Communiqué Isranet
novembre 2006
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume V, Numéro 263 • vendredi le 24 novembre 2006

Les femmes et les enfants d’abord!
Lysiane Gagnon
La Presse, le 23 novembre 2006

L’assassinat du ministre libanais Pierre Gemayel a quelque peu éclipsé la visite de Louise Arbour, la commissaire aux Droits humains de l’ONU, à Gaza et en Israël.

Fidèle à son habitude, Mme Arbour n’a pas caché son préjugé anti-israélien, tout en déplorant du bout des lèvres les attaques de roquettes dont est systématiquement victime la ville de Sderot (en fait, un missile est tombé mardi à 200 mètres de son convoi).

Et comme elle l’avait fait lors de la guerre du Liban, elle a complètement passé sous silence cette atteinte pourtant flagrante aux droits humains qu’est l’utilisation de boucliers humains par les factions terroristes. À Gaza, tout comme le Hezbollah le faisait au sud du Liban, les soi-disant « militants » installent leurs rampes de lancement au sein des populations civiles. Mais à Gaza, on vient de donner à cette tactique un nouveau tour de vis.

Le 3 novembre, à Beit Hanoun, des dizaines de femmes ont été postées autour d’une mosquée où s’était réfugié un gros groupe de présumés terroristes. La « manifestation » a permis à ces dernier de s’enfuir, car devant ce barrage féminin, les soldats israéliens n’ont pas tiré.

Le week-end dernier, on a remis cela. Le leader local d’une milice armée, Mohammed Baroud, et un militant de la branche armée du Hamas ont été avertis par les forces israéliennes que leurs maisons, qui servent de caches d’armes, seraient bombardées. Qu’à cela ne tienne, des convois de femmes et d’enfants ont été envoyés en renfort pour encercler les deux maisons. Pendant la nuit, des groupes de femmes relayaient les hommes armés postés sur les toits, pour permettre aux valeureux combattants d’aller se reposer. L’armée israélienne a annulé ses opérations.

Tout cela est bien dans la ligue de l’exploitation éhontée des enfants par les factions terroristes : c’est à l’école qu’on entraîne les enfants à vénérer les jeunes kamikazes ceinturés d’explosifs, ce sont des enfants et non pas des hommes adultes que les leaders on envoyé combattre les tanks israéliens à coups de pierres pendant les Intifada.

Une petite question, en passant : ces femmes qui servent, avec leurs enfants, de boucliers humains, sont-elles d’accord pour jouer ce rôle ? Je veux dire vraiment, pleinement d’accord ? Ont-elles toutes une âme de kamikaze ? Sont-elle toutes vraiment prêtes à mettre leurs enfants en danger ?

Évidemment, je n’en sais rien, mais j’ai mes doutes. Dans une société patriarcale où les femmes sont voilées et soumises à l’autorité absolue du mari ou des frères, on peut croire que les femmes sont une espèce facilement manipulée et manipulable.

Notons que les tirs de missile en provenance de Gaza (un territoire dont Israël s’est complètement retiré il y a deux ans) visent non pas un territoire occupé mais un territoire qui appartient à Israël depuis la fondation de l’État sanctionée par l’ONU. Ces agressions n’ont pas l’ombre d’une justification, sans compter qu’elles ne visent que des civils.

Pourtant, c’est aux Israéliens que Mme Arbour addresse ses plus sévères admonestations : « Israël doit défendre ses citoyens, disait-elle cette semaine à Jérusalem, mais seulement par des moyens légaux et en s’abstentant d’attaquer les civils. »

Fort bien. En principe, tout le mond est d’accord là-dessus. Israël fait déjà des efforts en ce sens, en annonçant à l’avance ses bombardements (ce qui, évidemment, permet aux terroristes de s’enfuir en même temps que les civils). Mais que faire devant un ennemi qui n’accorde pas la moindre importance à la vie de ses propres populations civiles et qui se sert de ses femmes et de ses enfants comme rempart humain ?

Il serait intéressant d’entendre Mme Arbour commenter cet aspect des choses. Il serait tout aussi intéressant de savoir pourquoi elle est devenue, à l’instar de l’organisme dont elle est responsable, exclusivement obsédée par le conflit israélo-palestinien. Mme Arbour ne parle jamais du Darfour, où bien plus de gens sont tués, ceux qui ont échappé à la mort croupissant dans d’effroyables camps que même les « humanitaires » ont désertés, tant la situation est dangereuse.

On comprend que la Commission des Droits humains de l’ONU, où le monde arabo-musulman pèse de tout son poids et où l’antisionisme tient lieu de religion, ne s’occupe pas trop du Darfour, où l’agresseur est arabe et musulman. Mais Mme Arbour, qui fut juge à la Cour suprême du Canada et procureur du Tribunal pénal international, ne pourrait-elle pas faire preuve d’un minimum d’indépendance d’esprit ?

« Face à l’islam radical, l'Europe est comme un dattier qui se dépouille... »
Ayaan Hirsi Ali
Le Figaro Magazine, le 18 novembre 2006

Il y a deux ans, le réalisateur Théo van Gogh était égorgé dans une rue d'Amsterdam au nom de l'islamisme radical. J'avais participé à sa dernière œuvre, Soumission, retraçant au plus juste la condition des femmes musulmanes : tyrannie, humiliations, violences. Dans ce film, nous montrions des musulmanes enfin rebelles, dialoguant avec Dieu sur le ton du défi.

Cela a fait hurler de haine l'imam Fawaz, de La Haye, qui s'est livré à un prêche vengeur. Mon ami Théo, « salaud criminel », a été criblé de balles et achevé au poignard.

En ce début de novembre 2006 s'est ouvert aux Pays-Bas le procès des membres du réseau islamiste. Et c'est toute une société qui s'interroge aujourd'hui sur l'intégration de ses immigrés... Je réside désormais aux Etats-Unis - j'y suis sous bonne garde - mais résonnent encore à mes oreilles les invectives de l'imam appelant au châtiment de Théo, et promettant pour moi une malédiction divine sous forme de cécité doublée d'un cancer de la langue et du cerveau...

Le temps a passé. Après une mauvaise querelle sur ma naturalisation néerlandaise et ma démission du Parlement de La Haye, j'ai été rapidement réhabilitée. Me voici de nouveau citoyenne des Pays-Bas, émigrée en Amérique. Quoi qu'on en dise, les Etats-Unis demeurent à beaucoup d'égards les champions de la liberté : à l'American Enterprise Institute de Washington, j'ai plus de temps et de moyens pour diffuser mes idées. On me demande sans arrêt ce que cela fait de vivre avec de perpétuelles menaces de mort. Cette question m'est le plus souvent posée par des Occidentaux, avec la naïveté de ceux qui considèrent la vie comme naturellement acquise- Née en Somalie, fille d'un opposant à la dictature de Siyad Barré, j'ai grandi dans mon pays, puis en Arabie Saoudite et au Kenya, dans un environnement où la mort s'invitait sans cesse. Un virus, une bactérie, un parasite, une sécheresse, une famine, une guerre civile, des soldats, des tortionnaires : elle pouvait prendre toutes les formes et frapper n'importe qui, n'importe quand. Lorsque j'ai eu la malaria, je m'en suis relevée. Lorsqu'on m'a excisée, ma blessure a cicatrisé.

Lorsque mon professeur de Coran m'a fracturé le crâne, les médecins m'ont sauvée. Un bandit a appuyé la lame d'un couteau contre ma gorge : je suis encore vivante, et plus que jamais insoumise. Je me souviens de l'Arabie Saoudite où, sous le couvert de pureté, le moindre de nos gestes était hanté par le péché et la peur : pendaisons, mains coupées, femmes asservies, lapidées, tel était et demeure le quotidien de ce pays. Le respect littéral des paroles du prophète est incompatible avec les droits de l'homme, en contradiction avec la philosophie libérale. Enkystés dans une mentalité moyenâgeuse, nombre de pays musulmans profitent des avancées technologiques de l'Occident en feignant d'ignorer qu'elles trouvent leur origine même dans la pensée des Lumières. C'est cet aveuglement doublé d'hypocrisie qui rend la transition vers la modernité des plus pénibles pour les fidèles. J'ai quitté le monde de la foi, de l'excision et du mariage forcé pour celui de la raison et de l'émancipation sexuelle. J'ai fait ce voyage vers les droits humains. A présent, je sais que l'un de ces deux mondes est tout simplement meilleur que l'autre.

Certains, en Occident, estiment un tel distinguo politiquement incorrect, mais il faut bien concevoir que c'est l'islam qui est au premier chef traumatisé par le fondamentalisme, et non pas le monde occidental. L'Europe n'en ressent l'onde de choc qu'à cause de l'immigration et de la globalisation. C'est ainsi qu'en relativisant la morale et en affirmant l'équivalence des cultures, nombre de vos intellectuels empruntent, sans même s'en apercevoir, les chemins de l'autodestruction. Trois concepts sont au cœur de votre culture : 1. la liberté de l'individu comme fin en soi ; 2. la rationalité, soit la séparation de la science et du religieux ; 3. la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Créées sur une base humaniste, vos institutions sont l'expression de la vie d'ici-bas, alors que la philosophie islamique, rejetant la liberté individuelle, soumet l'individu à Dieu. En terre d'islam, que la rationalité et la science entrent en conflit avec le Coran, et toute innovation du Coran et de la Sunna devient bida, inacceptable. Le gouvernement ne peut être fondé sur la pensée de l'homme : la vie sur Terre n'est que temporaire. Il faut investir sur l'après. L'islam est un culte de l'au-delà. Tel est le véritable schisme avec l'Occident : les deux conceptions sont incompatibles. J'ai, quant à moi, opté pour l'ici-bas.

Lorsque j'étais enfant en Somalie, sous l'arbre où elle tressait des nattes, ma grand-mère nous racontait des histoires, puis nous interrogeait pour savoir si nous en avions saisi la morale : savoir reconnaître l'ennemi, notamment. Elle me disait : « C'est un instinct très utile. Si tu ne vois pas ce qu'il faut craindre, tu ne survivras pas. » Et lorsqu'elle me surprenait en flagrant délit d'incompréhension, ou de faiblesse, elle me traitait de « doqon » ! Ce mot signifie deux choses : être irréfléchi et naïf. Nous disons chez nous : « Stupide comme un dattier ! » Les dattes sont des trésors, et pourtant le dattier les perd, il les laisse tomber, l'une après l'autre. Non, l'Europe n'est pas traumatisée par l'islam, mais elle est comme un dattier qui se dépouille, irréfléchie et naïve. Les choses tombent. Elle demeure inerte. Pire, elle donne la liberté aux ennemis de la liberté. Au sein de votre bel Occident, ce sont les bien-pensants à tendance socialisante qui en font le plus, dans l'irénisme, l'aveuglement volontaire et le conformisme face à la montée du fondamentalisme, à l'agressivité des radicaux, aux dangers du communautarisme. Stupides. Comme le dattier. S'il vous plaît : ne soyez pas doqon...

(AYAAN HIRSI ALI, ancienne députée au Parlement néerlandais, publie « MA VIE REBELLE » chez Nil Editions )

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Volume V, Numéro 262 • vendredi le 17 novembre 2006

LES PALESTINIENS NE SONT PAS FAUCHES
Evelyn Gordon
Jerusalem Post, 9 novembre 2006

Traduit par Albert Soued, www.chez.com/soued pour www.nuitdorient.com

S'il y a une chose dans laquelle les Palestiniens excellent ce sont les "relations publiques". Avec un gouvernement élu mis à l'index par l'Occident, leur tâche semblait insurmontable. Cependant, malgré ce handicap, depuis des mois ils réussissent à détourner l'attention des Occidentaux de 2 questions embarrassantes.

La 1ère concerne l'argent. Depuis des mois les médias occidentaux émettent des rapports alarmants sur la situation humanitaire de l'Autorité Palestinienne (AP). A première vue, cela paraissait logique puisque l'aide apportée par l'Occident a été stoppée depuis que le Hamas, organisation terroriste, a été élu et pris le pouvoir. Cette aide constituait la majeure partie du budget de l'AP. La crise était donc inévitable. Mais les récentes informations reçues montrent clairement que l'AP a beaucoup d'argent, mais qu'elle avait choisi de l'utiliser à des fins militaires et non pour le bien être de sa population.

Ainsi les services de renseignement israéliens ont appris que 20 tonnes d'explosifs ont été introduits à Gaza, ainsi que des missiles anti-chars et anti-aériens très sophistiqués. Pour la plupart, ces armes sont destinées au Hamas, mais une partie est également destinée aux groupes terroristes affiliés au Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas.

Le prix de cet armement et de son introduction en contrebande aurait pu suffire pour payer les salaires de milliers d'employés de l'AP. Mais aussi bien le Hamas que le Fatah prefèrent acheter des armes plutôt que de nourrir leur population.

Le Fonds monétaire international a noté dans un rapport récent qu'au lieu de payer ses fonctionnaires, le Hamas a décidé s'augmenter ses forces de sécurité, déjà pléthoriques, de 5400 hommes. Le Hamas a donc les moyens des recruter 5400 combattants mais pas de payer ses instituteurs ou ses médecins.

Voilà où va l'argent du contribuable européen. Considérez le fait incroyable qu'en dépit du boycott officiel du Hamas, l'Union Européenne (UE), principal donateur de l'AP depuis des années, a accordé à l'AP plus d'argent cette année que les années précédentes. Selon John Vinocur de l'International Herald Tribune, l'UE a accordé aux Palestiniens 814 millions $ entre janvier et octobre 2006, 20% de plus qu'en année normale…! Cet argent n'a pas été encaissé par le Hamas mais par le président Abbas, les ONG locales et les fonctionnaires palestiniens, pour des "raisons humanitaires" et selon un mécanisme de contournement mis au point par l'UE.

Toujours est-il que l'UE au lieu de réduire sa contribution, comme signal à l'AP de son mécontentement eu égard à sa nouvelle attitude de non reconnaissance d'Israël et de non acceptation des accords passés conclus avec lui, elle l'augmente sensiblement par des moyens détournés. Et avec cet argent l'AP achète des armes. Et qu'on ne nous parle pas de crise humanitaire… qui est un mensonge honteux, signe d'une propagande totalitaire.

La deuxième question concerne le terrorisme.

On peut donc se poser des questions sur la politique européenne au Moyen Orient. Mais on peut aussi s'en poser à propos de la mollesse palestinienne dans ses efforts pour lutter contre la terreur, voilà bientôt 12 ans! Pendant des années, l'Occident a soutenu que contrairement au Hamas, M Abbas voulait lutter contre les terroristes mais qu'il n'en avait pas les moyens. Pourtant la police d'Abbas a montré son efficacité quand il s'agissait de libérer des journalistes occidentaux ou des employés des ONG enlevés….

Comment de fait-il que M Abbas n'a pas les moyens d'intervenir quand il s'agit d'Israéliens enlevés ou d'activités terroristes contre eux? Comment se fait-il qu'alors qu'il contrôlait seul l'AP, pendant 14 mois de janvier 2005 à mars 2006, M Abbas et ses forces de sécurité n'aient arrêté aucun terroriste, aucun lanceur de Qassam, aucun fabricant de missiles, alors qu'ils recevaient toutes les informations utiles du Renseignement Israélien.

La conclusion est évidente: les forces de M Abbas sont capables de lutter contre le terrorisme quand elles le veulent. Quand on lutte contre les enlèvements d'occidentaux ou des ouvriers des ONG, on attire la sympathie de l'Occident, mais il n'y a aucun intérêt à lutter contre la terreur quand elle est dirigée contre Israël, car là on devient impopulaire aux Palestiniens.

Un sondage récent a montré que 63% des Palestiniens soutiennent le bombardement par missiles des villes israéliennes, 57% soutiennent les attentats-suicide et 75% approuvent l'enlèvement de soldats. Vis-à-vis de l'Occident, M Abbas déplore les tirs de missiles, les attentats et les enlèvements, tout en prétextant son incapacité matérielle de les empêcher, mensonges que l'Occident est tout prêt à gober. L'AP a toujours misé sur la crédulité occidentale pour obtenir l'argent et poursuivre sa stratégie terroriste.

Voilà où nous en sommes quant au jeu subtil de l'Occident vis-à-vis de l'AP qu'il continue toujours à financer de plus belle, malgré l'attitude de plus en plus hostile de l'AP vis à vis d'Israël.

Si l'Occident cherche un jour à pacifier la région, il devra être plus conséquent dans son comportement et ses convictions, dans ses sanctions et dans le contrôle de l'usage qui est fait de l'argent du contribuable.

Cette attitude ambiguë de l'Occident ne fait que pérenniser et même accentuer la misère des Palestiniens et le traumatisme des Israéliens.

La journée de Qods en Iran :
« La nation musulmane doit se préparer à la grande guerre afin de totalement éradiquer le régime sioniste et d’ôter cette tumeur cancéreuse. »

MEMRI, Dépêche spéciale n° 1357, 17 novembre 2006

A l’occasion de la journée de Qods, qui a eu lieu cette année en Iran le 20 octobre 2006, des journaux conservateurs iraniens ont publié des éditoriaux louant la résistance contre Israël et appelant à la destruction d'Israël. (1)

Ces éditoriaux, parus dans les quotidiens conservateurs Resalat et Kayhan, citent le discours du président iranien Mahmoud Ahmadinejad en ces termes : « L’existence de ce régime [Israël] se fonde sur une menace militaire, sur la puissance militaire et sur le mythe de l’invincibilité. Aujourd’hui, par la grâce de Dieu, ce mythe est brisé, grâce aux croyants de Palestine, au sacrifice et à la foi des commandants du Hezbollah. Aujourd'hui, les sionistes ne se sentent pas en sécurité, ni chez eux, ni où que ce soit dans le monde. »

VOIR LES EXTRAITS VIDEO SUR MEMRI TV: http://switch3.castup.net/cunet/gm.asp?ai=214&ar=1301wmv&ak=null .

Les articles de Resalat et Kayhan affirment que la dernière guerre du Liban n’était que la première bataille vers l’élimination d’Israël, exprimant le souhait que cette guerre serve de catalyseur à un soulèvement islamique généralisé contre Israël.

Voici des extraits des deux articles :

Kayhan : « Le Hezbollah a détruit au moins la moitié d’Israël lors de la guerre du Liban… Il ne nous reste que la moitié du chemin à parcourir. »

Le 19 octobre 2006, le quotidien conservateur Kayhan, proche du Guide suprême d’Iran Ali Khamenei, a publié un article à l’occasion de la journée de Qods (Jérusalem) : (2) « …Cette année fut décisive pour la Palestine et la région islamique moyen-orientale. Les adversaires de la libération de Jérusalem, de la Palestine et du Moyen-Orient se sont soudés pour essayer ouvertement de renverser les libres fondations de la Jérusalem sacrée. L’Amérique, l’Europe, la Russie et plusieurs dirigeants de régimes arabes de la région, ainsi que les sionistes, ont tous collaboré, estimant qu’avec une série d’opérations, ils assècheraient le cœur de la liberté à Jérusalem, au Liban, en Syrie, en Irak, en Iran et que par un terrible coup assené à ces quatre pays, ils fermeraient à jamais ce dossier.

Dans cette optique, [la Secrétaire d’Etat] Condoleezza Rice est venue au Moyen-Orient les premiers jours de la guerre du Liban pour dire : ‘Le nouveau Moyen-Orient est comme un nouveau-né, et nous devons donc endurer des contractions.’ Elle a ensuite clairement manifesté [sa volonté] d’éradiquer le Hezbollah libanais. [Mais] l’axe de l'Ouest, de l’Est et des sionistes contre le Hezbollah a finalement échoué, et sa défaite a conduit à un renversement de l’équilibre [des forces].

Le Hezbollah a tenu bon lors de la guerre des 33 jours d’Israël contre le Liban, prouvant qu’il est plus facile de détruire Israël que ne le croient certains gouvernements arabes, qui pensent que c'est impossible. Cette guerre de 33 jours a prouvé que les services de renseignements s'occupant de la sécurité d’Israël n’ont pas un pouvoir illimité et qu’il est possible de triompher de l’aviation israélienne – considérée comme responsable de la victoire du régime israélien contre les Etats arabes lors des cinq dernières guerres. Et c’est dit sans dévaloriser la capacité technologique [d'Israël].

Après que les forces aériennes du régime sioniste eurent assiégé, avec l'assistance de ses navires de guerre, les côtes libanaises, du port de Tripoli au nord au port de Tyre au Sud, [Israël] a reculé suite au coup porté par le Hezbollah au bateau de guerre Saar 5 à une distance de 17 km des côtes de Beyrouth… Il a ainsi été prouvé que, au moyen d'une offensive d'une envergure inférieure à celles d’Israël, il est possible de neutraliser la marine sioniste.

Après qu'ils eurent descendu l’un des hélicoptères de nuit du régime de Tel-Aviv, au plus fort de la guerre, il est devenu clair pour tous que les forces aériennes du régime sioniste, malgré 33 jours consécutifs de bombardements, n’avaient pas réussi à endommager sérieusement la capacité des missiles et du commandement du Hezbollah. Il a été démontré qu’il est possible d’atteindre les forces aériennes israéliennes à distance…

La guerre de 33 jours a pris fin sans que ne soient atteints aucun des objectifs du gouvernement sioniste et des commandants de l’armée. Pour la première fois, Israël s’est vu contraint de reconnaître sa totale défaite…

Dans cette guerre de 33 jours, le Hezbollah libanais a détruit au moins 50% d’Israël, [ce qui signifie] que la moitié du chemin vers la libération de Jérusalem est égale à 33 jours. Il nous reste à présent au plus 50% du chemin à parcourir [jusqu’à la destruction d’Israël]. Or les 50% restants sont plus faciles à parcourir que les 50% déjà parcourus. A présent, vu la peur et l’absence d’assurance qui a profondément affecté [toutes] les parties du régime sioniste, les peuples musulmans de la région et en particulier les quatre pays arabes voisins de la Palestine – l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban – sont pleins d’espoir et de confiance et sont assurés de pouvoir rapidement triompher du régime sioniste…

Vu qu’une guerre de 33 jours a détruit plus de 50% d’Israël, et que la croyance en la pérennité de ce régime n'est plus, il est vraisemblable que lors de la prochaine bataille, la deuxième partie s’effondrera également."

« Ce jour-là…, la Jordanie ne pourra pas empêcher les islamistes jordaniens de passer la longue frontière qui sépare la Jordanie et la Palestine, et les millions d’islamistes égyptiens… ne laisseront pas en paix la frontière entre le Sinaï et Israël, et les Hauteurs du Golan en Syrie ne se contenteront pas d'observer la bataille. Ce jour n’est pas loin. »

Resalat : « La grande guerre nous attend. [Elle éclatera] peut-être demain, dans quelques jours, quelques mois ou quelques années… Israël doit s’effondrer. »

Dans un éditorial du 22 octobre 2006 intitulé « Préparations à la grande guerre », le quotidien conservateur Resalat publie : (3) « …Les marches de la journée de Qods au mois de Ramadan de cette année sont intervenues alors que la mainmise de l’arrogance mondiale [les Etats-Unis] a été brisée par la défaite d’Israël face au Hezbollah libanais.

Pour la première fois en 60 d’existence honteuse, le régime sioniste – le bien-aimé de l’Occident au Moyen-Orient – a goûté à la défaite, et les citoyens de ce régime ont tremblé face à la menace des missiles du Hezbollah. Il ne fait aucun doute que le silence des parents de cette créature illégale [Israël] est temporaire et qu’ils [les pays occidentaux] ne seront pas prêts à rester tranquillement assis face à leur enfant blessé, à s'inquiéter de ses malheurs.

Le régime sioniste et ses partisans se préparent, sans nul doute, à la grande guerre, afin de résoudre le conflit d’un seul coup. Ils ne seront pas prêts à renoncer aux territoires occupés de Ghajar et aux fermes de Shebaa – cela afin que la plaie libanaise continue de saigner. Les mouvements militaires du régime au nord de la Palestine occupée, l’aide économique et militaire inconditionnelle de l’Amérique et les efforts [d’Israël] pour imiter l’Europe sur l’arène militaire en matière de [technologie] de missiles et de satellites – tout ces éléments montrent bien que ce régime est prêt à reprendre la guerre contre le Hezbollah.

Le danger ressenti par les partisans du régime israélien factice ne concerne pas seulement la résistance islamique au Liban [le Hezbollah] : le plan américain de [la secrétaire d’Etat Condoleezza] Rice, intitulé « Conditions pour neutraliser l’aspiration au développement du monde islamique et coordination avec les gouvernements arabes de la région pour contenir les chiites », témoigne du degré de préparation de l’Occident à une importante confrontation avec le mouvement de réveil [islamique] du Moyen-Orient au troisième millénaire. C'est, bien sûr, la première fois [dans l'histoire des] relations américano-sionistes, que Washington se tourne vers les chefs d'Etats [arabes] après une défaite israélienne pour leur demander de s'unir et d'aider [Israël], afin de compenser les pertes de guerre…

Dans tous les cas, nous devons être en état d'alerte. Ce que nous verrons et entendrons pourra nous renseigner sur les mouvements de ce régime [Israël] dans les mois à venir. Le Hezbollah est le vainqueur incontesté de la guerre des 33 jours contre Israël, mais comme l'a dit le noble Guide suprême [Ali Khamenei] lors des prières du vendredi à Téhéran : 'Dans ce cas les vaincus ne sont pas, et ne resteront pas, passifs. Le processus ne touche pas [encore] à sa fin. Ils sont occupés par des opérations et des efforts visant à enrayer les conséquences de la déception et de la défaite [essuyées], car le coup reçu a été un coup dur…

Les peuples musulmans de la région doivent arrêter ce complot avant qu'il ne soit trop tard. La participation sans précédent du peuple à la Journée de Qods [Jérusalem] témoigne de la poursuite de la résistance contre le régime sioniste… Mais sur le premier front de la résistance, le [front du] Hezbollah, le maintien du contrôle sur la région du 'Triangle de fer' (4), qui sera déclarée zone militaire fermée, peut prévenir l'affaiblissement des forces de la résistance islamique. Dans tous les cas, l'effort américain consistera à faire de la FINUL un outil de confrontation avec le Hezbollah dans le but de l'affaiblir. Mais il ne fait aucun doute que cette duperie sera neutralisée par la vigilance du [secrétaire général du Hezbollah] Hassan Nasrallah.

Il ne faut pas oublier que la grande guerre reste à venir et [qu'elle éclatera] peut-être demain, ou dans quelques jours, quelques mois ou même quelques années. La nation des musulmans doit se préparer à la grande guerre, afin de totalement éradiquer le régime sioniste et d'ôter cette tumeur cancéreuse. Ainsi que l'a dit l'Imam [l'ayatollah] Khomeiny, 'Israël doit s'effondrer'."

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(1) La journée de Qods (Jérusalem) a lieu chaque année en Iran le dernier vendredi du Ramadan, conformément aux ordres de l'ayatollah Ruholla Khomeiny. Elle marque l'aspiration iranienne à libérer toute la Palestine.

(2) Kayhan (Iran), le 19 octobre 2006

(3) Resalat (Iran), le 22 octobre 2006

(4) Le Triangle de fer est une expression désignant la ville de Tyre au Liban, utilisée par le Hezbollah comme principale base de lancement de Katiouchas pendant les mois de juillet et d'août 2006 de la guerre du Liban.

L'Europe est à bout de course, prédit Mark Steyn
Daniel Pipes
Jerusalem Post,15 novembre 2006

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Mark Steyn, chroniqueur politique et critique culturel, a écrit un livre remarquable, America Alone: The End of the World as We Know It (L'Amérique seule: la fin du monde tel que nous le connaissons, Éditions Regnery). Cet ouvrage allie plusieurs vertus rarement réunies – humour, compte rendu exact et profondeur de la réflexion – pour traiter du thème probablement le plus lourd de conséquence de notre époque: la menace islamique pesant sur l'Occident.

Steyn propose une thèse dévastatrice mais la présente en éléments disparates. Je vais donc en faire la synthèse ici.

Il commence par le legs de deux totalitarismes. Traumatisés par l'attrait électoral du fascisme, les États européens de l'après-Deuxième Guerre mondiale furent édifiés du sommet vers la base, «afin d'isoler presque entièrement la classe politique des pressions populistes». C'est ainsi que l'establishment en est «venu à considérer l'électorat comme des enfants».

Ensuite, pendant la guerre froide, la menace soviétique incita les Américains, impatientés par le manque de réaction de l'Europe (et du Canada) à prendre en mains leur défense. Cette politique bienveillante et prévoyante conduisit à la victoire en 1991, mais elle eut aussi pour corollaire involontaire et moins salutaire de libérer des fonds européens qui ont été investis dans l'édification de l'État providence. Or celui-ci a eu plusieurs effets pernicieux.

L'État paternaliste a infantilisé les Européens, les portant à se soucier de pseudo-problèmes tels que le réchauffement climatique tout en féminisant les hommes.

Il les a également châtrés en annexant «la plupart des fonctions de l'âge adulte», à commencer par l'instinct de reproduction. Depuis 1980 environ, les taux de naissance ont chuté, érodant les chances des travailleurs actuels de toucher un jour leur retraite.

Structuré sans vision à long terme, il équivaut à une escroquerie pyramidale intergénérationnelle par laquelle les travailleurs doivent compter sur leurs enfants pour payer leur retraite.

L'effondrement démographique indiquait que les peuples indigènes de pays tels que la Russie, l'Italie et l'Espagne sont à l'entrée d'une spirale mortelle de dépopulation.

Tout cela a conduit à un effritement de la confiance, lequel a produit à son tour un «épuisement civilisationnel» privant les Européens des aptitudes nécessaires à défendre leurs valeurs.

Pour garder la machine économique en mouvement, il fallait accepter des travailleurs étrangers. Mais au lieu d'élaborer un plan à long terme pour préparer leurs pays aux millions d'immigrants nécessaires, les élites européennes comptèrent sur le hasard et accueillirent pratiquement tous ceux qui se présentèrent. Par l'effet de la proximité géographique, de l'emballement démographique et d'un contexte favorable aux crises, «l'Islam est maintenant le principal fournisseur de nouveaux Européens».

En arrivant ainsi dans une période de faiblesse démographique, politique et culturelle, les Musulmans transforment profondément l'Europe. «L'Islam a la jeunesse et la volonté, l'Europe a l'âge et le bien-être.» En d'autres termes: «L'Islam pré-moderne prend le dessus sur le Christianisme postmoderne.» Steyn prédit carrément que la majeure partie du monde occidental «ne survivra pas au XXIe siècle et une grande partie, dont la plupart sinon la totalité des pays européens, disparaîtra pendant notre génération». Et il ajoute, avec un accent dramatique encore plus prononcé, que nous assistons à «la fin du monde tel que nous le connaissons».

(Je pense en revanche que l'Europe peut encore éviter ce sort.)

America Alone aborde longuement ce que Steyn appelle «les forces supérieures en jeu dans le monde développé qui ont affaibli l'Europe au point de l'empêcher de résister à son implacable transformation en Eurabia». La population héritière de l'Europe est déjà dans la place et «la seule question est de savoir à quel point le transfert de propriété sera sanglant». Il distingue dans les attentats à l'explosif de Madrid et de Londres de même que dans le meurtre de Theo van Gogh à Amsterdam les premières salves de la guerre civile d'Europe et déclare que «l'Europe est la colonie à présent».

Le titre America Alone (l'Amérique seule) se rapporte à la prévision de Steyn selon laquelle les États-Unis – grâce à leur «profil démographique relativement sain» – seront l'unique survivant de ce chaudron. «L'Europe se meurt et l'Amérique vit.» Ainsi, «le continent est prêt à être conquis, pas l'Amérique». Le public cible de Steyn est essentiellement américain: prenez garde, dit-il, ou il vous arrivera la même chose. Arrivé à l'essence de sa démonstration, il offre deux conseils:

Premièrement, éviter les «systèmes d'assistance publique surdimensionnés», les déclarer rien moins qu'une menace pour la sécurité nationale, amincir l'État et insister sur les vertus de l'indépendance autosuffisante et de l'innovation individuelle. Deuxièmement, éviter l'«excès de stabilité impériale», ne pas «se recroqueviller dans l'Amérique forteresse», mais détruire l'idéologie de l'Islam radical, favoriser la réforme de l'Islam et étendre la civilisation occidentale en de nouveaux endroits. Les Américains ne trouveront assez de compagnie pour persévérer que s'ils «peuvent réunir la volonté de guider au moins une partie du monde en émergence». Sinon, nous devons nous attendre à un «nouveau Moyen Âge (…), [à] une planète dont une grande partie sera revenue à l'état primitif».

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Volume V, Numéro 261 • vendredi le 10 novembre 2006

GOOD JEWS, BAD JEWS
Brève apologie du sionisme

Jean Ouellette

Et si c’était le sionisme? Les Juifs de mon quartier, nous les sentions différents de nous parce qu’ils allaient à la messe le samedi et nous recrutaient, enfants, pour allumer ou éteindre quelques lumières durant leur jour de repos. Nous ne savions pas trop d’où ils venaient exactement, Certains étaient nés ici et ils parlaient l’anglais comme nos voisins dont ils partageaient la langue et, à juger de l’extérieur, la manière de vivre.

Ils étaient pharmaciens, ou pédiatres, ou petits commerçants dans ces magasins de quartier qui étaient peut-être les ancêtres des dépanneurs d’aujourd’hui. Certains s’occupaient de récupération et, tels des marchands ambulants, parcouraient les rues sur des charrettes tirés par un cheval. Nos parents les appelaient des « guénillous ». Je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu des remarques désobligeantes à leur endroit. En certaines occasions, nous étions plutôt solidaires, comme sur les terrains de golf publics où Canadiens français et Juifs se côtoyaient faute de pouvoir montrer patte blanche dans des clubs plus sélects. Nous ne savions rien, à l’époque ni des restrictions imposées aux étudiants juifs de McGill ni du scandale occasionné par l’admission d’un résident juif à l’Hôpital Notre-Dame.

On nous parlait bien des tirades antijuives d’Adrien Arcand mais je n’ai pas le souvenir que ses accusations nous atteignaient. Je ne me souviens pas non plus d’avoir jamais entendu le nom du Chanoine Groulx de la bouche de Michel Brunet qui pourtant m’enseigna pendant mes trois dernières années du primaire. De l’enseignement des Jésuites, il ne me reste aucune réminiscence d’aucun endoctrinement préjudiciable à la conception somme toute assez élémentaire que nous nous faisions des Juifs et de leur religion. On nous expliqua même dans un cours de latin que la prière du Vendredi-Saint pour les « Juifs perfides » devait s’entendre selon le sens littéral du mot « fides ». Loin de les accuser de perfidie, la liturgie désignait les Juifs qui ne partageaient pas la foi de la majorité.

La création de l’État d’Israël fut plutôt bien accueillie dans la province de Québec. On assista à la naissance des Amitiés culturelles Canada-Israël qui furent à la source d’événements mondains courus par nos élites. Ceux qui se sentaient une fibre nationaliste croyaient même que le jeune État juif pouvait offrir un modèle valable pour l’état souverain dont ils rêvaient. A peine élu en 1976, René Lévesque, sans même s’enquérir de mes penchants politiques, me fit prier de rédiger un paragraphe ou deux sur la renaissance de l’hébreu en Israël. Ma contribution fut insérée dans le discours qu’il prononça devant un auditoire juif réuni à l’Hôtel Reine Elizabeth.

La Guerre des Six Jours de 1967 donna lieu à un revirement dans l’opinion publique québécoise et ailleurs dans le monde. Le changement se fit de façon imperceptible au début. Des signes plus évidents apparurent au milieu des années 70 lorsque les Nations Unies proposèrent l’infâme équation selon laquelle le sionisme devait être assimilé au racisme. Dur coup pour la légitimité de l’État Juif qui tentait de consolider les gains obtenus dans l’euphorie d’une victoire fulgurante.

Dans le Québec d’aujourd’hui, l’État d’Israël est plutôt mal perçu. Lysiane Gagnon nous le rappelait dans sa chronique du 17 octobre dernier. Certains se font rassurants, tel cet humoriste qui dénonçait les méfaits des « sionistes » sur les ondes de Télé- Québec tout en affichant son respect pour la religion juive. Ses propos se voulaient un commentaire sur les déclarations du professeur Yakov Rabkin qui venait de saper à la base, une fois de plus, les prétentions de l’État d’Israël à se définir comme un État juif. Mais d’où vient donc l’engouement des medias québécois pour les thèses étriqués de ce professeur qui se présente avec tous les insignes de l’observance religieuse la plus stricte? Et si c’était le sionisme?

Dieudonné, qui vient d’ailleurs, tient le même discours lors de nos festivals d’été. Mais loin de s’attirer la réprobation générale, il en remet, et proclame, lui aussi, que c’est contre le sionisme qu’il en a et qu’il n’a rien, mais absolument rien contre les Juifs. Notre vedette Jean-Marc Parent paraît s’accommoder fort bien de la dichotomie entretenue par ce fin analyste entre les sionistes et les juifs « ordinaires »

Il est vrai, sur le plan des concepts, que sionisme et judaïsme ne s’équivalent pas. Mais le premier, qui est un mouvement politique relativement récent, est né de l’autre et du rêve nostalgique que les Juifs ont nourri tout au long de leur tragique destin. Que tous les Juifs ne se déclarent pas sionistes au sens fort du terme est une lapalissade. Mais la plupart de ceux qui se situent dans ce groupe ne se servent pas de leur conviction ou de leur manque de conviction pour dénaturer l’État d’Israël et, par décence, sans doute, s’abstiennent de forger des alliances avec ceux qui ont juré sa perte.

Ces « bons » Juifs d’autrefois, dont nous tolérons comme tout naturellement les pratiques religieuses et leurs institutions ancestrales, il nous aurait été difficile, voire impossible, dans notre ignorance, de les imaginer dans la mouvance du sionisme. Mais aujourd’hui, sans qu’ils n’aient besoin de nous faire des confidences ni sur leurs convictions les plus secrètes ni sur leurs projets d’avenir, nous découvrons qu’à tout le moins, ils ne rejettent pas le sionisme et que beaucoup d’entre eux, sinon la plupart, acceptent dans l’enthousiasme et la fierté que l’État d’Israël soit redevable de son existence à une idéologie relativement moderne mais dont les origines se perdent dans l’imaginaire lointain de la conscience juive. À tous ces habitués de nos lignes ouvertes qui imaginent, sans jamais l’avoir vérifiée, une rupture entre l’éthique juive et la moralité des Juifs citoyens de l’État d’Israël et de ses dirigeants, il faut recommander de lire, s’ils le veulent bien, les textes fondateurs de l’État juif. Et à tous ceux qui, sous prétexte d’une critique légitime de l’État d’Israël, imputent au caractère sioniste de l’État les maléfices présumés de ses politiques, il faut recommander une revue en profondeur des préjugés qu’ils entretiennent, peut-être à leur insu, sur les Juifs eux-mêmes.

Notre société se targue à bon droit de faire preuve de tolérance à l’endroit de ses minorités. Terre d’accueil exemplaire, comment pourrait-elle envisager même de confiner ses Juifs aux seules réalités de la pratique religieuse et de la philanthropie et leur interdire, sous peine de réprobation médiatique généralisée, l’accès à une définition plus large, plus dynamique et plus politique de leur identité, celle-la même que leur confère la modernité inhérente au projet sioniste?

Car au cœur de cette expérience, depuis les premiers balbutiements des précurseurs du sionisme jusqu’aux affirmations plus musclées de la souveraineté inaliénable de l’État d’Israël, réside l’affirmation centrale que les Juifs ne sont plus condamnés à la passivité des ghettos face à l’hostilité de leurs ennemis déclarés. Confrontés au déni de leur présomption d’innocence aux heures les plus sombres de l’Holocauste ou face à ceux qui s’emploient à éliminer l’illégitime « entité sioniste » au terme d’une guerre d’usure promue par certains medias au rang ennobli de guerre de résistance, ils peuvent aujourd’hui mener des combats victorieux grâce à l’arme redoutable que constitue leur appartenance à nos sociétés démocratiques. L’État d’Israël ne fait pas exception.

(Jean Ouellette est membre du Conseil Editorial de l' ICRJ)

Un porte-parole des terroristes-suicide à l'ONU
Anne Bayefsky
National Review Online, 23 octobre 2006

Traduction française : Menahem Macina

Le 19 octobre, l’expert John Dugard, en charge des droits humains auprès de l’ONU, a déclaré à l'Assemblée générale que "les terroristes-suicide palestiniens" étaient "une conséquence de l'occupation". En cinq ans de voyages aux frais de l'ONU, dont 22% du budget sont financés par le contribuable américain, Dugard s'est distingué comme le porte-parole le plus fanatique du terrorisme, en dehors du monde arabe et musulman.

L’expert indépendant Dugard a été chargé par l'ONU de rendre régulièrement compte des manquements israéliens aux droits de l'homme, devant la Commission et le Conseil des droits de l'homme, ainsi qu’à l'Assemblée générale de l'ONU. Le cahier des charges de son poste, ou mandat onusien, exclut délibérément les manquements palestiniens aux droits de l'homme. Voici en quels termes Dugard a fait la leçon, à ce sujet, au représentant israélien à l’ONU, le 19 octobre : « J’ai un mandat limité, qui consiste à enquêter sur les violations des droits de l’homme commises par les Israéliens, et non celles commises par les Palestiniens ». Pourtant, le fait que le résultat soit prévu d’avance n’a jamais constitué un problème pour ce juriste. Loin d’en concevoir de l’embarras, il a entamé sa diatribe de cette année en ces termes : « Aujourd’hui, je présente ma critique annuelle de la conduite d’Israël en matière de droits de l’homme ».

A l'ONU, aucun pays, aucune organisation terroriste, ne sont l’objet d’une critique suivie concernant les droits de l’homme, excepté Israël.

Le fanatisme de Dugard est dans la ligne de l’attitude qui prévaut à l'ONU, et qui veut que plus ses déclarations sont hystériques, plus il a de chances de conserver son poste. Sa stratégie habituelle consiste à diaboliser Israël, présenté comme l’agresseur raciste et sanguinaire, au rebours du peuple malchanceux et épris de liberté que sont les Palestiniens. Cette année, Dugard a décidé de se surpasser en prenant pour cible le caractère juif de l'Etat juif lui-même.

« La litanie des violations des droits de l’homme… est difficilement conciliable avec… la prétention d’Israël d’être une lumière pour les nations » [2], a-t-il dit.

Voici un échantillon de ses autres remarques :

« Je voudrais que nous puissions nous débarrasser du mot 'terreur' dans ce débat... Je m’adresse au gouvernement israélien... Si vous appelez votre adversaire : terroriste, il devient très difficile d’entamer des négociations avec lui... J’appelle le gouvernement israélien à cesser d'utiliser ce terme... »

Se référant à la situation des fermiers palestiniens, Dugard déclare :

« dans d'autres pays ce processus pourrait être décrit comme un nettoyage ethnique, mais la correction politique interdit un tel langage quand il s’agit d’Israël ».
« Les soldats de l’Armée de Défense d’Israël… semblent considérer tous les Palestiniens comme des terroristes. »
« L’envie qu’a Israël de territoire palestinien est insatiable. »

La Cisjordanie a été transformée en « Bantoustans ».

Référence à l’Afrique du Sud, au temps de la ségrégation.

Jeudi, les propos de Dugard ont eu un succès immédiat auprès de la plupart des représentants à l'ONU, qui se sont succédé à la tribune pour participer au "dialogue interactif" qui s’est déroulé entre lui et les membres de l’Assemblée générale. L'un après l'autre, les délégués du Liban, de la Syrie, du Soudan, de Cuba, du Pakistan, d’Egypte, de Malaisie, d'Iran, d'Arabie Saoudite et d'Algérie, ont exprimé leur appréciation. Mais le signe le plus manifeste de l’accueil exceptionnel réservé par l’ONU à ceux qui diabolisent Israël et apportent leur soutien au terrorisme, a été, sans aucun doute, la réponse du représentant libyen :

« Pour ce qui est de faire l’éloge du professeur Dugard, je suis à court de mots... Quand j’ai entendu ce qu’il a dit, j’ai eu le sentiment de voir un parfait symbole de l'homme intègre du XXIe siècle... Je pense qu’ajouter davantage à ce qui a été dit plus tôt, serait comme ajouter du sel à un plat qui est déjà délicieusement assaisonné. Aussi, tout ce que je puis dire est : merci à vous, M. Dugard, et que Dieu vous bénisse. »

Ce n’est qu’un jour comme les autres, pour cette troisième session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, composée de tous les 192 membres de l’ONU [3]. Au cas où ce ne serait pas apparu clairement, ce Conseil est le principal organisme de l'Assemblée générale en matière de protection des droits de l'homme.

( Anne Bayefsky est membre distingué du Hudson Institute et de l’Institut Touro d’Etudes de Droit [4]. Elle est également rédactrice de www.EyeontheUN.org.)

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Note de la Rédaction d’upjf.org

[1] A contrario, à en croire la tradition rabbinique, s'opposer à Israël est bénéfique. Témoin ce passage aggadique du traité Gittin, 56b, cité dans un mien article mis en ligne sur ce site: "Diabolisateur d'Israël, Kuczkiewicz dirigera le journal belge Le Soir" :

« Onqelos, le fils de Klonikos, neveu de Titus par sa sœur, voulut se convertir. Recourant à la magie, il fit remonter Titus [du séjour des morts] et lui demanda :

- Qui est important dans l’autre monde ?

- Israël.

- Faut-il s’attacher à eux ?

- Leurs obligations sont trop nombreuses, tu ne pourrais pas les observer. Attaque-les dans ce monde et tu auras le pouvoir, car il est écrit : "Ses oppresseurs sont des chefs, ses ennemis sont en paix" (Lamentations 1, 5), ce qui veut dire qu’en s’opposant à Israël, on s’assure le pouvoir… ».

[2] Allusion à Isaïe 49, 6.

[3] Rappelons qu’il s’agit du Nouveau Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, qui, en juin 2006, a succédé à l’ancien, réputé de parti pris, mais qui est pire encore, au moins en ce qui concerne Israël. Voir, sur notre site : "Reporters Sans Frontières critique le nouveau Conseil des Droits de l’Homme". A compléter par la lecture de l’article intitulé "L'Assemblée générale crée un nouveau Conseil des droits de l'homme", qui figure sur le site du Centre de Nouvelles de l’ONU.

[4] L’Institut Touro est un établissement privé d’enseignement supérieur, financé principalement par la communauté juive, et dont le siège est à New York. Fondé par le Dr Bernard Lander, il a été créé dans le but d'enrichir la culture juive en s’adressant à tous les citoyens américains, y compris les non-Juifs. L'institut compte actuellement plus de vingt-et-un mille étudiants dans ses diverses facultés et écoles spécialisées.

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Volume V, Numéro 260 • lundi le 6 novembre 2006

(Texte aimablement signalé par Prof. Annette Paquot de l' Université de Laval)

Il faut croire Ahmadinejad sur parole
Rémi Brague
LE MONDE, 24 octobre 2006

Chrétien, je partirai d'une phrase bien connue du Sermon sur la Montagne. Elle est faite pour choquer l'auditeur, et elle y a d'ailleurs réussi : "Aimez vos ennemis." Trop souvent, l'on commet un contresens et l'on comprend : faites comme si vous n'aviez pas d'ennemis, bercez-vous du rêve d'une bienveillance universelle, croyez que tout le monde vous aime. C'est plus confortable. Et cela veut dire au fond : imaginez-vous que vous êtes dignes d'être aimés.

La première manière, la plus élémentaire, d'aimer son ennemi est de le respecter. Et donc d'accepter qu'il soit votre ennemi, d'admettre qu'il vous hait. C'est seulement une fois qu'on aura pris acte de l'inimitié de l'autre que, non certes sans effort, on pourra éventuellement l'aimer. Cela consistera en une certaine manière de le traiter avec humanité, d'être prêt à lui accorder le pardon s'il le demande, et de notre côté à réformer ce qui en nous peut donner des raisons de nous haïr ou de nous mépriser - et qui est entièrement digne d'être aimé et honoré ? Mais tout ceci est un exercice de haute école...

Commençons donc par plus modeste : le premier pas dans le respect de l'adversaire est de le prendre au sérieux. Et de prendre au sérieux ce qu'il dit. De lui faire l'honneur de croire qu'il pense ce qu'il dit. La Corée du Nord vient de le montrer : son chef voulait l'arme atomique, et le disait. Il l'a obtenue.

Il n'est pas question de mettre sur le même plan sans précautions l'Iran d'aujourd'hui et l'Allemagne des années 1930, Ahmadinejad et Hitler. Démoniser son adversaire en le traitant de nazi est une manoeuvre trop facile et trop fréquente. Il ne m'appartient pas de me prononcer sur la nature profonde du régime iranien.

Il ne s'agit pas non plus de mépriser un peuple qui a produit Avicenne, Razi, Al-Ghazali et tant d'autres. Encore moins de proposer une politique, ce pour quoi je n'ai nulle compétence. Mais il faut à tout le moins juger les dirigeants iraniens sur ce qu'ils disent eux-mêmes.

Il est en effet un point sur lequel le parallèle avec le nazisme peut nous aider : les intentions criminelles de Hitler avaient été formulées noir sur blanc, des années avant la prise du pouvoir, dans Mein Kampf. A l'époque, peu nombreux étaient ceux qui l'avaient lu, et encore moins nombreux ceux qui l'avaient pris au sérieux.

Le président de l'Iran actuel dit et répète publiquement ce qu'il veut : de l'uranium enrichi. Il dit et répète publiquement ce qu'il souhaite : la disparition de l'Etat d'Israël. Est-ce faire preuve de soupçons excessifs que de penser que les deux pourraient avoir quelque lien ? Que le premier pourrait servir à la seconde ? La négation du passé de la Shoah servirait-elle à en préparer la répétition future ?

Trop souvent les gens "raisonnables" considèrent ce genre de déclarations comme des rodomontades. Elles seraient avant tout à usage interne, serviraient à souder dans un rêve de grandeur et contre une victime toute désignée un peuple las de vingt ans de dictature de la clique des mollahs. Elles seraient une manoeuvre dans une négociation avec l'Occident dans laquelle, comme toujours, il faut enfler la voix, demander tout pour obtenir un peu.

Il y a sans doute du vrai là-dedans. Mais jusqu'où ? Car, avant la seconde guerre mondiale, on entendait aussi des choses de ce genre. Le chancelier Hitler s'est servi de l'antisémitisme du peuple allemand pour se faire élire ; une fois au pouvoir, il va s'empresser d'oublier ces absurdes slogans...

Personne ne peut savoir avec certitude si Ahmadinejad pense ce qu'il dit et s'il le fera quand il le pourra. Certains veulent lui laisser le droit de jouer avec l'idée de détruire un Etat - avec ses citoyens. Il me semble pour ma part à la fois prudent et plus honnête de le prendre au sérieux.

(Rémi Brague, professeur de philosophie Paris I Sorbonne, est signataire de l'Appel aux dirigeants européens.)

Appel aux dirigeants européens

Au nom de notre attachement à la démocratie, à ses valeurs, aux libertés qu'elle garantit, au respect des règles de droit qui la fondent, nous exhortons les dirigeants européens à faire face au danger que font peser sur le monde les dirigeants iraniens, leur volonté de se doter de l'arme nucléaire et de « rayer Israël de la carte ».

En tant que citoyens soucieux de l'avenir de l'Europe autant que de l'avenir du Proche-Orient, nous les appelons à :

- refuser les violations du droit international et du traité de non-prolifération des armes nucléaires, signé par l'Iran ;

- tirer les conséquences du marché de dupes de négociations reconduites indéfiniment, sans résultat ;

- demander à l'ONU qu'elle fasse respecter sa charte interdisant à tout État membre l'incitation à la haine et l'appel à la destruction d'un autre État membre, faute de quoi l'ONU perdrait toute légitimité ;

- dénoncer les thèses négationnistes sans cesse réaffirmées par les dirigeants iraniens ;

- combattre le financement de mouvements terroristes par le régime iranien.

Nous lançons cet appel aux dirigeants européens, à qui incombe, au nom de leurs peuples, la responsabilité historique de faire obstacle au retour de la barbarie.

Henri Atlan, biologiste
Monique Atlan, journaliste
Paul Audi, philosophe
Marc AugéE, anthropologue
Henri Berestycki, mathématicien (EHESS)
Fabrice Chiche, responsable associatif
Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique
Christian Delacampagne, philosophe
Thérèse Delpech, chercheur
Roger-Pol Droit, philosophe, chercheur CNRS
Sophie Dulac, chef d'entreprise
Erhard Friedberg, sociologue (CNRS, Sciences Po)
Gérard Garouste, peintre
André Glucksmann, philosophe
André Green, psychanalyste
Litza Guttieres-Green, psychanalyste
Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe
François Rachline, écrivain, économiste (Sciences Po)
Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à Princeton
Elie Wiesel, écrivain, Prix Nobel de la Paix.

Pour vous joindre à notre rassemblement : appelauxdirigeantseuropeens@yahoo.fr

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Volume V, Numéro 259 • vendredi le 3 novembre 2006

Une devinette pour le professeur Aumann
Moshé Arens
Arouts 7, mardi 31 octobre 2006

L’idée du Premier ministre Ehoud Olmert, qui est le responsable du récent fiasco au Liban, fut-elle lumineuse ? Peut-être pour une fois a-t-il pris la bonne décision en nommant Avigdor Lieberman ministre chargé de traiter la principale menace stratégique contre Israël, à savoir l’Iran, qui est déterminé à se procurer l’arme nucléaire et dont le Président menace quotidiennement Israël.

Le fait qu’aucun pays au monde n’ait un ministre chargé des questions stratégiques qui sera considéré par la plupart des gens comme une mauvaise plaisanterie ou une vaine tentative de maintenir le gouvernement d’Olmert en place, n’a aucune espèce d’importance! Peut-être qu’une fois que Lieberman se sera établi à son nouveau poste, les Israéliens et leurs nombreux amis dans le monde entier pourront dormir tranquilles. Peut-être bien que la question capitale de la menace iranienne, est enfin tombée dans les bonnes mains. Le Président Bush lui-même prendra peut-être note.

Se mesurer à Mahmud Ahmadinejad est loin d’être simple. Il semble complètement irrationnel aux yeux des Occidentaux. Pourquoi s’obstine-t-il à prétendre que la Choa ne fut qu’une invention ? Pourquoi l'Iran a-t-il besoin d'une arme nucléaire ? Pour l’obtenir, est-il nécessaire d’éveiller l'hostilité d'une grande partie du monde ? Et si l’Iran est déjà sur la bonne voie pour achever son arme nucléaire, pourquoi menacer Israël continuellement et faciliter la tâche à l’ONU pour qu’il impose des sanctions à l'Iran et pour que les États-Unis et ses alliés commencent à penser à des mesures de dernier-recours pour prendre les devants et empêcher le développement nucléaire de l’Iran?

Si ce n’est que le joueur irrationnel, «le fou», présente certains avantages dans une telle situation. Depuis que John von Neumann, pionnier de la «Théorie des jeux», s’est penché sur l'interaction entre des parties aux intérêts contraires, les difficultés comprises dans un conflit avec un personnage irrationnel, ont été identifiées. Mais choisir la stratégie efficace face à un joueur rationnel, est une chose, on peut peser le pour et le contre, les avantages contre les inconvénients et envisager des démarches alternatives, mais c’est tout à fait différent lorsque l’on a affaire à quelqu’un d’irrationnel.

La guerre froide, le conflit entre les États-Unis et l'URSS, deux puissances nucléaires possédant d’importantes réserves d’armes nucléaires, a été menée avec succès sur la base de l’hypothèse mutuelle selon laquelle les personnes qui, à Moscou et à Washington, s’occupaient de ce conflit, étaient des gens rationnels qui n’étaient pas susceptibles d’entreprendre des démarches suicidaires Les experts américains en matière de théorie des jeux, ont contribué à formuler la stratégie américaine durant cette période.

Mais quand un joueur rationnel est confronté à un joueur irrationnel, il est clair que le deuxième est avantagé. Tandis qu'il compte sur la riposte rationnelle de ses adversaires, eux ne savent pas à quoi s’attendre. Peut-être que leur meilleur pari sera simplement de le laisser obtenir ce qu’il veut, plutôt que de prendre le risque d’une riposte en agissant.

Etant donné la retenue dont les États-Unis et les pays d’Europe font preuve face aux chefs déchaînés et aventureux d'Iran et de Corée du Nord, qui n’abandonnent pas un instant leurs ambitions nucléaires, on peut se demander s'ils ont vraiment décidé d’adopter une telle stratégie. Peut-être supposent-ils qu’il vaut mieux être sûr de soi, même si ce n’est que provisoirement, que de regretter d’avoir entrepris telle ou telle démarche.

Mais que se passe-t-il si le joueur irrationnel se retrouve face à un adversaire irrationnel ? C’est une énigme. Et c’est peut-être à cela qu’Olmert a pensé. Laisser Lieberman jouer le rôle du joueur irrationnel et attendre la réaction d’Ahmadinejad. Peut-être est-ce le moyen de faire preuve de plus de subtilité que le fou de Téhéran. Les proclamations que Lieberman a eu l’occasion de faire à propos du bombardement de Téhéran, de la destruction du barrage d'Aswan, de la transformation de Gaza en un tas de ruines et de la privation des Arabes israéliens de leur citoyenneté israélienne, pourraient convaincre Ahmadinejad qu’il fait face à un adversaire foncièrement différent. Impossible de prévoir ce que cet adversaire fera. Peut-être vaudrait-il mieux pour lui qu’il prenne garde.

Mais, qui sait, peut-être qu’Ahmadinejad nous étonnera une fois de plus et alors, les choses empireront au lieu de s’améliorer.

Mais au fait, nous avons un Prix Nobel, de réputation mondiale, expert dans le domaine de la Théorie des jeux, le professeur Israël Robert Aumann de l'Université Hébraïque ! Peut-être pourra-t-il nous aider à résoudre cette énigme. Sera-t-il en mesure de nous dire quel sera le résultat si deux joueurs apparemment irrationnels se confrontent dans un duel à la vie et à la mort ? Qui clignera des yeux le premier et comment sortirons-nous sains et saufs d’un imbroglio pareil ? A l’aide, professeur Aumann !

En Irak, il faut maintenir le cap mais changer d'itinéraire
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 25 octobre 2006

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Au vu de la crise qu'affronte actuellement la coalition, puis-je ressusciter une idée que j'ai peaufinée depuis avril 2003? Elle offre en effet une solution au débat actuel entre le «maintien du cap» (défendu de longue date par le président George W. Bush) et le retrait accéléré des troupes (exigé par ses critiques).

Ma solution permet de couper la poire en deux: maintenir le cap, mais changer d'itinéraire. Je suggère d'évacuer les forces de la coalition des zones habitées d'Irak et de les redéployer dans le désert.

De cette manière, les troupes peuvent rester indéfiniment en Irak, tout en évitant de subir son carnage urbain. Les troupes dirigées par les États-Unis peuvent ainsi à la fois effectuer des tâches essentielles (protéger les frontières, assurer le fonctionnement des infrastructures pétrolières et gazières, veiller à ce qu'aucun monstre du genre de Saddam Hussein ne s'empare du pouvoir) et mettre fin à leurs activités secondaires (faire régner l'ordre dans les rues, protéger leurs propres quartiers).

Au-delà de ces effets directs, un tel redéploiement des troupes implique de choisir une politique très différente et améliorée. À savoir:

Laisser les Irakiens s'occuper de l'Irak. Souhaiter le meilleur aux Irakiens mais admettre qu'ils sont responsables de leur propre pays. Ou, pour reprendre un titre du Times de Londres, «Bush aux Irakiens: à vous de jouer». La coalition peut apporter son aide, mais les Irakiens sont des adultes, pas des pupilles sous tutelle, et ils doivent assumer la responsabilité de leur pays – de sa sécurité intérieure à la rédaction de sa constitution, avec toute l'urgence nécessaire.

Considérer la violence en Irak comme un problème irakien. La violence maintenant constante en Irak, à la limite de la guerre civile, est une tragédie humanitaire et non stratégique, c'est le problème des Irakiens et non celui de la coalition. Celle-ci devrait réaliser qu'elle n'a pas plus de responsabilité dans le maintien de la paix entre les Irakiens qu'entre les Libériens ou les Somaliens.

Abandonner le projet mammouth d'ambassade américaine à Bagdad. La «zone verte» créée par les Américains à Bagdad est déjà trop proéminente à l'heure actuelle, mais on continue d'y travailler à la construction de la plus grande ambassade de l'histoire de l'humanité. Une forteresse abritant 4000 employés en plein cœur de Bagdad ne pourra qu'aggraver sensiblement la situation. Son importance centrale éveillera l'animosité des Irakiens pour des années ou des décennies, tout en constituant une cible privilégiée pour des ennemis équipés de missiles. Ce complexe gargantuesque dont l'inauguration est prévue en juin 2007 devrait être confié aux Irakiens, son coût de plus d'un milliard de dollars devrait être considéré comme une simple perte de guerre et une nouvelle ambassade, de taille normale, devrait être bâtie à sa place.

Cesser les accolades. Les dirigeants ineptes, corrompus et islamistes de Bagdad jettent le discrédit sur l'intégrité de l'administration Bush. Par ailleurs, les accolades de Washington les font passer pour des laquais. D'autres institutions irakiennes – mon exemple favori est l'Orchestre symphonique national de Bagdad – souffrent également du patronage trop chaleureux des politiciens américains. Les réticences des Musulmans à être gouvernés par des non-Musulmans font de ces attentions autant de vexations très désagréables.

Réduire les ambitions de la coalition en Irak. L'«Opération Iraqi Freedom» a été d'emblée trop ambitieuse et trop éloignée des intérêts américains («Opération sécurité de la coalition» aurait mieux résumé l'idée). Ainsi, il faut renoncer à l'objectif inatteignable qui consiste à créer un Irak démocratique, libre et florissant, un phare pour toute la région, et se contenter plutôt d'un Irak stable et raisonnable, où les conditions-cadres sont comparables à celle de l'Égypte ou de la Tunisie.

La situation en Irak est devenue la source d'un profond antagonisme entre les pays membres de la coalition, surtout entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais on peut combler ce problème en soulignant que les enjeux en question sont en fait très mineurs, puis en ajustant les moyens mis en œuvre et les objectifs sur cette base. Ou seriez-vous, cher lecteur non irakien, profondément préoccupé par l'avenir de l'Irak? J'en doute fort.

Les Irakiens veulent tenir les rênes de leur pays. Et les populations des pays fournissant des troupes actives en Irak sont lassées des vains efforts consentis pour améliorer ce pays. Ces deux aspirations peuvent être satisfaites par un redéploiement des troupes de la coalition dans le désert, où elles pourront se concentrer sur les tâches cruciales qui consistent à garantir l'intégrité du territoire irakien, maintenir le flux des énergies fossiles et prévenir des désastres humanitaires.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, une notion s'est développée voulant que lorsque les États-Unis protègent leurs intérêts en envahissant un pays, ils aient ensuite l'obligation morale de réhabiliter celui-ci. Cette hypothèse – que l'on pourrait attribuer à «la souris rugissante» ou à la «règle des pots cassés» – est fausse et doit être réexaminée. Oui, il y a des temps et des lieux où une réhabilitation est appropriée, mais une telle décision doit être prise au cas par cas, en respectant strictement les impératifs de faisabilité et les intérêts américains. L'Irak, un pays où la violence est endémique, ne satisfait aucun de ces deux critères.

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Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
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Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
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Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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