Cher Baruch,
Chers amis,
Depuis la France, je veux saluer et féliciter toute votre équipe
et vous
Baruch, en particulier, avec toute ma reconnaissance, à l'occasion
de la
célébration du 20ème anniversaire du "Canadian
Institute for Jewish
Research".
Je vous remercie du fond du coeur pour l'aide que vous m'avez apportée
pour faire la lumière sur la mort de mon grand père,
SIGMUND COLIN,
assassiné lors du Pogrom de Bucarest en janvier 1941.
Après avoir aussi pris contact avec la Communauté Juive
de Bucarest,
j'ai pu recueillir de nouvelles informations et envoyer une "page
of
testimony", des photos et différents documents au département
"Testimony
Submissions" de Yad Vashem.
Ma mission de mémoire est ainsi accomplie. Je pense souvent
à vous
Baruch et vous espère en pleine santé.
Bon anniversaire et toutes mes salutations pour vous et l'équipe
de
l'Institut.
Françoise Boiteux-Colin
FRANCE
_______________________
La sous-estimation de la crise
géorgienne
Charles Krauthammer
Townhall.com, 22 août, 2008
Traduction
française : Menahem Macina pour upjf.org
Lisez les cinq premiers paragraphes
de la déclaration de l’OTAN sur l’invasion russe
de la Géorgie, et vous n’aurez pas la moindre idée
de qui a envahi qui. L’impartialité de la déclaration
est presque comique. « Nous déplorons toutes les pertes
de vies », déclare-t-elle, comme si elle déplorait
un accident d’autobus. Et elle « exprime sa grave préoccupation
à propos de la situation de la Géorgie ». Situation,
notez bien !
Ce n’est qu’au paragraphe
six que l’OTAN, alliance de 26 nations comptant 900 millions
de personnes et totalisant près de la moitié du PNB
mondial, dégaine sa puissante épée, pour parler
avec audace de « l’action militaire russe » - ni
agression, ni invasion, pas même incursion, mais « action
», comme étant « incompatible avec son rôle
de gardien de la paix ».
Ayant lancé un redoutable
pléonasme façon moscovite, quelle mesure prend, en conséquence,
la Plus Grande Alliance de Tous les Temps ? Elle annule la prochaine
réunion du Conseil OTAN-Russie.
Voilà. Pas de dissolution
du G-8. Pas de blocage de l’entrée de la Russie dans
l’Organisation Mondiale du Commerce. Pas de suspension de la
participation aux Jeux Olympiques d’Hiver de 2014 à Sotchi
(à 24 km de la frontière géorgienne). Pas de
déclaration de soutien au gouvernement Saakashvili.
Rappelez-vous : Il n’est
pas question d’une action militaire, seulement de mesures -
indolores pour l’Occident - susceptibles d’affecter quelque
peu la Russie. A l’ère soviétique, la Russie ne
s’en préoccupait pas parce qu’elle était
au centre d’un système autarcique replié sur lui-même,
qui comprenait 15 républiques soviétiques, toutes situées
en Europe de l’Est, et un ensemble de colonies situées
à l’étranger. Tout cela ayant disparu, la Russie
post-soviétique est infiniment plus dépendante de l’ordre
international. Elle a des points vulnérables à la pression
politique et économique, en plusieurs domaines. Pourtant malgré
l’occupation de la Géorgie, la destruction de ses infrastructures
et le siège de sa capitale, l’OTAN n’a fait pression
sur aucun de ces points.
La télévision
russe annonce bien haut « une fissure dans le camp de l’OTAN
». C’est plutôt un gouffre. Le ministre des affaires
étrangères britannique, dans le Times de Londres, David
Milbrand, s’oppose même à ce qu’on expulse
la Russie du G8 - mesure parfaitement adaptée et qui aurait
dû être prise depuis longtemps. Et un diplomate allemand
affirme que le problème de la Géorgie n’aurait
pas dû être soumis d’emblée à l’OTAN,
mais plutôt à l’Organisation pour la Sécurité
et la Coopération en Europe, un organisme consultatif totalement
inefficace, et aux Nations Unies, dont l’inaction est assurée
par le veto russe.
Les Français, il faut
le reconnaître, ont tenté de faire quelque chose. Malheureusement,
le président Nicolas Sarkozy s’est fait circonvenir par
Moscou. L’article V de l’accord de cessez-le-feu qu’il
a négocié, et qui donne à la Russie le droit
« de prendre des mesures additionnelles de sécurité
» à l’intérieur des frontières de
la Géorgie, est un chèque en blanc pour l’occupation
russe [1].
Voilà pour la vieille
Europe. Quant à l’Europe nouvelle, qui a des souvenirs
plus récents de l’oppression russe, elle ne s’est
pas montrée aussi apathique. Les présidents des républiques
baltes (plus l’Ukraine et la Pologne) ont pris l’avion
pour Tbilissi pour exprimer leur solidarité avec le gouvernement
Saakashvili. L’Ukraine a menacé la flotte russe de la
perte de sa base en Crimée, et a même offert de livrer
à l’Occident deux anciennes stations de radars soviétiques.
Quant à la Pologne, elle a renoncé à ses hésitations
sur des points de détail relatifs à une batterie de
défense anti-missiles, et a donné son accord, presque
du jour au lendemain, aux conditions américaines.
L’Europe de l’Est
comprend les enjeux afférents à la Géorgie. C’est
la dernière cible. Les objectifs de la Russie sont clairs :
(1) Couper de la Géorgie
l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, pour les intégrer
dans la Russie ;
(2) Faire tomber le gouvernement
pro-occidental de la Géorgie ;
(3) Intimider les pays d’Europe
de l’Est pour les ramener dans la sphère d’influence
russe.
L’objectif n° 1 est
déjà atteint. La Géorgie ne récupérera
jamais ses provinces. Elles seront bientôt absorbées
par la Russie.
L’objectif n° 3 a
eu, pour l’instant, le résultat inverse de ce qui était
escompté. Les pays d’Europe de l’Est se sont ralliés
à la Géorgie - et aux Etats-Unis.
L’objectif n° 2 reste
incertain. Les chars russes ont coupé la Géorgie en
deux. Son plus grand port a été saccagé. Sa capitale
est isolée. La Russie donne tous les signes de sa volonté
de rester sur place, en maintenant des barrages et un contrôle
total.
Si cette situation se maintient,
la Géorgie sera étranglée et Saakashvili tombera,
pour être remplacé par un client russe avec lequel la
Russie proposera de traiter en toute magnanimité. Moscou aura
démontré sa capacité à détruire
un régime voisin pro-occidental, sans invasion ni occupation
de grande envergure, et sans la moindre résistance de l’OTAN.
Les dirigeants d’Europe de l’Est observeront ce résultat
avec stupeur ; ils réfléchiront à deux fois avant
de faire un pas en direction de l’Occident et, avec le temps,
ils finiront par s’accommoder des ambitions russes. Tous les
objectifs russes auront été atteints.
Voilà pourquoi tant de
choses dépendent des quelques semaines à venir, durant
lesquelles s’exercera une pression maximale sur le gouvernement
Saakashvili. Le but de cette guerre est de démoraliser et de
dominer l’Europe de l’Est. Son résultat dépend
entièrement d’un seul développement : que la Russie
réussisse à faire tomber ce qu’elle appelle avec
mépris « le régime de Tbilissi ».
Ce qui est en jeu est beaucoup
plus que le destin de la Géorgie.
Note du traducteur
[*] Ce que confirme la presse
occidentale. Voici ce qu'on peut lire aujourd'hui sur le site Le Point.fr
: " « En conformité avec l'accord en six points
(négocié par la France), les forces de maintien de la
paix russes contrôleront la situation dans la ville de Poti
et dans d'autres points de peuplement sous la forme de patrouilles
», a déclaré samedi le chef d'état major
adjoint de l'armée russe, le général Anatoli
Nogovitsyne, cité par l'agence Interfax. « Poti n'est
pas dans la zone de sécurité. Cela ne veut pas dire
que nous resterons derrière les barrières à regarder
comment ils circulent sur leur Humvee (véhicules tout terrain
américains) », a-t-il ajouté, cité par
Ria Novosti. Les forces russes tenaient toujours samedi des positions
avancées dans l'ouest de la Géorgie, à la sortie
du port de Poti et à Teklati, a constaté un journaliste
de l'AFP.
La
menace alliée [islamiste-gauchiste]
Daniel Pipes
National Review, 14 juillet 2008
Adaptation française:
Alain Jean-Mairet
«Voici deux pays frères,
unis comme les doigts de la main», déclarait le socialiste
Hugo Chávez pendant une visite à Téhéran,
en novembre dernier, pour souligner son alliance avec l'islamiste
Mahmoud Ahmadinejad. Le fils de Che Guevara, Camilo, qui a aussi visité
Téhéran l'an passé, a affirmé que son
père aurait «soutenu le pays dans sa lutte actuelle contre
les États-Unis». Ils imitaient ainsi Fidel Castro qui,
pendant une visite rendue en 2001, déclara à ses hôtes
qu'«en collaborant, l'Iran et Cuba pourrait mettre l'Amérique
à genoux». Pour sa part, Ilich Ramírez Sánchez
(«Carlos le chacal») a écrit dans un livre intitulé
L'islam révolutionnaire que «seule une coalition de marxistes
et d'islamistes peut détruire les États-Unis».
Et il n'y a pas que les gauchistes
d'Amérique latine à discerner un potentiel dans l'islamisme.
Ken Livingstone, l'ex-maire trotskiste de Londres, embrassa littéralement
le fameux penseur islamiste Yusuf al-Qaradawi. Ramsey Clark, ex-ministre
américain de la Justice, a rendu visite à l'ayatollah
Khomeiny et lui a offert son soutien. Noam Chomsky, professeur au
MIT, s'est rendu auprès du leader du Hezbollah Hassan Nasrallah
et a approuvé la décision du Hezbollah de conserver
ses armes. Ella Vogelaar, la ministre hollandaise de l'Habitat, des
Quartiers et de l'Intégration, est si bien disposée
envers l'islamisme qu'un critique, le professeur d'origine iranienne
Afshin Ellian, l'a appelée «la ministre de l'islamisation».
Pendant sa première campagne
présidentielle en 2004, le démocrate américain
Dennis Kucinich a cité le Coran et incité un public
de musulmans à scander «Allahou akbar» («Dieu
est grand»). Il a même déclaré: «J'ai
un exemplaire du Coran à mon bureau.» Spark, la revue
des jeunes membres du Parti travailliste socialiste britannique, a
fait l'éloge d'Asif Mohammed Hanif, le terroriste suicidaire
britannique qui a attaqué un bar de Tel-Aviv, le présentant
comme un «héros des jeunesses révolutionnaires»
qui a accompli sa mission «dans l'esprit de l'internationalisme».
Workers World, un journal communiste américain, a publié
une nécrologie louant les mérites du terroriste en chef
du Hezbollah, Imad Mughniyeh.
Certains gauchistes vont plus
loin encore. Plusieurs — Carlos le chacal, Roger Garaudy, Jacques
Vergès, Yvonne Ridley et H. Rap Brown — se sont convertis
à l'islam. D'autres réagissent avec euphorie à
la violence et à la brutalité de l'islamisme. Le compositeur
allemand Karlheinz Stockhausen a qualifié les attentats du
11 septembre 2001 de «plus grande œuvre d'art imaginable
pour tout le cosmos» et feu le romancier américain Norman
Mailer trouvait ses auteurs «brillants».
Et rien de tout cela n'est nouveau.
Pendant la guerre froide, les islamistes préféraient
l'Union soviétique aux États-Unis. Pour reprendre les
termes utilisés par l'ayatollah Khomeiny en 1964, «l'Amérique
est pire que la Grande-Bretagne, la Grande-Bretagne est pire que l'Amérique
et l'Union soviétique est pire que les deux. Chacun d'eux est
pire que les autres, chacun d'eux est plus abominable que les autres.
Mais aujourd'hui, nous avons affaire à cette entité
malveillante qu'est l'Amérique.» En 1986, j'écrivais
que «l'URSS ne subit guère qu'une petite partie de la
haine et du venin destinés aux États-Unis».
Les gauchistes retournaient
le compliment. En 1978-79, le philosophe français Michel Foucault
a manifesté un grand enthousiasme pour la Révolution
iranienne. Comme l'expliquent Janet Afary et Kevin B. Anderson,
Tout au long de sa vie, la conception
de l'authenticité nourrie par Michel Foucault a consisté
à observer des situations dans lesquelles les gens vivent dangereusement
et flirtent avec la mort, source de créativité. Dans
la tradition de Friedrich Nietzsche et Georges Bataille, Foucault
aimait l'artiste qui dépasse les limites de la rationalité
et il défendait avec fougue les irrationalités qui franchissaient
de nouvelles frontières. En 1978, Foucault trouva de telles
forces transgressives dans le personnage révolutionnaire de
l'ayatollah Khomeiny et des millions de gens qui risquaient la mort
en le suivant dans sa Révolution. Il savait que des expériences
aussi «limites» pouvaient conduire à de nouvelles
formes de créativité et il lui donna son soutien avec
ardeur.
Un autre philosophe français,
Jean Baudrillard, présentait les islamistes comme des esclaves
en rébellion contre un régime oppressif. En 1978, Foucault
qualifiait l'ayatollah Khomeiny de «saint» et, une année
plus tard, l'ambassadeur de Jimmy Carter aux Nations Unies, Andrew
Young, parla de lui comme d'«une sorte de saint».
Cette bonne volonté peut
paraître surprenante compte tenu des profondes différences
séparant les deux mouvements. Les communistes sont des laïques
athées et gauchistes; les islamistes exécutent les athées
et imposent des lois religieuses. La gauche exalte les travailleurs;
l'islamisme privilégient les musulmans. L'une rêve d'un
paradis des travailleurs, l'autre d'un califat. Les socialistes veulent
le socialisme; les islamistes acceptent le marché libre. Le
marxisme implique l'égalité des sexes; l'islamisme opprime
les femmes. Les gauchistes condamnent l'esclavage; certains islamistes
l'approuvent. Comme le relève le journalise Bret Stephens,
la gauche a consacré «les quatre dernières décennies
à prendre fait et cause pour les libertés que l'islam
rejette le plus résolument: liberté sexuelle et matrimoniale,
droits des homosexuels, liberté de religion, pornographie,
diverses formes de transgression artistique, pacifisme et ainsi de
suite».
Ces divergences semblent éclipser
les quelques ressemblances qui sont apparues à Oskar Lafontaine,
l'ex-président du Parti social-démocrate allemand: «L'islam
est basé sur la communauté, ce qui le place en opposition
avec l'individualisme extrême sur le point d'échouer
en Occident. [De plus,] le musulman pieux est tenu de partager ses
biens avec autrui. L'esprit de gauche souhaite également voir
le fort aider le faible.»
Pourquoi, dans ce cas, la création
de ce que David Horowitz appelle l'«Alliance impie» entre
la gauche et l'islamisme? Essentiellement pour quatre raisons.
Premièrement, comme l'explique
le politicien britannique George Galloway, «le mouvement progressiste
des quatre coins du monde et les musulmans ont les mêmes ennemis»,
à savoir la civilisation occidentale en général
et les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël en particulier,
de même que les juifs, les chrétiens croyants et les
capitalistes internationaux. En Iran, selon l'analyste politique de
Téhéran Saeed Leylaz, «depuis cinq ans, le gouvernement
permet à la gauche d'exercer afin, concrètement, d'opposer
une résistance aux religieux libéraux».
Leurs discours sont interchangeables:
Harold Pinter décrit l'Amérique comme «un pays
géré par une bande de fous criminels» et Osama
bin Laden qualifie le pays d'«injuste, criminel et tyrannique».
Pour Noam Chomsky, l'Amérique est «l'un des principaux
états terroristes» et Hafiz Hussain Ahmed, un leader
politique pakistanais, en parle comme du «plus grand état
terroriste». Ces points communs suffisent à convaincre
les deux parties de négliger leurs nombreux désaccords
pour favoriser la collaboration.
Deuxièmement, les deux
parties partagent certains objectifs politiques. Leur alliance a été
forgée symboliquement en 2003 à Londres par une manifestation
géante commune d'opposition à la guerre contre Saddam
Hussein. Les deux parties souhaitent que les forces de la coalition
échouent en Irak, que la guerre contre le terrorisme soit abandonnée,
que l'antiaméricanisme se répande et qu'Israël
soit éliminé. Elles s'accordent également sur
l'immigration de masse et sur le multiculturalisme en Occident. Elles
coopèrent sur ces plans lors de meetings, tels que la Conférence
anti-guerre du Caire, qui rassemble les gauchistes et les islamistes
autour d'une «alliance internationale contre l'impérialisme
et le sionisme».
Troisièmement, l'islamisme
a des liens historiques avec le marxisme-léninisme. Sayyid
Qutb, le penseur islamiste égyptien, a adopté la notion
marxiste d'étapes historiques auxquelles il ajoute simplement
un postscriptum islamique; il a ainsi prédit qu'une ère
islamique éternelle s'instaurerait après la chute du
capitalisme et du communisme. Ali Shariati, l'intellectuel clé
derrière la révolution iranienne de 1978–79, a
traduit Franz Fanon, Che Guevara et Jean-Paul Sartre en persan. D'une
manière plus générale, l'analyste iranien Azar
Nafisi relève que l'islamisme «tire son langage, ses
objectifs et ses aspirations au moins autant des formes les plus grossières
du marxisme que de la religion. Ses leaders sont aussi influencés
par Lénine, Sartre, Staline et Fanon que par le prophète.»
Passant de la théorie
à la pratique, les marxistes voient dans les islamistes une
étrange concrétisation de leurs prophéties. Marx
annonça que les bénéfices des entreprises s'effondreraient
dans les pays capitalistes et que leurs dirigeants réagiraient
en saignant à blanc les travailleurs; le prolétariat
allait connaître la pauvreté et la rébellion avant
d'établir un ordre socialiste. Mais le prolétariat des
pays industrialisés est au contraire devenu toujours plus aisé
et son potentiel révolutionnaire s'est évanoui. Lee
Harris note ainsi que les marxistes ont attendu en vain la crise du
capitalisme pendant un siècle et demi. Puis vinrent les islamistes,
à commencer par la révolution iranienne, suivie des
attentats du 11 septembre et autres attaques contre l'Occident. Enfin
le tiers monde avait entamé sa révolte contre l'Occident,
réalisant les prédictions marxistes — quoique
sous la mauvaise bannière et avec des objectifs incorrects.
Olivier Besançonneau, un gauchiste français, considère
les islamistes comme «les nouveaux esclaves» du capitalisme
et demande s'il ne serait pas «naturel qu'ils s'unissent à
la classe ouvrière pour détruire le système capitaliste».
Comme l'observent l'analyste Lorenzo Vidino et le journaliste Andrea
Morigi, à une époque où le mouvement communiste
est «en ruines», les Nouvelles Brigades Rouges italiennes
reconnaissent «le rôle dominant des ecclésiastiques
réactionnaires [islamiques]».
Quatrièmement, le pouvoir:
les islamistes et les gauchistes peuvent obtenir davantage en s'unissant
que séparément. En Grande-Bretagne, ils ont formé
ensemble la Stop the War Coalition, dont le comité directeur
comprend des représentants d'organisations telles que le Parti
communiste britannique et la MAB (Muslim Association of Britain).
Le Parti du Respect britannique amalgame le socialisme international
radical et l'idéologie islamiste. Les deux parties ont joint
leurs forces pour l'élection du Parlement européen en
mars 2008, proposant des listes communes de candidats en France et
en Grande-Bretagne sous des désignations de parti peu révélatrices.
Les islamistes bénéficient
particulièrement des accès, de la légitimité,
des talents et de l'impact que leur procure la gauche. Cherie Booth,
l'épouse de Tony Blair, alors Premier ministre, a plaidé
au niveau de la Cour d'appel pour aider une jeune fille, Shabina Begum,
à porter le jilbab, un vêtement islamique, dans une école
britannique. Lynne Stewart, un avocat de gauche, a enfreint les lois
américaines et a fait de la prison pour aider Omar Abdel Rahman,
le cheikh aveugle, à fomenter une révolution en Égypte.
Volkert van der Graaf, un fanatique des droits des animaux, a tué
le politicien hollandais Pim Fortuyn pour l'empêcher de transformer
les musulmans en «boucs émissaires». Vanessa Redgrave
a financé la moitié d'une caution de 50.000 livres pour
permettre à Jamil el-Banna, un suspect de Guantánamo
accusé d'avoir recruté des djihadistes pour aller se
battre en Afghanistan et en Indonésie, de sortir d'une prison
britannique; Redgrave a déclaré considérer son
geste en faveur d'el-Banna comme «un profond honneur»,
bien que l'homme soit recherché en Espagne pour des accusations
liées au terrorisme et soit suspecté d'entretenir des
liens avec Al-Qaïda. À une plus grande échelle,
le Parti communiste d'Inde a fait le sale travail de Téhéran
en retardant de quatre mois le lancement de TecSar, un satellite espion
israélien. Et des gauchistes ont fondé l'International
Solidarity Movement pour empêcher les forces de sécurité
israéliennes de protéger le pays contre le Hamas et
les autres groupes terrorises palestiniens.
Dans le Spectator de Londres,
Douglas Davis qualifie cette coalition d'«aubaine pour les deux
parties. La gauche, alors une maigre bande de communistes, de trotskystes,
de maoïstes et de castristes, s'accrochait à la lie d'une
cause en bout de course; les islamistes pouvaient fournir les foules
et la passion, mais ils avaient besoin d'un véhicule, d'un
moyen de prendre pied sur la scène politique. Il devenait ainsi
impératif de conclure une alliance tactique.» Ou, plus
simplement, pour reprendre les termes d'un gauchiste britannique,
«les avantages pratiques de la coopération permettent
de compenser les divergences».
Le rapprochement croissant des
gauchistes et des islamistes est l'un des développements politiques
actuels les plus préoccupants, car il entrave les efforts d'autoprotection
de l'Occident. Lorsque Staline et Hitler ont conclu leur pacte tristement
célèbre de 1939, l'alliance rouge-brune a constitué
un danger mortel pour l'Occident et, en fait, pour la civilisation
elle-même. La coalition actuelle représente la même
menace, d'une manière certes moins spectaculaire mais non moins
certaine. Et comme sept décennies auparavant, celle-ci doit
être mise en lumière, dénoncée, rejetée
et vaincue.
Niekulturny,
en avant !
Laurent Murawiec
Metula News Agency,(info # 011708/8),
17 août 2008
Les niekulturnyi
- l’expression méprisante utilisée par les intellectuels
russes pour décrire les rustres, les brutes, les nervis du
genre de Poutine, les « sans-culture »
Comme tout événement
important, la guerre de Géorgie recompose la configuration
stratégique mondiale. L’affaire n’est pas finie,
mais on peut d’ores et déjà entrevoir les contours
de la nouvelle donne.
Primo, la Russie. Contrairement
aux propos légers proférés ça et là,
l’économie russe n’est pas en pleine reprise :
l’extraordinaire fortune pétrolière et gazière
tient lieu d’économie. Les propriétaires de la
manne, Poutine et les autres oligarques, accumulent des fortunes personnelles
et consacrent le reste à deux choses : d’un côté,
le développement des services, bancaires et autres, qui concourent
à la gestion des hydrocarbures, des industries, comme la construction,
qui logent et donnent des lieux de travail aux gestionnaires des hydrocarbures
; de l’autre côté, la réfection de l’appareil
répressif et militaire.
Ce dernier d’ailleurs
n’a pas été réformé mais a fait
l’acquisition de jouets coûteux qui servent le dessein
du « retour de la Russie ». La réalité profonde
de ce pays, quant à elle, reste à la traîne :
c’est une espérance de vie des mâles inférieure
à celle des pays d’Afrique noire, à 56 ans ; c’est
un effondrement démographique irrésistible, qui mène
la Russie à passer bientôt le seuil des 100 millions,
vers le bas – dont une grande partie ne sont pas des Russes
« ethniques ». A témoin, le groupe le plus fourni
de la levée du contingent 2009 sera constitué par…
les Tchétchènes, devant les Russes.
L’obsession de la grandeur,
qui est pour eux synonyme de la grandeur de l’Etat (derjavnost),
la haine écumante qui les possède d’avoir été
délogés de leur rang « naturel », celui
de colosse eurasien et de co-régents du monde, a nourri chez
les dirigeants russes une volonté de revanche qui passe par
l’humiliation des « traîtres » - satellites
échappés à l’attraction russe, républiques
qui ont décampé de la prison soviétique à
la première occasion, Slaves infidèles à la Mission
russo-centrique. L’Ukraine, les Baltes, la Pologne, les Tchèques
et Slovaques, les Hongrois – doivent revenir, de gré
ou de force, au « bercail » multinational de la Russie.
Comme l’Islam considère
toute terre ayant jamais été annexée par les
Musulmans comme « terre d’Islam [en arabe Wakf. Ndlr.])
» ad vitam perpetuam, la Russie considère que tout pays
qu’elle a jamais dominé et colonisé est russe
pour toujours. Tout comme elle considère tout Russe, même
naturalisé ailleurs, comme soumis aux « lois »
(volontés) de la Russie.
Armée, comme l’Arabie
saoudite, par le cash pétrolier, la Russie est gouvernée
par les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée
par les intellectuels russes pour décrire les rustres, les
brutes, les nervis du genre de Poutine, les « sans-culture ».
Mufles aux manières frustes, mélange désagréable
de Mongol et d’éthylisme – jouant des avantages
que les autocraties ont sur les démocraties : unité
de commandement, aptitude à agir sans contrôle, rapidité
d’exécution, secret, et Mensonge illimité, dont
l’éternel retour vous laisse pantois.
Les absurdes pinailleries concernant
les responsabilités des Géorgiens et de leur président
sont des feuilles de vigne propagandistes (voir par exemple Marek
Halter dans Le Figaro, qui se fait le petit télégraphiste
de la ligne du parti, mais la liste est longue et navrante) : la politique
de la Russie est celle de la Reconquista. Tout le reste n’est
que mauvaise littérature.
Poutine a préparé
l’action de longue main, dès le mois d’avril, nous
dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgengauer.
On ne lance pas à l’improviste une opération combinée
des commandos, des unités de blindés, de la marine et
de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque
commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état
général des forces russes, où les officiers vendent
les pneus, les munitions, les carburants et les équipements,
il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant
des mois.
Poutine a joué, il a
gagné. Il voulait démontrer que la Russie peut mobiliser
une écrasante supériorité contre les cibles qu’il
choisit ; il voulait insuffler la peur, montrer qu’il entrerait
en guerre en se moquant des frontières internationalement reconnues,
qu’il se fichait bien de notions telle que la souveraineté
; qu’il utiliserait toutes les ressources du mensonge russe
et profèrerait des menaces de gangster. Comme celles du ministre
russe déclarant que les Baltes et les Polonais « devront
payer » leur soutien à la Géorgie. Comme les menaces
du numéro deux des forces armées russes, Nogovitsin,
menaçant la Pologne de représailles nucléaires,
maintenant qu’elle a signé l’accord d’installation
du système anti-missile américain sur son territoire.
« La Russie est de retour
» : la Russie – le Goulag, les dizaines de millions de
morts du lénino-stalinisme, Katyn, [l’antisémitisme.
Ndlr.], la chape de plomb de l’oppression, l’écrasement
des Hongrois, puis des Tchèques, l’orchestration du terrorisme
européen et arabe – est de retour. Attention à
la Crimée, région de l’Ukraine dont Moscou ne
va pas tarder à réclamer la « restitution ».
Attention aux frontières contestées avec les Etats baltes.
Et les autres ?
George Bush est resté
quatre jours aux J.O. de Pékin pendant que Gori brûlait.
Au retour, il a passé trois heures à se faire briefer
au siège de la CIA. Quoi ? Il n’avait pas été
briefé auparavant ? Pourtant, les moyens de surveillance satellitaires
américains sont tels que pas un mouvement de troupe, pas même
un sergent russe se grattant l’arrière-train, ne leur
ont échappé.
Washington n’a pas adressé
d’avertissement à Moscou – si l’on avait
fait savoir que l’on garantissait l’intégrité
de l’espace aérien géorgien, par exemple, alors
que se multipliaient les signes précurseur d’une attaque
russe, on aurait servi à quelque chose – mais Bush se
prélassait en Chine, pendant que la pauvre Mlle Rice était
en vacances.
Washington a en fait donné
à comprendre à Poutine que les Etats-Unis ne feraient
rien. On peut aujourd’hui faire monter les décibels,
ça ne change pas les réalités sur le terrain
ni le fait accompli. L’unique signe positif enregistré
aux Etats-Unis a été l’attitude vive et ferme
du candidat républicain McCain.
On va tirer des conclusions
dans d’autres capitales. La Turquie, membre de l’OTAN,
ne pourra manquer de se poser des questions sur la fiabilité
de l’allié américain : qui flanche si facilement
n’est pas un appui ! Le tournant de la diplomatie turque vers
le monde arabo-islamique en sera accentué, même si les
militaires turcs tentent vaillamment d’endiguer la vague. L’Iran,
lui, se voit conforté dans sa conception des Etats-Unis comme
un tigre de papier, qui n’intervient pas pour soutenir ses alliés
et ses amis. Washington (Rice) a déjà vendu le Liban
à bas prix, il y en aura d’autres, se disent les ayatollahs
et leurs factotums à Téhéran.
L’Union européenne,
avec Nicolas Sarkozy en président, a « négocié
» un cessez-le-feu, dont les Russes se sont moqués, non
sans que l’UE ne se gargarise de son « succès diplomatique
», appelant « les deux parties » à faire
preuve de retenue et à cesser « la violence ».
Ledit cessez-le-feu donne aux
Russes toute latitude de laisser leurs forces en Géorgie, en
concédant l’exigence russe, que l’Ossétie
du Sud et l’Abkhazie, ne feront pas partie du territoire géorgien.
Quel succès ! L’UE a démontré son aptitude
à manier la pelle et la balayette. Elle a répété
que tout cela était « inacceptable » tout en l’acceptant.
Et l’OTAN ? Je crains
qu’il ne faille maintenant écrire sa notice nécrologique.
L’Allemagne d’Angela
Merkel joue la Russie. Ce dont Ronald Reagan avertissait, en 1984,
en empêchant la construction d’un vaste oléoduc
entre la Sibérie occidentale et l’Allemagne, la finlandisation
de cette dernière est largement un fait accompli. N’oublions
pas que le prédécesseur de Mme Merkel, Gerhard Schröder,
est aujourd’hui à Gazprom, la multinationale étatique
russe.
Sans Allemagne, et avec des
pays qui font des risettes sans fin à Moscou, Espagne, Italie,
etc., il n’y a plus d’OTAN. La vieille stratégie
soviétique, dissocier l’Allemagne de ses voisins, et
le tout des Etats-Unis, est fort avancée.
Tout cela a eu lieu autour du
microcosme géorgien. Le microcosme a révélé
le macrocosme. La crise géorgienne a catalysé les évolutions
latentes.
De
Durban I à Durban II :
Empêcher l’antisémitisme venimeux
Alfred H. Moses
Jerusalem Center for Public Affairs,
1er août 2008
Traduction française
: Menahem Macina pour upjf.org
Durban I : Une haine éhontée
des Juifs
Pour comprendre le sinistre présage de ce qu’il est convenu
d’appeler Durban II – quoiqu’il soit prévu
que la conférence se tienne à Genève –
et les possibilités de meilleurs résultats que ceux
de Durban I, il est nécessaire de revenir sur cette dernière
conférence. Annoncée, il y a sept ans, comme une Conférence
Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie
et l’Intolérance y Afférant, elle se transforma
rapidement en une nouvelle version du "Mystère de la Passion",
avec le peuple palestinien dans le rôle de la victime et Israël
dans celui du crucificateur. De retour aux Etats-Unis, le défunt
sénateur, Tom Lantos, membre de la délégation
américaine à Durban, fit le commentaire suivant, lors
d’une rencontre avec l’American Jewish Committee :
« Pour moi qui ai eu une
expérience directe des horreurs de l’Holocauste, ce fut
la manifestation de haine des Juifs, la plus abominable et la plus
éhontée que j’aie connue depuis l’époque
nazie. (1)
Les pires moments de haine ont
eu lieu au cours d’un Forum des ONG qui dura huit jours dans
un grand stade de cricket, et auquel participèrent six mille
représentants de près de 2000 ONG. Parallèlement
au harcèlement anti-juif, il y eut des attaques contre la mondialisation,
décrites plus tard par le président de la conférence
– le ministre sud-africain des Affaires étrangères
– comme ayant
« rendu précaires
les économies des pays affectés du terrible héritage
de l’esclavage et du colonialisme, qui avaient bénéficié
aux seuls pays développés… et avait laissé
dans son sillage une pauvreté déshumanisante absolue,
une marginalisation économique, une exclusion sociale et du
sous-développement. » (2).
Le jour de l’ouverture
de la conférence, le secrétaire de l’ONU à
l’époque, Kofi Annan, s’adressa à une table
ronde de quatorze chefs d’Etats et de gouvernements, dont dix
originaires d’Afrique, deux de petits pays anciennement communistes,
originaires d’Europe – Lettonie et Bosnie-Herzégovine
– et ceux de Cuba et de Palestine, Fidel Castro et Yasser Arafat.
Outre Annan, la seule autre personnalité qui s’adressa
à la table ronde fut le président de l’Union Sud-Africaine,
Thabo Mbeki. Cette constellation de hauts dirigeants donna presque
exclusivement le ton à la conférence. Elle montrait
qui était là, c’est-à-dire, l’Afrique,
Castro et Arafat, et – plus important – qui n’y
était pas, c’est-à-dire, la majeure partie des
dirigeants du monde.
Malgré l’avertissement
du secrétaire général [des Nations unies] selon
qui (3),
« les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence,
notre objectif majeur doit être d’améliorer le
sort des victimes », la conférence fit exactement le
contraire. Le quatrième jour de la conférence, les Etats-Unis
et Israël s’en allèrent.
Sous le titre Rapport sur la
Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale,
la Xénophobie et l’Intolérance y Afférant,
Durban, 31 août – 8 septembre 2001, le rapport final de
la conférence exprimait sa préoccupation pour «
le sort du peuple palestinien sous occupation étrangère
». Le reste du paragraphe portait (4):
« Nous reconnaissons le
droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination
et à la création d'un État indépendant,
nous reconnaissons le droit à la sécurité pour
tous les Etats de la région, y compris Israël, et appelons
tous les Etats à soutenir le processus de paix et à
l’amener à une prompte conclusion. »
Même si l’on pouvait
arguer que ce langage n’avait rien de répréhensible
en soi, les représentants européens à la conférence
firent remarquer, à juste titre, qu’il n’avait
rein à voir avec une conférence sur le racisme et l’intolérance.
Dans la même veine, le
rapport final reconnaissait (5)
« le droit des réfugiés à retourner volontairement
dans leurs foyers et leurs biens avec dignité et en sécurité,
et encourageait tous les Etats à faciliter ce retour. »
Pour ses partisans, ce texte
signifiait une seule chose et rien d’autre. Le représentant
iranien le dit clairement : (6)
« Le droit des réfugiés palestiniens à
retourner dans leur patrie. »
On peut se demander de quelle
manière ce souci pour le sort des réfugiés s’appliquait
au Soudan, au Kenya, au Rwanda, au Zimbabwe, et également à
la Tchétchénie, au Tibet et partout dans le monde où
des gens ont été déplacés. Mais il eût
fallu un degré d’honnêteté et de droiture
qui firent défaut la plupart du temps à Durban.
A la fin de la conférence,
le représentant canadien déclara :
« Le Canada est encore là aujourd’hui, parce que
nous avons voulu faire entendre notre dénonciation des tentatives,
faites, durant cette Conférence, pour délégitimer
l’Etat d’Israël – allusion à l’appel
au retour des réfugiés -, et pour déshonorer
l’histoire et la souffrance du peuple juif. Nous croyons, et
nous l’avons dit dans les termes les plus clairs, qu’il
était inapproprié – injuste – de s’occuper
du conflit palestino-israélien dans ce forum. »
Il avait déclaré
auparavant que les propos de la conférence sur les réfugiés
(7)
« touchaient au cœur même de la légitimité
d’Israël ».
Mais les choses ne se limitent
pas à cela. On aurait tort de résumer Durban par le
label d’"antisémitisme", ou celui d’"anti-Israël".
La Conférence de Durban a été beaucoup plus nuancée
et ramifiée. La représentation du Mystère de
la Passion a eu lieu au Forum des ONG précédant la conférence.
Elle était antisémite et anti-israélienne du
début à la fin. Elle a également, de manière
irresponsable, violente et sans scrupule imputé à la
mondialisation la responsabilité de l’injustice économique,
politique et sociale qui frappe, de nos jours, les pauvres et les
défavorisés d’Afrique.
L’anti-mondialisation
a affecté la conférence elle-même, au même
titre que la condamnation de l’esclavage et du commerce des
esclaves. "L’esclavage transatlantique" – entendez
: les Etats-Unis – a été mentionné comme
un crime social monstrueux – ce qu’il était, en
effet – alors que le commerce arabe des esclaves ne fut pas
mentionné. De même aussi, le colonialisme fut accusé
d’être la principale cause de racisme et de discrimination
contre les Africains et les gens d’origine africaine. L’apartheid,
le génocide et toute une liste d’autres maux, depuis
l’épidémie de SIDA jusqu’à la violation
des droits des peuples indigènes, et jusqu’à la
discrimination envers Rome, furent condamnés de la même
manière.
D’une certaine manière,
Durban fut "l’époque de la vengeance" africaine.
En gros, Durban donnait la parole à l’Afrique noire,
sous l’égide de la République d’Afrique
du Sud. Toutefois, fut absente de Durban quelque reconnaissance que
ce soit des maux que l’Afrique s’est infligés à
elle-même depuis la fin du colonialisme, et qu’elle continue
à infliger à son peuple sept ans après Durban,
comme en ont témoigné les violentes agressions contre
des immigrants/réfugiés à Johannesburg, au printemps
2008.
Une question encore plus fondamentale
est de savoir si la revanche est toujours une récompense appropriée
ou équitable. Une chose est de dédommager des Juifs
qui ont été dans des camps de concentration nazis ou
dont les biens ont été confisqués, ou les enfants
des Juifs tués par les nazis parce qu’ils étaient
Juifs. Le trafic d’esclaves a disparu il y a plus de sept générations.
Qui va payer et à qui ira la compensation ? De plus, les gens
qui vivent en Afrique aujourd’hui – et c’est la
voix de l’Afrique qui s’est exprimée à la
conférence – ne sont pas tous descendants d’esclaves,
mais de personnes restées en Afrique et qui, s’ils étaient
esclaves, l’étaient de leurs compatriotes africains.
Sous plusieurs angles importants,
Durban a été une occasion perdue pour le combat contre
le racisme. Comme l’avait dit le secrétaire général
Annan, dans son discours d’ouverture (8), « les accusations
mutuelles ne sont pas le but de cette conférence, notre objectif
majeur doit être d’améliorer le sort des victimes
».
Il est regrettable que l’on
n’ait pas prêté attention à son message.
Comme cela se produit souvent dans les réunions des Nations
unies, les cinquante-six pays islamiques réussirent à
éviter l’accusation de leurs crimes incessants contre
les femmes, les minorités religieuses et les opposants politiques,
tandis qu’ils passaient Israël au pinceau raciste. "Sionisme
égale racisme", la condamnation adoptée par l’Assemblée
Générale des Nations unies, en 1975, et annulée
en 1991, reprit vie à Durban. Les pays européens et
quelques autres, notamment le Guatemala, émoussèrent
la formulation la plus extrême exigée par l’Iran
et les pays arabes, mais acceptèrent finalement de montrer
Israël du doigt dans une formulation plus modérée
et équilibrée, pour proclamer que "la conférence
avait été un succès".
Des positions rendues rationnelles
Une autre partie de Durban doit être examinée. La Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme a été fortement
réaffirmée. Tous les Etats ont été appelés
à contrer l’antisémitisme, et il y a eu la déclaration
selon laquelle l’Holocauste ne devait jamais être oublié.
Pour une grande partie du monde
musulman, ces déclarations furent le prix payé aux Européens
et à d’autres pays qui étaient dans les mêmes
dispositions d’esprit, en échange de leur accord sur
les formules concernant Israël et les réfugiés.
Chaque partie trouva des raisons à sa position en invoquant
les compromis nécessaires au succès de la conférence.
A Durban, les deux parties bénéficiaient à l’Afrique,
située au milieu et qui dirigeait la conférence, avec
l’intention d’atteindre son but d’une déclaration
mondiale condamnant le racisme. Ce qui fut réalisé.
Mais dans quel but ? Le racisme a-t-il pris fin ? La réponse
est clairement non. A-t-il diminué de manière significative
? Il serait difficile à quiconque d’opiner avec beaucoup
de conviction.
Les porte-parole iranien et
arabe allèrent plus loin encore. Ils expliquèrent que
la culpabilité pour l’Holocauste incombait à l’Europe,
non à l’islam, et que la plupart des Sémites étaient
arabes, pas juifs. Telle était, dirent-ils la véritable
raison de la condamnation de l’antisémitisme et de l’islamophobie.
Les deux étaient indissociables dans la déclaration
de Durban.
Il est probable que l’Union
européenne attende
Durban II sera-t-il une résurgence de Durban I ? Et comment
répondre à ce grief légitime sans retomber dans
une rhétorique, plus vide encore, d’accusations mutuelles,
et dénuée de tout progrès réel concernant
la théorie du racisme ?
Les pays européens participeront-ils
à Durban II. Le Canada a déjà répondu
par la négative. Les Etats-Unis et Israël semblent prendre
la même direction, mais leurs président et Premier ministre
respectifs pourraient bien laisser la décision à leurs
successeurs.
Fidèle à son passé,
l’Union européenne reste indécise. Les fortes
critiques de la France, du Royaume Uni et des Pays-Bas n’ont
pas mené à une décision formelle de l’Union
européenne. Le président Nicolas Sarkozy a fait la déclaration
publique la plus courageuse dans une allocution au dîner du
CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France),
en février 2008 [1]. Après avoir attendu les résultats
de la première Conférence Préparatoire, terminée
à ce jour, il est probable que l’Union Européenne
attende encore, dans l’espoir de persuader la conférence
de ne pas accéder aux exigences islamiques menaçantes
de mesures de censure des caricatures du Prophète Mohammed
et d’autres faits perçus comme des offenses [par les
musulmans], que l’Union Européenne considère,
à juste titre comme une atteinte à la liberté
d’expression. S’opposer au bâillonnement la presse
ne signifie pas qu’on approuve de telles représentations
graphiques.
Toutefois, le problème
de la liberté d’expression comme opposée à
la "défense de l’islam" n’est plus d’actualité.
La question est de savoir ce qui peut être fait pour empêcher
Durban II de devenir ce que Tom Lantos décrivait comme «
une manifestation éhontée de haine des Juifs »
et un renouvellement de la focalisation sur Israël, en tant que
coupable, et sur le peuple palestinien en tant que victime. Après
la question « Que devons-nous faire ? », vient l’autre
question : « Que pouvons-nous faire ? ».
Trois aspects de Durban doivent
être examinés : l’antisémitisme, les tentatives
visant à délégitimer Israël, et la manière
de répondre aux revendications légitimes de manière
à ce que les Juifs et Israël ne soient pas mis en position
d’accusés, ou, pour le dire autrement, ne se retrouvent
pas du mauvais côté de l’histoire, y compris de
celle qui est encore à écrire.
Combattre pour rester différent
Commençons par l’antisémitisme. Pourquoi, deux
générations après l’Holocauste et soixante
ans après la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
de René Cassin, l’antisémitisme semble-t-il proliférer
?
Comment expliquer que les Protocoles
des Sages de Sion, un faux tsariste qui remonte à 105 ans,
soient devenus la lecture favorite de la famille royale saoudienne,
et qu’ils fassent l’objet d’une série télévisée
égyptienne durant le Ramadan ?
Dans l’intérêt
de l’exactitude historique, nous devons reconnaître que
l’antisémitisme n’a pas commencé dans l’Europe
du XIXe siècle. En vérité, la révolte
des Maccabées contre l’hellénisation forcée
fut une bataille culturelle, et la révolte contre Rome, une
guerre d’indépendance. De tels conflits se sont produits
tout au long de l’histoire de l’humanité. Ils ne
sont pas l’apanage des Juifs. Mais les choses ont changé
avec la dispersion des Juifs.
Après l’expulsion
de ce qui devint plus tard la Palestine, les Juifs n’avaient
plus de territoire à défendre. La Terre d’Israël
était seulement un point de référence d’où
les Juifs étaient partis et auquel ils aspiraient à
revenir. Jusqu’à ce jour, une grande partie du rituel
de prière parle du retour à Sion et de la reconstruction
des murs de Jérusalem.
Après la dispersion,
l’antisémitisme fut majoritairement un phénomène
chrétien – bien qu’il fût loin d’être
inconnu dans le monde musulman – souvent attisé par des
dirigeants politiques et ecclésiastiques guidés par
leurs propres objectifs. Interprétations scripturaires conflictuelles,
accusations de déicide, et la tendance humaine à avoir
peur et à se méfier de gens d’appartenance ethnique,
de religion, de culture et de langue différentes, contribuaient
à cette hostilité. Les Juifs étaient les boucs
émissaires qu’on rendait responsables de tout, depuis
la peste bubonique – les Juifs étant accusés de
causer la Peste noire en empoisonnant les puits -, jusqu’aux
défaites militaires. Ce fut la première salve de Hitler.
La tragédie de l’Holocauste
fut encore plus indescriptible. Son fondement n’était
ni territorial ni religieux, mais reposait sur une haine primaire
uniquement basée sur la race. Sans souscrire à la thèse
de La banalité du mal, de Hanna Arendt, il y a, en effet, quelque
chose de banal dans les accusations raciales à l’encontre
d’un peuple de la même race. Que ce soit banal ou non,
six millions de Juifs sont morts. Les nazis ont réussi à
déshumaniser le Juif, décrit comme un animal prédateur,
un reptile, ou un insecte venimeux.
Aujourd’hui, après
plus de soixante ans, l’antisémitisme est-il destiné
à survivre, sous quelque forme que ce soit ? Dans des commentaires
formulés devant une audience majoritairement juive, à
Washington DC, en novembre 2007, le président Sarkozy affirma
que l’antisémitisme ne pouvait être expliqué.
Il est inexplicable, dit-il, et, par définition, l’inexplicable
ne peut être expliqué. Je suis en désaccord, non
avec la logique du propos, mais avec sa forme. Expliquer n’est
pas excuser. L’antisémitisme ne peut jamais être
excusé. L’expliquer, comme je viens d’essayer de
le faire en très peu de mots, est une obligation qui nous incombe
en tant que Juifs.
Les Juifs ont aussi l’obligation
de ne pas s’estimer responsables de l’antisémitisme.
Quelque gênante que puisse être, pour les antisémites,
notre présence individuelle ou collective, cacher ou diminuer
nos différences ne devrait pas être la réponse.
Par exemple, me dit-on, dans les années 1930, l’American
Jewish Committee recommanda aux Juifs de ne pas lire des journaux
en yiddish dans le métro de New York, pour ne pas attirer l’attention
sur eux en tant que Juifs. J’étais un jeune garçon
à l’époque, mais j’espère que si
j’avais été plus âgé, j’aurais
dit exactement le contraire : Les Juifs auraient dû lire des
journaux en yiddish dans le métro, même s’ils étaient
incapables de lire ou de comprendre le yiddish. Cacher nos différences
signifie que nous renonçons à notre judéité.
C’est une oblitération de soi, non une acceptation.
Tant que nous garderons notre
spécificité, nous ne serons pas considérés
comme faisant partie des nations, ce qui est une manière élégante
de dire que nous ne disparaîtrons pas. Et tant que nous garderons
notre spécificité, il est vraisemblable qu’il
y aura de l’antisémitisme, sous une forme ou sous une
autre. La spécificité suscite des détracteurs.
Cela ne changera pas. Notre spécificité devrait être
considérée comme un attribut positif, dont dépend
notre survie en tant que peuple.
Tout en luttant pour maintenir
notre spécificité, nous devons, en même temps,
être absolument fermes dans notre lutte contre l’antisémitisme
d’où et à chaque fois qu’il se manifeste.
L’antisémitisme qui s’est manifesté à
Durban ne doit pas se répéter. Il n’a sa place
nulle part, et certainement pas dans la reprise d’une conférence
pour combattre le racisme et l’intolérance. Ce message
doit être exprimé énergiquement, pas seulement
à nos amis d’Europe et d’ailleurs, mais aussi aux
principaux sponsors africains de la conférence, qui ont le
plus grand intérêt pour le résultat du processus
de Durban.
Le même message doit être
envoyé au monde musulman. Durban a lié antisémitisme
et islamophobie. Durban a attiré l’attention «
sur l’émergence d’actes et de mouvements violemment
racistes basés sur des concepts raciaux et diffamatoires, à
l’encontre des communautés juives, musulmanes et arabes.
» (9). Nous devons leur rappeler que l’intolérance
nourrit l’intolérance. Si le monde veut dépasser
sa pitoyable situation actuelle, c’est un lieu excellent pour
commencer.
Les Palestiniens devront se
doter de dirigeants responsables
Qu’en est-il d’Israël ? Le problème est-il
seulement territorial ? Le droit d’Israël à exister
en tant qu’Etat juif démocratique est-il seulement une
question de frontières, ou, depuis l’émergence
d’un extrémisme islamique, n’est-il pas devenu
quelque chose de plus : une guerre de religions, incluant un impératif
moral qui ne tolère pas de compromis et encore moins de compromis
territorial ?
En adoptant la solution à
deux Etats, le gouvernement d’Israël a déjà
offert un compromis. Il y a vingt ans, Yitzhak Rabin m’a dit
qu’il y avait trois choses qu’aucun gouvernement israélien
n’accepterait jamais : 1) la reconnaissance de l’OLP [Organisation
de Libération de la Palestine] ; 2) la création d’un
Etat palestinien indépendant en Judée et en Samarie
; 3) une présence militaire arabe dans les territoires. Ces
trois choses ont été depuis offertes par quatre Premiers
ministres israéliens, de Yitzhak Rabin à Ehud Olmert.
Il incombe dorénavant, sans conteste, au peuple palestinien
de se doter de dirigeants responsables et efficaces et de trouver
la manière de créer les institutions qui leur sont nécessaires
pour gouverner leur existence. Tant qu’ils ont les yeux rivés
sur Tel Aviv et non sur Ramallah, Jenine et Naplouse, la paix n’est
pas probable.
Le processus de paix dans toutes
ses parties est fondamentalement un problème israélo-palestinien.
Les Juifs, toutefois, ont une responsabilité dans la manière
dont Israël est perçu dans les pays où ils vivent,
où que ce soit dans le monde. Il ne peut y avoir de compromis
sur la question fondamentale de la légitimité d’Israël
et, en fin de compte, sur sa sécurité.
Associer Israël au racisme,
comme ce fut le cas à Durban, est une évidente tentative,
faite par ses ennemis, de délégitimer Israël et
finalement de miner sa sécurité. Sur ce point nous devons
être parfaitement clairs. Bien qu’il n’y ait pas
lieu de chercher de la logique là où l’on ne peut
en trouver, il reste qu’Israël est le seul pays au monde,
qui, en moins de deux décennies, a tendu et ouvert les bras
pour faire venir d’Ethiopie sur son territoire cent mille Africains,
et il consacre aujourd’hui de grosses sommes d’argent
pour aider ces immigrants à faire partie de la société
israélienne dans son ensemble.
Le conflit israélo-palestinien
n’a rien à voir avec la race et ne mérite pas
ce dénigrement. Si les Arabes et les Juifs sont des Sémites,
comme les ennemis d’Israël l’ont prétendu
à Durban, le conflit israélo-palestinien ne peut porter
sur la race. Les affirmations contraires doivent être présentées
pour ce qu’elles sont : des mensonges sans consistance.
Particularisme et universalisme
C’est une étrange équation que celle-ci. Pour
les ennemis d’Israël, Israël = Juif = Occident = chrétienté/laïcité
= anti-islamisme. Ce n’est une formule raisonnable pour personne,
Africain, Asiatique, ou Occidental.
Quand les Juifs parlent de l’antisémitisme
et d’Israël, ils parlent de leur particularisme, mais l’universalisme
fait également partie de leur tradition. La foi en un Dieu
unique oblige à une vision universelle des choses. On a appris
aux Juifs, il y a trois mille ans, qu’il ne doit y avoir qu’une
seule loi pour l’étranger et pour le citoyen de naissance
[2]. La justice sociale a toujours fait partie de leur tradition.
Beaucoup de jeunes Juifs américains d’aujourd’hui
parlent davantage de "tikkun olam" (amélioration
du monde) que de "Shema Israel" (l’invocation liturgique
: Ecoute, Israël). On entend plus souvent parler de l’universel
que du particulier. Ce n’est pas le choix de tous, mais c’est
le choix que font de plus en plus de jeunes Américains.
Il est important que les Juifs
comprennent les griefs légitimes des autres, comme ils ont
été exprimés à Durban par des pays africains.
Céder ce terrain aux pays islamiques serait une tragédie
de dimensions historiques pour nous autres Juifs. Ce que nous récolterons
en échange de notre réaction positive ne sera vraisemblablement
pas de la gratitude. C’est rarement le cas. Mais la récompense
consiste à savoir qu’on a agi quand des appels à
la justice ont retenti.
J’ai toujours eu une aversion
pour l’aphorisme de Hillel – « Si je ne suis pas
pour moi, qui sera pour moi ? Si je ne suis pas pour d’autres,
que suis-je ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? ».
Cela fait trop ingénieux, trop posture morale. Mais, alors
que je me tiens devant vous aujourd’hui, il m’est difficile
de trouver des mots qui expriment mieux à la fois le particulier
et l’universel dans notre tradition.
Pour conclure, passons du plan
moral au terrain pratique. Nous ne pouvons rien contre le fait que
ceux qui veulent détruire Israël se posent en champions
de la cause antiraciste dans le monde. Il nous faut rappeler aux gens
que ce sont deux Juifs sud-africains, Helen Suzman et Harry Schwarz,
qui ont eu le courage de parler haut en faveur de Nelson Mandela,
et de lui rendre visite en prison. Il nous faut également rappeler
au monde que nous avons vêtu les pauvres et nourri les affamés,
non par pitié, mais par souci de justice. Tout aussi inébranlable
que notre amour d’Israël est notre conviction que la véritable
noblesse consiste à aider les autres.
Appel à l’action
Y a-t-il un appel à l’action de notre part ? La réponse
est un oui catégorique.
Premier point : Qu’il
n’y ait pas de réitérations des effluves empoisonnés
d’antisémitisme qui furent émis à la veille
de Durban. Si nous ne sommes pas pour nous, qui le sera ?
Deuxième point : Qu’il
n’y ait pas de lien entre le conflit israélo-palestinien
et le racisme. Le conflit israélo-palestinien a de nombreuses
facettes, mais la race n’en fait pas partie. Ce n’est
pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que
l’immigrant africain se voit interdire l’accès
à l’Europe. Ce n’est pas à cause du conflit
entre Israël et la Palestine que la femme africaine meurt du
SIDA. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël
et la Palestine que l’enfant affamé se voit refuser de
la nourriture. La réponse ne consiste pas à chercher
une formulation équilibrée pour décrire le conflit
israélo-palestinien, comme le pensent certains pays amis, elle
consiste à ne pas recourir à nouveau, lors de Durban
II, à ce lien insidieux, directement ou par référence
rétroactive.
Les points 1 et 2 sont pour
nous des lignes rouges et devraient l’être pour les ONG
qui pensent de même, et pour tous les pays qui sont décidés
à dépolitiser l’exercice des droits humains par
les Nations Unies.
Troisième point : Le
racisme est la traduction exponentielle de la spécificité.
Il est de notre intérêt, en tant que Juifs, de savoir
prendre la température du racisme. Une température élevée
est mauvaise pour nous et pour le reste du monde. Helen Suzman le
savait instinctivement quand elle vint rendre visite à Mandela
en prison. De même aussi Abraham Joshua Heschel quand il marcha,
bras dessus, bras dessous, avec Martin Luther King à Selma,
en Alabama. Ne soyons pas embarrassés de dire aux officiels
d’Afrique et d’ailleurs que cela reste notre appel.
(L’Ambassadeur Alfred
H. Moses est président de UN Watch, Genève (Suisse).
De 1991 à 1994, il a été président de
l’American Jewish Committee. Il a occupé la fonction
de Conseiller Spécial et de Conseiller Spécial du Président
des Etats-Unis, sous Jimmy Carter. En 1994, le Président Clinton
l’a nommé Ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, poste
qu’il a occupé durant trois ans. En 1999, le Président
Clinton l’a nommé Représentant Présidentiel
Spécial pour le conflit chypriote. Il est resté en poste
jusqu’à la fin de l’administration Clinton. Durant
plus de cinquante ans, il a fait partie du cabinet juridique Covington
& Burling LLP, de Washington, DC. Il est aujourd’hui co-fondateur
et Directeur des Opérations du Groupe Promontory Financial,
de Washington, DC.)
* * *
Notes
* Allocution de l’Ambassadeur Alfred H. Moses, Président
de UN Watch, à la conférence du Jewish International
Leadership, intitulée "Que faire concernant Durban II",
à Genève (Suisse), le 27 Mai 2008.
(1) Tom Lantos, "The Durban
Debacle: An Insider's View of the World Racism Conference at Durban"
[La débâcle de Durban: Point de vue d’un initié
sur la Conférence Mondiale sur le Racisme], Fletcher Forum
of World Affairs, Vol. 26, No. 1 (2002). [Document en format pdf.]
(2) Déclaration de son Excellence Madame Nkosazana Dlamini
Zuma, Ministre des Affaires étrangères de la République
d’Afrique du Sud et Présidente of la Conférence
Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie
et l’Intolérance y Afférant, Rapport de la Conférence
Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie
et l’Intolérance y Afférant, Durban, 31 août
- 8 septembre 2001, UNGA A/CONF. 189/12, 25 janvier 2002, document
au format pdf (N0221543.pdf), 172.
(3) Déclaration de M. Kofi Annan, secrétaire général
des Nations Unies, in Report of the World Conference, 150.
(4) Report of the World Conference, General Issues No. 63, 18.
(5) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 18.
(6) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 126.
(7) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 119-20.
(8) Déclaration de M. Kofi Annan, secrétaire général
des Nations Unies, in Report of the World Conference, 150.
[9) Report of the World Conference, General Issues No. 61, 18.
* * *
Notes du traducteur
[1] Voir "President Sarkozy: France to «disengage»
from UN’s Durban II racism conference if abuses recur".
[2] cf. Exode 12, 49.
Défis
majeurs pour la nouvelle chef des droits de l'homme à l'ONU
Hillel Neuer
Le Devoir (Canada), 4 août
2008
Traduit de l'anglais par
Ophélie Namiech, Legacy Heritage fellow à UN Watch
Après sa nomination au
poste de Haut Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, qui
devrait être rendue officielle aujourd'hui, la juge sud-africaine
Navanethem Pillay, qui remplacera la Canadienne Louise Arbour, devra
immédiatement faire face à trois défis majeurs
pour écarter les attaques, de plus en plus nombreuses, menées
contre les libertés individuelles dans le monde.
Dans un premier temps, Mme Pillay
devra intégrer rapidement les différences qui existent
entre une position de juge à la Cour pénale internationale
de la Haye, où la délibération est le maître
mot, et un poste de Haut Commissaire aux droits de l'homme, qui requiert
un pouvoir de décision et d'influence sans égal. Mme
Pillay ne devra pas hésiter à exposer les pires violations
des droits de l'homme dans le monde, comme les massacres au Darfour,
la brutalité de la junte militaire en Birmanie, les persécutions
en Chine ou encore la destruction du Zimbabwe par Mugabe.
Tout en prenant soin de ne pas
adopter le relativisme moral qui touche certains cercles onusiens
à Genève, Mme Pillay ne devra pas hésiter non
plus à révéler les abus commis par les démocraties
occidentales, comme les violations à Abou Ghraïb.
Le rapport de UN Watch sur le
bilan de Louise Arbour, la prédécesseure de Mme Pillay,
qui vient d'être publié, montre que les déclarations
prononcées par l'ancienne chef des droits de l'homme en 2007
et 2008 ont exposé les violations des droits de l'homme commises
par 40 pays dans le monde, tels que l'Afghanistan, le Népal,
l'Irak, les États-Unis ou encore le Soudan.
Néanmoins, le rapport
montre également que Mme Arbour a passé outre à
la situation des droits de l'homme dans 153 pays, et a ainsi tu les
abus commis par Cuba, par exemple, ou encore par l'Arabie saoudite.
De même, Mme Arbour a pris soin de ne pas froisser certains
États très influents, comme la Chine, l'Égypte
ou encore la Russie. Dans un entretien avec le Washington Post du
3 mars 2008, Mme Arbour a admis avoir été obligée
d'agir avec prudence à l'égard de certains gouvernements,
envers lesquels, a-t-elle indiqué, «la technique qui
vise à nommer et humilier est un jeu de perdants».
Mais le poste de Haut Commissaire
n'autorise ni l'usage de la force ni celui du portefeuille. Il ne
dispose même pas de prérogatives judiciaires qui permettraient
d'imposer des décisions et de punir ceux qui commettent des
violations.
Non, nommer et humilier reste
le seul et unique pouvoir dont dispose le Haut Commissaire et doit
être son seul recours. Une étude sur la «diplomatie
silencieuse» des droits de l'homme des années 70, y compris
la procédure secrète de l'ancienne Commission des droits
de l'homme de plaintes individuelles, a montré que ceux qui
commettent les pires abus, tels que l'Ougandais Idi Amin Dada ont
toujours été les derniers à rire. Aujourd'hui,
on s'aperçoit que la situation n'a guère évolué,
comme nous le montre la délicate attention avec laquelle Arbour
a traité le régime de Pékin.
Étant donné que
Mme Pillay est originaire d'Afrique nous espérons qu'elle disposera
d'une marge de manoeuvre politique suffisante qui lui permettra de
s'engager dans les domaines que certains occidentaux n'osent pas aborder.
Deuxièmement, Mme Pillay
devra contrer la tendance actuelle du Conseil des droits de l'homme
de l'ONU, qui se trouve aujourd'hui dans une dramatique spirale de
régression. Elle devra également fermement résister
aux récentes tentatives de certains membres du Conseil de contrôler
le Bureau du Haut Commissaire.
Depuis sa création en
2006, le Conseil a éliminé les mandats des rapporteurs
spéciaux sur les situations des droits de l'homme à
Cuba, en Biélorussie et en République démocratique
du Congo, où, au cours des années précédentes,
quatre millions de civils sont morts. Les postes des quelques autres
rapporteurs spéciaux restants qui examinent les situations
des droits de l'homme dans des pays spécifiques sont sur la
corde raide.
Lors de ses sessions de mars
et de juin derniers, le Conseil, dominé par une majorité
automatique formée par les États islamiques et leurs
alliés, a imposé de nouvelles restrictions de la liberté
d'expression pour satisfaire les sensibilités islamiques, altérant
ainsi le mandat du rapporteur spécial sur la liberté
d'expression -- qui sanctionne désormais les «abus»
de liberté d'expression -- et limitant le droit de parole des
ONG pendant les débats pléniers. Une autre résolution
menace les experts du Conseil qui montreraient du doigt les pays commettant
des violations des droits de l'homme.
Mme Pillay doit agir avec fermeté
pour préserver le rôle vital dont disposent les experts
de l'ONU et les organisations de défense des droits de l'homme
au Conseil. Les régimes répressifs qui dominent cette
instance onusienne harcèlent, de façon systématique,
les ONG, en les interrompant de manière intempestive durant
les débats pléniers. Dernièrement, l'Égypte
semble avoir été désignée pour couper
la parole aux ONG, un rôle qu'elle exécute avec ardeur.
Au lieu de s'attaquer aux violations
des droits de l'homme de la Havane à Harare, le Conseil a consacré
la plupart de son temps à critiquer violemment Israël,
le seul État à avoir été condamné
19 fois, dans des résolutions qui justifiaient les attaques
terroristes perpétuées par le Hamas et le Hezbollah.
À l'instar de son prédécesseur
Kofi Annan, l'actuel Secrétaire général des Nations
unies, Ban Ki-moon a, à de nombreuses reprises, demandé
que cesse cette obsession autodestructrice du Conseil. Arbour, néanmoins,
a cherché à justifier les abus du Conseil. Mme Pillay
devra surveiller les inclinations des 47 membres du Conseil, et en
aucun cas tenter de les apaiser.
Enfin, Mme Pillay, qui est née
à Durban, en Afrique du Sud, hérite également
du poste discutable de Secrétaire général de
la Conférence de suivi de Durban, un sommet qui donnera suite
à la conférence mondiale contre le racisme de 2001 de
Durban qui était apparue alors comme un forum raciste et antisémite.
La France, le Royaume-Uni et
les Pays-Bas ont publiquement menacé de se désengager
de la conférence de 2009 à Genève si cette dernière
était amenée à reproduire le fiasco de 2001.
Le Canada a déjà annoncé qu'il n'y participerait
pas. Les États-Unis et Israël, qui se sont retirés
de la conférence de 2001, ont envoyé un avis similaire.
Les séances préparatoires
-- présidées par la Libye et dont la vice-présidence
est détenue par l'Iran -- ainsi que la dernière proposition
de déclaration finale de Durban II, ont d'ores et déjà
révélé des signes alarmants qui montrent que
la conférence de 2009 semble emprunter le même chemin
déplorable qu'en 2001.
Mme Pillay dispose d'une importante
responsabilité et, espérons-le, de la crédibilité
nécessaire pour garantir que les efforts internationaux de
lutte contre le racisme ne soient pas de nouveau détournés
par les forces de la haine.
La célèbre citation
du poète et écrivain Irlandais Yeats: «les meilleurs
manquent de conviction, tandis que les pires sont dotés d'une
intense passion» reflète très bien ce qui attend
Mme Pillay une fois à Genève.
Mais les victimes du monde entier
ont toutes les raisons d'espérer que Navanethem Pillay, juge
internationale, militante activiste et avocate anti-apartheid, sera
dotée à la fois de conviction et d'une intense passion
qui lui permettront de dévoiler la vérité au
monde.
(Hillel C. Neuer est Directeur
général de UN Watch, organisation non gouvernementale
de défense des droits de l'homme, située à Genève.)
“PASSER
UNE ANNEE EN ISRAEL, C’EST UN PRIVILEGE”
Elias Levy
Canadian Jewish News, 7 août
2008
Pour Julien Bauer, ses congés
sabbatiques sont une occasion pour séjourner une année
en Israël, pays auquel il est viscéralement attaché.
Professeur au Département
de Science politique de l’Université du Québec
à Montréal (U.Q.A.M.), ce Sioniste invétéré
est ravi qu’en 2008 son année sabbatique ait coïncidé
avec la célébration des soixante ans de l’État
d’Israël.
“Passer une année
en Israël, surtout à Jérusalem, c’est toujours
un privilège et une joie profonde. Établir ses pénates
à Jérusalem durant cette année exceptionnelle
et très particulière, 2008, pour les Israéliens
et tout le peuple juif, ça a été l’occasion
de faire le point sur Israël, sur la société israélienne,
sur la place d’Israël au coeur du peuple juif, sur les
relations entre Israël et les Juifs de la Diaspora, sur les relations
entre Israël et les non- Juifs… Ça a été
aussi une occasion pour faire le point sur ce qu’Israël
a accompli ces soixante dernières années, ce qui ne
nous rajeunit pas, et sur ce qui reste à faire…”,
nous a dit en entrevue depuis Jérusalem le professeur Julien
Bauer.
Que les 60 ans d’Israël
marquent profondément les Juifs, c’est normal, ajoute-t-il.
Qu’ils marquent les Arabes, “qui ne nous aiment pas”,
c’est normal aussi. Mais, selon Julien Bauer, les 60 ans de
l’État juif ont marqué beaucoup plus qu’on
ne le croit les non-Juifs.
Pour preuve: le succès
éclatant de la Conférence des présidents, organisée
à Jérusalem par le Président d’Israël,
Shimon Péres, pour souligner les six décades d’existence
de l’État hébreu.
“Des chefs d’État
du monde entier sont venus à Jérusalem pour prendre
part à ce grand rassemblement. Rarement une manifestation aura
attiré autant de leaders politiques provenant des quatre coins
du monde, à l’exception peut-être de l’inauguration
de l’Assemblée générale de l’ONU,
dit-il. À peu près tous les pays d’Europe, d’Afrique,
d’Asie… étaient représentés par leur
président. Même la Mongolie et le Burkina-Faso, qui ne
sont pas des pays dont on peut penser qu’Israël les intéresse
beaucoup, ont dépêché aussi leurs présidents
respectifs. Des professeurs et des intellectuels de renommée
mondiale et une galerie non moins impressionnante de Prix Nobel participent
à Jérusalem à des symposiums organisés
dans le cadre des festivités commémoratives marquant
les 60 ans d’Israël. C’est quelque chose d’extraordinaire.
Quand on est sur place, on en profite au maximum.”
Durant son séjour sabbatique
en Israël, Julien Bauer a enseigné un séminaire
de Maîtrise à l’Université Hébraïque
de Jérusalem ayant pour thème: la politique intérieure
et extérieure du Canada.
En vue d’écrire
des articles scientifiques et éventuellement un livre, il a
parallèlement mené des recherches académiques
sur deux sujets portant sur la politique et la religion, qui le passionnent
depuis longtemps: 1-les règlements édictés par
la Halakha en ce qui a trait à ce qui est permis et interdit
durant l’année sabbatique agricole juive; 2-la place
de la Cour suprême dans la société israélienne.
D’après Julien
Bauer, la vie universitaire, intellectuelle et culturelle en Israël
est des plus stimulantes et enrichissantes.
“Quand on est en
Israël, surtout à Jérusalem, il y a un éventail
fantastique de cours, de conférences, de symposiums…
sur quantité de sujets ayant trait à tous les domaines
possibles et imaginables: la religion, la politique, la sociologie,
la médecine, la science… Il n’y a pas de jour sans
avoir un sujet intéressant, il n’y a pas de semaine sans
une ou deux conférence données par des spécialistes
réputés. C’est vraiment extraordinaire.”
Quel regard ce spécialiste
chevronné des questions politiques israéliennes porte-t-il
sur l’État d’Israël de ce début du
XXIe siècle?
“Il y a 60 ans,
combien de gens c