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Communiqué Isranet Volume VI, Numéro 306 • vendredi le 25 octobre 2007 Mendelsohn à la recherche
des disparus Un an après le monument de Jonathan Littel consacré aux bourreaux nazis (Les bienveillantes), un livre magistral de Daniel Mendelsohn, Les disparus, est dédié aux victimes. Un événement. Quand Daniel Mendelsohn - né en 1960 - avait sept ou huit ans et qu'il se retrouvait au milieu de sa nombreuse parentèle juive, généralement à Miami, les vieilles tantes se mettaient à pleurer en le voyant apparaître: «Comme il ressemble à Schmiel!», disaient-elles avant de continuer en yiddish. Schmiel, c'était son grand-oncle maternel inconnu, l'aîné d'une famille de sept enfants nés à Bolechow, une bourgade de l'Empire austro-hongrois, devenue polonaise après 1918, aujourd'hui ukrainienne. Des trois soeurs et quatre frères Jäger, cinq avaient émigré aux États-Unis avant la Première Guerre, un autre en Palestine en 1930. Schmiel, le plus beau, le plus débrouillard de la famille, avait tâté des États-Unis en 1913. Après un an de galère, il était revenu à Bolechow pour y reprendre la boucherie familiale et devenir un prospère commerçant en gros. Deux camions, le premier téléphone privé de la ville. Une des rares photos à avoir subsisté le montre en 1930, vêtu d'un élégant manteau à col de fourrure. Et après? Plus rien ou presque. Né en 1960, fasciné par son grand-père Aby, qui était un grand conteur (avant de se suicider en 1980) , Daniel Mendelsohn apprendra très jeune que «Schmiel, sa femme et ses quatre filles ont été tués par les nazis en 1941». Il saura aussi, vaguement et à travers les branches, qu'il avait demandé de grosses sommes d'argent à ses frères et soeurs en 1939 pour tenter de quitter la Pologne. Daniel Mendelsohn, 47 ans, est un élégant intellectuel new-yorkais, spécialiste de civilisation grecque qu'il enseigne à l'université, et collaborateur régulier de la New York Review of Books, entre autre. Je le rencontre dans son hôtel de la rue de l'Odéon à Paris: «Pourquoi ai-je soudain eu le besoin de me lancer dans cette quête? Peut-être la crise de la quarantaine. Peut-être aussi que j'ai compris que les derniers témoins de cette époque allaient bientôt mourir à leur tour. Des 6000 Juifs de Bolechow de 1939, il en restait 48 après la guerre. Quand j'ai commencé ma recherche, ils n'étaient plus que douze, et ils avaient tous plus de 80 ans. Au début, le projet se limitait à un long reportage à Bolechow sur les traces de Schmiel en 2001 pour le New York Times Magazine. Les rencontres se sont enchaînées, et j'ai passé cinq années à rechercher de nouveaux témoignages. Pour redonner un visage à six disparus, à ces six Jäger engloutis sans laisser de trace dans l'anonymat de la Shoah. Le portrait esquissé de six victimes - ordinaires- sur six millions.»Le résultat est une simple et longue enquête minutieusement décrite sur près de 650 pages, un texte littéraire encensé par la critique américaine à sa sortie en 2006 et qui est aujourd'hui couvert de fleurs par les médias français: «un livre éblouissant», écrit L'Express, «une vertigineuse enquête», selon le Monde. Un an après le choc des Bienveillantes, colossal roman sur les bourreaux, Daniel Mendelsohn, intellectuel juif américain de la génération de Jonathan Littel, crée l'événement en France, avec un récit consacré aux victimes, aux rares survivants, à leurs descendants. Car le texte est volontairement sinueux - «proustien», ont dit plusieurs critiques. L'auteur fait des retours sur lui-même, sa propre famille, sa culture juive athée, mais aussi les mythes fondateurs de la Bible. Mais on ne perd jamais le fil conducteur de cette enquête. Nous voilà à Bolechow, où quelques très vieux Ukrainiens ont été témoins des monstrueux massacres de 1941 et 1942 - «0,8% de survivants» ! -, on en trouve même qui à l'époque ont connu Shmiel et sa famille. Et se souviennent de son élégance un peu prétentieuse. De sa fille Frydka, deuxième de la fratrie, et qui plaisait manifestement aux garçons. Au fil de ce jeu de piste qui le mène d'Australie à Copenhague et de Stockholm à Tel-Aviv, Mendelsohn accumule divers témoignages, souvent très flous, parfois contradictoires, sur le nombre de filles de Shmiel, sur l'année et les circonstances de leur mort, l'emplacement de leur belle maison bourgeoise de l'époque. Il trouve aussi un ancien petit ami de Ruchele, une soeur cadette. Puis un ancien chauffeur de la maison Jäger, boucherie en gros. Il y a enfin, lors d'un ultime voyage à Bolechow, la découverte de la minuscule cave en terre battue où, en 1942, Shmiel et Frydka s'étaient cachés avant d'être découverts et abattus sur place. Malgré le climat de terreur, ils avaient été cachés par deux Polonais, le petit ami de Frydka qui leur apportait à manger, et une institutrice qui les avait acceptés chez elle. Tous deux pendus dans les jours suivants. Les Disparus est un livre sur le souvenir. Mais aussi sur la culpabilité: «Mon grand-père Aby, dit Mendelsohn, avait gardé sur lui jusqu'à la mort, une lettre de l'époque, pour lui permettre de fuir la Pologne... Il lui envoya sans doute de l'argent, mais pas ce qu'il demandait... Et puis il y a la culpabilité supposée des Ukrainiens, "pires que les Polonais et les Allemands", disent les survivants. Je ne crois pas à cette généralisation: les Ukrainiens avaient été victimes des Soviétiques et les famines des années 30 avaient tué cinq millions d'entre eux. C'est vrai que beaucoup parmi eux avaient vu les Allemands comme des libérateurs ou un moindre mal. Beaucoup d'Ukrainiens ont été des auxiliaires sadiques des nazis. Mais je ne crois pas à la culpabilité "génétique": à Bolechow comme partout ailleurs, il y avait sans doute 10% de monstres, 10% de héros, et 80% de gens ordinaires qui essayaient seulement de sauver leur peau et celle de leur famille...» Projet
de loi sur l'identité québécoise - Xénophobe, digne de l'extrême droite européenne, honteux et répressif: le projet de loi 195 de Pauline Marois portant sur l'identité québécoise a été accueilli hier avec une matraque par le B'naï Brith, qui souhaite qu'on le passe le plus tôt possible à la déchiqueteuse. L'organisme de défense de la communauté juive n'a pas l'habitude de mâcher ses mots pour exprimer son avis. La journée d'hier n'a pas fait exception: le projet du Parti québécois a reçu une véritable volée de bois vert, lancée par le conseiller juridique national du B'naï Brith, Steven Slimovitch, et le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, tout aussi cinglant envers le projet de loi 195. «Le fait que quelqu'un ait même osé déposer ce projet de loi est incroyable», a indiqué M. Slimovitch en entretien après une conférence de presse. «Ce document n'aurait jamais dû sortir d'une imprimante. Il dénote un tel degré de xénophobie, il retire des droits fondamentaux -- -- comme celui de déposer une pétition -- qui sont protégés depuis 1215 [année de la rédaction de la Grande Charte, ou Magna Carta]. Ça n'a aucun sens dans une démocratie moderne.» La liste des récriminations de MM. Niemi et Slimovitch est longue. Ils affirment ainsi que le projet de loi 195 est inconstitutionnel, qu'il comporte une «orientation répressive des immigrants», qu'il créerait un système de «citoyenneté à deux niveaux dans un même pays», qu'il cherche «à contourner la loi fédérale» et à «exacerber les tensions existantes», etc. Les deux hommes estiment donc que le projet de loi sur l'identité ainsi que celui portant sur l'établissement d'une constitution québécoise «font penser aux mesures préconisées par les partis d'extrême droite en Europe. Ils sont dangereux, car ils institutionnalisent les sentiments de xénophobie et d'intolérance», écrit M. Niemi dans un communiqué. Pour le conseiller juridique du B'naï Brith, les aspects liés à la maîtrise de la langue française ne constituent pas le noeud du problème. C'est plutôt la connaissance nécessaire de la culture québécoise pour obtenir la citoyenneté qui l'inquiète fortement. «On reconnaît des droits fondamentaux à tout le monde, mais ils doivent être interprétés en fonction de la culture québécoise, déplore-t-il. Et cette culture-là, elle inclut qui ou quoi? Ça m'étonnerait que, dans un test imposé pour obtenir la citoyenneté, on pose beaucoup de questions sur les communautés juive, noire ou grecque.» Il pense plutôt que le projet de Mme Marois réfère à une «culture blanche, francophone et catholique». Propos «exagérés» À Québec, le porte-parole péquiste en matière d'affaires intergouvernementales s'est montré surpris de la vigueur de la réponse du B'naï Brith. «J'ai de la misère à me l'expliquer», a avoué Alexandre Cloutier en point de presse. «[...] C'est un projet de loi qui reprend les conditions des autres grands pays démocratiques. Très humblement, j'ai un peu de difficulté à m'expliquer des propos qui m'apparaissent exagérés.» M. Cloutier a lancé qu'au contraire de ce qu'affirme le B'naï Brith, le projet de loi 195 est «un projet d'inclusion, un projet de partenariat. Pour nous, c'est très raisonnable, c'est un projet de loi qui a été travaillé [pendant] plusieurs mois avec de grands experts». Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a quant à lui qualifié de «très, très vive» la réaction du B'naï Brith. «Mais beaucoup de gens sont effectivement heurtés par le projet de loi de Mme Marois, a-t-il ajouté. Il y a beaucoup de gens qui considèrent qu'avec ce projet de loi, s'il devait être adopté, ils seraient des citoyens de seconde classe à l'intérieur du Québec. C'est loin d'être un projet de loi rassembleur.» Plus tôt en journée, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, avait indiqué que Mme Marois empruntait un «sentier sinueux en matière d'identité» alors que son rôle devrait davantage être celui d'un «rempart contre [ses] militants radicaux», comme l'ont été Lucien Bouchard et René Lévesque en leur temps. Par ailleurs, cinq constitutionnalistes -- dont Daniel Turp et l'ancien ministre Jacques-Yvan Morin -- se portent aujourd'hui à la défense du projet de Mme Marois. Ils le jugent conforme aux divers articles des chartes québécoise et canadienne des droits et des libertés. *** Avec la collaboration de Robert Dutrisac Volume VI, Numéro 305 • vendredi le 19 Octobre 2007 Le sionisme au
point mort Adaptation française: Alain Jean-Mairet «Nous sommes tous des Keynésiens, à présent», avait déclaré Richard Nixon juste avant que les théories économiques de John Maynard Keynes tombent en discrédit. De même, en 1989, à l'heure où Israël était largement accepté, on aurait pu dire avec une égale assurance: «Nous sommes tous des sionistes, à présent.» Ce n'est plus le cas. Israël est assiégé à de nombreux égards: par les Iraniens qui préparent une bombe nucléaire, par les Syriens qui accumulent des armes chimiques, par les Égyptiens et les Saoudiens qui s'équipent de moyens militaires conventionnels considérables, par le Hezbollah qui attaque depuis le Liban, par le Fatah depuis la Cisjordanie, par le Hamas depuis Gaza et par les citoyens israéliens musulmans qui s'agitent politiquement et se font plus violents. Dans le monde entier, des professeurs, des éditorialistes et des bureaucrates de ministères des affaires étrangères remettent en question la pérennité de l'État juif. Même des gouvernements amis, notamment l'administration Bush, se lancent dans des initiatives diplomatiques qui sapent la capacité de dissuasion israélienne alors même que leurs ventes d'armes fragilisent sa sécurité. Mais supposons que le pays parvienne à maîtriser toutes ces difficultés. Il lui reste son principal défi: une population juive de plus en plus désenchantée, déçue et même embarrassée par l'idéologie fondatrice du pays, le sionisme, le mouvement national juif. Développée par Theodor Herzl (1860-1904) et d'autres théoriciens, la vision d'un État juif souverain transportée par le sionisme répondait au contexte politique et à l'humeur de son temps. Si les Chinois, les Arabes et les Irlandais voulaient établir leur nation, pourquoi pas les Juifs? Et même surtout les Juifs car, plus que tout autre peuple, ils avaient payé le prix fort pour leur faiblesse politique, avaient été expulsés, maltraités, persécutés et massacrés en masse comme aucune autre communauté. Le sionisme offrait un moyen d'échapper à cette histoire tragique en se dressant l'arme à la main. Dès sa création, le sionisme a eu son lot d'opposants juifs, depuis les haredim (ultra-orthodoxes) jusqu'aux rabbins réformistes en passant par les Irakiens nostalgiques. Mais, jusqu'à récemment, ces éléments restaient marginaux. Aujourd'hui, en raison des taux de natalité, la communauté haredi autrefois minuscule constitue 22% des élèves de première année en Israël. En ajoutant à cela le nombre à peu près équivalent d'élèves arabes de première année, on voit se dessiner des changements radicaux dans la politique israélienne à l'horizon de 2025. Pire encore pour Israël, le nationalisme juif a perdu le soutien quasi-automatique dont il jouissait autrefois parmi les Juifs laïques, qui sont nombreux à juger dépassée son idéologie du XIXe siècle. Certains acceptent l'argument aux termes duquel un État juif constitue un suprématisme raciste ou ethnique, d'autres sont séduits par des solutions universalistes et multiculturelles. Voici quelques signes des changements en cours: -Les jeunes Israéliens évitent le service militaire en nombres record – 26% des hommes et 43% des femmes en âge de servir n'ont pas été incorporés en 2006. Alarmées, les forces de défense israéliennes ont demandé que la législation refuse les prestations étatiques aux Israéliens juifs qui ne servent pas le pays. -Le ministre de la justice israélien Menachem Mazuz a compromis le travail du Fonds national juif, l'une des institutions sionistes pionnières (fondée en 1901) en décidant que son rôle, qui consiste à acquérir des terres destinées à des Juifs, ne pourrait plus recevoir le soutien de l'État. -Des historiens de premier plan s'attachent à montrer qu'Israël a été conçu dans le péché et a constitué un élément nuisible. -Le ministre israélien de l'éducation a approuvé des manuels scolaires destinés à des élèves arabes de troisième année qui présentent la création d'Israël, en 1948, comme une «catastrophe» (naqba en arabe). -Avraham Burg, fils d'une famille sioniste de grand renom et lui-même figure importante du Parti travailliste, a publié un livre comparant Israël à l'Allemagne des années 1930. -Un sondage de 2004 a révélé que seuls 17% des Juifs américains se disent «sionistes». Dans un contexte plus large, cet éloignement du sionisme reflète les tendances à l'œuvre dans d'autres pays occidentaux, où le patriotisme à l'ancienne et la fierté nationale sont également en recul. En Europe occidentale, les citoyens tendent à ne distinguer que peu, voire pas du tout de valeur dans leur propre histoire, leurs propres us et coutumes. Par exemple, le mois dernier, la princesse Máxima des Pays-Bas, l'épouse de l'héritier du trône, annonça sous les acclamations que «l'identité néerlandaise n'existe pas». Ce déclin du patriotisme généralisé dans tout l'Occident aggrave la situation délicate d'Israël en suggérant que son évolution s'inscrit dans une tendance plus vaste et donc d'autant plus difficile à contrer ou à renverser. Par-dessus le marché, les Arabes progressent actuellement dans le sens opposé et se dirigent vers des sommets de bellicosité ethnique et religieuse. En tant que sioniste, j'observe ces tendances avec inquiétude pour l'avenir d'Israël. Je me rassure en me rappelant que bien peu des problèmes actuels étaient évidents en 1989. Peut-être que d'ici 2025, les perspectives du sionisme se seront à nouveau largement ouvertes, à mesure que les Occidentaux en général et les Israéliens en particulier s'éveilleront enfin aux dangers engendrés par les irrédentistes palestiniens, les djihadistes et autres moyen-orientaux extrémistes. Le
magazine du Hamas pour enfants Al-Fateh Le magazine du Hamas pour enfants Al-Fateh est un bihebdomadaire édité à Londres et mis en ligne sur www.al-fateh.net. Il existe depuis septembre 2002. Le magazine, qui contient récits, poèmes, énigmes et devinettes, encourage au djihad et au martyre et encense les opérations terroristes et leurs auteurs. Il qualifie les Juifs d' "assassins des prophètes" et loue les parents qui incitent leurs fils à tuer des Juifs. Dans chaque numéro, une rubrique intitulée "Une histoire de martyr" présente les "actions héroïques" du moudjahid d'une organisation terroriste ayant perdu la vie dans une opération suicide (y compris contre des civils) ou été abattu par les Forces de défense israéliennes. Le magazine comprend également des illustrations de personnages (dont des guerriers enfants) incarnant l'ancien système de valeurs islamique de djihad et de martyre. Ces derniers sont présentés comme des exemples à suivre. On trouve parmi eux Al-Fateh, auquel le magazine emprunte son nom ("le conquérant"), un petit garçon sur un cheval brandissant une épée, ainsi que des enfants portant fusils et des combattants du Hamas lançant des roquettes Qassam. Certains numéros incluent des histoires de martyre, avec des personnages qui expriment le souhait de mourir au combat et de rencontrer les Vierges promises au Paradis, des parents qui se réjouissent d'avoir perdu leur enfant dans une opération de djihad et qui fêtent l'événement par des cris de joie et en distribuant des bonbons. Un film d'animation sur la télévision du Hamas évoque le martyre des enfants. Omar, héros du film : ‘Maintenant je comprends le sens de la participation des enfants à la défense de la patrie.’ MEMRI, No.1742, 16 Octobre 2007 Le 12 octobre 2007, la télévision Al-Aqsa du Hamas a diffusé un film d'animation intitulé: "Muhammad Al-Durra, martyr du monde". On y voit un petit Palestinien envoyer une pierre sur la tête d'un soldat israélien et le renverser, puis un enfant palestinien à travers le viseur d'un soldat israélien, lequel finit par tirer. Une chanson d'enfants en fond sonore laisse entendre les paroles: "Sur notre chemin [vers l'école] nous prenons le risque, et cachons des pierres à côté de nos cahiers." Une fillette en fond sonore chante: "Nous continuerons de marcher dans les pas du martyr. Dans le champ de bataille de la liberté, notre détermination est grande. Par la haine et le tort, la tragédie sera enterrée." On y voit ensuite le petit Omar, citoyen américain, se rendre en Palestine chez son cousin, se trouver mêlé à l'Intifada Al-Aqsa et affronter la cruauté des soldats israéliens. Omar proteste qu'il est Américain et qu'il souhaite rentrer chez lui. Son cousin Amjad lui répond: "Ne t'inquiète pas, Omar. Tu es Arabe, même si tu possèdes un passeport américain. Tu es un Arabe musulman. Même si tu es blessé ou, que Dieu t'en préserve, si tu perds la vie, tu mourras en martyr pour Allah." La tante d'Omar explique: "(…) Nous continuerons de défendre la première Qibla [direction de la prière] du Prophète et l'emplacement de son ascension jusqu'à ce que nous la libérions des Juifs, assassins des prophètes et des messagers [d'Allah]." Amjad conduit Omar dans une grotte où se trouve "des enfants morts en martyrs au cours de l'Intifada Al-Aqsa bénie. (…) Tous ces enfants se sont sacrifiés pour Allah, afin de libérer leur pays. Les maisons de certains se sont effondrées sur eux pendant leur sommeil, et d'autres sont [morts en] martyrs alors qu'ils affrontaient des tanks avec des pierres. Chaque martyr a sa propre histoire." Amjad désigne le martyr Muhammad Al-Durra, demandant de qui il s'agit: "C'est le martyr Muhammad Al-Durra, qui a acquis l'honneur du martyr le mois dernier, devant le monde entier. Un journaliste a risqué sa vie pour filmer son martyre. C'est pourquoi nous l'avons appelé 'le martyr du monde'. " A la fin de film, Omar déclare: "(…) Maintenant, je comprends ce que signifie occupation, Intifada, et le sens de la participation des enfants à la défense de la patrie. Ce n'est que maintenant que je comprends comment le martyre d'un enfant ébranle ma conscience et la conscience du monde entier." Volume VI, Numéro 304 • vendredi le 12 octobre 2007 Lettre à
un ami juif Ce texte, écrit le 24 juin dernier, est publié dans un numéro spécial de Tribune juive consacré aux 25 ans de cette revue. Je t'écris à l'occasion de la Fête nationale. Je ne sais pas comment tu fêteras, cette année, ni même si tu le feras. Car je sais que tu n'as plus le coeur à la fête et que l'inquiétude s'est emparée de toi. Cela fait pas mal de temps déjà que tu cherches à me le faire comprendre en me signalant ici un fait, là une phrase, et que tout ça mis bout à bout donne un tableau peu reluisant. Et si je t'écris ce matin, c'est pour te dire que, moi aussi, je m'inquiète, pour toi mais aussi pour nous tous. Rappelle-toi, en avril 2004, j'étais là sur place avec d'autres «dignitaires», dans cette école de Saint-Laurent dont on venait, quelques heures plus tôt, d'incendier la bibliothèque. [Nous étions là pour] exprimer notre solidarité, dire notre effroi. L'inquiétude -- et le mot est faible -- se lisait sur le visage des parents accourus sur place autour de cette petite école d'une paisible banlieue, une école comme toutes les autres mais qui, tout d'un coup, ce jour-là, a cessé de l'être, à jamais marquée dans sa différence par l'acte d'un incendiaire qui, pour être sûr de faire mal, s'est attaqué non pas simplement aux murs mais bien au coeur même de l'école, c'est-à-dire à la bibliothèque et à ses livres porteurs de tradition et garants de fidélité. Acte isolé d'un jeune en mal de sensations fortes? Peut-être, en tout cas, nous l'espérions tous ainsi, jusqu'au jour de l'automne dernier, en septembre 2006, où une autre école juive, dans un autre quartier, était à son tour frappée. Même scénario, me diras-tu. Certes, avec toutefois une différence, et aggravante me semble-t-il, que ce qui s'est fixé dans l'attention des médias: cette fois, c'était moins l'incendie lui-même que l'interrogation à laquelle certains se livraient soudainement sur les écoles hassidiques et sur ce qu'on y enseignait (ou n'enseignait pas). Cette interrogation était d'autant plus malvenue dans les circonstances qu'elle semblait être proposée comme explication de ce qui venait de se produire. Acte isolé? Une fois n'est pas coutume, je le sais bien, mais deux fois? Quoi qu'il en soit, la danse du feu a continué depuis, non plus à Montréal mais à 100 kilomètres au nord, cette fois dans une colonie de vacances, où furent attaqués non pas un ni deux mais bien trois «chalets» appartenant à des juifs hassidiques de Montréal, dont un rabbin. Geste isolé? Cette fois, hélas, sans doute non. Et sur cette toile de fond noircie à gros traits par ces allumeurs de feux, que voit-on sur le devant de la scène? Tu m'as signalé plusieurs faits au cours des derniers mois, mais trois en particulier te sont restés en travers de la gorge. Rappelons-les dans l'ordre où ils se sont produits. Juste pour rire? Été 2004, c'est-à-dire trois mois à peine après le premier incendie, voici qu'on nous amène à Montréal, à grands frais, et qu'on fait parader ici, à l'avant-scène justement d'un festival apparemment fait «juste pour rire», ce Dieudonné venu de France. Je sais bien que dans les milieux officiels, au Congrès juif, on a estimé que son spectacle n'était pas à proprement parler «antisémite», mais je sais bien, pour l'avoir éprouvé moi-même jadis en tant que Québécois de la bouche d'humoristes anglo-saxons, que ce genre d'humour, toujours assené du haut vers le bas, peut faire très mal. Simple fait isolé? Cette fois, la réponse est claire: c'est à répétition maintenant, comme pour narguer, qu'on nous sert du Dieudonné, maintenant devenu un incontournable des festivals d'humour. On voudrait dire non seulement aux juifs de Montréal mais aussi à tous les autres que notre ville est devenue un haut lieu du rire antijuif qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Du Liban à Montréal Été 2006, guerre au Liban. Ce qu'on en a vu à la télé n'était assurément pas beau à voir -- ce ne l'est jamais --, et à toi aussi, ces scènes ont fait mal. Mais ce que tu retiens par-dessus tout de ce mois trop long, c'est la grande manifestation organisée dans les rues de Montréal, non pas tellement à cause de ses accents pro-arabes et ses couleurs pro-Hezbollah (de cela, tu as malheureusement l'habitude) que parce qu'y ont participé, sachant bien qu'ils en seraient les vedettes, les deux dirigeants des deux grandes formations politiques, le Parti québécois et le Bloc québécois, qui sont porteuses, plus que toute autre, de l'identité québécoise et du projet de l'indépendance. Simple étourderie estivale de leaders ingambes en mal de bains de foule? En tout cas, assurément, aveuglement inconséquent de la part de chefs qui, entre deux belles phrases sur le-nationalisme-civique-de-tous-les-Québécois-et-Québécoises, pourraient réfléchir sur ce fait incontournable que rien de sérieux et de solide ne se fera dans la voie de l'indépendance nationale sans que soit inscrite dans les esprits de tous la conviction que, de ce projet, aucun groupe n'est exclu ni même n'est fondé à se croire exclu. Le cercle de M. Dumont Juin 2007. Troisième fait, encore tout chaud. Un dirigeant politique d'une grande formation, Mario Dumont, a récemment rencontré les dirigeants d'une «communauté culturelle», comme on dit par ici. Ces prises de contact sont monnaie courante dans notre vie politique, si fortement marquée au coin des identités et des organisations ethniques, et elles passent généralement inaperçues. Qui, en effet, veut vraiment savoir que tel de nos dirigeants politiques a devisé, hier avec les Haïtiens, aujourd'hui avec les Grecs, et qu'il rencontrera demain les musulmans? Mais comme, en l'espèce, il s'agissait de la communauté juive, il s'est trouvé un journal -- et pas des moindres, un grand, celui qu'on lit dans les beaux quartiers et que subventionne le gotha des affaires, La Presse pour ne pas l'appeler par son nom -- qui s'est amusé à faire de cette «nouvelle», autrement courante et banale, la matière de ses gros titres à la une, les ponctuant d'une caricature dans laquelle l'ensemble de la communauté juive, pourtant multiple, diverse et moderne entre toutes, se trouvait soudain rapetissée à la seule dimension de son élément hassidique. Méchanceté organisée? En tout cas, insensibilité caractérisée. Inquiétude partagée On nous répondra que tu as la sensibilité à fleur de peau et que ton inquiétude est infondée. Si je t'écris aujourd'hui, c'est pour te dire que, moi en tout cas (et je sais que je ne suis pas seul et j'attends qu'une voix autorisée se fasse entendre), je te comprends et que je partage ton inquiétude, parce que je commence à mieux te connaître et que je sais par ailleurs que, pour achever de te faire désespérer du Québec, certains s'emploient à te rappeler un passé, malheureusement pas si lointain, où des choses se sont passées ici, qui n'étaient pas belles. Je ne m'étendrai pas ici là-dessus, sauf à dire que, de ce passé, il faut aussi connaître, à côté des zones d'ombre, les rayons de soleil, et savoir qu'à côté des coups de gueule qui se sont échangés entre nous, il y eut aussi parfois des paroles qui méritent d'être rappelées. Et puisque nous sommes aujourd'hui au faîte de l'été, regardons un peu côté soleil et rappelons-nous que s'il s'est trouvé un Mordecai Richler pour tenir les propos que l'on sait sur les «séparatistes», il s'est trouvé par ailleurs d'autres écrivains, qui ne sont pas moins chers au coeur des juifs de Montréal, pour tenir un discours plein d'espoir pour l'avenir. Je pense ici notamment à Leonard Cohen qui confiait à un journaliste du Monde l'idée qu'il se faisait du Québec, qui commençait alors à s'affirmer: «Je me sentais proche d'eux parce qu'ils ne se résignaient pas à voir disparaître toute trace française en Amérique du Nord... Et puis, ce qui m'a séduit à l'époque, c'était l'isolement de ces gens qui tentaient de donner forme à ce petit coin de continent américain. Pour le garder. Pour résister. Contre quoi? Contre l'Amérique. Pas tant l'impérialisme yankee et tout cela. Mais pour maintenir sur le sol américain une autre culture, une autre option.» (Le Monde, 6 juin 1970, page VII.) Voilà, pris au hasard car il y en a d'autres, un petit rayon de soleil pour la Fête nationale. C'est peu, et je sais qu'il reste tant à faire et à dire. Nous y reviendrons, si tu le veux bien. Mais une chose en particulier m'apparaît importante dans ces années de conflit au Proche-Orient: comprendre qu'il ne s'agit pas, pour nous ici à Montréal, d'une simple affaire de politique étrangère, qui ne concernerait que les chancelleries et les gouvernements et sur laquelle par conséquent nous ne pourrions guère agir, mais qu'il s'agit d'abord pour les juifs de Montréal, nos voisins, nos amis, d'une affaire de patriotisme, ce sentiment qu'ils ressentent pour ce pays à la fois si lointain et si proche de leur coeur, dont ils tirent une immense fierté, celle d'avoir tenu, de l'avoir fait si longtemps et au travers de tant d'obstacles, et d'avoir bâti un pays moderne entre tous. Et que ce sentiment, cet attachement, les Québécois peuvent le comprendre, et d'autant plus naturellement qu'eux aussi veulent continuer, tenir et réussir. Cela, qui est du domaine des rapports humains bien plus que la politique étrangère, nous est accessible. À cet égard, permets-moi de rappeler ce qu'écrivait en 1961 Marcel Chaput, qui fut un des premiers à défendre l'idée de l'indépendance du Québec. Relisons-le, il y a là peut-être pour nous une bonne méthode pour la suite des choses entre nous: «Les Canadiens français ont dans le passé dit beaucoup de mal des Juifs; nous pourrions peut-être ici en dire un peu de bien. Car nous avons beaucoup à apprendre d'eux. Par exemple que ce peuple disséminé de par le monde, ayant perdu depuis vingt siècles sa mère patrie, ayant oublié sa langue maternelle, a finalement décidé, à notre époque, de fonder son pays, Israël, l'ancienne Palestine.» (Marcel Chaput, Pourquoi je suis séparatiste?, 1961, Éditions du Jour, page 56.) Bonne idée, n'est-ce pas? Bonne Fête nationale! (Guy Bouthillier, Ex-président de la SSJB de Montréal et du Comité de la Fête nationale et professeur honoraire au département de science politique de l'Université de Montréal ) FAUT-IL
CACHER LE CASHER ? Certains palais particulièrement délicats sont pris de borborygmes à l’idée même de se soumettre, même provisoirement, aux interdits alimentaires prescrits par le rituel de la religion juive. Comment ne pas s’offusquer à la vue d’un pot de yaourt bien estampillé MK, donc porteur d’un message religieux d’une époque révolue et, partant, irrecevable dans une société qui se targue d’avoir franchi sans possibilité de retour le seuil de la laïcité? La problématique n’est pas nouvelle. Ce n’est qu’au terme d’un intense combat intérieur que Pierre, le disciple de Jésus, surmonta son dégoût pour les fauves et les reptiles qui s’offraient à lui dans une vision cauchemardesque. Sa décision de consommer des nourritures impures pourrait avoir scellé, pour ainsi dire, et plus que toute autre croyance religieuse, la séparation définitive de la Synagogue et de l’Église naissante. On assista au 4ième siècle de notre ère à un revirement dramatique de situation quand les chrétiens de la Perse sassanide recommencèrent à manger cacher pour échapper aux persécutions que leur infligeait l’empereur Sapor II et qu’il épargnait aux Juifs. Un Père de l’Église d’Orient, Aphraate, surnommé le sage persan, se mit alors en devoir d’exhorter ses fidèles à renoncer aux garanties que leur offrait le rituel alimentaire juif devant la perspective moins alléchante du martyre. Nous ne défendrons pas l’indéfendable. Nos établissements de santé, financés largement à même les fonds public, se doivent de desservir un large public. Il ne paraît donc pas opportun que les patients non juifs des hôpitaux juifs soient soumis contre leur gré au rituel alimentaire prescrit par le judaïsme. Les administrations respectives de ces hôpitaux ont déjà indiqué qu’elles étaient tout à fait disposées à trouver des solutions pragmatiques aux problèmes qui ont fait récemment les manchettes de nos médias. Mais au-delà des aménagements pratiques qui seront éventuellement mis en place, subsistent des zones d’ombre qui ont eu pour effet non seulement de brouiller un débat qui aurait dû se dérouler dans la sérénité mais aussi d’envenimer les rapports pourtant cordiaux qui unissent la communauté juive et la majorité francophone du Québec C’est ainsi que, tout récemment encore, on a pu laisser entendre que les prescriptions du rituel casher étaient, en somme, punitives et s’assimilaient à un régime famélique qui aurait pu mettre la santé de certains patients en danger! Un journaliste de la télévision alla même jusqu’à suggérer que la volonté de soumettre des non juifs aux prescriptions alimentaires de la cashrut procédaient d’une volonté juive bien documentée de contrôle des esprits et des coeurs (« vous prétendez avoir toujours raison » ). Il faut aussi rejeter d’emblée la suggestion, entendue de la bouche d’un dirigeant d’une instance importante de la communauté juive, selon laquelle l’introduction de nourriture non cashère dans la cafétéria de l’Hôpital juif aurait eu pour effet de « salir » cette vénérable institution. Insistons alors La cashrut ressortit au seul domaine de la pureté rituelle et non à celui de la contamination bactériologique! L’Hôpital général juif de Montréal, pour nous limiter à ce seul exemple, bénéficie d’un large et généreux appui de la communauté juive de Montréal. En dehors de toute considération juridique, n’apparaît-il pas normal que cette institution affiche des caractéristiques qui la distinguent d’autres établissements de santé eux-mêmes déjà soutenus par d’autres communautés culturelles? Dans le cas précis du rituel casher dont on tant parlé récemment, c’est la composante religieuse qui semble avoir heurté les défenseurs acharnés de la laïcité. Certains devraient comprendre que la religion représente un élément constitutif de l’identité juive. Même en admettant que la société québécoise dans son ensemble évolue vers un modèle qui fait moins large la part de la religion dans sa quête d’identité, il serait illusoire de s’attendre à ce que toutes les communautés qui partagent le destin du Québec s’astreignent au même cheminement. Les chroniques signées par Richard Martineau le printemps dernier n’ont fait qu’alimenter les idées fantasmagoriques que l’on se fait en certains milieux du rituel juif. Pour les uns, les prescriptions de la cashrut seraient en fait des recettes et les ingrédiends présumément secrets auraient une influence sur l’activité proprement intellectuelle de notre cerveau! Retour en force des idées conspiratrices. Pour d’autres, la prolifération des produits cashers constituerait un moyen détourné de financer les projets forcément douteux de la communauté juive et pourrait même, injure suprême, contribuer à l’effort de guerre d’Israël! Citons comme témoins deux femmes d’âge mûr qui, au moment de régler la facture du plateau qu’elles avaient garni dans un des points de service de la chaîne Première Moisson, refusent de payer la note. Raison invoquée : une malencontreuse bouteille de jus de pomme Oasis marquée MK et qui aurait fait de ces dames des complices d’une communauté qu’elles refuseront de financer indirectement en en ne mettant plus les pieds dans l’entreprise. Une dose de réalisme s’impose tout de même ainsi qu’un minimum de respect pour des pratiques qui ont évolué avec le temps au sein d’institutions nées historiquement des initiatives et des sacrifices consentis par des bénévoles de la communauté juive Le.modèle sociétal auquel aspire le Québec n’apparaît pas entièrement affranchi des croyances et des pratiques religieuses qui constituaient les consensus d’antan. Ne serait-il pas foncièrement injuste que le Québec francophone d’aujourd’hui reproche aux Juifs l’attachement qui les relie à leurs traditions religieuses, surtout si l’on se souvient que les Juifs d’ici ne sont pas des nouveaux venus, peu s’en faut, sur les rives du St-Laurent. Forts de l’autonomie dont ils pu jouir à l’intérieur de leurs institutions, ils ont contribué largement et continuent de contribuer à la prospérité du Québec et du Canada tout entier. Mal nous prendrait, dans les circonstances, e jouer au Tartufe, cette caricature de l’observance religieuse qui ne souffrait pas la vue d’un sein dénudé mais prenait un malin plaisir, « fort dévotement », à dévorer « deux perdrix avec une moitié de gigot en hachis ». Rien de casher dans ce menu. (Jean Ouellette est membre du Conseil Editorial de L'ICRJ)
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