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Communiqué Isranet Volume VI, Numéro 279 • vendredi le 30 mars 2007 Écoles juives, écoles
grecques Tiens, tiens, le chat est sorti du sac et il ne se passe rien. Pas un mot, pas une réaction. Vous souvient-il, lecteur, du gigantesque tollé qu'avait suscité, en janvier 2005, la décision du gouvernement Charest de financer à 100% les écoles privées juives? C'était le scandale du siècle, on en parle encore. Vous souvient-il, lecteur, que cette décision reposait sur un précédent? En 1978, le gouvernement Lévesque avait octroyé le même statut à deux écoles privées grecques. Les Juifs ne faisaient que s'engouffrer dans une porte déjà ouverte depuis 27 ans, mais ce qui passait dans le cas des Grecs ne passait pas pour eux. Sous les opprobres et les hurlements de l'opinion publique, le gouvernement Charest battit en retraite. Or, qu'apprend-on cette semaine? Les écoles privées grecques viennent de voir leurs privilèges reconduits. Elles resteront financées à 100%. La Presse, jeudi 15 mars, page A-16: «Les écoles privées grecques de Laval vont continuer à être subventionnées, contrairement à ce qui avait été annoncé l'an dernier. C'est le ministère de l'Éducation qui a fait pression sur la Commission scolaire de Laval pour qu'elle prolonge les ententes la liant aux écoles grecques jusqu'en 2008.» La Commission scolaire de Montréal aurait-elle aussi prolongé l'entente, mais dans le cas de Laval, c'est du ministère qu'est venue la pression. «La communauté grecque nous a sensibilisés» (sic), de dire la porte-parole du ministre. Tiens, tiens, et cela se produit au beau milieu de la campagne électorale, alors que les libéraux tentent de reprendre au PQ le comté de Laurier-Dorion (l'un des bastions de la communauté grecque longtemps détenu par Christos Sirros). Cela ressemble fort à une petite manoeuvre électoraliste pour faire plaisir à la communauté grecque, mais le pire, c'est le «deux poids, deux mesures». On finance à 100% les écoles grecques depuis près de trente ans, personne ne crie. Mais quand on pense à octroyer le même statut à des écoles juives, tout le monde déchire sa chemise, on parle d'accointances honteuses, de privilège acheté, de puissance occulte, bref c'est un autre complot juif. Dans notre folklore politique, cet incident - une banale erreur politique qui a été démesurément grossie et a donné lieu, sur le web et ailleurs, à un déluge de propos antisémites - est encore considéré comme l'une des pires bourdes du gouvernement Charest Cette semaine, on apprend que les écoles grecques gardent les privilèges que demandaient les écoles juives. Et personne ne réagit. Double standard J'ai toujours été opposée à au financement public intégral des écoles religieuses privées, quelles qu'elles soient. Mais là n'est pas la question. On parle ici d'équité. Or, le cas des écoles grecques est beaucoup moins défendable que celui des écoles juives. Ces dernières ont été fondées, on le sait, parce que les Juifs, même ceux qui à l'époque voulaient s'y intégrer, étaient exclus du secteur catholique et renvoyés aux écoles protestantes. L'histoire est de leur côté. Qui plus est, contrairement aux écoles juives, dont les standards académiques sont exceptionnellement élevés, le mini-réseau scolaire grec semble en très piètre état. Dans les écoles grecques de Laval, 22 des 102 enseignants n'avaient pas de permis d'enseigner l'an dernier. Il y a quelques années, un dirigeant de l'école Socrate a été accusé d'avoir effectué pour 24000$ d'appels érotiques et en juin 2005, ses enseignants faisaient grève faute d'avoir été payés. À l'école Démosthène, le nombre d'élèves a fondu de moitié en huit ans. Selon la Commission consultative de l'enseignement privé, la communauté hellénique, titulaire du permis de ces écoles, a un déficit accumulé dépassant 10 millions$, et son taux d'endettement serait de 976%. Mais surtout, les écoles grecques n'ont même pas respecté leurs engagements. En échange des subventions, elles devaient s'engager à mettre sur pied des programmes d'intégration de leurs élèves à la majorité française. Avec, on présume, quelque obligation de résultat Or, après 30 ans, alors que la communauté juive est extraordinairement bilingue (tous ses jeunes le sont et le réseau privé juif enseigne intensivement le français), la communauté grecque reste fortement anglicisée, et la moitié des jeunes se dirigent vers l'école anglaise une fois sortis de l'école grecque. En 2005 déjà, la CSDM laissait savoir qu'aucune activité conjointe n'avait été organisée avec l'école Socrate depuis des années, et cela semblait être aussi le cas de l'école Démosthène à Laval. Deux poids, deux mesures Volume VI, Numéro 278 • vendredi le 23 mars 2007 L’acte révélateur Il est des événements ou des non-événements qui sont comme des miroirs de leur auteur, des actes qu’on omet ou que l’on commet, qui forment comme des fenêtres au travers desquelles on aperçoit, mieux et plus profondément qu’auparavant, la nature, les vices ou les vertus d’une institution ou d’un homme. Ce sont des moments révélateurs, au sens où le nouvelliste américain Edgar Allan Poe l’entendit dans l’un de ses contes les plus acérés, « Le cœur révélateur » : l’assassin, ayant réussi le crime parfait, y est comme porté par une invincible pulsion à révéler son forfait. C’est pour ces raisons que je voudrais infliger à la patience du lecteur un nouveau précis, aussi succinct que possible, de l’ « affaire » Libby. « Scooter » Libby, ancien chef d’état-major du vice-président Dick Cheney, vient d’être déclaré coupable d’avoir menti sous serment au cours de la longue enquête portant sur l’ « affaire Plame. » L’affaire serait triviale si elle n’avait des implications politiques de grande envergure. Un mot avant de lancer mon écheveau : je ne suis pas neutre, Scooter est mon collègue à l’Institut Hudson, nos bureaux se jouxtent, et je n’ai pas un instant cessé d’affirmer sa parfaite innocence. Résumons : au cours de son Message sur l’Etat de l’Union en 2003, le président Bush fait état d’informations fournies à son gouvernement par les services de renseignement anglais et le gouvernement de Tony Blair. Saddam Hussein, affirme-t-il, a cherché à se procurer au Niger du yellow cake d’uranium, maillon important de la chaîne nucléaire. Un déchaînement inouï d’imprécations s’élève alors pour accuser Bush de mentir, de mentir afin de se donner un prétexte va-t’en-guerre et d’aller guerroyer sans raison ni fondement en Irak. Les vingt-trois mots du discours où il a mentionné la chose deviennent l’emblème de la curée. Parmi les anathèmes, celui d’un nommé Joseph Wilson, ancien ambassadeur. Son article remarqué du New York Times relate comment il a été envoyé par le vice-président (mensonge nº1 : il a été envoyé par la CIA) au Niger pour enquêter sur l’affaire ; qu’il n’y a trouvé nulle corroboration (mensonge nº2 : un ancien ministre irakien de haut rang dans le programme nucléaire s’y est bien rendu et s’est bien enquis des possibilités d’acquérir du yellow cake, mais l’affaire ne s’est pas faite) ; et donc, que Bush ment pour étayer sa politique belliciste. Car Joe Wilson est un démocrate anti-guerre connu et déclaré. Pourquoi la CIA a-t-elle décidé d’expédier au Niger un diplomate anti-Bush sans qualification particulière sur les questions de prolifération ? Deux réponses : primo, l’épouse de Wilson, Mme Valerie Plame, est analyste à la CIA, et c’est elle qui a proposé le nom de son mari. Deuxio, la CIA est peuplée de cadres et hauts fonctionnaires viscéralement opposés à Bush et à Cheney, parce que ceux-ci ont rompu le consensus pro-sunnite (« les dictateurs, c’est la stabilité ») et qui se permettent de ne pas obéir, le petit doigt sur la couture du pantalon, aux consignes des espions de Langley – la CIA se prend tant pour le nombril du monde qu’elle s’étonne de ne pas faire la pluie et le beau temps ; quand il pleut à contretemps, les météorologues sont en danger. Au lieu d’envoyer des experts-maison de la prolifération, on envoie donc le diplomate bushophobe. Chose curieuse, on ne lui fait signer aucun accord de confidentialité, comme il est toujours de mise (on blague volontiers sur la manie du secret de la CIA : à ce qu’on raconte, on y classifie « secret cosmique » même le papier toilette usagé). Wilson est donc libre de s’attaquer violemment à la Maison Blanche après son retour, en excipant – mensongèrement – de son voyage et de sa mission. Sur ces entrefaites, la Maison Blanche, assiégée par des media implacables dans la haine qu’ils vouent à cet usurpateur de Bush, et à la conspiration néo-conservatrice qui le sert, ou qui le manipule, allez savoir, envoie bordée sur bordée pour se défendre. Elle se défend d’ailleurs assez malhabilement, tant elle se sent sur la défensive. Alors que le gouvernement et les services de renseignement confirment et reconfirment la teneur et la véracité de ce qu’a affirmé le président, et qu’une commission d’enquête parlementaire britannique conforte ces dires, l’administration flotte, comme un boxeur à moitié sonné. Au lieu de dénoncer bille en tête la CIA, orchestratrice de l’affaire, ou du moins les responsables barbouzards coupables, elle tergiverse, parce que Bush entretient de bons rapports avec George Tenet, patron de la centrale de renseignement, dont la torride incompétence n’a pas joué un mince rôle dans le succès des pirates de l’air du 11 septembre. Bush préfère préserver sa commensalité avec un homme dont les subordonnés, à coup de fuites vers les media et de coups fourrés, entretiennent une insurrection permanente contre celui qu’ils sont censés servir. C’est alors que le journaliste conservateur Robert Novak, porte-parole habituel de l’establishment républicain, lui-même opposé à la guerre et virulent ennemi des néo-conservateurs qu’il ne perd pas une occasion d’insulter grassement, s’entretient off the record avec le numéro deux du Département d’Etat Richard Armitage. Ce dernier est le bras droit du général Colin Powell, lui aussi opposant déclaré de la guerre menée contre Saddam. En 1990-91, alors chef-d’état major interarmées, Powell s’était âprement opposé à Bush Père et au secrétaire à la Défense Dick Cheney : il ne voulait à aucun prix d’un conflit – mieux valait laisser le temps au temps et Saddam au Koweit. Armitage est un spécialiste redouté de la rixe bureaucratique, du coup fourré de couloir et de la trahison sur papier à en-tête. C’est également un gossip redoutable : ce gros tas de muscles a l’âme d’une commère potinière. Il révèle en papotant à Novak que l’épouse de ce Wilson dont on parle est employée à la CIA. A quelques jours de là, Novak en fait état dans une de ses chroniques. Nouvel emballement médiatique : tout un chacun y voit la « revanche » de Bush et de Cheney, qui veulent par ce déloyal coup de Jarnac, « punir » Wilson, et font fi du secret défense qui protège la couverture des agents secrets. Evidemment, Mme Plame n’est pas agent « secrète » mais analyste à la CIA. Il n’y a pas péril en la demeure. Son appartenance professionnelle est un secret de polichinelle à Washington. Les media passent d’ailleurs leur temps à dévoiler le « secret défense » le plus rigoureux et à s’indigner que quiconque s’en indigne. Mais qu’importe ! C’est un nouveau complot de l’administration, qui attente aux libertés, s’attaque illégalement à ses adversaires, etc., etc., etc. Litanie interminable et navrante de mensonges épais : c’est un opposant connu, Armitage, dont la fonction principale chez Powell est d’essayer de dégommer Cheney et Rumsfeld, qui a mangé le (tout petit) morceau. La rumeur publique, entretenue par les Mainstream Media – c’est-à-dire la gauche politico-intellectuelle et salonnarde de la capitale fédérale – met la pression sur l’administration. Celle-ci, terrifiée à l’idée d’être accusée de cover-up, comme Nixon, se dégonfle et accepte qu’une enquête judiciaire soit lancée sur une question politique. L’Attorney General (Garde des Sceaux) John Ashcroft – souvenez-vous, le tyran liberticide, l’Attila des droits de l’Homme, le Gengis Khan des libertés constitutionnelles – se récuse pour que nul ne crie à la collusion. De cette reculade naît la nomination d’un procureur spécial, institution datant du Watergate : le statut voté jadis par le Congrès est exorbitant du droit commun, puisque ce procureur jouit d’un mandat illimité, de pouvoirs illimités et d’un budget illimité, et qu’il n’a de comptes à rendre à personne. Un Procureur est donc nommé, dont les dents sont si longues qu’elles raient le parquet. Patrick Fitzgerald se met alors au travail pour élucider… ? Quoi ? La fuite ? Dès le départ, il est mis au courant par Armitage lui-même, qui en a parlé au Ministère de la Justice, de l’origine de la « fuite ». Il n’y a donc aucun mystère. La justice sait d’où vient la fuite. Pourquoi poursuivre ? Quis custodiet, enim, ipsos custodies ? Qui donc surveillera les surveillants, dit l’adage romain. La griserie du pouvoir et de la gloire, se retrouver devant les feux croisés des projecteurs de Washington en a étourdi bien d’autres. Mais Fitzgerald ne s’attaque ni à Armitage, ni à Powell, lequel était au parfum. Il s’attaque… à la Maison Blanche, comme l’exigent les media de gauche qui continuent sans vergogne à charger Bush et Cheney, et leurs lieutenants, Karl Rove, éminence grise du président, et Scooter Libby, cheville ouvrière de Cheney. Pour affaiblir le calife, attaquons le grand vizir. Menacé, Rove se défausse. Les fuites redoublent : c’est Libby qui l’a dit. Et voici Libby inculpé, non pas d’être auteur de la fuite, mais de s’être contredit dans diverses affirmations concernant Valerie Plame : qui lui a dit et quand, qu’elle était l’épouse du diplomate tordu ? Le procureur est un félon, menteur, manipulateur et parjure. Il passe trois ans à poursuivre Libby et à inquiéter des dizaines de collaborateurs du président et du vice-président. Il « va à la pèche » pour essayer de coincer l’un ou l’autre, de les faire se contredire ou se couper, afin de pouvoir les broyer dans sa machine inquisitoriale. Au bout de trois ans, il sort de son chapeau une inculpation pour faux témoignage. L’administration ne lève pas le petit doigt pour soutenir Libby. On fait savoir, en gros, que tant que Karl Rove est intact, la Maison Blanche respire. Par contre, l’inculpation et la démission de son plus proche collaborateur, et le harcèlement systématique des autres, créent un climat délétère pour le vice-président, dont l’autorité en sort amoindrie. On travaille mal à l’ombre des épées de Damoclès. Vient le procès, opera buffa à l’italienne, moins l’élégance. Le juge et le procureur interdisent à la défense de parler du fond – Armitage, Plame, Wilson, la campagne anti-Bush – et exigent, imposent même, que les débats excluent tout ce qui n’a pas trait à l’inculpation elle-même : Libby s’est-il parjuré quand il a dit au juge, au jury d’investigation, au FBI, que c’était X… qui lui avait parlé en premier de Plame plutôt que Y…? Le reste ? « La question ne sera pas posée ! ». Le jury, par ailleurs, loin d’être un « jury de ses pairs », est tiré du pool des jurys washingtoniens – ville qui vote à 90 pour cent démocrate ! Pipés, les dés ? Le jury finit par décider que Libby n’a pas dit la vérité. Pour apporter un témoignage personnel, puisque je connais divers protagonistes : les responsables de la sécurité nationale du président ou du vice-président travaillent 14 à 16 heures par jour, quelquefois plus ; ils trustent vingt dossiers de l’heure, sont appelés trois fois par demi-heure à tel ou tel meeting, ils vont de crise en crise avec obligation instantanée de résultat. Un rendez-vous standard avec eux, c’est dix minutes. La pression est lourde. Se souvenir de qui vous a le premier parlé de ceci ou cela tient de la gageure. Comme on le dit plaisamment, si le cœur lui en dit, un procureur américain vous inculperait un sandwich au jambon. Pauvres sandwiches, ils sont en effet en danger, sans parler de quiconque a encouru la vindicte de la gauche caviar. Entre temps, les Wilson font la Une des magazines à la mode ; Joe a écrit un bouquin intitulé sans rire The Politics of Truth [La politique de la vérité], alors qu’il est sorti totalement discrédité de l’enquête parlementaire sur l’affaire : lui et sa moitié ont menti en prétendant qu’elle n’était pour rien dans sa désignation pour la mission Niger, et dans bien d’autres cas encore. Ne dénonçait-t-il pas sur les toits, vierge effarouchée, la gigantesque campagne orchestrée contre lui et Madame son Epouse par Bush et Cheney – alors que le procès Libby, s’il a révélé quoi que ce soit, a démontré l’absence totale de campagne de ce genre. Ce pauvre Wilson vient de récolter un juteux contrat d’édition de plus, quelques petits millions de dollars pour ce héros de la libre expression et des droits civiques, qui a permis de pincer Raspoutine, cette âme damnée, ce conspirateur néocon de Libby. On a les héroïsmes qu’on peut. Libby est donc déclaré coupable ; la sentence est en délibéré jusqu’à juin. Dès l’annonce du verdict, les conservateurs se prononcent de façon unanime : Bush doit faire usage de son pouvoir discrétionnaire de président pour amnistier Libby. Or, promptement, le porte-parole de la Maison Blanche fait savoir que Bush, dans ses propres termes, « va rester tout à fait à l’écart de la question ». Voilà mon acte révélateur. Quand Tenet, patron de la CIA, s’est révélé désastreusement inapte, et son agence nulle, Bush n’a rien fait. Il a décerné à Tenet - maintenu en poste plus de deux ans - la plus haute décoration civile, la Presidential Medal of Freedom. Quand les responsables de la CIA ont systématiquement entravé sa politique, par les moyens les plus déloyaux et les plus infects, Bush n’a pas bronché. Quand son propre secrétaire d’Etat Colin Powell a tout fait pour saboter sa politique moyen-orientale, et que nombre de diplomates américains en poste à Washington comme dans les ambassades, ont mené campagne ouverte d’injures et d’insultes contre le président, celui-ci n’a rien fait. Quand les uns et les autres se sont attaqués au-dessous de la ceinture à ceux qui, dans l’administration, servaient loyalement le président, Bush n’a rien fait pour soutenir ces derniers ni les protéger, ou rendre la vie dure aux assaillants. Et quand ses propres ennemis ont triomphé, comme à l’occasion du verdict qui frappe Scooter Libby, Bush signale sans se troubler son indifférence. Certes, on citera toutes sortes d’arguments politicailleux : Bush a peur de provoquer une énième tempête politique en amnistiant Libby. Et alors ? Qui a peur de défier ses adversaires, surtout pour sauver de ses persécuteurs un membre courageux et loyal de l’équipe? Ce que révèle l’épisode corrobore, je crois, l’analyse que je propose depuis longtemps du personnage Bush : l’instinct moral, dans son fonds, n’est pas mauvais, la gestion des hommes est désastreuse, la capacité intellectuelle à embrasser toute une stratégie est molle et sporadique, l’homme est velléitaire, ou plutôt, c’est un homme à la volonté clignotante et à l’intellect intermittent. Quelle misérable manière de jeter aux lions ceux qui vous ont servi avec abnégation, ceux qui ont accepté de prendre des coups plutôt que d’en donner, qui se sont sacrifiés pour permettre à votre politique de se faire et de progresser. Si encore les sacrifices servaient un but utile ! Mais Bush aura lâché les hommes comme il a abandonné sa politique. Il aura tout de même bien mieux valu avoir pour président cet homme pétri d’imperfections que ce zénith empoté de la nullité narcissique et capitularde qu’est Al Gore en 2000, ou, en 2004, l’arrogance de grand seigneur méchant homme de John Kerry. Que nul ne prenne ma condamnation de Bush pour un aveu en faveur de ces politiciens faillis, ni aucune manière de renonciation aux éléments de la « Doctrine Bush » qui touchent au Moyen-Orient. Mais il n’y a pas de grand dessein sans persévérance, sans une concentration infaillible sur le but à atteindre, sans cohérence entre les fins et les moyens, les hommes et les doctrines. Cette cohérence aura totalement manqué aux années Bush, et son absence aura créé une bonne partie des maux qui les auront affligées. La tâche était, et reste, gargantuesque ; elle a besoin de géants pour être accomplie. Le marché, l’instrument le plus puissant dans la conduite des affaires humaines, est intrinsèquement imparfait, écrit Friedrich Hayek ; mais les marchés économiques et financiers n’ont pas le monopole de l’imperfection. La politique est un marché plus imparfait encore, et les hommes politiques en sont l’incarnation. Il n’est ni souhaitable ni réaliste d’exiger l’impossible de nos politiques, ou de je ne sais quelle sainteté – « L’homme n’est ni ange, ni bête », dit Pascal, « et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. » Mais on est en droit de vouloir un peu de suite dans les idées, un peu de sérieux dans la gestion des hommes, un peu de loyauté envers les légionnaires qui manient les glaives et portent les boucliers. Hélas ! n’est pas Churchill qui veut, ni Lincoln. Je l’ai dit et je le répète sans joie : la dernière année de l’administration Bush est bien mal partie. Pour autant que Washington ne reste pas inerte d’ici le terme de la présidence Bush, en Irak, en Iran ou ailleurs. Certes, l’administration s’est noyée sous les flots de sa propre impéritie et sous les tempêtes déchaînées par une opposition qui préfère, comme le Parti démocrate aujourd’hui, la défaite de l’Amérique à la victoire de Bush. Surnagent et surnageront néanmoins certains éléments de sa politique, qui cesseront d’avoir la moindre cohérence, mais continueront d’exister, comme des buttes-témoins d’une ère révolue. On continuera donc de voir, en même temps, que Mlle Condoleezza Rice œuvrera en faveur de pourparlers avec l’Iran et la Syrie, sans oublier la Corée du Nord, et appellera de ses vœux un « processus de paix » où le Hamas, élu démocratiquement, aura toute sa place pour mettre enfin un terme aux souffrances du peuple palestinien. On verra également, donc, des mouvements de troupes en Irak et des menaces contre l’Iran. On verra peut-être quelque action contre Téhéran. Si les ayatollahs, comme il est fort possible, redoublent de provocations, on pourrait même observer une action militaire d’envergure. C’est le hasard ou de simples processus réactifs qui y présideront. En trahissant l’un des plus efficaces ouvriers de sa propre politique, Bush a mis un terme à la phase active de sa présidence. Nulle action n’est à escompter de sa part qui soit d’ordre volontaire ; comme à la grenouille de Galvani, il faudra d’abord qu’une source extérieure d’énergie lui soit appliquée. Volume VI, Numéro 277 • vendredi le 16 mars 2007 Tariq Ramadan
ment-il [à propos de Magdi Allam] ? Adaptation française: Alain Jean-Mairet Tariq Ramadan m'accuse de mentir,
une charge que je prends au sérieux. Mais, comme c'est si souvent
le cas avec les islamistes et autres totalitaristes, les faits accusent
l'accusateur. Lors d'un débat ultérieur,
le même jour, intitulé «Is There an Islamic Threat?»
(Existe-t-il une menace islamique?), auquel je n'ai pas pris part, mais
dont deux personnes m'ont parlé et qui a été décrit
par Carol Gould, Ramadan m'attaqua pour avoir mentionné Magdi
Allam. Mozammel Haque confirma cela par la suite dans un article intitulé
«Professor Tariq Ramadan on Islamic Threat,» (Le professeur
Tariq Ramadan à propos de la menace islamique) paru dans l'édition
du 9 février du Muslim Weekly, une publication islamiste. Voici
le passage en question: L'accord
de la Mecque – alliance stratégique entre l'OLP et le Hamas
pour la création d'un Etat palestinien sans reconnaissance d'Israël
par le Hamas Mahmoud Abbas: "Les organisations qui participent au nouveau gouvernement ne seront pas engagées par les positions du gouvernement… Seuls les ministres le seront." Contexte Le texte de l'accord de la Mecque, signé sous les auspices de l'Arabie saoudite le 8 février 2007, porte principalement sur les relations inter-palestiniennes. L'accord de la Mecque révèle une alliance stratégique de l'OLP et du Hamas dans plusieurs domaines: le gouvernement palestinien, la composition de l'OLP et le conflit avec Israël. S'agissant de l'Autorité palestinienne, l'accord résout la crise actuelle entre le Fatah et le Hamas en mettant un terme aux violents affrontements entre les deux organisations et en répondant aux pressions populaires visant à créer un gouvernement d'union nationale, dans l'espoir que celui-ci entraîne la levée du boycott diplomatique contre l'actuel gouvernement palestinien. S'agissant de la composition de l'OLP, l'accord élargit la participation du Hamas au sein de l'OLP, répondant à une requête de longue date du Hamas. Dans le domaine diplomatique, l'accord autorise l'OLP à mener des négociations avec Israël sur la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec le consentement du Hamas. Pour que ces négociations soient possibles, le Hamas devrait, en théorie, reconnaître l'Etat d'Israël, renoncer au terrorisme, reconnaître les accords passés et se donner un objectif acceptable par la communauté internationale - c.-à-d. la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Le Hamas a accepté ces trois dernières conditions, mais n'a pas consenti à reconnaître l'Etat d'Israël. Il convient toutefois de noter que: A) Si le Hamas n'a pas perpétré d'attentat en Israël ces deux dernières années au nom de la "tahdia" (calme, sécurité) unilatérale, celle-ci ne fait pas partie des clauses de l'accord et n'y est pas même mentionnée. B) Bien que le Hamas ait consenti à mener des négociations sur la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967 (par son acceptation du projet de paix saoudien), il continue de réclamer le droit de retour des réfugiés palestiniens dans les frontières de 1967. (2) Suite à la signature de l'accord, Mahmoud Abbas a expliqué la tactique commune de l'OLP et du Hamas pour donner un nouveau coup d'envoi au processus de paix (déjà proposé au Hamas dans le passé, et que le Hamas vient seulement d'accepter): le Hamas ne sera pas tenu de reconnaître l'Etat d'Israël puisque, en tant que mouvement palestinien, et même en tant que gouvernement, il n'est pas habilité à conduire des négociations diplomatiques et à signer des traités au nom du peuple palestinien. Seuls l'OLP et Mahmoud Abbas sont habilités à le faire. Cette tactique permet à Abbas de conduire des négociations en tant que représentant du peuple palestinien et lui permet de demander à Israël et à la communauté internationale d'ignorer le fait que le Hamas, qui fait partie de l'Autorité palestinienne, n'ait pas modifié ses principes ni reconnu Israël. Il existe une différence fondamentale entre les deux parties de l'accord de la Mecque - la partie consacrée aux principes et la lettre de nomination. La partie des principes, qui porte sur les relations inter-palestiniennes, comprend un engagement explicite des deux côtés à respecter l'accord. En revanche, la lettre de nomination du futur gouvernement, qui porte sur les relations avec Israël, ne comporte aucune acceptation directe et explicite par le Hamas. Au lieu de quoi, Abbas, président de l'Autorité palestinienne, appelle Haniye, en sa qualité de Premier ministre de l'Autorité palestinienne, à agir conformément aux décisions du Conseil national palestinien, aux clauses de la Loi fondamentale, à l'Accord national (qui est une version édulcorée du "document sur les prisonniers"), aux résolutions adoptées aux sommets de la Ligue arabe, aux Résolutions de l'ONU, au consensus des Etats arabes (3) et aux accords antérieurs signés par l'OLP. L'acceptation par le Hamas de ces clauses est exprimée indirectement, en ce que des négociations ont été tenues entre les deux côtés sur la formulation de la lettre de nomination, formulation qui a été agréée par le Hamas. Abbas a déclaré que les organisations participant au futur gouvernement d'union nationale ne seront pas engagées par la position du gouvernement. Seuls les ministres le seront. En échange de l'acceptation de cette tactique, le Hamas a reçu le soutien politique de l'OLP - en sa qualité de gouvernement et de futur partenaire de l'OLP. Avec l'accord de la Mecque, les exigences du Quartet n'ont été que partiellement prises en compte, mais il se pourrait fort qu'Abbas et le Hamas estiment que le Quartet se satisfera de cette situation. Ainsi, Mahmoud Abbas et Khaled Mashal s'efforcent tous deux d'éviter la médiatisation de déclarations susceptibles de révéler la nature exacte et les détails de l'accord conclu entre eux. Volume VI, Numéro 276 • vendredi le 9 mars 2007 ‘Le conditionnel
est toujours réservé à l’État d’Israël’ Alain Finkielkraut, philosophe et essayiste, et Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, incarnent tout ce que le conflit israélo-palestinien peut déclencher de passions, d’animosités et d’enguelades. Deux hommes que tout oppose: le point de vue, le style, le tempérament. Le premier défend Israël avec lucidité et pourfend le nouvel antisémitisme avec véhémence. Le second, praticien de l’humanitaire, est un avocat ardent de la cause palestinienne. Les deux hommes croisent le fer dans une longue et sulfureuse conversation sur le conflit israélo-palestinien, La discorde: Israël-Palestine, les Juifs, la France. Conversations avec Élisabeth Lévy (Éditions Mille et Une Nuits). Finkielkraut et Brauman s’étaient déjà heurtés violemment sur la scène médiatique au sujet du sempiternel contentieux israélo-palestinien. Mais leur commune exigence de vérité les conduira pourtant à accepter un pari difficile, renouer le fil d’un dialogue authentique, qui a eu lieu de septembre 2003 à août 2006. Mais peut-on encore dialoguer sur un thème aussi désespérant que l’affrontement entre Israéliens et Palestiniens? “Rony Brauman n’est pas Palestinien et je ne suis pas Israélien. Nous sommes tous les deux Français et Juifs, mais nous sommes chacun sur une rive, nous appartenons, si j’ose dire, à des camps très différents l’un de l’autre. Notre pari: que la conversation entre nous était possible. Ce livre d’entretiens témoigne d’un effort pour empêcher que l’antagonisme ne bascule dans la haine. Je crois que cet effort a été couronné de succès. L’antagonisme demeure, nulle synthèse, nul consensus ne vient apaiser la discorde, mais au moins avons-nous pu parler et été contraints par le défi des arguments de l’autre à aller au meilleur de nous-mêmes. La seule question est de savoir si ce dialogue est singulier ou s’il peut avoir valeur d’exemple? Malheureusement, notamment en France, où la haine déferle, l’expérience que j’ai eue avec Rony Brauman est condamnée à demeurer une exception”, explique Alain Finkielkraut en entrevue. Israël, rappelle le philosophe, est depuis sa fondation l’objet d’ une “violente campagne de délégitimation”. Aucune autre nation sur la terre n’est dénigrée avec autant de mépris et de haine. “Personne n’oserait dire que les États-Unis, le Canada, la Pologne, la Lituanie ou l’Algérie ont été des erreurs. On ne se permettrait pas d’insinuer que ces nations n’auraient pas dû naître, ou renaître. Le conditionnel est toujours réservé à Israël. Tous les autres États sont des “donnés”, seul Israël est “un défaut” ou “un dommage”. Mais dommage, défaut, fiasco, erreur… par opposition à quoi? À l’épanouissement des Juifs dans l’Europe pluriculturelle des années 1930? Au paradis de la “dhimmitude” en Terre d’islam? Au Birobidjan -la République autonome juive, créée sur une décision de Staline en 1934 aux confins de la Sibérie, à la frontière chinoise? Ce projet tomba très vite en désuétude. À l’autonomie culturelle revendiquée par le Bund? À la douceur d’être un peuple en Diaspora? Aux avances du Mufti de Jérusalem, qui noua des liens étroits avec le régime nazi? À un État binational et multiconfessionnel? Si l’on en juge à la situation toujours plus précaire des non-Musulmans dans le monde arabe, cette solution, personne n’en veut et surtout pas ceux qui la préconisent. Comme l’écrivait, dès 1980, le grand historien J. L. Talmon à Menahem Begin, alors Premier ministre d’Israël: “De nos jours, le seul moyen d’aboutir à une coexistence entre les peuples est, bien que cela puisse paraître ironique et décevant, de les séparer””. D’après Alain Finkielkraut, si les colons juifs ont échoué, c’est parce qu’ils n’ont pas su répondre à la question: comment Israël peut-il rester un État juif et démocratique? “Leurs seules réponses, c’était le transfert des Arabes ou le deus ex machina d’une immigration plus massive encore que celle des Juifs soviétiques dans les deux dernières décennies du XXe siècle. La première éventualité est inacceptable, la seconde, délirante, dit-il. Mais l’opinion éclairée refuse de prendre acte de cet échec, car, pour elle, juif et démocratique sont des attributs incompatibles. Soit un État est juif, soit il est démocratique. Soit il repose sur des critères “ethnico-religieux” et sur le droit de sang, soit il confère des droits égaux à tous ceux qui sont nés sur son sol, quelle que soit leur religion ou leur origine. L’idée démocratique se détache de l’idée nationale et place les Juifs, qui ont cru, par le Sionisme, réintégrer l’Histoire, en porte-à-faux avec l’Histoire. Et voici qu’on leur demande, pour rattraper le train, de cesser à la fois d’être un État occupant en se retirant des Territoires conquis en 1967 et d’être un État juif en acceptant le droit au retour des Palestiniens à l’intérieur d’Israël. Si c’est cela le sens de l’Histoire, les Juifs vivront à contretemps et ils auront raison.” La question de la recrudescence du nouvel antisémitisme occupe une place importante dans le débat entre les deux intellectuels. Nombreux sont les Juifs qui se sont rendu compte dans l’adversité de l’intensité et de la profondeur de leur attachement à Israël, rappelle Alain Finkielkraut. “Cet attachement, ils n’entendent ni le sacrifier ni le dissimuler pour apaiser ceux qui aujourd’hui les accusent. Plutôt que de plier devant la haine, ils veulent que celle-ci soit appelée par son nom. Sans succès. C’est, en effet, dans les diverses manifestations de l’“antisémitisme antidémocratique” que la vigilance politique de notre temps est entraînée à reconnaître la “Bête immonde”. Elle sait défendre l’égalité de tous contre la hiérarchie naturelle des êtres, le droit du sol contre la mystique de l’enracinement, l’ouverture contre l’exclusion, l’amour contre les murs, le verre contre la pierre, le cosmopolitisme contre le nationalisme et la circulation des identités contre l’obsession des origines.” Mais l’antisémitisme actuel prend la vigilance à contre-pied. Ce qui anime cette phobie des Juifs, c’est la phobie de la phobie, la passion de la ressemblance, l’idéal démocratique lui-même, note l’auteur de La défaite de la pensée. “Ce qui est reproché aux Juifs, ce n’est pas d’être inassimilables ou dissemblables, c’est de profaner, à leur tour, la religion de l’humanité en élevant une cloison entre eux et les autres hommes. Non seulement la vigilance post-hitlérienne n’est pas armée contre “l’antisémitisme démocratique”, mais cet antisémitisme apostrophe les Juifs sur un ton de plus en plus vigilant.” Nous vivons à une époque de grandes incertitudes où les banalisations et les confusionnismes socio-historiques ont pignon sur rue, constate Alain Finkielkraut. “Qui aurait pensé, après les grands traumatismes du XXe siècle, qu’au moment de devenir une puissance nucléaire, l’Iran organiserait un concours international de caricatures de l’Holocauste et présenterait les deux cent quatre “meilleurs” dessins dans la musée d’art contemporain palestinien de sa capitale? Qui aurait imaginé que la recrudescence spectaculaire des violences antisémites en Angleterre serait dénoncée non pas par les grands intellectuels britanniques, frénétiquement adonnés à la réprobation d’Israël, mais par les seuls représentants de la Communauté juive? Qui aurait pu croire qu’un amuseur français revendiquant haut et fort ses origines africaines deviendrait l’idole des cités pour avoir désigné le judaïsme comme une escroquerie et les Juifs comme des “négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste” -il parle de l’humoriste Dieudonné? Le temps est révolu où la mémoire et la mauvaise conscience de l’Occident tenaient la haine des Juifs en respect. Nous sommes entrés dans l’après après-guerre.” Volume VI, Numéro 275 • Vendredi le 2 mars 2007 Il n’y a
pas de population plus inapte à la souveraineté nationale Adaptation française de Sentinelle 5797 * La guerre intestine entre le Fatah et le Hamas faisait rage, le mois dernier, quand le leader de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a prononcé un discours lors d’une manifestation du Fatah à Ramallah. Le 11 janvier, il a dit à la foule : «La priorité, pour moi, est de préserver l’unité nationale et d’empêcher une lutte interne. Tirer sur vos frères est interdit ». Mais Abbas a fait savoir clairement qu’il s’opposait uniquement au bain de sang intra-palestinien. Attaquer des Juifs était toujours licite. Selon un reportage de World Net Daily, il a affirmé : « Nous devons mettre notre combat interne de côté et lever nos fusils uniquement contre l’occupation israélienne ». Faisant un clin d’œil à ses rivaux arabes, il a loué l’archi-terroriste Ahmad Yassin, co-fondateur du Hamas, tué par Israël en 2004, et, pour faire bonne mesure, il a lancé une formule antisémite convenue : «Les fils d’Israël sont mentionnés [dans la tradition islamique] comme ceux qui corrompent l’humanité sur la terre ». La majorité des médias qui ont rendu compte de la manifestation du Fatah n’ont mentionné que les remarques d’Abbas sur « l’unité », laissant de côté le morceau plus faisandé sur la levée des fusils contre les corrupteurs de l’humanité (Titre de l’Associated Press : « Abbas appelle au respect lors de la manifestation du Fatah »). De même, de nouveaux reportages ont rarement souligné que, dans la bande de Gaza, où ont eu lieu des batailles de rue entre le Fatah et le Hamas, « l’occupation » a pris fin en août 2005, quand Israël a rasé 21 implantations juives et expulsé du territoire jusqu’au dernier des Juifs. Car il y a eu quasiment un Etat palestinien souverain à Gaza, au cours des 18 mois passés. L’anarchie et la violence, les prises d’otages, la myriade de gangs armés – voilà le visage authentique de l’Etat palestinien. Regardez-le bien. L’éditorialiste Caroline Glick le décrit en ces termes dans la [Jerusalem Post]... « Dans l’Etat de Palestine, des enfants de deux ans sont tués et personne ne s’en soucie. Des enfants sont réveillés au milieu de la nuit et assassinés devant leurs parents. Des fidèles sont exécutés dans les mosquées par des terroristes qui fréquentent des mosquées concurrentes. Et personne ne s’en soucie… Dans l’Etat de Palestine, des femmes sont déshabillées et obligées de marcher nues dans les rues pour humilier leur mari. Des ambulances sont arrêtées sur leur trajet vers l’hôpital, et des blessés sont exécutés de sang froid.» Ce qui est étonnant, ce n’est pas que l’Autorité Palestinienne bouillonne de violence et d’instabilité ; il y a d’autres lieux où les bains de sang sont le lot quotidien. Ce qui est étonnant, ce n’est pas que les Palestiniens - qui reçoivent des montants copieux d’aide internationale (plus de 1,2 milliard de dollars, l’an passé, de la part des seuls gouvernements occidentaux) – consacrent tant de leurs ressources et de leur énergie en armes pour la guerre. Ce qui est étonnant, c’est que tant de voix continuent de soutenir l’idée d’un Etat palestinien. Pourtant, y a-t-il une population moins apte à avoir un Etat que les Palestiniens ? Depuis les terroristes qu’ils ont choisis comme dirigeants, jusqu’au djihad, dont ils font la promotion dans leurs écoles, leur culture est gorgée de violence et de haine. A chaque fois que le monde leur a offert la souveraineté – une offre sur laquelle sauteraient les Kurdes et les Tchétchènes, ou les Tibétains – les Palestiniens ont préféré opter pour le bain de sang et le rejet. « Que voulez-vous le plus : un Etat palestinien ou un combat palestinien ? », demanda un jour un Shimon Peres frustré à Yasser Arafat. Encore et toujours, les Palestiniens ont choisi le « combat ». L’essence même de l’identité nationale palestinienne est un violent désir de détruire Israël. Tant la charte du Fatah que celle du Hamas appellent à la disparition de l’Etat juif par un bain de sang. Une solution à deux Etats – Israël et la Palestine vivant pacifiquement côte à côte –, ce n’est absolument pas ce que veulent les Palestiniens. Et les concessions israéliennes, ou les cajoleries américaines, ou celles du Quartette ont peu de chance d’y changer quelque chose. Alors, pourquoi l’administration Bush continue-t-elle à prétendre le contraire ? « Il n’y a tout bonnement aucune raison d’éviter la question de savoir comment aboutir à un Etat palestinien », a affirmé allégrement la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, le 2 février, même si la meilleure raison pour ce faire – à savoir : l’incapacité des Palestiniens à se gouverner eux-mêmes – s’étalait dans les rues de Gaza. La semaine dernière, Abbas a donné son accord pour former un gouvernement « d’unité » avec le Hamas, éloignant encore plus toute perspective de paix avec Israël. Pourtant, la semaine prochaine, Rice accueillera une réunion au sommet avec Abbas et le Premier Ministre d’Israël, Ehud Olmert, et il y aura un nouveau déluge de mots vides de sens sur la paix et la souveraineté nationale [des Palestiniens]. James Woolsey, qui fut directeur du Renseignement central, sous la Présidence de Clinton, a déclaré récemment qu’il faudrait « plusieurs décennies » avant qu’une société palestinienne soit assez civilisée pour édifier un Etat. Même des Palestiniens en conviennent. Et une certaine Shireen Atiyeh, 30 ans, employée du gouvernement de l’Autorité Palestinienne, a déclaré au Jerusalem Post : «Tout un chacun, ici, est dégoûté de ce qui arrive dans la bande de Gaza. Nous disons au monde que nous ne méritons pas un Etat… Aujourd’hui, j’ai honte de dire que je suis une Palestinienne ». Quand sera-t-il temps d’envisager un Etat pour la Palestine ? Quand elle sera dirigée par des gens comme cette femme. *Traduction revue et corrigée par Menahem Macina pour UPJF.org Le
Grand Mensonge qui détient le record de la longévité
Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org Le lauréat du prix Nobel de la Paix Yasser Arafat était un maître du Grand Mensonge. Depuis qu’il a inventé le terrorisme mondial en fondant l’organisation terroriste Fatah, en 1959, Arafat a posé, avec succès, au combattant de la liberté, tout en offrant au monde des détournements d’avions de ligne, des massacres dans les écoles et des prises d’assaut d’ambassades. Pour cultiver le mythe de son innocence, Arafat ordonna aux cellules terroristes du Fatah d’opérer sous des pseudonymes. Au début des années 1970, il rebaptisa du nom d’Organisation Septembre Noir plusieurs escouades de tueurs du Fatah, tout en proclamant publiquement qu’il s’agissait d’unités qui avaient fait "sécession" et étaient sans lien aucun avec le Fatah ou avec lui-même. En 2000, en lançant le djihad palestinien actuel, il réédita le procédé en rebaptisant du nom de Brigades des Martyrs d’al-Aqsa les cellules terroristes du Fatah, puis, en proclamant qu’elles étaient absolument sans lien avec le Fatah ou avec lui-même. Cette fiction réussit également, bien que tous les terroristes des Brigades des Martyrs d’al-Aqsa soient membres du Fatah et appartiennent, pour la plupart, aux milices officielles de l’Autorité Palestinienne et reçoivent leurs salaires, leurs armes et leurs ordres de mission du Fatah. La semaine dernière [fin décembre 2006], la publication discrète d’un câble du Département d’Etat, datant de 33 ans, a fait s’écrouler un pan important de l’édifice de son Grand Mensonge. Le 1er mars 1973, huit terroristes du Fatah, opérant sous l’emblème de Septembre Noir, prirent d’assaut l’ambassade d’Arabie saoudite à Khartoum, au Soudan, au beau milieu d’une cérémonie d’adieu au Chargé d’Affaires de l’ambassade des Etats-Unis, George Curtis Moore. Les terroristes prirent Moore en otage, ainsi que l’ambassadeur des Etats-Unis, Cleo Noël, le Chargé d’Affaires belge, Guy Eid, et deux diplomates arabes. En échange de la libération des otages, ils exigèrent que les Etats-Unis, Israël, la Jordanie et l’Allemagne libèrent de prison des terroristes de l’OLP et du gang Baader-Meinhof, dont l’assassin palestinien de Robert F. Kennedy, Sirhan Sirhan, et le chef de Septembre Noir, Muhammed Awadh (Abu Daoud). Le soir suivant, les Palestiniens assassinèrent brutalement Noël, Moore et Eid. Ils libérèrent les autres otages le 4 mars. Arafat nia toute implication dans l’attaque. Les Etats-Unis acceptèrent officiellement son démenti. Pourtant, comme il le révéla plus tard publiquement, James Welsh, qui, à l’époque de l’attaque, travaillait comme analyste à l’Agence de Sécurité Nationale, intercepta une communication d’Arafat - dont le quartier général était alors à Beyrouth - avec ses agents terroristes de Khartoum, donnant l’ordre de l’attaque. En 1986, alors que la preuve de la participation d’Arafat dans l’opération commençait à être assez largement connue, de plus en plus de voix appelaient à mettre Arafat en examen pour assassinat. Comme le blog du New York Sun en ligne l’a rappelé [fin décembre 2006], durant cette période, le Sunday Times britannique rapportait que 44 sénateurs américains avaient adressé une lettre à Edwin Meese, alors Procureur Général des Etats-Unis, « pressant le gouvernement américain d’inculper le chef de l’OLP d’avoir comploté le meurtre de deux diplomates américains en 1973 ». L’article poursuivait en faisant remarquer que l’intérêt qu’avait le Département de la Justice à instruire l’affaire mettait en difficulté les officiels de haut rang du Département d’Etat : « Les diplomates du Département d’Etat, craignant que des accusations de meurtre à l’encontre d’Arafat ne provoquent la colère des amis des Etats-Unis dans le monde arabe, pressent le Département de la Justice d’abandonner l’enquête ». Et jusqu’à une date aussi tardive que 2002 et en dépit du refus formel du Président George W. Bush de rencontrer Arafat, le Département d’Etat continuait d’affirmer l’innocence du dirigeant palestinien. A l’époque, Scott Johnson, un procureur de Minneapolis et l’un des auteurs du site Internet populaire, Powerlineblog, enquêta sur l’affaire avec le bureau des affaires du Proche-Orient au Département d’Etat. Dans un e-mail provenant du bureau de George Sullivan, directeur adjoint des affaires de presse, Johnson reçut cette réponse : « Des preuves claires montrent que le groupe terroriste Septembre Noir a perpétré les assassinats de l’ambassadeur Noel et de George Moore, mais, bien que Septembre Noir ait fait partie du mouvement Fatah, le lien entre Arafat et ce groupe n’a jamais été établi ». Il en fut ainsi pendant 33 ans : sous sept administrations présidentielles successives, le Département d’Etat nia avoir eu connaissance de l’implication d’Arafat ou du Fatah dans l’exécution de ses citoyens. Jusqu’à la semaine dernière [fin décembre 2006]. La dépêche rendue publique par l’historien du Département d’Etat affirme : « L’opération de Khartoum a été planifiée et réalisée, avec la pleine connaissance et l’approbation personnelle de Yasser Arafat, président de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), et chef du Fatah. Les agents du Fatah en poste à Khartoum ont participé à l’attaque, utilisant un véhicule du Fatah pour transporter les terroristes à l’ambassade d’Arabie saoudite ». Bien qu’étant passé maître dans l’art de la tromperie, Arafat n’aurait jamais pu réussir à créer et à faire perdurer ses fictions et, avec elles, ses crimes, sans la coopération du gouvernement des Etats-Unis et des médias. Dans cette veine, la publication de la dépêche du Département d’Etat soulève deux questions inquiétantes. D’abord, comment est-il possible que l’aveu tardif d’une dissimulation massive, pendant 33 ans, du meurtre de diplomates américains de haut rang, s’étendant sur sept administrations présidentielles consécutives, ait pu être ignoré par les médias ? Une recherche d’information sur Google News, concernant Cleo Noël, fait émerger quelques articles, dont aucun n’a été mentionné par les réseaux majeurs d’information ou les journaux nationaux. A première vue, la dépêche publiée, qui met en question le fondement même de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient au cours de la génération passée, est tout simplement stupéfiante. La dépêche conclut : « L’opération de Khartoum a de nouveau démontré la capacité, qu’avait l’Organisation Septembre Noir, de frapper là où l’on s’y attendait le moins. La participation ouverte des agents du Fatah à Khartoum dans l’attaque fournit une nouvelle preuve de la relation entre le Fatah et l’Organisation Septembre Noir. Le fait que les Etats-Unis apparaissent comme cible primordiale des fedayin indique qu’il existe une menace sérieuse de futurs incidents similaires à ceux survenus à Khartoum ». Le silence des médias sur cette question ne donne pas seulement l’alerte à propos de leur objectivité. En ne faisant pas connaître au public américain que le Fatah et l’OLP avaient précisément pris pour cibles des Américains depuis 33 ans, les médias ont refusé au peuple américain la connaissance fondamentale du monde dans lequel il vit. Le refus abject des médias de couvrir l’affaire met en lumière un aspect encore plus flagrant de cet épisode. En particulier, que nous apprend, par exemple, sur les motivations de la politique américaine concernant Israël et les Palestiniens, le fait que le gouvernement des Etats-Unis ait couvert, sous sept administrations consécutives, la responsabilité directe d’Arafat dans le meurtre de diplomates américains, tout en plaçant à la fois Arafat et le Fatah au centre de sa politique du Moyen-Orient ? A quoi ressemblerait la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient, et quels auraient été les résultats pour les Etats-Unis et la sécurité internationale dans l’ensemble, si, au lieu de promouvoir une politique qui fit d’Arafat le visiteur étranger le plus invité à la Maison Blanche sous l’administration Clinton, les Etats-Unis avaient exigé son extradition et l’avaient jugé pour meurtre Combien de vies eussent été épargnées si les Etats-Unis n’avaient pas été déterminés à soutenir le Grand Mensonge d’Arafat ? Quel impact une telle politique des Etats-Unis aurait-elle eu sur le développement ultérieur des organisations terroristes associées, comme le Hezbollah, al-Qaïda, et le Hamas, toutes fondées par des membres de l’industrie terroriste d’Arafat ? Malheureusement, la publication de la dépêche n’a, en aucune manière, donné le signal d’un changement de la politique américaine de blanchiment du Fatah. Depuis 13 ans, en contravention avec la loi des Etats-Unis, le Département d’Etat a nié que le Fatah, l’OLP et l’Autorité Palestinienne sont des organisations terroristes, et il les a activement financés avec les dollars des contribuables américains. Cette politique s’est poursuivie, sans changement, même après que des hommes armés du Fatah aient assassiné trois employés de l’ambassade des Etats-Unis à Gaza, en octobre 2003. Cette politique se poursuit, sans changement, jusqu’à aujourd’hui, alors que Mahmoud Abbas, le chef actuel du Fatah, qui fut l’adjoint d’Arafat durant 40 ans, œuvre à former un gouvernement d’union avec le Hamas. En fait, l’élément central de l’attitude des Etats-Unis envers les Palestiniens aujourd’hui a pour but de renforcer le Fatah, en armant, entraînant, et finançant sa milice terroriste de la Force 17. Dans un entretien du 14 novembre 2006 à la télévision palestinienne, Ahmed Hales Abu Maher, secrétaire du Fatah à Gaza, s’est vanté du rôle du Fatah dans le développement du terrorisme international, en ces termes, rapportés par Palestinian Media Watch [1] : « Ô frères guerriers, voici une nation qui ne sera jamais brisée, voici une révolution qui ne sera jamais vaincue. Voici une nation qui donne un exemple imité chaque jour à travers le monde. Nous avons donné au monde les enfants aux RPG [Grenades Propulsées par des Roquettes], nous avons donné au monde les enfants [lanceurs] de pierres, et nous avons donné au monde des hommes et des femmes en quête de martyre [les terroristes-suicide à l’explosif]. » [2]. Imaginez à quoi ressemblerait le monde, si, au lieu de se cramponner au Grand Mensonge d’Arafat, selon lequel lui et son organisation terroriste, le Fatah, constitueraient les composantes centrales de la paix au Moyen-Orient, les Etats-Unis avaient capturé et jugé Arafat pour le meurtre de ses diplomates, et avaient œuvré sans relâche à détruire le Fatah. Imaginez à quoi ressemblerait notre avenir, si, plutôt que d’admettre en catimini la vérité, en faisant confiance aux médias [qui prônent] de ne pas en tenir compte, le gouvernement des Etats-Unis devait fonder sa stratégie politique actuelle sur la vérité, et si les médias devaient révéler cette vérité au monde. ------------------------ Notes d’upjf.org [1] A la Télévision de l’Autorité Palestinienne, le 14 novembre : «Oh warrior brothers, this is a nation that will never be broken, it is a revolution that will never be defeated. This is a nation that gives an example every day that is imitated across the world. We gave the world the children of the RPG [Rocket Propelled Grenades], we gave the world the children stone [-throwers], and we gave the world the male and female Martyrdom-Seekers [suicide bombers].» [2] Voir : "PLO takes pride in being the source of international terror (2)", by Itamar Marcus and Barbara Crook, Dec. 6, 2006, sur le site de PMW.
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