Communiqué Isranet
août 2007
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume VI, Numéro 300 • vendredi le 31 août 2007

Israël et l’Union européenne
Emanuele Ottolenghi
Commentary Magazine Online, 17 août 2007

Traduction française : Menahem Macina

La Knesset - Parlement israélien – envisage de se replonger, durant quelques instants, au mois de novembre prochain, dans l’atmosphère de l'Assemblée générale des Nations unies, quand elle commémorera le vote fatidique de l’Assemblée générale de l’ONU, du 29 novembre 1947. Les responsables israéliens espèrent que le Secrétaire général de l’ONU, Ban-Ki-moon, présidera la cérémonie de commémoration, aux côtés des délégués des 33 nations qui, alors, votèrent en faveur de la partition de la Palestine.

Dans [huit jours], le Parlement européen va également jouer les hôtes d’activités relatives à Israël, sponsorisées par l’ONU, mais d’une autre nature, cette fois. Les portes du Parlement européen s’ouvriront alors pour accueillir, durant deux jours, une "conférence", organisée par le soi-disant "Comité de l’UE pour l’Exercice des Droits Inaliénables du Peuple Palestinien" (CEI). Qu’il soit bien clair que le CEI est un vestige de la guerre froide ; il fut créé par la Résolution 3376 de 1975, conjointement à l’infamante Résolution 3379, qui stipulait que « le sionisme est une forme de racisme » [1]. Cette Résolution a été annulée, mais la CEI a survécu dans son univers parallèle de haine.

La prochaine conférence, qui aura lieu à Bruxelles, reflète son esprit hautement partisan, partial et hostile à Israël, ainsi que l’hypocrisie institutionnelle de ce type de forums internationaux, où la partialité est enveloppée dans un langage feutré. Ainsi, le titre de la conférence est-il "Conférence Internationale Onusienne de la Société Civile en Faveur de la Paix Israélo-Palestinienne". Mais ne doutez pas que ses participants entonneront un tout autre air.

Les conférenciers ont pour consigne d’empêcher quiconque de diffuser autre chose que ce qui entre dans la ligne du parti. Parmi les Israéliens ostensiblement invités à prendre part à la conférence (le programme tenu soigneusement secret ne contient pas encore de noms) figurent, par exemple, Nourit Peled-Elhanan, Michel Warschawski et Amira Hass.

Nourit Peled-Elhanan est une militante pacifiste et l’une des fondatrices de Bereaved Families for Peace [familles privées d’un des leurs, favorables à la paix]. Après la mort de sa fille de 13 ans, en 1997, Elhanan est devenue l’une des critiques les plus directes de l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza ; elle dit qu’en Israël, « les gens sont soit Juifs, soit non-Juifs, et peu importe ce qu’ils sont, s’ils ne sont pas nous ». Michel Warschawski est journaliste ; il écrit fréquemment pour des magazines européens d’extrême gauche. Amira Hass écrit pour le quotidien Ha’aretz et est connue pour ses reportages, qui reflètent des points de vue palestiniens.

Ce sont, sans aucun doute, des conférenciers intéressants, mais ils ne représentent pas exactement la société civile israélienne, ni le parlement d’Israël. Ils défendent leur point de vue et celui des Palestiniens, en faveur duquel ils prêchent tous avec chaleur.

Tout cela et plus encore prendra place dans moins de [huit jours], grâce aux bons offices du Parlement européen et des contribuables d’Europe, qui font les frais de ses dépenses courantes. Jusqu’ici, seuls des parlementaires polonais ont élevé la voix contre cette manifestation, annonçant qu’ils le boycotteront en raison de sa nature orientée et du dommage qu’il infligera à la cause de la paix [2]. Félicitations à la délégation polonaise, donc, pour s’être opposée à l’abus de cette prestigieuse tribune, que fait le CEI. Toutefois, il est regrettable que, jusqu’à présent, un seul des 27 membres du Parlement européen ait élevé la voix contre cette manifestation et qu’un représentant officiel du Parlement figure parmi les conférenciers de la session d’ouverture, aux côtés d’un représentant de la "Palestine", mais pas un représentant d’Israël.

C’est sans doute trop attendre du Parlement européen que de le voir renoncer à son patronage de cette manifestation partisane, dont le but est tout sauf celui qu’affiche son titre. Pour ce qui est de l’ONU, espérons seulement qu’il n’y ait pas de conflit de programme, et que, le 29 novembre, le Secrétaire général de l’ONU, Ban, qui était déjà présent à l’ouverture de la session annuelle du CEI [pour mémoire : "Comité de l’UE pour l’Exercice des Droits Inaliénables du Peuple Palestinien"], en février dernier, sera à Jérusalem, et non à l’une des nombreuses manifestations de dénigrement d’Israël que le CEI projette sans aucun doute d’organiser, ce jour-là, à New York, Genève, ou Vienne.

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Notes du traducteur

[1] Voir "Sionisme=racisme: résolution 3379, votée et abrogée par l’ONU".
[2] Voir ma traduction de l’article de Y. Lappin, "Des députés polonais boycottent une Conférence [anti-israélienne] patronnée par l’UE".

La parabole de l'oncle Sam et de la tante Jane
Dr. Joël Fishman
Makor Rishon, vendredi le 24 août 2007

Traduction: Objectif-info

Le week-end dernier, les représentants des États-Unis et d'Israël ont annoncé le succès d'une négociation sur la fourniture d'armements qui s'est conclue par un accord avantageux. Les journalistes ont longuement souligné que l'arrangement était particulièrement attractif parce qu'il ne contenait aucune condition restrictive pour l'utilisation de ces armements ; de plus il pourrait être exécuté sous forme d'achats auprès d'entreprises israéliennes à concurrence du quart de son montant total. Nicolas Burns, le sous-secrétaire d'état aux affaires politiques a indiqué que l'accord ne contenait ni condition particulière, ni annexe, et que cette aide ne dépendait pas des choix de la politique israélienne. Selon Herb Keinon, le journaliste chargé des questions diplomatiques du Jérusalem Post, Burns a souligné que l'aide intervenait à un moment où l'Iran "revient 'au premier plan' et cherche en même temps à se doter d'armes nucléaires et à étendre ses moyens conventionnels d'influence dans la région." Il a ajouté : "nous observons cette région et nous sommes convaincus que l'existence d'un Israël fort et en sécurité est dans l'intérêt des États-Unis. (11 août)." Alors que cette déclaration témoigne d'une politique américaine généreuse, on peut facilement imaginer qu'il pourrait bien y avoir, derrière cette transaction avantageuse et ce calendrier, un développement inédit dans le dialogue bilatéral israélo-américain.

Une anecdote brève mais véridique peut contribuer à éclairer la situation. Un vieil ami de l'époque de mes études universitaires issu d'une bonne famille de Boston me raconta il y a longtemps l'histoire de sa défunte grande tante Jane. Quand elle mourut, ses héritiers découvrirent qu'elle possédait une collection extraordinaire de bijoux de haute joaillerie. Tante Jane était une belle femme qui avait épousé successivement quatre messieurs très riches, qui étaient tous beaucoup plus vieux qu'elle. Comme ses maris successifs ne pouvaient pas l'honorer autrement, ils lui offrirent des bijoux onéreux à titre de compensation.

De fait, il n'y a rien mal à accepter des cadeaux coûteux, en particulier quand le donateur est un ami qui ne pose pas de conditions à son aussi grande générosité. La question qui se pose ici est de savoir ce que cette nouvelle contribution américaine a à voir avec le cas de la tante Jane. N'est-ce pas, en dépit de l'affection personnelle que le Président Bush éprouve pour Israël, parce que les États-Unis sont dans l'incapacité d'intervenir militairement pour empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire ?

Deux raisons vont dans le sens de cette interprétation. Premièrement, le président Bush, qui doit défendre en permanence la poursuite de la guerre en Irak contre une opposition intérieure féroce, n'est pas en mesure de lancer une autre campagne militaire au Moyen-Orient. En outre, son mandat présidentiel approche de son terme

Deuxièmement, l'Amérique ne peut pas obliger ses partenaires européens à rejoindre une coalition pour une intervention militaire contre l'Iran. Les pays européens, unis au sein de l'Union européenne, ont adopté une politique étrangère commune et ils n'ont pas vraiment intérêt à aider l'Amérique à consolider sa présence dans la région. Ils préféreraient en réalité prendre la place de l'Amérique et s'assurer le contrôle des ressources naturelles de l'hémisphère. Il est possible que l'Union européenne incline pour une Amérique affaiblie, même cela se traduisait par un Iran nucléaire.

Le tableau tracé ci-dessus, même s'il n'est correct qu'en partie, peut expliquer pourquoi l'oncle Sam est en train d'offrir à l'État d'Israël des cadeaux d'une valeur pareille.

(Dr. Joël Fishman est membre du Centre de Jérusalem pour les Affaires Publiques. (Jerusalem Center for Public Affairs) )

L'AGENCE DE VOYAGE D'AL QAEDA
Joseph Lieberman
Wall Street Journal, 20 août 2007

Traduit par Albert Soued, pour www.nuitdorient.com

Enfin, les Etats-Unis sont en progrès significatif contre al Qaeda en Irak. Mais le chemin vers la victoire nécessite de couper son approvisionnement vers l'Irak, via Damas. Grâce à la nouvelle stratégie contre l'insurrection du général David Petraeus et aux aptitudes et à la détermination des soldats américains qui se battent en Irak, al Qaeda a été mis en déroute dans ses ex-fiefs des provinces d'Anbar et de Diyala. Entre temps, la plupart des Irakiens sunnites ont conjugué leurs forces contre al Qaeda, aliénés par la brutalité et les méthodes barbares de leurs anciens alliés.

Comme l'a dit récemment le général Petraeus à propos d'al Qaeda d'Irak "Nous les avons mis hors du coup!" Mais cela signifie que nous devons poursuivre notre pression et notre offensive contre leurs chefs et leur infrastructure à l'intérieur de ce pays. Et nous devons aussi viser avec force les liens qu'ils ont établi avec leur réseau global et condamner les routes que suivent leurs combattants pour venir en Irak.

Une information récemment rendue non secrète révèle combien al Qaeda en Irak dépend pour sa survie du soutien reçu des réseaux extérieurs. Et surtout, comment ce soutien se déverse en Irak, à travers un seul pays, la Syrie.

Al Qaeda d'Irak n'existe que par un réseau de contrebande organisé pour amener chaque mois entre 60 et 80 candidats au suicide venant de divers pays des Proche et Moyen Orient et d'Europe, à travers des "passeurs" en Syrie… Bien que ne représentant que de modestes effectifs, ces "kamikase" islamistes sont un atout vital et stratégique pour les actions de déstabilisation d'al Qaeda qui consistent à tuer d'une façon visible et spectaculaire le maximum de gens, civils ou militaires, dans des attentats massifs, comme on l'a vu récemment dans un village kurde appartenant à la foi minoritaire des yézidis. En fait les autorités militaires américaines estiment que 80/90% des attentas-suicide sont le fait de candidats étrangers qui provoquent la majeure partie des décès dans cette guerre (1). Sans eux, al Qaeda serait certainement éliminée d'Irak.

C'est la raison pour laquelle nous devons interrompre ce flux de candidats au suicide. Cela signifie que nous devons nous intéresser en particulier à la Syrie à travers laquelle transite la majorité des "kamikase". Même les candidats venant de pays frontaliers (Jordanie, Arabie, Koweit) transitent par la Syrie, vu la permissivité du gouvernement de ce pays à l'égard des terroristes. La Syrie refuse de renforcer son système d'octroi des visas de transit à travers son territoire.

Les forces de la coalition ont consacré beaucoup de temps et d'énergie à essayer de protéger la frontière syro-irakienne contre les infiltrations. Mais étant donné la topographie et l'étendue de la frontière, ces efforts semblent pour le moins vains, surtout avec un voisin aussi peu coopératif que la Syrie.

Selon nos services de renseignement, avant de parvenir à la frontière Irakienne, ces "kamikase" étrangers passent généralement par l'aéroport international de Damas. Cet aéroport est devenu ainsi la plaque tournante des terroristes d'al Qaeda au Moyen Orient. C'est aussi le point de passage le plus vulnérable de cette nébuleuse dans sa guerre contre l'Irak et les Etats-Unis.

Soyons sérieux, le président syrien Bashar al Assad ne peut pas prétendre qu'il ne peut pas contrôler efficacement le principal aéroport de son pays, d'autant plus que son régime policier ne subsiste que grâce à un vaste réseau de renseignements et de nombreux services secrets. Personne ne peut croire un seul instant que des terroristes peuvent passent inaperçus à travers l'aéroport de Damas.

Et ce n'est pas la première occasion pour le terrorisme international. Les armes iraniennes à destination de la Syrie et du Hezbollah transitent par cet aéroport, en violation des résolutions du Conseil de Sécurité de l'Onu. Il en est de même des armes à destination des agents d'al Qaeda au Liban….

Il est grand temps de demander à la Syrie d'arrêter de jouer à l'agence de voyage d'al Qaeda pour l'Irak. Lorsque le Congrès se réunira le mois prochain, nous devrions mettre de côté nos différences d'opinion sur la guerre d'Irak et envoyer un message clair au régime syrien. De la même manière que nous l'avons fait au régime iranien le mois dernier. Nous ne pouvons pas accepter le transit des terroristes d'al Qaeda par la Syrie dans leur voyage vers le suicide en Irak. Il faut que cela cesse! Et nous, au gouvernement américain, nous devrions commencer à examiner d'éventuelles mesures de rétorsion contre l'aéroport de Damas, à moins que le gouvernement syrien ne s'en occupe lui-même, et très rapidement.

Nous devons demander aux transporteurs aériens responsables de cesser leurs vols vers Damas International, aussi longtemps que cet aéroport reste le point de transit du terrorisme international. Cet aéroport est aujourd'hui encore desservi par des compagnies non américaines, comme Air France, Alitalia et British Airways. Interrompre le flot de candidats étrangers au suicide du jihad contre l'Irak et la coalition, signifie qu'on réduit sensiblement le nombre d'attentats et de victimes innocentes, assassinées par un ennemi barbare. Au moment où le réseau d'al Qaeda est soumis à une forte pression par les récentes opérations militaires irakiennes et américaines, assécher le flux de "kamikase" mettrait fin à al Qaeda en Irak.

En résumé, pour les Etats-Unis et nos alliés Irakiens, la défaite d'al Qaeda en Irak passe par le bouclage de la "Porte ouverte" aux terroristes, l'aéroport international de Damas. Il est grand temps que la Syrie le fasse!

(Joseph Lieberman, sénateur indépendant du Connecticut, est ex-candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis.)

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Volume VI, Numéro 299 • vendredi le 24 août 2007

Une guerre à laquelle personne ne croit
Jacques Brassard
Le Quotidien, 22 août 2007

Cet été, à Trois-Rivières, j'ai assisté à un spectacle en plein air de Claude Dubois. Vers la fin, entre deux rappels, le chanteur se lance dans un prêchi-prêcha virulent contre la présence canadienne en Afghanistan. Toutes les fadaises pacifistes y passent: nous n'avons pas de raison de faire la guerre aux talibans; Harper est le caniche de Bush (c'est aussi le cas de Blair pour les pacifistes anglais); nous voulons la paix et non la guerre. Le chanteur a conclu sa diatribe en qualifiant aimablement le gouvernement conservateur de "gang d'osties".

Il revient en rappel et, là, il tient à préciser qu'il "aime beaucoup les gars du 22e", que "ce n'est pas leur faute s'ils vont faire la guerre en Afghanistan, mais celle du gouvernement qui les a mis dans la marde (sic)".

Notez l'exquise finesse et le langage châtié du troubadour...

Je vous raconte cette anecdote parce qu'elle reflète bien l'état d'esprit des Québécois à l'égard de la présence canadienne en Afghanistan.

Comme Claude Dubois - et bien d'autres z'artistes - les Québécois sont pour la paix. Ce qui n'est guère original. Mais, quand on creuse un peu, quand on essaie de cerner le sens du mot Paix, on se rend compte qu'il a la signification de l'expression courante: "Qu'on me fiche la paix!"

Tranquillité d'esprit

C'est donc la paix dans le sens de tranquillité et même d'indifférence. Pour la majorité des Québécois, vouloir la paix, c'est surtout vouloir qu'on ne les dérange pas, qu'on ne perturbe pas leur quiétude. Bien sûr, le Canada a une armée, mais il convient qu'elle reste une armée d'opérette et que le Royal 22e demeure à Valcartier.

Mais, il y a aussi, chez les Québécois, un doute très fort, pour ne pas dire une grande incrédulité, quant au caractère mondial de la guerre au terrorisme islamiste. Or, les opérations militaires en Afghanistan s'inscrivent totalement dans cette Quatrième Guerre mondiale.

Si vous n'êtes pas pleinement conscients que nous sommes en plein djihad, (Guerre sainte menée par l'islam radical contre l'Occident) il est sûr ,pour vous, que la mission afghane n'a guère de sens.

Si vous n'êtes pas persuadés que les combats au Liban, en Afghanistan, en Irak, en Israël, au Darfour, font partie d'une même guerre, il est évident que vous ne comprenez pas la dynamique islamiste, dont l'objectif est de soumettre des populations entières à la Charia.

Si vous n'êtes pas convaincus que les bombes qui explosent à Madrid, à Londres, à Istanbul, au Maroc, en Algérie, en Égypte, en Indonésie, ont pour but d'affaiblir et de saper la résistance à l'islamisme, c'est que vous ne voyez pas le processus d'islamisation qui se poursuit à vive allure dans plusieurs pays occidentaux.

Pas seuls

Il est vrai, cependant, que les Québécois ne sont pas les seuls à nier la réalité de cette Guerre mondiale. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie, en France, partout en Occident, l'opinion s'oppose, avec de fortes majorités, aussi bien à la guerre en Afghanistan qu'à celle en Irak.

Et il faut dire que la stratégie des islamistes intégristes vise, par le terrorisme, à faire naître, chez les nations démocratiques, la peur d'abord, puis la lassitude et l'envie de la reddition. "Les Islamistes, disait ben Laden, sont opiniâtres et aiment la mort tandis que les Occidentaux se lassent vite et aiment la vie". Quand on voit le pacifisme à la Claude Dubois être si répandu en Occident, et quand on voit des soldats canadiens mourir au combat alors qu'une majorité de leurs concitoyens estime leurs présence là-bas inutile, c'est à se demander si ben Laden, finalement, n'a pas raison.

La grande faiblesse des démocraties, c'est de fermer les yeux sur les dangers qui les menacent. Tocqueville l'avait bien compris, au 19e siècle, quand il a analysé la démocratie américaine dont la Constitution comporte l'objectif de la "poursuite du bonheur".

"La démocratie, écrivait-il, me paraît bien plus propre à diriger une société paisible, où à faire au besoin un subit et vigoureux effort, qu'à braver pendant longtemps les grand orages de la vie politique des peuples".

Il faut une agression sauvage pour que les démocraties se résignent à la guerre. S'il n'y avait pas eu Pearl Harbor et l'écroulement des Tours jumelles à New-York, il est loin d'être certain que les États-Unis seraient entrés en guerre en 1941 et en 2001. Et on constate que, pour l'opinion publique et le Parti démocrate, dans la guerre contre la terreur, le "subit et vigoureux effort" en Irak doit prendre fin.

Mais, aller dans le sens du repli, quitter l'Afghanistan, sortir d'Irak, abandonner Israël, fermer les yeux sur le programme iranien de bombe nucléaire, se soumettre à l'islamisation, ce serait capituler devant l'ennemi et se résigner au triomphe de la barbarie et du fanatisme djihadistes. Va-t-on se réveiller à temps?

Le Congrès islamique doit se dissocier d'Yvonne Ridley
Jean Renaud et un collectif d'auteurs*
Le Soleil, 21 août 2007

Yvonne Ridley vient à Montréal et à Toronto, en septembre prochain, à l'invitation du Congrès islamique du Canada. Journaliste britannique capturée par les talibans en 2001, Yvonne Ridley s'est convertie à l'islam en prenant fait et cause pour ses ravisseurs, ce qui évoque étrangement le syndrome de Stockholm.

Animatrice sur Islam Channel en Angleterre, où elle est responsable des questions politiques, fondatrice et plusieurs fois candidate pour le parti Respect (une coalition hétéroclite de gauchistes, de fervents musulmans et d'islamistes), Yvonne Ridley soutient, pour l'essentiel, le programme idéologique de l'islam radical et défend encore aujourd'hui ces Talibans contre lesquels l'armée canadienne mène un combat aussi juste que nécessaire.

Correspondante à Londres pour la nouvelle chaîne télé récemment créée par le gouvernement iranien de Mahmoud Ahmadinejad, Press TV, laquelle offre selon elle « une perspective différente de celle des médias conventionnels » (sur le site Internet de cette chaîne se trouve une section « Analyses » où on a déjà insinué que le gouvernement britannique avait orchestré les attentats de Londres et de Glasgow afin de ternir l'image des musulmans en Grande-Bretagne), Mme Ridley affirme qu'elle peut dire ce qu'elle veut à Press TV.

Mais pourquoi les autorités gouvernementales iraniennes l'empêcheraient-elles de faire l'éloge de l'imam de la mosquée radicale de Finsbury Park (à Londres), Abu Hamza al-Masri (quelqu'un de « quite sweet really »), un chaud partisan d'Al-Qaïda que la police britannique a eu la bonne idée d'arrêter ? Pourquoi la réprimanderaient-elles d'avoir appelé la communauté musulmane britannique à refuser de coopérer avec la police, à la suite d'une malheureuse bavure policière ?

Pourquoi lui reprocheraient-elles d'avoir qualifié le leader islamiste tchétchène, Shamil Basayev, responsable du massacre de Beslan en Russie, de « martyr »? Pourquoi s'opposeraient-elles à ses éloges des attentats-suicides ? Pourquoi seraient-elles vexées que cette « journaliste » exprime sa sympathie envers des terroristes notoires, comme le Jordanien Abu Musad al-Zarqawi ?

Yvonne Ridley fait le jeu des ennemis de l'Occident et des amis de Mahmoud Ahmadinejad. Nous, soussignés, demandons au Congrès islamique du Canada de se dissocier publiquement des propos d'Yvonne Ridley et de manifester ainsi clairement au public canadien et québécois son refus d'entériner toutes formes d'appui, direct ou indirect, au terrorisme islamiste.

*cosignataires:
Pierre Ballofret,Richard Bastien (économiste),Germain Belzile (économiste),Claude Marc Bourget (écrivain), Jacques Brassard (chroniqueur et ancien ministre du Québec), Jean-Charles Chebat (CQ), Julia Coriat, Maurice G. Dantec (écrivain), Barbara Kay (journaliste), Marc Lebuis (directeur du site Point de Bascule Canada), Éric LeRay,
Jean-Philippe Martini, Cyril Pahlavi (politologue), Jean Renaud (directeur de la rédaction d'Égards).

Correction de tir ?
Laurent Murawiec
Metula News Agency, 14 August 2007

Pour le leadership démocrate, le leader de la majorité au Sénat Harry Reid, Madam Speaker Nancy Pelosi à la hambre des Représentants, pour les media, de gauche à concurrence de 90 pour cent et pour les « classes baratineuses » qui font l’opinion, ou une bonne partie de celle-ci, la cause est entendue depuis longtemps : la guerre d’Irak se solde par une défaite dont il convient d’urgence de se dépêtrer. Peu leur chaud que l’Amérique perde pour autant que Bush tombe. Si l’effondrement du Moyen Orient doit être la rançon d’un retrait précipité des forces américaines, peu importe, tant que la politicaillerie intérieure peut suivre son cours. On a rarement vu une telle disproportion entre l’extraordinaire médiocrité des motifs et l’importance historique des conséquences. C’est pourquoi, collectivement, on n’hésite pas à révéler des secrets d’Etat qui affaiblissent l’effort de guerre, à priver les forces armées de moyens qui leur permettraient de mieux lutter, à entraver la collecte du renseignement en se servant du moindre prétexte, à harceler l’administration sur le moindre détail même au risque de faire trébucher les soldats sur le terrain.

Les candidats démocrates à la candidature renchérissent l’un sur l’autre : il faut replier les troupes et les faire quitter l’Irak, le plus vite possible, demain matin, dit l’un, ce soir même, dit l’autre, tout de suite surenchérit le troisième. L’enjeu a disparu, rien ne compte plus que gagner la guèguerre – politique – à Washington : il est urgent de perdre la vraie guerre. Le jihad ? La terreur ? Le 11 septembre ? Tout cela disparaît de l’horizon dans la course à la reddition engagée à l’extrême-gauche, et reprise de proche en proche par le parti démocrate : ce sont les activistes, qui carburent à l’idéologie, qui font la différence dans les élections primaires. Barak Obama, la jolie frimousse qui a percé sur la scène politique, taille des croupières à Hilary Clinton, plus « establishment. » Obama, dont la nullité en matière de politique étrangère vient de lui éclater au nez au cours de plusieurs débats des candidats, est le favori des extrémistes. Les autres candidats s’alignent pour ne pas se faire siffler, quitte à devoir faire le grand écart quand il s’agira de s’adresser à l’électorat tout entier.

Il y a peu, le New York Times, la Pravda des anti-guerre, commandait un sondage d’où il ressortait qu’un nombre croissant d’Américains s’était remis à soutenir l’effort de guerre de l’administration Bush. N’en croyant pas ses yeux, ne voulant pas en croire ses yeux, l’auguste quotidien de la Gauche caviar faisait refaire le sondage : comment le vulgum pecus ose-t-il contredire les pontifes de l’Establishment ? Le deuxième sondage confirma en tous points le premier, infligeant un démenti sérieux à ceux qui savent toujours mieux. Comment expliquer ce retournement, au moins partiel, de l’opinion américaine ?

Il y a quelques mois, le président Bush avait confié au général David Petraeus la tâche difficile de remettre l’ouvrage militaire sur le métier. Le général a changé le fusil américain d’épaule. Il a abandonné trois ans d’une stratégie faillie. En bref, au lieu de se barricader en attendant que les troupes irakiennes reprennent le flambeau, Petraeus a lancé une campagne classique de contre-insurrection ; les forces américaines sont allées au contact, en petits groupes qui, certes plus exposés et plus vulnérables, ont travaillé avec les forces de sécurité irakiennes ; elles ont recherché des alliances contre les forces d’al-Qaida en Irak, elles ont utilisé les forces tribales comme contrepoids à des terroristes étrangers qui se conduisaient comme en territoire conquis. Les Sunnites irakiens n’acceptent pas le « Caliphat » décrété par les jihadis, et se sont retournés contre ces derniers. Les forces américaines se sont aussi attaquées, et fort brutalement, aux tueurs chiites, ceux du nervi Muqtada al-Sadr : en s’attaquant aux extrêmes, elles ont renforcé les forces plus modérées – avec succès. Des villes et des régions hier zone interdite sont aujourd’hui reconquises et pacifiées.

Pour faire tout cela, Petraeus a obtenu un renfort de troupes substantiel, baptisé the surge, la montée en puissance, contre les véhéments discours des Démocrates et la contestation des media, toutes consacrées à prêcher la défaite, et contre la pseudo-stratégie prêchée par les « réalistes » républicains, James Baker et autres, qui croient niaisement pouvoir compter sur la bonne volonté de l’Iran, de la Syrie et de l’Arabie saoudite pour aider l’Amérique en Irak ou qui sont prêts à tout pour avoir le calme au Moyen Orient, y compris à le solder, « tant qu’on a le pétrole. » C’est ce à quoi s’occupe depuis des mois Mlle Condoleeza Rice, qui réinvente la roue à chaque fois qu’elle a besoin d’enfoucher un vélo. Alors que les uns et les autres poussaient à la barre pour qu’on se rue vers la porte de sortie, Petraeus a pris la voie contraire. « Elle est ardue mais elle est prometteuse », disait-il il y a quelques jours.

D’étranges virevoltes ont commencé de changer la physionomie de la politique de guerre à Washington. Deux experts bien connus pour leur opposition à la guerre, démocrates insoupçonnables – Michael O’Hanlon de la Brookings Institution, un institut de recherche situé au centre gauche, et Ken Pollack, qui fut responsable du Moyen Orient à la Maison Blanche de Clinton – sont rentrés d’un voyage d’étude en Irak avec un message neuf : la « montée en puissance » marche, elle est en train de retourner la situation militaire sur le terrain. Leur article paru dans le New York Times a secoué les cocotiers du Landernau fédéral. L’important sénateur démocrate Richard Durbin, du Michigan, a concédé que le surge avait un impact militaire important. D’autres voix démocrates se sont fait entendre sur la même fréquence. La surprise est de taille.

En Irak même, où de puissantes forces tribales se sont ralliées à la stratégie de Petraeus – pour éviter d’être mangés tout cru soit par les tueurs d’al-Qaida, soit par les meurtriers alliés de l’Iran – les prodromes d’un réalignement stratégique sont là, vulnérables mais réels.

C’est également pour des motifs tout pragmatiques que se dégage un mouvement chez les démocrates qui refuse de laisser faire du parti le porte-drapeau de la défaite : certains se souviennent que le triomphe de l’extrême-gauche du parti en 1972, qui fit de l’ultra-pacifiste George McGovern le candidat démocrate à la présidentielle, leur fit non seulement cadeau d’une déroute électorale, mais, parenthèse Carter refermée, trois mandats républicains successifs à la Maison Blanche. Une victoire démocrate pacifiste garantirait une série de triomphes républicains aux élections prochaines. Or l’électorat démocrate n’est pas circonscrit aux gauchistes de San Francisco : les cols bleus qui avaient rallié le drapeau de Ronald Reagan avaient durablement déserté le parti démocrate. Une bonne partie de l’électorat démocrate est conservateur et patriote. Il avait largement approuvé le renversement de Saddam Hussein. La conduite des opérations l’a depuis tourné contre Bush, mais la reprise victorieuse d’une offensive militaire et politique le remettrait dans un sens favorable à Bush et à la guerre.

C’est à cet électorat démocrate conservateur que s’adresse le sénateur démocrate du Connecticut Joe Liberman, ferme soutien de la guerre contre les jihadis ; pour être réélu au Sénat, alors qu’il avait été blackboulé par les activistes gauchistes de son état, le Connecticut, Liberman s’est présenté sous l’étiquette « indépendant. » En novembre dernier les électeurs lui ont fait un triomphe, qui a fait de lieu l’homme-pivot du Sénat. La course aux gauchistes qui a dominé le positionnement démocrate depuis plusieurs années a reçu plusieurs coups d’arrêt. Pour peu que la stratégie du général Petraeus continue de marquer des points, la donne changera plus encore dans les mois qui viennent. Les dés avaient été jetés : ils changent de trajectoire en plein vol.

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Volume VI, Numéro 298 • vendredi le 17 août 2007

Les meilleurs amis de l’Amérique
Caroline Glick
Jewish World Review, 1 août 2007

Adaptation française de Sentinelle reprise du site Desinfos.com.

Dans une grande tentative pour neutraliser l’opposition du Congrès à la vente proposée, l’administration Bush a aussi annoncé son plan d’augmentation de l’assistance militaire annuelle à Israël de quelque 25% l’an prochain, et son espoir que l’augmentation de l’assistance en 2008 sera maintenue par la prochaine administration.

La seconde vente d’armes a été celle rapportée concernant l’accord russe de vendre à l’Iran 250 chasseurs à réaction Sukhoï - 30, et des avions ravitailleurs, capables d’étendre la portée des avions de chasse de milliers de kilomètres. L’armement massif de l’Iran par la Russie via cette vente et d’autres au cours des deux années passées, montre clairement que du point de vue russe, toutes les menaces aux intérêts des USA, dont l’expansionnisme shiite, travaillent à l’avantage de Moscou. Face à cela, ces annonces américaine et russe contrastées semblent indiquer que la géopolitique en est revenue au modèle de la Guerre Froide, avec deux superpuissances en concurrence pour le pouvoir mondial à travers, entre autres choses, l’aide à leurs vassaux pour se combattre l’un l’autre. Pourtant, aujourd’hui, la situation n’est pas la même qu’auparavant.

Aujourd’hui, les USA se retrouvent en concurrence non seulement avec une Russie émergente, mais contre l’Iran, et l’expansionnisme shiite qu’elle fait progresser. De plus, ils se trouvent eux-mêmes attaqués par le jihadisme sunnite, incubé et financé par l’Arabie saoudite, premier allié de l’Amérique dans le Golfe persique.

La vente d’armes proposée par les USA à l’Arabie saoudite a soulevé une critique acérée en Israël et parmi les partisans d’Israël aux USA. Comme les officiels de haut rang l’ont déclaré au ‘Jerusalem Post’ lundi dernier, la vente de « JDAM » à l’Arabie saoudite constitue une menace stratégique envers Israël qui n’a pas de moyen de se défendre contre les installations de JDAM.

Pour évaluer le caractère raisonnable de l’opposition d’Israël à la vente proposée, et pour comprendre la signification de la vente sur la toile de fond de menaces émergentes régionales et mondiales à l’encontre des intérêts de la sécurité nationale des USA, il est important de revoir les actions des USA en faveur d’Israël et de l’Arabie saoudite pendant la Guerre Froide, lorsque le contrôle de l’expansion de l’Union Soviétique dans le monde était le principal objectif de la politique étrangère des USA. Les USA ont tenu Israël à distance jusque après sa stupéfiante victoire contre les vassaux soviétiques, l’Egypte et la Syrie, au cours de la Guerre des Six Jours. A la suite de la victoire d’Israël, les USA ont réalisé qu’Israël était un allié naturel dans le contrôle de la puissance soviétique au Moyen-Orient. En conséquence, ils commencèrent à partir de 1968 à fournir à Israël une assistance politique et militaire. Cette politique a été payante lors de la Guerre de Yom Kippour en 1973, et pendant la Guerre au Liban de 1982, quand Tsahal a bien battu les armées vassales des Soviétiques. De fait, du point de vue des USA, il n’y avait aucun inconvénient à soutenir Israël. Le manque patent d’ambitions expansionnistes d’Israël a assuré que les USA ne souffriraient aucune répercussion nuisible du fait de leur soutien.

La faiblesse centrale de l’alliance USA - Israël était la perception de l’Arabie saoudite comme un allié stratégique par les USA. Cette faiblesse est montée à la position prééminente en 1981, lors de la décision de l’administration Reagan de vendre des avions espions AWACS aux Saoudiens. Comme c’est le cas avec la vente d’armes actuellement proposée par les USA aux Saoudiens, à cette époque, les Israéliens percevaient la vente d’AWACS comme une menace stratégique à leur sécurité nationale. Pourtant, puisque le contrôle de l’expansionnisme soviétique et non la sécurité d’Israël constituait l’objectif stratégique primaire des USA, et comme les USA percevaient l’Arabie saoudite comme un allié contre l’expansionnisme soviétique, l’administration Reagan poussa à la vente, à l’encontre des objections vigoureuses d’Israël.

Pour finir, les AWACS ne furent pas utilisés contre Israël. De même encore, les Saoudiens ne firent rien pour infléchir l’expansionnisme soviétique, ou faire avancer le moindre autre intérêt des USA. Pendant la Guerre du Golfe de 1991, ils ne jouèrent aucun rôle efficace au combat contre l’Irak.

La principale contribution saoudienne à la victoire des USA dans la Guerre Froide, ce fut sa volonté de financer les moudjahidin en Afghanistan, en combattant l’invasion soviétique. Il n’y a pas le moindre doute du fait que la déroute de l’armée soviétique en Afghanistan a joué un rôle central pour provoquer la dissolution de l’Empire Soviétique. Mais il n’ y a pas non plus le moindre doute que la répercussion négative accessoire de la Guerre en Afghanistan a provoqué un énorme dommage à la sécurité nationale des USA, et à la sécurité mondiale dans l’ensemble.

La victoire des moudjahidin armés par les USA et financés par les Saoudiens, contre les soviétiques en Afghanistan, a nourri les aspirations des jihadistes sunnites soutenus par l’Arabie. Cela engendra al Qaïda et fournit des armes et l’expérience du combat à des forces qui reviendraient hanter les USA. Aussi, en ce qui concerne le Moyen-Orient et l’Asie centrale, une leçon primaire de la Guerre Froide est liée au poids relatif que les USA peuvent placer en toute sécurité dans leur alliance avec Israël d’un côté, et leur alliance avec les Saoudiens de l’autre. Israël a utilisé le soutien des USA pour faire progresser aussi bien la sécurité nationale d’Israël que les intérêts géopolitiques des USA sans répercussion négative. Les Saoudiens furent soit inconséquents, ou bien firent progresser les intérêts des USA d’une manière qui provoqua d’énormes effets négatifs.

Aujourd’hui, alors que les USA sont confrontés à l’hostilité russe, à l’expansionnisme iranien et aux jihadistes sunnites financés par les Saoudiens, ils sont encore affligés par le dilemme de la Guerre Froide sur l’importance relative de leurs alliances avec Israël et l’Arabie saoudite. D’un côté, étant donné qu’aujourd’hui le potentiel de répercussion négative dans le soutien à l’Arabie saoudite est de loin plus élevé, et éminemment plus prévisible qu’il ne l’était il y a 25 ans, il devrait sembler clair que dans l’évaluation des ressources et des intérêts stratégiques de la région, les USA devraient placer un poids bien plus élevé dans son alliance avec Israël.

Malheureusement, aujourd’hui l’administration Bush se comporte de façon paradoxale. Elle poursuit son alliance avec l’Arabie saoudite avec vigueur, en rejetant et en minimisant son alliance avec Israël.

L’hostilité de l’administration envers Israël n’est pas limitée à son intention de doter les Saoudiens d’armes capables de détruire des ressources stratégiques d’Israël dans le Neguev. Elle presse aussi activement Israël de ne pas se défendre contre l’Iran et ses vassaux. Depuis la Seconde Guerre du Liban l’été dernier, les USA ont poussé Israël à ne prendre aucune mesure contre le Hamas, vassal de l’Iran, d’un côté, tout en poussant Israël à renforcer le Fatah, qui a lui-même des liens puissants avec l’Iran et le Hamas, de l’autre côté. En poussant Israël à pratiquer une politique de capitulation envers les Palestiniens de Judée et de Samarie, semblable à sa capitulation face aux Palestiniens il y a deux ans à Gaza, l’administration Bush met en avant une politique qui, si elle est exécutée, assurera rien moins que le contrôle iranien sur la périphérie de Jérusalem et d’Amman. Il y a deux causes principales au refroidissement des USA à l’égard d’Israël et de la chaude adoption des Saoudiens. D’abord, l’échec de l’administration à atteindre ses objectifs en Irak a renforcé l’influence des partisans de la Guerre Froide à la saoudienne. Ces partisans, conduits par les disciples de l’ancien Secrétaire d‘Etat James Baker, par la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, et le Secrétaire à la défense Robert Gates, poussent en avant leur projet centré sur les Saoudiens, tout en préparant la voie d’un retrait américain d’Irak sans victoire. Selon la vision du camp Baker, la meilleure manière de faciliter un retrait est de renforcer les Saoudiens, pour qu’ils puissent peut-être éviter qu’après le retrait américain d’Irak, celui-ci ne devienne une colonie iranienne.

La seconde cause de l’hostilité de l’administration envers Israël, c’est la prise en charge irrésolue du gouvernement Olmert lors de la Seconde Guerre du Liban l’an dernier. Comme ce fut le cas il y 25 ans, l’été dernier, le gouvernement Olmert a conduit Israël à la défaite au Liban, il a affaibli la réputation des officiels de l’administration qui considéraient Israël comme un allié stratégique et s’opposaient aux Saoudiens, en renforçant les ennemis d’Israël inspirés par Baker, qui considèrent Israël comme un handicap stratégique.

L’adoption enthousiaste par le gouvernement Olmert de la capitulation comme une politique nationale à l’égard des Palestiniens en Judée et en Samarie sert simplement à renforcer l’opinion de ceux aux USA qui veulent qu’Israël soit un handicap stratégique plutôt qu’une ressource.

Pourtant, les leçons de la Guerre Froide, et celles des quinze années écoulées [depuis les « Accords d’Oslo », Ndt] demeurent claires. Les Saoudiens restent au mieux amis des USA dans le joli temps, alors que la force ou la faiblesse d’Israël a un impact direct sur la sécurité nationale et les intérêts géopolitiques des USA. Comme ce fut le cas pendant la Guerre Froide, de même aujourd’hui, la meilleure option des USA pour le contrôle de l’expansionnisme russe et iranien, et la neutralisation des jihadistes sunnites, c’est de soutenir Israël.

Si les USA désiraient comprendre les leçons limpides de leur expérience de la Guerre Froide au Moyen-Orient, ils ne pousseraient pas Israël à s’affaiblir davantage par des dons de terre aux vassaux palestiniens de l’Iran. Ils ne saperaient pas activement la sécurité nationale d’Israël en fournissant des armes sophistiquées aux Saoudiens. Ils admonesteraient le gouvernement Olmert pour son comportement irresponsable, et exhorteraient Israël à ne pas avancer en tremblant, parce qu’on en a besoin pour le grand combat.

(Caroline B. Glick est contributrice régulière de la JWR, Caroline B. Glick est membre-expert pour le Moyen-Orient du Center for Security Policy [Centre pour la Politique de Sécurité] à Washington, DC, et rédacteur en chef adjoint du Jerusalem Post.)

L'alliance stratégique de l'Iran et la Syrie – volets militaire et économique
Y. Mansharof et O. Winter
MEMRI, Août 14, 2007, No.380

La coopération de l'Iran et la Syrie s'est dernièrement élargie aux domaines militaire, sécuritaire, économique et scientifique. Le nombre de visites réciproques des dirigeants des deux pays et les déclarations qui les accompagnent attestent clairement de ce rapprochement. Ainsi, le guide suprême Ali Khamenei a déclaré, lors d'une visite du président Syrien Bashar Assad à Téhéran en février 2007, que l'Iran et la Syrie avaient une "profondeur stratégique" l'un pour l'autre. La coopération stratégique de ces deux pays est également reflétée par les déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad lors d'une réunion avec le Premier ministre syrien Muhammad Naji Al-Ultri dans le cadre de sa visite de mars 2007: "L'Iran et la Syrie ont des ennemis communs, ce qui nécessite une coordination parfaite face aux plans de l'ennemi ; ceci est possible grâce à un approfondissement maximal des relations entre [nos deux pays]."

Pour sa part, Assad a déclaré à Téhéran en février 2007 qu "il est extrêmement important d"approfondir les relations entre Téhéran et Damas afin de résoudre les problèmes du monde islamique et de permettre le progrès en Iran et en Syrie." En outre, au cours d'une réunion datée du 11 février 2007 marquant le 28ème anniversaire de la Révolution islamique, tenue à l'ambassade d'Iran à Damas, Al-Utri a souligné que "la coopération et la coordination stratégiques entre l'Iran et la Syrie sont la seule façon de faire face aux pressions et aux attaques."

Le rapport de MEMRI en anglais évoque les volets militaire et économique de l'alliance stratégique de la Syrie et l'Iran sur la base de déclarations de hauts responsables des deux pays, de protocoles, de communiqués et d'articles publiés dans les médias arabes et iraniens.

Consulter le rapport de MEMRI en anglais: http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA38007

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Volume VI, Numéro 297 • vendredi le 10 août 2007

LAISSER AGIR L'IRAN, C'EST ACCEPTER L’APARTHEID
Ramin Parham
Le Figaro, le 8 août 2007

La nouvelle n’a plus rien de nouveau mais, noire et alarmante, elle l’est toujours autant : une violente et nouvelle vague de répression, torture, exécutions en série, lapidation, aveux politiques télévisés, arrestations arbitraires et enlèvements, s’abat sur les quatre coins de l’Iran, berceau de la « révolution islamique permanente». Elle révèle, par sa brutalité même, la dialectique conflictuelle des deux volontés antinomiques de liberté et de soumission en Iran.

Un clin d’oeil sinistre à la noirceur de la situation dite “sécuritaire” en Iran, proclamé par les théocrates au pouvoir comme une « démocratie religieuse stable et pérenne » !, montre l’étendue de cette « stabilité » fallacieuse :

Mai 2007, Ahmad Qasabian, Moqdad Khalilpour, Pooya Mahmoudian, Majid Tavakkoli et Majid Sheikhpour, de l’Université Polytechnique Amir Kabir de Téhéran, sont arrêtés suite à la parution d’un journal de campus jugé « insultant au caractère sacré de l’Islam » par les autorités judiciaires. Depuis le 26 juin dernier, 400 à 500 personnes ont été arrêtées dès le lendemain de l’explosion la colère urbaine dans plusieurs grandes villes, y compris dans la capitale, provoquée par le rationnement de l’essence dans un pays ayant engrangé plus de 400 milliard de dollars de revenue pétrolier ces neuf dernières années. Le 5 juillet, Jafar Kiana, accusé d’adultère, est lapidé dans la province de Qazvin, à l’est de Téhéran, tandis que son coaccusée, Mokarrameh Ebrahimi, arrêtée il y a onze ans, languit en prion avec ses deux enfants, en attendant d’être lapidée à son tour.

Le 9 juillet, seize militants du mouvement étudiant sont arrêtés durant la huitième commémoration annuelle de la violente répression du soulèvement estudiantin de juillet 1999, parmi lesquels Mohammad Hashemi, Ali Nikou Nesbati, Mehdi Arabshahi, Hanif Yazdani, Ali Vafaqi, Abdollah Momeni et Mojtaba Bayat. Le 11 juillet, ont été arrêtés Behareh Hedayat et Amir Yaghoub-Ali, militants des droits civiques et membres de la Campagne pour l’Égalité, pétition connue sous le nom d’ « un million de signatures » et réclamant la fin de l’apartheid sexuel en Iran.

Les 9 avril et 10 juillet, sont arrêtés et transférés à la prison d’Évin, au nord ouest de Téhéran, Mahmud Salehi et Mansour Osanloo, respectivement militant du mouvement ouvrier et leader d’une organisation syndicale des transports forte de plus de 17000 membres. Les 18 et 19 juillet, la télévision d’État diffuse les aveux forcés de trois universitaires, dont deux de nationalité américaine et languissant toujours à Évin, accusés d’être les maillons locaux d’un complot américain visant à provoquer une « révolution de velours » en Iran. Le 22 juillet dernier, Saeed Mortazavi, le procureur islamique de Téhéran, annonce l’exécution par pendaison de seize « bandits » et en promet dix-sept autres.

Depuis plusieurs mois, la police islamique des mœurs poursuit sa campagne dite de « sécurité sociale » contre celles et ceux accusés d’être « les panneaux publicitaires ambulants pour la déviation sexuelle occidentale » ou les avant-gardes de « l’offensive culturelle de l’occident ». Parmi les vagues incessantes d’oppression visant à museler la dissidence ethnique en Iran, une déferlante balaie la province du Kurdistan où Abdolwahed Hiwa Butimar, arrêté le 26 décembre 2006 et son cousin journaliste Adnan Hassanpoor, arrêté le 25 janvier 2007, tous deux accusé de « combat contre Allah », Moharebeh en jurisprudence islamique, attendent la peine de mort et où d’autres opposants ont récemment entamé une grève de la faim, tandis que la vie de Mansour Tayfouri, journaliste et traducteur, est également en danger.

La liste noire des exactions du régime islamique peut ainsi être allongée bien davantage, des atteintes aux Droits de l’Homme à l’aventurisme atomique et au terrorisme, utilisés comme instruments géopolitiques. Rien d’étonnant à tout cela malheureusement. Ce qui, par contre, est ahurissant, est l’approche candide et parfois complice du monde extérieur. Tandis que le régime islamique gravit les marches, pas à pas, vers le point de non retour dans son défi à la communauté internationale sur la question nucléaire, continuant pendant ce temps à bâillonner son peuple avec tout le conseil et la technologie que le marché mondial met à sa disposition, il est en effet ahurissant de voir les mêmes apologistes chevronnés des deux rives de l’Atlantique, prêcher pour plus de « dialogue », plus d’échanges commerciaux et moins de sanctions ciblées ! Cependant, la campagne étatique de terreur menée contre le peuple iranien se passe de commentaire : acculés à la perspective de voir les actes jusqu’ici éparses de désobéissance civile s’articuler dans un vaste mouvement de Solidarité à l’iranienne, soutenue par la communauté internationale, les théocrates iraniens sont plus vulnérables que jamais.

Dissidents iraniens de l’intérieur comme de l’extérieur, nous rappelons au monde entier que la crise actuelle a ses racines dans une dialectique des volontés irréconciliables: celle du fascisme contre celle de la liberté. C’est pourquoi, nous demandons à l’Organisation des Nations Unies, à l’Union Européenne et à toutes les institutions internationales de faire pression pour des actions coordonnées et ciblées à l’encontre de la République Islamique d’Iran sur le même modèle qui fut naguère appliqué avec succès contre le régime d’apartheid racial d’Afrique du Sud. Signataires de cet appel collectif, nous rappelons au monde libre que dans une telle dialectique, la défaite n’est tout simplement pas une option envisageable.

[Ce texte est soutenu par plusieurs dizaines de dissidents, intellectuels et artistes. Parmi les signataires, S. Ahy, K. Roosta, H. Zarezadeh Ardeshir, K. Sanjari, M. Irani, F. Saberi, V. Azad, Sh. Abqari, S. Abqari, M. Maqsoodnia, D. Golriz, H. Narenji, A. Mahdavi, E. Ahanian, T. Ahrami (Membres du comité de coordination de Solidarité Iran, constitué à Paris le 17 juin 2007); M. Taqipoor (actrice, dramaturge et réalisatrice de théâtre) ; M. Mohammadi et K. Seyhati (respectivement membre dirigeant et militant du mouvement étudiant) ; mais aussi des militants des mouvements des femmes, ouvriers, étudiants, et organisations civiles des avocats, médecins, et journalistes, ainsi que des familles de prisonniers politiques iraniens. Tous les noms des signataires actuellement en Iran ont été omis pour raison de sécurité.]

(Ramin Parham, un intellectuel iranien est le président du Comité franco-iranien pour la démocratie en Iran.)

LA REVANCHE DE RAFSANDJANI
Serge Truffaut
Le Devoir, le 9 août 2007

Depuis une semaine exactement, un rude combat se poursuit entre les clans qui forment l'élite politique de l'Iran. La cause de cette lutte est toute simple: à la suite du décès de l'ayatollah Ali Meshkini, plusieurs convoitent le siège que celui-ci occupait. Lequel? Celui de président de l'Assemblée des experts, soit l'institution des institutions puisque c'est à elle que revient le pouvoir de nommer comme de démettre le guide suprême.

Cela fait au moins 20 ans qu'Ali Khamenei déteste Ali Akbar Rafsandjani, et vice-versa. Le premier est guide suprême en titre. De lui, on retient que, derrière son masque de placidité, il conjugue toujours la marge de manoeuvre qui incombe à sa fonction avec l'inflexibilité. On ne sera pas étonné d'apprendre qu'il est le chef de file des ultras du régime qui, en Mahmoud Ahmadinejad, l'actuel président, a trouvé son fort en gueule doublé de l'idiot utile. À cet égard, le guide a de quoi être satisfait. Un exemple? On mettra de côté ses vociférations provocatrices pour mieux souligner que ce cher président remercie régulièrement Dieu de ne rien connaître à l'économie. Résultat de cette vantardise imbécile: le pays réputé détenir les deuxièmes réserves connues en pétrole et en gaz importe 40 % de ses besoins en la matière. C'est dire.

Président de l'Iran à deux reprises, Rafsandjani, lui, maîtrise toutes les composantes de la roublardise. Il est roué, intrigant et intéressé. À quoi? À l'addition des pouvoirs ainsi que, et peut-être surtout, à l'argent. Des rumeurs persistantes le créditent d'un magot de plusieurs milliards de dollars. En effet, ce religieux est aussi le premier grossiste de pistaches du pays. Quoi d'autre? Il cumule ces fonctions permettant de jouer les faiseurs de rois: il est président du Conseil de discernement ainsi que premier vice-président de l'Assemblée des experts, ce qui lui a permis d'accéder au poste de... président intérimaire depuis la mort de Meshkini.

En tant que patron du Conseil de discernement, il est donc en mesure d'orienter comme il l'entend les arbitrages qui ont cours entre les Gardiens de la révolution et le Parlement, en plus d'être conseiller politique du guide suprême. Si, le 4 septembre prochain, il est consacré président de l'Assemblée des experts, alors lui reviendront les pouvoirs mentionnés ci-dessus ainsi que celui consistant à superviser, à surveiller les faits et gestes que pose le guide suprême dans son pré carré, celui-ci étant passablement étendu.

En effet, selon la Constitution, le guide suprême a autorité sur le Conseil des gardiens de la révolution, sur la radio et la télévision d'État, sur l'armée, le judiciaire, les services de renseignement, sans oublier... le pétrole. Le président peut choisir tous les ministres du cabinet, sauf celui de l'or noir. Autrement dit, le guide préside, laissant au président le rôle de figurant.

Lorsqu'on s'attarde à la manipulation des pions effectuée par Rafsandjani au cours des derniers mois, il est évident qu'il veut mettre un terme à la carrière politique du guide. Il y a moins d'un, il a brisé un tabou instauré à la naissance de la République islamique d'Iran: critiquer le numéro un du régime. Ensuite, lors des élections municipales et à l'Assemblée des experts, en décembre dernier, il a combattu avec âpreté le président Mahmoud Ahmadinejad, un protégé de Khamenei. À cette occasion, notre grossiste en pistaches a infligé de sévères défaites à ce duo.

À l'évidence, Rafsandjani s'active beaucoup, s'agite sur tous les fronts, pour faire au guide actuel ce qu'il avait fait il y a 20 ans. Dans les jours qui suivirent la mort de Ruhollah Khomeiny, Rafsandjani, alors président, avait intrigué et fait mille et une promesses pour que Khamenei, alors jugé piètre religieux, succède à Khomeiny. Parvenu à ses fins, Rafsandjani fut pendant des années le véritable numéro un du régime. Mais voilà, au milieu de la décennie antérieure, le rapport de force devait peu à peu s'inverser jusqu'à ce que...

... Jusqu'à ce que la présente redistribution des cartes laisse entrevoir un autre changement de tendance. En fait, c'est à se demander ce qui peut résister au rouleau compresseur que conduisent Rafsandjani et ses proches. Chose certaine, ce dernier devrait bénéficier d'un large soutien de la population malgré sa réputation d'homme corrompu. Car la nation iranienne est au bord de la crise de nerfs pour des raisons d'ordre avant tout économique. Sur ce flan, la gestion d'Ahmadinejad s'est avérée une catastrophe. À telle enseigne que, comparativement à l'an dernier, la grande majorité des Iraniens, selon les sondages, veut du pain et non du nucléaire. Du beurre plutôt que des gesticulations, du reste adolescentes.

RÉTROCONTROVERSE : 1994 , PEUT-ON REPRÉSENTER LA SHOAH À L’ÉCRAN ?
Samuel Blumenfeld
Le Monde, le 8 août 2007

La Liste de Schindler de Steven Spielberg arrive sur les écrans français le 2 mars 1994. Sorti trois mois plus tôt aux Etats-Unis, il vient d'y remporter un succès public inattendu, doublé d'un accueil critique quasi unanime. Favori logique pour l'Oscar du meilleur film, qu'il remportera, La Liste de Schindler est également un phénomène social outre-Atlantique. Le président Bill Clinton souhaite que le film soit diffusé dans les écoles.

Le contexte français est différent. Jurassic Park, le précédent film de Spielberg, sorti en septembre 1993, venait de battre les records de fréquentation. Mais dans l'Hexagone, ce succès plaçait à son insu le réalisateur au centre d'une polémique absurde qui en faisait le cheval de Troie américain, symbole d'un cinéma hollywoodien dominateur, voué à la destruction du cinéma français. Nous étions en plein débat sur les négociations de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).

La Liste de Schindler est pourtant, dans un premier temps, salué comme un événement par la presse française. "Ne jamais oublier Auschwitz. Evénement : le nouveau film de Spielberg", titre Le Point. Le Nouvel Observateur choisit une accroche similaire : "Le film événement de Spielberg, La Liste de Schindler". Un papier signé Claude Lanzmann, "Holocauste, la représentation impossible" (Le Monde du 3 mars 1994), consacré au nouvel opus de Spielberg, lance un débat auquel La Liste de Schindler n'échappera plus.

Après les compliments de pure forme, "J'ai vu Les Aventuriers de l'Arche perdue, j'ai vu E.T., j'ai dû voir Les Dents de la mer, et j'aime bien ses films" et la volonté de voir le film sans a priori, le réalisateur de Shoah se lance dans une analyse dévastatrice. Le premier point soulevé par Lanzmann repose sur le dilemme auquel Spielberg s'expose inévitablement : "Spielberg ne peut pas raconter l'histoire de Schindler sans dire aussi ce qu'a été l'Holocauste ; et comment peut-il dire ce qu'a été l'Holocauste en racontant l'histoire d'un Allemand qui a sauvé 1 300 juifs, puisque la majorité écrasante des juifs n'a pas été sauvée ?"

Pour Lanzmann, l'Holocauste soulève surtout le problème de la représentation. Il se réfère à l'un des dix commandements, celui relevant de l'interdit de représentation, pour décrier le principe d'une fiction sur l'Holocauste. Ce débat n'est pas nouveau. Il remonte à 1961, à Jacques Rivette et à son article, "De l'abjection", publié dans les Cahiers du cinéma. Le réalisateur de Paris nous appartient s'en prenait violemment à Kapo, de Gillo Pontecorvo, qui met en scène une adolescente juive déportée avec ses parents. Rivette dénonçait un plan où Emmanuelle Riva se suicide en se jetant contre les barbelés électrifiés.

Les arguments de Rivette seront développés plus tard en 1992 par Serge Daney dans un article intitulé "Le travelling de Kapo", une des pierres d'angle de la cinéphilie en France, où, à la lumière de la série télévisée américaine "Holocauste", le critique estimait nécessaire de décréter un embargo pour aborder ce thème. "En voyant La Liste de Schindler, écrit Lanzmann, j'ai retrouvé ce que j'avais éprouvé en voyant le feuilleton "Holocauste". Transgresser ou trivialiser, ici, c'est pareil : le feuilleton ou le film hollywoodien transgressent parce qu'ils "trivialisent", abolissant ainsi le caractère unique de l'Holocauste."

Sur ces bases, Lanzmann place son propre film, Shoah, sorti en 1985, en référence absolue. Il y a, selon lui, un avant et un après-Shoah, qui fait qu'il lui semblait acquis que certaines choses ne pouvaient plus être faites. La Liste de Schindler se révèle à ses yeux l'opposé de Shoah. La Liste met en scène une histoire singulière, Shoah veut raconter un destin collectif.

Spielberg vise un mélodrame cathartique, Shoah refuse au contraire toute possibilité de pleurer. Lanzmann tournait le dos aux archives, affrontant "le soleil noir de l'Holocauste", quand La Liste reconstitue des documents d'époque et fait de l'extermination "un décor". Enfin, Lanzmann estime certaines séquences de La Liste " ambiguës" et "dangereuses" car introduites sans nuances : le rôle de la police juive, les négociations entre Schindler et les membres du Judenrat (conseil juif nommé par les Allemands), ou la séquence finale en Israël, qui viendrait donner l'idée fausse qu'Israël serait la rédemption de l'Holocauste. "Ces six millions ne sont pas morts pour qu'Israël existe, conclut Lanzmann. La dernière image de Shoah, ce n'est pas ça. C'est un train qui roule, interminablement. Pour dire que l'Holocauste n'a pas de fin."

La tribune de Claude Lanzmann donne lieu à de vives réactions. Dans un article intitulé "Spielberg a eu raison" (Le Nouvel Observateur du 10 mars), Alain Minc et Anne Sinclair reprochent à l'auteur de Shoah son refus du "principe d'efficacité". Marcel Ophuls formule un point de vue encore plus violent dans Positif. Le réalisateur du Chagrin et la Pitié estime être un fervent admirateur de Shoah, "mais cette façon pudibonde, élitiste et tristement rive-gaucharde de vouloir interdire l'Holocauste au cinéma de fiction pour l'éternité me semble suspecte, entachée de provincialisme littéraire". Steven Spielberg réagira plus tard, dans un entretien accordé au Monde en 1998 : "Aucun film, et j'inclus La Liste de Schindler dans le lot, aucun documentaire, même Shoah de Claude Lanzmann, ne peut décemment rendre compte de ce que le monde juif en Europe a enduré, et ce à quoi il a survécu. Mon sentiment est qu'il me fallait en parler, tout au moins essayer. D'une certaine manière, j'ai échoué, comme Claude Lanzmann, comme Primo Levi, comme Elie Wiesel."

L'un des points de vue les plus décisifs exprimés sur la polémique autour de La Liste de Schindler reste celui de Raul Hilberg, dont le livre Exécuteurs, victimes, témoins (Gallimard, 1994) est dédié à Claude Lanzmann. Dans un entretien donné à L'Express, l'historien - mort samedi 4 août (Le Monde du 8 août) - estime puissants les outils de la fiction cinématographique et ne remet absolument pas en cause le côté émotionnel de La Liste. Il n'y trouve par ailleurs aucune erreur historique flagrante. Surtout, Hilberg offrait une piste d'interprétation valide des enjeux suscités par cette polémique. S'appuyant sur Le Chagrin et la Pitié et Shoah, Hilberg estime qu'ils sont finalement "devenus des documents, pas tant d'ailleurs sur l'Holocauste que sur les années 1970 et 1980 et la mémoire elle-même".

C'est bien sûr le destin assigné au film de Steven Spielberg, qui incarne un état précis de l'histoire de la mémoire de la Shoah. Spielberg mettait en scène la vie d'un Juste à une époque où le destin de cette poignée d'hommes qui ont sauvé des juifs était de plus en plus mis en lumière. A un moment aussi où le rôle de l'Etat en France dans la déportation des juifs, à travers Paul Touvier, et plus tard Maurice Papon, se trouvait plus que jamais stigmatisé.

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Volume VI, Numéro 296 • vendredi le 3 août 2007

Réplique à Mario Cardinal - Les pressions du B'nai Brith: quelques nuances...
Moïse Moghrabi
Le Devoir, 31 juillet 2007

Le jeudi 26 juillet 2007, un article est apparu dans la section «Opinion» du journal Le Devoir, écrit par M. Mario Cardinal, relativement «aux pressions du B'nai Brith» quant à la candidature de M. Jocelyn Coulon.

M. Cardinal a l'impression que le B'nai Brith «confond ses propres valeurs», qu'il considère comme «des valeurs idéologiques [et] partisanes», avec «les valeurs canadiennes» qui, selon lui, puisent à d'autres sources.

Il y va en longueur à détailler des valeurs qu'il considère siennes, allant de la désapprobation «sans nuances» de «l'occupation israélienne» à la guerre du Liban de juillet 2006 et à la qualification de la politique américaine au Moyen-Orient «d'hypocrite».

Bien que je respecte tout à fait les opinions ainsi que le droit de M. Cardinal à ses opinions, celles-ci n'ont absolument aucun rapport avec les reproches que le B'nai Brith fait à M. Jocelyn Coulon.

Tout d'abord, étant dans un pays démocratique et nonobstant le droit d'un premier ministre de nommer qui il veut au cabinet qu'il veut, encore faut-il que la personne nommée ait été élue dans son comté au préalable.

Cette élection est un processus démocratique par lequel les personnes allant aux urnes ont le droit de tout savoir sur les opinions et le candidat pour lequel on leur propose de voter.

Il n'a jamais été question de juger «les valeurs canadiennes» en matière de politique étrangère, ni d'en discuter de quelque façon que ce soit, mais plutôt de discuter des positions biaisées qui disqualifieraient M. Coulon du poste qu'il convoite.

Les politiques canadiennes établies

Il existe, à ce jour, des politiques bien établies au Canada vis-à-vis de ses alliés et vis-à-vis du monde en général. Ces politiques n'ont pas changé de gouvernement en gouvernement, que ce gouvernement ait été conservateur ou libéral.

M. Coulon fait plus qu'émettre ses opinions dans ses écrits lorsque, dans son article du 15 septembre 2004, il indique que les Américains massacrent délibérément des civils et que le 11 septembre 2001 est devenu une justification du massacre des musulmans en Palestine.

Dans un article du 15 novembre 2006, M. Coulon se réfère à l'Irak en tant qu' «abattoir» et parle de «carnage» et «de faire cesser la boucherie» dont la source est Washington et Londres, qui entretiennent la guerre et propagent la violence alors que les Irakiens «crève[nt] par milliers».

La nuance est grande entre la désapprobation et même la répugnance envers les pertes de vie et le massacre de la vérité que fait M. Coulon dans un article qui vraisemblablement ne cherche qu'à soulever des sentiments de révolte et de haine envers nos alliés.

Lorsque le B'nai Brith critique M. Coulon quant à sa position sur le Hamas, comme incompatible avec la politique canadienne, il se réfère aux articles répétés de M. Coulon (le 22 février 2006, le 8 février 2007, le 5 avril 2007 et le 19 juin 2007) où, à plusieurs reprises, il appelle l'Occident, dont le Canada, à «négocier» avec le Hamas, qualifiant d'absurde le refus de tout dialogue avec «les fauteurs de troubles» et «les terroristes» (les derniers guillemets sont de M. Coulon), ce qui s'applique, selon lui, au Hamas palestinien. Il cite des auteurs qui partagent sa position, pour appeler les États-Unis à «cesse[r] de marginaliser les autres puissances et de favoriser constamment Israël» -- il est difficile de croire qu'il s'agit d'un ami d'Israël qui ne fait que critiquer sa politique, comme le prétend aujourd'hui M. Coulon.

À l'encontre de la position du Canada

Cette position consistant à négocier avec un groupe terroriste est une position contraire à la politique du Canada, établie par le Parti libéral du Canada. Il ne s'agit aucunement de discuter de «vrais valeurs canadiennes», comme le prétend M. Cardinal.

Le 1er mars 2007, M. Coulon affirme que «toute cette agitation martiale autour de l'Iran, tous ces coups fourrés» n'ont rien à voir avec la sécurité de la région, il dit que «tout cela fait parti d'une campagne de provocation graduelle visant à augmenter la pression sur l'Iran» dans le but de préparer la «joyeuse guerre [,] destinée à remodeler le nouveau Proche-Orient». M. Coulon fait abstraction tant de la position du Canada aux Nations Unies que des pressions que tente d'exercer l'ONU sur l'Iran pour faire cesser ses activités nucléaires. Les opinions de M. Coulon vont à l'encontre de la politique du Canada.

Lorsque, le 29 mars 2007, M. Coulon écrit que «le terrorisme islamique» est une «menace insignifiante » et que l'Iran est une menace «parfaitement neutralisable [ ]», il fait fi de la politique du Canada concernant ces problèmes, y compris la position du Parti libéral qui a initialement instauré la loi antiterroriste, ainsi que de la réalité des attentats et des activités terroristes, à New York, Madrid, Londres, Toronto, au Maroc, en Égypte, et dernièrement des événements à la Mosquée rouge au Pakistan.

Avec l'incitation au génocide des Juifs par le président iranien et le développement nucléaire accéléré de l'Iran, ainsi que le soutien documenté à des groupes terroristes par cet État, n'est-il pas légitime pour le B'nai Brith d'être préoccupé par les opinions de M. Coulon. qui n'y voit pas de menace sérieuse?

Les citations ci-haut ne sont qu'un petit échantillon des écrits de M. Coulon, qui sont d'ailleurs intégralement disponibles dans Internet, et l'on ne peut s'empêcher de s'inquiéter de la direction que prendra un gouvernement au sein duquel M. Coulon serait le conseiller expert en matière internationale, compte tenu de ses positions bien arrêtées sur ces sujets.

Tout est question de nuances.

Moïse Maghrabi est Conseiller juridique de B'nai Brith Canada pour la région du Québec

L'organisation terroriste al-Qaida au bord de la scission
Alexandre Adler
Le Figaro, 31 juillet 2007

Notre grand théâtre classique l'avait très largement pratiqué, Hegel l'avait théorisé en des formules définitives, le dernier acte ressemble au premier et rassemble les mêmes protagonistes, ou bien, si on veut le dire à l'allemande, la négation de la négation, le troisième terme de la dialectique nous ramène inexorablement à la genèse affirmative du premier mouvement. Il y avait dans l'entrée en scène tonitruante d'al-Qaida, le 11 septembre 2001, une ambivalence et une énigme. Et voici que les deux sont en passe de se résoudre sous nos yeux incrédules.

Ambivalence : al-Qaida n'a jamais pu, malgré son ambition fondatrice, représenter un état-major, même en gestation, de l'ensemble du mouvement islamiste. Al-Qaida, dans le même temps, a aussi représenté la coagulation des forces les plus radicales de la mouvance islamiste, en polémique implicite avec le coeur égypto-saoudien du mouvement, la combinaison des Frères musulmans du Caire et des oulémas wahhabites du Nedjd saoudien.

Cette fêlure, de temps à autre explicitement perceptible, trouve son origine radicale dans la différence de situations entre Égypte et Arabie saoudite. Instruits par leurs déconvenues pendant la terrible répression nassérienne et par leurs succès sociétaux de plus en plus tangibles sous Sadate et bien plus encore sous Moubarak, les dirigeants de la confrérie ont renoncé à tout léninisme pour choisir un encerclement lent et négocié de ce qui reste d'État laïque égyptien. Ce faisant, ils créaient par leur choix d'un compromis historique avec l'armée et les services secrets égyptiens les bases d'une véritable scission « gauchiste », laquelle prit plusieurs visages dans les vingt dernières années de l'histoire égyptienne mais devait trouver dans Ayman Zawahiri son incarnation dominante.

Grand chirurgien au faîte de son prestige social et petit-fils d'un « cheikh d'al-Azhar » - c'est-à-dire d'un personnage qui tient quasiment lieu de Souverain Pontife du sunnisme -, le docteur Zawahiri incarne la révolte radicale d'une élite arabo-musulmane à la recherche d'une véritable utopie, proche de ce que furent les Khmers rouges dans le contexte asiatique. Au contraire, fils de famille adulé par la jeunesse de son pays et longtemps dorloté par ses services secrets, Oussama Ben Laden n'a jamais connu la douleur des scissions ni l'angoisse de l'isolement politique.

Ses liens avec l'entourage intégriste du ministre saoudien de l'Intérieur Nayef, ainsi qu'avec les principaux chefs de l'État profond pakistanais, y compris sa branche nucléaire du célèbre AQ Kahn, en font un prophète confiant dans le caractère majoritaire de sa démarche. Au reste, il n'a jamais été ni dénigré ni critiqué par la direction des Frères musulmans, ni même par l'OLP d'Arafat, le Baas de Saddam Hussein, encore moins par la vaste mouvance islamiste pakistanaise au pouvoir dans les deux provinces non indiennes du pays, le nord-ouest et le Baloutchistan.

Énigme aussi, par conséquent. Jusqu'à quel point les deux stratégies, égyptienne et saoudienne, demeurent-elles compatibles ? La dernière estimation des services de renseignement américains au président Bush (NIE) fait état d'une scission bien en marche à l'intérieur même de la direction d'al-Qaida entre Zawahiri et un Ben Laden, sans doute diminué par un état de santé branlant.

Ce ne sont pas des considérations de personnes qui ont dicté cette rupture en marche, mais bien la résolution des ambiguïtés présentes depuis toujours : si on connaît en effet le double jeu plus qu'irritant de l'armée pakistanaise entre Ben Laden et Bush, on a sous-estimé jusqu'à présent à quel point les équations doivent se lire toujours dans les deux sens. Le coup de tonnerre qu'aura été l'assaut de la Mosquée rouge d'Islamabad par l'armée du général Musharraf, vigoureusement soutenu depuis son exil de Dubaï par Benazir Bhutto, représente une défaite stratégique gravissime pour al-Qaida, dont l'activité n'avait jusqu'alors jamais été sérieusement empêchée par les autorités pakistanaises véritables. Mais dans l'affaire de la Mosquée rouge, on sous-estime aussi l'importance de la pression chinoise qui s'est exercée sur le président pakistanais après que les talibans locaux eurent liquidé un groupe d'agents de Pékin, par ailleurs tenanciers d'un salon de massage très fréquenté par l'élite pakistanaise. Ici, nous touchons à un autre des points sensibles de la crise depuis le début : la nécessité pour le Pakistan de suivre la Chine, proliférateur en chef de son programme nucléaire et seul contrepoids stratégique aux pressions américano-indiennes sur le pouvoir d'Islamabad.

Petit détail qui n'est pas sans importance, les services secrets pakistanais ont donc lâché les intégristes ouïgours et par extension ouzbeks et kirghiz venus combattre sous l'étendard d'al-Qaida, tandis qu'ils continuaient d'apporter le maximum de soutien aux talibans insurgés en Afghanistan et associés avec eux dans un trafic d'opium de plus en plus lucratif, lequel inclus la mafia musulmane de Bombay. Dans cette affaire, les « Arabes », c'est-à-dire les cadres saoudiens et émiriens dont Ben Laden est la figure de proue tutélaire, ne souhaitent ni rompre avec l'armée pakistanaise et son allié chinois, ni avec la fraction dure et antiaméricaine de l'État saoudien. Zawahiri au contraire, qui a &eac