Communiqué Isranet
août 2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume VII, Numéro 349 • vendredi le 29 août 2008

Cher Baruch,
Chers amis,

Depuis la France, je veux saluer et féliciter toute votre équipe et vous
Baruch, en particulier, avec toute ma reconnaissance, à l'occasion de la
célébration du 20ème anniversaire du "Canadian Institute for Jewish
Research".

Je vous remercie du fond du coeur pour l'aide que vous m'avez apportée
pour faire la lumière sur la mort de mon grand père, SIGMUND COLIN,
assassiné lors du Pogrom de Bucarest en janvier 1941.
Après avoir aussi pris contact avec la Communauté Juive de Bucarest,
j'ai pu recueillir de nouvelles informations et envoyer une "page of
testimony", des photos et différents documents au département "Testimony
Submissions" de Yad Vashem.

Ma mission de mémoire est ainsi accomplie. Je pense souvent à vous
Baruch et vous espère en pleine santé.

Bon anniversaire et toutes mes salutations pour vous et l'équipe de
l'Institut.

Françoise Boiteux-Colin
FRANCE

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La sous-estimation de la crise géorgienne
Charles Krauthammer
Townhall.com, 22 août, 2008

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org

Lisez les cinq premiers paragraphes de la déclaration de l’OTAN sur l’invasion russe de la Géorgie, et vous n’aurez pas la moindre idée de qui a envahi qui. L’impartialité de la déclaration est presque comique. « Nous déplorons toutes les pertes de vies », déclare-t-elle, comme si elle déplorait un accident d’autobus. Et elle « exprime sa grave préoccupation à propos de la situation de la Géorgie ». Situation, notez bien !

Ce n’est qu’au paragraphe six que l’OTAN, alliance de 26 nations comptant 900 millions de personnes et totalisant près de la moitié du PNB mondial, dégaine sa puissante épée, pour parler avec audace de « l’action militaire russe » - ni agression, ni invasion, pas même incursion, mais « action », comme étant « incompatible avec son rôle de gardien de la paix ».

Ayant lancé un redoutable pléonasme façon moscovite, quelle mesure prend, en conséquence, la Plus Grande Alliance de Tous les Temps ? Elle annule la prochaine réunion du Conseil OTAN-Russie.

Voilà. Pas de dissolution du G-8. Pas de blocage de l’entrée de la Russie dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Pas de suspension de la participation aux Jeux Olympiques d’Hiver de 2014 à Sotchi (à 24 km de la frontière géorgienne). Pas de déclaration de soutien au gouvernement Saakashvili.

Rappelez-vous : Il n’est pas question d’une action militaire, seulement de mesures - indolores pour l’Occident - susceptibles d’affecter quelque peu la Russie. A l’ère soviétique, la Russie ne s’en préoccupait pas parce qu’elle était au centre d’un système autarcique replié sur lui-même, qui comprenait 15 républiques soviétiques, toutes situées en Europe de l’Est, et un ensemble de colonies situées à l’étranger. Tout cela ayant disparu, la Russie post-soviétique est infiniment plus dépendante de l’ordre international. Elle a des points vulnérables à la pression politique et économique, en plusieurs domaines. Pourtant malgré l’occupation de la Géorgie, la destruction de ses infrastructures et le siège de sa capitale, l’OTAN n’a fait pression sur aucun de ces points.

La télévision russe annonce bien haut « une fissure dans le camp de l’OTAN ». C’est plutôt un gouffre. Le ministre des affaires étrangères britannique, dans le Times de Londres, David Milbrand, s’oppose même à ce qu’on expulse la Russie du G8 - mesure parfaitement adaptée et qui aurait dû être prise depuis longtemps. Et un diplomate allemand affirme que le problème de la Géorgie n’aurait pas dû être soumis d’emblée à l’OTAN, mais plutôt à l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, un organisme consultatif totalement inefficace, et aux Nations Unies, dont l’inaction est assurée par le veto russe.

Les Français, il faut le reconnaître, ont tenté de faire quelque chose. Malheureusement, le président Nicolas Sarkozy s’est fait circonvenir par Moscou. L’article V de l’accord de cessez-le-feu qu’il a négocié, et qui donne à la Russie le droit « de prendre des mesures additionnelles de sécurité » à l’intérieur des frontières de la Géorgie, est un chèque en blanc pour l’occupation russe [1].

Voilà pour la vieille Europe. Quant à l’Europe nouvelle, qui a des souvenirs plus récents de l’oppression russe, elle ne s’est pas montrée aussi apathique. Les présidents des républiques baltes (plus l’Ukraine et la Pologne) ont pris l’avion pour Tbilissi pour exprimer leur solidarité avec le gouvernement Saakashvili. L’Ukraine a menacé la flotte russe de la perte de sa base en Crimée, et a même offert de livrer à l’Occident deux anciennes stations de radars soviétiques. Quant à la Pologne, elle a renoncé à ses hésitations sur des points de détail relatifs à une batterie de défense anti-missiles, et a donné son accord, presque du jour au lendemain, aux conditions américaines.

L’Europe de l’Est comprend les enjeux afférents à la Géorgie. C’est la dernière cible. Les objectifs de la Russie sont clairs :

(1) Couper de la Géorgie l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, pour les intégrer dans la Russie ;

(2) Faire tomber le gouvernement pro-occidental de la Géorgie ;

(3) Intimider les pays d’Europe de l’Est pour les ramener dans la sphère d’influence russe.

L’objectif n° 1 est déjà atteint. La Géorgie ne récupérera jamais ses provinces. Elles seront bientôt absorbées par la Russie.

L’objectif n° 3 a eu, pour l’instant, le résultat inverse de ce qui était escompté. Les pays d’Europe de l’Est se sont ralliés à la Géorgie - et aux Etats-Unis.

L’objectif n° 2 reste incertain. Les chars russes ont coupé la Géorgie en deux. Son plus grand port a été saccagé. Sa capitale est isolée. La Russie donne tous les signes de sa volonté de rester sur place, en maintenant des barrages et un contrôle total.

Si cette situation se maintient, la Géorgie sera étranglée et Saakashvili tombera, pour être remplacé par un client russe avec lequel la Russie proposera de traiter en toute magnanimité. Moscou aura démontré sa capacité à détruire un régime voisin pro-occidental, sans invasion ni occupation de grande envergure, et sans la moindre résistance de l’OTAN. Les dirigeants d’Europe de l’Est observeront ce résultat avec stupeur ; ils réfléchiront à deux fois avant de faire un pas en direction de l’Occident et, avec le temps, ils finiront par s’accommoder des ambitions russes. Tous les objectifs russes auront été atteints.

Voilà pourquoi tant de choses dépendent des quelques semaines à venir, durant lesquelles s’exercera une pression maximale sur le gouvernement Saakashvili. Le but de cette guerre est de démoraliser et de dominer l’Europe de l’Est. Son résultat dépend entièrement d’un seul développement : que la Russie réussisse à faire tomber ce qu’elle appelle avec mépris « le régime de Tbilissi ».

Ce qui est en jeu est beaucoup plus que le destin de la Géorgie.

Note du traducteur

[*] Ce que confirme la presse occidentale. Voici ce qu'on peut lire aujourd'hui sur le site Le Point.fr : " « En conformité avec l'accord en six points (négocié par la France), les forces de maintien de la paix russes contrôleront la situation dans la ville de Poti et dans d'autres points de peuplement sous la forme de patrouilles », a déclaré samedi le chef d'état major adjoint de l'armée russe, le général Anatoli Nogovitsyne, cité par l'agence Interfax. « Poti n'est pas dans la zone de sécurité. Cela ne veut pas dire que nous resterons derrière les barrières à regarder comment ils circulent sur leur Humvee (véhicules tout terrain américains) », a-t-il ajouté, cité par Ria Novosti. Les forces russes tenaient toujours samedi des positions avancées dans l'ouest de la Géorgie, à la sortie du port de Poti et à Teklati, a constaté un journaliste de l'AFP.

La menace alliée [islamiste-gauchiste]
Daniel Pipes
National Review, 14 juillet 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

«Voici deux pays frères, unis comme les doigts de la main», déclarait le socialiste Hugo Chávez pendant une visite à Téhéran, en novembre dernier, pour souligner son alliance avec l'islamiste Mahmoud Ahmadinejad. Le fils de Che Guevara, Camilo, qui a aussi visité Téhéran l'an passé, a affirmé que son père aurait «soutenu le pays dans sa lutte actuelle contre les États-Unis». Ils imitaient ainsi Fidel Castro qui, pendant une visite rendue en 2001, déclara à ses hôtes qu'«en collaborant, l'Iran et Cuba pourrait mettre l'Amérique à genoux». Pour sa part, Ilich Ramírez Sánchez («Carlos le chacal») a écrit dans un livre intitulé L'islam révolutionnaire que «seule une coalition de marxistes et d'islamistes peut détruire les États-Unis».

Et il n'y a pas que les gauchistes d'Amérique latine à discerner un potentiel dans l'islamisme. Ken Livingstone, l'ex-maire trotskiste de Londres, embrassa littéralement le fameux penseur islamiste Yusuf al-Qaradawi. Ramsey Clark, ex-ministre américain de la Justice, a rendu visite à l'ayatollah Khomeiny et lui a offert son soutien. Noam Chomsky, professeur au MIT, s'est rendu auprès du leader du Hezbollah Hassan Nasrallah et a approuvé la décision du Hezbollah de conserver ses armes. Ella Vogelaar, la ministre hollandaise de l'Habitat, des Quartiers et de l'Intégration, est si bien disposée envers l'islamisme qu'un critique, le professeur d'origine iranienne Afshin Ellian, l'a appelée «la ministre de l'islamisation».

Pendant sa première campagne présidentielle en 2004, le démocrate américain Dennis Kucinich a cité le Coran et incité un public de musulmans à scander «Allahou akbar» («Dieu est grand»). Il a même déclaré: «J'ai un exemplaire du Coran à mon bureau.» Spark, la revue des jeunes membres du Parti travailliste socialiste britannique, a fait l'éloge d'Asif Mohammed Hanif, le terroriste suicidaire britannique qui a attaqué un bar de Tel-Aviv, le présentant comme un «héros des jeunesses révolutionnaires» qui a accompli sa mission «dans l'esprit de l'internationalisme». Workers World, un journal communiste américain, a publié une nécrologie louant les mérites du terroriste en chef du Hezbollah, Imad Mughniyeh.

Certains gauchistes vont plus loin encore. Plusieurs — Carlos le chacal, Roger Garaudy, Jacques Vergès, Yvonne Ridley et H. Rap Brown — se sont convertis à l'islam. D'autres réagissent avec euphorie à la violence et à la brutalité de l'islamisme. Le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen a qualifié les attentats du 11 septembre 2001 de «plus grande œuvre d'art imaginable pour tout le cosmos» et feu le romancier américain Norman Mailer trouvait ses auteurs «brillants».

Et rien de tout cela n'est nouveau. Pendant la guerre froide, les islamistes préféraient l'Union soviétique aux États-Unis. Pour reprendre les termes utilisés par l'ayatollah Khomeiny en 1964, «l'Amérique est pire que la Grande-Bretagne, la Grande-Bretagne est pire que l'Amérique et l'Union soviétique est pire que les deux. Chacun d'eux est pire que les autres, chacun d'eux est plus abominable que les autres. Mais aujourd'hui, nous avons affaire à cette entité malveillante qu'est l'Amérique.» En 1986, j'écrivais que «l'URSS ne subit guère qu'une petite partie de la haine et du venin destinés aux États-Unis».

Les gauchistes retournaient le compliment. En 1978-79, le philosophe français Michel Foucault a manifesté un grand enthousiasme pour la Révolution iranienne. Comme l'expliquent Janet Afary et Kevin B. Anderson,

Tout au long de sa vie, la conception de l'authenticité nourrie par Michel Foucault a consisté à observer des situations dans lesquelles les gens vivent dangereusement et flirtent avec la mort, source de créativité. Dans la tradition de Friedrich Nietzsche et Georges Bataille, Foucault aimait l'artiste qui dépasse les limites de la rationalité et il défendait avec fougue les irrationalités qui franchissaient de nouvelles frontières. En 1978, Foucault trouva de telles forces transgressives dans le personnage révolutionnaire de l'ayatollah Khomeiny et des millions de gens qui risquaient la mort en le suivant dans sa Révolution. Il savait que des expériences aussi «limites» pouvaient conduire à de nouvelles formes de créativité et il lui donna son soutien avec ardeur.

Un autre philosophe français, Jean Baudrillard, présentait les islamistes comme des esclaves en rébellion contre un régime oppressif. En 1978, Foucault qualifiait l'ayatollah Khomeiny de «saint» et, une année plus tard, l'ambassadeur de Jimmy Carter aux Nations Unies, Andrew Young, parla de lui comme d'«une sorte de saint».

Cette bonne volonté peut paraître surprenante compte tenu des profondes différences séparant les deux mouvements. Les communistes sont des laïques athées et gauchistes; les islamistes exécutent les athées et imposent des lois religieuses. La gauche exalte les travailleurs; l'islamisme privilégient les musulmans. L'une rêve d'un paradis des travailleurs, l'autre d'un califat. Les socialistes veulent le socialisme; les islamistes acceptent le marché libre. Le marxisme implique l'égalité des sexes; l'islamisme opprime les femmes. Les gauchistes condamnent l'esclavage; certains islamistes l'approuvent. Comme le relève le journalise Bret Stephens, la gauche a consacré «les quatre dernières décennies à prendre fait et cause pour les libertés que l'islam rejette le plus résolument: liberté sexuelle et matrimoniale, droits des homosexuels, liberté de religion, pornographie, diverses formes de transgression artistique, pacifisme et ainsi de suite».

Ces divergences semblent éclipser les quelques ressemblances qui sont apparues à Oskar Lafontaine, l'ex-président du Parti social-démocrate allemand: «L'islam est basé sur la communauté, ce qui le place en opposition avec l'individualisme extrême sur le point d'échouer en Occident. [De plus,] le musulman pieux est tenu de partager ses biens avec autrui. L'esprit de gauche souhaite également voir le fort aider le faible.»

Pourquoi, dans ce cas, la création de ce que David Horowitz appelle l'«Alliance impie» entre la gauche et l'islamisme? Essentiellement pour quatre raisons.

Premièrement, comme l'explique le politicien britannique George Galloway, «le mouvement progressiste des quatre coins du monde et les musulmans ont les mêmes ennemis», à savoir la civilisation occidentale en général et les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël en particulier, de même que les juifs, les chrétiens croyants et les capitalistes internationaux. En Iran, selon l'analyste politique de Téhéran Saeed Leylaz, «depuis cinq ans, le gouvernement permet à la gauche d'exercer afin, concrètement, d'opposer une résistance aux religieux libéraux».

Leurs discours sont interchangeables: Harold Pinter décrit l'Amérique comme «un pays géré par une bande de fous criminels» et Osama bin Laden qualifie le pays d'«injuste, criminel et tyrannique». Pour Noam Chomsky, l'Amérique est «l'un des principaux états terroristes» et Hafiz Hussain Ahmed, un leader politique pakistanais, en parle comme du «plus grand état terroriste». Ces points communs suffisent à convaincre les deux parties de négliger leurs nombreux désaccords pour favoriser la collaboration.

Deuxièmement, les deux parties partagent certains objectifs politiques. Leur alliance a été forgée symboliquement en 2003 à Londres par une manifestation géante commune d'opposition à la guerre contre Saddam Hussein. Les deux parties souhaitent que les forces de la coalition échouent en Irak, que la guerre contre le terrorisme soit abandonnée, que l'antiaméricanisme se répande et qu'Israël soit éliminé. Elles s'accordent également sur l'immigration de masse et sur le multiculturalisme en Occident. Elles coopèrent sur ces plans lors de meetings, tels que la Conférence anti-guerre du Caire, qui rassemble les gauchistes et les islamistes autour d'une «alliance internationale contre l'impérialisme et le sionisme».

Troisièmement, l'islamisme a des liens historiques avec le marxisme-léninisme. Sayyid Qutb, le penseur islamiste égyptien, a adopté la notion marxiste d'étapes historiques auxquelles il ajoute simplement un postscriptum islamique; il a ainsi prédit qu'une ère islamique éternelle s'instaurerait après la chute du capitalisme et du communisme. Ali Shariati, l'intellectuel clé derrière la révolution iranienne de 1978–79, a traduit Franz Fanon, Che Guevara et Jean-Paul Sartre en persan. D'une manière plus générale, l'analyste iranien Azar Nafisi relève que l'islamisme «tire son langage, ses objectifs et ses aspirations au moins autant des formes les plus grossières du marxisme que de la religion. Ses leaders sont aussi influencés par Lénine, Sartre, Staline et Fanon que par le prophète.»

Passant de la théorie à la pratique, les marxistes voient dans les islamistes une étrange concrétisation de leurs prophéties. Marx annonça que les bénéfices des entreprises s'effondreraient dans les pays capitalistes et que leurs dirigeants réagiraient en saignant à blanc les travailleurs; le prolétariat allait connaître la pauvreté et la rébellion avant d'établir un ordre socialiste. Mais le prolétariat des pays industrialisés est au contraire devenu toujours plus aisé et son potentiel révolutionnaire s'est évanoui. Lee Harris note ainsi que les marxistes ont attendu en vain la crise du capitalisme pendant un siècle et demi. Puis vinrent les islamistes, à commencer par la révolution iranienne, suivie des attentats du 11 septembre et autres attaques contre l'Occident. Enfin le tiers monde avait entamé sa révolte contre l'Occident, réalisant les prédictions marxistes — quoique sous la mauvaise bannière et avec des objectifs incorrects. Olivier Besançonneau, un gauchiste français, considère les islamistes comme «les nouveaux esclaves» du capitalisme et demande s'il ne serait pas «naturel qu'ils s'unissent à la classe ouvrière pour détruire le système capitaliste». Comme l'observent l'analyste Lorenzo Vidino et le journaliste Andrea Morigi, à une époque où le mouvement communiste est «en ruines», les Nouvelles Brigades Rouges italiennes reconnaissent «le rôle dominant des ecclésiastiques réactionnaires [islamiques]».

Quatrièmement, le pouvoir: les islamistes et les gauchistes peuvent obtenir davantage en s'unissant que séparément. En Grande-Bretagne, ils ont formé ensemble la Stop the War Coalition, dont le comité directeur comprend des représentants d'organisations telles que le Parti communiste britannique et la MAB (Muslim Association of Britain). Le Parti du Respect britannique amalgame le socialisme international radical et l'idéologie islamiste. Les deux parties ont joint leurs forces pour l'élection du Parlement européen en mars 2008, proposant des listes communes de candidats en France et en Grande-Bretagne sous des désignations de parti peu révélatrices.

Les islamistes bénéficient particulièrement des accès, de la légitimité, des talents et de l'impact que leur procure la gauche. Cherie Booth, l'épouse de Tony Blair, alors Premier ministre, a plaidé au niveau de la Cour d'appel pour aider une jeune fille, Shabina Begum, à porter le jilbab, un vêtement islamique, dans une école britannique. Lynne Stewart, un avocat de gauche, a enfreint les lois américaines et a fait de la prison pour aider Omar Abdel Rahman, le cheikh aveugle, à fomenter une révolution en Égypte. Volkert van der Graaf, un fanatique des droits des animaux, a tué le politicien hollandais Pim Fortuyn pour l'empêcher de transformer les musulmans en «boucs émissaires». Vanessa Redgrave a financé la moitié d'une caution de 50.000 livres pour permettre à Jamil el-Banna, un suspect de Guantánamo accusé d'avoir recruté des djihadistes pour aller se battre en Afghanistan et en Indonésie, de sortir d'une prison britannique; Redgrave a déclaré considérer son geste en faveur d'el-Banna comme «un profond honneur», bien que l'homme soit recherché en Espagne pour des accusations liées au terrorisme et soit suspecté d'entretenir des liens avec Al-Qaïda. À une plus grande échelle, le Parti communiste d'Inde a fait le sale travail de Téhéran en retardant de quatre mois le lancement de TecSar, un satellite espion israélien. Et des gauchistes ont fondé l'International Solidarity Movement pour empêcher les forces de sécurité israéliennes de protéger le pays contre le Hamas et les autres groupes terrorises palestiniens.

Dans le Spectator de Londres, Douglas Davis qualifie cette coalition d'«aubaine pour les deux parties. La gauche, alors une maigre bande de communistes, de trotskystes, de maoïstes et de castristes, s'accrochait à la lie d'une cause en bout de course; les islamistes pouvaient fournir les foules et la passion, mais ils avaient besoin d'un véhicule, d'un moyen de prendre pied sur la scène politique. Il devenait ainsi impératif de conclure une alliance tactique.» Ou, plus simplement, pour reprendre les termes d'un gauchiste britannique, «les avantages pratiques de la coopération permettent de compenser les divergences».

Le rapprochement croissant des gauchistes et des islamistes est l'un des développements politiques actuels les plus préoccupants, car il entrave les efforts d'autoprotection de l'Occident. Lorsque Staline et Hitler ont conclu leur pacte tristement célèbre de 1939, l'alliance rouge-brune a constitué un danger mortel pour l'Occident et, en fait, pour la civilisation elle-même. La coalition actuelle représente la même menace, d'une manière certes moins spectaculaire mais non moins certaine. Et comme sept décennies auparavant, celle-ci doit être mise en lumière, dénoncée, rejetée et vaincue.

Volume VII, Numéro 348 • vendredi le 22 août 2008

Niekulturny, en avant !
Laurent Murawiec
Metula News Agency,(info # 011708/8), 17 août 2008

Les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée par les intellectuels russes pour décrire les rustres, les brutes, les nervis du genre de Poutine, les « sans-culture »

Comme tout événement important, la guerre de Géorgie recompose la configuration stratégique mondiale. L’affaire n’est pas finie, mais on peut d’ores et déjà entrevoir les contours de la nouvelle donne.

Primo, la Russie. Contrairement aux propos légers proférés ça et là, l’économie russe n’est pas en pleine reprise : l’extraordinaire fortune pétrolière et gazière tient lieu d’économie. Les propriétaires de la manne, Poutine et les autres oligarques, accumulent des fortunes personnelles et consacrent le reste à deux choses : d’un côté, le développement des services, bancaires et autres, qui concourent à la gestion des hydrocarbures, des industries, comme la construction, qui logent et donnent des lieux de travail aux gestionnaires des hydrocarbures ; de l’autre côté, la réfection de l’appareil répressif et militaire.

Ce dernier d’ailleurs n’a pas été réformé mais a fait l’acquisition de jouets coûteux qui servent le dessein du « retour de la Russie ». La réalité profonde de ce pays, quant à elle, reste à la traîne : c’est une espérance de vie des mâles inférieure à celle des pays d’Afrique noire, à 56 ans ; c’est un effondrement démographique irrésistible, qui mène la Russie à passer bientôt le seuil des 100 millions, vers le bas – dont une grande partie ne sont pas des Russes « ethniques ». A témoin, le groupe le plus fourni de la levée du contingent 2009 sera constitué par… les Tchétchènes, devant les Russes.

L’obsession de la grandeur, qui est pour eux synonyme de la grandeur de l’Etat (derjavnost), la haine écumante qui les possède d’avoir été délogés de leur rang « naturel », celui de colosse eurasien et de co-régents du monde, a nourri chez les dirigeants russes une volonté de revanche qui passe par l’humiliation des « traîtres » - satellites échappés à l’attraction russe, républiques qui ont décampé de la prison soviétique à la première occasion, Slaves infidèles à la Mission russo-centrique. L’Ukraine, les Baltes, la Pologne, les Tchèques et Slovaques, les Hongrois – doivent revenir, de gré ou de force, au « bercail » multinational de la Russie.

Comme l’Islam considère toute terre ayant jamais été annexée par les Musulmans comme « terre d’Islam [en arabe Wakf. Ndlr.]) » ad vitam perpetuam, la Russie considère que tout pays qu’elle a jamais dominé et colonisé est russe pour toujours. Tout comme elle considère tout Russe, même naturalisé ailleurs, comme soumis aux « lois » (volontés) de la Russie.

Armée, comme l’Arabie saoudite, par le cash pétrolier, la Russie est gouvernée par les niekulturnyi - l’expression méprisante utilisée par les intellectuels russes pour décrire les rustres, les brutes, les nervis du genre de Poutine, les « sans-culture ». Mufles aux manières frustes, mélange désagréable de Mongol et d’éthylisme – jouant des avantages que les autocraties ont sur les démocraties : unité de commandement, aptitude à agir sans contrôle, rapidité d’exécution, secret, et Mensonge illimité, dont l’éternel retour vous laisse pantois.

Les absurdes pinailleries concernant les responsabilités des Géorgiens et de leur président sont des feuilles de vigne propagandistes (voir par exemple Marek Halter dans Le Figaro, qui se fait le petit télégraphiste de la ligne du parti, mais la liste est longue et navrante) : la politique de la Russie est celle de la Reconquista. Tout le reste n’est que mauvaise littérature.

Poutine a préparé l’action de longue main, dès le mois d’avril, nous dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgengauer. On ne lance pas à l’improviste une opération combinée des commandos, des unités de blindés, de la marine et de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état général des forces russes, où les officiers vendent les pneus, les munitions, les carburants et les équipements, il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant des mois.

Poutine a joué, il a gagné. Il voulait démontrer que la Russie peut mobiliser une écrasante supériorité contre les cibles qu’il choisit ; il voulait insuffler la peur, montrer qu’il entrerait en guerre en se moquant des frontières internationalement reconnues, qu’il se fichait bien de notions telle que la souveraineté ; qu’il utiliserait toutes les ressources du mensonge russe et profèrerait des menaces de gangster. Comme celles du ministre russe déclarant que les Baltes et les Polonais « devront payer » leur soutien à la Géorgie. Comme les menaces du numéro deux des forces armées russes, Nogovitsin, menaçant la Pologne de représailles nucléaires, maintenant qu’elle a signé l’accord d’installation du système anti-missile américain sur son territoire.

« La Russie est de retour » : la Russie – le Goulag, les dizaines de millions de morts du lénino-stalinisme, Katyn, [l’antisémitisme. Ndlr.], la chape de plomb de l’oppression, l’écrasement des Hongrois, puis des Tchèques, l’orchestration du terrorisme européen et arabe – est de retour. Attention à la Crimée, région de l’Ukraine dont Moscou ne va pas tarder à réclamer la « restitution ». Attention aux frontières contestées avec les Etats baltes.

Et les autres ?

George Bush est resté quatre jours aux J.O. de Pékin pendant que Gori brûlait. Au retour, il a passé trois heures à se faire briefer au siège de la CIA. Quoi ? Il n’avait pas été briefé auparavant ? Pourtant, les moyens de surveillance satellitaires américains sont tels que pas un mouvement de troupe, pas même un sergent russe se grattant l’arrière-train, ne leur ont échappé.

Washington n’a pas adressé d’avertissement à Moscou – si l’on avait fait savoir que l’on garantissait l’intégrité de l’espace aérien géorgien, par exemple, alors que se multipliaient les signes précurseur d’une attaque russe, on aurait servi à quelque chose – mais Bush se prélassait en Chine, pendant que la pauvre Mlle Rice était en vacances.

Washington a en fait donné à comprendre à Poutine que les Etats-Unis ne feraient rien. On peut aujourd’hui faire monter les décibels, ça ne change pas les réalités sur le terrain ni le fait accompli. L’unique signe positif enregistré aux Etats-Unis a été l’attitude vive et ferme du candidat républicain McCain.

On va tirer des conclusions dans d’autres capitales. La Turquie, membre de l’OTAN, ne pourra manquer de se poser des questions sur la fiabilité de l’allié américain : qui flanche si facilement n’est pas un appui ! Le tournant de la diplomatie turque vers le monde arabo-islamique en sera accentué, même si les militaires turcs tentent vaillamment d’endiguer la vague. L’Iran, lui, se voit conforté dans sa conception des Etats-Unis comme un tigre de papier, qui n’intervient pas pour soutenir ses alliés et ses amis. Washington (Rice) a déjà vendu le Liban à bas prix, il y en aura d’autres, se disent les ayatollahs et leurs factotums à Téhéran.

L’Union européenne, avec Nicolas Sarkozy en président, a « négocié » un cessez-le-feu, dont les Russes se sont moqués, non sans que l’UE ne se gargarise de son « succès diplomatique », appelant « les deux parties » à faire preuve de retenue et à cesser « la violence ».

Ledit cessez-le-feu donne aux Russes toute latitude de laisser leurs forces en Géorgie, en concédant l’exigence russe, que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, ne feront pas partie du territoire géorgien. Quel succès ! L’UE a démontré son aptitude à manier la pelle et la balayette. Elle a répété que tout cela était « inacceptable » tout en l’acceptant.

Et l’OTAN ? Je crains qu’il ne faille maintenant écrire sa notice nécrologique.

L’Allemagne d’Angela Merkel joue la Russie. Ce dont Ronald Reagan avertissait, en 1984, en empêchant la construction d’un vaste oléoduc entre la Sibérie occidentale et l’Allemagne, la finlandisation de cette dernière est largement un fait accompli. N’oublions pas que le prédécesseur de Mme Merkel, Gerhard Schröder, est aujourd’hui à Gazprom, la multinationale étatique russe.

Sans Allemagne, et avec des pays qui font des risettes sans fin à Moscou, Espagne, Italie, etc., il n’y a plus d’OTAN. La vieille stratégie soviétique, dissocier l’Allemagne de ses voisins, et le tout des Etats-Unis, est fort avancée.

Tout cela a eu lieu autour du microcosme géorgien. Le microcosme a révélé le macrocosme. La crise géorgienne a catalysé les évolutions latentes.

De Durban I à Durban II :
Empêcher l’antisémitisme venimeux

Alfred H. Moses
Jerusalem Center for Public Affairs, 1er août 2008

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org

Durban I : Une haine éhontée des Juifs
Pour comprendre le sinistre présage de ce qu’il est convenu d’appeler Durban II – quoiqu’il soit prévu que la conférence se tienne à Genève – et les possibilités de meilleurs résultats que ceux de Durban I, il est nécessaire de revenir sur cette dernière conférence. Annoncée, il y a sept ans, comme une Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et l’Intolérance y Afférant, elle se transforma rapidement en une nouvelle version du "Mystère de la Passion", avec le peuple palestinien dans le rôle de la victime et Israël dans celui du crucificateur. De retour aux Etats-Unis, le défunt sénateur, Tom Lantos, membre de la délégation américaine à Durban, fit le commentaire suivant, lors d’une rencontre avec l’American Jewish Committee :

« Pour moi qui ai eu une expérience directe des horreurs de l’Holocauste, ce fut la manifestation de haine des Juifs, la plus abominable et la plus éhontée que j’aie connue depuis l’époque nazie. (1)

Les pires moments de haine ont eu lieu au cours d’un Forum des ONG qui dura huit jours dans un grand stade de cricket, et auquel participèrent six mille représentants de près de 2000 ONG. Parallèlement au harcèlement anti-juif, il y eut des attaques contre la mondialisation, décrites plus tard par le président de la conférence – le ministre sud-africain des Affaires étrangères – comme ayant

« rendu précaires les économies des pays affectés du terrible héritage de l’esclavage et du colonialisme, qui avaient bénéficié aux seuls pays développés… et avait laissé dans son sillage une pauvreté déshumanisante absolue, une marginalisation économique, une exclusion sociale et du sous-développement. » (2).

Le jour de l’ouverture de la conférence, le secrétaire de l’ONU à l’époque, Kofi Annan, s’adressa à une table ronde de quatorze chefs d’Etats et de gouvernements, dont dix originaires d’Afrique, deux de petits pays anciennement communistes, originaires d’Europe – Lettonie et Bosnie-Herzégovine – et ceux de Cuba et de Palestine, Fidel Castro et Yasser Arafat. Outre Annan, la seule autre personnalité qui s’adressa à la table ronde fut le président de l’Union Sud-Africaine, Thabo Mbeki. Cette constellation de hauts dirigeants donna presque exclusivement le ton à la conférence. Elle montrait qui était là, c’est-à-dire, l’Afrique, Castro et Arafat, et – plus important – qui n’y était pas, c’est-à-dire, la majeure partie des dirigeants du monde.

Malgré l’avertissement du secrétaire général [des Nations unies] selon qui (3),
« les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence, notre objectif majeur doit être d’améliorer le sort des victimes », la conférence fit exactement le contraire. Le quatrième jour de la conférence, les Etats-Unis et Israël s’en allèrent.

Sous le titre Rapport sur la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et l’Intolérance y Afférant, Durban, 31 août – 8 septembre 2001, le rapport final de la conférence exprimait sa préoccupation pour « le sort du peuple palestinien sous occupation étrangère ». Le reste du paragraphe portait (4):

« Nous reconnaissons le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination et à la création d'un État indépendant, nous reconnaissons le droit à la sécurité pour tous les Etats de la région, y compris Israël, et appelons tous les Etats à soutenir le processus de paix et à l’amener à une prompte conclusion. »

Même si l’on pouvait arguer que ce langage n’avait rien de répréhensible en soi, les représentants européens à la conférence firent remarquer, à juste titre, qu’il n’avait rein à voir avec une conférence sur le racisme et l’intolérance.

Dans la même veine, le rapport final reconnaissait (5)
« le droit des réfugiés à retourner volontairement dans leurs foyers et leurs biens avec dignité et en sécurité, et encourageait tous les Etats à faciliter ce retour. »

Pour ses partisans, ce texte signifiait une seule chose et rien d’autre. Le représentant iranien le dit clairement : (6)
« Le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leur patrie. »

On peut se demander de quelle manière ce souci pour le sort des réfugiés s’appliquait au Soudan, au Kenya, au Rwanda, au Zimbabwe, et également à la Tchétchénie, au Tibet et partout dans le monde où des gens ont été déplacés. Mais il eût fallu un degré d’honnêteté et de droiture qui firent défaut la plupart du temps à Durban.

A la fin de la conférence, le représentant canadien déclara :
« Le Canada est encore là aujourd’hui, parce que nous avons voulu faire entendre notre dénonciation des tentatives, faites, durant cette Conférence, pour délégitimer l’Etat d’Israël – allusion à l’appel au retour des réfugiés -, et pour déshonorer l’histoire et la souffrance du peuple juif. Nous croyons, et nous l’avons dit dans les termes les plus clairs, qu’il était inapproprié – injuste – de s’occuper du conflit palestino-israélien dans ce forum. »

Il avait déclaré auparavant que les propos de la conférence sur les réfugiés (7)
« touchaient au cœur même de la légitimité d’Israël ».

Mais les choses ne se limitent pas à cela. On aurait tort de résumer Durban par le label d’"antisémitisme", ou celui d’"anti-Israël". La Conférence de Durban a été beaucoup plus nuancée et ramifiée. La représentation du Mystère de la Passion a eu lieu au Forum des ONG précédant la conférence. Elle était antisémite et anti-israélienne du début à la fin. Elle a également, de manière irresponsable, violente et sans scrupule imputé à la mondialisation la responsabilité de l’injustice économique, politique et sociale qui frappe, de nos jours, les pauvres et les défavorisés d’Afrique.

L’anti-mondialisation a affecté la conférence elle-même, au même titre que la condamnation de l’esclavage et du commerce des esclaves. "L’esclavage transatlantique" – entendez : les Etats-Unis – a été mentionné comme un crime social monstrueux – ce qu’il était, en effet – alors que le commerce arabe des esclaves ne fut pas mentionné. De même aussi, le colonialisme fut accusé d’être la principale cause de racisme et de discrimination contre les Africains et les gens d’origine africaine. L’apartheid, le génocide et toute une liste d’autres maux, depuis l’épidémie de SIDA jusqu’à la violation des droits des peuples indigènes, et jusqu’à la discrimination envers Rome, furent condamnés de la même manière.

D’une certaine manière, Durban fut "l’époque de la vengeance" africaine. En gros, Durban donnait la parole à l’Afrique noire, sous l’égide de la République d’Afrique du Sud. Toutefois, fut absente de Durban quelque reconnaissance que ce soit des maux que l’Afrique s’est infligés à elle-même depuis la fin du colonialisme, et qu’elle continue à infliger à son peuple sept ans après Durban, comme en ont témoigné les violentes agressions contre des immigrants/réfugiés à Johannesburg, au printemps 2008.

Une question encore plus fondamentale est de savoir si la revanche est toujours une récompense appropriée ou équitable. Une chose est de dédommager des Juifs qui ont été dans des camps de concentration nazis ou dont les biens ont été confisqués, ou les enfants des Juifs tués par les nazis parce qu’ils étaient Juifs. Le trafic d’esclaves a disparu il y a plus de sept générations. Qui va payer et à qui ira la compensation ? De plus, les gens qui vivent en Afrique aujourd’hui – et c’est la voix de l’Afrique qui s’est exprimée à la conférence – ne sont pas tous descendants d’esclaves, mais de personnes restées en Afrique et qui, s’ils étaient esclaves, l’étaient de leurs compatriotes africains.

Sous plusieurs angles importants, Durban a été une occasion perdue pour le combat contre le racisme. Comme l’avait dit le secrétaire général Annan, dans son discours d’ouverture (8), « les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence, notre objectif majeur doit être d’améliorer le sort des victimes ».

Il est regrettable que l’on n’ait pas prêté attention à son message. Comme cela se produit souvent dans les réunions des Nations unies, les cinquante-six pays islamiques réussirent à éviter l’accusation de leurs crimes incessants contre les femmes, les minorités religieuses et les opposants politiques, tandis qu’ils passaient Israël au pinceau raciste. "Sionisme égale racisme", la condamnation adoptée par l’Assemblée Générale des Nations unies, en 1975, et annulée en 1991, reprit vie à Durban. Les pays européens et quelques autres, notamment le Guatemala, émoussèrent la formulation la plus extrême exigée par l’Iran et les pays arabes, mais acceptèrent finalement de montrer Israël du doigt dans une formulation plus modérée et équilibrée, pour proclamer que "la conférence avait été un succès".

Des positions rendues rationnelles
Une autre partie de Durban doit être examinée. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a été fortement réaffirmée. Tous les Etats ont été appelés à contrer l’antisémitisme, et il y a eu la déclaration selon laquelle l’Holocauste ne devait jamais être oublié.

Pour une grande partie du monde musulman, ces déclarations furent le prix payé aux Européens et à d’autres pays qui étaient dans les mêmes dispositions d’esprit, en échange de leur accord sur les formules concernant Israël et les réfugiés. Chaque partie trouva des raisons à sa position en invoquant les compromis nécessaires au succès de la conférence. A Durban, les deux parties bénéficiaient à l’Afrique, située au milieu et qui dirigeait la conférence, avec l’intention d’atteindre son but d’une déclaration mondiale condamnant le racisme. Ce qui fut réalisé. Mais dans quel but ? Le racisme a-t-il pris fin ? La réponse est clairement non. A-t-il diminué de manière significative ? Il serait difficile à quiconque d’opiner avec beaucoup de conviction.

Les porte-parole iranien et arabe allèrent plus loin encore. Ils expliquèrent que la culpabilité pour l’Holocauste incombait à l’Europe, non à l’islam, et que la plupart des Sémites étaient arabes, pas juifs. Telle était, dirent-ils la véritable raison de la condamnation de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Les deux étaient indissociables dans la déclaration de Durban.

Il est probable que l’Union européenne attende
Durban II sera-t-il une résurgence de Durban I ? Et comment répondre à ce grief légitime sans retomber dans une rhétorique, plus vide encore, d’accusations mutuelles, et dénuée de tout progrès réel concernant la théorie du racisme ?

Les pays européens participeront-ils à Durban II. Le Canada a déjà répondu par la négative. Les Etats-Unis et Israël semblent prendre la même direction, mais leurs président et Premier ministre respectifs pourraient bien laisser la décision à leurs successeurs.

Fidèle à son passé, l’Union européenne reste indécise. Les fortes critiques de la France, du Royaume Uni et des Pays-Bas n’ont pas mené à une décision formelle de l’Union européenne. Le président Nicolas Sarkozy a fait la déclaration publique la plus courageuse dans une allocution au dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), en février 2008 [1]. Après avoir attendu les résultats de la première Conférence Préparatoire, terminée à ce jour, il est probable que l’Union Européenne attende encore, dans l’espoir de persuader la conférence de ne pas accéder aux exigences islamiques menaçantes de mesures de censure des caricatures du Prophète Mohammed et d’autres faits perçus comme des offenses [par les musulmans], que l’Union Européenne considère, à juste titre comme une atteinte à la liberté d’expression. S’opposer au bâillonnement la presse ne signifie pas qu’on approuve de telles représentations graphiques.

Toutefois, le problème de la liberté d’expression comme opposée à la "défense de l’islam" n’est plus d’actualité. La question est de savoir ce qui peut être fait pour empêcher Durban II de devenir ce que Tom Lantos décrivait comme « une manifestation éhontée de haine des Juifs » et un renouvellement de la focalisation sur Israël, en tant que coupable, et sur le peuple palestinien en tant que victime. Après la question « Que devons-nous faire ? », vient l’autre question : « Que pouvons-nous faire ? ».

Trois aspects de Durban doivent être examinés : l’antisémitisme, les tentatives visant à délégitimer Israël, et la manière de répondre aux revendications légitimes de manière à ce que les Juifs et Israël ne soient pas mis en position d’accusés, ou, pour le dire autrement, ne se retrouvent pas du mauvais côté de l’histoire, y compris de celle qui est encore à écrire.

Combattre pour rester différent
Commençons par l’antisémitisme. Pourquoi, deux générations après l’Holocauste et soixante ans après la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de René Cassin, l’antisémitisme semble-t-il proliférer ?

Comment expliquer que les Protocoles des Sages de Sion, un faux tsariste qui remonte à 105 ans, soient devenus la lecture favorite de la famille royale saoudienne, et qu’ils fassent l’objet d’une série télévisée égyptienne durant le Ramadan ?

Dans l’intérêt de l’exactitude historique, nous devons reconnaître que l’antisémitisme n’a pas commencé dans l’Europe du XIXe siècle. En vérité, la révolte des Maccabées contre l’hellénisation forcée fut une bataille culturelle, et la révolte contre Rome, une guerre d’indépendance. De tels conflits se sont produits tout au long de l’histoire de l’humanité. Ils ne sont pas l’apanage des Juifs. Mais les choses ont changé avec la dispersion des Juifs.

Après l’expulsion de ce qui devint plus tard la Palestine, les Juifs n’avaient plus de territoire à défendre. La Terre d’Israël était seulement un point de référence d’où les Juifs étaient partis et auquel ils aspiraient à revenir. Jusqu’à ce jour, une grande partie du rituel de prière parle du retour à Sion et de la reconstruction des murs de Jérusalem.

Après la dispersion, l’antisémitisme fut majoritairement un phénomène chrétien – bien qu’il fût loin d’être inconnu dans le monde musulman – souvent attisé par des dirigeants politiques et ecclésiastiques guidés par leurs propres objectifs. Interprétations scripturaires conflictuelles, accusations de déicide, et la tendance humaine à avoir peur et à se méfier de gens d’appartenance ethnique, de religion, de culture et de langue différentes, contribuaient à cette hostilité. Les Juifs étaient les boucs émissaires qu’on rendait responsables de tout, depuis la peste bubonique – les Juifs étant accusés de causer la Peste noire en empoisonnant les puits -, jusqu’aux défaites militaires. Ce fut la première salve de Hitler.

La tragédie de l’Holocauste fut encore plus indescriptible. Son fondement n’était ni territorial ni religieux, mais reposait sur une haine primaire uniquement basée sur la race. Sans souscrire à la thèse de La banalité du mal, de Hanna Arendt, il y a, en effet, quelque chose de banal dans les accusations raciales à l’encontre d’un peuple de la même race. Que ce soit banal ou non, six millions de Juifs sont morts. Les nazis ont réussi à déshumaniser le Juif, décrit comme un animal prédateur, un reptile, ou un insecte venimeux.

Aujourd’hui, après plus de soixante ans, l’antisémitisme est-il destiné à survivre, sous quelque forme que ce soit ? Dans des commentaires formulés devant une audience majoritairement juive, à Washington DC, en novembre 2007, le président Sarkozy affirma que l’antisémitisme ne pouvait être expliqué. Il est inexplicable, dit-il, et, par définition, l’inexplicable ne peut être expliqué. Je suis en désaccord, non avec la logique du propos, mais avec sa forme. Expliquer n’est pas excuser. L’antisémitisme ne peut jamais être excusé. L’expliquer, comme je viens d’essayer de le faire en très peu de mots, est une obligation qui nous incombe en tant que Juifs.

Les Juifs ont aussi l’obligation de ne pas s’estimer responsables de l’antisémitisme. Quelque gênante que puisse être, pour les antisémites, notre présence individuelle ou collective, cacher ou diminuer nos différences ne devrait pas être la réponse. Par exemple, me dit-on, dans les années 1930, l’American Jewish Committee recommanda aux Juifs de ne pas lire des journaux en yiddish dans le métro de New York, pour ne pas attirer l’attention sur eux en tant que Juifs. J’étais un jeune garçon à l’époque, mais j’espère que si j’avais été plus âgé, j’aurais dit exactement le contraire : Les Juifs auraient dû lire des journaux en yiddish dans le métro, même s’ils étaient incapables de lire ou de comprendre le yiddish. Cacher nos différences signifie que nous renonçons à notre judéité. C’est une oblitération de soi, non une acceptation.

Tant que nous garderons notre spécificité, nous ne serons pas considérés comme faisant partie des nations, ce qui est une manière élégante de dire que nous ne disparaîtrons pas. Et tant que nous garderons notre spécificité, il est vraisemblable qu’il y aura de l’antisémitisme, sous une forme ou sous une autre. La spécificité suscite des détracteurs. Cela ne changera pas. Notre spécificité devrait être considérée comme un attribut positif, dont dépend notre survie en tant que peuple.

Tout en luttant pour maintenir notre spécificité, nous devons, en même temps, être absolument fermes dans notre lutte contre l’antisémitisme d’où et à chaque fois qu’il se manifeste. L’antisémitisme qui s’est manifesté à Durban ne doit pas se répéter. Il n’a sa place nulle part, et certainement pas dans la reprise d’une conférence pour combattre le racisme et l’intolérance. Ce message doit être exprimé énergiquement, pas seulement à nos amis d’Europe et d’ailleurs, mais aussi aux principaux sponsors africains de la conférence, qui ont le plus grand intérêt pour le résultat du processus de Durban.

Le même message doit être envoyé au monde musulman. Durban a lié antisémitisme et islamophobie. Durban a attiré l’attention « sur l’émergence d’actes et de mouvements violemment racistes basés sur des concepts raciaux et diffamatoires, à l’encontre des communautés juives, musulmanes et arabes. » (9). Nous devons leur rappeler que l’intolérance nourrit l’intolérance. Si le monde veut dépasser sa pitoyable situation actuelle, c’est un lieu excellent pour commencer.

Les Palestiniens devront se doter de dirigeants responsables
Qu’en est-il d’Israël ? Le problème est-il seulement territorial ? Le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat juif démocratique est-il seulement une question de frontières, ou, depuis l’émergence d’un extrémisme islamique, n’est-il pas devenu quelque chose de plus : une guerre de religions, incluant un impératif moral qui ne tolère pas de compromis et encore moins de compromis territorial ?

En adoptant la solution à deux Etats, le gouvernement d’Israël a déjà offert un compromis. Il y a vingt ans, Yitzhak Rabin m’a dit qu’il y avait trois choses qu’aucun gouvernement israélien n’accepterait jamais : 1) la reconnaissance de l’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] ; 2) la création d’un Etat palestinien indépendant en Judée et en Samarie ; 3) une présence militaire arabe dans les territoires. Ces trois choses ont été depuis offertes par quatre Premiers ministres israéliens, de Yitzhak Rabin à Ehud Olmert. Il incombe dorénavant, sans conteste, au peuple palestinien de se doter de dirigeants responsables et efficaces et de trouver la manière de créer les institutions qui leur sont nécessaires pour gouverner leur existence. Tant qu’ils ont les yeux rivés sur Tel Aviv et non sur Ramallah, Jenine et Naplouse, la paix n’est pas probable.

Le processus de paix dans toutes ses parties est fondamentalement un problème israélo-palestinien. Les Juifs, toutefois, ont une responsabilité dans la manière dont Israël est perçu dans les pays où ils vivent, où que ce soit dans le monde. Il ne peut y avoir de compromis sur la question fondamentale de la légitimité d’Israël et, en fin de compte, sur sa sécurité.

Associer Israël au racisme, comme ce fut le cas à Durban, est une évidente tentative, faite par ses ennemis, de délégitimer Israël et finalement de miner sa sécurité. Sur ce point nous devons être parfaitement clairs. Bien qu’il n’y ait pas lieu de chercher de la logique là où l’on ne peut en trouver, il reste qu’Israël est le seul pays au monde, qui, en moins de deux décennies, a tendu et ouvert les bras pour faire venir d’Ethiopie sur son territoire cent mille Africains, et il consacre aujourd’hui de grosses sommes d’argent pour aider ces immigrants à faire partie de la société israélienne dans son ensemble.

Le conflit israélo-palestinien n’a rien à voir avec la race et ne mérite pas ce dénigrement. Si les Arabes et les Juifs sont des Sémites, comme les ennemis d’Israël l’ont prétendu à Durban, le conflit israélo-palestinien ne peut porter sur la race. Les affirmations contraires doivent être présentées pour ce qu’elles sont : des mensonges sans consistance.

Particularisme et universalisme
C’est une étrange équation que celle-ci. Pour les ennemis d’Israël, Israël = Juif = Occident = chrétienté/laïcité = anti-islamisme. Ce n’est une formule raisonnable pour personne, Africain, Asiatique, ou Occidental.

Quand les Juifs parlent de l’antisémitisme et d’Israël, ils parlent de leur particularisme, mais l’universalisme fait également partie de leur tradition. La foi en un Dieu unique oblige à une vision universelle des choses. On a appris aux Juifs, il y a trois mille ans, qu’il ne doit y avoir qu’une seule loi pour l’étranger et pour le citoyen de naissance [2]. La justice sociale a toujours fait partie de leur tradition. Beaucoup de jeunes Juifs américains d’aujourd’hui parlent davantage de "tikkun olam" (amélioration du monde) que de "Shema Israel" (l’invocation liturgique : Ecoute, Israël). On entend plus souvent parler de l’universel que du particulier. Ce n’est pas le choix de tous, mais c’est le choix que font de plus en plus de jeunes Américains.

Il est important que les Juifs comprennent les griefs légitimes des autres, comme ils ont été exprimés à Durban par des pays africains. Céder ce terrain aux pays islamiques serait une tragédie de dimensions historiques pour nous autres Juifs. Ce que nous récolterons en échange de notre réaction positive ne sera vraisemblablement pas de la gratitude. C’est rarement le cas. Mais la récompense consiste à savoir qu’on a agi quand des appels à la justice ont retenti.

J’ai toujours eu une aversion pour l’aphorisme de Hillel – « Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? Si je ne suis pas pour d’autres, que suis-je ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? ». Cela fait trop ingénieux, trop posture morale. Mais, alors que je me tiens devant vous aujourd’hui, il m’est difficile de trouver des mots qui expriment mieux à la fois le particulier et l’universel dans notre tradition.

Pour conclure, passons du plan moral au terrain pratique. Nous ne pouvons rien contre le fait que ceux qui veulent détruire Israël se posent en champions de la cause antiraciste dans le monde. Il nous faut rappeler aux gens que ce sont deux Juifs sud-africains, Helen Suzman et Harry Schwarz, qui ont eu le courage de parler haut en faveur de Nelson Mandela, et de lui rendre visite en prison. Il nous faut également rappeler au monde que nous avons vêtu les pauvres et nourri les affamés, non par pitié, mais par souci de justice. Tout aussi inébranlable que notre amour d’Israël est notre conviction que la véritable noblesse consiste à aider les autres.

Appel à l’action
Y a-t-il un appel à l’action de notre part ? La réponse est un oui catégorique.

Premier point : Qu’il n’y ait pas de réitérations des effluves empoisonnés d’antisémitisme qui furent émis à la veille de Durban. Si nous ne sommes pas pour nous, qui le sera ?

Deuxième point : Qu’il n’y ait pas de lien entre le conflit israélo-palestinien et le racisme. Le conflit israélo-palestinien a de nombreuses facettes, mais la race n’en fait pas partie. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que l’immigrant africain se voit interdire l’accès à l’Europe. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que la femme africaine meurt du SIDA. Ce n’est pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que l’enfant affamé se voit refuser de la nourriture. La réponse ne consiste pas à chercher une formulation équilibrée pour décrire le conflit israélo-palestinien, comme le pensent certains pays amis, elle consiste à ne pas recourir à nouveau, lors de Durban II, à ce lien insidieux, directement ou par référence rétroactive.

Les points 1 et 2 sont pour nous des lignes rouges et devraient l’être pour les ONG qui pensent de même, et pour tous les pays qui sont décidés à dépolitiser l’exercice des droits humains par les Nations Unies.

Troisième point : Le racisme est la traduction exponentielle de la spécificité. Il est de notre intérêt, en tant que Juifs, de savoir prendre la température du racisme. Une température élevée est mauvaise pour nous et pour le reste du monde. Helen Suzman le savait instinctivement quand elle vint rendre visite à Mandela en prison. De même aussi Abraham Joshua Heschel quand il marcha, bras dessus, bras dessous, avec Martin Luther King à Selma, en Alabama. Ne soyons pas embarrassés de dire aux officiels d’Afrique et d’ailleurs que cela reste notre appel.

(L’Ambassadeur Alfred H. Moses est président de UN Watch, Genève (Suisse). De 1991 à 1994, il a été président de l’American Jewish Committee. Il a occupé la fonction de Conseiller Spécial et de Conseiller Spécial du Président des Etats-Unis, sous Jimmy Carter. En 1994, le Président Clinton l’a nommé Ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, poste qu’il a occupé durant trois ans. En 1999, le Président Clinton l’a nommé Représentant Présidentiel Spécial pour le conflit chypriote. Il est resté en poste jusqu’à la fin de l’administration Clinton. Durant plus de cinquante ans, il a fait partie du cabinet juridique Covington & Burling LLP, de Washington, DC. Il est aujourd’hui co-fondateur et Directeur des Opérations du Groupe Promontory Financial, de Washington, DC.)

* * *

Notes
* Allocution de l’Ambassadeur Alfred H. Moses, Président de UN Watch, à la conférence du Jewish International Leadership, intitulée "Que faire concernant Durban II", à Genève (Suisse), le 27 Mai 2008.

(1) Tom Lantos, "The Durban Debacle: An Insider's View of the World Racism Conference at Durban" [La débâcle de Durban: Point de vue d’un initié sur la Conférence Mondiale sur le Racisme], Fletcher Forum of World Affairs, Vol. 26, No. 1 (2002). [Document en format pdf.]
(2) Déclaration de son Excellence Madame Nkosazana Dlamini Zuma, Ministre des Affaires étrangères de la République d’Afrique du Sud et Présidente of la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et l’Intolérance y Afférant, Rapport de la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et l’Intolérance y Afférant, Durban, 31 août - 8 septembre 2001, UNGA A/CONF. 189/12, 25 janvier 2002, document au format pdf (N0221543.pdf), 172.
(3) Déclaration de M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, in Report of the World Conference, 150.
(4) Report of the World Conference, General Issues No. 63, 18.
(5) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 18.
(6) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 126.
(7) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 119-20.
(8) Déclaration de M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, in Report of the World Conference, 150.
[9) Report of the World Conference, General Issues No. 61, 18.

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Notes du traducteur
[1] Voir "President Sarkozy: France to «disengage» from UN’s Durban II racism conference if abuses recur".
[2] cf. Exode 12, 49.

Volume VII, Numéro 347 • vendredi le 15 août 2008

Défis majeurs pour la nouvelle chef des droits de l'homme à l'ONU
Hillel Neuer
Le Devoir (Canada), 4 août 2008

Traduit de l'anglais par Ophélie Namiech, Legacy Heritage fellow à UN Watch

Après sa nomination au poste de Haut Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, qui devrait être rendue officielle aujourd'hui, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, qui remplacera la Canadienne Louise Arbour, devra immédiatement faire face à trois défis majeurs pour écarter les attaques, de plus en plus nombreuses, menées contre les libertés individuelles dans le monde.

Dans un premier temps, Mme Pillay devra intégrer rapidement les différences qui existent entre une position de juge à la Cour pénale internationale de la Haye, où la délibération est le maître mot, et un poste de Haut Commissaire aux droits de l'homme, qui requiert un pouvoir de décision et d'influence sans égal. Mme Pillay ne devra pas hésiter à exposer les pires violations des droits de l'homme dans le monde, comme les massacres au Darfour, la brutalité de la junte militaire en Birmanie, les persécutions en Chine ou encore la destruction du Zimbabwe par Mugabe.

Tout en prenant soin de ne pas adopter le relativisme moral qui touche certains cercles onusiens à Genève, Mme Pillay ne devra pas hésiter non plus à révéler les abus commis par les démocraties occidentales, comme les violations à Abou Ghraïb.

Le rapport de UN Watch sur le bilan de Louise Arbour, la prédécesseure de Mme Pillay, qui vient d'être publié, montre que les déclarations prononcées par l'ancienne chef des droits de l'homme en 2007 et 2008 ont exposé les violations des droits de l'homme commises par 40 pays dans le monde, tels que l'Afghanistan, le Népal, l'Irak, les États-Unis ou encore le Soudan.

Néanmoins, le rapport montre également que Mme Arbour a passé outre à la situation des droits de l'homme dans 153 pays, et a ainsi tu les abus commis par Cuba, par exemple, ou encore par l'Arabie saoudite. De même, Mme Arbour a pris soin de ne pas froisser certains États très influents, comme la Chine, l'Égypte ou encore la Russie. Dans un entretien avec le Washington Post du 3 mars 2008, Mme Arbour a admis avoir été obligée d'agir avec prudence à l'égard de certains gouvernements, envers lesquels, a-t-elle indiqué, «la technique qui vise à nommer et humilier est un jeu de perdants».

Mais le poste de Haut Commissaire n'autorise ni l'usage de la force ni celui du portefeuille. Il ne dispose même pas de prérogatives judiciaires qui permettraient d'imposer des décisions et de punir ceux qui commettent des violations.

Non, nommer et humilier reste le seul et unique pouvoir dont dispose le Haut Commissaire et doit être son seul recours. Une étude sur la «diplomatie silencieuse» des droits de l'homme des années 70, y compris la procédure secrète de l'ancienne Commission des droits de l'homme de plaintes individuelles, a montré que ceux qui commettent les pires abus, tels que l'Ougandais Idi Amin Dada ont toujours été les derniers à rire. Aujourd'hui, on s'aperçoit que la situation n'a guère évolué, comme nous le montre la délicate attention avec laquelle Arbour a traité le régime de Pékin.

Étant donné que Mme Pillay est originaire d'Afrique nous espérons qu'elle disposera d'une marge de manoeuvre politique suffisante qui lui permettra de s'engager dans les domaines que certains occidentaux n'osent pas aborder.

Deuxièmement, Mme Pillay devra contrer la tendance actuelle du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, qui se trouve aujourd'hui dans une dramatique spirale de régression. Elle devra également fermement résister aux récentes tentatives de certains membres du Conseil de contrôler le Bureau du Haut Commissaire.

Depuis sa création en 2006, le Conseil a éliminé les mandats des rapporteurs spéciaux sur les situations des droits de l'homme à Cuba, en Biélorussie et en République démocratique du Congo, où, au cours des années précédentes, quatre millions de civils sont morts. Les postes des quelques autres rapporteurs spéciaux restants qui examinent les situations des droits de l'homme dans des pays spécifiques sont sur la corde raide.

Lors de ses sessions de mars et de juin derniers, le Conseil, dominé par une majorité automatique formée par les États islamiques et leurs alliés, a imposé de nouvelles restrictions de la liberté d'expression pour satisfaire les sensibilités islamiques, altérant ainsi le mandat du rapporteur spécial sur la liberté d'expression -- qui sanctionne désormais les «abus» de liberté d'expression -- et limitant le droit de parole des ONG pendant les débats pléniers. Une autre résolution menace les experts du Conseil qui montreraient du doigt les pays commettant des violations des droits de l'homme.

Mme Pillay doit agir avec fermeté pour préserver le rôle vital dont disposent les experts de l'ONU et les organisations de défense des droits de l'homme au Conseil. Les régimes répressifs qui dominent cette instance onusienne harcèlent, de façon systématique, les ONG, en les interrompant de manière intempestive durant les débats pléniers. Dernièrement, l'Égypte semble avoir été désignée pour couper la parole aux ONG, un rôle qu'elle exécute avec ardeur.

Au lieu de s'attaquer aux violations des droits de l'homme de la Havane à Harare, le Conseil a consacré la plupart de son temps à critiquer violemment Israël, le seul État à avoir été condamné 19 fois, dans des résolutions qui justifiaient les attaques terroristes perpétuées par le Hamas et le Hezbollah.

À l'instar de son prédécesseur Kofi Annan, l'actuel Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon a, à de nombreuses reprises, demandé que cesse cette obsession autodestructrice du Conseil. Arbour, néanmoins, a cherché à justifier les abus du Conseil. Mme Pillay devra surveiller les inclinations des 47 membres du Conseil, et en aucun cas tenter de les apaiser.

Enfin, Mme Pillay, qui est née à Durban, en Afrique du Sud, hérite également du poste discutable de Secrétaire général de la Conférence de suivi de Durban, un sommet qui donnera suite à la conférence mondiale contre le racisme de 2001 de Durban qui était apparue alors comme un forum raciste et antisémite.

La France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont publiquement menacé de se désengager de la conférence de 2009 à Genève si cette dernière était amenée à reproduire le fiasco de 2001. Le Canada a déjà annoncé qu'il n'y participerait pas. Les États-Unis et Israël, qui se sont retirés de la conférence de 2001, ont envoyé un avis similaire.

Les séances préparatoires -- présidées par la Libye et dont la vice-présidence est détenue par l'Iran -- ainsi que la dernière proposition de déclaration finale de Durban II, ont d'ores et déjà révélé des signes alarmants qui montrent que la conférence de 2009 semble emprunter le même chemin déplorable qu'en 2001.

Mme Pillay dispose d'une importante responsabilité et, espérons-le, de la crédibilité nécessaire pour garantir que les efforts internationaux de lutte contre le racisme ne soient pas de nouveau détournés par les forces de la haine.

La célèbre citation du poète et écrivain Irlandais Yeats: «les meilleurs manquent de conviction, tandis que les pires sont dotés d'une intense passion» reflète très bien ce qui attend Mme Pillay une fois à Genève.

Mais les victimes du monde entier ont toutes les raisons d'espérer que Navanethem Pillay, juge internationale, militante activiste et avocate anti-apartheid, sera dotée à la fois de conviction et d'une intense passion qui lui permettront de dévoiler la vérité au monde.

(Hillel C. Neuer est Directeur général de UN Watch, organisation non gouvernementale de défense des droits de l'homme, située à Genève.)

“PASSER UNE ANNEE EN ISRAEL, C’EST UN PRIVILEGE”
Elias Levy
Canadian Jewish News, 7 août 2008

Pour Julien Bauer, ses congés sabbatiques sont une occasion pour séjourner une année en Israël, pays auquel il est viscéralement attaché.

Professeur au Département de Science politique de l’Université du Québec à Montréal (U.Q.A.M.), ce Sioniste invétéré est ravi qu’en 2008 son année sabbatique ait coïncidé avec la célébration des soixante ans de l’État d’Israël.

“Passer une année en Israël, surtout à Jérusalem, c’est toujours un privilège et une joie profonde. Établir ses pénates à Jérusalem durant cette année exceptionnelle et très particulière, 2008, pour les Israéliens et tout le peuple juif, ça a été l’occasion de faire le point sur Israël, sur la société israélienne, sur la place d’Israël au coeur du peuple juif, sur les relations entre Israël et les Juifs de la Diaspora, sur les relations entre Israël et les non- Juifs… Ça a été aussi une occasion pour faire le point sur ce qu’Israël a accompli ces soixante dernières années, ce qui ne nous rajeunit pas, et sur ce qui reste à faire…”, nous a dit en entrevue depuis Jérusalem le professeur Julien Bauer.

Que les 60 ans d’Israël marquent profondément les Juifs, c’est normal, ajoute-t-il. Qu’ils marquent les Arabes, “qui ne nous aiment pas”, c’est normal aussi. Mais, selon Julien Bauer, les 60 ans de l’État juif ont marqué beaucoup plus qu’on ne le croit les non-Juifs.

Pour preuve: le succès éclatant de la Conférence des présidents, organisée à Jérusalem par le Président d’Israël, Shimon Péres, pour souligner les six décades d’existence de l’État hébreu.

“Des chefs d’État du monde entier sont venus à Jérusalem pour prendre part à ce grand rassemblement. Rarement une manifestation aura attiré autant de leaders politiques provenant des quatre coins du monde, à l’exception peut-être de l’inauguration de l’Assemblée générale de l’ONU, dit-il. À peu près tous les pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie… étaient représentés par leur président. Même la Mongolie et le Burkina-Faso, qui ne sont pas des pays dont on peut penser qu’Israël les intéresse beaucoup, ont dépêché aussi leurs présidents respectifs. Des professeurs et des intellectuels de renommée mondiale et une galerie non moins impressionnante de Prix Nobel participent à Jérusalem à des symposiums organisés dans le cadre des festivités commémoratives marquant les 60 ans d’Israël. C’est quelque chose d’extraordinaire. Quand on est sur place, on en profite au maximum.”

Durant son séjour sabbatique en Israël, Julien Bauer a enseigné un séminaire de Maîtrise à l’Université Hébraïque de Jérusalem ayant pour thème: la politique intérieure et extérieure du Canada.

En vue d’écrire des articles scientifiques et éventuellement un livre, il a parallèlement mené des recherches académiques sur deux sujets portant sur la politique et la religion, qui le passionnent depuis longtemps: 1-les règlements édictés par la Halakha en ce qui a trait à ce qui est permis et interdit durant l’année sabbatique agricole juive; 2-la place de la Cour suprême dans la société israélienne.

D’après Julien Bauer, la vie universitaire, intellectuelle et culturelle en Israël est des plus stimulantes et enrichissantes.

“Quand on est en Israël, surtout à Jérusalem, il y a un éventail fantastique de cours, de conférences, de symposiums… sur quantité de sujets ayant trait à tous les domaines possibles et imaginables: la religion, la politique, la sociologie, la médecine, la science… Il n’y a pas de jour sans avoir un sujet intéressant, il n’y a pas de semaine sans une ou deux conférence données par des spécialistes réputés. C’est vraiment extraordinaire.”

Quel regard ce spécialiste chevronné des questions politiques israéliennes porte-t-il sur l’État d’Israël de ce début du XXIe siècle?

“Il y a 60 ans, combien de gens c