Communiqué Isranet
novembre 2007
Un service de l’I.C.R.J.
l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz, Directeur


Volume VI, Numéro 311 • vendredi le 30 novembre 2007

Accepter Israël comme L'État juif ?
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 29 novembre 2007

Adaptation française: Alain Jean-Mairet.

Il est surprenant que la conjonction de la rencontre mal conçue d'Annapolis et de la mollesse du Premier ministre israélien, Ehud Olmert (« la paix est affaire de concession »), ait donné lieu à quelque chose d'utile. En effet, rompant avec l’agir de ses prédécesseurs, Olmert a exigé, avec vigueur, de ses partenaires palestiniens à la négociation, qu’ils acceptent l'existence permanente d'Israël en tant qu'État juif, ce qui a donné lieu à une réaction révélatrice.

Olmert a annoncé, le 11 novembre, que si les Palestiniens ne reconnaissaient pas Israël comme «un État juif», les discussions d'Annapolis ne se poursuivraient pas. « Je n'ai pas l'intention de transiger, de quelque manière que ce soit, sur la question de l'État juif. Cela constituera une condition de notre reconnaissance d'un État palestinien. »

Il a confirmé cette position le lendemain, qualifiant la « reconnaissance d'Israël comme un État pour le peuple juif », de « point de départ de toutes les négociations. Nous aucune discussion avec qui que ce soit au monde sur le fait qu'Israël est un État pour le peuple juif. »

Il a souligné également que les dirigeants palestiniens devaient « avoir la volonté de faire la paix avec Israël en tant qu'État Juif ».

La mise en exergue de ce point a l'avantage d'attirer l'attention sur la question centrale du conflit israélo-arabe – le sionisme, le mouvement nationaliste juif - un aspect généralement ignoré dans le brouhaha des négociations. De fait, quasiment depuis la naissance de l'État, les pourparlers se sont concentrés sur la complexité de questions secondaires, tels les frontières, l’emplacement des armées, le contrôle des forces militaires et des armes, les lieux saints, les ressources naturelles, les droits de résidence, la représentation diplomatique et les relations étrangères.

Les dirigeants palestiniens ont répliqué rapidement et sans équivoque à l'exigence d'Olmert : Le Haut comité arabe de contrôle de Nazareth a décidé à l'unanimité d'appeler l'Autorité palestinienne à ne pas reconnaître Israël comme un État juif.

Salam Fayad, le "Premier ministre" de l'Autorité palestinienne, a déclaré :
«Israël peut se définir comme il lui plaît, mais les Palestiniens ne le reconnaîtront pas comme État juif.»

Yasser Abed Rabbo, secrétaire général du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, a dit : « Cette question n'est pas au programme ; elle est destinée à la consommation intérieure [israélienne]. »

Ahmad Qurei, chef des négociateurs palestiniens, a affirmé : « Cette [exigence] est catégoriquement rejetée. »

Saeb Erekat, responsable des négociations de l'OLP, a dit : « Les Palestiniens ne reconnaîtront jamais l'identité juive d'Israël […] Il n'existe aucun pays au monde où les identités religieuse et nationale sont liées de cette manière. »

Saeb Erekat (à gauche), responsable des négociations de l'OLP, avec Condoleezza Rice, la secrétaire d'État américaine. La généralisation d'Erekat est à la fois curieuse et révélatrice. Non seulement 56 États, ainsi que l'OLP, appartiennent à l'Organisation de la Conférence islamique, mais la plupart d'entre eux, y compris l'OLP, font, de la charia (la loi islamique), leur principale ou unique source de législation. L'Arabie Saoudite exige même de tous ses sujets qu’ils soient musulmans.

En outre, le lien entre la religion et la nation est loin d’être l'apanage des pays musulmans. Comme le relève Jeff Jacoby, du Boston Globe, « [la loi argentine] charge le gouvernement de soutenir la foi catholique romaine. La reine Elizabeth II est le Chef suprême de l'Église d'Angleterre. Dans le royaume himalayen du Bhoutan, la constitution proclame que le bouddhisme est l'"héritage spirituel" de la nation. La deuxième partie de la Constitution grecque déclare que "la religion dominante, en Grèce, est celle de l'Église orthodoxe orientale du Christ". »

Quelle est donc la raison de ce refus de principe, aux motifs controuvés, de reconnaître Israël comme un État juif ? Peut-être faut-il en déduire que l'OLP nourrit toujours l'intention d'éliminer Israël en tant qu'État juif, précisément.

Je dis bien « éliminer » et non détruire. De fait, jusqu'à présent, l'antisionisme a essentiellement revêtu une forme militaire : du « jetez les Juifs à la mer », de Gamal Abdel Nasser, à « Israël doit être rayé de la carte », de Mahmoud Ahmadinejad. Mais la puissance des Forces de Défense Israéliennes a orienté l'antisionisme vers une démarche plus subtile, qui consiste à accepter un État israélien, puis, à en démanteler le caractère juif. Les antisionistes envisagent plusieurs moyens pour y parvenir :

· La démographie. Les Palestiniens pourraient submerger la population juive d'Israël - un objectif illustré par leur exigence d'un "droit au retour" et par leur guerre des matrices.

· La politique. Les citoyens arabes d'Israël rejettent de plus en plus la nature juive du pays, et exigent qu'il devienne un État binational.

· La terreur. Les quelque 100 attentats hebdomadaires palestiniens, perpétrés entre septembre 2000 et septembre 2005, visaient à provoquer le déclin économique, l'émigration et à imposer à Israël une politique d’accommodement [avec l’ennemi].

· L’Isolement. Toutes les résolutions des Nations Unies, les condamnations dans la presse, et les attaques sur les campus, sont destinées à user l’idéal sioniste.

La reconnaissance par les Arabes de la nature juive d'Israël doit revêtir une priorité diplomatique maximale. Les négociations devraient être stoppées et gelées jusqu'à que les Palestiniens acceptent formellement le sionisme, puis mettent un terme à toutes leurs stratégies visant à éliminer Israël.

D'ici-là, il n'y a rien à discuter.

A propos d'Annapolis, "Sur la question juive"
Bernard Lewis
Wall Street Journal, 26 novembre 2007

Traduction française : Alain-Jean Mairet.

Voici quelques réflexions sur la conférence de paix qui doit s’ouvrir demain à Annapolis et sur le problème plus général de l’angle d’approche du conflit israélo-palestinien. La première question (on peut la trouver évidente, mais elle ne l’est apparemment pas) est: sur quoi porte le conflit? Il y a au fond deux possibilités: le conflit porte sur la taille d’Israël ou sur sa simple existence.

Si la question porte sur la taille d’Israël, nous avons un clair problème de frontières, comme celui de l’Alsace-Lorraine ou du Texas. Pas facile à résoudre, donc, mais possible sur le long terme et supportable en attendant.

Si, en revanche, le problème est l’existence d’Israël, il ne peut évidemment pas être résolu par des négociations. Il n’y a aucun compromis possible entre exister et ne pas exister et on ne peut guère s’attendre à ce qu’un gouvernement israélien négocie l’existence du pays.

De temps en temps, l’OLP et d’autres porte-parole palestiniens laissent formellement entendre qu’ils reconnaissent Israël dans leurs déclarations en langues étrangères. Mais ce n’est pas le message perçu dans les foyers arabes. Ici, à tous les niveaux, des manuels scolaires aux sermons religieux en passant par les discours politiques, les termes utilisés en arabe désignent non pas la fin des hostilités, mais un armistice ou une trêve qui doit durer jusqu’à ce que la guerre contre Israël puisse reprendre avec de meilleures chances de succès. Sans une acceptation authentique du droit d’Israël à exister en tant qu’État juif, de même que plus de 20 membres de la Ligue arabe existent au titre d’États arabes, ou qu’un nombre beaucoup plus grand encore de membres de l’Organisation de la conférence islamique existent en tant qu’États islamiques, la paix ne peut pas être négociée.

La question très disputée des réfugiés offre un bon exemple de l’influence de ce problème sur les négociations. Pendant les affrontements de 1947-1948, à peu près 750.000 Arabes ont fui Israël ou en ont été chassés (les deux versions sont exactes en différents endroits) et ont trouvé refuge dans les pays arabes voisins. Durant cette même période, un nombre légèrement supérieur de Juifs ont fui leur domicile ou en ont été chassés, d’abord dans la partie sous contrôle arabe de la Palestine mandataire (où pas un seul Juif n’a été autorisé à rester), puis dans les pays arabes où leurs ancêtres avaient vécu depuis des siècles et parfois des millénaires. La majeure partie des réfugiés juifs rejoignirent Israël.

Le résultat consistait donc en une sorte d’échange de populations, pas très différent de celui qui s’était produit sur le sous-continent indien l’année précédente, lorsque l’Inde britannique avait été divisée pour former l’Inde et le Pakistan. Alors, des millions de réfugiés avaient fui ou avaient été chassés dans les deux directions – les Hindous et d’autres populations du Pakistan vers l’Inde et les Musulmans de l’Inde vers le Pakistan.

Nous avons un autre exemple avec l’Europe de l’Est à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les Soviets annexèrent une grande partie de la Pologne orientale et dédommagèrent les Polonais en leur offrant des territoires d’Allemagne de l’Est. Cela aussi entraîna des mouvements massifs de réfugiés en fuite ou chassés de chez eux – des Polonais entre l’Union soviétique et la Pologne et des Allemands entre la Pologne et l’Allemagne.

Les Polonais et les Allemands, les Hindous et les Musulmans, les réfugiés juifs des pays arabes – tous se sont établis dans leurs nouveaux foyers et y ont reçu des droits de citoyenneté normaux. Il faut relever aussi que tout cela s’est déroulé sans aide internationale. La seule exception a été les réfugiés arabes dans les pays arabes voisins.

Le gouvernement jordanien a accordé une forme de citoyenneté aux Arabes palestiniens, mais il les a gardés dans des camps de réfugiés. Dans les autres pays arabes, ils sont devenus et restent à ce jour des apatrides sans droits ni perspectives, entretenus par les fonds des Nations Unies. Paradoxalement, les Palestiniens qui ont fui en Grande-Bretagne ou aux États-Unis ont pu s’y faire naturaliser passé un délai de cinq ans, et leurs enfants nés sur place y étaient des citoyens légitimes dès leur naissance. Mais en Syrie, au Liban ou en Irak, les réfugiés palestiniens et leurs descendants restent des apatrides, maintenant pour la quatrième ou la cinquième génération.

La raison de cette situation a été mentionnée par plusieurs porte-parole arabes. Il s’agit de la nécessité de préserver les Palestiniens comme une entité séparée jusqu’à ce qu’ils puissent revenir et revendiquer la totalité de la Palestine, c’est-à-dire l’entier de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et d’Israël. En d’autres termes, l’exigence du droit au «retour» des réfugiés équivaut à demander la destruction d’Israël. Il est extrêmement peu probable que cet objectif soit approuvé par un quelconque gouvernement israélien.

Dans certains milieux arabes, on peut voir apparaître des signes de la volonté d’accepter Israël et même d’envisager la possibilité qu’Israël contribue à la vie publique de la région. Mais ces opinions ne sont exprimées que furtivement. Parfois, ceux qui osent les exprimer sont emprisonnés, ou pire. Ces positions n’ont ainsi que peu, voire pas d’impact sur les dirigeants.

Ce qui nous ramène au sommet d’Annapolis. Si la question à traiter n’est pas la taille d’Israël, mais son existence, les négociations sont condamnées d’avance. Or à la lumière des accords passés, il est clair que la question est et restera celle-ci jusqu’à ce que les dirigeants arabes parviennent ou renoncent à détruire Israël. Et pour l’instant, ces deux alternatives semblent tout aussi improbables l’une que l’autre.

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Volume VI, Numéro 310 • vendredi le 23 novembre 2007

Mohamed al-Dura est vivant à la fin des rushes de France 2 !
Véronique Chemla
Guysen International News, 15 novembre 2007

Le 14 novembre 2007, la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris a visionné des rushes de France 2. La présidente de la Cour s’est étonnée de leur durée – 18 minutes au lieu de 27 minutes. Ces rushes ont été filmés par Talal Abu Rahma, cameraman palestinien de France 2, le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim (bande de Gaza). Ils contiennent des saynètes de guerre, l’interview d’un dirigeant du Fatah et l’incident al-Dura (environ une minute). Cette audience a renforcé la position de Philippe Karsenty qui a évoqué un « faux reportage » à propos de « la mort de Mohamed al-Dura ».

Et Charles Enderlin apparut !

Venues des Etats-Unis, d’Israël ou de Belgique, les dizaines de personnes - journalistes (Mélanie Phillips, Tom Gross), la réalisatrice Esther Schapira (1), bloggers, écrivains (Nidra Poller) et responsables de sites Internet (Honest Reporting, Take A Pen), etc. - agglutinées près de la porte de la 11e chambre n’en croient pas leurs yeux. Pour la première fois, le fameux correspondant de France 2 à Jérusalem va répondre devant la justice française des célèbres images de l’incident al-Dura.

Précédé de son avocate Me Bénédicte Amblard, il est suivi d’Alain Lardière, directeur adjoint de l’information chargé des reportages de France 2. Mais curieusement pas de son cameraman palestinien, Talal Abou Rahma, qui risque de devenir l’Arlésienne de l’affaire al-Dura.
Dans l’assistance largement acquise à l’appelant Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings, soudain, un journaliste de France 3, Serge Kovacs, crie : « Charles Enderlin est innocent ! » Il provoque un esclandre et l’intervention brève de gendarmes.

Pour accueillir cette foule inhabituelle, la présidente fait ajouter une quinzaine de chaises.
Malheureusement, des journalistes ne pourront pas assister à une audience très attendue.

Des rushes de 18 minutes, et non de 27 minutes
La présidente de la Cour, Laurence Trébucq, l’annonce d’emblée : ce sera un visionnage dans le calme, qui ne doit pas durer tout l’après-midi et nul n’est autorisé à filmer ou photographier les images des rushes visionnées sur le grand écran de télévision amené par Philippe Karsenty.
Interrogée par Me Patrick Maisonneuve, avocat de l’appelant, Laurence Trébucq précise : Charles Enderlin commentera les images, et Philippe Karsenty pourra faire part de ses observations « au fur et à mesure ».

Surprise, Laurence Trébucq interroge Charles Enderlin sur la durée de ces rushes, « initialement sur une cassette Betacam et présentées à la Cour sur un DVD ». Pourquoi des rushes de 18 minutes et non de 27 minutes comme le mentionnent nombre de documents du dossier ?
« C’est très simple. J’avais 27 minutes d’images de Gaza et d’autres lieux. Quelques jours plus tard, j’ai pu récupérer la cassette originale. Je l’ai mise dans un coffre. France 2 ne conserve jamais les rushes, elle les recycle ou les détruit. France 2 a fait une exception avec ces rushes du 30 septembre 2000, et vous avez une copie de la cassette originale » répond Charles Enderlin.

Et d’ajouter : « Nous avons montré ces images au monde entier [notamment] le 22 avril 2001, au congrès international des médiateurs de presse à Paris. Talal Abou Rahma a été autorisé par l’armée israélienne à venir pour y commenter ces images. Nous avons cessé de les diffuser quand nous avons vu apparaître sur Internet ces accusations [de mise en scène]. Nous allons vous éclairer ».

La présidente questionne Luc Rosenzweig, journaliste retraité du Monde et collaborateur de la Metula News Agency, et le professeur américain d’histoire Richard Landes qui ont vu les rushes de France 2, à Paris et à Jérusalem.

Luc Rosenzweig se souvient : « Le 22 octobre 2004, [à Paris] Denis Jeambar, Daniel Leconte et moi sommes entrés en disant : « Nous voulons voir les 27 minutes de rushes ». On nous a dit : « Les voilà ». [La durée des rushes] n’était pas alors un objet de débat. Il y avait un timecode [Ndlr : référence temporelle – heure, minute, seconde - de chaque image d’une vidéo]. Cela dépassait 20 minutes. Je me souviens bien des scènes ».

Quant à Richard Landes, il a vu les rushes à trois reprises et se souvient d’un timecode de 21 minutes. Donc, les rushes devraient durer au moins 20 minutes.
Cela n’ébranle pas Charles Enderlin qui maintient : « Vous avez une copie conforme de la cassette de Gaza. Je ne sais pas s’ils ont vu à Paris la cassette originale ou la cassette avec d’autres images ».

Me Patrick Maisonneuve cite le témoignage de Talal Abou Rahma devant le Centre palestinien des droits de l’homme le 3 octobre 2000 : « J’ai filmé approximativement 27 minutes de l’incident [al-Dura] qui a duré 45 minutes » (2).

Charles Enderlin défend son cameraman : « Talal Abou Rahma était en état de choc le soir de son témoignage. Nous étions en situation de guerre. Il a eu du mal à se souvenir ».
Le défenseur de Philippe Karsenty s’étonne d’un tel état psychologique persistant trois jours après les faits.

« Des scènes classiques d’Intifada »
Pour mieux voir ces rushes sur l’écran de télévision placé près des juges et les comparer avec ceux qu’ils avaient vus, Luc Rosenzweig et Richard Landes quittent leur place et s’avancent vers l’allée centrale, entre les bancs d’une part des avocats des intimés et d’autre part du défenseur de l’appelant.

Curieusement, les deux avocats de France 2 et Charles Enderlin, Maîtres Bénédicte Amblard et Pierre-Olivier Sur, ainsi que Me Guillaume Weill-Raynal tentent de constituer une barrière physique entre ces deux spectateurs et cet écran. Ce qui force Richard Landes à regarder les rushes, assis par terre, près de Philippe Karsenty.

Les rushes ? Des saynètes de guerre, deux interviews de responsables palestiniens et l’incident al-Dura.

Les rushes visionnés sont essentiellement composés, sur un fond sonore de ’’tirs de balles en caoutchouc’’, de scènes de rue avec des Palestiniens jetant des pierres, déambulant calmement ou, parfois, apparemment touchés, emmenés dans une ambulance, puis de plusieurs minutes d’interviews, notamment celle du dirigeant du Fatah dans la bande de Gaza, et ces rushes se concluent sur approximativement une minute de l’incident Jamal et Mohamed al-Dura.

Docte, didactique, insistant sur sa connaissance des lieux, Charles Enderlin déclare : « Les rushes, c’est l’équivalent de notes prises par un journaliste ». Et il ajoute : « Mais il n’y a pas de continuité temporelle absolue » (sic).

Il présente le contexte : « La veille, sur le mont du Temple, la journée a été très dure. Nous avons eu sept morts lors d’un accrochage. La région était à feu et à sang. Nous savions que la journée du lendemain serait très dure. Chaque fois qu’il y a des évènements sur le mont du temple, sur l’esplanade des mosquées, il y a des émeutes pendant une semaine. J’ai mis en alerte mes correspondants à Hebron et à Gaza. [Talal Abou Rahma] est un journaliste reconnu, qui a l’autorisation de se rendre en territoire israélien. Le lendemain [Ndlr : le 30 septembre 2000], je suis allé à Ramallah. Vous allez voir ces scènes d’Intifada. [Au carrefour de Netzarim], les Palestiniens jetaient des pierres et des cocktails Molotov. Les soldats israéliens tiraient des balles en caoutchouc. On ne les voit pas car ils tiraient au travers des meurtrières de leur position ».

Un hématome rouge vif télégénique
Et que voit-on dans ces rushes pendant une dizaine de minutes ? Des scènes de Palestiniens qui vont et viennent. Jettent des pierres. Ou sont agglutinés, immobiles près d’un poteau. Ou déambulent calmement à pied ou à bicyclette à proximité de la position israélienne, et au milieu d’un « terrain de combats ». Ou circulent en voitures. Ou attendent, debout, en face de la position israélienne, sans crainte de tirs. Ou encore un Palestinien censé être blessé, que des passants soulèvent, et qui est évacué en ambulance. Car il y a parfois deux ambulances sur une image. Le tout sur fond sonore de « balles en plastique ».

« Pendant dix minutes et 53 secondes, on ne voit pas une seule balle être tirée du fortin israélien, comme d’ailleurs dans tout le film de Talal », observe Philippe Karsenty. La réplique de Charles Enderlin fuse : « Quand un cameraman filmera une balle sortir d’un fortin, ce sera un scoop ! Les soldats israéliens utilisent des balles en caoutchouc, avec les gaz lacrymogènes, pour ne pas faire de victimes. Ces balles laissent des hématomes, parfois très graves ». La preuve ? Un Palestinien ouvre sa chemise, révélant l’« hématome » provoqué sur son torse par une telle balle : un petit cercle rouge vermillon.

L’appelant, Philippe Karsenty, relève une bizarrerie : « Un hématome est bleu, pas rouge vif ». Il s’étonne : « On ne voit pas de sang sur ces images, malgré les tirs. Pourquoi ces Palestiniens circulent-ils aussi calmement s’ils risquent d’être atteints par des balles en caoutchouc ?»

« Il n’y a pas encore de tirs à balles réelles », assène Charles Enderlin qui affirme avoir souvent « vu ces scènes… On emmène en ambulances ceux qui sont blessés, égratignés » (sic).

Philippe Karsenty manifeste sa surprise devant une scène particulière : près d’une Jeep, un Palestinien est censé être touché par un tir israélien à la jambe droite. Deux secondes plus tard, arrive une ambulance, qui a du démarrer au moment même de l’impact.

Philippe Karsenty ajoute que Talal Abou Rahma a déclaré que le chauffeur de cette Jeep avait été atteint par une balle en plein front. Ce que dément la simple vision des images. Charles Enderlin s’écrie : « Ce n’est pas le même chauffeur ! »

En plus de ces saynètes de guerre, ces rushes contiennent deux interviews, en anglais et en arabe : celle du responsable du Fatah à Gaza et du chef d'un mouvement palestinien de jeunesse. Le front ceint d’un bandeau jaune-oranger, le chef d'un mouvement palestinien accuse - « Le vilain Ariel Sharon [qui] a causé une provocation en allant sur l’esplanade des mosquées ». Sur un ton comminatoire, un dirigeant palestinien menace de réactions violentes de la rue palestinienne « si Arafat signe un accord sur Jérusalem ».

Philippe Karsenty fait remarquer que le Palestinien interviewé se trouve dans la ligne de mire du fortin israélien que l’on voit en arrière plan, à la même distance de la position militaire israélienne que les al-Dura. Sans être touché par des tirs israéliens…

Pourquoi les Palestiniens restent-ils à portée des balles en caoutchouc ou en métal caoutchouté des soldats israéliens ? « C’est un rituel » selon le correspondant de France 2.

Vêtu de gris, sur un ton quasi-professoral, Charles Enderlin, rarement avec le renfort d’Alain Lardière, directeur adjoint de l’information de France 2, paraît peu convaincant. Docte. Sanglé dans ses certitudes de professionnel chevronné, et jamais ébranlé par les remarques de bon sens de Philippe Karsenty qui découvre les rushes.

Charles Enderlin réclame la parole : « Je veux pouvoir commenter mes images ». La présidente de la Cour rectifie : « Ce ne sont pas vos images. Ce sont les images du cameraman Talal Abou Rahma ».

« You only live twice » ou la vie après la mort
« Le timecode va se figer. Quand Talal Abou Rahma remet en marche sa caméra, il y a un temps avant que l’appareil ne refonctionne. L’ambiance change. Cela commence à tirer à balles réelles », annonce Charles Enderlin.

A environ une minute de la fin des rushes, on voit l’adulte et l’enfant, appelés Jamal et Mohamed al-Dura. Cette séquence contient pendant approximativement 15 secondes un plan de coupe de la position israélienne : « Talal Abu Rahma a voulu vérifier si les tirs provenaient de la position israélienne », explique Charles Enderlin.

Philippe Karsenty rappelle que Talal Abou Rahma a déclaré en septembre 2001, à la réalisatrice Esther Schapira, avoir filmé « six minutes de la scène des al-Dura ».
Charles Enderlin indique que tous les cameramen palestiniens ont fui, sauf Talal Abou Rahma. Philippe Karsenty désigne sur le coin gauche de l’image le trépied d’une caméra.
Surtout Charles Enderlin campe sur sa position : « Les tirs provenaient de la position israélienne». Ce que nie Philippe Karsenty en se fondant sur l’angle du seul tir en direction des al-Dura. Un tir rond, non en oblique, mais de face : « Des experts en balistique pourraient déterminer l’origine des tirs. Si la Cour acceptait que soit nommée une commission d’experts… »

Et Philippe Karsenty d’ironiser sur la maladresse des soldats israéliens qui tirent « sur les al-Dura » pendant « 45 minutes selon Talal Abou Rahma », alors que l’on ne voit l’impact que de sept balles sur le mur devant lequel ils se trouvent. Et de souligner le blanc immaculé du tee-shirt, le jean non déchiré de Jamal al-Dura qui garde son intégrité physique, alors qu’il est censé avoir été touché par des « balles qui lui ont déchiqueté les muscles et arraché l’os du bras ».

Avant que l’enfant ne soit déclaré mort par Charles Enderlin, on entend déjà des cris en arabe : « L’enfant est mort ! L’enfant est mort ! » Comment ce journaliste chevronné trilingue explique-t-il pareille préscience ? « [Mohamed al-Dura] était en danger. En arabe, on dit que l’enfant est mort quand on sait qu’il va mourir. Quand un enfant palestinien est tué par balle, on dit : « C’est un martyr ». Quelques « Oh » d’incrédulité indignée parcourent l’assistance attentive et calme.

Philippe Karsenty montre du doigt une étoffe rouge – censée représenter le sang coulant de son corps - que l’enfant déplace de ses jambes à son ventre pour visualiser l’impact du tir mortel censé l’avoir visé.

Dans ces rushes, la dernière image de l’enfant, présenté par Charles Enderlin comme mort dans son commentaire off sur l’image précédente diffusée lors du JT du 30 septembre 2000, le montre soulever le bras, tourner la tête, regarder la caméra, baisser le bras et garder ses jambes suspendues en l’air.

C’est notamment cette image qui avait incité Philippe Karsenty, en novembre 2004, à qualifier l’incident al-Dura de « faux reportage » et « d’imposture médiatique ». Des qualificatifs à l’origine de la plainte de France 2 et de son journaliste pour diffamation contre Philippe Karsenty.

« Nous avons donné ces images [de l’incident al-Dura]. Pendant toute cette scène, j’étais en conversation avec Talal Abou Rahma qui me demande de m’occuper de sa famille s’il lui arrivait quelque chose », conclut Charles Enderlin.

Les dernières images de ces rushes montrent la rue palestinienne.
La présidente de la Cour rappelle l’audience relai du 16 janvier 2008 et celle de plaidoiries du 27 février 2008. Me Patrick Maisonneuve lui demande alors la communication de ces rushes, au même titre que celle des autres pièces versées au débat. Ce qui respecterait les droits de la défense.

Au moment où Charles Enderlin quitte la salle d’audience, des journalistes se pressent auprès de lui pour l’interroger. GIN lui demande à quelle heure il a reçu les images de son cameraman. Mais le correspondant de France 2 reste silencieux. Etrangement, ses conseils lui ont interdit de s’exprimer devant la presse.

Richard Landes confie à GIN avoir vu trois minutes de plus de rushes à Jérusalem, en présence de Charles Enderlin.

Une experte de l’affaire al-Dura précise à GIN : « On a le timecode du DVD mais pas celui de la bande originelle. Quand un cameraman arrête de filmer, puis recommence, le timecode reprend à zéro. Or, ici le time code a défilé sans coupure. On ne peut pas être sûr qu’il s’agit de la bande originale ».

(1) Esther Schapira a réalisé le documentaire Qui a tué Mohamed al Dura (2001-2002), disponible en DVD
(2) http://www.pchrgaza.org/special/tv2.htm

Vous pouvez lire l’article France 2 a accepté de remettre ses rushes de l’incident al-Dura à la Cour d’appel de Paris à http://www.guysen.com/articles.php?sid=6219

Le dossier audiovisuel al-Dura établi par Richard Landes : http://www.seconddraft.org/aldurah.php

La preuve par l'ambassadeur
Michel Gurfinkiel
www.michelgurfinkiel.com, 20 novembre 2007

Dis-moi quel ambassadeur tu m'envoies, et je te dirai quelle paix tu me proposes.

En 1995, au lendemain des accords d'Oslo, Yasser Arafat avait nommé un certain Saëb Erekat à la tête de l'équipe chargée de négocier un règlement final avec Israël. Cet homme alors âgé de quarante ans présentait trois qualités : c'était un journaliste – il occupait les fonctions de rédacteur en chef au journal nationaliste palestinien Al-Quds – ; il parlait parfaitement l'anglais, ayant fait des études supérieures en Californie et en Angleterre ; enfin, il manifestait une docilité politique absolue. Ce profil ne faisait pas nécessairement de lui un bon diplomate, ni a fortiori l'homme d'Etat qui pouvait trouver et imposer des solutions aux nombreux problèmes encore en suspens entre la république juive et le mouvement palestinien. Mais telle n'était pas, en réalité, sa mission. Ce qu'Arafat attendait de lui, c'était de mener, sous prétexte et sous couvert de négociation, une offensive médiatique contre Israël qui, à plus long terme, allait justifier la rupture du processus de paix et une nouvelle offensive terroriste. Dans ce rôle, Erekat fut en effet efficace pendant cinq ans, et quelquefois brillant. Dispensant tour à tour le chaud et le froid, il préserva le concept de pourparlers bilatéraux jusqu'au sommet de Camp David, pendant l'été 2000, où Arafat rejeta le plan de paix extrêmement généreux présenté par le premier ministre Ehud Barak, et même au-delà, jusqu'au déclenchement de la « Seconde Intifada » au début de l'automne.

La suite fut moins convaincante. Au printemps 2002, alors qu'Israël, saigné à blanc par les attentats suicide palestiniens, réoccupait la Cisjordanie, il consacra beaucoup de temps à promouvoir la thèse d'un « massacre de civils » perpétré par Tsahal à Djénine, au nord du territoire : affirmant le 10 avril que les Israéliens avaient tué 500 civils palestiniens; faisant état, le 12 avril, de 300 victimes, enfouis dans des fosses communes ; le 15, de « crimes de guerre », sans plus de précisions ; revenant, le 17, au chiffre de 500 morts dans une interview à CNN. Visiblement, Erekat s'oubliait, et laissait le propagandiste qu'il était supplanter, en lui, le négociateur qu'il était censé être. Qui plus est, en s'obstinant dans des accusations fluctuantes et sans fondement.

En 2003, Erekat fit semblant de rompre avec le système Arafat. Il démissionna de ses fonctions de négociateur au mois de mai. Mais accepta de le reprendre au mois de septembre de la même année. En succédant au raïs, fin 2004, Abbas s'empressa de confirmer Erekat à son poste. Le mouvement islamiste Hamas fit de même en 2006, quand il prit le contrôle du gouvernement de l'Autorité palestinienne.

Aujourd'hui, Erekat prépare la conférence d'Annapolis au nom de Mahmoud Abbas et de son nouveau premier ministre, le libéral Salem al-Fayed. Le 13 novembre, il a fait savoir que les Palestiniens ne signeraient aucun accord avec Israël tant que celui-ci se définirait comme un « Etat juif », dans la mesure où « la religion et la politique doivent être séparées ». Pour un représentant de l'Autorité palestinienne, où l'islam est la religion officielle, ce n'est pas trop mal. Pour un négociateur mandaté par une entité membre de la Ligue arabe, dont vingt-et-un membres sur vingt-deux se définissent comme « islamiques », ce n'est pas mal non plus.

Dis-moi quel ambassadeur tu m'envoies, et je te dirai quelle paix tu me proposes. Si Abbas – et al-Fayed – se font représenter par Erekat en 2007, et si celui-ci tient de tels propos, cela signifie quelque chose. Exiger d'Israël qu'il renonce à son identité juive, c'est formuler en fait deux nouvelles revendications, activables dès la signature éventuelle d'un traité de paix :

1. Un Israël qui ne serait plus défini comme « juif » devrait abolir la Loi du Retour, qui permet à tous les Juifs du monde, et même aux non-juifs pouvant établir une ascendance juive partielle, d'y immigrer ou d'y bénéficier d'un asile.

2. Un Israël « déjudaïsé » devrait accéder à toutes les revendications de sa minorité arabe et se transformer en Etat binational judéo-arabe. Les Palestiniens disposeraient ainsi de leur Etat proprement dit, régi par la chariah, et d'un Etat bis, une sorte de second Liban où une laïcité de façade couvrirait une islamisation rampante.

Revendications habiles. La faiblesse idéologique structurelle dont Israël fait preuve face au nationalisme palestinien, depuis la « révolution constitutionnelle » de 1992 – qui a placé la Cour suprême au dessus du parlement - et les accords d'Oslo de 1993, a favorisé l'émergence d'un formidable mouvement sécessionniste chez tous les Arabes israéliens : en Galilée, à Gaza, dans le Néguev, chez les paysans sunnites, mais aussi chez les Bédouins et même les Druzes, jusqu'ici plutôt fidèles à l'Etat. Près de 20 % de la population israélienne aujourd'hui, 25 % demain. Il n'y a guère que les Arabes chrétiens, à faible démographie et peu à peu instruits par le sort de leurs frères du Liban et de Cisjordanie, pour adopter un profil plus bas dans cette affaire.

Le 14 novembre, les étudiants arabes des universités israéliennes ont célébré le « Jour du keffiyeh » en arborant cette coiffure pour mieux défier leurs professeurs et camarades juifs. Au nom des droits de l'homme, la démocratie israélienne leur garantit 17 % au moins de toutes les admissions universitaires, et leur en accorde en fait plus : de 30 % à Haifa ou près de 25 % à Jérusalem.

Un Comité arabe de veille politique, toléré par les autorités israéliennes au nom des droits de l'homme et de la liberté d'expression, chapeaute le mouvement sécessionniste. Le 16 novembre, il votait à l'unanimité une résolution soutenant la revendication palestinienne sur la déjudaïsation de l'Etat.

Le 19 novembre, un professseur arabe israélien refusait d'admettre à ses cours au Collège Sapir, une faculté de science économique et de management, un étudiant réserviste qui s'était présenté en uniforme.

Tsipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, a fort justement remarqué le 18 novembre, en recevant son homologue français Bernard Kouchner, que la création d'un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza devait éteindre toute revendication irrédentiste palestinienne ou arabe, tant à propos des frontières d'Israël que de sa politique intérieure. « On ne peut pas gagner sur les deux tableaux », a-t-elle observé.

Le fait est malheureusement que Mahmoud Abbas et même l'honorable Salem al-Fayed montrent, en conservant Erekat à son poste et en encourageant les scécessionnistes arabes israéliens, que c'est exactement leur intention.

Pardon pour tout ce mal !
Marc Ouellet
La Presse, 21 novembre 2007

À la suite de mon intervention à la commission Bouchard-Taylor, vos commentaires ont été nombreux et variés. Je les ai tous lus avec grande attention, qu’ils proviennent du courrier ou des médias. Merci des messages d’appui, merci aussi des critiques qui m’ont fait réfléchir et qui motivent cette lettre ouverte qui voudrait prolonger la réflexion, dissiper les incompréhensions et inviter à une écoute réciproque dans un esprit de paix et de réconciliation. (…)

La frilosité devant la procréation, devant la vie, compromet l’avenir du Québec, et sa jeunesse cherche des modèles qui semblent lui manquer cruellement. Il nous faut un dialogue sérieux sur les valeurs et sur notre témoignage de chrétiens pour redonner espérance et foi à l’âme québécoise.

Pourtant, l’Église catholique ne manque pas de figures exemplaires qui ont marqué l’histoire de notre société. Des laïcs, hommes et femmes, des religieuses et religieux, ont laissé des traces mémorables, un précieux héritage dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’évangélisation. Le pape Jean-Paul II a canonisé ou béatifié 14 de ces personnalités, durant son pontificat. Mais, malheureusement, elles sont trop peu connues.

On accorde beaucoup plus d’attention au passif de l’Église qu’à sa contribution active à l’histoire et à la culture québécoises. Un regard juste et clairvoyant sur notre passé chrétien aiderait, je pense, à reconnaître nos limites, mais aussi à nourrir la fierté et la confiance des Québécoises et des Québécois face à notre avenir.

M’inspirant du geste de Jean-Paul II dont j’ai été témoin à Rome en mars de l’an 2000, j’invite les catholiques à un acte de repentance et de réconciliation. La société québécoise traîne une mémoire blessée dont les mauvais souvenirs bloquent l’accès aux sources vives de son âme et de son identité religieuse. Le temps est venu de faire le point et de prendre un nouveau départ. Des erreurs ont été commises qui ont terni l’image de l’Église et pour lesquelles il faut humblement demander pardon. J’invite les pasteurs et les fidèles à chercher avec moi la manière de reconnaître nos erreurs et nos déficiences, afin d’aider notre société à se réconcilier avec son passé chrétien.

Comme archevêque de Québec et primat du Canada, je reconnais que des attitudes étroites de certains catholiques, avant 1960, ont favorisé l’antisémitisme, le racisme, l’indifférence envers les premières nations et la discrimination à l’égard des femmes et des homosexuels. Le comportement des catholiques et de certaines autorités épiscopales relativement au droit de vote, à l’accès au travail et à la promotion de la femme n’a pas toujours été à la hauteur des besoins de la société ni même conforme à la doctrine sociale de l’Église.

Perte de confiance

Je reconnais aussi que des abus de pouvoir et des contre-témoignages ont terni chez plusieurs l’image du clergé, et nui à son autorité morale : des mères de famille ont été rabrouées par des curés sans égard pour les obligations familiales qu’elles avaient déjà assumées ; des jeunes ont subi des agressions sexuelles par des prêtres et des religieux, leur causant de graves dommages et traumatismes qui ont brisé leur vie ! Ces scandales ont ébranlé la confiance du peuple envers les autorités religieuses, et nous le comprenons ! Pardon pour tout ce mal !

Le carême de 2008, dans le cadre de la préparation spirituelle au congrès eucharistique international de Québec, nous donnera l’occasion de témoigner publiquement de notre repentance, prenant appui sur le don de Dieu qui nous est fait dans l’eucharistie, pour la vie du monde. D’autres initiatives suivront pour faciliter l’accueil, le dialogue et la guérison de la mémoire.

Que cette recherche de paix et de réconciliation, vécue en toute sincérité, aide le Québec à se souvenir plus sereinement de son identité chrétienne et missionnaire, qui lui a valu une place enviable sur la scène internationale.

En tant que pasteur d’un peuple en grande majorité catholique, vous comprendrez que la transmission de notre héritage culturel et religieux me tient beaucoup à cœur. C’est pourquoi je réitère l’appui aux parents qui ont droit à ce que leurs enfants reçoivent à l’école un enseignement religieux qui corresponde à leurs convictions. Je demande donc avec eux à l’État de respecter la tradition québécoise de transmission des connaissances religieuses à l’école – pas nécessairement par l’école – et d’offrir un espace aux Églises et aux groupes religieux reconnus afin qu’ils donnent des cours confessionnels qui soient conçus et rémunérés par eux. Et qu’au nom de la liberté religieuse de chacun, le cours d’État d’éthique et de culture religieuse soit optionnel.

Nous sommes fiers d’être Québécois et Québécoises et nous ne voulons pas perdre nos moyens de transmettre les valeurs profondes de notre héritage religieux. Notre tradition judéo-chrétienne a fait de nous un peuple solidaire et charitable, nous savons faire preuve d’entraide et nous sommes capables de pardonner avec l’aide de Dieu. Afin de retrouver pleinement l’estime de nous-mêmes et la confiance en l’avenir, cherchons des chemins de réconciliation et offrons à nos compatriotes un dialogue vrai sur les valeurs spirituelles et religieuses qui ont façonné l’identité québécoise. En un mot, ne s’agit-il pas, aujourd’hui comme hier, tout simplement, de vivre l’évangile ?

(Marc Ouellet est archevêque de Québec et primat du Canada.)

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Volume VI, Numéro 309 • vendredi le 16 novembre 2007

La destruction d’Israël par un État binational
HonestReporting.com, 24 octobre 2007

La majorité des leaders du monde s’entendent pour la création de deux États : Israël et un État palestinien existant côte à côte en paix et en sécurité. Mais une autre «solution» au conflit Israélo-palestinien, dont la promotion insidieusement se fait avec un vocabulaire de paix, est la création d’un seul État, ou État «binational». Cette solution comprend le soi-disant «droit du retour» qui verrait Israël submergé par des Arabes palestiniens.

  • À son niveau le plus fondamental, la solution d’un seul État nie au Peuple juif son droit à l’autodétermination dans sa patrie historique et remet en doute la légitimité même d’Israël en tant qu’État.
  • Comme le taux de nanalité des Arabes palestiniens est beaucoup plus élevé que celui des Juifs, les Juifs deviendraient minoritaires dans un État binational. Les Arabes voteraient ensuite en faveur de la création d’un État musulman pour remplacer Israël.
  • Cette solution d’un État unique est simplement une stratégie à peine voilée pour détruire l’État d’Israël et remettre en question son droit d’exister. Sol Stern et Fred siegel écrivent dans le New York Sun : «Un État binational est un euphémisme pour la destruction de l’État juif. C’est un terme utilisé par les éléments les plus extrêmes dans le mouvement palestinien et par leurs alliés en Syrie et en Iran. Les groupes terroristes comme le Hamas et l’Hezbollah veulent créer une république islamique à la place d’Israël.»
  • L’avocat Alan Dershowitz ajoute : «Un État binational n’est rien moins qu’un tratagème visant à détruire l’État d’Israël et le remplacer par encore un autre État arabe islamique. Ceux qui proposent cette solution pour Israël ne le feraient jamais dans le cas de l’Inde, de l’ancienne Yougoslavie, ou de tous autres États qui ont déjà été unis mais qui sont aujourd’hui divisés selon des bases ethniques ou religieuses.»
  • Pratiquement, un État binational ne marcherait tout simplement pas. Le chroniqueur palestinien Ray Hanania écrit : «La seule solution serait deux États parce que l’idée d’un seul État où Chrétiens, Musulmans et Juifs vivant côte à côte en toute équité est fondamentalement fausse. C’est une erreur et ça ne fonctionnera jamais… Ce n’est pas mis en pratique chez les Arabes ni dans le Monde islamique. Aujourd’hui, où dans le Monde islamique peut-on voir des Juifs et des Chrétiens vivant comme citoyens à part entière?»

Dans un monde où des États à ethnie mixte comme la Yougoslavie ont dégénéré en carnage, et où des États musulmans comme l’Arabie Saoudite se proclament exclusivement pour Musulmans, pourquoi est-ce que le seul État juif doit servir de cobaye dans une expérience utopique tirée par les cheveux? Pourquoi est-ce qu’un État juif serait illégitime?

Le blues d'Annapolis
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 24 octobre 2007

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Je prévois que la nouvelle série de négociations diplomatiques israélo-arabes que l'administration Bush prévoit de tenir le 26 novembre prochain compromettra sérieusement les intérêts américains et israéliens.

D'une manière générale, les négociations ne réussissent que sur la base d'un objectif commun. Dans les négociations entre le patronat et les syndicats, par exemple, les deux parties souhaitent la reprise du travail. En l'absence d'un tel fondement partagé, les négociations tendent non seulement à échouer, mais encore à faire plus de mal que de bien. Et c'est le cas des discussions prévues à Annapolis, dans le Maryland. L'une des parties (Israël) aspire à une coexistence pacifique alors que l'autre (les Arabes) souhaite éliminer son partenaire de négociation, comme le prouvent ses actions violentes, ses votes majoritaires, ses réactions aux sondages, sa rhétorique politique, ses messages médiatiques, ses manuels scolaires, ses sermons dans les mosquées, les graffitis sur ses murs et bien d'autres choses encore.

Il faut donc s'attendre à des dégâts si le gouvernement israélien fait de «douloureuses concessions» en échange d'une paix froide ou de vaines promesses, comme cela a toujours été le cas depuis 1979. Une telle issue stimulerait encore l'enthousiasme et la détermination arabes à éliminer l'État juif.

Par ailleurs, si les Israéliens résistent devant une position commune aux États-Unis et aux Palestiniens, il faut craindre l'apparition d'une crise sans précédent dans les relations entre les États-Unis et Israël – pire encore qu'en 1975 et même qu'en 1957. Ceci notamment en raison de l'importance exceptionnelle des enjeux. La secrétaire d'État Condoleezza Rice a déclaré que «les États-Unis considèrent l'instauration d'un État palestinien, d'une solution à deux États, comme absolument essentielle pour l'avenir non seulement des Palestiniens et des Israéliens, mais bien du Moyen-Orient tout entier ainsi que des intérêts américains.» Si un État palestinien est «absolument essentiel (…) pour les intérêts américains», quiconque s'y opposera paiera sans doute le prix fort. Comme je le soutiens depuis novembre 2004, les relations entre les États-Unis et Israël ne tiennent qu'à un fil. Annapolis les rend encore plus vulnérables.

Au-delà de ces problèmes aussi graves qu'inévitables, les discussions affrontent deux défis d'ordre pratique: du côté palestinien, Mahmoud Abbas, «l'homme du paille du Fatah» (pour reprendre l'expression de l'éditorialiste du Jerusalem Post Caroline Glick) est extrêmement peu fiable. Comme le relève Hirsh Goodman, du Jerusalem Report, «il n'existe aucun organe responsable palestinien qui soit en mesure de livrer un quotidien à l'heure le matin. Inutile de parler d'un accord de paix qui passerait l'épreuve du temps.»

Du côté israélien, le ministère d'Ehud Olmert pourrait s'écrouler si ses partenaires ombrageux décidaient de quitter la coalition au pouvoir. Les partis Shas et Yisrael Beiteinu ont fait connaître leur ferme opposition à une partition de Jerusalem, entre autres mesures. Ehud Barak, le chef du Parti travailliste, devrait rejeter tout plan réduisant la liberté de mouvement des Forces de défense israéliennes en Cisjordanie. La ministre des affaires étrangères Tzipi Livni pourrait tout lâcher si le «droit au retour» palestinien n'est pas abandonné. Le fait qu'un récent sondage indique que 77% des Israéliens estiment que leur gouvernement est «trop faible pour signer un accord de paix avec les Palestiniens au nom d'Israël» augmente encore les chances de défection.

Devant ces sombres perspectives, on se demande bien quelle mouche a piqué l'administration Bush pour relancer l'idée de négociations israélo-palestiniennes après s'en être tenu à distance pendant près de sept ans? Quelques facteurs possibles:

La menace iranienne. Rice distingue une ouverture pour la diplomatie américaine dans le réalignement de la politique moyen-orientale résultant de l'agression iranienne, tant actuelle (Hezbollah, Hamas) que future (armes nucléaires).

L'inaction serait pire. Si rien n'est fait, la position déjà très précaire de Kadima dans les sondages s'aggraverait encore et l'emprise fragile du Fatah sur la Cisjordanie s'effriterait. La perspective de voir le Likoud et le Hamas succéder à Olmert et Abbas ne plaît pas plus à l'administration Bush qu'à ces deux hommes.

Legs: Zbigniew Brzezinski a fait part des espoirs placés dans Annapolis par l'establishment de la politique extérieure et de sa piètre opinion de Rice: «Elle réalise que son legs est extrêmement mince. Si elle peut mener cette affaire à bien, elle passera pour une figure historique.»
Droits civils. Rice croit à une sorte d'analogie bizarre entre les Palestiniens de Cisjordanie et les Noirs du Sud.

Messianisme. Tant George W. Bush que Rice semblent s'estimer destinés à clore les hostilités israélo-arabes. Un de ses interlocuteurs indique qu'«elle croit le temps venu de mettre un terme au conflit israélo-arabe».

Le commentaire de Rice fait écho à la déclaration prononcée par George H.W. Bush en 1991 selon laquelle «l'heure est venue de mettre fin au conflit israélo-arabe» ainsi qu'à l'intention du premier ministre israélien Ariel Sharon, annoncée en 2005, de «résoudre ce problème une fois pour toutes». Mais, comme l'a si bien observé Irving Kristol: «Lorsque les Dieux veulent détruire quelqu'un, ils commencent par le tenter de résoudre le conflit israélo-arabe.»

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Volume VI, Numéro 308 • vendredi le 9 novembre 2007

Moyen Orient en flux
Laurent Murawiec
Metula News Agency, 31 october 2007

Truisme peut-être, important quand même : qui veut comprendre les évolutions internationales doit se souvenir en permanence que chacun des acteurs et des paramètres qui ensemble constituent la situation qu’il étudie est en mue ininterrompue, quoique souvent imperceptible ou invisible à l’œil nu. Incorporer à l’analyse un facteur obsolète l’invalide gravement. Plus ça change, moins c’est pareil.

La Turquie n’est plus un allié fiable pour les Etats-Unis ni l’Occident. L’ère kémaliste est terminée. La démographie est un destin : le paysan arriéré a repris l’ascendant sur les classes éduquées et occidentalistes de la capitale. L’Anatolie musulmane a pris sa revanche sur la Turquie stamboulie, laïque et … Le premier ministre Erdogan arabise la Turquie à grande allure. Certes, il ne renonce pas à la modernité économique, mais il en sape les fondements en faisant retour, subrepticement ou pas, aux principes directeurs islamo-ottomans. La banqueroute intellectuelle des politiciens héritiers du kémalisme aggrave leur paralysie. Certes, la Turquie ne se mue pas du jour au lendemain en république islamique, loin de là. Habile, Erdogan négocie avec art et opportunisme chaque tournant. Il fait payer à l’Occident chaque geste de bonne volonté. L’alliance militaire avec Israel, fruit de la stratégie à long terme des militaires rébublicains, n’est pas entravée.

Il n’empêche qu’il interdit l’invasion de l’Irak par le nord en 2003, ce qui compliqua gravement la situation, et qu’il vient de resserrer des liens y compris militaires avec l’Iran. Bien sûr, et on ne saurait l’en blâmer, il s’agit de faire pièce à la racaille assassine du PKK, la guerrilla kurde semi-KGB, semi-brigandage. L’attitude passive du gouvernement irakien n’a pas amélioré les choses. Les Kurdes démocrates et pro-occidentaux s’y essaient. Mais reste un rapprochement certain entre les Islamistes « modérés » d’Ankara et les Islamistes immodérés de Téhéran, au moment où ces derniers défient le monde et tentent d’échapper à un isolement sensible. L’ère kémaliste est entrée dans les livres d’histoire. La Turquie bascule lentement dans le cul de basse-fosse duquel l’avait hissée Ataturk. L’impact sur la balance générale des forces dans la région moyen-orientale est énorme.

En Iran, la « ligne de l’Ayatollah », extrémiste et apocalyptique, tient le haut du pavé. Dans les faits, Téhéran continue et accélère ses efforts nucléaires et, à grand prix, y compris l’énorme mécontentement populaire, l’auto-suffisance de sa consommation énergétique, tente de renforcer ses liens tant avec l’Etat du voyou Poutine qu’avec la Chine, dont la politique internationale est d’ordre mercenaire, comme j’y reviendrai de suite. La politique ni chèvre ni chou suivie par Washington resserre ce qui n’est ni un étau ni un cordon sanitaire, mais une série d’initiatives visant à réduire les marges de manoeuvre du régime iranien :on contraint les banques et institutions financières à choisir entre le marché américain et le marché iranien – le choix est peut-être pénible mais il n’est pas douteux. Pas d’embargo sur les exportations pétrolières iraniennes, ni sur ses importations de carburant, qui mettraient le pays à genoux, mais conduiraient droit à l’ouverture d’hostilités militaires. Téhéran pratique en attendant la politique dilatoire qui plaît tant à la couardise diplomatique, avec le soutien d’un El Baradei (l’égyptien qui dirige l’Association internationale de l’énergie atomique, et opère comme un agent islamo-arabe chargé de « couvrir » ses congénères), sans parler des entichés de la parlotte qui batifolent dans l’immeuble des Nations Unies à Manhattan.

Notons cependant que le raid israélien sur la centrale nucléaire syro-nord-coréenne en construction en Syrie n’a pas représenté un cinglant fiasco que pour le seul Assad : l’Iran a également perdu au jeu perte de face de l’allié syrien et catastrophe pour la menace stratégique qu’il représentait envers Israel ; constat de l'inanité du super-système de défense aérienne russe Pantsyr acquis par l’Iran comme par la Syrie (et dont se méfiaient depuis longtemps les stratèges israéliens et américains). L’Iran se sait aujourd’hui bien moins protégé d’un assaut aérien en règle qu’il ne se l’imaginait. C’est donc l’action, et non la parole, qui a changé un paramètre crucial : les ayatollahs n’agissent qu’assurés de l’impunité. Il faut se souvenir que l’Ayatollah Khomeini fit libérer les otages américains retenus et torturés depuis 444 jours au moment même où le président Reagan prit ses fonctions en 1981 ! Il fallut la très grave erreur stratégique de l’Administration Reagan – de ne pas riposter aux attentats qui détruisirent l’Ambassade des Etats-Unis à Beyrouth puis y assassinèrent plus de deux cents Marines – pour « libérer » envers les Etats-Unis la furie assassine des Islamistes iraniens aidés par leurs acolytes palestiniens.

Le régime iranien slalome entre les obstacles, à la voile et à la vapeur en quelque sorte, la désinformation par-dessus, la mobilisation guerrière par en-dessous. Il forme des cadres du Hamas à un niveau de compétence militaire supérieur, tout en exportant (par l’Egypte consentante et complice, laquelle vient d’ailleurs d’annoncer une relance de son programme nucléaire « civil ») des quantités importantes d’explosifs et d’armements à Gaza ; il continue de réarmer sa succursale libanaise du Hezbollah. Il renforce ses liens militaro-guerrilléros avec le voyou Hugo Chavez, dans le cadre de l’internationale islamo-castro-fasciste. Et il profite de la lâcheté de mercanti du gouvernement allemand, qui protège les juteuses exportations de ses industriels plutôt que de s’associer aux efforts pourtant timides de brider le régime terroriste des ayatollahs. Cela contrebalance dans le mauvais sens le considérable changement opéré à Paris par Sarkozy et Kouchner, qui ont mis au pas le Quai d’Orsay et ses fantasmes islamophiles, et la France sur le droit chemin d’une opposition résolue au danger iranien.

Au nord, Vladimir Poutine est en plein dans son « grand jeu » : quoique conscient du danger représenté à terme pour la Russie riveraine par l’armement nucléaire et balistique de Téhéran, il joue au comptant à balancer ses livraisons (y compris militaires et de technologie nucléaire) à l’Iran et à la Syrie (un contrat récent d’une valeur totale de dix milliards de dollars !) tout en jouant la valse-hésitation sur d’autres tableaux. On visite Ahmadinejad, on lui met des carottes sous le nez, on l’incite à faire des gestes envers Moscou – mais le Kremlin compte bien que les Etats-Unis ou Israel règlent leur compte au régime, dans un mois ou dans un an : Moscou sera l’ami qui proteste, et aura gagné sur tous les tableaux. Moscou espère préserver son « grand retour » stratégique au Moyen Orient sans heurt frontal avec les Etats-Unis, et en faisant payer au prix fort par Washington et Jérusalem une « neutralité » factice envers l’Iran. « Nous sommes la puissance musulmanophile », s’écriera alors avec la sincérité du crocodile affamé le maïtre guébiste du Kremlin, qui s’enivre de volutes impériales. L’instabilité au Moyen Orient est la stratégie fondamentale poursuivie par l’URSS et la Russie depuis 1945 : faute de pouvoir s’en emparer, empêcher les autres (Anglais, Américains) d’y réussir, leur causer d’incessants problèmes, les clouer et les y épuiser, en un mot pêcher en eau trouble ; plus s’aggrave la situation régionale, autour de l’Iran en particulier, plus s’élèvera le prix du pétrole, ce qui augmentera d’autant la rente pétrolière qui seule fait vivre l’économie russe (avec les armes), et les rêves de grandeur du rentier rancunier du Kremlin.

La Chine, où le président-secrétaire Hu Jintao a consolidé sa position à l’issue du congrès quinquennal du PC chinois, s’affaire à assurer à tout prix ses approvisionnements pétroliers et gaziers ; elle ne néglige aucune offre potentielle, de la Birmanie, que les tueurs au pouvoir ont rebaptisée Myanmar, au Vénézuéla et à l’Iran, au Soudan et à la Syrie ; ah ! la bonne odeur de pétrole ! l’arôme subtil du gaz naturel ! La « respectabilité » internationale à laquelle aspire Pékin en est affaiblie ; mais, comme on dit dans les avenues commerçantes de Washington où tous les trafics sont bons à prendre, business is business, d’autant que le risque de désastre financier guette le régime chinois avec une acuité croissante, et le pousse à agir le plus vitge possible, tous azimuts en quelque sorte.

D’autres paramètres sont en cours de changement : l’accord nucléaire indo-américain, l’un des grands acquêts de l’administration Bush, est dans la balance : le parti du Congrès au pouvoir le sacrifiera-t-il aux exigences des gauchistes et communistes qui font partie de sa majorité ? Voilà qui ralentirait sérieusement la grande inflexion de la politique étrangère indienne, qui pèse d’un poids croissant dans les affaires internationales. Benazir Bhutto et Pervez Musharraf trouveront-ils un modus vivendi ? L’affaire est de taille quant à l’avenir des mouvements terroristes qui tiennent les zones tribales du Pakistan et la frontière avec l’Afghanistan. N’oublions pas que l’Afghanistan voisine l’Iran, et qu’il représente traditionnellement pour le Pakistan la chasse gardée qui lui donne, au moins fantasmatiquement, la « profondeur stratégique » dont ses élites pensent avoir besoin face à l’Inde.

Quant à l’Irak, le changement y est encore plus sensible : la stratégie lancée par le général Petraeus est un succès franc et massif, et représente une formidable défaite pour al Qaeda. Souvenons-nous en effet des oiseaux de mauvaise augure qui croassaient naguère que la guerre d’Irak avait pour effet d’attirer et de concentrer les terroristes internationaux – non seulement les forces américaines et coalisées en ont-elles tué plusieurs dizaines de milliers, mais, plus encore, en ralliant les tribus sunnites et leurs chefs, révoltés par la sauvagerie dictatoriale des Islamistes : les benladénistes, en s’aliénant ceux qui semblaient être leurs alliés naturels, ont non seulement perdu la bataille d’Irak, mais une bataille de première importance dans le monde sunnite. Et tout cela a été rendu possible par la stratégie contre-insurrectionnelle de Petraeus, qui a ouvert les espaces où ont pu s’engouffrer les tribus et leurs chefs. On est loin de la désespérance qui réjousisait tant les ennemis démocrates, multilatéralistes et pacifistes de Bush. Comme le disaient avec courage au début de l’été les analystes démocrates Michael O’Hanlon (Brookings Institution, un think-tank du centre-gauche) et Kenneth Pollack (ancien directeur du Moyen Orient au Conseil national de sécurité de Clinton), il s’agit d’un conflit « que nous pourrions gagner. » Cela ne fera pas de l’Irak une décalcomanie de la Confédération helvétique ; mais en créant des conditions de coexistence et de stabilisation, une défaite qui blessera gravement al Qaeda. Comme l’avait dit ben Laden lui-même il y a une dizaine d’années : « Les gens choisissent le cheval le plus puissant et non le plus faible. » L’ennui pour l’émir suprême, c’est que son « Etat islamique d’Irak » bat de l’aile, que ses lieutenants locaux paniquent, qu’il confesse même son abattement : rien ne va plus en Irak pour les Islamistes sunnites ; plus les Sunnites irakiens se rapprochent des Américains, et plus baisse la cote du nervi chiite Muqtada al-Sadr, soutien branlant de l’Iran en Irak. Les poseurs de bombes chiites sont d’ailleurs en train de se recycler en hommes d’affaires et en députés, ce qui ne manquera pas de causer d’autres problèmes plus tard, mais affaiblit d’autant les actions insurrectionnelles.

De Washington, Bush et Cheney répètent à l’envi qu’ils ne laisseront pas l’Iran en possession d’armes nucléaires. On est cependant loin de traverser le Rubicon : pour l’heure, on suit ses méandres. On a suivi avec la plus grande attention le raid aérien de l’IAF en Syrie, ayant été associé à sa préparation : stratégiquement, Israel a récupéré dans l’estime américaine le poids militaire perdu avec l’inepte guerre si mal menée contre le Hezbollah l’an dernier. Ce n’est pas rien. Le paradoxal gouvernement Olmert-Barak-Livni qui boîte des deux jambes pour ainsi dire, a ainsi pris sa première initiative importante, tout en offrant Israel en offrande à la furie islamo-arabe dans le cadre des discussions avec l’ « Autorité » palestinienne : l’incohérence est parfaite. Israel n’en a pas le monopole, mais s’y essaie avec succès. A preuve, le pénible crétinisme de Condoleeza Rice, qui s’essaie à amidonner, une fois de plus, le scénario fané des « négociations de paix » entre Israel et ses ennemis jurés (voir à ce propos l’excellent article du Prof. Barry Rubin The Attempt to Kill Olmert (L’attentat préparé pour tuer Olmert, http://gloria.idc.ac.il//articles/2007/rubin/10_28.html). Comme d’habitude coexistent au sein de l’administration, et, on le craint, des lobes frontaux du président Bush, deux directions résolument contradictoires, quelles que soient les configurations du moment.

La situation politique américaine, qui ne manque pas d’incertitudes, est mouvante : les succès remportés sur le terrain par la stratégie Petraeus ont dans une certaine mesure requinqué l’administration, dont la popularité ne remonte cependant pas vraiment, rançon d’années de piétinement et d’aphasie, mais dont la marge de manoeuvre a été élargie ; échec cinglant, le dessein démocrate d’imposer des délais impératifs à un retrait des troupes américain est passé à la trappe, ce qui enrage l’extrême-gauche poussée par George Soros et autres gauchiste d’extrême-luxe ; Hilary Clinton se refuse à exclure une intervention militaire contre l’Iran. La quasi totalité des candidats républicains à la candidature présidentielle fait preuve d’un robuste état d’esprit militant à l’égard de l’Iran. Les données politiques intérieures qui semblaient acquises il n’y a que quelques mois à Washington ont largement évolué.

Faut-il bombarder l'Iran ?
Martin Van Creveld
LE MONDE, 1 novembre 2007

Traduit de l'anglais par Julie Marcot © Global Viewpoint

A en juger par son comportement, le pouvoir iranien est en proie à la panique. Et il a tout lieu de l'être : il y a un peu plus d'un mois, Israël a mené, avec succès, un raid en Syrie contre ce que l'on pense être des installations nucléaires, prouvant ainsi que les défenses antiaériennes de construction russe, dont l'Iran s'est lui aussi doté, sont vulnérables.

Derrière le premier ministre israélien Ehoud Olmert, il faut voir George Bush. Les deux chefs d'Etat ont fait part à maintes reprises de leur détermination à empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire, si nécessaire par la force. Et, dans ce cas, l'Iran n'aura pas grand-chose à leur opposer. L'International Institute of Strategic Studies de Londres a évalué son budget de défense à environ 6,3 milliards de dollars (4,3 milliards d'euros). Soit un peu plus de la moitié de celui d'Israël et moins de 2 % de celui des Etats-Unis. A ce budget s'ajoutent probablement des programmes secrets, mais l'Iran est à cet égard loin d'être une exception.

Si les Etats-Unis attaquent Téhéran (nous parlons ici d'une frappe reposant sur des tirs de missiles de croisière et l'aviation), l'Iran n'aura aucun moyen de répliquer. Leurs forces terrestres et navales ne conviennent pas pour ce type de frappe. Il se peut que le pays possède des missiles Shihab III ayant la portée nécessaire, mais seulement en petit nombre et pour une fiabilité très aléatoire. Si ces missiles sont dotés d'ogives conventionnelles, en termes militaires, l'effet sera quasi nul. A l'inverse, si ces ogives sont non conventionnelles, l'Iran s'exposera, pour reprendre les termes employés par l'ancien premier ministre israélien Itzhak Shamir peu avant la première guerre du Golfe, à des représailles "redoutables et terribles".

L'aviation iranienne n'est guère plus brillante. En 1988 déjà, à la fin de la guerre Iran-Irak, la flotte iranienne de vieux appareils de construction américaine n'était pour ainsi dire pas en état de marche. Depuis, hormis les avions irakiens qui se sont enfuis vers l'Iran pendant la guerre du Golfe de 1991 (et ne sont probablement plus en état non plus), les seuls apports hypothétiques seraient quelques avions de chasse russes. Seuls un petit nombre de témoins ont vu ces appareils. Et quand bien même l'Iran les aurait en sa possession, ces avions sont incapables d'atteindre Israël sans un ravitaillement en vol lors duquel ils risquent d'être abattus.

L'Iran construit aussi ses propres avions. Présenté récemment lors d'un défilé et baptisé Saeqeh (littéralement, "éclair"), il est une variation du F-5 Tiger américain. Conçu dans les années 1950 puis amélioré au cours de la décennie suivante, le F-5 fut refusé par l'armée américaine. Il a donc été vendu à d'autres pays, notamment à l'Iran, à la Jordanie et à plusieurs pays d'Amérique latine, qui n'étaient pas équipés pour exploiter des appareils plus sophistiqués. Le combat le plus illustre jamais livré par le F-5 a sans doute eu lieu dans le film Top Gun, de 1986, où il jouait le "rôle" d'un modèle imaginaire de MIG soviétique.

L'Iran aurait ainsi copié certains de ces appareils en leur apportant quelques améliorations. Il n'en reste pas moins que les Saeqeh n'ont pas la moindre chance face à des chasseurs dernier cri. De plus, Téhéran n'en possède qu'un nombre très limité. Et tout comme les avions de chasse russes, ils ne peuvent atteindre Israël qu'à condition d'être ravitaillés en vol.

Une autre solution consisterait pour les Iraniens à attiser les conflits dans le Golfe - c'est vraisemblablement ce qui trottait dans la tête du responsable des missiles au sein des Gardiens de la révolution, le général Mahmoud Chaharbaghi, lorsqu'il a affirmé être en mesure de lancer "11 000 roquettes à la minute". Ineptie. Exception faite des Katioucha, de courte portée et peu précis, aucun pays ne possède autant de roquettes, loin s'en faut. De fait, les forces américaines et leurs alliés dans le Golfe devraient pouvoir faire face à la menace des missiles iraniens. Sinon, à quoi bon maintenir dans la région 40 000 militaires (sans compter ceux postés en Irak) et deux ou trois groupes aéronavals dotés de 25 000 hommes ?

Dernière option pour Téhéran, organiser des attentats terroristes contre l'Occident. Mais en termes stratégiques, ces opérations auraient des effets quasi nuls : après tout, les attentats du 11-Septembre, les plus importants de l'histoire, n'ont en rien entamé les capacités des forces armées américaines. Une campagne terroriste coordonnée, contrairement à de petites attaques isolées, est plus facile à annoncer qu'à organiser, car beaucoup de choses peuvent capoter. En 1991 déjà, certains avaient craint que Saddam Hussein ne prépare une campagne de ce type ; au bout du compte, il n'y eut pas un seul attentat.

Rien de tout cela ne signifie pour autant que les Etats-Unis et ou Israël doivent réagir et lancer une offensive. Il n'est pas certain que les installations nucléaires iraniennes, vastes, bien disséminées et bien cachées, puissent vraiment être éliminées, et contrairement aux attaques menées par Israël contre l'Irak en 1981 et contre la Syrie, il est cette fois impossible de compter sur le facteur surprise. Il n'est d'ailleurs pas certain que ces attaques, si tant est qu'elles soient faisables, soient d'une quelconque utilité.

Depuis 1945, il ne s'est guère passé une année sans que ne se fassent entendre des voix, pour la plupart américaines, prédisant au monde les pires tourments si de nouveaux pays devaient se doter de l'arme nucléaire. Mais jusqu'ici, rien n'a donné raison à ces Cassandre. Bien au contraire : partout où l'arme nucléaire a fait son apparition, ses détenteurs ont cessé de se livrer des guerres à grande échelle. Notons que le général John P. Abizaid, ancien commandant en chef des forces américaines au Moyen-Orient, est venu s'ajouter à une longue liste d'experts qui, comme lui, estiment que le monde peut tout à fait vivre avec un Iran doté de l'arme nucléaire. Voilà un point de vue dont il faut tenir compte si l'on veut éviter que la pose anxiogène de Mahmoud Ahmadinejad ne pousse quiconque à commettre une bêtise.

(Martin Van Creveld est professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste des questions stratégiques)

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Volume VI, Numéro 307 • vendredi le 2 novembre 2007

La Déclaration Balfour
2 novembre 1917

Cher Lord Rothschild,

J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l’adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui.

« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays. »
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Arthur James Balfour

Karsenty, un héros qui se défend de l’être, combat pour la vérité
Phyllis Chesler
The Jewish Press, 24 octobre 2007

Traduction française : Menahem Macina

Grand, élégant, charmant et très déterminé, Philippe Karsenty, 41 ans, ancien agent de change, analyste de presse, et fondateur de Media-Ratings, est venu en Amérique pour donner une conférence et rencontrer la presse, peu après sa victoire provisoire devant un tribunal, à Paris, dans l’affaire Mohammed Al-Dura, l’enfant palestinien prétendument tué par un tir de l’armée israélienne.

La chaîne de télévision d’Etat, France 2, l’a attaqué en diffamation pour avoir affirmé que la diffusion qu’elle avait faite d’un très bref extrait des 27 minutes de séquences brutes, constituait une accusation meurtrière. L’événement s’était produit le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim, et, depuis, Al-Dura est devenu une figure emblématique et est à l’origine de plus d’un millier d’émeutes islamistes, de pétitions anti-israéliennes, et d’attentats-suicide à l’explosif, réussis ou déjoués.

En septembre dernier, près de six ans après l’événement, un juge a finalement ordonné à France 2 de transmettre le film au tribunal, pour le 14 novembre. Quant au procès, il est fixé au 27 février 2008.

Récemment, Karsenty est venu me voir un après-midi, et il est revenu, deux jours plus tard, prendre la parole devant un groupe de personnes rassemblées en son honneur, chez moi. Parmi mes invités, il y avait un descendant direct du Capitaine Albert Dreyfus, mon ami et voisin, Gilles Dreyfus.

Karsenty est un héros qui ne m’a pas permis de le présenter comme tel. Il m’interrompait à chaque fois qu’il lui semblait que j’allais le faire. Il a dit qu’il « faisait seulement ce qu’il fallait pour défendre la vérité » - façon de dire que tout un chacun pouvait en faire autant.

C’est juste, mais seuls quelques individus le font effectivement, ou continuent de le faire alors qu’ils se retrouvent mis en examen et extrêmement seuls. Karsenty et moi avons raison tous les deux – il est un héros, mais du fait que de tels héros sont rares, ils sont contraints d’agir seuls en assumant leur fardeau historique écrasant. Les organisations ne les soutiennent pas. Il arrive même qu’elles sabotent leurs héros et leur fassent obstacle. Ces associations collectives s’abstiennent d’intervenir, même quand ce pourrait être l’intérêt de leur nation et de leur organisation de le