Communiqué Isranet
avril 2007
Un service de l ’I.C.R.J.
l L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume VI, Numéro 283 • vendredi le 27 avril 2007

Les Montréalais célèbrent le 59e anniversaire d'Israël
Malorie Beauchemin
La Presse, 25 avril 2007

Des milliers de drapeaux bleu et blanc à l'effigie de l'étoile de David ont envahi les rues de Montréal, hier, pour célébrer le 59e anniversaire de la création de l'État d'Israël.

Rencontré au hasard de la foule, Mitch Sohmer, âgé de 21 ans, n'a jamais mis les pieds en Israël, mais y est profondément attaché. «Je suis né juif et c'est la seule chose que j'aurai pour le reste de ma vie», dit-il, un drapeau israélien sur le dos. «Nous sommes ici pour démontrer notre solidarité avec Israël. Je suis très fière des gens qui sont là-bas et qui continuellement se battent pour préserver ce que nous sommes en tant que peuple», ajoute-t-il.

Shir Herman, étudiante à Concordia, est quant à elle née en Israël. «Je suis venue à la marche pour dire aux Israéliens qu'on ne les oublie pas, même si on n'est pas avec eux», raconte-t-elle.

Au milieu de cette foule bigarrée, une délégation de politiciens se fraie un chemin. Parmi eux, Russell Copeman et Lawrence Bergman, députés à l'Assemblée nationale; le ministre conservateur de la Sécurité publique, Stockwell Day, et une délégation libérale fédérale : le chef Stéphane Dion, les députés Irwin Cotler et Raymonde Folco.

Arrivés au point de ralliement, les représentants du gouvernement se sont mis à danser au son d'une musique israélienne au rythme enjoué. Devant cette image pour le moins étonnante de Stockwell Day et Stéphane Dion faisant quelques pas de danse côte à côte, le consul général d'Israël pour le Québec, Marc Attali, s'est réjoui. «Les politiciens sont ici pour envoyer un message clair : que le Canada est un allié d'Israël, a souligné M. Attali. Ce grand rassemblement démontre un appui solide à la seule démocratie du Moyen-Orient.» Selon l'organisation, plus de 7000 personnes auraient participé à la marche.

Dans son discours, le chef libéral a tenu à présenter les grandes lignes «de la politique pour le Moyen-Orient et Israël» de son parti. Nous allons continuer, avec fierté, à défendre le droit d'Israël d'exister, en paix et en sécurité. C'est là l'un des fondements de notre politique étrangère, a lancé M. Dion à la foule. Nous allons continuer d'appuyer une solution reconnaissant la coexistence de deux États indépendants, démocratiques et en sécurité, Israël et la Palestine. Nous allons rester ferme dans notre condamnation du terrorisme.»

Il a toutefois ajouté que la défense de l'État hébreu n'était «pas une cause partisane», mais plutôt «une cause pour toutes les démocraties».

M. Day a pour sa part rappelé que l'an dernier, après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes, «le premier ministre (Stephen Harper) a été le premier leader international à se tenir debout, aux côtés d'Israël, pour la démocratie et contre le terrorisme».

La marche s'est déroulée sans heurts. Seuls quelques juifs hassidiques sont venus dénoncer l'État d'Israël, qu'ils rejettent. Ils ont été tenus à l'écart du rassemblement par des dispositifs de sécurité importants.

Vers la fin de la dérive de l’iceberg des sables saoudiens?
David Bensoussan

L’Arabie saoudite n’est pas à l’avant-plan de la politique internationale et pourtant elle joue un rôle majeur, trop souvent ignoré. D’une part, ses richesses pétrolières lui offrent un levier d’action et d’influence extraordinaire. De l’autre sa version radicale de l’islam, le wahhabisme, donne une coloration prononcée à ses initiatives.

La perception qui prévaut le plus souvent du temps est que l’Arabie saoudite est assujettie aux États-Unis. Rien de plus faux pourtant: Plusieurs fois, l’Arabie saoudite s’est démarquée des États-Unis : En décrétant l’embargo pétrolier contre l’Occident en 1973; en refusant de collaborer avec les enquêteurs américains suite à l’attaque suicide sur le vaisseau USS Coles (probablement du fait que les terroristes jouissent d’une sympathie certaine auprès des grandes familles saoudiennes); Après que Saddam Hussein eut envahi le Koweït et qu’il menaça l’Arabie saoudite, des raisons religieuses furent invoquées pour justifier une présence militaire américaine sur le sol d’Arabie. Mais c’est en grande partie en raison de l’opposition de l’Arabie saoudite que la coalition réunie pour libérer le Koweït n’a pu continuer en Irak pour renverser Saddam Hussein : en effet, l’Arabie saoudite préférait contenir cet ennemi, plutôt que de faire face à un lendemain où l’Irak affaibli augmenterait l’influence iranienne dans la région; Enfin, l’Arabie saoudite a refusé aux Américains le droit d’utiliser leurs bases militaires en Arabie saoudite peu avant le déclenchement de la Seconde guerre du Golfe, toujours pour la même raison. Le Hezbollah fut condamné durant la guerre libano-israélienne de 2006, toujours et encore pour la même raison. Le plan de paix saoudien pour le Moyen Orient (qui fut par la suite amendé par la ligue arabe et par là même rendu impraticable) a été inspiré par la volonté de stabilisation de la région, un certain réalisme devant la stérilité des solutions radicales mais aussi par la considération visant à freiner l’influence iranienne. De ce qui précède, il ressort que la politique saoudienne est bien plus dépendante du clergé wahhabite que de l’Occident.

D’où provient l’antagonisme arabo-iranien? Ces deux pays, bien que musulmans, appartiennent à des nationalités différentes et adhèrent à des versions opposées de l’islam. Le wahhabisme se rattache à la branche sunnite de l’islam tandis que l’Iran se rattache à la branche chiite. Cette seconde branche croit en l’arrivée d’un douzième imam caché, une forme de Messie en quelque sorte, et ceci constitue la plus grande des hérésies pour les Sunnites qui voient en le prophète Mahomet le sceau de tous les prophètes. Une des constantes de la politique saoudienne moderne a consisté à contenir l’Iran et son influence en Irak et à venir en aide aux régimes sunnites. C’est la raison pour laquelle l’Arabie saoudite a financé l’effort de guerre irakien durant la guerre irako-iranienne.

La révolution iranienne en 1979 a suscité une grande admiration dans les pays musulmans car elle invitait à un retour aux valeurs islamiques. Mais cette admiration n’a pas suffi pour les rallier à la bannière iranienne. Au sein du monde musulman, la famille royale saoudienne était respectée du fait qu’elle ne s’était jamais éloignée du clergé wahhabite. Les nombreuses œuvres pieuses de feu le roi Fayçal dans le monde islamique et son embargo pétrolier en 1973 en avaient fait un héros auprès des masses. En outre, beaucoup de pays musulmans ne voulaient pas que l’on remette en doute leur légitimité islamique, voire même une remise en question de leur pouvoir politique par les populations chiites. Les pèlerins iraniens au Hajj annuel à La Mecque se lancèrent dans des campagnes de propagande et, en 1987, les pèlerins et la police saoudienne s’affrontèrent. 402 personnes périrent. Khomeiny affirma alors que les sites religieux islamiques ne devaient pas être la propriété d’un seul gouvernement, surtout si ce dernier n’était vraiment pas islamique, déclenchant les foudres des autorités saoudiennes. Aussi, Khomeiny fut présenté en Arabie saoudite comme un autre Chiite fourbe nageant dans l’erreur. L’antagonisme séculaire entre Iraniens et Arabes allait prendre maintenant la tournure d’un antagonisme sunnite-chiite.

Nulle part ailleurs qu’en Arabie saoudite, le défi de la révolution iranienne fut contré avec autant de force. La discrétion médiatique de l’Arabie saoudite est loin de signifier que sa politique en soit une de passivité. Les immenses réserves pétrolières allaient maintenant servir à contrer l’expansionnisme iranien. Des milliers de prêcheurs furent envoyés dans les pays musulmans et le royaume finança un très grand nombre de causes islamiques. Un réseau impressionnant de mosquées, d’institutions éducatives, de séminaires, de prêcheurs, de journalistes et d’académiciens fut déployé dans le monde musulman. Pour contrer le fondamentalisme iranien, on encouragea les différentes expressions du fondamentalisme sunnite et notamment dans les pays entourant l’Iran, y compris dans les républiques du Sud de l’Union soviétique. L’idéologie wahhabite y fut propagée et beaucoup devinrent dépendants du patronage saoudien. Au Nigeria, au Bahreïn et en Malaisie, on considéra les revendications réformatrices comme des complots antigouvernementaux chiites. Les mouvements fondamentalistes qui émergèrent en Asie centrale et dans les républiques du Caucase n’étaient plus d’obédience chiite, mais sunnite. L’Arabie saoudite dépêcha de nombreux volontaires pour combattre les Soviétiques en Afghanistan, finança le régime des Talibans et contribua au financement de la bombe atomique pakistanaise après la révolution anti-chiite déclenchée en 1977 par le général sunnite Zia Al-Haq.

Nombreux sont les prêcheurs saoudiens qui utilisent un langage vitriolique pour prôner la guerre contre les Américains et contre les Chiites. Mais les fondamentalistes sunnites sont allés plus loin et se sont retournés contre le régime saoudien. Peu après la révolution iranienne, un groupe de Wahhabites fanatiques avaient pris d’assaut la Grande mosquée de La Mecque. Aujourd’hui, les régimes saoudite, jordanien et koweitien sont opposés aux terroristes sunnites dont ils pourraient être les prochaines victimes. Mais ils ont avec eux un intérêt commun, soit celui de briser le monopole des Chiites en Irak et d’autre part, ils craignent tous l’agressivité iranienne. Le roi Abdullah de Jordanie a mis en garde contre la formation d’un croissant d’influence iranienne chiite allant du Liban à l’Iran. L’éditeur du magazine saoudien Al Salafi a déclaré récemment : « L’Iran est devenu plus dangereux qu’Israël. La révolution iranienne est venue renouveler l’influence perse dans la région. C’est cela le vrai conflit des civilisations.» De son coté, Al-Qaïda souhaite une guerre civile sunnite-chiite qui puisse rendre caduque l’intervention américaine en Irak et livrer bataille contre l’hérésie chiite.

L’Occident a eu une attitude complaisante envers les extrémistes sunnites et les excès sunnites au Pakistan ou en Afghanistan ont été ignorés, tout comme l’avait été le massacre des Chiites par Saddam Hussain au lendemain de la première Guerre du Golfe. L’Occident a fermé les yeux devant les fondamentalistes sunnites en pensant que les fondamentalistes chiites étaient l’ennemi. Jusqu’à ce que le 11 septembre vienne le réveiller de plein fouet. La majorité des terroristes qui ont agi contre les tours de la Bourse étaient originaires d’Arabie saoudite. Et on commence à peine à réaliser la teneur radicale de certains enseignements octroyés non seulement en Arabie saoudite, mais aussi dans les milliers de mosquées d’obédience saoudienne de par le monde. On commence à peine à prendre conscience de la dérive de l’immense partie immergée de l’iceberg des sables saoudien.

Aujourd’hui, les leaders saoudiens - dont plusieurs ont été formés dans les universités occidentales – prennent conscience d’une double réalité : d’une part, les Occidentaux se méfient énormément des fondamentalistes sunnites (dont certains se retournent contre la monarchie saoudienne). D’autre part, la guerre du Liban a mis à jour les ambitions militaires régionales de L’Iran qui utilise les populations chiites comme des pions dans sa stratégie d’affirmation en tant que grande puissance. Cette double réalité pourrait être à la source de nouveaux réalignements qui se démarqueraient de la politique saoudienne traditionnelle : une participation plus active pour faire avancer le processus de paix israélo-palestinien et un ralliement de l’ensemble des états voisins pour contrer l’Iran. Mais soutenir les sunnites irakiens tout en contenant les débordements des radicaux sunnites qui sont farouchement anti-chiites va poser tout un défi.

(David Bensoussan est professeur à l’École de technologie supérieure)

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Volume VI, Numéro 282 • vendredi le 20 avril 2007

Mort héroïque d'un professeur
Agnès Gruda
La Presse, 18 avril 2007

Il a survécu au ghetto et aux nazis lorsque son pays, la Roumanie, s'est allié avec le Troisième Reich. Il a par la suite refusé de se compromettre avec le régime communiste de Nicolae Ceausescu, même s'il mettait sa carrière en péril. Puis il a vécu dans un autre pays qui ne manque pas d'occasions de mettre sa vie en péril : Israël.

Mais sa chance s'est arrêtée là. Le professeur de génie et de mathématiques Liviu Librescu a été tué lundi sur le campus de l'Université Virginia Tech, à Blacksburg, alors qu'il tentait de sauver la vie de ses étudiants en bloquant de son corps la porte de sa classe - empêchant ainsi Cho Seung-hui de transformer son cours en carnage.

Pendant que Liviu Librescu tentait de faire obstacle au tireur, ses étudiants sautaient par les fenêtres du Norris Hall, fuyant le tireur. Ce dernier a fini par vider son chargeur dans la porte, tuant le professeur, mais a fait aussi de lui un héros. Ironiquement, l'homme âgé de 76 ans est mort le jour même de la commémoration de l'Holocauste.

«Mon père a bloqué la porte avec son corps et a demandé aux étudiants de fuir», a dit le fils de Liviu Librescu, Joe, lors d'une conférence de presse à Tel-Aviv. Il citait les nombreux courriels de témoignages que des étudiants ayant échappé aux balles du tireur ont envoyés à l'épouse de leur professeur, Marlena.

Joe Librescu a aussi souligné à quel point le travail était important dans la vie de son père. «Son travail était le sens de sa vie.»

Liviu Librescu a connu les camps de travail, puis le ghetto de Focsani où le régime collaborateur roumain a parqué des milliers de Juifs. Après la guerre, il a travaillé dans une compagnie aérospatiale, mais selon son fils, sa carrière piétinait parce qu'il refusait de collaborer avec le régime communiste roumain.

Il a même été congédié après avoir fait sa demande d'émigration en Israël. Finalement, il a fallu que le gouvernement israélien intervienne en sa faveur pour que Liviu Librescu puisse quitter son pays, a raconté son fils.

Arrivé en Israël en 1978, le professeur a passé une année sabbatique au Virginia Tech en 1985, pour finalement s'établir à Blacksburg. Ses deux fils ont étudié Virginia Tech.

Sa mort héroïque a été soulignée par la Polytechnique de Bucarest, où il a reçu un diplôme postdoctoral. Ses anciens collègues ont placé une bougie et des fleurs devant sa photo.

Spécialiste de l'aéroélasticité, Liviu Librescu a reçau plusieurs subventions de la NASA et de nombreuses récompenses pour ses travaux.

Avec AFP, AP, HAARETZ et CNN

UNE ÉLECTION DÉSARMANTE
Anne Bayefsky
National Review, 4 avril 2007

Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com

Que vous le croyez ou non, le 9/4/07 il y eut aux Nations Unies un moment extraordinaire.

Au moment où le président Iranien Ahmedinejad déclarait que son pays était maintenant capable d'enrichir son uranium à l'échelle industrielle, l'Onu réélisait l'Iran comme vice-président de la Commission du Désarmement de l'Onu.

Oui mes amis! Le même organisme de l'Onu chargé de promouvoir la non-prolifération nucléaire vient d'installer en position éminente le pays que le Conseil de Sécurité a récemment désigné comme violant les résolutions de non-prolifération…

Ainsi à la Centrale nucléaire de Natanz, Ahmedinejad jubile: "Avec une grande fierté, j'annonce aujourd'hui que notre cher pays est parmi les nations du monde qui produit de l'uranium enrichi à l'échelle industrielle". Et à New York, grâce aux méthodes onusiennes, Seyed Mohammad Ali Robatjazi, le vice-président du Désarmement Iranien s'insurge contre les Etats-Unis et le lobby sioniste qui ne se soumettent pas aux règles du traité de non-prolifération nucléaire.

Il a suffi de 5 jours à l'Onu pour réhabiliter l'Iran après que ce pays eut renvoyé chez eux les marins britanniques qu'il avait kidnappés dans le Golfe Persique. Et la veille le 8/4, la seule victime de sexe féminin, Faye Turney, révélait que ses ravisseurs l'ont dénudée, enfermée dans une cellule-cage réfrigérée et l'ont soumise à une torture morale pour lui faire croire que sa mort était imminente. Et pendant le déroulement de ces événements, le 26/3, l'ambassadeur du Mexique Luis Alfonso, président du Conseil des Droits de l'Homme de l'Onu annonçait ceci:

"Je voudrais vous annoncer ce qui a été décidé par le Conseil, primo, …. Après de nombreux débats, le Conseil a examiné la situation des Droits de l'homme… dans la République Islamique d'Iran… Secundo, … Le Conseil a décidé de renoncer à examiner la situation des droits de l'homme en Iran….Tertio, …. Les membres du Conseil ne doivent plus révéler en public les pièces examinées et les décisions confidentielles prises à l'égard de l'Iran…"

Et ce n'est pas une mauvaise plaisanterie. L'Onu est fêtée par beaucoup de pays comme le lieu où on fait des progrès dans le monde d'aujourd'hui. Le représentant américain Tom Lantos, président du Comité des Affaires Etrangères de la Chambre a déclaré lors d'un rapport sur la réforme de l'Onu en février "L'Onu fournit un soutien vital et en profondeur aux initiatives américaines de politique étrangère, y compris celles concernant l'Iran et pour avancer, on devrait y élever notre niveau diplomatique"

La terminologie "élever" souffre d'une amnésie, sans dire où cette élévation risque de nous mener. Lantos et son ami l'ex-secrétaire général Koffi Annan ont pendant longtemps bu à la même source. Le nouveau Conseil des Droits de l'Homme de l'Onu est l'œuvre de K Annan. Lantos est le principal partisan pour que l'Amérique rejoigne ce Conseil…, où avec 1 voix sur 47, nous sommes supposés nous exercer à sauter au plafond et retomber. Il faut rappeler qu'à sa propre initiative, K Annan est parti à Téhéran en Septembre dernier et a demandé au monde de ne pas isoler l'Iran tout de suite, après que la président Iranien eut ignoré les limites fixées par le Conseil de Sécurité, pour que l'Iran cesse d'enrichir son uranium. Lantos confessa au Comité de la Chambre fin février que pendant 10 ans il avait mendié un visa pour aller en Iran et qu'il s'y précipiterait dès qu'un visa lui aurait été accordé. Et Tom Lantos était très heureux de son récent voyage en Syrie avec Nancy Pelosi, le speaker de la Chambre. Et il partage le point de vue de l'Onu que la Syrie, le parrain du terrorisme le plus important dans le monde, devrait devenir un acteur prépondérant dans le jeu diplomatique mondial.

Et après l'élection de l'Iran, comme vice-président de la Commission du Désarmement de l'Onu, la Syrie a été élue comme Rapporteur.

La ligne de démarcation entre diplomatie onusienne et farce a été franchie. La vraie tragédie est qu'une frontière défendable entre un monde libre et respectueux des Droits et la caverne de nos ennemis est en train de disparaître avec elle.

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Volume VI, Numéro 281 • vendredi le 13 avril 2007

Grosse baisse de régime à Washington
Laurent Murawiec
Metula News Agency, info # 010504/7, 5 avril, 2007

Une fois disparu l’esprit d’une politique, n’en subsistent que des lambeaux, sortes de vers de terre coupés en morceaux, qui s’agitent indépendamment. Naguère, l’administration Bush eut une stratégie pour le Moyen Orient. Sous des noms et des aspects différents, il s’agissait de moderniser en substance ou - avec plus d’ambition encore - de démocratiser la région pour la stabiliser et empêcher qu’elle ne fabrique et n’exporte la terreur djihadiste. L’administration partait d’un constat de décès de la stratégie américaine antérieure, qui avait prévalu depuis 1943, et consistait à sécuriser le pétrole en maintenant une stabilité géopolitique appuyée sur les dictateurs et les despotes. C’est ainsi que les Etats-Unis participèrent à leur ascension - Nasser, appuyé par la CIA, 1952-56 -, les remirent en selle lorsque c’était nécessaire – le Shah d’Iran contre Mossadeq, 1953 –, fermèrent les yeux sur leurs turpitudes - l’exportation du salafisme djihadiste par le royaume saoudo-wahhabi -, et, aussi, les courtisèrent, afin qu’ils n’en rajoutent pas trop en matière de terreur, voir Assad et Cie. Quand bien même cette politique avait failli de façon retentissante, en 1973-74, avec la première crise du pétrole, et en 1978-79, avec la chute du Shah et l’irruption de Khomeiny, le pli était si bien pris qu’il avait survécu à tous les fripements.

La marmite où batifolaient dictateurs et despotes était un bouillon de mauvaise culture ; une soupe amère y avait mijoté qui bouillait de haine envers les Etats-Unis. Il fallut le 11 septembre 2001 pour que la faillite se transforme en banqueroute, et que le syndic se trouve contraint à la déclarer. Le syndic, ce fut Bush. Il fallait à l’Amérique une politique de remplacement. George Bush, affolé et impréparé, se tourna vers l’équipe qu’il avait amenée au pouvoir. Comme toute équipe présidentielle américaine, le cabinet Bush était un essaim hétérogène, dont le seul vrai dénominateur commun était le président. La politique étrangère du président tournait autour de l’équipe dite des « Vulcains » (du nom d’une espèce extra-terrestre de la série télévisée de science-fiction Star Trek), qui comprenait Mlle Condoleezza Rice, future conseillère à la sécurité nationale, puis Secrétaire d’Etat, Richard Armitage, futur numéro deux du même département, Richard Perle, ancien reaganien, qui présiderait le Conseil consultatif de la défense, le général (CR) Colin Powell et le vice-président Cheney.

Bush était arrivé à la Maison Blanche avec un sérieux déficit. Et ce n’est pas lorsqu’on se trouve au pouvoir qu’on accumule un capital intellectuel, c’est là qu’on le dépense. Mais les instincts politique et surtout moraux du président suppléaient cahin-caha à ses lacunes. Ici et là, il s’amarrait à une source d’inspiration, tel le livre de Nathan Sharanksy sur la démocratisation du Moyen Orient, qui devint un temps son bréviaire, ou celui du professeur Eliott Cohen, Supreme Command, un excellent best-seller qui analysait les rapports entre les chefs politiques (Churchill, Lincoln, Clemenceau, Ben Gourion) et leurs généraux en temps de guerre.

Mais il ne suffit pas de lire un livre de temps en temps et d’être captivé par ses conclusions pour être un bon président des USA. Le déficit préexistant devait être comblé ; Cela forçait le président à emprunter du capital intellectuel auprès de gens de son entourage, et à affermer des volets et des pans de sa politique à divers individus. De fait, si le patron de l’exécutif avait eu l’esprit solidement fixé sur des objectifs et sur les moyens de les atteindre, il n’aurait pas eu recours aux prêts. Mais puisqu’il était plutôt flottant, il fut contraint de s’endetter.

Encore, des emprunts de ce genre doivent être cohérents, car s’ils ne le sont pas, le bilan se gâte. C’est effectivement ce qui s’est passé : tant que le succès couronnait le parcours suivi par la politique présidentielle – victoire en Afghanistan, renversement de Saddam, abandon du programme nucléaire libyen, retrait des troupes syriennes du Liban – cela masquait les failles. Mais rien n’est plus ravageur pour le maquillage que les revers ! Une fois venu le temps des déboires, les fêlures se firent ravines. Bush laissa son autorité être défiée par une grande partie de son propre gouvernement et par la bureaucratie censée le servir. Son autorité s’érodait avec son incapacité à faire respecter sa politique : l’appareil des affaires internationales était en révolte, une grande partie de l’appareil du renseignement extérieur en insurrection. L’affaiblissement de l’autorité centrale donnait licence aux barons et aux baronnies pour se conduire en toute indépendance, ce qu’elles firent, bien sûr, avec délectation.

Voici donc la CIA revenue à ses amours traditionnels pour les dictateurs et les despotes, tout comme le département d’Etat. Le tableau de l’Iran qu’ils propagent, à nouveau, est celui où les « modérés » doivent être soutenus par les Occidentaux dans le cadre d’un « dialogue » et d’un « engagement constructif ». L’objectif déclaré de ce revirement consisterait à les renforcer dans leur lutte contre les « extrémistes » du genre d’Ahmadinejad.

Mais quels sont les Iraniens modérés qu’ils se sont trouvés ? - Hachémi-Rafsanjani, le « modéré » qui fut le premier à préconiser l’anéantissement nucléaire d’Israel ! De même que celui à qui revient l’Oscar des « modérés », l’ex-président Khatami, qui vient de discourir, au Caire, sur le thème : « le nucléaire est notre droit national ; nous sommes prêts à négocier avec les Américains si Allah leur donne un cerveau ! ».

Il faut donc faire des concessions, se rouler sur le tapis vert, laisser le temps au temps. Et, bien entendu, puisque tous les leaders arabes et musulmans vous expliquent, comme l’Abdallah mollasson qui sert de roi à la Jordanie, que « le problème fondamental du Moyen Orient, c’est la question palestinienne » - ex son discours au Congrès américain en mars 2007 -, il devient absolument indispensable de « régler » ledit problème. Et notre ami le roi d’Arabie saoudite, Abdullah I, qui vient de déclarer la présence américaine en Irak « illégale » ! Après tant d’années passées à mendigoter les bonnes grâces de sa Pétrolière Majesté, quelle disgrâce… C’est au point que même le propret muscadin Nick Burns, numéro deux du département d’Etat, a suggéré, s’effrayant sans doute de sa propre audace, que Riyad devait des explications à Washington. « Oignez vilain, il vous poindra, poignez vilain, il vous oindra », dit le merveilleux français médiéval. Pour l’heure, on oint sans poigner, et le vilain ne se gêne pas pour vous dire votre fait avec effronterie.

Voilà donc Mlle Rice repartie pour un tour de manège ; son staff a réussi à détecter, dans le dictionnaire des clichés diplomatiques, une expression qui n’avait jamais encore été utilisée par une diplomatie qui passe pourtant son temps à les concevoir : il faut créer un « horizon politique » pour les Palestiniens. Un « horizon politique » dont les vertus lointaines séduiront le Hamas ? Amadoueront le Djihad Islamique Palestinien ? Feront des Brigades d’al-Aqsa de gentils moutons et d’Ezzedine El-Qassam des caniches présentables aux soirées mondaines ? Gargarisons-nous de verbiage, il en restera toujours quelque rot.

Puisque les bouchers et les forbans au pouvoir dans le monde arabo-musulman répètent à l’envi qu’il faut – avant de songer à enrichir autre chose que leurs comptes en banque, avant de laisser filer une miette de pouvoir et le partager un peu – « régler » le « problème palestinien, il faut donc faire semblant de les croire pour qu’ils fassent semblant d’être nos amis.

Vers le royaume des Faux-Semblants d’Arabie, Mlle Rice s’envole donc avec des idées creuses pour peindre des mirages qui feront plaisir à nos amis les rois et nos copains les autocrates. Pour que cela marche, il faut évidemment égratigner Israël, et exiger des « concessions » de sa part. On prétendra donc prendre au sérieux le « plan » saoudien. Celui qui provisionne le retour aux frontières de 1967, le « droit au retour » et autres recettes d’euthanasie pour l’Etat hébreu. Voilà qui nous donnera bien quelques mois, quelques gentillesses diplomatiques, quelques photos où l’on se serre la menotte avec des sourires de circonstances. Voilà qui occasionnera – peut-être, si la girouette tourne du bon côté – un chouïa de bonne volonté de la part de nos grands amis arabes pour faire face à la situation en Irak.

L’ensemble des demi-puissants et des quart-de-puissants de la région souhaitent à la fois la présence et l’affaiblissement des Etats-Unis ; la première, pour que nul autre ne mette la patte sur l’Irak et qu’un équilibre soit maintenu, l’autre, pour que les Américains ne se renhardissent pas à vouloir changer les faits accomplis. Mais cette analyse est vraiment trop compliquée pour les idées fixes des diplomates !

Voici pourquoi Mlle Rice alourdit le poste « voyage » de son budget ministériel, alors même que l’Iran provoque sciemment une crise de première ampleur, de la même manière que les enlèvements perpétrés l’été dernier par le Hamas et le Hezbollah étaient autant d’étapes d’une guerre programmée. Les Occidentaux font face, comme en 1980, à une crise d’otages avec l’Iran. Dans le rôle de Jimmy Carter, Tony Blair, et dans celui de la pleureuse, l’Union Européenne, qui, il faut le lui concéder, n’est pas dépourvue de mouchoirs. Téhéran a provoqué la crise au moment du vote de nouvelles sanctions, si minimales soient-elles, à l’ONU. Confronté à un Iran agressivement belliqueux, Washington devait donner le la. Tout se tient dans la région, et, faute de la, c’est la cacophonie qui règne.

Reste que l’effondrement politique de l’administration Bush, à l’intérieur comme à l’extérieur, est corrélatif, je l’ai dit, d’une disparition de sa grande stratégie : les bouts de ver de terre qui gigotent devant la Maison Blanche, le tronçon « Irak », le tronçon « Palestine », le tronçon « Iran », se tortillent sans ordre ni cadence.

Les gouvernants arabes, dont l’unique talent - à part la kleptocratie, qui va de soi chez eux, et la torture, devoir reconnu des gouvernants - est l’aptitude quotidienne à calculer les rapports de forces, urbi et orbi, afin de moduler leurs propres réactions et de ne jamais être pris au dépourvu en cas de changements, ont bien pris la mesure de l’insigne faiblesse du Bush 07. C’est pourquoi le roi d’Arabie a eu le toupet, durant la réunion de la Ligue arabe de la semaine dernière, de parler d’ « occupation étrangère illégale » de l’Irak… Si l’on voulait pinailler avec ce roi-là, on lui ferait observer que la présence américaine en Irak est légitimée par un vote annuel de l’ONU et par la demande du gouvernement irakien démocratiquement élu par les Irakiens – pour la plus grande rage de ladite Majesté. C’est pourquoi ladite Ligue arabe a relancé les amusettes sur le « plan de paix » dudit roi.

C’est pourquoi, à Téhéran, il a été décidé de provoquer une crise d’envergure qui doit tester plus spécifiquement la volonté occidentale, l’anglaise en premier lieu, et doit démontrer à toute la région que l’alliance anglo-américain plie, cède et recule lorsqu’on la pousse un peu.

Elargissons l’angle de vision : Moscou agit sur deux axes, celui de l’énergie – il est de l’intérêt du régime de Poutine d’attiser les flammes partout où le résultat est susceptible de provoquer une crise pétrolière, qui enchérit la fortune en exportations pétrolières qu’encaissent les rentiers moscovites – et celui des Etats délinquants, dont l’action peut miner, harceler et saigner les Etats-Unis. La Russie n’est plus une super-puissance, mais elle entend bien être la nuisance suprême pour venger sa concupiscence impériale obstruée. La Chine, elle, a soif d’une énergie qu’elle ne conçoit qu’arrachée à d’autres, et tient, également, à affaiblir les Etats-Unis.

Gangster impénitent, Poutine fait monter les enchères, agace Téhéran en faisant mine d’arrêter la construction de la centrale nucléaire de Bushehr, et en avalisant les sanctions – pas trop méchantes – votées contre l’Iran par le Conseil de Sécurité. Pékin feint de jouer l’observateur impartial, opposé à l’ « hégémonisme », c’est-à-dire à Washington. Poursuivant leurs appétits propres, les uns et les autres, aggravent la situation en profitant, sans mesure, de la baisse de régime américaine.

Et la marche funambulesque se poursuit, Mlle Rice continue de pourchasser les chimères frivoles qui ont tant occupé la gent diplomatique depuis quarante ans, avec toute la ribambelle des diplomates qui opinent gravement, des commentateurs internationaux qui vous décèlent de la nuance au micron près, des journalistes, qui échangent aux bars des palaces internationaux les tuyaux les plus sensationnellement fastidieux sur les dernières confidences de leurs informateurs, au mensonge aussi automatique qu’une Kalachnikov flambant neuve. C’est un tableau à la Breughel, une cohorte d’aveugles qui se ruent sur la fosse à purin, jamais découragés, toujours poussant de l’avant, toute réalité omise et reléguée. Mais il faut, n’est-ce pas, il faut « relancer » le « processus de paix », lequel, par définition, patine et fait du sur-place. Dans le monde des apparences, il faut faire semblant de « relancer » le vide pour que chacun mime son rôle attitré. Les potentats arabes - et les autres - mesureront le moindre soutien aux USA à l’aune de la volonté manifestée par les Etats-Unis de faire pression sur Israël. Pour que Bush, qui se sent mal en Irak, obtienne la participation syrienne, iranienne et saoudienne aux réunions qui se tiennent à Bagdad dans l’optique de « stabiliser » l’Irak, Mlle Rice a besoin de gigoter, en faisant la navette entre diverses capitales régionales. Elle offre à Ehud Olmert, dont la popularité est celle d’un rat mort dans le garde-manger, un ballon d’oxygène.

La conjonction d’une politique de faiblesse envers l’Iran et d’une caresse dans le sens du poil des gouvernants arabes est toxique : elle ne fait que persuader les uns et les autres que Bush a abdiqué ses dernières velléités d’action. Plus ils en seront convaincus, plus leurs calculs se feront anti-américains : ils soutiendront les djihadistes en Irak et les terroristes palestiniens, ils s’attaqueront aux libertés libanaises. Bref, c’est le grand chelem de l’échec. Good luck, Miss Rice.

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Volume VI, Numéro 280 • vendredi le 6 avril 2007

Le plan saoudien : réel ou virtuel ?
Julien Bauer

Aux dires de Son Excellence Abdulaziz Al-Sowayegh, ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite au Canada, le roi Abdullah Ibn Abdulaziz, serviteur des Deux Mosquées Saintes, est un homme de paix aux multiples idées pour régler les problèmes de sa région. En tant que roturier, je me permets d’ajouter que le roi et son représentant témoignent d’un sens aigu et sans doute inconscient de l’humour.

Le roi est pour l’unité arabe. C’est pourquoi il a tenté de créer un rapprochement entre Fatah et Hamas, en invitant le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas du Fatah et le premier ministre Ismaïl Haniyeh de Hamas. La réunion s’est tenue à la Mecque. Cette ville est interdite aux non-musulmans. Le message d’unité arabe était on ne peut plus clair : les Arabes chrétiens sont absents car interdits de séjour.

Le roi est pour l’unité islamique. Les Saoudiens chiites, plus nombreux qu’on le croit, sont absents de tous les lieux de pouvoir. Il leur est interdit de faire du prosélytisme. Les Arabes irakiens sunnites et chiites s’entretuent, visant en particulier les mosquées. À nouveau, le roi garde le silence.

Le roi relance son plan de paix de 2002. C’est un progrès par rapport aux résolutions antérieures de la Ligue arabe qui, à Khartoum, s’étaient prononcées pour le triple non, non à la reconnaissance d’Israël, non aux négociations, non à la paix. L’appel du roi, en 2007, paraît prometteur. Il comprend deux points essentiels : le retour intégral à la situation d’avant 1967 et le retour des réfugiés arabes de 1948. Comme de 1948 à 1967, en dépit des accords d’armistice de 1949, les Juifs n’ont pas eu le droit de prier devant le Mur occidental, seul vestige du Temple de Jérusalem, les synagogues de la vieille ville de Jérusalem ont été détruites, les pierres tombales du cimetière juif du Mont des Oliviers utilisées comme matériau pour les casernes de la Légion arabe, le retour à avant 1967 comprend-il l’interdiction aux Juifs de prier devant le Mur, la redestruction des synagogues, la reprofanation des pierres tombales ? Le retour des réfugiés aura comme conséquence l’existence de deux États, un arabe interdit aux Juifs et un juif de plus en plus arabe, soit une Palestine et demie et une moitié d’Israël.

Le premier objectif de SAR Abdullah Ibn Abdulaziz devrait être de rétablir un minimum d’harmonie dans les États arabes. Le Liban constitue un test avec ses Arabes de différentes confessions et ses Musulmans de différentes branches. L’unité arabe et l’unité musulmane, objectifs de SAR, semblent mal desservies par la présence de deux délégations libanaises, une Hizbollah-Syrie-Iran et une Liban. Lorsque SAR aura réglé ce problème, sa crédibilité sera telle qu’elle lui permettra alors de jouer un rôle positif en politique internationale.

(Julien Bauer, professeur à I'université du Québec à Montréal, est membre du conseil editorial de l'ICRJ.)

Le plan de paix arabe: des conditions problématique
Luciano G. Del Negro
Le Devoir, mardi 3 avril 2007

«La paix n'est pas une manipulation de slogans qui la réclament afin de défendre des convoitises ou de dissimuler des ambitions», avait déclaré il y a 30 ans le président égyptien Anouar Sadate à Jérusalem, en prélude au premier accord de paix entre Israël et un pays arabe. Aujourd'hui, l'Arabie saoudite, qui a remplacé l'Égypte comme première puissance diplomatique et politique arabe au Moyen-Orient fait la promotion d'un plan de paix arabe aux termes ambigus.

L'ambassadeur du Royaume d'Arabie saoudite au Canada, M. Abdulaziz Al-Sowayegh, écrivait le 28 mars dans Le Devoir («Assez de sang et de larmes») que le plan de paix arabe adopté unanimement par la Ligue arabe en 2002 offrait en échange d'un retrait israélien de «tous les territoires» occupés en 1967, «la normalisation complète des relations entre les pays arabes et Israël».

Outre que présenté en ces termes le plan de paix s'apparente davantage à un dictat de conditions qu'à une ouverture diplomatique, les Saoudiens et la Ligue arabe ne précisent guère ni la forme que prendrait la normalisation de leurs relations avec à Israël ni les garanties de sécurité qu'ils concéderaient dans l'éventualité d'un retrait israélien aux lignes d'armistice de 1949.

De plus, la condition d'un retrait israélien complet s'inscrit en faux avec la pierre angulaire de tout accord de paix permanent entre Israël et ses voisins arabes, à savoir la Résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU. En effet, c'est sur la base de cette résolution recommandant un retrait israélien négocié de territoires acquis lors de la Guerre des Six Jours (1967) qu'ont été conclus les accords de paix israélo-égyptien (1979) et israélo-jordanien (1994). Rien dans cette résolution n'exige qu'Israël se retire de tous les territoires acquis en 1967.

Réunis la semaine dernière à Ryad, les pays de la Ligue arabe ont fait la sourde oreille à l'appel du chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, de faire preuve d'une plus grande flexibilité sur la question du retrait, tandis que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, insistait sur le fait qu'Israël accepte le plan tel quel et que le ministre des Affaires étrangères saoudiens Saud al-Faisal déclarait que si Israël refusait le plan arabe, cela signifierait qu'il ne veut pas la paix.

Le retour

Dans sa description du plan de paix arabe, M. Al-Sowayegh omet de souligner une seconde condition tout aussi problématique, sinon davantage, que la première. L'absorption en Israël même des réfugiés palestiniens et de leurs millions de descendants plutôt que dans un futur État souverain palestinien. Non seulement cette condition n'a-t-elle aucune base légale -- aucune résolution de l'ONU n'accorde un «droit de retour» aux réfugiés palestiniens -- mais elle va à l'encontre du principe d'une solution dite de «deux États», à savoir la création d'un État palestinien souverain aux côté de l'État d'Israël.

Prétendre comme le fait l'ambassadeur saoudien que la formation d'un gouvernement d'unité nationale prépare «le chemin de la paix entre les pays arabes et Israël» ne résiste pas à l'épreuve du réel. Car si cette initiative saoudienne a certes le mérite d'avoir pour l'heure atténué les meurtrières violences interparlestiniennes, il n'en demeure pas moins que la plateforme du nouveau gouvernement palestinien est essentiellement celle du Hamas de par son refus de reconnaître la légitimité de l'État d'Israël, de renoncer à la violence terroriste et d'honorer les accords israélo-palestiniens qui sont le fondement même de la légitimité internationale de l'Autorité palestinienne.

Rabin ou Sadate?

Il est ironique que l'ambassadeur saoudien appelle de ses voeux un autre Yitzhak Rabin «pour dire aux Israéliens: ''Assez de sang et de larmes"» lorsqu'on sait que depuis 1948, c'est surtout la politique rejectionniste arabe qui a entravé une solution négociée globale au conflit israélo-arabe, depuis la guerre d'agression panarabe de 1948 en passant par les «trois non» de la Ligue arabe en 1967 («non à la reconnaissance d'Israël, non aux négociations, non à la paix») jusqu'au rejet palestinien en 2001 des pourparlers de Taba qui préconisaient la création d'un État palestinien sur l'ensemble de la Bande de Gaza et 97% de la Cisjordanie avec Jérusalem Est pour capitale.

L'ambassadeur a par contre tout à fait raison de soutenir que la «paix doit être recherchée par les deux parties au conflit». L'Arabie Saoudite pourrait assumer un rôle de leader en la matière et servir d'exemple aux pays voisins en mettant un terme à la diabolisation d'Israël et des Juifs dans ses médias officiels, ses manuels scolaires, et les prêches dans les mosquées pour préparer sa population à accepter une paix israélo-arabe.

Plutôt qu'un autre Yitzhak Rabin, le conflit israélo-arabe a réellement besoin d'un autre Anouar Sadate; un homme d'État courageux, qui au lieu de dicter ses conditions de paix par médias étrangers interposés, est allé à Jérusalem s'adresser directement aux Israéliens pour leur présenter ses positions et ouvrir un véritable processus diplomatique qui ne préjuge pas du résultat final.

(Luciano G. Del Negro est Directeur du Comité Québec- Israël)
Hag Sameach!

Conseil editorial
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Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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