Communiqué Isranet
février 2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

numéro 324

Volume VII, Numéro 324 • vendredi le 29 février 2008

L'ONU contre les droits de l'homme
LE MONDE, 27 février 2008

L'année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme par l'ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d'années, par ses dérives, l'ONU s'est caricaturée.

A Durban, en Afrique du Sud, s'est tenue en 2001 la Conférence mondiale contre le racisme, à l'initiative des Nations unies, dans la ville même où Gandhi avait commencé à exercer son métier d'avocat. C'est au nom des droits des peuples que furent scandés des "mort à l'Amérique !" et "mort à Israël !" ; et c'est au nom du relativisme culturel qu'on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes.

Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa Commission des droits de l'homme, l'ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau Conseil des droits de l'homme (CDH), censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd'hui, le constat est plus qu'amer : c'est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans la perspective du forum dit de Durban 2, qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l'élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d'une nouvelle et très particulière "déclaration des droits de l'homme", la mise à mort de l'universalité des droits.

Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s'y constituent, les discours qui s'y tiennent, les textes qui s'y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d'expression, légitiment l'oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales.

Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l'encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l'acte et les violences de demain.

Une triple alliance composée de la Conférence des organisations islamiques (OCI), représentée jusqu'à ce jour par le Pakistan, du Mouvement des non-alignés, où Cuba, le Venezuela et l'Iran ont un rôle central, et de la Chine - avec la complaisance cynique de la Russie - oeuvre ainsi à la mise en place d'une véritable révolution prétendument "multiculturelle". Ainsi, le rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, Doudou Diène, déclare d'ores et déjà qu'énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port des signes religieux à l'école participe du racisme antimusulman, renommé "islamophobie occidentale".

La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion. C'est une menace radicale contre la liberté de penser qui est en train d'être cautionnée par l'ONU. En assimilant au racisme toute critique des dérives de ceux qui parlent au nom de l'islam, parce que supposée relever d'attitudes néocolonialistes, les porte-parole de cette nouvelle alliance serrent un peu plus le garrot qu'ils ont passé au cou de leurs propres peuples et sapent les fondements d'une civilité très chèrement acquise en Europe depuis les guerres de religion. En septembre 2007, la haut-commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux "droits de l'homme et (à) la diversité culturelle". Portant le voile, comme la loi de la République islamique l'exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l'énoncé des principes à venir, ainsi résumés : "offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste".

Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C'est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d'Israël, pays membre de l'ONU, créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la haut-commissaire a justifié sa passivité par le respect de la loi iranienne, auquel, en tant que juriste, elle s'estimait tenue, et par souci de "ne pas offenser ses hôtes". Charbonnier est maître chez soi... C'est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d'opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d'une institution internationale impuissante, mais dont les principes n'étaient au moins pas dévoyés comme ceux de l'ONU aujourd'hui.

Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l'acte. De Mein Kampf à Radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l'ennemi du peuple au nom de la race, au nom de l'émancipation des masses laborieuses ou au nom d'un ordre supposé divin. Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues "d'avenir radieux" ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c'est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l'histoire fut commis.

Face à cette stratégie, les démocraties, d'abord soucieuses de leur balance commerciale, font preuve d'une extraordinaire passivité. Que pèse le sort du peuple tibétain face aux enjeux des exportations vers la Chine ? Quel est le prix de la liberté pour Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, menacée de mort, après l'assassinat en 2004 de son ami le réalisateur Théo Van Gogh, accusé d'avoir blasphémé l'islam dans le film Soumission ? Les exemples s'additionnent qui, de Taslima Nasreen à Salman Rushdie, de Robert Redeker à Mohamed Sifaoui, apportent la preuve que l'intégrisme islamiste impose sa loi par la terreur. Combien d'Algériens, de femmes au Maghreb, au Proche-Orient, en Turquie, au Pakistan ont déjà payé du prix de leur vie le refus de se soumettre à l'obscurantisme religieux ?

Si, par malheur, l'ONU devait consacrer l'imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s'inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n'a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue.

L'Assemblée générale de décembre 2007 a déjà entériné des textes condamnant des formes d'expression considérées comme diffamatoires de l'islam. L'enjeu est clair, il est mondial : c'est de la défense des libertés de l'individu qu'il est question.

Soit les démocraties se ressaisissent, à l'exemple du Canada, qui vient d'annoncer son refus de participer à la conférence de Durban 2, estimant qu'elle risquait d'être "marquée par des expressions d'intolérance et d'antisémitisme", et cessent de s'abstenir ou de voter des résolutions contraires à l'idéal universel de 1948, soit l'obscurantisme religieux et son cortège de crimes politiques triompheront, sous les bons auspices des Nations unies. Et lorsque les paroles de haine seront transformées en actes, nul ne pourra dire : "Nous ne savions pas."

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Premiers signataires : Elisabeth Badinter, Adrien Barrot, Patrice Billaud, Pascal Bruckner, Jean-Claude Buhrer, Chala Chafiq, Georges Charpak, Christian Charrière-Bournazel, Bernard Debré, Chahdortt Djavann, Jacques Dugowson, Frédéric Encel, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay, Patrick Gaubert, Claude Goasguen, Thierry Jonquet, Liliane Kandel, Patrick Kessel, Catherine Kintzler, Claude Lanzmann, Michel Laval, Barbara Lefevbre, Corinne Lepage, Malka Marcovich, Albert Memmi, Jean-Philippe Moinet, Jean-Claude Pecker, Philippe Schmidt, Alain Seksig, Mohamed Sifaoui, Antoine Spire, Pierre-André Taguieff, Jacques Tarnero, Michèle Tribalat, Michèle Vianes,Elie Wiesel, Michel Zaoui.

Coup de projecteur sur l’affaire Al-Dura
Tom Gross
HonestReporting, 26 février 2008

Traduction française : Menahem Macina

Cette traduction a été réalisée sur la base de la transcription anglaise de l’interview de Tom Gross, analyste du Moyen-Orient et expert en médias, à propos de l’affaire Al-Dura.

L’affaire Mohammed Al-Dura remonte au mois de septembre 2000, et beaucoup affirment qu’elle a été la cause de la seconde Intifada palestinienne, qui s’est poursuivie durant plusieurs années.

Un enfant a apparemment été abattu, et France 2, chaîne gouvernementale française de télévision, est en possession d’un film de l’événement qu’elle ne s’est pas contentée de diffuser, mais dont – initiative peu commune – elle a réalisé des copies qu’elle a distribuées sous forme de cassettes-vidéo à des chaînes concurrentes, telles CNN et la BBC. Le correspondant de France 2, Charles Enderlin, affirme d’abord que le garçon est mort, et ensuite qu’Israël a tué ce garçon. En fait, il s’est avéré plus tard que Charles Enderlin ne se trouvait pas à Gaza, ce jour-là, mais à Ramallah, et qu’un caméraman palestinien indépendant a donné le film à Charles Enderlin.

Presque immédiatement des questions se sont posées sur l’identité de l’auteur des tirs qui avaient coûté la vie à l’enfant. Plus tard, il y a eu des interrogations sur la réalité même de la mort du garçon. L’angle sous lequel l’enfant semblait avoir été atteint excluait que le tir provînt de l’endroit où se trouvaient les soldats israéliens. Comment ces derniers pouvaient-ils être responsables d’avoir abattu l’enfant, alors que celui-ci n’était pas dans leur ligne de tir ? - s’est-on demandé.

Et il n’est même pas évident que le garçon ait été réellement abattu. Il s’avéra bientôt que, ce jour-là, les Palestiniens avaient délibérément "joué" de nombreuses autres scènes pour les caméras. Nous le savons, parce qu’un film réalisé par des caméramans de Reuters montre plusieurs scènes de ce genre : on voit, par exemple, des Palestiniens, transportés dans des ambulances du Croissant Rouge et qui semblent gravement blessés, descendre, en riant, de ces véhicules, quelques minutes plus tard, et ainsi de suite. On sait également que d’autres scènes ont été 'fabriquées' au carrefour de Netzarim, ce même jour. Le film fourni par France 2 n’a pas du tout permis de tirer des conclusions.

Une action judiciaire est en cours depuis quelque temps, et ses conclusions sont imminentes.

Lors de la dernière audience, en novembre [2007], France 2 avait dû produire les rushes du film "Al-Dura", dont la chaîne avait dit auparavant qu’il durait 27 minutes. Mais devant le tribunal, Enderlin n’en a montré que 18 minutes, c’est-à-dire seulement les deux tiers du film. Le juge en a été plutôt surpris. Pour toute excuse, Enderlin a marmonné qu’il n’avait pas l’entièreté du film et avait perdu [la partie manquante] ; ce qui n’aura pas manqué de donner lieu à de sérieux soupçons. Et dans le film qui fut projeté, on voit Al-Dura bouger le bras après avoir été "mortellement touché", puis ouvrir encore les yeux.

Al-Dura est devenu une figure emblématique de l’Intifada et au-delà. Par exemple, Osama bin Laden a fait mention de Al-Dura dans sa vidéo du 11 septembre ; les assassins de Daniel Pearl ont inséré une photo de Al-Dura dans la vidéo de la décapitation de leur victime ; des rues, des squares, des universités, etc., portent le nom de Al-Dura dans tout le monde musulman.

L’affaire Al-Dura est au cœur même de la couverture de presse de l’époque moderne.

Nous avons affaire à des photographes et des caméramans indépendants, qui sont souvent partiaux, qui saisissent des images en plein conflit local, montent le film et l’envoient à une chaîne internationale comme France 2. Du fait de la pression des programmes télévisuels, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, des chaînes comme France 2 diffusent ce matériau immédiatement, avant que qui que ce soit examine le film et s’assure de son authenticité.

Dans la guerre entre le Hezbollah et Israël, durant l’été de 2006, certaines images prises tant par Reuters que par Associated Press, au sud-Liban, ont été falsifiées, et Reuters a congédié quelques-uns de ses photographes shiites libanais.

Mais c’était trop tard. A l’époque, Reuters procéda à une enquête indépendante et découvrit qu’elle avait été flouée par ses preneurs de vue libanais locaux : les photos avaient paru partout, dans des milliers de publications, petites ou grandes, et ce dans le monde entier.

Pour en revenir au cas Al-Dura, il a déclenché l’Intifada, en ce sens que, n’était la diffusion, maintes fois réitérée, de ce film incendiaire, l’Intifada aurait pu n’être qu’un désordre localisé de quelques jours, occasionnant un nombre limité de victimes.

Au lieu de cela, il a enflammé la population, ce que souhaitait probablement l’Autorité Palestinienne en diffusant à plusieurs reprises le film à la Télévision. Quelques semaines plus tard, deux réservistes israéliens furent lynchés à Ramallah par une foule scandant le nom de Al-Dura. On se souvient sans doute de l’un des Palestiniens brandissant à la fenêtre [du poste de police] ses mains dégoulinantes de sang. L’Intifada ne tarda pas à monter en puissance et à échapper à tout contrôle.

Ainsi, d’une certaine manière, France 2 a-t-elle probablement aussi du sang sur les mains, en ce sens que l’Intifada aurait pu ne jamais se produire sans la diffusion répétée qu’a faite la chaîne de ce qui est peut-être une vidéo falsifiée de la mort d’un enfant appelé Al-Dura.

Nous sommes maintenant témoins d’un conflit entre Israël et les Palestiniens, pire qu’avant l’événement Al-Dura. C’est pratiquer un journalisme irresponsable que de diffuser de telles images sans être sûr qu’elles sont authentiques. Ce que la procédure pénale a montré, jusqu’à présent, c’est qu’elles sont l’objet d’un doute raisonnable.

D’autres iront plus loin que moi et diront qu’ils sont sûrs qu’elles ont été mises en scène. J’ai regardé les images et les ai examinées soigneusement ; je ne suis pas médecin légiste, et je n’agis pas en avocat. Mais, pour autant que je puisse en juger, il y a des motifs très raisonnables de douter que les rushes soient authentiques ; et même si l’enfant est mort, il y a des motifs très raisonnables de douter qu’Israël ait été responsable de sa mort.

Donc, que France 2 ait pu dire au monde qu’Israël avait effectivement assassiné un enfant sans défense, puis fournir la séquence filmée de l’événement à des chaînes internationales de Télévision, alors que ce n’était pas vrai, c'est un acte extrême et générateur de violences.

En France, dans les années postérieures au cas Al-Dura, il y a eu des attaques liées à la violence au Moyen-Orient : des Juifs français, tels Ilan Halimi et d’autres, ont été assassinés. Ce climat peut avoir été créé par la séquence de France 2.

Le gouvernement israélien a été très lent à s’atteler au cas Al-Dura. On a laissé à des organisations indépendantes, telle HonestReporting, le soin d’enquêter comme il faut sur cette affaire. J’estime que le gouvernement israélien a été plutôt lent à comprendre à quel point la presse est importante dans la diplomatie et les conflits modernes.

Dans le passé, des politiciens israéliens, tel Moshe Dayan, ont dit qu’Israël n’avait pas de politique étrangère, mais seulement une politique de défense et de sécurité. Au moment des Accords d’Oslo, Shimon Peres, qui était alors Ministre des Affaires étrangères d’Israël, disait qu’avoir une bonne politique dispensait de relations publiques, et qu’en cas de mauvaise politique, les relations publiques ne servaient à rien.

Je crains que ce ne soit pas exact. Qu’Israël ait une bonne ou une mauvaise politique est presque sans importance en matière de relations publiques. Si les critiques d’Israël veulent attaquer, ils le feront.

Avec des médias actifs 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, tout pays du monde doit être au courant de l’état de ses relations publiques. Je crois que, dans la bataille pour les relations publiques, non seulement Israël est très à la traîne vis-à-vis d’autres pays, mais qu’il est même loin derrière des milices telles que celles du Hamas, du Hezbollah et d’autres organisations similaires.

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Volume VII, Numéro 323 • vendredi le 22 février 2008

A beau mentir qui vient de loin
Laurent Murawiec
Metula News Agency, février, 2008 (info # 011902/8)

La presse française ment avec effronterie, avec un aplomb d’autant plus interminable qu’elle est sûre de l’impunité que lui confère l’absence presque complète de concurrence : dans la profession, tout le monde ou presque pense « bien ».

Tout le monde, et en particulier Le Monde. Chaque fois qu’il m’arrive de jeter un œil sur la chronique américaine, que donne régulièrement au quotidien du soir Corinne Lesnes, je me frotte l’autre œil avec vigueur : ce n’est pas tant d’Amérique qu’elle parle, c’est de la planète Mars, de son imaginaire. Comme elle s’en auto félicite avec un rien de niaiserie dans son billet du 13 février, « c'est le privilège de cette "Lettre d'Amérique" d'échapper aux contraintes de l'objectivité ». En effet, elle a raison, le mensonge y est impudent, la manipulation grossière, le parti pris pathologique.

Mon animosité bien connue m’emporte-t-elle ? Lisons ensemble ce billet, intitulé « Le culte d'Obama, superstar ». On sait que le personnage ne m’emballe pas, mais tout de même…

« Même les républicains n'ont que des louanges. Ne parlons pas des néoconservateurs, qui semblent voir dans les déclarations internationalistes d'Obama une revalidation de leurs théories sur la démocratie dans le monde », affirme Madame Lesnes, avec quelque intrépidité dans le traitement des faits: mais elle a donne son coup de Jarnac: quel crime pourrait-il être plus hideux que d'être en accord avec les néo-conservateur? . La critique d’Obama, rassurons-nous, on la trouve, mais « dans les écrits des intellectuels noirs qui reprochent à Barack Obama d'accréditer l'idée que le racisme n'est plus qu'un problème individuel dans une société qui l'aurait dépassé sur le plan collectif ». Ouf, on craignait pour nos idées recues!

Et qui donc s’emporte de la sorte contre ce noir trop blanc ? – C’est « Glen Ford, le cofondateur de Black Commentator », qui « n'en revient pas que Barack Obama ait pu dire que les Noirs ont déjà fait "90 % du chemin qui conduit à l'égalité", quand le revenu moyen d'une famille noire est le dixième de celui d'une famille blanche. "Il y a deux endroits où l'on trouve une égalité à 90 % : dans le championnat de basket et dans les prisons" », affirme notre hardie exploratrice. Elle ne dira pas au lecteur que le Commentateur noir est un journal d’extrême-gauche tres marginal; c’est comme si un institut de sondage interviewait un postier pris au hasard, tiens, M. Besancenot, ou un campagnard adventice, M. Bové. Quelle intégrité !

Mais le pire de cet extrait de la campagne menée par la chronique qui “échappe aux contraintes de l’objectivité” (je m’en bats encore les côtes) contre le nègre-blanc, qui ne ferait pas assez vibrer la corde de la victimitude du pôv z’exploité, c’est quand la Corinne reprend as is l’énormité de M. Ford : « le revenu moyen d'une famille noire est un dixième de celui d'une famille blanche ». Notre « intellectuel noir » raconte n’importe quoi, ou alors il ment comme un arracheur de dents. Madame Lesnes, qui compte, peut-être, se recycler dans la dentisterie, accrédite le n’importe quoi, elle le fait sien en le citant sans le moindre éclairage. Pourquoi permettre à un tout petit fait de rien du tout de gâcher une édifiante calembredaine idéôlogique ?

Il aurait tout de même fallu citer un chiffre ou deux, pour montrer que le digne M. Glen Ford déraillait. D’après le Bureau du recensement (Census Bureau) des Etats-Unis, le revenu moyen annuel d’une famille américaine s’établissait, en 2006, tous groupes confondus, à 48 201 dollars. Le revenu moyen d’une famille blanche se montait à 50 673 dollars. D’après M. Ford, le revenu moyen d’une famille noire devrait donc se monter à 5 000 dollars environ. Or il s’établit, d’après la même source, à 31 969 dollars [1]. On est dans le baratin dans une proportion de 600 pour cent…

Au fil des années, il m’est arrivé ça et là d’appeler tel ou tel rédacteur du Monde, que j’avais pris en flagrant délit de dérapage. J’ai souvent reçu la même et impayable réponse : « Mais je n’ai fait que citer… je n’endosse pas, je rapporte ». Un jour, je m’en rappelle, ledit journal avait publié une courte interview du terroriste palestinien Marwan Barghouti, le chef du groupe Tanzim, lequel affirmait, impavide, « le Tanzim n’existe pas, c’est une invention des Israéliens ». L’idée ne serait pas venue à l’intervieweur d’ « éclairer » le lecteur en ajoutant trois mots sur la réalité de l’organisation terroriste qu’il dirigeait. Mais puisqu’on était dans la propagande, pourquoi se soucier des faits, ou du lecteur ?

Que nul ne croie que je souffre de parti pris, et que je ne casse du sucre que sur le dos du Monde. Le 23 janvier dernier, le Figaro publiait à la Une électronique un article intitulé « Les 935 mensonges de l’administration Bush », sous la plume de « C.M., avec AFP ». Avec, en sous-titre, « Une étude indépendante a comptabilisé les fausses déclarations du président américain et de son équipe sur l'Irak entre 2001 et 2003 ».

Les deux organismes responsables de l’ « étude » citée avec fracas par Le Figaro étaient le Center for Public Integrity (le Centre pour l’intégrité publique) et le Fund for Independence in Journalism (le Fond pour l’indépendance dans le journalisme). Pas un instant ne voyait-on l’auteur de l’article en question émettre le plus petit soupçon de doute sur l’impartialité et l’objectivité des deux organismes. Il était donc évident, pour le lecteur, que l’administration Bush avait tissé un grand mensonge systématique – pensez : 935 mensonges, pas 934 ni 936, 935 !

On n’est pas loin du millier de mensonges ! Mais, mais, mais, « C.M. » et l’AFP avaient juste un peu oublié de mentionner que les deux organismes cités font partie, l’un et l’autre, de l’appareil de propagande d’extrême-gauche que fournit en fonds quasi illimités M. George Soros, un milliardaire gauchiste, pas qu’un peu mégalomane et Bushophobe. Le rôle propagandiste des deux officines est bien connu à Washington. Il ne l’est cependant pas du lecteur français.

Voilà : on ment avec le toupet de l’habitude, sans respect pour le lecteur, pour servir la fonction idéologique de cette presse bien-pensante et mal-sentante qui est la nôtre. Le portrait au vitriol que traçait Balzac de la vénalité et de la canaillerie de la presse parisienne, en 160 ans, n’a pas pris une seule ride.

Note :
[1] U.S. Census Bureau, Current Population Survey (CPS), Tables HINC- 01 et 02, http://pubdb3.census.gov/macro/032007/hhinc/toc.htm

Le virage à 180 degrés de Bush au Moyen-Orient
Bassam Eid et Natan Sharansky
Wall Street Journal, 11 février 2008

Adaptation française de Sentinelle 5768

Le 24 juin 2002, le Président Bush a présenté sa vision pour une paix israélo-palestinienne. Que nous ayons tous deux applaudi au discours de Bush avec le même enthousiasme peut surprendre.

L’un de nous est un ancien dissident soviétique qui a passé neuf ans au Goulag et qui, après avoir rejoint son peuple à Jérusalem, a été impliqué durant une dizaine d’années dans la vie politique israélienne et occupé un poste de ministre du gouvernement pendant la plus grande partie de cette période. L’autre est un Palestinien qui a consacré sa vie à dénoncer les violations des droits de l’homme, perpétrées contre son peuple, tant par le gouvernement israélien que par le gouvernement palestinien. L’un est un Juif convaincu du bien fondé du droit de son peuple à la Terre d’Israël. L’autre est un Arabe convaincu du bien fondé du droit de son peuple à la même terre.

Pourtant, alors que nous avons de vrais désaccords qui rendront un compromis historique très difficile et douloureux, nous sommes pleinement d’accord sur le fait que la seule voie vers la paix repose sur la construction d’une société palestinienne libre – une voie que M. Bush a tracée audacieusement dans son discours historique.

Hélas, encouragée par des dirigeants israéliens et palestiniens à courte vue, l’administration Bush, qui entame maintenant sa dernière année de mandat, a remis en vigueur la politique qui a échoué dans le passé, qui n’a rien apporté d’autre que la tragédie, le terrorisme et la guerre, et n’a fait qu’éloigner davantage les perspectives de paix.

La véritable percée à laquelle a donné lieu la vision de M. Bush, il y a cinq ans et demi, n’était pas son appel à une solution à deux Etats, ni même l’invitation adressée aux Palestiniens à « choisir des dirigeants non compromis avec le terrorisme ». La véritable révolution a consisté à poser comme condition de la paix une transformation fondamentale de la société palestinienne.

« J’appelle les Palestiniens à construire une démocratie effective, fondée sur la tolérance et la liberté. Si le peuple palestinien poursuit activement ces objectifs, l’Amérique et le monde soutiendront énergiquement ses efforts… Le terrorisme ne créera jamais un Etat palestinien – C’est la réforme qui le construira. Et la réforme doit être plus qu’un changement cosmétique, ou une tentative voilée de préserver le status quo. Une vraie réforme nécessitera des institutions politiques et économiques entièrement nouvelles, fondées sur la démocratie, l’économie de marché, et la lutte contre le terrorisme. »

Beaucoup de critiques ont soutenu, à l’époque, que lier le processus de paix à une transformation de la société palestinienne était une innovation radicale en matière de réconciliation. Ce l’était. Et elle était attendue depuis longtemps.

Ce qui a guidé les décideurs politiques, au cours des décennies passées, fut l’idée qu’un dirigeant palestinien "modéré" qui combattrait le terrorisme pour faire la paix avec Israël avait besoin d’être « conforté » à tout prix. Yasser Arafat était leur modéré. On lui a donné un territoire, des armes, de l’argent et une chaleureuse accolade diplomatique.

On a fait une impasse totale sur ce qui se passait dans la société palestinienne. Alors qu’Arafat vidait la société civile palestinienne de son contenu, en donnant le contrôle de l’économie à des "potes" corrompus, en détournant des milliards de dollars vers ses comptes privés, en foulant aux pieds les droits de son peuple, et en utilisant les médias et les écoles contrôlés par l’Autorité Palestinienne pour endoctriner une génération à une culture de haine, la longue étreinte de la communauté internationale se faisait de plus en plus chaleureuse. En fait, la dictature émergente d’Arafat était considérée comme un atout dans le processus de paix. Voilà, disait-on, le dirigeant « fort », susceptible de conclure un accord. Il ne fallait rien faire pour l’affaiblir.

Le discours de M. Bush était censé changer tout cela. Il était censé mettre l’accent là où il aurait toujours dû être : aider les Palestiniens à construire une société convenable, qui protégerait les droits de leur peuple et favoriserait la paix avec ses voisins. Il était censé entamer la dure tâche d’aider les Palestiniens à reconstruire leur société civile, à construire une économie libre, mettre en place de vrais tribunaux, réformer leurs services de sécurité et réorganiser leur système éducatif.

Le Président a eu le grand mérite de mettre l’accent sur les problèmes de démocratie et de droits de l’homme, et d’avoir cru fermement que le progrès en matière de liberté est essentiel pour la paix et la stabilité internationales. Il a fait de cette idée le point central de son second discours inaugural, et il l’a réitérée en juin dernier, à Prague, lors d’une conférence des dissidents du monde entier. Le mois dernier, le Président Bush n’a pas hésité à parler de liberté et de droits de l’homme en plein cœur de l’Arabie.

Mais les quelques années écoulées ont montré que, quand il s’agit de traiter avec les Israéliens et les Palestiniens, le lien vital entre la liberté et la paix est presque totalement passé sous silence. C’est vrai, l’administration ne fait rien contre la volonté des dirigeants israéliens et palestiniens actuels. Mais de même que le processus de paix d’Oslo des années 1990 a été un désastre auquel les dirigeants israéliens et palestiniens ont adhéré de tout cœur, la phase actuelle du processus de paix s’avérera tout aussi désastreuse parce qu’elle néglige ce qui est le plus important.

Plutôt que d’entamer le long et difficile processus de transformation de la société palestinienne, et d’ouvrir finalement la voie à la paix, l’administration américaine a systématiquement soutenu des solutions rapides et absurdes : depuis la conception d’une « feuille de route » qui se contentait de mots en matière de réforme, en passant par le soutien au désengagement unilatéral qui, de par sa nature même, ne tenait pas compte de la société palestinienne, et jusqu’à faire pression pour qu’aient lieu des élections hâtives qui précédaient plutôt qu’elles ne suivaient une réforme, ce qui amena le Hamas au pouvoir.

Lorsque Arafat eut disparu de la scène, nous avons espéré qu’on donnerait sa chance à la vision de Bush. Mais tout ce qui s’est produit, c’est que le président Mahmoud Abbas (aussi appelé Abou Mazen) et le premier ministre Salam Fayad, sont devenus les nouveaux "modérés" qu’il faut renforcer à tout prix. Plutôt que d’établir un lien clair entre le soutien à l’AP et la réforme, et de choisir ouvertement des réformateurs palestiniens sincères qui sont de vrais alliés du monde démocratique, on a promis des milliards à Abou Mazen, bien qu’il n’ait rien fait. Alors que les médias sont entièrement sous son contrôle, la provocation à la haine continue, et personne ne soulève des objections sérieuses à ce propos. Il est, nous dit-on, trop "faible" pour intervenir.

Il y a quelques semaines, lors d’une réunion avec un haut fonctionnaire en charge de la politique étrangère européenne, l’un d’entre nous (M. Sharansky) parla de la nécessité de soutenir l’action de l’autre (M. Eid) dans la promotion de la démocratie et des droits de l’homme dans les territoires palestiniens. Après avoir exprimé son profond engagement pour la paix, la démocratie et les droits de l’homme, le dirigeant européen posa la question cruciale : « Quelle est la relation de M. Eid avec Abou Mazen ? » Ayant entendu qu’elle était tendue, à cause de critiques constantes dues au fait qu’Abou Mazen s’abstient de réformes, l’enthousiasme du haut fonctionnaire s’évapora brusquement.

« Cela va être un problème. Nous ne pouvons rien faire qui affaiblisse Abou Mazen ».

Cette remise en course d’une ancienne attitude rappelle l’absurdité de ceux qui refusaient de soutenir les dissidents démocrates de derrière le Rideau de Fer, parce qu’ils affaiblissaient leurs dirigeants.

Le Président Bush devrait consacrer la dernière année de son mandat à aider les Palestiniens à entreprendre la transformation de leur société, afin que la vision dont il a parlé naguère avec tant d’éloquence ait une chance de porter des fruits un jour. Nous avons perdu trop de temps à renforcer des dirigeants et à vouloir décrocher la lune. Commençons par renforcer la société palestinienne, et lançons un vrai processus de paix, une fois pour toutes.

(M. Eid est directeur Général du Groupe Palestinien d’Observation des Droits de l’Homme. M. Sharansky est Président de l’Institut Adelson d’Etudes Stratégiques.)

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Volume VII, Numéro 322 • Vendredi le 15 février 2008

Le préjugé pro-palestinien de Radio-Canada
Jacques Brassard
Le Quotiden, 6 fevrier 2008

Il m’arrive souvent de constater que Radio-Canada est affligé d’une inclination idéologique qui a pour effet d’occulter où de déformer des éléments essentiels de la réalité. On pourrait définir cette idéologie radio-canadienne comme étant de gauche--une gauche de style caviar --, anti-américaine -- ce qui se traduit dans les reportages par un évident parti pris pour les Démocrates--, écolo bien-pensant -- on y fait la promotion de la thèse de la responsabilité humaine du réchauffement climatique -- et pro-palestinienne. C’est d’ailleurs ce dernier aspect de l’idéologie radio-canadienne qui m’intéresse ici. Et c’est l’émission Une Heure Sur Terre, animée par Jean-François Lépine, qui a récemment fort bien illustré et mis en relief le préjugé pro-palestinien de Radio-Canada …mais aussi des médias québécois en général.

Il y avait sur le plateau un diplomate onusien, Alvaro de Soto, un écrivain français, Marek Halter, et deux porte-parole d’un groupe dont j’ignorais l’existence appelé PAJU ( Palestiniens et Juifs Unis ). Ce fut une belle cérémonie de désinformation et de dénigrement d’Israël. Et sans la moindre perspective historique. C’est ainsi qu’on laissait croire que les litiges portaient essentiellement sur la délimitation des frontières de l’État d’Israël et d’un futur État palestinien. Partant de là, si la paix n’est pas au rendez-vous depuis tant d’années, c’est forcément à cause de l’intransigeance d’Israël. Alors qu’en réalité, la querelle ne porte pas surtout sur la dimension territoriale de l’État d’Israël, mais sur son existence même. « Sans une acceptation sincère et authentique du droit à l’existence d’un État Juif, écrit Bernard Lewis, un grand spécialiste de l’Islam, comme il existe 22 États arabes dans la Ligue Arabe et 53 États musulmans dans l’Organisation de la Conférence Islamique, aucune paix ne peut être négociée. » Et que dit l’onusien De Soto sur cette question capitale? Il affirme que la reconnaissance préalable du droit à l’existence d’Israël est une condition excessive et insoutenable et que, par conséquent, le gouvernement israélien devrait envisager de consentir toutes sortes de concessions à des ennemis dont l’objectif affiché est de « rayer Israël de la carte ».

Soulignons que la réponse de M. de Soto illustre bien l’hostilité permanente de l’ONU envers Israël. En moyenne, 19 résolutions anti-Israël sont adoptées annuellement par l’Assemblée Générale de l’ONU. Ce parti pris pro palestinien se manifeste de façon exemplaire dans le dossier des réfugiés. Cette question a d’ailleurs été soulevée par le porte-parole palestinien du PAJU. Qu’est-il important de connaître à ce sujet? Au moment des combats de 1947-48, plus de 700,000 arabes ont été incités à fuir Israël, le temps, disaient les dirigeants égyptiens, jordaniens et Syriens, d’anéantir l’État Juif naissant. On omet toutefois d’ajouter que 800,000 Juifs ont été chassés des pays arabes. Les Juifs expulsés sont devenus en très grande majorité des citoyens d’Israël alors que les Arabes ayant quitté Israël sont devenus des réfugiés permanents. Dans les pays arabes encerclant Israël, nous en sommes aujourd’hui à la 4e et à la 5e générations de réfugiés. Alors que partout à travers le monde, les réfugiés s’intègrent à leurs pays d’accueil, au Moyen-Orient, les réfugiés arabes ( métamorphosés à partir de 1967 en Peuple Palestinien ) ont un statut immuable, protégé et financé par un Office spécial de l’ONU. Pourquoi ce statut privilégié et unique? Pourquoi cette exception? « La raison de cette anomalie, nous dit Bernard Lewis, a été donnée par divers porte-parole arabes. Il fallait absolument garder les Palestiniens comme une entité séparée, jusqu’au jour du retour dans leurs foyers, afin de réclamer la totalité de la Palestine, Israël, la Cisjordanie et Gaza. La demande continue du « retour des réfugiés » signifie clairement la destruction d’Israël.»

Cette réalité historique n’a jamais été mise en lumière par Jean-François Lépine et ses invités. Au contraire, nous avons eu droit à des inepties, comme celle de « la belle jeunesse de Gaza », objet d’admiration de Marek Halter, alors qu’il est de notoriété publique que la jeunesse palestinienne est endoctrinée, fanatisée, qu’elle carbure à la haine du Juif et qu’elle voue un culte démentiel à la violence terroriste. Et nous avons eu droit à l’apitoiement théâtral sur l’horrible « prison » de Gaza, alors que l’on sait fort bien que c’est le Hamas et les autres hordes terroristes qui sont l’unique responsable de l’enfermement des Palestiniens dans la bande de Gaza. Nous avons eu droit enfin à de l’indignation pompeuse au sujet de la clôture de sécurité mise en place par Israël, en omettant toutefois de mentionner son efficacité à protéger les citoyens contre les attentats terroristes.

À quand un reportage sur les villes israéliennes de Sderot et d’Ashkelon soumises à des bombardements quotidiens en provenance de Gaza depuis des années? Ce pourrait être le premier balbutiement d’une remise en question de la désinformation systématique sur Israël.

Vivre sous les roquettes, pour la cause de Dieu
Stéphane Amar
La Presse, 10 février 2008

Volets baissés, jardins envahis par les mauvaises herbes: les villas abandonnées se comptent par dizaines à Sdérot, qui prend par endroits des allures de ville fantôme.

Depuis deux ans, depuis que les tirs de roquettes en provenance de Gaza se sont intensifiés, un quart des habitants auraient déserté cette ville, campée dans le sud désertique d'Israël, pour se réfugier plus au nord.

« Les roquettes ne font pas beaucoup de morts, mais elles créent un climat de terreur difficilement supportable »,

déplore Amihaï Cohen, 21 ans, habitant de Sdérot.

« Les adultes font des dépressions nerveuses, des enfants de 8 ans recommencent à faire pipi au lit. Et puis les gens se sentent abandonnés de tous. Ils voient bien que leur sort n'intéresse ni l'État ni même le reste de la population. »

Amihaï Cohen n'est pas originaire de cette cité déshéritée, peuplée majoritairement d'Israéliens venus du Maroc, de Russie ou d'Éthiopie. Lui a grandi à Jérusalem, mais immédiatement après son mariage, il y a deux ans, il s'est installé ici avec son épouse, Dina. Ce ne sont pas des perspectives d'emploi alléchantes, ou les prix dérisoires de l'immobilier qui ont attiré le jeune couple à Sdérot. Ce sont les roquettes, précisément.

« Nous sommes venus ici pour soutenir notre peuple, pour transmettre aux gens l'énergie que nous donne la Torah »,

indique Amihaï. Car le jeune homme, comme un millier d'autres résidants fraîchement installés à Sdérot, se réclame du sionisme religieux, un courant du judaïsme prônant l'établissement du grand Israël, de la mer Méditerranée jusqu'au Jourdain. Une petite kippa tricotée sur la tête, Amihaï étudie les textes bibliques plusieurs heures par jour dans l'académie talmudique de Sdérot. Autour de lui, dans l'immense salle de cours, plus de 300 hommes venus des quatre coins du pays sont absorbés dans l'étude des saintes Écritures.

Le rabbin Fendel, le directeur de l'académie talmudique, se félicite de cet afflux d'étudiants défiant les roquettes du Hamas. Pour lui, l'affrontement entre Israël et le mouvement islamiste palestinien relève purement et simplement d'une guerre de religion.

« Tout au long de l'Histoire, les nations du monde ont voulu empêcher les enfants d'Israël de retourner sur la terre d'Israël »,

affirme le rabbin.

« Aujourd'hui, les Arabes veulent nous chasser d'ici. Pourtant, Sdérot se situe du côté israélien établi par la ligne verte de 1967, mais cela ne leur suffit pas. Ils veulent tout notre pays. Notre réponse consiste à construire sans cesse. Cet établissement va s'agrandir et des centaines de familles religieuses vont s'installer à Sdérot. »

Des hauteurs de Sdérot, on aperçoit nettement les faubourgs de Gaza, situés à moins de cinq kilomètres. Les deux villes, qui entretenaient autrefois d'intenses relations commerciales, sont aujourd'hui séparées par une infranchissable barrière de sécurité. Seules les roquettes artisanales palestiniennes se jouent de cette frontière ultrasophistiquée. Plusieurs fois par jour, retentit dans les rues de Sdérot cette désormais fameuse "alerte rouge", qui signale la chute imminente d'une roquette. Elle a notamment retenti, à plusieurs reprises, vendredi, quand le Hamas a lancé 17 roquettes contre le sud d'Israël.

Chez les Charor, quand cette sirène se fait entendre, toute la famille se précipite dans la chambre blindée de l'appartement. Le père, Haïm, récite alors des psaumes pour rassurer ses cinq enfants. Avant d'habiter Sdérot, les Charor vivaient à Névé Dékalim, une colonie juive de la bande de Gaza, évacuée en 2005. Leur installation dans cette ville sous les roquettes relève d'un choix idéologique assumé.

«En nous imposant cette épreuve, Dieu veut tester notre attachement à la terre d'Israël»,

estime Hadas Charor, institutrice.

« Il attend de nous que nous restions y vivre malgré les difficultés. Les gens d'ici doivent comprendre que nous sommes chez nous à Sdérot, tout comme nous sommes chez nous à Jérusalem ou à Hébron (en Cisjordanie). Toute la terre d'Israël nous appartient. C'est ce que j'explique à mes élèves ».

L'objectif est clairement énoncé: en plus d'apporter une aide sociale et un soutien moral aux habitants de Sdérot, les familles religieuses s'efforcent de diffuser la parole divine.

« Je ne suis pas religieux mais je dois reconnaître que ces gens font un travail remarquable à Sdérot »,

confie Noam Badine, journaliste dans la presse locale.

« La population y est très sensible. Les gens disent que tout le monde les abandonne et que seuls les religieux viennent vers eux. »

Une guerre de religion?

Vainqueur des élections législatives palestiniennes de janvier 2006, le Hamas prône, dans sa charte, la destruction de l'État d'Israël.

«Face à l'usurpation de la Palestine par les Juifs, il faut brandir l'étendard du jihad»,

disent les fondateurs du mouvement islamique, qui considèrent que «sortir du cercle du conflit avec le sionisme constitue une haute trahison. Violemment antisémite, le Hamas affirme qu'Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l'islam et les musulmans».

Récemment, certains dirigeants du Hamas ont toutefois émis l'hypothèse d'une trêve de 10 ans avec Israël, en échange d'un retour aux frontières de 1967. De son côté, Israël considère le Hamas comme une «organisation terroriste», à l'instar de la plupart des pays occidentaux dont le Canada. En septembre dernier, à la suite de l'intensification des tirs de roquettes, la bande de Gaza a été déclarée «entité hostile» par Israël et soumise à un blocus partiel.

Dans la déclaration d'indépendance du 14 mai 1948, Israël se définit comme un «État juif» établi dans le «pays d'Israël», décrit comme le berceau du peuple juif. Le document affirme «le droit naturel du peuple juif d'être une nation comme les autres nations et de devenir maître de son destin dans son propre État souverain».

Cependant, les frontières de l'État n'ont jamais été définitivement fixées et le gouvernement israélien se dit favorable à la création d'un État palestinien dans la bande de Gaza et dans une partie de la Cisjordanie. Hormis le parti sioniste religieux, les partis politiques israéliens ne se réfèrent pas à la Bible dans le conflit avec les Palestiniens.

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Volume VII, Numéro 321 • vendredi le 8 février 2008

La Journée internationale dédiée
à la mémoire des victimes de l'Holocauste

L'hon. Irwin Cotler
Chambre des Communes, Compte Rendu Officiel (HANSARD), 1er février 2008

Monsieur le Président, nous soulignons cette semaine la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, à l'occasion du 63e anniversaire de la libération des camps de la mort, où se trouvaient quelques pauvres survivants de la « planète Auschwitz », le laboratoire de meurtres en série le plus horrible de l'histoire. Nous nous rappelons le danger de la culture de la haine entretenue par des États, de l'incitation au génocide et de l'indifférence ou du silence devant le mal absolu.

Nous nous souvenons et nous prenons l'engagement d'agir plutôt que de nous complaire dans la rhétorique. Nous ne demeurerons jamais plus indifférents devant les incitations à la haine. Nous ne garderons plus le silence devant le mal. Nous ne nous montrerons plus indulgents en présence du racisme et de l'antisémitisme. Nous n'ignorerons jamais plus les souffrances des êtres vulnérables. Nous ne fermerons jamais plus les yeux devant des atrocités massives et devant l'impunité.

Nous allons faire entendre nos voix et nous allons agir contre le racisme, contre la haine, contre l'antisémitisme, contre les atrocités massives, contre les injustices et contre le crime le plus abject de tous qu'est le génocide, dont le simple nom devrait nous faire frémir. Nous allons agir contre l'indifférence de ceux qui assistent aux injustices sans mot dire. Qui s'excuse s'accuse, dit-on. C'est plus vrai aujourd'hui que jamais auparavant.

L’évasion de Gaza
Bret Stephens
Wall Street Journal, 29 janvier, 2008

Traduction française : Albert Soued. Voir aussi les 50 derniers articles ; les archives gratuites et Infos sur l'Autorité Palestinienne

Et si Gaza devait conquérir l'Egypte ? Cette éventualité n'est pas aussi lointaine qu’il y paraît en jetant un coup d'œil sur une carte géographique. En effet, l'Egypte est cinquante fois plus peuplée que cette ancienne colonie et a une surface 2800 fois plus vaste [*]. Mais Gaza est un territoire souverain gouverné par le Hamas, le Hamas est la branche palestinienne des Frères Musulmans d'Egypte, et l'Egypte – pas Israël – est le pays qui a le plus à craindre de ce minuscule Etat qui est à la fois un premier ancrage, le sanctuaire et le tremplin d'une révolution islamiste.

Il n'est donc pas étonnant que les libéraux égyptiens poussent un cri d'alarme presque hystérique devant la démolition, la semaine dernière, de la barrière séparant l'enclave de Gaza du Sinaï. La Confrérie des Frères Musulmans a organisé 70 manifestations à travers l'Egypte pour protester contre le blocus infligé par Israël à la bande de Gaza, en réaction aux tirs de roquettes du Hamas sur ses villes. Les manifestants hurlaient « Armez-nous! Entraînez-nous! Envoyez-nous à Gaza! », et « Ô Chefs musulmans, où est votre honneur, où est votre religion ? ». Le quotidien indépendant égyptien, Almasr al Yom (l'Egypte, le Jour) a aussi rapporté des conversations, ayant pour but de coordonner leurs actions, entre le chef extérieur du Hamas (à Damas), Khaled Meshaal, avec le Guide Suprême égyptien des Frères Musulmans, Mohamed Mahdi A'kef. Ce dernier disait : « Nous descendrons dans la rue et défendrons nos frères de Gaza, même si nous risquons tous la cour martiale ! »

Alors que les jeux de pouvoir continuent au Moyen-Orient, la décision du Hamas de démanteler la barrière frontière avec l'Egypte est un coup de maître. Gaza s'est auto-infligé presque tous ses malheurs économiques, qui sont réels. Normalement sur le plan légal, dynamiter et détruire au bulldozer la séparation entre deux états est un acte de guerre. Mais cette action a été menée comme une nécessité humanitaire et une recherche de liberté. Le déversement soudain de centaines de milliers de désespérés est un poids énorme pour l'Egypte, mais il évite au Hamas l'échec politique [**].

D'abord et avant tout, le Hamas a exploité le mythe de la solidarité panarabe avec les Palestiniens, dans le but de l'anéantir. Puis il a rapidement tiré profit du "blocus" israélien. Et la presse égyptienne ne pouvait pas défendre son gouvernement d’avoir matraqué la marée humaine se déversant en Egypte. De même il était difficile d'arrêter les Frères Musulmans qui manifestaient pacifiquement en faveur de la "Palestine", même si leur objectif réel était de démolir le régime de Hosni Moubarak et le traité de paix israélo-égyptien qu'il soutient.

Pour les Palestiniens qui ont passé des décennies de vie misérable dans les camps de réfugiés du Liban (1), qui ont été systématiquement maltraités en travaillant dans les Etats du Golfe (2), et à qui le régime hachémite de Jordanie a refusé la formation d'une nation palestinienne, les mensonges du monde arabe sont familiers.

Néanmoins, il a dû leur paraître particulièrement vexant qu'Israël annonce le rétablissement des fournitures de pétrole, alors qu'en même temps, l'Egypte coupait toute livraison d'essence et de nourriture aux villes frontalières de Rafiah et d'el Arish, au Sinaï, afin de dissuader les Palestiniens d’y entrer. Pour faire bonne mesure, on m'a rapporté, de source égyptienne, que 3000 Gazaouis ont été arrêtés avant d'arriver au Caire – une dernière trahison égyptienne qui va sans doute rester dans les mémoires.

Et tout cela est excellent pour les Frères Musulmans. Hier, Nabil Shaath, ministre de Mahmoud Abbas, a cherché à rencontrer le Guide Suprême A'kef, dans le but de négocier de nouvelles modalités frontalières. A'kef a refusé de le recevoir, un indice de la confiance retrouvée de la Confrérie en Egypte. Même si la misère des frères palestiniens provient des méfaits du Hamas, les Frères Musulmans peuvent ouvertement aujourd'hui "se battre" pour la cause palestinienne.

Par contre, le gouvernement égyptien est, lui, confronté à un dilemme, ce n'est pas seulement de la rhétorique. Selon le traité signé avec Israël, l'Egypte ne peut déployer qu'une force armée limitée au Sinaï. Dans le passé, ces limites étaient devenues l'excuse de l'Egypte pour expliquer son incapacité à arrêter le flux d'armes et d'explosifs entrant à Gaza. Mais aujourd'hui, le risque est de voir ce flux s'inverser, mettant en danger non seulement Israël, mais aussi les centres touristiques égyptiens, comme Taba ou Sharm el Sheikh. « La situation au Sinaï menace aujourd'hui la sécurité de l'Egypte », écrit un blogueur égyptien perspicace. « Tout Palestinien qui traverse la frontière peut emporter avec lui des armes et des explosifs et les donner aux groupes d'al Qaeda au Sinaï ».

Le traité israélo-égyptien devrait alors être revu pour tenir compte d'une situation nouvelle. Et Israël devrait également revoir sa stratégie dans la région. Ceux qui ont soutenu le plan de désengagement d'Ariel Sharon – dont moi-même – devraient être quelque peu satisfaits de remarquer que Gaza devient un problème arabe et n'est plus le problème d'Israël. En plus de la nécessité de se défendre contre des attaques incessantes de roquettes venant de Gaza (3), et de celle de renforcer sa frontière avec l'Egypte, Israël doit aussi tenir compte de l'éventualité d'un changement de régime en Egypte, après la disparition de son président octogénaire.

Personne ne sait qui le remplacera, ni quand. Mais il serait insensé de fonder des espoirs sur son fils, Gamal Moubarak, pro-occidental. L'Egypte est un régime militaire, et le jeune Moubarak n'a jamais porté l'uniforme ; par conséquent, il n'est pas très apprécié par les généraux, qui auront le dernier mot lors de la succession.

Une question plus sérieuse est celle de l'attitude de l'armée envers les Frères Musulmans ; elle serait sans doute plus indulgente à leur égard, du fait de l'infiltration, en son sein, d'officiers islamistes, ou par simple calcul politique, en vue de partager le pouvoir avec eux pour asseoir un semblant de légitimité (4).

En attendant, la frontière avec Gaza vient d'être à nouveau scellée, mettant fin à la crise. Mais ce n'est qu'un simple répit et, selon toute vraisemblance, l'Egypte sera la prochaine crise extérieure, à l'horizon américain.

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Notes de l'auteur

(1) Le Liban interdit aux Palestiniens de devenir propriétaires et de travailler dans la plupart des métiers

(2) Le Koweit a expulsé massivement les Palestiniens lors de la première guerre d'Irak, car ils avaient pris le parti de Saddam Hussein.

(3) Bien qu'elles provoquent peu de morts.

(4) Les efforts des Etats-Unis pour dialoguer avec les Frères Musulmans pourraient avoir un effet désastreux, donnant aux militaires égyptiens le feu vert pour un accord avec les islamistes, sans avoir à payer le prix d'un soutien américain éventuel.
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Notes du traducteur

[*] L'Egypte compte aujourd’hui 80 millions d'habitants contre 16 millions, 60 ans plus tôt, pour une même superficie utile le long du Nil. C'est un pays très pauvre et qui s'appauvrit de plus en plus depuis la "révolution de Nasser". L'Egypte reçoit chaque année 1,3 milliard de dollars de subventions américaines, suite au traité de paix avec Israël, signé en 1981 ; cette somme est utilisée pour acheter des armes sophistiquées. Bien qu'interdits, les Frères Musulmans représentent 20% des élus, à travers divers partis de couverture

[**] Le Hamas a incité ses ressortissants à partir en leur donnant 300 $ à chacun, pour faire des "courses" en Egypte. Ce qui explique la marée humaine. Venant d'Arabie, cette somme est entrée dans des valises après le pèlerinage de la Mecque. L'Egypte a en vain essayé d'arrêter à Rafiah les Gazaouis qui revenaient de pèlerinage, car, normalement ils devaient rentrer à Gaza par le poste-frontière israélien, où ils auraient été fouillés. D'après les services israéliens de Renseignement, la brèche temporaire à Rafiah a permis le passage d'une grande quantité d'armes sophistiquées, des missiles longue portée, des missiles anti-chars et antiaériens. De même, nombre de terroristes entraînés en Iran se sont infiltrés à Gaza en vue d'une escalade des hostilités contre Israël.

Des Palestiniens qui préfèrent Israël
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 2 janvier 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Les Palestiniens ont des antécédents occultés en matière d’appréciation d’Israël, qui contrastent avec leur position, affichée et mieux connue, de calomnie et d'irrédentisme.

Cet aspect est particulièrement évident ces derniers temps, surtout depuis que le premier ministre israélien, Ehud Olmert, a lancé un ballon d'essai, en octobre [2007], à propos du transfert à l'Autorité palestinienne de certaines zones à majorité arabe de Jérusalem-est. Il s'était alors exprimé en ces termes:

« Était-il bien nécessaire d'annexer le camp de réfugiés de Shuafat ainsi que al-Sawahra, al-Walajeh et d'autres villages, puis de déclarer qu'ils font partie de Jérusalem ? J'admets qu'on peut légitimement se poser des questions à ce sujet. »

Cette déclaration fit passer d'un seul coup les témoignages pro-israéliens des Palestiniens de l'état de théorie à celui de discours actif et politique. (Pour quelques exemples, voir mon article de 2005, "L'enfer d'Israël vaut mieux que le paradis d'Arafat").

En effet, les réflexions d'Olmert ont provoqué de véritables levées de boucliers. Comme le résume le titre d'une dépêche du Globe and Mail, "Certains Palestiniens préfèrent vivre en Israël: à Jérusalem-est : des résidents déclarent qu'ils s’opposeraient à un transfert au régime d'Abbas». L'article donne l'exemple de Nabil Gheit, dont on pourrait s'attendre qu'il se réjouisse de voir Jérusalem-est passer sous le contrôle de l'AP, compte tenu de ses deux séjours dans les prisons israéliennes et des affiches du « martyr Saddam Hussein », qui trônent au-dessus de la caisse de son commerce.

Mais ce n'est pas le cas. Gheit, qui est aussi mukhtar [maire] de Ras Khamis, près de Shuafat, redoute l'AP et affirme que lui et ses amis combattraient un tel projet.

« S'il y avait un référendum ici, personne ne voterait en faveur d'un transfert à l'Autorité palestinienne. […] Il y aurait une autre Intifada pour nous défendre contre l'AP. »

Deux sondages publiés la semaine passée, réalisés par Keevoon Research, Strategy & Communications et par le quotidien en langue arabe, As-Sennara, auprès d'un échantillon représentatif des Arabes israéliens adultes, corroborent le sentiment exprimé par Gheit. À la question : « Préféreriez-vous être citoyen d'Israël ou d'un nouvel État palestinien ? », 62% des sondés déclarent vouloir rester des citoyens israéliens et 14% disent souhaiter rejoindre un futur État palestinien. Interrogés sur « le transfert du Triangle [en hébreu Meshoulash] [une zone majoritairement arabe, au nord d'Israël] à l'Autorité palestinienne», 78% des sondés rejettent cette idée et 18% la soutiennent.

Si l'on fait abstraction des "ne sait pas / refuse de répondre", les taux de réponses favorables à un maintien en Israël sont presque identiques – de 82 et 81% respectivement. Gheit exagère en disant que « personne » ne veut vivre dans l'Autorité Palestinienne, mais pas de beaucoup. Ce fait est encore confirmé par les milliers de résidents palestiniens de Jérusalem effrayés par l'AP et qui ont demandé la citoyenneté israélienne depuis la déclaration d'Olmert.

Pourquoi un tel penchant pour l'État que les Palestiniens injurient dans les médias, les universités, les écoles, les mosquées et les organismes internationaux, et qu'ils terrorisent quotidiennement ? Le mieux est de les laisser expliquer eux-mêmes leurs motivations, qu’illustrent les citations suivantes.

· Considérations financières. « Je ne veux rien avoir à faire avec l'AP. Je veux l'assurance maladie, les écoles, tout ce que nous avons en vivant ici », dit Ranya Mohammed. «Je partirai m'installer en Israël plutôt que de rester ici pour vivre sous l'AP, même si je dois prendre un passeport israélien pour cela. J'ai vu leurs souffrances dans l'AP. Ici, nous avons beaucoup de privilèges auxquels je ne suis pas prête à renoncer.»

· Ordre public. Les journalistes arabes israéliens, Faiz Abbas et Muhammad Awwad, observent que les Palestiniens de Gaza « regrettent les Israéliens, car ils faisaient preuve de plus de mansuétude que [les gangsters palestiniens], qui ne savent même pas pourquoi ils se battent et s’entretuent. Comme dans le crime organisé. »

· Éducation des enfants. « Je veux vivre en paix et faire éduquer mes enfants dans une bonne école », dit Jamil Sanduqa. « Je ne veux pas que mes enfants apprennent la vie en lançant des pierres ou en imitant le Hamas. »

· Avenir plus prévisible. « Je veux continuer à vivre ici avec ma femme et mon enfant, sans avoir à craindre pour notre avenir. C'est pourquoi je veux obtenir la citoyenneté israélienne. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve », dit Samar Qassam, 33 ans.

D'autres évoquent des préoccupations liées à la corruption, aux droits de l'homme, et même au respect de soi (« Quand les Juifs parlent de me transférer, c'est comme s'ils niaient mon droit à exister en tant que personne »).

Ces réflexions ne vont pas jusqu'à désavouer l'antisionisme malveillant qui règne au Moyen-Orient, mais elles révèlent que quatre cinquièmes des Palestiniens qui connaissent Israël et en ont une expérience directe comprennent les attraits d'une vie convenable dans un pays convenable. Et ce fait a d'importantes implications positives.

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Volume VII, Numéro 320 • vendredi le 1 février 2008

"Obamarafat"
Laurent Murawiec
Metula News Agency (info # 010102/8),1 février 2008

Il m’arrive rarement d’être estomaqué par un article, ou par son contenu. Il n’est pas besoin d’être blasé pour ça, mais seulement d’avoir une certaine expérience des choses. Mais j’avoue avoir été soufflé par un article tout récent, Barack Obama’s Middle East ‘Expert’ (L’ « expert » ès-Moyen Orient de Barack Obama), paru dans la revue The American Thinker.

On y parle du conseiller de notre fringant candidat à la candidature présidentielle Démocrate en matière de Moyen Orient. Il s’agit d’un homme qui ne fait pas la Une, mais qui fait partie des éminences grises. Il s’appelle Robert Malley. Je le connaissais de nom, pour avoir vu sa signature ici et là, en haut ou au bas d’articles pro-palestiniens en diable et anti-israéliens sans modération, avec un talent tout particulier pour la contre-vérité et l’affabulation.

Je savais qu’il avait fait partie de la délégation américaine aux pourparlers de Camp David en 2000, quoiqu’à un rang très subalterne. Je savais, en outre, qu’il était l’inventeur d’une légende, reprise avec avidité par tout ce que la planète compte d’Arafatophiles, à savoir que l’échec de ces pourparlers était au moins partagé, à parts égales, par Ehud Barack, présenté comme rigide et intransigeant, alors que ce brave M. Arafat n’avait fait que défendre son bout de gras. Que Bill Clinton et son super négociateur sur le Moyen-Orient, Dennis Ross, aient, sans la moindre équivoque, accusé Arafat d’avoir torpillé toute l’affaire, n’empêcha pas ce frimeur d’inventer pour les besoins de la Cause (palestinienne) une légende urbaine bien utile, ni de la répéter comme il sied à un officier de l’agit-prop, afin que les autres menteurs, la Propagandastaffel du Monde ou de France 2 puissent se fournir en viandes faisandées.

Ce que j’ignorais, et que m’apprend l’article cité, c’est que notre homme a un pedigree, et ce qui m’interloque, c’est la nature de cet arbre généalogique : Simon Malley, son père, de famille syrienne, né au Caire, « journaliste » et agent de Nasser, fut le fondateur d’Afrique-Asie, le journal gaucho tiers-mondiste qui se « battait » pour la « libération » des z’opprimés. Il adorait Fidel Castro, le héros massacreur, qu’il interviewa avec amour. Maman, américaine, travaillait à la délégation du FLN algérien aux Nations Unies, ce qui, je vous le concède, vous prédispose au mensonge systématique. Ami d’Arafat et de tout ce que la planète comptait de dictateurs « progressistes », il poussa le bouchon si loin qu’il finit par être expulsé de France – ce qui, avouons-le aussi, n’arrivait pas à tout le monde, tant la République était, à l’époque, accueillante pour tout ce qui était anti-américain, anti-israélien, anti-occidental, prosoviétique, etc. – souvenons-nous de Khomeiny !

On se demande bien ce que la France giscardienne, qui n’en finissait jamais de faire des risettes obséquieuses au monde arabe - voir le ridicule « dialogue Nord-Sud », qui permit à Giscard de se faire mousser - et au monde soviétique - voir l’épisode du « petit télégraphiste de Varsovie » -, possédait dans ses dossiers pour éjecter ce monsieur. On se demande même s’il n’était pas copain avec Henri Curiel, l’homme clé du KGB dans les réseaux tiers-mondistes. Il faudra se renseigner.

Quant au fils de son père, le petit Robert, il a construit tout une carrière de propagandiste anti-israélien. Un cursus qui l’a fait directeur du Moyen-Orient à l’International Crisis Group, le « think tank » snobinard de l’establishment diplomatique international, dont l’objet principal est le billet d’avion de première classe, et la conformité la plus conforme aux idées reçues du status quo. J’oubliais la présence au Conseil de l’ICG de l’épouvantable milliardaire d’extrême gauche, George Soros, l’un des hommes les plus dangereux de la planète, auquel rien de ce qui est anti-américain n’est étranger.

Robert Malley se répand depuis des années dans les médias, écrit avec son compère, Hussein Agha, ancien conseiller d’Arafat, des articles d’opinion dans lesquels le mensonge coule à flot, jusqu’à en mouiller le journal sur lequel il est imprimé. Malley est favorable à une politique d’ « engagement » avec le Hamas, le Hezbollah, la Syrie et l’Iran, avec Muqtada al-Sadr, l’assassin hirsute des faubourgs chiites de Bagdad. Seul Israël, surprenez-vous, ne mérite aucun « engagement » mais uniquement d’être forcé de faire ceci ou cela. Robert Malley, hagiographe d’Arafat et de l’extrémisme arabo-musulman, menteur de première classe.

Eh bien, Robert Malley est conseiller d’Obama pour le Moyen-Orient. Voilà qui est révélateur et inquiétant tout à la fois. Ces choix ne sont jamais innocents. Parmi ses collègues conseillers de la campagne d’Obama, on trouve Zbigniew Brzezinski, l’appariteur qui ouvrit la porte aux ayatollahs iraniens, encore tout auréolé de la gloire acquise comme Conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, il y a trente ans ; Richard A. Clarke, dont c’était la responsabilité de coincer al-Qaeda, mais qui loupa le coche de main de maître ; Lawrence J. Korb, mouche du coche depuis trente ans et gauchiste façon establishment des affaires de défense ; Anthony Lake, qui , Conseiller à la sécurité nationale de Clinton, dut renoncer à présenter sa candidature à la direction de la CIA, pour cause d’actions passées du côté des ennemis du renseignement américain ; l’abominable Bruce O. Riedel, analyste CIA, dont j’avais disséqué naguère, dans ces pages, le congénital crétinisme politique… Quelle équipe !

Soyons juste, on y trouve aussi des gens honorables, comme l’ambassadeur susmentionné, Dennis Ross. La brochette de ces conseillers est néanmoins inquiétante, car elle permet de voir, par anticipation, ce que pourrait être la politique internationale d’Obama : une « quaidorsite » suraiguë (c’est la maladie qui consiste à ne marcher que sur un pied en terrain miné, celui de la diplomatie, en s’amputant du second, le militaire). On négocierait à perte de vue. Pire, la composition de la brochette montre à quel point le banditisme politico-djhadi est bienvenu dans la Gauche américaine. C’est ce que représente Malley. Ce qui m’estomaque, c’est la « Longue Marche » dans l’Establishment, du banditisme politique gauchiste, marxo-guévariste et assimilé.

Voila pourquoi le rapport Winograd a tellement d’importance
Joel Fishman
Makor Rishon, le 30 Janvier 2008

Après beaucoup de spéculations dans les médias, le rapport de la Commission Winograd sur la conduite de la seconde guerre israélienne du Liban par le gouvernement, en août 2006, sera rendu public au plus tard aujourd'hui. Au delà des informations particulières que contient le rapport, il est important de comprendre le but de ce genre de publication dans une démocratie moderne. Les gouvernements demandent habituellement de rapports de cette nature à la suite d'une catastrophe ou d'un grave échec politique. Leur but est de mettre à la disposition du grand public et des spécialistes de la politique une information impartiale, et d’identifier les responsabilités. Parmi les rapports israéliens les plus fameux figurent celui de la Commission Agranat de 1974 qui suivait la guerre de Yom Kippour, le rapport de la Commission Kahane (établi en septembre 1982) suite aux massacres de Sabra et Chatila, et le rapport sur l'autobus 300 (1984) qui portait sur la mort en captivité de deux terroristes arabes qui avaient commis un meurtre et avaient pu survivre en détournant un autobus. Deux des meilleurs rapports américains furent celui de la Commission Warren qui date de novembre 1963 après l'assassinat de JFK, et plus récemment celui de la Commission sur le 11 septembre qui rendit ses conclusions en juillet 2004.

En livrant au grand public une information de qualité ce genre de commission lui donne le moyen d’exercer son jugement sur ses représentants en charge des responsabilités. Dans cette démarche, la mise à la disposition du grand public d’une information pertinente est une question de la plus haute importance. Par exemple, le rapport intérimaire de la Commission Agranat paru en avril 1974 a produit un choc sur l’opinion en faisant porter la responsabilité des évènements sur le chef d’état-major David Elazar, le chef des renseignements militaires le général Eli Zeira, et le chef du commandement Sud, le général Shmuel Gonen. La Commission Kahane a fait endosser une responsabilité indirecte aux Forces armées israéliennes pour les massacres de Sabra et Chatila, mais il a engagé la responsabilité personnelle du ministre de la défense Ariel Sharon pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour empêcher cette tragédie.

Il est dans la nature des choses que l'échelon politique ne fasse pas un bon accueil à ces enquêtes, parce que leurs conclusions peuvent aboutir à l’interruption de certaines carrières politiques. Après les massacres de Sabra et Chatila, le premier ministre Begin s'est opposé à création d'une commission d’enquête, et au moment des investigations sur l’incident de l'autobus 300, le Shabak a fait, sans succès, de grands efforts pour éviter un blâme pour le décès des deux terroristes aux mains de l'armée. Plus récemment, l’ancien ministre de la défense Amir Peretz, a essayé, sans succès non plus, de lancer sa propre commission d’enquête sur la deuxième guerre du Liban sous la houlette du chef d’état-major retraité Amnon Lipkin Shachak, qui avait été son conseiller lors de ce récent conflit. De son coté, le premier ministre Olmert a fait tout ce qu’il a pu pour empêcher la désignation d'une commission d'état.

La façon dont la pièce se jouera au cours des jours et les semaines à venir nous en apprendra beaucoup sur le principe de responsabilité dans le système politique d'Israël. Après la publication le 30 avril 2007du rapport intérimaire de la commission Winograd qui a heurté l’opinion par ses révélations, la surprise et la déception ont été considérables quand on a vu que le gouvernement Olmert ne démissionnait pas sur le champ. Plus récemment, le premier ministre Olmert, dans son récent discours à la conférence d’Herzlia a affirmé que, quelles que soient les conclusions de la Commission Winograd, il ne prévoyait pas à démissionner.
La question de fond qui est posée est de savoir si le gouvernement est prêt à assumer sa responsabilité dans la gestion de la deuxième guerre libanaise, en particulier pour ses conséquences sur une fraction importante de la population civile qui a été soumise à l’épreuve de bombardements quotidiens. Si le gouvernement accepte la responsabilité de ses échecs, aussi douloureux soit-il, il renforcera le principe de responsabilité dans les affaires publiques en Israël. S’il ne le fait pas, il perdra le respect des citoyens, et dans ce cas, l’impératif de "gagner du temps" deviendra l'un de ses objectifs principaux de politique intérieure, et il s’ajoutera à ses difficultés quotidiennes pour gagner aussi du temps en politique étrangère. Ce serait déplorable car si la volonté de conserver le pouvoir prend le pas sur une bonne gouvernance, la poursuite de l’intérêt général passe au second plan.

Au delà de la question de la bonne gouvernance et de la démocratie en Israël, un intérêt national de premier ordre est en jeu. Pour aller de l’avant et construire une société forte et saine, il est nécessaire de reconnaître nos erreurs et d’en tirer les leçons. La vie est ordinairement remplie de succès, de reculs et d'échecs. On peut tirer beaucoup de leçons intéressantes d'un revers, et si nos dirigeants pouvaient analyser honnêtement ces erreurs et leur porter remède, toute la société en tirerait avantage. A l’inverse, une société qui refuse de tirer les leçons de ses erreurs est condamnée à les répéter. C’est ce qui est arrivé la semaine dernière. Le Hamas, jouant sur la victimisation de sa population civile, a utilisé des méthodes de propagande mensongères, comme des défilés avec des bougies pour dramatiser une panne d’électricité qui n'a pas eu lieu. Il s’est attiré la sympathie générale pour les souffrances endurées du fait d’un siège