Communiqué Isranet
janvier
2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Volume VII, Numéro
319 • Vendredi, 25 janvier 2008
La fatwa de la haine anti-israélienne,
qui touche aussi les "Modérés"
Madgi Allam
Corriere della Sera, 22 janvier 2008
A propos de l’annulation
de la visite que devait effectuer à la Synagogue, l’imam
de la Grande Mosquée de Rome. Il faut prendre acte de ce que
l’Université égyptienne Al Azhar est un bastion
de l’extrémisme et du terrorisme islamique.
Traduction de l’italien : Menahem Macina
Quelle erreur d’avoir imaginé que la normalisation des
rapports entre l’islam et le judaïsme en Italie pourrait
avoir lieu en faisant abstraction d’Israël.
Ou bien en éludant la question cruciale du droit d’Israël
à l’existence. L’annulation de la visite que devait
faire aujourd’hui l’imam de la Grande Mosquée de
Rome à la Synagogue, sur décision rendue par l'Université
islamique de Al Azhar - une sorte de "Vatican de l'islam sunnite"
- qui a son siège au Caire, confirme que les musulmans dits "modérés"
partagent l’idéologie de la haine, de la violence et de
la mort à l'égard de l'État juif.
C’est une véritable fatwa spécifique, une réponse
juridique fondée sur la charia, le code législatif islamique,
que celle émise par le cheikh Abdel Fattah Allam, le bras droit
du Grand imam de Al Azhar, le cheikh Mohammed Sayed Tantawi :
« Le dialogue entre l’islam et le judaïsme n’est
pas envisageable tant que ceux à qui ils reviennent ne seront
pas rentrés dans leurs droits. »
Traduction : ce n’est qu’après que les Palestiniens
disposeront de l’ensemble de l’entité géographique
dénommée Palestine, et donc après l’élimination
d’Israël, que le dialogue avec les Juifs sera possible en
Italie. Telle est la position officielle et publique de Al Azhar, déjà
exprimée dans la fatwa émise le 4 avril 2002 par le même
Tantawi, par laquelle il légitime le terrorisme-suicide palestinien
:
« Les citoyens israéliens sont une force d’occupation.
De ce fait, les "opérations de martyre" sont la forme
de djihad la plus élevée, et constituent un précepte
islamique dont le but est que le peuple de Palestine reconquière
sa terre et fasse cesser la cruelle agression israélienne. »
Et, dans une note explicative de cette fatwa, mise en ligne sur le site
de Al Azhar, il est précisé que
« toute "opération de martyre" contre quelque
Israélien que ce soit, y compris les enfants, les femmes et les
adolescents, est un acte légitime sur la base de la loi islamique.
»
Eh bien, puisque c’est Al Azhar qui nomme l’imam de la Grande
Mosquée de Rome, il a été enjoint à ce dernier
de renoncer à la visite à la Synagogue. Mais il n’y
a là rien de nouveau. Déjà, le 6 juin 2003, Abdel-Samie
Mahmoud Ibrahim Moussa, l’imam d’alors, avait prononcé
un sermon dans lequel il lançait des appels enflammés
:
« Ô Allah, fais triompher les combattants islamiques en
Palestine. Ô Allah, aide-nous à anéantir les ennemis
de l’islam! »
Le 26 mars 2004, on a découvert que la Grande Mosquée
de Rome abritait un groupe d’extrémistes islamistes, lesquels
ont décidé de réciter la "prière pour
un mort" pour commémorer le récent assassinat du
dirigeant du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin. Et pour calmer le jeu, il
fut décidé de renvoyer en Egypte le nouvel imam, Abdulwahab
Hussein Gomaa. Et maintenant avec le nouveau scandale de l’interdiction
faite à l’imam actuel d’effectuer une visite à
la Synagogue, on touche du doigt la réalité de l’extrémisme
idéologique qui inspire le guide spirituel de la Grande Mosquée
de Rome.
A ce stade, l’Italie ne peut rester spectatrice. Nous ne pouvons
pas permettre que la réalité et l’avenir de l’islam
et des musulmans en Italie soient décidés à l’étranger
par des négateurs d’Israël et des apologistes du terrorisme-suicide
palestinien. Nous devons prendre acte, une fois pour toutes, que Al
Azhar est un bastion de l’extrémisme et du terrorisme islamiques.
Que le Ministre de l’intérieur renvoie dans leur pays respectif
les imams qui se soumettent à cette idéologie. Que le
Ministre des affaires étrangères dénonce l’accord
de coopération du 15 juin 2005 entre Al Azhar et cinq universités
italiennes, signé conjointement par l’ambassadeur Antonio
Badini et le recteur de Al Azhar, le cheikh Ahmad Al Tayyeb, qui affirmait,
le 4 avril 2002 :
« La solution à la terreur israélienne est dans
la prolifération des attentats-suicide qui sèmeront la
terreur dans le cœur des ennemis de l’islam. »
Que l’on cesse de légitimer les idéologues des Frères
Musulmans, à commencer par Tariq Ramadan. Que l’Etat et
les pouvoirs locaux cessent de faire des cadeaux aux mosquées
de l’UCOII [Union des Communautés et Organisations Islamiques
d’Italie].
La leçon que nous devons retenir du nouveau scandale de la Grande
Mosquée de Rome, est qu’avant d’accréditer
un musulman comme interlocuteur officiel, il faut lui faire signer une
déclaration par laquelle il reconnaît publiquement le droit
d’Israël à l’existence et condamne sans équivoque
le terrorisme palestinien.
L’Etat
du peuple juif
Mélanie Phillips
The Jewish Chronicle, 11 janvier 2008
Traduction française
: Menahem Macina
Au-delà du grand spectacle de la visite du Président Bush
en Israël, il y a un sujet de préoccupation plus important
même que ce que l’Amérique peut pousser ce pays à
faire, c’est l'attitude d’Israël lui-même envers
son identité et son histoire et, par extension, son droit à
exister tout simplement.
Au sein de l'élite intellectuelle israélienne, l'instinct
d'autodestruction nationale atteint des niveaux quasi hallucinants.
La récente étude de Tal Nitzan, candidate au doctorat
- qui s'étonnait de ce que, contrairement aux autres armées,
les soldats israéliens ne violaient pas les femmes Palestiniennes
durant leur occupation - affirmait que c’était parce que
les militaires de Tsahal considéraient les femmes arabes comme
"sub-humaines". Cette œuvre absurde de perversité
a été couronnée par un prix décerné
par un Comité de Professeurs de l'Université Hébraïque
[1].
Il est clair que Tal Nitzan aurait dû interviewer le rédacteur
en chef de Haaretz, David Landau, censé avoir déclaré
à la Secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Condoleeza Rice,
lors d'un dîner au mois de septembre 2007, que le gouvernement
israélien souhaitait être violé, car c'était
un Etat en situation d’échec qui avait besoin d'un règlement
imposé par les Etats-Unis.
Des envolées déraisonnables aussi grandguignolesques ne
font que rendre plus intense le respect pour le génie stratégique
de Yasser Arafat. Celui-ci avait compris qu’autant les Juifs feraient
front ensemble face à une attaque conventionnelle, autant ils
ne résisteraient pas à la pression psychologique résultant
d’une relation falsifiée les présentant comme des
colons et faisant d’eux des parias internationaux.
Mais lui-même aurait difficilement pu prévoir à
quel point les intellectuels israéliens inverseraient leur propre
histoire et goberaient la fiction selon laquelle l'impasse au Moyen-Orient
est causée par la division du pays, et que la possession de ce
pays par les Juifs est illégitime.
Cette série de contrevérités a maintenant pris
corps sous la forme d’une hypothèse axiomatique selon laquelle
Jérusalem doit être divisée, comme l'a déclaré
le Premier ministre, Ehoud Olmert, au Jerusalem Post, le week-end dernier.
Mais comme l'a si bien exprimé Dore Gold dans son ouvrage, La
bataille pour Jérusalem, les Juifs revendiquent, de manière
unique et impressionnante, Jérusalem comme centrale pour la nature
singulière de l’Etat Juif.
Ce n'est donc pas un hasard si la pression visant à diviser Jérusalem
s’exerce à un moment où la judéité
de l'Etat d'Israël est ouvertement mise en doute. Olmert affirme
que la solution à deux Etats est essentielle pour préserver
Israël en tant qu’Etat Juif. Mais les Arabes, en ce qui les
concerne, ont à présent exclu catégoriquement [la
notion même d’]un Etat juif.
Olmert insiste néanmoins sur le fait que Mahmoud Abbas accepte,
"en son for intérieur", l’idée qu'Israël
est un état Juif. Olmert a sans doute des pouvoirs psychiques
extraordinaires, dont il fait montre alors même que des membres
du Fatah, liés à l’appareil de sécurité
personnel de Mahmoud Abbas, assassinent deux Israéliens en randonnée
près de Hébron.
L'Occident croit que diviser Jérusalem est la solution la plus
équitable. Mais depuis quand voit-on des agresseurs ainsi récompensés
aux dépens de leurs victimes, même alors qu'ils poursuivent
leur guerre de cent ans, comme le font les Arabes ?
Pourquoi Israël ne met-il pas les points sur les "i"
? Pourquoi ne rappelle-t-il pas au monde la conclusion du même
monde en 1920, selon laquelle les Juifs ont un titre unique à
revendiquer toute la terre d'Israël, y compris Jérusalem
? [1] Pourquoi ne rappelle-t-il pas que lorsque la Jordanie occupa illégalement
Jérusalem jusqu’en 1967, elle profana les lieux saints
juifs, arracha des pierres tombales du Mont des Oliviers pour en faire
des latrines ?
Pourquoi ne dit-il pas que la revendication musulmane concernant Jérusalem
n'est pas religieuse mais politique, et que, comme l’affirme Gold
dans son livre, si la prise de Jérusalem est considérée
comme annonciatrice de la chute de tout l'Occident, la division de Jérusalem
vaudra au djihad mondial un nombre incalculable de nouvelles recrues
?
Il ne le fait pas pour deux raisons. D'abord, il n'arrive toujours pas
à comprendre que la véritable guerre ne se livre pas avec
des roquettes et des bombes humaines, mais avec des idées. Ensuite,
la majeure partie de la classe intellectuelle en est venue à
croire la propagande mensongère des ennemis d’Israël.
Dans les écoles israéliennes et sur les campus, règne
une large ignorance de l'histoire juive et du lien indéfectible
entre la religion, le peuple et la terre, qui constitue l'identité
juive.
Quand le Ministre de l'Education publie des livres scolaires pour les
enfants arabes israéliens, qui leur enseignent, dans la droite
ligne de la propagande arabe que la Guerre d'Indépendance de
1948 fut naqba - une catastrophe -, quelque chose a mal tourné
dans les fondements de la confiance en soi israélienne.
La vraie raison pour laquelle Israël ne livre pas la bataille des
idées pour défendre l'histoire et l’identité
juives, c'est qu’il est en train de les répudier de plus
en plus. Aussi, les Arabes n'ont pas grand-chose à faire pour
mettre fin à l’existence de l’Etat Juif. Les Juifs
eux-mêmes s’en chargeront à leur place.
(Melanie Phillips est chroniqueuse des faits de société
et éditorialiste pour le Daily Mail. On peut lire ses articles
sur son site Web : www.melaniephillips.com.)
---------------------------
Notes du traducteur
[1] Voir, entre autres ma traduction de l'article de Steven Plaut, "C'est
par racisme que les soldats sionistes ne violent PAS les Palestiniennes".
[2] Voir le texte (anglais) énumérant les clauses de l'exercice
du Mandat britannique sur la Palestine, lors de la Conférence
de San Remo : The British Mandate For Palestine San Remo Conference,
24 avril 1920. (Surtout le Préambule (Et les articles 2, 4, 6,
et 11).
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Volume VII,
Numéro 318 • Vendredi, 18 janvier 2008
Escalade du terrorisme
en provenance de la bande de Gaza
Ilan Elgar
Communiqué de l’ambassade
d’Israël, 17 janvier 2008
Le 15 janvier, les actions terroristes
provenant de la bande de Gaza, sous contrôle du Hamas, ont subi
une brusque augmentation. Dans les dernières 24 heures, plus
de 100 roquettes et obus de mortier ont été tirés
depuis Gaza sur les villes de Sdérot et Ashkelon, une localité
de plus de 100 000 habitants. Outre le fait que les terroristes palestiniens
bombardent lourdement et à l’aveugle des zones civiles,
ils ont commencé maintenant à viser des cibles civiles
à l’aide d’armes de précision. C’est
ainsi qu’un jeune volontaire équatorien de 20 ans, du nom
de Carlos Chavez, a été assassiné par un tireur
embusqué dans les champs entourant le kibboutz d’Ein Halosha,
avec un fusil calibre 50 (12,5 mm).
Israël s’est désengagé de la bande de Gaza
en 2005, afin de promouvoir une solution pacifique au conflit. Le pays
a pourtant dû subir en retour une vague de terrorisme, soutenue
par le Hamas. Cela fait plus de deux ans maintenant qu’Israël
a évacué tous ses civils, militaires et implantations
de la bande de Gaza et les a redéployés à l’extérieur
de la frontière internationalement reconnue.
Malgré cela, le Hamas continue à pratiquer des activités
terroristes transfrontalières, kidnappant des Israéliens
et prenant pour cible des civils sur sol israélien. Les tirs
de roquettes depuis la bande de Gaza constituent un acte de violence
indiscriminé et insensé contre la population israélienne.
Depuis la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza, en juin [2007],
environ 1 500 roquettes et obus de mortier ont été tirés
contre Israël. Ces tirs ont causé en Israël des dizaines
de victimes, un profond traumatisme psychologique chez des milliers
d’adultes et d’enfants, ainsi qu’une sérieuse
perturbation de la vie quotidienne.
Aucun pays démocratique ne pourrait supporter de voir sa population
civile quotidiennement prise pour cible sans qu’une réponse
y soit donnée. Chaque pays a le devoir de protéger ses
citoyens et agirait de la même façon qu’Israël
s’il devait se retrouver dans la même situation.
Il convient d’établir une claire distinction entre les
attaques terroristes palestiniennes et la réaction défensive
d’Israël. Les terroristes palestiniens visent directement
les civils israéliens et utilisent leurs propres civils comme
boucliers humains. Les groupes terroristes produisent, transportent
et lancent des roquettes et des obus de mortier à partir de zones
résidentielles densément peuplées, qu’ils
utilisent comme couverture. Ces groupes tentent, de façon délibérée,
de provoquer une crise humanitaire afin de se rallier un large soutien
international ; par exemple, en attaquant les points de passages par
lesquels passe l’aide humanitaire à la population, ou en
faisant acheminer clandestinement des explosifs camouflés en
aide humanitaire.
Israël ne considère pas le peuple de Gaza comme son ennemi
et il fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que des
civils palestiniens innocents puissent souffrir de la situation. Israël
ne cible que les militants armés directement impliqués
dans les actions violentes et les attaques de roquettes et de mortier
contre les citoyens israéliens. L’ordre d’annulation
d’une opération est donné aux officiers de l’armée
israélienne dès que des civils pénètrent
dans la zone de combat. En dépit des contraintes imposées
par la sécurité, Israël fait en sorte d’assurer
la continuité du flux d’aide humanitaire et de biens de
première nécessité vers la bande de Gaza.
Tous les Israéliens veulent vivre en paix avec leurs voisins
palestiniens. Israël considère que le peuple palestinien
a droit à l’autodétermination nationale dans le
cadre de son propre Etat. Israël accepte l’idée de
deux nations vivant côte à côte en paix, d’une
patrie pour le peuple palestinien et d’une patrie pour le peuple
juif. Israël est en train actuellement de négocier avec
l’Autorité Palestinienne modérée sous la
direction du Président Abbas, afin d’avancer vers cet objectif.
Malheureusement, les extrémistes islamistes qui ont pris le contrôle
de Gaza représentent le plus grand obstacle à cette solution
à deux Etats. Les militants palestiniens armés qui sont
la cible d’Israël ne sont pas uniquement les ennemis du peuple
israélien, ils sont les ennemis de la paix. Ils propagent une
idéologie qui promeut la violence plutôt que le dialogue.
Ces extrémistes de Gaza s’opposent à toute réconciliation,
s’opposent aux pourparlers et proclament que tout Palestinien
qui négocie avec Israël est un traître envers l’islam
et la cause arabe. C’est pour toutes ces raisons que le Hamas
est reconnu comme une organisation terroriste par la communauté
internationale, y compris par l’Union Européenne et les
Etats-Unis. Le monde n’a pas besoin d’un nouvel Etat terroriste.
Aucune paix n’est possible tant que la direction du Hamas à
Gaza est plus intéressée à la destruction d’Israël
qu’à une solution à deux Etats.
(Ilan Elgar est Ambassadeur de l’Etat d’Israël
à Berne)
Les espoirs de
Bush au Moyen-Orient
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 17 janvier 2008
Adaptation française:
Alain Jean-Mairet
La politique de George W. Bush à l'égard du Moyen-Orient
et de l'Islam pèsera lourd dans le jugement que les historiens
porteront sur sa présidence. Au terme de son voyage de huit jours
dans six pays du Moyen-Orient et en cette fin de mandat, je propose
quelques réflexions provisoires.
Son trait caractéristique a été sa disposition
à rompre avec des positions bipartisanes bien établies
et à adopter des politiques étonnamment nouvelles –
à la fin de 2005, il avait ainsi défini sa nouvelle approche
dans quatre domaines majeurs:
Islam radical. Avant les attentats du 11 septembre, les autorités
américaines considéraient la violence islamiste comme
un problème limité, purement criminel. En appelant à
une «guerre contre la terreur» en septembre 2001, Bush élargissait
la vision du conflit. Sa définition de la force qui anime le
terrorisme a atteint le sommet de sa précision en octobre 2005,
avec les expressions «radicalisme islamique», «djihadisme
militant» et «islamofascisme».
Guerre préventive. La dissuasion a longtemps été
la politique privilégiée contre l'Union soviétique
et d'autres menaces, mais Bush y ajouta un nouvel élément
en juin 2002 avec l'action préventive. La sécurité
des États-Unis, dit-il, «exigera de tous les Américains
qu'ils restent tournés vers l'avenir, attentifs et résolus,
prêts à lancer une action préventive lorsque ce
sera nécessaire pour défendre notre liberté et
pour défendre nos vies.» Neuf mois plus tard, sa nouvelle
doctrine servait de base à l'invasion de l'Iraq et à l'élimination
de Saddam Hussein avant qu'il ne puisse développer des armes
nucléaires.
Conflit Israélo-arabe. Bush évita la diplomatie désuète
et contre-productive des «processus de paix» en faveur d'une
nouvelle démarche en établissant, en juin 2003, l'objectif
des «deux États, Israël et la Palestine, vivant côte
à côte, en paix et en sécurité». De
plus, il dessina les contours de sa vision du statut définitif,
dressa un calendrier et tenta même d'écarter un leader
récalcitrant (Yasir Arafat) ou d'en favoriser un autre, plus
porteur d'avenir (Ehud Olmert).
Démocratie. Tournant en dérision les «soixante ans
au cours desquels les nations occidentales ont excusé et toléré
le manque de liberté au Moyen-Orient» et parlant d'une
politique qui «n'a en rien contribué à notre sécurité»,
Bush annonça en novembre 2003 «une stratégie entreprenante
vers la liberté au Moyen-Orient» par laquelle il se proposait
de pousser les régimes de la région à élargir
la participation des citoyens.
Voilà pour les visions; mais qu'en est-il de la mise en œuvre?
Au terme de son premier mandat, je trouvais que les options politiques
de Bush, celle concernant le conflit israélo-arabe exceptée,
avaient «de bonnes chances de réussir». Ce n'est
plus le cas. Aujourd'hui, je vois des échecs dans les quatre
domaines.
La compréhension
plus claire de l'Islam radical que Bush avait acquise s'est dissipée
entre-temps, au point qu'il recourt maintenant à de longs euphémismes
inélégants pour éviter de nommer le problème
et utilise des formules telles qu'«un groupe d'extrémistes
qui cherchent à exploiter la religion pour accéder au
pouvoir et établir leur domination».
Les guerres préventives ne vont pas sans la faculté de
convaincre les observateurs de leur légitimité, un talent
dont l'administration Bush n'a pas su faire preuve. Seule la moitié
de la population américaine, et bien moins encore au Moyen-Orient,
a reconnu la nécessité d'envahir l'Irak, ce qui a engendré
des divisions intérieures et une hostilité inégalée
à l'étranger depuis la guerre du Vietnam. L'une des conséquences
en est la difficulté accrue, aujourd'hui, de prendre des mesures
préventives contre le programme nucléaire iranien.
La vision de Bush consistant à résoudre un siècle
de conflit israélo-arabe en consacrant Mahmoud Abbas au poste
de dirigeant d'un État palestinien est illusoire. Une «Palestine»
souveraine aux côtés d'Israël canaliserait la haine
antisioniste et mettrait un terme à la guerre irrédentiste
contre Israël? Non, l'objectif malveillant de la création
d'une «Palestine» inspirerait au contraire encore plus de
ferveur aux partisans de l'élimination de l'État juif.
Enfin, si l'encouragement de la démocratie est certes un but
louable, est-il bien judicieux de plonger la tête la première
dans cette direction à l'heure où la principale force
populaire du Moyen-Orient est l'Islam totalitaire? Pourtant, c'est bien
cette image de plongeon qui caractérisait le mieux la démarche
initiale de Washington – jusqu'à que les dégâts
causés aux États-Unis par cette politique ne deviennent
trop évidents pour être ignorés, ce qui a entraîné
son abandon dans une large mesure.
À un moment où George W. Bush est la cible de telles vitupérations
de la part de ses adversaires, quelqu'un qui, comme moi, souhaite le
voir réussir, ne le critique qu'à contrecœur. Mais
la critique est indispensable. Prétendre que tout va bien ou
rester loyal à une personne en dépit de ses actes ne sert
les intérêts de personne. La correction des erreurs passe
par un constat sans concessions.
Ainsi, je respecte les motivations bienveillantes et les bonnes intentions
de Bush mais je regrette le gaspillage du taux record de soutien –
90% – dont il bénéficiait au lendemain du 11 septembre
2001 et le legs au prochain président d'un électorat polarisé,
d'une armée qui hésite à faire usage de la force
contre l'Iran, le Hamas au pouvoir à Gaza, un désastre
en préparation en Irak, l'essor de l'Islam radical et des niveaux
d'antiaméricanisme sans précédent dans le monde.
Les conservateurs auront fort à faire pour rebâtir leur
politique moyen-orientale.
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Volume VII,
Numéro 317 • Vendredi, 11 janvier 2008
La grande histoire
des juifs
Le «peuple- monde»
propos recueillis par Christian Makarian
L'express, 19 décembre 2007
Des Hébreux à
l'Etat d'Israël, il y a plus qu'une trajectoire exceptionnelle:
un destin. L'historien Elie Barnavi explore ce lien indéfectible
et si singulier qui, de l'Antiquité à aujourd'hui, rattache
les juifs au divin et à une terre.
Les Hébreux, les juifs,
Israël, trois mots qui désignent un seul et même peuple,
dont le destin, unique, couvre quatre mille ans d'histoire. Comment
expliquer une telle continuité?
Ce sont trois séquences d'une continuité idéelle
qui n'est pas nécessairement historique. Il y a eu des coupures,
des conversions, des pertes, mais la fiction féconde qui veut
que nous descendions tous des Hébreux anciens et que nous soyons
tous issus de Palestine est avant tout une vérité idéologique
et spirituelle. Le secret réside dans la singularité de
la croyance de ce groupe humain. Il faut partir d'une phrase de la Bible,
tirée de la bénédiction de Balaam: «Am levadad
ishkon», c'est-à-dire «Un peuple qui demeure seul».
Cela signifie que ce peuple se reconnaît dans un rapport singulier
au divin et que, de ce fait, il se retranche volontairement des autres
et se trouve retranché par les autres. Ce n'est pas seulement
un peuple qui a été ostracisé par les autres, c'est
aussi un peuple qui s'est ostracisé lui-même.
«Un peuple, un livre, une terre. Cette triade nous suit
depuis quatre mille ans»
En quoi ce rapport à Dieu façonne-t-il la relation
aux autres hommes?
Les Hébreux se sont donné un Dieu plus puissant que tous
les autres, invisible, immatériel, impossible à représenter,
transcendantal, qui supplante toutes les formes de divinité et
les renvoie à leur inexistence. On passe ainsi de l'hénothéisme,
la croyance en un dieu supérieur, au monothéisme, la foi
en un Dieu unique. Or ce Dieu a des caractéristiques exceptionnelles
parmi les nombreuses religions du Moyen-Orient. Il se définit
comme le Dieu de tout le genre humain; il s'identifie au Bien; il a
une essence morale, à la différence des dieux païens
qui sont dotés de passions humaines; il entretient une relation
privilégiée avec les Hébreux dans le cadre de ce
que l'on appelle l' «élection». Ce peuple a beau
vivre exactement comme tous ceux qui l'environnent, toute son histoire
est colorée par le sentiment très fort d'être élu,
par la conviction d'être particulier.
L'autre grand thème reste celui de la Terre promise.
Est-ce que la notion de déplacement dans l'espace est également
constitutive de l'identité hébraïque?
Dans l'Antiquité, tous les peuples se déplacent, sauf
les Egyptiens, civilisation plus ancienne. Ce qui est singulier, c'est
d'avoir transformé aussi ce déplacement en partie intégrante
du récit des origines, en un élément constitutif
du destin. Le point d'ancrage que constitue la Terre promise est très
fort. Il est souvent fantasmé dans la mesure où l'on circule
également en fonction de contingences purement humaines: la famine,
la guerre, les aléas climatiques produisent des migrations fréquentes.
Mais on garde en mémoire la promesse de cette terre, et cela
représente un deuxième élément de continuité.
Un élément formidable, puisqu'on le retrouve jusqu'à
nos jours. Il n'y aurait pas eu d'Etat d'Israël sans cette mémoire-là;
conservée, fantasmée, codifiée, faite loi, mais
qui a permis un jour l'avènement d'un pays séculier et
laïque. De sorte que la triade originelle se compose ainsi: un
peuple, un livre et une terre. Cette triade nous suit depuis quatre
mille ans et ne nous a pas lâchés.
Après la terre, la ville. Pourquoi cette fixation sur
Jérusalem?
C'est une décision stratégique du roi David, dans les
années 1000 avant notre ère, fondée sur le fait
que la tribu principale, celle de Judée, pouvait par sa position
géographique centrale rallier autour d'elle toutes les autres
tribus. La sacralité du lieu procède d'abord d'un raisonnement
politique, mais il est certain qu'en plaçant l'arche de l'Alliance
en ce lieu on achevait l'édifice. Du coup, il y a une sorte d'aspiration
de l'être national collectif vers cette cité. En cercles
concentriques, Jérusalem focalise, mais aussi diffuse, le sentiment
national et religieux. On a d'abord un centre transcendantal qui a la
particularité d'être mobile, l'arche d'Alliance, puis un
lieu fixe, Jérusalem. Cela permet de refaire le chemin entier
à l'envers en investissant le tout d'un destin collectif unique.
D'où la nécessité de porter rétroactivement
l'ensemble par écrit, ce que l'on appelle la Bible...
La Bible est écrite plus tard, par morceaux, livre par livre,
processus qui s'étale sur des siècles. On transforme les
récits qui circulent, on les codifie, on définit un canon.
En soi, c'est un phénomène assez classique - songez aux
chants homériques - mais il revêt une dimension sacrale
grâce à l'accompagnement constant de Dieu au fil de tous
les épisodes.
Au fond, Israël est un des seuls Etats de la région qui
n'ait jamais rêvé d'être un empire...
Je pense que c'est lié au caractère sacral du destin national.
Israël ne peut pas s'étendre à l'infini. Il ne pourra
le faire, atteindre les limites du genre humain, que lorsque le temps
sera venu, c'est-à-dire lorsque le Messie adviendra. En attendant,
il faut garder sa spécificité. Cette conception est parfaitement
contradictoire avec l'idée d'empire. Un empire est inclusif;
le judaïsme est exclusif. C'est pourquoi la Terre promise est un
espace délimité. Il est vrai qu'au temps des Hasmonéens
le territoire s'est étendu, des conversions forcées on
eu lieu: si Hérode, le roi contemporain de Jésus, était
juif, c'est parce que ses ancêtres avaient été convertis
de force. Mais cela concernait toujours le même espace, il ne
s'agissait pas d'aller conquérir des terres lointaines. La vocation
du peuple juif est de devenir le peuple-monde dans une dimension eschatologique,
pas dans une vision politique.
Nous n'avons jamais prétendu que nous étions modestes...
Nous l'avons payé très cher.
D'une certaine manière, c'est un concept encore plus
ambitieux que celui d'empire...
Comment se fait-il alors que, très tôt, ce peuple
émigre et essaime sur tout le pourtour méditerranéen?
Cela s'explique par une initiative héroïque prise au moment
du siège de Jérusalem, en 70 après Jésus-Christ,
au terme duquel le Temple est rasé. Il a fallu prendre une décision
lourde de conséquences pour l'avenir. Est-ce que le judaïsme
se résumait au Temple, ce qui supposait sa disparition dès
lors que le Temple était détruit? Ou bien, est-ce que
l'on pouvait imaginer un Temple portatif, itinérant, qui permettait
de pérenniser la foi? Ce n'était pas évident, puisque
le Temple était conçu dès l'origine comme la demeure
de Dieu. La décision est prise par les sages. Yohanan ben Zakaï,
le plus important d'entre eux, s'enfuit de Jérusalem enfermé
dans un cercueil; il aurait demandé à l'empereur romain
Vespasien l'autorisation de se rendre à Yavné, dans le
centre du pays, et d'y fonder une synagogue. Ce sera une réduction
du Temple et il suffira de dix mâles juifs pour que le judaïsme
se perpétue. A partir de ce moment-là, il y a une coupure
physique, mais non spirituelle, entre le peuple et la terre. On peut
être juif ailleurs: c'est une décision révolutionnaire.
Et la religion vient à l'appui de cette «translation»:
il faudra attendre que le Messie revienne pour retourner chez nous.
Les événements politiques ultérieurs donnent raison
à cette modification. En 135, avec la révolte de Bar Kochba
contre Hadrien, Jérusalem est rasée, rebaptisée
Aelia Capitolina, les juifs sont interdits dans la cité: c'est
la fin d'une présence juive significative dans toute la région.
L'écroulement du centre oblige les juifs à imaginer un
autre moyen de poursuivre leur existence. Pour la première fois
de leur histoire, la périphérie devient plus importante
que le centre. Cette dialectique du centre et de la périphérie
ne cessera de poursuivre les juifs pendant deux mille ans. La deuxième
révolution se fera avec la création de l'Etat d'Israël,
en 1948, et produira un renversement de perspective: le centre redeviendra
alors plus important que la périphérie.
Le modèle juif n'est-il pas l'inverse des modèles
hellénique ou romain, qui se sont caractérisés
par la fusion des cultures?
Oui, c'est vrai. Partout où les peuples ont été
conquis par les Grecs ou les Romains, ils ont absorbé la culture
du vainqueur. Le cas le plus frappant est celui de la Gaule et de la
culture gallo-romaine. C'est la loi commune. Le modèle juif est
l'inverse - même si de nombreux juifs ont été attirés
par la culture hellénique ou romaine (on trouve même des
juifs qui se font refaire le prépuce pour combattre nus dans
l'arène, à l'imitation de leurs occupants). Les Romains
ne comprenaient pas cette résistance, car le polythéisme
est inclusif. Ils étaient prêts à incorporer Yahvé
à leur panthéon, pourquoi les Juifs refusaient-ils d'accepter
Jupiter, ou César, dans le leur? L'incompréhension était
telle que les Romains nommaient cela superstitio, expression qu'ils
ont également appliquée aux chrétiens, car ils
trouvaient cet exclusivisme barbare. Il y avait là deux manières
complètement différentes de concevoir le lien au divin,
mais aussi le sens de l'humain. Du coup, les Romains ont fécondé
l'ensemble du monde méditerranéen, mais ils ont disparu.
Nous, nous sommes toujours là.
Comment expliquer que les juifs aient été nombreux
à Rome, avant même la destruction du Temple?
Ils y étaient présents comme tous les autres peuples soumis
par les Romains. Mais la différence, encore une fois, c'est qu'ils
y maintenaient leur spécificité, pour des raisons religieuses,
et présentaient de ce fait une visibilité plus grande
que d'autres. Ils auraient pu, peut-être, devenir la religion
majoritaire de l'Empire romain, sauf qu'ils n'en ont jamais eu la volonté.
Pas plus qu'ils n'ont eu la volonté de procéder à
des compromis essentiels; ce que les chrétiens, eux, ont consenti.
Pour dépasser la loi juive, il fallait en effet un autre dessein,
celui qu'ont montré les juifs Pierre et Paul, surtout ce dernier,
en sachant passer ces compromis avec les Gentils (les païens).
Ils ont ainsi apporté le judaïsme aux Gentils: c'est ce
que l'on appelle le christianisme. La transformation d'une loi réservée
à un petit groupe en une loi universelle a produit une autre
révolution. Il suffisait de supprimer la circoncision, ce qui
n'était pas en soi insurmontable, mais surtout d'abolir la kashrout,
c'est-à-dire l'ensemble des lois alimentaires mentionnées
dans la Torah, or cela était impensable pour l'écrasante
majorité des juifs.
Pour vous, le christianisme est-il un judaïsme universalisé?
Bien sûr, c'est l'évidence même. D'où l'opposition
entre christianisme et judaïsme: il faut bien tuer le père,
sans vouloir faire de psychanalyse sauvage. Chez les Pères de
l'Eglise, il existe une forte hostilité envers les juifs parce
qu'ils n'ont pas accepté cette mutation d'une religion tribale
à une religion universelle. S'il n'y avait pas eu de filiation
directe, il n'y aurait pas eu autant d'aigreur. L'antijudaïsme
d'Eglise est une donnée incontournable; il ne pouvait pas en
aller autrement. Car l'Eglise, loin de renier l'héritage juif,
s'en déclare la seule vraie dépositaire et se proclame
verus Israël. Il est clair que l'Eglise n'aurait pu ni vivre ni
croître si elle ne s'était pas d'emblée opposée
au judaïsme. Cet antijudaïsme n'est pas racial, et ne peut
pas l'être, puisque les textes chrétiens ne cessent de
vouloir établir une ligne droite entre les prophètes d'Israël
et le Christ. Ce faisant, l'Eglise considère que ceux qui n'acceptent
pas ce dépassement sont rebelles à leur propre message.
C'est pourquoi il y a un Nouveau Testament, qui n'abolit pas l'Ancien
mais qui se réclame de son accomplissement.
Néanmoins, la présence des juifs est indissociable
de l'histoire européenne...
Ils sont très nombreux en Europe, car la civilisation chrétienne
présente des caractéristiques économiques paradoxales.
Etrangers dans leur propre pays, les juifs n'ont pas le droit de posséder
de la terre, d'avoir des employés chrétiens. Pour assurer
leur subsistance, ils se spécialisent très vite dans l'artisanat,
le commerce, en particulier celui de l'argent, qui, en principe, est
interdit aux chrétiens. La croissance économique de l'Europe
fait de plus en plus appel au crédit, ce qui ouvre aux juifs
un nouveau domaine d'activité nécessaire au développement
de la production et des échanges. Du reste, là où
une classe marchande chrétienne a pu suffisamment se développer,
comme en Italie, les juifs sont beaucoup moins nombreux. En revanche,
ils sont massivement présents en Pologne, où ils finiront
par constituer à eux seuls toute la classe moyenne, entre une
aristocratie et une paysannerie catholiques très éloignées
l'une de l'autre. D'où l'extraordinaire hostilité qu'ils
susciteront dans ce pays.
Faut-il lier indissociablement l'antijudaïsme et l'antisémitisme?
Personnellement, je distingue assez nettement les deux. L'antijudaïsme
chrétien traditionnel est au départ un affrontement uniquement
religieux, puisque le racisme est contradictoire avec le sens même
du message chrétien, qui tend à l'universalité.
Certes, il prend, au fil du temps, une coloration sociale et économique;
à partir des xiie et xiiie siècles, par exemple, l'aspect
racial apparaît, notamment dans l'iconographie. Cela reste toutefois
marginal. En Espagne, au moment de l'adoption des lois de pureté
du sang (limpieza de sangre), au xve siècle, surgit pour la première
fois une aggravation. Ces lois interdisent aux juifs convertis à
la religion chrétienne, ainsi qu'à leurs descendants directs,
l'accès aux hautes fonctions étatiques ou ecclésiales.
Mais, là encore, le fait que le mouvement ne déborde pas
de l'Espagne limite les dégâts. En réalité,
c'est avec la sécularisation de l'Occident que tout se précipite.
L'antijudaïsme chrétien se transforme en un autre phénomène,
qui prend une existence autonome. Une mutation s'opère. Pour
forcer le trait, je dirai que, au Moyen Age, les juifs ont le nez de
tout le monde et sont habillés différemment; à
l'époque moderne, ils sont habillés comme tout le monde
mais ont un nez différent. Or on peut changer d'habit, mais pas
de nez. Plus l'Europe se sécularise, plus l'antijudaïsme
traditionnel cède la place à l'antisémitisme racial.
Du reste, le terme d'antisémitisme date de 1879, sous la plume
du journaliste allemand Wilhelm Marr. En tant qu'historien, j'observe
que l'antisémitisme est le plus dangereux là où
la part de l'antijudaïsme chrétien est la plus faible et
où la composante raciale est la plus forte. Et la composante
raciale est la plus forte là où il n'y a plus du tout
d'élément chrétien, là où il n'y
a plus qu'un paganisme, comme ce fut cas du nazisme.
Pourquoi l'Allemagne a-t-elle atteint ce paroxysme alors que
l'antisémitisme existait partout ailleurs?
L'antisémitisme intellectuel est plutôt français,
tandis que l'antisémitisme viscéral est plutôt allemand.
Cela tient aux conditions de développement de l'Etat allemand.
L'Allemagne est une nation inaboutie, malheureuse, une nation qui a
longtemps attendu d'être une entité unifiée. Elle
n'a pas connu d'enveloppe étatique susceptible d'embrasser tout
un peuple dans ses multiples composantes. Face aux antisémites
français, les juifs restaient quoi qu'il en soit des citoyens
français; tandis qu'en Allemagne, en l'absence d'Etat unitaire,
les juifs n'étaient pas allemands au sens collectif du terme.
Pour remplacer ce tissu conjonctif, les Allemands ont mis en avant la
Kultur. Or la Kultur, ce n'est pas la civilisation, ce sont les origines,
Hermann, Siegfried, le sang, la terre. Et tous ceux qui n'en relèvent
pas ne font pas partie de ce corps-là. Ils deviennent des corps
étrangers, qui constituent la cible idéale contre laquelle
s'unir. C'est pourquoi il a existé en Allemagne plus facilement
qu'ailleurs, ce que Saul Friedländer appelle l' «antisémitisme
rédempteur», qui est un antisémitisme éradicateur.
«Israël s'inscrit à la fois dans une longue
continuité et dans une rupture complète»
Comment s'est forgé le sionisme?
Je m'en tiendrai à deux
idées. Premièrement, de la même manière que
l'antijudaïsme s'est sécularisé en antisémitisme,
l'aspiration à Sion s'est sécularisée en sionisme.
Il y eu une translation du Messie au peuple; au lieu de retourner vers
la Terre promise à l'avènement du Messie, comme le dit
la Torah, les juifs ont commencé à penser: «Nous
y retournerons quand nous le déciderons.» Deuxièmement,
sans l'antisémitisme, le sionisme serait quand même né,
en raison du puissant mouvement des réveils nationaux au xixe
siècle, mais sa réussite, elle, aurait été
hasardeuse. Il n'aurait eu presque aucune chance de réussir.
On le voit dans les statistiques, dès l'aube du xxe siècle.
Il existe un courant continu d'immigration vers la Palestine, mais à
chaque vague de pogroms il gonfle sensiblement, jusqu'à devenir
irrésistible pendant la Shoah. De façon paradoxale, je
pense que, sans la Shoah, il n'y aurait pas eu d'Etat d'Israël.
Seule la disparition d'un tiers du peuple juif a convaincu les juifs
qu'il fallait donner naissance à un Etat juif; et a également
convaincu les autres nations de cette nécessité.
Certains disent aujourd'hui que rattacher la création
d'Israël à la Shoah affaiblit ce pays, dans la mesure où
le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes devrait suffire
en soi à rendre Israël légitime. Qu'en pensez-vous?
Je ne suis pas du tout de cet
avis. Dans la déclaration d'indépendance, il n'est pas
question de la Shoah; on évoque seulement le droit naturel du
peuple juif et la résolution des Nations unies. Jusqu'au procès
Eichmann, au tout début des années 1960, Israël n'évoquait
presque jamais la Shoah. Mais, historiquement, humainement, la Shoah
est la justification ultime de l'existence nationale juive. Non seulement
cela n'enlève rien à la légitimité d'Israël,
mais cela l'assoit définitivement, et il n'existe pas de justification
humaine plus élevée.
Comment Israël s'inscrit-il aujourd'hui dans le destin
du peuple juif?
L'Etat d'Israël se vit comme
une très vieille aventure. Dans la déclaration d'indépendance,
il est question de l'héritage des prophètes d'Israël.
Israël se veut comme la continuité d'une histoire plurimillénaire.
En même temps, il représente une nouvelle mutation, puisqu'il
a été créé par la volonté des hommes,
non celle de Dieu, et que la loi y est faite par les représentants
du peuple, non par la Torah. C'est donc une création ambiguë,
un peu curieuse: Israël se revendique à la fois d'un long
passé, de l'appartenance à un peuple théophore
et d'une Constitution moderne, propre aux Etats-nations classiques.
Il n'y a donc aucun moyen de faire une séparation nette entre
ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas. On peut être chrétien
et français, chrétien et allemand, mais on ne peut être
que juif et juif: c'est très compliqué. Notre religion
est ethnique, tribale, nationale: il est plus difficile de distinguer
ce qui dépend du domaine de la foi et ce qui relève du
champ de l'Etat. C'est pourquoi la création d'Israël s'inscrit
à la fois dans une très longue continuité et une
rupture complète. Les Pères fondateurs l'avaient bien
compris. Ben Gourion disait: «L'Etat d'Israël est l'interprétation
moderne du judaïsme.» A l'opposé, les juifs orthodoxes
ont rejeté cette définition en considérant qu'il
n'y avait pas de retour possible vers la Terre promise sans la venue
du Messie: l'exil était la volonté de Dieu, la refondation
d'Israël devait l'être aussi.
Quelles perspectives voyez-vous pour Israël?
J'ai une impression politiquement confuse mais existentiellement très
claire. En tant qu'historien, je suis relativiste par profession. Nous
traversons une éclipse; ce n'est pas un bon moment pour Israël.
Mais l'être israélien est indestructible, pour autant qu'une
collectivité humaine puisse l'être. En ce qui concerne
la diaspora, pour la première fois de l'Histoire, la quasi-totalité
du peuple juif vit dans des régimes libéraux et démocratiques
où il a le choix de rester ou de partir. Il y aura encore des
temps difficiles, mais je ne vois aucun scénario dans lequel
l'Etat d'Israël pourrait disparaître.
Elie Barnavi Né à Bucarest en 1946, Elie Barnavi a
suivi des études d'histoire et de sciences politiques à
Tel-Aviv et à la Sorbonne. Professeur d'histoire de l'Occident
moderne à l'université de Tel-Aviv, il a également
été ambassadeur d'Israël à Paris, de 2000
à 2002. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont une Histoire
universelle des juifs (Hachette Littératures) et, récemment,
Les Religions meurtrières (Flammarion). Il est actuellement directeur
scientifique du musée de l'Europe, à Bruxelles.
Le
viol d’Israël
Caroline Glick
Jerusalem Post, 3 janvier 2008
Traduction française
: Menahem Macina
Mercredi dernier, Le Jewish Week, de New York, relatait que le directeur
du "journal de référence" autoproclamé,
en Israël, avait demandé à la Secrétaire d’Etat
américaine de violer son pays, et lui avait dit que son fantasme
érotique était de voir l’Amérique violer
Israël.
Le 10 septembre, lors d’un dîner au domicile de l’ambassadeur
américain Richard Jones, la Secrétaire d’Etat, Condoleeza
Rice, rencontrait un groupe d’"élites" israéliennes.
Au nombre des élites figurait le rédacteur en chef de
Haaretz, David Landau. Selon le Jewish Week, Landau avait évoqué
Israël comme étant un "Etat en faillite politique",
qui avait besoin que lui soit imposé un accord américain.
Landau était censé avoir supplié Rice d’intervenir,
affirmant que le gouvernement israélien voulait être «
violé », et que voir cet événement se produire
provoquerait chez lui (David Landau) une éjaculation nocturne
[1].
Interrogé par le journal [Jewish Week], Landau prétendit
que ce récit de ses commentaire était inexact, mais confirma
ensuite avoir dit qu’ « Israël voulait être violé
» par un accord imposé, et avoir dit à Rice que
son « éjaculation nocturne » était de s’adresser
à elle à ce propos. Il ajouta que plusieurs personnes
étaient venues le trouver ensuite et l’avaient félicité
pour sa remarque, et affirma : « J’ai exprimé ce
que beaucoup d’Israéliens ressentent ».
En réalité, pratiquement aucun Israélien ne ressent
ce que Landau a exprimé. Mais ses vues sont partagées
par son journal et par une partie significative des élites qui
dominent le pays.
L’influence de la masse favorable au viol, qui émergea
au lendemain de la défaite d’Israël dans la guerre
contre le Hezbollah, en 2006, est devenue décisive au cours des
quelques derniers mois, à l’approche de la date du rapport
final de la Commission d’enquête Winograd sur la guerre.
On prévoit que le rapport, qui doit être rendu public à
la fin de ce mois, conclura à la responsabilité de Ehud
Olmert dans l’échec d’Israël à vaincre
la légion étrangère de l’Iran au Liban.
Pour atténuer la demande publique de sa démission, que
ce rapport risque de déclencher, Olmert s’est employé
sans relâche à courtiser la foule de Landau. A cette fin,
il courtise la Syrie, se fait l’avocat du retrait israélien
de la Judée, de la Samarie et de certaines parties de Jérusalem,
et refuse également d’agir contre l’armée
du Hamas à Gaza, entraînée par l’Iran et qui
se renforce.
Ensuite, également, une semaine avant la première visite
présidentielle de George W. Bush en Israël, Olmert a accordé
une interview au Jerusalem Post, dans laquelle il a fait tout son possible
pour prouver que Landau a raison. Oui, son gouvernement souhaite être
"violé" par les États-Unis.
Avec des accents qui sonnaient plus comme ceux d’un porte-parole
palestinien que ceux du dirigeant d’Israël, Olmert a attaqué
son propre pays, affirmant que celui-ci ne tient pas ses engagements
envers les Palestiniens partisans de la terreur. Selon ses propres termes,
« Il y a une certaine contradiction entre ce que nous voyons réellement
et ce que nous avons nous-mêmes promis. Nous nous plaignons toujours
des promesses non honorées par l’autre partie. Les obligations
n’incombent pas qu’aux autres, nous devons aussi les honorer
nous-mêmes. »
Olmert a fait valoir qu’Israël doit se retirer jusqu’aux
lignes de l’armistice de 1949, avec des modifications mineures,
non pas parce que cela assurera la paix avec les Palestiniens, mais
parce que, si nous ne le faisons pas, nous perdrons notre majorité
juive.
L’argument du Premier ministre est contestable pour deux raisons
majeures. D’abord, les lignes de 1949 ne sont pas des frontières
démographiques, mais des lignes de cessez-le-feu. Du côté
est de la ligne, vivent un demi-million de Juifs, et du côté
ouest, un million d’Arabes. Deuxièmement, les lignes de
cessez-le-feu sont indéfendables. Ainsi, se retirer sur les lignes
de 1949 non seulement ne résoudrait aucun problème démographique,
mais mettrait Israël en péril, sur le plan militaire.
De plus, il y a le fait que les sombres prévisions démographiques
sont fondées sur les résultats d’un recensement
falsifié, publiés par l’Autorité palestinienne
en 1997. Comme le Groupe de Recherche Démographique américano-israélien
l’a prouvé de manière convaincante, en janvier 2005,
les chiffres de l’AP étaient gonflés dans une proportion
de quelque 50 pour cent. Bien que la démographie constitue un
problème, Israël ne court pas un danger immédiat
de perdre sa majorité juive.
Le danger immédiat auquel Israël est confronté provient
non de la démographie, mais de l’idéologie du djihad,
qui a convaincu le monde arabe et islamique de viser à la destruction
d’Israël plutôt que de l’accepter. Se retrancher
sur un territoire exigu dans des frontières indéfendables
ne fera qu’aggraver ce problème en montrant aux djihadistes
qu’Israël peut être détruit par la violence
et la terreur.
Olmert a également argué qu’Israël devait renoncer
à sa souveraineté sur Jérusalem parce que les partisans
d’Israël le veulent. Selon lui,
« Le monde qui est bien disposé à l’égard
d’Israël… qui soutient vraiment Israël, quand
il parle de l’avenir, parle d’Israël dans les frontières
de 1967. Il parle de la division de Jérusalem. »
C’est ainsi que, dans une interview en anglais, une semaine avant
la venue de Bush dans le pays, Olmert a formellement demandé
à un ami d’Israël à la Maison Blanche de faire
pression sur Israël pour qu’il renonce à ses droits
et intérêts nationaux et vitaux.
Dans la même interview accordée au Jerusalem Post, Olmert
a admis que son partenaire présumé pour la paix –
le leader du Fatah et président de l’Autorité palestinienne,
Mahmoud Abbas – ne reconnaît pas le droit d’Israël
à exister et exige le soi-disant « droit au retour »
pour des millions de descendants des Arabes qui ont quitté Israël
en 1948. Mais, a-t-il rassuré, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.
Olmert n’est pas inquiet parce qu’il peut lire dans l’âme
d’Abbas. Il dit, en effet :
« Si vous demandez [à Abbas] de dire qu’il considère
Israël comme un Etat juif, il ne le dira pas. Mais si vous me demandez
si, en son for intérieur, il accepte Israël comme Israël
se définit lui-même, je pense que c’est le cas. »
Pour Olmert, attentif comme il est à s’assurer le soutien
de la bande favorable au viol national, sa foi dans l’âme
pacifique d’Abbas est plus importante que la réalité
visible sur le terrain. Et cette réalité ne se reflète
pas vraiment dans le fait que Fatah et Hamas ne peuvent être distingués
l’un de l’autre, sur le plan rhétorique. Cette réalité
se reflète aussi dans le fait que les trois Israéliens,
assassinés au cours des six dernières semaines –
Ido Zoldan, David Rubin et Ahikam Amihai –, ont été
tués par les forces de sécurité officielles de
l’Autorité palestinienne, qui sont sous le contrôle
d’Abbas.
Ces trois meurtres terroristes montrent clairement que l’AP elle-même,
plutôt que le Hamas, est le groupe terroriste le plus meurtrier
de la société palestinienne. Et les mêmes organes
de sécurité de l’AP, qui sont impliqués dans
le meurtre d’Israéliens, sont financés et armés
par Israël et les Etats-Unis, qui, de plus, les entraînent,
conjointement aux Européens et aux Russes.
Plutôt que de protester contre cette sordide réalité,
le gouvernement Olmert s’en justifie. Jeudi, le porte-parole d’Olmert,
Mark Regev, a déclaré au Jerusalem Post qu’Israël
évoquerait devant Bush l’implication des forces de sécurité
de l’AP dans le meurtre d’Israéliens ; mais Regev
s’est efforcé de minimiser la signification du fait que
les forces de sécurité de l’AP elles-mêmes
sont celles qui assassinent des Israéliens. Il a fait mention
des tueurs comme d’« éléments malhonnêtes
et extrémistes au sein de la machine du Fatah et de l’appareil
de sécurité palestinien », s’efforçant
ainsi de les distinguer de leurs dirigeants qui encouragent et louent
leur comportement.
Par leurs actes et leurs déclarations, les Palestiniens eux-mêmes
montrent chaque jour qu’il n’y a pas de différence
entre Abbas et le Premier ministre, Ismaël Haniyeh, ou entre le
Fatah, le Hamas et le Jihad Islamique. Aucun d’eux n’est
intéressé à une coexistence pacifique avec l’Etat
juif – quoi qu’ils puissent ou ne puissent pas ressentir
en leur for intérieur. Il arrivera en Judée, en Samarie
et à Jérusalem, ce qui s’est produit à Gaza
: tout territoire qu’Israël transférera à leur
autorité sera utilisé comme une base d’opérations
contre Israël. Toutes les communautés israéliennes
abandonnées seront transformées en bases d’entraînement
terroriste et en rampes de lancement de missiles.
Mais alors, la réalité de guerre n'a pas grand'chose pour
retenir l'attention, sous le spectre menaçant du Rapport Winograd.
La seule réalité qui intéresse Olmert est celle
de son aspiration à rester en poste. Et pour rester en poste,
Olmert a besoin de Landau et de ses amis. Et ainsi, la camisole de force
stratégique d’Israël devient de jour en jour plus
étroite.
Cette semaine, Ali Larijani, l’homme
fort iranien, a effectué une visite d’Etat officielle en
Egypte. Il a rencontré non seulement le Président Hosni
Mubarak et le Ministre des affaires étrangères, Ahmad
Gheit, mais aussi un dirigeant religieux égyptien, président
de la mosquée Al Azhar et de l’Université Islamique,
le Sheikh Muhammad Tantawi. Au cours de sa visite, Larijani a proposé
à l’Egypte une collaboration nucléaire. Il s’est
également employé à aplanir les différends
religieux entre l’islam chiite et sunnite, pour faciliter une
collaboration djihadiste contre les ennemis communs de tous les musulmans.
Aussitôt après la visite de Larijani, Mubarak a enfreint
la promesse, qu’il avait faite, une semaine auparavant, à
Ehud Barak, de ne pas autoriser les milliers de terroristes du Hamas
- qui, de retour d’Arabie Saoudite, cherchaient à retourner
à Gaza - à entrer dans la Bande de Gaza par le passage
de Rafah, dépourvu de forces israéliennes de sécurité.
Mercredi, les terroristes ont traversé la frontière sans
rencontrer d’opposition. On rapporte que certains d’entre
eux transportaient plus de cent millions de dollars en liquide, reçus
de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. D’autres revenaient
après avoir subi un entraînement militaire en Iran.
Le gouvernement Olmert n’a rien trouvé à redire
à cette collusion manifeste avec les ennemis d’Israël.
Et comment le pourrait-il ? Admettre que l’Egypte est un Etat
ennemi porterait atteinte au scénario de paix du gang favorable
au viol national. Pour eux, l’Egypte est le leader du "camp
modéré". Plutôt que d’admettre cette
réalité, Olmert inonde Mubarak de louanges. Dans son interview
au Jerusalem Post, il a dit :
« Quand je pense à ce que pourrait être la situation
si nous avions affaire à quelqu’un d’autre que Mubarak,
eh bien, je prie chaque jour pour qu’il aille bien et soit en
bonne santé. »
La vérité est que, jusqu’ici, la manœuvre d’Olmert
a été un succès. Toutes les tentatives publiques
pour contraindre Olmert à la démission – en raison
de son échec au Liban et à Gaza, et des soupçons
de corruption massive qui pèsent sur lui – ont été
sabordées. Montant la garde autour de son homme, le camp des
partisans du viol national a peu favorisé un relais médiatique
des appels populaires à sa démission. Landau et ses amis
veulent absolument perdre des guerres et être dirigés par
des gens moralement discrédités et incompétents,
si cela facilite le viol international de leur pays.
Prenons l’exemple de l’employé du Haaretz de Landau,
l’éditorialiste Yoel Marcus. Dans son éditorial
du 14 décembre, Marcus appelait à contraindre Olmert à
quitter sa fonction. Juste une semaine plus tard, soulignant l’importance
du processus de paix, Marcus disait qu’Olmert devait rester au
pouvoir après la publication du Rapport Winograd.
Il y a, à Washington, des fonctionnaires qui prétendent
que Bush est fâché contre Olmert. Ils disent que Bush s’attendait
à ce qu’Olmert tienne tête à Rice quand elle
est devenue ouvertement hostile à Israël lors de son retournement,
au cours de la conférence d’Annapolis. Ces fonctionnaires
affirment que si seulement Olmert tenait tête à Rice, le
président aurait enfin l’occasion de la marginaliser.
Il est difficile de savoir ce qu’il faut penser de cette affirmation.
Malheureusement, nous ne pourrons vérifier sa valeur de sitôt.
Surveillé par le groupe des partisans du viol d’Israël,
Olmert a besoin de la pression de Rice. C’est ainsi qu’il
a dit au Jerusalem Post que Bush (et, par extension, Rice) « ne
fait pas la moindre chose que je n'approuve pas. Il ne soutient rien
de ce à quoi je m’oppose. »
La première visite présidentielle de Bush en Israël
aurait pu être une grande opportunité pour le pays. Mais,
dans son interview au Jerusalem Post, une semaine avant la venue de
Bush, Olmert a clairement montré que cette visite sera un désastre.
Que Bush le veuille ou non, avant la publication du Rapport Winograd,
Olmert ne lui laissera pas le choix. Bush sera forcé de violer
Israël.
Note du traducteur
[1] Littéralement, "un rêve humide" (wet dream),
métaphore d’une éjaculation involontaire durant
le sommeil.
Début
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Volume
VII, Numéro 316 • Vendredi, 4 janvier 2008
Sous le voile
de Benazir
Laurent Murawiec
Metula News Agency, 31 décember
2007
Les bondieuseries coulent à
flot : Benazir Bhutto est canonisée, sainte laïque de la
démocratie. L’ennui, c’est que l’image ne correspond
en rien à la réalité. Recadrons un peu l’image
pieuse.
Benazir Bhutto était l’héritière
d’une dynastie de grands propriétaires fonciers du Sind,
l’une des quatre provinces constituantes du Pakistan. Comme les
autres latifondiaires, les Bhutto, immensément riches, sont virtuellement
propriétaires des villages et des villageois, qu’ils traitent
depuis toujours comme des serfs. On n’éduque pas, on taxe.
On n’alphabétise pas, on rançonne. Mais le père
de Benazir, Zulfikar Ali Bhutto, s’était déclaré
« socialiste », étiquette qui recouvrait un populisme
creux et corrompu, enrobé d’un charme indéniable.
Pour lui, comme pour la quasi-totalité de la classe politique
pakistanaise, le pouvoir était avant tout un moyen de s’enrichir
démesurément en pillant l’Etat et la nation. Voleur
de grande envergure, il ne se différenciait en rien des autres,
sinon par le label. Il était aux affaires, quand l’Armée
pakistanaise se livra à l’un des plus abominables massacres
de l’histoire de l’après-guerre : les Bengalais (musulmans)
du Pakistan oriental, ayant osé déclarer leur indépendance,
la soldatesque pendjabi (musulmane) du Pakistan (alors « occidental
») massacra sans retenue, jusqu’à ce que l’Armée
indienne inflige à ces soudards une raclée mémorable
et méritée.
Ali Bhutto plaça le Pakistan
sous la houlette de l’Arabe saoudite. C’est lui qui lança,
à l’époque contemporaine, la nouvelle vague de l’islamisation
du pays, jusqu’à lors en équilibre relatif entre
Islam et sécularisme. C’est lui qui fit de la Charia la
loi du pays – « socialisme islamique », n’est-ce
pas ? Lorsqu’il tomba sur plus islamiste que lui, avec le général
Zia ul-Haq, il le paya de sa vie : le partage des dépouilles
n’est pas le fort des dirigeants pakistanais, civils ou militaires.
Bhutto fut ignoblement pendu par l’ignoble Zia, lequel, aux dires
d’un général indien, « aurait volontiers importé
du sable d’Arabe saoudite pour que le Pakistan ressemble plus
à l’Arabie ». Le martyr pendu acquit dans la mort
un lustre que ses actes ne méritaient guère. C’est
lui qui avait mis en route la « bombe islamique », qui rend
le Pakistan d’aujourd’hui si dangereux. Sur financement
saoudien, une fois encore, le Pakistan miséreux dépensa
sans compter pour se doter d’armes nucléaires et de missiles
balistiques. Le bilan était accablant.
Benazir prisonnière fut
vilainement traitée par Zia, lequel fit du Coran une puissance
constitutionnelle et du djihad une doctrine officielle. N’était-il
pas conseillé par Abou Ala Maudoudi, l’un des principaux
théoriciens du djihad au XXème siècle, lequel se
prenait pour le Mahdi ? Après la mort de Zia, Benazir reprit
la franchise développée par son père : le Pakistan
People’s Party (PPP) et s’en servit pour prendre le pouvoir.
Premier ministre, elle accéléra la nucléarisation
militaire ; elle ne fit rien, mais rien de rien, pour améliorer
le sort des Pakistanais, pour améliorer le statut de la femme,
pour améliorer la déplorable situation de l’enseignement,
pour aider l’économie à prospérer. Elle continua
la politique de haut vol de son père, avec corruption et vénalité
en toile de fond. Elle continua également à exploiter
la ferveur des miséreux, qui projetaient en elle tous leurs espoirs,
comme il l’avaient fait pour son père : masse de manœuvre
crédule, masse de mobilisation, jouets asservis aux ambitions
des puissants, pions qu’ils poussent sur l’échiquier
du pouvoir.
C’est quand elle était
premier ministre que les services de renseignement de l’Armée
pakistanaise, l’Inter-Service Intelligence (ISI) créèrent
de toutes pièces les Talibans d’Afghanistan : le Pakistan
considère qu’il doit dominer le voisin afghan afin de se
donner, face à l’Inde, une « profondeur stratégique
». L’idée est invraisemblablement stupide, mais elle
va de pair avec l’orchestration par les militaires et les barbouzes
pakistanais du plus vieux djihad existant sur terre : la guerre menée
depuis 1948 contre l’Inde au Cachemire. Périsse la nation
pourvu que le djihad triomphe !
Renversée – l’Armée
pakistanaise renverse périodiquement les premiers ministres élus,
avant de rentrer dans ses casernes – Benazir s’exila. Elle
donna alors toute la mesure de son habileté : elle savait parler
aux media et aux politiciens occidentaux dans leur langue, leur servir
les plats qui leur plaisaient, leur dire les mots qui plaisent dans
une langage familier. Ah ! A Londres et à New York, comme elle
était féministe, démocrate, pro-occidentale et
moderniste ! Elle utilisait à ravir sa beauté, son charme
et sa culture oxfordienne pour présenter une image qu’adoptèrent
d’enthousiasme les media : cette courageuse et charismatique musulmane
réformatrice était une tête de pont de l’Occident.
Ce n’était pas vrai, mais l’image resta. Elle y croyait
sans doute quelque peu elle-même. L’image était factice,
mais remplaça la véritable Benazir Bhutto aux actualités,
et même dans les calculs des diplomates. On prenait l’ombre
aguichante pour la substance, et les momeries qui coulent aujourd'hui
à flots dans les notices nécrologiques, pour argent comptant.
Présidente à vie
du PPP, Benazir n’était pas démocrate, mais l’une
des rapaces qui se déchirent le pouvoir et ses richesses au Pakistan.
Certes, elle avait émis, ces temps derniers, de fortes condamnations
des djihadistes et des islamistes extrémistes, lesquels le lui
rendaient bien. Cela faisait partie du spiel du pouvoir. Aurait-elle
joint le geste à la parole ? L’itinéraire clos par
son assassinat n’est pas encourageant.
L’assassinat de Benazir
Bhutto devrait nous permettre de mieux mesurer le troublant décalage
qui sépare l’image donnée de la réalité
par le tapis de media internationaux de la réalité elle-même.
L’image séduisante et fausse de Benazir, à laquelle
s’étaient attachés beaucoup d’Occidentaux,
permettait d’imaginer des semblants, ou des faux-semblants de
solutions pour le Pakistan. Malheureusement, ce que cachait l’image
est bien pire : le pays est si gangrené, qu’aucune solution
n’est facile, ou à portée de la main. On ne peut
y faire la politique du pire : il faut se résigner à la
politique du moins pire.
Reste, au Pakistan, un général
au pouvoir, qui fait à la fois partie du problème et de
la solution ; un président qui ménage chèvre et
chou, et un pays fragmenté et lézardé. Reste la
participation active d’une partie de l’Armée pakistanaise,
de l’ISI, en particulier, avec les Talibans et les islamistes
des zones tribales. Il serait absurde de pousser le général
Musharraf au départ, comme on poussa le Chah d’Iran au
départ en 1978-79 ; le monarque-dictateur iranien était
un sale type, mais ce qui le remplaça est mille fois pire, comme
dans l’histoire de Lénine et des tsars. Il est improbable
qu’il parvienne à redresser la situation. Coincés
entre Charybde et Scylla, nous subissons les effets en retour d’erreurs
anciennes et de politiques révolues. La politique américaine
envers le Pakistan est depuis trop longtemps affermée à
l’Arabie saoudite et soumise, par éclipses, à un
impératif apolitique, mais mielleusement satisfaisant, de «
droits de l’homme ». On ne peut confier à des images
factices le soin de composer une politique. On voulait « démocratiser
» le Pakistan ? On a maintenant un champ de flamme, et un incendie
à éteindre.
Pour parler familièrement,
nous sommes, Pakistanais et Occidentaux, dans la mouise. Un premier
pas serait de cesser de faire confiance aux masques et de croire aux
simulations.
Des
Palestiniens qui préfèrent Israël
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 2 janvier 2008
Adaptation française:
Alain Jean-Mairet
Les Palestiniens ont des antécédents
occultés en matière d’appréciation d’Israël,
qui contrastent avec leur position, affichée et mieux connue,
de calomnie et d'irrédentisme.
Cet aspect est particulièrement
évident ces derniers temps, surtout depuis que le premier ministre
israélien, Ehud Olmert, a lancé un ballon d'essai, en
octobre [2007], à propos du transfert à l'Autorité
palestinienne de certaines zones à majorité arabe de Jérusalem-est.
Il s'était alors exprimé en ces termes:
« Était-il bien nécessaire
d'annexer le camp de réfugiés de Shuafat ainsi que al-Sawahra,
al-Walajeh et d'autres villages, puis de déclarer qu'ils font
partie de Jérusalem ? J'admets qu'on peut légitimement
se poser des questions à ce sujet. »
Cette déclaration fit passer
d'un seul coup les témoignages pro-israéliens des Palestiniens
de l'état de théorie à celui de discours actif
et politique. (Pour quelques exemples, voir mon article de 2005, "L'enfer
d'Israël vaut mieux que le paradis d'Arafat").
En effet, les réflexions
d'Olmert ont provoqué de véritables levées de boucliers.
Comme le résume le titre d'une dépêche du Globe
and Mail, "Certains Palestiniens préfèrent vivre
en Israël: à Jérusalem-est : des résidents
déclarent qu'ils s’opposeraient à un transfert au
régime d'Abbas». L'article donne l'exemple de Nabil Gheit,
dont on pourrait s'attendre qu'il se réjouisse de voir Jérusalem-est
passer sous le contrôle de l'AP, compte tenu de ses deux séjours
dans les prisons israéliennes et des affiches du « martyr
Saddam Hussein», qui trônent au-dessus de la caisse de son
commerce.
Mais ce n'est pas le cas. Gheit,
qui est aussi mukhtar [maire] de Ras Khamis, près de Shuafat,
redoute l'AP et affirme que lui et ses amis combattraient un tel projet.
« S'il y avait un référendum
ici, personne ne voterait en faveur d'un transfert à l'Autorité
palestinienne. […] Il y aurait une autre Intifada pour nous défendre
contre l'AP. »
Deux sondages publiés la
semaine passée, réalisés par Keevoon Research,
Strategy & Communications et par le quotidien en langue arabe, As-Sennara,
auprès d'un échantillon représentatif des Arabes
israéliens adultes, corroborent le sentiment exprimé par
Gheit. À la question : « Préféreriez-vous
être citoyen d'Israël ou d'un nouvel État palestinien
? », 62% des sondés déclarent vouloir rester des
citoyens israéliens et 14% disent souhaiter rejoindre un futur
État palestinien. Interrogés sur « le transfert
du Triangle [en hébreu Meshoulash] [une zone majoritairement
arabe, au nord d'Israël] à l'Autorité palestinienne»,
78% des sondés rejettent cette idée et 18% la soutiennent.
Si l'on fait abstraction des "ne
sait pas / refuse de répondre", les taux de réponses
favorables à un maintien en Israël sont presque identiques
– de 82 et 81% respectivement. Gheit exagère en disant
que « personne » ne veut vivre dans l'Autorité Palestinienne,
mais pas de beaucoup. Ce fait est encore confirmé par les milliers
de résidents palestiniens de Jérusalem effrayés
par l'AP et qui ont demandé la citoyenneté israélienne
depuis la déclaration d'Olmert.
Pourquoi un tel penchant pour
l'État que les Palestiniens injurient dans les médias,
les universités, les écoles, les mosquées et les
organismes internationaux, et qu'ils terrorisent quotidiennement ? Le
mieux est de les laisser expliquer eux-mêmes leurs motivations,
qu’illustrent les citations suivantes.
· Considérations
financières. « Je ne veux rien avoir à faire avec
l'AP. Je veux l'assurance maladie, les écoles, tout ce que nous
avons en vivant ici », dit Ranya Mohammed. «Je partirai
m'installer en Israël plutôt que de rester ici pour vivre
sous l'AP, même si je dois prendre un passeport israélien
pour cela. J'ai vu leurs souffrances dans l'AP. Ici, nous avons beaucoup
de privilèges auxquels je ne suis pas prête à renoncer.»
· Ordre public. Les journalistes
arabes israéliens, Faiz Abbas et Muhammad Awwad, observent que
les Palestiniens de Gaza « regrettent les Israéliens, car
ils faisaient preuve de plus de mansuétude que [les gangsters
palestiniens], qui ne savent même pas pourquoi ils se battent
et s’entretuent. Comme dans le crime organisé. »
· Éducation des
enfants. « Je veux vivre en paix et faire éduquer mes enfants
dans une bonne école », dit Jamil Sanduqa. « Je ne
veux pas que mes enfants apprennent la vie en lançant des pierres
ou en imitant le Hamas. »
· Avenir plus prévisible.
« Je veux continuer à vivre ici avec ma femme et mon enfant,
sans avoir à craindre pour notre avenir. C'est pourquoi je veux
obtenir la citoyenneté israélienne. Je ne sais pas ce
que l'avenir nous réserve », dit Samar Qassam, 33 ans.
D'autres évoquent des préoccupations
liées à la corruption, aux droits de l'homme, et même
au respect de soi (« Quand les Juifs parlent de me transférer,
c'est comme s'ils niaient mon droit à exister en tant que personne
»).
Ces réflexions ne vont
pas jusqu'à désavouer l'antisionisme malveillant qui règne
au Moyen-Orient, mais elles révèlent que quatre cinquièmes
des Palestiniens qui connaissent Israël et en ont une expérience
directe comprennent les attraits d'une vie convenable dans un pays convenable.
Et ce fait a d'importantes implications positives.
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