Communiqué Isranet
juin
2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Volume VII,
Numéro 340 • vendredi le 27 juin 2008
POUR CORRIGER UNE INJUSTICE HISTORIQUE
:
LE DEVOIR DE MÉMOIRE, DE JUSTICE ET DE VÉRITÉ
POUR LES JUIFS DES PAYS ARABES
Parlement du RU, 26 juin2008
Le membre du parlement et ancien
ministre de la justice du canada Irwin Cotler s’addresse à
une session conjointe de la Chambre des Lords et de la Chambre des Communes
Lors de sa présentation
devant une salle bondée à la Chambre des Lords, le membre
du Parlement canadien Irwin Cotler a déclaré : «
Si la résolution de l’ONU sur la partition de la Palestine
avait été acceptée il y a soixante ans, il n’y
aurait pas eu de guerre arabo-israélienne, pas de réfugiés—juifs
ou arabes—ni la douleur et la souffrance des soixante dernières
années. Nous en serions à fêter le soixantième
anniversaire de l’État d’Israël et de l’État
de la Palestine. »
Cotler poursuivit: « Toutefois,
le sort des 850,000 Juifs déracinés et déplacés
des pays arabes qui constitue un exode non seulement oublié mais
bel et bien forcé, a été omis et éclipsé
du narratif de la paix et de la justice au Moyen Orient durant ces dernières
soixante années. »
Cotler soumit l’évidence
dans un rapport intitulé “La cause pour les droits et la
réparation des réfugiés juifs des pays arabes”
qui documente pour la première fois la répression et la
persécution sanctionnées par l’état dans
certains pays arabes—incluant des mesures comparables aux lois
de Nuremberg—qui ont ciblé les populations juives, résultant
en des pertes d’état civil, des expulsions forcées,
des expropriations, des arrestations et des détentions arbitraires,
de la torture et des assassinats.
Il conclut ainsi cette partie
de son témoignage: « C’est une histoire qui n’a
pas été entendue. C’est une histoire qui n’a
pas encore été racontée. C’est une vérité
qui doit être reconnue aujourd’hui. »
Le professeur Cotler présenta
ensuite un plan d’action pour les droits de l’homme et les
droits des réfugiés—et pour une paix juste et durable
au Proche Orient :
-Reconnaître que bien que
la justice ait été longtemps retardée, elle ne
peut plus être niée. Le temps est venu de rectifier cette
injustice historique.
-La réparation pour les groupes de victimes réfugiées—incluant
les droits de mémoire, de vérité, de justice et
de réparation—en conformité avec les droits de l’homme
et les lois humanitaires—doit être invoquée pour
les Juifs déplacés des pays arabes;
-En termes de devoirs et de responsabilités, chacun des pays
arabes—et la Ligue des pays arabes—doit reconnaître
leur rôle et leur responsabilité dans la double agression
qui a consisté à déclencher une guerre contre Israël,
et à perpétrer des violations des droits de l’homme
contre leurs citoyens juifs.
-Le plan de paix de la Ligue arabe de 2002 doit incorporer la question
des réfugiés juifs des pays arabes dans le plan d’une
paix israélo-arabe, tout comme Israël tient déjà
compte de la question des réfugiés palestiniens dans sa
vision de la paix israélo-arabe;
-Au plan international, l’assemblée générale
de l’ONU—dans un souci de justice et d’équité—devrait
inclure des références aux réfugiés juifs
des pays arabes tout comme des réfugiés palestiniens dans
ses résolutions annuelles; et
-Toute négociation bilatérale israélo-palestinienne—que
l’on espère voir aboutir en une paix juste et durable—devrait
inclure la question des réfugiés juifs de même que
les réfugiés palestiniens.
Cotler demanda au gouvernement
britannique d’utiliser sa voix, son vote et sa participation en
regard des sujets affairant aux problèmes des réfugiés
juifs du Moyen Orient pour assurer que toute référence
aux réfugiés palestiniens soit accompagnée d’une
référence similaire explicite aux réfugiés
juifs des pays arabes.
Cotler conclut : « L’exclusion
et le déni des droits et de la réparation des réfugiés
juifs des pays arabes portera préjudice à des négociations
authentiques entre les parties et sapera la justice et la légitimité
de tout accord. Qu’il n’y ait pas de malentendu : S’il
n’y a pas de mémoire, il n’y a pas de vérité.
S’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas
de justice. S’il n’y a pas de justice, il n’y a pas
de réconciliation véritable. S’il n’y a pas
de réconciliation véritable, il n’y a pas de paix
durable—à laquelle nous aspirons tous. »
DISCOURS
DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Président Nicolas Sarkozy
Knesset, 23 juin 2008
…Il y a entre Israël
et la France une amitié profonde qui a résisté
depuis 60 ans à toutes les turbulences de l’Histoire. Cette
amitié, elle n’est pas seulement due à la vitalité
de la communauté juive de France et à la vitalité
de la communauté francophone d’Israël qui forment
comme un pont entre nos deux pays. Cette amitié est due aussi
à quelque chose de plus profond. Cette amitié est due
à la manière dont le judaïsme a influencé,
a nourri, a enrichi la culture française, à l’inspiration
que les Pères fondateurs d’Israël ont puisée
dans les valeurs de l’universalisme français. Cette amitié
est due aux liens étroits économiques, scientifiques,
culturels, techniques, intellectuels, mais aussi tout simplement humains
que nos deux peuples si bien ont naturellement su tisser ensemble.
Cette amitié, je suis
venu la renouveler, la renouveler solennellement au nom du peuple français
et je me réjouis de voir avec quelle chaleur, avec quel élan
fraternel le peuple israélien y répond.
Je voudrais vous dire que c’est
pour moi une très grande émotion que de prendre la parole
aujourd’hui, ici, à Jérusalem, ville trois fois
sainte, sainte pour les juifs, sainte pour les chrétiens, sainte
pour les musulmans. Je mesure le très grand honneur que vous
faites au Président de la République française
de pouvoir s’adresser à votre Assemblée qui est
le symbole, et je l’ai vu il y a quelques instants, d’une
des plus authentiques démocraties du monde. …
Mesdames et Messieurs les membres
de la Knesset, à travers vous, je voudrais m’adresser à
tous les Israéliens, les Israéliens dont les ancêtres
pendant des siècles ont espéré qu’un jour,
il y aurait à nouveau une nation juive. Une nation juive qui
serait comme toutes les autres nations, libre, libre enfin de choisir
son destin, libre enfin de décider par elle-même. Je veux
m’adresser au peuple d’Israël qui a choisi la démocratie
et la liberté, et qui ne doit la démocratie et la liberté,
peuple si courageux d’Israël, qui ne doit la liberté
et la démocratie à personne d’autre qu’à
lui-même, à son courage, à son énergie, et
à son intelligence. Si vous ne l’aviez pas voulu, personne
ne l’aurait voulu à votre place. Il faut avoir l’honnêteté
et le courage de reconnaître cela. …
Aucun exil, aucune épreuve
n’avait pu arracher du coeur du peuple juif le souvenir de la
Terre promise. Et après 19 siècles, chacun au sein de
ce peuple dispersé sur toute la terre se disait encore : «
je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant
perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi-même
».
Au nom du peuple français,
je veux dire mon amitié et mon respect à ce grand peuple
d’Israël qui a accompli la promesse que tous les Juifs depuis
la dispersion se transmettaient de génération en génération
de revenir en « ce lieu où naquit le peuple juif, où
se forma son caractère spirituel, religieux et national ».
Il y a donc 60 ans, il y a donc
60 ans, cher Shimon, des femmes et des hommes dont le caractère
s’était forgé au travers des pires épreuves
de la vie, proclamèrent « la fondation de l’Etat
juif dans le pays d’Israël ». Herzl avait dit «
si vous le voulez ce ne sera pas une légende ». Ils le
voulurent et la résurrection d’Israël cessa d’être
une légende pour devenir une réalité.
Je veux dire mon admiration pour
ces femmes, pour ces hommes d’exception qui voulaient un Etat
où seraient assurées « une complète égalité
des droits sociaux et politiques pour tous les citoyens, sans distinction
de croyance, de race, ou de sexe », « la pleine liberté
de conscience, de culte, d’éducation et de culture »,
« la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux Saints
et des sanctuaires de toutes les religions ». …
Mais l’Etat d’Israël
ce n’est pas seulement l’accomplissement d’une promesse
qui a toujours été au coeur de l’identité
juive. L’Etat d’Israël ce n’est pas seulement
un retour aux sources. L’Etat d’Israël ce n’est
pas seulement l’expression d’une nostalgie. L’Etat
d’Israël ce n’est pas seulement la tentation de ressusciter
un passé révolu. L’Etat d’Israël c’est
un Etat moderne, tourné vers l’avenir. C’est un Etat,
permettez à un ami de le dire, à la fois national et tourné
vers l’universel. Car c’est un Etat qui n’appartient
pas seulement, l’Etat d’Israël, à ses citoyens,
mais aussi à tous ceux qui dans le monde se reconnaissent comme
les héritiers du judaïsme. Au milieu du malheur, ils n’ont
jamais cessé d’espérer en un monde meilleur. Pour
eux, il fut d’abord la preuve que cette espérance n’était
pas vaine. …
Parce que le destin de chaque
Juif est lié au destin de tous les Juifs. Parce que le fait qu’il
y ait un Etat juif dans le monde dont la réussite soit aussi
éclatante est pour chacun d’eux une source de fierté
et de dignité. Parce que chacun éprouve au fond de lui
le sentiment que l’Etat d’Israël est le moyen par lequel
le peuple juif peut de nouveau devenir acteur de sa propre histoire
au lieu de la subir. Parce qu’en Israël, le judaïsme
ne se définit pas par rapport à l’antisémitisme.
Parce que pour chacun, Israël est le foyer, où il sait qu’il
pourrait se réfugier si par malheur un jour il n’avait
plus nulle part où aller. Parce que pour tous, Israël est
le seul endroit au monde où il est sûr que l’on n’obligera
jamais les Juifs à porter une étoile jaune, où
l’on n’interdira pas aux Juifs de prendre l’autobus,
de fréquenter les cinémas et les théâtres,
d’occuper certains emplois, qu’on ne les obligera pas à
habiter des quartiers pour les Juifs, à n’aller que dans
des restaurants, des magasins, des écoles pour les Juifs. …
Il n’y a aucun autre Etat
dans le monde qui se soit construit sur autant de douleurs et sur autant
d’espérance. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde
dont l’existence même fut dès le départ à
ce point liée à l’affirmation d’un idéal
de justice et d’une volonté de vivre en paix. Il n’y
a aucun autre Etat dans le monde que le vôtre qui, lors de sa
naissance, suscita autant d’espoir de la part de tous ceux qui
n’avaient jamais cessé d’opposer les forces de l’esprit
à la barbarie.
On ne peut pas penser à
Israël sans penser à l’histoire du peuple juif. On
ne peut pas penser à Israël sans se souvenir des pogroms,
des wagons plombés, des chambres à gaz. On ne peut pas
penser à Israël sans penser au Capitaine Dreyfus devant
ses juges, aux femmes qui mourraient du typhus dans les camps de la
mort, à tous les enfants martyrs de Yad Vashem. Mais l’histoire
du peuple juif n’est pas seulement celle de ses malheurs. Le peuple
juif ne s’est pas contenté de subir. Le peuple juif a constamment
opposé à tous ceux qui voulaient l’anéantir,
la force de son caractère, la puissance de sa pensée,
la profondeur de sa culture et la vitalité de sa foi.
Le peuple juif n’a pas
laissé au monde que le souvenir de sa souffrance. Le peuple juif
lui a donné aussi un trésor. Un trésor de savoir
et un trésor d’humanité. Où en serait la
sagesse du monde sans les prophètes d’Israël? Où
en seraient la philosophie, la physique, la littérature, l’économie,
sans les penseurs, les savants, les artistes, les entrepreneurs juifs
du monde entier qui ont oeuvré à toutes les époques
au sein de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les
civilisations ? Où en serait le monde sans Spinoza, sans Freud,
sans Einstein ? …
Le judaïsme c’est
l’esprit prophétique qui ouvre l’avenir, qui appelle
le progrès, qui réclame la justice. Le judaïsme c’est
une manière de penser forgée dans un rapport singulier
aux textes bibliques, par des siècles de commentaires, d’interprétation,
de dialogue ouvrant l’intelligence à tous les possibles,
l’amenant à comprendre qu’il n’y a pas de vérités
définitives ni de sens absolu.
Alors, au milieu des difficultés
de tous ordres, les fondateurs de l’Etat d’Israël se
sont battus avec toute la force de leur coeur et de leurs bras pour
qu’il survive. Le peuple français s’est rangé,
dès votre naissance, à vos côtés. Je suis
venu vous dire que le peuple français sera toujours aux côtés
de l’Etat d’Israël quand son existence sera menacée.
Car on ne peut pas accepter la menace sur l’existence de l’Etat
d’Israël.
Après ce que l’Europe
a connu, après le massacre des Juifs, on ne peut pas accepter
que quiconque dans le monde dise qu’il veut rayer de la carte
l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, cette menace a
pris la forme du terrorisme. Aucun peuple ne peut vivre sous la menace
du terrorisme. Le terrorisme ne s’explique pas. Le terrorisme
ne se justifie pas. Le terrorisme se combat ! La France est pleinement
engagée dans la lutte contre le terrorisme et, Madame la Présidente,
quand vous m’appelez à dire que le terrorisme pourrait
frapper la France, il a frappé la France. Oui, la France est
l’amie d’Israël et la France sera toujours aux côtés
d’Israël lorsque sa sécurité et son existence
seront menacées. J’ai toujours pensé cela, je l’ai
toujours ressenti au plus profond de mon coeur et je ne transigerai
jamais avec cela. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse,
à la destruction d’Israël trouveront toujours la France
face à eux pour leur barrer la route.
Pour que les choses soient claires
et qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je veux
dire que le programme nucléaire militaire de l’Iran appelle
une réaction d’une extrême fermeté de toute
la communauté internationale. Israël doit savoir qu’Israël
n’est pas seul ! La France est déterminée à
poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions
de plus en plus dures jusqu’à l’ouverture, si Téhéran
faisait le choix de respecter ses obligations internationales. Mais
je veux le dire avec force : un Iran doté de l’arme nucléaire
est inacceptable pour mon pays ! …
On doit la vérité
à ses amis, sinon on n’est pas un ami. La vérité
c’est que la sécurité d’Israël sur laquelle
la France ne transigera jamais, ne sera véritablement assurée
que lorsqu’à ses côtés, on verra un Etat palestinien
indépendant, moderne, démocratique et viable. Voyez-vous,
Mesdames et Messieurs, je serais un piètre ami d’Israël
si je pensais que dans cette démocratie israélienne, on
n’était pas capable de dire ce que l’on ressent profondément
au fond de son coeur.
Et donc, la France amie d’Israël,
intransigeant sur sa sécurité, la France se veut l’amie
du peuple palestinien, aussi. La France veut dire au peuple palestinien
la vérité. Et la vérité c’est que
nul ne peut espérer rétablir les droits du peuple palestinien
en niant ceux du peuple israélien et en appelant à la
destruction d’Israël. La vérité, c’est
qu’il faut que ce conflit sans fin s’arrête. La vérité,
c’est qu’il faut que cette violence cesse. La vérité,
c’est qu’il faut que cette haine qui dresse les peuples
les uns contre les autres s’éteigne.
Il le faut, parce que les seuls
gagnants de la violence et de la haine sont le fanatisme, le fondamentalisme,
le racisme et l’antisémitisme. Il faut que la paix arrive
parce que vous avez trop souffert. Il le faut que la paix arrive parce
qu’il y a eu trop de morts et trop de douleurs. Parce que Juifs
et Musulmans, Israéliens et Palestiniens, au fond, vous partagez
la même souffrance et la même douleur pour vos enfants.
…
Alors, comme tous les peuples,
le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité
dans des frontières reconnues et garanties. Comme tous les peuples,
le peuple palestinien a le droit d’avoir un Etat et d’y
exercer sa souveraineté. Comme tous les peuples, le peuple israélien
et le peuple palestinien vivront en paix le jour où chacun aura
le sentiment que justice lui est rendue et où leurs rapports
seront fondés sur le droit et non plus sur la force.
Alors, bien sûr, c’est
plus facile à dire pour moi, qui n’ai pas peur quand je
m’endors dans mon appartement le soir. Bien sûr, c’est
plus facile à dire pour moi qui n’ai pas peur quand je
me promène mais en même temps, ces grands efforts que vous
avez faits pour construire un Etat démocratique et puissant,
faites-les, faites les mêmes pour construire la paix dont vos
enfant seront les bénéficiaires.
Alors, c’est vrai, il ne
peut y avoir de paix sous la menace du terrorisme. Il ne peut y avoir
de reconnaissance mutuelle quand des roquettes tombent tous les jours
sur des victimes innocentes. Mais il faut avoir le courage de le dire,
je le dis, sans vouloir offenser personne, je le dis tout simplement
: il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt total et immédiat
de la colonisation. Une proposition existe, soutenue par de nombreux
membres de votre Knesset, pour l’adoption d’une loi qui
inciterait au départ les colons de Cisjordanie, moyennant compensation
et relogement en Israël. Je vous dis une chose : créez les
conditions du mouvement !
Il ne peut y avoir de paix si
les palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme. C’est
aux Palestiniens de le faire, chacun a sa part de travail à faire.
Mais pas de paix non plus, permettez de le dire, si les Palestiniens
sont empêchés de circuler ou de vivre sur leur territoire.
Il ne peut y avoir de paix sans que soit résolu le problème
des réfugiés palestiniens dans le respect de l’identité
et de la vocation d’Israël. Il ne peut y avoir de paix, même
si je sais combien le sujet est douloureux, sans la reconnaissance de
Jérusalem comme capitale de deux Etats et la garantie de la liberté
d’accès aux Lieux Saints pour toutes les religions. Il
ne peut y avoir de paix sans une frontière négociée
sur la base de la ligne de 1967 et des échanges de territoires
qui permettront de construire deux Etats viables. …
Depuis 60 ans, des hommes et
des femmes de bonne volonté comme votre Président, ont
essayé de trouver le chemin de la paix et certains, comme Itzhak
Rabin, l’ont payé de leur vie. Mais chacune de leurs initiatives,
chacun de leurs gestes a permis de progresser. La paix est faite avec
l’Egypte, avec la Jordanie. Israël s’est retirée
du Sinaï, du Liban et de Gaza. Il n’y a pas de geste inutile
en faveur de la paix et peut-être sommes-nous plus près
du but puisque, désormais, tout le monde se parle.
Et puisque la violence semble
être suspendue, depuis quelques jours, à Gaza, je veux
exprimer l’espoir de la libération du soldat Gilad Shalit,
retenu en otage depuis près de deux ans, comme de tous les prisonniers.
Annapolis a relancé une
dynamique de paix, une année de négociations qui peuvent
être décisives. Ne laissons pas échapper cet espoir
de paix! Je mesure toutes les difficultés qui doivent encore
être surmontées. Mais je vous le dis : la paix est possible!
Elle est possible maintenant ! C’est ce que veulent, dans leur
immense majorité, Israéliens et Palestiniens. Ne laissons
pas vaciller, une fois de plus, la flamme de l’espoir!
La France que tant de souvenirs
lient à cette région du monde, la France qui aime et qui
respecte tous les peuples du Moyen-Orient, la France veut apporter sa
contribution à la paix. Elle est prête à organiser
sur son sol tous les pourparlers qui pourraient y conduire, qu’il
s’agisse de la négociation israélo-palestinienne,
du dialogue syro israélien ou des discussions qui devront reprendre,
un jour prochain je l’espère, entre Israël et le Liban.
Sur ces trois volets du processus
de paix, la France est prête à apporter sa garantie, prête
à mobiliser sa diplomatie, ses ressources, ses soldats, comme
elle le fait déjà, avec d’autres partenaires européens,
au Sud Liban. C’est dans cet esprit qu’elle exercera à
partir du 1er juillet la Présidence de l’Union européenne,
qu’elle travaillera au rehaussement des relations entre l’Union
et Israël et participera au Quartet. …
[V]ous devez savoir que vous
pouvez compter sur l’Europe pour vous aider à aller vers
un accord final : sécurité pour les deux Etats, compensation
et relogement des réfugiés, appuis à la construction
d’un Etat de droit en Palestine, soutien économique et
financier général à la paix. …
Au Moyen-Orient se mélangent
et s’affrontent depuis des millénaires des peuples qui
ont donné à l’humanité tout entière
ce qu’il y a de plus élevé dans la pensée,
de plus beau dans la religion, de plus important dans le savoir. Mais,
au Moyen-Orient, tous les peuples, tous, dans leurs prières,
parlent d’amour, de justice et de paix. Au Moyen-Orient, tous
les peuples aiment la vie. Tous sont les enfants d’Abraham. Tous
ont la Bible en partage. Et avec cela, on va continuer à avoir
une guerre millénaire? …
Juifs, chrétiens ou musulmans,
ils se rappelleront la parole du Prophète Isaïe : «
Je ferai de Jérusalem mon allégresse. Et de mon peuple
ma joie. On n’y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit
des cris. Ils bâtiront des maisons et les habiteront. Ils planteront
des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne travailleront plus en
vain et ils n’auront plus des enfants pour les voir périr.
» …
Vive la France, Vive Israël.
Vive la paix pour Israël et pour la Palestine qui est une nécessité
pour la paix du monde. Je vous remercie.
Début
de la page
Volume VII,
Numéro 339 • vendredi le 20 juin 2008
UNE CELLULE DORMANTE DU HEZBOLLAH
RÉACTIVÉE AU CANADA
La Presse Canadienne
La Presse, 19 juin 2008
Des responsables des services
du renseignement ont déclaré à ABC News que le
Hezbollah avait réactivé une cellule dormante localisée
au Canada et que des cadres de l'organisation chiite avaient quitté
leur base du Liban à destination du Canada, de l'Europe et de
l'Afrique. Une vingtaine de membres du Hezbollah identifiés au
Canada sont passés sous surveillance après la réactivation
de quatre membres «dormants» dont l'un se nommerait «Rashedan».
Ils auraient reçu la consigne de renvoyer leurs familles au Liban.
Toujours selon les propos recueillis
par ABC auprès de responsables des service secrets américains
et canadiens, un expert en armement du Hezbollah a été
suivi jusqu'au Canada où il a été vu dans un stand
de tir au sud de Toronto, près de la frontière américaine.
Selon les responsables cités
par le réseau de télévision, le Hezbollah préparerait
des attaques contre des cibles israéliennes à l'extérieur
du Moyen-Orient. Ils soupçonnent les cadres opérationnels
du mouvement chiite d'avoir récemment organisé la surveillance
de l'ambassade d'Israël à Ottawa, ainsi que de plusieurs
synagogues à Toronto.
Le président du Congrès
juif canadien, Bernie Farber, a indiqué qu'il y a eu des rumeurs
à ce sujet, mais que les autorités avaient affirmé
que rien ne permettait de les attester. La responsable des communications
du ministre de la Sécurité Publique, Stockwell Day, a
déclaré, jeudi, que le gouvernement était sur ses
gardes pour prévenir tout acte terroriste au pays et à
l'étranger.
À Ottawa, la GRC
a refusé de démentir ou de confirmer les éléments
révélés par ABC. Elle n'a pas non plus indiqué
si une enquête était en cours.
Ni les services secrets canadiens,
ni l'ambassade d'Israël n'ont fait de commentaires. Les responsables
officiels américains ont pour leur part déclaré
que rien ne permettait de croire que le Hezbollah préparait une
attaque aux États-Unis. Les agences de renseignement ont précisé
à ABC que rien ne permet de définir la cible choisie par
le Hezbollah, qui pourrait tout aussi bien se situer en Amérique
du Sud.
Le but de l'opération
montée par le Hezbollah serait de venger l'assassinat, en février,
de son chef militaire, Imad Mugniyah. Il avait péri dans l'explosion
d'une voiture piégée en Syrie. Le mouvement chiite avait
accusé Israël d'avoir organisé cet attentat, ce que
les responsable israéliens ont démenti.
POURPARLERS
SYRIENS NE SONT PAS SÉRIEUX
Barry Rubin
Jerusalem Post, 26 mai 2008
Traduit et adapté par
Artus et CIJR.
Pourquoi Israël négocie
avec la Syrie et qu'est-il arrivé au Liban? Un de ces deux événements
est peut-être le plus important de 2008, mais ce n'est pas le
premier.
Examinons pourquoi Israël
et la Syrie négocient, alors qu'en fait ils simulent une négociation.
Les deux parties savent qu'il n'y aura pas d'accord, mais elles ont
de bonnes raisons de simuler la négociation, par l'intermédiaire
de la Turquie.
Il y a 6 facteurs qui interviennent
dans la décision du gouvernement israélien pour négocier
avec la Syrie:
1) maintenir au pouvoir le premier
ministre Ehoud Olmert, avec l'argument qu'il serait dommageable d'interrompre
une négociation importante pour le démettre de ses fonctions,
la paix étant plus précieuse qu'une "affaire de dessous
de table"… Ehoud Olmert utilisait déjà cette
argumentation dans les pourparlers avec les Palestiniens, mais elle
commençait à "s'user", et il a sauté
sur un autre cheval. Cela ne veut pas dire qu'il va mettre en danger
la sécurité du pays. Les manchettes des journaux suffisent
pour éloigner l'échéance de sa chute.
2) montrer à tous qu'Israël
recherche la paix. Il est vrai que le pays est prêt à des
compromis pour cela, à condition que la contrepartie soit substantielle.
En recherchant la paix, Olmert cherche à rallier le soutien des
pays et des médias occidentaux, en sécurisant sa base
en Israël.
3) donner un motif de retenue
à la Syrie. Si la Syrie est occupée à bavarder
de sujets où elle semble gagner du terrain, c'est tout bon pour
son régime de dictature. Et, pour le moment, elle n'encouragera
ni la terreur, ni les velléités guerrières du Hezbollah.
Et si le Nord est tranquille, Israël peut mieux se concentrer sur
les événements du Sud, ceux de Gaza.
4) Que la Turquie soit heureuse,
bien que cela soit un facteur mineur. Bonne amie d'Israël, la Turquie
a mis tout son prestige dans cette initiative. Laissons-la faire.
5) Montrer aux Palestiniens qu'Israël
a d'autres partenaires possibles, comme moyen de faire pression sur
eux. En effet en élargissant le fossé entre les intérêts
de la Syrie et ceux de l'Autorité palestinienne, Israël
a les mains plus libres. Puis, beaucoup de ceux qui poussent vers un
accord avec la Syrie ne croient pas en un accord négocié
avec les Palestiniens. Ehoud Barak, ministre de la Défense, est
au centre de cet argument.
6) La couverture des médias
et les communiqués des gouvernements ne laissent en rien filtrer
que personne ne négocie en réalité et que les approches
sont des préliminaires sans conséquence. En tout cas,
cela ne coûte rien à Israël.
Si Barack Obama devient président
des Etats-Unis, ses propositions de pourparlers directs seraient désastreuses
pour Israël. La négociation pourrait avancer si la Syrie
était prête à quitter réellement la sphère
iranienne, à ne plus soutenir les groupes terroristes, à
signer une paix concrète et à accepter des restrictions
concernant le Golan [forces limitées, contrôle par postes
d'alarme …]. Mais nous en sommes loin et toute négociation
ne fera qu'éterniser, menant à une impasse. ... [Et] ce
jeu en cours n'est pas une bonne stratégie, car il affaiblit
le combat contre la sphère iranienne, objectif primordial au
Moyen-Orient aujourd'hui.
Mais alors, quelles sont les
motivations syriennes? La Syrie a 6 bonnes raisons de jouer.
1) Le principal problème
de la Syrie est son isolement sur le plan international. Son alliance
militaire étroite avec l'Iran, qui s'ajoute à son soutien
de la terreur au Liban, en Irak et en Israël lui coûte très
cher diplomatiquement. Négocier avec Israël lui donne une
caution de bonne conduite. Bis repetitum. …
2) La Syrie veut que l'Occident
oublie les assassinats perpétrés au Liban et annule le
procès pour meurtre de l'ex -premier ministre du Liban Hariri.
3) La Syrie veut de même
qu'on ferme les yeux sur ses incartades nucléaires, la construction
d'une centrale à plutonium avec l'aide de la Corée du
Nord. De même pour son soutien à l'insurrection en Irak
qui tue des soldats américains.
4) La Syrie veut obtenir des avantages
de l'Occident sans contrepartie
5) La Syrie veut gagner du temps,
en faisant le pari que Barack Obama sera le prochain président
américain et qu'il suivra une politique pro-syrienne. C'est la
rumeur à Damas.
6) La Syrie ne veut qu'une chose
: consolider un régime dictatorial et son contrôle sur
le Liban, sans interférence extérieure. Le Département
d'Etat, la France ou l'Onu n'ont pas levé le petit doigt pour
sauver le Liban de la main mise du bloc Iranien, sous prétexte
que le Liban serait plus stable ainsi.
Croire que la Syrie cherche la
paix est complètement absurde. Toute paix qui entraînerait
la reconnaissance d'Israël, l'éloignement de la sphère
iranienne, l'abandon du Hezbollah et du Hamas, la cessation de toute
ingérence terroriste en Irak, irait contre les intérêts
syriens.
En attendant, le Liban est tombé
dans le filet du Hezbollah, et ce pays rejoint la sphère iranienne.
Cette catastrophe prend d'autant plus d'ampleur que tout le monde fait
semblant de l'ignorer. Un jour, les yeux s'ouvriront et on verra cette
tragédie comme un autre Munich. Bien sûr Bashar al Assad
n'est pas Hitler […], mais les Etats-Unis et l'Europe, surtout
la France, ont agi envers le Liban, comme Neville Chamberlain, le 1er
ministre anglais, avait agi à Munich envers la Tchécoslovaquie.
Et ceci, sans parler de l'Iran poursuivant son programme d'arme nucléaire,
ni de Barack Obama devenant le président des Etats-Unis. ...
(Barry Rubin est le directeur
du Centre GLORIA
[Global Research in International Affairs Center] à IDC, Hertzlyah.)
OBAMA
ET MCCAIN SUR LE MOYEN-ORIENT
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 5 juin 2008
Adaptation française:
Alain Jean-Mairet
Maintenant que les primaires
démocrates sont achevées, les électeurs américains
peuvent se concentrer sur des questions politiques substantielles. Par
exemple: Quelles sont les approches respectives des deux principaux
candidats à la présidence des États-Unis en ce
qui concerne Israël et les thèmes apparentés? On
trouve des éléments de réponse importants dans
deux interviews parallèles du journaliste Jeffrey Goldberg, de
The Atlantic, qui a rencontré le démocrate Barack Obama
au début mai et le républicain John McCain à la
fin mai.
Confrontés à deux
séries de questions à peu près identiques, ils
ont choisi des directions opposées. Obama s'est servi de l'interview
pour convaincre les lecteurs du sérieux de son engagement pro-Israël
et pro-juif. Ainsi, il a affirmé à trois reprises son
soutien pour Israël: «La conception d'un État juif
en sécurité est une idée fondamentalement juste
et nécessaire»; «le besoin de préserver un
État juif sûr est (…) une idée juste et qui
doit être soutenue ici, aux États-Unis, et dans le monde
entier»; et «pendant ma présidence, vous n'assisterez
à aucun relâchement de l'engagement pour la sécurité
d'Israël».
Ensuite, Obama a détaillé
son soutien dans quatre contextes spécifiquement juifs. Développement
personnel. «Quand je réfléchis à la notion
de sionisme, je repense à la manière avec laquelle mes
sentiments envers Israël se sont forgés dans ma jeunesse—dans
mon enfance, en fait. En sixième année, j'avais eu un
animateur de camps de vacances juif américain, mais qui avait
passé du temps en Israël.» Carrière politique.
«Quand j'ai commencé mon travail d'organisateur, mes deux
collègues de Chicago était juifs et j'ai été
attaqué par association avec eux. De sorte que je me suis retrouvé
dans la tranchée avec mes amis juifs.» Idées. «Je
dis toujours par plaisanterie que ma formation intellectuelle est fondée
sur des érudits et des auteurs juifs, bien que je ne le savais
pas à l'époque. Qu'il s'agisse de théologiens ou
de Philip Roth, qui m'ont aidé à façonner ma sensibilité,
ou d'écrivains parmi les plus populaires, comme Leon Uris.»
Philosophie. «Mon équipe critique parfois ma tendance à
me préoccuper trop profondément de questions morales.
Je pense tenir cela en partie de la pensée juive, qui rappelle
que nos actes ont des conséquences, que cela est important et
que nous avons certaines obligations morales.»
En revanche, McCain n'a pas ressenti
la nécessité d'afficher son sionisme ou ses références
pro-juives. Il a les a considérés comme des faits acquis
et a utilisé l'interview pour soulever des questions politiques
concrètes, notamment la menace iranienne. Par exemple, interrogé
sur la légitimité du sionisme, il a répondu: «Il
est remarquable de voir comment le sionisme a pu traverser tant de guerres
et d'épreuves et rester tout de même attaché aux
idéaux de démocratie, de justice sociale et de droits
humains.» Et de poursuivre: «Je pense que l'État
d'Israël reste soumis à une grave menace, de la part d'organisations
terroristes et en raison des incitations constantes des Iraniens à
supprimer Israël de la carte.» Toujours en parlant de l'Iran,
McCain s'est engagé à «ne jamais permettre une autre
Shoah». Il a déclaré discerner dans la menace de
destruction d'Israël «de profondes conséquences pour
la sécurité nationale» des États-Unis et
a insisté sur le fait que Téhéran parraine des
organisations terroristes visant «la destruction des États-Unis
d'Amérique».
L'importance du conflit israélo-arabe
constitue une deuxième divergence. Obama en parle comme d'une
«blessure béante» et d'une «plaie ouverte»
qui infecte «toute notre politique étrangère».
Il précise notamment que l'absence de solution «fournit
un prétexte aux djihadistes militants anti-américains
pour commettre des actes impardonnables». Interrogé sur
la déclaration d'Obama, McCain rejette l'idée selon laquelle
l'Islam radical résulterait de la confrontation israélo-arabe:
«Je ne pense pas que le conflit soit une plaie. Je pense que c'est
un défi à relever pour la sécurité nationale.»
Il continue en indiquant que si le conflit israélo-palestinien
était résolu demain, «nous resterions confrontés
à l'énorme menace de l'extrémisme islamique».
Enfin, les deux hommes sont en
désaccord sur l'importance du fait que des Israéliens
vivent toujours en Cisjordanie. Obama insiste beaucoup sur ce point
et affirme que si leur présence continue de s'accroître,
«nous allons nous retrouver coincés dans le même
statu quo où nous restons bloqués depuis des décennies».
McCain a reconnu qu'il s'agissait d'une question majeure, mais a rapidement
changé de sujet pour évoquer la campagne de bombardement
de Sdérot, la ville israélienne assiégée
qu'il a personnellement visitée en mars et dont il compare expressément
la situation difficile au territoire continental des États-Unis
qui serait attaqué depuis l'une de ses frontières.
Les interviews jumelles de Goldberg
mettent deux faits en lumière. Premièrement, les candidats
des grands partis à la présidence américaine doivent
toujours rendre hommage aux bonnes relations américaines avec
Israël, même si, comme dans le cas d'Obama, cela contredit
radicalement des opinions précédentes. Et deuxièmement,
alors que McCain est à l'aise sur ce thème, Obama se soucie
d'attirer les votes pro-Israël.
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Volume VII,
Numéro 338 • vendredi le 13 juin 2008
La Knesset décide "Jérusalem,
capitale du Peuple juif"
Shraga Blum
Aroutz7, 4 juin 2008
Le caractère et l'histoire
de Jérusalem lui confèrent une importance et un rôle
qui vont bien au-delà des "frontières" étriquées
de l'Etat d'Israël. De la même manière qu'il y a un
siècle, les petits troncs du KKL, déposés à
travers le monde, symbolisaient l'appartenance de la Terre d'Israël
au peuple juif dans son ensemble, ainsi doit-il en être de la
Ville de David, qui est centre national du peuple juif avant d'être
capitale de l'Etat d'Israël. Elle fut le réceptacle de toutes
les prières et de tous les espoirs des Juifs durant des siècles,
alors qu'il n'existait encore aucune structure étatique.
De ce fait, toute décision
concernant le sort de la Ville ne doit pas dépendre uniquement
des décisions d'un gouvernement israélien, passager par
définition, soumis à des pressions, ou mû par des
intérêts particuliers. Contrairement à la politique
générale d'Israël, qui dépend uniquement de
la volonté de ses citoyens exprimée dans les urnes (quand
ils le peuvent…), l'avenir de Jérusalem doit être
remis dans les mains du Peuple juif dans son ensemble. C'est ce que
la Knesset a voulu officialiser ce matin, par un vote préliminaire
sur un amendement apporté à la Loi Fondamentale sur Jérusalem
de 1980: Jérusalem sera nommée "Capitale du Peuple
Juif".
La proposition émane de
Zevouloun Orlev (Ihoud Leoumi – Mafdal): "Il n'y a pas seulement
la Jérusalem civile, il y aussi la Jérusalem d'En-haut,
celle qui unifie le Peuple juif dans son ensemble, et dans laquelle
chaque Juif, où qu'il soit, peut se sentir chez soi." Il
a d'ailleurs précisé qu'une Commission juridique sioniste,
sous la présidence du Prof. Shimon Shetrit, ancien ministre de
la Justice, travaille également dans ce sens.
Les débats ont eu lieu
en présence d'un nombre relativement élevé de députés
(70), et le vote a été sans appel: 58 pour et 12 contre,
la coalition ayant décidé de soutenir le texte.
Parmi les opposants les plus farouches,
Avshalom Vilan (Meretz), qui considère cette loi comme "stupide"
et "destinée à saboter les tentatives de trouver
une solution politique sur Jérusalem". "Nous nous mentons
à nous-mêmes avec ce genre de lois, car finalement, il
faudra se rendre à l'évidence: malgré les efforts
de la droite pour associer le peuple juif afin d'éviter des concessions,
Jérusalem sera aussi la capitale de l'Etat palestinien".
Orlev s'est indigné de
ces propos, accusant Vilan de "franchir toutes les lignes rouges"
et lui a demandé s'il se souvenait encore de la phrase "Si
je t'oublie, Jérusalem"…
La
soixantaine périlleuse d'Israël, dans le pire voisinage
de la planète
Daniel Pipes
National Post, 6 mai 2008
Adaptation française:
Alain Jean-Mairet
Deux nouveaux États identifiés
par leur religion ont émergé de l'éclatement de
l'Empire britannique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
Israël était l'un deux, bien sûr. L'autre était
le Pakistan.
Ils permettent une comparaison
intéressante mais rare. L'expérience du Pakistan, avec
sa pauvreté largement répandue, ses troubles internes
quasiment constants et ses tensions extérieures qui ont engendré
son statut actuel d'état presque voyou, montre bien les dangers
qu'Israël a su éviter, avec sa culture politique libérale
et stable, son économie dynamique, son secteur de haute technologie
florissant, sa culture vivante et son impressionnante cohésion
sociale.
Mais en dépit de tout cela,
l'État juif vit sous une menace à laquelle le Pakistan
et la plupart des autres entités politiques ne sont jamais confrontés
– celle de son élimination. Ses progrès remarquables
au cours des décennies ne l'ont pas libéré d'un
péril qui revêt presque toutes les formes imaginables:
armes de destruction massive, attaques militaires conventionnelles,
subversion intérieure, blocus économique, assaut démographique
et travail de sape idéologique. Aucun autre état contemporain
– et probablement aucun dans l'histoire entière –
ne doit faire face à une telle série de menaces.
Les ennemis d'Israël se divisent
en deux camps principaux: la gauche et les Musulmans – l'extrême-droite
constituant ici un troisième élément mineur. La
gauche comprend une aile acharnée (International ANSWER, Noam
Chomsky) et un centre plus courtois (Assemblée générale
des Nations unies, partis politiques de gauche, principaux médias,
principales églises, manuels scolaires). Mais en dernière
analyse, la gauche constitue moins une force en elle-même qu'un
auxiliaire de l'agent antisioniste essentiel qu'est la population musulmane.
Cette dernière peut à son tour être divisée
en trois groupes distincts.
Premièrement, les États
étrangers: les cinq armées qui ont envahi Israël
dès son indépendance en mai 1948, puis les armées
et les aviations et marines militaires voisines qui menèrent
les guerres de 1956, 1967, 1970 et 1973. Si la menace conventionnelle
a quelque peu fléchi, l'effort d'armement de l'Égypte,
financé par les États-Unis, constitue un danger nouveau
et les menaces d'utilisation d'armes de destruction massive (notamment
par l'Iran mais aussi par la Syrie et, potentiellement, par de nombreux
autres États), en constitue un autre, plus grave encore.
Deuxièmement, les Palestiniens
de l'extérieur, vivant hors d'Israël. Mis sur la touche
par les gouvernements de 1948 à 1967, Yasser Arafat et l'Organisation
de libération de la Palestine ont saisi leur chance lors de la
défaite des trois armées étatiques dans la guerre
des Six Jours. Les développements ultérieurs tels que
la guerre du Liban en 1982 et les accords d'Oslo en 1993 ont confirmé
l'importance centrale des Palestiniens de l'extérieur. Aujourd'hui,
c'est eux qui conduisent le conflit, par la violence (terrorisme, missiles
lancés depuis Gaza) et, surtout, en montant l'opinion mondiale
contre Israël grâce à un effort de relations publiques
qui trouve un large écho parmi les Musulmans et la gauche.
Troisièmement, les citoyens
musulmans d'Israël, les éléments dormants de l'équation.
En 1949, ils n'étaient que 111.000, soit 9% de la population
israélienne, mais en 2005, leur nombre avait été
multiplié par dix pour atteindre 1.141.000, soit 16% de la population.
Ils ont profité de l'ouverture d'Israël pour croître
et passer de l'état de communauté docile et inactive à
celui d'un groupe de pression revendicatif qui rejette toujours davantage
la nature juive de l'État d'Israël, avec des conséquences
très sérieuses pour l'identité future de cet état.
Si cette longue liste de dangers
rend Israël différent de tous les autres États occidentaux,
en le forçant à se protéger quotidiennement de
ses nombreux ennemis, sa situation délicate le rend aussi étrangement
similaire à d'autres pays du Moyen-Orient, soumis eux aussi à
une menace d'élimination.
Le Koweït, conquis par l'Irak,
a disparu de la carte entre août 1990 et février 1991,
et n'aurait sans doute jamais été rétabli sans
l'intervention d'une coalition dirigée par les États-Unis.
Le Liban est de facto sous contrôle syrien depuis 1976 et, si
les événements s'y prêtent, il pourrait se retrouver
officiellement incorporé par Damas à tout moment. À
l'occasion, Téhéran affirme que le Bahreïn devrait
faire partie de l'Iran, comme en juillet 2007, lorsqu'un proche de l'ayatollah
Ali Khamenei, le guide suprême Iranien, déclara que «le
Bahreïn fait partie du territoire iranien» et que «le
peuple bahreïni ne demande rien plus ardemment aujourd'hui que
de voir revenir cette province (…) dans le giron de l'Iran islamique».
L'existence de la Jordanie en tant qu'état indépendant
a toujours été précaire, en partie parce qu'il
est toujours considéré comme un artifice colonial de Winston
Churchill et en partie parce que plusieurs états (Syrie, Irak,
Arabie saoudite) et les Palestiniens le considèrent comme une
proie légitime.
Le fait qu'Israël se retrouve
en telle compagnie à cet égard a plusieurs implications.
Cela permet d'abord de mettre le dilemme d'Israël en perspective:
alors qu'aucun pays situé hors du Moyen-Orient ne risque l'élimination,
c'est un problème routinier dans la région. Cela indique
que le statut incertain d'Israël n'est pas prêt d'être
résolu. Cela jette également une lumière crue sur
l'aspect exceptionnellement cruel, instable et mortel de la vie politique
au Moyen-Orient – la région est de toute évidence
le pire voisinage de la planète. Israel y est le bon élève
à lunettes qui tente de réussir à l'école
en vivant dans le quartier de la ville le plus infesté par la
criminalité.
La profondeur et l'étendue
de la maladie politique moyen-orientale révèle bien combien
il est faux de considérer le conflit israélo-arabe comme
le moteur des troubles de la région. Il est autrement plus juste
de considérer la situation désespérée d'Israël
comme le résultat de la politique vénéneuse de
la région. Faire porter à Israël la responsabilité
de l'autocratie, du radicalisme et de la violence du Moyen-Orient équivaut
à reprocher à l'élève studieux d'être
à l'origine de la criminalité du quartier. De même,
résoudre le conflit israélo-arabe n'apporterait de solution
qu'à ce problème particulier, pas à ceux de la
région entière.
Tous les membres de ce quintette
menacé risquent bel et bien l'anéantissement, mais les
problèmes d'Israël sont les plus complexes. L'État
juif a survécu à d'innombrables périls mortels
au cours des six dernières décennies et il l'a fait en
gardant son honneur intact. Sa population a donc de bonnes raisons de
célébrer. Mais les réjouissances ne pourront pas
durer, le pays devra aussitôt retourner aux barricades pour contrer
la prochaine menace.
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Volume VII, Numéro
337 • vendredi le 6 juin 2008
Il n’y a pas d’affaire
Enderlin - Al Doura :
Nous voulons un débat
Elisabeth Lévy
Causeur (Blog), 30 mai 2008
Une pleine page (et un édito)
dans le Wall Street Journal, deux feuillets dans Le Monde (au demeurant,
le seul quotidien français à avoir traité l’information)
: le désaveu judiciaire infligé à France 2 n’a
pas passionné les médias français. Il est vrai
qu’il s’agit d’une vétille : un tribunal déclare
qu’il existe de légitimes raisons de douter de la véracité
d’un reportage à haute teneur symbolique diffusé
dans le monde entier par la première chaîne de la télévision
publique française. Au passage, le juge admet que, parmi les
récits présentés comme des “faits”
qui sont supposés former notre intelligence du monde, certains
sont peut-être de purs bidonnages. De la réalité
pour télé. Un monde en noir et blanc pour écran
couleurs.
On se demandait comment allait réagir la profession, si prompte
à faire feu sur les manquements moraux, réels ou supposés,
de toutes les autres corporations. Par un examen de conscience collectif
? Un authentique débat interne ? La bonne blague. En serrant
les coudes. Puisque ce dont nous ne parlons pas n’existe pas,
étouffons l’affaire. Il en va de l’intérêt
supérieur du Parti (des médias). Lequel, comme le monde
est bien fait, se confond avec celui de la démocratie : taire
ou traiter comme insignifiante la défaite de France 2, c’est
protéger le public (on imagine sans peine le charivari qui eût
suivi un verdict inverse).
Cela devait être un remake de David contre Goliath, avec David
dans le rôle du méchant. La chaîne publique avait
attaqué en diffamation Philippe Karsenty, animateur d’un
site internet “de notation des médias”. Après
le verdict de la Cour d’Appel infirmant sa condamnation en première
instance, celui-ci a été interrogé par la BBC et
des médias australien, néerlandais, américains,
tunisien. En France, les “grands journaux” ont signalé
l’information sur leur site internet – où elle a
l’avantage d’être très vite ensevelie –,
mais seul Le Monde l’a jugée digne de sa “version
papier”. Quant à France 2, elle a jugé que ses téléspectateurs
avaient “le droit de savoir” : le soir du verdict, en fin
de JT, David Pujadas a expliqué que la Cour avait “reconnu
la diffamation mais relaxé l’auteur des propos diffamatoires
au bénéfice du doute”. Fermez le ban. Pas un mot
sur les “incohérences inexplicables” relevées
par Karsenty (et le Tribunal) dans le reportage sur la mort de Mohammed
Al Doura, ni sur “l’imprudente affirmation par Charles Enderlin
qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie
de l’enfant” – agonie dont il n’a pas fourni
les images au Tribunal. Bref, les téléspectateurs, à
qui l’on a expliqué il y a huit ans qu’ils avaient
assisté à “l’assassinat d’un enfant”
(terme employé par Jean-Claude Allanic, alors médiateur
de France 2, quelques jours après la diffusion du reportage)
ne sauront pas l’essentiel : après avoir visionné
les rushes (dont ils notent les “réticences persistantes”
de France 2 à les montrer), les juges estiment qu’il n’est
plus possible “d’écarter les avis des professionnels
entendus au cours de la procédure” qui avaient mis en doute
l’authenticité du reportage. S’ils reconnaissent
le caractère diffamatoire - en clair, offensant - des propos
de Karsenty, leur verdict signifie que l’offense était
légitime. Jouant des subtilités de la loi sur la presse,
France 2 se paie notre tête. En 14 secondes.
La direction de France Télévision (qui, il est vrai, a
hérité, à son arrivée, de ce bébé
pas très bien formé) s’est montrée plutôt
discrète. C’est par la bouche de ses avocats qu’elle
a annoncé son intention de se pourvoir en cassation, décision
justifiée de façon fort cocasse par le fait que la Cour
d’Appel avait cassé le jugement de la XVIIe Chambre. Si
l’on pousse à son terme un tel raisonnement, il faut en
déduire que l’appel est par nature superfétatoire.
En attendant, la chaîne ne s’est pas fendue du moindre communiqué
de soutien à son correspondant en Israël. Lequel a choisi
de s’en prendre indistinctement à tous ceux qui osent le
critiquer.
Entre Tintin et Galilée, Charles Enderlin se la joue «
baroudeur » et chante le grand air de la victime. Après
avoir annoncé sur son site que “les propos de Philippe
Karsenty étaient diffamatoires”, il se plaint de la "campagne
de désinformation et de diffamation" dont il est l’objet.
Elle est excellente. Va-t-il poursuivre les juges pour diffamation ?
Ainsi qu’en atteste l’échange (si on peut qualifier
ainsi ce dialogue de sourds) que nous avons eu sur son site, mon honorable
confrère a beaucoup de talent, y compris pour éviter les
questions qui l’ennuient et répondre à celles qu’on
ne lui pose pas – en tout cas, pas moi.
“Enderlin contre les méchants” : tel est le récit
canonique relayé par la plupart des médias – récemment
encore par Canal + et l’AFP, sous la plume de Marius Schattner,
journaliste au bureau de Jérusalem. “Différents
organismes ultra-nationalistes ont alors répandu la thèse
d’un véritable complot anti-israélien, certains
allant jusqu’à prétendre que le petit Mohammed n’était
pas mort”, écrivait celui-ci il y a quelques semaines.
La défense adoptée par Charles Enderlin nécessite
qu’il ait en face de lui des extrémistes juifs, des nationalistes
israéliens ou des émules de Thierry Meyssan. Certains
des contradicteurs d’Enderlin appartiennent aux deux premiers
groupes ; et, parmi eux, il en est qui manient l’invective et
l’injure plutôt que l’argumentation – rendant
un fier service au Parti des Médias, qui s’estime ainsi
dispensé de répondre à de tels adversaires. Les
menaces, y compris physiques, proférées à l’encontre
de Charles Enderlin et les insultes visant ses supposées préférences
politiques ou ses prétendus tourments identitaires sont inacceptables
– et pour tout dire, imbéciles.
Pour autant, rien n’autorise à confondre les uns et les
autres, ceux qui s’interrogent et ceux qui dénoncent. Le
procédé est connu : pour évacuer toute question,
on disqualifie ceux qui les posent. Et on répond à des
accusations imaginaires : Charles Enderlin se plaint de ce que je l’aurais
accusé de ne pas avoir été à Netzarim le
30 septembre 2000 : or, c’est un fait qu’il n’a jamais
nié et que j’ai tout simplement rappelé, sans en
tirer la moindre conclusion, d’ailleurs, n’ayant en aucun
cas la religion du terrain – qui, lui, ne ment pas. Bref, pas
la moindre accusation sur ce point, mais un consensus total. (Sans doute
est-ce inconsciemment qu’il use du registre sémantique
du procès, lui-même se voyant dans le rôle de l’innocent
injustement accusé).
Il est cependant plaisant qu’Enderlin invoque ici-même (voir
dans les commentaires) son statut de “journaliste aux premières
loges d’un conflit sanglant”, puisque précisément,
ce jour-là, il n’était pas “aux premières
loges” : n’est-ce pas la preuve que l’on peut faire
du journalisme, parfois du bon journalisme, sans être “sur
place” ? Passons sur cette légère incohérence.
Reste qu’à force de se dire odieusement diffamé
et harcelé, il a contribué à personnaliser le débat.
Aussi partage-t-il avec ses ennemis les plus virulents la responsabilité
d’avoir transformé l’affaire Al Doura en affaire
Enderlin. Il n’y a pas d’affaire Enderlin.
Cher Charles, nul n’attend de vous une autocritique en place publique.
Ici, en tout cas. Mais rien ne vous autorise à répondre
par le mépris à tous ceux qui doutent de bonne foi. Autorisez-moi
donc à vous poser ici sept questions. Ces réponses, vous
nous les devez, car vous êtes le seul à pouvoir les donner.
Et surtout, vous vous les devez à vous-même.
[1] De combien de temps avez-vous disposé pour monter votre sujet
à partir des rushes fournis par Talal Abu Rahma ?
[2] Vous avez affirmé avoir coupé l’agonie de l’enfant
parce qu’elle était trop insupportable, mais vous ne l’avez
pas montrée au Tribunal, ni à quiconque. Votre mémoire
vous a-t-elle trompé ?
[3] Le 30 septembre 2000, vous avez affirmé dans votre commentaire
que “l’enfant était la cible de tirs venus de l’armée
israélienne”. Quelques jours après, au cours d’une
émission durant laquelle vous interveniez au téléphone,
le médiateur de France 2 a parlé de “l’assassinat
d’un enfant”. (Plus tard, vous avez donné la parole
à Yom Tov Samia mais vous admettrez que sa parole n’a pas
le même statut que la vôtre ou celle du médiateur).
En novembre 2004, Arlette Chabot estimait qu’”on ne saurait
jamais d’où venaient les tirs”. Quelle est aujourd’hui
votre intime conviction ?
[4] Comment expliquez-vous les contradictions existant entre les versions
successives de Talal Abu Rahma, en particulier entre sa déclaration
envoyée au Centre palestinien des Droits de l’homme, début
octobre 2000, et le fax adressé à France 2, en 2003, mais
aussi quant à la durée de “l’incident”
(je sais que le terme est mal choisi) et au nombre de caméramen
présents ?
[5] La plupart de ceux qui ont visionné les rushes ont admis
qu’ils comportaient des scènes de guerre jouées.
Est-il selon vous possible et probable que votre collaborateur ait filmé
des mises en scène et que, dans la foulée, tournant sa
caméra, il soit tombé sur une tragédie véritable
?
[6] Votre réflexe immédiat, dès que les polémiques
ont commencé, a été de renouveler une confiance
absolue à Talal Abou Rahma, et, d’une certaine façon,
ce réflexe vous honore. Mais peut-être qu’aucun être
humain ne mérite une confiance absolue. Par ailleurs, votre caméraman
ne cache pas qu’il exerce ce métier pour défendre
la cause palestinienne. Cela vous pose-t-il problème ? Vous est-il
arrivé de douter ?
[7] Pensez-vous que votre travail est, par principe, irréprochable,
au-delà de toute critique ?
C’est un juge qui doit
aujourd’hui rappeler que les journalistes ne sauraient être
les seuls à pouvoir échapper à la vigilance dont
ils sont les champions.
“Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à
la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information,
correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour
les journaux de France 2 diffusés aux heures de grande audience,
et, qu’à ce titre, il s’expose inévitablement
et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses
faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères”,
estime la Cour d’appel.
Son arrêt est d’autant plus notable qu’il rompt avec
une tradition, établie depuis une trentaine d’années,
de bienveillance mutuelle entre la magistrature et la presse. Il est
de surcroît rarissime que le juge désavoue un “grand
média”. Il convient d’ailleurs de rappeler que France
2 n’a pas été condamnée mais déboutée.
“Le Tribunal a accordé un permis de douter”, ainsi
que l’a joliment résumé Pascale Robert-Diard dans
Le Monde. Les journalistes n’ont pas un permis, mais un devoir
de douter. Y compris, et peut-être d’abord, d’eux-mêmes.
COUR D’APPEL DE PARIS [EXTRAIT]
DOSSIER N° 06/08678
ARRÊT DU 21 MAI 2008
11ème chambre, section A...
Prononcé publiquement
le MERCREDI 21 MAI 2008, par la 11ème chambre des appels correctionnels,
section A,
Sur appel d’un jugement
du TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE PARIS
17ème CHAMBRE du 19 OCTOBRE 2006, (P0433823039)...
DECISION :
Considérant qu’il
ressort de l’ensemble de ces propos que Philippe KARSENTY, directeur
de l’agence de notation MEDIA-RATINGS, qu’il a lui-même
créée pour évaluer la fiabilité des informations
diffusées dans la presse, met en cause le travail de FRANCE 2
et de son correspondant à Jérusalem à l’aide
des critères méthodologiques d’analyse des médias
qu’il a dégagés ;
Qu’ainsi, dans son article
daté du 22 novembre 2004, Philippe KARSENTY qualifie le reportage
de Charles ENDERLIN de mascarade déshonorante pour la télévision
publique et de supercherie à l’origine de nombreuses violences
à travers le monde, en rappelant les termes de la polémique
qu’il a suscitée depuis plusieurs années entre FRANCE
2 et l’agence de presse israélienne MENA ("Metula
News Agency"), qui accuse la chaîne française d’avoir
diffusé un faux ;
[P. 8]
Qu’au regard des éléments
dont il dispose alors, le prévenu affirme que le correspondant
de Paris à Jérusalem a commis un faux reportage, qu’il
démonte en faisant porter sa critique sur deux plans successifs
: d’une part, les cinquante premières minutes du reportage
consistant en une série de scènes jouées sont une
pure fiction, d’autre part, la scène principale, d’une
durée de quelques minutes seulement, comporte des incohérences
au regard du commentaire de FRANCE 2 ;
Qu’il s’interroge
dès lors sur les raisons pour Charles ENDERLIN qui, sur ce point
« se trompe et, du même coup, nous trompe », de chercher
« à couvrir son imposture » ;
Que l’auteur poursuivi impute,
dans son communiqué du 26 novembre 2004, à Charles ENDERLIN
d’avoir diffusé un faux reportage en commentant un document
incohérent remis par son cameraman, et à la chaîne
publique d’avoir commis une imposture médiatique en le
faisant diffuser le 30 septembre 2000 ;
Considérant, sur le caractère
diffamatoire des imputations, que le tribunal a justement retenu que
le fait de tromper sciemment le public en diffusant et/ou en faisant
diffuser un faux reportage comportant des images qui ne reflètent
pas la réalité, en représentant une « fausse
mort », même si l’auteur a pris le soin d’accompagner
son accusation d’un certain nombre d’explications, porte
incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation
de professionnels de l’information, et ce d’autant plus
que le fait diffamatoire est appuyé par l’emploi de termes
tels que « mascarade », « imposture », «
supercherie » pour qualifier l’attitude de FRANCE 2 et «
scènes jouées », « pure fiction » pour
qualifier le premier épisode du reportage ;
Considérant, sur les éléments
de preuve signifiés au titre de la vérité des faits
diffamatoires, que l’appelant a versé quatorze pièces
et demandé l’audition de trois témoins susceptibles,
selon lui, de prouver que FRANCE 2 a porté à l’écran
un montage douteux, largement contesté à la date de la
diffusion des propos incriminés, ce qui lui permettait de conclure
à une manipulation du reportage sur les conditions du tournage
et sur la réalité des scènes filmées par
son cameraman, en particulier sur la mort du petit Mohamed AL DURA ;
Mais considérant qu’ainsi
que l’ont rappelé les premiers juges, pour produire l’effet
absolutoire prévu par l’article 35 de la loi du 29 juillet
1881, la preuve de la vérité des faits diffamatoires doit
être parfaite, complète et corrélative aux imputations
diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée
;
Qu’en faisant valoir que
ses offres de preuve établiraient « un montage douteux,
largement contesté à la date de la diffusion des propos
incriminés », le prévenu ne peut prétendre
démontrer le fait d’avoir sciemment diffusé un «
faux reportage », tant il est vrai que la première imputation
ne constitue au mieux qu’un diminutif de l’imputation poursuivie
;
Qu’il y a lieu, dès
lors de rejeter l’exception de vérité soulevée
par le prévenu ;
Considérant qu’en
cause d’appel, Philippe KARSENTY invoque essentiellement sa bonne
foi pour justifier la publication des propos incriminés ;
Considérant que, s’il
est vrai que les critères de la bonne foi doivent, comme l’ont
relevé les premiers juges, s’apprécier différemment
selon le genre de l’écrit, la [P. 9] qualité de
l’auteur, et notamment avec une plus grande rigueur lorsque celui
qui est poursuivi fait profession d’informer ou, comme en l’espèce,
de procéder à la notation des médias, il est incontestablement
légitime pour une agence de notation des médias, d’enquêter,
serait-ce en raison de l’impact qu’ont eu les images critiquées
dans le monde entier, sur les conditions dans lesquelles le reportage
en cause a été tourné et diffusé, et de
porter les résultats de l’enquête à la connaissance
du public ainsi que de les soumettre à la critique des professionnels
;
Qu’alors que Philippe KARSENTY
aborde des sujets d’intérêt général,
telles les méthodes de travail des médias et, précisément,
de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des
commentaires sur le vif, partant le droit du public à une information
sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à
la publication de ses recherches, Charles ENDERLIN peut d’autant
moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant
que professionnel de l’information, correspondant en Israël
et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés
de FRANCE 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à
ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à
un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part
de ses concitoyens comme de ses confrères ;
Considérant que, pour justifier
du sérieux de son enquête, Philippe KARSENTY présente,
outre les témoignages de Luc ROSENZWEIG, Gérard HUBER,
Francis BALLE et Richard LANDES figurant aux notes d’audience
du tribunal, les pièces communiquées en première
instance, ainsi que de nouvelles pièces numérotées
43 à 73, dont l’essentiel, procédant du reportage
de FRANCE 2, ne porte pas sur des faits postérieurs à
la publication des propos incriminés ; qu’il convient,
dans ce cadre, d’apprécier la validité de l’enquête
du prévenu en fonction, non pas de sa vertu démonstratrice
de la vérité des imputations diffamatoires, mais de la
valeur et de la variété des sources utilisées,
ainsi que de la pertinence de leur contenu ;
Considérant qu’ainsi
que l’a relevé le tribunal, l’enquête de Philippe
KARSENTY fait ressortir deux grands types de critiques à l’encontre
du reportage, soit que Charles ENDERLIN ait présenté à
tort les tirs mortels comme délibérés, en provenance
des positions israéliennes, soit que les images de la mort du
jeune Mohamed Al-DURA, fictives, ne correspondent pas à la réalité
commentée par le journaliste ;
Que l’auteur des propos
poursuivis s’appuie essentiellement sur l’incohérence
inexplicable des images visibles, selon lui, même dans la scène
principale, sur l’absence de caractère probatoire des photos
des blessures de Jamal AL DURA présentées par FRANCE 2,
enfin sur les réponses contradictoires de Charles ENDERLIN aux
interrogations relatives aux coupures existant dans son montage, comme
de celles de son cameraman au sujet de l’enchaînement des
scènes filmées et des conditions du tournage ;
Considérant qu’il
est constant que Charles ENDERLIN n’a pas été témoin
des faits qu’il a commentés en voix "off ", selon
un procédé nullement contraire à la déontologie
des journalistes, dès lors qu’il est compris des téléspectateurs
; qu’en l’occurrence, FRANCE 2 a indiqué, le 1er
octobre 2000, que la mort de l’enfant avait « été
filmée par Talal ABU RAHMA, [son] correspondant à Gaza
» et, le 2 octobre, que le cameraman « filmait l’inacceptable
», ce qui ne permettait pas nécessairement d’en déduire
que le commentateur n’était pas sur les lieux ; que ce
fait a conduit Philippe KARSENTY, sans qu’il puisse alors en induire
que l’événement commenté était faux,
à s’interroger sur la concordance entre les images choisies
par le caméraman palestinien (« c’est moi qui décide
ce qui est important », l’entend-on dire dans une des interviews),
et le commentaire de ces images par Charles ENDERLIN ;
[P. 10] Que, s’il est vrai
que les auteurs des deux documents vidéo (pièces n°
1 et 2), l’un monté à l’initiative d’Esther
SHAPIRA pour la chaîne de télévision ARD en mars
2002, l’autre, AL-DURA : l’enquête, réalisé
en novembre suivant par la MENA à partir des déclarations
de Nahum SHAHAF, désigné pour diriger une commission d’enquête
initiée par le commandant de la zone sud, ne tirent pas les mêmes
conclusions de l’observation du reportage, puisque le premier
conforte la mort de l’enfant sous une balle palestinienne, tandis
que le second impute une mise en scène palestinienne de cette
mort, il n’importe pas que ces thèses soient inconciliables,
dès lors que les deux documents ont conduit le prévenu,
par étapes successives, à interroger le reportage de FRANCE
2 quant à la réalité des faits rapportés
par des professionnels de l’information ;
Que la thèse de la MENA,
sujet de l’ouvrage de Gérard HUBER, sorti en janvier 2003
sous le titre Contre-expertise d’une mise en scène (pièce
n° 3), qui infère, du fait qu’on voit de jeunes Palestiniens
mettant à profit la présence de caméras pour jouer
des scènes de guerre et de blessures, le caractère fictif
de la mort du jeune Mohamed AL-DURA, reprise par Philippe KARSENTY,
s’est appuyée sur les réticences persistantes de
FRANCE 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, sur
l’imprudente affirmation, par Charles ENDERLIN, qu’il aurait
coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant
et sur les déclarations de plusieurs journalistes ayant visionné
les rushes ;
Qu’il résulte, en
effet, du témoignage de Luc ROSENZWEIG, ancien rédacteur
en chef du MONDE, qu’après avoir rencontré, en mai
2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le
reportage de Charles ENDERLIN et s’en être ouvert, par la
suite, à Denis JEAMBAR et A Daniel LECONTE, il a visionné
avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de FRANCE 2 et a été
surpris de ce que, sur les 27 minutes des rushes de Talal ABU RAHMA,
plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien
à voir avec les images diffusées par la chaîne,
dont celles de la mort du petit Mohamed, et consistaient dans la présentation
de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens ; que
le témoin a conclu son propos à l’audience de première
instance en déclarant avoir la conviction que « la version
de la mise en scène [de la mort de l’enfant] a une probabilité
plus grande que la version présentée par FRANCE 2 »,
tout en reconnaissant qu’en tant que journaliste, « les
critères ne [lui] permettent pas d’aller plus loin »
;
Que ce témoignage est conforté
par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel LECONTE
et de DENIS JEAMBAR, issues d’un point de vue donné au
Figaro du 25 janvier 2005 (pièce n° 16) et d’une interview
diffusée le 1er février 2005 sur l’antenne de RCJ
(pièce n° 4) ;
Que les deux journalistes y déclarent
sans ambiguïté avoir confié à Arlette CHABOT
leurs « doutes sérieux », mais être «
prêts à écarter les accusations de ROSENZWEIG sur
la mise en scène de la mort de l’enfant si le visionnage
de l’ensemble des rushes tournés par Talal ABU RAHMA confirme
ce que Charles ENDERLIN a déclaré à deux reprises
au moins, dont à Télérama : « J’ai
coupé l’agonie de l’enfant. C’était
insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus
», puis, au vu des rushes, que « cette fameuse agonie qu’Enderlin
affirme avoir coupée au montage n’existe pas » ;
Qu’ils relèvent également
que, « dans les minutes qui précèdent la fusillade,
les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène,
[…] « jouent » à la guerre avec les Israéliens
et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires «
et que le visionnage intégral des rushes démontre aussi
qu’au moment où Charles ENDERLIN donne le gamin pour mort
[…] rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment
mort et encore moins qu’il a été tué par
des soldats israéliens » ; que, selon eux, les journalistes
de FRANCE 2 leur ont assuré lors de la séance de présentation
[P. 11] des rushes que « leurs experts ont même démontré
[…] que l’enfant a été touché par des
éclats (?) ou par des balles qui auraient ricoché sur
la chaussée, des balles qui, en tout état de cause, ne
visaient ni l’enfant, ni son père » ;
Qu’il est vrai que, tout
en notant que leur confrère devrait reconnaître qu’il
avait « extrapolé à partir des rushes et de la version
des événements fournie par son cameraman », et que
le commentaire sur la barbarie israélienne « n’a
rien à voir » avec les images qui ont fait le tour du monde.
Denis JEAMBAR et Daniel LECONTE refusent de reprendre à leur
compte la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant
; qu’ils s’appuient, pour ce faire, sur le film de Talal
ABU RAHMA présenté par FRANCE 2 le 18 novembre pour démontrer
que les blessures du père correspondaient exactement aux pansements
qu’il avait, le lendemain, à l’hôpital de Gaza,
sans s’arrêter sur la possibilité d’une contradiction
entre les photos qui leur ont été présentées
et leurs propres constatations que, dans les rushes, « le père
porte un T-shirt sur lequel on ne voit aucune trace de sang »
;
Considérant que Richard
LANDES, journaliste, professeur à l’université de
Boston, entendu en qualité de témoin par les premiers
juges, a déclaré que, selon lui, après avoir étudié
les rushes de Reuters et le reportage de Charles ENDELIN, avec lequel
il s’est entretenu, la probabilité que la mort de l’enfant
présentée par celui-ci serait une mise en scène
était « supérieure à 95% » ;
Considérant que, si aucun
des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête
menée à l’initiative personnelle du Général
SAMYA (contre-offre de preuve n° 12) ni « l’imprudente
affirmation » de Charles ENDERLIN déjà relevée
- n’a paru aux premiers juges, à lui seul suffisamment
déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît
que l’examen en cause d’appel, des 18 minutes de rushes
de Talal ABU RAHMA communiquées par FRANCE 2 ne permet pas d’écarter
les avis des professionnels entendus au cours de la procédure
ou ayant versé leurs contributions aux débats, les attestations
produites par les soins du cameraman (offre de contre-preuve, n°
5 à 10) ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation
comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles
;
Qu’alors qu’aucun
principe ne permet de refuser sans examen, ni explication tout crédit
à un document qui ne bénéficierait pas d’un
label officiel ou qui ne recueillerait que peu de crédit de la
part des "autorités", il convient de relever que les
premières déclarations des autorités israéliennes,
notamment celles du Général EYLAND, ont été
faites au vu des seules images du reportage de FRANCE 2 ; qu’il
est, par ailleurs, notoire, ainsi que l’ont expliqué Denis
JEAMBAR et Daniel LECONTE, que l’armée israélienne
ne répond quasiment sur rien, « c’est le choix de
communication qu’elle a fait » ;
Considérant qu’en
répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE,
dans Le Figaro du 27 janvier 2005, que « l’image correspondait
à la réalité de la situation non seulement à
Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors que la définition
d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce
que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le
film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans
précédent dans toute la région ne correspondait
peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce
qui est également l’avis donné par Daniel DAYAN,
directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias,
dans son attestation (pièce n° 5)
Considérant, sur la prudence
de l’expression, qu’il convient de souligner que les limites
de la critique admissible sont d’autant plus grandes que le sujet
est [P. 12] d’intérêt public et les accusations étayées
sur un faisceau d’éléments d’enquête,
et d’autant plus larges à l’égard de ceux
qui, par leur fonction ou leur activité, s’exposent au
public ;
Que c’est en ce sens qu’il
convient d’entendre le propos de Francis BALLE, professeur à
l’université de Paris II, spécialiste de l’image
et de l’information, qui a déclaré devant le tribunal
qu’il ne lui semblait pas que, dans l’exercice de son métier,
Philippe KARSENTY « ait franchi la ligne jaune » en usant
des termes incriminés pour parler d’un sujet d’intérêt
public ;
Que s’il est vrai que l’emploi
répété de l’expression « faux reportage
», accentué par les termes