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Communiqué Isranet
Volume VII, Numéro 344 • vendredi le 25 juillet 2008 «Charlie Hebdo»
: sanctionner l’antisémitisme On dit que les écrits
de Siné ne sont pas antisémites ? Quelle blague ! Le
polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif,
l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec
le premier vous donnera les deux autres… Si ce cliché
n’est pas antisémite, alors les écrits de Drumont,
de Maurras, et de Brasillach, ne le sont pas non plus. De
quoi Siné est-il le nom ? Cette affaire est tout de même extraordinaire. Voilà un humoriste - Siné - qui donne à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale et qu'il préfère "une musulmane en tchador" à "une juive rasée" (sic). Voilà un directeur - Philippe Val - qui rappelle au chroniqueur le pacte fondateur qu'est, pour Charlie Hebdo, leur journal, le refus catégorique de toute forme d'antisémitisme ou de racisme, et qui lui demande, en conséquence, de s'excuser ou de s'en aller. Et voilà la blogosphère, puis la presse, qui, au terme d'un renversement des rôles ahurissant, transforment l'affaire Siné en affaire Val et, au lieu de pointer, analyser, stigmatiser, le dérapage du premier ne s'intéressent plus, soudain, qu'aux "vraies" raisons, forcément cachées, nécessairement obscures et douteuses, qui ont bien pu pousser le second, voltairien notoire, apôtre déclaré de la liberté de critique et de pensée, défenseur en particulier des caricaturistes de Mahomet, à réagir, cette fois, en censeur offusqué (la main du "lobby" ? celle de Sarkozy lui-même ? un règlement de comptes inavoué et dont l'humoriste ferait les frais ? tout y est passé, jusqu'à la nausée...). A ce degré de confusion, la mise au point s'impose - et, sine ira et studio, sans colère ni enthousiasme, le rappel des principes simples que l'on a, dans cette empoignade, tendance à perdre de vue. 1. La critique voltairienne des religions, de toutes les religions, est une chose - saine, bien venue, utile à tous et, en particulier peut-être, aux croyants eux-mêmes. Le racisme, l'antisémitisme, en sont une autre - odieuse, inexcusable, mortelle pour tout le monde et que l'on ne saurait, en aucun cas, confondre avec la première. La distinction n'était pas si nette chez Voltaire qui était, comme chacun sait, raciste et antisémite. Elle l'est depuis Voltaire, chez les meilleurs de ses héritiers et, en particulier, dans le journal de Philippe Val. Les vraies Lumières ? Les Lumières de notre temps ? Critiquer les dogmes, pas les personnes. Bouffer du curé, du rabbin, de l'imam - jamais du "Juif" ou de l'"Arabe". Etre solidaire, bien entendu, de caricaturistes qui se moquent du fanatisme et le dénoncent - mais s'interdire, fût-ce au prétexte de la satire, la moindre complaisance avec les âmes glauques qui tripatouillent dans les histoires de sang, d'ADN, de génie des peuples, de race. C'est une ligne de démarcation. Soit, à la lettre, un principe critique. Et c'est là, dans le strict respect de cette ligne, qu'est, au sens propre, la pensée critique. 2. La question n'est pas de savoir si tel ou tel - en l'occurrence Siné - "est" ou "n'est pas" antisémite. Et l'on se moque bien des brevets de moralité que croient bon de lui octroyer ceux qui, comme jadis pour Dieudonné ou, plus tôt encore, pour Le Pen, disent le connaître "de longue date" et savoir "de source sûre" que l'antisémitisme lui est étranger. Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c'est l'histoire, la mémoire, l'imaginaire qu'ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l'écho de l'antisémitisme le plus rance. Derrière cette image d'un judaïsme tout-puissant auquel un Rastignac contemporain se devrait de faire allégeance, elle ne pouvait pas ne pas reconnaître l'ombre de notre premier best-seller antisémite national : "Les Juifs, rois de l'époque", d'Alphonse Toussenel (1845). C'est ainsi. C'est affaire, non de psychologie, mais d'acoustique, donc de physique, de mécanique. Et quand on est face à ça, quand on voit un vieil humoriste - qui, en effet, ne sait sans doute pas vraiment ce qu'il dit - manipuler des chaînes signifiantes qui ont toujours, partout, avec une régularité implacable, mis le feu dans les esprits, la juste attitude n'est pas de minimiser, ratiociner, discuter à perte de vue des dosages respectifs, dans l'énoncé incriminé, du poison de la haine et de l'excipient gentiment ricaneur - elle est de déclencher, sans attendre, ce que Walter Benjamin appelait les "avertisseurs d'incendie". 3. L'antisémitisme - comme, naturellement, le racisme - est un délit qui ne souffre ni circonstances atténuantes ni excuses. La chose devrait aller de soi. Hélas, ce n'est pas le cas. Car il y a une excuse au moins qui, depuis l'affaire Dreyfus, semble marcher à tous les coups et instaurer une sorte de clause de la haine la mieux autorisée. C'est celle qui consiste à dire : non à l'antisémitisme, sauf s'il s'agit d'un grand bourgeois, officier supérieur de l'armée française. Ou : non à l'antisémitisme sauf si l'enjeu est un symbole du Grand Capital, un banquier juif, un ploutocrate, un Rothschild. Ou : sus à l'antisémitisme, cette peste des âges anciens que le progressisme a terrassé - sauf s'il peut se parer des habits neufs d'un antisarkozysme qui, lui non plus, ne fait pas de détail et ne recule devant rien pour l'emporter. Ainsi parlait Alain Badiou quand, dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, il s'autorisait de sa juste lutte contre l'"immonde" pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ("les rats"... "l'homme aux rats"...) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme. Et ainsi pensent aujourd'hui, non seulement les "amis" de Siné pétitionnant à tour de bras en sa faveur, mais tous ceux qui, sous prétexte que le Rastignac qu'il avait en ligne de mire était le propre fils du Président honni, sont comme tétanisés et interdits d'indignation - vieux reste d'antidreyfusisme ; dernière perle lâchée par l'huître d'un guesdisme dont la doctrine était qu'il y a un bon usage, oui, des pires maladies de l'esprit ; misère. 4. S'il y a bien un argument que l'on a honte d'avoir à entendre encore dans la bouche de ceux qui trouvent qu'on fait à Siné un mauvais procès, c'est celui qui plaide : "Siné est un vieux libertaire, un attardé de l'anarchisme, un rebelle - comment voudrait-on que cet homme-là trempe dans cette saloperie ? comment ose-t-on confondre sa révolte tous azimuts avec cette passion ciblée qu'est la fureur antisémite ?" Eh bien justement. Cet argument est lamentable car il ignore tout des ambiguïtés d'une tradition dont une des spécialités a toujours été, justement, de passer de la rage tous azimuts à sa concentration antisémite : les anarcho-syndicalistes du début du XXe siècle ; les partisans de l'action directe proposant, soixante-dix ans plus tard, de "jeter" les Juifs sur "le fumier de l'Europe" (Ulrike Meinhoff, dirigeante de la Bande à Baader)... Cet argument est pitoyable car il fait, ou feint de faire, comme si l'esprit de révolte, le non-conformisme, étaient un imparable vaccin contre ces tentations funestes : c'est faire bon marché du courant dit, précisément, des "non-conformistes des années 1930" et de l'énergie qu'il mit à fournir à l'antisémitisme de son temps ses armes et ses raisons (il convient, sur le sujet, de lire et de relire le classique de Jean-Louis Loubet del Bayle)... Cet argument est dénué de sens, enfin, car il laisse supposer qu'un homme de gauche, un progressiste, serait immunisé, par nature, contre le pire : or on sait que, s'il n'avait, ce pire, qu'une vertu, ce serait de brouiller, pulvériser ce type de frontière et de provoquer, de gauche à droite, un chassé-croisé sémantique permanent, vertigineux, terrible (des fameuses "sections beefsteak", brunes dehors, rouges dedans, nées de l'entrisme communiste dans les organisations de masse hitlériennes jusqu'au recyclage, par l'islamo-gauchisme d'aujourd'hui, des scies de l'ultradroite, les exemples, hélas, abondent)... 5. Un tout dernier mot. Il faudrait, ânonne l'opinion, veiller à ne pas tomber dans le conformisme d'un politiquement correct, voire d'une police de la pensée et du rire, dont le seul effet sera d'empêcher les humoristes d'exercer leur libre droit de se moquer de tout et de tous. Soit. Sauf que, là aussi, il faut s'entendre. Et oser, surtout, poser la question. Et si "politiquement correct" était aussi le prédicat d'un discours et, en la circonstance, d'un humour qui s'interdirait le racisme, l'antisémitisme, l'appel au meurtre ? Et si cette volonté de rire de tout et de tous, tranquillement, sans entrave, exprimait juste la nostalgie du bon temps de la blague à l'ancienne, bien grasse, bien salace, quand personne ne venait vous chercher noise si l'envie vous prenait de vous lâcher contre les "ratons", les "youpins", les "pédés", les femmes ? Et si les temps, précisément, avaient changé et qu'il appartenait aux humoristes, non moins qu'aux écrivains, aux artistes, de prendre acte de ce changement en admettant qu'on ne rit plus aujourd'hui, ni tout à fait des mêmes choses, ni tout à fait de la même manière, qu'au temps des années 1930 ou 1950 ? Allons, Siné. Tu as encore le choix. Ou bien la répétition, le stéréotype, le même éternel retour du même humour de cabaret qui ne te fait, j'en suis sûr, plus rire toi-même - mécanique plaquée sur du vivant, ignominie couplée avec du cliché, gâtisme assuré. Ou bien changer de disque, inventer, te libérer et faire de ton humour l'aventure d'une liberté retrouvée et ajustée aux libertés du jour - jeunesse à volonté, talent, modernité. Je ne pense pas qu'on en ait "trop fait" sur cette affaire Siné. Aussi minuscule qu'elle semble, c'est une de ces "sécrétions du temps" dont Michel Foucault disait qu'elles n'ont pas leur pareil pour refléter, condenser, télescoper, l'esprit et le malaise d'une époque.
Voilà un humoriste - Siné - qui donne à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale et qu'il préfère "une musulmane en tchador" à "une juive rasée" (sic). Voilà un directeur - Philippe Val - qui rappelle au chroniqueur le pacte fondateur qu'est, pour Charlie Hebdo, leur journal, le refus catégorique de toute forme d'antisémitisme ou de racisme, et qui lui demande, en conséquence, de s'excuser ou de s'en aller. Et voilà la blogosphère, puis la presse, qui, au terme d'un renversement des rôles ahurissant, transforment l'affaire Siné en affaire Val et, au lieu de pointer, analyser, stigmatiser, le dérapage du premier ne s'intéressent plus, soudain, qu'aux "vraies" raisons, forcément cachées, nécessairement obscures et douteuses, qui ont bien pu pousser le second, voltairien notoire, apôtre déclaré de la liberté de critique et de pensée, défenseur en particulier des caricaturistes de Mahomet, à réagir, cette fois, en censeur offusqué (la main du "lobby" ? celle de Sarkozy lui-même ? un règlement de comptes inavoué et dont l'humoriste ferait les frais ? tout y est passé, jusqu'à la nausée...). A ce degré de confusion, la mise au point s'impose - et, sine ira et studio, sans colère ni enthousiasme, le rappel des principes simples que l'on a, dans cette empoignade, tendance à perdre de vue. 1. La critique voltairienne des religions, de toutes les religions, est une chose - saine, bien venue, utile à tous et, en particulier peut-être, aux croyants eux-mêmes. Le racisme, l'antisémitisme, en sont une autre - odieuse, inexcusable, mortelle pour tout le monde et que l'on ne saurait, en aucun cas, confondre avec la première. La distinction n'était pas si nette chez Voltaire qui était, comme chacun sait, raciste et antisémite. Elle l'est depuis Voltaire, chez les meilleurs de ses héritiers et, en particulier, dans le journal de Philippe Val. Les vraies Lumières ? Les Lumières de notre temps ? Critiquer les dogmes, pas les personnes. Bouffer du curé, du rabbin, de l'imam - jamais du "Juif" ou de l'"Arabe". Etre solidaire, bien entendu, de caricaturistes qui se moquent du fanatisme et le dénoncent - mais s'interdire, fût-ce au prétexte de la satire, la moindre complaisance avec les âmes glauques qui tripatouillent dans les histoires de sang, d'ADN, de génie des peuples, de race. C'est une ligne de démarcation. Soit, à la lettre, un principe critique. Et c'est là, dans le strict respect de cette ligne, qu'est, au sens propre, la pensée critique. 2. La question n'est pas de savoir si tel ou tel - en l'occurrence Siné - "est" ou "n'est pas" antisémite. Et l'on se moque bien des brevets de moralité que croient bon de lui octroyer ceux qui, comme jadis pour Dieudonné ou, plus tôt encore, pour Le Pen, disent le connaître "de longue date" et savoir "de source sûre" que l'antisémitisme lui est étranger. Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c'est l'histoire, la mémoire, l'imaginaire qu'ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l'écho de l'antisémitisme le plus rance. Derrière cette image d'un judaïsme tout-puissant auquel un Rastignac contemporain se devrait de faire allégeance, elle ne pouvait pas ne pas reconnaître l'ombre de notre premier best-seller antisémite national : "Les Juifs, rois de l'époque", d'Alphonse Toussenel (1845). C'est ainsi. C'est affaire, non de psychologie, mais d'acoustique, donc de physique, de mécanique. Et quand on est face à ça, quand on voit un vieil humoriste - qui, en effet, ne sait sans doute pas vraiment ce qu'il dit - manipuler des chaînes signifiantes qui ont toujours, partout, avec une régularité implacable, mis le feu dans les esprits, la juste attitude n'est pas de minimiser, ratiociner, discuter à perte de vue des dosages respectifs, dans l'énoncé incriminé, du poison de la haine et de l'excipient gentiment ricaneur - elle est de déclencher, sans attendre, ce que Walter Benjamin appelait les "avertisseurs d'incendie". 3. L'antisémitisme - comme, naturellement, le racisme - est un délit qui ne souffre ni circonstances atténuantes ni excuses. La chose devrait aller de soi. Hélas, ce n'est pas le cas. Car il y a une excuse au moins qui, depuis l'affaire Dreyfus, semble marcher à tous les coups et instaurer une sorte de clause de la haine la mieux autorisée. C'est celle qui consiste à dire : non à l'antisémitisme, sauf s'il s'agit d'un grand bourgeois, officier supérieur de l'armée française. Ou : non à l'antisémitisme sauf si l'enjeu est un symbole du Grand Capital, un banquier juif, un ploutocrate, un Rothschild. Ou : sus à l'antisémitisme, cette peste des âges anciens que le progressisme a terrassé - sauf s'il peut se parer des habits neufs d'un antisarkozysme qui, lui non plus, ne fait pas de détail et ne recule devant rien pour l'emporter. Ainsi parlait Alain Badiou quand, dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, il s'autorisait de sa juste lutte contre l'"immonde" pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ("les rats"... "l'homme aux rats"...) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme. Et ainsi pensent aujourd'hui, non seulement les "amis" de Siné pétitionnant à tour de bras en sa faveur, mais tous ceux qui, sous prétexte que le Rastignac qu'il avait en ligne de mire était le propre fils du Président honni, sont comme tétanisés et interdits d'indignation - vieux reste d'antidreyfusisme ; dernière perle lâchée par l'huître d'un guesdisme dont la doctrine était qu'il y a un bon usage, oui, des pires maladies de l'esprit ; misère. 4. S'il y a bien un argument que l'on a honte d'avoir à entendre encore dans la bouche de ceux qui trouvent qu'on fait à Siné un mauvais procès, c'est celui qui plaide : "Siné est un vieux libertaire, un attardé de l'anarchisme, un rebelle - comment voudrait-on que cet homme-là trempe dans cette saloperie ? comment ose-t-on confondre sa révolte tous azimuts avec cette passion ciblée qu'est la fureur antisémite ?" Eh bien justement. Cet argument est lamentable car il ignore tout des ambiguïtés d'une tradition dont une des spécialités a toujours été, justement, de passer de la rage tous azimuts à sa concentration antisémite : les anarcho-syndicalistes du début du XXe siècle ; les partisans de l'action directe proposant, soixante-dix ans plus tard, de "jeter" les Juifs sur "le fumier de l'Europe" (Ulrike Meinhoff, dirigeante de la Bande à Baader)... Cet argument est pitoyable car il fait, ou feint de faire, comme si l'esprit de révolte, le non-conformisme, étaient un imparable vaccin contre ces tentations funestes : c'est faire bon marché du courant dit, précisément, des "non-conformistes des années 1930" et de l'énergie qu'il mit à fournir à l'antisémitisme de son temps ses armes et ses raisons (il convient, sur le sujet, de lire et de relire le classique de Jean-Louis Loubet del Bayle)... Cet argument est dénué de sens, enfin, car il laisse supposer qu'un homme de gauche, un progressiste, serait immunisé, par nature, contre le pire : or on sait que, s'il n'avait, ce pire, qu'une vertu, ce serait de brouiller, pulvériser ce type de frontière et de provoquer, de gauche à droite, un chassé-croisé sémantique permanent, vertigineux, terrible (des fameuses "sections beefsteak", brunes dehors, rouges dedans, nées de l'entrisme communiste dans les organisations de masse hitlériennes jusqu'au recyclage, par l'islamo-gauchisme d'aujourd'hui, des scies de l'ultradroite, les exemples, hélas, abondent)... 5. Un tout dernier mot. Il faudrait, ânonne l'opinion, veiller à ne pas tomber dans le conformisme d'un politiquement correct, voire d'une police de la pensée et du rire, dont le seul effet sera d'empêcher les humoristes d'exercer leur libre droit de se moquer de tout et de tous. Soit. Sauf que, là aussi, il faut s'entendre. Et oser, surtout, poser la question. Et si "politiquement correct" était aussi le prédicat d'un discours et, en la circonstance, d'un humour qui s'interdirait le racisme, l'antisémitisme, l'appel au meurtre ? Et si cette volonté de rire de tout et de tous, tranquillement, sans entrave, exprimait juste la nostalgie du bon temps de la blague à l'ancienne, bien grasse, bien salace, quand personne ne venait vous chercher noise si l'envie vous prenait de vous lâcher contre les "ratons", les "youpins", les "pédés", les femmes ? Et si les temps, précisément, avaient changé et qu'il appartenait aux humoristes, non moins qu'aux écrivains, aux artistes, de prendre acte de ce changement en admettant qu'on ne rit plus aujourd'hui, ni tout à fait des mêmes choses, ni tout à fait de la même manière, qu'au temps des années 1930 ou 1950 ? Allons, Siné. Tu as encore le choix. Ou bien la répétition, le stéréotype, le même éternel retour du même humour de cabaret qui ne te fait, j'en suis sûr, plus rire toi-même - mécanique plaquée sur du vivant, ignominie couplée avec du cliché, gâtisme assuré. Ou bien changer de disque, inventer, te libérer et faire de ton humour l'aventure d'une liberté retrouvée et ajustée aux libertés du jour - jeunesse à volonté, talent, modernité. Je ne pense pas qu'on en ait "trop fait" sur cette affaire Siné. Aussi minuscule qu'elle semble, c'est une de ces "sécrétions du temps" dont Michel Foucault disait qu'elles n'ont pas leur pareil pour refléter, condenser, télescoper, l'esprit et le malaise d'une époque. Obama
et l'Europe Si l'Europe connaît bien Barack Obama, l'inverse n'est pas vrai. Le candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis, qui entame jeudi 24 juillet une courte tournée européenne - Berlin, Paris et Londres -, a indiqué, fin 2007, qu'il avait déjà voyagé en Europe, mais, depuis quatre ans qu'il est membre du Sénat, il n'a effectué qu'une visite à Londres, sur le chemin de la Russie. Il lui est régulièrement reproché de ne pas avoir réuni la sous-commission sénatoriale chargée de l'Europe, qu'il préside. Il y a quelques mois, il n'avait encore jamais demandé à rencontrer le représentant de l'Union européenne à Washington. Selon les sondages, les populations européennes sont très majoritairement pro-Obama, mais les gouvernements, eux, ont quelques raisons d'être plus circonspects. Sur le commerce, le candidat s'est montré protectionniste. Il a nuancé sa position après les primaires, mais les Européens peuvent craindre qu'un Congrès à majorité démocrate exerce davantage de pressions. "Obama est peut-être un candidat "global'', mais ses positions ne le sont pas du tout", estiment plusieurs experts, dont Reginald Dale, du Center for Strategic International Studies. Sur le nucléaire iranien, les Européens s'étaient émus de le voir proposer, il y a un an, une rencontre sans conditions avec le président Mahmoud Ahmadinejad, alors qu'ils se sont mis d'accord sur une stratégie de refus tant que Téhéran ne gèlerait pas son programme d'enrichissement d'uranium. M. Obama estime maintenant que la rencontre ne doit pas être envisagée "sans préparation". En Israël, il a répété, mercredi 23 juillet, qu'il ne veut se priver d'aucune "option" pour empêcher l'Iran d'avoir la bombe, alors que la mention de l'option militaire est jugée improductive par la plupart des Européens et par l'un de ses conseillers officieux, Zbigniew Brzezinski. "Obama essaie de gagner sur les deux tableaux, estime encore Reginald Dale. S'il se sent critiqué, il change, mais il ne répudie jamais sa position initiale." Les Européens peuvent craindre enfin les appels à l'aide de M. Obama, notamment en Afghanistan. Comme en 2004, lors de l'affrontement Bush-Kerry, certains analystes font le calcul que John McCain, le candidat républicain, demandera moins d'efforts de guerre aux Européens. Volume VII, Numéro 343 • vendredi le 18 juillet 2008 Honte à Mahmoud Abbas,
Mahmoud Abbas s'est empressé d'adresser ses félicitations à la famille de Samir Kuntar, dès son élargissement vers le Liban mercredi dernier. L'hommage du représentant palestinien à la fine crème du terrorisme, à un tueur d'enfant jamais repenti, au plus abominable ennemi de toute paix et de toute conciliation entre les Arabes et Israël, à ce symbole de la barbarie islamiste à l'état pur, n'est pas un évènement secondaire qui sera emporté par le tourbillon de l'actualité. La vidéo ci-jointe, mise
en ligne par les autorités israéliennes et traduite
en français par Objectif-info, donne une idée du personnage
qui justifie les félicitations du chef palestinien. Elle en
dit autant sur ce chef que sur le terroriste dont elle évoque
les glorieux faits d'armes. Récemment, il s'est vanté
d'avoir été tiré la première balle contre
Israël et d'avoir organisé des camps de formation pour
les premiers militants du Hezbollah. Dans le même mouvement,
en plein "processus d'Annapolis", il se déclarait
prêt à une nouvelle guerre contre Israël, dès
que le rapport de force se serait modifié. Cet homme n'a jamais
rien renié des formes les plus abjectes du terrorisme palestinien.
Il revendique avec la détermination la plus totale de s'inscrire
dans la continuité de la collection de "shahids",
autant de cadavres qui pavent la sinistre voie de son ancien maître.
Dès qu'un hôte de marque lui rend visite à Ramallah,
il le presse d'aller s'incliner sur sa tombe, pour lui faire endosser
l'orientation jihadiste et raciste qui témoignent des errements
du mouvement "national" palestinien. Georges Bush s'y est
radicalement refusé. Nicolas Sarkozy a préféré
se rendre à Bethlehem pour éviter l'épreuve en
juin dernier, mais il a donné des gages en envoyant son ministre
de l'intérieur, Mme Alliot-Marie, faire le sale boulot à
Ramallah. L'Occident a besoin d'un Palestinien "modéré" pour donner des demi gages aux dictatures et aux monarchies arabes. Il a donc posé un bonnet de "palestinien modéré" sur le crâne d'Abbas, lequel l'a accepté contre des milliards de dollars qui servent essentiellement à financer une bureaucratie terroriste en cours d'écroulement et la poursuite de l'incitation à la haine d'Israël et des Juifs. Malheureusement pour MM. Bush et Sarkozy, le "modéré" recueille dollars et euros mais sème la haine de tout ce qui est occidental, maintient la haine et le fanatisme qui détruisent le malheureux peuple arabe "palestinien", et contribue à perpétuer le pourrissement de la région auquel il a déjà tant contribué. Ce sont ces réalités que les Occidentaux devraient affronter au lieu de se répandre en embrassades et en accolades avec un admirateur des tueurs d'enfants. Washington
trahira-t-il les opposants au régime iranien? Adaptation française:
Alain Jean-Mairet Des membres de l'OMPI affichent
leur bannière en passant un point de contrôle américain
en Irak, en 2003 (AFP). Volume VII, Numéro 342 • vendredi le 11 juillet 2008 Le 'narratif' de la presse
perdure Traduction française
: Menahem Macina, pour upjf.org Le seul autre attentat filmé est celui du lynchage des réservistes de Tsahal, Yosef Avrahami et Vadim Novesche, dans un poste de police palestinien de Ramallah, le 12 octobre 2000. Cet attentat, qui montrait la populace jouissant du sang des deux hommes, fut filmé par une caméraman italienne de la chaîne de télévision privée Mediaset. L’attentat de mercredi dernier a été filmé par la BBC, dont le correspondant, Tim Franks, a été témoin du carnage dès son début, depuis la fenêtre de son bureau. Le fait de constituer un document filmé n’est pas le seul point commun de ces deux attentats. Le lynchage de Ramallah et l’attentat de mercredi dernier sont également les seuls attentats à avoir donné lieu aux excuses abjectes de deux géants des médias, habituellement arrogants. Au lendemain du lynchage, Riccardo Cristiano, correspondant en Israël de la chaîne de télévision nationale RAI, adressa à l’Autorité Palestinienne une lettre d’excuses méprisable, dans laquelle il avançait de longues et pénibles explications pour prouver que ce n’était pas sa chaîne, mais sa concurrente, qui avait rendu publics les rushes. Dans cette lettre publiée par l’Autorité Palestinienne dans son quotidien, Al Hayat al Jadida, Cristiano se répandait en bassesses:
Vendredi [4 juillet] la BBC a publié des excuses pour avoir diffusé la vidéo du carnage du mercredi précédent. On y voyait un soldat de Tsahal, en permission et non armé, grimper sur le bulldozer, aussitôt après que Dwayat ait assassiné Batsheva Ungerman en écrasant sa voiture. Le film montrait le soldat s’emparant du revolver appartenant à un agent de sécurité qui avait tenté, sans succès, de maîtriser Dwayat, et tirant, à trois reprises, dans la tête du terroriste. Le film ne montrait pas la mort de Dwayat ni celle de ses victimes. Ce qu’il montrait était la terreur des blessés, le comportement meurtrier de Dwayat et l’héroïsme du soldat. Pourtant, la chaîne déclarait :
De prime abord, on ne voit pas clairement de quoi parle la BBC. Son film était une réussite journalistique. Grâce à lui, des dizaines de millions de personnes dans le monde avaient pu voir à quoi ressemble un attentat terroriste contre des innocents, et ce sous un angle assez détaché. De quoi la BBC devait-elle s’excuser ? Dans ce cas, comme dans celui du lynchage d’il y a huit ans, le motif des excuses de la BBC ne résidait pas dans le fait que les images du film étaient trop horribles, mais dans le fait que la chaîne s’était écartée de ce qui est acceptable en matière de couverture de la guerre palestinienne contre Israël. Pour sauvegarder les narratifs*, "le juste équilibre éditorial entre les exigences de l’exactitude des faits et l’impact potentiel sur les spectateurs du programme" est celui qui induit la conviction qu’il n’y a aucune différence morale entre Israël et les Palestiniens, ou que la moralité d’Israël est inférieure à celle des Palestiniens. La métaphore du premier narratif est ce qu’on appelle le "cycle de la violence". C’est la BBC elle-même qui a énoncé cette forme de narratif, au lendemain du lynchage de Ramallah. Dans un programme intitulé « Quand la Paix est morte », diffusé en novembre 2000, la BBC expliquait :
La métaphore du second narratif est l’Holocauste. C’est, semble-t-il, Catherine Nay, célèbre correspondante d’Europe 1, qui, la première, l’a le plus explicitement illustrée. A la fin de l’année 2000, Nay déclarait :
L’histoire de Mohammed al-Dura joue un rôle central dans l’un et l’autre narratifs. Le 30 septembre 2000, le chef du bureau de la chaîne de télévision publique France 2, en Israël, Charles Enderlin, diffusait un film de 57 secondes, gauchement édité, dont il affirmait qu’il montrait al-Dura, alors âgé de 12 ans, tué par des soldats de Tsahal, au carrefour de Netzarim, à Gaza. France 2 distribua le film gratuitement à tous les médias du monde, et l’image de al-Dura devint l’emblème de la guerre palestinienne contre Israël. Il provoqua immédiatement une violence anti-juive en Israël et dans le monde entier. Des questions concernant la véracité du compte-rendu de France 2, se firent jour immédiatement. Une enquête de Tsahal, diligentée par le Major général Yom Tov Samia, alors commandant en chef des opérations pour la zone sud, établit, sur base de preuves balistiques, qu’il était matériellement impossible que les soldats de Tsahal aient atteint et encore moins tué al-Dura. Au fil des années subséquentes, une poignée de journalistes et d’enquêteurs récoltèrent une riche moisson de preuves démontrant que le récit d’Enderlin était faux. L’un des enquêteurs était un critique des médias, du nom de Philippe Karsenty. Sur son site, Media-Ratings, il affirmait que le film était une supercherie et osait mettre Enderlin et France 2 au défi de l’attaquer en diffamation, tout en demandant qu’ils rendent publiques les 27 minutes de film, qu’ils prétendaient détenir, de l’incident du 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Non contents de refuser de rendre le film public, Enderlin et France 2 intentèrent à Karsenty un procès en diffamation. Fin 2006, après avoir reçu de Jacques Chirac, alors Président de la République, une lettre d’éloge en faveur d’Enderlin, et en dépit des piles de preuves qu’avait présentées Karsenty à l’appui de ses affirmations, lors du procès, le tribunal le déclara coupable. Karsenty fit appel du jugement. La Cour d’appel ordonna à Enderlin et à France 2 de remettre les rushes non édités. Bien qu’il ait refusé de montrer l’entièreté du film, trois choses apparaissaient avec évidence sur base des 19 minutes de rushes présentés par Enderlin. Premièrement, Tsahal ne pouvait pas avoir tué al-Dura. Deuxièmement, le film montrait des Palestiniens mimant des scènes de combat avec des soldats de Tsahal imaginaires. Et troisièmement, le film n’apportait aucune preuve qu’al-Dura ait été atteint par des balles, ou qu’il fût mort, ce jour-là, au carrefour de Netzarim. La juge annula la condamnation de Karsenty. On eût pu penser que les médias français, israéliens et internationaux qui, durant sept ans, avaient soutenu Enderlin contre le petit groupe d’enquêteurs indépendants, finiraient par l’abandonner. De même aussi, on se serait attendu à ce que, après sept ans passés à défendre une pratique journalistique indéfendable, Enderlin finirait par avouer son méfait. Mais c’est le contraire qui se produisit. En Israël, des commentateurs de gauche comme Gideon Levy et Tom Seguev, de Haaretz, Arad Nir, de la Deuxième Chaîne, et Larry Derfner, du Jerusalem Post, ont accusé Karsenty et ses alliés de chasse aux sorcières contre Enderlin, au profit de leurs objectifs politiques. En France, la presse a d’abord évité de parler du sujet. Puis, moins d’une semaine après l’Arrêt, les ténors du courant anti-israélien, non négligeable, de la presse française publièrent une pétition dans l’hebdomadaire de gauche, Le Nouvel Observateur, stigmatisant le dossier, très solidement documenté, de Karsenty - qui dénonçait la fiction al-Dura -, comme étant "une campagne obstinée et haineuse". En tout, quelque 300 journalistes, plus des centaines de personnalités, signèrent la pétition. Pour leur part, France 2 et Enderlin annoncèrent leur intention de se pourvoir en Cassation. Dans son compte-rendu de la procédure et de ses suites, publié dans le Weekly Standard, la journaliste française, Anne-Marie Moutet, attribue la réaction des médias français à ce qu’elle considère comme une pratique uniquement française de ne jamais s’excuser de ses fautes. Il y a indéniablement du vrai dans cette idée. Mais l’arrogance n’est pas le fait de la seule presse française ni des élites de ce pays. Et étant donné qu’elle est quasi universelle dans les médias, comment expliquer la prompte demande d’excuses de la BBC pour avoir diffusé les images de l’attentat de Jérusalem, la semaine dernière ? Et comment expliquer la lettre servile de Cristiano à l’Autorité Palestinienne, en 2000 ?. La réponse est, évidemment, que l’arrogance ne peut, à elle seule, constituer une explication valable de la défense d’Enderlin par les médias. Si Enderlin avait été reconnu coupable d’avoir diffusé un reportage diffamatoire sur les Palestiniens, les médias et France 2 l’auraient immédiatement ostracisé. Mais ce qui est en jeu ici va bien au-delà de la réputation d’un homme. Ce n’est pas Enderlin qui a élaboré le narratif de l’innocence palestinienne, ou au moins celui de l’équivalence morale [**]. En présentant l’histoire, manifestement fausse, de al-Dura, Enderlin a contribué à la promotion d’une cause pour laquelle tous ses collègues anti-Israéliens, en France, en Israël et dans le monde, ont pris parti. S’il sombre, leur narratif indispensable risque de sombrer avec lui. Durant les huit dernières années du djihad contre Israël, parmi d’innombrables exemples, trois cas de collusion journalistique ouverte avec les ennemis d’Israël se distinguent par leur impact stratégique sur le cours des événements. Il y eut d’abord, l’affaire al-Dura; elle fut suivie du mythique "massacre de Jénine", en avril 2002, auquel succéda le "massacre" inventé de Kfar Kana, au Liban, en juillet 2006. L’histoire de al-Dura a cristallisé le narratif palestinien de la victimisation par Israël, quelques mois après que les Palestiniens aient rejeté l’accession au statut d’Etat et la paix, à Camp David. Quand le prétendu massacre de Jénine fut rapporté par la presse, Tsahal était en pleine opération "Bouclier de Défense". Juste avant que les Palestiniens ne commencent à émettre des allégations d’un massacre israélien, Tsahal découvrit des preuves documentaires attestant que la guerre palestinienne contre Israël était menée par l’Autorité palestinienne et Yasser Arafat. En inventant ce massacre, l’Autorité palestinienne évita de perdre sa légitimité d’acteur [des négociations] à Washington. Le camp de la paix israélien, qui était à l'agonie, survécut. Comme le mentionne la Commission Winograd, dans son rapport final sur la Seconde Guerre du Liban, les reportages de presse sur la fiction du massacre de civils libanais dans un bombardement de l’aviation israélienne à Kfar Kana, dans le sud-Liban, amenèrent la Secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, à mettre fin au soutien américain à une victoire militaire israélienne sur l’intermédiaire libanais de l’Iran, et à faire pression sur Israël pour qu’il accepte un cessez-le-feu qui laissait le Hezbollah intact. Alors même que les analyses des rapports en provenance de Jénine et de Kfar Kana, comme de ceux de l’affaire al-Dura, ont clairement démontré que Tsahal n’a commis aucune atrocité, les rushes falsifiés répandus par les médias ont mis Israël dans l’impossibilité de se défendre devant le tribunal de l’opinion publique. Comme dans le cas de l’affaire al-Dura, la collusion ouverte de la presse avec les Palestiniens, à Jénine, et avec le Hezbollah, à Kfar Kana, a prolongé l’existence des narratifs fallacieux consacrés à une prétendue agression israélienne, qui étaient sur le point d’être définitivement enterrés.
------ *Note érudite
du Dr Raphaël Lellouche sur le terme 'narratif' Jusque là il s'agit d'une catégorie formelle de la sémiotique ou de la théorie littéraire: Récit vs. Discours. Il y a toute une série de choses qui en découlent, grammaticales, temps des verbes, mise en forme de l'image, rapport énonciateur-énoncé, etc. mais on n’entrera pas ici dans les détails. On passe à une signification ultérieure de "narratif" avec ce qu'on a appelé le "narrative turn" - vers les années 90 - dans l'histoire de la sémiotique, de l'historiographie, etc. (et des applications dans la communication et la publicité). Le narrative turn est appelé ainsi parce qu'il fait suite à ce qui avait précédemment été appelé le "linguistic turn". L'idée est, grosso modo, que la narration – historique - est constitutive d'identité (pour les groupes sociaux, les peuples, etc.), mais, plus précisément, qu'il n'y a pas d'identité - en général - qui ne se constitue dans un récit, récit au sein duquel le sujet (individuel ou collectif) entre et s'y "définit" dans un contexte narratif. Cette idée de l'"identité narrative" a été le plus fortement développée par Paul Ricoeur dans son livre en 3 vol. Temps et Récit, dans lequel il cherche à dépasser le concept formel (purement narratologique - issu de la Poétique d'Aristote) de "récit" ou narration, pour intégrer la problématique narrative dans l'épistémologie du récit historique (à la suite de Paul Veyne). Mais cette idée d'une définition narrative de l'identité était déjà présente chez des auteurs comme Wilhelm Schapp, dans son livre des années 20, In Geschichten verstrickt (traduit en français par "Empêtrés dans des histoires"), dans lequel il développait l'idée selon laquelle c’est aux structures de la narration que revient le rôle de l'organisation a priori de l'expérience historique (un peu au sens d'un a priori kantien), les schèmes du récit organisant la "compréhension de soi" et la "compréhension de l'autre" dans la totalisation historique. Depuis Ricoeur, la notion d'identité narrative comme seule notion d'identité intéressante dans le monde de l'esprit (en dehors du simple concept formel d'identité A = A, et de la notion leibnizienne d'indiscernabilité), est devenue un bien commun qui est passé dans la réflexion des historiens, des anthropologues, et même des politiques et des "communicants". En particulier, un concept proche de ce "narrative turn" qui est très à la mode en ce moment, et également répandu par les spécialistes américains de la communication, est celui de "story telling" (raconter une 'histoire'), qui part du dogme acquis selon lequel toute "identité" ne fonctionne dans la communication de masse - que ce soit un homme politique, un parti, une marque commerciale, un 'people', etc. -, qu'à partir du moment où l'on a trouvé son "récit" constitutif. Par conséquent , l'expression anglaise "the narrative" est très couramment utilisée aux Etats-Unis, par les commentateurs de presse, ou les historiens, les intellectuels en général, dans ce sens d'identité narrative surtout dans les cas, comme ça l'est par excellence au Proche-Orient, où il y a ce que Ricoeur (encore lui) appelle "conflit des interprétations" non plus sur un texte, mais sur le "texte de l'histoire"' et qui met en jeu des "identités" historiques (peuples, Etats). Mais généralement, étant donné sa constitution conceptuelle particulière (rapport constitutif à l'identité historique), on ne traduit pas cette expression par "discours" (c'est trop général, et le "discours" est même formellement opposé au "récit" en tant que catégorie sémiotique). Mais on ne le traduit pas non plus par "récit", car ce terme reste antérieur au "narrative turn". Quelque fois, il est rendu par "la narration" (ce qui est plus sophistiqué que le simple récit) ; mais, la plupart du temps, dans cet usage identitaire particulier, on se contente de franciser superficiellement le terme anglais, et l'on utilise "le narratif". On dit, par exemple, "le narratif sioniste", ou "le narratif arabe". Certes, cela rend peu hommage au génie de la langue française, mais c'est l'usage désormais courant, et c'est le plus juste conceptuellement. ** L’expression, d’origine américaine, est devenue classique dans l’analyse des conflits dits asymétriques, où la disproportion des forces en présence, nous dit le discours 'humanitariste', justifie le recours, par le plus faible, à des actions prohibées par la morale et le droit international. L’un des aspects – que l’on peut qualifier de 'sophistique' - du discours favorable au plus faible est "l’équivalence morale" On l’illustrera par un exemple pris entre mille : Rapporter, comme le fait un journaliste de la Radio Suisse Romande (RSR) qu’un "raid israélien a fait quatre morts palestiniens en représailles à des tirs de roquettes qui avaient fait deux blessés… laisse entendre que les pertes, de part et d’autre, peuvent être comparées sans différenciation digne d’être mentionnée. Cela équivaut, pour pousser le raisonnement à son terme, à gommer toute différence entre des gens qui s’attaquent à la population et ceux qui la défendent, ou à mettre sur un même pied les gens visés par ces roquettes et les gens qui tirent ces roquettes." (Extrait de "Bilans trompeurs", sur le site de l’observatoire des médias suisses subventionnés – RTSR-Watch – 18 mai 2007). Volume VII, Numéro 341 • vendredi le 4 juillet 2008 Le mythe du terroriste isolé Traduction : Objectif-info
L’Iran
et les Racines du Mal Texte repris du le Blog Philosémitisme.
Traduction française par Pierre Raiman du blog Autour de la Liberté |
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