Communiqué Isranet
juin 2007
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume VI, Numéro 292 • vendredi le 29 juin 2007

Plainte au sujet d'un reportage sur l'achat d'un hôtel par des hassidim
Annette Paquot
26 juin 2007

Madame,

Permettez-moi de vous faire part de ma vive désapprobation relativement au reportage consacré à l'achat d'un hôtel des Laurentides par des hassidim et aux réactions qu'il provoque, reportage diffusé au Téléjournal / Le Point le lundi, 25 juin 2007. Ce reportage appelle plusieurs remarques.

Tout d'abord, l'achat en question est strictement privé. Ensuite, ce que certains pensent de cette transaction ne constitue pas une nouvelle d'un réel intérêt public et me mérite pas l'importance (le reportage a été annoncé en manchette !) qui lui a été ccordée par la SRC... En fait, tout cela ne mérite même pas d'être mentionné dans une émission nationale comme le Téléjournal.

Enfin, la SRC a choisi de rapporter des «inquiétudes» qui ne reposent sur aucun fait sérieux et ne sont dues qu'aux préjugés qu'entretiennent ceux qui les éprouvent et les expriment. Leur propre emploi du mode conditionnel est d'ailleurs révélateur : cette
communauté [les acheteurs] «pourrait ne pas s'intégrer à la communauté de Saint-Adolphe». En choisissant de se faire l'écho de telles préoccupations, Radio-Canada leur donne corps et les amplifie. Ce faisant, elle leur confère aux yeux de ses auditeurs une forme de fondement, voire de légitimité. Cela entretient et alimente la suspicion et l'hostilité dont les juifs hassidiques sont trop souvent victimes. En cela, ce reportage - superficiellement véridique, certes - est nocif en plus d'être tendancieux. Radio-Canada aurait-elle agi de la même façon si certains élus de ce village avaient exprimé des inquiétudes au sujet de l'établissement dans leur localité d'un couvent de carmélites, communauté à propos de laquelle certains pourraient pourtant redouter des «difficultés d'intégration» ?

Ce dernier point m'amène au concept d'intégration. À mon avis, il sert de plus en plus souvent de masque à l'intolérance et à l'obligation de conformisme, voire à la xénophobie. «Les dirigeants de Saint-Adolphe-d'Howard [...] appréhendent des difficultés d'intégration». Pourquoi cette inquiétude ? Le motif invoqué officiellement est Mais ce non-respect éventuel n'a rien à voir avec l'intégration puisque bien des «pures laines» contreviennent souvent allègrement à des dispositions de cette nature. La vraie raison de cette crainte est donc autre - et elle saute aux yeux. Radio-Canada aurait dû le faire comprendre à ses auditeurs au lieu de servir de caisse de résonnance, sans le dénoncer, au discours des autorités de cette villégiature. Elle aurait dû expliquer que soupçonner un groupe religieux d'avoir l'intention d'enfreindre un règlement parce que des personnes de la même religion ont été accusées de le faire ailleurs, cela relève du préjugé le plus vil : le mot «intégration» ne sert ici qu'à camoufler - tout en la révélant - l'origine honteuse de l'hostilité contre les acheteurs de l'hôtel. Par des reportages comme celui-là, Radio-Canada donne une audience à ces façons de dire et de penser et c'est bien malheureux.

Les nouveaux propriétaires de l'hôtel ont eu raison de dire qu'on leur faisait un procès d'intention. Pire, ce procès est inspiré par des préjugés contraires à nos valeurs les plus fondamentales. Il est bien dommage que notre télévision d'État se porte ainsi en renfort
d'accusateurs... pas très bien intentionnés.

En espérant que Radio-Canada donnera à l'avenir une image plus positive des minorités religieuses qui vivent dans notre pays, je vous prie d'agréer, Madame, mes salutations distinguées.

Annette Paquot
Professeur titulaire
Université Laval
Québec

Le Canada et les Palestiniens
Norman Spector
Le Devoir, 28 juin 2007

En lisant ce qui se passe ces jours-ci à Gaza, on constate que les critiques envers les pays occidentaux ne manquent pas. On reproche à ces pays, dont le Canada, d'avoir réclamé des élections palestiniennes pour ensuite rejeter les résultats qui ne leur convenaient pas. Sur un point précis, c'est-à-dire les ponts coupés avec le Hamas, les critiques ont probablement raison. Il n'est en effet jamais sage de couper toutes les lignes de communication.

Avant la négociation de l'accord de paix d'Oslo, en 1993 -- qui prévoyait une reconnaissance mutuelle entre Israël et le leadership palestinien --, nos diplomates canadiens avaient rencontré à quelques reprises le chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, ainsi que plusieurs de ses collègues, en catimini. Ces réunions avaient permis à nos représentants de faire valoir le point de vue du Canada, qui défendait alors une position de principe prévoyant «deux États pour deux peuples». À cette époque, il était illégal pour les Israéliens de rencontrer des représentants de l'OLP, une organisation qui proclamait alors sa fidélité au principe de la «lutte armée».

Après Oslo, les diplomates canadiens se sont régulièrement réunis avec des représentants du Hamas, pourtant déjà convaincus que l'existence d'Israël constituait une hérésie religieuse. Nous leur avons délicatement expliqué l'idée selon laquelle le Canada soutenait un État palestinien comme un des éléments du plan de partition que notre pays avait appuyé. Bien sûr, en tant que bons diplomates, nous n'avons pas insisté sur le fait que leurs ancêtres avaient rejeté ce plan en 1948. Nous ne sommes pas revenus non plus sur le rôle clé joué par deux Canadiens, Ivan Rand et Lester Pearson, dans l'élaboration et l'adoption de ce plan par l'ONU.

Si les diplomates canadiens n'ont pas fait de même avec le Hamas depuis les élections de l'année dernière, je conviens qu'il s'agit d'une erreur de leur part. Mais la plupart des critiques des gouvernements occidentaux vont encore plus loin en insistant maintenant pour dire que nous devrions faire ouvertement affaire avec le Hamas -- même en lui fournissant une aide financière directe --, et ce, malgré le fait que ses positions et ses valeurs sont contraires aux nôtres. En réalité, tout comme en droit international, le Canada n'est pas obligé d'entretenir des relations étroites avec un gouvernement, que ce soit celui du Hamas, qui fait actuellement la loi à Gaza, ou celui de l'Autriche, en 2000, alors que l'extrémiste de droite Jörg Haider avait rejoint la coalition gouvernementale.

Soyons francs: beaucoup de ceux qui critiquent l'«hypocrisie» occidentale ont pensé que c'était pure folie que de réclamer la démocratie à Gaza, comme George W. Bush l'a fait. Il se peut qu'ils aient raison. Mais le meilleur argument qui contredise cette thèse nous vient du Prix Nobel Amartya Sen, qui a montré que l'Inde a pu enrayer la famine précisément grâce à un système démocratique doublé d'une presse libre, et ce, depuis 1948.

Maintenant que le Hamas a pris les commandes à Gaza et que le président palestinien, Mahmoud Abbas, a battu en retraite dans sa redoute cisjordanienne, que peut-on faire? Comment le Hamas peut-il être encouragé à entrer dans un dialogue de paix cohérent avec la politique traditionnelle du Canada, qui fait la promotion d'un État palestinien et d'un État juif vivant côte à côte?

Puisque la corruption endémique est derrière le succès électoral du Hamas, n'importe quel pays souhaitant reprendre l'aide financière directe à l'Autorité palestinienne devrait insister sur le respect de principes comme la transparence et la bonne gouverne. Le Canada ne devrait pas avoir à prendre position en faveur du président Abbas contre le Hamas, car le danger de voir ainsi sa crédibilité réduite à néant est réel. Aussi, bien que ni lui ni le premier ministre israélien Éhoud Olmert ne soient en mesure de conclure une entente de paix en ce moment, le Canada devrait encourager les deux chefs à accorder priorité à l'amélioration de la vie quotidienne en Cisjordanie.

Malgré le fait que l'aide humanitaire à Gaza devrait s'accroître, la disparité entre les conditions de vie dans les deux territoires palestiniens devrait demeurer si on veut que la thèse d'Amartya Sen ait une chance de s'imposer. En clair, la population de Gaza devrait avoir l'occasion de prendre la pleine mesure des conséquences de ses décisions démocratiques et avoir la possibilité de modifier son vote si le Hamas ne change pas clairement son approche à l'endroit d'Israël, comme l'OLP l'a fait avant lui, avec l'encouragement du Canada.

Les gouvernements occidentaux devront également faire en sorte que le Hamas n'ait plus accès aux fonds et aux armes des Iraniens. Ici, comme nous l'avons vu en Corée du Nord, les pressions internationales sur les institutions financières peuvent s'avérer très efficaces. Le Canada devrait enfin prévenir les Égyptiens de ne pas s'étonner de voir Israël réaffirmer le contrôle de sa frontière avec Gaza tant et aussi longtemps que les Égyptiens continueront à ne faire que le minimum pour empêcher la contrebande d'armes dans ce territoire palestinien.

(Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.)

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Volume VI, Numéro 291 • vendredi le 22 juin 2007

Les enfants d'Arafat, ou pourquoi les Palestiniens baignent dans la violence
Editorial
Wall Street Journal, 16 juin 2007

Traduction : Objectif-info

Beaucoup de Palestiniens ont été tués cette semaine à Gaza dans le combat factieux entre les partisans du président Mahmoud Abbas membres du Fatah et ceux du premier ministre Ismail Haniyeh pour le compte du Hamas. Comme par hasard, il n'a pas fallu plus de 24 heures pour que les experts du monde entier fassent retomber la responsabilité des violences sur Israël et le président Bush.

C'est Israël qui a démantelé ses implantations à Gaza en août 2005, une concession unilatérale pour laquelle il n'a rien demandé, ni rien obtenu en retour. Et c'est le président des États-Unis qui, dans un discours capital a invité il y a cinq ans ce mois-ci, les Palestiniens à "élire de nouveaux chefs, chefs non compromis dans le terrorisme." Si les Palestiniens l'avaient suivi, ils vivraient aujourd'hui dans un État pacifique et indépendant. A la place, ils ont librement remis en janvier 2006 les rênes du gouvernement au Hamas lors des élections parlementaires. Ce qui se produit aujourd'hui est la conséquence de ce choix, de leur choix.

Cette élection n'est cependant pas sortie du néant. C'est une conséquence du culte de la violence qui a caractérisé le mouvement palestinien une bonne partie de son histoire et qui a été toléré et souvent glorifié par la communauté internationale. Si les Palestiniens pensent maintenant qu'ils peuvent promouvoir leurs intérêts nationaux par la violence, personne ne devraient en être étonné : la technique du pistolet a rapporté des dividendes pendant 40 ans.

En 1972 des terroristes palestiniens assassinèrent des athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich. Pourtant deux ans plus tard seulement, Yasser Arafat fit un discours devant l'Assemblée générale l'ONU, premier responsable non gouvernemental à être ainsi honoré. En 1970 Arafat a tenté de renverser le roi Hussein de Jordanie et a recommencé quelques années plus tard au Liban. Pourtant en 1980, la Communauté européenne, dans sa déclaration de Venise, a reconnu l'Organisation de Libération de la Palestine d'Arafat comme le partenaire légitime d'une négociation.

En 1973, l'Agence de Sécurité Nationale a enregistré les instructions téléphoniques données par Arafat aux terroristes de l'OLP pour assassiner Cleo Noel, l'ambassadeur des États-Unis au Soudan, et son adjoint George Curtis Moore. Pourtant en 1993, Arafat a été accueilli à la Maison Blanche pour la signature des accords d'Oslo avec Israël. Cette même année, le Service britannique national de renseignement sur la criminalité signalait que l'OLP trouvait ses ressources dans "l'extorsion, les pots-de-vin, le trafic d'armes, le trafic de drogue, le blanchiment d'argent et la fraude." Pourtant au cours des années suivantes, l'Autorité palestinienne est devenue le premier bénéficiaire de l'aide étrangère par tête d'habitant.

En 1996, après qu'il ait formellement renoncé au terrorisme aux termes des accords d'Oslo, Arafat a déclaré, lors d'un rassemblement à Gaza que "nous sommes aux cotés de tous les martyrs qui sont morts pour la cause de Jérusalem depuis Ahmed Musa, jusqu'au dernier Yihye Ayyash". Musa était le premier terroriste de l'OLP tué en 1965 et Ayyash était pour le compte du Hamas, le maitre d'œuvre d'une série d'attentats-suicide dans lesquels de nombreux civils israéliens furent tués. Pourtant l'administration Clinton a fait comme si Arafat était un allié dans le combat contre le Hamas. En 2000, Arafat rejeta une offre israélienne facilitée par le Président Clinton, conduisant à la création d'un État et il lança en lieu et place une Intifada sanglante qui fit 1.000 tués parmi les Israéliens et 3.000 chez les Palestiniens.

En 2005, quelques mois après la mort d'Arafat, Israël a démantelé ses implantations et retiré ses forces de la Bande de Gaza. Les Palestiniens ont saisi cette occasion pour intensifier leurs lancers de fusées sur des cibles civiles en Israël. Le mois dernier, les services de sécurité israéliens ont arrêté deux femmes de Gaza, dont l'une était enceinte, qui projetaient d'entrer en Israël sur des prétextes médicaux pour commettre un attentat-suicide. Pourtant ce même mois, la Banque Mondiale publiait un rapport reprochant à Israël de limiter la libre circulation des Palestiniens.

Il est désormais évident que le Hamas a pris le contrôle des principaux axes de communication de Gaza et de sa frontière avec l'Égypte. Il tient aussi les bureaux de la soi-disant Sécurité préventive, un fief traditionnel du Fatah. "Ils les exécutent un par un" a déclaré à Associated Press un témoin des représailles du Hamas contre le personnel de la Sécurité Préventive.

Nous n'avons pas la prétention de savoir où tout cela mènera. Jeudi, M. Abbas a dissous le gouvernement et proclamé l'état d'urgence, bien qu'il semble impuissant à changer le cours des événements à Gaza. Israël pourrait intervenir, comme l'Égypte. Ces deux États ont des raisons puissantes d'empêcher l'apparition d'un Hamastan étroitement lié à un Iran extrémiste à leurs frontières. Mais ni l'un ni l'autre ne souhaitent s'embourber dans les luttes de factions et le fanatisme de la Bande de Gaza.

En même temps, on va sûrement assister à des pressions croissantes sur Israël et les États-Unis pour accepter l'ascendant pris par le Hamas et entamer des négociations avec ses chefs. Pour les tenants de cette position, l'administration Bush ne peut pas exiger des Palestiniens la démocratie et refuser de reconnaitre les résultats d'une élection démocratique.

Mais laissons de côté le fait que M. Bush n'a pas seulement appelé à des élections : est-il judicieux de prendre langue avec un groupe qui tue ses camarades palestiniens presque aussi brutalement qu'il le fait avec les Israéliens ? Et qu'est-ce qu'il y aurait à négocier ? Dans le meilleur des cas un scénario de suspension des hostilités contre le retour des financements internationaux: cela ne ferait que donner au Hamas du temps et de l'argent pour consolider son emprise et reconstruire un arsenal dans la perspective de futures attaques terroristes. Par ailleurs, le pire cadeau à faire aux Palestiniens, c'est que le monde valide toujours plus largement l'idée que la violence qu'ils utilisent sans aucun discernement puisse leur rapporter quelque chose.

La leçon la plus fondamentale est qu'une société qui a passé la dernière décennie à faire l'apologie des attentats-suicide devient inévitablement la victime de ses propres pulsions nihilistes. Ce n'est pas le résultat de l'appel de M. Bush à la responsabilité démocratique ; c'est le fruit amer de décennies de dictature et de terrorisme que Yasser Arafat a instillé parmi des Palestiniens comme méthode pour édifier un État.

Nous occuper de nos difficultés d’abord
Israël Aumann
Ynet news, 17 juin 2007

Merçi à Menahem Macina pour la traduction française.

La question n’est pas de savoir s’il faut entrer dans la bande de Gaza ou non. Avant de discuter de Gaza nous devons d’abord entrer en Israël et soigner les graves crises qui se sont créées dans le peuple.

Ce qui se passe aujourd’hui dans la bande de Gaza est le résultat direct des politiques déficientes et défaitistes des 15 dernières années. Puisqu’on m’a demandé mon opinion, je dis que c’est une politique destinée à conduire à la fin de l’Etat d’Israël. Et ce ne sont pas seulement les politiques. C’est aussi l’état d’esprit défaitiste. Des gens crient, du matin au soir : « La Paix, la paix, et des gestes, des gestes [de bonne volonté] ! ». Des concessions et des désengagements ont été faits et les colons ont été expulsés. Tout cela a obtenu finalement le résultat opposé.

Nous devons en finir avec les slogans creux, tels que "On fait la paix avec des ennemis et non avec des amis". Pour parvenir à la paix, nous devons, d’abord et avant tout, être prêts à la guerre. Nous devons changer de fond en comble cet état d’esprit. Ce ne sont pas seulement les Romains qui ont dit que quiconque veut la paix doit se préparer à la guerre. Même la théorie du jeu pour laquelle j'ai reçu le Prix Nobel, dit cela. Nous devons être émotionnellement prêts à supporter et à infliger des pertes - et ne pas crier "paix, paix", toute la journée. Ce n’est que si nous sommes prêts à tuer et à être tués que nous ne serons pas tués. C’est le paradoxe de la guerre.

Nous devons nous extraire de la bulle dans laquelle nous vivons et comprendre que nous courons un grave danger existentiel.

J’entends les arguments selon lesquels tout vient d’une crise des dirigeants politiques. Il n’y a pas de crise chez les dirigeants politiques, mais plutôt une crise au sein du peuple. Nous avons élu nos dirigeants, sachant fort bien qui ils sont et ce dont ils sont capables. Nous avons élu ces dirigeants six mois après l’expulsion de Gush Katif, endossant ainsi, de nos propres mains, cette expulsion. Alors, ne dites pas qu’il y a une crise chez les dirigeants politiques, la crise est tout entière dans le peuple.

(Israël Aumann est Lauréat du Prix Nobel d’économie)

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Volume VI, Numéro 290 • vendredi le 15 juin 2007

L’usure de la victoire de la Guerre des Six jours
Moshé "Buggy" Yaalon
Aroutz 7, 31 mai 2007

e n’est pas pour rien que le livre de Michaël Oren «Six jours de guerre» commence par l’opération terroriste ratée du Fatah, ordonnée par Yasser Arafat la nuit du 31 décembre 1964, qui visait à porter atteinte au conduit national d’eau et à embraser la région. Son échec n’a pas empêché le chef du Fatah de publier une annonce officielle de victoire, louant le «devoir du Djihad» et fixant le 1er janvier 1965 comme la date de la création de l’organisation.

En effet, la Guerre de six jours a changé la face du Moyen-Orient. D’un point de vue historique, on peut y voir la fin des idéologies arabes nationales et profanes par la façon dont les idéologies islamistes-djihadistes en ont profité pour se renforcer. On peut également y voir la fin (temporaire?) des guerres conventionnelles entre des armées et le changement de la menace contre l’Etat d’Israël. Mais, selon moi, la Guerre des Six jours a eu beaucoup plus d’influence sur la conception que les Israéliens ont d’eux-mêmes et également, sur le débat israélien interne à propos des conflits de frontières et du conflit israélo-palestinien.

De façon naturelle, la confiance des Israéliens en eux-mêmes a été renforcée à la suite de l’éclatante victoire militaire d’Israël, mais d’un autre côté, cette victoire les a plongés dans un profond sommeil jusqu’à la Guerre de Kippour, avec les résultats que l’on sait, et elle a renforcé chez eux la volonté de faire des concessions territoriales afin de parvenir à la paix. Le fondement de la politique israélienne depuis la fin de la guerre, n’a pas préconisé l’annexion des territoires et n’a pas non plus prôné le retour aux frontières de 1967. Cette conception, alliée à une conduite politique se soldant par des échecs jusqu’à ce jour, a fini par considérablement user les succès remportés lors de la Guerre des Six jours et par porter gravement atteinte au statut israélien et à «l’histoire sioniste» et à ses réalisations.

Des Israéliens, qui ont tenté de conclure un accord permanent avec les Palestiniens en se servant de la formule : «les territoires en échange de la paix», ont brouillé la différence entre la résolution du conflit avec l’Egypte, passant par le retrait israélien du Sinaï, et le conflit israélo-palestinien. Ces mêmes Israéliens sont allés jusqu’à brouiller l’exigence palestinienne de tout Israël et non pas uniquement des territoires qui furent récupérés en 1967 et ont ignoré le refus obstiné des Palestiniens de l’idée du partage d’Erets Israël qui vit le jour à la naissance du sionisme. Ces gens là ont amplement contribué à la dégradation des positions d’Israël, lorsqu’ils ont reconnu le droit du «peuple palestinien» à l’autodétermination, sans exiger en retour que les Palestiniens reconnaissent le droit du Peuple juif à un Etat juif indépendant.

La confiance que nous a procuré la victoire de la Guerre des Six jours, nous a donné le sentiment que «nous sommes assez forts pour nous permettre de prendre des risques», de même que les accords d’Oslo, lors de leur réalisation. A cause de cette confiance en soi, nous avons cessé de nous considérer comme une «société en lutte constante» Le désir sincère et l’aspiration à la paix, ont été interprétés comme des signes de fatigue et ont poussé le public à accepter le «veau d’or» que leur présentaient les politiciens et les médias comme un grand espoir et qui s’avéra n’être qu’une illusion qui vola rapidement en éclats.

Ceux qui aspirent à nous ramener aux frontières de 1967, en Israël et à l’étranger, exploitent la victoire de la Guerre des Six jours, en disant que c’est elle qui a engendré «l’occupation» et que c’est seulement en renonçant aux «territoires», qu’Israël pourra obtenir la paix tellement convoitée. Mais l’attentat terroriste raté du 31 décembre 1964 nous rappelle que le terrorisme palestinien a commencé bien avant «l’occupation» de la Judée, de la Samarie et de Gaza. Depuis, des preuves supplémentaires se sont accumulées, confirmant le fait que les dirigeants palestiniens n’ont pas du tout l’intention de mettre un terme au conflit sur la base d’une telle solution et dernièrement, des leaders arabes israéliens ont mêlé leurs voix aux leurs, en déclarant qu’ils ne reconnaissent pas le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat juif indépendant.

Les évènements de ces dernières années, le fait que les Palestiniens n’aient jamais respecté leurs engagements et les accords conclus avec Israël dans le cadre «d’Oslo», la déclaration de guerre terroriste en septembre 2000 et la situation à Gaza à la suite du «désengagement», auraient pu être l’occasion «de dévoiler le vrai visage» du pouvoir palestinien et leur intention de miner la conception invraisemblable «deux états pour deux peuples» dans les frontières occidentales d’Israël. Imprégner cette conception au sein du débat public israélien et international, est la condition essentielle à une nouvelle réflexion à propos du conflit et des éventuelles possibilités de le résoudre.

La clef du changement de conception est dans la compréhension israélienne du problème, dans un accord interne autour de cet arrangement et dans la détermination à se battre pour cette solution. De façon paradoxale, la splendide victoire de la Guerre de Six jours s’est transformée en le point de départ de la bataille pour le retrait et pour l’ajournement de l’histoire sioniste que nous menons à l’heure actuelle, jusqu’à ce que nous ouvrions les yeux.

(Moshé "Buggy" Yaalon, membre du conseil international de l'ICJR, fut le 17ème chef de l’état major d’Israël )

Coquecigrues
Gilles William Goldnadel
upjf.org, 12 juin 2007

Dans son édition du 3 juin, Le Monde publie un article qui affirme :

« Des documents d’archives du gouvernement britannique rendus publics vendredi 1er juin, jettent un doute sur la version officielle d’une des plus célèbres prises d’otage de l’histoire contemporaine, le détournement, il y a 31 ans, d’un avion d’Air France vers Entebbe, en Ouganda ».

Selon ces documents, ce détournement serait

« l’œuvre du F.P.L.P. avec l’aide du Shin Bet (le service de sécurité intérieure israélien) ».

Lorsqu’on se donne la peine de lire l’article, on s’aperçoit que ce serait un « contact anonyme » membre de « l’Association parlementaire euro-arabe » qui aurait transmis cette « information » à un diplomate britannique en poste à Paris…

Et c’est sur cette base - dont la solidité est laissée à votre appréciation - que notre sérieux quotidien conclut péremptoirement que cette thèse « éclaire d’un jour nouveau le raid sur Entebbe ».

Le même journal n’aura pas mis longtemps (dimanche 10 juin) pour rapporter la dernière sortie d’Abraham Burg au Haaretz (vendredi 8 juin).

Selon cet ancien président de l’Agence Juive, Israël, pays qu’il a quitté pour vivre en France, avec un nouveau passeport, serait un « ghetto sioniste ».

La loi du retour qui permet à tout Juif de venir vivre en Israël devrait, selon lui, être abolie car cette loi est « le miroir de l’image d’Hitler », et « Je ne veux pas qu’Hitler définisse mon identité … ». « Nous sommes déjà morts et nous ne le savons pas encore. Tout cela ne marche plus…. L’élite israélienne est déjà partie, et, sans élite, il n’y a pas de nation ».

Ainsi donc, Abraham Burg, qui a attendu de perdre toutes ses élections pour quitter le pays, qui n’a plus de chauffeur pour conduire sa voiture, représenterait l’élite.

Deux remarques sur cet « alterjuif » de première classe.

1. Des Juifs antisionistes, ou asionistes, ou non sionistes, qui considèrent soit que l’État juif n’a pas de sens, soit que le judaïsme est, par essence, diasporique, soit que le seul État juif possible serait celui qui se conduirait selon les critères moraux les plus exigeants possibles, il y en a toujours eu depuis le renouveau du nationalisme juif au XIXe siècle.

Martin Buber et Ahad Haam en sont les représentants les plus emblématiques.

Ces personnalités sont estimables et leurs pensées respectables, même si, d’évidence, ont peut les taxer d’utopistes, ou les critiquer librement.

Mais rien, rien, rien à voir avec ceux qui, tel un Burg - qui récemment encore, dans les colonnes du Monde, défendait les kamikazes palestiniens et leur mode d’action -, font cause commune avec les ennemis déchaînés de leur peuple.

Un Martin Buber ou un Doubnov ne mêlaient pas leur voix à celles des pogromistes.

2. La seule chose que puisse encore obtenir, à coup sûr, Monsieur Burg, pour avoir l’impression de vivre, sans le moindre risque, c’est un article dans Le Monde.

Impossible bien entendu de le qualifier de traître sans se disqualifier, seul ce journal ayant le droit d’utiliser les termes infamants à destination d’Eric Besson.

Mais c’est un autre risque qu’a pris un dignitaire palestinien, il y a quelques jours, pour clamer sa désespérance devant les exactions commises par son camp.

Le Monde n’a pas repris ses déclarations.

Il n’a donc pas de nom.

Il est déjà mort.

C’est dans ce contexte délétère qu’il faut comprendre la manière dont le 40ème anniversaire de la Guerre des Six Jours a été commémoré.

En gros, Nasser n’était pas sérieux dans son désir de détruire Israël, le blocus du détroit de Tyran n’est plus un « casus belli », Oum Kelsoum n’a jamais chanté « égorge ! égorge ! ». Les Israéliens – dont on brocarde pourtant, à l’envi, le complexe de supériorité – ne risquaient strictement rien lorsque leur réduit était encerclé par trois armées arabes infiniment supérieures en nombre.

Non, la seule chose qu’il faut retenir, c’est que Jérusalem - qui jouissait sans doute antérieurement d’une douce liberté - est aujourd’hui captive, et que les territoires (oublié le Sinaï [rendu par Israël aux Egyptiens]) sont aujourd’hui, sans aucune raison compréhensible - et certainement pas du fait du moindre refus arabe -, la proie de colons fanatiques et bornés.

Pendant ce temps, le Parlement européen, relayé par la presse, utilise une grande partie de son temps, de ses moyens, de son énergie, et de son indignation, pour protester – sans grandes preuves juridiques jusqu’à présent – contre la C.I.A., qui aurait utilisé illégalement des prisons en Europe pour détenir, entre autres, le cerveau de l’attentat du 11 septembre.

Pour mettre en cause les pays de l’Est qui se seraient rendus complices de cette infamie sans égale, Monsieur Marty, sénateur libéral suisse, expliquait par le fait que ceux-ci étaient « vraiment pro-occidentaux » ce qui est, on en conviendra, une circonstance particulièrement impardonnable.

« Ce rapport est une connerie », a lancé l’ex-président roumain, Ion Iliescu.

Ce qui n’est pas très poli.

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Volume VI, Numéro 289 • vendredi le 8 juin 2007

Juin 2007, 40 ans apres…
Jehudi Kinar
Le Soir, 6 juin 2007

Ce mois de juin 2007 commemorant quarante ans depuis la Guerre des Six jours est le pretexte a une kyrielle d'activites europeennes sous la banniere de "40 ans d'occupation, ca suffit."

Cela suffit, en effet.

Depuis 1993 et les accords d'Oslo, Israel a amorce un tournant historique en acceptant de mettre un terme a sa presence dans les territoires palestiniens en vue d'une solution globale du conflit. En depit de la deuxieme Intifada et de ses attentats sanglants, le gouvernement israelien a reaffirme ce principe, concretise sur le terrain par l'evacuation totale de la Bande de Gaza et un desengagement du nord de la Samarie.

Dernierement, le Premier ministre israelien Ehud Olmert et la ministre des Affaires etrangeres Tsipi Livni ont clairement repete leur objectif, deux Etats vivant cote a cote en paix, objectif partage et soutenu par la majorite de la population israelienne.

Pour les detracteurs d'Israel, l'occupation expliquerait aujourd'hui non seulement tous les maux de la population palestinienne en Cisjordanie, dans la bande de Gaza (ou il n'y a plus aucun signe de presence israelienne, ni synagogues, ni civils israeliens), au Liban, mais aussi en Iraq, dans tout le monde arabe et en Iran.

L'occupation serait la cause du terrorisme international de Barcelone a Bali, de Londres a Casablanca, de New-York a Ryad. Cette vision reductrice est fausse.

Pour rappel, avant ces quarante ans, aucun Israelien ne se trouvait ni a Jerusalem-Est, ni en Cisjordanie, ni dans la Bande de Gaza. Ils y etaient meme interdits de sejour. Et pourtant le terrorisme palestinien contre Israel etait deja tres actif bien avant 1967. Quant au President egyptien Nasser, il affirmait quelques jours avant le debut de la Guerre des Six jours, « Notre objectif sera la destruction d'Israel. Le peuple arabe veut se battre. » Des propos qui rappellent etrangement les diverses declarations du President iranien
Ahmadinejad sur Israel et notamment lors de son dernier discours le 3 juin 2007, « Le compte a rebours pour la fin d’Israel a commence."

Quarante ans apres, au lieu d'accuser l'occupation et Israel de tous les maux, de ressasser a l'envi le passe, de manier la demagogie, il serait peut-etre temps d'avancer des propositions constructives qui encourageraient le retour aux negociations. Au lieu de radoter en repetant des slogans creux et des cliches ecules, de se livrer a des mascarades
pathetiques en construisant de faux murs, les amis des Palestiniens devraient les encourager a construire et a ne pas detruire, a choisir la voie du dialogue et non celle de l'extremisme.

Quarante ans apres, travaillons ensemble pour que la solution a deux Etats soit realisable. Israel a besoin d'un partenaire credible. Un partenaire qui n'inciterait pas dans ses colonies de vacances ou en detournant l'image de la souris americaine Mickey dans ses programmes de television, ses propres enfants a choisir la mort et non la vie. Un interlocuteur qui renoncerait a tirer des Kassams sur des objectifs civils en reponse a la main tendue d'Israel. Un vis-a-vis qui n'utiliserait pas le droit au retour des refugies comme cheval de Troie pour detruire a long terme Israel. Il faut etre deux pour danser le tango. L'adhesion au principe de deux Etats vivant cote a cote doit etre un objectif clairement affirme du cote palestinien, le retour a la situation d'avant 1967 n'etant au vu tant des declarations du Hamas que des developpements sur le terrain qu'une etape
vers la fin d'Israel dans la lignee d'un Nasser ou d'un Ahmadinejad.

Pour memoire, Ismael Hanyeh declarait, le 2 avril, sur Al Jazeera: "La question de la reconnaissance d'Israel est un sujet qui a ete cloture une fois pour toutes. Elle a ete traitee dans notre litterature politique, dans notre pensee islamique et dans notre culture djihadiste qui determinent nos actions. Il est hors de question de reconnaitre Israel"

Et dans un communique du 4 juin, le Hamas precisait: "La lutte contre l'occupation continuera jusqu'a ce tous les territoires arabes et islamiques soient liberes, y compris Haifa et Jaffa".

Le peuple palestinien doit choisir entre la moderation qui conduira a la paix ou l'extremisme qui perpetuera la violence.Si la voix des moderes devient plus audible, la solution est deja a portee de main.

(Jehudi Kinar, Ambassadeur d'Israel en Belgique et au Luxembourg.)

La Guerre des Six Jours ne fut pas une victoire à la Pyrrhus
Bret Stephens
Wall Street Journal, le 5 juin 2007

Merci à Menahem Macina d'upjf.org pour la traduction française.

Au matin du 5 juin 1967, une escadrille d’avions à réaction israéliens volant à basse altitude prenait par surprise l’aviation égyptienne et la détruisait au sol. Cette action militaire préventive a contribué à sauver Israël de ce que Abdul Rahman Aref, président de l’Iraq, avait défini, quelques jours plus tôt à peine, comme "notre occasion… de rayer Israël de la carte". Pourtant, quarante ans plus tard, le succès d'Israël est largement considéré comme une "victoire à la Pyrrhus" - "une calamité pour l'Etat juif comme pour ses voisins", d'après un éditorial récent dans The Economist.

Quelle alternative y avait-il ?

La Guerre des Six Jours est réputée constituer l’axe autour duquel s’articule l’histoire moderne du Moyen-Orient, l’époque où la question palestinienne devint centrale et où Israël cessa d’être le David du conflit, pour en devenir le Goliath. Cette lecture de l’histoire a l’avantage de proposer une prescription politique, en forme d’ordonnance médicale, dans le style : Revenez au status quo ante du 5 juin, concluez un accord de paix, et les problèmes qui ont surgi depuis disparaîtront plus ou moins. En tout cas, c’est en ce sens que va la réflexion.

Ce qui est frappant, toutefois, c’est que tous les accords de paix – avec l’Egypte, en 1993, avec la Jordanie et le Maroc en 1994 – ont été conclus à la suite de la guerre. L’Etat juif avait conquis des territoires ; les Etats arabes voulaient les récupérer. Quoi que l’on puisse dire d’autre pour la formule "la paix contre les territoires", il est étrange que les gens qui en sont les plus énergiques avocats sont habituellement les mêmes qui déplorent l’apparente victoire totale d’Israël en 1967.

***

Les grands événements ont la vertu de remodeler non seulement les perspectives du futur, mais également notre compréhension du passé, habituellement au bénéfice de la clarté. "Pourquoi l’Angleterre dormait-elle", était une question qu’il convenait de poser à la Grande-Bretagne au milieu des années ’30, mais elle prit tout son sens après le 1er septembre 1939.

En revanche, la Guerre des Six Jours a recouvert d’un épais brouillard ce qui s’est passé auparavant. Aujourd’hui, on se souvient de la période antérieure à 1967 (notamment chez les Israéliens) comme d’un temps où la conscience du pays était pure, et où une opinion mondiale respectable admirait le "brave petit Israël". Pourtant, c’étaient les années où Israël vivait dans ce que son ministre des affaires étrangères d’alors, Abba Eban – une colombe -, appelait « les frontières d’Auschwitz », quand moins de quinze kilomètres séparaient la partie la plus occidentale de la Cisjordanie, de la Mer Méditerranée [2].

On dit aussi souvent, aujourd’hui, que la Guerre des Six Jours a humilié les Arabes et poussé la région vers de futures séries de conflits. Pourtant, le Président Aref avait fait précéder son appel à détruire Israël d’une description de la guerre comme la dernière chance pour les Arabes « d’effacer l’ignominie qui est la nôtre depuis 1948 ».

On dit que cette guerre [celle de 1967] a inauguré l’ère du terrorisme moderne, le monde arabe passant d’une stratégie de confrontation conventionnelle avec Israël à des attaques "non conventionnelles". Pourtant, des centaines d’Israéliens avaient déjà été tués par des raids de feddayins, au cours des 19 années d’existence d'Israël.
On dit que le mouvement palestinien est né de l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie par Israël. Pourtant, l’Organisation de Libération de la Palestine [OLP] opérait déjà depuis trois ans quand la guerre [de 1967] commença.

On dit qu’Israël a joui d’une légitimité internationale tant qu’il a vécu à l’intérieur de frontières reconnues. Pourtant, ces frontières n’étaient pas moins provisoires avant 1967 qu’elles le furent ensuite. Ce n’est qu’après la Guerre des Six Jours que la Ligne Verte [3] en vint à être considérée comme une "véritable frontière".

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Le brouillard recouvre aussi les mémoires de l’immédiat après-guerre. A en croire certains comptes-rendus, si Israël avait été plus avisé, il aurait pu faire suivre sa victoire historique d’ouvertures de paix qui auraient épargné à tout le monde les complications sanglantes de son occupation du Sinaï, de Gaza, de la Cisjordanie et des Hauteurs du Golan. Ou, à défaut, il aurait pu résister à l’attrait de construire des implantations dans les territoires [conquis] pour ne pas compliquer une cession de territoires en échange de la paix.

En fait, le 19 juin 1967, le cabinet israélien donna son accord pour proposer le Sinaï à l’Egypte et le Golan à la Syrie, en échange d’accords de paix. Mais, en septembre de la même année, La Ligue arabe proclama : "Pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociation avec lui" [4]. Quant aux implantations juives, c’est à peine s’il en fut édifié après la guerre. En 1972, par exemple, seuls quelque 800 pionniers s’étaient installés en Cisjordanie.

Il est vrai que cette guerre fit perdre des amis à Israël à l’étranger.

Le "peuple sûr de lui et dominateur" fut le mémorable motto de Charles de Gaulle quand il annonça, en novembre 1967, que la France ne fournirait plus d’équipement militaire à Israël. Tels étaient les premiers amis de l’Etat juif.

Par contre, Israël se fit de nouveaux amis. Les Etats-Unis, dont la politique officielle, durant la guerre, fut d’être « neutre en pensée, en parole et en acte », ne revendiqueraient plus une telle posture, chose qui fit toute la différence pour Israël, lors de la Guerre de Kippour en 1973.

Des dizaines de milliers de Juifs américains et européens ont immigré en Israël depuis 1967, percevant que ce n’était pas un pays au bord de l’extinction. Des chrétiens évangéliques devinrent aussi de solides amis d’Israël, causant l’extension d’un fondement politique du soutien américain au-delà de son noyau de démocrates juifs, traditionnellement étroit.

***

Rien de tout cela ne veut dire que la Guerre des Six Jours fut une bénédiction sans réserve ni ironie de situation pour Israël. En prenant le contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, Israël a troqué ses anciens dangers territoriaux pour d’autres, démographiques. A mesure qu’augmentait le nombre des Palestiniens, les efforts d’Israël pour parvenir à un nouvel équilibre stratégique – d’abord par des négociations avec l’OLP et, plus tard, par des retraits unilatéraux – devinrent de plus en plus frénétiques. Qui sait s’ils réussiront.

Quand le soleil se leva, le 5 juin 1967, Israël était encore un pays misérable et vulnérable, qui jouait son va-tout pour sa survie, en lançant l’attaque militaire la plus audacieuse du XXe siècle. Il est aujourd’hui infiniment plus riche et puissant, sûr de son alliance avec les Etats-Unis et capable de faire des concessions, qui étaient inconcevables il y a quarante ans. Si tels sont, pour Israël, les fruits de sa "victoire à la Pyrrhus", il lui en faut encore d’autres du même genre.

(Bret Stephens est membre du Comité de rédaction du Wall Street Journal.)

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

[1] L'expression est une allusion au roi Pyrrhus Ier d'Épire, dont l'armée souffrit des pertes irremplaçables quand il défit les Romains en Italie à la bataille d'Héraclée en -280 et à celle d'Ausculum en -279 (extrait de Wikipedia).

[2] Voir la dramatique confrontation entre Begin et Carter, en juillet 1979, "M. Begin : 'Qui tient la Judée et la Samarie tient la veine jugulaire d'Israël'".

[3] "Le terme de ligne verte se réfère à la ligne de démarcation datant de l'armistice de 1949 entre Israël et certains des pays arabes voisins (Syrie, Jordanie, et Égypte) à la fin de la guerre israélo-arabe de 1948." (Wikipedia).

[4] C'est ce qu'on a appelé "les 3 non de Khartoum". Emmanuel Navon résume le paradoxe en deux phrases, aussi justes que lapidaires : "Après la Guerre des Six Jours, Israël accepta la Résolution 242 du Conseil de Sécurité et les pays arabes la rejetèrent sans appel (Conférence de Khartoum). Comme le dit très justement l’ancien ministre des Affaires étrangères Abba Eban, la Guerre des Six Jours fut le premier conflit de l’Histoire où ce fut le vainqueur qui demanda la paix et les vaincus qui exigèrent une capitulation sans conditions." ("Sionisme et vérité: plaidoyer pour l'Etat juif").

Guerre de Six Jours: «Israël a eu raison»
Agnès Gruda
La Presse, 6 juin 2007

La tension montait depuis plusieurs jours. Au loin, on voyait se rapprocher les chars d’assaut égyptiens. Le président de l’Égypte, Abdel Nasser, multipliait les ultimatums aux Nations unies, les sommant d’évacuer les Casques bleus déployés à Rafah, dans la pointe sud de la bande de Gaza, et ailleurs le long de la « ligne verte » – la frontière officielle d’Israël depuis l’armistice de 1948.

François Salesse était alors basé au camp de Rafah, où il travaillait comme technicien en approvisionnement, attaché au corps des ingénieurs de l’armée de l’ONU.

Il voyait avec inquiétude les mouvements de l’armée égyptienne dans le désert. Un soir vers la fin mai – était-ce le 29 ou le 30, il ne s’en souvient plus –, les quelque 150 soldats canadiens et les autres Casques bleus de Rafah, des Yougoslaves qui gardaient l’entrée aux Brésiliens qui veillaient aux miradors, ont reçu l’ordre de quitter les lieux.

« On nous a dit de laisser toutes nos affaires intactes, de bien plier nos couvertures, de ne laisser aucune destruction derrière nous », se rappelle l’ancien militaire, aujourd’hui âgé de 78 ans.

Le lendemain matin, les Casques bleus ont plié bagage, laissant derrière eux quelque 400 000 réfugiés palestiniens dans une mince bande de terre entre l’Égypte et Israël.

Pendants plusieurs jours, les soldats n’ont pas donné signe de vie. À la télévision, on disait qu’ils étaient peut-être prisonniers de Nasser. Puis les Casques bleus canadiens sont apparus à Trenton, en Ontario – laissant derrière eux une terre de misère, en route pour quatre décennies de déchirements.

Terrain de fermentation…

À quoi ressemblait la bande de Gaza à la veille de la guerre qui allait changer à jamais la face du Proche-Orient ? À l’époque, il y avait quelques Bédouins et près de 400 000 réfugiés palestiniens – des gens qui avaient fui leurs maisons en 1948 et qui vivaient dans des conditions déplorables.

« Ils vidaient les poubelles et en tiraient tout ce qui pouvait servir, de la nourriture, du carton pour construire des abris, ils ne laissaient que des morceaux de verre brisé », se rappelle l’ex-militaire.

« Certains Palestiniens travaillaient pour nous le jour et suivaient un entraînement militaire le soir, Gaza était une source de futurs guérilleros, une zone de fermentation servant les intérêts de Nasser », ajoute ce Montréalais d’origine française, issu d’une famille de militaires.

Après la guerre de 1948, la bande de Gaza était tombée sous la tutelle égyptienne, mais selon M. Salesse, les Égyptiens ne s’en occupaient pas beaucoup et laissaient les réfugiés à eux-mêmes. Israël a-t-il eu raison de déclencher son « attaque préventive » le 5 juin 1967 ? François Salesse en est convaincu. « Les Arabes avaient monté et préparé la guerre, Nasser venait d’avoir la confirmation de son alliance avec la Syrie et la Jordanie. Israël a pris la bonne décision, s’il n’avait pas attaqué, aujourd’hui, ce pays n’existerait plus », tranche-t-il.

Quarante ans plus tard, la population de la bande de Gaza a triplé : on y trouve aujourd’hui près d’un million et demi d’habitants, y compris des « réfugiés de 1967 » qui s’y sont retrouvés dans la foulée de la guerre des Six jours.

Pendant 38 ans, le territoire a été occupé par l’armée israélienne qui s’en est retirée il y a un peu moins de deux ans. Mais la bande de Gaza reste enclavée, isolée et entourée de barbelés, au point que plusieurs estiment que l’occupation israélienne se poursuit… de l’extérieur. Et cette terre de misère constitue toujours un terrain de fermentation pour de futurs guérilleros…

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Volume VI, Numéro 288 • vendredi le 1 juin 2007

DOUBLE TRAHISON
Barry Rubin
Jerusalem Post, 7 mai 2007

Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com

En politique ce qui est important ce n'est pas seulement ce que vous faîtes, mais c'est surtout comment on vous perçoit et comment on réagit. Cela ne veut pas dire qu'on ne doit pas agir du fait de la perception d'autrui, mais on devrait simplement en tenir compte.

Le mois dernier Nancy Pelosi, speaker à la Chambre des Représentants, accompagnée d'autres démocrates, a visité la Syrie. Ils ont parlé avec respect du gouvernement de ce pays et n'ont fait aucune déclaration publique pour condamner le parrainage par ce pays des terroristes en Irak, au Liban ou en Israël. Nulle part, ils n'ont affirmé leur soutien aux dissidents Syriens, que cela soit en public ou en privé! Cette visite a attiré l'attention des médias, mais les caméras de TV ont été débranchées quand ces illustres visiteurs ont quitté le pays et elles n'ont pas filmé la suite des évènements.

Mon dernier livre "La vérité sur la Syrie" (The truth about Syria) explique comment la nature même du régime rend inévitable son soutien au terrorisme, son radicalisme et son intransigeance. Comme ce régime ne peut offrir ni liberté ni progrès matériel à son peuple, il est amené à la démagogie et à l'extrémisme pour survivre. Et pour donner au peuple une raison de soutenir un régime autoritaire, la Syrie a besoin d'une image islamiste, celle d'un champion de l'Islam qui se bat contre l'Occident et Israël (1). Sans ce prétexte, le pays s'écroulerait. Et les dirigeants le comprennent fort bien. L'alliance Syrie-Iran n'est pas une erreur de parcours, mais la profonde expression de cette stratégie et des intérêts mutuels.

En même temps, comme la Syrie est un cas d'étude impressionnant sur la manière dont les dictatures arabes fonctionnent et restent si longtemps au pouvoir (2), c'est aussi un exemple étonnant de la manière dont l'Occident ferme les yeux sur un comportement qui, par ailleurs, est considéré comme intolérable. Car après tout, la lutte contre le terrorisme est un pilier central de la politique occidentale. Et la Syrie est le champion mondial de la Ligue Terroriste. Pourtant ce qu'on entend aujourd'hui dans le discours occidental, c'est qu'il faut lui parler, lui faire confiance et faire des concessions!

En effet la visite de Pelosi a convaincu le régime et le peuple syrien que le président Bashar el Assad est dans la bonne voie et n'a pas besoin de faire le moindre geste dans le sens de la démocratie ou de justifier sa politique aventureuse. De nombreux Syriens sont d'accord avec les propos d'un Damascène à un reporter américain "Les visites et les entretiens de rapprochement avec la Syrie montrent bien que Bashar avait raison de ne pas faire de concessions"

Mohamed Mamoun Homsi, un important dissident démocrate a été condamné à 5 ans de prison en 2001. Libéré sous condition de silence, Homsi a quitté son pays et a supplié Pelosi de ne pas aller en Syrie. Quand Pelosi était à Damas, le gouvernement Syrien a gelé tous les avoirs de Homsi. Et quand la délégation américaine quitta le territoire syrien, le régime a commencé une série d'arrestations. Anwar Al Bunni a été rapidement jugé et condamné à 5 ans de prison. Bunni et 5 autres dissidents qui sont en prison, de même que le journaliste connu Michel Kilo, et Kamal Labwani arrêté après son retour d'une visite à la Maison Blanche, ont réussi à sortir une lettre de leur geôle "Les détenus devraient sentir qu'ils ne sont pas seuls… et qu'il y a un espoir de solution pacifique dans la crise des libertés et des droits de l'homme en Syrie". Mais eux et les autorités qui les détiennent savent qu'ils sont SEULS.

Mais cela n'est pas le seul problème. L'idée de parler à la Syrie n'est pas nouvelle. Elle avait été lancée par James Baker, suite au rapport d'étude sur l'Irak. Et aujourd'hui elle est reprise par sa protégée Condoleeza Rice, Secrétaire d'Etat. Elle a rencontré récemment le ministre des Affaires Etrangères Syrien lors d'une conférence sur l'Irak, à Sharm el Sheikh. De la même manière, elle a sapé le boycott de l'Autorité Palestinienne gouvernée par le Hamas, boycott initié par les Etats-Unis, en allant rencontrer leur ministre des finances qui recherche des fonds pour son régime terroriste (3).

En termes pratiques, ces rencontres ne mènent pas à grand-chose. Néanmoins leur impact médiatique est un désastre. Comment voulez-vous que l'Europe s'aligne sur une politique que les Américains eux-mêmes ne respectent pas? Et quel est le message reçu par ce brave gouvernement Libanais, par ceux qui luttent pour leur survie en s'opposant à un Hezbollah qui manœuvre pour dominer le pays et en défendant l'indépendance du Liban contre les interférences irano-syriennes? La réponse est : "Abandonnez! Aucun secours occidental ne viendra!", ou comme le dit si bien Shakespeare "Désespérez et mourez!"

Cela ne veut pas dire qu'une politique faisant la promotion tout azimut de la démocratie soit correcte. La Realpolitik est parfois nécessaire. L'Occident doit s'allier avec les régimes arabes les moins radicaux pour faire obstacle à l'alliance Syrie-Iran-Hezbollah-Hamas. Cependant cela ne signifie pas que c'est très moral d'abandonner les dissidents de la liberté, dans le but de calmer des régimes "moins extrémistes" et au même moment, saboter ces gouvernements "pour dialoguer" avec les plus radicaux.

Une triste illustration de l'abandon de ces arabes démocrates, c'est l'interview du blogger égyptien "Sandmonkey" dans le blog "Atlas Shrags" où il annonce qu'il était obligé d'arrêter d'écrire parce que la police était à sa porte. Il expliquait que le gouvernement américain avait cessé de faire pression sur son pays parce que "le public américain n'était plus intéressé à réformer le Moyen Orient, suite aux événements d'Irak". Aussi le gouvernement Egyptien intensifie-t-il sa répression. "Ceux qui parlaient avant, sont amenés aujourd'hui à s'autocensurer". Le régime arrête les dissidents non-violents et les qualifie de terroristes, il traduit en justice tous ceux qui le critiquent sous prétexte qu'ils salissent la réputation de l'Egypte.

Il n'est pas étonnant qu'on lise dans un blog libanais, en réaction au rapport Winograd qui critique sévèrement les responsables Israéliens pour leur conduite lors de la 2ème Guerre du Liban "Dieu sourit aux Israéliens, quand il leur donne le discernement pour se débarrasser de leurs bouffons, alors que nous sommes sanglés avec les nôtres pour toujours"

Notes de la traduction

(1) D'autant plus que la majorité sunnite est suspicieuse à l'égard des dirigeants shiites, de la secte alaouite, très éloignés de l'Islam.

(2) Bashar el Assad vient d'être réélu pour 7 ans, avec 99% des voix…

(3) De même Condoleeza Rice oblige le 1er ministre Olmert à maintenir un dialogue régulier avec l'Autorité Palestinienne, sans objectif sérieux de paix, puisque la charte du Hamas l'interdit et que les chefs du Hamas, Hanyeh et Meshaal, ne cessent pas d'annoncer la fin de l'état d'Israël, avec le soutien de l'Iran. De même, cette même Rice interdit à Olmert de parler pour le moment à la Syrie, le dialogue lui étant réservé. En effet pour sauver son gouvernement impopulaire, Olmert cherche à faire une percée avec les Syriens, en leur offrant le Golan contre on ne sait trop quoi.

(Barry Rubin est directeur du Centre Gloria, Global Research in International Affairs à Hertzlyah)

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