Communiqué Isranet
juin 2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume VII, Numéro 340 • vendredi le 27 juin 2008

POUR CORRIGER UNE INJUSTICE HISTORIQUE :
LE DEVOIR DE MÉMOIRE, DE JUSTICE ET DE VÉRITÉ
POUR LES JUIFS DES PAYS ARABES

Parlement du RU, 26 juin2008

Le membre du parlement et ancien ministre de la justice du canada Irwin Cotler s’addresse à une session conjointe de la Chambre des Lords et de la Chambre des Communes

Lors de sa présentation devant une salle bondée à la Chambre des Lords, le membre du Parlement canadien Irwin Cotler a déclaré : « Si la résolution de l’ONU sur la partition de la Palestine avait été acceptée il y a soixante ans, il n’y aurait pas eu de guerre arabo-israélienne, pas de réfugiés—juifs ou arabes—ni la douleur et la souffrance des soixante dernières années. Nous en serions à fêter le soixantième anniversaire de l’État d’Israël et de l’État de la Palestine. »

Cotler poursuivit: « Toutefois, le sort des 850,000 Juifs déracinés et déplacés des pays arabes qui constitue un exode non seulement oublié mais bel et bien forcé, a été omis et éclipsé du narratif de la paix et de la justice au Moyen Orient durant ces dernières soixante années. »

Cotler soumit l’évidence dans un rapport intitulé “La cause pour les droits et la réparation des réfugiés juifs des pays arabes” qui documente pour la première fois la répression et la persécution sanctionnées par l’état dans certains pays arabes—incluant des mesures comparables aux lois de Nuremberg—qui ont ciblé les populations juives, résultant en des pertes d’état civil, des expulsions forcées, des expropriations, des arrestations et des détentions arbitraires, de la torture et des assassinats.

Il conclut ainsi cette partie de son témoignage: « C’est une histoire qui n’a pas été entendue. C’est une histoire qui n’a pas encore été racontée. C’est une vérité qui doit être reconnue aujourd’hui. »

Le professeur Cotler présenta ensuite un plan d’action pour les droits de l’homme et les droits des réfugiés—et pour une paix juste et durable au Proche Orient :

-Reconnaître que bien que la justice ait été longtemps retardée, elle ne peut plus être niée. Le temps est venu de rectifier cette injustice historique.
-La réparation pour les groupes de victimes réfugiées—incluant les droits de mémoire, de vérité, de justice et de réparation—en conformité avec les droits de l’homme et les lois humanitaires—doit être invoquée pour les Juifs déplacés des pays arabes;
-En termes de devoirs et de responsabilités, chacun des pays arabes—et la Ligue des pays arabes—doit reconnaître leur rôle et leur responsabilité dans la double agression qui a consisté à déclencher une guerre contre Israël, et à perpétrer des violations des droits de l’homme contre leurs citoyens juifs.
-Le plan de paix de la Ligue arabe de 2002 doit incorporer la question des réfugiés juifs des pays arabes dans le plan d’une paix israélo-arabe, tout comme Israël tient déjà compte de la question des réfugiés palestiniens dans sa vision de la paix israélo-arabe;
-Au plan international, l’assemblée générale de l’ONU—dans un souci de justice et d’équité—devrait inclure des références aux réfugiés juifs des pays arabes tout comme des réfugiés palestiniens dans ses résolutions annuelles; et
-Toute négociation bilatérale israélo-palestinienne—que l’on espère voir aboutir en une paix juste et durable—devrait inclure la question des réfugiés juifs de même que les réfugiés palestiniens.

Cotler demanda au gouvernement britannique d’utiliser sa voix, son vote et sa participation en regard des sujets affairant aux problèmes des réfugiés juifs du Moyen Orient pour assurer que toute référence aux réfugiés palestiniens soit accompagnée d’une référence similaire explicite aux réfugiés juifs des pays arabes.

Cotler conclut : « L’exclusion et le déni des droits et de la réparation des réfugiés juifs des pays arabes portera préjudice à des négociations authentiques entre les parties et sapera la justice et la légitimité de tout accord. Qu’il n’y ait pas de malentendu : S’il n’y a pas de mémoire, il n’y a pas de vérité. S’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de justice. S’il n’y a pas de justice, il n’y a pas de réconciliation véritable. S’il n’y a pas de réconciliation véritable, il n’y a pas de paix durable—à laquelle nous aspirons tous. »

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Président Nicolas Sarkozy
Knesset, 23 juin 2008

…Il y a entre Israël et la France une amitié profonde qui a résisté depuis 60 ans à toutes les turbulences de l’Histoire. Cette amitié, elle n’est pas seulement due à la vitalité de la communauté juive de France et à la vitalité de la communauté francophone d’Israël qui forment comme un pont entre nos deux pays. Cette amitié est due aussi à quelque chose de plus profond. Cette amitié est due à la manière dont le judaïsme a influencé, a nourri, a enrichi la culture française, à l’inspiration que les Pères fondateurs d’Israël ont puisée dans les valeurs de l’universalisme français. Cette amitié est due aux liens étroits économiques, scientifiques, culturels, techniques, intellectuels, mais aussi tout simplement humains que nos deux peuples si bien ont naturellement su tisser ensemble.

Cette amitié, je suis venu la renouveler, la renouveler solennellement au nom du peuple français et je me réjouis de voir avec quelle chaleur, avec quel élan fraternel le peuple israélien y répond.

Je voudrais vous dire que c’est pour moi une très grande émotion que de prendre la parole aujourd’hui, ici, à Jérusalem, ville trois fois sainte, sainte pour les juifs, sainte pour les chrétiens, sainte pour les musulmans. Je mesure le très grand honneur que vous faites au Président de la République française de pouvoir s’adresser à votre Assemblée qui est le symbole, et je l’ai vu il y a quelques instants, d’une des plus authentiques démocraties du monde. …

Mesdames et Messieurs les membres de la Knesset, à travers vous, je voudrais m’adresser à tous les Israéliens, les Israéliens dont les ancêtres pendant des siècles ont espéré qu’un jour, il y aurait à nouveau une nation juive. Une nation juive qui serait comme toutes les autres nations, libre, libre enfin de choisir son destin, libre enfin de décider par elle-même. Je veux m’adresser au peuple d’Israël qui a choisi la démocratie et la liberté, et qui ne doit la démocratie et la liberté, peuple si courageux d’Israël, qui ne doit la liberté et la démocratie à personne d’autre qu’à lui-même, à son courage, à son énergie, et à son intelligence. Si vous ne l’aviez pas voulu, personne ne l’aurait voulu à votre place. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de reconnaître cela. …

Aucun exil, aucune épreuve n’avait pu arracher du coeur du peuple juif le souvenir de la Terre promise. Et après 19 siècles, chacun au sein de ce peuple dispersé sur toute la terre se disait encore : « je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi-même ».

Au nom du peuple français, je veux dire mon amitié et mon respect à ce grand peuple d’Israël qui a accompli la promesse que tous les Juifs depuis la dispersion se transmettaient de génération en génération de revenir en « ce lieu où naquit le peuple juif, où se forma son caractère spirituel, religieux et national ».

Il y a donc 60 ans, il y a donc 60 ans, cher Shimon, des femmes et des hommes dont le caractère s’était forgé au travers des pires épreuves de la vie, proclamèrent « la fondation de l’Etat juif dans le pays d’Israël ». Herzl avait dit « si vous le voulez ce ne sera pas une légende ». Ils le voulurent et la résurrection d’Israël cessa d’être une légende pour devenir une réalité.

Je veux dire mon admiration pour ces femmes, pour ces hommes d’exception qui voulaient un Etat où seraient assurées « une complète égalité des droits sociaux et politiques pour tous les citoyens, sans distinction de croyance, de race, ou de sexe », « la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture », « la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux Saints et des sanctuaires de toutes les religions ». …

Mais l’Etat d’Israël ce n’est pas seulement l’accomplissement d’une promesse qui a toujours été au coeur de l’identité juive. L’Etat d’Israël ce n’est pas seulement un retour aux sources. L’Etat d’Israël ce n’est pas seulement l’expression d’une nostalgie. L’Etat d’Israël ce n’est pas seulement la tentation de ressusciter un passé révolu. L’Etat d’Israël c’est un Etat moderne, tourné vers l’avenir. C’est un Etat, permettez à un ami de le dire, à la fois national et tourné vers l’universel. Car c’est un Etat qui n’appartient pas seulement, l’Etat d’Israël, à ses citoyens, mais aussi à tous ceux qui dans le monde se reconnaissent comme les héritiers du judaïsme. Au milieu du malheur, ils n’ont jamais cessé d’espérer en un monde meilleur. Pour eux, il fut d’abord la preuve que cette espérance n’était pas vaine. …

Parce que le destin de chaque Juif est lié au destin de tous les Juifs. Parce que le fait qu’il y ait un Etat juif dans le monde dont la réussite soit aussi éclatante est pour chacun d’eux une source de fierté et de dignité. Parce que chacun éprouve au fond de lui le sentiment que l’Etat d’Israël est le moyen par lequel le peuple juif peut de nouveau devenir acteur de sa propre histoire au lieu de la subir. Parce qu’en Israël, le judaïsme ne se définit pas par rapport à l’antisémitisme. Parce que pour chacun, Israël est le foyer, où il sait qu’il pourrait se réfugier si par malheur un jour il n’avait plus nulle part où aller. Parce que pour tous, Israël est le seul endroit au monde où il est sûr que l’on n’obligera jamais les Juifs à porter une étoile jaune, où l’on n’interdira pas aux Juifs de prendre l’autobus, de fréquenter les cinémas et les théâtres, d’occuper certains emplois, qu’on ne les obligera pas à habiter des quartiers pour les Juifs, à n’aller que dans des restaurants, des magasins, des écoles pour les Juifs. …

Il n’y a aucun autre Etat dans le monde qui se soit construit sur autant de douleurs et sur autant d’espérance. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde dont l’existence même fut dès le départ à ce point liée à l’affirmation d’un idéal de justice et d’une volonté de vivre en paix. Il n’y a aucun autre Etat dans le monde que le vôtre qui, lors de sa naissance, suscita autant d’espoir de la part de tous ceux qui n’avaient jamais cessé d’opposer les forces de l’esprit à la barbarie.

On ne peut pas penser à Israël sans penser à l’histoire du peuple juif. On ne peut pas penser à Israël sans se souvenir des pogroms, des wagons plombés, des chambres à gaz. On ne peut pas penser à Israël sans penser au Capitaine Dreyfus devant ses juges, aux femmes qui mourraient du typhus dans les camps de la mort, à tous les enfants martyrs de Yad Vashem. Mais l’histoire du peuple juif n’est pas seulement celle de ses malheurs. Le peuple juif ne s’est pas contenté de subir. Le peuple juif a constamment opposé à tous ceux qui voulaient l’anéantir, la force de son caractère, la puissance de sa pensée, la profondeur de sa culture et la vitalité de sa foi.

Le peuple juif n’a pas laissé au monde que le souvenir de sa souffrance. Le peuple juif lui a donné aussi un trésor. Un trésor de savoir et un trésor d’humanité. Où en serait la sagesse du monde sans les prophètes d’Israël? Où en seraient la philosophie, la physique, la littérature, l’économie, sans les penseurs, les savants, les artistes, les entrepreneurs juifs du monde entier qui ont oeuvré à toutes les époques au sein de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les civilisations ? Où en serait le monde sans Spinoza, sans Freud, sans Einstein ? …

Le judaïsme c’est l’esprit prophétique qui ouvre l’avenir, qui appelle le progrès, qui réclame la justice. Le judaïsme c’est une manière de penser forgée dans un rapport singulier aux textes bibliques, par des siècles de commentaires, d’interprétation, de dialogue ouvrant l’intelligence à tous les possibles, l’amenant à comprendre qu’il n’y a pas de vérités définitives ni de sens absolu.

Alors, au milieu des difficultés de tous ordres, les fondateurs de l’Etat d’Israël se sont battus avec toute la force de leur coeur et de leurs bras pour qu’il survive. Le peuple français s’est rangé, dès votre naissance, à vos côtés. Je suis venu vous dire que le peuple français sera toujours aux côtés de l’Etat d’Israël quand son existence sera menacée. Car on ne peut pas accepter la menace sur l’existence de l’Etat d’Israël.

Après ce que l’Europe a connu, après le massacre des Juifs, on ne peut pas accepter que quiconque dans le monde dise qu’il veut rayer de la carte l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, cette menace a pris la forme du terrorisme. Aucun peuple ne peut vivre sous la menace du terrorisme. Le terrorisme ne s’explique pas. Le terrorisme ne se justifie pas. Le terrorisme se combat ! La France est pleinement engagée dans la lutte contre le terrorisme et, Madame la Présidente, quand vous m’appelez à dire que le terrorisme pourrait frapper la France, il a frappé la France. Oui, la France est l’amie d’Israël et la France sera toujours aux côtés d’Israël lorsque sa sécurité et son existence seront menacées. J’ai toujours pensé cela, je l’ai toujours ressenti au plus profond de mon coeur et je ne transigerai jamais avec cela. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse, à la destruction d’Israël trouveront toujours la France face à eux pour leur barrer la route.

Pour que les choses soient claires et qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je veux dire que le programme nucléaire militaire de l’Iran appelle une réaction d’une extrême fermeté de toute la communauté internationale. Israël doit savoir qu’Israël n’est pas seul ! La France est déterminée à poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions de plus en plus dures jusqu’à l’ouverture, si Téhéran faisait le choix de respecter ses obligations internationales. Mais je veux le dire avec force : un Iran doté de l’arme nucléaire est inacceptable pour mon pays ! …

On doit la vérité à ses amis, sinon on n’est pas un ami. La vérité c’est que la sécurité d’Israël sur laquelle la France ne transigera jamais, ne sera véritablement assurée que lorsqu’à ses côtés, on verra un Etat palestinien indépendant, moderne, démocratique et viable. Voyez-vous, Mesdames et Messieurs, je serais un piètre ami d’Israël si je pensais que dans cette démocratie israélienne, on n’était pas capable de dire ce que l’on ressent profondément au fond de son coeur.

Et donc, la France amie d’Israël, intransigeant sur sa sécurité, la France se veut l’amie du peuple palestinien, aussi. La France veut dire au peuple palestinien la vérité. Et la vérité c’est que nul ne peut espérer rétablir les droits du peuple palestinien en niant ceux du peuple israélien et en appelant à la destruction d’Israël. La vérité, c’est qu’il faut que ce conflit sans fin s’arrête. La vérité, c’est qu’il faut que cette violence cesse. La vérité, c’est qu’il faut que cette haine qui dresse les peuples les uns contre les autres s’éteigne.

Il le faut, parce que les seuls gagnants de la violence et de la haine sont le fanatisme, le fondamentalisme, le racisme et l’antisémitisme. Il faut que la paix arrive parce que vous avez trop souffert. Il le faut que la paix arrive parce qu’il y a eu trop de morts et trop de douleurs. Parce que Juifs et Musulmans, Israéliens et Palestiniens, au fond, vous partagez la même souffrance et la même douleur pour vos enfants. …

Alors, comme tous les peuples, le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité dans des frontières reconnues et garanties. Comme tous les peuples, le peuple palestinien a le droit d’avoir un Etat et d’y exercer sa souveraineté. Comme tous les peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien vivront en paix le jour où chacun aura le sentiment que justice lui est rendue et où leurs rapports seront fondés sur le droit et non plus sur la force.

Alors, bien sûr, c’est plus facile à dire pour moi, qui n’ai pas peur quand je m’endors dans mon appartement le soir. Bien sûr, c’est plus facile à dire pour moi qui n’ai pas peur quand je me promène mais en même temps, ces grands efforts que vous avez faits pour construire un Etat démocratique et puissant, faites-les, faites les mêmes pour construire la paix dont vos enfant seront les bénéficiaires.

Alors, c’est vrai, il ne peut y avoir de paix sous la menace du terrorisme. Il ne peut y avoir de reconnaissance mutuelle quand des roquettes tombent tous les jours sur des victimes innocentes. Mais il faut avoir le courage de le dire, je le dis, sans vouloir offenser personne, je le dis tout simplement : il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt total et immédiat de la colonisation. Une proposition existe, soutenue par de nombreux membres de votre Knesset, pour l’adoption d’une loi qui inciterait au départ les colons de Cisjordanie, moyennant compensation et relogement en Israël. Je vous dis une chose : créez les conditions du mouvement !

Il ne peut y avoir de paix si les palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme. C’est aux Palestiniens de le faire, chacun a sa part de travail à faire. Mais pas de paix non plus, permettez de le dire, si les Palestiniens sont empêchés de circuler ou de vivre sur leur territoire. Il ne peut y avoir de paix sans que soit résolu le problème des réfugiés palestiniens dans le respect de l’identité et de la vocation d’Israël. Il ne peut y avoir de paix, même si je sais combien le sujet est douloureux, sans la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de deux Etats et la garantie de la liberté d’accès aux Lieux Saints pour toutes les religions. Il ne peut y avoir de paix sans une frontière négociée sur la base de la ligne de 1967 et des échanges de territoires qui permettront de construire deux Etats viables. …

Depuis 60 ans, des hommes et des femmes de bonne volonté comme votre Président, ont essayé de trouver le chemin de la paix et certains, comme Itzhak Rabin, l’ont payé de leur vie. Mais chacune de leurs initiatives, chacun de leurs gestes a permis de progresser. La paix est faite avec l’Egypte, avec la Jordanie. Israël s’est retirée du Sinaï, du Liban et de Gaza. Il n’y a pas de geste inutile en faveur de la paix et peut-être sommes-nous plus près du but puisque, désormais, tout le monde se parle.

Et puisque la violence semble être suspendue, depuis quelques jours, à Gaza, je veux exprimer l’espoir de la libération du soldat Gilad Shalit, retenu en otage depuis près de deux ans, comme de tous les prisonniers.

Annapolis a relancé une dynamique de paix, une année de négociations qui peuvent être décisives. Ne laissons pas échapper cet espoir de paix! Je mesure toutes les difficultés qui doivent encore être surmontées. Mais je vous le dis : la paix est possible! Elle est possible maintenant ! C’est ce que veulent, dans leur immense majorité, Israéliens et Palestiniens. Ne laissons pas vaciller, une fois de plus, la flamme de l’espoir!

La France que tant de souvenirs lient à cette région du monde, la France qui aime et qui respecte tous les peuples du Moyen-Orient, la France veut apporter sa contribution à la paix. Elle est prête à organiser sur son sol tous les pourparlers qui pourraient y conduire, qu’il s’agisse de la négociation israélo-palestinienne, du dialogue syro israélien ou des discussions qui devront reprendre, un jour prochain je l’espère, entre Israël et le Liban.

Sur ces trois volets du processus de paix, la France est prête à apporter sa garantie, prête à mobiliser sa diplomatie, ses ressources, ses soldats, comme elle le fait déjà, avec d’autres partenaires européens, au Sud Liban. C’est dans cet esprit qu’elle exercera à partir du 1er juillet la Présidence de l’Union européenne, qu’elle travaillera au rehaussement des relations entre l’Union et Israël et participera au Quartet. …

[V]ous devez savoir que vous pouvez compter sur l’Europe pour vous aider à aller vers un accord final : sécurité pour les deux Etats, compensation et relogement des réfugiés, appuis à la construction d’un Etat de droit en Palestine, soutien économique et financier général à la paix. …

Au Moyen-Orient se mélangent et s’affrontent depuis des millénaires des peuples qui ont donné à l’humanité tout entière ce qu’il y a de plus élevé dans la pensée, de plus beau dans la religion, de plus important dans le savoir. Mais, au Moyen-Orient, tous les peuples, tous, dans leurs prières, parlent d’amour, de justice et de paix. Au Moyen-Orient, tous les peuples aiment la vie. Tous sont les enfants d’Abraham. Tous ont la Bible en partage. Et avec cela, on va continuer à avoir une guerre millénaire? …

Juifs, chrétiens ou musulmans, ils se rappelleront la parole du Prophète Isaïe : « Je ferai de Jérusalem mon allégresse. Et de mon peuple ma joie. On n’y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris. Ils bâtiront des maisons et les habiteront. Ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne travailleront plus en vain et ils n’auront plus des enfants pour les voir périr. » …

Vive la France, Vive Israël. Vive la paix pour Israël et pour la Palestine qui est une nécessité pour la paix du monde. Je vous remercie.

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Volume VII, Numéro 339 • vendredi le 20 juin 2008

UNE CELLULE DORMANTE DU HEZBOLLAH RÉACTIVÉE AU CANADA
La Presse Canadienne
La Presse, 19 juin 2008

Des responsables des services du renseignement ont déclaré à ABC News que le Hezbollah avait réactivé une cellule dormante localisée au Canada et que des cadres de l'organisation chiite avaient quitté leur base du Liban à destination du Canada, de l'Europe et de l'Afrique. Une vingtaine de membres du Hezbollah identifiés au Canada sont passés sous surveillance après la réactivation de quatre membres «dormants» dont l'un se nommerait «Rashedan». Ils auraient reçu la consigne de renvoyer leurs familles au Liban.

Toujours selon les propos recueillis par ABC auprès de responsables des service secrets américains et canadiens, un expert en armement du Hezbollah a été suivi jusqu'au Canada où il a été vu dans un stand de tir au sud de Toronto, près de la frontière américaine.

Selon les responsables cités par le réseau de télévision, le Hezbollah préparerait des attaques contre des cibles israéliennes à l'extérieur du Moyen-Orient. Ils soupçonnent les cadres opérationnels du mouvement chiite d'avoir récemment organisé la surveillance de l'ambassade d'Israël à Ottawa, ainsi que de plusieurs synagogues à Toronto.

Le président du Congrès juif canadien, Bernie Farber, a indiqué qu'il y a eu des rumeurs à ce sujet, mais que les autorités avaient affirmé que rien ne permettait de les attester. La responsable des communications du ministre de la Sécurité Publique, Stockwell Day, a déclaré, jeudi, que le gouvernement était sur ses gardes pour prévenir tout acte terroriste au pays et à l'étranger.

À Ottawa, la GRC a refusé de démentir ou de confirmer les éléments révélés par ABC. Elle n'a pas non plus indiqué si une enquête était en cours.

Ni les services secrets canadiens, ni l'ambassade d'Israël n'ont fait de commentaires. Les responsables officiels américains ont pour leur part déclaré que rien ne permettait de croire que le Hezbollah préparait une attaque aux États-Unis. Les agences de renseignement ont précisé à ABC que rien ne permet de définir la cible choisie par le Hezbollah, qui pourrait tout aussi bien se situer en Amérique du Sud.

Le but de l'opération montée par le Hezbollah serait de venger l'assassinat, en février, de son chef militaire, Imad Mugniyah. Il avait péri dans l'explosion d'une voiture piégée en Syrie. Le mouvement chiite avait accusé Israël d'avoir organisé cet attentat, ce que les responsable israéliens ont démenti.

POURPARLERS SYRIENS NE SONT PAS SÉRIEUX
Barry Rubin
Jerusalem Post, 26 mai 2008

Traduit et adapté par Artus et CIJR.

Pourquoi Israël négocie avec la Syrie et qu'est-il arrivé au Liban? Un de ces deux événements est peut-être le plus important de 2008, mais ce n'est pas le premier.

Examinons pourquoi Israël et la Syrie négocient, alors qu'en fait ils simulent une négociation. Les deux parties savent qu'il n'y aura pas d'accord, mais elles ont de bonnes raisons de simuler la négociation, par l'intermédiaire de la Turquie.

Il y a 6 facteurs qui interviennent dans la décision du gouvernement israélien pour négocier avec la Syrie:

1) maintenir au pouvoir le premier ministre Ehoud Olmert, avec l'argument qu'il serait dommageable d'interrompre une négociation importante pour le démettre de ses fonctions, la paix étant plus précieuse qu'une "affaire de dessous de table"… Ehoud Olmert utilisait déjà cette argumentation dans les pourparlers avec les Palestiniens, mais elle commençait à "s'user", et il a sauté sur un autre cheval. Cela ne veut pas dire qu'il va mettre en danger la sécurité du pays. Les manchettes des journaux suffisent pour éloigner l'échéance de sa chute.

2) montrer à tous qu'Israël recherche la paix. Il est vrai que le pays est prêt à des compromis pour cela, à condition que la contrepartie soit substantielle. En recherchant la paix, Olmert cherche à rallier le soutien des pays et des médias occidentaux, en sécurisant sa base en Israël.

3) donner un motif de retenue à la Syrie. Si la Syrie est occupée à bavarder de sujets où elle semble gagner du terrain, c'est tout bon pour son régime de dictature. Et, pour le moment, elle n'encouragera ni la terreur, ni les velléités guerrières du Hezbollah. Et si le Nord est tranquille, Israël peut mieux se concentrer sur les événements du Sud, ceux de Gaza.

4) Que la Turquie soit heureuse, bien que cela soit un facteur mineur. Bonne amie d'Israël, la Turquie a mis tout son prestige dans cette initiative. Laissons-la faire.

5) Montrer aux Palestiniens qu'Israël a d'autres partenaires possibles, comme moyen de faire pression sur eux. En effet en élargissant le fossé entre les intérêts de la Syrie et ceux de l'Autorité palestinienne, Israël a les mains plus libres. Puis, beaucoup de ceux qui poussent vers un accord avec la Syrie ne croient pas en un accord négocié avec les Palestiniens. Ehoud Barak, ministre de la Défense, est au centre de cet argument.

6) La couverture des médias et les communiqués des gouvernements ne laissent en rien filtrer que personne ne négocie en réalité et que les approches sont des préliminaires sans conséquence. En tout cas, cela ne coûte rien à Israël.

Si Barack Obama devient président des Etats-Unis, ses propositions de pourparlers directs seraient désastreuses pour Israël. La négociation pourrait avancer si la Syrie était prête à quitter réellement la sphère iranienne, à ne plus soutenir les groupes terroristes, à signer une paix concrète et à accepter des restrictions concernant le Golan [forces limitées, contrôle par postes d'alarme …]. Mais nous en sommes loin et toute négociation ne fera qu'éterniser, menant à une impasse. ... [Et] ce jeu en cours n'est pas une bonne stratégie, car il affaiblit le combat contre la sphère iranienne, objectif primordial au Moyen-Orient aujourd'hui.

Mais alors, quelles sont les motivations syriennes? La Syrie a 6 bonnes raisons de jouer.

1) Le principal problème de la Syrie est son isolement sur le plan international. Son alliance militaire étroite avec l'Iran, qui s'ajoute à son soutien de la terreur au Liban, en Irak et en Israël lui coûte très cher diplomatiquement. Négocier avec Israël lui donne une caution de bonne conduite. Bis repetitum. …

2) La Syrie veut que l'Occident oublie les assassinats perpétrés au Liban et annule le procès pour meurtre de l'ex -premier ministre du Liban Hariri.

3) La Syrie veut de même qu'on ferme les yeux sur ses incartades nucléaires, la construction d'une centrale à plutonium avec l'aide de la Corée du Nord. De même pour son soutien à l'insurrection en Irak qui tue des soldats américains.

4) La Syrie veut obtenir des avantages de l'Occident sans contrepartie

5) La Syrie veut gagner du temps, en faisant le pari que Barack Obama sera le prochain président américain et qu'il suivra une politique pro-syrienne. C'est la rumeur à Damas.

6) La Syrie ne veut qu'une chose : consolider un régime dictatorial et son contrôle sur le Liban, sans interférence extérieure. Le Département d'Etat, la France ou l'Onu n'ont pas levé le petit doigt pour sauver le Liban de la main mise du bloc Iranien, sous prétexte que le Liban serait plus stable ainsi.

Croire que la Syrie cherche la paix est complètement absurde. Toute paix qui entraînerait la reconnaissance d'Israël, l'éloignement de la sphère iranienne, l'abandon du Hezbollah et du Hamas, la cessation de toute ingérence terroriste en Irak, irait contre les intérêts syriens.

En attendant, le Liban est tombé dans le filet du Hezbollah, et ce pays rejoint la sphère iranienne. Cette catastrophe prend d'autant plus d'ampleur que tout le monde fait semblant de l'ignorer. Un jour, les yeux s'ouvriront et on verra cette tragédie comme un autre Munich. Bien sûr Bashar al Assad n'est pas Hitler […], mais les Etats-Unis et l'Europe, surtout la France, ont agi envers le Liban, comme Neville Chamberlain, le 1er ministre anglais, avait agi à Munich envers la Tchécoslovaquie. Et ceci, sans parler de l'Iran poursuivant son programme d'arme nucléaire, ni de Barack Obama devenant le président des Etats-Unis. ...

(Barry Rubin est le directeur du Centre GLORIA
[Global Research in International Affairs Center] à IDC, Hertzlyah.)

OBAMA ET MCCAIN SUR LE MOYEN-ORIENT
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 5 juin 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Maintenant que les primaires démocrates sont achevées, les électeurs américains peuvent se concentrer sur des questions politiques substantielles. Par exemple: Quelles sont les approches respectives des deux principaux candidats à la présidence des États-Unis en ce qui concerne Israël et les thèmes apparentés? On trouve des éléments de réponse importants dans deux interviews parallèles du journaliste Jeffrey Goldberg, de The Atlantic, qui a rencontré le démocrate Barack Obama au début mai et le républicain John McCain à la fin mai.

Confrontés à deux séries de questions à peu près identiques, ils ont choisi des directions opposées. Obama s'est servi de l'interview pour convaincre les lecteurs du sérieux de son engagement pro-Israël et pro-juif. Ainsi, il a affirmé à trois reprises son soutien pour Israël: «La conception d'un État juif en sécurité est une idée fondamentalement juste et nécessaire»; «le besoin de préserver un État juif sûr est (…) une idée juste et qui doit être soutenue ici, aux États-Unis, et dans le monde entier»; et «pendant ma présidence, vous n'assisterez à aucun relâchement de l'engagement pour la sécurité d'Israël».

Ensuite, Obama a détaillé son soutien dans quatre contextes spécifiquement juifs. Développement personnel. «Quand je réfléchis à la notion de sionisme, je repense à la manière avec laquelle mes sentiments envers Israël se sont forgés dans ma jeunesse—dans mon enfance, en fait. En sixième année, j'avais eu un animateur de camps de vacances juif américain, mais qui avait passé du temps en Israël.» Carrière politique. «Quand j'ai commencé mon travail d'organisateur, mes deux collègues de Chicago était juifs et j'ai été attaqué par association avec eux. De sorte que je me suis retrouvé dans la tranchée avec mes amis juifs.» Idées. «Je dis toujours par plaisanterie que ma formation intellectuelle est fondée sur des érudits et des auteurs juifs, bien que je ne le savais pas à l'époque. Qu'il s'agisse de théologiens ou de Philip Roth, qui m'ont aidé à façonner ma sensibilité, ou d'écrivains parmi les plus populaires, comme Leon Uris.» Philosophie. «Mon équipe critique parfois ma tendance à me préoccuper trop profondément de questions morales. Je pense tenir cela en partie de la pensée juive, qui rappelle que nos actes ont des conséquences, que cela est important et que nous avons certaines obligations morales.»

En revanche, McCain n'a pas ressenti la nécessité d'afficher son sionisme ou ses références pro-juives. Il a les a considérés comme des faits acquis et a utilisé l'interview pour soulever des questions politiques concrètes, notamment la menace iranienne. Par exemple, interrogé sur la légitimité du sionisme, il a répondu: «Il est remarquable de voir comment le sionisme a pu traverser tant de guerres et d'épreuves et rester tout de même attaché aux idéaux de démocratie, de justice sociale et de droits humains.» Et de poursuivre: «Je pense que l'État d'Israël reste soumis à une grave menace, de la part d'organisations terroristes et en raison des incitations constantes des Iraniens à supprimer Israël de la carte.» Toujours en parlant de l'Iran, McCain s'est engagé à «ne jamais permettre une autre Shoah». Il a déclaré discerner dans la menace de destruction d'Israël «de profondes conséquences pour la sécurité nationale» des États-Unis et a insisté sur le fait que Téhéran parraine des organisations terroristes visant «la destruction des États-Unis d'Amérique».

L'importance du conflit israélo-arabe constitue une deuxième divergence. Obama en parle comme d'une «blessure béante» et d'une «plaie ouverte» qui infecte «toute notre politique étrangère». Il précise notamment que l'absence de solution «fournit un prétexte aux djihadistes militants anti-américains pour commettre des actes impardonnables». Interrogé sur la déclaration d'Obama, McCain rejette l'idée selon laquelle l'Islam radical résulterait de la confrontation israélo-arabe: «Je ne pense pas que le conflit soit une plaie. Je pense que c'est un défi à relever pour la sécurité nationale.» Il continue en indiquant que si le conflit israélo-palestinien était résolu demain, «nous resterions confrontés à l'énorme menace de l'extrémisme islamique».

Enfin, les deux hommes sont en désaccord sur l'importance du fait que des Israéliens vivent toujours en Cisjordanie. Obama insiste beaucoup sur ce point et affirme que si leur présence continue de s'accroître, «nous allons nous retrouver coincés dans le même statu quo où nous restons bloqués depuis des décennies». McCain a reconnu qu'il s'agissait d'une question majeure, mais a rapidement changé de sujet pour évoquer la campagne de bombardement de Sdérot, la ville israélienne assiégée qu'il a personnellement visitée en mars et dont il compare expressément la situation difficile au territoire continental des États-Unis qui serait attaqué depuis l'une de ses frontières.

Les interviews jumelles de Goldberg mettent deux faits en lumière. Premièrement, les candidats des grands partis à la présidence américaine doivent toujours rendre hommage aux bonnes relations américaines avec Israël, même si, comme dans le cas d'Obama, cela contredit radicalement des opinions précédentes. Et deuxièmement, alors que McCain est à l'aise sur ce thème, Obama se soucie d'attirer les votes pro-Israël.

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Volume VII, Numéro 338 • vendredi le 13 juin 2008

La Knesset décide "Jérusalem, capitale du Peuple juif"
Shraga Blum
Aroutz7, 4 juin 2008

Le caractère et l'histoire de Jérusalem lui confèrent une importance et un rôle qui vont bien au-delà des "frontières" étriquées de l'Etat d'Israël. De la même manière qu'il y a un siècle, les petits troncs du KKL, déposés à travers le monde, symbolisaient l'appartenance de la Terre d'Israël au peuple juif dans son ensemble, ainsi doit-il en être de la Ville de David, qui est centre national du peuple juif avant d'être capitale de l'Etat d'Israël. Elle fut le réceptacle de toutes les prières et de tous les espoirs des Juifs durant des siècles, alors qu'il n'existait encore aucune structure étatique.

De ce fait, toute décision concernant le sort de la Ville ne doit pas dépendre uniquement des décisions d'un gouvernement israélien, passager par définition, soumis à des pressions, ou mû par des intérêts particuliers. Contrairement à la politique générale d'Israël, qui dépend uniquement de la volonté de ses citoyens exprimée dans les urnes (quand ils le peuvent…), l'avenir de Jérusalem doit être remis dans les mains du Peuple juif dans son ensemble. C'est ce que la Knesset a voulu officialiser ce matin, par un vote préliminaire sur un amendement apporté à la Loi Fondamentale sur Jérusalem de 1980: Jérusalem sera nommée "Capitale du Peuple Juif".

La proposition émane de Zevouloun Orlev (Ihoud Leoumi – Mafdal): "Il n'y a pas seulement la Jérusalem civile, il y aussi la Jérusalem d'En-haut, celle qui unifie le Peuple juif dans son ensemble, et dans laquelle chaque Juif, où qu'il soit, peut se sentir chez soi." Il a d'ailleurs précisé qu'une Commission juridique sioniste, sous la présidence du Prof. Shimon Shetrit, ancien ministre de la Justice, travaille également dans ce sens.

Les débats ont eu lieu en présence d'un nombre relativement élevé de députés (70), et le vote a été sans appel: 58 pour et 12 contre, la coalition ayant décidé de soutenir le texte.

Parmi les opposants les plus farouches, Avshalom Vilan (Meretz), qui considère cette loi comme "stupide" et "destinée à saboter les tentatives de trouver une solution politique sur Jérusalem". "Nous nous mentons à nous-mêmes avec ce genre de lois, car finalement, il faudra se rendre à l'évidence: malgré les efforts de la droite pour associer le peuple juif afin d'éviter des concessions, Jérusalem sera aussi la capitale de l'Etat palestinien".

Orlev s'est indigné de ces propos, accusant Vilan de "franchir toutes les lignes rouges" et lui a demandé s'il se souvenait encore de la phrase "Si je t'oublie, Jérusalem"…

La soixantaine périlleuse d'Israël, dans le pire voisinage de la planète
Daniel Pipes
National Post, 6 mai 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Deux nouveaux États identifiés par leur religion ont émergé de l'éclatement de l'Empire britannique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Israël était l'un deux, bien sûr. L'autre était le Pakistan.

Ils permettent une comparaison intéressante mais rare. L'expérience du Pakistan, avec sa pauvreté largement répandue, ses troubles internes quasiment constants et ses tensions extérieures qui ont engendré son statut actuel d'état presque voyou, montre bien les dangers qu'Israël a su éviter, avec sa culture politique libérale et stable, son économie dynamique, son secteur de haute technologie florissant, sa culture vivante et son impressionnante cohésion sociale.

Mais en dépit de tout cela, l'État juif vit sous une menace à laquelle le Pakistan et la plupart des autres entités politiques ne sont jamais confrontés – celle de son élimination. Ses progrès remarquables au cours des décennies ne l'ont pas libéré d'un péril qui revêt presque toutes les formes imaginables: armes de destruction massive, attaques militaires conventionnelles, subversion intérieure, blocus économique, assaut démographique et travail de sape idéologique. Aucun autre état contemporain – et probablement aucun dans l'histoire entière – ne doit faire face à une telle série de menaces.

Les ennemis d'Israël se divisent en deux camps principaux: la gauche et les Musulmans – l'extrême-droite constituant ici un troisième élément mineur. La gauche comprend une aile acharnée (International ANSWER, Noam Chomsky) et un centre plus courtois (Assemblée générale des Nations unies, partis politiques de gauche, principaux médias, principales églises, manuels scolaires). Mais en dernière analyse, la gauche constitue moins une force en elle-même qu'un auxiliaire de l'agent antisioniste essentiel qu'est la population musulmane. Cette dernière peut à son tour être divisée en trois groupes distincts.

Premièrement, les États étrangers: les cinq armées qui ont envahi Israël dès son indépendance en mai 1948, puis les armées et les aviations et marines militaires voisines qui menèrent les guerres de 1956, 1967, 1970 et 1973. Si la menace conventionnelle a quelque peu fléchi, l'effort d'armement de l'Égypte, financé par les États-Unis, constitue un danger nouveau et les menaces d'utilisation d'armes de destruction massive (notamment par l'Iran mais aussi par la Syrie et, potentiellement, par de nombreux autres États), en constitue un autre, plus grave encore.

Deuxièmement, les Palestiniens de l'extérieur, vivant hors d'Israël. Mis sur la touche par les gouvernements de 1948 à 1967, Yasser Arafat et l'Organisation de libération de la Palestine ont saisi leur chance lors de la défaite des trois armées étatiques dans la guerre des Six Jours. Les développements ultérieurs tels que la guerre du Liban en 1982 et les accords d'Oslo en 1993 ont confirmé l'importance centrale des Palestiniens de l'extérieur. Aujourd'hui, c'est eux qui conduisent le conflit, par la violence (terrorisme, missiles lancés depuis Gaza) et, surtout, en montant l'opinion mondiale contre Israël grâce à un effort de relations publiques qui trouve un large écho parmi les Musulmans et la gauche.

Troisièmement, les citoyens musulmans d'Israël, les éléments dormants de l'équation. En 1949, ils n'étaient que 111.000, soit 9% de la population israélienne, mais en 2005, leur nombre avait été multiplié par dix pour atteindre 1.141.000, soit 16% de la population. Ils ont profité de l'ouverture d'Israël pour croître et passer de l'état de communauté docile et inactive à celui d'un groupe de pression revendicatif qui rejette toujours davantage la nature juive de l'État d'Israël, avec des conséquences très sérieuses pour l'identité future de cet état.

Si cette longue liste de dangers rend Israël différent de tous les autres États occidentaux, en le forçant à se protéger quotidiennement de ses nombreux ennemis, sa situation délicate le rend aussi étrangement similaire à d'autres pays du Moyen-Orient, soumis eux aussi à une menace d'élimination.

Le Koweït, conquis par l'Irak, a disparu de la carte entre août 1990 et février 1991, et n'aurait sans doute jamais été rétabli sans l'intervention d'une coalition dirigée par les États-Unis. Le Liban est de facto sous contrôle syrien depuis 1976 et, si les événements s'y prêtent, il pourrait se retrouver officiellement incorporé par Damas à tout moment. À l'occasion, Téhéran affirme que le Bahreïn devrait faire partie de l'Iran, comme en juillet 2007, lorsqu'un proche de l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême Iranien, déclara que «le Bahreïn fait partie du territoire iranien» et que «le peuple bahreïni ne demande rien plus ardemment aujourd'hui que de voir revenir cette province (…) dans le giron de l'Iran islamique». L'existence de la Jordanie en tant qu'état indépendant a toujours été précaire, en partie parce qu'il est toujours considéré comme un artifice colonial de Winston Churchill et en partie parce que plusieurs états (Syrie, Irak, Arabie saoudite) et les Palestiniens le considèrent comme une proie légitime.

Le fait qu'Israël se retrouve en telle compagnie à cet égard a plusieurs implications. Cela permet d'abord de mettre le dilemme d'Israël en perspective: alors qu'aucun pays situé hors du Moyen-Orient ne risque l'élimination, c'est un problème routinier dans la région. Cela indique que le statut incertain d'Israël n'est pas prêt d'être résolu. Cela jette également une lumière crue sur l'aspect exceptionnellement cruel, instable et mortel de la vie politique au Moyen-Orient – la région est de toute évidence le pire voisinage de la planète. Israel y est le bon élève à lunettes qui tente de réussir à l'école en vivant dans le quartier de la ville le plus infesté par la criminalité.

La profondeur et l'étendue de la maladie politique moyen-orientale révèle bien combien il est faux de considérer le conflit israélo-arabe comme le moteur des troubles de la région. Il est autrement plus juste de considérer la situation désespérée d'Israël comme le résultat de la politique vénéneuse de la région. Faire porter à Israël la responsabilité de l'autocratie, du radicalisme et de la violence du Moyen-Orient équivaut à reprocher à l'élève studieux d'être à l'origine de la criminalité du quartier. De même, résoudre le conflit israélo-arabe n'apporterait de solution qu'à ce problème particulier, pas à ceux de la région entière.

Tous les membres de ce quintette menacé risquent bel et bien l'anéantissement, mais les problèmes d'Israël sont les plus complexes. L'État juif a survécu à d'innombrables périls mortels au cours des six dernières décennies et il l'a fait en gardant son honneur intact. Sa population a donc de bonnes raisons de célébrer. Mais les réjouissances ne pourront pas durer, le pays devra aussitôt retourner aux barricades pour contrer la prochaine menace.

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Volume VII, Numéro 337 • vendredi le 6 juin 2008

Il n’y a pas d’affaire Enderlin - Al Doura :
Nous voulons un débat

Elisabeth Lévy
Causeur (Blog), 30 mai 2008

Une pleine page (et un édito) dans le Wall Street Journal, deux feuillets dans Le Monde (au demeurant, le seul quotidien français à avoir traité l’information) : le désaveu judiciaire infligé à France 2 n’a pas passionné les médias français. Il est vrai qu’il s’agit d’une vétille : un tribunal déclare qu’il existe de légitimes raisons de douter de la véracité d’un reportage à haute teneur symbolique diffusé dans le monde entier par la première chaîne de la télévision publique française. Au passage, le juge admet que, parmi les récits présentés comme des “faits” qui sont supposés former notre intelligence du monde, certains sont peut-être de purs bidonnages. De la réalité pour télé. Un monde en noir et blanc pour écran couleurs.

On se demandait comment allait réagir la profession, si prompte à faire feu sur les manquements moraux, réels ou supposés, de toutes les autres corporations. Par un examen de conscience collectif ? Un authentique débat interne ? La bonne blague. En serrant les coudes. Puisque ce dont nous ne parlons pas n’existe pas, étouffons l’affaire. Il en va de l’intérêt supérieur du Parti (des médias). Lequel, comme le monde est bien fait, se confond avec celui de la démocratie : taire ou traiter comme insignifiante la défaite de France 2, c’est protéger le public (on imagine sans peine le charivari qui eût suivi un verdict inverse).

Cela devait être un remake de David contre Goliath, avec David dans le rôle du méchant. La chaîne publique avait attaqué en diffamation Philippe Karsenty, animateur d’un site internet “de notation des médias”. Après le verdict de la Cour d’Appel infirmant sa condamnation en première instance, celui-ci a été interrogé par la BBC et des médias australien, néerlandais, américains, tunisien. En France, les “grands journaux” ont signalé l’information sur leur site internet – où elle a l’avantage d’être très vite ensevelie –, mais seul Le Monde l’a jugée digne de sa “version papier”. Quant à France 2, elle a jugé que ses téléspectateurs avaient “le droit de savoir” : le soir du verdict, en fin de JT, David Pujadas a expliqué que la Cour avait “reconnu la diffamation mais relaxé l’auteur des propos diffamatoires au bénéfice du doute”. Fermez le ban. Pas un mot sur les “incohérences inexplicables” relevées par Karsenty (et le Tribunal) dans le reportage sur la mort de Mohammed Al Doura, ni sur “l’imprudente affirmation par Charles Enderlin qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant” – agonie dont il n’a pas fourni les images au Tribunal. Bref, les téléspectateurs, à qui l’on a expliqué il y a huit ans qu’ils avaient assisté à “l’assassinat d’un enfant” (terme employé par Jean-Claude Allanic, alors médiateur de France 2, quelques jours après la diffusion du reportage) ne sauront pas l’essentiel : après avoir visionné les rushes (dont ils notent les “réticences persistantes” de France 2 à les montrer), les juges estiment qu’il n’est plus possible “d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure” qui avaient mis en doute l’authenticité du reportage. S’ils reconnaissent le caractère diffamatoire - en clair, offensant - des propos de Karsenty, leur verdict signifie que l’offense était légitime. Jouant des subtilités de la loi sur la presse, France 2 se paie notre tête. En 14 secondes.

La direction de France Télévision (qui, il est vrai, a hérité, à son arrivée, de ce bébé pas très bien formé) s’est montrée plutôt discrète. C’est par la bouche de ses avocats qu’elle a annoncé son intention de se pourvoir en cassation, décision justifiée de façon fort cocasse par le fait que la Cour d’Appel avait cassé le jugement de la XVIIe Chambre. Si l’on pousse à son terme un tel raisonnement, il faut en déduire que l’appel est par nature superfétatoire. En attendant, la chaîne ne s’est pas fendue du moindre communiqué de soutien à son correspondant en Israël. Lequel a choisi de s’en prendre indistinctement à tous ceux qui osent le critiquer.

Entre Tintin et Galilée, Charles Enderlin se la joue « baroudeur » et chante le grand air de la victime. Après avoir annoncé sur son site que “les propos de Philippe Karsenty étaient diffamatoires”, il se plaint de la "campagne de désinformation et de diffamation" dont il est l’objet. Elle est excellente. Va-t-il poursuivre les juges pour diffamation ? Ainsi qu’en atteste l’échange (si on peut qualifier ainsi ce dialogue de sourds) que nous avons eu sur son site, mon honorable confrère a beaucoup de talent, y compris pour éviter les questions qui l’ennuient et répondre à celles qu’on ne lui pose pas – en tout cas, pas moi.

“Enderlin contre les méchants” : tel est le récit canonique relayé par la plupart des médias – récemment encore par Canal + et l’AFP, sous la plume de Marius Schattner, journaliste au bureau de Jérusalem. “Différents organismes ultra-nationalistes ont alors répandu la thèse d’un véritable complot anti-israélien, certains allant jusqu’à prétendre que le petit Mohammed n’était pas mort”, écrivait celui-ci il y a quelques semaines. La défense adoptée par Charles Enderlin nécessite qu’il ait en face de lui des extrémistes juifs, des nationalistes israéliens ou des émules de Thierry Meyssan. Certains des contradicteurs d’Enderlin appartiennent aux deux premiers groupes ; et, parmi eux, il en est qui manient l’invective et l’injure plutôt que l’argumentation – rendant un fier service au Parti des Médias, qui s’estime ainsi dispensé de répondre à de tels adversaires. Les menaces, y compris physiques, proférées à l’encontre de Charles Enderlin et les insultes visant ses supposées préférences politiques ou ses prétendus tourments identitaires sont inacceptables – et pour tout dire, imbéciles.

Pour autant, rien n’autorise à confondre les uns et les autres, ceux qui s’interrogent et ceux qui dénoncent. Le procédé est connu : pour évacuer toute question, on disqualifie ceux qui les posent. Et on répond à des accusations imaginaires : Charles Enderlin se plaint de ce que je l’aurais accusé de ne pas avoir été à Netzarim le 30 septembre 2000 : or, c’est un fait qu’il n’a jamais nié et que j’ai tout simplement rappelé, sans en tirer la moindre conclusion, d’ailleurs, n’ayant en aucun cas la religion du terrain – qui, lui, ne ment pas. Bref, pas la moindre accusation sur ce point, mais un consensus total. (Sans doute est-ce inconsciemment qu’il use du registre sémantique du procès, lui-même se voyant dans le rôle de l’innocent injustement accusé).

Il est cependant plaisant qu’Enderlin invoque ici-même (voir dans les commentaires) son statut de “journaliste aux premières loges d’un conflit sanglant”, puisque précisément, ce jour-là, il n’était pas “aux premières loges” : n’est-ce pas la preuve que l’on peut faire du journalisme, parfois du bon journalisme, sans être “sur place” ? Passons sur cette légère incohérence.

Reste qu’à force de se dire odieusement diffamé et harcelé, il a contribué à personnaliser le débat. Aussi partage-t-il avec ses ennemis les plus virulents la responsabilité d’avoir transformé l’affaire Al Doura en affaire Enderlin. Il n’y a pas d’affaire Enderlin.

Cher Charles, nul n’attend de vous une autocritique en place publique. Ici, en tout cas. Mais rien ne vous autorise à répondre par le mépris à tous ceux qui doutent de bonne foi. Autorisez-moi donc à vous poser ici sept questions. Ces réponses, vous nous les devez, car vous êtes le seul à pouvoir les donner. Et surtout, vous vous les devez à vous-même.

[1] De combien de temps avez-vous disposé pour monter votre sujet à partir des rushes fournis par Talal Abu Rahma ?

[2] Vous avez affirmé avoir coupé l’agonie de l’enfant parce qu’elle était trop insupportable, mais vous ne l’avez pas montrée au Tribunal, ni à quiconque. Votre mémoire vous a-t-elle trompé ?

[3] Le 30 septembre 2000, vous avez affirmé dans votre commentaire que “l’enfant était la cible de tirs venus de l’armée israélienne”. Quelques jours après, au cours d’une émission durant laquelle vous interveniez au téléphone, le médiateur de France 2 a parlé de “l’assassinat d’un enfant”. (Plus tard, vous avez donné la parole à Yom Tov Samia mais vous admettrez que sa parole n’a pas le même statut que la vôtre ou celle du médiateur). En novembre 2004, Arlette Chabot estimait qu’”on ne saurait jamais d’où venaient les tirs”. Quelle est aujourd’hui votre intime conviction ?

[4] Comment expliquez-vous les contradictions existant entre les versions successives de Talal Abu Rahma, en particulier entre sa déclaration envoyée au Centre palestinien des Droits de l’homme, début octobre 2000, et le fax adressé à France 2, en 2003, mais aussi quant à la durée de “l’incident” (je sais que le terme est mal choisi) et au nombre de caméramen présents ?

[5] La plupart de ceux qui ont visionné les rushes ont admis qu’ils comportaient des scènes de guerre jouées. Est-il selon vous possible et probable que votre collaborateur ait filmé des mises en scène et que, dans la foulée, tournant sa caméra, il soit tombé sur une tragédie véritable ?

[6] Votre réflexe immédiat, dès que les polémiques ont commencé, a été de renouveler une confiance absolue à Talal Abou Rahma, et, d’une certaine façon, ce réflexe vous honore. Mais peut-être qu’aucun être humain ne mérite une confiance absolue. Par ailleurs, votre caméraman ne cache pas qu’il exerce ce métier pour défendre la cause palestinienne. Cela vous pose-t-il problème ? Vous est-il arrivé de douter ?

[7] Pensez-vous que votre travail est, par principe, irréprochable, au-delà de toute critique ?

C’est un juge qui doit aujourd’hui rappeler que les journalistes ne sauraient être les seuls à pouvoir échapper à la vigilance dont ils sont les champions.

“Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et, qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères”, estime la Cour d’appel.

Son arrêt est d’autant plus notable qu’il rompt avec une tradition, établie depuis une trentaine d’années, de bienveillance mutuelle entre la magistrature et la presse. Il est de surcroît rarissime que le juge désavoue un “grand média”. Il convient d’ailleurs de rappeler que France 2 n’a pas été condamnée mais déboutée. “Le Tribunal a accordé un permis de douter”, ainsi que l’a joliment résumé Pascale Robert-Diard dans Le Monde. Les journalistes n’ont pas un permis, mais un devoir de douter. Y compris, et peut-être d’abord, d’eux-mêmes.

COUR D’APPEL DE PARIS [EXTRAIT]
DOSSIER N° 06/08678
ARRÊT DU 21 MAI 2008

11ème chambre, section A...

Prononcé publiquement le MERCREDI 21 MAI 2008, par la 11ème chambre des appels correctionnels, section A,

Sur appel d’un jugement du TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE PARIS
17ème CHAMBRE du 19 OCTOBRE 2006, (P0433823039)...

DECISION :

Considérant qu’il ressort de l’ensemble de ces propos que Philippe KARSENTY, directeur de l’agence de notation MEDIA-RATINGS, qu’il a lui-même créée pour évaluer la fiabilité des informations diffusées dans la presse, met en cause le travail de FRANCE 2 et de son correspondant à Jérusalem à l’aide des critères méthodologiques d’analyse des médias qu’il a dégagés ;

Qu’ainsi, dans son article daté du 22 novembre 2004, Philippe KARSENTY qualifie le reportage de Charles ENDERLIN de mascarade déshonorante pour la télévision publique et de supercherie à l’origine de nombreuses violences à travers le monde, en rappelant les termes de la polémique qu’il a suscitée depuis plusieurs années entre FRANCE 2 et l’agence de presse israélienne MENA ("Metula News Agency"), qui accuse la chaîne française d’avoir diffusé un faux ;

[P. 8]

Qu’au regard des éléments dont il dispose alors, le prévenu affirme que le correspondant de Paris à Jérusalem a commis un faux reportage, qu’il démonte en faisant porter sa critique sur deux plans successifs : d’une part, les cinquante premières minutes du reportage consistant en une série de scènes jouées sont une pure fiction, d’autre part, la scène principale, d’une durée de quelques minutes seulement, comporte des incohérences au regard du commentaire de FRANCE 2 ;

Qu’il s’interroge dès lors sur les raisons pour Charles ENDERLIN qui, sur ce point « se trompe et, du même coup, nous trompe », de chercher « à couvrir son imposture » ;

Que l’auteur poursuivi impute, dans son communiqué du 26 novembre 2004, à Charles ENDERLIN d’avoir diffusé un faux reportage en commentant un document incohérent remis par son cameraman, et à la chaîne publique d’avoir commis une imposture médiatique en le faisant diffuser le 30 septembre 2000 ;

Considérant, sur le caractère diffamatoire des imputations, que le tribunal a justement retenu que le fait de tromper sciemment le public en diffusant et/ou en faisant diffuser un faux reportage comportant des images qui ne reflètent pas la réalité, en représentant une « fausse mort », même si l’auteur a pris le soin d’accompagner son accusation d’un certain nombre d’explications, porte incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation de professionnels de l’information, et ce d’autant plus que le fait diffamatoire est appuyé par l’emploi de termes tels que « mascarade », « imposture », « supercherie » pour qualifier l’attitude de FRANCE 2 et « scènes jouées », « pure fiction » pour qualifier le premier épisode du reportage ;

Considérant, sur les éléments de preuve signifiés au titre de la vérité des faits diffamatoires, que l’appelant a versé quatorze pièces et demandé l’audition de trois témoins susceptibles, selon lui, de prouver que FRANCE 2 a porté à l’écran un montage douteux, largement contesté à la date de la diffusion des propos incriminés, ce qui lui permettait de conclure à une manipulation du reportage sur les conditions du tournage et sur la réalité des scènes filmées par son cameraman, en particulier sur la mort du petit Mohamed AL DURA ;

Mais considérant qu’ainsi que l’ont rappelé les premiers juges, pour produire l’effet absolutoire prévu par l’article 35 de la loi du 29 juillet 1881, la preuve de la vérité des faits diffamatoires doit être parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée ;

Qu’en faisant valoir que ses offres de preuve établiraient « un montage douteux, largement contesté à la date de la diffusion des propos incriminés », le prévenu ne peut prétendre démontrer le fait d’avoir sciemment diffusé un « faux reportage », tant il est vrai que la première imputation ne constitue au mieux qu’un diminutif de l’imputation poursuivie ;

Qu’il y a lieu, dès lors de rejeter l’exception de vérité soulevée par le prévenu ;

Considérant qu’en cause d’appel, Philippe KARSENTY invoque essentiellement sa bonne foi pour justifier la publication des propos incriminés ;

Considérant que, s’il est vrai que les critères de la bonne foi doivent, comme l’ont relevé les premiers juges, s’apprécier différemment selon le genre de l’écrit, la [P. 9] qualité de l’auteur, et notamment avec une plus grande rigueur lorsque celui qui est poursuivi fait profession d’informer ou, comme en l’espèce, de procéder à la notation des médias, il est incontestablement légitime pour une agence de notation des médias, d’enquêter, serait-ce en raison de l’impact qu’ont eu les images critiquées dans le monde entier, sur les conditions dans lesquelles le reportage en cause a été tourné et diffusé, et de porter les résultats de l’enquête à la connaissance du public ainsi que de les soumettre à la critique des professionnels ;

Qu’alors que Philippe KARSENTY aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément, de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, partant le droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches, Charles ENDERLIN peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de FRANCE 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères ;

Considérant que, pour justifier du sérieux de son enquête, Philippe KARSENTY présente, outre les témoignages de Luc ROSENZWEIG, Gérard HUBER, Francis BALLE et Richard LANDES figurant aux notes d’audience du tribunal, les pièces communiquées en première instance, ainsi que de nouvelles pièces numérotées 43 à 73, dont l’essentiel, procédant du reportage de FRANCE 2, ne porte pas sur des faits postérieurs à la publication des propos incriminés ; qu’il convient, dans ce cadre, d’apprécier la validité de l’enquête du prévenu en fonction, non pas de sa vertu démonstratrice de la vérité des imputations diffamatoires, mais de la valeur et de la variété des sources utilisées, ainsi que de la pertinence de leur contenu ;

Considérant qu’ainsi que l’a relevé le tribunal, l’enquête de Philippe KARSENTY fait ressortir deux grands types de critiques à l’encontre du reportage, soit que Charles ENDERLIN ait présenté à tort les tirs mortels comme délibérés, en provenance des positions israéliennes, soit que les images de la mort du jeune Mohamed Al-DURA, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée par le journaliste ;

Que l’auteur des propos poursuivis s’appuie essentiellement sur l’incohérence inexplicable des images visibles, selon lui, même dans la scène principale, sur l’absence de caractère probatoire des photos des blessures de Jamal AL DURA présentées par FRANCE 2, enfin sur les réponses contradictoires de Charles ENDERLIN aux interrogations relatives aux coupures existant dans son montage, comme de celles de son cameraman au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions du tournage ;

Considérant qu’il est constant que Charles ENDERLIN n’a pas été témoin des faits qu’il a commentés en voix "off ", selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des téléspectateurs ; qu’en l’occurrence, FRANCE 2 a indiqué, le 1er octobre 2000, que la mort de l’enfant avait « été filmée par Talal ABU RAHMA, [son] correspondant à Gaza » et, le 2 octobre, que le cameraman « filmait l’inacceptable », ce qui ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux ; que ce fait a conduit Philippe KARSENTY, sans qu’il puisse alors en induire que l’événement commenté était faux, à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le caméraman palestinien (« c’est moi qui décide ce qui est important », l’entend-on dire dans une des interviews), et le commentaire de ces images par Charles ENDERLIN ;

[P. 10] Que, s’il est vrai que les auteurs des deux documents vidéo (pièces n° 1 et 2), l’un monté à l’initiative d’Esther SHAPIRA pour la chaîne de télévision ARD en mars 2002, l’autre, AL-DURA : l’enquête, réalisé en novembre suivant par la MENA à partir des déclarations de Nahum SHAHAF, désigné pour diriger une commission d’enquête initiée par le commandant de la zone sud, ne tirent pas les mêmes conclusions de l’observation du reportage, puisque le premier conforte la mort de l’enfant sous une balle palestinienne, tandis que le second impute une mise en scène palestinienne de cette mort, il n’importe pas que ces thèses soient inconciliables, dès lors que les deux documents ont conduit le prévenu, par étapes successives, à interroger le reportage de FRANCE 2 quant à la réalité des faits rapportés par des professionnels de l’information ;

Que la thèse de la MENA, sujet de l’ouvrage de Gérard HUBER, sorti en janvier 2003 sous le titre Contre-expertise d’une mise en scène (pièce n° 3), qui infère, du fait qu’on voit de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures, le caractère fictif de la mort du jeune Mohamed AL-DURA, reprise par Philippe KARSENTY, s’est appuyée sur les réticences persistantes de FRANCE 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, sur l’imprudente affirmation, par Charles ENDERLIN, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant et sur les déclarations de plusieurs journalistes ayant visionné les rushes ;

Qu’il résulte, en effet, du témoignage de Luc ROSENZWEIG, ancien rédacteur en chef du MONDE, qu’après avoir rencontré, en mai 2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles ENDERLIN et s’en être ouvert, par la suite, à Denis JEAMBAR et A Daniel LECONTE, il a visionné avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de FRANCE 2 et a été surpris de ce que, sur les 27 minutes des rushes de Talal ABU RAHMA, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohamed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens ; que le témoin a conclu son propos à l’audience de première instance en déclarant avoir la conviction que « la version de la mise en scène [de la mort de l’enfant] a une probabilité plus grande que la version présentée par FRANCE 2 », tout en reconnaissant qu’en tant que journaliste, « les critères ne [lui] permettent pas d’aller plus loin » ;

Que ce témoignage est conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel LECONTE et de DENIS JEAMBAR, issues d’un point de vue donné au Figaro du 25 janvier 2005 (pièce n° 16) et d’une interview diffusée le 1er février 2005 sur l’antenne de RCJ (pièce n° 4) ;

Que les deux journalistes y déclarent sans ambiguïté avoir confié à Arlette CHABOT leurs « doutes sérieux », mais être « prêts à écarter les accusations de ROSENZWEIG sur la mise en scène de la mort de l’enfant si le visionnage de l’ensemble des rushes tournés par Talal ABU RAHMA confirme ce que Charles ENDERLIN a déclaré à deux reprises au moins, dont à Télérama : « J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus », puis, au vu des rushes, que « cette fameuse agonie qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage n’existe pas » ;

Qu’ils relèvent également que, « dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène, […] « jouent » à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires « et que le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles ENDERLIN donne le gamin pour mort […] rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens » ; que, selon eux, les journalistes de FRANCE 2 leur ont assuré lors de la séance de présentation [P. 11] des rushes que « leurs experts ont même démontré […] que l’enfant a été touché par des éclats (?) ou par des balles qui auraient ricoché sur la chaussée, des balles qui, en tout état de cause, ne visaient ni l’enfant, ni son père » ;

Qu’il est vrai que, tout en notant que leur confrère devrait reconnaître qu’il avait « extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman », et que le commentaire sur la barbarie israélienne « n’a rien à voir » avec les images qui ont fait le tour du monde. Denis JEAMBAR et Daniel LECONTE refusent de reprendre à leur compte la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant ; qu’ils s’appuient, pour ce faire, sur le film de Talal ABU RAHMA présenté par FRANCE 2 le 18 novembre pour démontrer que les blessures du père correspondaient exactement aux pansements qu’il avait, le lendemain, à l’hôpital de Gaza, sans s’arrêter sur la possibilité d’une contradiction entre les photos qui leur ont été présentées et leurs propres constatations que, dans les rushes, « le père porte un T-shirt sur lequel on ne voit aucune trace de sang » ;

Considérant que Richard LANDES, journaliste, professeur à l’université de Boston, entendu en qualité de témoin par les premiers juges, a déclaré que, selon lui, après avoir étudié les rushes de Reuters et le reportage de Charles ENDELIN, avec lequel il s’est entretenu, la probabilité que la mort de l’enfant présentée par celui-ci serait une mise en scène était « supérieure à 95% » ;

Considérant que, si aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du Général SAMYA (contre-offre de preuve n° 12) ni « l’imprudente affirmation » de Charles ENDERLIN déjà relevée - n’a paru aux premiers juges, à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talal ABU RAHMA communiquées par FRANCE 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats, les attestations produites par les soins du cameraman (offre de contre-preuve, n° 5 à 10) ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles ;

Qu’alors qu’aucun principe ne permet de refuser sans examen, ni explication tout crédit à un document qui ne bénéficierait pas d’un label officiel ou qui ne recueillerait que peu de crédit de la part des "autorités", il convient de relever que les premières déclarations des autorités israéliennes, notamment celles du Général EYLAND, ont été faites au vu des seules images du reportage de FRANCE 2 ; qu’il est, par ailleurs, notoire, ainsi que l’ont expliqué Denis JEAMBAR et Daniel LECONTE, que l’armée israélienne ne répond quasiment sur rien, « c’est le choix de communication qu’elle a fait » ;

Considérant qu’en répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, dans Le Figaro du 27 janvier 2005, que « l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel DAYAN, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, dans son attestation (pièce n° 5)

Considérant, sur la prudence de l’expression, qu’il convient de souligner que les limites de la critique admissible sont d’autant plus grandes que le sujet est [P. 12] d’intérêt public et les accusations étayées sur un faisceau d’éléments d’enquête, et d’autant plus larges à l’égard de ceux qui, par leur fonction ou leur activité, s’exposent au public ;

Que c’est en ce sens qu’il convient d’entendre le propos de Francis BALLE, professeur à l’université de Paris II, spécialiste de l’image et de l’information, qui a déclaré devant le tribunal qu’il ne lui semblait pas que, dans l’exercice de son métier, Philippe KARSENTY « ait franchi la ligne jaune » en usant des termes incriminés pour parler d’un sujet d’intérêt public ;

Que s’il est vrai que l’emploi répété de l’expression « faux reportage », accentué par les termes