Communiqué Isranet
janvier 2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume VII, Numéro 319 • Vendredi, 25 janvier 2008

La fatwa de la haine anti-israélienne, qui touche aussi les "Modérés"
Madgi Allam
Corriere della Sera, 22 janvier 2008

A propos de l’annulation de la visite que devait effectuer à la Synagogue, l’imam de la Grande Mosquée de Rome. Il faut prendre acte de ce que l’Université égyptienne Al Azhar est un bastion de l’extrémisme et du terrorisme islamique.

Traduction de l’italien : Menahem Macina


Quelle erreur d’avoir imaginé que la normalisation des rapports entre l’islam et le judaïsme en Italie pourrait avoir lieu en faisant abstraction d’Israël.

Ou bien en éludant la question cruciale du droit d’Israël à l’existence. L’annulation de la visite que devait faire aujourd’hui l’imam de la Grande Mosquée de Rome à la Synagogue, sur décision rendue par l'Université islamique de Al Azhar - une sorte de "Vatican de l'islam sunnite" - qui a son siège au Caire, confirme que les musulmans dits "modérés" partagent l’idéologie de la haine, de la violence et de la mort à l'égard de l'État juif.

C’est une véritable fatwa spécifique, une réponse juridique fondée sur la charia, le code législatif islamique, que celle émise par le cheikh Abdel Fattah Allam, le bras droit du Grand imam de Al Azhar, le cheikh Mohammed Sayed Tantawi :

« Le dialogue entre l’islam et le judaïsme n’est pas envisageable tant que ceux à qui ils reviennent ne seront pas rentrés dans leurs droits. »

Traduction : ce n’est qu’après que les Palestiniens disposeront de l’ensemble de l’entité géographique dénommée Palestine, et donc après l’élimination d’Israël, que le dialogue avec les Juifs sera possible en Italie. Telle est la position officielle et publique de Al Azhar, déjà exprimée dans la fatwa émise le 4 avril 2002 par le même Tantawi, par laquelle il légitime le terrorisme-suicide palestinien :

« Les citoyens israéliens sont une force d’occupation. De ce fait, les "opérations de martyre" sont la forme de djihad la plus élevée, et constituent un précepte islamique dont le but est que le peuple de Palestine reconquière sa terre et fasse cesser la cruelle agression israélienne. »

Et, dans une note explicative de cette fatwa, mise en ligne sur le site de Al Azhar, il est précisé que

« toute "opération de martyre" contre quelque Israélien que ce soit, y compris les enfants, les femmes et les adolescents, est un acte légitime sur la base de la loi islamique. »

Eh bien, puisque c’est Al Azhar qui nomme l’imam de la Grande Mosquée de Rome, il a été enjoint à ce dernier de renoncer à la visite à la Synagogue. Mais il n’y a là rien de nouveau. Déjà, le 6 juin 2003, Abdel-Samie Mahmoud Ibrahim Moussa, l’imam d’alors, avait prononcé un sermon dans lequel il lançait des appels enflammés :

« Ô Allah, fais triompher les combattants islamiques en Palestine. Ô Allah, aide-nous à anéantir les ennemis de l’islam! »

Le 26 mars 2004, on a découvert que la Grande Mosquée de Rome abritait un groupe d’extrémistes islamistes, lesquels ont décidé de réciter la "prière pour un mort" pour commémorer le récent assassinat du dirigeant du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin. Et pour calmer le jeu, il fut décidé de renvoyer en Egypte le nouvel imam, Abdulwahab Hussein Gomaa. Et maintenant avec le nouveau scandale de l’interdiction faite à l’imam actuel d’effectuer une visite à la Synagogue, on touche du doigt la réalité de l’extrémisme idéologique qui inspire le guide spirituel de la Grande Mosquée de Rome.

A ce stade, l’Italie ne peut rester spectatrice. Nous ne pouvons pas permettre que la réalité et l’avenir de l’islam et des musulmans en Italie soient décidés à l’étranger par des négateurs d’Israël et des apologistes du terrorisme-suicide palestinien. Nous devons prendre acte, une fois pour toutes, que Al Azhar est un bastion de l’extrémisme et du terrorisme islamiques. Que le Ministre de l’intérieur renvoie dans leur pays respectif les imams qui se soumettent à cette idéologie. Que le Ministre des affaires étrangères dénonce l’accord de coopération du 15 juin 2005 entre Al Azhar et cinq universités italiennes, signé conjointement par l’ambassadeur Antonio Badini et le recteur de Al Azhar, le cheikh Ahmad Al Tayyeb, qui affirmait, le 4 avril 2002 :

« La solution à la terreur israélienne est dans la prolifération des attentats-suicide qui sèmeront la terreur dans le cœur des ennemis de l’islam. »

Que l’on cesse de légitimer les idéologues des Frères Musulmans, à commencer par Tariq Ramadan. Que l’Etat et les pouvoirs locaux cessent de faire des cadeaux aux mosquées de l’UCOII [Union des Communautés et Organisations Islamiques d’Italie].

La leçon que nous devons retenir du nouveau scandale de la Grande Mosquée de Rome, est qu’avant d’accréditer un musulman comme interlocuteur officiel, il faut lui faire signer une déclaration par laquelle il reconnaît publiquement le droit d’Israël à l’existence et condamne sans équivoque le terrorisme palestinien.

L’Etat du peuple juif
Mélanie Phillips
The Jewish Chronicle, 11 janvier 2008

Traduction française : Menahem Macina

Au-delà du grand spectacle de la visite du Président Bush en Israël, il y a un sujet de préoccupation plus important même que ce que l’Amérique peut pousser ce pays à faire, c’est l'attitude d’Israël lui-même envers son identité et son histoire et, par extension, son droit à exister tout simplement.

Au sein de l'élite intellectuelle israélienne, l'instinct d'autodestruction nationale atteint des niveaux quasi hallucinants.

La récente étude de Tal Nitzan, candidate au doctorat - qui s'étonnait de ce que, contrairement aux autres armées, les soldats israéliens ne violaient pas les femmes Palestiniennes durant leur occupation - affirmait que c’était parce que les militaires de Tsahal considéraient les femmes arabes comme "sub-humaines". Cette œuvre absurde de perversité a été couronnée par un prix décerné par un Comité de Professeurs de l'Université Hébraïque [1].

Il est clair que Tal Nitzan aurait dû interviewer le rédacteur en chef de Haaretz, David Landau, censé avoir déclaré à la Secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Condoleeza Rice, lors d'un dîner au mois de septembre 2007, que le gouvernement israélien souhaitait être violé, car c'était un Etat en situation d’échec qui avait besoin d'un règlement imposé par les Etats-Unis.

Des envolées déraisonnables aussi grandguignolesques ne font que rendre plus intense le respect pour le génie stratégique de Yasser Arafat. Celui-ci avait compris qu’autant les Juifs feraient front ensemble face à une attaque conventionnelle, autant ils ne résisteraient pas à la pression psychologique résultant d’une relation falsifiée les présentant comme des colons et faisant d’eux des parias internationaux.

Mais lui-même aurait difficilement pu prévoir à quel point les intellectuels israéliens inverseraient leur propre histoire et goberaient la fiction selon laquelle l'impasse au Moyen-Orient est causée par la division du pays, et que la possession de ce pays par les Juifs est illégitime.

Cette série de contrevérités a maintenant pris corps sous la forme d’une hypothèse axiomatique selon laquelle Jérusalem doit être divisée, comme l'a déclaré le Premier ministre, Ehoud Olmert, au Jerusalem Post, le week-end dernier.

Mais comme l'a si bien exprimé Dore Gold dans son ouvrage, La bataille pour Jérusalem, les Juifs revendiquent, de manière unique et impressionnante, Jérusalem comme centrale pour la nature singulière de l’Etat Juif.

Ce n'est donc pas un hasard si la pression visant à diviser Jérusalem s’exerce à un moment où la judéité de l'Etat d'Israël est ouvertement mise en doute. Olmert affirme que la solution à deux Etats est essentielle pour préserver Israël en tant qu’Etat Juif. Mais les Arabes, en ce qui les concerne, ont à présent exclu catégoriquement [la notion même d’]un Etat juif.

Olmert insiste néanmoins sur le fait que Mahmoud Abbas accepte, "en son for intérieur", l’idée qu'Israël est un état Juif. Olmert a sans doute des pouvoirs psychiques extraordinaires, dont il fait montre alors même que des membres du Fatah, liés à l’appareil de sécurité personnel de Mahmoud Abbas, assassinent deux Israéliens en randonnée près de Hébron.

L'Occident croit que diviser Jérusalem est la solution la plus équitable. Mais depuis quand voit-on des agresseurs ainsi récompensés aux dépens de leurs victimes, même alors qu'ils poursuivent leur guerre de cent ans, comme le font les Arabes ?

Pourquoi Israël ne met-il pas les points sur les "i" ? Pourquoi ne rappelle-t-il pas au monde la conclusion du même monde en 1920, selon laquelle les Juifs ont un titre unique à revendiquer toute la terre d'Israël, y compris Jérusalem ? [1] Pourquoi ne rappelle-t-il pas que lorsque la Jordanie occupa illégalement Jérusalem jusqu’en 1967, elle profana les lieux saints juifs, arracha des pierres tombales du Mont des Oliviers pour en faire des latrines ?

Pourquoi ne dit-il pas que la revendication musulmane concernant Jérusalem n'est pas religieuse mais politique, et que, comme l’affirme Gold dans son livre, si la prise de Jérusalem est considérée comme annonciatrice de la chute de tout l'Occident, la division de Jérusalem vaudra au djihad mondial un nombre incalculable de nouvelles recrues ?

Il ne le fait pas pour deux raisons. D'abord, il n'arrive toujours pas à comprendre que la véritable guerre ne se livre pas avec des roquettes et des bombes humaines, mais avec des idées. Ensuite, la majeure partie de la classe intellectuelle en est venue à croire la propagande mensongère des ennemis d’Israël. Dans les écoles israéliennes et sur les campus, règne une large ignorance de l'histoire juive et du lien indéfectible entre la religion, le peuple et la terre, qui constitue l'identité juive.

Quand le Ministre de l'Education publie des livres scolaires pour les enfants arabes israéliens, qui leur enseignent, dans la droite ligne de la propagande arabe que la Guerre d'Indépendance de 1948 fut naqba - une catastrophe -, quelque chose a mal tourné dans les fondements de la confiance en soi israélienne.

La vraie raison pour laquelle Israël ne livre pas la bataille des idées pour défendre l'histoire et l’identité juives, c'est qu’il est en train de les répudier de plus en plus. Aussi, les Arabes n'ont pas grand-chose à faire pour mettre fin à l’existence de l’Etat Juif. Les Juifs eux-mêmes s’en chargeront à leur place.

(Melanie Phillips est chroniqueuse des faits de société et éditorialiste pour le Daily Mail. On peut lire ses articles sur son site Web : www.melaniephillips.com.)
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Notes du traducteur

[1] Voir, entre autres ma traduction de l'article de Steven Plaut, "C'est par racisme que les soldats sionistes ne violent PAS les Palestiniennes".

[2] Voir le texte (anglais) énumérant les clauses de l'exercice du Mandat britannique sur la Palestine, lors de la Conférence de San Remo : The British Mandate For Palestine San Remo Conference, 24 avril 1920. (Surtout le Préambule (Et les articles 2, 4, 6, et 11).

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Volume VII, Numéro 318 • Vendredi, 18 janvier 2008

Escalade du terrorisme en provenance de la bande de Gaza
Ilan Elgar
Communiqué de l’ambassade d’Israël, 17 janvier 2008

Le 15 janvier, les actions terroristes provenant de la bande de Gaza, sous contrôle du Hamas, ont subi une brusque augmentation. Dans les dernières 24 heures, plus de 100 roquettes et obus de mortier ont été tirés depuis Gaza sur les villes de Sdérot et Ashkelon, une localité de plus de 100 000 habitants. Outre le fait que les terroristes palestiniens bombardent lourdement et à l’aveugle des zones civiles, ils ont commencé maintenant à viser des cibles civiles à l’aide d’armes de précision. C’est ainsi qu’un jeune volontaire équatorien de 20 ans, du nom de Carlos Chavez, a été assassiné par un tireur embusqué dans les champs entourant le kibboutz d’Ein Halosha, avec un fusil calibre 50 (12,5 mm).

Israël s’est désengagé de la bande de Gaza en 2005, afin de promouvoir une solution pacifique au conflit. Le pays a pourtant dû subir en retour une vague de terrorisme, soutenue par le Hamas. Cela fait plus de deux ans maintenant qu’Israël a évacué tous ses civils, militaires et implantations de la bande de Gaza et les a redéployés à l’extérieur de la frontière internationalement reconnue.

Malgré cela, le Hamas continue à pratiquer des activités terroristes transfrontalières, kidnappant des Israéliens et prenant pour cible des civils sur sol israélien. Les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza constituent un acte de violence indiscriminé et insensé contre la population israélienne. Depuis la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza, en juin [2007], environ 1 500 roquettes et obus de mortier ont été tirés contre Israël. Ces tirs ont causé en Israël des dizaines de victimes, un profond traumatisme psychologique chez des milliers d’adultes et d’enfants, ainsi qu’une sérieuse perturbation de la vie quotidienne.

Aucun pays démocratique ne pourrait supporter de voir sa population civile quotidiennement prise pour cible sans qu’une réponse y soit donnée. Chaque pays a le devoir de protéger ses citoyens et agirait de la même façon qu’Israël s’il devait se retrouver dans la même situation.

Il convient d’établir une claire distinction entre les attaques terroristes palestiniennes et la réaction défensive d’Israël. Les terroristes palestiniens visent directement les civils israéliens et utilisent leurs propres civils comme boucliers humains. Les groupes terroristes produisent, transportent et lancent des roquettes et des obus de mortier à partir de zones résidentielles densément peuplées, qu’ils utilisent comme couverture. Ces groupes tentent, de façon délibérée, de provoquer une crise humanitaire afin de se rallier un large soutien international ; par exemple, en attaquant les points de passages par lesquels passe l’aide humanitaire à la population, ou en faisant acheminer clandestinement des explosifs camouflés en aide humanitaire.

Israël ne considère pas le peuple de Gaza comme son ennemi et il fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que des civils palestiniens innocents puissent souffrir de la situation. Israël ne cible que les militants armés directement impliqués dans les actions violentes et les attaques de roquettes et de mortier contre les citoyens israéliens. L’ordre d’annulation d’une opération est donné aux officiers de l’armée israélienne dès que des civils pénètrent dans la zone de combat. En dépit des contraintes imposées par la sécurité, Israël fait en sorte d’assurer la continuité du flux d’aide humanitaire et de biens de première nécessité vers la bande de Gaza.

Tous les Israéliens veulent vivre en paix avec leurs voisins palestiniens. Israël considère que le peuple palestinien a droit à l’autodétermination nationale dans le cadre de son propre Etat. Israël accepte l’idée de deux nations vivant côte à côte en paix, d’une patrie pour le peuple palestinien et d’une patrie pour le peuple juif. Israël est en train actuellement de négocier avec l’Autorité Palestinienne modérée sous la direction du Président Abbas, afin d’avancer vers cet objectif.

Malheureusement, les extrémistes islamistes qui ont pris le contrôle de Gaza représentent le plus grand obstacle à cette solution à deux Etats. Les militants palestiniens armés qui sont la cible d’Israël ne sont pas uniquement les ennemis du peuple israélien, ils sont les ennemis de la paix. Ils propagent une idéologie qui promeut la violence plutôt que le dialogue. Ces extrémistes de Gaza s’opposent à toute réconciliation, s’opposent aux pourparlers et proclament que tout Palestinien qui négocie avec Israël est un traître envers l’islam et la cause arabe. C’est pour toutes ces raisons que le Hamas est reconnu comme une organisation terroriste par la communauté internationale, y compris par l’Union Européenne et les Etats-Unis. Le monde n’a pas besoin d’un nouvel Etat terroriste. Aucune paix n’est possible tant que la direction du Hamas à Gaza est plus intéressée à la destruction d’Israël qu’à une solution à deux Etats.

(Ilan Elgar est Ambassadeur de l’Etat d’Israël à Berne)

Les espoirs de Bush au Moyen-Orient
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 17 janvier 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

La politique de George W. Bush à l'égard du Moyen-Orient et de l'Islam pèsera lourd dans le jugement que les historiens porteront sur sa présidence. Au terme de son voyage de huit jours dans six pays du Moyen-Orient et en cette fin de mandat, je propose quelques réflexions provisoires.

Son trait caractéristique a été sa disposition à rompre avec des positions bipartisanes bien établies et à adopter des politiques étonnamment nouvelles – à la fin de 2005, il avait ainsi défini sa nouvelle approche dans quatre domaines majeurs:

Islam radical. Avant les attentats du 11 septembre, les autorités américaines considéraient la violence islamiste comme un problème limité, purement criminel. En appelant à une «guerre contre la terreur» en septembre 2001, Bush élargissait la vision du conflit. Sa définition de la force qui anime le terrorisme a atteint le sommet de sa précision en octobre 2005, avec les expressions «radicalisme islamique», «djihadisme militant» et «islamofascisme».

Guerre préventive. La dissuasion a longtemps été la politique privilégiée contre l'Union soviétique et d'autres menaces, mais Bush y ajouta un nouvel élément en juin 2002 avec l'action préventive. La sécurité des États-Unis, dit-il, «exigera de tous les Américains qu'ils restent tournés vers l'avenir, attentifs et résolus, prêts à lancer une action préventive lorsque ce sera nécessaire pour défendre notre liberté et pour défendre nos vies.» Neuf mois plus tard, sa nouvelle doctrine servait de base à l'invasion de l'Iraq et à l'élimination de Saddam Hussein avant qu'il ne puisse développer des armes nucléaires.

Conflit Israélo-arabe. Bush évita la diplomatie désuète et contre-productive des «processus de paix» en faveur d'une nouvelle démarche en établissant, en juin 2003, l'objectif des «deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte, en paix et en sécurité». De plus, il dessina les contours de sa vision du statut définitif, dressa un calendrier et tenta même d'écarter un leader récalcitrant (Yasir Arafat) ou d'en favoriser un autre, plus porteur d'avenir (Ehud Olmert).

Démocratie. Tournant en dérision les «soixante ans au cours desquels les nations occidentales ont excusé et toléré le manque de liberté au Moyen-Orient» et parlant d'une politique qui «n'a en rien contribué à notre sécurité», Bush annonça en novembre 2003 «une stratégie entreprenante vers la liberté au Moyen-Orient» par laquelle il se proposait de pousser les régimes de la région à élargir la participation des citoyens.

Voilà pour les visions; mais qu'en est-il de la mise en œuvre? Au terme de son premier mandat, je trouvais que les options politiques de Bush, celle concernant le conflit israélo-arabe exceptée, avaient «de bonnes chances de réussir». Ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, je vois des échecs dans les quatre domaines.

La compréhension plus claire de l'Islam radical que Bush avait acquise s'est dissipée entre-temps, au point qu'il recourt maintenant à de longs euphémismes inélégants pour éviter de nommer le problème et utilise des formules telles qu'«un groupe d'extrémistes qui cherchent à exploiter la religion pour accéder au pouvoir et établir leur domination».

Les guerres préventives ne vont pas sans la faculté de convaincre les observateurs de leur légitimité, un talent dont l'administration Bush n'a pas su faire preuve. Seule la moitié de la population américaine, et bien moins encore au Moyen-Orient, a reconnu la nécessité d'envahir l'Irak, ce qui a engendré des divisions intérieures et une hostilité inégalée à l'étranger depuis la guerre du Vietnam. L'une des conséquences en est la difficulté accrue, aujourd'hui, de prendre des mesures préventives contre le programme nucléaire iranien.

La vision de Bush consistant à résoudre un siècle de conflit israélo-arabe en consacrant Mahmoud Abbas au poste de dirigeant d'un État palestinien est illusoire. Une «Palestine» souveraine aux côtés d'Israël canaliserait la haine antisioniste et mettrait un terme à la guerre irrédentiste contre Israël? Non, l'objectif malveillant de la création d'une «Palestine» inspirerait au contraire encore plus de ferveur aux partisans de l'élimination de l'État juif.

Enfin, si l'encouragement de la démocratie est certes un but louable, est-il bien judicieux de plonger la tête la première dans cette direction à l'heure où la principale force populaire du Moyen-Orient est l'Islam totalitaire? Pourtant, c'est bien cette image de plongeon qui caractérisait le mieux la démarche initiale de Washington – jusqu'à que les dégâts causés aux États-Unis par cette politique ne deviennent trop évidents pour être ignorés, ce qui a entraîné son abandon dans une large mesure.

À un moment où George W. Bush est la cible de telles vitupérations de la part de ses adversaires, quelqu'un qui, comme moi, souhaite le voir réussir, ne le critique qu'à contrecœur. Mais la critique est indispensable. Prétendre que tout va bien ou rester loyal à une personne en dépit de ses actes ne sert les intérêts de personne. La correction des erreurs passe par un constat sans concessions.

Ainsi, je respecte les motivations bienveillantes et les bonnes intentions de Bush mais je regrette le gaspillage du taux record de soutien – 90% – dont il bénéficiait au lendemain du 11 septembre 2001 et le legs au prochain président d'un électorat polarisé, d'une armée qui hésite à faire usage de la force contre l'Iran, le Hamas au pouvoir à Gaza, un désastre en préparation en Irak, l'essor de l'Islam radical et des niveaux d'antiaméricanisme sans précédent dans le monde.

Les conservateurs auront fort à faire pour rebâtir leur politique moyen-orientale.

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Volume VII, Numéro 317 • Vendredi, 11 janvier 2008

La grande histoire des juifs
Le «peuple- monde»

propos recueillis par Christian Makarian
L'express, 19 décembre 2007

Des Hébreux à l'Etat d'Israël, il y a plus qu'une trajectoire exceptionnelle: un destin. L'historien Elie Barnavi explore ce lien indéfectible et si singulier qui, de l'Antiquité à aujourd'hui, rattache les juifs au divin et à une terre.

Les Hébreux, les juifs, Israël, trois mots qui désignent un seul et même peuple, dont le destin, unique, couvre quatre mille ans d'histoire. Comment expliquer une telle continuité?

Ce sont trois séquences d'une continuité idéelle qui n'est pas nécessairement historique. Il y a eu des coupures, des conversions, des pertes, mais la fiction féconde qui veut que nous descendions tous des Hébreux anciens et que nous soyons tous issus de Palestine est avant tout une vérité idéologique et spirituelle. Le secret réside dans la singularité de la croyance de ce groupe humain. Il faut partir d'une phrase de la Bible, tirée de la bénédiction de Balaam: «Am levadad ishkon», c'est-à-dire «Un peuple qui demeure seul». Cela signifie que ce peuple se reconnaît dans un rapport singulier au divin et que, de ce fait, il se retranche volontairement des autres et se trouve retranché par les autres. Ce n'est pas seulement un peuple qui a été ostracisé par les autres, c'est aussi un peuple qui s'est ostracisé lui-même.

«Un peuple, un livre, une terre. Cette triade nous suit depuis quatre mille ans»

En quoi ce rapport à Dieu façonne-t-il la relation aux autres hommes?
Les Hébreux se sont donné un Dieu plus puissant que tous les autres, invisible, immatériel, impossible à représenter, transcendantal, qui supplante toutes les formes de divinité et les renvoie à leur inexistence. On passe ainsi de l'hénothéisme, la croyance en un dieu supérieur, au monothéisme, la foi en un Dieu unique. Or ce Dieu a des caractéristiques exceptionnelles parmi les nombreuses religions du Moyen-Orient. Il se définit comme le Dieu de tout le genre humain; il s'identifie au Bien; il a une essence morale, à la différence des dieux païens qui sont dotés de passions humaines; il entretient une relation privilégiée avec les Hébreux dans le cadre de ce que l'on appelle l' «élection». Ce peuple a beau vivre exactement comme tous ceux qui l'environnent, toute son histoire est colorée par le sentiment très fort d'être élu, par la conviction d'être particulier.

L'autre grand thème reste celui de la Terre promise. Est-ce que la notion de déplacement dans l'espace est également constitutive de l'identité hébraïque?
Dans l'Antiquité, tous les peuples se déplacent, sauf les Egyptiens, civilisation plus ancienne. Ce qui est singulier, c'est d'avoir transformé aussi ce déplacement en partie intégrante du récit des origines, en un élément constitutif du destin. Le point d'ancrage que constitue la Terre promise est très fort. Il est souvent fantasmé dans la mesure où l'on circule également en fonction de contingences purement humaines: la famine, la guerre, les aléas climatiques produisent des migrations fréquentes. Mais on garde en mémoire la promesse de cette terre, et cela représente un deuxième élément de continuité. Un élément formidable, puisqu'on le retrouve jusqu'à nos jours. Il n'y aurait pas eu d'Etat d'Israël sans cette mémoire-là; conservée, fantasmée, codifiée, faite loi, mais qui a permis un jour l'avènement d'un pays séculier et laïque. De sorte que la triade originelle se compose ainsi: un peuple, un livre et une terre. Cette triade nous suit depuis quatre mille ans et ne nous a pas lâchés.

Après la terre, la ville. Pourquoi cette fixation sur Jérusalem?
C'est une décision stratégique du roi David, dans les années 1000 avant notre ère, fondée sur le fait que la tribu principale, celle de Judée, pouvait par sa position géographique centrale rallier autour d'elle toutes les autres tribus. La sacralité du lieu procède d'abord d'un raisonnement politique, mais il est certain qu'en plaçant l'arche de l'Alliance en ce lieu on achevait l'édifice. Du coup, il y a une sorte d'aspiration de l'être national collectif vers cette cité. En cercles concentriques, Jérusalem focalise, mais aussi diffuse, le sentiment national et religieux. On a d'abord un centre transcendantal qui a la particularité d'être mobile, l'arche d'Alliance, puis un lieu fixe, Jérusalem. Cela permet de refaire le chemin entier à l'envers en investissant le tout d'un destin collectif unique.

D'où la nécessité de porter rétroactivement l'ensemble par écrit, ce que l'on appelle la Bible...
La Bible est écrite plus tard, par morceaux, livre par livre, processus qui s'étale sur des siècles. On transforme les récits qui circulent, on les codifie, on définit un canon. En soi, c'est un phénomène assez classique - songez aux chants homériques - mais il revêt une dimension sacrale grâce à l'accompagnement constant de Dieu au fil de tous les épisodes.

Au fond, Israël est un des seuls Etats de la région qui n'ait jamais rêvé d'être un empire...
Je pense que c'est lié au caractère sacral du destin national. Israël ne peut pas s'étendre à l'infini. Il ne pourra le faire, atteindre les limites du genre humain, que lorsque le temps sera venu, c'est-à-dire lorsque le Messie adviendra. En attendant, il faut garder sa spécificité. Cette conception est parfaitement contradictoire avec l'idée d'empire. Un empire est inclusif; le judaïsme est exclusif. C'est pourquoi la Terre promise est un espace délimité. Il est vrai qu'au temps des Hasmonéens le territoire s'est étendu, des conversions forcées on eu lieu: si Hérode, le roi contemporain de Jésus, était juif, c'est parce que ses ancêtres avaient été convertis de force. Mais cela concernait toujours le même espace, il ne s'agissait pas d'aller conquérir des terres lointaines. La vocation du peuple juif est de devenir le peuple-monde dans une dimension eschatologique, pas dans une vision politique.

Nous n'avons jamais prétendu que nous étions modestes... Nous l'avons payé très cher.

D'une certaine manière, c'est un concept encore plus ambitieux que celui d'empire...

Comment se fait-il alors que, très tôt, ce peuple émigre et essaime sur tout le pourtour méditerranéen?
Cela s'explique par une initiative héroïque prise au moment du siège de Jérusalem, en 70 après Jésus-Christ, au terme duquel le Temple est rasé. Il a fallu prendre une décision lourde de conséquences pour l'avenir. Est-ce que le judaïsme se résumait au Temple, ce qui supposait sa disparition dès lors que le Temple était détruit? Ou bien, est-ce que l'on pouvait imaginer un Temple portatif, itinérant, qui permettait de pérenniser la foi? Ce n'était pas évident, puisque le Temple était conçu dès l'origine comme la demeure de Dieu. La décision est prise par les sages. Yohanan ben Zakaï, le plus important d'entre eux, s'enfuit de Jérusalem enfermé dans un cercueil; il aurait demandé à l'empereur romain Vespasien l'autorisation de se rendre à Yavné, dans le centre du pays, et d'y fonder une synagogue. Ce sera une réduction du Temple et il suffira de dix mâles juifs pour que le judaïsme se perpétue. A partir de ce moment-là, il y a une coupure physique, mais non spirituelle, entre le peuple et la terre. On peut être juif ailleurs: c'est une décision révolutionnaire. Et la religion vient à l'appui de cette «translation»: il faudra attendre que le Messie revienne pour retourner chez nous. Les événements politiques ultérieurs donnent raison à cette modification. En 135, avec la révolte de Bar Kochba contre Hadrien, Jérusalem est rasée, rebaptisée Aelia Capitolina, les juifs sont interdits dans la cité: c'est la fin d'une présence juive significative dans toute la région. L'écroulement du centre oblige les juifs à imaginer un autre moyen de poursuivre leur existence. Pour la première fois de leur histoire, la périphérie devient plus importante que le centre. Cette dialectique du centre et de la périphérie ne cessera de poursuivre les juifs pendant deux mille ans. La deuxième révolution se fera avec la création de l'Etat d'Israël, en 1948, et produira un renversement de perspective: le centre redeviendra alors plus important que la périphérie.

Le modèle juif n'est-il pas l'inverse des modèles hellénique ou romain, qui se sont caractérisés par la fusion des cultures?
Oui, c'est vrai. Partout où les peuples ont été conquis par les Grecs ou les Romains, ils ont absorbé la culture du vainqueur. Le cas le plus frappant est celui de la Gaule et de la culture gallo-romaine. C'est la loi commune. Le modèle juif est l'inverse - même si de nombreux juifs ont été attirés par la culture hellénique ou romaine (on trouve même des juifs qui se font refaire le prépuce pour combattre nus dans l'arène, à l'imitation de leurs occupants). Les Romains ne comprenaient pas cette résistance, car le polythéisme est inclusif. Ils étaient prêts à incorporer Yahvé à leur panthéon, pourquoi les Juifs refusaient-ils d'accepter Jupiter, ou César, dans le leur? L'incompréhension était telle que les Romains nommaient cela superstitio, expression qu'ils ont également appliquée aux chrétiens, car ils trouvaient cet exclusivisme barbare. Il y avait là deux manières complètement différentes de concevoir le lien au divin, mais aussi le sens de l'humain. Du coup, les Romains ont fécondé l'ensemble du monde méditerranéen, mais ils ont disparu. Nous, nous sommes toujours là.

Comment expliquer que les juifs aient été nombreux à Rome, avant même la destruction du Temple?
Ils y étaient présents comme tous les autres peuples soumis par les Romains. Mais la différence, encore une fois, c'est qu'ils y maintenaient leur spécificité, pour des raisons religieuses, et présentaient de ce fait une visibilité plus grande que d'autres. Ils auraient pu, peut-être, devenir la religion majoritaire de l'Empire romain, sauf qu'ils n'en ont jamais eu la volonté. Pas plus qu'ils n'ont eu la volonté de procéder à des compromis essentiels; ce que les chrétiens, eux, ont consenti. Pour dépasser la loi juive, il fallait en effet un autre dessein, celui qu'ont montré les juifs Pierre et Paul, surtout ce dernier, en sachant passer ces compromis avec les Gentils (les païens). Ils ont ainsi apporté le judaïsme aux Gentils: c'est ce que l'on appelle le christianisme. La transformation d'une loi réservée à un petit groupe en une loi universelle a produit une autre révolution. Il suffisait de supprimer la circoncision, ce qui n'était pas en soi insurmontable, mais surtout d'abolir la kashrout, c'est-à-dire l'ensemble des lois alimentaires mentionnées dans la Torah, or cela était impensable pour l'écrasante majorité des juifs.

Pour vous, le christianisme est-il un judaïsme universalisé?
Bien sûr, c'est l'évidence même. D'où l'opposition entre christianisme et judaïsme: il faut bien tuer le père, sans vouloir faire de psychanalyse sauvage. Chez les Pères de l'Eglise, il existe une forte hostilité envers les juifs parce qu'ils n'ont pas accepté cette mutation d'une religion tribale à une religion universelle. S'il n'y avait pas eu de filiation directe, il n'y aurait pas eu autant d'aigreur. L'antijudaïsme d'Eglise est une donnée incontournable; il ne pouvait pas en aller autrement. Car l'Eglise, loin de renier l'héritage juif, s'en déclare la seule vraie dépositaire et se proclame verus Israël. Il est clair que l'Eglise n'aurait pu ni vivre ni croître si elle ne s'était pas d'emblée opposée au judaïsme. Cet antijudaïsme n'est pas racial, et ne peut pas l'être, puisque les textes chrétiens ne cessent de vouloir établir une ligne droite entre les prophètes d'Israël et le Christ. Ce faisant, l'Eglise considère que ceux qui n'acceptent pas ce dépassement sont rebelles à leur propre message. C'est pourquoi il y a un Nouveau Testament, qui n'abolit pas l'Ancien mais qui se réclame de son accomplissement.

Néanmoins, la présence des juifs est indissociable de l'histoire européenne...
Ils sont très nombreux en Europe, car la civilisation chrétienne présente des caractéristiques économiques paradoxales. Etrangers dans leur propre pays, les juifs n'ont pas le droit de posséder de la terre, d'avoir des employés chrétiens. Pour assurer leur subsistance, ils se spécialisent très vite dans l'artisanat, le commerce, en particulier celui de l'argent, qui, en principe, est interdit aux chrétiens. La croissance économique de l'Europe fait de plus en plus appel au crédit, ce qui ouvre aux juifs un nouveau domaine d'activité nécessaire au développement de la production et des échanges. Du reste, là où une classe marchande chrétienne a pu suffisamment se développer, comme en Italie, les juifs sont beaucoup moins nombreux. En revanche, ils sont massivement présents en Pologne, où ils finiront par constituer à eux seuls toute la classe moyenne, entre une aristocratie et une paysannerie catholiques très éloignées l'une de l'autre. D'où l'extraordinaire hostilité qu'ils susciteront dans ce pays.

Faut-il lier indissociablement l'antijudaïsme et l'antisémitisme?
Personnellement, je distingue assez nettement les deux. L'antijudaïsme chrétien traditionnel est au départ un affrontement uniquement religieux, puisque le racisme est contradictoire avec le sens même du message chrétien, qui tend à l'universalité. Certes, il prend, au fil du temps, une coloration sociale et économique; à partir des xiie et xiiie siècles, par exemple, l'aspect racial apparaît, notamment dans l'iconographie. Cela reste toutefois marginal. En Espagne, au moment de l'adoption des lois de pureté du sang (limpieza de sangre), au xve siècle, surgit pour la première fois une aggravation. Ces lois interdisent aux juifs convertis à la religion chrétienne, ainsi qu'à leurs descendants directs, l'accès aux hautes fonctions étatiques ou ecclésiales. Mais, là encore, le fait que le mouvement ne déborde pas de l'Espagne limite les dégâts. En réalité, c'est avec la sécularisation de l'Occident que tout se précipite. L'antijudaïsme chrétien se transforme en un autre phénomène, qui prend une existence autonome. Une mutation s'opère. Pour forcer le trait, je dirai que, au Moyen Age, les juifs ont le nez de tout le monde et sont habillés différemment; à l'époque moderne, ils sont habillés comme tout le monde mais ont un nez différent. Or on peut changer d'habit, mais pas de nez. Plus l'Europe se sécularise, plus l'antijudaïsme traditionnel cède la place à l'antisémitisme racial. Du reste, le terme d'antisémitisme date de 1879, sous la plume du journaliste allemand Wilhelm Marr. En tant qu'historien, j'observe que l'antisémitisme est le plus dangereux là où la part de l'antijudaïsme chrétien est la plus faible et où la composante raciale est la plus forte. Et la composante raciale est la plus forte là où il n'y a plus du tout d'élément chrétien, là où il n'y a plus qu'un paganisme, comme ce fut cas du nazisme.

Pourquoi l'Allemagne a-t-elle atteint ce paroxysme alors que l'antisémitisme existait partout ailleurs?
L'antisémitisme intellectuel est plutôt français, tandis que l'antisémitisme viscéral est plutôt allemand. Cela tient aux conditions de développement de l'Etat allemand. L'Allemagne est une nation inaboutie, malheureuse, une nation qui a longtemps attendu d'être une entité unifiée. Elle n'a pas connu d'enveloppe étatique susceptible d'embrasser tout un peuple dans ses multiples composantes. Face aux antisémites français, les juifs restaient quoi qu'il en soit des citoyens français; tandis qu'en Allemagne, en l'absence d'Etat unitaire, les juifs n'étaient pas allemands au sens collectif du terme. Pour remplacer ce tissu conjonctif, les Allemands ont mis en avant la Kultur. Or la Kultur, ce n'est pas la civilisation, ce sont les origines, Hermann, Siegfried, le sang, la terre. Et tous ceux qui n'en relèvent pas ne font pas partie de ce corps-là. Ils deviennent des corps étrangers, qui constituent la cible idéale contre laquelle s'unir. C'est pourquoi il a existé en Allemagne plus facilement qu'ailleurs, ce que Saul Friedländer appelle l' «antisémitisme rédempteur», qui est un antisémitisme éradicateur.

«Israël s'inscrit à la fois dans une longue continuité et dans une rupture complète»
Comment s'est forgé le sionisme?

Je m'en tiendrai à deux idées. Premièrement, de la même manière que l'antijudaïsme s'est sécularisé en antisémitisme, l'aspiration à Sion s'est sécularisée en sionisme. Il y eu une translation du Messie au peuple; au lieu de retourner vers la Terre promise à l'avènement du Messie, comme le dit la Torah, les juifs ont commencé à penser: «Nous y retournerons quand nous le déciderons.» Deuxièmement, sans l'antisémitisme, le sionisme serait quand même né, en raison du puissant mouvement des réveils nationaux au xixe siècle, mais sa réussite, elle, aurait été hasardeuse. Il n'aurait eu presque aucune chance de réussir. On le voit dans les statistiques, dès l'aube du xxe siècle. Il existe un courant continu d'immigration vers la Palestine, mais à chaque vague de pogroms il gonfle sensiblement, jusqu'à devenir irrésistible pendant la Shoah. De façon paradoxale, je pense que, sans la Shoah, il n'y aurait pas eu d'Etat d'Israël. Seule la disparition d'un tiers du peuple juif a convaincu les juifs qu'il fallait donner naissance à un Etat juif; et a également convaincu les autres nations de cette nécessité.

Certains disent aujourd'hui que rattacher la création d'Israël à la Shoah affaiblit ce pays, dans la mesure où le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes devrait suffire en soi à rendre Israël légitime. Qu'en pensez-vous?

Je ne suis pas du tout de cet avis. Dans la déclaration d'indépendance, il n'est pas question de la Shoah; on évoque seulement le droit naturel du peuple juif et la résolution des Nations unies. Jusqu'au procès Eichmann, au tout début des années 1960, Israël n'évoquait presque jamais la Shoah. Mais, historiquement, humainement, la Shoah est la justification ultime de l'existence nationale juive. Non seulement cela n'enlève rien à la légitimité d'Israël, mais cela l'assoit définitivement, et il n'existe pas de justification humaine plus élevée.

Comment Israël s'inscrit-il aujourd'hui dans le destin du peuple juif?

L'Etat d'Israël se vit comme une très vieille aventure. Dans la déclaration d'indépendance, il est question de l'héritage des prophètes d'Israël. Israël se veut comme la continuité d'une histoire plurimillénaire. En même temps, il représente une nouvelle mutation, puisqu'il a été créé par la volonté des hommes, non celle de Dieu, et que la loi y est faite par les représentants du peuple, non par la Torah. C'est donc une création ambiguë, un peu curieuse: Israël se revendique à la fois d'un long passé, de l'appartenance à un peuple théophore et d'une Constitution moderne, propre aux Etats-nations classiques. Il n'y a donc aucun moyen de faire une séparation nette entre ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas. On peut être chrétien et français, chrétien et allemand, mais on ne peut être que juif et juif: c'est très compliqué. Notre religion est ethnique, tribale, nationale: il est plus difficile de distinguer ce qui dépend du domaine de la foi et ce qui relève du champ de l'Etat. C'est pourquoi la création d'Israël s'inscrit à la fois dans une très longue continuité et une rupture complète. Les Pères fondateurs l'avaient bien compris. Ben Gourion disait: «L'Etat d'Israël est l'interprétation moderne du judaïsme.» A l'opposé, les juifs orthodoxes ont rejeté cette définition en considérant qu'il n'y avait pas de retour possible vers la Terre promise sans la venue du Messie: l'exil était la volonté de Dieu, la refondation d'Israël devait l'être aussi.

Quelles perspectives voyez-vous pour Israël?
J'ai une impression politiquement confuse mais existentiellement très claire. En tant qu'historien, je suis relativiste par profession. Nous traversons une éclipse; ce n'est pas un bon moment pour Israël. Mais l'être israélien est indestructible, pour autant qu'une collectivité humaine puisse l'être. En ce qui concerne la diaspora, pour la première fois de l'Histoire, la quasi-totalité du peuple juif vit dans des régimes libéraux et démocratiques où il a le choix de rester ou de partir. Il y aura encore des temps difficiles, mais je ne vois aucun scénario dans lequel l'Etat d'Israël pourrait disparaître.

Elie Barnavi Né à Bucarest en 1946, Elie Barnavi a suivi des études d'histoire et de sciences politiques à Tel-Aviv et à la Sorbonne. Professeur d'histoire de l'Occident moderne à l'université de Tel-Aviv, il a également été ambassadeur d'Israël à Paris, de 2000 à 2002. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont une Histoire universelle des juifs (Hachette Littératures) et, récemment, Les Religions meurtrières (Flammarion). Il est actuellement directeur scientifique du musée de l'Europe, à Bruxelles.

Le viol d’Israël
Caroline Glick
Jerusalem Post, 3 janvier 2008

Traduction française : Menahem Macina

Mercredi dernier, Le Jewish Week, de New York, relatait que le directeur du "journal de référence" autoproclamé, en Israël, avait demandé à la Secrétaire d’Etat américaine de violer son pays, et lui avait dit que son fantasme érotique était de voir l’Amérique violer Israël.

Le 10 septembre, lors d’un dîner au domicile de l’ambassadeur américain Richard Jones, la Secrétaire d’Etat, Condoleeza Rice, rencontrait un groupe d’"élites" israéliennes. Au nombre des élites figurait le rédacteur en chef de Haaretz, David Landau. Selon le Jewish Week, Landau avait évoqué Israël comme étant un "Etat en faillite politique", qui avait besoin que lui soit imposé un accord américain. Landau était censé avoir supplié Rice d’intervenir, affirmant que le gouvernement israélien voulait être « violé », et que voir cet événement se produire provoquerait chez lui (David Landau) une éjaculation nocturne [1].

Interrogé par le journal [Jewish Week], Landau prétendit que ce récit de ses commentaire était inexact, mais confirma ensuite avoir dit qu’ « Israël voulait être violé » par un accord imposé, et avoir dit à Rice que son « éjaculation nocturne » était de s’adresser à elle à ce propos. Il ajouta que plusieurs personnes étaient venues le trouver ensuite et l’avaient félicité pour sa remarque, et affirma : « J’ai exprimé ce que beaucoup d’Israéliens ressentent ».

En réalité, pratiquement aucun Israélien ne ressent ce que Landau a exprimé. Mais ses vues sont partagées par son journal et par une partie significative des élites qui dominent le pays.

L’influence de la masse favorable au viol, qui émergea au lendemain de la défaite d’Israël dans la guerre contre le Hezbollah, en 2006, est devenue décisive au cours des quelques derniers mois, à l’approche de la date du rapport final de la Commission d’enquête Winograd sur la guerre. On prévoit que le rapport, qui doit être rendu public à la fin de ce mois, conclura à la responsabilité de Ehud Olmert dans l’échec d’Israël à vaincre la légion étrangère de l’Iran au Liban.

Pour atténuer la demande publique de sa démission, que ce rapport risque de déclencher, Olmert s’est employé sans relâche à courtiser la foule de Landau. A cette fin, il courtise la Syrie, se fait l’avocat du retrait israélien de la Judée, de la Samarie et de certaines parties de Jérusalem, et refuse également d’agir contre l’armée du Hamas à Gaza, entraînée par l’Iran et qui se renforce.

Ensuite, également, une semaine avant la première visite présidentielle de George W. Bush en Israël, Olmert a accordé une interview au Jerusalem Post, dans laquelle il a fait tout son possible pour prouver que Landau a raison. Oui, son gouvernement souhaite être "violé" par les États-Unis.

Avec des accents qui sonnaient plus comme ceux d’un porte-parole palestinien que ceux du dirigeant d’Israël, Olmert a attaqué son propre pays, affirmant que celui-ci ne tient pas ses engagements envers les Palestiniens partisans de la terreur. Selon ses propres termes,

« Il y a une certaine contradiction entre ce que nous voyons réellement et ce que nous avons nous-mêmes promis. Nous nous plaignons toujours des promesses non honorées par l’autre partie. Les obligations n’incombent pas qu’aux autres, nous devons aussi les honorer nous-mêmes. »

Olmert a fait valoir qu’Israël doit se retirer jusqu’aux lignes de l’armistice de 1949, avec des modifications mineures, non pas parce que cela assurera la paix avec les Palestiniens, mais parce que, si nous ne le faisons pas, nous perdrons notre majorité juive.

L’argument du Premier ministre est contestable pour deux raisons majeures. D’abord, les lignes de 1949 ne sont pas des frontières démographiques, mais des lignes de cessez-le-feu. Du côté est de la ligne, vivent un demi-million de Juifs, et du côté ouest, un million d’Arabes. Deuxièmement, les lignes de cessez-le-feu sont indéfendables. Ainsi, se retirer sur les lignes de 1949 non seulement ne résoudrait aucun problème démographique, mais mettrait Israël en péril, sur le plan militaire.

De plus, il y a le fait que les sombres prévisions démographiques sont fondées sur les résultats d’un recensement falsifié, publiés par l’Autorité palestinienne en 1997. Comme le Groupe de Recherche Démographique américano-israélien l’a prouvé de manière convaincante, en janvier 2005, les chiffres de l’AP étaient gonflés dans une proportion de quelque 50 pour cent. Bien que la démographie constitue un problème, Israël ne court pas un danger immédiat de perdre sa majorité juive.

Le danger immédiat auquel Israël est confronté provient non de la démographie, mais de l’idéologie du djihad, qui a convaincu le monde arabe et islamique de viser à la destruction d’Israël plutôt que de l’accepter. Se retrancher sur un territoire exigu dans des frontières indéfendables ne fera qu’aggraver ce problème en montrant aux djihadistes qu’Israël peut être détruit par la violence et la terreur.

Olmert a également argué qu’Israël devait renoncer à sa souveraineté sur Jérusalem parce que les partisans d’Israël le veulent. Selon lui,

« Le monde qui est bien disposé à l’égard d’Israël… qui soutient vraiment Israël, quand il parle de l’avenir, parle d’Israël dans les frontières de 1967. Il parle de la division de Jérusalem. »

C’est ainsi que, dans une interview en anglais, une semaine avant la venue de Bush dans le pays, Olmert a formellement demandé à un ami d’Israël à la Maison Blanche de faire pression sur Israël pour qu’il renonce à ses droits et intérêts nationaux et vitaux.

Dans la même interview accordée au Jerusalem Post, Olmert a admis que son partenaire présumé pour la paix – le leader du Fatah et président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas – ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister et exige le soi-disant « droit au retour » pour des millions de descendants des Arabes qui ont quitté Israël en 1948. Mais, a-t-il rassuré, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Olmert n’est pas inquiet parce qu’il peut lire dans l’âme d’Abbas. Il dit, en effet :

« Si vous demandez [à Abbas] de dire qu’il considère Israël comme un Etat juif, il ne le dira pas. Mais si vous me demandez si, en son for intérieur, il accepte Israël comme Israël se définit lui-même, je pense que c’est le cas. »

Pour Olmert, attentif comme il est à s’assurer le soutien de la bande favorable au viol national, sa foi dans l’âme pacifique d’Abbas est plus importante que la réalité visible sur le terrain. Et cette réalité ne se reflète pas vraiment dans le fait que Fatah et Hamas ne peuvent être distingués l’un de l’autre, sur le plan rhétorique. Cette réalité se reflète aussi dans le fait que les trois Israéliens, assassinés au cours des six dernières semaines – Ido Zoldan, David Rubin et Ahikam Amihai –, ont été tués par les forces de sécurité officielles de l’Autorité palestinienne, qui sont sous le contrôle d’Abbas.

Ces trois meurtres terroristes montrent clairement que l’AP elle-même, plutôt que le Hamas, est le groupe terroriste le plus meurtrier de la société palestinienne. Et les mêmes organes de sécurité de l’AP, qui sont impliqués dans le meurtre d’Israéliens, sont financés et armés par Israël et les Etats-Unis, qui, de plus, les entraînent, conjointement aux Européens et aux Russes.

Plutôt que de protester contre cette sordide réalité, le gouvernement Olmert s’en justifie. Jeudi, le porte-parole d’Olmert, Mark Regev, a déclaré au Jerusalem Post qu’Israël évoquerait devant Bush l’implication des forces de sécurité de l’AP dans le meurtre d’Israéliens ; mais Regev s’est efforcé de minimiser la signification du fait que les forces de sécurité de l’AP elles-mêmes sont celles qui assassinent des Israéliens. Il a fait mention des tueurs comme d’« éléments malhonnêtes et extrémistes au sein de la machine du Fatah et de l’appareil de sécurité palestinien », s’efforçant ainsi de les distinguer de leurs dirigeants qui encouragent et louent leur comportement.

Par leurs actes et leurs déclarations, les Palestiniens eux-mêmes montrent chaque jour qu’il n’y a pas de différence entre Abbas et le Premier ministre, Ismaël Haniyeh, ou entre le Fatah, le Hamas et le Jihad Islamique. Aucun d’eux n’est intéressé à une coexistence pacifique avec l’Etat juif – quoi qu’ils puissent ou ne puissent pas ressentir en leur for intérieur. Il arrivera en Judée, en Samarie et à Jérusalem, ce qui s’est produit à Gaza : tout territoire qu’Israël transférera à leur autorité sera utilisé comme une base d’opérations contre Israël. Toutes les communautés israéliennes abandonnées seront transformées en bases d’entraînement terroriste et en rampes de lancement de missiles.

Mais alors, la réalité de guerre n'a pas grand'chose pour retenir l'attention, sous le spectre menaçant du Rapport Winograd. La seule réalité qui intéresse Olmert est celle de son aspiration à rester en poste. Et pour rester en poste, Olmert a besoin de Landau et de ses amis. Et ainsi, la camisole de force stratégique d’Israël devient de jour en jour plus étroite.

Cette semaine, Ali Larijani, l’homme fort iranien, a effectué une visite d’Etat officielle en Egypte. Il a rencontré non seulement le Président Hosni Mubarak et le Ministre des affaires étrangères, Ahmad Gheit, mais aussi un dirigeant religieux égyptien, président de la mosquée Al Azhar et de l’Université Islamique, le Sheikh Muhammad Tantawi. Au cours de sa visite, Larijani a proposé à l’Egypte une collaboration nucléaire. Il s’est également employé à aplanir les différends religieux entre l’islam chiite et sunnite, pour faciliter une collaboration djihadiste contre les ennemis communs de tous les musulmans.

Aussitôt après la visite de Larijani, Mubarak a enfreint la promesse, qu’il avait faite, une semaine auparavant, à Ehud Barak, de ne pas autoriser les milliers de terroristes du Hamas - qui, de retour d’Arabie Saoudite, cherchaient à retourner à Gaza - à entrer dans la Bande de Gaza par le passage de Rafah, dépourvu de forces israéliennes de sécurité. Mercredi, les terroristes ont traversé la frontière sans rencontrer d’opposition. On rapporte que certains d’entre eux transportaient plus de cent millions de dollars en liquide, reçus de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. D’autres revenaient après avoir subi un entraînement militaire en Iran.

Le gouvernement Olmert n’a rien trouvé à redire à cette collusion manifeste avec les ennemis d’Israël. Et comment le pourrait-il ? Admettre que l’Egypte est un Etat ennemi porterait atteinte au scénario de paix du gang favorable au viol national. Pour eux, l’Egypte est le leader du "camp modéré". Plutôt que d’admettre cette réalité, Olmert inonde Mubarak de louanges. Dans son interview au Jerusalem Post, il a dit :

« Quand je pense à ce que pourrait être la situation si nous avions affaire à quelqu’un d’autre que Mubarak, eh bien, je prie chaque jour pour qu’il aille bien et soit en bonne santé. »

La vérité est que, jusqu’ici, la manœuvre d’Olmert a été un succès. Toutes les tentatives publiques pour contraindre Olmert à la démission – en raison de son échec au Liban et à Gaza, et des soupçons de corruption massive qui pèsent sur lui – ont été sabordées. Montant la garde autour de son homme, le camp des partisans du viol national a peu favorisé un relais médiatique des appels populaires à sa démission. Landau et ses amis veulent absolument perdre des guerres et être dirigés par des gens moralement discrédités et incompétents, si cela facilite le viol international de leur pays.

Prenons l’exemple de l’employé du Haaretz de Landau, l’éditorialiste Yoel Marcus. Dans son éditorial du 14 décembre, Marcus appelait à contraindre Olmert à quitter sa fonction. Juste une semaine plus tard, soulignant l’importance du processus de paix, Marcus disait qu’Olmert devait rester au pouvoir après la publication du Rapport Winograd.

Il y a, à Washington, des fonctionnaires qui prétendent que Bush est fâché contre Olmert. Ils disent que Bush s’attendait à ce qu’Olmert tienne tête à Rice quand elle est devenue ouvertement hostile à Israël lors de son retournement, au cours de la conférence d’Annapolis. Ces fonctionnaires affirment que si seulement Olmert tenait tête à Rice, le président aurait enfin l’occasion de la marginaliser.

Il est difficile de savoir ce qu’il faut penser de cette affirmation. Malheureusement, nous ne pourrons vérifier sa valeur de sitôt. Surveillé par le groupe des partisans du viol d’Israël, Olmert a besoin de la pression de Rice. C’est ainsi qu’il a dit au Jerusalem Post que Bush (et, par extension, Rice) « ne fait pas la moindre chose que je n'approuve pas. Il ne soutient rien de ce à quoi je m’oppose. »

La première visite présidentielle de Bush en Israël aurait pu être une grande opportunité pour le pays. Mais, dans son interview au Jerusalem Post, une semaine avant la venue de Bush, Olmert a clairement montré que cette visite sera un désastre. Que Bush le veuille ou non, avant la publication du Rapport Winograd, Olmert ne lui laissera pas le choix. Bush sera forcé de violer Israël.


Note du traducteur

[1] Littéralement, "un rêve humide" (wet dream), métaphore d’une éjaculation involontaire durant le sommeil.

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Volume VII, Numéro 316 • Vendredi, 4 janvier 2008

Sous le voile de Benazir
Laurent Murawiec
Metula News Agency, 31 décember 2007

Les bondieuseries coulent à flot : Benazir Bhutto est canonisée, sainte laïque de la démocratie. L’ennui, c’est que l’image ne correspond en rien à la réalité. Recadrons un peu l’image pieuse.

Benazir Bhutto était l’héritière d’une dynastie de grands propriétaires fonciers du Sind, l’une des quatre provinces constituantes du Pakistan. Comme les autres latifondiaires, les Bhutto, immensément riches, sont virtuellement propriétaires des villages et des villageois, qu’ils traitent depuis toujours comme des serfs. On n’éduque pas, on taxe. On n’alphabétise pas, on rançonne. Mais le père de Benazir, Zulfikar Ali Bhutto, s’était déclaré « socialiste », étiquette qui recouvrait un populisme creux et corrompu, enrobé d’un charme indéniable. Pour lui, comme pour la quasi-totalité de la classe politique pakistanaise, le pouvoir était avant tout un moyen de s’enrichir démesurément en pillant l’Etat et la nation. Voleur de grande envergure, il ne se différenciait en rien des autres, sinon par le label. Il était aux affaires, quand l’Armée pakistanaise se livra à l’un des plus abominables massacres de l’histoire de l’après-guerre : les Bengalais (musulmans) du Pakistan oriental, ayant osé déclarer leur indépendance, la soldatesque pendjabi (musulmane) du Pakistan (alors « occidental ») massacra sans retenue, jusqu’à ce que l’Armée indienne inflige à ces soudards une raclée mémorable et méritée.

Ali Bhutto plaça le Pakistan sous la houlette de l’Arabe saoudite. C’est lui qui lança, à l’époque contemporaine, la nouvelle vague de l’islamisation du pays, jusqu’à lors en équilibre relatif entre Islam et sécularisme. C’est lui qui fit de la Charia la loi du pays – « socialisme islamique », n’est-ce pas ? Lorsqu’il tomba sur plus islamiste que lui, avec le général Zia ul-Haq, il le paya de sa vie : le partage des dépouilles n’est pas le fort des dirigeants pakistanais, civils ou militaires. Bhutto fut ignoblement pendu par l’ignoble Zia, lequel, aux dires d’un général indien, « aurait volontiers importé du sable d’Arabe saoudite pour que le Pakistan ressemble plus à l’Arabie ». Le martyr pendu acquit dans la mort un lustre que ses actes ne méritaient guère. C’est lui qui avait mis en route la « bombe islamique », qui rend le Pakistan d’aujourd’hui si dangereux. Sur financement saoudien, une fois encore, le Pakistan miséreux dépensa sans compter pour se doter d’armes nucléaires et de missiles balistiques. Le bilan était accablant.

Benazir prisonnière fut vilainement traitée par Zia, lequel fit du Coran une puissance constitutionnelle et du djihad une doctrine officielle. N’était-il pas conseillé par Abou Ala Maudoudi, l’un des principaux théoriciens du djihad au XXème siècle, lequel se prenait pour le Mahdi ? Après la mort de Zia, Benazir reprit la franchise développée par son père : le Pakistan People’s Party (PPP) et s’en servit pour prendre le pouvoir. Premier ministre, elle accéléra la nucléarisation militaire ; elle ne fit rien, mais rien de rien, pour améliorer le sort des Pakistanais, pour améliorer le statut de la femme, pour améliorer la déplorable situation de l’enseignement, pour aider l’économie à prospérer. Elle continua la politique de haut vol de son père, avec corruption et vénalité en toile de fond. Elle continua également à exploiter la ferveur des miséreux, qui projetaient en elle tous leurs espoirs, comme il l’avaient fait pour son père : masse de manœuvre crédule, masse de mobilisation, jouets asservis aux ambitions des puissants, pions qu’ils poussent sur l’échiquier du pouvoir.

C’est quand elle était premier ministre que les services de renseignement de l’Armée pakistanaise, l’Inter-Service Intelligence (ISI) créèrent de toutes pièces les Talibans d’Afghanistan : le Pakistan considère qu’il doit dominer le voisin afghan afin de se donner, face à l’Inde, une « profondeur stratégique ». L’idée est invraisemblablement stupide, mais elle va de pair avec l’orchestration par les militaires et les barbouzes pakistanais du plus vieux djihad existant sur terre : la guerre menée depuis 1948 contre l’Inde au Cachemire. Périsse la nation pourvu que le djihad triomphe !

Renversée – l’Armée pakistanaise renverse périodiquement les premiers ministres élus, avant de rentrer dans ses casernes – Benazir s’exila. Elle donna alors toute la mesure de son habileté : elle savait parler aux media et aux politiciens occidentaux dans leur langue, leur servir les plats qui leur plaisaient, leur dire les mots qui plaisent dans une langage familier. Ah ! A Londres et à New York, comme elle était féministe, démocrate, pro-occidentale et moderniste ! Elle utilisait à ravir sa beauté, son charme et sa culture oxfordienne pour présenter une image qu’adoptèrent d’enthousiasme les media : cette courageuse et charismatique musulmane réformatrice était une tête de pont de l’Occident. Ce n’était pas vrai, mais l’image resta. Elle y croyait sans doute quelque peu elle-même. L’image était factice, mais remplaça la véritable Benazir Bhutto aux actualités, et même dans les calculs des diplomates. On prenait l’ombre aguichante pour la substance, et les momeries qui coulent aujourd'hui à flots dans les notices nécrologiques, pour argent comptant.

Présidente à vie du PPP, Benazir n’était pas démocrate, mais l’une des rapaces qui se déchirent le pouvoir et ses richesses au Pakistan. Certes, elle avait émis, ces temps derniers, de fortes condamnations des djihadistes et des islamistes extrémistes, lesquels le lui rendaient bien. Cela faisait partie du spiel du pouvoir. Aurait-elle joint le geste à la parole ? L’itinéraire clos par son assassinat n’est pas encourageant.

L’assassinat de Benazir Bhutto devrait nous permettre de mieux mesurer le troublant décalage qui sépare l’image donnée de la réalité par le tapis de media internationaux de la réalité elle-même. L’image séduisante et fausse de Benazir, à laquelle s’étaient attachés beaucoup d’Occidentaux, permettait d’imaginer des semblants, ou des faux-semblants de solutions pour le Pakistan. Malheureusement, ce que cachait l’image est bien pire : le pays est si gangrené, qu’aucune solution n’est facile, ou à portée de la main. On ne peut y faire la politique du pire : il faut se résigner à la politique du moins pire.

Reste, au Pakistan, un général au pouvoir, qui fait à la fois partie du problème et de la solution ; un président qui ménage chèvre et chou, et un pays fragmenté et lézardé. Reste la participation active d’une partie de l’Armée pakistanaise, de l’ISI, en particulier, avec les Talibans et les islamistes des zones tribales. Il serait absurde de pousser le général Musharraf au départ, comme on poussa le Chah d’Iran au départ en 1978-79 ; le monarque-dictateur iranien était un sale type, mais ce qui le remplaça est mille fois pire, comme dans l’histoire de Lénine et des tsars. Il est improbable qu’il parvienne à redresser la situation. Coincés entre Charybde et Scylla, nous subissons les effets en retour d’erreurs anciennes et de politiques révolues. La politique américaine envers le Pakistan est depuis trop longtemps affermée à l’Arabie saoudite et soumise, par éclipses, à un impératif apolitique, mais mielleusement satisfaisant, de « droits de l’homme ». On ne peut confier à des images factices le soin de composer une politique. On voulait « démocratiser » le Pakistan ? On a maintenant un champ de flamme, et un incendie à éteindre.

Pour parler familièrement, nous sommes, Pakistanais et Occidentaux, dans la mouise. Un premier pas serait de cesser de faire confiance aux masques et de croire aux simulations.

Des Palestiniens qui préfèrent Israël
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 2 janvier 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Les Palestiniens ont des antécédents occultés en matière d’appréciation d’Israël, qui contrastent avec leur position, affichée et mieux connue, de calomnie et d'irrédentisme.

Cet aspect est particulièrement évident ces derniers temps, surtout depuis que le premier ministre israélien, Ehud Olmert, a lancé un ballon d'essai, en octobre [2007], à propos du transfert à l'Autorité palestinienne de certaines zones à majorité arabe de Jérusalem-est. Il s'était alors exprimé en ces termes:

« Était-il bien nécessaire d'annexer le camp de réfugiés de Shuafat ainsi que al-Sawahra, al-Walajeh et d'autres villages, puis de déclarer qu'ils font partie de Jérusalem ? J'admets qu'on peut légitimement se poser des questions à ce sujet. »

Cette déclaration fit passer d'un seul coup les témoignages pro-israéliens des Palestiniens de l'état de théorie à celui de discours actif et politique. (Pour quelques exemples, voir mon article de 2005, "L'enfer d'Israël vaut mieux que le paradis d'Arafat").

En effet, les réflexions d'Olmert ont provoqué de véritables levées de boucliers. Comme le résume le titre d'une dépêche du Globe and Mail, "Certains Palestiniens préfèrent vivre en Israël: à Jérusalem-est : des résidents déclarent qu'ils s’opposeraient à un transfert au régime d'Abbas». L'article donne l'exemple de Nabil Gheit, dont on pourrait s'attendre qu'il se réjouisse de voir Jérusalem-est passer sous le contrôle de l'AP, compte tenu de ses deux séjours dans les prisons israéliennes et des affiches du « martyr Saddam Hussein», qui trônent au-dessus de la caisse de son commerce.

Mais ce n'est pas le cas. Gheit, qui est aussi mukhtar [maire] de Ras Khamis, près de Shuafat, redoute l'AP et affirme que lui et ses amis combattraient un tel projet.

« S'il y avait un référendum ici, personne ne voterait en faveur d'un transfert à l'Autorité palestinienne. […] Il y aurait une autre Intifada pour nous défendre contre l'AP. »

Deux sondages publiés la semaine passée, réalisés par Keevoon Research, Strategy & Communications et par le quotidien en langue arabe, As-Sennara, auprès d'un échantillon représentatif des Arabes israéliens adultes, corroborent le sentiment exprimé par Gheit. À la question : « Préféreriez-vous être citoyen d'Israël ou d'un nouvel État palestinien ? », 62% des sondés déclarent vouloir rester des citoyens israéliens et 14% disent souhaiter rejoindre un futur État palestinien. Interrogés sur « le transfert du Triangle [en hébreu Meshoulash] [une zone majoritairement arabe, au nord d'Israël] à l'Autorité palestinienne», 78% des sondés rejettent cette idée et 18% la soutiennent.

Si l'on fait abstraction des "ne sait pas / refuse de répondre", les taux de réponses favorables à un maintien en Israël sont presque identiques – de 82 et 81% respectivement. Gheit exagère en disant que « personne » ne veut vivre dans l'Autorité Palestinienne, mais pas de beaucoup. Ce fait est encore confirmé par les milliers de résidents palestiniens de Jérusalem effrayés par l'AP et qui ont demandé la citoyenneté israélienne depuis la déclaration d'Olmert.

Pourquoi un tel penchant pour l'État que les Palestiniens injurient dans les médias, les universités, les écoles, les mosquées et les organismes internationaux, et qu'ils terrorisent quotidiennement ? Le mieux est de les laisser expliquer eux-mêmes leurs motivations, qu’illustrent les citations suivantes.

· Considérations financières. « Je ne veux rien avoir à faire avec l'AP. Je veux l'assurance maladie, les écoles, tout ce que nous avons en vivant ici », dit Ranya Mohammed. «Je partirai m'installer en Israël plutôt que de rester ici pour vivre sous l'AP, même si je dois prendre un passeport israélien pour cela. J'ai vu leurs souffrances dans l'AP. Ici, nous avons beaucoup de privilèges auxquels je ne suis pas prête à renoncer.»

· Ordre public. Les journalistes arabes israéliens, Faiz Abbas et Muhammad Awwad, observent que les Palestiniens de Gaza « regrettent les Israéliens, car ils faisaient preuve de plus de mansuétude que [les gangsters palestiniens], qui ne savent même pas pourquoi ils se battent et s’entretuent. Comme dans le crime organisé. »

· Éducation des enfants. « Je veux vivre en paix et faire éduquer mes enfants dans une bonne école », dit Jamil Sanduqa. « Je ne veux pas que mes enfants apprennent la vie en lançant des pierres ou en imitant le Hamas. »

· Avenir plus prévisible. « Je veux continuer à vivre ici avec ma femme et mon enfant, sans avoir à craindre pour notre avenir. C'est pourquoi je veux obtenir la citoyenneté israélienne. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve », dit Samar Qassam, 33 ans.

D'autres évoquent des préoccupations liées à la corruption, aux droits de l'homme, et même au respect de soi (« Quand les Juifs parlent de me transférer, c'est comme s'ils niaient mon droit à exister en tant que personne »).

Ces réflexions ne vont pas jusqu'à désavouer l'antisionisme malveillant qui règne au Moyen-Orient, mais elles révèlent que quatre cinquièmes des Palestiniens qui connaissent Israël et en ont une expérience directe comprennent les attraits d'une vie convenable dans un pays convenable. Et ce fait a d'importantes implications positives.

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