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Communiqué Isranet Volume VI, Numéro 303 • mercredi le 26 septembre 2007 Hag Sukkot Sameach! RAID CONTRE L'AXE DU MAL En 1973, la guerre du Kippour avait terni la réputation d'invincibilité d'Israël. Trois ans plus tard, le raid d'Entebbe rétablissait cette réputation. En 2006, la seconde guerre du Liban a suscité, à nouveau, des doutes sur le niveau réel de la défense nationale israéliennne. Un an plus tard, le raid exécuté par Tsahal en Syrie les dissipe. C'est tout d'abord la gestion politique et médiatique de cette opération qui retient l'attention. Traditionnellement, en matière de défense, Israël agit beaucoup et parle peu. L'opération du Sinaï, en 1956, la guerre des Six Jours, en 1967, Entebbe en 1976, le raid sur la centrale nucléaire irakienne de Tammouz, en 1981, la première guerre du Liban, en 1982, l'opération Rempart en 2002, avaient été préparés dans le plus grand secret et menés dans une salutaire opacité. Les victoires n'étaient pas proclamées, mais constatées. En 2006, face à un Hezbollah dont les services de renseignement avaient pourtant signalé la puissance et l'éventuelle résilience en cas d'affrontement, le gouvernement et l'état-major israéliens ont eu une conduite différente, avec les résultats décevants que l'on sait. Aujourd'hui, avec le même gouvernement qu'en 2006, mais un nouveau chef d'état-major, le général Gaby Ashkenazy, les vieilles habitudes ont été remises à l'honneur. Israël n'a pas rendu le raid public : elle a laissé la Syrie en faire état la première. Et quand celle-ci a cherché à le minimiser en parlant d'un simple « survol aérien » de son territoire, Jérusalem s'est contenté de distiller des informations plus précises, en commençant par la presse arabe internationale et en remontant vers la presse occidentale, notamment anglaise (The Observer, The Sunday Times) ou américaine (The Washington Post). Au fur et à mesure que ces informations paraissaient, la véritable dimension stratégique et tactique de l'opération est apparue : quelque chose qui combinerait Entebbe et Tammouz. Selon le Sunday Times de ce week-end, Israël aurait appris au mois d'août que la Syrie était sur le point de recevoir des éléments d'armes nucléaires opérationnelles (ogives ou lanceurs, ou les deux) de provenance nord-coréenne. Le dossier aurait été transmis aux Etats-Unis. Après vérification, ceux-ci auraient accordé leur feu vert début septembre à une éventuelle action israélienne. Damas, qui dispose à la fois d'un arsenal chimique et bactériologique important et de missiles, a récemment menacé Israël d'une « surprise terrible » : peut-être une allusion à l'acquisition de l'ultime échelon non-conventionnel, le nucléaire. Mais les experts américains et israéliens n'excluent pas une autre hypothèse, selon laquelle la livraison nord-coréenne serait en fait destinée à l'Iran. Un transit par la Syrie, via Lattaquié, serait moins repérable qu'un acheminement direct, via le golfe Persique. Le 6 septembre, Israël attaque. En recoupant les diverses versions mentionnées à ce jour par les médias arabes et anglo-saxons, un raid aérien aurait d'abord détruit la surveillance aérienne dans le nord de la Syrie : des appareillages d'origine russe, et peut-être entretenus par un personnel russe. Une autre attaque aurait détruit diverses installations, ou un convoi motorisé, à la base militaire secrète de Daïr az-Zwar. Il semble que cette dernière ait été menée par une unité aéroportée, ayant parallèlement pour mission de collecter des preuves matérielles d'une implication nord-coréenne. Les Israéliens – un commando du Sayereth Mathkal, la force chargée des missions de choc - auraient tué des « dizaines » de Syriens et de Nord-Coréens, mais n'auraient pas eu, eux-mêmes, de pertes. Conclusions provisoires : Premièrement, l'efficacité de l'outil militaire israélien a été à nouveau démontrée, et la capacité de dissuasion d'Israël largement restaurée. Deuxièmement, on peut présumer que la Syrie viole le traité de non-prolifération nucléaire, dont elle est signataire, et prépare délibérément une guerre d'extermination contre Israël Troisièmement, l'axe du Mal dénoncé par les Etats-Unis depuis 2001 (Syrie, Iran, Corée du Nord) est une réalité. Quatrièmement, ce qu'Israël peut faire en Syrie, une coalition de la liberté dirigée par les Etats-Unis peut le faire en Iran. Cinquièmement, une opération plus ambitieuse, allant jusqu'à l'annihilation complète du potentiel critique, peut sans doute être menée en Iran par Israël, jusqu'à un certain point, ou par une coalition de la liberté. Sixièmement, l'opération israélienne semble avoir bénéficié du soutien turc. Ce qui peut signifier, au choix, que le gouvernement néo-islamiste turc dirigé par Recep Tayyip Erdogan s'oppose, comme d'autres gouvernements musulmans, à l'extrémisme syro-iranien, qu'il a décidé de se comporter dans cette crise en allié fidèle des Etats-Unis, sinon d'Israël, contrairement à ce qui s'était passé en 2003 lors de la guerre d'Irak, ou que l'armée turque, de tradition nationaliste laïque, conserve une marge d'indépendance vis-à-vis du gouvernement. Septièmement, ces événements renforcent en France ceux qui, autour du président Nicolas Sarkozy et du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, prennent au sérieux les menaces non-conventionnelles iranienne et syrienne. Le
volcan du Moyen-Orient prêt à entrer en éruption
Le 6 septembre, quelque chose d'important s’est produit dans le nord de la Syrie. Le problème est que personne ne sait exactement quoi. A l'exception du petit nombre de ceux qui sont impliqués dans l’événement, et qui ne le disent pas. Nous savons qu’Israël a procédé à une frappe aérienne. Comment savons-nous que c'était important ? Parce que, en Israël, où laisser filtrer des informations est une forme d'art, même les mieux informés n'ont aucun indice. Ils me disent qu'ils n'ont jamais vu un secret aussi bien gardé. Ce qui suggère que, quoi qu'il se soit produit près de Dayr az Zawr, ce n'était pas une intrusion accidentelle dans l'espace aérien syrien, ni un exercice d’attaque contre l'Iran, ni une frappe sur quelque cible conventionnelle, par exemple, une base des Gardes de la Révolution iranienne, ou une cargaison d'armes, destinée au Hezbollah au Liban. Des preuves indirectes indiquent qu’il s’agissait d’une attaque contre une installation nucléaire fournie par la Corée du Nord. Trois jours auparavant, un cargo battant pavillon nord-coréen a accosté dans le port syrien de la ville de Tartous, avec un chargement de "ciment". Un long trajet pour du ciment ! Peu de jours après, un haut fonctionnaire du Département d'Etat a prévenu qu’"il pourrait y avoir eu des contacts entre la Syrie et certains fournisseurs secrets d'équipements nucléaires". Trois jours plus tard, la réunion à six concernant le démantèlement des installations de la Corée du Nord, programmée pour le 19 septembre a été soudain retardée, officiellement par la Chine, et très certainement à la requête de la Corée du Nord. A l'exception des suspects habituels - la Syrie, l'Iran, la Libye et la Russie - seuls deux pays ont exprimé de fortes protestations contre la frappe israélienne : la Turquie et la Corée du Nord. Pour la Turquie, on peut comprendre. Son armée peut avoir autorisé Israël à utiliser un corridor de survol, sans en avoir soufflé mot au gouvernement civil islamiste. Mais la Corée du Nord ? En quoi cela la concerne-t-il ? A moins que ce ne soit l'installation nord-coréenne qui a été frappée. Ce qui provoque des inquiétudes pour plusieurs raisons. D'abord cela ébranlerait tout le processus de désarmement nord-coréen. Pyongyang pourrait bien vendre son matériel à d'autres Etats-voyous, ou peut-être le dissimuler temporairement à l'étranger, en autorisant ostensiblement le retour des inspections sur son sol. Ensuite, il y a des implications menaçantes pour le Moyen-Orient. La Syrie a depuis longtemps des armes chimiques - lundi dernier [17 sept.], l'hebdomadaire Jane’s Defense a fait état d’un accident qui a tué des dizaines de Syriens et d'Iraniens en train d’adapter une ogive balistique de gaz neurotoxique sur un missile syrien -, mais Israël ne tolérera pas une Syrie nucléaire. Les tensions sont déjà extrêmement élevées du fait de la course effrénée de l’Iran pour accéder au nucléaire. En agitant la menace de représailles et d’une possible action militaire, le président Mahmoud Ahmadinejad a opté pour une campagne radicalement agressive visant à rassembler, déployer, montrer ostensiblement et activer partiellement les intermédiaires de l'Iran dans le Moyen-Orient arabe. 1) Le Hamas tire, à partir de la bande de Gaza, des roquettes sur les villes et les villages israéliens situés de l’autre côté de la frontière. Son intention est de s’attirer une réplique israélienne, de préférence, une attaque terrestre sanglante et télégénique. 2) Le Hezbollah lourdement réarmé de roquettes iraniennes, acheminées à travers la Syrie, se prépare au prochain round de combat avec Israël. La troisième guerre du Liban, désormais inévitable, n’attend que l'ordre de Téhéran. 3) La Syrie, seul Etat-client arabe de l'Iran, masse ses forces de l'autre côté de la frontière des Hauteurs du Golan entre Israël et la Syrie. Et, mercredi dernier, un autre membre anti-syrien du Parlement libanais a été assassiné dans un énorme attentat à la voiture piégée. 4) La force al-Qouds des Gardiens de la Révolution iranienne forme et équipe des milices extrémistes shiites à l'utilisation des 'dispositifs explosifs improvisés' [IED] les plus meurtriers et de la technologie balistique contre les troupes américaines et irakiennes. L'Iran aide de la même façon les Taliban à attaquer les forces de l'OTAN en Afghanistan. Pourquoi l'Iran fait-il cela ? Parce qu'il a les yeux fixés sur une seule récompense : la bombe. Il a besoin d'un peu plus de temps, sachant qu’une fois nucléarisé, il sera la superpuissance régionale et aura l'hégémonie sur le Golfe persique. Les atouts de l'Iran à Gaza, au Liban, en Syrie et en Irak sont fin prêts. Le message d'Ahmadinejad est le suivant : si qui que ce soit ose attaquer nos installations nucléaires, nous ferons entrer en action tous nos intermédiaires, infligeant des dégâts sans limites à Israël, aux Arabes modérés, à l'Irak et aux intérêts des USA - outre des mesures conventionnelles telles que le minage du Détroit d'Ormuz, ainsi que le déclenchement d'une crise pétrolière aiguë et d'une récession mondiale. C'est une partie aux enjeux extrêmement élevés. Le délai est mince. Il est probable qu’Ahmadinejad aura la bombe d’ici moins de deux ans. Le monde n'est certainement pas prêt à s’y résoudre. Le nouveau Président français a qualifié d’"inacceptable" un Iran nucléaire. Le Ministre français des Affaires Etrangères a prévenu : "il est nécessaire de se préparer au pire", et "le pire, c'est la guerre, monsieur". Ce qui rend encore plus urgent que des sanctions puissantes frappent le régime iranien. Des sanctions n'arrêteront pas Ahmadinejad. Mais il y en a d'autres, parmi l'élite iranienne, qui pourraient l'arrêter, ainsi que le programme nucléaire, avant que le volcan n'explose. Ces élites rivales peuvent bien être radicales, mais elles ne sont pas suicidaires. Et elles croient, avec raison, que quels que soient les dommages que la folie apocalyptique d'Ahmadinejad pourrait infliger à la région et au monde, au 'Croisé' comme au Juif, à l’infidèle comme au croyant, le seul résultat certain d'une telle éruption sera l’ensevelissement de la République Islamique d'Iran sous les cendres. Adaptation française de Sentinelle 5768 © [revue et corrigée par M. Macina pour upjf.org] Volume VI, Numéro 302 • vendredi le 21 Septembre 2007 Shana Tova 5768 Complot européen
sur la scène arabe Ces cinquante dernières années, Le Protocole des sages de Sion a été publié et distribué dans le monde arabe, avec peut-être plus de succès que nulle part ailleurs. Le Protocole a en fait été publié en arabe dès 1925, mais pendant un quart de siècle ce texte antisémite n'a pas joué de rôle prépondérant dans le combat arabe contre le sionisme. [1] Il semble que l'accueil sans précédent fait au Protocole ne soit intervenu qu'après la création de l'Etat d'Israël. Le fait qu'une petite communauté de Juifs ait vaincu les armées réunies de sept pays arabes et créé un Etat souverain - en dépit de la désapprobation des pays arabes -, a entraîné une dissonance cognitive chez les Arabes: le sort des Juifs, selon le Coran, est de vivre dans le malheur et l'humiliation. [2] Les Juifs sont en outre qualifiés de lâches au combat. [3] Dans ces conditions, comment Israël avait-il pu gagner la guerre et priver les Arabes de la victoire ? La croyance en un complot juif mondial, tel que décrit dans le Protocole, a fourni une explication prétendument rationnelle à ce qui était autrement inconcevable pour les Arabes.... La première à avoir attiré l'attention sur l'existence d'une version arabe du Protocole des sages de Sion est la spécialiste du Moyen-Orient Silvia Haim, en 1955. [4] Dans un article intitulé "Littérature arabe antisémite: remarques introductives", elle souligne que la première traduction en arabe du Protocole a paru dans les années 1920. Il est surprenant de constater que l'existence d'une version arabe du Protocole et l'antisémitisme arabe de manière générale n'ont attiré l'attention des chercheurs, universitaires et autres intellectuels qu'après que Yehoshafat Harkabi, aujourd'hui défunt, se fut intéressé au sujet. Dans son remarquable ouvrage La position arabe dans le conflit avec Israël, publié en 1968, Harkabi rapporte divers phénomènes révélant la haine du Juif dans la littérature et les médias arabes, les qualifiant assez justement d' "antisémitisme arabe". [5] Il consacre un chapitre entier au Protocole en arabe, et sa bibliographie comprend une liste exhaustive de versions arabes toujours en circulation. [6] Malheureusement, depuis la fin des années 1960, le nombre de maisons d'éditions ayant édité le Protocole n'a fait que croître. Notons que si le Protocole des sages de Sion est bien sûr d'origine européenne, son adoption et sa large diffusion dans le monde arabe ont probablement été facilitées et encouragées par l'enracinement profond dans la culture arabe de stéréotypes juifs ; je ne pense pas à l'image négative du Juif impie, mais aux stéréotypes du Juif rusé et enclin aux complots.... Les récits islamiques rendant les Juifs coupables de complot contre Mahomet et la communauté musulmane ont indubitablement prédisposé cette dernière à l'adoption du Protocole comme document authentique révélant la vraie nature des Juifs et du judaïsme.... Une nouvelle traduction arabe de Muhammad Khalifa Al-Tunisi a d'abord été éditée en 1951 pour être ensuite reprise par plusieurs maisons d'édition. La deuxième édition, datant de 1961, est digne d'attention, car préfacée par un auteur égyptien de grande renommée: Abbas Mahmoud Al-Aqqad (1889-1964). Cette préface reprend un article élogieux publié par Al-Aqqad dans une revue égyptienne peu de temps après la première publication de la traduction d'Al-Tunisi. [10] Voici quelques extraits de la préface d'Al-Aqqad: "Afin de rendre justice à l'histoire, je me dois de résumer ici ce qui est dit du livre d'un point de vue historique afin de la prendre en défaut et de mettre en doute l'authenticité de ses sources ou, au contraire, de la confirmer et de prouver la véracité de son contenu. (…) Les critiques se basent aussi sur le fait que le Times de Londres prétend qu'il s'agit d'un faux, après y avoir fait référence comme à un document authentique. D'un autre côté, l'argument de base de ceux qui prétendent que ces documents ou leur contenu sont véridiques est qu'ils n'apportent rien de nouveau par rapport aux livres juifs connus, tels que le Talmud et les livres de la tradition juive - sauf que le Talmud parle en termes généraux, alors que ces documents apportent des détails." [11] Citant le journaliste britannique A.K. Chesterton, [12] Al-Aqqad affirme que "les Sages de Sion sont soit une réalité historique, soit un produit de l'imagination, mais ce qui est indéniable est qu'ils tentent d'avoir de l'influence." Al-Aqqad poursuit: "Je peux personnellement ajouter que nous assistons à une énorme machination allant d'Istanbul à l'Amérique, jusqu'à l'Afrique du Sud, et cela prouve, entre autres, qu'un gang international est à l'œuvre pour atteindre ses objectifs, même s'il n'y a pas [vraiment] eu de coordination dans la phase préparatoire… Une autre preuve [de l'existence d'un complot juif] est que les sionistes se servent de leur influence pour apporter une notoriété à des auteurs de moindre importance afin de les fourvoyer. C'est ainsi qu'aucun livre en arabe écrit par un écrivain critique du sionisme n'a jamais été traduit [dans les langues occidentales]. Je n'ai pas besoin de chercher loin: c'est le cas pour mes propres livres (…) dont l'impression [en français et en anglais] a été interrompue, malgré tout le mal que l'on s'est donné pour les traduire, car je m'exprimais contre la politique sioniste." [13] La contribution d'Al-Aqqad aux écrits sur le Protocole des sages de Sion en arabe, en continuelle augmentation, ne se limite pas à cet article critique de 1951 (réédité en 1961 comme préface à la traduction de Tunisi). En 1956, il a publié un ouvrage intitulé Al-Sahyuniyya al-'Alamiyya ("le sionisme mondial") qui s'en prend violemment au sionisme, mais aussi aux Juifs et au judaïsme de l'antiquité à nos jours. [14] Selon Al-Aqqad, la nature juive est si perverse et les Juifs représentent une telle menace pour toutes les autres nations que le monde devra les forcer à s'assimiler pour qu'ils cessent d'être un groupe distinct des autres. [15] Un résumé du Protocole est fourni dans l'annexe. Le livre est sorti dans la série Ikhtarna Lak ("Nous avons sélectionné pour vous"), qui servait de moyen d'endoctrinement national et a été édité par Dar al-Ma'arfif, la plus grande maison d'édition égyptienne. L'ouvrage d'Al-Aqqad adopte le vieil argument des propagateurs du Protocole: peu importe que les détails relatifs aux origines du Protocole soient ou non exacts. Ce qui importe est que les événements historiques sont conformes au projet juif présenté dans le Protocole. Cela suffirait à prouver qu'il existe bien un complot juif.... Ce qui est écrit sur "les Juifs" dans le Lexique des coutumes, traditions et expressions folkloriques égyptiennes, publié en 1953, révèle à quel point la description du Juif comme cherchant à contrôler le monde imprégnait le discours arabe dans les années 1950. L'auteur de ce lexique, Ahmad Amin (1886-1954) était lui aussi une figure intellectuelle marquante de l'époque. Dans un passage consacré aux Juifs, il dit notamment: "En Amérique, où ils ne dépassent pas les six millions, ils ont réussi à dominer la population [du pays], riche de près de 400 millions de personnes [sic]. Ils discernent parfaitement le type d'activités qui leur permettra de prendre le contrôle de la nation où ils se trouvent, telles que: la médecine, la banque, le journalisme, l'enseignement, etc. Ils sont particulièrement doués pour la propagation d'idées et de doctrines qui ébranlent la religion." Une autre traduction du Protocole, parue en 1967, a été effectuée à partir de l'édition anglaise par le journaliste et traducteur libano-palestinien 'Ajjaj Nuwayhidh. Cette édition, plus volumineuse que celle d'Al-Tunisi, comprend une première partie sur la prétendue histoire du Protocole et une histoire du sionisme ; la seconde partie est le Protocole lui-même ; la troisième partie discute de prétendues sources talmudiques relatives au Protocole, et la quatrième parties porte sur des sources bibliques et religieuses. La traduction de Nuwayhidh, qui est apparemment devenue la version standard dans le monde arabe, a été rééditée plusieurs fois dans différents pays arabes. .. Il n'est guère surprenant que le livre antisémite de G. Carr, Pawns in the Game (1954) - qui présente une vision moderne de théorie d'un complot mondial - ait également été traduit en arabe et soit fréquemment cité comme preuve confirmant l'existence d'un complot juif mondial. [16] ... Quittons à présent la Cour du roi et la politique mondiale pour nous tourner vers les affaires profanes des gens ordinaires. Le 6 novembre 2002, un enseignant de Nazareth demandait un avis religieux (fatwa) sur un service de fatwas en ligne. Son problème était le suivant: les lycées de Nazareth emmènent tous les ans les élèves de Terminale, garçons et filles confondus, à Eilat. Lors de ce trajet, ils découchent, alors que les filles sont sans parent pour les accompagner. Comme l'on pouvait s'y attendre, le cheikh en ligne, un ouléma d'Al-Azhar, a décrété qu'au vu des circonstances décrites par l'enseignant, un tel voyage était prohibé. Le point qui nous intéresse est qu'il a introduit sa fatwa en affirmant que ce type de voyage était "l'une des manœuvres du Protocole des sages de Sion pour corrompre la jeunesse (…)" [18] Tout prétendu écart de conduite a de fortes chances d'être attribué aux effets délétères du Protocole. Ainsi, en août 2003, quand les Frères musulmans ont demandé que soit interdit de diffusion le recueil de poèmes Wasaya fi 'ishq al-nisa ("Conseils au sujet du désir") du poète égyptien Ahmad al-Shahawi, ils l'ont comparé au Protocole des sages de Sion. [19] Vu le potentiel scénaristique du complot juif décrit dans le Protocole, il fallait bien qu'une intrigue aussi prometteuse soit reprise, tôt ou tard, par la télévision. Le 6 novembre 2002 (première nuit du Ramadan), certaines chaînes de télévision arabes (dont la télévision d'Etat égyptienne) ont diffusé le premier épisode des 41 épisodes de la série intitulée Chevalier sans monture. Des éléments importants de l'intrigue s'inspirent du Protocole des sages de Sion. Il convient de noter que dans les pays arabes et musulmans, le taux d'audience est au plus haut pendant le Ramadan. ...En prévision de la diffusion de la série, l'hebdomadaire égyptien Roz Al-Youssef a publié un article accompagné d'une interview du réalisateur et principal acteur: Muhammad Subhi. [20] Subhi affirme notamment que l'une des sources de son inspiration n'est autre que l'ouvrage mentionné plus haut d'Abbas Al-Aqqad sur le sionisme mondial et son explication selon laquelle il suffit de comparer le plan décrit dans le Protocole et les faits historiques pour savoir quels aspects du Protocole ont déjà été appliqués et quels événements sont à prévoir. Le feuilleton a suscité des protestations dans les pays occidentaux, le département d'Etat américain ayant appelé le gouvernement égyptien à empêcher sa diffusion - demande qui a été d'emblée rejetée par le ministre égyptien de l'Information Safwat Al-Sharif. Le feuilleton a été vu et approuvé pour diffusion par un comité nommé par le censeur égyptien. Le comité de L'Association de la radio et la télévision égyptiennes a qualifié le feuilleton de "jalon dans l'histoire de l'art dramatique arabe". Le ministre égyptien de l'Information a affirmé que "les vues scénaristiques exprimées dans la série ne contiennent aucun élément susceptible d'être considéré comme antisémite." [21] Toutefois, sous la pression de critiques venues de l'étranger, les producteurs ont été obligés de modifier la formulation de l'introduction ouvrant chacun des épisodes. L'introduction originale contenait l'affirmation suivante: "Certains événements [de la série] sont tirés de faits réels et d'autres sont imaginaires ; certains sont déjà arrivés et d'autres ne le sont pas encore." L'introduction modifiée, plus circonspecte, précise: "La série n'a pas pour but de confirmer la véracité de ce qui est connu comme étant Le Protocole des sages de Sion, lequel n'a pas été historiquement authentifié." [22] ... Le Protocole est encore aujourd'hui sujet à controverse. Certains affirment que ces protocoles ont été concoctés par la police secrète russe et n'ont rien à voir avec les Juifs, tandis que d'autres affirment que c'est un complot juif malfaisant basé sur des doctrines juives que l'on peut trouver dans les livres saints des Juifs. Ceux qui sont de cet avis pensent que les protocoles sont l'essence des hypothèses théoriques et intellectuelles, en fait de la constitution même de l'entreprise sioniste, et que les événements actuels, aux plans politique, économique, médiatique et culturel, correspondent à l'application à la lettre du Protocole. Or le fait est que les Juifs se sont emparés du pouvoir, comme ils avaient promis de le faire voilà plus d'un siècle. Ils ont pris le contrôle de l'économie, de la finance et des médias dans le monde. En outre, ce sont les premiers à avoir glorifié le terrorisme, un terrorisme aujourd'hui pratiqué en Palestine et dans d'autres pays du monde. Le terrorisme a été, comme le croient certains, inventé, produit et mis sur le marché par eux. Pour eux, le terroriste politique est un martyr, comme l'indique clairement le protocole 19. Ceux qui jettent le doute sur [l'authenticité des] protocoles y voient une simple tentative de la part des ennemis des Juifs de leur nuire et de salir leur réputation, et sur cette base de les persécuter, comme il a été fait en Russie et en Allemagne. D'autres encore estiment que la diffusion du Protocole a été un service rendu aux sionistes, vu que celui-ci exagère la capacité des Juifs et leur grandeur. Est-il erroné de considérer que les Juifs eux-mêmes sont à l'origine de la propagation de ces fausses idées, qui font de leurs rivaux des prisonniers de la grande illusion selon laquelle les Juifs sont une puissance secrète qui ne peut être vaincue - une effrayante pieuvre qui pénètre tous les pays ? D'autres encore soutiennent que si le sionisme tient véritablement les rênes des affaires politiques, économiques et médiatiques en Occident, c'est tout à leur avantage, vu que l'Occident est au sommet - aussi bien au niveau technologique et économique que médiatique.... Un an après la diffusion de Chevalier sans monture, un autre feuilleton, plus violent encore, a été diffusé, lors du Ramadan de l'année 2003, à une heure d'audience élevée. Cette série de production syrienne, du nom d'Al-Shatat (Diaspora), prétendait mettre en scène la vie juive en diaspora et l'émergence du sionisme, et a été diffusée par la chaîne satellite Al-Manar du Hezbollah. Elle comportait des scènes macabres telles que le meurtre rituel d'un petit chrétien et l'exécution rituelle d'un Juif marié à une non juive. La série entendait aussi montrer comment Amschel Rothschild, fondateur du prétendu gouvernement juif mondial secret, a ordonné à ses fils, sur son lit de mort, d'inciter à la guerre et de corrompre la société mondiale pour servir les intérêts financiers et les objectifs politiques des Juifs. Il est intéressant de constater que les producteurs d'Al-Shatat, conscients du tollé soulevé l'année précédente par Chevalier sans monture, ont pris la peine d'afficher un déclin de responsabilité au début de chaque épisode, précisant que la série ne se basait pas sur le fameux Protocole des sages de Sion, mais sur des faits historiques et des recherches, dont des écrits de Juifs et d'Israéliens. Le site arabe nationaliste Arabrenewal.com a publié en janvier 2003 (quelques mois après la diffusion de la série égyptienne) le texte intégral du Protocole, traduit par Nuwzyhid. Il était introduit par la note suivante: La famille du Renouveau [arabe] tient à préciser que la publication de ce document n'est pas une confirmation de son authenticité. Toutefois, vu l'émoi provoqué par la série télévisée Chevalier sans monture, vu la coordination des campagnes sioniste et américaine pour contrer la série, vu les références faites au Protocole des sages de Sion qui s'y trouvent, vu que nous croyons fermement au droit de savoir du public, et vu que ce document, qu'il soit vrai ou faux, est entré dans l'histoire et a suscité une grande controverse, nous considérons qu'il est important de le publier ici. Quelques jours plus tard, un lecteur écrit au site ; après l'avoir félicité pour le grand service rendu par la publication du Protocole, il précise: J'ai remarqué votre déclin de responsabilité concernant l'authenticité du Protocole (…) Vous êtes bien sûr parfaitement en droit de publier un tel déclin de responsabilité. Je suis toutefois préoccupé par un grave complexe qui nous tourmente, nous autres Arabes (…): nous acceptons comme vrai [ce que disent] les médias américains, et nous ne croyons aucun de ceux qui tente de dénoncer leurs mensonges et inventions. (…) Je n'ai pas besoin de chercher loin: le Protocole contient la preuve de son authenticité. Même si nous estimons qu'ils a été créé de toutes pièces, la réalité correspond à ce qui est décrit dans le Protocole. [28] En dehors des rares voix mentionnées plus haut, à chaque fois qu'il est fait mention du Protocole dans les médias, c'est toujours comme à un document authentique. Il ne fait aucun doute que de nombreux écrivains arabes sont conscients du fait que le Protocole est un faux ; ils continuent néanmoins de s'en servir parce que, disent-ils, "peu importe qu'ils soient vrais ou faux ; ses prédictions se sont largement réalisées." Un article du journaliste chrétien libanais Ghassan Tueni illustre bien cet état d'esprit: "Si nous ne savions pas que Le Protocole des sages de Sion avait été créé par les services de renseignement russes au 19èmesiècle (…), nous dirions que les événements actuels correspondent très exactement à ce que la communauté juive mondiale avait prévu, en raison de la grande ressemblance qui existe [entre les faits et] ce qui est faussement attribué à [la communauté juive mondiale]. [Je pense] au complot pour contrôler le monde et en piller les ressources, aux actions [de la communauté juive] partout dans le monde, au statut financier, politique et militaire atteint [par la communauté juive]. En plus de ses efforts pour détruire tout ce que les autres considèrent comme sacré." [29] L'incident suivant est fort révélateur: en novembre 2003, la traduction arabe du Protocole a été placée en vitrine à côté de la Torah et du Talmud, dans le cadre d'une exposition sur les Ecritures saintes des trois religions monothéistes. Le Dr Youssef Zeidan, directeur du centre des manuscrits arabes de la bibliothèque d'Alexandrie, a fièrement fait part de cet événement culturel à un correspondant de l'hebdomadaire égyptien Al-Usbu: "Quand mes yeux se posèrent sur le précieux exemplaire de ce livre dangereux, je décidai immédiatement de le placer à côté de la Torah. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un livre saint monothéiste, il est devenu l'un des [textes] sacrés des Juifs, faisant partie de leur constitution de base, de leur loi religieuse et de leur mode de vie. En d'autres termes, il ne s'agit pas simplement d'un livre idéologique et théorique. Peut-être que le livre du Protocole des sages de Sion est plus important pour les Juifs sionistes que la Torah, vu qu'ils appliquent le sionisme conformément à celui-ci (…) Il était donc tout naturel d'inclure le livre à l'exposition." [30] Le correspondant décrit l'exemplaire en vitrine: "C'est la première version du Protocole en arabe, traduit par Muhammad Khalifa Al-Tunisi ; sur sa couverture se trouvent l'étoile de David, le symbole juif bolchevik, entouré de serpents symboliques." [31] Suite aux protestations internationales et aux pressions diplomatiques, l'exemplaire a été retiré de la vitrine et réintégré aux piles de livres de la bibliothèque. Le retrait de l'ouvrage a engendré protestations et contestations. [32] Le 6 décembre 2003, Dr Ismaïl Siraj Al-Din, directeur de la bibliothèque d'Alexandrie, a émis une déclaration officielle expliquant le retrait du livre: "L'introduction du livre [à l'exposition] était le résultat d'une erreur de jugement et d'une absence de sensibilité. Il reste encore au conseil d'administration à décider de la suite à apporter à cet incident." Selon Al-Ahram, "la déclaration du Dr Siraj Al-Din a provoqué une vague de colère parmi les extrémistes de la ville, qui ont évoqué le sujet devant le parlement, écrit aux journaux et publié des articles affirmant que qualifier le livre d' 'invention ayant pour objectif de fomenter des sentiments anti-juifs' représentait un acte anti-patriotique et déloyal, ajoutant que la bibliothèque était soumise aux intérêts du lobby sioniste, de l'Etat d'Israël et des Etats-Unis. Ils ont en outre affirmé que la bibliothèque entravait la liberté d'expression en retirant le livre de la vitrine." [33] L'omniprésence du Protocole, symbole de complot malfaisant, se manifeste parfois de façon inattendue: il y a quelques années, un site islamiste affichait un document intitulé "Le Protocole des Sages de Qom", censé présenter le complot secret des ayatollahs chiites - appelés "sages de Qom" - pour amener la destruction de l'islam sunnite (Qom étant le plus grand centre du chiisme en Iran). Le texte du prétendu complot chiite était soi-disant tombé entre les mains de loyaux sunnites résidant en Iran, qui le publiaient pour dénoncer une "dangereuse conspiration". Bien que cette grossière invention n'ait rien à voir avec le sionisme ou les Juifs, il est révélateur que le titre qui lui a été donné ait clairement été inspiré du "Protocole des sages de Sion." [34] Il y a quelques mois, un écrivain irakien chiite affirmait que les sunnites, qui persécutent et massacrent les chiites depuis le 7ème siècle, agissent sur l'ordre de ce qu'ils appellent "Le Protocole des sages de la Sunna". Cet écrivain a été indigné par la tenue de festivités à Salt, en Jordanie, le 10 mars 2005, en l'honneur d'un terroriste d'origine jordanienne qui avait perpétré un attentat suicide visant une mosquée chiite à Hilla, dans le Sud de l'Irak, et qui avait fait 125 morts et deux fois plus de blessés. L'écrivain chiite estime que la seule explication possible à la célébration par les sunnites d'un tel crime de haine, ainsi qu'à la longue histoire des persécutions sunnites des chiites, est l'existence d'un programme chiite d'origine ommeyade, qui ordonne aux sunnites de traiter les chiites de la plus inhumaine des manières afin de les éliminer, "exactement comme le 'Protocole des sages de Sion' a ordonné aux Juifs de tuer les 'goyim', y compris les enfants, les vieillards et les femmes (…) afin d'atteindre leurs objectifs." [35] Une autre manifestation de l'omniprésence du Protocole dans le discours politique arabe est le fait qu'en réponse au rapport de Detlev Mehlis sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri, un certain Saadoun al-Hindawi a publié un article accusant Mehlis d'agir conformément au "protocoles de Sion". [36] Il nous semble pertinent de conclure cet article par un exemple du retour du Protocole des sages de Sion sur l'avant de la scène dans le monde arabe aujourd'hui. Un texte officiel d'un manuel de classe de seconde de l'Autorité palestinienne comprend un chapitre sur l'histoire du sionisme. Ce chapitre résume les résolutions du premier Congrès sioniste de Bales. Après une présentation des faits et des principales décisions officielles du Congrès, on peut lire: "Il existe un certain nombre de décisions secrètes formulées par le Congrès et connues sous le nom de 'Protocole des sages de Sion', qui ont pour but de prendre le contrôle du monde. Elles ont été révélées par Sergei Nilus et traduites en arabe par Muhammad Khalifa Al-Tunisi." [37] Ceci n'est qu'un exemple illustrant le fait que ce faux dangereux n'est pas seulement diffusé dans le monde arabe, mais est même enseigné comme référence historique dans un manuel scolaire officiel. (Menahem Milson est professeur émérite de l'université hébraïque de Jérusalem et directeur du MEMRI) Volume VI, Numéro 301 • vendredi le 7 septembre 2007 Défier
la face cachée des Nations unies Traduction française :
Menahem Macina. L’administration du diplomate coréen a élevé la voix en faveur des victimes du Darfour, tenu tête au Sri Lanka à propos des assassinats de travailleurs humanitaires, et pris des mesures pour l’institution du tribunal international chargé de juger l’assassinat de l’ancien Premier ministre du Liban, Rafik Hariri. Tranquillement, mais fermement, Ban contribue à confirmer le rôle indispensable des Nations unies dans le monde. Cependant, les efforts de Ban pour limiter les aspects négatifs de l’organisation elle-même, ont enregistré peu de progrès. Par exemple, cette semaine, débutent deux initiatives, soutenues par les Nations unies, qui vont à l’encontre des efforts du Secrétaire général pour améliorer l’efficacité et la crédibilité de l’organisation mondiale. Tout d’abord, les Nations unies lancent une série de rencontres internationales sur le racisme, pour paver la voie à une grande conférence mondiale, en 2009. Le soi-disant processus d’ «examen de Durban », est le prolongement de la conférence de 2001, en Afrique du Sud, qui tourna au fiasco diplomatique. Toutes les indications suggèrent que la session et les manifestations qui en découleront reproduiront la forme et le scénario de l’original. La préparation de Durban en 2001 fut détournée par l’Organisation de la Conférence Islamique, forte de 57 membres. Une réunion préparatoire pour les nations d’Asie, en février 2001, se tint à Téhéran (les Israéliens en étaient a priori exclus). Le Comité de préparation adopta un texte qui mettait Israël au pilori pour "nettoyage ethnique" et pour un "apartheid d’un nouveau genre, un crime contre l’humanité". La déclaration finale de Durban, après interventions internationales, adopta un ton plus modéré, mais continua à mettre Israël en accusation. La délégation américaine s’en alla. Pourtant, les délibérations parallèles des Organisations Non Gouvernementales [ONG] furent bien pires. Un tract massivement distribué affichait une photo de Hitler avec la question suivante : "Que se serait-il passé si j'avais gagné ?" Réponse : "Il y aurait PAS d’Israël". Des caricatures de Juifs à l’effigie de Goebbels circulaient librement. La déclaration finale des ONG stigmatisait Israël comme "État raciste ségrégationniste" et coupable de "génocide". Il est presque certain que les fantômes de 2001 seront évoqués par les 'chamans' de Durban II. De surcroît, on s’attend à ce que des Etats islamiques produisent de nouvelles accusations contre l’Occident pour "diffamation religieuse". Le texte subliminal de ce refrain – qui s’est fait jour dans des résolutions des Nations unies durant les six dernières années – est que la plus grande victime [des attentats] du 11 septembre [2001] est l’islam. La partie choisie pour présider tout le processus jusqu’en 2009 témoigne du sérieux de son intention : la Lybie de Muammar el-Qaddafi. C’est ce même régime qui, en 2002, décerna sa plus haute distinction au négateur de l’Holocauste, Roger Garaudy ; il brutalise régulièrement les immigrants noirs d’Afrique, et [a] tortur[é] les membres bulgares et palestinien d’une équipe médicale, pour le crime d’être étrangers. C’est ce pays qui va enseigner le monde en matière de racisme – et tout cela avec l’imprimatur des Nations unies.
Deuxièmement, mardi [28 août], pendant que la session de Genève [était] en cours, le Parlement européen à Bruxelles héberg[ea] une "Conférence onusienne internationale de soutien de la Société Civile au [processus de] paix israélo-palestinien". Contrairement à la consonance généreuse de ce titre, le rapprochement [était], au mieux, déloyal. Voyez sa conception de l'équité : D'un côté, on choisira des représentants palestiniens comme Raji Sourani, qui justifie les attentats du Hamas comme [étant des actes de] "résistance", et Jamal Juma, qui dit qu’Israël est un "État ségrégationniste et raciste". De l'autre, on désigne des représentants israéliens qui ne pouvaient être plus d’accord. Il s’agit de Michel Warschawski, qui se décrit lui-même comme un « militant anti-sioniste bien connu », et Nurit Peled-Elhanan, qui a récemment déclaré que « les têtes juives se sont sans cesse courbées pour rendre un culte au racisme, tandis que l’esprit juif imagine les moyens les plus originaux de dévaster, de démolir et de détruire ce pays ». Du point de vue de leur nationalité, ils sont Israéliens, mais seul un imbécile pourrait imaginer que l’un et l’autre représentent le point de vue d’Israël. La section palestinienne à l’ONU, qui compte 16 membres, est une partie de l'infrastructure tentaculaire de comités et de programmes anti-Israël mise en route par l'Assemblée générale, en 1975, avec sa résolution [abolie depuis] déclarant que "le sionisme est du racisme". Rien que dans les six mois écoulés, cette section a consacré des sommes énormes à l’organisation de rassemblements à Doha, Rome, Pretoria et New York. Son budget de 5 millions de dollars ne serait-il pas mieux utilisé – pour aider réellement les Palestiniens – à la construction de cliniques ou d’écoles à Ramallah ? Il est tragique que des régimes arabes responsables du renouvellement annuel de ce budget, semblent plus intéressés à pérenniser les griefs qu’à les résoudre. Face à cette intransigeance, y a-t-il quelque chose que le Secrétaire général puisse faire ? Oui. Le plus grand catalyseur de la débâcle de Durban a été Mary Robinson, la commissaire aux droits de l’homme de l'ONU, dont la diplomatie de l'apaisement a encouragé les saboteurs. Cette fois, le secrétaire général devrait demander à ses fonctionnaires à Genève de rester fermes. Pour ce qui est de Bruxelles, le représentant du Secrétaire général devrait envoyer un message clair pour faire savoir que les postures et la propagande anti-Israël sont des vestiges du passé et font du tort à la cause de la paix, plus qu’elles n’aident les Palestiniens. Un Secrétaire général des Nations unies ne peut être jugé par des organes dirigés par des pays qui ont quitté le droit chemin. Mais comme il l’a fait récemment, en protestant contre l'hypocrisie du Conseil des droits de l'homme, Ban peut choisir de dire la vérité au pouvoir maintenant. (Hillel C. Neuer est président directeur général de l’ONG UN Watch à Genève.)
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