On peut les tenir pour profanes et d'une dignité inférieure, n'empêche qu'elles ne se confondent pas avec les vérités de la religion. Notre planète n'est pas la proie d'un choc de civilisations ou de cultures, elle est le haut lieu d'une bataille décisive entre deux méthodes de pensée. Il y a ceux qui décrètent qu'il n'existe pas de faits, mais seulement des interprétations qui sont autant d'actes de foi. Ceux-là ou bien versent dans le fanatisme ("je suis la vérité") ou bien tombent dans le nihilisme ("rien n'est vrai, rien n'est faux"). En face, il y a ceux pour qui la libre discussion en vue de séparer le faux du vrai a un sens, de sorte que le politique comme le scientifique ou le simple jugement peuvent se régler sur des données profanes indépendantes des opinions arbitraires et préétablies.

Une pensée totalitaire ne supporte pas d'être contestée. Dogmatique, elle affirme en brandissant le petit livre rouge, noir ou vert. Obscurantiste, elle fusionne politique et religion. Au contraire, les pensées antitotalitaires tiennent les faits pour des faits et reconnaissent même les plus hideux, ceux-là mêmes que par angoisse ou commodité on préférerait
occulter. La mise en lumière du goulag a permis la critique et le rejet du "socialisme réel". La considération des abominations nazies et l'ouverture très réelle des camps d'extermination ont converti l'Européen à la démocratie après 1945. En revanche, le refus de l'histoire dans ses vérités les plus cruelles annonce le retour des cruautés. N'en déplaise aux islamistes - qui sont loin de représenter les musulmans -, il n'y a pas de commune mesure entre la négation de faits avérés comme tels et la critique verbale ou dessinée des multiples croyances que chaque Européen a le droit de cultiver ou de moquer.

Depuis des siècles, Jupiter ou le Christ, Jehovah et Allah ont essuyé force plaisanteries et marques d'irrespect. A ce jeu, du reste, les juifs sont les meilleurs critiques de Yaveh - ils en ont même fait une spécialité. Cela n'empêche pas le vrai croyant de toute confession de croire et de consentir à laisser vivre ceux qui ne croient pas comme lui. La paix religieuse
s'instaure à ce prix. Par contre, plaisanter des chambres à gaz, s'amuser  des femmes violées et des bébés éventrés, sanctifier les décollations télévisées et les bombes humaines annonce un avenir insupportable.


Il est grand temps que les démocrates retrouvent leur esprit et les Etats de droit leurs principes ; il faut qu'ils rappellent solennellement et solidairement qu'il n'est pas question qu'une, deux, trois religions, quatre ou cinq idéologies décident ce que le citoyen est en droit de dire ou de penser. Il n'en va pas seulement de la liberté de la presse, mais de la
permission de nommer un chat un chat et une chambre à gaz un fait abominable, abominable quelles que soient nos croyances et nos fois. Il en va du principe de toute morale : sur cette Terre, le respect dû à chaque individu commence par la mise en évidence universelle et le rejet commun des plus flagrants exemples d'inhumanité.

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Conseil Editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur
   (Concordia Univ.)

Prof. Julien Bauer
   (Univ. du Québec à Montréal)

Ori Bauer
   (Chercheur Associé, ICRJ)

Baruch Cohen
   (Directeur de recherches, ICRJ)

Jacqueline Douek
   (Assistante Directrice, ICRJ)

Jean-Claude Léon
   (Communauté Sépharade du Québec)

David Ouellette
   (Chercheur Associé; Journaliste, ICRJ )

Prof. Jean Ouellette
   (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot
   (Univ. Laval)

Edmond Silber
   (Chercheur Associé,ICRJ)

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         Volume V, Numéro 225                                     Vendredi, 3 mars 2006

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
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PRÊCHEURS DE HAINE
ENTRETIEN AVEC PIERRE-ANDRÉ TAGUIEFF
www.cid-online.be, 28 février 2006

Historien, politologue et historien des idées, Pierre-André Taguieff a consacré de nombreux de travaux sur les formes classiques et les métamorphoses contemporaines du racisme et de l’antisémitisme, impliquant des investigations d’ordre historiographique et lexicologique autant que des analyses fondées sur la psychologie sociale, l’anthropologie culturelle et la théorie politique qui ont donné lieu à plusieurs ouvrages. Par ailleurs, il a mené des études sur les multiples dimensions des « crises du temps » (épuisement ou redéfinition de l’idée de progrès, responsabilité à l’égard des générations futures, entre autres) en ce qu’elles affectent l’action politique et ses représentations. Enfin, il poursuit ses recherches sur les nouveaux problèmes posés à l’éthique, au droit et à la pensée politique par les progrès des sciences du vivant et plus particulièrement de la génétique humaine.

Après la parution de La Nouvelle Judéophobie en janvier 2002, vous venez de publier Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, somme de près de 1 000 pages. Pourquoi cet ouvrage dense et grave ? Un ouvrage de colère ?

De la colère, il y en a. Comment ne pas en éprouver face au déferlement de haine antijuive auquel nous assistons depuis un certain nombre d’années ? Mais ce livre est d’abord une enquête et une réflexion critique, visant à définir et à expliquer un phénomène aux contours flous. Il répond, certes avec fermeté, à certaines objections et critiques que La Nouvelle Judéophobie a suscitées, mais non pas aux insultes ni aux sottises proférées ! Cet essai est d’un genre mixte : il est à la fois un exercice de pensée politique, une contribution à l’histoire des mythes politiques modernes (privilégiant celui de la « conspiration juive internationale » ou du « complot sioniste mondial »), une enquête sur les manifestations planétaires de la nouvelle judéophobie contemporaine et, enfin, une intervention dans l’espace public. Car, dans ce livre, je m’attaque à un certain nombre d’idées reçues et à des attitudes de relativisation, de minimisation et de peu de résistance intellectuelle et politique de nos sociétés « molles » face à ces nouvelles formes de manifestations anti-juives. J’ai tenté d’esquisser une théorisation d’ensemble du phénomène judéophobe, et de proposer une relecture de l’histoire des judéophobies.

Vous ne parlez pas d’antisémitisme mais de judéophobie ?

Le mot « antisémitisme » (Antisemitismus) a été forgé en 1879 par un théoricien raciste allemand, à une époque où l’on croyait à l’existence de la « race sémitique », pour requalifier la vieille « haine des Juifs » sur une base racialiste (« anti-sémitisme »). Ce terme daté, repris comme auto-désignation par les nationalistes antijuifs de la fin du XIXe siècle, est impropre à désigner l’objet de mes investigations, qu’on pourrait caractériser comme la judéophobie « post-antisémite » qui s’est constituée après la Seconde Guerre mondiale. Mon objet est avant tout d’analyser l’émergence d’une nouvelle configuration antijuive, qui ne se réduit à pas à des résurgences ou à des réactivations. Il s’agit d’une configuration idéologique aux dimensions mondiales, où l’on retrouve des mots et des thèmes provenant de diverses traditions antijuives (antijudaïsme chrétien, antisémitisme nationaliste), mais où l’on trouve aussi de nouveaux motifs d’accusation centrés sur « Israël » et le « sionisme » érigés en mythes répulsifs. Pour aller à l’essentiel, la forme argumentative de cette nouvelle pensée-slogan, qui s’est développée depuis la fin des années 60, peut être ainsi résumé : « Les Juifs sont tous des sionistes plus ou moins cachés ; or le sionisme est un colonialisme, un impérialisme et un racisme ; donc les Juifs sont des colonialistes, des impérialistes et des racistes déclarés ou dissimulés ». Le « sionisme » - comme mythe répulsif et non comme réalité sociopolitique - est devenu l’incarnation du mal absolu.

Cette attitude vis-à-vis du sionisme n’est pas totalement nouvelle.

L’amalgame polémique « sionisme = racisme », voire « sionisme = nazisme », représente l’un des plus importants héritages de la propagande soviétique dont les principaux thèmes ont été repris d’abord par le monde arabo-musulman, puis, avec quelques additions, par le monde musulman transnational. Il faut rappeler que cette orchestration polémique a rendu possible l’adoption, le 10 novembre 1975, par les Nations unies, de la Résolution 3379 condamnant le « sionisme » défini comme « une forme de racisme et de discrimination raciale » ! Cette résolution dite « antiraciste » a été une grande victoire idéologique du camp soviétique et de l’OLP : le nationalisme juif, le sionisme, devenait le seul nationalisme au monde défini officiellement comme « une forme de racisme » donc condamnable par la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Elle n’a été abrogée, dans ses conclusions du moins, qu’en décembre 1991.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans un contexte convulsif marquée par la co-présence de deux configurations antijuives, qui, depuis l’automne 2000, à travers des violences intolérables contre des institutions juives et des individus perçus comme juifs, alimentent la vague judéophobe observable en France comme dans d’autres pays européens. Deux configurations, ai-je précisé. L’une persistante, et bien connue, le vieil antisémitisme inhérent à l’extrême droite ou au nationalisme xénophobe. L’autre émergente, et en expansion, dont les principaux vecteurs sont la propagande des réseaux islamistes radicaux et la démagogie des nouveaux gauchistes : néo-communistes et néo-gauchistes, altermondialistes, trotskistes et anarchistes, exploitant tous massivement « la cause palestinienne », célébrée comme « cause universelle » par l’extrême gauche. On peut y voir la nouvelle expression du tiers-mondisme et de l’idéologie révolutionnaire : le Palestinien-martyr remplace le Prolétaire en lutte pour la société communiste.

Mais cette nouvelle judéophobie contient en elle les racines de l’antisémitisme.

Elle s’inscrit évidemment dans une histoire longue dont les origines remontent aux attitudes judéophobes de l’Antiquité (grecque, romaine, égyptienne), repérables avant même l’apparition de l’antijudaïsme chrétien. On peut identifier trois grands mythes antijuifs fondateurs. Dès l’Antiquité, le Juif est considéré comme l’ennemi du genre humain, un être « insociable » éprouvant une « haine implacable » à l’endroit des autres peuples », stéréotype transmis indéfiniment des Pères de l’Eglise aux racistes antijuifs du XXe siècle, et réactivé aujourd’hui par la propagande islamiste. Le deuxième mythe, inventé puis bricolé du XIIe au XVe siècle, est celui du meurtre rituel qui symbolise la cruauté attribuée au peuple juif [1] et renforce son image de peuple déicide. Cette rumeur de cruauté se retrouve aujourd’hui véhiculée par les médias, autour d’un thème récurrent : l’armée israélienne, Tsahal, est stigmatisée comme une armée tueuse d’enfants, en ce que ses soldats jouiraient de tuer de jeunes enfants palestiniens. Enfin, troisième volet de cet imaginaire transhistorique, le mythe du complot ou de la conspiration, qui naît lui aussi entre le XIIe et le XVe siècles, mais qui se transforme en « complot juif international » au cours du XIXe siècle, pour atteindre sa première apogée avec la parution du plus célèbre faux de l’histoire occidentale, Les Protocoles des Sages de Sion [2], confectionnés à Paris en 1900 -1901. C’est à partir de ces trois mythes d’accusation que s’est développée en Europe ce qu’on peut appeler stricto sensu l’« antisémitisme », forme spécifique d’idéologie raciste, ou plutôt racialiste, qui a régné de la fin des années 1870 à l’effondrement du IIIe Reich. Cet antisémitisme au sens strict était fondé sur la théorie des races élaborée pour l’essentiel au XIXe siècle, incluant le postulat de l’inégalité entre des groupes humains nommés « races », supposés invariables parce que définis par des traits différentiels héréditaires, et voués à une lutte pour l’existence et l’expansion (« guerre des races »). C’est dans ce cadre conceptuel que s’est élaboré l’antisémitisme, application de l’idéologie racialiste à la « question juive », passée au politique à l’occasion de la montée des passions nationalistes et xénophobes des vingt dernières années du XIXe siècle. L’antisémitisme se définit donc comme le racisme antijuif, illustrant la forme dominante de la judéophobie du dernier tiers du XIXe siècle au milieu du XXe. On y rencontre l’assimilation du Juif ou du Sémite à une « race » distincte, inférieure et nuisible, ennemie par nature de la « race aryenne » (« l’Aryen »). Ce type de discours antijuif, explicitement raciste, n’a certes pas disparu, mais il ne fait que persister sous la figure de survivances, dans les marges de l’espace politique (néo-nazis, skinheads, etc.). La nouvelle judéophobie planétaire, que j’analyse précisément dans mon livre, ne se fonde pas sur une théorie raciste, elle consiste au contraire à retourner contre les Juifs l’accusation de « racisme ». Elle se donne donc pour une position « antiraciste ».

Cette nouvelle judéophobie englobe une américanophobie violente.

En effet, ce faisceau de stéréotypes négatifs visant les Israéliens-sionistes-Juifs s’inscrit dans une configuration plus globale, centrée sur la démonisation des États-Unis. L’anti - américanisme radical constitue une nouvelle orthodoxie politique transnationale, qui n’a cessé de se répandre depuis 1989/1990. L’ hyperpuissance américaine est devenue une figure répulsive, dernier recyclage de « l’impérialisme américain » censé porter une responsabilité majeure dans les malheurs du monde : injustices et inégalités, oppressions et exploitations, conflits sanglants et massacres génocidaires. Tous ces fléaux sont imputables aux activités d’Israël (du « sionisme ») ou des États-Unis, ou plus couramment des deux. Mais il ne faut pas tomber dans des excès polémiques : tous les antiaméricains ne sont pas antijuifs, tous les antijuifs ne sont pas antiaméricains. Contentons-nous de relever ce jumelage idéologique : Juifs-Américains, Américains-Juifs, d’où le retour sous différentes formulations de l’amalgame « judéo-américain », de « l’Amérique juive » et de « Jew-York » à « l’impérialisme américano - sioniste ». Israël comme les États-Unis sont des États-nations démocratiques puissants, armés, dotés d’un fort patriotisme, qui osent désigner leurs ennemis et se défendent avec fermeté contre eux. Ce ne sont pas des sociétés « molles » aux croyances « tièdes ». C’est là ce qui exaspère les adeptes de la nouvelle « pensée unique ». On retrouve encore dans le discours anti - américano - sioniste contemporain des traces de l’idéologie soviétique. Mais l’essentiel est ailleurs : l’américanophobie est l’un des facteurs d’aggravation de la fracture transatlantique qui a des conséquences graves dans la lutte contre le terrorisme, dont l’efficacité suppose un consensus international.

Vous insistez sur la dimension planétaire de cette nouvelle judéophobie. Touche-t-elle réellement tous les continents ?

Cette thématique antijuive est désormais diffusée, avec certaines variantes, dans tous les pays sans exception par le biais des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les Protocoles des Sages de Sion, le plus célèbre faux de la littérature anti-juive, fabriqué à Paris, au tout début du XXe siècle, par les services de la politique secrète du Tsar, l’Okhrana, puis traduit dans la plupart des langues européennes au cours des années 1920, n’a jamais autant circulé. Dans les pays arabo - musulmans, mais aussi dans les pays d’Europe de l’Est, en Amérique latine, au Pakistan, en Indonésie et au Japon (où doivent vivre un millier de Juifs tout au plus !). Sans oublier les États - Unis, où les milieux d’extrême droite le rééditent massivement. À travers la diffusion de ce document (présenté comme authentique), on stigmatise les Juifs en tant que « comploteurs » et « dominateurs », on dénonce le danger d’un « complot juif mondial » devenu le « complot sioniste mondial » visant à conquérir l’ensemble de la planète. La propagande islamiste ne cesse d’y faire allusion. Depuis la fin du XXe siècle, de multiples acteurs politiques ou politico-religieux ont réinventé le mythe des « Sages de Sion ».

Vous utilisez l’expression de « nazification » de l’État juif. Qu’entendez-vous par là ?

La nazification de l’État juif est au cœur de la propagande antisioniste qui forme le noyau dur du nouveau discours judéophobe mondialisé. Israël a été accusée de « génocide » visant les Palestiniens après la guerre des Six - Jours, puis d’ « ethnocide » et de « nettoyage ethnique ». Aujourd’hui, on fait un parallèle entre le « judéocide » pratiqué par les nazis et le « palestinocide » supposé commis par les sionistes. Par ces thèmes de propagande, ce qui est mis en cause, c’est la légitimité même de l’État d’Israël, seul État-nation au monde dont le droit à l’existence est récusé. Quoi de plus idéologiquement convenable que de stigmatiser Israël, les « sionistes » ou les « extrémistes juifs » au nom de la juste lutte contre le racisme et l’antisémitisme, ou au nom d’un humanisme cosmopolite. Telle est la posture la plus courante du partisan à l’occidentale de ce que j’ai appelé l’antisionisme radical ou absolu (l’expression est également utilisée en ce sens par Jean-Christophe Rufin dans son rapport). Cette posture se rencontre surtout dans les milieux de la nouvelle extrême gauche, elle autorise des convergences avec certains milieux islamistes, et recoupe les orientations de certaines mouvances d’extrême droite (celle-ci étant majoritairement « antisioniste » aujourd’hui). Outre la judéophobie démonologique des islamistes, je me suis attaché à étudier la judéophobie conspirationniste des nouveaux milieux anticapitalistes ou « révolutionnaires » qui surgissent dans les pays occidentaux. Ils donnent avec fureur et naïveté dans la vision du complot, lorsqu’ils attribuent tous les malheurs des hommes à de mystérieux « nouveaux maîtres du monde », recyclage du mythe des « Sages de Sion ». Le nouvel antijuif standard du troisième millénaire commençant dénonce à la fois « l’antisémitisme » et le « sionisme », il se déclare en même temps anti-antisémite et antisioniste, il se célèbre lui-même comme antiraciste et antifasciste, il s’affirme défenseur des droits de l’Homme, et tout particulièrement des droits des « victimes ». Il a tout pour plaire du point de vue de l’éthiquement correct. Il avance masqué. D’où les difficultés rencontrées par ceux qui s’appliquent à le démasquer. L’antisionisme absolu est devenu le révolutionnarisme des imbéciles, tout comme, à l’époque de l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme nationaliste était le « socialisme des imbéciles » (August Bebel) !

Vous avez choisi de traiter de l’émergence de la judéophobie, en prenant la société française comme point de départ de l’enquête et illustration privilégiée ; quelle est votre analyse de la situation française ?

Concernant l’état de la France, la question de la judéophobie (de ce qu’on appelle toujours « l’antisémitisme ») se pose à nouveau sérieusement à partir de l’automne 2000. L’année 2000 [3] se signale par une brutale montée des violences et des menaces antijuives alors que sont fortement médiatisés les affrontements israélo-palestiniens liés au déclenchement de la deuxième Intifada - qui, je souhaite le souligner, ne se limite plus à une « guerre des pierres » mais prend la forme d’une guerre réelle. Dès octobre 2000, la force des images joue contre Israël lorsque l’éprouvante séquence de la mort du jeune Mohammed al - Doura, filmée en direct, passe sur toutes les chaînes de télévision. [4] L’image du Palestinien devient celle d’un enfant martyrisé par une armée impitoyable et sans visage. Une armée de tueurs rituels : on retrouve la légende fondatrice du meurtre rituel que nous avons évoquée. Dans ce contexte anti-israélien, les agressions antijuives qui se multiplient en France ne donnent pas lieu à de grandes mobilisations consensuelles. L’indifférence domine, mêlée d’une sourde hostilité. Jusqu’au printemps 2002, les pouvoirs publics ne se manifestent guère. Il faudra attendre le début de 2003 pour entendre une condamnation morale officielle de ces actes antijuifs et que se manifeste une volonté de lutter efficacement contre les violences antijuives. Pour toute une fraction de l’opinion, malgré une dénonciation du fondamentalisme islamique qui exploite sans vergogne cette thématique victimaire, la victime c’est le pauvre et/ou l’opprimé, donc « l’immigré » ou « l’Arabe » (voire « le musulman »), donc le Palestinien. Sans pouvoir ici m’étendre sur le sujet, je rappelle que la France a été une puissance coloniale qui a dû faire face à de durs conflits coloniaux : la mémoire de la guerre d’Algérie est toujours vive. Dans le contexte anti-israélien qui s’est radicalisé depuis le début de l’Intifada Al-Aqsa, nombre de Français, anciens militants anticolonialistes ou anticolonialistes par procuration, se projettent dans la résistance palestinienne, rêvée comme une nouvelle lutte anticolonialiste. Au terrorisme palestinien, même à celui des « bombes humaines » visant à tuer le maximum de civils israéliens, ces propalestiniens inconditionnels trouvent des justifications. Certains vont jusqu’à assimiler la résistance palestinienne à la Résistance française contre l’occupant nazi, ce qui présuppose la « nazification » d’Israël, passeport pour son éradication. Par ailleurs, la tradition de la « grande politique arabe » de la France, avec son envers « antisioniste », n’est pas non plus étrangère à la mise en acceptabilité de ces nouvelles attitudes.

L’islamisme radical fustige la décadence de l’Occident dont l’une des idées force est la croyance dans le progrès, thème auquel vous avez consacré plusieurs travaux. Croire au progrès est-il désormais un signe de décadence ?

L’idée de progrès, croyance fondamentalement moderne postulant que l’avenir sera meilleur que le passé et le présent, a structuré l’imaginaire politique occidental, depuis sa longue naissance aux XVIIe et XVIIIe siècles. Or, trois siècles plus tard, on peut constater que la remise en cause de l’idée de progrès, initiée par les anthropologues théoriciens du relativisme culturel radical, puis développée par les idéologues écologistes et altermondialistes, a progressé d’une façon frappante. Les nouveaux ennemis de l’Occident ont repris et simplifié, dans leur langage manichéen, cette dénonciation du « mythe du progrès ». Croire au progrès serait, selon les islamistes radicaux, un symptôme de décadence. Il faudrait donc préserver toutes les formes de cultures, y compris celles où le cannibalisme, la lapidation des femmes ou l’infibulation ont encore force d’usage. Ou établir la Charia partout où vivent des musulmans. Remettre en cause radicalement la notion de progrès, diabolisée parce que d’origine occidentale, revient à vouloir effacer l’avenir. Mais à quoi ressemble un monde qui ne pense pas à l’avenir et qui a pour seule obsession le prétendu complot mondial « américano - sioniste » ? Le rêve d’une unification pacifiante du monde est une illusion qui s’étend dans un occident affaibli par les doutes et les critiques internes. L’hyperterrorisme est entré en guerre contre l’Occident démocratique libéral (le camp des « judéo-croisés »). Les hommes de culture doivent conjuguer le devoir d’histoire et le travail de mémoire. Le grand partage se fera entre ceux qui, suivant la ligne de la peur, se soumettront aux fanatiques criminels porteurs d’un IIIe totalitarisme et ceux qui décideront de s’insurger, de résister aux nouveaux barbares et de combattre pour la liberté de tous.

Propos recueillis par Elisabeth Kosellek

Prêcheurs de haine : Traversée de la judéophobie planétaire, Pierre-André Taguieff, Editions Mille et une nuits, 2004, 962 pages

Post-Scriptum

Voir aussi :

1982 : Effets de la guerre du Liban en Allemagne

Comment s’est constitué le bloc diplomatique anti-israélien à l’ONU

Que s’est-il passé en France ?

Antisionisme/10 conseils pour déjouer quelques pièges antisémites ou la banalisation d’un climat d’agression verbale. Quand deux militants gauchistes néerlandais essaient de raisonner leurs troupes : Les militants qui critiquent la politique de l’Etat israélien doivent absolument éviter de reprendre à leur compte des raisonnements utilisés par les antisémites.

Du même auteur sur d’autres sites :

Entre la « guerre juive » et le « complot américano-sioniste » par Pierre-André Taguieff L’Arche, n° 543, mai 2003.

[1] Selon cette légende, chaque année les Juifs sacrifiaient un enfant (non juif), pour faire avec son sang le gâteau rituel de Pâques, la matza.

[2] Pierre-André Taguieff vient de publier une nouvelle édition refondue de l’étude historique et critique qu’il avait consacrée à ce document : Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usage d’un faux, Berg International /Fayard, Paris, septembre 2004, 490 pages.

[3] Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, rapport remis au ministre de l’Intérieur le 19 octobre 2004.

[4] Cet épisode est analysé par Pierre-André Taguieff dans Prêcheurs de haine (op. cit.), pp. 367-370.

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