Communiqué Isranet
décembre 2007
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume VI, Numéro 315 • Vendredi, 28 décembre 2007

Sdérot est-il plus loin qu’Entebbe ?
Naomi Ragen
Naomiragen.org, 23 décembre 2007

Traduction française : Menahem Macina

Ce soir, j’ai regardé une ancienne rediffusion du film de l’opération d’Entebbe. On y voyait la scène où Tsahal préparait minutieusement un vol représentant une moitié de tour du monde, pour libérer des citoyens d'Israël en danger. Il y aurait un véhicule ressemblant à celui d’Idi Amin, que l’on déchargerait d’un avion. Il y aurait un timing au dixième de seconde près. C’était tellement dangereux, tellement loin. Cela supposait tellement de connivences internationales et la possibilité d’un désastre. Aussi, les généraux vont-ils au ministère de la Défense pour y présenter leurs plans. Shimon Peres qui interprète son propre rôle dans le film les regarde tous et dit : « Je vais recommander au Cabinet d’accepter cela et d’y aller ».

Je me suis frotté les yeux. Shimon Peres ? La colombe ? Il a dit ça ?

Et j’ai pensé à Sdérot et aux roquettes qui tombent, chaque jour, sur des maisons, et dont une a manqué de peu une école pleine d’enfants, pas plus tard que la semaine dernière. Sdérot, ça n’est pas à des milliers de kilomètres, au plus profond de l’Afrique, mais à la distance d’un jet de pierre (un tir de roquette ?). Et pourtant, notre gouvernement ne semble pas capable de trouver l’énergie pour accomplir la plus simple et la plus évidente des actions afin d’arrêter ça : s’emparer de la zone d’où sont tirés les missiles et l’en débarrasser.

Maintenant, pourquoi cela poserait-il un problème, alors qu’il y a des années, une opération de sauvetage d’Israéliens détenus en otages en Ouganda a été approuvée par le gouvernement. Que s’est-il passé entre alors et aujourd’hui ?

J’y ai pensé longuement et intensément. Ce n’est pas que nos capacités aient diminué. Après tout, l’armée israélienne est plus puissante et incomparablement mieux équipée que jamais. Il n’y a qu’une raison pour que nous - qui n’avons pas hésité à envoyer des avions pour envahir un autre continent, malgré les risques de condamnation internationale - soyons trop effrayés pour lancer la frappe militaire indispensable qu’exige la protection de notre arrière-cour : la perte de foi dans la justesse de notre cause.

Des années de propagande internationale par le biais d’émissions de CNN et de la BBC, qui entrent dans nos salons, ont, d’une manière ou d’une autre, convaincu - au moins nos dirigeants – que les Juifs d’Israël doivent vivre avec la terreur ; qu’ils ne doivent pas faire des vagues ; qu’ils doivent, en fait, attendre que les bombes atteignent pour de bon une école et pouvoir montrer des images (Dieu nous en préserve !) de corps ensanglantés d’enfants dans les hôpitaux, ou de parents gémissant lors des funérailles. Ce n’est qu’alors que les mollassons et les mollassonnes du gouvernement Kadima se décideront à ternir leur image dans les émissions internationales en faisant ce qu’ils doivent faire : agir avec décision et de manière préventive pour sauver des vies. Avant qu’il soit élu, j’avais rencontré Ehud Olmert. Notre échange avait précédé le "désengagement" de Gaza. Je lui avais demandé pourquoi il y était favorable. Sa réponse avait été : « Si cela doit sauver une seule vie, nous devons le faire ». La vie d’un soldat ou d’un colon, ai-je supposé.

Monsieur Olmert, qu’en est-il de ce magnifique souci s’agissant de la vie des enfants de Sdérot ? Y a-t-il le moindre doute sur le fait que s’emparer des sites de lancement de roquettes mettra un terme aux attaques et sauvera des vies ? Mais, là aussi, il y a un changement. « Si cela peut sauver une seule vie » a été le mantra qui a permis à Israël d’extirper et de détruire des communautés juives entières. Où est ce mantra maintenant que nous devons extirper et détruire les terroristes de Gaza, qui se sont installés sur les décombres des maisons juives pour menacer la vie de nos enfants ?

Ce dont il est question, ici, c’est de la force de caractère d’une nation et de sa volonté de survivre.

Le mirage d'un Etat palestinien
Luc Rosenzweig
Upjf.org, 28 décembre 2007

Après les réunions d'Annapolis et de Paris, en dépit des beaux discours et de la générosité de la communauté internationale, la perspective de l'instauration d'un Etat palestinien est plus éloignée que jamais.

En apparence, tous les protagonistes de l'interminable conflit israélo-arabe s'accordent sur un point: il n'existe pas d'autre issue que le partage du territoire de l'ancienne Palestine mandataire entre un Etat juif et un Etat arabe, aux frontières internationalement reconnues et ayant, pour le premier, Jérusalem-ouest pour capitale, et, pour le second, Al Qods (Jérusalem-est).

Ces principes, que l'on a aujourd'hui coutume de désigner sous le nom de "paramètres Clinton", en référence aux documents établis sous l'égide de l'ancien président américain, à la fin de l'année 2000, à Camp David et à Taba, fondent l'action diplomatique de la communauté internationale pour faire avancer un processus de paix en panne depuis près d'une décennie. Ils ont fini par être acceptés - grâce à Ariel Sharon - par l'écrasante majorité de la classe politique et de l'opinion publique israéliennes, constituent la doctrine de l'administration de George W. Bush sur ce problème, et ont été adoptés - cette fois-ci, semble-t-il, sans arrière-pensées - par la direction palestinienne, incarnée par Mahmoud Abbas et son premier ministre Salam Fayyad.

Si l'on ajoute à cela le soutien actif de l'Union européenne et de la Russie à la mise en oeuvre de cette solution, et celui, plus discret mais bien réel, des pays arabes dits modérés présents à Annapolis en novembre 2007, l'affaire pourrait sembler en bonne voie. Un scénario optimiste devrait alors s'imposer: remise en selle par le retour des subventions internationales et quelques gestes significatifs de la part d'Israël (gel des implantations, diminution des barrages routiers en Cisjordanie, etc.), la direction palestinienne pragmatique parvient à reconquérir le soutien populaire, y compris à Gaza, et à reprendre le dessus sur les extrémistes du Hamas. La communauté internationale, devenue vigilante, fait en sorte que les subsides alloués aux Palestiniens ne s'évaporent pas dans la mal-gouvernance et la corruption, et que la partie israélienne remplisse scrupuleusement ses engagements de démantèlement des implantations dans les territoires qui seront dévolus, à l'issue d'une ultime négociation, au futur Etat palestinien.

De la franche et brutale hostilité, les relations israélo-palestiniennes passeraient alors à la méfiance sans affrontement, puis à l'indifférence, avant de se transformer en une amitié fondée sur une coopération transfrontalière profitable aux deux parties.

Ce scénario, adaptation moyen-orientale de la grande réconciliation intra-européenne de la seconde moitié du XXe siècle, n'a malheureusement qu'une chance minime, voire nulle, de se réaliser.

Aussi forts, déterminés et sincères que soient les promoteurs de ce compromis historique, ils se heurtent à une loi d'airain : n'accède au statut d'Etat-nation qu'un peuple qui est, jusque dans ses entrailles, décidé à le devenir, et qui est prêt, pour cela, à accepter tous les compromis nécessaires, même les plus douloureux, une fois qu’il est établi qu'il ne peut parvenir à ses fins par la seule force militaire.

C'est ce que nous enseigne l'histoire de l'Europe, y compris la plus récente. Or, si l'on observe les discours, les actes et le comportement de la société palestinienne dans toutes ses composantes, y compris ceux des Arabes d'Israël et des réfugiés dans les pays avoisinants, force est de constater que ce "désir d'Etat" reste, pour une très large part, de l'ordre de l'incantation.

En ce qui concerne le Hamas - vainqueur, rappelons-le, des dernières élections dans les Territoires -, la question est réglée, explicitement: ce mouvement rejette la formule "deux Etats pour deux peuples", et ne se réfère qu'à la notion d"oumma", de communauté des croyants pour revendiquer la souveraineté de l'islam (et non d'une future entité étatique palestinienne) sur l'ensemble du territoire, y compris Israël. Ce faisant, il rejette la perspective d'un Etat arabe en Palestine au jour où serait anéantie "l'entité sioniste".

Les Palestiniens réfugiés au Liban, en Syrie et en Jordanie, et dont l'influence au sein de l'OLP (instance suprême du mouvement national) n'est pas négligeable (on l'a vu lors des discussions de Camp David), ne céderont pas d'un pouce sur leur "droit au retour" dans les localités d'où ils ont dû partir en 1948, ce qui est considéré comme totalement inacceptable par Israël.

Les Arabes israéliens, qui constituent 20% de la population de l'Etat juif, ont fait savoir, de manière très ferme, qu'ils n'entendaient pas être "échangés" dans le cadre d'un accord où leurs villes et villages proches de la "ligne verte" seraient transférés à l'Etat palestinien. Ils veulent rester israéliens pour d'évidentes raisons économiques, et de plus en plus nombreux sont les intellectuels et militants des droits de l'homme de cette communauté qui se prononcent pour la constitution d'un Etat unique démocratique et binational entre la Méditerranée et le Jourdain. Ils demandent à Israël de renoncer au caractère juif de l'Etat au profit d'une formule qui ferait d'Israël "L'Etat de tous ses citoyens". Ces prises de positions rencontrent un écho certain dans la frange d'extrême gauche israélienne, dite post-sioniste.

Lorsque l'on discute avec les "Palestiniens de base", les commerçants, enseignants, étudiants de Cisjordanie, une fois que s'est instauré un climat de confiance qui les dispense de la protectrice langue de bois, on entend des propos politiquement fort incorrects. Leur rêve? Une sorte de "remake" de l'émancipation sud-africaine, où le rôle des Blancs dépossédés de l'exclusivité du pouvoir politique, mais conservant la maîtrise de la vie économique, serait joué par les Juifs d'Israël. Les mêmes, après avoir vérifié qu'aucune oreille indiscrète ne les écoute, n'hésitent pas à vanter les mérites de l'administration militaire israélienne dans les Territoires, jugée moins corrompue que l'Autorité palestinienne du temps de Yasser Arafat. Ils évoquent également avec nostalgie le temps, avant la première Intifada de 1987, où la liberté de circulation des Palestiniens en Israël permettait à ces derniers de travailler, étudier, se soigner dans des conditions infiniment meilleures que celles qu'ils subissent aujourd'hui. Quant aux chrétiens de Palestine, les plus intéressés à la mise en place d'un Etat laïc depuis la montée en puissance du Hamas, ils "votent avec leurs pieds", trouvant, dès qu'ils en ont la possibilité et les moyens, des cieux plus cléments aux Etats-Unis ou au Canada. Une méfiance, généralisée et durable, règne, dans la population, envers l'appareil politico-sécuritaire du Fatah, qui accapare une rente essentiellement issue de l'aide internationale. Cela se traduit soit par un recours des plus démunis au Hamas, dispensateur de secours aux humbles, et l'émigration vers les pays du Golfe, ou en Occident, des élites économiques et scientifiques. Alors, comment et avec qui bâtir un Etat "viable", c'est-à-dire capable d'apporter à une population l'assistance et l'encadrement nécessaires à la mise sur pied d'une économie performante et d'une démocratie réelle? Il est exceptionnel que ces faits et ces discours soient relayés par les médias occidentaux: ce propos, dérangeant pour les idées reçues, vaudrait à celui - journaliste ou chercheur en sciences politiques - qui s'en ferait le truchement une interdiction de fait de poursuivre ses investigations en Cisjordanie et à Gaza.

L'existence, indéniable d'une conscience nationale arabe palestinienne, qui s'est forgée en réaction à la réussite, à tous égards exceptionnelle, du projet national juif en Palestine, n'implique pas, ipso facto, l'adhésion de ce peuple au modèle étatique qui lui est proposé par la communauté internationale et une partie de sa classe dirigeante. On s'accorde, faute de mieux, pour mettre sur le compte d'Israël, de l'occupation, de la colonisation des Territoires, la situation lamentable dans laquelle se trouve la grande majorité de la population. Mais, à chaque fois que se dessine, de manière tangible, la perspective de l'établissement d'une Palestine souveraine et indépendante on fait en sorte de la faire échouer. Le dernier avatar de cette machine à repousser cet aboutissement aux calendes est l'exigence d'un "Etat palestinien viable", sous-entendu établi sur la totalité des territoires conquis par Israël en 1967, avec, en plus, un lien terrestre entre Gaza et la Cisjordanie. Il n'est pas précisé ce qui ferait obstacle à la "viabilité" d'une Palestine dont les frontières tiendraient compte des réalités établies sur le terrain depuis quarante ans, notamment des rectifications et échanges permettant d'englober les blocs d'implantations contigus à la "ligne verte". La fin de l'occupation et le démantèlement des colonies isolées au coeur des Territoires constituent des exigences légitimes et indispensables à la naissance de cet Etat. Mais l'obstacle majeur à la viabilité d'un Etat palestinien, c'est la méfiance qu'il inspire à des Israéliens, qui ne sauraient en aucune manière accepter l'existence et le renforcement d'une entité hostile, à quelques encablures de leurs centres vitaux.

Un Etat viable, ce n'est pas seulement la souveraineté d'un peuple sur un territoire, c'est aussi la confiance placée par ce peuple dans les institutions, les pratiques politiques et le projet collectif que lui proposent ses dirigeants. Un Etat viable, c'est d'abord un projet émancipateur d'une société civile encore imprégnée de tribalisme et de clientélisme: jusqu'à ce jour, ce projet n'existe que dans le discours de la bureaucratie palestinienne à l'usage des naïfs d'Occident. Sur le terrain, l'emprise des clans prédateurs, qu'ils se réclament de l'intégrisme religieux ou des familles élargies traditionnelles, limite singulièrement l'impact des tentatives réformatrices et modernisatrices des "pragmatiques" du Fatah.

La société israélienne a, en majorité, choisi la modernité mondialisée et l'hédonisme individualiste comme mode de vie, de pensée et d'action. Elle a su tenir en lisière ses intégristes religieux, confinés dans leurs quartiers et leur pauvreté subventionnée, et a fini par isoler dans leur rêve insensé les tenants du Grand Israël biblique. David Ben Gourion et Vladimir Jabotinski se sont réconciliés post mortem dans le réalisme lucide du dernier Ariel Sharon.

Qu'il existe ou non un Etat palestinien n'est plus le problème des Israéliens, pour autant que son existence ne vienne pas perturber leur bonheur quotidien par des tirs de roquettes ou des attentats-suicide. "Si la communauté internationale exige un Etat pour les Arabes d'à côté, va pour un Etat..", soupire-t-on dans les beaux quartiers de Tel Aviv, où l'on se sent plus proche de Los Angeles que de Tulkarem, distante de vingt kilomètres. La mondialisation a donné un coup d'accélérateur à la disparition du "levantinisme" de l'Etat juif, pour qui l'inclusion régionale n'est plus une condition sine qua non de survie et de prospérité. Le travail des Asiatiques, Turcs et Roumains a remplacé le travail arabe dans les secteurs de l'agriculture et du bâtiment, à la suite de l'Intifada Al Aqsa: les liens interpersonnels entre employeurs juifs et travailleurs palestiniens, qui s'étaient tissés au cours de la période 1967-1987, sont irrémédiablement rompus.

Il reste pourtant une chance (ou un risque ?), pour les Palestiniens, de se voir attribuer un territoire pourvu de tous les attributs de la souveraineté : il n'existe pas de plan B.

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Volume VI, Numéro 314 • Vendredi, 21 décembre 2007

Discours de l'ancien Premier ministre d'Israël,
lors de la cérémonie de commémoration du vote de l'ONU de novembre 1947

Benjamin Netanyahu
FrontPageMagazine, 12 décembre 2007

Traduction française : Albert Soued

La résolution de l'ONU du 29 novembre 1947, reconnaissant un Etat Juif, fut un moment important dans l'histoire de notre nation, et aussi un moment important dans l'histoire de toutes les nations.

Depuis lors, nous avons fait la paix avec l'Egypte et la Jordanie, mais l’obstacle à l’élargissement du cercle de la paix demeure ce qu’il a toujours été : le refus des ennemis d'Israël de reconnaître l’Etat Juif, quelles qu'en soient les frontières.

Nos ennemis ne veulent pas d'un état arabe à côté d'Israël, mais un Etat arabe à la place d'Israël.

A maintes reprises, il leur a été proposé un Etat arabe à côté d'Israël : tout d'abord, dans le plan de partage de 1947, puis, indirectement, dans les accords d'Oslo; et, plus tard et sans équivoque, à Camp David, en 2000 ; et finalement, dans les innombrables déclarations faites depuis lors tant par des dirigeants israéliens que par des dirigeants internationaux, qui ont appelé à deux Etats pour deux peuples.

Et comment nos ennemis ont-ils répondu à toutes ces propositions ? A chaque fois, ils les ont rejetées avec violence.

  • En 1947, ils ont lancé des attaques terroristes, puis une guerre généralisée pour détruire l'Etat Juif.
  • Durant le processus d'Oslo, ils ont terrorisé Israël avec des terroristes-suicide.
  • Après Camp David, ils ont orchestré la Seconde Intifada, au cours de laquelle plus de 1 000 Israéliens ont été assassinés.
  • Et depuis, ils ont tiré des milliers de Katiouchas sur la Galilée et des milliers de roquettes Qassam sur le Négev, pour, disent-ils, "libérer la Palestine occupée", c'est-à-dire Haïfa "occupée", Akko "occupée", Sdérot "occupée" et Ashqelon "occupée".

Ce faisant, le Hezbollah et le Hamas ne font que suivre à la lettre les propos de Jamal Husseini, cousin du Mufti et membre du Haut Comité Arabe, qui a déclaré, quatre jours avant le vote du partage à l'ONU, en 1947

« Si les Juifs reçoivent, ne serait-ce qu’une parcelle de la Palestine, nous la mettrons à feu et à sang ».

Il est regrettable que même les Palestiniens modérés refusent de soutenir la paix avec Israël, en tant qu’Etat Juif. Ils sont favorables à deux Etats pour un seul peuple, un Etat palestinien débarrassé des Juifs, et un état binational qu'ils espèrent inonder de Palestiniens, conformément à ce qu’ils appellent la "loi du retour".

Tant qu’ils ne reconnaîtront pas vraiment le droit du peuple Juif à avoir un pays à lui, et tant que leurs dirigeants n’auront pas le courage du Président Anwar al Sadate, il est très douteux que nous ayons un vrai partenaire pour une paix authentique.

Dans ce contexte, on peut comprendre ce qui s'est passé et ce qui ne s'est pas produit lors de l'adoption de la résolution du partage de la Palestine, en 1947.

La résolution n’a pas déterminé une fois pour toutes les contours d'un accord final entre nous et nos voisins. Après tout, les Arabes ont refusé l'établissement d'un Etat Juif et ont cherché à le détruire. Le lendemain de ce vote, le Mufti lui-même a dit :

« Ce que l'ONU a écrit à l'encre noire, nous l'écrirons en lettres rouge sang ».

Les dirigeants arabes ne peuvent pas venir aujourd’hui, 60 ans plus tard, et demander de remonter le temps, comme si rien ne s'était passé. Ils ne peuvent pas nous demander d'accepter un accord qu'ils ont eux-mêmes déchiré en morceaux, parce que, ayant échoué à détruire Israël, ils ont conclu, à présent, que les clauses de cet accord dicteraient un sort funeste pour Israël.

Ben Gourion l'avait bien compris lorsqu'il dit lors d'une des premières réunions du gouvernement d'Israël :

« Les décisions du 29 novembre sont lettre morte. Les frontières du partage sont caduques. Jérusalem, ville internationale, est une pure fantaisie. »
Il réaffirma ces idées dans son discours à la Knesset, le 12 décembre 1949, lorsqu’il dit que les décisions de l'ONU étaient nulles et non avenues.

Ainsi ni les frontières du partage, ni l'internationalisation de Jérusalem ne sont des caractéristiques éternelles du vote de l'ONU.

Ce qui est durable, c'est la reconnaissance internationale du droit du peuple juif à son propre Etat, un droit ancré dans la déclaration Balfour [de 1917], qui reconnaissait le droit des Juifs à un foyer national sur la terre d'Israël, droit réaffirmé tant par la conférence de San Remo, en 1920, que par la Société des Nations, en 1922.

Mais le vote du partage de 1947 est gravé dans notre mémoire, parce qu'aussitôt après le vote, la Grande Bretagne a commencé à quitter le pays, ouvrant la voie à la bataille fatidique qui a failli effacer notre existence.

Le vote du partage par l'ONU, en 1947, n'a pas fondé l'Etat d'Israël. Il a simplement reconnu le droit historique du peuple juif à revenir dans sa patrie et à y restaurer son existence souveraine.

Mais n’étaient cette aspiration millénaire du peuple Juif à la terre d'Israël, la présence continue de Juifs sur cette terre, à travers les âges, et les 70 ans d'implantation intensive sur la terre, avant le vote de l'ONU, ce droit historique n'aurait jamais abouti.

Et même cela n'aurait pas suffi si, à la suite de l'horrible Holocauste, les membres de cette petite nation n'avaient pas levé l'épée des Macchabées, et repoussé, avec un héroïsme incomparable, l'assaut arabe qui s’apprêtait à écraser l'Etat naissant.

La foi inébranlable en nos droits nationaux historiques, l'effort d'implantation qui a concrétisé ces droits, et la lutte armée qui les a défendus, voilà ce qui a fondé l'Etat Juif.

Le vote de l'ONU a simplement entériné cela au plan international. Cependant, le vote de l’ONU a été une décision importante et historique, et il est bon que nous le commémorions et il est juste que nous le commémorions aujourd'hui, avec les distingués ambassadeurs des pays qui l'ont soutenu.

Mais réfléchissez à ce qui serait advenu de cette décision de l'ONU, si nous avions été battus lors de la Guerre d'Indépendance.

La clé de l'existence d'Israël a toujours résidé dans le renforcement du sionisme et de notre capacité à nous défendre, et cela reste toujours la clé de notre existence et celle qui forgera une paix authentique avec tous nos voisins arabes. Ce n'est que quand certains d'entre eux auront reconnu la pérennité et l’indestructibilité d’Israël, qu'ils se résoudront à faire la paix avec nous.

C'est pourquoi j'ai été choqué d'entendre, dans les médias, que notre Premier ministre avait dit :

« S'il n'y a pas deux Etats, c’en est fini d’Israël ! »

Monsieur le premier Ministre! L'Etat d'Israël ne sera jamais liquidé ! C’est nous et nous seuls qui déciderons de notre destin !

Notre existence ne dépend pas du bon vouloir des Palestiniens à faire la paix avec nous. Notre existence est garantie par notre droit à vivre sur cette terre et par notre capacité à défendre ce droit.

Nous avons édifié notre pays pendant 31 ans, avant qu'un accord de paix soit signé avec l'Egypte ; nous avons continué à l'édifier pendant 16 autres années avant qu'un accord de paix soit signé avec la Jordanie ; et j'espère que nous n’aurons pas longtemps à attendre pour parvenir à réaliser un accord de paix avec les Palestiniens et avec d'autres pays du monde arabe.

Mais nous ne faisons pas dépendre notre existence de leur accord. Ç’a été la politique de tous les gouvernements israéliens jusqu’à maintenant, et ce doit être la politique de tous les gouvernements d'Israël à l’avenir. Permettez-moi de le répéter : C’est nous et nous seuls qui déciderons de notre destin !

Au Moyen-Orient, la paix et la sécurité vont de pair. En fait, la sécurité qui découle de la force d'Israël, précède la paix et les accords de paix. Et quiconque ne comprend pas cela restera privé de sécurité et de paix.

Seul un Israël fort, confiant dans la justesse de sa cause et dirigé par des chefs solides, sera capable de conclure avec nos voisins la paix durable à laquelle nous aspirons tous.

Palestiniens/ Le déshonneur et le bonnet d'âne
Michel Gurfinkiel
MichelGurfinkie.com, December 16 2007

Un maire socialiste du Val d’Oise a tenu dans l’hebdomadaire Le Point, le 6 décembre dernier, des propos surprenants sur ce qu’il est convenu d’appeler « la politique de la ville ». Le mieux est de les citer tels quels : « Pendant vingt ans », dit le magistrat, « ma commune a reçu des subventions pour soutenir le travail des associations ou pour aider l’emploi, mais en 2002, quand Jean-Louis Borloo est arrivé au ministère de la Ville et de la Rénovation urbaine, il a fait une croix sur tout ça. L’argent est allé au logement et au système éducatif. Les associations se sont retrouvées asséchées. »

A première vue, ce reproche est incompréhensible. Le logement et l’éducation ne sont-ils pas des priorités absolues ? Comment le maire peut-il tenir rigueur au ministre de les avoir prises en considération ? Il le fait pourtant. Et d’une certaine façon, il a raison. En homme de terrain, il sait en effet qu’on ne fait pas régner l’ordre en améliorant les conditions de vie de ses administrés, mais en s’assurant le soutien des divers réseaux communautaires, religieux ou professionnels, qui les encadrent : c’est à dire des fameuses « associations ». Cela ne se dit pas, en général. Mais c’est le secret de Polichinelle.

Ce qui est vrai du Val d’Oise l’est aussi du tiers-monde et singulièrement du Proche et du Moyen-Orient. Il est question, là aussi, d’une aide économique, d’un « nouveau plan Marshall », qui permettrait à ces régions de « décoller ». Les Etats-Unis avaient lancé cette idée pour le Proche-Orient à la conférence de Madrid, en 1991. L’Union européenne l’a reprise à son compte en 1994, dans le cadre du « processus de Barcelone ». La France propose aujourd’hui une troisième variante : l’Union méditerranéenne. Mais au-delà des propos officiels, chacun sait que les crédits destinés au développement finissent entre les mains des féodaux locaux. Et tel est bien le but véritable de l’opération : payer ceux qui maintiennent un minimum de paix et d’ordre. Ou qui passent pour le faire.

Bien entendu, ce calcul n’a de sens qu’à court ou moyen terme. A long terme, il se retourne contre ceux qui s’y complaisent. Une banlieue sans habitations décentes ni écoles dignes de ce nom finit par flamber. Et les chiens de berger auxquels on a cru pouvoir abandonner le tiers-monde se révèlent un jour pour les loups qu’ils n’ont jamais cessé d’être.

La France va accueillir le 17 décembre une conférence internationale pour l’aide économique aux Territoires palestiniens. Quatre-vingt-dix délégations sont attendues. Le but, selon le Quai d’Orsay, est « d’aider l’Autorité palestinienne à se doter des capacités de construire un Etat viable ». Notez bien la progression : aider, se doter, capacités de construire, Etat viable. Cela ressemble beaucoup au rocher de Sisyphe. Ou à la tapisserie de Pénélope.

Voici presque quinze ans que les accords d’Oslo ont été signés, quatorze ans que l’Autorité palestinienne est en place. Une aide internationale aussi importante que généreuse a été octroyée aux Territoires palestiniens. On en est pourtant toujours à aider à se doter des conditions de construire quelque chose de viable. Pendant le même laps de temps, la Catalogne est devenue un Etat quasi-indépendant et l’une des régions les plus riches d’Europe, l’Irlande a rattrapé la Grande-Bretagne, la Chine est passée du XVe siècle au XXIe, l’Inde a émergé. Cherchez l’erreur.

L’erreur, c’est que depuis 1993, on a méprisé le peuple palestinien et on lui a préféré les pirates de la soi-disant Organisation de libération de la Palestine. Et que ceux-ci, selon leur logique de pirates non repentis, n’ont pas construit une Catalogne autonome palestinienne, en attendant une Catalogne indépendante, mais transformé les Territoires palestiniens en base barbaresque. Imaginons qu’en 1945 on ait méprisé le peuple allemand et traité avec les "modérés" issus du IIIe Reich, comme certains le souhaitaient. Aurions-nous eu depuis soixante-trois ans la paix en Europe ? Telle fut l’erreur fatale – je pèse mes mots - commise par Yitzhak Rabin et Shimon Peres - et aussitôt endossée par un Occident englué dans ses proches lâchetés.

Il y a, dans l’Autorité palestinienne actuelle, un homme honorable qui n’y a rien à faire : le premier ministre Salim al-Fayyed. Les autres, à commencer par le président Mahmoud Abbas, furent des hommes-liges d’Arafat, loup travesti en berger par la grâce d’Israéliens égarés. Vous voulez la paix au Moyen-Orient ? Exigez l’épuration, comme en 1945 après la chute du Reich de mille ans. Ou si le mot vous paraît trop fort, la lustration, comme en République tchèque après 1991. Sinon vous aurez la guerre, le déshonneur et - en prime - le bonnet d’âne.

© Michel Gurfinkiel, 2007
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Volume VI, Numéro 313 • Vendredi, 14 décembre 2007

Ce fameux rapport favorise la guerre contre l'Iran
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 13 décembre 2007

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

La publication, le 3 décembre dernier, d'un rapport du renseignement américain totalement inattendu, «Iran: Nuclear Intentions and Capabilities» (l'Iran – intentions et capacités nucléaires), a maintenant engendré un consensus selon lequel la guerre contre l'Iran «semble être hors de question». Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, déclara ainsi que le rapport infligeait un «coup fatal» aux ennemis du pays et le porte-parole de son ministère des affaires étrangères parla de «grande victoire».

Je m'oppose à ce consensus et je pense qu'une action militaire contre l'Iran est plus probable aujourd'hui qu'elle ne l'était avant la présentation du rapport.

L'élément central du rapport, contenu dans sa première ligne, affirme: «Nous estimons avec une grande certitude que Téhéran a suspendu son programme d'armement nucléaire au printemps 2003.» D'autres analystes – John Bolton, Patrick Clawson, Valerie Lincy and Gary Milhollin, Caroline Glick, Claudia Rossett, Michael Rubin et Gerald Steinberg – ont disséqué et réfuté avec adresse cette parodie médiocre et scandaleuse de propagande politicienne, de sorte que je n'ai pas à revenir ici sur ces aspects. En outre, des membres importants du Congrès ne sont «pas convaincus» par les conclusions des auteurs du rapport. Les dirigeants français et allemands lui ont opposé une rebuffade, de même que l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord; et même l'Agence internationale de l'énergie atomique a émis des doutes. Les services de renseignement britanniques pensent que leurs collègues américains ont été menés en bateau et les experts israéliens se montrent choqués et déçus.

Passons donc plus loin et examinons quelles sont les implications à long terme du rapport de 2007.

Admettons un instant que le rapport de 2005 ait été correct. Dans cette version, 16 agences de renseignement américaines estimaient «avec une grande certitude que l'Iran est bien décidé à développer des armes nucléaires». Admettons également que les États-Unis puissent réagir de trois manières à cet effort d'armement nucléaire:

  1. Convaincre les Iraniens de stopper leur programme nucléaire, avec leur accord.
  2. Stopper leur programme à leur place par le biais d'une intervention militaire (laquelle ne doit pas nécessairement consister en une attaque directe des infrastructures nucléaires – il pourrait aussi s'agir d'une action plus indirecte, telle qu'un embargo sur les produits pétrochimiques raffinés importés en Iran).
  3. Permettre que l'Iran se dote de la bombe nucléaire.

Pour ce qui est de la troisième option, le président Bush relevait récemment que quiconque «souhaite éviter une Troisième Guerre mondiale (…) doit souhaiter que [les Iraniens] soient empêchés d'acquérir le savoir-faire nécessaire à la fabrication d'une bombe nucléaire». Jusqu'ici, le rapport boiteux de 2007 ne l'a pas fait changer d'avis. Il semble partager l'opinion de John McCain selon laquelle «seule une perspective est pire encore que celle d'une action militaire américaine – celle d'un Iran doté d'armes nucléaires».

Ainsi la vraie question n'est pas de savoir si l'Iran doit être stoppé, mais de déterminer comment.

Or le rapport de 2007 a efficacement enterré la première option, soit de persuader les Iraniens de stopper eux-mêmes leur programme, car cette voie exige un large consensus extérieur. Lorsque plusieurs pays cruciaux s'allièrent pour faire passer la résolution 1737 du Conseil de sécurité en décembre 2006, les Iraniens réagirent de manière prudente et craintive, mais la conclusion lénifiante du rapport de 2007 compromet une telle coopération et l'exercice d'une pression suffisante. Si Washington insiste auprès des nations occidentales, de la Russie, de la Chine et de l'IAEA, il se verra opposer ce rapport en guise de fin de non-recevoir. Pire encore, le rapport signale aux dirigeants iraniens fascinés par l'apocalypse que le danger de sanctions externes est maintenant écarté et qu'ils peuvent poursuivre leurs ambitions nucléaires en toute tranquillité.

Ce qui nous laisse avec la deuxième option, soit une intervention sous une forme ou une autre. Certes, cela paraît peu vraisemblable à l'heure actuelle, dans le débat faussé par l'effet explosif du rapport de 2007. Mais ce millier de mots couvert de critiques acerbes pourra-t-il vraiment continuer de dominer la compréhension américaine du problème? Pourra-t-il faire changer Bush d'avis? Son influence persistera-t-elle d'ici un an? Sera-t-elle sensible dans la politique du prochain président?

C'est extrêmement improbable, car ces projections supposent un état stable et impliquent que ce rapport peut à lui seul réfuter toutes les autres interprétations, que la situation iranienne ne connaîtra aucun nouveau développement, que l'enquête sur les intentions nucléaires iraniennes a été bouclée à jamais au début décembre 2007. Mais le débat va au contraire certainement se poursuivre. Alors, l'influence du rapport faiblira et prendra sa place, modeste, parmi toutes les autres appréciations, techniques et non techniques, officielles et officieuses, américaines et non américaines.

Bref, avec la première option maintenant fragilisée et la troisième option restant inacceptable, c'est la deuxième option – la guerre menée par les États-Unis ou par les forces israéliennes – qui devient la plus probable. C'est ainsi que des bureaucrates mesquins et manifestement partisans ont, en tentant maladroitement de cacher des réalités déplaisantes, contribué à concrétiser leur propre cauchemar.

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Volume VI, Numéro 312 • vendredi le 7 décembre 2007

Petit aide-mémoire américain en matière de nucléaire iranien
Laurent Murawiec
Metula News Agency, 5 décembre 2007

Comment comprendre la surprenante « évaluation nationale de renseignement » (National Intelligence Estimate, NIE) publiée avant-hier à Washington sur le nucléaire iranien ? Ce petit aide-mémoire ne contient aucune révélation flamboyante, mais essaie de cadrer la question.

Ce que l’on a coutume d’appeler la "communauté du renseignement" américaine a échappé à tout contrôle politique. Elle intervient à sa guise et quand bon lui semble dans l’arène politique : l’exécutif, qu’elle est censée servir, n’en tient plus les rênes ; la communauté du renseignement s’est autonomisée, comme un fief féodal qui déclare son indépendance envers son suzerain. Bush, et son vice-président Cheney, soutiennent depuis longtemps que le programme nucléaire et balistique de l’Iran constitue un danger pour le monde. Le contenu de la NIE contredit brutalement tant ses propres élucubrations antérieures que la politique de son gouvernement. Il est le produit d’une révolution de palais, au moyen de laquelle le département d’Etat et la CIA essaient de prendre le contrôle de la politique des Etats-Unis envers l’Iran.

Il y a deux ans, en 2005, le consensus auquel parvenait la communauté du renseignement américaine concluait que l’Iran avait un programme secret de développement d’armes nucléaires ; aujourd’hui, la NIE nous affirme le contraire sans ciller, et assure même que ce programme a été abandonné en 2003.

Nous, de conclure : deux ans après son abandon supposé, la communauté du renseignement croyait encore au programme; quatre ans après, elle n’y croit plus. En dépit d’éléments probants qui, au minimum, devraient inciter à plus de prudence dans la généralisation des assomptions, on se rue sur une conclusion qui se situe à cent quatre-vingts degrés de la conclusion antérieure.

Le pourquoi, la logique de l’abandon supposé du programme nucléaire ne sont pas élucidés, sinon pour suggérer que la voie diplomatique est la seule payante, - celle des concessions faites à l’Iran -, ce qui cadre à merveille avec certains desseins politiques ; on y reviendra ultérieurement.

La communauté du renseignement américain s’est fichu le doigt dans l’oeil sur la solidité de l’Union Soviétique (qu’elle croyait éternelle) ; elle n’a pas vu venir la crise du pétrole de 1973 ; elle a radicalement rejeté les rapports qui prédisaient l’effondrement du régime du Shah d'Iran ; elle n’a rien vu de l’ascension d’Osama ben Laden et d’al-Qaida ; elle a protégé, de tout son aveuglement, le rôle de l’Arabie saoudite dans la terreur internationale ; elle soutient le « dialogue » éternel avec les Frères Musulmans, hâtivement repeints aux couleurs trompeuses de la « modération. ».

La communauté du renseignement américaine fait preuve d’une corruption, à la fois intellectuelle et morale, à toute épreuve ; elle est non fiable ; ses interventions sont politiques ; la cocasse mansuétude dont a fait preuve le président à son égard, depuis qu’il n’a pas éjecté sans ménagement George Tenet, patron de la CIA, coupable de non-assistance à Amérique en danger, avant le 11 septembre 2001, et après, a instruit tout un chacun à propos de l’impunité radicale dont bénéficierait la CIA.

Sans être dans le secret des dieux, ni « avoir lu l’intel » - phrase qui, à Washington, vous vaut des regards envieux et une impunité totale en matière d‘élucubrations (« I’ve seen the intel »), – quiconque a étudié le régime de Téhéran, les déclarations de ses dirigeants, l’idéologie qui les anime, les stratégies qui président à leur action, possède quelque intelligence quant à leurs motivations. Visiblement, les organes du renseignement s’en contrefichent : ce qui leur importe, c’est leur ligne politique.

La CIA et consorts ont, depuis longtemps, abandonné l’Humint (human intelligence) au profit de compilations qui privilégient : la quantification, les interceptions électroniques, etc. En un mot, l’apparence technique au détriment de la substance politique. Ne soyons pas mesquins : il faut adjoindre à cette liste les ragots des « alliés », comme le Prince Turki d’Arabie, et la désinformation qu’ils déversent.

C’est pour cela que le doigt de la CIA reste encore et toujours fiché profondément dans son œil. C’est toujours le cas.

Au minimum, il faut rester complètement sceptique devant le jugement que vient de rendre public la communauté du renseignement américaine : il n’a aucune valeur de renseignement ; c’est une prise de position politique de la part de l’appareil politico-vénal qui préconise, depuis longtemps, une politique de conciliation à tout prix avec les ennemis de l’Amérique au Moyen-Orient, et dont la Commission Baker-Hamilton a été l’une des récentes incarnations publiques.

La question se pose donc ainsi : la stratégie du régime iranien visant, sans le moindre doute possible,

· l’hégémonie au Moyen-Orient,

· l’expansion révolutionnaire de la doctrine khomeyniste,

·l’utilisation systématique de la terreur à cet effet, y compris toutes les armes et moyens disponibles,

· la destruction d’Israël,

·l’utilisation des positions et territoires gagnés au Moyen-Orient pour répandre, au-delà, en Afrique, Europe, Asie centrale, etc., les progrès du djihad d’Etat,

· l’acquisition d’armes nucléaires et de leurs vecteurs est une évidence, un must et un objectif incontournable.

Combien de temps faut-il, de nos jours, à un Etat pourvu de moyens financiers considérables pour mobiliser son programme nucléaire civil de façon à construire des armes nucléaires opérationnelles ? Le savoir-faire est-il disponible sur place ? Le pays est-il doté des cadres techniques nécessaires ? Les goulots d’étranglement technologiques ont-ils été négociés avec succès ? A tout le moins, l’Iran, renforcé par les proliférateurs nucléaires que sont la Corée du Nord et la Russie, le Pakistan et quelques autres, n’est pas démuni.

Conclusion générale : prendre le NIE, publié lundi à Washington, avec un grain de sel de la taille de l’Obélisque de la Concorde ! D’où vient donc ce désastre politique ? Il faut le relier à la lamentable farce qui vient de se dérouler à Annapolis, où une pseudo-conférence de « paix au Moyen-Orient » a permis à Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat et émanation du lobby des « réalistes », dont James Baker et Lee Hamilton sont des figures connues, de clouer l’ultime rivet dans le cercueil de la politique bushienne de libération et de modernisation du Moyen-Orient.

La conférence s’est, en effet, tout entière déroulée sous le signe de l’équivalence morale et politique entre terreur arabo-musulmane, dénommée « palestinienne », et légitime défense israélienne ; l’objet consistait à faire plaisir aux potentats arabes et à gagner leurs faveurs diplomatiques. Ca ne va pas loin, mais ça permet de continuer l’absurde comédie du « processus de paix ». Dans ce cadre-là, les grands « deals » avec l’Arabie, l’Iran, etc., sont loisibles – feue la politique de Bush ne l’est pas. Bush a capitulé sur toute la ligne, de façon d’autant plus absurde que les forces américaines sont en train de gagner la Bataille d’Irak !

Les palinodies de ce genre gagnent des centimètres au comptant et, à terme, elles perdent des kilomètres. Les factures seront présentées plus tard. « Après nous, le déluge. ». Apprenons à nager !

"Les années perdues”: histoire du Moyen-Orient subvertie en propagande
Alex Safian
New York Post, 2 décembre 2007

Traduction française : Menahem Macina

"The Lost Years: Radical Islam, Intifada, and Wars in the Middle East 2001-2006", by Charles Enderlin (Other Press). ["Les années perdues : Islam radical, Intifada et Guerres au Moyen-Orient – 2001-2006."]

Si vous demandez à cent personnes, à Times Square ou Harvard Square, qui est Charles Enderlin, la majorité d’entre elles, si ce n’est la totalité, ne sauront pas quoi répondre. Mais si vous les interrogez sur la plus fameuse réalisation d’Enderlin, l’identification sera immédiate.

Enderlin est le journaliste français qui a donné au monde le récit de Mohammed al Dura, l’enfant de Gaza, dont la mort supposée a été saisie par une caméra, au début de la dernière Intifada, ou insurrection, en septembre 2000. Enderlin, qui, depuis 1990, est le correspondant, dans la région, de la chaîne publique de Télévision France 2, n’était en fait pas présent quand al-Dura fut abattu, mais son caméraman l’était. Enderlin a monté et commenté la vidéo, qui montrait Mohammed et son père s’abritant derrière un baril de béton, tandis que des Palestiniens armés et des soldats israéliens échangeaient des tirs. Selon Enderlin, c’est un tir israélien qui a tué l’enfant et touché aussi le père :

« …ici Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs qui proviennent de la position israélienne… Une nouvelle salve de balles, Mohammed est mort et son père gravement blessé. »

Quoique la vidéo ne montre pas que l’enfant est touché, et ne prouve assurément pas qui lui a tiré dessus, si tant est que quelqu’un l’ait fait, le jeune Mohammed est devenu une icône du martyre des Palestiniens et de la prétendue brutalité israélienne. Même la lointaine Tunisie a émis un timbre représentant la mort tragique de l’enfant.

Mais bientôt, des questions ont surgi à propos de l’angle impossible entre la position israélienne et celle des victimes, et en raison des incohérences du récit d’Enderlin et de celui de son caméraman. Les doutes se sont accrus quand des observateurs extérieurs ont été autorisés à voir les prises de vues non montées [rushes], qui semblaient montrer des forgeries, comme c’était le cas de Palestiniens tombant sur le sol comme s’ils étaient mortellement touchés, pour se relever et quitter les lieux quelques moments plus tard. Par la suite, même un observateur aussi modéré que James Fallows, de l’Atlantic Monthly, concluait :

« Il apparaît aujourd’hui que la mort de l’enfant ne peut avoir eu lieu de la manière dont l’ont relatée la plupart des médias, et comme on le croit avec ferveur dans tout le monde islamique. Quel qu’ait été son sort, il n’a pas été abattu par les soldats israéliens connus pour avoir pris part aux échanges de tirs de ce jour-là. »

A mesure que grandissait la controverse, quelques critiques ont émis l’accusation de fraude consciente, et France 2 ainsi qu’Enderlin ont répliqué par une action judiciaire, qui n’a pas encore abouti, accusant leurs critiques français de diffamation.

Travailleur infatigable, Enderlin n’a pas laissé la controverse le détourner de son activité, ni l’empêcher de rédiger deux livres. Le dernier, Les années perdues, affirme qu’en raison de leur militarisme obstiné, de leur unilatéralisme et de leur duplicité, les dirigeants d’Israël et des Etats-Unis ont gâché les chances de paix avec les Palestiniens et « mené le Moyen-Orient au bord d’une victoire majeure de l’islam radical. »

Le livre d’Enderlin est rempli de révélations.

Vous pensiez, comme le Président Clinton l’a affirmé, qu’Israël avait accepté, et les Palestiniens rejeté, les "paramètres de Clinton" - le plan final de paix offert par le président, tout à la fin de son mandat ? Ce n’est pas le cas.
Vous pensiez qu’Arafat avait planifié et contrôlé l’Intifada, qui avait débuté quelques mois auparavant ? Erreur à nouveau.
Les mythes volent en morceaux, les uns après les autres.
Mais, en vérifiant les copieuses notes de bas de page, censées confirmer ses assertions, des signaux troublants s’allument : beaucoup de citations se réfèrent à des interviews qui ont été apparemment – oui – filmées en vidéo par un caméraman, puis montées et commentées ensuite par Enderlin. Exactement comme la très douteuse vidéo de al-Dura. Et quelques autres notes de bas de page semblent également sujettes à caution.

Par exemple, Enderlin a-t-il raison quand il prétend qu’au cours d’un appel téléphonique de décembre 2000 au Président Clinton, Ehud Barak avait gravement endommagé les chances de paix en rejetant "secrètement" les paramètres de Clinton ?

Cette affirmation soulève quelques problèmes, dont un gros qui est que, comme cela a été largement relaté, à l’époque, le cabinet israélien, dont Barak, avait voté l’acceptation des paramètres de Clinton, si les Palestiniens les acceptaient aussi.

Pour étayer son accusation, Enderlin cite Elusive Peace [Une paix insaisissable], un livre accompagnant un documentaire du même nom réalisé par la BBC. Mais le documentaire ne dit pas ce qu’affirme Enderlin. Par exemple, le narrateur admet que

« le cabinet israélien a aussitôt accepté les paramètres de Clinton, dans la mesure où les Palestiniens en faisaient autant ».

On voit Barak racontant que, dans un entretien téléphonique, il avait dit à Clinton :

« Je ne veux même pas discuter de ces paramètres, ni du fait qu’ils me conviennent ou non. En l’état, nous ne pouvons pas les accepter ».

Mais ensuite, Clinton est interviewé et dit :

« Du fait qu’Arafat ne les avait pas acceptés [les paramètres de Clinton], Barak était l’objet d’une énorme pression politique, aussi avait-il besoin de quelque marge de manœuvre, pour donner l’apparence qu’il y renonçait, lui aussi, et je comprenais cela. »

En d’autres termes, il n’y a absolument rien dans ces entretiens de la BBC avec Barak et Clinton, qui corrobore la version légendaire de l’histoire d’Enderlin.

Et qu’en est-il de son affirmation, selon laquelle « l’insurrection palestinienne a été spontanée et… qu’Arafat ne la contrôlait pas » ? Elle est contredite par de nombreuses déclarations des dirigeants palestiniens eux-mêmes, tel Ali Abu Mustafa, qui affirmait, deux mois avant que l’Intifada ne débute :

« Nous allons sans doute nous trouver en confrontation avec Israël, afin de créer des faits nouveaux sur le terrain… Je crois que la situation dans l’avenir sera beaucoup plus violente que la [première] Intifada. »

Et Imad Faluji, le ministre des Communications d’Arafat, déclarait :

« Cette Intifada a été préparée à l’avance. »

De même, en 2002, le général de brigade, Mazen Izz Adin, Directeur de l’endoctrinement politique des Forces de Sécurité Nationales palestiniennes, déclara, lors d’une manifestation à Gaza :

« Nous devons être véridiques et sincères et appeler les choses par leur nom. Un jour l’histoire rendra clair le fait que toute l’Intifada et ses instructions venaient du Frère Commandant, Yasser Arafat. »

Désespérant de disculper Arafat, Enderlin fait l’impasse sur tout cela, ainsi que sur les récits de ses confrères de la presse, qui étaient des témoins oculaires. Par exemple, Charles Sennott, du Boston Globe, qui est tout sauf un apologiste d’Israël, a relaté que le dirigeant palestinien, Faysal Husseini, contrôlait directement les attaques palestiniennes sur le Mont du Temple de Jérusalem et aux alentours. Selon Sennott, Husseini

« a reconnu que la manifestation d’hier était orchestrée. »

Sennott a également relaté que

« les jeteurs de pierres… étaient fournis en projectiles à l’aide de brouettes pleines de pierres qui venaient de l’intérieur de l’enceinte de Al-Aqsa. Et les jeteurs de pierres s’arrêtaient comme un seul homme, à presque exactement 17 heures. »

Malheureusement, ces exemples des tentatives d’Enderlin pour abuser ses lecteurs sont classiques – des déformations et même des mensonges similaires foisonnent dans son livre.

On s’en consolerait si Enderlin était un cas isolé, mais il n’en est rien. Parmi les journalistes qui, mécaniquement, accusent Israël et exonèrent les Palestiniens, quels que soient les faits, on compte le journaliste britannique, Robert Fisk, Orla Guerin, de la BBC, Christiane Amanpour, de CNN, et beaucoup trop d’autres. Et la représentation consistante qu’ils se font des Israéliens comme étant les mauvais, et des Palestiniens comme étant des combattants la paix, court en filigrane dans leur couverture des événements, comme ceux de la Conférence d’Annapolis.

Le journalisme a parfois été appelé « le premier jet de l’histoire », mais, dans les mains de Charles Enderlin, il devient le premier jet d’une propagande malveillante.

Le seul intérêt de son livre, "Les années perdues", est de servir à l’étude de la pathologie dont il est le produit.

(Alex Safian est directeur associé du groupe de veille médiatique CAMERA. )

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Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
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Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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