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Communiqué Isranet Volume VI, Numéro 296 • vendredi le 27 juillet 2007 La danse de la défaite Quant aux Américains – eh bien, les Américains, Président Bush en tête, ne veulent tout simplement pas d’une plus grande guerre Comme l’a montré dans son dernier ouvrage le penseur américain d’origine libanaise Walid Phares (The War of Ideas, Palgrave McMillan, 2007), le monde ne se trouve pas au milieu d’une « guerre des civilisations », mais d’une longue guerre entre deux systèmes de valeurs, qui se croient tous deux universels et veulent se répandre à travers toutes les civilisations. D’un côté, les droits de l’homme et la liberté : la démocratie, l’Etat de droit, le caractère sacré de la vie humaine, la liberté des opinions et de leur expression, l’égalité des sexes. De l’autre côté, le djihad : un soulèvement armé qui veut imposer à la planète la domination des musulmans sur les infidèles, la charia contre les lois démocratiques, le mépris de la vie humaine face à la loi divine, l’interdiction de se convertir hors de l’Islam, le muselage des voix critiques et la suprématie des mâles. Comme toutes les guerres entre des valeurs d’ambition universelle, cette longue guerre ne pourra se terminer que par une défaite. Cette défaite sera peut-être militaire, comme celle des totalitarismes fasciste, nazi et militariste japonais en 1945. Elle peut aussi résulter d’un effondrement interne, comme ce fut le cas, en 1989, pour le messianisme communiste de l’URSS. Mais une chose est sûre : la période trouble que nous traversons dans l’histoire du monde ne se terminera que le jour où soit les djihadistes, soit les partisans des droits de l’homme cesseront de croire à la valeur universelle de leurs principes et à la nécessité de les faire triompher. L’Occident a tendance à croire naïvement que « la liberté triomphera toujours ». L’expansion progressive de la démocratie, les défaites encore récentes du nazisme et du communisme renforcent l’opinion que les droits de l’homme ont l’avenir pour eux. Mais il n’y a rien de certain à ce que l’idéologie des droits de l’homme doive l’emporter. Après tout, la plus grande partie de l’humanité, pendant la très grande majorité de l’histoire humaine, s’est fort bien passée de ces idées de liberté et de droits, nées en Europe et en Amérique, il y a moins de trois cents ans et qui ne se sont exportées hors d’Occident, dans un nombre limité d’autres civilisations (Inde, Turquie, Japon par exemple), que depuis moins de cent ans, avec des succès divers. Très récemment, certains développements ont été interprétés comme des signes que l’influence du djihadisme dans les civilisations musulmanes a cessé de croître et pourrait reculer. L’activité constante du mouvement démocratique en Iran, malgré le régime de terreur imposé par les mollahs ; la décision récente de l’armée pakistanaise de partir à l’assaut des réduits d’al Qaida au Nord-Ouest du pays ; le massacre bienvenu du Fatah el Islam par l’armée libanaise ; les discussions en vue d’une paix entre Israël et les Palestiniens, fondée sur l’écrasement du Hamas, mentionnée récemment par Jean Tsadik dans ces colonnes : autant de bonnes nouvelles en effet. Mais aucun de ces développements ne constitue une défaite pour le djihad – c’est-à-dire une remise en question de l’ambition de victoire mondiale qui anime ses combattants. Il ne s’agit tout au plus que de revers tactiques, contre lesquels les djihadistes préparent déjà leur riposte. Le grand combat pour le contrôle du Liban se déroulera sans doute dans les prochains mois ou les prochaines semaines, et une victoire de la République Islamique d’Iran, derrière le faux-nez de l’alliance Hezbollah-Aoun, est fort possible. L’Iran poursuit, au milieu des bâillements de la communauté internationale, un programme nucléaire qui lui permettra de passer de la situation actuelle – une guerre mondiale de faible intensité – à une guerre ouverte, sans risquer d’être attaqué. Même le rapprochement entre Israël et l’OLP reste à la merci d’un gros attentat en provenance de Cisjordanie, qui obligerait Abbas à se distancer d’Israël pour ne pas avoir l’air d’un traître face aux « héros » judéicides. Alors que les djihadistes, momentanément affaiblis sur certains fronts mais non vaincus, préparent les grands combats de demain, les forces de la liberté semblent avoir perdu toute ambition. Le Président Bush et ses alliés avaient voulu faire de l’invasion de l’Irak l’occasion de faire progresser les idéaux de la liberté et des droits de l’homme ; le remplacement du régime génocidaire de Saddam par un régime démocratique et modéré était donc l’un des principaux buts de l’invasion. Mais alors que Bush espérait que la démocratisation de l’Irak servirait d’exemple aux pays voisins et lancerait un processus de liberté dans toute la région, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Les djihadistes de toute la région, comprenant la menace qu’un Irak démocratique représente pour leur vision du monde, sont résolus à faire échouer l’entreprise. Dans une lettre à Abu Musab el Zarkawi du 9 juillet 2005, Ayman el-Zawahiri, le « numéro 2 » et porte-parole prolifique d’al Qaida, avait clairement exprimé cette stratégie : d’abord défaire la démocratie irakienne et établir un califat djihadiste en Irak, puis faire de ce nouvel Etat la base arrière de la conquête du monde musulman, puis de la planète entière pour l’Islam radical. Cette vision a inspiré des milliers de djihadistes à venir combattre en Irak, où ils connaissent ensuite, Dieu merci, une importante attrition. A elles seules, ces bandes fanatiques et mal armées – ayant, qui plus est, du mal à se cacher au milieu d’une population irakienne qui les identifie aisément à leurs accents – n’auraient pas grande chance de succès militaire. Mais elles bénéficient du soutien constant de deux voisins autocratiques du pays : l’Iran djihadiste et son client syrien. Ces deux pays offrent en abondance aux djihadistes des armes, de l’argent, ainsi que des voies toujours ouvertes pour l’infiltration de l’Irak. Grâce à ce soutien extérieur, les djihadistes tués en Irak sont renouvelés en permanence, décourageant Irakiens et Américains, en leur donnant le sentiment d’une guerre sans fin. Il y aurait, bien sûr, une réponse logique à cette situation. Si l’on voulait vraiment assurer la victoire de la démocratie en Irak, Irakiens et Américains devraient porter la guerre chez les deux voisins qui consacrent tous leurs efforts à déstabiliser le pays du Tigre et de l’Euphrate. Mais les Irakiens n’ont pas les forces pour cela. Quant aux Américains – eh bien, les Américains, Président Bush en tête, ne veulent tout simplement pas d’une plus grande guerre. Dans la situation actuelle, l’armée américaine est en guerre, mais la population civile vit dans la paix et la prospérité, protégée par l’action des forces de sécurité de l’Occident et par le faible niveau actuel d’armement des djihadistes. Une guerre avec l’Iran et son annexe syrienne, au contraire, exigerait une plus grande mobilisation de l’économie et de l’attention du peuple. Bush, que la presse hostile (pardon pour ce pléonasme) aime pourtant décrire comme un va-t-en-guerre, n’a pas la moindre intention de prendre ce risque politique. Comme les hommes politiques français des années 1930, qui voyaient monter la puissance militaire de l’Allemagne mais n’attaquèrent pas pour ne pas déplaire à une opinion pacifiste, les hommes politiques américains voient monter la puissance militaire de l’Iran et regardent ailleurs, en espérant que la menace disparaîtra. L’Iran, bien sûr, a d’autres projets – des projets qui incluent, comme son président l’a dit à plusieurs reprises, un « monde sans Etats-Unis » ; on ne saurait pas être plus clair. Comme toutes les puissances coincées entre une population pacifiste et un ennemi déterminé, les Etats-Unis voient inévitablement monter en leur sein la tentation de déclarer la défaite – de montrer à l’ennemi que les forces de la liberté renoncent à faire triompher leurs valeurs en Irak. Depuis des mois, derrière les murs des deux chambres du parlement des Etats-Unis – Chambre des Représentants et Sénat – la majorité Démocrate se livre à une étrange danse dans ce but. Depuis qu’ils ont pris le contrôle du parlement des Etats-Unis en janvier dernier, les Démocrates – comme il est normal en démocratie – consacrent l’essentiel de leur énergie à préparer la prochaine élection : celle qui, à l’automne 2008, leur permettra peut-être de récupérer la Maison Blanche et de consolider leur pouvoir parlementaire. Le facteur principal qui, dans leurs calculs politiques, devrait les aider à parvenir au pouvoir serait de montrer que la politique centrale du Président Bush – la guerre en Irak – a été une erreur colossale. Cela prouverait que les Américains ne peuvent plus faire confiance au parti du Président, et assurerait l’alternance dont les démocrates rêvent depuis sept ans. Une majorité de leurs élus avait, bien sûr, voté en faveur de cette guerre, y compris Hillary Clinton, la candidate la mieux placée pour emporter la Maison Blanche. Mais la politique ne s’embarrasse pas de souvenirs. Cette guerre, d’abord populaire, est devenue impopulaire avec le temps [1] sous l’effet de la multiplication des mauvaises nouvelles : combats sans fin, méfiance persistante entre Irakiens, victimes militaires américaines. La conquête du pouvoir des Démocrates exige donc que les mauvaises nouvelles s’accumulent. Or, il ne pourrait pas y avoir de plus mauvaise nouvelle qu’une défaite claire et nette des Etats-Unis. Si cette défaite ne vient pas d’elle-même assez tôt, les Démocrates sont donc déterminés à la provoquer. Une fois ce but fixé, les Démocrates seraient cependant confrontés à trois difficultés. En premier lieu, le moyen le plus simple de provoquer la défaite – utiliser le pouvoir parlementaire pour arrêter de financer la guerre – montrerait trop clairement l’ambition politique des Démocrates et se retournerait presque certainement contre eux. Les Démocrates cherchent donc à parvenir au même résultat – l’impossibilité de combattre efficacement – par des moyens détournés. Dans des projets de lois à répétition, les Démocrates ont tenté d’imposer à l’Armée des conditions impossibles à tenir, ce, dans le but de lui faire perdre la guerre sans en prendre pour autant la responsabilité politique. Au cours d’une première vague législative, en février dernier, la stratégie était de conditionner le maintien des troupes à une prolongation des séjours des soldats au pays entre deux déploiements, ainsi qu’à une amélioration de leur équipement. Depuis lors, les Démocrates ont tenté de conditionner le vote des fonds à une date de retrait qui, une fois connue de l’ennemi, rendrait toute opération militaire inutile dans l’intervalle – il suffirait, en effet, aux groupes terroristes de s’organiser discrètement pour une offensive majeure au lendemain du retrait. L’objectif est cependant toujours le même : faire perdre la guerre à l’armée américaine, mais par des voies trop détournées pour que le parti Démocrate ait à prendre la responsabilité de la défaite. Ces tentatives ont toujours échoué, soit parce que les Démocrates ne sont pas parvenus à faire voter leurs projets de capitulation (ils ont une courte majorité dans les deux chambres, mais il faut souvent l’accord de 60 sénateurs pour passer au vote d’une loi non budgétaire), soit parce que des lois votées ont subi le veto du Président. Les Démocrates ne parviendront donc à leurs fins que s’ils arrivent à convaincre un nombre suffisant de Républicains de rejoindre le camp de la défaite. Ils en sont loin aujourd’hui, et une telle évolution ne deviendrait possible que si la situation militaire se dégradait gravement. Sida,
science et droit libyen Le départ de Libye, mardi 24 juillet au matin, des cinq infirmières bulgares et d'un médecin d'origine palestinienne est une bonne nouvelle. Avant que leur peine soit commuée, le 17 juillet, en condamnation à perpétuité, ils ont tous été condamnés à mort par la justice libyenne pour des raisons déjà oubliées. Le marchandage diplomatique autour de leur sort a donné ensuite lieu à un bien triste spectacle. Il est vrai qu'en plus de huit années de détention dans les geôles libyennes, on a quelque peu perdu le fil de l'inconstante action diplomatique menée par les puissances occidentales vis-à-vis du régime en place à Tripoli. Au-delà de la complexité des paramètres politiques et financiers de cette affaire, c'est dire l'importance qu'il peut aujourd'hui y avoir à rappeler une donnée essentielle : la sentence capitale prononcée contre ces soignants venus à la fin des années 1990 travailler à l'hôpital pédiatrique de Benghazi, accusés depuis près d'une décennie d'avoir volontairement transmis le virus du sida à 426 enfants, est une insulte faite à la vérité scientifique. C'est aussi, de ce fait, une erreur, pour ne pas dire une faute, judiciaire. Les multiples enjeux de ce dossier, ses secrètes enchères tout comme son prochain et incertain épilogue ont eu une conséquence majeure à laquelle les différentes parties prenantes n'étaient sans doute nullement hostiles : on a ainsi minimisé, sinon oublié, la très grande originalité de cette affaire campant aux frontières de la science virologique et d'une forme d'obscurantisme contemporain. C'est que, loin d'être circonscrit aux geôles, aux labyrinthes et aux prétoires libyens, le dossier dit des "infirmières bulgares" avait, très tôt, donné lieu à une expertise indépendante ; une expertise menée qui plus est à la demande même d'un pouvoir libyen (ou plus précisément d'une fraction de celui-ci) souhaitant que la vérité scientifique puisse éclairer démocratiquement l'action de la justice. Peu de temps après le premier acte d'accusation, la Fondation Kadhafi, dirigée par l'un des fils du chef de l'Etat libyen, demanda ainsi officiellement aux professeurs Luc Montagnier (Institut Pasteur de Paris) et Vittorio Colizzi (université de Rome) de bien vouloir rechercher les causes de cette dramatique contamination virale. Rapidement, les diverses recherches que purent mener, en Libye et dans leur laboratoire, ces deux spécialistes de réputation internationale les conduisirent à réfuter, faute de pouvoir examiner les preuves annoncées, la thèse d'une utilisation du virus du sida à des fins criminelles. Trois ans auparavant, le tribunal de Benghazi avait condamné une nouvelle fois à mort les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien. Dans un courrier daté du 1er juillet 2004, le professeur Montagnier s'adressait directement, et non sans courage, au leader libyen. "J'ai été commis comme expert par la fondation qui porte votre nom et dirigée par votre fils, M. Saif El Islam El Gaddafi, pour rechercher les causes de cette dramatique affaire, rappelait-il alors. Avec mon collègue, Vittorio Colizzi, de l'université de Rome, nous avons fait une analyse aussi détaillée que possible qui concluait plutôt à une série d'infections accidentelles par une souche de virus très particulière, très infectieuse. (...) Il y a, en tout cas, un doute sérieux sur la responsabilité du personnel condamné. C'est pourquoi, en tant que codécouvreur du virus du sida et au nom d'une expérience de plus de vingt années sur ce virus, je me permets de vous demander la grâce de ces condamnés, au bénéfice du doute. Je pense que votre décision dans ce sens ne pourrait que grandir la bonne image de la Libye dans le monde." Le codécouvreur, en 1983, d'un virus devenu un agent pathogène responsable d'une pandémie dont on peine désormais à saisir l'ampleur et les enjeux exposait alors au président libyen une série d'arguments de virologie et de biologie moléculaire démontant la thèse défendue par la justice libyenne quant à une utilisation délibérée du virus à des fins criminelles. "Le plus probable est que cette dramatique contamination en chaîne soit partie d'un enfant africain infecté par sa mère à la naissance, hébergé à l'hôpital en 1997 ou avant, expliquait-il alors. Cette souche a ensuite été diffusée accidentellement à d'autres enfants de l'hôpital par suite de mauvaises pratiques de stérilisation. Lorsque les médecins de l'hôpital se sont aperçus de la présence du virus du sida, ils ont rectifié ces pratiques, et les transmissions ont apparemment cessé." En d'autres termes, le dossier d'accusation libyen pouvait être mis en pièces par une science virologique moléculaire de plus en plus performante pour dire les vérités quant aux pratiques antérieures. Différents arguments scientifiques indiscutables sont ensuite venus conforter ces conclusions et la preuve de l'innocence des accusés. "MEILLEURE PRISE EN CHARGE POSSIBLE" Toujours en 2004, le professeur Robert Gallo, second codécouvreur du virus du sida, reprenait cet argumentaire. Il était alors rejoint par une vingtaine de spécialistes de virologie et de pédiatrie, américains et européens. Dans une lettre ouverte adressée au colonel Kadhafi, ces experts "invitaient les autorités libyennes à classer l'affaire, à libérer les travailleurs qui avaient été invités dans leur pays pour aider à traiter les malades et à les renvoyer dans leur pays d'origine". "Nous vous demandons, ajoutaient-ils, de vous assurer que ces professionnels soient protégés, reçoivent l'assistance médicale dont ils pourraient avoir besoin et qu'ils ne soient plus soumis à des abus ou maltraités lors de leur détention." Toujours fondée sur des arguments scientifiques, la supplique internationale des milieux médicaux et scientifiques fut par la suite reprise et amplifiée, notamment par Nature et par d'autres revues d'audience planétaire. Sans succès. Ce qui démontre s'il en était besoin le faible poids que peut avoir un argumentaire scientifique sur le cours de certaines instructions judiciaires dès lors que d'autres considérants, terroristes ou pétroliers, sont en jeu. Et maintenant ? Pour le professeur Montagnier, une fois connu le dénouement diplomatique de cette affaire une autre priorité devra rapidement s'imposer. "Après la désignation des boucs émissaires, il nous faudra parvenir à organiser la meilleure prise en charge médicale possible des enfants libyens contaminés", souligne-t-il. Ces enfants ont ces dernières années été plus ou moins suivis avec l'aide de différents pays européens. Un quart de siècle après sa découverte du virus, le professeur Montagnier estime que les derniers acquis dans ce domaine permettent d'espérer que le sida puisse bientôt ne plus être être une maladie nécessitant un traitement à vie. Après le ballet diplomatique, les enfants libyens ne devront pas être oubliés. Volume VI, Numéro 295 • vendredi le 20 juillet 2007 La tentative iranienne
d'exercer une hégémonie régionale au Moyen-Orient
Quel est le point commun entre les nombreuses turbulences que traverse le Moyen-Orient actuellement, qu'il s'agisse de la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, de la lutte pour le pouvoir du Hezbollah au Liban, de l'agitation qui secoue l'Irak ou de l'acquisition prochaine de l'arme nucléaire par une dictature radicale? La réponse est l'Iran. Toutes ces menaces apparemment locales sont en effet liées à la tentative de Téhéran d'exercer une hégémonie régionale. La stratégie iranienne, maintes fois proclamée depuis l'instauration de la république islamique en 1979, commence à porter ses fruits. Elle consiste à répandre la révolution islamique dans tout le Moyen-Orient et également dans le reste du monde musulman. Tous les dirigeants iraniens n'ont eu de cesse d'appuyer cet objectif, mais ils l'ont fait jusque-là avec la prudence qu'imposait le souvenir laissé par la longue guerre contre l'Irak dans les années 1980 et la crainte d'une opposition du monde occidental. Mais les circonstances géopolitiques actuelles ont accru la confiance du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui a adopté la ligne dure; ce qui l'a autorisé à d'autres comportements, à la fois imprudents et violents. Ainsi, l'Iran tente-t-il d'étendre son influence par trois moyens: la propagande, l'aide à des organisations terroristes et l'affirmation de sa puissance. L'Iran soutient des organisations islamistes afghanes, irakiennes, libanaises, palestiniennes et autres. Ses principaux clients sont le Hezbollah au Liban et le Hamas dans les territoires palestiniens. Si ces organisations ne sont pas -- totalement -- contrôlées par l'Iran et si leurs actions ne sont pas -- toutes -- ordonnées par lui, il est sûr que ce pays les finance, leur fournit des armes et des entraînements, façonne leur idéologie et les incite à la violence et au terrorisme. Sans son soutien, le pouvoir de ces organisations serait beaucoup plus restreint. Plusieurs événements ont montré que l'Iran exhortait ces organisations à une plus grande agressivité dans des attaques terroristes et autres. Au Liban, par exemple, le Hezbollah islamique d'obédience chiite a adopté la ligne de pensée de l'Iran. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, est aussi le représentant officiel, au Liban, du «guide spirituel» iranien (le personnage le plus puissant d'Iran). L'agression du Hezbollah contre Israël en 2006 a provoqué un affrontement majeur. Sans l'appui logistique et idéologique de l'Iran, jamais le Hezbollah n'aurait osé cette confrontation voulue par Téhéran. C'est ce qu'a déclaré le secrétaire général adjoint du Hezbollah, le cheikh Naïm Qassam, sur les ondes du réseau al-Kawthar. Il a dit que son mouvement se basait sur les décisions du guide spirituel, chef suprême de l'Iran, pour tout ce qui concernait ses actions et le djihad. Et il a ajouté: «Pour tous les autres détails des opérations, nous demandons des clarifications quant à ce qui est permis et ce qui est défendu dans un djihad et nous recevons des directives que nous suivons.» Depuis la fin de la guerre de l'été 2006, le Hezbollah essaie de prendre le contrôle du Liban. À plusieurs reprises, l'Iran a été surprise en train de fournir clandestinement des armes au Hezbollah via la Syrie. Les Gardiens iraniens de la révolution présents au Liban agissent à titre de conseillers militaires du Hezbollah. Par ailleurs, les opposants libanais à l'axe irano-syrien ont été systématiquement assassinés. Il va de soi que l'Iran cherche à faire du Liban un État satellite. Les mêmes stratégies sont employées avec les Palestiniens. L'organisation terroriste du Hamas et même le Djihad islamique palestinien, l'un des groupes les plus extrémistes, adoptent les directives de l'Iran. Téhéran les incite publiquement à mener des attaques terroristes. Le mois de juin dernier a marqué un tournant dans l'histoire des Palestiniens. Le Hamas s'est emparé de la bande de Gaza, il a expulsé ses rivaux du Fatah, il a exécuté de nombreuses personnes pour leurs opinions politiques ou leurs activités et il a clairement affirmé son intention de transformer la bande de Gaza en un État islamique sur le modèle de l'Iran. À la suite de cet événement, nombreux sont ceux qui, au sein de la population palestinienne et du monde arabe, ont exprimé publiquement leur crainte et leur colère que le Hamas réalise les efforts iraniens de contrôle de leur terre et de leur cause. Le 20 juin dernier, Yasser Abed Rabbo, un membre éminent du conseil exécutif du Fatah (un proche de Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne), déclarait: «L'Iran a aidé le Hamas à mener son coup d'État militaire contre le leadership palestinien légitime et à prendre le contrôle de la bande de Gaza.» Dans la même veine, le ministre des Affaires étrangères égyptien, Aboul Gheit, affirmait dans un discours que l'appui iranien aux activités du Hamas à Gaza représentait une menace pour la sécurité nationale de l'Égypte. Deux grands journalistes du monde arabe se sont aussi prononcés sur cette question. Pour Ahmad al-Jarallah, rédacteur en chef du journal koweïtien Al-Siyassa, «grâce à la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, l'axe irano-syrien a réussi à saboter la paix entre Israël et les Palestiniens», devenant par le fait même l'ultime arbitre de la politique régionale. Et pour Tariq al-Humayd, rédacteur en chef du quotidien arabe Asharq Alawsat, «de toute évidence, les fonds proviennent de l'Iran. Aujourd'hui, personne ne contrôle le Hamas... si ce n'est l'Iran, son pourvoyeur économique, et la Syrie». Avec l'arsenal nucléaire iranien qui pointe à l'horizon, il est à craindre que tout ceci ne soit que le début d'une politique dévastatrice. Si Téhéran acquiert la pire des armes de destruction massive, il ralliera les organisations les plus radicales pour attaquer l'Occident, les pays arabes modérés et Israël. Protégés par le parapluie nucléaire, l'Iran et ses alliés auront le champ libre pour attaquer les intérêts occidentaux sans risquer de représailles. Finalement, l'Iran sera capable de bloquer toute tentative de paix et aura les coudées franches pour que la région sombre dans un bain de sang qui risque de durer longtemps. C'est la raison pour laquelle les événements en Irak, au Liban et dans les territoires palestiniens ne doivent pas affaiblir, mais au contraire renforcer la détermination de l'Occident à maîtriser l'Iran et, en particulier, à l'empêcher de se doter de l'arme nucléaire. (Mark Attali est le Consul général d'Israël à Montréal.) Du
racisme et de l’antisémitisme : faux distingo ou vrai enjeu
? Pourquoi différencie-t-on toujours le racisme et l'antisémitisme? N'y-a--t il pas là un faux distingo tendancieux destiné à placer le malheur des Juifs sur un piédestal par rapport à celui des autres victimes du racisme? N'est-ce pas, du coup, faire le jeu des antisémites qui ne cessent d'accuser les Juifs de faire passer leurs intérêts avant celui de l'ensemble de l'humanité, se mettant par là-même à son ban? N'est-il pas urgent, dès lors, de supprimer complètement le terme d'antisémitisme (introduit en Allemagne en 1879 par un journaliste, Wilhelm Marr dans un livre qui devint tout de suite un best seller : Der Sieg des Jüdenthums über das Germanthum von nicht konfessionellen Standpunkt betrachtet - La Victoire du Judaïsme sur le Germanisme considérée d'un point de vue non confessionnel)qui aurait pour effet pervers de produire ce que précisément on tente de supprimer? Nous pensons qu'il faut maintenir a distinction entre ces deux termes qui désignent d'une certaine façon le contraire l'un de l'autre. Mais nous prenons simultanément conscience de la difficulté afférente au combat contre ce que désigne l'antisémitisme et qui et encore massivement l'objet d'un déni, voire même d'un tabou chez la plupart des démocrates qui y voient une façon illégitime d'introduire deux poids deux mesures entre les victimes du racisme, divisant par là-même un combat qu'il est urgent de ne pas affaiblir. Toutefois les démocrates et les Républicains devraient s'interroger de temps en temps sur les rapports qu'entretient la mort ignominieuse du jeune Ilan Halimi avec le fait que le combat anti-raciste tend à toujours se refuser à traiter et guérir l'antisémitisme. Les actions éducatives contre le racisme laissent toujours de côté les Juifs et leur si mauvaise image de marque; on dirait qu'ils peuvent très bien se défendre tous seuls; or les tabassages d'enfants juifs dans les Ecoles de la République depuis 2000 et la Seconde Intifada, l'augmentation significative des actes et de la parole antisémites dans la société française et dans toute l'Europe (cf. Rapports annuels de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme, et de la Commission Européenne), le fait que ces actes soient produits dans leur majorité par des immigrés victimes de discriminations raciales, et du coup "tolérés" par de nombreux responsables de la culture et de la justice, comme n'étant que des phénomènes réactionnels, liés à la guerre israélo-palestinienne (tout comme Aimé Césaire, ce chantre de la négritude, qui accueillit à bras ouvert Dieudonné après qu'il eut abondamment insulté Israël "Isra-heil" (sous-entendu Hitler) et donné de l'eau au moulin du négationnisme en se montrant publiquement à la fête du Front national, tout cela sans provoquer grande réprobation dans le camp des élites démocratiques et républicaines, tout cela ne montre-t-il pas la survivance, 60 ans après la Shoah, de ce qu'on a appelé le délaissement des Juifs en Europe? Le racisme prend pour cibles des gens qu'il juge biologiquement inférieurs par le sang, la race, les mœurs et le degré de civilisation; à ce titre c'est un paternalisme qui considère les racisés comme de "grands enfants" inférieurs –sous-hommes, animalisés- mais hommes tout de même, qu'on se charge volontiers d'"éduquer" et de "civiliser" dans toute la mesure du possible, non sans les humilier et les exploiter parfois jusqu'à la mort en justifiant ces actes de barbarie par le préjugé que ces sous-hommes ne seraient pas capables de savoir ce qui est bon pour eux. L'antisémitisme prend pour cibles des gens qu'il juge au contraire supérieurs à la moyenne par l'intelligence, la richesse, la ruse, la culture, le pouvoir (médiatique, politique, économique), la capacité à triompher de l'adversité, à se régénérer à l'infini, tel le Phénix renaissant de ses cendre (à ceci près qu'ici on parlera plutôt d'un "cancer" , de "parasites", de "bacilles", de "poux", de "chancres" et de "vermine"), à comploter et à manipuler le monde entier pour servir les intérêts d'une minorité assoiffée d'or et de pouvoir, le reste de l'humanité dût-il en périr. C'est une déshumanisation complète et une diabolisation sans issue ni espoir de rédemption (cf. Le traître essentiel Judas opposé au Christ par l'Eglise, jusqu'au Concile de Vatican II, en 1965, date à laquelle on avait enfin reconnu que le Christ, sa famille et ses premiers disciples étaient tous juifs; le rôle d'usuriers qui leur avait été réservé par l'Eglise au Moyen-Age et qui avait induit leur détestataion par les petites gens : tous ces poncifs ont d'ailleurs été ré-actualisés et modernisés à la fois par l'antijudaïsme anti-capitaliste de Marx et par le nazisme ); on peut opposer cette Volonté de Nuisance superlative et sans reste ("Le Mal" en personne) en quoi l'Europe voit les Juifs aux grands enfants (les Noirs, les Arabes, les Colonisés en général) envers lesquels on aime se sentir supérieurs (cf. La Case de l'Oncle Tom de Harriet Beecher Stowe) . Ce roman montre que le mépris dirigé contre les racisés inclut encore une possibilité de fraternité à la marge comme on en éprouve à l'égard des bêtes qu'on exploite; le racisme éveille donc en nous des sentiments valorisants pour nous-mêmes : compassion, humanité, charité. Les racisés quant à eux ont (du point de vue des racistes) toutes sortes de qualités morales, en général jugées inférieures mais positives tout de même : gaité, sociabilité, fidélité, serviabilité, compassion, bonne volonté – traits qui leur permettent d'être accueillis à la table de l'humanité… même si c'est en bout de table, voire sous la table. Mais ce qu'éprouvent les antisémites envers les Juifs c'est de la haine, de l'envie, de la rage et du ressentiment. C'est pourquoi le sentiment de continuité entre l'ensemble de l'humanité et les Juifs disparaît totalement : c'est "eux" ou "nous" : la lutte est à mort. Ici cesse la possibilité de maintenir la moindre fraternité, la moindre compassion, telle celle qu'on aurait pour des animaux. L'exemple des nazis, férus d'écologie et de compassion à l'endroit des animaux (ils étaient souvent végétariens, nous disent les livres d'Histoire) est là pour en attester. Par ailleurs on peut être anti-raciste et antisémite comme en est accusé aujourd'hui le MRAP par certains démissionnaires tel Albert Memmi, l'un de ses membres fondateurs. Sur le plan intellectuel, l'antidote au racisme comme à l'antisémitisme est donc d'abord la reconnaissance de ce qui les différencie l'un de l'autre, loin des faux consensualismes qui ne servent qu'à se donner bonne conscience. C'est ensuite l'étude de l'histoire générale des discriminations envers les diverses catégories de victimes et la contextualisation de cette histoire par l'histoire tout court. Mais le renversement des préjugés comporte aussi une dimension affective. Une nouvelle fois ici, ce ne sont pas les mêmes ressorts qui permettent de surmonter racisme et antisémitisme ; l'antidote au racisme c'est la recherche et le dépassement de ce qui en nous exige de piétiner les autres, d'appauvrir leur identité pour renflouer la nôtre. L'antidote à l'antisémitisme c'est de devenir capable d'admirer plutôt que d'envier de façon stérile sans nous sentir pour cela dévalorisés, en comprenant de l'intérieur que l'envie repose sur un sentiment personnel d'infériorité et que la haine est fatalement la projection sur autrui de défauts que nous ne voulons pas voir en nous-mêmes (autrement on aurait de la compassion pour des êtres affligés par nature de tares aussi horribles!). Dans le racisme on éprouve une revalorisation personnelle, dans l'antisémitisme une humiliation personnelle. Ni l'un ni l'autre de ces sentiments ne reposent sur quoi que ce soit d'objectif; ils ne produisent pas, non plus les mêmes effets sur les victimes réelles ou potentielles qui en sont les cibles : longue et douloureuse exploitation pour les racisés, malgré tout jugés utiles et acceptés à la marge; tentation permanente du crime contre l'humanité contre les Juifs (isolés et méconnus dans leur souffrance ) jusqu'à ce que ce crime soit finalement passé à l'acte, lorsque les moyens idéologiques et technologiques se présentent simultanément, comme ce fut le cas avec le nazisme et comme y aspire encore aujourd'hui l'illuminé négationniste chiite Ahmadinedjad. "Admirer c'est égaler", dit-on. Il faut que l'école enseigne aux élèves l'admiration pour tout ce qui est grand et l'envie de s'en rapprocher par leur travail, tout en se méfiant comme de la peste du désir infantile de suivre des sauveurs, c'est-à-dire de l'hétéronomie morale. Alors ils cesseront de cultiver les passions tristes dont parle Spinoza, haine et envie. Alors ils comprendront qu'admirer c'est entamer un chemin de résilience vers l'estime de soi et vers un juste amour de soi et des autres. Mais pour cela il faut des professeurs du gai savoir, qui veuillent se sauver eux-mêmes et comprennent qu'il existe toujours une issue de résilience au ressentiment. Il faut cultiver le désir de vivre des enfants plutôt que de jouir de vivoter et de faire vivoter. Comment créer des écoles de la résilience? Telle est la question de fond pour une Europe vieillissante et post-moderne peu encline à relever les défis qui se posent à elle concrètement aujourd'hui. Mais qu'en est-il du désir de vivre des Européens aujourd'hui? L'antisémitisme et sa spécificité ne sont jamais expliqué aux élèves; on se contente d'une vague allusion aux "boucs émissaires": tiens au fait, qui a inventé la technique de substitution de boucs aux hommes traditionnellement voués au sacrifices dans les sociétés pré-monothéistes, si ce n'est les Juifs? Et n'était-ce pas pour en finir justement avec les sacrifices humains dont les Juifs font encore les frais dans nos sociétés post-modernes?! Les semaines de lutte contre le racisme à l'école ne parlent pas de l'antisémitisme : les Juifs semblent toujours des victimes seulement apparentes et négligeables par leur nombre et par leur qualité : les Juifs ce ne sont pas des victimes valorisantes pour leurs défenseurs puisque toutes-puissantes (dans le délire antisémite). Et puis un jour il y a la mort ignominieuse d'Ilan Halimi. Mais qu'avait fait en réalité l'Ecole pour dispenser un enseignement de l'estime envers les concitoyens Juifs? Et nombreux sont les Juifs de conviction laïque qui freinent des quatre fers quand on évoque ce sujet. Pour moi il faut passer d'une laïcité d'ignorance à une laïcité d'intelligence à l'égard de la diversité culturelle de notre pays. Tout en se gardant comme de la peste de promouvoir un modèle multiculturaliste qui enferme les individus dans le communautarisme. Le modèle républicain à la Papa a failli : puisqu'il a pu aussi dériver vers Vichy. Et puisque Jules Isaac, l'ayant honnêtement constaté par la mort incontournable de sa femme et de sa fille dans les camps nazis, a entamé une démarche vers Jean XXIII pour demander que l'Eglise réhabilite officiellement les Juifs , ce qui fut fait avec le Concile de Vatican II. Mais a-t-on réfléchi au fait que les athées , les déistes, les agnostiques, les Protestants, les Catholiques tièdes, bref tous ceux qui ne prennent pas du pape leurs directives de pensée, quant à eux vivent toujours sur des préjugés séculaires relativement aux Juifs? Qu'a-t-on fait pour les éduquer à l'estime envers leurs "frères aînés" (qu'ils refusent bien sûr de reconnaître pour tels puisqu'ils confondent toujours le judaïsme avec une simple religion parmi d'autres alors que c'est un virage dans l'idée même de civilisation comme je tente de le dire ailleurs ? ) Ce sont là des questions qui nous concernent tous ainsi que l'avenir des Juifs en Europe et plus largement en Occident. Il se pourrait qu'elles concernent aussi la possibilité de survie de l'humanité que le délire antisémite d'Ahmadinedjad peut compromettre. La dispense de réflexion et d'action n'a ici plus cours. Une
visite bien troublante Existait-il une autre solution que d'inviter le Hezbollah sur notre sol ? Entre logique de guerre et désir de paix, existe-t-il une voie qui ne passe pas par le compromis avec le Hezbollah ? En d'autres termes et plus généralement, existe-t-il face au terrorisme une alternative, non militaire mais politique, à l'accommodement ? C'est parce que nous le pensons que nous avons fondé le Mouvement pour la paix et contre le terrorisme. Cette autre voie porteuse d'espoir mais encore inexplorée est celle d'une mobilisation de l'opinion, française, européenne, internationale pour condamner toute pratique terroriste. Oser dire ce que l'on sait. Cela implique d'oser dire par exemple ce que nous savons du Hezbollah. Force est de constater que l'on cache au contraire les faits. On ne rappelle pas les assassinats de Français commis par ce même Hezbollah dans un passé encore douloureusement proche. Il ne s'agissait pas d'intérêts occidentaux mais de vies humaines, françaises en l'occurrence ! On ne rappelle pas les attentats commis en Argentine en 1992 et 1994 (114 morts, 393 blessés). On ne publie pas les sermons incendiaires de Nasrallah. On ne montre ni les photos des défilés des milices du Hezbollah, bras levés à l'hitlérienne, ni celles des bambins embrigadés. On s'abstient de citer le contenu violemment antisémite des émissions d'al-Manar qui lui a valu d'être interdit de diffusion en France. On omet même le rôle, pourtant reconnu par l'ONU (1), du Hezbollah dans le déclenchement de la guerre de l'été dernier. Le Liban peine à se relever, Israël aussi d'ailleurs. Mais pas le Hezbollah et le voilà assez fort pour avoir été convié à La Celle-Saint-Cloud ? Quelle réaction ? Certes, un rassemblement a eu lieu dimanche dernier à l'initiative de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), initiative à laquelle nous avons apporté notre soutien. S'il faut la saluer, on ne peut que s'étonner de la faiblesse de la représentation citoyenne dans l'organisation de la riposte. Protester contre la venue du Hezbollah ne concernait-il que les seules familles des victimes françaises du Hezbollah ? Ou que les Juifs de France, présumés seuls sensibles à la question des soldats israéliens détenus au secret depuis un an ? Cette indifférence entretenue de l'opinion nourrit à son tour l'échafaudage de plans diplomatiques empreints de prudente real politik : il faut « faire avec » le Hezbollah, comme le font les Libanais eux-mêmes. Nous ne les aidons pas à faire sans ! Certes, la France est l'amie du Liban mais les amis ne sont pas toujours bons conseillers. Nous n'aidons pas plus les Libanais à faire sans le Hezbollah que nous ne les avons aidés à faire sans la Syrie. Ce n'est pas la France qui a brisé le tabou de l'occupation syrienne du Liban mais les Libanais eux-mêmes en engageant la « révolution du Cèdre » et le mouvement du 14 mars. Quelle est la position française vis-à-vis du Hezbollah ? On reste perplexe devant les déclarations contradictoires de nos autorités politiques. L'examen attentif de ces déclarations successives conduit à quelques interrogations : comment une organisation à laquelle on demande de « renoncer à l'action terroriste » pourrait-elle ne pas être terroriste ? Comment peut-on qualifier une organisation de terroriste mais ne pas souhaiter son inscription sur la liste européenne des organisations terroristes ? Comment peut-on avoir pour objectif que le Hezbollah redevienne ce qu'il n'a jamais été, un « parti libanais qui joue le jeu de la démocratie parlementaire libanaise » ? Le choix d'inclure Hezbollah et Amal dans la rencontre de La Celle-Saint-Cloud nous semble grave à plusieurs titres : cela décrédibilise encore un peu plus l'ONU puisque preuve est faite qu'on peut rester un interlocuteur, invité par la France, tout en refusant de se plier aux conditions fixées par une résolution du Conseil de sécurité. Cela entérine une forme de déréglementation politique où droit international et droit humanitaire sont bafoués en toute impunité. Cela envoie implicitement un message dangereux à toutes les organisations terroristes : le terrorisme paie. Au niveau régional, cela freine les Libanais qui voudraient se libérer de l'étreinte terrible du Hezbollah et cela conforte objectivement un ferment de guerre entre le Liban et Israël. On aurait à la rigueur pu admettre que la diplomatie française utilise l'invitation comme une « carotte » : « si vous libérez les deux soldats » ou même « si vous laissez la Croix-Rouge leur rendre visite, alors...», car tenter de sauver des vies peut justifier bien des compromis. Il n'en a rien été. Le Hezbollah a été invité sans avoir à répondre à la moindre exigence. Et le trouble demeure. (1) Résolution 1701 du Conseil de sécurité. Quel
avenir pour les réfugiés soudanais en Israël ? L’indignation de prétendus avocats des droits de l’homme, qui reprochent à Israël d’avoir renvoyé en Egypte de nombreux immigrés clandestins d’origine africaine… est parfaitement déconcertante. L’affaire, qui a rapidement été montée en épingle, a fait du tort à Israël tant sur le plan humanitaire que sécuritaire. La frontière israélienne avec l’Egypte échappe totalement au contrôle des autorités égyptiennes, et leurs promesses répétées de renforcer leur surveillance ne sont pas tenues. Cette passivité est en lien direct avec la contrebande d’armes… Cette longue frontière, qui traverse essentiellement une zone désertique, convient parfaitement au trafic de drogue et d’êtres humains, organisés par les Bédouins. Mais ce n’est pas tout. Les terroristes quittent Gaza par le Sinaï et passent du côté israélien sous le nez des gardes égyptiens nonchalants. Cet axe du terrorisme et du crime est également devenu un point d’entrée pour les immigrés clandestins. Jeudi dernier [le 5 juillet], au petit matin, 60 Africains ont été appréhendés alors qu’ils tentaient de passer illégalement la frontière. D’autres y sont parvenus. La ville de Beersheba [située dans le Sud israélien] et sa banlieue sont envahies par ces immigrés. Même chose à Eilat, où ils ne sont plus acceptés désormais. Des centaines et des centaines de nouveaux arrivants se regroupent dans le Sud, dont des enfants, qui ne peuvent être accueillis dans aucune école. Ils prétendent généralement être des réfugiés du Darfour, ce qui est totalement faux pour la plupart d’entre eux. Et pour ceux qui viennent vraiment du Darfour, ils ne sont pas arrivés directement du Soudan en Israël puisque les deux pays ne partagent pas de frontière. Ils ont traversé un pays qui aurait dû les accueillir, l’Egypte. Les renvois d’étrangers illégaux par Israël en Egypte ont provoqué les foudres des Nations unies, d’Amnesty International et d’autres ONG qui accusent Israël d’indifférence envers les réfugiés, déjà malmenés en Egypte. En effet, des avocats affirment que Le Caire renvoie les réfugiés soudanais chez eux et que ceux qui osent protester sont impitoyablement abattus. De nombreux réfugiés soudanais auraient également été tués par des bandes de Nubiens ou des fanatiques musulmans. La brutalité du régime égyptien est considérée, y compris par les militants des droits de l’homme, comme un fait indéniable, une donnée qu’on ne peut modifier, questionner, ni même critiquer. Et, tandis que l’Egypte tire son épingle du jeu, Israël doit essuyer les plâtres. On attend des responsables israéliens qu’ils s’excusent pour l’intransigeance de leur voisin et qu’ils prennent en charge le sort de ceux que l’Egypte se refuse à protéger. Si la communauté internationale persiste dans son hypocrisie à appliquer ce régime de deux poids deux mesures, le minuscule Etat d’Israël pourrait devenir une porte d’entrée pour toute l’Afrique. De son côté, le gouvernement égyptien se targue d’être un Etat démocratique, modéré et moderne, digne de recevoir les accolades des grands de ce monde et leurs aides financières. Cette comédie continue alors que personne ne reproche à l’Egypte son indifférence envers une nation sœur, arabe et voisine directe. Pas plus qu’on ne condamne son mépris du traité de paix conclu avec Israël, qui lui impose de surveiller ses frontières. La duplicité des instances internationales et des gouvernements étrangers les pousse peut-être à soutenir et à encourager le jeu égyptien, mais il n’en va pas de même pour Israël. Israël devra faire des exceptions pour la minorité de Soudanais de bonne foi qui sont véritablement menacés. En dehors de cela, le renvoi des immigrés clandestins en Egypte est tout à fait normal puisque les responsables égyptiens se sont engagés à les traiter décemment et que les militants des droits de l’homme sont là pour leur rappeler leurs promesses. De son côté, Israël doit examiner comment fermer hermétiquement sa frontière avec l’Egypte. Une barrière physique n’est pas la solution la plus simple, contrairement à ce que certains suggèrent. La frontière s’étend sur de longs kilomètres et la construction d’une barrière serait une tâche ardue, longue et particulièrement coûteuse. En outre, aucune clôture n’est inviolable, et il faut des patrouilles pour la surveiller. Aussi longtemps que l’Egypte refusera de coopérer honnêtement, la situation restera dans une impasse. La bonne volonté du Caire et des pressions internationales dans un but véritablement humanitaire sont plus que jamais nécessaires. Volume VI, Numéro 294 • vendredi le 13 juillet 2007 LA RUPTURE L’assaut mené par l’armée pakistanaise contre la Mosquée rouge est le signe avant-coureur d’un divorce. D’une séparation probable entre l’oligarchie militaire, qui domine dans les faits le pays depuis la partition de l’Inde en 1947, et ses alliés de toujours: les leaders islamistes. Un chapitre est clos, un autre s’amorce qui s’annonce sanglant. Dans le paysage religieux du Pakistan, la Mosquée rouge occupe une place particulière, voire prépondérante. Car à la faveur du coup d’État mené par le général Zia ul-Hak en 1977, et surtout de sa politique de réislamisation musclée des esprits, cette institution s’était transformée en un creuset des mouvements radicaux avant de se muer en chef-lieu du courant déobandi, qui prône un retour radical, ou plutôt une adhésion fanatique à la lecture littérale du Coran. C’est là que le corpus idéologique des talibans s’est forgé. C’est par là également que transitaient encore récemment les djihadistes décidés à combattre en Afghanistan. C’est là aussi qu’a été planifiée l’expansion du réseau des madrassas, les écoles coraniques, à travers le pays. C’est là enfin qu’allaient prier les membres du... gratin politique et militaire du Pakistan! À l’origine de l’assaut des derniers jours, il y a une décision municipale prise en janvier dernier. De quoi s’agit-il? Les autorités concernées, voulant récupérer les terrains sur lesquels les responsables de la Mosquée rouge avaient édifié illégalement ses écoles, avaient ordonné leur destruction. Ces derniers ont refusé, voire se sont obstinés parce que certains que les alliances nouées au sein de l’appareil d’État feraient pression pour que l’arrêt soit renversé. Et là, nous touchons au coeur du sujet, soit cette association, cette connivence de toujours entre religieux et militaires. Dans une récente livraison de Current History, Husain Haqqani, directeur du Center for International Relations de l’Université de Boston, souligne que, dès la naissance du Pakistan en 1947, les dirigeants s’employèrent à instrumentaliser l’islam afin d’atteindre deux objectifs. Le premier? Cimenter les factions ethniques et linguistiques à coups de versets coraniques. Le deuxième? Entretenir la ferveur religieuse pour mieux alimenter la composante par excellence de l’idéologie de l’État pakistanais, soit la haine et la peur de l’Inde. Évidemment, cet usage aussi constant que forcené d’une fiction religieuse, parmi d’autres, a eu son lot de conséquences tangibles, observables. Ainsi que le détaille l’universitaire américain, au cours des soixante dernières années, les gradés, les généraux, ont capté l’essentiel du budget de l’État afin d’égaler l’effort militaire constaté en Inde. Ces derniers temps plus que jamais car, l’ennemi héréditaire ayant réussi, lui, à hisser le pays au deuxième rang pour ce qui est de la croissance du PIB depuis au moins dix ans, il est en mesure de dépenser bien davantage qu’auparavant. Qui plus est, ce rapt des finances de l’État par les militaires a eu des effets aussi néfastes que durables. Le taux de chômage étant extrêmement élevé, on calcule que 51 % des Pakistanais vivent en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté. Ce fiasco économique est largement attribuable à l’indifférence aussi criminelle qu’imbécile que l’élite manifeste encore et toujours en matière d’éducation. En maintenant le budget du ministère concerné à 2 % du PIB depuis 1947, alors que la proportion de personnes sachant lire et écrire était de 16 % seulement, le Pakistan compte aujourd’hui 65 % d’analphabètes. En Inde, la situation a été totalement renversée avec les résultats que l’on sait sur le front économique. Cette déliquescence voulue de l’État a été largement entretenue par les satrapes de la religion. On ne doit jamais oublier que les militants du courant déobandi se distinguent notamment par ceci: le refus du progrès, de la modernité. Ils sont les héritiers directs de ces fous de Dieu qui interdirent l’usage de l’invention de Gutenberg pendant trois siècles parce que le premier livre imprimé s’appelait la Bible. En ordonnant l’attaque contre la Mosquée rouge, le président Pervez Moucharraf vient de signaler une rupture avec les fondamentalistes. Vu l’évolution du contexte, il faut s’attendre à un bain de sang. Si le premier dispose de chars, de jeeps et d’autres quincailleries, les deuxièmes peuvent compter sur des millions de pauvres et d’illettrés facilement manipulables. Et tout cela parce que, lors du baptême de cette nation, on a gommé tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la... raison. RESTER
EN AFGHANISTAN Il est difficile de savoir si le premier ministre Stephen Harper a changé sa position quant à la mission canadienne en Afghanistan, mais il est clair que sa rhétorique a évolué. M. Harper a longtemps cherché à gagner du temps en promettant qu’il allait soumettre la question de l’extension de la mission aux députés, mais voilà qu’il déclare aujourd’hui qu’il ne demandera pas à nos troupes de continuer leur travail en l’absence d’un consensus parlementaire. Pour la première fois, mardi, il a même évoqué la possibilité d’une «nouvelle mission». Certes, M. Harper reconnaît là la réalité qu’il a créée en abandonnant le pouvoir unilatéral de faire la guerre, une réforme louable que le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, Gordon Brown, se propose d’imiter. On peut quand même se demander s’il regrette aujourd’hui de ne pas en avoir incombé la responsabilité aux partis d’opposition, l’an dernier. Quelques jours après le vote, quand je lui avais demandé pourquoi il avait déclaré qu’il prolongerait la mission d’une année si les députés n’approuvaient pas sa demande initiale, soit une extension de deux ans, M. Harper a répondu que les troupes canadiennes effectuaient un travail très dur et que le Canada avait des obligations à l’endroit de ses alliés. Naïf? Certainement. Homme de principe? Tout aussi certainement. Mais cela n’empêche pas les critiques de continuer à fuser contre le premier ministre pour avoir fait de la petite politique en essayant de diviser le Parti libéral du Canada (PLC). Au contraire. Si les partis d’opposition avaient sonné le glas de la mission l’année dernière, M. Harper présiderait aujourd’hui un gouvernement majoritaire. Au lieu de cela, la mission en Afghanistan continue de cumuler les pertes, sur le terrain, mais aussi sur le front politique, où le gouvernement de M. Harper n’échappe pas à la saignée. Les bloquistes et les libéraux ont cependant laissé voir une certaine volonté de continuer nos efforts en Afghanistan. Voilà une occasion à saisir si le premier ministre veut s’élever au-dessus de la partisanerie. Pour cela, M. Harper devra commencer à dire la stricte vérité aux Canadiens quant à la position de son gouvernement et aux perspectives de la mission. Son défi fondamental, c’est un peu celui exprimé par le député travailliste britannique Aneurin Bevan, dans un discours parlementaire magistral, en pleine crise de Suez, à savoir que «quand une nation fait la guerre, elle devrait être tout à fait claire sur la raison. Et elle ne devrait jamais changer son raisonnement au fil du temps». Sous Jean Chrétien, on n’a jamais su clairement pourquoi nos soldats étaient en Afghanistan, à moins que ce soit pour compenser leur absence en Irak. Sous Paul Martin, le débat parlementaire sur le déploiement des troupes à Kandahar a été l’affaire d’une nuit et n’a donné lieu qu’à un seul article dans la presse quotidienne. Pour sa part, M. Harper change constamment son discours sur la mission en cours, tout en se comportant comme un joueur en coulisses, et non pas comme le premier ministre d’un pays en guerre. Aujourd’hui, l’OTAN redoute la perspective d’une défaite humiliante dans une mission approuvée par les Nations unies, ce qui aurait des conséquences géostratégiques importantes. C’est pourquoi les démocrates du Congrès américain continuent de demander une augmentation des troupes américaines en Afghanistan. Comme eux, nos alliés britanniques font une distinction claire avec la guerre en Irak. Ils sont d’ailleurs en train d’augmenter leurs troupes de 25 % et un nouvel ambassadeur vient d’aviser ses compatriotes qu’un engagement de 30 ans sera nécessaire pour reconstruire le pays. Cela n’empêche pas les Canadiens d’être naturellement agacés de voir les soldats français et italiens déployés dans des régions relativement calmes comme Kaboul et Hérat, sans parler des forces allemandes, à qui les combats de nuit sont interdits. Malgré tout, si nous annoncions aujourd’hui que nous voulons abandonner notre rôle à Kandahar, cela porterait un sérieux coup à notre réputation mondiale. Pour paraphraser l’ancien ministre libéral des Affaires étrangères, John Manley, nous serions perçus dans le monde comme celui qui s’excuse pour aller aux toilettes au moment même où la facture arrive. C’est que la réputation du Canada à l’étranger est telle que nous n’avons pas réussi à persuader nos alliés d’assumer une partie équitable du fardeau. Le meilleur pari que pourrait prendre le gouvernement serait de proposer au Parlement que le Canada continue de jouer son rôle à Kandahar, à la condition que nos alliés contribuent de façon équivalente, proportionnellement, bien sûr, à la mesure de leurs contingents et de leur population. En utilisant son statut de gouvernement minoritaire au Parlement comme les présidents américains s’en servent au Congrès pour leurs négociations internationales, le premier ministre aurait la marge de manoeuvre nécessaire pour préserver la bonne réputation du Canada. Les Canadiens devraient alors espérer que les chefs d’opposition se souviendront que le retour au pouvoir des talibans ne pourra s’accompagner que d’atteintes horrifiantes aux droits de la personne. Ainsi, si le Canada choisit de ne pas continuer sa mission à Kandahar—et ceci sans même offrir d’y rester si nos alliés acceptent de venir nous y rejoindre—, il se pourrait bien que ses citoyens se lèvent un jour sans être capables de se regarder dans le miroir. SI
TU VEUX LA PAIX, PRÉPARE LA GUERRE Si tu veux la paix, prépare la guerre, dit l’adage. Un an après les déconvenues des forces israéliennes face aux combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, des dizaines de milliers de conscrits et de réservistes de Tsahal s’entraînent plus que jamais dans l’éventualité d’une guerre conventionnelle avec l’Iran ou la Syrie. Exercices et formations militaires financés par des fonds d’urgence se sont enchaînés ces derniers mois avec une intensité jamais vue depuis de nombreuses années, et le gouvernement de l’État juif n’hésite pas à évoquer ouvertement la possibilité d’un conflit avec les forces de Damas ou celles de Téhéran, l’Iran étant en outre soupçonné de vouloir se doter de l’arme nucléaire. «Une armée a deux raisons d’être: faire la guerre ou la préparer», lance le général Gabi Ashkenazi, qui a pris l’hiver dernier la tête de l’état-major de Tsahal après la démission du général Dan Halutz, contesté pour sa conduite de la campagne de 34 jours contre le Hezbollah en juillet et août 2006. Si Israël, en état de guerre permanent depuis sa création en 1948, possède la machine militaire la plus redoutable du Proche-Orient, les leçons des affrontements de l’an dernier au Liban ont conduit le gouvernement à revoir les orientations adoptées ces dernières années pour revenir à ses classiques. Rendus trop confiants par des succès faciles contre des militants palestiniens souvent mal organisés, mal équipés et combattants improvisés, les soldats israéliens ont souvent perdu de vue les exigences du combat conventionnel, estiment de nombreux observateurs. Dangereuse, également, l’idée que la supériorité technologique, l’abondance d’un matériel ultra-perfectionné permettraient d’assurer la victoire sans avoir à occuper un vaste territoire avec de l’infanterie et des blindés, selon le schéma d’une guerre classique. «Ashkenazi ne se fait pas d’illusions, une armée ne se juge pas sur le papier, dans des salles de conférences, mais sur le degré d’entraînement de ses hommes», souligne l’historien militaire israélien Martin van Creveld. Les combattants chiites du Hezbollah ont su exploiter l’an dernier le manque de formation tactique des soldats de Tsahal. Les commandos israéliens, reproduisant les méthodes utilisées contre les Palestiniens en Cisjordanie ou à Gaza, ont par exemple installé leurs postes de commandement dans des bâtiments abandonnés clairement identifiés par l’adversaire, ce qui en a fait des cibles faciles, ensuite, pour les roquettes du Hezbollah. Les forces blindées israéliennes ont également subi des pertes sensibles lors de cette offensive, les miliciens chiites disposant d’armes antichars perfectionnées. Le manque de coordination au sein de Tsahal a parfois conduit à des «bavures», comme lorsque deux soldats ont été écrasés par un de leurs propres chars. «Il faut comprendre que ça n’avait rien à voir avec la guerre contre les Palestiniens, qui n’ont ni nos armes, ni nos capacités logistiques», explique Nissim Houri, un lieutenant-colonel de réserve dont le régiment s’est battu au Liban et a été préparé spécialement à l’éventualité d’un conflit avec la Syrie. «Ce qui s’est passé au Liban, et ce qui se passerait probablement face à la Syrie, se rapproche plus d’une guerre intensive, avec des forces combinées de chaque côté. Cela signifie qu’il a fallu revoir totalement nos procédures», dit-il. «Vieilles méthodes» La guerre de l’an dernier contre le Hezbollah a coûté la vie à 117 soldats et à 41 civils israéliens. Côté libanais, on a dénombré 1200 morts, civils et militaires. Un cessez-le-feu conclu sous l’égide des Nations unies a été salué par les miliciens chiites comme une «victoire donnée par Dieu». Ces derniers mois, les soldats israéliens se sont entraînés, parfois pendant des semaines, sur le plateau du Golan, pris à la Syrie en 1967, ou sur les bases du désert du Néguev, dans le sud du pays, à mener des attaques éclairs rappelant celles qui ont permis à Tsahal de vaincre les armées arabes en 1948, 1956, 1967 et 1973. La nécessité d’une victoire rapide en cas de conflit est une évidence de plus en plus claire pour les stratèges israéliens, étant donné la vulnérabilité de l’État juif aux tirs de missiles sol-sol et de roquettes. Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, 3,3 millions d’Israéliens n’ont pas accès à des abris antiaériens en cas de bombardement. «Dans les derniers scénarios de guerre, l’armée est obligée de prendre en compte le cas où un réserviste aurait à se poser la question "Que faire en premier -- foncer vers les hauteurs du Golan pour défendre le pays, ou mettre ma famille à l’abri?"», écrit le journaliste Alex Fishman. «Dans le meilleur des cas, Israël aura un système opérationnel de défense antimissile dans trois ou quatre ans, peut-être... » Si l’hypothèse d’une guerre avec la Syrie est largement évoquée en Israël, paradoxalement l’éventualité d’une reprise des négociations de paix avec Damas, suspendues il y a sept ans, n’est pas écartée. «Il faut sans doute étudier les ouvertures faites par la Syrie, mais seulement sur une position de force», dit le vice-ministre israélien de la Défense, Matan Vilna’i. «Il faut partir du principe "Si tu veux la paix, prépare la guerre". Nous revenons à nos idées de base, aux formules qui nous ont réussi par le passé.» LE
MICKEY ISLAMISTE EST MORT À Gaza et en Cisjordanie, les enfants palestiniens se réveillent dorénavant sans l’émission télévisée qui leur était destinée depuis trois mois, mettant en vedette un Mickey islamiste. Dans un décor aux couleurs pastel et au mobilier enfantin, Les pionniers de demain racontait l’histoire d’une petite fille, Saraa, portant le voile islamique, et de son ami prénommé Farfour (papillon en arabe), un personnage costumé aux faux airs de Mickey Mouse. Voilà trois mois que ces émissions enregistrées dans la bande de Gaza étaient diffusées dans tous les Territoires palestiniens sur la chaîne Al-Aqsa, appartenant au Hamas. Le dernier épisode a été diffusé le 29 juin. Pour clore la saison, un personnage jouant un Israélien essaie d’acheter les terres de Farfour. Ce dernier refuse catégoriquement et se fait battre à mort par l’agent israélien. D’un air impassible, Saraa déclare à l’antenne que «Farfour est mort en martyr voulant défendre son pays, dans les mains des criminels et meurtriers d’enfants innocents». L’émission avait créé la polémique. Dans des épisodes toujours très décriés, le personnage de Farfour, en plus de prodiguer des conseils à l’intention des élèves palestiniens, les exhortant par exemple à ne pas plagier, expliquait aussi pourquoi les enfants «devaient combattre l’ennemi sioniste» et «pourquoi le monde de demain sera soumis à la loi islamique». Au début de la très courte saison des Pionniers de demain, Farfour avançait que les enfants «restaureront la gloire de cette nation, allaient libérer la mosquée Al-Aqsa, libèreront aussi les pays musulmans envahis par des meurtriers». Pour les épisodes suivants, le ton était donné. Et il est très vite allé crescendo. Lors des affrontements interpalestiniens entre les forces armées du Hamas et celles du Fatah, Farfour a mimé à l’antenne le tir d’un fusil-mitrailleur et a chantonné sur un air guilleret: «C’est le temps de la mort». Au cours de l’émission, des enfants téléphonaient et n’hésitaient pas à donner leur point de vue sur la situation qui règne dans les Territoires palestiniens. Des propos violents, virulents et très souvent antisémites. Du côté du gouvernement palestinien, le ministre de l’Information, Mustapha Barghouti, s’était indigné, en mai dernier, qu’une telle émission soit vue tous les vendredis matins par des milliers d’enfants palestiniens. «Il est malheureux d’utiliser un programme pour enfants pour faire passer un message politique», avait-il déclaré. Avec la libération du journaliste Alan Johnston et en mettant un terme à la diffusion des Pionniers de demain, il semble ainsi que le parti islamiste Hamas cherche de plus en plus à se donner un gage de respectabilité vis-à-vis d’Israël et de la communauté internationale. Volume VI, Numéro 293 • vendredi le 6 juillet 2007 NOTRE CHER FILS
GILAD C’est ici chez nous, à Mitspe Hilla, en Galilée occidentale, que je t’écris cette lettre. Je suis assis face à tes dernières photos prises l’été dernier et j’entends comme bruit de fond ta voix brisée et hésitante provenant de la cassette que tu nous as adressée la semaine dernière. C’est tout ce que nous avons de toi pour le moment, après cette longue année de silence, cette année qui nous semble interminable pour nous comme pour toi, j’en suis sûr. Tu dois certainement bien te douter que maman et papa, ta soeur Hadas, ton frère Yoel et les autres membres de la famille qui t’aiment tellement sont terriblement anxieux. Après une si longue absence, tu nous manques tant. Tu n’imagines pas à quel point nous sommes inquiets pour toi et à quel point tu nous manques ! Je suis certain que tu sais le calvaire que nous vivons, toute la famille souffre pendant cette longue année et je suis persuadé que tu sais que nous faisons tout notre possible pour te ramener à la maison. De nombreuses personnes en Israël, en Egypte, en France et dans le monde entier ne cessent d’oeuvrer pour ta libération contre celle des autres prisonniers palestiniens qui veulent également rejoindre leurs familles. Nous ne cesserons pas tant que nous n’aurons pas la joie de te serrer dans nos bras ici chez nous à la maison. Je tiens à ce que tu saches que l’Etat d’Israël s’est engagé pour ta libération et est disposé à libérer des centaines de prisonniers palestiniens pour que tu reviennes sain et sauf à la maison. Il nous est très pénible de n’avoir aucune nouvelle, de ne pas savoir comment tu te sens, quel est ton état de santé. Quelle est la gravité de ta blessure, comment tu traverses cette période difficile et de quelle manière tu es traité par les organisations qui te détiennent. Ces organisations déclarent que tu es un prisonnier de guerre, mais à mon grand regret elles n’appliquent pas les conventions des droits que l’on accorde aux prisonniers de guerre selon les lois internationales et selon la religion islamique. Cette religion qui ordonne de se conduire avec les prisonniers de guerre d’une manière digne et humaine en leur octroyant tous les droits auxquels ils ont droit et en pourvoyant à leurs besoins. Les droits que l’Etat d’Israël accorde dans leur totalité à tout prisonnier palestinien quelle que soit la raison de son arrestation. Malgré ton très jeune âge, sois fort cher Gilad et tiens bon. Je sais que c’est une période éprouvante, mais ne craque pas, ne fléchis pas jusqu’à ta libération. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cette libération soit très proche. Nous espérons qu’en fin de compte les organisations seront assez charitables pour te transmettre sans délai cette letter qui vient de tes parents. Comme tous les prisonniers palestiniens détenus en Israël qui ont la joie et la consolation de recevoir et d’envoyer des lettres à leurs parents et à leurs frères. Mon cher Gilad, que nous soyons bientôt réunis à la maison. Nous t’embrassons et nous t’aimons. Maman et Papa LE
CAHIER CACHÉ DE RUTKA LASKIER C'est un cahier singulier, gardé pendant plus de soixante ans à l'abri des regards dans la commode d'un petit appartement de Bedzin, au sud de la Pologne, parmi les dentelles, les fleurs en plastique et autres chinoiseries. Il s'agit du journal intime d'une jeune fille inconnue, Rutka Laskier. C'est surtout le récit poignant d'une juive polonaise de 14 ans, tuée dans le camp d'extermination d'Auschwitz en 1943. Baptisée par la presse "l'Anne Frank polonaise", Rutka a tenu une correspondance de soixante pages en polonais, où s'enchevêtrent analyse froide du ghetto, expérience quotidienne de la mort et métamorphose d'une adolescente découvrant son premier amour à l'ombre de la Shoah. "Je voulais conserver ce journal auprès de moi, comme un souvenir personnel, très précieux", explique aujourd'hui Stanislawa Sapinska, 89 ans, derrière des lunettes très épaisses. La vieille dame revient d'un séjour à Jérusalem, où elle a remis au Mémorial Yad Vashem le journal intime de son amie de jeunesse. Rutka et Stanislawa avaient respectivement 14 et 24 ans, quand leurs vies se sont croisées sous l'occupation nazie, il y a soixante-cinq ans, à Bedzin. Surnommée avant guerre la "Jérusalem du bassin houiller", la ville abritait une communauté juive de 28 900 âmes. "Les Allemands venaient de créer le premier ghetto juif et avaient réquisitionné notre maison", se souvient Mme Sapinska. Rutka et les quatre autres membres de sa famille ont été confinés dans une pièce, au premier étage du pavillon. "Je travaillais à proximité du ghetto, qui était à l'époque encore ouvert. Dès que j'avais du temps libre, je passais voir Rutka." DE CONFIDENCE EN CONFIDENCE L'adolescente et la jeune femme se lient d'amitié. "Rutka appartenait à une organisation secrète juive, elle était au courant de ce qui se passait sur le front, de l'avancée des troupes allemandes et soviétiques, détaille-t-elle. Elle ne voulait pas le dire à ses parents. Alors elle se confiait à moi, comme à une grande soeur." De confidence en confidence, Rutka livre son secret : elle tient depuis janvier 1943 un journal intime. "Elle m'en a parlé parce qu'elle voulait que je l'aide à le dissimuler, au cas où, se souvient la dame. Elle voulait que son journal survive, même si elle devait disparaître, pour que l'on sache ce que les juifs avaient enduré." Connaissant la maison, la jeune Stanislawa indique à Rutka un lieu sûr, sous le plancher, où cacher le cahier. "J'ai promis à Rutka de m'occuper du cahier si elle devait quitter la maison pour ne jamais revenir", murmure Mme Sapinska. Une promesse faite un jour de 1943 entre deux jeunes femmes tragiquement lucides. Quelques semaines plus tard, les Allemands ferment le premier ghetto et déplacent les familles juives dans le quartier longeant la rue Podsiadly, à quelques mètres du champ où les troupes allemandes effectuaient la "dernière sélection" et d'où partaient les convois ferroviaires vers les chambres à gaz d'Auschwitz. "Nous allons probablement déménager cette semaine", pressent le 23 avril 1943 l'adolescente. Des rumeurs circulent sur les chambres à gaz qui fonctionnent à plein régime. Le 24 avril, Rutka note une dernière remarque, anodine, sur une "journée ennuyeuse". Elle referme son cahier. C'est la dernière fois qu'elle y touchera. Quelques heures plus tard, les troupes d'occupation allemandes sont à la porte, venues déplacer les familles juives dans le nouveau ghetto. Comme convenu, Rutka soulève la latte de bois, sous la dernière marche de l'escalier, et y glisse son fascicule. Rutka Laskier disparaîtra quelques semaines plus tard dans l'horreur d'Auschwitz. Une mort anonyme, sans date. Les nazis abandonnent le ghetto de Bedzin en août 1943. Stanislawa et sa famille réintègrent leur maison, sur les hauteurs de la ville, rue du 1er-Mai, à l'automne. La jeune femme monte à l'étage : "Je ne savais pas si j'allais trouver le cahier, dit-elle. Depuis la fermeture du premier ghetto, je n'avais eu aucun moyen de contacter Rutka." RÉCIT TROUBLANT D'UNE ADOLESCENTE Le cahier est bien là. Stanislawa le récupère et le découvre pour la première fois. Figée en haut de l'escalier, elle lit, d'une traite, les pages manuscrites. "Ce qui m'a frappée, expliqueMme Sapinska, ce sont les passages intimes, ses baignades, son premier baiser. C'était le récit troublant d'une adolescente qui devenait femme, malgré l'atrocité qui l'entourait. La preuve que la nature pouvait l'emporter sur l'inhumain." Mme Sapinska a vécu rue du 1er-Mai jusqu'en 1997, avant d'emménager dans un immeuble de la banlieue de Bedzin. Le cahier, lui, n'a jamais bougé, toujours enfoui dans le tiroir de sa commode. Elle le sortait parfois pour le relire. "J'en éprouvais le besoin dès qu'un documentaire à la télévision parlait de l'Holocauste, ou quand je lisais un article sur le sujet." C'est son neveu, Marek, qui l'a convaincue de le rendre public. Un jour de novembre 2005, ils entament une discussion animée sur l'Holocauste, l'occupation allemande, la guerre. "J'ai voulu lui prouver que j'avais raison. J'ai sorti le journal de la bibliothèque", raconte-t-elle. Son neveu en connaissait l'existence, pas encore le contenu. Il le feuillette. Aucun doute, ce journal appartient à l'Histoire : "Il m'a dit que je ne pouvais pas le dissimuler plus longtemps et qu'il fallait le publier au plus vite, que c'était une partie de l'histoire des juifs polonais." Marek contacte une cousine au conseil régional de Katowice, laquelle le dirige vers Adam Szydlowski, président de l'organisation juive de Bedzin. Une seule conversation aura eu raison de plusieurs décennies. "Mon neveu avait réussi à me convaincre. Mais si quelqu'un m'avait proposé son aide avant, je l'aurais certainement acceptée", confie Mme Sapinska. Sans oublier ce sentiment amer d'avoir jalousement gardé le cahier de si longues années. "J'étais plus jeune et certainement moins mûre." Elle ignorait aussi que le père de Rutka, Jakub, avait survécu et refait sa vie en Israël. "Je n'avais même pas pensé dévoiler le journal, comment aurais-je pu penser à entamer des recherches sur la famille de Rutka ?", regrette-t-elle. Jakub Lastkier est mort en 1986. Mme Sapinska a toutefois rencontré à Jérusalem Zahava Scherz Laskier, issue d'un second mariage de Jakub Laskier. "Elle m'a remerciée d'avoir permis de remplir un vide", glisse-t-elle. Le journal lui manque, "bien sûr". La table de son salon est pourtant recouverte d'exemplaires imprimés. Certains en polonais ; d'autres, sortis de l'imprimerie du Mémorial de Yad Vashem, sont en anglais et en hébreu. Le cahier n'est plus là, mais ces pages dactylographiées, traduites, en valaient bien la peine. De cela, Mme Sapinska en est convaincue. Et particulièrement fière.
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