Communiqué Isranet
septembre 2006
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume V, Numéro 254 • vendredi le 29 septembre 2006

Renouer avec la représentation maléfique des Juifs
Ghila Sroka
Le Devoir, 25 septembre 2006

Pierre Vadeboncoeur ne pardonnera jamais Auschwitz aux Juifs. C'est ce qu'on serait tenté de répondre à l'article intitulé «Guernica bis» que l'écrivain a signé le 14 septembre dernier dans la page Idées du Devoir.

Cette paraphrase du trait d'esprit attribué au psychologue israélien Zvi Rex («Les Allemands ne pardonneront jamais Auschwitz aux Juifs») synthétise l'insupportable culpabilité ressentie par certains Allemands pour le génocide des Juifs d'Europe et le processus de déculpabilisation qu'elle produit en inversant l'empathie en ressentiment, et les victimes en bourreaux.

C'est ce même processus que l'on discerne lorsque M. Vadeboncoeur--qui n'a même pas l'excuse d'être Allemand--affirme qu'«il n'y aura pas de rémission, même dans mille ans» pour les crimes commis contre les Juifs en Europe car «le peuple juif n'aura jamais fini de demander réparation» en guise d'introduction à l'accusation centrale du texte : les Juifs ont répété cet été au Liban l'infâme crime de guerre commis par les nazis à Guernica.

«C'était la tragédie de Guernica, écrit M. Vadeboncoeur, cette petite ville d'Espagne détruite par l'aviation allemande en 1937, pendant la guerre civile du fasciste Franco. Cela change le point de vue.» Et comment ! Car si les Juifs sont les nouveaux nazis et les Arabes les nouveaux Juifs, on peut s'affranchir de la culpabilité antérieure en compatissant infiniment avec les «nouveaux Juifs» et en diabolisant fabuleusement les «nouveaux nazis», tout en s'épargnant le labeur intellectuel d'une analyse nuancée et rigoureuse de la réalité.

Car enfin, la perception que la «race juive» revendique une «incalculable créance historique au sein de nos sociétés» n'émane pas du réel, mais des démons qui visiblement hantent l'esprit de l'auteur.

Les faits
La réalité est, bien entendu, subjective. Mais il existe des faits sur lesquels tous peuvent tomber d'accord. Le 12 juillet 2006, la milice chiite du Hezbollah a transgressé une frontière reconnue internationalement, a tué huit soldats israéliens, en a enlevé deux et fait pleuvoir des centaines de roquettes sur les civils du nord d'Israël.

Cette agression non provoquée était la culmination de six ans d'incursions et d'attaques sporadiques par le Hezbollah contre Israël. Six années au cours desquelles le groupe terroriste a massé sur la frontière israélienne des dizaines de milliers de missiles de courte et moyenne portée livrés par un régime iranien en voie de nucléarisation militaire qui a fait de la destruction d'Israël un dogme.

Qu'à cela ne tienne, les démons de M. Vadeboncoeur lui font apercevoir dans la réplique israélienne l'éclatement «sur le Liban et le Hezbollah [des] rancoeurs accumulées ailleurs depuis quatre ou cinq ans. C'est assez. La cause est entendue». Il faut croire que la cause a été entendue depuis longtemps par cet inquisiteur improvisé pour lequel l'«établissement initial» d'Israël sur une portion de la terre ancestrale des Juifs était en soi une «injustice» qui manifestement provoque chez l'auteur des débordements de rancoeurs, bien réelles celles-ci.

La réplique d'Israël, faut-il le répéter, a consisté à neutraliser la menace qui pesait sur le nord du pays en s'attaquant aux lance-roquettes du Hezbollah, souvent situés dans des agglomérations urbaines. Si en effet, ces bombardements ont entraîné la mort de civils, ceux-ci n'étaient pas la cible de l'aviation israélienne. Si tel avait été le cas, le bilan des morts libanais serait considérablement plus lourd.

En revanche, le bombardement aérien de Guernica par les nazis cibla intentionnellement la population civile de la ville dans le but explicite de l'anéantir. Ce simple constat révèle dans toute son ampleur le caractère odieux et délirant de l'accusation portée par M. Vadeboncoeur contre Israël et le peuple juif par association.

S'il y a lieu de comparer les tactiques de l'une ou l'autre des parties dans ce conflit au bombardement de Guernica, on conviendra que les attaques ciblées du Hezbollah sur les civils israéliens soutiennent mieux la comparaison. Et si on ne peut, heureusement, parler de massacre de la population du nord d'Israël, ce n'est pas parce que l'intention faisait défaut au Hezbollah, mais parce que, comme le souligne aujourd'hui Amnistie Internationale, des centaines de milliers d'Israéliens ont fui la région et que les villes septentrionales d'Israël sont fortifiées.

Des propos corrigés
M. Vadeboncoeur déplore l'accueil réservé aux déclarations intempestives de trois députés canadiens en mission d'observation au Liban et plus particulièrement aux accusations de crimes de guerre proférées contre Israël par la députée bloquiste Maria Mourani, contrainte de rétracter ses propos qu'elle avait fondés, entre autres, sur une observation attribuée à Louise Arbour que, dans les faits, la haute-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme n'a jamais faite et d'admettre qu'«il appartient aux instances internationales dûment mandatées (les Nations unies) de définir ce qui constitue un crime de guerre et de qualifier de criminel de guerre l'une ou l'autre des parties impliquées dans un conflit armé». De cela, M. Vadeboncoeur ne retient rien. Dans sa fuite du réel, la «vérité» qui lui convient avait parlé et aurait été injustement tue.

Comme tout délire sur le peuple juif doit invariablement proposer une théorie du complot, M. Vadeboncoeur conclut son article sur la «politique impérialiste israélo-américaine» qui se tramerait au Proche-Orient. Dans un renversement des faits éhonté, M. Vadeboncoeur prétend qu'Israël a tiré la première salve d'une «offensive anticipée» contre la Syrie et Iran, alors que même les analystes arabes du Proche-Orient ont reconnu dans la déclaration de guerre du Hezbollah à Israël la première ronde de la guerre annihilatrice contre Israël qu'appelle de ses voeux le régime de Téhéran dont les visées justement impérialistes comme nouvel Hégémon régional font davantage trembler les États arabes de la région qu'Israël ou les États-Unis.

Les démons judéophobes qui hantent le texte de M. Vadeboncoeur ne mériteraient guère qu'on s'y attarde s'ils ne trahissaient pas une tendance pernicieuse parmi certains intellectuels occidentaux à renouer avec une représentation maléfique des Juifs que l'on accable des crimes de leurs bourreaux passés pour mieux se délester d'un inexorable sentiment malsain de culpabilité qu'en dernière instance les Juifs ne leur ont jamais souhaité. En 1946, lors des procès d'Auschwitz, Hannah Ahrendt avait anticipé dans une lettre à Karl Jaspers le potentiel d'un antisémitisme, non pas en dépit d'Auschwitz, mais à cause d'Auschwitz : «L'innocence des victimes est tout aussi inhumaine que cette culpabilité [des criminels d'Auschwitz]. Des êtres humains ne peuvent pas être aussi innocents qu'ils l'étaient tous devant les fours à gaz. Il n'y a politiquement et humainement rien à faire avec une culpabilité qui se situe au-delà du crime et une innocence au-delà du bien ou de la vertu.»

Non, les Juifs ne revendiquent pas une «incalculable créance historique» pas plus que l'État d'Israël n'est l'aboutissement d'une prétendue politique «impérialiste». Malgré ou plutôt étant donné les traumatismes qui ont jalonné sa longue histoire, le peuple juif n'aspire à rien de plus que la normalité qui lui est disputée par l'incessante remise en question de la légitimité d'Israël et cette tendance odieuse à utiliser à son encontre, telle une arme, les épisodes les plus tragiques de sa destinée.

(Ghila Sroka est Présidente de Institut du judaïsme québécois)

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Volume V, Numéro 253 • vendredi le 22 septembre 2006

Message du Premier ministre Ehud Olmert
aux communautés juives de diaspora
à l’occasion de Rosh Hashana 5767

Ambassade d'Israël en France, Newsletter n° 193 du 21 septembre 2006

Chers amis,

Cela me procure un grand plaisir de vous envoyer de Jérusalem mes vœux sincères alors que nous nous préparons à célébrer Rosh Hashana et la saison des fêtes.

Les derniers mois ont été difficiles pour l’Etat d’Israël, mois au cours desquels nous avons affronté une violence accrue et le terrorisme de la part de ceux qui désirent notre destruction totale. Grâce au courage de nos soldats tout autant que celui des citoyens, nous avons résisté à cet orage et en sommes sortis plus forts que jamais.

Cependant, nous avons toujours la difficile tâche de nous relever des lourds dommages infligés au nord du pays, dans la région de Haïfa, ainsi que dans le Néguev. Tous nos efforts se concentrent vers la réhabilitation de ces zones les plus affectées, et aussi à aller de l’avant. Et comme par le passé, nous pouvons compter sur nos frères et nos sœurs de la Diaspora.

Votre participation dans la consolidation de note patrie juive a une valeur inestimable, et votre soutien sans faille renforce notre détermination à vivre nos vies ici, en Israël, et à maintenir nos valeurs juives et démocratiques.

Je souhaite que cette nouvelle année apporte sécurité, stabilité et paix à notre nation et à sa capitale éternelle et indivisible, Jérusalem.

Puissiez-vous tous avoir une année pleine de santé, de prospérité et de succès.

Shana Tova !

Chaleureusement,

Ehud Olmert

Non à ceux qui règnent par la terreur sur la pensée musulmane !
Antoine Sfeir
Le Figaro.fr, le 19 septembre 2006

Les réactions quasi unanimes aux déclarations du Pape Benoît XVI concernant l'islam posent plusieurs questions et appellent autant de réponses. Serait-il interdit désormais d'avoir un apport critique vis-à-vis des religions ? Durant des siècles, intellectuels et théologiens ont engagé le fer avec les tenants du dogme. Teilhard de Chardin hier et Drewermann ou Hans Küng aujourd'hui connaissent de sérieux ennuis avec leurs hiérarchies respectives. On se souvient des débats qui secouent encore les communautés juives partout dans le monde. Cela serait-il interdit en islam ? À moins que l'on considère qu'il est interdit de parler de l'islam si l'on n'est pas musulman ! Le débat intellectuel et théologique serait-il définitivement tabou ?

Qu'a dit le Pape ? Pour appuyer ses propos concernant les rapports de la religion et de la raison et pour rejeter définitivement l'instrumentalisation de Dieu dans le recours à la violence, il a cité un dialogue notoire entre Manuel II Paléologue et un érudit d'Ispahan, dialogue qui interrogeait les croyants sur les rapports du Prophète de l'islam à la violence. A-t-il dit quelque chose d'erroné ? A-t-il proféré une idée blasphématoire ?

Revenons sur l'histoire. Entre 610 et 622, la prédication du prophète Mahomet s'articule autour des relations de l'homme avec son créateur. Cette période s'inscrit dans la droite ligne des écritures du monothéisme. Bien plus, elle les parachève en éliminant toute médiation entre l'homme et le divin. «Il n'y a pas de contraintes en religion», martèle alors le Prophète de l'islam. «Je vous ai créé plusieurs nations pour que vous puissiez vous parler», ajoute-t-il.

A partir de 622, la prédication change de nature. À Médine, elle s'articule désormais autour des relations de l'homme avec les autres hommes : l'islam devient englobant et confond désormais le sacré et le temporel. Devenu religion englobante, l'islam s'empare à la fois de la sphère privée et de l'espace public.

Mahomet, organisateur de la communauté médinoise, se doit d'édicter des règles administratives, sociales, économiques et politiques. Il fait la guerre à ceux qui ont refusé le message divin, ces Mecquois qui l'ont chassé de la ville sainte. Il guerroie contre les tribus, les clans réticents à son autorité ou contre les juifs de Médine. Les versets de cette période sont dans leur essence différents de ceux de La Mecque : «O croyants, ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens. Ils sont amis les uns des autres. Celui qui les prendra comme amis finira par leur ressembler et Dieu ne sera point le guide des pervers» (V- 56). Ou encore : «Combattez-les jusqu'à ce que vous n'ayez point à craindre la tentation et que tout culte soit celui du Dieu unique. S'ils mettent un terme à leurs actions, plus d'hostilité. Les hostilités ne seront dirigées que contre les impies» (II, 19).

Mais le message reste oral. Ce n'est que vingt ans après la mort du Prophète, en 652, que le groupe d'hommes réunis par le troisième calife Othman, décide d'en faire un livre, le Livre. La parole, désormais écrite, acquiert une double immuabilité, par son caractère à la fois divin et scripturaire.

La fièvre qui s'est emparée du monde musulman depuis les années 1970 se réfère de plus en plus exclusivement à cette période médinoise qui, en aucun cas, ne reflète et ne représente la seule face de l'islam. Période démentie dans les faits par sept siècles de présence lumineuse de l'islam en Andalousie, sous réserve de la dhimmitude dans laquelle sont néanmoins restés confinés les gens du Livre.

Mais depuis lors, cet islam semble avoir été occulté, rejetant la raison. Non seulement les voies de l'interprétation se sont tues depuis les temps médiévaux, sonnant le glas de l'âge d'or de l'islam, mais la percée des islamistes au XXe siècle n'est pas sans rappeler les pages sombres de l'inquisition dans l'histoire de l'Église catholique, pages dont on ne retrouve aucune trace dans les textes évangéliques.

Ces islamistes se sont proclamés porte-parole de Dieu et disent le licite et l'illicite. Ils n'y ont aucune légitimité : «Seuls ceux qui possèdent le savoir ont le droit d'interpréter», a dit le Prophète. Les islamistes s'en sont abusivement emparés ; ils instaurent la terreur intellectuelle et font le lit du terrorisme barbare de Ben Laden, Zawahiri, et autres «voleurs de Dieu». Tout un chacun prétend vouloir et pouvoir interpréter le Coran et lui faire dire ce qu'il veut.

Le plus tragique est la réaction des bien-pensants ou des ignorants, à moins que ce ne soit celle des hypocrites en France ou en Europe qui, par peur des vagues, trouvent que «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil». Ce n'est certainement pas en associant leur voix aux dénonciateurs du Pape qu'ils vont aider la majorité des musulmans à faire entendre la voix de la sagesse, de la raison, et de la modernité.

Comment leur dire que les premières victimes de ce dévoiement de l'islam sont les musulmans, ces musulmans qui dans leur immense majorité appellent à un aggiornamento au sein de l'islam ? Comment leur dire que les propos du Pape appelaient au dialogue et à la raison ? Benoît XVI en sait quelque chose, lui dont l'institution a été, au nom de Dieu, un long chapelet de massacres ?

Aujourd'hui, les réactions populaires et officielles à son appel reflètent une hypocrisie indigne. Elles sont, hélas, une fois de plus à l'antipode de la raison.

Antoine Sfeir est Directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient, auteur avec Nicole Bacharan de Américains-Arabes : l'affrontement (Seuil). Publiera en octobre Vers l'Orient compliqué (Grasset)

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Volume V, Numéro 252 • vendredi le 15 septembre 2006

Ahmadinejad à l’Assemblée des Nations unies, à New York
Editorial
New York Sun, 13 septembre 2006

Traduction française : Menahem Macina

Si le président iranien négateur de l’Holocauste, promoteur de la fabrication d’une bombe nucléaire, et sponsor du terrorisme, pense qu’il va se pointer à New York, la semaine prochaine, pour assister à l’Assemblée générale de l’ONU, et s’en tirer sans être remis en question, eh bien, il va avoir une surprise. Le lauréat du Prix Nobel, Elie Wiesel, a ajouté son nom, mercredi, à la liste des membres d’un groupe – peu nombreux mais très important - de citoyens qui font pression pour que l’Iran soit expulsé des Nations unies en réaction à ses violations de la Convention pour la Prévention et la Sanction du Crime de Génocide, de 1948.

Le président Ahmadinejad sera également "accueilli" par une très grande manifestation, qui aura lieu le 20 septembre à midi, à l’extérieur de l’ONU, et qui est organisée par la Conférence des Présidents des Principales Organisations Juives, le Conseil pour les Relations de la Communauté Juive, de New York, et a Fédération de l’Appel Juif Unifié, de New York. La manifestation de soutien à Israël appelle à la mise en œuvre de la Résolution 1701 du Conseil de Sécurité, qui exige le désarmement de l’armée du Hezbollah, qui agit pour le compte de l’Iran. Elle appelle également à soutenir la guerre contre les Etats qui patronnent le terrorisme, dont l’Iran. Le vice-Président de la Conférence, Malcom Hoenlein, nous a déclaré, mercredi, qu’il avait reçu des demandes de participation à la manifestations de régions aussi éloignées de New York que le Texas, l’Arkansas, Ottawa et le New Hampshire.

L’entreprise juridique, dans laquelle M. Wiesel est impliqué, a sa base au Jerusalem Center for Public Affairs ; Dore Gold et un ancien ambassadeur d’Israël en Amérique, Meir Rosenne, en font partie.

« On a peine à croire qu’au moment où le président de l’Iran fait des déclarations niant l’existence de l’Holocauste et ne fait pas mystère de son intention d’effacer Israël de la carte, le monde civilisé se prépare à accueillir Ahmadinejad, pour l’ouverture de l’Assemblée générale, au lieu d’expulser catégoriquement son pays des Nations unies », a déclaré le groupe dans un communiqué rendu public mercredi.

Il peut sembler excessif d’invoquer la Convention sur le génocide à l’encontre de l’Iran, puisque – Dieu merci ! – aucun génocide n’a encore eu lieu. Mais le traité – que l’Iran lui-même a signé et ratifié – est appelé la Convention pour la Prévention et la Sanction du Crime de Génocide. En Bosnie, au Rwanda et au Darfour, les Nations unies et le monde ont attendu que le massacre ait eu lieu pour agir. Dans le cas présent il y a eu un avertissement. Le dirigeant du mandataire de l’Iran au Liban, Hassan Nasrallah du Hezbollah, a déclaré : si les Juifs « se rassemblaient tous en Israël, cela, nous économiserait la peine de les poursuivre dans le monde entier » ; et d’ajouter : « C’est une guerre déclarée jusqu’à l’élimination d’Israël et jusqu’à la mort du dernier Juif sur terre ».

Le traité stipule que « l’incitation directe et publique à perpétrer un génocide » est punissable. Nous n’avons guère confiance dans l’application de la loi internationale, qui, en pratique, s’avère être utilisée majoritairement comme un marteau par des groupes avocats de la neutralité, tel Human Right Watch, pour taper sur Israël et sur l’Amérique. Toutefois l’action légale comme la manifestation qui aura lieu à New York est importante pour développer dans l’opinion publique une prise de conscience de ce que sont les intentions de l’Iran. Cette prise de conscience est vitale pour empêcher le génocide auquel l’Iran se targue ouvertement d'avoir l'intention de procéder.

Hitler à Genève: Qui se souvient de cette visite qui fit scandale en 1939 ?
Die Jüdische Rundschau, 13 septembre 1939

Traduction française : Menahem Macina

Ci-après la traduction française d’un article paru le 13 septembre 1939 dans la Jüdische Rundschau. Il témoigne de la révolte morale de l’intelligentsia juive américaine à l’annonce d’une visite de Hitler à la Société des Nations, cette année-là. L’événement, qui avait défrayé la chronique de l’époque, est complètement oublié aujourd’hui. La "Remarque finale" vous en dira davantage. (Menahem Macina).


Si le responsable d’un antisémitisme d’Etat, l’inspirateur des lois de Nuremberg « pour la protection du sang et de l'honneur allemand » [1] et le violateur de la souveraineté de petits Etats incapables de lui résister, venait à New York et non à Genève, la semaine prochaine, eh bien, il aurait une mauvaise surprise. En effet, le Prix Nobel de physique, Albert Einstein, a joint son nom à un petit mais très important groupe international de citoyens qui font pression pour que l’Allemagne soit expulsée de la Société des Nations en réaction à ses violations des conventions internationales sur le respect du droit des Etats et des minorités ntionales.

C’est symboliquement que le Chancelier Hitler sera "accueilli" par une vaste manifestation qui aura lieu le 20 septembre à midi, au Madison Square Garden de New York. Elle sera organisée conjointement par le Congrès juif américain et le Congrès des organisations industrielles. La manifestation, qui vise à soutenir les Juifs allemands, appelle à l’implémentation des dispositions du Traité de Versailles interdisant le réarmement de l’Allemagne [2]. Elle appelle également à se préparer à la guerre contre les Etats fascistes, et à obliger l'Allemagne à désarmer les groupes paramilitaires illégaux, que sont les Sections d’Assaut (SA) et les Schutzstaffel (SS), manipulés par le pouvoir nazi. Le dirigeant sioniste et rabbin, Stephen Wise, nous a dit, hier, qu’il avait reçu des demandes de participation à la manifestation en provenance de régions aussi éloignées de New York que le Texas, l’Arkansas, Ottawa, et le New Hampshire.

Dans un communiqué publié hier, le groupe organisateur a déclaré :

« Il est difficile de croire qu’au moment où le Chancelier allemand menace ouvertement de faire disparaître les Juifs des pays d’Europe, le monde éclairé se prépare à inviter Hitler à l’ouverture de la session de l’Assemblée Générale, au lieu d’expulser son pays de la Société des Nations. »

Il pourrait sembler excessif de prêter à Hitler l’intention de détruire le peuple juif. Pourtant, rappelons-nous, c'était il y a peu ; dans son discours du 30 janvier 1939 devant le Reichstag, il a prononcé les terribles paroles suivantes [3] :

« Aujourd'hui, je serai encore un prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d'Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, donc la victoire de la juiverie, au contraire, ce serait l'anéantissement de la race juive en Europe. »

Les traités stipulent que les atteintes à l’intégrité et à la souveraineté des Etats et aux droits des personnes sont punissables. Mais nous n’avons pas confiance dans l’application de la loi internationale, dont nous constatons qu'elle est utilisée par les pacifistes et les isolationnistes pour frapper les pays qui résistent Hitler ainsi que les Juifs. Toutefois, la manifestation qui aura lieu à New York est importante en ce qu’elle rendra le public conscient des intentions du régime nazi. Cette prise de conscience est vitale pour empêcher l’anéantissement des Juifs auquel l’Allemagne se targue ouvertement d'avoir l'intention de procéder.

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Remarque finale du "traducteur-pasticheur"

Parvenu au terme de l’élaboration laborieuse de cette traduction-pastiche, je dois la vérité à nos internautes. J’avoue : tout ce qui précède n’est que pure imagination : Hitler n’est pas venu à la Société des Nations, en 1939 - ni jamais, d’ailleurs, pour autant que je sache. Mon histoire est un pastiche d’un article - authentique celui-là – qui, comme l’indique son titre : "Ahmadinejad in New York", relate la venue prochaine - réelle, hélas ! – du président iranien Ahmadinedjad. Je l'ai d'ailleurs traduit en français (voir : "Ahmadinejad à l’Assemblée des Nations unies, à New York, le 20 septembre !"). Quiconque lira les deux textes pourra constater que j’ai suivi de près le contenu de l’article original, me contentant de remplacer et d'omettre ce qui devait l’être, du fait de la différence de situation et d’époque. Cet artifice m’a permis d’exprimer, à ma manière, l’émotion et la colère qui m’animent à la perspective de cette visite que je considère comme dégradante pour nos démocraties et, d'une certaine manière, blasphématoire au regard de la justice et de la morale. Je savais l’ONU discréditée, j’ignorais qu’elle était capable de se déshonorer à ce point.

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

[1] Voir le dossier du site Hérodote : "Des lois pour séparer les Juifs des autres Allemands".
[2] Comme le précise l'encyclopédie Wikipedia, dans son article sur le IIIe Reich : "Le régime nazi viole une par une les clauses du traité de Versailles. En 1936, il remilitarise la Rhénanie. En 1938, il réunit l’Autriche et l’Allemagne par l’Anschluss. Après les accords de Munich, le Royaume-Uni et la France laissent Hitler s’emparer des Sudètes. Les deux pays sont mis devant le fait accompli lorsque la Bohême-Moravie, Memel et Dantzig sont annexés en 1939."
[3] Voir : "La volonté d'extermination exprimée dans les discours et les documents nazis".

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Volume V, Numéro 251 • vendredi le 8 septembre 2006

Les options de l'Iran en cas d'offensive
Nimrod Raphaeli
MEMRI, 8 Septembre 2006, No.292

Introduction
Dans plusieurs discours et interviews télévisés, les responsables politiques et militaires iraniens ont averti sans ambiguïté que, si jamais leurs installations nucléaires venaient à être attaquées par les Etats-Unis, l'Iran ne manégerait pas ses adversaires. Pour donner plus de poids à ses menaces, l'Iran a présenté aux médias une partie de ses nouveaux systèmes d'armement, dont de petits sous-marins de fabrication nationale et des missiles sous-marins, entre autres missiles. S'il est vrai que l'Iran a plusieurs façons, militaires et autres, de répondre à une offensive visant son programme nucléaire, l'option qui a été envisagée est la fermeture du détroit de Hormuz au passage des pétroliers. L'autre grande option iranienne est la déstabilisation de la région, qui rendrait difficile le maintien de la présence américaine.

Le rapport intégral du Dr Raphaeli peut être consulté en anglais sur http://memri.org/bin/latestnews.cgi?ID=IA29206. Nous vous en proposons une version abrégée :

A. Implications de la fermeture du détroit de Hormuz

Le détroit de Hormuz est une bande d'océan étroite qui s'étend du Golfe d'Oman au sud au Golfe persique, au sud ouest. Sur la côte nord de trouve l'Iran et sur la côte sud se trouvent les Emirats arabes unis et Musandam. Entre 15 et 16.5 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par le détroit de Hormuz, soit près de 25% de la production mondiale de pétrole par jour (table 1)

La fermeture, ou même la menace de fermeture du détroit aurait un impact significatif sur le marché mondial de l'énergie et le prix du brut. Les conséquences seraient désastreuses pour l'Iran également, vu que l'arrêt des exportations iraniennes pourrait sérieusement endommager l'économie iranienne.

Implications sur le marché mondial

Le prix du brut connaît, comme celui de toute autre marchandise, des fluctuations importantes en temps de déficit ou de surproduction. La fermeture du détroit au passage des pétroliers provoquerait un grave déficit qui enverrait une onde de choc sur les marchés pétroliers déjà en proie à des difficultés. Il est aisé d'imaginer la hausse du prix du brut si la menace iranienne se concrétisait. La comparaison avec l'embargo arabe de 1973 sur le pétrole lors de la guerre de Kippour en donne une idée. En 1972, le prix du brut était de trois dollars le baril ; à la fin de 1974, il a quadruplé pour dépasser les 12 dollars. Si le prix du brut, qui varie actuellement entre 70 et 75 dollars, devait à nouveau quadrupler, il s'ensuivrait une récession économique mondiale aux conséquences inédites.

Toutefois, le chute soudaine de l'offre de brut et la flambée des prix en découlant aurait un effet modérateur sur la demande mondiale en raison de mesures de conservation plus efficaces, notamment dans le secteur des transports. Par ailleurs, la plupart des pays de l'OCDE, dont les Etats-Unis, ont bâti des réserves stratégiques de brut susceptibles de répondre à leurs besoins de consommation pour une durée d'au moins six mois. Il convient en outre de relever les précautions prises par l'Arabie Saoudite, premier exportateur mondial de brut, pour prévenir un conflit dans le Golfe.

Implications pour l'Arabie Saoudite

La fermeture du détroit de Hormuz n'affecterait que partiellement l'Arabie Saoudite, premier exportateur mondial de brut.

Implications pour les Etats-Unis

L'importation de brut par les Etats-Unis ne serait que partiellement affectée par la fermeture du détroit. Les chiffres de juin 2006 pour les cinq plus grands exportateurs de pétrole aux Etats-Unis en millions de barils par jour sont le Canada (1.1799), le Mexique (1.1734), l'Arabie Saoudite (1.427), le Venezuela (1.008) et le Nigeria (0.996). Les autres exportateurs vers les Etats-Unis sont l'Irak, l'Angola, l'Algérie, l'Equateur et la Russie. Les Etats-Unis produisent pour leur part 5.2 millions de barils par jour. Le Venezuela pourrait mettre un terme à son approvisionnement pour marquer sa solidarité avec le régime théocratique d'Iran. Le président socialiste Hugo Chavez n'a en effet manqué aucune occasion, ces derniers temps, de se solidariser des forces du despotisme. Comme noté plus haut, les exportations de brut d'Arabie Saoudite pourraient également être affectées, mais seulement partiellement. (1)

Implications pour l'Iran

Les dix principaux pays destinataires des exportations iraniennes sont le Japon (de loin le plus important), la Chine suivie de la Corée du Sud, l'Italie, la France, les Pays-bas, la Turquie, l'Afrique du Sud, Taiwan et la Grèce. Il est certain que l'Iran pèsera une décision susceptible de porter atteinte à ses principaux clients en raison d'un éventuel conflit avec les Etats-Unis.

Avec un taux de chômage qui atteint les 15 pourcents, les conséquences de l'assèchement des revenus du pétrole pourraient déclencher des réactions populaires contre le régime des mollahs de Téhéran. C'est pourquoi on peut imaginer que l'Iran évitera de prendre de trop gros risques, malgré ses menaces et sa capacité, réelle ou imaginaire, à détruire tout bateau passant par le détroit de Hormuz.

B. Conflit et instabilité en Irak

Un analyste des affaires étrangères a déclaré sur Al-Jazeera que "les alliés auraient tort d'attendre des Iraniens qu'ils exercent une influence apaisante sur les chiites irakiens alors que [les alliés] traînent l'Iran sur les charbons ardents avec la question nucléaire." (2)

L'Iran maintient une forte présence en Irak, notamment dans le sud. On sait à l'heure actuelle que des centaines de membres de la Mukhabarat iranienne [renseignements] et les Gardiens de la Révolution ont infiltré différents services de sécurité irakiens, notamment au sud de l'Irak. Beaucoup d'autres pourraient entrer dans les deux villes saintes de Nadjaf et Karbala en se faisant passer pour des pèlerins ou en franchissant la frontière irakienne non surveillée. L'ambassadeur des Etats-Unis en Irak, M. Zalmay Khalilzad, a confirmé en juillet à la presse que les Iraniens maintenaient une présence militaire en Irak.

Deux des plus puissantes milices irakiennes chiites, la Brigade Badr associée au Conseil suprême de la Révolution islamique en Irak (CSRII) et Jeish al-Madhi, qui connaît un fort essor sous la direction du religieux radical Muqtada al-Sadr, sont financées et entraînées par l'Iran ; l'Iran peut rapidement les pousser à l'action contre les forces multinationales, comme il a fait en encourageant le Hezbollah à attaquer Israël au Liban. Une récente étude de Chatham House montre que c'est Téhéran, plus que Washington, qui contrôle la rue irakienne. (3) Les affrontements qui ont opposé Jeish al-Mahdi et l'armée irakienne dans la ville de Diwaniya au sud de l'Irak fin août 2006 prouvent la capacité d'al-Sadr et de ses maîtres à Téhéran à initier une action militaire s'ils le souhaitent. Jeish al-Mahdi a déjà commis nombre de violences en cherchant à appliquer les règles de la Sharia dans les rues de Bagdad et ailleurs, et en privant l'Irak de ses derniers vestiges laïques. Cette milice a aussi été impliquée dans des meurtres de Sunnites. Si jamais al-Sadr émerge comme le seul leader du peuple irakien, il instaurera un régime de type taliban.

L'Iran pourrait aussi, par des actes de sabotage, interrompre l'exportation de pétrole irakien, ce qui priverait le gouvernement d'un revenu de près de 25 millions de dollars en 2006, des moyens de payer les forces de sécurité, en transformant ces dernières en un élément d'instabilité politique. Parallèlement, une telle interruption enverrait une onde de choc sur le marché mondial de l'énergie en le privant de près de deux millions de barils par jour de pétrole irakien.

Conclusions

Si jamais les installations nucléaires iraniennes venaient à être attaquées, les représailles iraniennes seraient à envisager sur le sol irakien plutôt que sur le marché mondial de l'énergie ; ce serait à la fois plus efficace, moins risqué et meilleur marché pour l'Iran.

L'Iran aspire à jouer un rôle de grande puissance au Moyen-Orient ; le défi lancé par Ahmadinejad au président George W. Bush avec la proposition d'un débat télévisé opposant les deux dirigeants révèle l'aspiration du premier à devenir l'égal ou le supérieur du second. Comme le note l'étude de Chatham House, "la présidence de Mahmoud Ahmadinejad a ajouté une complication à la dynamique des aspirations géopolitiques de l'Iran en introduisant à l'équation un millénarisme que même les Iraniens trouvent inquiétant." (4)

Face à la Russie et à la Chine, il reste à voir si le Conseil de sécurité des Nations unies prendra des mesures contre l'Iran une fois passée la date limite du 31 août 2006 imposée à l'Iran. A l'instar des marchands rencontrés dans les marchés iraniens, les diplomates iraniens peuvent étirer indéfiniment les négociations sur leur "technologie nucléaire". Ce n'est que quand ils n'auront plus le choix qu'ils accepteront un arrangement.

*Le Dr Raphaeli est analyste au MEMRI

Annexe
MEMRI TV Clip #1246 - Iranian Generals Reveal New Weapons Systems and Methods and Discuss the Possibility of Confrontation with American Forces in the Persian Gulf
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1246

MEMRI TV Clip #1102 - Iranians Test "Highly-Advanced Flying Boat" and Two Missiles
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1102

MEMRI TV Clip #1097 - Iranians Present New High Velocity Underwater Missile
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1097

MEMRI TV Clip #1095 - Iranian TV Shows Divers Train in Mine Planting
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1095

MEMRI TV Clip #1065 - Footage of New Iranian Nahang 1 Submarine
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1065

MEMRI TV Clip #780 - Iranian Defense Minister Ali Shamkhani on Iran's Space Activities
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=780

MEMRI TV Clip #779 - Mesbah - A New Iranian Satellite
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=779

MEMRI TV Clip #676 - Iranian TV Shows a Scale Model of "New Iranian Submarine" - The Ghadir
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=676

MEMRI TV Clip #575 - Iranian Generals: Recent Wars in the Region Allowed Us to Prepare for the Americans
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=575

MEMRI TV Clip #272 - Footage from Tehran Military Parade
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=272

MEMRI TV Clip #252 - Iranian Revolutionary Guard Official in Tehran University Lecture (Part II): We Plan To Target US Nuclear Warheads on US Soil; Should Take Over England
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=252

MEMRI TV Clip #212 - Iranian Minister of Defense on Possible Iranian Preemptive Strike
http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=212

(1) La plupart des données sont tirées de publications de l'Energy Information Administration [agence américaine gouvernementale]
(2) "L'Iran sur l'Irak et l'Agence pour l'énergie atomique internationale," Al-Jazeera.com (31 août 2004)
(3) L'Institut royal des affaires internationales, "Iran, its Neighbours and the Regional Crises," Londres, 2006, p. 20.
(4) Ibid, p. 8.

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Volume V, Numéro 250 • vendredi le 1 septembre 2006

Une petite musique de mort
Georges Bensoussan
LE MONDE, le 31 août 2006

Aux jeunes d'aujourd'hui, le conflit du Proche-Orient paraît éternel. Il leur semble qu'avant 1967 (bientôt quarante ans...), la paix régnait dans la région jusqu'à ce que la guerre de six jours (juin 1967) vienne y mettre un terme en détruisant au passage l'Etat palestinien qu'ils imaginent établi en Cisjordanie et à Gaza. Ce brouet d'ignorance nourrit une doxa qui a fait de ce conflit le coeur du monde, à l'instar des prophéties apocalyptiques qui, jadis, situaient à Jérusalem la rédemption de l'humanité.

A ceux-là, il sera difficile d'entendre la petite musique de mort qui monte à pas feutrés depuis des années et semble redoubler de vigueur cet été. Elle nous dit que "l'Etat créé en 1948" est à l'origine de "tous les problèmes de la région". Voire au-delà. D'autres parlent d'une "anomalie historique" appelée à disparaître. En France, par exemple, dans les sphères dirigeantes de l'Etat : Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée, se demandait en 2001 si, au regard du temps long de l'Histoire, Israël était plus qu'une péripétie ; ou au Quai d'Orsay : un ambassadeur de France qualifiait récemment Israël de "petit Etat de merde".

Etape par étape, la petite musique de mort délégitime l'Etat en trop sur la terre. Elle nous dit qu'il fut fondé en 1948 (ex nihilo ?), "conséquence" de la Shoah, compensation offerte aux Juifs par l'Europe sur le dos des Arabes. En oubliant que les structures de l'Etat d'Israël étaient en place avant 1940, depuis le système de santé (1920) et la centrale syndicale Histadrout (1920) jusqu'au réseau de transports publics (1935) ; depuis le premier lycée hébraïque (1906) jusqu'à l'université du même nom (1925) ; depuis la force de défense (Haganah, 1920) jusqu'à la radio nationale (1934) ; et que la "colonie" de Tel-Aviv (1909) a déjà presque un siècle d'existence. Elle fait oublier, la petite musique, qu'à l'origine de cette violence sans fin est le refus sans fin de l'Etat juif. Elle masque que la réponse militaire "disproportionnée" fait écho à la négation disproportionnée du droit de vivre. Le Hezbollah, et derrière lui la "rue arabe", parle d'"entité usurpatrice" et d'"Etat transitoire", ignore Israël sur les atlas locaux et désigne les villes de l'Etat juif comme des "colonies".

Tout se négocie sauf le droit d'exister. Si les armes des milices se taisent, la violence cessera. Si celles d'Israël renoncent à la disproportion, c'en sera fini de l'Etat d'Israël. A cette disproportion des enjeux, beaucoup, en Occident, restent sourds. Comme jadis les "compagnons de route" avaient été sourds face à la catastrophe soviétique. Comme auparavant les Munichois avaient été sourds quand, pour "sauver la paix", il s'agissait de sacrifier les petits. Les voici donc qui reprennent à mi-voix la petite musique de mort, celle qui permet de faire oublier que le refus de l'existence d'Israël, de quelque façon qu'on l'habille, à la mode nassérienne, baasiste ou hezbollesque, constitue la genèse de la violence.

D'ailleurs, il suffit que l'armée israélienne faiblisse et que les centres urbains de l'Etat juif soient touchés, pour que l'apparente acceptation du fait israélien vole en éclats. Alors, la rue reprend le dessus, et avec elle la populace qui hurle au sang. En Orient, nul n'ignore les appels au massacre qui sont proférés. En Occident, on préfère pudiquement les ignorer, y voyant seulement du "lyrisme oriental", des "outrances verbales", en dépit des mises en garde répétées. Le désir de meurtre envers Israël est le seul "aphrodisiaque" toléré (dixit feu le roi du Maroc Hassan II) d'un monde arabe qui, avec l'Afrique noire, demeure la zone la plus régressive de la planète (en 2004, il ne se traduisait pas plus de livres dans ce vaste ensemble que dans un petit pays comme la Grèce).

"Détruire Israël", disent-ils. Et il s'agirait d'une figure de rhétorique ? Depuis des siècles, les figures de rhétorique dégoulinent du sang des autres. C'est un appel au génocide, explicite ici, subliminal là, que susurre la petite musique de mort. Et des millions d'"idiots utiles" la reprennent en Occident, inconscients des enjeux, aveuglés par l'illusion d'une force militaire qui n'aura qu'un temps.

Il y a plus de quarante ans déjà que Hannah Arendt écrivait à une amie (11 juin 1963) : "Je sais, ou je crois savoir que si une catastrophe devait atteindre cet Etat juif, pour quelque raison que ce soit (et même s'il s'agissait de sa propre folie), ce serait sans doute la catastrophe finale pour le peuple juif tout entier, quelles que puissent être alors les opinions de chacun d'entre nous."

(Georges Bensoussan, professeur d'histoire et responsable éditorial du Mémorial de la Shoah (Paris), est l'auteur d'Europe, une passion génocidaire (éd. Mille et une nuits, 464 p., 20 €).)

Positions gênantes
Jacques Brassard
La Presse, Le 31 août 2006

Je suis indépendantiste depuis près de 50 ans. Précisément depuis 1959. Alors que j'étais étudiant à l'Université de Sherbrooke. J'ai donc été membre du RIN puis du PQ depuis ce temps. Mais j'ai toujours été mal à l'aise avec les postures et les lieux communs tiers- mondistes, anti-américains, pacifistes et antisionistes du mouvement souverainiste.

Il y a, au sein de la mouvance nationaliste du Québec, un certain nombre de postulats idéologiques qui m'agacent et qui me gênent depuis toujours. Par exemple, cette haine des Américains enkystée comme un chancre dans le cerveau d'une forte proportion de militants. Ce sont pourtant nos voisins (puissants sans doute) et ce sont nos partenaires avec qui nous partageons des valeurs fondamentales et fondatrices de la civilisation occidentale dont la liberté n'est pas la moindre.

Malgré cela, le mouvement souverainiste a été largement contaminé par l'idéologie de gauche et la propagande socialo-communiste présentant les États-Unis comme une puissance coloniale et impérialiste qui se plaisait à asservir les peuples du monde entier.

La guerre froide, une invention?
Lisez Lise Payette car vous avez là l'incarnation exemplaire (et je dirais pathologique) de cette posture. Dans une de ses récentes chroniques du Journal de Montréal, elle va jusqu'à proclamer que les Américains ont « inventé la guerre froide ». Rien de moins! Comprenez que les fusées soviétiques SS-20 à tête nucléaire pointées vers l'Europe, dans les années 70-80, c'était de gros jouets en carton-pâte. La guerre froide, une invention! Faut le faire! Elle va encore plus loin. Elle laisse entendre que la menace terroriste, au fond, c'est, dans une large mesure, une invention américaine dans le but de « ressusciter la peur ». C'est tout juste si elle n'adhère pas à la thèse délirante décrivant le 11 septembre comme le fruit d'un complot de l'administration américaine...

Un autre exemple, plus récent celui-là, est relié à la guerre entre Israël et le Hezbollah. Il s'agit de cette tendance malsaine, au sein du mouvement souverainiste, à adopter, en toutes circonstances, une position défavorable pour ne pas dire hostile à l'endroit d'Israël. Cela m'a toujours embarrassé. Je me souviens d'un congrès du PQ (1981) où les délégués ont non seulement ovationné le felquiste Jacques Rose mais aussi une délégation palestinienne. Attitude typiquement gauchiste selon laquelle le Palestinien représentait, dans la mythologie socialo-communiste, l'archétype par excellence de l'opprimé en lieu et place du prolétaire. Je me souviens aussi d'un autre congrès où une résolution d'appui à l'intervention armée visant à libérer le Koweït envahi par l'Irak de Saddam (au mépris de toutes les règles du droit international) a été l'objet d'un débat acrimonieux au cours duquel les partisans de la motion (dont j'étais) ont été traités de valets de « l'impérialisme » américain. La motion fut certes finalement adoptée mais on voyait combien l'obsession antiaméricaine tourmentait bien des esprits.

Les chefs souverainistes
Et comment ne pas être troublé quand on voit les chefs souverainistes participer à une manifestation visiblement contrôlée par les partisans du Hezbollah? Avez-vous vu le drapeau de cette organisation fanatique et terroriste? Il est jaune et il arbore en son milieu l'image d'une mitraillette. C'est vous dire combien la violence est promue par le Hezbollah au rang de moyen d'action privilégié. Que Pierre Falardeau et Julien Poulin- les Laurel et Hardy du mouvement souverainiste- trouvent pertinent d'agiter le drapeau du Hezbollah, c'est sans doute désolant mais peu surprenant. Mais qu'André Boisclair et Gilles Duceppe se baladent dans les rues entourés de drapeaux jaunes, ça, ça m'afflige parce que je me rends compte que les vieux réflexes antiaméricains et anti-Israël sont toujours bien présents au sein du mouvement souverainiste. (...)

Je suis toujours indépendantiste mais je suis aussi toujours gêné de voir le mouvement souverainiste encore hanté par ces fantasmes vieillots tout imprégnés de haine envers nos voisins américains et la démocratie israélienne.

Guerre, mensonges et vidéos
Shmuel Trigano
Liberation.fr, le 31 août 2006

Mais où êtes-vous ? Où sont les grandes âmes, le scandale ? Les déclarations des plus hautes autorités politiques du monde ? Depuis le 14 août, je cherche désespérément dans les colonnes des journaux et sur les écrans la condamnation du bombardement d'un orphelinat par l'armée sri-lankaise dans sa lutte contre le mouvement terroriste des Tigres tamouls. Quarante-trois écolières tuées, soixante autres blessées. Pas seize enfants sur vingt-huit morts, comme à Cana. On ne peut qu'être abasourdi devant la différence de traitement. Les victimes arabo-musulmanes seraient-elles plus précieuses que les autres ? Pas nécessairement, car qui s'émeut des meurtres de masse perpétrés en Irak par des Arabes sur d'autres Arabes ? Non ce qui est en question, c'est Israël ou, plus exactement, les Juifs.

Toute personne sensée aura remarqué, depuis l'année 2000, quelque chose d'étrange dans les images du conflit : la centralité de la figure de l'enfant, des corps sanguinolents des victimes d'Israël. Il suffit d'ouvrir la télévision française pour voir le projecteur braqué uniquement sur les civils libanais alors que l'image d'Israël se résume à des blindés, des avions ou des soldats. Aucune société civile n'est visible : ni les dégâts matériels, ni les victimes et les drames. Pas de corps ensanglantés, ni de blessés, ni de cadavres ou de cercueils. Ce choix ne fait que réactiver une idée antisémite très archaïque : les Juifs tuent des enfants. Dans l'Antiquité, ils étaient accusés de cannibalisme, au Moyen Age ­ et encore aujourd'hui dans le monde arabe ­ de crimes rituels.

La fabrication délirante de ce mensonge suit les mêmes chemins qu'au Moyen Age. Affabulations et «mystères de la foi» mettent en scène et «prouvent» le meurtre, en construisant de toutes pièces une narration, un exemplum édifiant, comme l'a si bien analysé Marie-France Rouart dans le Crime rituel ou le sang de l'autre (1). Le récent scandale (vite étouffé) de la photo truquée de Beyrouth en flammes, diffusée par l'agence Reuters, face émergée d'un ensemble de trucages, nous montre comment l' exemplum est fabriqué avec des images, alors qu'auparavant on agençait des mots pour mettre en forme le fantasme. Par exemple, cette photo du magazine US News où l'on voit un terroriste du Hezbollah en pose guerrière devant un avion israélien abattu et en flammes : examinée de plus près, la photo révèle en fait l'incendie d'un dépôt d'ordures. Le trucage de l'image du réel est le plus souvent moins grossier : ce n'est pas la photo qui se voit manipulée mais son angle ou sa composition, avant prise de vue. Le spectacle des destructions de Beyrouth est ainsi surdimensionné. Ce sont toujours les mêmes prises de vue qui passent en boucle à la télé, pour donner une impression d'étendue. Le spectateur innocent pense que tout Beyrouth est en flammes. Comment saura-t-il que, en dehors du quartier qui sert de QG au Hezbollah, les gens vont à la plage ou sont attablés aux cafés ? Ou alors, on place, comme à Cana, dans une photo de destruction, un objet insolite : un nounours (bizarrement très propre au milieu des gravats), une robe de mariée (très blanche), un petit Mickey (très coloré) (2)... La suggestion est ici encore plus forte que des cadavres: l'enfant absent, la jeune mariée promise au bonheur mais déplacée... On n'a jamais vu les «combattants» du Hezbollah, ni leurs bunkers systématiquement placés au milieu des civils, utilisés comme boucliers «moraux». On a gommé le caractère de milice fasciste du parti, ses provocations, ses tirs centrés sur la population civile israélienne.

Ce sur quoi il faut attirer l'attention de l'opinion, c'est la résurgence de l'accusation du meurtre rituel, c'est-à-dire le retour d'un stéréotype antisémite classique. Il est sciemment mis en oeuvre, de façon massive, par les médias arabes : la mort filmée «en direct» de Mohammed al-Dura à Gaza (3), puis Jénine, puis la plage de Gaza, puis Cana. Nous avons là une série d'événements pour le moins douteux quant à leur réalité exacte, qui nous sont parvenus à travers une mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, du Hamas ou du Hezbollah. Filmer dans ces régions dépend en effet, comme tous les journalistes le savent, de l'autorisation des pouvoirs en place, qui exercent un étroit contrôle sur les images et les accréditations qu'ils donnent aux reporters. Des simulations sont créées de toutes pièces au point que certains experts, comme le professeur Richard Landes, de la Boston University, parlent aujourd'hui des studios de «Pallywood» (du mot «Palestine»).

A voir les photos les unes après les autres, on retrouve souvent, dans des situations différentes, les mêmes acteurs, jouant des rôles différents. Quoi qu'il en soit de la réalité exacte des différentes affaires ­ et il ne s'agit pas ici de justifier tout ­, on constate qu'un scénario du type du légendaire «génocide de Jénine» (56 morts parmi les milices palestiniennes contre 23 soldats israéliens, au terme d'un combat au corps à corps pour éviter les victimes civiles) sous-tend tous ces exemples. Un scandale mondial est à chaque fois orchestré par les médias, avant que l'examen des faits n'en réduise la portée, et toujours en isolant comme par enchantement l'événement de son contexte et de la guerre menée contre les populations civiles israéliennes, sans doute, elle, jugée «juste». Entre-temps, l'impact a été gravé dans l'imaginaire collectif. Le plus terrible est que cette camelote puisse trouver acheteur dans la gent médiatique occidentale sans aucun recul critique.

Comment les journalistes peuvent-ils sous-traiter enquêtes et reportages auprès d'acteurs engagés dans le conflit aux côtés de mouvements totalitaires ? Que recherchent-ils ? Le spectacle brut et violent ? Les belles images ? Se rendent-ils compte que celles-ci incitent à la haine et au meurtre ?

Le mal est profond, car la facilité avec laquelle de nombreux médias acceptent ce récit montre que subsiste un fond archaïque, toujours vivace. Le discours sur Israël est hanté par une forme nouvelle de l'antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la «victime» des Juifs, forcément innocente et pure comme un enfant, sans pour autant formuler directement le nom du bourreau cruel et inhumain que sa victime désigne. Un antisémitisme «par défaut», que la moralité conforte.

(1) Berg International, 1997.
(2) http://zombietime.com/reuters_photo_fraud/
(3) Images tournées à Gaza par France 2 en septembre 2000, abondamment rediffusées par les médias arabes, et controversées, ndlr.

(Shmuel Trigano est président de l'Observatoire du monde juif, et directeur de la revue Controverses.)

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