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Communiqué Isranet
Volume V, Numéro 270 • vendredi le 26 janvier 2007 COMBATTRE L'IDEE QUE L'ETAT JUIF
NE SERAIT PAS LEGITIME ET GAGNER L'OPINION PUBLIQUE Traduit par Albert Soued pour www.nuitdorient.com Merci de m'avoir invité à parler devant vous à cette conférence. Ce "nouveau sommet" est d'une importance majeure et, de mémoire récente, il est difficile de trouver une époque où Israël a fait face à autant de défis pour sa sécurité. Dans le passé l'état d'Israël a subi des temps difficiles, ce qui était pour lui la norme plutôt que l'exception. Souvenons-nous, depuis son indépendance, Israël a subi l'invasion de 1948, la Guerre des 6 Jours, la guerre du Kippour, la 1ère guerre du Liban, 2 intifadas et récemment la 2ème guerre du Liban. Il n'y a aucun pays au monde qui ait subi en si peu de temps autant de défis à son existence. Survivre dans ces conditions est déjà impressionnant, prospérer serait hors de question pour un autre pays. Et Israël est florissant. Je voudrais néanmoins préciser que l'Amérique y a contribué, puisque ce pays est son allié et son partenaire naturel. Or les épreuves continuent avec le Hamas, le Hezbollah et l'antisémitisme envahissant des médias arabes, la dure violence en Irak et ailleurs et les viles menaces émises régulièrement par le président Iranien. Mais Israël survivra, comme il a prospéré face aux armées et aux terroristes; comme il a prospéré avec les voisins les plus dangereux au monde, il réussira à écarter les menaces d'aujourd'hui. Et comme il y aura toujours un Israël fort et fier, il y aura toujours des relations étroites et durables entre Israël et les Etats-Unis. Je voudrais consacrer quelques minutes pour préciser ce que seront ces liens futurs entre les deux pays, selon moi. Je commencerai par l'évidence: il n'y aura jamais de compromission quant à la défense d'Israël. Je sais qu'à cette Conférence on a discuté de la possibilité d'une plus grande coopération avec l'Otan. Je soutiens ces aspirations. Une démocratie amie sous siège devrait même appartenir à l'organisation de défense la plus efficace du monde. En même temps, je voudrais qu'il n'y ait pas de doute quant à la position américaine, même en dehors de l'Otan. Devant l'accroissement des menaces sur la sécurité d'Israël, le soutien américain devrait s'intensifier, par la fourniture de l'équipement militaire et de la technologie nécessaires, afin d'assurer à Israël la supériorité qualitative sur le plan des armes. Les ennemis d'Israël sont trop nombreux, la marge d'erreur possible trop faible et les intérêts communs et les valeurs partagées trop importants pour qu'il en soit autrement. La puissance israélienne sera mise à l'épreuve. L'état parrain du terrorisme international, l'Iran se définit par son hostilité à l'égard des Etats-Unis et d'Israël. Il est tragique que des millénaires d'une Perse digne et fière se terminent dans un pouvoir qui enlève toute qualité de civilisé à ce pays. Quand le président Iranien appelle à l'effacement d'Israël de la carte du monde et demande un univers sans sionisme, ou suggère que la population juive retourne en Europe, ou assimile l'holocauste à un mythe, il est clair que nous sommes face au Mal personnifié et devant un régime dangereux. La poursuite par l'Iran du projet nucléaire est un risque que nous ne pouvons accepter. Protégé par un arsenal nucléaire, l'Iran intensifiera sans frein son parrainage de la terreur dans le monde, pour éliminer ses ennemis. Son mépris envers le traité de non prolifération nucléaire qu'il a signé rend ce traité obsolète et induit des pays comme la Turquie, l'Egypte, l'Arabie et d'autres à revoir leur situation de défense. Les pays modérés du Golfe devraient s'adapter à cette nouvelle réalité et le monde vivrait indéfiniment avec la menace que Téhéran pourrait transférer des armes nucléaires à des organisations terroristes. Couplé avec son arsenal balistique, un Iran nucléaire serait une menace immédiate et mortelle pour l'état d'Israël. Le Conseil de Sécurité de l'Onu doit imposer des sanctions politiques et économiques plus sévères. S'il continue à trainer les pieds, les Etats-Unis devraient mener un groupe de pays ayant les mêmes intérêts à imposer des sanctions multilatérales, en dehors de l'Onu. Iran doit importer du pétrole raffiné, ce qui le rend très vulnérable. Des pays tels que la Chine ou la Malaisie qui ont signé des contrats pour développer le pétrole iranien et la Russie qui fournit des systèmes d'armements à Téhéran devaient comprendre que la menace iranienne sera un sujet critique dans leurs relations bilatérales avec l'Amérique. Entre temps, les Etats-Unis devraient vérifier si ces contrats ne violent pas les clauses de l'"Iran Freedom Support Act" de l'an dernier (loi pour le soutien de la liberté en Iran votée par le Congrès). Les Etats-Unis devraient appeler le secteur privé à désinvestir en Iran, comme cela a déjà été suggéré dans cette Conférence. On peut persuader les individus, les fonds de pension, les institutions financières à désinvestir des sociétés travaillant avec l'Iran. On peut isoler et rendre illégitime un gouvernement hostile. Et comme nous l'avons fait pour l'Afrique du Sud, on peut mener une campagne au sein du pays, pour savoir si les investissements sont utiles au peuple iranien ou servent seulement à enrichir l'élite au pouvoir. On devrait aussi rassurer les millions d'Iraniens qui aspirent à l'auto-détermination en soutenant leur désir de liberté et de démocratie. On devrait de même transformer ce soutien en action concrète. Et toutes les options doivent être examinées, l'action militaire n'étant qu'un dernier recours, après avoir épuisé la voie diplomatique. Mais soyons réaliste, il y a une seule option pire que la solution militaire, c'est mes amis, un Iran nucléarisé. Ce régime Iranien doit comprendre qu'il ne peut pas sortir gagnant d'une confrontation avec le monde. De même les dirigeants du Hamas doivent être isolés. Le peuple palestinien n'est pas bien servi par un gouvernement terroriste qui refuse de reconnaître à Israël le droit d'exister, refuse de dénoncer la violence et refuse de reconnaître les accords de paix déjà signés. Les Etats-Unis ne peuvent avoir des relations normales avec un tel gouvernement, qui délibérément incite à tuer des civils innocents, afin de terroriser toute la population juive. Les derniers pourparlers entre le 1er ministre Ehoud Olmert et le président Abbas sont encourageants et nous devons soutenir ces efforts. Mais d'un autre côté, nous devons être sûr que le peuple Israélien puisse vivre en paix, en attendant que les chefs Palestiniens s'engagent réellement dans la voie de la paix. Aucune nation civilisée – ni Israël, ni les Etats-Unis -- ne peut permettre à des terroristes de définir l'avenir politique de son peuple. Et nous ne pouvons pas aider le peuple palestinien, si cela signifie que nous devons accepter une bande de terroristes qui a réussi à prendre le pouvoir à cause du désespoir d'un peuple. Pour continuer dans la terreur, il faut parler du Hezbollah. Les chances d'Israël d'avoir une paix durable avec le Liban, c'est qu'il y ait un seul pouvoir dans ce pays. Sans milices privées, sans combattants du Hezbollah, sans armes ni équipements parvenant de Syrie pour alimenter le Hezbollah. Pourtant ni l'armée Libanaise, ni les forces de l'Onu ne sont prêtes, ni ne veulent désarmer le Hezbollah. Tant que cette situation durera, la trêve actuelle ne peut servit qu'à réarmer le Hezbollah. Mais il n'y a qu'une solution, à brève ou longue échéance, le Hezbollah doit être désarmé. Maintenant un mot de l'Irak. Nous avons fait beaucoup d'erreurs dans cette guerre, et Washington et Bagdad ne sont pas d'accord sur les mesures de correction à faire. La situation est chaotique et la tentation est de nous en laver les mains. Mais si nous le faisons, nous allons à la catastrophe, nous, l'Irak et Israël. Un départ précipité mènera à une guerre civile et l'émergence d'un état raté au sein du Moyen Orient. Il entraînerait l'intervention d'états voisins et une guerre régionale de grande envergure. Nous devons empêcher cela à tout prix, c'est-à-dire renforcer nos troupes à Bagdad et dans la province d'Anbar, tenir responsable le gouvernement Al Maliki de tous les objectifs politiques et économiques convenus, et demander des comptes aux voisins de l'Irak qui y attisent le feu. C'est notre dernière chance ou espoir de sauver la situation dans ce pays. Je conclurai en notant qu'il y a eu récemment de longs débats non seulement autour de la promotion de la démocratie dans notre politique étrangère, mais aussi sur la sagesse de l'orientation pro-israélienne de l'Amérique. On n'a rien compris. Le lien entre Israël et l'Amérique n'est pas seulement stratégique. En fait nos liens profonds sont d'ordre moral, deux démocraties dont l'alliance est forgée de valeurs communes; il n'y a pas un conflit de loyauté à être profondément pro-israélien ou pro-américain. Il s'agit de défendre des principes qui sont chers aux 2 pays. C'est pourquoi aujourd'hui, nous tous, nous sommes fièrement pro-Américains et fièrement pro-Israéliens. N'oublions
pas Raoul Wallenberg Le mercredi, 17 janvier, marquait le 62e anniversaire de la disparition, en 1945, de Raoul Wallenberg, ce diplomate suédois de l'époque de la Deuxième Guerre mondiale que les Nations unies ont appelé «le plus grand humaniste du XXe siècle». Par respect pour ce héros de l'humanité, le 17 janvier est maintenant appelé, au Canada, journée Raoul Wallenberg et est une journée commémorative officielle. En effet, ce Suédois non juif, ce saint juste des nations, celui qui fut le premier au Canada à recevoir le titre de citoyen honoraire incarne l'adage talmudique et islamique selon lequel sauver une seule vie, c'est comme sauver l'univers entier. Ce héros perdu de l'Holocauste a affronté la machine meurtrière des nazis en Hongrie et a montré que même un homme seul peut changer le cours des choses, qu'on peut résister et qu'on peut avoir raison du mal. Son héroïsme incroyable a mené Wallenberg: - à délivrer des Shutzpasses (des laissez-passer diplomatiques conférant l'immunité) à des Juifs au risque de sa vie, à Budapest, menant ainsi d'autres gouvernements à suivre son exemple; - à établir des refuges à Budapest, qu'on en est venu à appeler le «ghetto international», incitant une fois de plus d'autres légations à lui emboîter le pas, une initiative qui a permis à elle seule de sauver la vie à quelque 32 000 personnes; - à sauver des milliers de personnes de la déportation et de la mort en octobre 1944, lorsque le gouvernement fantoche nazi des Croix fléchées au pouvoir en Hongrie a procédé à une vague de déportations meurtrières et d'atrocités, en délivrant encore des Shutzpasses aux personnes en danger dans les gares de chemin de fer, les faisant ainsi descendre de trains sur le point de les emporter vers une mort certaine; - à suivre personnellement, en novembre 1944, les milliers de Juifs, surtout des femmes et des enfants, qui avaient été forcés de partir à pied pour un voyage de 200 kilomètres vers la mort, afin de leur distribuer de la nourriture, des médicaments et des documents improvisés; - à oser son dernier sauvetage, peut-être le plus mémorable, lorsque les nazis avançaient sur Budapest à la fin de la guerre et menaçaient de faire sauter le ghetto de la ville afin de liquider ce qui restait des quelque 70 000 Juifs de Hongrie, lorsqu'il a fait savoir aux généraux nazis qu'ils seraient traduits en justice, voire exécutés, pour leurs crimes de guerre. Les nazis renoncèrent alors à leur ultime assaut contre Budapest et les vies de dizaines de milliers de Juifs furent sauvées une fois de plus grâce au courage d'un seul homme. Aux yeux des Juifs, Wallenberg a toujours été un ange gardien. Quant à Adolf Eichmann, le bureaucrate homicide à qui on doit la Solution finale, il appelait Wallenberg le «Judenhund Wallenberg», ce «chien de Juif de Wallenberg». Ce que l'humain a de meilleur Il nous faudrait en apprendre plus sur l'héroïsme sans égal de ce grand humaniste, y réfléchir et le laisser nous inspirer. En protégeant des civils au cours d'un conflit armé, il a symbolisé ce que l'âme humaine a de meilleur. Ses avertissements aux nazis, ce présage des principes qui seraient énoncés et défendus à Nuremberg, après la guerre, donnent corps à quelque chose de plus: les rouages du droit humanitaire. Raoul Wallenberg n'a pas été qu'un grand humaniste. Il a aussi joué un rôle indispensable dans la lutte pour la reconnaissance des droits et de la dignité de la personne. Nous ne devons jamais oublier que le respect des droits de la personne est l'affaire de chacun d'entre nous, chez nous, au travail, dans nos relations personnelles, chaque fois que nous avons la possibilité de poser des actes bienveillants et compatissants, d'améliorer la vie d'une victime de discrimination ou d'un défavorisé. Nous devons nous donner pour tâche de parler au nom de ceux qui n'ont pas de voix, témoigner au nom de ceux qui ne peuvent se défendre, démontrer que nous pouvons être nous-mêmes les instruments du droit international des droits de la personne. (Irwin Cotler, Député fédéral de Mont-Royal et ancien ministre de la Justice et procureur général du Canada, l'auteur est également professeur de droit (en congé) à l'université McGill et a été président de la commission internationale chargée de découvrir ce qu'il est advenu de Raoul Wallenberg.) Volume V, Numéro 269 • vendredi le 19 janvier 2007 Il faut dissoudre
le people américain (1ère partie) Réflexions sur le complot juif On rencontre aujourd’hui, à tous les coins de rue du débat international, l’idée que la politique moyen-orientale de Bush a été subrepticement manigancée par une sombre clique de néo-conservateurs, tous plus ou moins juifs, agissant à l’insu d’un président stupide et ignorant, et imposant une ligne de conduite subordonnant les intérêts des Etats-Unis à ceux d’Israël. Chaque fois que je participe à un débat sur une télévision arabe, c’est la même ritournelle, et quand il m’arrive d’être interviewé par une radio New Age en Californie, j’entends le même refrain. C’était le leitmotiv d’un disgracieux "filmouillet" produit il y a quelques années pour la chaîne ARTE par l’Israélien repenti (et désireux de le faire savoir) William Karel, comme c’est la rengaine favorite de la bien-pensance européenne. L’opéra de quat’ sous dont la partition a été, une fois pour toutes, publiée sous le nom de "Protocoles des Sages de Sion", est un succès permanent au hit-parade du sordide. Qui lit le servile et poisseux al-Ahram du Caire, qui suit les déglutitions du Hezbollah sur al-Manar et ce qui dégouline des media de Téhéran, ou encore les élucubrations meurtrières du cheikh Youssouf Qaradawi, patron de la branche internationale de Frères musulmans et téléprédicateur à succès, connaît bien la recette : la conspiration juive, vous dis-je. Parés des sauces plus raffinées qui siéent à la cuisine française, ce sont les mêmes mets que servent les media hexagonaux. Tout le monde est d’accord. Il y a trois ans peut-être, après m’avoir interviewé à Washington, un journaliste (dont j’ai charitablement oublié l’identité) de France 2, la chaîne qui invente les assassinats d’enfants par les Juifs d’Israël, me demanda dans un souffle, l’air ténébreux, de peur d’être épié sans doute : « et l’influence… ici… à Washington… des Juifs ? ». Il y avait donc, dans son esprit, une influence uniforme, homogène, systématique, des Juifs en tant que tels, visant donc, unanimement, un but unique et indivisible, et s’entendant à l’atteindre, non au moyen de la politique ou des idées, mais grâce à l’ « influence. ». Le bon journaliste répétait les Protocoles avec bonne foi et probité. Or, j’examine les résultats d’une enquête d’opinion réalisée tout récemment aux Etats-Unis. Les sondeurs de l’institut de sondage de l’Université de Quinnipiac, que les media citent souvent, ont demandé à la mi-novembre de cette année à 1623 électeurs d’exprimer leur degré de sympathie ou d’antipathie envers une série de pays, plus l’ONU et les Palestiniens. La liste qui ressort du sondage du "Thermomètre global" de cet institut est révélatrice : par ordre de sympathie, on trouve l’Angleterre, le Canada, Israël, l’Allemagne, l’Inde, le Mexique, l’ONU, la Russie, la France, la Chine, et, en queue de peloton, largement décrochés, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, l’Irak, la Syrie, les Palestiniens, Cuba, l’Iran et la Corée du Nord… Après l’Angleterre de la special relationship, vient le Canada, sorte de version light de l’Amérique, puis, donc, Israël. Ce sont les trois seuls pays dont la « cote » se situe au-dessus des 65 pour cent d’opinions favorables ! Voilà qui confirme bien d’autres sondages, rapports et études : Israël jouit d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine. La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre - que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ? C’est bien le cœur du problème : pour nos élites politico-intellectuelles, le peuple n’a pas voix au chapitre, et surtout, ne doit pas l’avoir. Ceux qui savent, les professionnels, diplomates, bureaucrates, intellectuels, savent tout et toujours ; il est déplacé et même malséant d’écouter la vox populi, cette grande naïve, qui n’entend pas les délicieuses nuances et les complications du monde "où l’on sait". L’irrépressible arrogance qui anime cette gent se résume toujours à cela : comment des gens aussi incultes – les Américains, chacun le sait – osent-ils nous contredire ? Voilà qui explique ce vitriol qui empuantit le débat : ceux qui se sentent investis de l’éternelle mission de guider le monde sur les sentiers de la sagesse stratégique, les diplomates professionnels et leurs comparses universitaires, déjà, éprouvaient une haine furibonde envers Ronald Reagan et Margaret Thatcher ("la fille de l’épicier" pestaient les Lords et les baronets, ainsi que le snobs d’Oxford et de Cambridge) ainsi qu’envers George Bush. Le mépris de nos professeurs et la condescendance de nos diplomates se changent en ouragans de rage frustrée, quand ils se voient spoliés de ce privilège, de ce monopole, de cette mission qui leur reviennent de droit : dire et guider la politique étrangère des Etats-Unis ! N’oublions pas que, vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les "sang bleu" de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes). Evincez-les ou donnez-leur le sentiment de n’être plus vos mandataires exclusifs, introduisez d’autres idées que les leurs, et vous entendrez leurs cris d’orfraie. La théorie du complot a donc trouvé des plumes universitaires distinguées pour refaire sa beauté flétrie. J’en veux l’exemple donné par les professeurs Mearsheimer, de l’Université de Harvard, et Stephen Walt, de l’Université de Chicago, qui ont publié, en mars 2006, dans l’influente London Review of Books, un article remarqué, "The Israel Lobby". Ils y réaffirmaient qu’un lobby juif avait acquis, par manipulation, une influence indue sur le gouvernement Bush et avait utilisé les Etats-Unis pour accomplir les objectifs stratégiques d’Israël en allant renverser Saddam [2]. Je ne m’attacherai pas ici à montrer ou à dénoncer l’inanité du propos. D’autres - le juriste Alan Dershowitz et l’analyste stratégique Eliot Cohen pour ne citer qu’eux - s’en sont excellemment chargés. Je suis frappé de l’œil torve de nos professeurs, qui voient le monde comme à travers un miroir déformant, ou mieux, un prisme sélectif. Car s’il faut parler de lobby, le lobby arabe de Washington est puissant ; il ne s’agit pas seulement de la Ligue arabe et des ambassadeurs des pays arabes, qui ont des poches profondes et n’hésitent pas à vider des tonneaux de Danaïdes en faveur de quiconque, journaliste, diplomate, élu ou universitaire, professera quelque forme d’arabophilie. Il y a les vingt-trois ans de mission du prince Bandar bin Sultan au poste d’ambassadeur saoudien, corrupteur épique du tout-Washington, un lobby à lui tout seul, centralisé, qui ne débat jamais mais agit toujours, et utilise le pétrodollar comme moyen d’influence occulte ; notons-le, la cote saoudienne dans le sondage cité plus haut est inférieure à celle de la Chine ou de la Russie ! Les Saoudiens sont aussi populaires que la mort-aux-rats, le charme en moins. A cette arabophilie stipendiée, il faut ajouter celle, quasi charnelle, des personnels du département d’Etat, qui voient le monde, comme l’avait sévèrement jugé une commission d’enquête parlementaire il y a trente ans déjà : « à travers une pellicule de pétrole épandue sur leurs globes oculaires. » Une partie importante du lobby pétrolier est pro-arabe – et donc, évidemment, anti-israélienne. Et quel lobby ! Quelle puissance de frappe ! Pas au point, cependant, d’attirer l’attention de nos professeurs, qui, tels les aveugles de Breughel, vont droit dans la fosse à purin, en y entraînant les paralytiques et autres handicapés du ciboulot. Non, l’existence et l’action d’autres lobbies fort importants, ils ne les remarquent pas. Dans leur ligne de mire, ils ne voient que le « lobby juif ! ». Il y a de ces coïncidences… Notes [1] Volume 28, no 6, du 23 mars 2006 [2] Un traitement détaillé des hauts faits du prince en matière de corruption se trouve dans mon livre La Guerre d’après (Albin Michel, 2003). Il
faut dissoudre le people américain (suite et fin) Ce qui me frappe encore plus, c’est l’aveuglement délibéré de nos professeurs devant le fait patent : les préférences du peuple américain. Mais, quand on tient précisément le peuple pour quantité négligeable, seul un complot juif peut tout expliquer. Et s’il y a trois Juifs et demi dans les cabinets ministériels washingtoniens, c’est la preuve – accablante, définitive – que Le Lobby Juif, la main cachée, dirige la Maison Blanche. Souvenez-vous : Wolfowitz (J), Richard Perle (J), John Bolton (pas J, mais pro-J), hahaha, nous le savions ! C’étaient d’ailleurs tous des Likoudniks ! Ce qui expliquait tout. J’eus même la surprise peinée d’entendre un vieil ami, grand intellectuel catholique français, utiliser le terme comme s’il avait eu la moindre vertu explicative. De même, le doyen d’âge (travailliste) de la Chambre des Communes, à Londres, de s’appesantir lourdement sur le fait que Jack Straw, alors ministre des Affaires Etrangères de Tony Blair, avait un grand-père juif. Un "Mischling" dans la terminologie nazie, plus précisément, d’après les lois raciales de Nuremberg, un "Vierteljude", quart-de-juif, ce qui, admettons-le, my dear boy, était fort alarmant ! Les positions dudit Straw étaient, au reste, strictement en conformité avec la politique de son gouvernement et de son ministère : pro-arabes et anti-israéliennes. Ajoutons, qu’en 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de "pogromer" en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose ! On est vraiment au royaume de l’invisible. Mais le propre des « causalités diaboliques », comme le disait mon regretté maître Léon Poliakov, c’est d’exister hors des causalités réelles, hors des faits et des réalités. J’assistais, il y a quelques jours, à la remise du Prix « de la Nation reconnaissante » qui porte le nom du grand sénateur démocrate que fut Henry Jackson : élu par l’Etat de Washington, une population à l’époque fortement marquée par les cols bleus syndiqués de l’industrie high-tech. Jackson était un démocrate faucon, un peu comme les sociaux-démocrates atlantistes en Europe, partisan d’une défense forte et d’une politique « reaganienne ». Henry Jackson, surnommé « Scoop », fut co-auteur du fameux amendement qui pénalisait lourdement l’URSS brejnévienne tant que l’émigration des Juifs russes était entravée. Il joua aussi un rôle de premier plan dans le grand mouvement de revers qui, alliant l’Amérique à la Chine, contribua à casser l’URSS. Le prix qui porte son nom est décerné chaque année par le JINSA, le Jewish Institute for National Security Affairs, une organisation qui organise systématiquement des contacts entre militaires américains et israéliens, et qui plaide, depuis trente ans, en faveur d’une vigoureuse politique de défense. On y trouve un grand nombre de généraux et d’amiraux très passionnés. Evidemment, JINSA - j’en suis - a mauvaise réputation à gauche ; qui s’en étonnera ? Donc, on décernait le prix Henry Jackson. Mais avant de parler du récipiendaire, parlons un instant d’une cérémonie connexe qui se déroula quelques minutes avant son discours. Avant d’honorer un homme politique, JINSA honore des soldats du rang : en l’occurrence, six jeunes soldats et sous-officiers des forces armées américaines, choisis par leurs armes (Marine, Terre, Air, Marine Corps, etc…) reçurent leur Grateful Nation Award pour héroïsme exceptionnel au combat, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs. Devant un parterre de près d’un millier de participants, émus aux larmes, un ancien commandant en chef des forces armées lut leurs citations militaires : on reste pantois devant les récits de bravoure et d’intrépidité de ces jeunes gens et jeunes femmes, avec leurs frimousses de bébés et leur calme un peu interloqué qu’on les distingue et qu’on les récompense. Ils furent ovationnés debout par l’assistance. Puis, pour présenter le récipiendaire du prix, on avait invité son ami, le sénateur Joe Lieberman, ex-Démocrate, réélu comme indépendant, juif orthodoxe, et le général des Marines (CR) Mark Ryan, qui parla des cinq ans et demi de tortures subies au Vietnam par l’heureux élu, le sénateur John McCain. Lequel tient la rampe dans la course à l’investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2008. La profession de foi du sénateur McCain fut vigoureuse, pleine de punch et de foi, et sans équivoque : les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs communes au moins autant que des intérêts géopolitiques ; la bataille d’Irak doit être gagnée ; la guerre contre l’Islam radical doit être accentuée. Ce soir-là, McCain gagna la voix d’une majorité des présents. Mais franchement, ce n’est pas ou pas seulement l’ambition de pêcher les voix des électeurs juifs conservateurs qui meut McCain. L’homme, certes, est un habile politicien – nul ne peut prétendre au poste suprême qui ne l’est pas ou ne veut pas l’être – qui sait caresser son public dans le sens du poil. Mais il y a chez lui un véritable engagement, qui lui permet d’aller, quand il le faut, à contre-courant. En l’occurrence, cependant, il est en phase avec l’opinion publique. Le soutien à Israël est dans les mœurs, il est dans le cœur d’une très grande partie du peuple américain. C’est ce qu’il dit quand on veut bien le lui demander. Ce qui nous laisse avec le vif dissentiment manifesté par les élites politico-intellectuelles : faute de pouvoir se choisir un autre peuple, puisque celui-ci est récalcitrant, elles essaient de manipuler les élus du peuple grâce à des opérations purement médiatiques, telle que la remise du rapport de la récente « Commission Baker-Hamilton ». Qui donc a élu ces gens-là ? Personne, évidemment, mais ils se considèrent de droit sinon divin du moins aristo-surhumain, comme les seuls Elus, seuls habilités à dire et à faire. C’est quand on dérange les manigances feutrées de ces messieurs – « qui s’est permis de marcher sur mes escarpins ? » qu’ils se fâchent – et crient au complot juif. Le travail de la commission, qui n’était pas clandestin mais n’était soumis à aucune obligation de publicité, était celui d’un aréopage aux qualifications peu évidentes. Le frénétique battement médiatique qui précéda et accompagna la sortie de son rapport visait à lui permettre de passer en force, de créer l’événement : l’union des professionnels de la bureaucratie, des média et de la diplomatie devait violenter les élus du peuple, à commencer par le président. Il est certes tout à fait normal, et même souhaitable, que le débat politique soit enrichi par des comités, des lobbies, des commissions et des groupes d’études ; c’est ainsi que fonctionne la démocratie américaine. Mais cette grossière manipulation allait bien au-delà. Elle voulait se substituer aux organes élus. C’est là, hélas ! pratique courante. N’avons-nous pas entendu rabâcher jusqu’à plus soif cette idée que la plupart des Américains sont trop stupides, ignorants et incurieux du monde extérieur pour pouvoir juger de la politique étrangère ? Je m’amuse toujours d’entendre la gauche bisser et trisser le morceau, puisqu’elle reprend en l’occurrence le vieil argument aristocratique : comment ces rustauds de paysans et ces illettrés de travailleurs manuels pourraient-ils saisir ces questions-là ? Comme si le jugement politique ne relevait pas, fondamentalement, de l’ordre de la moralité avant d’être d’ordre intellectuel ! Comme l’a dit si cruellement George Orwell : « Pour croire des choses comme ça, il faut être un intellectuel : nul homme normal ne pourrait être aussi stupide. ». Ce déni de la notion même de citoyen, c’est la gauche contre la démocratie ; mais la gauche n’est-elle pas, depuis longtemps, majoritairement, favorable aux tyrans "confiscateurs" de pouvoir, pourvu qu’ils respectent ses propres surexcitations idéologiques ? Malgré ses affligeantes compromissions avec le communisme stalinien, l’écrivain Bertold Brecht avait saisi la balle au bond lorsqu’il conseilla, en 1953, au politburo est-allemand d’ « élire un autre peuple » puisque le peuple réel ne plaisait plus au politburo. La Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Le peuple tel qu’on le vénère chez Michelet, bravo ! Le peuple réel, pouah ! Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! Pour citer M. Joseph Prud’homme, « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. » Pis, la « droite évangélique » ou « droite chrétienne », têtes de Turc (si l’on peut dire) favorites de la gauche laïcarde et de la droite mollassonne et comme il faut, sont le plus passionnément favorables à l’Etat hébreu. C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain "tel qu’on l’aime", et qui pense comme nous ! Il ne manquera plus à l’idylle que de recycler tous les Israéliens en copie conforme de Yossi Beilin, et ce jour-là, le monde, purgé des commanditaires du Lobby et des va-t’en-guerre néo-conservateurs, connaîtra enfin le bonheur, à commencer par un Moyen Orient pacifié, épanoui et prospère. Note: [1] Aucun membre de la commission n’avait auparavant mis les pieds en Irak, hormis trois jours dans la green zone de Bagdad ; aucun Islamologue n’en faisait partie, aucun "arabologue" ou spécialiste du Moyen Orient, aucun militaire dans le groupe ; seulement une ancienne juge à la Cour suprême, un parlementaire retraité, un très vieux ancien ministre de la Justice de Reagan ; un ex-secrétaire d’Etat ; un ex-sénateur républicain très à gauche ; un ami et ministre de Bill Clinton, spécialisé dans les affaires tout court et celles de la communauté noire ; un lieutenant de Clinton ; un ancien secrétaire à la Défense ; un ancien gouverneur de Virginie. C’est le genre de comité que l’on assemble, en général, quand il s’agit de former un consensus national sur des questions sociales ; vouloir changer, au milieu du gué, la politique stratégique de la nation en employant un comité Théodule, l’idée était incongrue. Et les quelques connaissances que j’ai parmi les experts consultés par la commission m’ont unanimement fait part de leur contrariété : les conclusion étaient pré-établies, rapportent-ils. Volume V, Numéro 268 • vendredi le 12 janvier 2007 L'Irak sans foi ni loi Que signifierait un retrait des forces anglo-américaines d'Irak aujourd'hui? Plus le temps passe et plus les volontés pacifiques dans ce pays sont érodées par les appels à la vengeance. Les radicaux sunnites et chiites ne se font pas de quartier, ne respectent ni les autorités gouvernementales ni les civils. Un retrait anglo-américain de l'Irak signifierait une lutte sans merci entre sunnites et chiites et un interventionnisme grandissant de l'Iran. Ce pays fait l'apologie de la martyrologie et le spectre d'un Djihad atomique constitue un cauchemar pour l'ensemble des pays de la région. Laissons de côté la question de savoir si, en son temps, l'invasion de l'Irak répondait aux besoins essentiels des États-Unis. Il n'en reste pas moins qu'une certaine vision a accompagné les planificateurs de cette invasion, soit l'apport de la démocratie, considérée comme la panacée aux troubles endémiques qui affectent le monde arabo-musulman. Par le passé, la politique américaine en matière des droits de l'homme a oscillé entre le laisser-faire réaliste (en fermant les yeux sur bien des abus dans le monde arabe, pour autant que l'influence soviétique soit bloquée du temps de la guerre froide), les actions punitives sans suivi (première guerre du Golfe qui maintint Saddam Hussein au pouvoir après la libération du Koweït), la carotte (aides financières variées pour stabiliser la région, mais aussi pour contribuer à contrer les courants fanatiques) ou même l'indifférence, voire de la condescendance envers le retard chronique du développement socio-économique des pays arabes. L'on était satisfait de garder les dictateurs arabes en place quand bien même les abus sérieux ne manquaient pas au sein des dictatures baathistes irakienne et syrienne, de l'autocratie égyptienne, de l'Autorité Palestinienne corrompue, sans oublier les graves inégalités en Arabie saoudite wahhabite et les actes génocidaires dont se sont rendus coupables la Syrie à Hama et l'Irak contre les Kurdes et les chiites. Gouvernance et libertés Trente-neuf intellectuels et érudits arabes ont analysé pour les Nations unies la gouvernance et le statut des libertés dans le monde arabe en l'an 2004. Leur rapport déplore de nombreuses carences: l'emprise des dictatures sur les médias que ce soit par la censure ou par l'intimidation et dans certains cas, l'emprisonnement; le parlementarisme ne joue pas son rôle de critique des actions gouvernementales; le système judiciaire laisse à désirer; les libertés individuelles ne sont pas toujours respectées et le statut de la femme est loin de l'acceptable. La réussite de la démocratie en Irak irait à l'encontre des régimes dictatoriaux de la région. Une culture démocratique ne s'acquiert pas du jour au lendemain et doit, pour se maintenir, démontrer des changements patents vers le progrès. C'est un processus qui doit être patiemment assimilé et il est quasi certain que ceux qui auront goûté à la liberté auront beaucoup de difficultés à faire marche arrière. L'opposition à la démocratie en Irak peut essentiellement provenir de régimes disposant de grands moyens de pression et qui sont relativement indépendants: l'Iran, l'Arabie saoudite et le terrorisme dit islamique. En fin de compte, c'est aux citoyens irakiens qu'il reviendra de décider d'opter pour un modus vivendi démocratique qui éviterait la guerre civile totale. Une telle option nécessiterait de grands sacrifices mais bénéficierait de l'appui américain. Autrement, dans une situation de confrontation, l'Iran et l'Arabie Saoudite (qui serait soutenue par de nombreux autres pays dont l'Égypte ou même la Turquie) encourraient de grandes pertes humaines et détruiraient probablement leurs installations pétrolières respectives. Par ailleurs, un Irak vraiment démocratique pourrait contenir la surenchère d'extrémisme du président iranien. Son idéal martyrologue pourrait s'arrêter net si la communauté internationale lui faisait front de façon unanime. Khomeiny lui-même dut boire le "calice empoisonné" que représentait la trêve dans la guerre irako-iranienne qui fit des centaines de milliers de morts. Quant à l'Arabie Saoudite, elle devra inévitablement s'ouvrir graduellement à la démocratie. La politique est un jeu de compromis. Elle n'offre pas toujours des options binaires mais permet de réaligner des pions de façon à optimiser les options qui penchent vers les intérêts nationaux. Le scénario d'un Irak démocratique pourrait éviter des conséquences catastrophiques. La tortue et le scorpion Les enjeux actuels en Irak dépassent grandement ce pays. Les passions sectaires qui s'y expriment pourraient enflammer l'ensemble de la région. Certains politicologues aiment raconter l'histoire suivante: un scorpion demande à une tortue de monter sur son dos pour traverser une rivière. La tortue se méfie mais le scorpion la rassure en disant qu'il ne pourrait lui faire de mal sans en être lui-même victime. La tortue accepte et, au beau milieu de la rivière, le scorpion la pique. Avant de rendre l'âme, la tortue demande au scorpion pourquoi il a fait cela, les entraînant tous deux à la mort et le scorpion de répondre: "Ici, c'est le Moyen-Orient." Il est évident que la tortue et le scorpion n'ont jamais connu la démocratie et le respect d'autrui qui lui est inhérent. C'est pourtant de démocratie véritable que le Moyen Orient a besoin pour ne pas succomber aux pièges suicidaires des rancoeurs sectaires. (David Bensousan est professeur à l'École de technologie supérieure à Montréal.) Un
suspect islamiste arrêté au Maroc Les autorités marocaines ont arrêté, à la mi-décembre, un islamiste de 20 ans qu'ils croient être à l'origine des menaces de mort proférées contre le professeur français Robert Redeker, sous protection policière depuis quatre mois. Le quotidien Le Parisien, qui a révélé l'information cette semaine, affirme que le suspect marocain, identifié comme Adil al-Hyanne mais connu sous le pseudonyme d'Omar al-Battar, aurait reconnu être l'auteur de messages menaçants mis en ligne contre l'enseignant de philosophie de 52 ans, auteur d'une virulente lettre ouverte contre l'islam. M. Redeker y décrivait le Coran comme un livre d'une violence « inouïe » et Mahomet comme un « chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame. » À la suite de la publication de la lettre dans les pages du Figaro en septembre, M. Redeker avait reçu des courriels hostiles. Des photos de l'enseignant, le nom et l'adresse du lycée toulousain où il travaille, son numéro de téléphone ainsi qu'une carte permettant de localiser la ville étaient aussi apparus sur un site Internet réputé proche d'Al-Qaeda. L'auteur de ce message pressait les islamistes vivant en France de tuer l'enseignant en s'inspirant de l'action d'un extrémiste ayant assassiné le cinéaste néerlandais Theo Van Gogh en 2005. M. Redeker a rapidement été pris en charge par des agents de la Direction de la surveillance du territoire, qui continuent de le protéger jour et nuit. L'enseignant a aussi dû interrompre ses activités professionnelles. Les forces policières auraient utilisé l'adresse courriel de l'expéditeur du message ainsi que des informations fournies par le fournisseur d'accès pour pouvoir remonter jusqu'à son auteur présumé, qui a été expulsé de la Libye. Il semble qu'il tentait de se rendre en Irak pour participer au jihad en compagnie d'un autre homme lorsqu'il a été appréhendé. Les autorités françaises ont indiqué hier à l'Agence France-Presse qu'elles entendaient demander des informations complémentaires au Maroc, notamment en ce qui a trait à l'identité et aux déclarations du suspect. Un autre suspect avait été appréhendé en octobre à Orléans en relation avec un message de menace transmis directement à l'enseignant une dizaine de jours après la publication de sa lettre ouverte. Liberté d'expression La situation de M. Redeker a suscité l'indignation en France, où plusieurs intellectuels sont intervenus pour l'appuyer, notamment en participant à une rencontre publique de soutien à Toulouse en novembre. « Si nous ne voulons pas laisser s'installer dans l'espace public le règne de l'autocensure, notre soutien doit être inconditionnel », avait notamment commenté dans une lettre ouverte le philosophe Alain Finkielkraut. Hier, le coprésident du comité de soutien de M. Redeker, Stéphane Beaumont, a indiqué, après avoir parlé avec l'enseignant, qu'il était heureux mais restait sur ses gardes. Il a dit craindre l'action de ceux qui voudraient prendre le relais de celui qui vient d'être arrêté. Le débat sur la liberté d'expression avait déjà pris de l'ampleur en France et en Europe en début d'année en raison de la controverse déclenchée par la publication, dans un journal danois, de plusieurs caricatures de Mahomet. Plusieurs journaux français avaient emboîté le pas pour souligner leur solidarité, suscitant du coup l'ire des organisations musulmanes du pays. Un procès contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo est toujours en cours à ce sujet. La question a de nouveau été ramenée au premier plan médiatique à la fin de l'année lorsque l'Opéra de Berlin a annoncé l'annulation d'une représentation d'Idoménée, de Mozart. Les responsables, agissant sur recommandation des autorités policières, craignaient qu'une scène dans laquelle on pouvait voir les têtes de Jésus, Mahomet, Bouddha et Poséidon suscite l'indignation. L'oeuvre a finalement été présentée peu avant Noël sans incident. Volume V, Numéro 267 • vendredi le 5 janvier 2007 De la dhimmitude
à l'Eurabie Qui êtes-vous, Bat Ye'or ? - Je suis née en Egypte, et j'ai grandi au Caire jusqu'à l'âge de 20 ans. Ma mère était française, et mon père, qui appartenait à une famille juive italienne, avait demandé la nationalité égyptienne, après la promulgation des lois racistes par Mussolini. Après la guerre de 1948, les biens de mon père ont été confisqués, et nous avons dû partir, en 1957, avec deux valises en tout et pour tout, en abandonnant tous nos biens et en renonçant à notre nationalité... Lorsque nous sommes arrivés en Angleterre, nous étions apatrides.
Comment en êtes-vous venue au thème de la dhimmitude, que vous avez été la première à aborder? - En Angleterre, j'ai rencontré, à l'institut d'archéologie, celui qui allait devenir mon mari [l'historien David Littman, ndlr], et j'ai entamé mes recherches sur les Juifs d'Orient. Mon projet initial était d'écrire sur la condition des Juifs des pays arabes. J'ai rencontré beaucoup de Juifs qui avaient été expulsés de leur pays d'origine et qui étaient restés en relation, malgré l'éloignement.
Vous avez, en fait, découvert un pan inexploré de l'histoire mondiale. - Il existait de très bonnes monographies abordant le thème des conquêtes islamiques, mais toujours du point de vue du vainqueur. Je me suis placée du point de vue des populations conquises, c'est-à-dire des dhimmis. C'est la raison pour laquelle j'ai été attaquée, parce que j'englobais Juifs et chrétiens dans le même concept. A cette époque, aucun historien ne parlait encore de djihad.
C'est dès cette époque que vous avez été critiquée par les tenants d'une vision politiquement correcte de l'histoire ?
Comment avez-vous découvert le concept d'Eurabia, qui est entré dans le vocabulaire politique contemporain ?
Comment ce livre a-t-il été accueilli?
Que signifie Eurabia ? - C'est un nouveau continent qui est en train d'émerger, un continent de culture hybride, arabo-européenne. La culture européenne, dans ses fondements judéo-chrétiens, est en train de s'affaiblir progressivement, et de disparaître pour être remplacée par une nouvelle symbiose, islamo-chrétienne. J'ai reconnu ce processus, que j'avais déjà étudié dans mon livre sur les chrétientés d'Orient, où j'analysais les causes historiques du déclin des civilisations chrétiennes sous l'Islam. Comment êtes-vous passée du point de vue de l'historienne à celui de la prospective géopolitique ? - Ce qui m'a intéressée, c'est de tenter de découvrir les indices qui dessinent une évolution future, les courants souterrains de l'histoire qui mènent à des développements prévisibles, mais souvent imperceptibles. Lors de la conférence organisée à Jérusalem, intitulée "L'Islam en Europe, Islam européen ou Eurabia ?", la plupart des conférenciers invités ont nié l'existence d'Eurabia. Pourtant les signes en sont flagrants, tant sur le plan démographique, que politique et culturel. Les millions de manifestants qui soutenaient Saddam Hussein ou Arafat dans les rues des capitales européennes, tout en vouant aux gémonies Bush et Sharon, le développement de l'antisémitisme et de l'intolérance, le terrorisme, l'insécurité permanente... La thèse de votre livre est que ces évolutions traduisent une volonté politique délibérée, de la part de l'Europe ? - Cette politique, désignée sous le vocable trompeur de "dialogue euro-arabe", a été décidée au niveau de la Communauté, puis de l'Union européenne. C'est une politique conjointe, coordonnée entre les institutions européennes et la Ligue arabe. L'Union européenne est devenue un organe politique supranational qui prend des décisions à l'insu des populations. Tous ceux qui ont voulu s'opposer à la politique d'Eurabia, comme Blair ou Aznar, ont finalement perdu les élections. Êtes-vous retournée en Egypte ? - Non, jamais. Mais je n'ai gardé aucune animosité envers les Egyptiens. Il y a dans ce peuple une grande élévation. Les politiques imposées ne parviennent pas à changer la nature humaine. (Propos
recueillis par Paul Landau) Pour les organisations terroristes islamistes, Internet est un moyen privilégié d'endoctrinement et d'incitation à la violence. La plupart des sites islamistes sont en arabe, mais il en existe aussi en langues européennes. Ci-dessous une revue de sites en français qui propagent l'idéologie islamiste et encouragent à l'action contre l'Occident et la France. Cette dépêche est
la troisième d'une série présentant une vue d'ensemble
de l'acticité terroriste sur Internet. Les deux premiers rapports
ont été affichés en 2004, [1] et ont abouti à
la fermeture de sites hébergés par des serveurs américains.
Le MEMRI a en outre dernièrement lancé le Islamist Websites
Monitor, qui opère une veille quotidienne des sites islamistes
en arabe. Les rapports peuvent être consultés en anglais
sur www.memri.org. Il s'agit d'un site très visité et régulièrement mis à jour. La section "sujets" (accessible par le menu) comprend les sujets suivants: Islam, Jihad en Afghanistan, Jihad en Irak, Jihad en Palestine, Jihad en Tchétchénie, Les héros martyrs du Jihad, Monde. La section "top articles" (dans le menu) répertorie les articles les plus lus du site, dont des annonces de Ben Laden. En tête arrive une vidéo (visionnée près de 85 000 fois) intitulée "Le Lion de Bakou", montrant un lion dans le zoo de Bakou qui prierait Allah cinq fois par jour. En deuxième position (près de 75 000 visites) arrive un article intitulé "Nous remercions Ben Laden" du cheikh Mouhammad Saleh Ibnoul Outhaymine, [3] qui présente le compte-rendu d'une rencontre avec Ben Laden. [4] Le forum affiche des discussions sur le jihad dans le monde, ainsi que des images et des vidéos, dont une image animée de Ben Laden s'éloignant à cheval de la Maison blanche en feu. [5] Le forum inclut "tous les
communiqués des moudjahidine en Afghanistan" et "toutes
les vidéos des moudjahidine en Afghanistan." [6] Al-Maurabitoune C'est aussi un site sur l'islam
et le djihad. L'appellation Al-Maurabitoune fait référence
aux combattants du djihad qui se sont battus en première ligne
contre la chrétienté. La section des "10 dernières
mises à jour" comprend un article de Muhammad Asood Azhaar
intitulé "Les vertus du jihad" [11] où l'on
peut lire: "Le Prophète s'est vu montrer le magnifique Palais
réservé au martyr lors de la nuit d'Al Mi'raj [c.-à-d.
le Voyage nocturne [12] ]. Le Martyr a sacrifié sa vie en combattant
dans le sentier d'Allah et ce sacrifice est sa possession la plus chère
et précieuse." Ce site comporte en outre des pages consacrées à la dawa (propagation de l'islam), aux fatwas et au djihad. La section sur les fatwas comprend un article sur "le statut des opérations-martyre en islam", qui décrit le martyre comme faisant partie des "méthodes de résistance récentes apparues après la découverte des explosifs". L'article énumère les raisons pour lesquelles "les musulmans ont eu recours au martyre" [14] Un autre article de la section affirme: "Allah a déclaré que les juifs et les chrétiens sont des incrédules (koufar) dans Son Livre", précisant "…ils sont des incrédules et ils sont les habitants du feu de l'Enfer." [15] Dans le Top 10 se trouve aussi un article intitulé "Lorsque la mort devient belle, Monsieur Sarkozy" qui débute avec les mots: "Demandez la mort, la vie sera inscrite pour vous !" [16] Le Top 10 comprend en outre un article intitulé "La fin du 'peuple d'Israël': une vérité coranique." [17] Parmi les Services, la page "Animations"
présente une animation intitulée "Des héros
de l'islam" où l'on voit Ben Laden assassiner le président
Bush et Mohamed Al-Khattab (guide des moudjahidine en Tchétchénie
mort au début de l'année 2003) tuer le président
Poutine. [18] 11. Responsable de la maison lorsqu'il
est absent: 15. Soutien dans l'Obéissance
à Allah: Quibla Le site Quibla, actif depuis maintenant sept ans, se définit comme "le quotidien online des Musulmans libres et actifs et leurs alliés !" Selon ses propres dires, il est "actualisé chaque jour" avec des nouvelles sur l'islam et le Moyen-Orient, dans une optique favorable au djihad et hostile envers l'Occident. Le site, solidaire de Saddam Hussein,
menace de mort le président américain par un photomontage
portant la mention "2008", où il prend la place de
Saddam Hussein à la potence, la corde au cou. [9] http://news.stcom.net/modules.php?name=News&file=article&sid=1681
[15] http://www.ribaat.org/modules.php?name=News&file=article&sid=510 [16] http://www.ribaat.org/modules.php?name=News&file=article&sid=1517 [17] http://www.ribaat.org/modules.php?name=News&file=article&sid=1206
[24] OrgName: Everyones Internet,
OrgID: EVRY, Address: 390 Benmar, Suite 200, City: Houston, StateProv:
TX, PostalCode: 77060, Country: US, domain:QUIBLA.NET, owner-name: Fausto
Giudice, owner-address: 1 impasse Général-Laperrine, owner-address:
11 000 Carcassonne, France, phone: +33.468478122, fax:+33.468478122,
e-mail: quibla@stcom.net
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