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Communiqué Isranet
Volume VII, Numéro 349 • vendredi le 29 août 2008 Cher Baruch, Françoise Boiteux-Colin _______________________ Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org Lisez les cinq premiers paragraphes de la déclaration de l’OTAN sur l’invasion russe de la Géorgie, et vous n’aurez pas la moindre idée de qui a envahi qui. L’impartialité de la déclaration est presque comique. « Nous déplorons toutes les pertes de vies », déclare-t-elle, comme si elle déplorait un accident d’autobus. Et elle « exprime sa grave préoccupation à propos de la situation de la Géorgie ». Situation, notez bien ! Ce n’est qu’au paragraphe six que l’OTAN, alliance de 26 nations comptant 900 millions de personnes et totalisant près de la moitié du PNB mondial, dégaine sa puissante épée, pour parler avec audace de « l’action militaire russe » - ni agression, ni invasion, pas même incursion, mais « action », comme étant « incompatible avec son rôle de gardien de la paix ». Ayant lancé un redoutable pléonasme façon moscovite, quelle mesure prend, en conséquence, la Plus Grande Alliance de Tous les Temps ? Elle annule la prochaine réunion du Conseil OTAN-Russie. Voilà. Pas de dissolution du G-8. Pas de blocage de l’entrée de la Russie dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Pas de suspension de la participation aux Jeux Olympiques d’Hiver de 2014 à Sotchi (à 24 km de la frontière géorgienne). Pas de déclaration de soutien au gouvernement Saakashvili. Rappelez-vous : Il n’est pas question d’une action militaire, seulement de mesures - indolores pour l’Occident - susceptibles d’affecter quelque peu la Russie. A l’ère soviétique, la Russie ne s’en préoccupait pas parce qu’elle était au centre d’un système autarcique replié sur lui-même, qui comprenait 15 républiques soviétiques, toutes situées en Europe de l’Est, et un ensemble de colonies situées à l’étranger. Tout cela ayant disparu, la Russie post-soviétique est infiniment plus dépendante de l’ordre international. Elle a des points vulnérables à la pression politique et économique, en plusieurs domaines. Pourtant malgré l’occupation de la Géorgie, la destruction de ses infrastructures et le siège de sa capitale, l’OTAN n’a fait pression sur aucun de ces points. La télévision russe annonce bien haut « une fissure dans le camp de l’OTAN ». C’est plutôt un gouffre. Le ministre des affaires étrangères britannique, dans le Times de Londres, David Milbrand, s’oppose même à ce qu’on expulse la Russie du G8 - mesure parfaitement adaptée et qui aurait dû être prise depuis longtemps. Et un diplomate allemand affirme que le problème de la Géorgie n’aurait pas dû être soumis d’emblée à l’OTAN, mais plutôt à l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, un organisme consultatif totalement inefficace, et aux Nations Unies, dont l’inaction est assurée par le veto russe. Les Français, il faut le reconnaître, ont tenté de faire quelque chose. Malheureusement, le président Nicolas Sarkozy s’est fait circonvenir par Moscou. L’article V de l’accord de cessez-le-feu qu’il a négocié, et qui donne à la Russie le droit « de prendre des mesures additionnelles de sécurité » à l’intérieur des frontières de la Géorgie, est un chèque en blanc pour l’occupation russe [1]. Voilà pour la vieille Europe. Quant à l’Europe nouvelle, qui a des souvenirs plus récents de l’oppression russe, elle ne s’est pas montrée aussi apathique. Les présidents des républiques baltes (plus l’Ukraine et la Pologne) ont pris l’avion pour Tbilissi pour exprimer leur solidarité avec le gouvernement Saakashvili. L’Ukraine a menacé la flotte russe de la perte de sa base en Crimée, et a même offert de livrer à l’Occident deux anciennes stations de radars soviétiques. Quant à la Pologne, elle a renoncé à ses hésitations sur des points de détail relatifs à une batterie de défense anti-missiles, et a donné son accord, presque du jour au lendemain, aux conditions américaines. L’Europe de l’Est comprend les enjeux afférents à la Géorgie. C’est la dernière cible. Les objectifs de la Russie sont clairs : (1) Couper de la Géorgie l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, pour les intégrer dans la Russie ; (2) Faire tomber le gouvernement pro-occidental de la Géorgie ; (3) Intimider les pays d’Europe de l’Est pour les ramener dans la sphère d’influence russe. L’objectif n° 1 est déjà atteint. La Géorgie ne récupérera jamais ses provinces. Elles seront bientôt absorbées par la Russie. L’objectif n° 3 a eu, pour l’instant, le résultat inverse de ce qui était escompté. Les pays d’Europe de l’Est se sont ralliés à la Géorgie - et aux Etats-Unis. L’objectif n° 2 reste incertain. Les chars russes ont coupé la Géorgie en deux. Son plus grand port a été saccagé. Sa capitale est isolée. La Russie donne tous les signes de sa volonté de rester sur place, en maintenant des barrages et un contrôle total. Si cette situation se maintient, la Géorgie sera étranglée et Saakashvili tombera, pour être remplacé par un client russe avec lequel la Russie proposera de traiter en toute magnanimité. Moscou aura démontré sa capacité à détruire un régime voisin pro-occidental, sans invasion ni occupation de grande envergure, et sans la moindre résistance de l’OTAN. Les dirigeants d’Europe de l’Est observeront ce résultat avec stupeur ; ils réfléchiront à deux fois avant de faire un pas en direction de l’Occident et, avec le temps, ils finiront par s’accommoder des ambitions russes. Tous les objectifs russes auront été atteints. Voilà pourquoi tant de choses dépendent des quelques semaines à venir, durant lesquelles s’exercera une pression maximale sur le gouvernement Saakashvili. Le but de cette guerre est de démoraliser et de dominer l’Europe de l’Est. Son résultat dépend entièrement d’un seul développement : que la Russie réussisse à faire tomber ce qu’elle appelle avec mépris « le régime de Tbilissi ». Ce qui est en jeu est beaucoup plus que le destin de la Géorgie. Note du traducteur [*] Ce que confirme la presse occidentale. Voici ce qu'on peut lire aujourd'hui sur le site Le Point.fr : " « En conformité avec l'accord en six points (négocié par la France), les forces de maintien de la paix russes contrôleront la situation dans la ville de Poti et dans d'autres points de peuplement sous la forme de patrouilles », a déclaré samedi le chef d'état major adjoint de l'armée russe, le général Anatoli Nogovitsyne, cité par l'agence Interfax. « Poti n'est pas dans la zone de sécurité. Cela ne veut pas dire que nous resterons derrière les barrières à regarder comment ils circulent sur leur Humvee (véhicules tout terrain américains) », a-t-il ajouté, cité par Ria Novosti. Les forces russes tenaient toujours samedi des positions avancées dans l'ouest de la Géorgie, à la sortie du port de Poti et à Teklati, a constaté un journaliste de l'AFP. La
menace alliée [islamiste-gauchiste] Adaptation française: Alain Jean-Mairet «Voici deux pays frères, unis comme les doigts de la main», déclarait le socialiste Hugo Chávez pendant une visite à Téhéran, en novembre dernier, pour souligner son alliance avec l'islamiste Mahmoud Ahmadinejad. Le fils de Che Guevara, Camilo, qui a aussi visité Téhéran l'an passé, a affirmé que son père aurait «soutenu le pays dans sa lutte actuelle contre les États-Unis». Ils imitaient ainsi Fidel Castro qui, pendant une visite rendue en 2001, déclara à ses hôtes qu'«en collaborant, l'Iran et Cuba pourrait mettre l'Amérique à genoux». Pour sa part, Ilich Ramírez Sánchez («Carlos le chacal») a écrit dans un livre intitulé L'islam révolutionnaire que «seule une coalition de marxistes et d'islamistes peut détruire les États-Unis». Et il n'y a pas que les gauchistes d'Amérique latine à discerner un potentiel dans l'islamisme. Ken Livingstone, l'ex-maire trotskiste de Londres, embrassa littéralement le fameux penseur islamiste Yusuf al-Qaradawi. Ramsey Clark, ex-ministre américain de la Justice, a rendu visite à l'ayatollah Khomeiny et lui a offert son soutien. Noam Chomsky, professeur au MIT, s'est rendu auprès du leader du Hezbollah Hassan Nasrallah et a approuvé la décision du Hezbollah de conserver ses armes. Ella Vogelaar, la ministre hollandaise de l'Habitat, des Quartiers et de l'Intégration, est si bien disposée envers l'islamisme qu'un critique, le professeur d'origine iranienne Afshin Ellian, l'a appelée «la ministre de l'islamisation». Pendant sa première campagne présidentielle en 2004, le démocrate américain Dennis Kucinich a cité le Coran et incité un public de musulmans à scander «Allahou akbar» («Dieu est grand»). Il a même déclaré: «J'ai un exemplaire du Coran à mon bureau.» Spark, la revue des jeunes membres du Parti travailliste socialiste britannique, a fait l'éloge d'Asif Mohammed Hanif, le terroriste suicidaire britannique qui a attaqué un bar de Tel-Aviv, le présentant comme un «héros des jeunesses révolutionnaires» qui a accompli sa mission «dans l'esprit de l'internationalisme». Workers World, un journal communiste américain, a publié une nécrologie louant les mérites du terroriste en chef du Hezbollah, Imad Mughniyeh. Certains gauchistes vont plus loin encore. Plusieurs — Carlos le chacal, Roger Garaudy, Jacques Vergès, Yvonne Ridley et H. Rap Brown — se sont convertis à l'islam. D'autres réagissent avec euphorie à la violence et à la brutalité de l'islamisme. Le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen a qualifié les attentats du 11 septembre 2001 de «plus grande œuvre d'art imaginable pour tout le cosmos» et feu le romancier américain Norman Mailer trouvait ses auteurs «brillants». Et rien de tout cela n'est nouveau. Pendant la guerre froide, les islamistes préféraient l'Union soviétique aux États-Unis. Pour reprendre les termes utilisés par l'ayatollah Khomeiny en 1964, «l'Amérique est pire que la Grande-Bretagne, la Grande-Bretagne est pire que l'Amérique et l'Union soviétique est pire que les deux. Chacun d'eux est pire que les autres, chacun d'eux est plus abominable que les autres. Mais aujourd'hui, nous avons affaire à cette entité malveillante qu'est l'Amérique.» En 1986, j'écrivais que «l'URSS ne subit guère qu'une petite partie de la haine et du venin destinés aux États-Unis». Les gauchistes retournaient le compliment. En 1978-79, le philosophe français Michel Foucault a manifesté un grand enthousiasme pour la Révolution iranienne. Comme l'expliquent Janet Afary et Kevin B. Anderson, Tout au long de sa vie, la conception de l'authenticité nourrie par Michel Foucault a consisté à observer des situations dans lesquelles les gens vivent dangereusement et flirtent avec la mort, source de créativité. Dans la tradition de Friedrich Nietzsche et Georges Bataille, Foucault aimait l'artiste qui dépasse les limites de la rationalité et il défendait avec fougue les irrationalités qui franchissaient de nouvelles frontières. En 1978, Foucault trouva de telles forces transgressives dans le personnage révolutionnaire de l'ayatollah Khomeiny et des millions de gens qui risquaient la mort en le suivant dans sa Révolution. Il savait que des expériences aussi «limites» pouvaient conduire à de nouvelles formes de créativité et il lui donna son soutien avec ardeur. Un autre philosophe français, Jean Baudrillard, présentait les islamistes comme des esclaves en rébellion contre un régime oppressif. En 1978, Foucault qualifiait l'ayatollah Khomeiny de «saint» et, une année plus tard, l'ambassadeur de Jimmy Carter aux Nations Unies, Andrew Young, parla de lui comme d'«une sorte de saint». Cette bonne volonté peut paraître surprenante compte tenu des profondes différences séparant les deux mouvements. Les communistes sont des laïques athées et gauchistes; les islamistes exécutent les athées et imposent des lois religieuses. La gauche exalte les travailleurs; l'islamisme privilégient les musulmans. L'une rêve d'un paradis des travailleurs, l'autre d'un califat. Les socialistes veulent le socialisme; les islamistes acceptent le marché libre. Le marxisme implique l'égalité des sexes; l'islamisme opprime les femmes. Les gauchistes condamnent l'esclavage; certains islamistes l'approuvent. Comme le relève le journalise Bret Stephens, la gauche a consacré «les quatre dernières décennies à prendre fait et cause pour les libertés que l'islam rejette le plus résolument: liberté sexuelle et matrimoniale, droits des homosexuels, liberté de religion, pornographie, diverses formes de transgression artistique, pacifisme et ainsi de suite». Ces divergences semblent éclipser les quelques ressemblances qui sont apparues à Oskar Lafontaine, l'ex-président du Parti social-démocrate allemand: «L'islam est basé sur la communauté, ce qui le place en opposition avec l'individualisme extrême sur le point d'échouer en Occident. [De plus,] le musulman pieux est tenu de partager ses biens avec autrui. L'esprit de gauche souhaite également voir le fort aider le faible.» Pourquoi, dans ce cas, la création de ce que David Horowitz appelle l'«Alliance impie» entre la gauche et l'islamisme? Essentiellement pour quatre raisons. Premièrement, comme l'explique le politicien britannique George Galloway, «le mouvement progressiste des quatre coins du monde et les musulmans ont les mêmes ennemis», à savoir la civilisation occidentale en général et les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël en particulier, de même que les juifs, les chrétiens croyants et les capitalistes internationaux. En Iran, selon l'analyste politique de Téhéran Saeed Leylaz, «depuis cinq ans, le gouvernement permet à la gauche d'exercer afin, concrètement, d'opposer une résistance aux religieux libéraux». Leurs discours sont interchangeables: Harold Pinter décrit l'Amérique comme «un pays géré par une bande de fous criminels» et Osama bin Laden qualifie le pays d'«injuste, criminel et tyrannique». Pour Noam Chomsky, l'Amérique est «l'un des principaux états terroristes» et Hafiz Hussain Ahmed, un leader politique pakistanais, en parle comme du «plus grand état terroriste». Ces points communs suffisent à convaincre les deux parties de négliger leurs nombreux désaccords pour favoriser la collaboration. Deuxièmement, les deux parties partagent certains objectifs politiques. Leur alliance a été forgée symboliquement en 2003 à Londres par une manifestation géante commune d'opposition à la guerre contre Saddam Hussein. Les deux parties souhaitent que les forces de la coalition échouent en Irak, que la guerre contre le terrorisme soit abandonnée, que l'antiaméricanisme se répande et qu'Israël soit éliminé. Elles s'accordent également sur l'immigration de masse et sur le multiculturalisme en Occident. Elles coopèrent sur ces plans lors de meetings, tels que la Conférence anti-guerre du Caire, qui rassemble les gauchistes et les islamistes autour d'une «alliance internationale contre l'impérialisme et le sionisme». Troisièmement, l'islamisme a des liens historiques avec le marxisme-léninisme. Sayyid Qutb, le penseur islamiste égyptien, a adopté la notion marxiste d'étapes historiques auxquelles il ajoute simplement un postscriptum islamique; il a ainsi prédit qu'une ère islamique éternelle s'instaurerait après la chute du capitalisme et du communisme. Ali Shariati, l'intellectuel clé derrière la révolution iranienne de 1978–79, a traduit Franz Fanon, Che Guevara et Jean-Paul Sartre en persan. D'une manière plus générale, l'analyste iranien Azar Nafisi relève que l'islamisme «tire son langage, ses objectifs et ses aspirations au moins autant des formes les plus grossières du marxisme que de la religion. Ses leaders sont aussi influencés par Lénine, Sartre, Staline et Fanon que par le prophète.» Passant de la théorie à la pratique, les marxistes voient dans les islamistes une étrange concrétisation de leurs prophéties. Marx annonça que les bénéfices des entreprises s'effondreraient dans les pays capitalistes et que leurs dirigeants réagiraient en saignant à blanc les travailleurs; le prolétariat allait connaître la pauvreté et la rébellion avant d'établir un ordre socialiste. Mais le prolétariat des pays industrialisés est au contraire devenu toujours plus aisé et son potentiel révolutionnaire s'est évanoui. Lee Harris note ainsi que les marxistes ont attendu en vain la crise du capitalisme pendant un siècle et demi. Puis vinrent les islamistes, à commencer par la révolution iranienne, suivie des attentats du 11 septembre et autres attaques contre l'Occident. Enfin le tiers monde avait entamé sa révolte contre l'Occident, réalisant les prédictions marxistes — quoique sous la mauvaise bannière et avec des objectifs incorrects. Olivier Besançonneau, un gauchiste français, considère les islamistes comme «les nouveaux esclaves» du capitalisme et demande s'il ne serait pas «naturel qu'ils s'unissent à la classe ouvrière pour détruire le système capitaliste». Comme l'observent l'analyste Lorenzo Vidino et le journaliste Andrea Morigi, à une époque où le mouvement communiste est «en ruines», les Nouvelles Brigades Rouges italiennes reconnaissent «le rôle dominant des ecclésiastiques réactionnaires [islamiques]». Quatrièmement, le pouvoir: les islamistes et les gauchistes peuvent obtenir davantage en s'unissant que séparément. En Grande-Bretagne, ils ont formé ensemble la Stop the War Coalition, dont le comité directeur comprend des représentants d'organisations telles que le Parti communiste britannique et la MAB (Muslim Association of Britain). Le Parti du Respect britannique amalgame le socialisme international radical et l'idéologie islamiste. Les deux parties ont joint leurs forces pour l'élection du Parlement européen en mars 2008, proposant des listes communes de candidats en France et en Grande-Bretagne sous des désignations de parti peu révélatrices. Les islamistes bénéficient particulièrement des accès, de la légitimité, des talents et de l'impact que leur procure la gauche. Cherie Booth, l'épouse de Tony Blair, alors Premier ministre, a plaidé au niveau de la Cour d'appel pour aider une jeune fille, Shabina Begum, à porter le jilbab, un vêtement islamique, dans une école britannique. Lynne Stewart, un avocat de gauche, a enfreint les lois américaines et a fait de la prison pour aider Omar Abdel Rahman, le cheikh aveugle, à fomenter une révolution en Égypte. Volkert van der Graaf, un fanatique des droits des animaux, a tué le politicien hollandais Pim Fortuyn pour l'empêcher de transformer les musulmans en «boucs émissaires». Vanessa Redgrave a financé la moitié d'une caution de 50.000 livres pour permettre à Jamil el-Banna, un suspect de Guantánamo accusé d'avoir recruté des djihadistes pour aller se battre en Afghanistan et en Indonésie, de sortir d'une prison britannique; Redgrave a déclaré considérer son geste en faveur d'el-Banna comme «un profond honneur», bien que l'homme soit recherché en Espagne pour des accusations liées au terrorisme et soit suspecté d'entretenir des liens avec Al-Qaïda. À une plus grande échelle, le Parti communiste d'Inde a fait le sale travail de Téhéran en retardant de quatre mois le lancement de TecSar, un satellite espion israélien. Et des gauchistes ont fondé l'International Solidarity Movement pour empêcher les forces de sécurité israéliennes de protéger le pays contre le Hamas et les autres groupes terrorises palestiniens. Dans le Spectator de Londres, Douglas Davis qualifie cette coalition d'«aubaine pour les deux parties. La gauche, alors une maigre bande de communistes, de trotskystes, de maoïstes et de castristes, s'accrochait à la lie d'une cause en bout de course; les islamistes pouvaient fournir les foules et la passion, mais ils avaient besoin d'un véhicule, d'un moyen de prendre pied sur la scène politique. Il devenait ainsi impératif de conclure une alliance tactique.» Ou, plus simplement, pour reprendre les termes d'un gauchiste britannique, «les avantages pratiques de la coopération permettent de compenser les divergences». Le rapprochement croissant des gauchistes et des islamistes est l'un des développements politiques actuels les plus préoccupants, car il entrave les efforts d'autoprotection de l'Occident. Lorsque Staline et Hitler ont conclu leur pacte tristement célèbre de 1939, l'alliance rouge-brune a constitué un danger mortel pour l'Occident et, en fait, pour la civilisation elle-même. La coalition actuelle représente la même menace, d'une manière certes moins spectaculaire mais non moins certaine. Et comme sept décennies auparavant, celle-ci doit être mise en lumière, dénoncée, rejetée et vaincue. Volume VII, Numéro 348 • vendredi le 22 août 2008 Niekulturny,
en avant ! Les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée par les intellectuels russes pour décrire les rustres, les brutes, les nervis du genre de Poutine, les « sans-culture » Comme tout événement important, la guerre de Géorgie recompose la configuration stratégique mondiale. L’affaire n’est pas finie, mais on peut d’ores et déjà entrevoir les contours de la nouvelle donne. Primo, la Russie. Contrairement aux propos légers proférés ça et là, l’économie russe n’est pas en pleine reprise : l’extraordinaire fortune pétrolière et gazière tient lieu d’économie. Les propriétaires de la manne, Poutine et les autres oligarques, accumulent des fortunes personnelles et consacrent le reste à deux choses : d’un côté, le développement des services, bancaires et autres, qui concourent à la gestion des hydrocarbures, des industries, comme la construction, qui logent et donnent des lieux de travail aux gestionnaires des hydrocarbures ; de l’autre côté, la réfection de l’appareil répressif et militaire. Ce dernier d’ailleurs n’a pas été réformé mais a fait l’acquisition de jouets coûteux qui servent le dessein du « retour de la Russie ». La réalité profonde de ce pays, quant à elle, reste à la traîne : c’est une espérance de vie des mâles inférieure à celle des pays d’Afrique noire, à 56 ans ; c’est un effondrement démographique irrésistible, qui mène la Russie à passer bientôt le seuil des 100 millions, vers le bas – dont une grande partie ne sont pas des Russes « ethniques ». A témoin, le groupe le plus fourni de la levée du contingent 2009 sera constitué par… les Tchétchènes, devant les Russes. L’obsession de la grandeur, qui est pour eux synonyme de la grandeur de l’Etat (derjavnost), la haine écumante qui les possède d’avoir été délogés de leur rang « naturel », celui de colosse eurasien et de co-régents du monde, a nourri chez les dirigeants russes une volonté de revanche qui passe par l’humiliation des « traîtres » - satellites échappés à l’attraction russe, républiques qui ont décampé de la prison soviétique à la première occasion, Slaves infidèles à la Mission russo-centrique. L’Ukraine, les Baltes, la Pologne, les Tchèques et Slovaques, les Hongrois – doivent revenir, de gré ou de force, au « bercail » multinational de la Russie. Comme l’Islam considère toute terre ayant jamais été annexée par les Musulmans comme « terre d’Islam [en arabe Wakf. Ndlr.]) » ad vitam perpetuam, la Russie considère que tout pays qu’elle a jamais dominé et colonisé est russe pour toujours. Tout comme elle considère tout Russe, même naturalisé ailleurs, comme soumis aux « lois » (volontés) de la Russie. Armée, comme l’Arabie saoudite, par le cash pétrolier, la Russie est gouvernée par les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée par les intellectuels russes pour décrire les rustres, les brutes, les nervis du genre de Poutine, les « sans-culture ». Mufles aux manières frustes, mélange désagréable de Mongol et d’éthylisme – jouant des avantages que les autocraties ont sur les démocraties : unité de commandement, aptitude à agir sans contrôle, rapidité d’exécution, secret, et Mensonge illimité, dont l’éternel retour vous laisse pantois. Les absurdes pinailleries concernant les responsabilités des Géorgiens et de leur président sont des feuilles de vigne propagandistes (voir par exemple Marek Halter dans Le Figaro, qui se fait le petit télégraphiste de la ligne du parti, mais la liste est longue et navrante) : la politique de la Russie est celle de la Reconquista. Tout le reste n’est que mauvaise littérature. Poutine a préparé l’action de longue main, dès le mois d’avril, nous dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgengauer. On ne lance pas à l’improviste une opération combinée des commandos, des unités de blindés, de la marine et de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état général des forces russes, où les officiers vendent les pneus, les munitions, les carburants et les équipements, il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant des mois. Poutine a joué, il a gagné. Il voulait démontrer que la Russie peut mobiliser une écrasante supériorité contre les cibles qu’il choisit ; il voulait insuffler la peur, montrer qu’il entrerait en guerre en se moquant des frontières internationalement reconnues, qu’il se fichait bien de notions telle que la souveraineté ; qu’il utiliserait toutes les ressources du mensonge russe et profèrerait des menaces de gangster. Comme celles du ministre russe déclarant que les Baltes et les Polonais « devront payer » leur soutien à la Géorgie. Comme les menaces du numéro deux des forces armées russes, Nogovitsin, menaçant la Pologne de représailles nucléaires, maintenant qu’elle a signé l’accord d’installation du système anti-missile américain sur son territoire. « La Russie est de retour » : la Russie – le Goulag, les dizaines de millions de morts du lénino-stalinisme, Katyn, [l’antisémitisme. Ndlr.], la chape de plomb de l’oppression, l’écrasement des Hongrois, puis des Tchèques, l’orchestration du terrorisme européen et arabe – est de retour. Attention à la Crimée, région de l’Ukraine dont Moscou ne va pas tarder à réclamer la « restitution ». Attention aux frontières contestées avec les Etats baltes. Et les autres ? George Bush est resté quatre jours aux J.O. de Pékin pendant que Gori brûlait. Au retour, il a passé trois heures à se faire briefer au siège de la CIA. Quoi ? Il n’avait pas été briefé auparavant ? Pourtant, les moyens de surveillance satellitaires américains sont tels que pas un mouvement de troupe, pas même un sergent russe se grattant l’arrière-train, ne leur ont échappé. Washington n’a pas adressé d’avertissement à Moscou – si l’on avait fait savoir que l’on garantissait l’intégrité de l’espace aérien géorgien, par exemple, alors que se multipliaient les signes précurseur d’une attaque russe, on aurait servi à quelque chose – mais Bush se prélassait en Chine, pendant que la pauvre Mlle Rice était en vacances. Washington a en fait donné à comprendre à Poutine que les Etats-Unis ne feraient rien. On peut aujourd’hui faire monter les décibels, ça ne change pas les réalités sur le terrain ni le fait accompli. L’unique signe positif enregistré aux Etats-Unis a été l’attitude vive et ferme du candidat républicain McCain. On va tirer des conclusions dans d’autres capitales. La Turquie, membre de l’OTAN, ne pourra manquer de se poser des questions sur la fiabilité de l’allié américain : qui flanche si facilement n’est pas un appui ! Le tournant de la diplomatie turque vers le monde arabo-islamique en sera accentué, même si les militaires turcs tentent vaillamment d’endiguer la vague. L’Iran, lui, se voit conforté dans sa conception des Etats-Unis comme un tigre de papier, qui n’intervient pas pour soutenir ses alliés et ses amis. Washington (Rice) a déjà vendu le Liban à bas prix, il y en aura d’autres, se disent les ayatollahs et leurs factotums à Téhéran. L’Union européenne, avec Nicolas Sarkozy en président, a « négocié » un cessez-le-feu, dont les Russes se sont moqués, non sans que l’UE ne se gargarise de son « succès diplomatique », appelant « les deux parties » à faire preuve de retenue et à cesser « la violence ». Ledit cessez-le-feu donne aux Russes toute latitude de laisser leurs forces en Géorgie, en concédant l’exigence russe, que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, ne feront pas partie du territoire géorgien. Quel succès ! L’UE a démontré son aptitude à manier la pelle et la balayette. Elle a répété que tout cela était « inacceptable » tout en l’acceptant. Et l’OTAN ? Je crains qu’il ne faille maintenant écrire sa notice nécrologique. L’Allemagne d’Angela Merkel joue la Russie. Ce dont Ronald Reagan avertissait, en 1984, en empêchant la construction d’un vaste oléoduc entre la Sibérie occidentale et l’Allemagne, la finlandisation de cette dernière est largement un fait accompli. N’oublions pas que le prédécesseur de Mme Merkel, Gerhard Schröder, est aujourd’hui à Gazprom, la multinationale étatique russe. Sans Allemagne, et avec des pays qui font des risettes sans fin à Moscou, Espagne, Italie, etc., il n’y a plus d’OTAN. La vieille stratégie soviétique, dissocier l’Allemagne de ses voisins, et le tout des Etats-Unis, est fort avancée. Tout cela a eu lieu autour du microcosme géorgien. Le microcosme a révélé le macrocosme. La crise géorgienne a catalysé les évolutions latentes. De
Durban I à Durban II : Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org Durban I : Une haine éhontée
des Juifs « Pour moi qui ai eu une expérience directe des horreurs de l’Holocauste, ce fut la manifestation de haine des Juifs, la plus abominable et la plus éhontée que j’aie connue depuis l’époque nazie. (1) Les pires moments de haine ont eu lieu au cours d’un Forum des ONG qui dura huit jours dans un grand stade de cricket, et auquel participèrent six mille représentants de près de 2000 ONG. Parallèlement au harcèlement anti-juif, il y eut des attaques contre la mondialisation, décrites plus tard par le président de la conférence – le ministre sud-africain des Affaires étrangères – comme ayant « rendu précaires les économies des pays affectés du terrible héritage de l’esclavage et du colonialisme, qui avaient bénéficié aux seuls pays développés… et avait laissé dans son sillage une pauvreté déshumanisante absolue, une marginalisation économique, une exclusion sociale et du sous-développement. » (2). Le jour de l’ouverture de la conférence, le secrétaire de l’ONU à l’époque, Kofi Annan, s’adressa à une table ronde de quatorze chefs d’Etats et de gouvernements, dont dix originaires d’Afrique, deux de petits pays anciennement communistes, originaires d’Europe – Lettonie et Bosnie-Herzégovine – et ceux de Cuba et de Palestine, Fidel Castro et Yasser Arafat. Outre Annan, la seule autre personnalité qui s’adressa à la table ronde fut le président de l’Union Sud-Africaine, Thabo Mbeki. Cette constellation de hauts dirigeants donna presque exclusivement le ton à la conférence. Elle montrait qui était là, c’est-à-dire, l’Afrique, Castro et Arafat, et – plus important – qui n’y était pas, c’est-à-dire, la majeure partie des dirigeants du monde. Malgré l’avertissement
du secrétaire général [des Nations unies] selon
qui (3), Sous le titre Rapport sur la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et l’Intolérance y Afférant, Durban, 31 août – 8 septembre 2001, le rapport final de la conférence exprimait sa préoccupation pour « le sort du peuple palestinien sous occupation étrangère ». Le reste du paragraphe portait (4): « Nous reconnaissons le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination et à la création d'un État indépendant, nous reconnaissons le droit à la sécurité pour tous les Etats de la région, y compris Israël, et appelons tous les Etats à soutenir le processus de paix et à l’amener à une prompte conclusion. » Même si l’on pouvait arguer que ce langage n’avait rien de répréhensible en soi, les représentants européens à la conférence firent remarquer, à juste titre, qu’il n’avait rein à voir avec une conférence sur le racisme et l’intolérance. Dans la même veine, le
rapport final reconnaissait (5) Pour ses partisans, ce texte
signifiait une seule chose et rien d’autre. Le représentant
iranien le dit clairement : (6) On peut se demander de quelle manière ce souci pour le sort des réfugiés s’appliquait au Soudan, au Kenya, au Rwanda, au Zimbabwe, et également à la Tchétchénie, au Tibet et partout dans le monde où des gens ont été déplacés. Mais il eût fallu un degré d’honnêteté et de droiture qui firent défaut la plupart du temps à Durban. A la fin de la conférence,
le représentant canadien déclara : Il avait déclaré
auparavant que les propos de la conférence sur les réfugiés
(7) Mais les choses ne se limitent pas à cela. On aurait tort de résumer Durban par le label d’"antisémitisme", ou celui d’"anti-Israël". La Conférence de Durban a été beaucoup plus nuancée et ramifiée. La représentation du Mystère de la Passion a eu lieu au Forum des ONG précédant la conférence. Elle était antisémite et anti-israélienne du début à la fin. Elle a également, de manière irresponsable, violente et sans scrupule imputé à la mondialisation la responsabilité de l’injustice économique, politique et sociale qui frappe, de nos jours, les pauvres et les défavorisés d’Afrique. L’anti-mondialisation a affecté la conférence elle-même, au même titre que la condamnation de l’esclavage et du commerce des esclaves. "L’esclavage transatlantique" – entendez : les Etats-Unis – a été mentionné comme un crime social monstrueux – ce qu’il était, en effet – alors que le commerce arabe des esclaves ne fut pas mentionné. De même aussi, le colonialisme fut accusé d’être la principale cause de racisme et de discrimination contre les Africains et les gens d’origine africaine. L’apartheid, le génocide et toute une liste d’autres maux, depuis l’épidémie de SIDA jusqu’à la violation des droits des peuples indigènes, et jusqu’à la discrimination envers Rome, furent condamnés de la même manière. D’une certaine manière, Durban fut "l’époque de la vengeance" africaine. En gros, Durban donnait la parole à l’Afrique noire, sous l’égide de la République d’Afrique du Sud. Toutefois, fut absente de Durban quelque reconnaissance que ce soit des maux que l’Afrique s’est infligés à elle-même depuis la fin du colonialisme, et qu’elle continue à infliger à son peuple sept ans après Durban, comme en ont témoigné les violentes agressions contre des immigrants/réfugiés à Johannesburg, au printemps 2008. Une question encore plus fondamentale est de savoir si la revanche est toujours une récompense appropriée ou équitable. Une chose est de dédommager des Juifs qui ont été dans des camps de concentration nazis ou dont les biens ont été confisqués, ou les enfants des Juifs tués par les nazis parce qu’ils étaient Juifs. Le trafic d’esclaves a disparu il y a plus de sept générations. Qui va payer et à qui ira la compensation ? De plus, les gens qui vivent en Afrique aujourd’hui – et c’est la voix de l’Afrique qui s’est exprimée à la conférence – ne sont pas tous descendants d’esclaves, mais de personnes restées en Afrique et qui, s’ils étaient esclaves, l’étaient de leurs compatriotes africains. Sous plusieurs angles importants, Durban a été une occasion perdue pour le combat contre le racisme. Comme l’avait dit le secrétaire général Annan, dans son discours d’ouverture (8), « les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence, notre objectif majeur doit être d’améliorer le sort des victimes ». Il est regrettable que l’on n’ait pas prêté attention à son message. Comme cela se produit souvent dans les réunions des Nations unies, les cinquante-six pays islamiques réussirent à éviter l’accusation de leurs crimes incessants contre les femmes, les minorités religieuses et les opposants politiques, tandis qu’ils passaient Israël au pinceau raciste. "Sionisme égale racisme", la condamnation adoptée par l’Assemblée Générale des Nations unies, en 1975, et annulée en 1991, reprit vie à Durban. Les pays européens et quelques autres, notamment le Guatemala, émoussèrent la formulation la plus extrême exigée par l’Iran et les pays arabes, mais acceptèrent finalement de montrer Israël du doigt dans une formulation plus modérée et équilibrée, pour proclamer que "la conférence avait été un succès". Des positions rendues rationnelles Pour une grande partie du monde musulman, ces déclarations furent le prix payé aux Européens et à d’autres pays qui étaient dans les mêmes dispositions d’esprit, en échange de leur accord sur les formules concernant Israël et les réfugiés. Chaque partie trouva des raisons à sa position en invoquant les compromis nécessaires au succès de la conférence. A Durban, les deux parties bénéficiaient à l’Afrique, située au milieu et qui dirigeait la conférence, avec l’intention d’atteindre son but d’une déclaration mondiale condamnant le racisme. Ce qui fut réalisé. Mais dans quel but ? Le racisme a-t-il pris fin ? La réponse est clairement non. A-t-il diminué de manière significative ? Il serait difficile à quiconque d’opiner avec beaucoup de conviction. Les porte-parole iranien et arabe allèrent plus loin encore. Ils expliquèrent que la culpabilité pour l’Holocauste incombait à l’Europe, non à l’islam, et que la plupart des Sémites étaient arabes, pas juifs. Telle était, dirent-ils la véritable raison de la condamnation de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Les deux étaient indissociables dans la déclaration de Durban. Il est probable que l’Union
européenne attende Les pays européens participeront-ils à Durban II. Le Canada a déjà répondu par la négative. Les Etats-Unis et Israël semblent prendre la même direction, mais leurs président et Premier ministre respectifs pourraient bien laisser la décision à leurs successeurs. Fidèle à son passé, l’Union européenne reste indécise. Les fortes critiques de la France, du Royaume Uni et des Pays-Bas n’ont pas mené à une décision formelle de l’Union européenne. Le président Nicolas Sarkozy a fait la déclaration publique la plus courageuse dans une allocution au dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), en février 2008 [1]. Après avoir attendu les résultats de la première Conférence Préparatoire, terminée à ce jour, il est probable que l’Union Européenne attende encore, dans l’espoir de persuader la conférence de ne pas accéder aux exigences islamiques menaçantes de mesures de censure des caricatures du Prophète Mohammed et d’autres faits perçus comme des offenses [par les musulmans], que l’Union Européenne considère, à juste titre comme une atteinte à la liberté d’expression. S’opposer au bâillonnement la presse ne signifie pas qu’on approuve de telles représentations graphiques. Toutefois, le problème de la liberté d’expression comme opposée à la "défense de l’islam" n’est plus d’actualité. La question est de savoir ce qui peut être fait pour empêcher Durban II de devenir ce que Tom Lantos décrivait comme « une manifestation éhontée de haine des Juifs » et un renouvellement de la focalisation sur Israël, en tant que coupable, et sur le peuple palestinien en tant que victime. Après la question « Que devons-nous faire ? », vient l’autre question : « Que pouvons-nous faire ? ». Trois aspects de Durban doivent être examinés : l’antisémitisme, les tentatives visant à délégitimer Israël, et la manière de répondre aux revendications légitimes de manière à ce que les Juifs et Israël ne soient pas mis en position d’accusés, ou, pour le dire autrement, ne se retrouvent pas du mauvais côté de l’histoire, y compris de celle qui est encore à écrire. Combattre pour rester différent Comment expliquer que les Protocoles des Sages de Sion, un faux tsariste qui remonte à 105 ans, soient devenus la lecture favorite de la famille royale saoudienne, et qu’ils fassent l’objet d’une série télévisée égyptienne durant le Ramadan ? Dans l’intérêt de l’exactitude historique, nous devons reconnaître que l’antisémitisme n’a pas commencé dans l’Europe du XIXe siècle. En vérité, la révolte des Maccabées contre l’hellénisation forcée fut une bataille culturelle, et la révolte contre Rome, une guerre d’indépendance. De tels conflits se sont produits tout au long de l’histoire de l’humanité. Ils ne sont pas l’apanage des Juifs. Mais les choses ont changé avec la dispersion des Juifs. Après l’expulsion de ce qui devint plus tard la Palestine, les Juifs n’avaient plus de territoire à défendre. La Terre d’Israël était seulement un point de référence d’où les Juifs étaient partis et auquel ils aspiraient à revenir. Jusqu’à ce jour, une grande partie du rituel de prière parle du retour à Sion et de la reconstruction des murs de Jérusalem. Après la dispersion, l’antisémitisme fut majoritairement un phénomène chrétien – bien qu’il fût loin d’être inconnu dans le monde musulman – souvent attisé par des dirigeants politiques et ecclésiastiques guidés par leurs propres objectifs. Interprétations scripturaires conflictuelles, accusations de déicide, et la tendance humaine à avoir peur et à se méfier de gens d’appartenance ethnique, de religion, de culture et de langue différentes, contribuaient à cette hostilité. Les Juifs étaient les boucs émissaires qu’on rendait responsables de tout, depuis la peste bubonique – les Juifs étant accusés de causer la Peste noire en empoisonnant les puits -, jusqu’aux défaites militaires. Ce fut la première salve de Hitler. La tragédie de l’Holocauste fut encore plus indescriptible. Son fondement n’était ni territorial ni religieux, mais reposait sur une haine primaire uniquement basée sur la race. Sans souscrire à la thèse de La banalité du mal, de Hanna Arendt, il y a, en effet, quelque chose de banal dans les accusations raciales à l’encontre d’un peuple de la même race. Que ce soit banal ou non, six millions de Juifs sont morts. Les nazis ont réussi à déshumaniser le Juif, décrit comme un animal prédateur, un reptile, ou un insecte venimeux. Aujourd’hui, après plus de soixante ans, l’antisémitisme est-il destiné à survivre, sous quelque forme que ce soit ? Dans des commentaires formulés devant une audience majoritairement juive, à Washington DC, en novembre 2007, le président Sarkozy affirma que l’antisémitisme ne pouvait être expliqué. Il est inexplicable, dit-il, et, par définition, l’inexplicable ne peut être expliqué. Je suis en désaccord, non avec la logique du propos, mais avec sa forme. Expliquer n’est pas excuser. L’antisémitisme ne peut jamais être excusé. L’expliquer, comme je viens d’essayer de le faire en très peu de mots, est une obligation qui nous incombe en tant que Juifs. Les Juifs ont aussi l’obligation de ne pas s’estimer responsables de l’antisémitisme. Quelque gênante que puisse être, pour les antisémites, notre présence individuelle ou collective, cacher ou diminuer nos différences ne devrait pas être la réponse. Par exemple, me dit-on, dans les années 1930, l’American Jewish Committee recommanda aux Juifs de ne pas lire des journaux en yiddish dans le métro de New York, pour ne pas attirer l’attention sur eux en tant que Juifs. J’étais un jeune garçon à l’époque, mais j’espère que si j’avais été plus âgé, j’aurais dit exactement le contraire : Les Juifs auraient dû lire des journaux en yiddish dans le métro, même s’ils étaient incapables de lire ou de comprendre le yiddish. Cacher nos différences signifie que nous renonçons à notre judéité. C’est une oblitération de soi, non une acceptation. Tant que nous garderons notre spécificité, nous ne serons pas considérés comme faisant partie des nations, ce qui est une manière élégante de dire que nous ne disparaîtrons pas. Et tant que nous garderons notre spécificité, il est vraisemblable qu’il y aura de l’antisémitisme, sous une forme ou sous une autre. La spécificité suscite des détracteurs. Cela ne changera pas. Notre spécificité devrait être considérée comme un attribut positif, dont dépend notre survie en tant que peuple. Tout en luttant pour maintenir notre spécificité, nous devons, en même temps, être absolument fermes dans notre lutte contre l’antisémitisme d’où et à chaque fois qu’il se manifeste. L’antisémitisme qui s’est manifesté à Durban ne doit pas se répéter. Il n’a sa place nulle part, et certainement pas dans la reprise d’une conférence pour combattre le racisme et l’intolérance. Ce message doit être exprimé énergiquement, pas seulement à nos amis d’Europe et d’ailleurs, mais aussi aux principaux sponsors africains de la conférence, qui ont le plus grand intérêt pour le résultat du processus de Durban. Le même message doit être envoyé au monde musulman. Durban a lié antisémitisme et islamophobie. Durban a attiré l’attention « sur l’émergence d’actes et de mouvements violemment racistes basés sur des concepts raciaux et diffamatoires, à l’encontre des communautés juives, musulmanes et arabes. » (9). Nous devons leur rappeler que l’intolérance nourrit l’intolérance. Si le monde veut dépasser sa pitoyable situation actuelle, c’est un lieu excellent pour commencer. Les Palestiniens devront se
doter de dirigeants responsables En adoptant la solution à deux Etats, le gouvernement d’Israël a déjà offert un compromis. Il y a vingt ans, Yitzhak Rabin m’a dit qu’il y avait trois choses qu’aucun gouvernement israélien n’accepterait jamais : 1) la reconnaissance de l’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] ; 2) la création d’un Etat palestinien indépendant en Judée et en Samarie ; 3) une présence militaire arabe dans les territoires. Ces trois choses ont été depuis offertes par quatre Premiers ministres israéliens, de Yitzhak Rabin à Ehud Olmert. Il incombe dorénavant, sans conteste, au peuple palestinien de se doter de dirigeants responsables et efficaces et de trouver la manière de créer les institutions qui leur sont nécessaires pour gouverner leur existence. Tant qu’ils ont les yeux rivés sur Tel Aviv et non sur Ramallah, Jenine et Naplouse, la paix n’est pas probable. Le processus de paix dans toutes ses parties est fondamentalement un problème israélo-palestinien. Les Juifs, toutefois, ont une responsabilité dans la manière dont Israël est perçu dans les pays où ils vivent, où que ce soit dans le monde. Il ne peut y avoir de compromis sur la question fondamentale de la légitimité d’Israël et, en fin de compte, sur sa sécurité. Associer Israël au racisme, comme ce fut le cas à Durban, est une évidente tentative, faite par ses ennemis, de délégitimer Israël et finalement de miner sa sécurité. Sur ce point nous devons être parfaitement clairs. Bien qu’il n’y ait pas lieu de chercher de la logique là où l’on ne peut en trouver, il reste qu’Israël est le seul pays au monde, qui, en moins de deux décennies, a tendu et ouvert les bras pour faire venir d’Ethiopie sur son territoire cent mille Africains, et il consacre aujourd’hui de grosses sommes d’argent pour aider ces immigrants à faire partie de la société israélienne dans son ensemble. Le conflit israélo-palestinien n’a rien à voir avec la race et ne mérite pas ce dénigrement. Si les Arabes et les Juifs sont des Sémites, comme les ennemis d’Israël l’ont prétendu à Durban, le conflit israélo-palestinien ne peut porter sur la race. Les affirmations contraires doivent être présentées pour ce qu’elles sont : des mensonges sans consistance. Particularisme et universalisme Quand les Juifs parlent de l’antisémitisme et d’Israël, ils parlent de leur particularisme, mais l’universalisme fait également partie de leur tradition. La foi en un Dieu unique oblige à une vision universelle des choses. On a appris aux Juifs, il y a trois mille ans, qu’il ne doit y avoir qu’une seule loi pour l’étranger et pour le citoyen de naissance [2]. La justice sociale a toujours fait partie de leur tradition. Beaucoup de jeunes Juifs américains d’aujourd’hui parlent davantage de "tikkun olam" (amélioration du monde) que de "Shema Israel" (l’invocation liturgique : Ecoute, Israël). On entend plus souvent parler de l’universel que du particulier. Ce n’est pas le choix de tous, mais c’est le choix que font de plus en plus de jeunes Américains. Il est important que les Juifs comprennent les griefs légitimes des autres, comme ils ont été exprimés à Durban par des pays africains. Céder ce terrain aux pays islamiques serait une tragédie de dimensions historiques pour nous autres Juifs. Ce que nous récolterons en échange de notre réaction positive ne sera vraisemblablement pas de la gratitude. C’est rarement le cas. Mais la récompense consiste à savoir qu’on a agi quand des appels à la justice ont retenti. J’ai toujours eu une aversion pour l’aphorisme de Hillel – « Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? Si je ne suis pas pour d’autres, que suis-je ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? ». Cela fait trop ingénieux, trop posture morale. Mais, alors que je me tiens devant vous aujourd’hui, il m’est difficile de trouver des mots qui expriment mieux à la fois le particulier et l’universel dans notre tradition. Pour conclure, passons du plan moral au terrain pratique. Nous ne pouvons rien contre le fait que ceux qui veulent détruire Israël se posent en champions de la cause antiraciste dans le monde. Il nous faut rappeler aux gens que ce sont deux Juifs sud-africains, Helen Suzman et Harry Schwarz, qui ont eu le courage de parler haut en faveur de Nelson Mandela, et de lui rendre visite en prison. Il nous faut également rappeler au monde que nous avons vêtu les pauvres et nourri les affamés, non par pitié, mais par souci de justice. Tout aussi inébranlable que notre amour d’Israël est notre conviction que la véritable noblesse consiste à aider les autres. Appel à l’action Premier point : Qu’il n’y ait pas de réitérations des effluves empoisonnés d’antisémitisme qui furent émis à la veille de Durban. Si nous ne sommes pas pour nous, qui le sera ? Deuxième point : Qu’il n’y ait pas de lien entre le conflit israélo-palestinien et le racisme. Le conflit israélo-palestinien a de nombreuses facettes, mais la race n’en fait pas partie. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que l’immigrant africain se voit interdire l’accès à l’Europe. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que la femme africaine meurt du SIDA. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que l’enfant affamé se voit refuser de la nourriture. La réponse ne consiste pas à chercher une formulation équilibrée pour décrire le conflit israélo-palestinien, comme le pensent certains pays amis, elle consiste à ne pas recourir à nouveau, lors de Durban II, à ce lien insidieux, directement ou par référence rétroactive. Les points 1 et 2 sont pour nous des lignes rouges et devraient l’être pour les ONG qui pensent de même, et pour tous les pays qui sont décidés à dépolitiser l’exercice des droits humains par les Nations Unies. Troisième point : Le racisme est la traduction exponentielle de la spécificité. Il est de notre intérêt, en tant que Juifs, de savoir prendre la température du racisme. Une température élevée est mauvaise pour nous et pour le reste du monde. Helen Suzman le savait instinctivement quand elle vint rendre visite à Mandela en prison. De même aussi Abraham Joshua Heschel quand il marcha, bras dessus, bras dessous, avec Martin Luther King à Selma, en Alabama. Ne soyons pas embarrassés de dire aux officiels d’Afrique et d’ailleurs que cela reste notre appel. (L’Ambassadeur Alfred H. Moses est président de UN Watch, Genève (Suisse). De 1991 à 1994, il a été président de l’American Jewish Committee. Il a occupé la fonction de Conseiller Spécial et de Conseiller Spécial du Président des Etats-Unis, sous Jimmy Carter. En 1994, le Président Clinton l’a nommé Ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, poste qu’il a occupé durant trois ans. En 1999, le Président Clinton l’a nommé Représentant Présidentiel Spécial pour le conflit chypriote. Il est resté en poste jusqu’à la fin de l’administration Clinton. Durant plus de cinquante ans, il a fait partie du cabinet juridique Covington & Burling LLP, de Washington, DC. Il est aujourd’hui co-fondateur et Directeur des Opérations du Groupe Promontory Financial, de Washington, DC.) * * * Notes (1) Tom Lantos, "The Durban
Debacle: An Insider's View of the World Racism Conference at Durban"
[La débâcle de Durban: Point de vue d’un initié
sur la Conférence Mondiale sur le Racisme], Fletcher Forum
of World Affairs, Vol. 26, No. 1 (2002). [Document en format pdf.] * * * Volume VII, Numéro 347 • vendredi le 15 août 2008 Défis
majeurs pour la nouvelle chef des droits de l'homme à l'ONU Traduit de l'anglais par Ophélie Namiech, Legacy Heritage fellow à UN Watch Après sa nomination au poste de Haut Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, qui devrait être rendue officielle aujourd'hui, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, qui remplacera la Canadienne Louise Arbour, devra immédiatement faire face à trois défis majeurs pour écarter les attaques, de plus en plus nombreuses, menées contre les libertés individuelles dans le monde. Dans un premier temps, Mme Pillay devra intégrer rapidement les différences qui existent entre une position de juge à la Cour pénale internationale de la Haye, où la délibération est le maître mot, et un poste de Haut Commissaire aux droits de l'homme, qui requiert un pouvoir de décision et d'influence sans égal. Mme Pillay ne devra pas hésiter à exposer les pires violations des droits de l'homme dans le monde, comme les massacres au Darfour, la brutalité de la junte militaire en Birmanie, les persécutions en Chine ou encore la destruction du Zimbabwe par Mugabe. Tout en prenant soin de ne pas adopter le relativisme moral qui touche certains cercles onusiens à Genève, Mme Pillay ne devra pas hésiter non plus à révéler les abus commis par les démocraties occidentales, comme les violations à Abou Ghraïb. Le rapport de UN Watch sur le bilan de Louise Arbour, la prédécesseure de Mme Pillay, qui vient d'être publié, montre que les déclarations prononcées par l'ancienne chef des droits de l'homme en 2007 et 2008 ont exposé les violations des droits de l'homme commises par 40 pays dans le monde, tels que l'Afghanistan, le Népal, l'Irak, les États-Unis ou encore le Soudan. Néanmoins, le rapport montre également que Mme Arbour a passé outre à la situation des droits de l'homme dans 153 pays, et a ainsi tu les abus commis par Cuba, par exemple, ou encore par l'Arabie saoudite. De même, Mme Arbour a pris soin de ne pas froisser certains États très influents, comme la Chine, l'Égypte ou encore la Russie. Dans un entretien avec le Washington Post du 3 mars 2008, Mme Arbour a admis avoir été obligée d'agir avec prudence à l'égard de certains gouvernements, envers lesquels, a-t-elle indiqué, «la technique qui vise à nommer et humilier est un jeu de perdants». Mais le poste de Haut Commissaire n'autorise ni l'usage de la force ni celui du portefeuille. Il ne dispose même pas de prérogatives judiciaires qui permettraient d'imposer des décisions et de punir ceux qui commettent des violations. Non, nommer et humilier reste le seul et unique pouvoir dont dispose le Haut Commissaire et doit être son seul recours. Une étude sur la «diplomatie silencieuse» des droits de l'homme des années 70, y compris la procédure secrète de l'ancienne Commission des droits de l'homme de plaintes individuelles, a montré que ceux qui commettent les pires abus, tels que l'Ougandais Idi Amin Dada ont toujours été les derniers à rire. Aujourd'hui, on s'aperçoit que la situation n'a guère évolué, comme nous le montre la délicate attention avec laquelle Arbour a traité le régime de Pékin. Étant donné que Mme Pillay est originaire d'Afrique nous espérons qu'elle disposera d'une marge de manoeuvre politique suffisante qui lui permettra de s'engager dans les domaines que certains occidentaux n'osent pas aborder. Deuxièmement, Mme Pillay devra contrer la tendance actuelle du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, qui se trouve aujourd'hui dans une dramatique spirale de régression. Elle devra également fermement résister aux récentes tentatives de certains membres du Conseil de contrôler le Bureau du Haut Commissaire. Depuis sa création en 2006, le Conseil a éliminé les mandats des rapporteurs spéciaux sur les situations des droits de l'homme à Cuba, en Biélorussie et en République démocratique du Congo, où, au cours des années précédentes, quatre millions de civils sont morts. Les postes des quelques autres rapporteurs spéciaux restants qui examinent les situations des droits de l'homme dans des pays spécifiques sont sur la corde raide. Lors de ses sessions de mars et de juin derniers, le Conseil, dominé par une majorité automatique formée par les États islamiques et leurs alliés, a imposé de nouvelles restrictions de la liberté d'expression pour satisfaire les sensibilités islamiques, altérant ainsi le mandat du rapporteur spécial sur la liberté d'expression -- qui sanctionne désormais les «abus» de liberté d'expression -- et limitant le droit de parole des ONG pendant les débats pléniers. Une autre résolution menace les experts du Conseil qui montreraient du doigt les pays commettant des violations des droits de l'homme. Mme Pillay doit agir avec fermeté pour préserver le rôle vital dont disposent les experts de l'ONU et les organisations de défense des droits de l'homme au Conseil. Les régimes répressifs qui dominent cette instance onusienne harcèlent, de façon systématique, les ONG, en les interrompant de manière intempestive durant les débats pléniers. Dernièrement, l'Égypte semble avoir été désignée pour couper la parole aux ONG, un rôle qu'elle exécute avec ardeur. Au lieu de s'attaquer aux violations des droits de l'homme de la Havane à Harare, le Conseil a consacré la plupart de son temps à critiquer violemment Israël, le seul État à avoir été condamné 19 fois, dans des résolutions qui justifiaient les attaques terroristes perpétuées par le Hamas et le Hezbollah. À l'instar de son prédécesseur Kofi Annan, l'actuel Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon a, à de nombreuses reprises, demandé que cesse cette obsession autodestructrice du Conseil. Arbour, néanmoins, a cherché à justifier les abus du Conseil. Mme Pillay devra surveiller les inclinations des 47 membres du Conseil, et en aucun cas tenter de les apaiser. Enfin, Mme Pillay, qui est née à Durban, en Afrique du Sud, hérite également du poste discutable de Secrétaire général de la Conférence de suivi de Durban, un sommet qui donnera suite à la conférence mondiale contre le racisme de 2001 de Durban qui était apparue alors comme un forum raciste et antisémite. La France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont publiquement menacé de se désengager de la conférence de 2009 à Genève si cette dernière était amenée à reproduire le fiasco de 2001. Le Canada a déjà annoncé qu'il n'y participerait pas. Les États-Unis et Israël, qui se sont retirés de la conférence de 2001, ont envoyé un avis similaire. Les séances préparatoires -- présidées par la Libye et dont la vice-présidence est détenue par l'Iran -- ainsi que la dernière proposition de déclaration finale de Durban II, ont d'ores et déjà révélé des signes alarmants qui montrent que la conférence de 2009 semble emprunter le même chemin déplorable qu'en 2001. Mme Pillay dispose d'une importante responsabilité et, espérons-le, de la crédibilité nécessaire pour garantir que les efforts internationaux de lutte contre le racisme ne soient pas de nouveau détournés par les forces de la haine. La célèbre citation du poète et écrivain Irlandais Yeats: «les meilleurs manquent de conviction, tandis que les pires sont dotés d'une intense passion» reflète très bien ce qui attend Mme Pillay une fois à Genève. Mais les victimes du monde entier ont toutes les raisons d'espérer que Navanethem Pillay, juge internationale, militante activiste et avocate anti-apartheid, sera dotée à la fois de conviction et d'une intense passion qui lui permettront de dévoiler la vérité au monde. (Hillel C. Neuer est Directeur général de UN Watch, organisation non gouvernementale de défense des droits de l'homme, située à Genève.) “PASSER
UNE ANNEE EN ISRAEL, C’EST UN PRIVILEGE” Pour Julien Bauer, ses congés sabbatiques sont une occasion pour séjourner une année en Israël, pays auquel il est viscéralement attaché. Professeur au Département de Science politique de l’Université du Québec à Montréal (U.Q.A.M.), ce Sioniste invétéré est ravi qu’en 2008 son année sabbatique ait coïncidé avec la célébration des soixante ans de l’État d’Israël. “Passer une année en Israël, surtout à Jérusalem, c’est toujours un privilège et une joie profonde. Établir ses pénates à Jérusalem durant cette année exceptionnelle et très particulière, 2008, pour les Israéliens et tout le peuple juif, ça a été l’occasion de faire le point sur Israël, sur la société israélienne, sur la place d’Israël au coeur du peuple juif, sur les relations entre Israël et les Juifs de la Diaspora, sur les relations entre Israël et les non- Juifs… Ça a été aussi une occasion pour faire le point sur ce qu’Israël a accompli ces soixante dernières années, ce qui ne nous rajeunit pas, et sur ce qui reste à faire…”, nous a dit en entrevue depuis Jérusalem le professeur Julien Bauer. Que les 60 ans d’Israël marquent profondément les Juifs, c’est normal, ajoute-t-il. Qu’ils marquent les Arabes, “qui ne nous aiment pas”, c’est normal aussi. Mais, selon Julien Bauer, les 60 ans de l’État juif ont marqué beaucoup plus qu’on ne le croit les non-Juifs. Pour preuve: le succès éclatant de la Conférence des présidents, organisée à Jérusalem par le Président d’Israël, Shimon Péres, pour souligner les six décades d’existence de l’État hébreu. “Des chefs d’État du monde entier sont venus à Jérusalem pour prendre part à ce grand rassemblement. Rarement une manifestation aura attiré autant de leaders politiques provenant des quatre coins du monde, à l’exception peut-être de l’inauguration de l’Assemblée générale de l’ONU, dit-il. À peu près tous les pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie… étaient représentés par leur président. Même la Mongolie et le Burkina-Faso, qui ne sont pas des pays dont on peut penser qu’Israël les intéresse beaucoup, ont dépêché aussi leurs présidents respectifs. Des professeurs et des intellectuels de renommée mondiale et une galerie non moins impressionnante de Prix Nobel participent à Jérusalem à des symposiums organisés dans le cadre des festivités commémoratives marquant les 60 ans d’Israël. C’est quelque chose d’extraordinaire. Quand on est sur place, on en profite au maximum.” Durant son séjour sabbatique en Israël, Julien Bauer a enseigné un séminaire de Maîtrise à l’Université Hébraïque de Jérusalem ayant pour thème: la politique intérieure et extérieure du Canada. En vue d’écrire des articles scientifiques et éventuellement un livre, il a parallèlement mené des recherches académiques sur deux sujets portant sur la politique et la religion, qui le passionnent depuis longtemps: 1-les règlements édictés par la Halakha en ce qui a trait à ce qui est permis et interdit durant l’année sabbatique agricole juive; 2-la place de la Cour suprême dans la société israélienne. D’après Julien Bauer, la vie universitaire, intellectuelle et culturelle en Israël est des plus stimulantes et enrichissantes. “Quand on est en Israël, surtout à Jérusalem, il y a un éventail fantastique de cours, de conférences, de symposiums… sur quantité de sujets ayant trait à tous les domaines possibles et imaginables: la religion, la politique, la sociologie, la médecine, la science… Il n’y a pas de jour sans avoir un sujet intéressant, il n’y a pas de semaine sans une ou deux conférence données par des spécialistes réputés. C’est vraiment extraordinaire.” Quel regard ce spécialiste chevronné des questions politiques israéliennes porte-t-il sur l’État d’Israël de ce début du XXIe siècle? “Il y a 60 ans, combien de gens croyaient que les 600 000 Israéliens de 1948 deviendraient plus de 6 millions en 2008? Combien croyaient alors résolument qu’un pays embryonnaire et très vulnérable, dont le niveau de vie était celui d’un pays du tiers-monde, deviendrait quelques décennies plus tard une société d’abondance où le high-tech prédominerait? Que cet État minuscule deviendrait l’un des principaux centres mondiaux dans le domaine de la recherche, du développement et de l’innovation dans tous les domaines?” Ce n’est pas un hasard, poursuit-il, si aujourd’hui les Européens, qui n’arrêtent pas de critiquer Israël lorsqu’il se défend contre les terroristes du Hamas, négocient des traités pour la promotion des échanges économiques et de la recherche entre un géant, l’Union Européenne, et un tout petit pays, Israël. “Les Européens ne le font sûrement pas par amour d’Israël. Ils sont conscients de l’extraordinaire réussite d’Israël dans des secteurs économiques clés.” Par contre, pour Julien Bauer, ce qu’on n’avait pas du tout prévu, c’est que l’État d’Israël serait dirigé un jour par “des leaders politiques aussi médiocres”. “Les grands leaders d’antan, les Ben Gourion, les Begin… ont été remplacés par des gens qui ne pensent qu’à eux. C’est pour cette raison que le système politique israélien fonctionne tellement mal aujourd’hui.” Personne n’aurait pu imaginer non plus que soixante ans après sa fondation, l’État d’Israël serait toujours en guerre avec ses voisins arabes. “On ne pensait pas que le conflit israéloarabe perdurerait soixante ans après la création d’Israël. Bien sûr, Israël a signé des traités de paix avec l’Égypte et la Jordanie. Mais, l’Égypte ne manque pas une occasion pour attaquer avec véhémence Israël partout dans le monde. À l’ONU, lorsque l’Union Européenne veut améliorer ses relations avec Israël, l’Égypte s’y oppose farouchement. Autrement dit, même les pays arabes avec qui Israël a fait la paix ne sont pas vraiment des nations amies. Quant aux autres pays arabes, c’est encore pire! L’éducation qui est prodiguée dans les écoles aux jeunes Palestiniens et aux jeunes Arabes par l’Autorité Palestinienne et les gouvernants des pays arabes, c’est vraiment de la haine pure contre les Juifs. Chose certaine, la paix avec le monde arabomusulman, ce n’est pas pour demain!” Mais, en dépit de la conjoncture morose qui prévaut au Moyen-Orient et de la crise profonde que traverse le leadership politique israélien, les Israéliens sont toujours résolus à affronter des situations ardues avec opiniâtreté et une bonne dose d’optimisme. “C’est invraisemblable que malgré les politiciens des plus discrédités qui sont aujourd’hui à la tête d’ Israël, les Israéliens ont toujours un sens absolument incroyable du courage et de la dignité. Les habitants de Sdérot, qui se font bombarder jour et nuit depuis huit ans, et qui continuent à vivre dans cette ville assiégée, ont fait preuve jusqu’ici d’une hardiesse et d’une ténacité inouïes. Nous demandons tous les jours à Dieu de bénir l’État d’Israël au début de la rédemption. On n’a pas encore en Israël la rédemption au niveau politique, mais dans le domaine des valeurs de la société, de la science, du développement technologique… il y a une rédemption quasi miraculeuse. À ce niveau-là, l’État d’Israël est une réussite extraordinaire.” La menace nucléaire iranienne assombritelle la vie quotidienne des Israéliens? “Les Israéliens ont l’habitude de vivre dans une atmosphère de crise. Ils sont parfaitement conscients du danger très réel que représente le fanatisme antisémite des dirigeants iraniens, surtout à un moment où ces derniers essayent de se doter de l’arme nucléaire. Les dirigeants au pouvoir à Téhéran ne vont pas par quatre chemins: ils disent clairement que leur premier objectif est de détruire l’État d’Israël. Donc, les Israéliens sont bien conscients du danger que représente un Iran ultra-théocratique et foncièrement antisémite ayant des velléités nucléaires.” Les Israéliens se rendent compte aussi que les démocraties occidentales ne vont rien faire pour contrer ce danger. “C’est pour cela qu’une forte majorité d’Israéliens estime aujourd’hui que la décision de détruire l’arsenal nucléaire iranien reviendra à Israël seul. Comme c’est un sujet extrêmement difficile, extrêmement grave, les Israéliens n’en parlent pas beaucoup même s’ils y pensent tous les jours. Ainsi, ils préfèrent se concentrer sur des sujets d’importance secondaire, comme le nombre d’enveloppes qu’a perçues Ehoud Olmert, la dernière guerre entre des parrains de la mafia… Pour esquiver cette dure réalité, ils se défoulent en parlant d’autres choses.” Julien Bauer déplore qu’Israël ne soit pas encore membre de la Francophonie alors qu’avec l’arrivée ces dernières années de très nombreux olim originaires de France, la Francophonie israélienne est “un fait social très vivace et de plus en plus ostensible”. “Le fait français a fait des avancées très importantes dans la société israélienne, où l’on entend de plus en plus parler le français. Maintenant, en Israël, c’est devenu fréquent de se moquer gentiment des olim français. On parle avec une pointe d’ironie des Français, de leur béret, de leur bagette de pain… Je crois que les olim français vont jouer un rôle de plus en plus important dans la société israélienne. Les olim d’origine américaine restent très Américains. Beaucoup d’entre eux sont incapables de parler l’hébreu convenablement, ils ont un accent épouvantable. Dès qu’ils mettent les pieds quelque part, on les repère facilement. Les olim français apprennent l’hébreu plus facilement. Bien sûr, ils ont aussi un accent, mais moins prononcé que celui des olim américains. Ils s’intègrent mieux à la société israélienne. Beaucoup d’Américains établis en Israël depuis vingt-cinq ans ou plus sont incapables de parler hébreu, de lire un journal en hébreu, de comprendre les nouvelles à la télévision israélienne. La majorité des Français se mettent à l’hébreu dès leur arrivée en Israël. Ils s’intègrent au système israélien plus rapidement. Ils influencent ainsi ce système plus que les autres olim. Ils représentent un grand atout pour la société israélienne.” (Julien Bauer, Professeur au Département de Science politique de l’Université du Québec à Montréal (U.Q.A.M.), est membre du Conseil Editorial de L'ICRJ) Volume VII, Numéro 346 • vendredi le 8 août 2008 RECONNAITRE
LA "NAKBA" Devant une audience de Députés et de Lords, membres du parlement, une réfugiée juive d'Egypte, Sarah Fedida, 80 ans, a raconté son histoire et le traumatisme subi lors de son départ en 1956, lors de la crise de Suez. Son mari a été licencié, obligé de partir en Europe pour nourrir sa famille, la laissant malade avec un bébé. Avec 25 000 autres, elle a été expulsée par Nasser, sans ressources, obligée de signer un document promettant de ne plus jamais revenir. Dans un dernier acte de méchanceté, les officiers des douanes ont fouillé sa valise et même le porte-bébé. Sarah Fedida parlait lors d'un Congrès à la Chambre des Lords, organisé par le Forum JJAC, Justice pour les Juifs des pays Arabes, coalition internationale de 77 organisations qui venait d'inaugurer sa création à Londres. Le but de cette coalition est de jeter la lumière sur les droits oubliés de 856 000 réfugiés Juifs comme Sarah (1). L'exode a commencé il y a 60 ans quand les pays Arabes se sont précipités pour jeter à la mer le nouvel état créé, Israël, sans succès. Dans leur dépit, ils se sont retournés contre leurs propres communautés juives, pourtant pacifiques. Les violences de la rue ont pris la vie de plus de 150 Juifs. En l'espace de 10 ans, plus de la moitié des Juifs avaient fui ou avaient été expulsés, après l'application de lois discriminatoires, des extorsions, des arrestations, des internements et des exécutions. Ceux qui sont restés sont devenus assujettis, otages politiques dans le conflit israélo-arabe. Aujourd'hui, en dehors de quelques 4500 Juifs âgés, les pays arabes sont "nettoyés" de leurs Juifs (2).Comme l'exprime l'historien Nathan Weinstock, même les Juifs d'Allemagne de 1939 n'ont pas été si bien "ethniquement nettoyés". Le déplacement des Juifs des Pays Arabes n'était pas seulement la conséquence de la création d'Israël et de l'humiliante défaite des Arabes. Les ingrédients de l'expulsion étaient déjà là, bien avant. Les états de la Ligue Arabe avaient rédigé en novembre 1947 une loi désignant leurs Juifs d'"étrangers ennemis". Et les minorités non- Musulmanes, rejetées et méprisées dans l'Histoire comme "dhimmis" (protégées), avec peu de droits, étaient déjà opprimées par des régimes pan-arabes inspirés des Nazis. Ce nationalisme arabe exacerbé, laïc ou religieux s'est heurté de front au sionisme et a provoqué un conflit qui dure jusqu'à ce jour. La "Nakba" juive ou catastrophe en arabe, n'a pas seulement vidé des capitales comme Bagdad, qui était juive pour un tiers, des ses Juifs, elle a aussi déchiré le tissu culturel, social et économique de ces terres arabes. Les Juifs ont perdu leurs maisons, leurs synagogues, hôpitaux, écoles, cimetières et des terres ayant comme superficie 5 fois la terre d'Israël. Cet héritage ancien, datant de plus de 1000 ans avant l'arrivée de l'Islam d'Arabie, a été entièrement détruit. L'état Juif a vaillamment lutté pour recueillir 600 000 parmi les réfugiés Juifs des pays arabes, rendus apatrides. Cet état est la réponse à l'antisémitisme arabe et il est l'expression politique légitime d'un peuple indigène du Moyen Orient. La moitié de la population juive d'Israël est issue de ces réfugiés juifs des pays arabes et musulmans. Les gouvernements arabes n'ont jamais admis avoir commis une violation massive des droits civils et humains de leurs Juifs. Ils ne se sont jamais excusés et n'ont jamais offert de compensation pour les biens séquestrés et perdus. Plus de 120 résolutions de l'Onu se préoccupent de 711 000 réfugiés Palestiniens, et aucune ne fait référence aux 856 000 réfugiés Juifs des pays arabes. Et bien que les nombreuses initiatives de paix fassent référence au problème des réfugiés, sans spécifier Juif ou Musulman, bien que se référant aux 2, Israël a toujours refusé de politiser l'affaire des réfugiés Juifs, en les intégrant dans son territoire comme citoyens à part entière, sans les mettre en avant dans les pourparlers. Ainsi le déni arabe est devenu l'allié objectif du silence Israélien pour effacer la question des réfugiés Juifs des pays arabes de l'horizon des négociations. D'où l'oubli, les déformations et les aberrations… JJAC a réussi avec un certain succès à jeter la lumière sur cette question, en provoquant le vote en avril d'une résolution de la Chambre des Représentants américaine. Celle-ci précise que toute résolution future mentionnant les réfugiés Palestiniens, doit inclure explicitement les réfugiés Juifs des Pays arabes. Le but est de reconnaître un fait, mais ne concerne pas forcément une restitution de biens spoliés, alors qu'on estime les pertes juives à 2 fois celles des Palestiniens (3). Reconnaître qu'il y eut des victimes des 2 côtés n'est que justice à l'égard des victimes juives, et ce n'est pas seulement un impératif moral, mais la clé de toute réconciliation. Un énorme obstacle à la paix pourrait être supprimé si le "droit au retour" des Palestiniens était contre balancé par le droit des Juifs à ne pas retourner dans les "tyrannies" arabes, reconnaissant de ce simple fait un échange de populations d'un nombre quasi-équivalent. Le sort des réfugiés Juifs recueillis pendant 12 ans en Israël dans des tentes (camps de transit ou maa'barot) peut servir de modèle pour la réinstallation dans les pays arabes ou dans le futur état palestinien des réfugiés arabes qui languissent encore dans des camps. La perception d'une "catastrophe" juive se précise aujourd'hui. Une juive Libyenne qui a fui son pays pour sauver sa vie s'est adressée au Conseil des Droits de l'Homme de l'Onu. Les réfugiés Juifs sont mentionnés à Westminster et on en parle à la BBC. Il en est de même au Canada, aux Etats-Unis et au Parlement européen. La campagne pour la justice se déploie et avance. Lors de l'information au Parlement britannique, Sarah Fedida a témoigné que 2 types de réfugiés sont issus du conflit arabo-israélien. Le Royaume Uni serait bien inspiré d'examiner le rôle utile qu'il peut avoir pour trouver une issue juste au problème des réfugiés au Moyen Orient. Il y a 52 ans, Sarah Fedida a rejoint son mari en Angleterre. Ils ont reconstruit leur vie et mis l'Egypte derrière eux. Cela ne signifie pas qu'il ne faut leur rendre justice. (Lyn Julius est co-fondateur de Harif, association de Juifs du Royaume Uni, originaires du Moyen Orient et d'Afrique du Nord) Notes de www.nuitdorient.com (1) Ce chiffre est reconnu par
l'Onu L'Irak
et la Turquie : une coopération régionale qui pourrait
changer la région Un chemin de fer et une autoroute reliant Basra et Istanbul apporteraient la prospérité aux deux pays Le 16 juin 2008, le site www.tolerancy.org affichait un éditorial du Dr Hussain Sinjari, ancien ministre du gouvernement régional du Kurdistan, propriétaire et éditeur du journal irakien progressiste Al-Ahali et président de Tolerancy International, une ONG irakienne qui œuvre pour la tolérance entre les différents groupes arabes religieux et ethniques. Dans son éditorial, Dr Sinjari évoque la récente visite du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en Irak et le rapprochement entre la Turquie et l'Irak, et suggère de construire une voie ferrée et une autoroute reliant les deux pays. Extraits: "En raison des longues décennies de dictature (…), notre pays est presque devenu une terre en friches. (…) Il faut changer cette malheureuse situation, et pour ce faire, nous avons besoin de ce type de coopération régionale stratégique (…) " "La dernière visite d'un Premier ministre turc dans notre pays date de 1990. Aujourd'hui, dix-huit ans plus tard, un autre Premier ministre turc est venu à Bagdad (…) La création du Haut conseil de coopération stratégique entre les deux pays, co-présidé par les deux Premiers ministres et devant se réunir trois fois par an pour évoquer les questions cruciales de l'énergie, l'industrie militaire, la sécurité et la politique, a été un moment historique. Cette visite historique est le fruit d'efforts du président irakien Jalal Talabani et du Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki. Elle est intervenue suite au succès évident des dernières opérations militaires et sécuritaires en divers endroits d'Irak, dont Basra, Bagdad, Ramadi, Mossoul et d'autres lieux, où des groupes criminels avaient coutume de terroriser la population. La visite d'Erdogan n'aurait pas été possible sans l'efficacité des mesures de sécurité. Arpentant Bagdad de jour comme de nuit, l'auteur de cet article a été témoin de l'amélioration [de la situation]. J'ai été récemment surpris de découvrir des centaines de familles se relaxant à Abu Nawas, une célèbre avenue de cafés et de restaurants sur la rive du Tigre, connue pour son poisson grillé mesgouf. La sécurité est maintenue dans la région par une société privée, le groupe Sandi, qui patrouille dans les bars et les restaurants, procède à des vérifications de véhicules, protège la population des terroristes et assure le maintien de l'ordre. La Turquie semi-européenne - avec son parlement démocratiquement élu, ses médias libres et critiques, ses organisations civiles actives, les progrès accomplis dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie, de l'éducation et du tourisme - formera un partenariat régional unique avec l'Iraq, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde et les meilleures ressources humaines du Moyen-Orient. En raison des longues décennies de dictature, au cours desquelles notre richesse nationale a été gaspillée en armement, à la libération de la Palestine, en mensonges de propagande et en autres pratiques destructrices, notre pays est presque devenu une terre en friches. Il faut remédier à cette situation malheureuse, et pour ce faire, ce type de coopération régionale stratégique, nous permettant de rebâtir et de reconstruire, nous est nécessaire." "Le peuple kurde vit le long de la frontière entre l'Irak et la Turquie, et peut beaucoup aider à former un pont entre les deux pays." "Le peuple kurde vit le long de la frontière entre l'Irak et la Turquie, et peut beaucoup aider à former un pont entre les deux pays. L'insurrection armée doit prendre fin ; la population doit défendre ses droits et exprimer son mécontentement par des moyens civils acceptables. L'Etat n'est pas innocent non plus: sa politique doit être revue, afin de prêter davantage attention aux revendications et aux besoins de la population. Les Turkmènes en Irak et les Arabes en Turquie sont des exemples de cette diversité qui peut et doit devenir une source de force et de richesse. Si l'Irak souffre terriblement de ce que son voisin à l'Est, l'Iran, ait décidé de suivre la voie du nihilisme de Saddam, notre voisin au nord, la Turquie, tend la main de l'amitié, de la confiance, représentant pour nous un espoir et une promesse de prospérité." "Accorder la priorité à la construction d'un chemin de fer et d'une autoroute modernes reliant Basra et Istanbul" "J'ai ici une proposition à faire aux gouvernements d'Irak et de Turquie: accorder la priorité à la construction d'un chemin de fer et d'une autoroute modernes reliant Basra et Istanbul. Ces deux projets à grande échelle attireront les investissements des grandes sociétés, et de petites entreprises verront le jour le long de la voie ferrée et de l'autoroute. Cette nouvelle artère reliera l'Irak à l'Europe via Istanbul, et la Turquie à la région du Golfe via Basra, et il ne faut pas réfléchir longtemps pour entrevoir la prospérité qu'elle pourrait générer - non seulement pour la population turque et irakienne, mais également pour l'Europe et la région du Golfe ! A l'heure de la mondialisation, une plus grande "diplomatie de tolérance" est nécessaire. Cette nouvelle approche consiste à trouver un terrain d'entente et des intérêts communs sans considération de foi, idéologie, ethnicité ou langue. L'Irak, la Turquie et d'autres pays devraient sonder les bénéfices d'une acceptation et d'une reconnaissance mutuelles. En suivant cette ligne de conduite, le Haut conseil de coopération stratégique servira d'exemple à d'autres qui se trouvent invalidés par une idéologie nocive." Volume VII, Numéro 345 • vendredi le 1 août 2008 1938 – 2008 : Deux guerres
bien différentes Washington -- Contrairement à l'impression qui ne tarit pas en Occident, la République tchécoslovaque, dotée d'une armée non négligeable et assez convenablement équipée, n'accepta pas le diktat émis en septembre 1938, à Munich, par MM. Chamberlain et Daladier ; elle refusa de se laisser démembrer et avaler par le Troisième Reich. Elle fit la guerre à l'envahisseur nazi, qu'elle tint même en échec pendant de longs mois. La Wehrmacht se heurta à une vive résistance des forces tchécoslovaques ; l'assaut allemand, lancé le 1er octobre 1938, ne put réduire l'adversaire envahi avant la mi-mars 1939, tout aidé qu'il ait été par l'armée hongroise, qui attaquait la République tchécoslovaque de revers, rendant la situation stratégique des Tchèques impossible.
L'Iran d'aujourd'hui s'est fait à la fois l'héritier du Troisième Reich et celui de l'impérialisme perse. Son obsession militaro-nucléaire est l'excroissance logique de la volonté de puissance des jihadis téhéranais. Des années d'impunité et les palinodies diplomatiques auxquelles se sont livrés, pour leur infamie, les pays de l'Union Européenne, et, plus récemment, pour sa honte, le gouvernement déchoyant de George Bush, ont rassuré les ayatollahs : ils n'ont rien à craindre de cette pleutrerie qui se maquille de grands principes, ni de l'asthénie sénile qui vivote à Washington. En avant toutes, donc, vers l'armement balistique et nucléaire. Chaque reculade occidentale enfle la grenouille Ahmadinejad, lequel se prend déjà pour un bœuf atomique.
Voir les échanges de politesses entre Américains et Israéliens depuis deux ans: « Allez-y ! » --« Non, je vous en prie, à vous l'honneur », ou quelque version moderne d'une vieille antienne, « tirez les premiers, Messieurs les Anglais ». La Maison Blanche fait remarquer – en l'espèce, elle n'a pas tort, même si c'est pour de mauvaises raisons – qu'une décision engageant la survie même d'Israël est avant tout l'affaire des Israéliens. On aimerait que Rice s'en souvienne quand elle exige qu'Israël consente à des concessions mortifères aux Palestiniens.
Les Etats-Unis ne tireront pas les premiers. Des attaques iraniennes en représailles pourraient créer un casus belli – peut-être. L'envoi de William Burns, négociateur américain de haut rang, aux entretiens qui se tiennent à Genève entre diplomates iraniens et crétins diplomatiques européens signifie à la fois que l'on assure les premiers de son bon vouloir – mais qu'en cas d'attaque israélienne, on pourrait montrer que l'on a tout fait pour explorer une « solution pacifique ». Pour Israël, le triomphe presque intégral de la doctrine Baker-Hamilton-Scowcroft, dont j'ai abondamment parlé ces dernières années dans ces colonnes, laisse augurer du pire en cas de victoire électorale du caméléon Obama et de sa coterie de conseillers anti-israéliens. Soit dit en passant, tout cela montre avec éclat l'inanité abyssale des théories des professeurs Walt et Mearsheimer quant à la toute puissance supposée du « lobby israélien » sur la politique étrangère des Etats-Unis. Obama ne sait pas et ne veut pas savoir qu'un djihad mondial fait rage. Israël est seule – mais, et je pèse mes mots, la survie d'Israël vaut bien que Jérusalem tourne le dos à la racaille des Nations-Unies. Israël a éradiqué la menace nucléaire que préparait la Syrie. Si elle s'attaque au gros morceau qu'est l'Iran, elle devra inclure dans sa stratégie diplomatique d'infliger un NON retentissant à la « communauté internationale ». D'un point de vue américain, il serait infiniment plus souhaitable que nous prenions la tête de l'assaut contre l'Iran. L'Air Force et l'U.S Navy ont les ressources nécessaires pour procéder, à la fois et simultanément, à la décapitation politique de l'Iran (ministères et autres centres de pouvoir) et à l'assaut militaire soutenu d'un très grand nombre de cibles militaires et nucléaires. Un assaut lancé de conserve par les Etats-Unis et Israël ferait le type de dégâts accablants qui paralyserait et écraserait la puissance largement factice de l'Iran. Mais pour l'heure, n'y comptons pas. Sachons, en revanche, que les billevesées selon lesquelles il ne faut pas s'attaquer à l'Iran « parce qu'on ne peut pas détruire tout son cycle nucléaire » sont le fait de la bêtise et de la lâcheté stratégique ; détruire plusieurs maillons cruciaux de la chaîne nucléaire iranienne, c'est différer le programme entier, sans qu'il faille en raser chaque élément. « On ne peut pas attaquer l'Allemagne nazie : ils ont trop de soldats ». Politiquement, c'est humilier le guide suprême Khamenei et le nervi Ahmadinejad : leurs rodomontades seront avérées pour ce qu'elles sont, des tartarinades. Au Moyen-Orient, l'humiliation ne pardonne pas. L'armée iranienne, qui défile au pas de l'oie, n'y pourra rien, ni les coqs de Téhéran, promis alors à être plumés. “Mi-figue,
mi-raisin” C'est par une voix et une seule que le parti actuellement au pouvoir en Turquie, l'AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a évité la mise au ban judiciaire. Si les juges de la Cour constitutionnelle ont convenu de ne pas interdire cette formation afin d'éviter une crise politique majeure, ils ont par contre estimé que les accusations lancées à son endroit étaient fondées. Il est écrit dans le ciel que le bras de fer entre islamistes et laïques va se poursuivre de plus belle.
Il faut maintenant préciser un autre fait fondamental. Lorsque Kemal Atatürk s'est attelé à la modernisation de la Turquie, il s'est avéré plus jacobin que les jacobins. Plus Robespierre que Robespierre. Contrairement à la France, où comme chacun sait la séparation de l'Église et de l'État a été décrétée, Atatürk a décidé que la religion devait être subordonnée à l'État. Ainsi, aujourd'hui encore, c'est l'État qui nomme les imams des 77 000 mosquées du pays. L'État qui suggère -- pour ne pas dire impose -- les thèmes des sermons, quand il ne les écrit pas. Quand les militaires et les laïques détenaient les rênes du pouvoir, le prosélytisme religieux fut réduit à sa plus simple expression pendant des décennies. Mais lorsque, dans les années 1980, les communistes kurdes se sont manifestés avec plus de vigueur qu'auparavant, les autorités ont favorisé l'émergence d'un certain islamisme pour combattre des gens qui considèrent que la religion est l'opium du peuple. Résultat net des courses, si l'on peut dire, quand l'AKP est arrivé au pouvoir en 2002, il s'est retrouvé de facto maître d'un réseau de mosquées et autres points d'appui qu'il s'est empressé d'utiliser comme caisse de résonance de son agenda politique, évidemment mâtiné d'ambition religieuse. Pour en revenir au sujet du jour, soit la décision de la Cour, il faut bien comprendre que le fait qui en est à l'origine n'était pas un fait isolé. Il n'était pas non plus un premier fait annonçant un emboîtement de faits, mais bien un fait mettant en relief la volonté de l'AKP d'élargir la présence religieuse aux sphères d'activité au sein desquelles elle ne s'était pas encore immiscée. On pense évidemment au port du foulard dans les universités que proposa l'AKP et que cette même Cour a d'ailleurs interdit il y a quelque mois de cela. Avant, bien avant qu'Erdogan attaque le monde universitaire par foulard interposé, celui-ci s'est employé avec méticulosité à remettre entre les mains d'hommes d'affaires partageant ses vues religieuses les bijoux de la couronne turque. Première cible? Les médias. Il a mis à profit les trous constatés dans la législation en matière télévisuelle pour «refiler» le conglomérat Sabah-ATV, deuxième en importance au pays, à un financier pro-AKP. On ne sera pas étonné d'apprendre que ce dernier a nommé le gendre d'Erdogan président de cette entreprise. Après les médias, ce fut au tour des banques et des grandes compagnies. À chaque fois qu'Erdogan et l'actuel président Abdullah Gül ont eu l'occasion de placer des proches de l'AKP à la tête d'entités influentes, ils se sont empressés de la saisir. Il en a été de l'appareil d'État comme il en a été du privé: les militants de l'AKP ont été privilégiés. Signe particulier? Le nombre de femmes qui occupaient des postes importants a fondu comme neige au soleil. Soit dit en passant, parmi les ministres, sous-ministres, secrétaires d'État et sous-secrétaires d'État, on compte une femme et une seule. Elle est évidemment responsable des Affaires féminines. Forts de l'emprise qu'ils détiennent sur le pays, Erdogan et ses proches n'ont rien trouvé de mieux que de s'en prendre avec brutalité à ceux qui les critiquent. Et notamment aux journalistes, dont certains sont aujourd'hui en prison. La victoire, si mince soit-elle, que le premier ministre vient de remporter sur le front légal va certainement l'encourager à poursuivre sur la voix de l'islamisation de la Turquie, à moins qu'il renie les idées qui sont au coeur de l'AKP. À terme, il est probable que la Turquie va ressembler davantage à la Jordanie, mi-séculière, mi-religieuse, qu'à n'importe quelle démocratie de l'Union européenne qu'elle souhaite pourtant rejoindre. |
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