Communiqué Isranet
février 2007
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume VI, Numéro 274 • vendredi le 23 février 2007

RELEVER LE DÉFI DU NÉGOTIANNISME
Ehoud Yaari
Israel Magazine, février 2007

Évidemment, dans le monde juif ainsi qu’en Israël, les déclarations d’Ahmadinejad sont réprouvées et condamnées, mais bizarrement, personne ne semble sérieusement envisager de les réfuter. Israël, ainsi que les dirigeants juifs connus au plan international, devraient tenir ce langage à Téhéran : « Pas de problème, nous allons examiner ensemble les recherches et les statistiques de même que les énormes archives qui recèlent les secrets de la Shoah. Si nous commençons rapidement, nous pourrons même parler à des survivants, les derniers témoins de ces horreurs qui soient encore vivants. » Israël et organisations juives internationales doivent tout simplement adopter une autre approche. Plutôt que de se heurter de front à Ahmadinejad, chef des négationnistes, à Roger Garaudy et à David Irving, il vaudrait mieux lui proposer un débat en terrain neutre afin qu’il puisse présenter ses arguments et recevoir des réponses complètes en temps réel.

S’il refuse de relever ce défi, alors l’affaire sera entendue. Il aura prouvé à tout un chacun qu’il ne souhaite pas entendre la vérité et à l’avenir, ses propos n’auront aucun poids. Mais s’il lui semblait qu’il ne peut éviter d’assister à un de ces forums quelle qu’en soit la forme, alors nous ne manquerons pas d’avocats talentueux pour présenter ce dossier, ni de documents traumatisants à l’appui. Certains penseront qu’Ahmadinejad exploiterait une telle tribune pour retourner l’argument de la Shoah contre les pays européens et leur en faire prter toute la culpabilité. Il prétendrait, comme le font toujours les Palestiniens, que les Européens ont accordé un pays aux Juifs pour se faire pardonner leurs crimes. Ahmadinejad aurait beau jeu d’expliquer que la Palestine a été arrachée à ses « légitimes propriétaires » pour être donnée aux Juifs car l’Europe voulait se débarrasser d’eux que ce soit dans les fours crématoires ou au moyen du sionisme. (Le président palestinien Mahmoud Abbas a soutenu une thèse similaire dans le doctorat qu’il a rédigé à Moscou en 1970.)

Mais les choses ne sont pas aussi simples, car la Shoah s’est étendue au monde arabe et des Arabes y ont pris part. Ainsi que le démontre Robert Satloff...dans son dernier livre, « Parmi les Justes : Récits perdus de la Shoah en terre arabe, » les camps de concentration, la déportation, les tortures et les chambres à gaz attendaient aussi les Juifs d’Afrique du Nord. La Shoah s’est effectivement passée au-delà de la mer Méditerranée en terre d’Islam. Comme le montre Satloff, l’holocauste est partie intégrante de l’histoire compliquée de Juifs et des Arabes en Orient. Les pays arabes ont beau essayé de l’oublier et de s’en tenir éloignés, ils ne peuvent le supprimer entièrement. Son livre nous fournit un grand nombre d’histoires et de témoignages prouvant que les Arabes ont pris part à ces crimes.

Satloff avait débuté ses recherches afin de découvrir des Arabes qui mériteraient d’être honorés comme « Justes des Nations » par Yad Vashem. Il en trouva effectivement quelques-uns, mais dans tous les cas, les membres de la famille ne souhaitaient pas se voir reconnaître l’honneur douteux d’avoir sauvé des Juifs.

Pour être tout à fait honnête, je dois préciser que Satloff et moi sommes amis depuis plus de 20 ans, car je suis l’un des membres de l’Institut qu’il dirige. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas conseiller son excellent livre où l’on peut trouver tout ce qu’Ahmadinejad tente de dissimuler. La Shoah ne s’est pas déroulée uniquement à Dachau, Auschwitz et Buchenwald mais également dans d’effroyables camps de concentration au coeur du désert saharien, dans les attaques contre les Juifs de Tunisie, dans l’exécution des ordres des Nazis en Algérie et au Maroc. En outre, Hadj Amin el Husseini, qui était alors le principal dirigeant palestinien, et Rachid el Kailani en Irak firent alliance avec Hitler. Les Arabes ont pris part à la Shoah, fut-ce de façon marginale et c’est précisément ce que l’on doit tout d’abord expliquer au président iranien au cours de sa rééducation.

Afin de bien préparer Ahmadinejad et ses représentants à l’idée d’examiner en commun la véritable dimension de la Shoah, il faudrait que le livre de Satloff soit traduit en perse. Le président iranien découvrirait alors combien il est difficile de dissimuler la vérité historique même dans le monde islamique. Il est à espérer vivement que le président iranien soit invité à un débat ou à une enquête publique. C’est le meuilleur moyen d’avencer pour ceux qui cherchent à dialoguer avec lui. Ainsi, les choses seront claires.

RÉFLEXIONS SUR 'L'OFFENSIF DE PAIX' SYRIENNE...
Richard Darmon
Israel Magazine, février 2007

Alors que Damas, euphorisée par les performances du Hezbollah, l’été dernier contre Tsahal, prépare intensément sur le terrain son armée à la guerre contre Israël avec son allié iranien, les hauts-responsables syriens ne cessent de répéter tout haut qu’ils veulent « sincèrement » faire la paix avec l’État hébreu. Que faut-il en penser?

« Nous voulons bien entendu faire la paix avec tous les pays de la région, y compris la Syrie. Nous espérons sincèrement que les conditions futures nous permettront d’y parvenir... » : telle fut la réponse assez elliptique donnée le 18 décembre dernier par le Premier ministre Ehoud Olmert aux « offre de paix » réitérées la veille et l’avant-veille par deux des plus hauts responsables syriens. En effet, dans une interview-fleuve publiée le 16 décembre dans le quotidien italien La Republica, le président Bachar Assad avait exhorté dans ces termes Olmert à « relever le défi » d’accepter les offres de paix syriennes : « Je dis au Premier ministre israélien : ‘Prenez un risque, et vous verrez bien si nous bluffons! » Des propos assez habiles suivis le lendemain par l’appel du ministre syrien des Affaires étrangères, Oualid Mouallem, lancé cette fois dans une interview publiée par le quotidien britannique Daily Star : « Notre pays aspire au noble but d’une paix entre la Syrie et Israël » a-t-il dit en ajoutant pour la première fois : « Un dialogue constructif doit commencer sans condition préliminaire... S’il est tout à fait légitime que nous récupérions le Golan à l’issue de ces pourparleurs, nous n’en faisons cependant pas une condition préalable... Soit nous irons vers la stabilité, soit la région s’écroulera alors que se multiplieront les guerres civiles religieuses et les actions des extrémistes qui les fomentent... ».

Ce fut B. Ben-Eliézer qui réagit le premier à ce double appel syrien en résumant ainsi la position israélienne : « Il est insuffisant de faire de tels appels à haute voix. Il incombe désormais à la Syrie de stopper ses envois de missiles au Hezbollah et de soutenir les groupes terroristes palestiniens. Le problème ne réside pas dans les ‘conditions préliminaire’ d’éventuelles négociations, mais dans le fait que la Syrie—qui veut jouer sur deux tableaux à la fois—est en train de mener le conflit à un point de non-retour. »

Arguant jusqu’à la mi-décembre que la Syrie multipliait ses fausses offres de paix parce qu’elle voulait briser son « total isolement sur la scène internationale » suite à ses agissements en Irak et à sa compromission directe dans le meutre de l’ex-chef du gouvernement libanais Rafik Hariri, le Premier ministre Olmert avait d’abord invoqué l’alliance privilégiée avec les USA—dont on a appris depuis qu’ils soutenaient activement l’opposition syrienne à Assad : « Il est inconcevable, avait-il dit en revenant en novembre de sa première visite officielle à Washington, que nous répondions à l’initiative syrienne, alors que le président Bush, qui est l’allié le plus important d’ Israël, s’opposeè à toute négociation avec Damas! ».

Or, après la publication du Rapport Baker...conseillant à Bush de forcer Israël à négocier avec la Syrie son retrait du Golan pour que Damas « aide » les USA à se désengager d’Irak, Olmert et ses principaux ministres de Kadima, Shimon Peres compris, viennent de changer de discours en repoussant à nouveau les appels syriens en invoquant cette fois quatre raisons différentes : la Syrie n’épargne aucun effort pour tenter de renverser le gouvernement libanais de Fourad Siniora, elle continue de prêter assistance aux terroristes irakiens, elle héberge toujours dans sa capitale les organisations terroristes palestiniennes dont le Hamas et le Djihad islamique, et elle reste l’alliée principale des ayatollahs iraniens qui veulent détruire Israël...

Outre les quatre raisons invoquées en public par Olmert pour ne pas répondre aux offres de Damas et malgré le fait que l’armée syrienne est en train de se préparer à l’éventualité d’une vaste offensive-surprise contre Israël en déployant de nouveaux missiles à moyenne portée et des missiles anti-char dernier cri sur son versant du Golan, d’autres causes plus profondes ou plus « politiques » conditionnent désormais la position israélienne :

1) Tout d’abord, le fait que l’administration Bush, même « remaniée », après la victoire démocrate de novembre au Congrès, est en train d’enterrer...les dangéreuses conclusions du Rapport Baker sur la nécessité de devoir négocier avec la Syrie...afin de l’intéresser à un règlement du lourd dossier irakien. Une dynamique de proximité avec la Maison-Blanche qui semble plus importante, aux yeux des leaders israéliens actuels, que d’accepter de négocier...avec la Syrie « afin de tenter de la prendre à son propre piège...en invitant Assad à Jérusalem ou en dépèchant Olmert à Damas avec des exigences bien précises » comme l’a suggéré Shlomo Ben-Ami, l’ex-ministre travailliste des Affaires étrangères sous Barak.

2) La plupart des analystes israéliens et américains de la Syrie considèrent que ce pays, pourtant à majorité sunnite, s’est peu a peu « iranisé » au fils des dernières années en autorisant la pénétration des imams et de la culture chiites dans son pays et en se rapprochant aux plans idéologique, économique, financier et militaire de Téhéran où plus de 3000 officier syriens s’entraînent désormais dans les bases de l’armée iranienne. Et ce, alors que la télévision de Téhéran mentionne chaque jour ce qui se passe en Syrie et au Liban et que la régime des ayatollahs exporte en Syrie ses missiles, ses banques, ses entreprises et ses associations de prosélytisme de la foi chiite.

3) L’évidence très prosaïque et bien plus liée à des considérations de politique intérieure israélienne...voulant que d’après les sondage, une nette majorité de 67 pourcent d’Israéliens s’opposent à un retrait complet du Golan en échange d’un traité de paix avec la Syrie, 16 pourcent seulement y étant favorables... Or pour une coalition Olmert déjà si malmenée par les suites intérieures de la deuxième guerre du Liban et à présent elle-même divisée par un âpre débat pour avaliser le Budget 2007, il ne semble pas opportun de risquer de répondre à l’initiative ambigüe de Damas en prenant l’opinion publique à contre-pied...

Autant de raisons qui excluent que Jérusalem, tout du moins pour l’instant, tente de relever le défi d’Assad. D’autant que la préférence actuelle d’Olmert se porte davantage en cette fin 2006 ver des ouvertures en direction de l’Autorité palestinienne pour « renforcer » Abou Mazen face au Cabinet Hamas... même si plus d’une centaine de requettes Kassam ont été tirées depuis Gaza sur le Néguev jusqu’au 25 décembre, depuis le pseudo-cessez-le-feu palestinien d’emblée accepté par Israël...

La preuve même que le dossier de l’offensive de paix syrienne reste très complexe et très controversé en Israël même, c’est l’existence au plus haut-niveau du Renseignement de divergences entre le Mossad et la Division Recherches des Renseignements de Tsahal!

Reprenant les arguments développés depuis longtemps par l’ex-général Oury Saguy (représentant de Tsahal dans les pourparlers engagés au milieu des années 90 avec Damas) pour qui négocier avec la Syrie permettrait à Israël de la « détacher » peu à peu de l’axe mortifère Iran-Hezbollah-Hamas, le général Yossi Baidatz a en effet déclaré le 25 décembre à la Knesset que l’offre de paix d’Assad était « sincère » : « Même si Assad prépare bel et bien l’armée syrienne à un conflit avec Israël...et qu’il fonctionne à fond sur deux pistes en même temps, c’est dans son propre intérêt que le régime syrien a pris et réitéré cette initiative de paix... Y répondre permettrait à Israël d’améliorer considérablement sa position sur la scène internationale! » a-t-il avancé devant des députés perplexes... Or à peine une semaine plus tôt devant le même forum parlementaire, Meïr Dagan, le chef du Mossad, avait fortement déconseillé au leadership politique de tendre la main au régime « aux abois » de Damas en arguant qu’Assad ne souhaite nullement s’assoir sérieusement à la table de négociations : « La Syrie n’a jamais été aussi déterminée qu’aujourd’hui a entre-prendre une action militaire contre nous! » a-t-il dit en comparant la situation actuelle au nord d’Israël à « une allumette prête à embrasser la région... »

Pour lui, dopée par ce qu’elle a considéré cet été un peu trop tôt comme « la victoire du Hezbollah contre Tsahal » et surtout pousée par sa volonté constante de continuer à dominer le Liban avec l’aide de son précieux et puissant allié iranien, la Syrie serait désormais prête à se saisir « du moindre prétexte pour engager les hostilités contre Israël ». En déclanchant par exemple une offensive-surprise de courte-durée sur le Golan qui la mettrait en position de force pour négocier plus durement face à l’État hébreu... surtout après un cessez-le-feu imposé d’urgence par l’ONU.

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Volume VI, Numéro 273 • vendredi le 16 février 2007

FRAGILE ACCORD
Serge Truffaut
Le Devoir, 10 -11 février 2007

Après un an d'impasse politique ponctuée d'affrontements sanglants, les factions rivales palestiniennes du Fatah et du Hamas ont conclu leur rencontre de La Mecque par un accord.

Essentiellement, pour ne pas dire seulement, celui-ci prévoit la formation d'un cabinet d'union nationale d'ici cinq semaines. Reconduit à son poste de premier ministre, Ismaïl Haniyeh va présider à ce processus qui s'annonce aussi complexe que délicat. Et ce, pour deux raisons: Israël et la direction de la sécurité palestinienne. Commençons avec Israël.

Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas avait exprimé son souhait que le Hamas «adhère» aux principes contenus dans les ententes signées par l'OLP et Israël. Ce souhait s'est transformé en contrariété. Plutôt que de donner satisfaction à Abbas, la direction du Hamas a opté pour le louvoiement, du reste très sibyllin: on «respecte» mais on n'adhère pas. Ainsi, le Hamas évite ou plutôt refuse encore une fois de reconnaître l'existence d'Israël.

Ce faisant, il place Abbas devant un mur de difficultés. En effet, c'est à lui, en tant que président de l'Autorité palestinienne, qu'incombe la responsabilité des affaires extérieures. Autrement dit, il est responsable des pourparlers avec Israël, bien évidemment, mais également avec les États-Unis et l'Union européenne. Bref, avec le Quartette. Or ce dernier a toujours dit et répété que l'allocation de soutien matériel et financier, gelée depuis la victoire du Hamas aux législatives de l'hiver dernier, était conditionnelle à la reconnaissance du droit d'Israël à l'existence.

De fait, il serait étonnant que le président Abbas obtienne une levée de l'embargo, décrété par le Quartette, lors des discussions qu'il aura dans une dizaine de jours avec la secrétaire d'État Condoleezza Rice et le premier ministre Éhoud Olmert. Car, outre la reconnaissance d'Israël, le Hamas s'est bien gardé de donner des gages sur le front de la sécurité.

En effet, cette organisation a pris un soin particulier à ne pas emprunter une voie qui l'aurait tôt ou tard obligée à remettre ses armes et à ordonner à ses militants d'intégrer les forces officielles. On se rappellera que selon les termes de la Constitution palestinienne, les affaires internationales et la sécurité sont la chasse gardée du président et non du premier ministre.

Toujours est-il qu'à La Mecque, le Fatah et le Hamas ont convenu de ceci: c'est au premier ministre que reviendra le droit de proposer la nomination d'un individu appelé, si le Fatah l'accepte, à être ministre de l'Intérieur. Signe particulier: il ne devra pas être membre du Hamas ou du Fatah. Mais le bouquet de cette histoire est sans contredit ce qui suit: le Hamas et le Fatah n'étant pas dans l'obligation de désarmer, ce ministère se résumera à une coquille vide.

Cela étant, lorsqu'on fait la somme des accords intra-muros morts-nés que les organisations palestiniennes ont signés par le passé, on peut se demander si le dernier de la série dépassera le temps d'une saison. En effet, s'il a permis de consolider la dernière trêve, il n'annonce pas la reprise sur des bases solides des négociations avec Israël. Pour l'heure, le doute l'emporte sur l'espoir.

AMBIGUITÉ CRÉATRICE
Alain Bidjerano
Le Devoir, 12 février 2007

Une analyse de plus qui demande aux Israéliens de faire comme s’ils n’entendaient pas que le Hamas veut les rayer de la carte. On sait où cette politique a déjà mené avec Arafat : droit dans un mur. Une paix ne peut pas se bâtir sur des demis vérités ou des menaces d’éradication.

Arafat faisait son travail de communications subtilement en parlant de paix aux médias

occidentaux et de guerre et de martyrs aux medias arabes. À la différence d’Arafat, on ne peut pas accuser le Hamas d’hypocrisie ni aux journalistes de ne pas faire leur boulot de traduction ou de revue de presse de base. Le Hamas se refuse à reconnaître la légitimité et le droit d’existence de l’état d’Israël (pardon, de l’entité sioniste) sur tous les tons et dans toutes les langues.

Comme Québécois, je n’accepterais pas que dans une discussion sur l’avenir du Québec on ne reconnaisse pas mon existence ou ma légitimité ou seulement de facto. Et je ne voie pas comment, en répondant par du « pragmatisme » ou de la « diplomatie » je pourrais amener une quelconque évolution de l’autre alors que je ne ferais que lui confirmer mon inexistence.

Le droit du peuple juif à l’autodétermination n’est pas l’objectif de la négociation mais son début. Si on ne reconnaît pas que les Juifs forment un peuple ni leur légitimité sur cette terre, la discussion peut s’arrêter là. Parce qu’en ne reconnaissant pas l’autre, on s’oblige à parler tout seul. C’est vrai que cela peut être « créatif » mais seulement si le but c’est de créer l’autisme.

Les dernières contorsions du Hamas à la Mecque ne servent qu’à sauver son gouvernement, en espérant que les Européens brisent son isolement en ouvrant de nouveau les robinets financiers. La France est déjà à moitié convaincue, (qui s’en étonnerait ?), et Douste Blazy ne demande qu’un autre petit pas pour redevenir le champion de la cause palestinienne.

Abbas semblent avoir gagné plusieurs points en mettant le Hamas au pied du mur et en grignotant un peu de terrain dans son gouvernement. Si l’argent n’arrive pas, il aura le beau jeu de montrer l’incapacité du Hamas à gouverner ou à gagner la moindre légitimité sur la scène internationale.

Quand à la paix quelque soit le type d’accord, Israël devrait exiger que l’ensemble des pays signataires fassent approuver l’entente par leur population dans une large proportion. Ce scénario obligerait les Palestiniens, pour avoir la paix, à procéder à un virage à 180 degrés dans le ton et les contenus diffusés dans leurs quotidiens, leurs clips vidéos, leurs journaux télévisés, leurs émission pour enfants et leur manuels scolaires pour faire accepter la légitimité de l’état d’Israël. Seul ce travail considérable parviendrait peut-être à modifier les mentalités palestiniennes et à faire accepter ce qui leur semble pour l’instant inacceptable.

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Volume VI, Numéro 272 • Vendredi le 9 février 2007

Israël, modèle de liberté et de tolérance
Reda Mansour
Atlanta Journal, 5 février 2007

Mon grand-père, qui a vécu jusqu’à plus de 100 ans, avait l’habitude de dire : « J’en ai vu beaucoup, mais aucun comme les Juifs. »

Notre petite ville druze est restée de fait la même pendant des siècles sous statut ottoman puis, plus tard, britannique. Quand Israël fut établi en 1948, un développement rapide s’en est suivi, et, pour la première fois, nos maisons ont eu l’électricité et l’eau courante et tous les enfants ont bénéficie d’une éducation gratuite et de qualité.

Même avec toute cette modernité et ce luxe relatif, les plus grandes louanges de mon grand-père vis-à-vis d’Israël allaient vers la manière dont le jeune Etat traitait ses citoyens les moins chanceux. Pour la première fois de sa vie, mon grand-père, un ouvrier retraité, a reçu une pension et a eu accès à une assistance médicale de qualité. Il disait qu’une société se jugeait d’après sa façon de traiter les personnes âgées, les malades et les chômeurs, et il ajoutait qu’Israël s’était montré fort et bienveillant. Assurément, disait-il encore, une telle nation triomphera.

C’est l’histoire non racontée d’Israël, une nation qui mesure sa force non par sa richesse ou ses prouesses militaires, mais par la vitalité de sa société civile et la diversité de son système démocratique. Dans un pays où l’orchestre symphonique, le théâtre et l’université ont été fondés avant les institutions politiques de l’Etat, il y a maintenant plus de 40.000 associations civiles indépendantes. Elles renforcent notre système éducatif, protège notre environnement et œuvre pour la paix et la justice dans notre région.

Israël est une société d’immigrés avec une population diverse : 1,3 millions de ses citoyens sont arabes et appartiennent à divers groupes religieux et ethniques. Certains, en réalité, souffrent de la pauvreté et du manque d’investissement égal dans leurs communautés de la part du gouvernement ; mais les Arabes israéliens ont néanmoins un niveau de vie plus haut qu’aucun de leurs frères vivant dans la région. Ils sont des citoyens à part entière qui peuvent voter et se faire élire dans les postes publics. Ils ont droit à la liberté de culte, de se rassembler et de parler librement sans risque d’intimidation ou d’oppression. Depuis l’établissement de notre jeune pays, les Arabes les plus libres du Moyen-Orient résident dans l’Etat juif d’Israël.

Avec tous les défis auxquels il fait face, Israël demeure la seule démocratie du Moyen-Orient. Cela seul ne fait pas du système politique israélien un système parfait, mais c’est la recherche infinie d’une plus grande égalité qui distingue Israël de ses voisins. Dans ma ville natale, j’ai vu l’accomplissement du rêve israélien : de jeunes professionnels de toutes confessions ont réussi avec succès des carrières en droit, en médecine, en affaires et en diplomatie. Nous venons tous de familles de classes moyennes qui ont eu accès à l’école publique et aux universités d’Etat leur permettant de créer un avenir meilleur pour leurs enfants. Aucun d’entre nous n’aurait eu cette opportunité ailleurs que dans la société libre et ouverte dans laquelle nous vivons.

Aujourd’hui, notre liberté est menacée par l’odieuse idéologie de haine déversée par le Hamas, le Hezbollah et les autres organisations du même acabit. Avec l’aide de leurs soutiens à Téhéran et à Damas, ces extrémistes font pleuvoir des roquettes sur les villages israéliens et envoient des bombes humaines dans nos bus et sur nos marchés. Leurs partisans épousent un narratif mensonger et éternellement victimaire, tentant de justifier chaque acte de brutalité et blâmant Israël pour chacune de leurs épreuves. Cette rhétorique creuse ne change pas le fait que leurs obus ne connaissent ni l’âge ni l’appartenance ethnique. Et la violence qui en résulte affecte chaque Israélien, quels que soient son groupe ou sa religion.

La défense contre cet assaut requiert une action militaire, mais la solution aux problèmes complexes qui nous ont menés là où nous sommes, réside dans le lien fort qui s’est développé entre Arabes et Juifs en Israël. Si nous coexistons pacifiquement à Haïfa et Asifiya, pourquoi ne le ferions nous pas à Gaza, Beyrouth ou le reste de la région ?

Il y a peu, j’ai assisté à une cérémonie au Capitol de l’Etat de Géorgie pour commémorer la vie et l’œuvre de Martin Luther King Jr. Comme Anouar el-Saddate et Itzhak Rabin, il a donné sa vie pour défendre le rêve de la coexistence. Grâce à ce que mon grand-père a vu, mes enfants peuvent vivre ce rêve comme citoyens d’Israël. Aujourd’hui, nous regardons nos frontières en nous demandant quand nos voisins choisiront le rêve de la paix plutôt que le cauchemar de la guerre.

(Reda Mansour est Consul général d’Israël pour les Etats-Unis du sud-est.)

‘Le monde sépharade joue son existence’
Elias Levy
Canadian Jewish News, 8 fevrier 2007

Ayant subi une mutation radicale ces dernières décades et confronté à de grands défis, le monde sépharade est aujourd’hui au “carrefour de l’histoire juive”, rappelle en entrevue le grand intellectuel et universitaire Shmuel Trigano.

Professeur de sociologie à l’Université de Paris X-Nanterre, directeur du Collège des études juives de l’Alliance Israélite Universelle, de la revue de pensée juive Pardès, titulaire de la Chaire européenne d’Études sépharades Elia Benamozegh à Livourne, auteur d’une quarantaine d’ouvrages très remarqués d’Histoire, de philosophie politique et de philosophie, dont La Société juive à travers l’Histoire, en quatre tomes (Éditions Fayard), Shmuel Trigano a été le maître d’oeuvre d’un ouvrage collectif imposant, en deux volumes, consacré à l’histoire et à la civilisation du monde sépharade: Le monde sépharade. Tome I: Histoire, Tome 2: Civilisation, qui vient de paraître aux Éditions du Seuil.

Les meilleurs spécialistes israéliens, français, européens et anglo-saxons du monde sépharade ont participé à cette oeuvre magistrale qui fera date dans les annales de l’historiographie juive.

Une ambitieuse radioscopie du monde sépharade émaillée de réflexions judicieuses sur l’avenir du Séphardisme.

Canadian Jewish News: Vous êtes plutôt pessimiste en ce qui a trait à l’avenir du monde sépharade.

Shmuel Trigano: Je crois que nous sommes à un carrefour où le monde sépharade joue son avenir et même son existence. C’est un monde qui a été profondément ébranlé et disloqué par les événements lugubres qui ont eu lieu durant la seconde moitié du XXe siècle. Par ailleurs, on ne voit pas dans les institutions sépharades, ni dans la conscience et l’intention des élites sépharades, des processus de transmission et de continuité. C’est surtout cela qui me semble extrêmement inquiétant. Il est possible que l’identité sépharade se volatilise. Si les Sépharades disparaissent, le peuple juif continuera à vivre, amputé de cette dimension singulière du judaïsme qu’est le Séphardisme.

Mais, est-ce qu’il y a encore des Ashkénazes? Le monde ashkénaze n’était pas une réalité ethnique mais une réalité culturelle, halakhique, philosophique… Force est de rappeler que l’identité juive ce n’est pas simplement l’identité, le folklore, la culture matérielle… c’est avant tout une culture intellectuelle et spirituelle.

Les Sépharades ont porté pendant des siècles une riche tradition très différente de celle du monde ashkénaze. Ils ont une expérience radicalement différente du politique, de la mystique, de la philosophie… Les Sépharades doivent impérativement trouver les instruments pour redonner à l’identité sépharade une nouvelle forme, ils ne peuvent pas rester cloîtrés dans la nostagie du passé. La transmission, c’est avant tout une invention, de la créativité. Mais il faut d’abord savoir ce qu’est l’essentiel.

C.J.N.: Cet ambitieux ouvrage collectif n’a-t-il pas pour but de rassembler les éléments épars d’un monde sépharade démembré par les accélérations et les dérives de l’Histoire?

S.Trigano: En dépit des recherches universitaires entreprises depuis 1970, notamment en Israël, il n’existait pas encore d’étude systématique de l’histoire et de la civilisation du monde sépharade. Un univers extraordinairement divers qui englobe d’innombrables Communautés disséminées sur l’ensemble de la planète. Certaines sont très mal connues, d’autres à peine répertoriées. Une telle somme faisait d’autant plus défaut que cette histoire et cette culture n’ont pas encore été véritablement intégrées dans l’histoire officielle du monde juif, si ce n’est sous la figure du folklore ou de l’art. C’est la première fois -un travail similaire n’a pas encore été entrepris en langue anglaise ni en langue hébraïque- qu’il y a une reconstitution du récit historique sépharade.

J’ai essayé d’intégrer les multiples éléments historiques, sociologiques, culturels, religieux… de cette histoire hétéroclite pour qu’elle soit animée d’un même mouvement, d’un même souffle. Cette dimension unificatrice est très importante pour percevoir l’unité cachée derrière la multiplicité. Nous avons rassemblé théoriquement les éléments essentiels pour essayer de dégager une vision de ce que fut le parcours historique extraordinaire du peuple sépharade. On a besoin d’une vision pour créer. À partir de là, tout est possible.

C.J.N.: Vous déplorez que les Sépharades soient aujourd’hui indifférents au passé de leurs ancêtres.

Les Juifs et les Sépharades n’ont aucune idée de leur histoire, ils ont une vision victimaire d’eux-mêmes, de leurs souffrances. Une vision à court terme. C’est pour cela qu’il est urgent de rassembler la Mémoire du passé sépharade. Ce livre rassemble l’essentiel pour que les Juifs comprennent qu’ils sont un peuple malgré la dispersion, leurs divisions, leurs cultures et leurs langues différentes. En dépit des différences culturelles qui les séparent, on retrouve dans l’histoire des Communautés juives ashkénazes et sépharades le même modèle, mais dans des langues différentes.

Nous avons aussi redonné sa place dans l’histoire du monde sépharade aux judéo-arabes, qui, en règle générale, sont toujours mis à l’écart du peuple sépharade, ce qui est ahurissant. Est-ce qu’on retranche les Juifs de Galicie des Juifs d’Allemagne? Amputer de l’histoire sépharade une de ses plus importantes dimensions, la judéo-arabe, c’est faire du Séphardisme un modèle idéologique. On oublie que les Juifs qui parlaient l’espagnol ont tout d’abord parlé l’arabe puis, quand ils ont été expulsés d’Espagne en 1492, ont reparlé à nouveau l’arabe dans les contrées musulmanes où ils se sont établis.

C.J.N.: Le monde sépharade périclite, affirmez-vous. Pourtant, on a l’impression que la liturgie sépharade a connu un regain important ces dernières années. Comment expliquer ce paradoxe?

Le Séphardisme n’est pas menacé sur le plan liturgique. La liturgie sépharade, c’est le minhag des prières. Ce minhag, qui est à la fois l’esprit et la forme de la vie religieuse, existe toujours comme réalité esthétique. Mais, aujourd’hui, il est manifeste que le modèle dominant dans le monde sépharade n’a plus rien à voir avec la tradition sépharade, ni dans l’enseignement, ni dans la Halakha, ni dans le comportement, ni dans la vision du monde… C’est là le plus grave. Il n’y a quasiment plus de yéchivot sépharades. Les yéchivot sépharades qui existent sont ethniquement sépharades mais leur enseignement et leurs programmes sont aux antipodes de la tradition sépharade. On a oublié qu’il y avait une tradition intellectuelle dans le monde sépharade qui n’était pas simplement une tonalité musicale, un chant particulier à la Synagogue ou quelques minhagim. C’était une pensée, une vision du monde, une épistémologie qui intégrait toutes les disciplines du judaïsme. Aujourd’hui, les Sépharades ne sont même pas conscients que tout cela a existé.

C.J.N.: Pourquoi êtes-vous si sévère à l’endroit du leadership sépharade?

S.Trigano: Il n’y a pas de leadership dans le monde sépharade. Aujourd’hui, les leaders sépharades sont des gens bien gentils, mais ça s’arrête là. Le leadership sépharade, qui est complètement amorphe et n’a aucune vision de l’avenir, soit il a quitté le judaïsme ou la vie communautaire -il faut rappeler qu’il y a dans la Diaspora juive une élite sépharade qui a réussi brillamment dans tous les domaines professionnels-, soit il s’est complètement désinvesti de la vie juive en général, soit on ne lui a pas fait une place suffisante et il a abandonné l’espace communautaire juif.

Quand un leader sépharade s’implique bénévolement au niveau communautaire, il n’est pas du tout à la hauteur de la tâche. Il n’a aucune notion de la dimension intellectuelle et culturelle de la tradition sépharade. Comparons l’élite ashkénaze des États-Unis et l’élite sépharade dans n’importe quelle Communauté de la Diaspora juive. Aux États-Unis, des leaders juifs fortunés ont créé des Chaires d’études juives, des Centres de recherche, des bibliothèques… Est-ce que vous voyez une semblable chose dans le monde sépharade? Quand un Sépharade fait de la philanthropie, c’est uniquement pour la galerie, pour des réceptions fastueuses, pour des cérémonies creuses… Les leaders sépharades ne font aucune confiance aux intellectuels, aux chercheurs, aux universitaires. Ils feront un don financier substantiel à une yéchiva mais jamais à une institution culturelle ou universitaire.

Aujourd’hui, dans le monde sépharade, la culture est dans un état de décrépitude consternant. Il y a des bibliothèques entières chez des familles privées sépharades abritant des manuscrits d’une très grande valeur qui n’ont jamais été imprimés ni édités. Il y a une myriade de recherches et de conservations à faire. Au début des années 80, il y a eu un début de soutien de la part du gouvernement israélien pour sauver le patrimoine culturel sépharade. Cette initiative très louable est insuffisante. Ce qui manque pour préserver et perpétuer le patrimoine culturel sépharade, c’est une idée maîtresse. Il ne s’agit pas simplement de collectionner les costumes d’une époque dépassée, il faut bâtir une vision d’ensemble pour l’avenir.

C.J.N.: En Israël, les Sépharades ont bien percé dans l’arène politique. Le phénomène Shass ne symbolise-t-il pas avec force la revanche du Séphardisme israélien?

À quel prix? C’est ça la question. Les réalités ne sont jamais unidimensionnelles. Il faut reconnaître au parti Shass le mérite d’avoir tenté de répondre “présent”. Mais de quelle présence s’agit-il? Le modèle du Shass est lituanien et non sépharade. Il est vrai que les leaders du Shass revendiquent une fierté “ethnique”, mais que signifie l’“ethnicité sépharade”? Si la Séphardité c’est militer pour une petite chapelle ou un petit drapeau provincial, ça n’a aucun intérêt.

Le Shass aurait pu adopter le modèle sépharade, qu’il aurait dû perpétuer et transmettre parce que le judaïsme n’est pas monolithique. En adoptant le modèle lituanien, les leaders de ce parti ultra-orthodoxe ont renié l’héritage spirituel de leurs aïeux et fait du judaïsme une entité monolithique. Les leaders du Shass sont avant tout des Lituaniens. Ils ne portent même pas les habits sépharades, ayant préféré adopter l’uniforme lituanien tout en exhibant un drapeau qui se veut sépharade mais qui n’a plus rien à voir avec le contenu même de l’enseignement de cette tradition. La Séphardité, c’est un certain type de Halakha, une certaine conception culturelle de la philosophie, de l’Histoire, de la Kabbale… Aujourd’hui, le Séphardisme est devenu une vitrine de musée folklorique. Les Sépharades ont complètement perdu toute notion de l’envergure qu’avait jadis la culture sépharade.

C.J.N.: Finalement, c’est en jouant habilement la carte religieuse que les Sépharades ont pu s’imposer dans l’arène politique israélienne.

Le Shass a occupé la seule case qu’on lui ait laissée, ou qu’il restait, dans la société israélienne. Depuis la création de l’État d’Israël, le monde sépharade s’est senti exclu de l’élite nationale. Il s’est retrouvé avec les exclus ou ceux qui s’auto-excluaient, les ultra-orthodoxes étaient du nombre. Ils se sont identifiés à cette marge pour pouvoir revenir en force sur la scène publique. C’est de l’ordre de la tactique politique, mais je crains fort qu’ils aient perdu leur âme dans cette tactique.

En Israël, les Sépharades ont réussi aussi le tour de force d’être exclus du monde ultra-orthodoxe. Ils ont été exclus du leadership des écoles religieuses, des yéchivot et des réseaux de l’ultra-orthodoxie du Rav Shah. C’est pour cette raison qu’ils ont créé le parti Shass. Il faut aussi faire cette histoire-là. Leur exclusion n’a pas été seulement le fait de l’élite dominante travailliste depuis la fondation de l’État d’Israël jusqu’à l’arrivée de Menahem Begin au pouvoir, en 1977, elle a été aussi le fait de l’ultra-orthodoxie dans le monde religieux. La Séphardité comme religion est invisible, on appelle ça “traditionalisme” parce qu’ on ne sait pas comment la classer. Mais, la Séphardité est inclassable non pas parce que cette tradition culturelle et religieuse est nulle ou complètement déliquescente, mais tout simplement parce que c’est un autre modèle de judaïsme qui, au XIXe et au XXe siècle, n’a pas implosé puis engendré différentes synagogues. Le problème c’est que le monde sépharade n’a pas été conscient qu’il incarnait un modèle profondément légitime qu’il devait perpétuer. Au contraire, on lui a inculqué l’idée que ce modèle était nul, que les Rabbins sépharades étaient incompétents et arriérés.

C.J.N.: En Israël, le Séphardisme n’a-t-il pas connu ces dernières années un regain important grâce au communautarisme multiculturel qui a cours dans la société israélienne?

Je suis très perplexe au sujet du multiculturalisme désormais très en vogue en Israël et dans le cadre duquel le Séphardisme a été réhabilité.C’est un statut folklorique, c’est-à-dire un décor de théâtre. Tous ces musées, je suis tout à fait pour, ça suscite de la nostalgie, des souvenirs… mais ce ne sont que des décors de théâtre. Où est le contenu? N’oubliez pas que le Séphardisme c’était une vision du monde et du judaïsme qui a produit une littérature considérable. Où est aujourd’hui la production intellectuelle et littéraire dans le monde sépharade? La transmission, ce n’est pas simplement la transmission de ce qu’on a reçu, comme si c’était un objet qu’on se doit de transmettre de main en main. La transmission, c’est une réinvention. Et, tant que cette réinvention, c’est-à-dire la découverte de nouveaux canaux pour transmettre l’essentiel, ne sera qu’un voeu pieux, le Séphardisme continuera à s’étioler, surtout sur le plan culturel. Par exemple, aujourd’hui, les Sépharades ne parlent plus l’arabe, si ce n’est peut-être dans de rares contrées du Proche-Orient, ils sont passés dans une autre ère linguistique. Quand les Juifs espagnols sont passés et repassés de l’espagnol à l’arabe ou à l’italien ou à l’hollandais, ils ont reforgé des instruments culturels nouveaux. Ces instruments sont vraiment le baromètre de toute transmission.

C.J.N.: Partagez-vous le point de vue soutenu depuis longtemps par la gauche israélienne selon lequel les Sépharades originaires des contrées arabes seraient mieux prédisposés à faire la paix avec le monde arabe?

C’est un mythe de la gauche israélienne, qui n’a aucun intérêt pour les Sépharades parce que ces derniers ont avant tout un énorme contentieux avec le monde arabe et le monde islamique. Les Sépharades ont souffert dans le monde arabo-islamique, d’où ils ont été chassés sans aucune procédure. Leurs biens ont été spoliés. Tant que ce contentieux entre le monde sépharade et le monde arabe n’aura pas été mis sur la table et réglé, il restera toujours en travers de la gorge. Il n’y aura pas de paix tant que le monde arabe n’aura pas reconnu sa responsabilité dans ce chapitre sinistre de l’histoire judéo-arabe. Ça, la gauche israélienne ne l’admet pas parce qu’elle n’a aucune notion ni aucun respect pour l’expérience du monde sépharade, de telle sorte qu’elle utilise la figure sépharade comme une sorte de symbole qui lui permet à la fois de se haïr elle-même et de supposer qu’il y avait une vie idyllique dans le monde arabo-islamique. Ce n’est pas vrai!

C.J.N.: Donc, la “convivencia” judéo-arabe en Terre d’islam n’est qu’un mythe tenace?

Absolument. J’ai une étudiante au Doctorat qui a découvert dans les Archives de l’Alliance Israélite Universelle un manuscrit d’un émissaire français visitant le Maroc avant le protectorat. Je ne vous dis pas la vallée de larmes qu’était à cette époque-là la condition juive au Maroc. Peut-être que le Maroc d’aujourd’hui a des intentions positives, mais qu’on ne nous dise pas que toute l’histoire judéo-arabe en Terre d’islam a été une idylle, ça c’est un mensonge, les textes le montrent: les récits de voyageurs étrangers, les chroniques des Juifs, les élégies… Au contraire, tout atteste que ce fut quelque chose d’insupportable à l’exception de quelques rares périodes de coexistence plus paisibles.

On rappelle dans le livre que quand un pouvoir arabe prenait son envol, il avait besoin des Juifs, mais dès qu’il s’installait, les Juifs devenaient des ennemis. Il faut faire une distinction entre l’histoire juive dans le monde arabe avant la colonisation et celle après la colonisation. Pour les Juifs, la colonisation a été une libération. Malheureusement, ces derniers ont la mémoire très courte. Ils oublient que s’il y a eu une période calme dans les rapports judéo-arabes, ce fut sous le pouvoir colonial, et pas toujours.

C.J.N.: Selon vous, en France, la notion de Sépharade est incongrue.

En France, les Sépharades ne savent pas qu’ils sont Sépharades. Il n’y a que vous à Montréal pour vous appeler Communauté sépharade du Québec. En France, notamment parce qu’ils sont majoritaires, les Sépharades sont Juifs tout simplement. La conscience de l’identité sépharade n’est pas très aiguë parce que les Sépharades sont majoritaires dans la Communauté juive française et vivent dans un pays qui ne favorise pas les identités parallèles. Par conséquent, en France, les Sépharades se sentent Juifs français avant tout.

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Volume VI, Numéro 271 • vendredi le 2 février 2007

Le Moyen-Orient en voie de collision :
la position saoudienne

Par Y. Carmon, H. Varulkar, Y. Mansharof et Y. Yehoshua
MEMRI, Enquête et analyse n° 319, 2 fevrier, 2007

Le conflit opposant les Saoudiens sunnites d'une part et les Iraniens chiites de l'autre, qui s'est envenimé ces derniers mois au point de faire s'affronter Russes et Américains, se focalise sur deux fronts : le Liban et le Golfe persique (1)

Le front libanais était censé s'enflammer en décembre, juste après les fêtes islamiques et chrétiennes. L'explosion a toutefois été reportée par divers efforts de médiation, dont l'initiative du Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, qui n'a pas eu le succès espéré.

Une autre initiative, présentée entre le 16 et le 22 janvier par l'Arabie saoudite, a été contrecarrée par la Syrie. (2) Les violences initiées par l'opposition libanaise ont duré deux jours et, selon des rapports de la presse arabe, ont cessé sur ordre de l'Iran. (3) L'opposition libanaise continue toutefois de menacer les Forces du 14 mars d'une reprise de l'agitation civile, sans toutefois donner de date. Cette reprise pourrait vraisemblablement avoir lieu à un moment propice pour l'Iran et la Syrie et après concertation entre ces deux Etats.

Il est probable que le front iranien, pour sa part, s'enflamme entre le début du mois de février et le 21 mars : Au début du mois de février, le régime iranien fêtera les 10 jours de Fajr, qui commémorent les jours précédant le retour de l'ayatollah Khomeiny de France en Iran, en 1979, et la victoire de la Révolution islamique. A l'occasion de cette festivité, baptisée par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad "Festival nucléaire", Ahmadinejad compte annoncer (et peut-être aussi présenter) de nouvelles réalisations iraniennes relatives au programme nucléaire, qui "feront plaisir à tous les musulmans." Une autre date a aussi été envisagée à cet effet : le Nouvel an iranien (Norouz), qui tombe le 21 mars. Une telle évolution risque fort de placer l'Occident au pied du mur et de l'obliger à agir.

MEMRI publiera, dans le sillage du rapport du 26 janvier 2007 intitulé "Récents contacts entre l'Arabie saoudite et l'Iran pour résoudre la crise libanaise" (4) une série d'analyses sur l'évolution des événements susceptible de conduire au déclenchement d'une guerre régionale en février-mars 2007. Ces rapports porteront sur la dimension russo-américaine du conflit et la position de l'Iran, où se manifestent des signes de division intérieure - ainsi qu'aux positions de la Syrie et du Hezbollah.

Ce rapport-ci (suivre le lien donné plus bas pour le texte intégral en anglais) porte sur la position saoudienne telle que reflétée dans deux documents. Le premier est une interview au ton tranchant donnée par le roi Abdullah suite à l'échec des pourparlers entre le Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale Ali Larijani, chargé du dossier nucléaire iranien, et le Secrétaire général de Conseil de la sécurité nationale en Arabie saoudite, le prince Bandar Bin Sultan. Il convient de noter que le régime iranien a préféré ne pas répondre au même niveau politique (du chef d'Etat) et avec la même âpreté, craignant apparemment une escalade. Ce qui n'a pas été formulé dans cette interview est que la principale arme de l'Arabie saoudite est l'arme du pétrole, l'Arabie saoudite étant à même de porter un gros coup à l'économie iranienne par une baisse du coût du pétrole - une stratégie qui a déjà occasionné d'importants dégâts en Iran.

Le deuxième document représente une attaque contre l'Iran, par Othman Al-Omeir, directeur saoudien du site arabe libéral Elaph.com, proche du prince Khaled Bin Faisal, une figure importante de la famille royale saoudienne.

Depuis l'avènement à Téhéran de l'Ayatollah Khomeini, nombre de mouvements politiques arabes se reconnaissent dans la rhétorique séfévide[1] du régime iranien et dans l'élan révolutionnaire d'un islam politique réinterprété sur le mode chi'ite. S'il est peu probable que l'islam chi'ite influe de manière décisive sur les destinées d'un monde musulman majoritairement sunnite (à plus de 85 pour cent), il est toutefois source de méfiance au Moyen-Orient arabe. Celle-ci se manifeste au sein des monarchies conservatrices, et tout particulièrement en Arabie saoudite, où le wahhabisme orthodoxe, garant du sunnisme et des lieux saints, a toujours redouté la renaissance conquérante et subversive du chi'isme, vu comme une menace à son hégémonie. Toutefois, il faut également souligner que les régimes se revendiquant d'une idéologie pan-arabe laïque et révolutionnaire, comme l'Irak de Saddam Hussein ou la Syrie de la dynastie Assad, considèrent également la propagation de la révolution islamique comme une menace à la stabilité de leur régime, du fait des importantes minorités chi'ites présentes en leur sein. Il convient alors de se demander en quoi le chi'isme perse est-il révolutionnaire, et principalement si l'Iran est encore en mesure d'exporter sa révolution.

L'influence de l'Iran, et de son interprétation politique révolutionnaire du chi'isme, au sein du monde musulman, peut se comprendre par l'histoire de ce courant au Moyen-Orient. Exclus de la succession du prophète de l'Islam, les descendants de l'Imam Ali, gendre de Mahomet, ont toujours été marginalisés. Ainsi, la domination sunnite contraignit-elle les Chi'ites à se soumettre au pouvoir califal et parfois même à se réfugier dans des enclaves montagneuses, comme ce fut le cas pour les Druzes et les Alaouites au Liban et en Syrie, ainsi que pour les Zaydites sur les montagnes du Yémen. Un tel isolement ne fit que renforcer la doctrine religieuse du chi'isme. La théorie de l'« imam caché » (imam zaman), lequel apparaîtrait à la fin des temps afin de délivrer les déshérités (mostazafin), agit comme référent symbolique contre le monde des dominants, assimilé au monde sunnite, mais également, plus tard, à l'Occident judéo-chrétien. Relié à une vision prophétique prônant la défense des déshérités contre les tyrans, ce messianisme fut rétabli en Iran au moyen de la révolution islamique, présentée comme une alternative au communisme, qui commençait alors à péricliter.

Ainsi, le discours des mollahs s'adresse-t-il encore aujourd'hui essentiellement aux déshérités, mobilisant essentiellement les masses peu politisées. Le régime iranien est toujours influencé par les idées du défunt orateur Ali Shariati, lequel tenait un discours radicalement tiers-mondiste et était d'avis que seul l'« humanisme musulman » pouvait sauver l'identité perse--et celle des autres victimes de la colonisation croisée--du capitalisme impérialiste et du communisme athée. Il préconisait ainsi l'indépendance politique et économique, mais aussi le renouveau de l'identité musulmane, que l'Occident et le communisme avaient subvertie. Comme Shariati et Khomeini, Ahmadinejad s'appuie sur des discours simples, compris de tous, transmis par radio, reproduits sur cassettes et retransmis dans tout le pays. De surcroît, le clergé, qui contrôle les médias et détient le monopole de la parole, lui permet d'écarter intellectuels et politiques.

POURQUOI LES ARABES DIRONT TOUJOURS
« NON » À TÉHÉRAN

Masri Feki
Journal MERIA,Volume 2, No. 1, Article 2/7 - Janvier 2007

Depuis sa révolution islamique contre le Reza Shah Pahlavi en 1979, l'Iran est perçu au Moyen-Orient arabe comme une menace. Mais en quoi le chi'isme perse est-il menaçant pour les Arabes ?

Depuis la révolution, le régime islamique iranien a aussi utilisé les symboles du chi'isme--celui des martyrs par exemple--pour servir sa cause, comme, tout particulièrement, lors de la guerre contre l'Irak. En effet, les Bassidjis--combattants issus de l'organisation Niruyeh Moghavemat Basij (« Force de mobilisation de la résistance »), créée juste après la révolution, forte d'un demi-million de jeunes recrues et faisant partie intégrante de l'armée--étaient envoyés sur le front dès l'âge de douze ans avec pour mission de mourir dans la « tradition des martyrs chi'ites ». Il n'est donc pas étonnant que la milice chi'ite libanaise Hezbollah, contrôlée par Téhéran, ait recruté plus de 2 000 enfants, âgés de dix à quinze ans, pour former des milices armées, acte largement désapprouvé par l'opinion publique arabe. Ainsi, le 18 août 2006, l 'hebdomadaire égyptien Rose al-Youssef dénonççait fermement le recrutement de mineurs au sein du Hezbollah, tandis que nombre d'intellectuels arabes continuent de qualifier le mouvement chi'ite libanais « d'organisation criminelle » sur la tribune de la chaîne qatarie arabophone Al-Jazeera.

Si, dans un premier temps, le clergé chi'ite iranien réussit à mobiliser la société iranienne, son influence n'atteint pas le reste du monde ou même de la région. Le nouveau pouvoir chi'ite iranien entra en conflit avec les États-Unis suite à leur décision, en octobre 1979, d'accorder l'asile politique au Shah déchu. Khomeini exhorta la population à manifester contre eux, qualifiés désormais de « grand Satan ». Ceci marqua le début de la « crise des otages » et des relations conflictuelles entre la République islamique d'Iran et l'Occident de manière générale.

En juillet 1980, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski, rencontra le roi Hussein de Jordanie à Amman, afin de discuter en détail d'un éventuel coup d'État que Saddam Hussein pourrait mener contre Khomeini. Le roi Hussein, alors l'allié le plus proche de Saddam dans la région, servit d'intermédiaire lors de la planification du complot. L'invasion de l'Iran par l'Irak aurait eu lieu sous prétexte d'un appel à l'aide d'officiers loyalistes iraniens, ayant préparé leur propre soulèvement le 9 juillet 1980. Ces officiers iraniens étaient dirigés par Shapour Bakhtiar, ancien premier ministre du Shah, réfugié en France après la prise du pouvoir par Khomeini mais opérant depuis Bagdad au moment de la rencontre entre Brzezinski et Saddam Hussein. Cependant, Khomeini eut vent de cette opération (« opération Nojeh ») et la tentative de putsch avorta[2].

L'idée d'une possible extension de la révolution iranienne vers les autres pays arabes du Golfe abritant d'importantes communautés chi'ites fut alors au centre des préoccupations des dirigeants de la région[3]. À la veille des élections législatives irakiennes du 30 janvier 2005, lesquelles virent la victoire d'une formation politique d'obédience chi'ite à Bagdad, le président égyptien Hosni Moubarak confiait à la presse internationale son appréhension de voir les chi'ites se hisser au pouvoir en Irak[4]. Il est à souligner que l'Égypte de Moubarak considère le chi'isme comme une secte dangereuse, et que la faible et paisible minorité chi'ite du pays du Nil est régulièrement la cible des services secrets, les Moukhabarat, au mépris du principe de liberté de conscience inscrit dans le droit égyptien et dans les articles 2 et 18 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, signée par l'Égypte. Il convient d'évoquer ici la vague d'arrestations de prédicateurs chi'ites au début des années 1990 par les autorités égyptiennes, ainsi que les propos méprisants des hauts dignitaires d'al-Azhar[5]--la plus haute instance religieuse de l'islam sunnite--à l'égard des « déviants » chi'ites. Si aujourd'hui la plupart des dirigeants arabes se montrent plus réservés, les craintes du raïs égyptien sont ouvertement partagées, notamment par le roi Abdallah de Jordanie et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.

Alors que l'émergence d'une théocratie radicale dominée par un clergé à la fois chi'ite et non-arabe met périodiquement l'accent sur les divisions au sein de l'islam, les inquiétudes des dirigeants arabes ne sont pas sans fondement. En effet, avant la révolution islamique de 1979, le chi'isme révolutionnaire avait progressé plus rapidement en Irak--où s'était réfugié Khomeini--qu'en Iran. Ainsi, dès 1974, la répression frappa le parti de la « prédication islamique » de Mohammad Bakr al-Sadr, assassiné suite à un attentat manqué, perpétré par des chi'ites, visant Tarek Aziz, alors ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein.

Ainsi Saddam Hussein se fit-il le chantre de la défense de la nation arabe, menacée par l'islamisme, chi'ite en l'occurrence. Ceci lui assura la solidarité des États soucieux de l'expansionnisme iranien. Khomeini renforça la légitimité de cette position : Dès son arrivée au pouvoir, il s'attaqua à l'arabisme et appela au renversement du parti Baas, qu'il qualifia de parti « athée ». L'Irak, soutenu financièrement et militairement par les autres États membres de la Ligue arabe et par les États-Unis, envahit alors l'Iran en vue de renverser la théocratie naissante. Ceci marqua le début de la guerre Iran-Irak, dont le bilan fut extrêmement coûteux en termes de vies humaines et de ressources pour les deux pays.

Bien que l'Irak ne réussît pas à défaire l'Iran, la révolution islamique ne s'étendit pas au-delà des frontières de ce dernier. Le principal objectif de ce conflit fut donc atteint : les populations chi'ites d'Irak et des pays du Golfe Persique n'adoptèrent pas le nouveau modèle idéologique, malgré les sympathies affichées.

Cette guerre aura sans doute contribué à enrayer l'expansion de la révolution khomeyniste au sein du monde musulman non chi'ite. Elle freina également l'élan de sympathie qu'elle avait auparavant suscité jusqu'en Afrique sub-saharienne ; le Front islamique du salut (FIS) algérien, ainsi que les islamistes soudanais et égyptiens tournèrent ainsi le dos à l'Iran. Les mollahs de Téhéran ne parvinrent donc pas à tisser des liens solides avec les groupuscules islamistes qu'ils souhaitaient manipuler. Cela démontre que les logiques étatiques ne s'accordent pas toujours avec les stratégies des mouvements activistes ; les masses musulmanes peuvent se montrer indifférentes, voire hostiles, aux manœuvres iraniennes, comme ce fut le cas lors d'émeutes provoquées par des activistes iraniens en juillet 1987, au cours d'un pèlerinage à La Mecque.

Toutefois, au sein même du monde chi'ite (loin d'être homogène), les configurations politiques et sociales peuvent freiner la diffusion du modèle iranien. En effet, si l'Iran dispose d'appuis dans le sous-continent indien, les Chi'ites de cette région n'adhèrent pas tous à son modèle idéologique. D'autre part, dans les régions où un clergé fort, comme celui en Iran, n'a pu se constituer, la diffusion reste faible. Tel est le cas pour les Chi'ites alévis en Turquie, majoritairement favorables au maintien de la laïcité. Au Liban, la radicalisation des positions islamistes chi'ites rapprocha le Hezbollah des thèses iraniennes, mais elle l'éloigna, pour les mêmes raisons, du parti Amal, dont est issu l'actuel président du Parlement, Nabih Berri, qui négocia le dernier cessez-le-feu avec les émissaires occidentaux et onusiens.

Aujourd'hui encore, le cas de l'Irak illustre l'échec de l'exportation du modèle révolutionnaire islamique iranien, même parmi les communautés chi'ites de la région. En effet, si l'ennemi public des Américains, Moqtada al-Sadr (fils de l'Ayatollah chi'ite irakien Mohammad Sadeq al-Sadr, assassiné sous le régime de Saddam Hussein), aspire à une république islamique à l'iranienne, il invoque aussi et surtout le patriotisme irakien, contre une hégémonie iranienne sur le chi'isme d'Irak. Au Moyen-Orient, l'identité religieuse ne prime donc pas sur l'appartenance à la nation ; seulement en Iran, elles semblent s'être entremêlées.

La fin de la révolution iranienne a sans doute affaibli les courants chi'ites radicaux. C'est pourquoi le régime iranien se focalise de plus en plus sur la « résistance à Israël » et relègue au second plan la caractéristique religieuse de son combat. Il a ainsi réussi à accroître sa popularité grâce aux « actes de bravoure » exécutés par la milice libanaise Hezbollah qu'il contrôle. En raison de cette évolution, le régime alaouite de Syrie a décidé de se servir de cette force intégriste, interposée entre lui et Israël, afin de faire valoir ses intérêts tout en évitant un conflit frontal avec Israël. L'appel à la destruction de l'État d'Israël et les récentes déclarations négationnistes de Mahmoud Ahmadinejad démontrent bien que l'Iran se cherche une place au Moyen-Orient, en usant de la « potion magique antijuive », dont les effets ne sont plus à découvrir. Téhéran parviendra-t-il pour autant à s'intégrer dans la région ? Rien n'est plus incertain.

(Né au Caire en 1984, Masri Feki partage son temps entre la France et le Moyen-Orient. Il est notamment président de l'Association Francophone d'Études du Moyen-Orient (AFEMO) et auteur de nombreuses publications sur le Moyen-Orient. Site Internet : http://www.masrifeki.com. )

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NOTES

[1] En référence à l'expansionnisme de l'Empire perse de la dynastie séfévide, qui régna sur l'Iran jusqu'au 19ème siècle.

[2] Nom de code « Nojeh », d'après le nom de la base aérienne Shahrokhi/Nojeh à Hamedan.

[3] Les Chi'ites représentent en effet près de 12 pour cent de la population autochtone des quelques 24 millions d'habitants des six monarchies pétrolières du Golfe, que sont l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar.

[4] Ces craintes ont été exprimées par le raïs égyptien dans deux récentes interviews accordées à la chaîne américaine PBS, et à la chaîne satellitaire Al-Arabiya, basée à Dubaï.

[5] Paradoxalement, al-Azhar fut fondé par la dynastie chi'ite des Fatimides.

LES AMIS D'ISRAËL

Si les Arabes avaient accepté la Résolution 181 de l’ONU en 1947, s’ils avaient fait la paix en 1967, en 1973, ou après Oslo en 1993, s’ils avaient accepté de négocier en 2000, un État Palestinien existerait aujourd’hui, et Israël ne serait pas obligé de se défendre.

Mourir à la boulangerie

Le lundi 29 janvier, vers 9 h du matin, Haïm El-Maliach, 32 ans, Michaël Ben-Saadon, 27 ans, et Israël Samoliya, 26 ans, travaillaient dans une petite boulangerie d’une rue tranquille d’Eilat, petite ville du Sud d’Israël. Soudain, une explosion foudroyante ! Les trois hommes sont déchiquetés vivants ! Un terroriste venait de se faire exploser dans la boulangerie. Les témoins ont assisté à une scène terrible de morceaux de corps éparpillés partout.

Les groupes terroristes Palestininens Jihad islamique et Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, organisation affiliée au Fatah, parti du soi-disant modéré président Abbas, ont revendiqué l'attentat.

Le terroriste, originaire de la bande de Gaza, serait entré en Israël depuis l’Égypte, à quelques dizaines de kilomètres d’Eilat.

Le frère du terroriste déclare : « Nous savions qu’il allait réaliser une opération martyre. Sa mère et son père ont prié pour qu’il réussisse. Sa mère a dit lui avoir souhaité « bonne chance » et être fière de lui. « Je prie Allah pour qu’il soit accepté comme martyr ajoute-t-elle. J’espère que cette opération délivrera un message aux combattants du Fatah et du Hamas pour qu’ils arrêtent de se battre et dirigent leurs armes contre le seul et unique ennemi, Israël ». Des dizaines de Palestiniens sont venus féliciter la famille.»

Un porte-parole du Hamas a applaudi à l'attentat. Il a également indiqué que les attentats contre Israël étaient préférables aux combats inter-palestiniens à Gaza entre le Hamas et le Fatah : « La meilleure chose à faire pour le Fatah, c'est de retourner ses fusils contre Israël, et non contre le Hamas. »

En effet, les deux « partis politiques » des territoires palestiniens, le Fatah et le Hamas, règlent leurs différends à la manière palestinienne, c’est-à-dire en s’entretuant. On peut s’attendre à ce genre de comportement quand on sait que depuis des décennies, la haine et la violence ont la première place au curriculum de cette société. Ces dernières tueries ont fait plus de 30 morts et des centaines de blessés.

Le Hamas prône ouvertement la destruction d’Israël. Le Fatah est sensé être le parti « modéré » de cette violente société. C’est avec lui qu’Israël essaie de négocier une paix depuis plus de 25 ans ! Chaque fois qu’une réunion est prévue, les Palestiniens envoient des terroristes en Israël. À preuve, cet attentat intervient quatre jours avant une réunion du Quartet à Washington, dans le cadre d'un nouvel effort destiné à redonner vie au processus de paix israélo-palestinien.

Les politiques d'apaisement demandant de coopérer avec le Hamas encouragent la violence et doivent être rejetées.

Visitez www.amitiesquebec-israel.org


Conseil editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
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Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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