Communiqué Isranet
mars
2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Volume VII, Numéro
327 • vendredi le 28 mars 2008
Le Hamas a déclaré
la guerre à Israël -
Comment Israël doit-il répondre ?
Alan Dershowitz
le Blog du Jerusalem Post, 13 mars
2008
Adaptation
française de Sentinelle 5768
L’article 51 de la Charte des Nations Unies garantit à
ses membres le « droit inhérent à… l’autodéfense
» contre « une attaque armée ». En janvier
2006, le Hamas a été élu pour gouverner l’Autorité
Palestinienne. Après qu’Israël ait mis fin à
l’occupation de Gaza et en ait retiré tous les habitants
juifs, le Hamas expulsa l’Autorité Palestinienne de Gaza
et prit le contrôle, aussi bien de facto que de jure, de toute
la bande de Gaza. Ses dirigeants donnèrent alors pour instruction
à leur branche militaire de tirer des roquettes contre des cibles
civiles au sud d’Israël. Ces roquettes étaient d’abord
des Qassam à relativement courte portée. Aujourd’hui,
elles incluent des Katiouchas, qui peuvent atteindre de grandes villes
israéliennes comme Ashkelon, avec sa population de 120.000 habitants.
Le Hamas a officiellement déclaré que sa politique est
de développer ou de passer en contrebande des missiles à
plus longue portée, capables d’atteindre Tel Aviv, la plus
grande ville d’Israël, et son centre vital, l’aéroport
Ben Gourion. Il a promis de poursuivre les tirs de missiles contre des
cibles civiles jusqu’à la destruction finale de l’Etat
juif.
Si ce n’est pas une «
attaque armée » selon l’article 51, je me demande
alors de quoi il s’agit. Le seul argument contre le fait qu’il
s’agisse d’une attaque armée, c’est que tirer
des roquettes sur des centres de population civile, comme le fait le
Hamas, est un crime de guerre. La loi internationale interdit, même
pendant une guerre déclarée, de cibler délibérément
des civils, ou de bombarder des centres de population civile n’ayant
absolument aucune implication militaire. Mais les crimes de guerre peuvent
aussi constituer une attaque armée : l’invasion de la Pologne
par Hitler constituait les deux à la fois, comme l’a déterminé
le tribunal de Nuremberg. Le moins qu’on puisse en dire est qu’une
attaque qui est aussi un crime de guerre justifie le droit à
l’autodéfense, plus encore qu’une simple attaque
armée.
On ne peut pas dire non plus que
ces attaques sur des villes et des agglomérations israéliennes
sont seulement l’œuvre de terroristes individuels ou de groupes
terroristes. La branche militaire du Hamas est en fait une organisation
terroriste, comme les Etats-Unis et la Communauté Européenne
l’ont reconnu. Mais depuis que le Hamas détient le contrôle
politique et militaire de la bande de Gaza évacuée par
Israël, la branche militaire du Hamas est aussi l’armée
officielle de ce gouvernement, comme le Hamas l’a proclamé.
Quels sont alors les droits d’Israël,
selon la loi internationale, selon les lois de la guerre, selon les
précédents historiques, et selon les différents
traités et concepts des droits de l’homme ? Qu’ont
fait, et que feraient, d’autres nations dont les cités
et les villes seraient attaquées par des roquettes ennemies ?
Israël a certainement le droit de contre-attaquer face à
l’ennemi, de détruire sa capacité de titrer des
roquettes, et de s’engager dans des « représailles
de guerre ». La seule contrainte à l’action d’Israël
est la « proportionnalité ». Les actions militaires
d’Israël doivent être proportionnelles. Mais proportionnelles
à quoi ? Certainement pas au nombre réel de personnes
qui ont été tuées ou blessées jusqu’à
présent par des attaques à la roquette. Israël a
dépensé des sommes considérables pour construire
des abris de protection contre les roquettes. Plusieurs milliers de
roquettes ont été tirées sur le sud d’Israël
durant les années récentes. Chacune d’elles a la
capacité de tuer des dizaines, voire des centaines de civils.
Le fait qu’aucune roquette du Hamas n’ait encore frappé
un bus scolaire, un jardin d’enfants, une ambulance, une synagogue,
ou une cour d’école, est pur hasard. Ce n’est qu’une
question de temps avant que cela n’arrive. Aucune nation ne doit
attendre que l’ennemi ait atteint ses objectifs pour lancer une
riposte proportionnelle. La proportion doit être définie
en fonction de la menace posée par l’ennemi et non par
le mal qu’il a provoqué. Aucune nation ne peut se permettre
de laisser ses ennemis jouer à la roulette russe avec ses enfants.
Israël a essayé plusieurs
options qui, chacune, ont été condamnées par des
membres bruyants de la communauté internationale, de groupes
de droits de l’homme, et d’organisations religieuses –
dont certaines ont gardé le silence sur les crimes de guerre
qui ont précipité les actions israéliennes. Israël
a essayé plusieurs méthodes : sanctions économiques,
contrôle des frontières, attaques ciblées contre
les terroristes, et incursions sur le terrain. Chacune de ces mesures
de guerre, généralement acceptées, comporte le
risque de victimes civiles. La raison en est que la distinction entre
combattants et civils a été délibérément
brouillée par le Hamas. Des roquettes sont tirées à
partir de zones densément peuplées, précisément
pour obliger Israël à choisir entre laisser ses citoyens
être tués du fait de son inaction, ou prendre des mesures
qui risquent de toucher ou de tuer des civils palestiniens. Le Hamas
gagne sur les deux tableaux. Si Israël ne fait rien, le Hamas le
taxe d’impuissance. S’il fait quelque chose, le Hamas l’accuse
de disproportion. Le chef du Hamas, Khaled Maashal, a défini
les actions militaires d’Israël à Gaza comme étant
« le véritable Holocauste ». Même Mahmoud Abbas,
le dirigeant palestinien, soi-disant modéré, de la Cisjordanie,
a déclaré que les efforts militaires israéliens
pour arrêter les roquettes étaient « plus qu’un
Holocauste ».
Il est temps pour les critiques
d’Israël de dire à Israël ce qu’il doit
faire face à ces attaques croissantes de roquettes sur ses centres
de population civile. S’il n’est pas question de sanctions
économiques, de contrôle des frontières, d’élimination
des terroristes ni d’incursions terrestres, quelles sont les alternatives
?
La réponse à cette
question est importante non seulement pour Israël, mais pour les
Etats-Unis et d’autres nations démocratiques qui seront
certainement confrontés à la perspective de prendre des
mesures pour empêcher des attaques terroristes d’ennemis
qui se cachent délibérément parmi des civils. Les
salves d’une critique non constructive, dirigée contre
l’autodéfense israélienne, ne feront qu’encourager
à plus de terrorisme de cette nature.
On
en apprend de belles !
Laurent Murawiec
Metula News Agency, Info no. 012603/8
Que dit la sagesse des nations
? « Tout vient à point à qui sait attendre ».
On nous l’a répété à satiété
: l’Irak de Saddam n’avait rien de rien à voir avec
al-Qaida. Bush avait donc menti. La Guerre d’Irak était
illégitime. C’était un prétexte pour mettre
la main sur l’or noir (pour qu’il coûte moins cher
!), pour les profits d’Halliburton, pour servir les intérêts
d’Israël, et ceux, évidemment, de la domination impérialiste
du Moyen-Orient. N’oublions pas que l’Irak de Saddam n’avait
rien à voir, en général, avec la terreur, ni avec
al-Qaida, en particulier, et que seule l’invasion américaine
a amené les djihadi par milliers à venir en Irak pour
y constituer le centre nerveux de la terreur mondiale ; oublions au
passage que les Américains en ont tué pas loin de 35 000
; les djihadi sont venus, ils ont vu, ils ont été vaincus.
Il y a des évidences dont l’examen prouve l’inanité,
sans les empêcher d’être sans cesse rabâchées.
Al-Qaida préparait
l’insurrection, en Irak, avant l’invasion américaine
Eh ! bien, ayant attendu un peu, on en apprend de belles. On
apprend que le 17 Février 2008, Al-Ekhlaas, le forum
terroriste numéro un (protégé par mot de passe)
sur le Net, publiait un document d’al-Qaida sur la vie et l’œuvre
d’Abou Moussa Al Zarqawi, le tueur fou du djihad, qui dirigea
AQI - al-Qaida en Irak -, à grands renforts de massacres et de
décapitations, avant de se faire proprement dégommer par
une bombe américaine. Le texte, signé par « Saif
Al Adel », pseudonyme d’un dirigeant important de l’organisation
djihadie, indique que Zarqawi était arrivé dans les zones
sunnites du centre de l’Irak avant le déclenchement de
l’assaut américain, en 2003, pour y préparer l’insurrection
contre les Américains (baptisée « résistance
» par le crétinisme médiatique ambiant). [1]
On était déjà
au courant de la présence de Zarqawi en Irak du Nord avant la
guerre, où il avait travaillé avec « Ansar al-Islam
», groupe irakien affilié d’al-Qaida et actif dans
les zones kurdes du pays. Ansar al-Islam avait aidé des membres
d’al-Qaida proprement dit à s’installer en Irak –
avant la guerre. Bien que l’auteur nie qu’al-Qaida ait entretenu
des relations avec le régime de Saddam, cela n’empêche
pas que l’organisation de Bin Laden se soit trouvée sur
place avant l’invasion américaine, au motif unique d’y
préparer la lutte contre les forces américaines.
Quelles que soient les dénégations
de « Saif Al Adel », il n’y a aucune raison de supposer
que le régime policier et totalitaire de Saddam n’ait pas
été au courant de la présence d’al-Qaida,
et de celle de Zarqawi : ce dernier séjourna dans les zones sunnites
du centre de l’Irak, totalement acquises – la suite insurrectionnelle
l’a montré – à Saddam Hussein. On voit mal
Zarqawi préparer une insurrection et mettre sur pied des cellules
terroristes en plein territoire saddamien et à l’insu des
multiples services barbouzards du régime –. En fait, on
voit mal qu’il ait pu se passer de leur approbation.
L’auteur a beau prétendre
qu’ « il n’y avait pas de relations entre [Zarqawi]
et le régime de Saddam qui vaillent d’être mentionnées
», mais peut-être y avait-il des relations qui valent de
ne pas l’être. En tout état de cause, « le
frère Abou Moussab [Zarqawi] décida d’aller en Irak…
Notre analyse était que les Américains, tôt ou tard,
feraient l’erreur d’envahir l’Irak, que l’invasion
mènerait à la chute du régime, et que nous devrions
jouer un rôle important dans la confrontation et la résistance,
et que c’était là notre chance historique d’établir
l’Etat islamique… ». Ajoutons que le régime
de Saddam avait lui-même préparé une guerre insurrectionnelle
dans les régions sunnites, ouvrant la possibilité de synergies
entre saddamiens et djihadi, qui se manifesta effectivement pendant
la période 2004-2007 –. Les fables épousées
par la quasi-totalité des media internationaux concernant la
« résistance » spontanée « des Irakiens
» s’évaporent, quelles qu’aient été
les erreurs commises du côté américain.
Le « proconsul
» de Bagdad se prend pour MacArthur
Et, a propos d’erreurs américaines : on trouve
dans un long article de l’excellent reporter qu’est Michael
Gordon, paru le 17 mars dans le New York Times [2], l’histoire
ahurissante qui suit : comment la décision prise par Bush (et
Rumsfeld, et son adjoint Doug Feith), dix semaines avant l’invasion
de 2003 – de purger les généraux baasistes et de
garder les officiers – fut du jour au lendemain, à la hussarde,
révoquée par Paul Bremer, le « proconsul »
américain à Bagdad. On apprend ainsi qu’au cours
d’une réunion du Conseil national de sécurité,
le 22 mai 2003, Bremer « informa le président et ses adjoints
qu’il s’apprêtait à émettre un décret
dissolvant l’Armée irakienne ». Cette décision
équivalait à ouvrir un bureau de recrutement aux djihadi,
puisque les cadres supérieurs de l’Armée de Saddam
étaient surtout sunnites.
Le lendemain, le décret
paraissait. Bremer « avait pris la décision sans consulter
le gouvernement [américain], sans discuter avec le secrétaire
d’Etat [Colin Powell], ni le plus haut gradé américain
en Irak, le général David D. McKiernan. ». Powell
– qui a la menterie facile quand il s’agit de protéger
sa réputation – rapporte cependant qu’il s’en
ouvrit à Condi Rice, alors conseillère à la Sécurité
nationale. « Condi, que s’est-il passé ? »
Et elle de répondre : « J’ai été surprise,
mais la décision est prise et le président soutient [Bremer].
C’est lui qui est sur le terrain. » Powell conclut : «
Fin du débat ».
On croit rêver : une décision
présidentielle est annulée par un haut fonctionnaire manipulateur
qui prend tout le monde à l’improviste et fait passer en
force une décision désastreuse. Le président, loin
de piquer un fard, accepte humblement de se faire négligemment
traiter comme un subalterne sans importance. Ses conseillers –
dont la mission aurait dû être de mettre le holà
à cette folie, ne disent rien. Le plan développé
avant l’invasion par le général Jay Gardner, qui
fut le premier administrateur américain en Irak, était
pourtant bien clair : l’Armée irakienne contribuerait à
la protection du territoire et agirait comme force de reconstruction
nationale. Le 12 mars 2003, huit jours avant l’invasion, l’adjoint
de Rumsfeld, Feith, présenta le plan au NSC. Il prévoyait
de dissoudre la Garde républicaine, les prétoriens de
Saddam – pas l’armée. Feith lançait aussi
un avertissement : on ne peut licencier 250 à 300 000 soldats
et les jeter à la rue. Le général Abizaid, numéro
deux des forces américaines, remarquait, avec pertinence, que
les armées arabes sont nombreuses, parce que cela permet aux
gouvernements de neutraliser les jeunes gens en colère afin qu’ils
ne courent pas les rues et de les encadrer.
Le général McKiernan
rapporte qu’il ne fut jamais consulté. Les sources consultées
par Michael Gordon jurent que Bremer avait tout orchestré pour
que le reste du gouvernement, tous ceux qui avaient la charge du dossier
irakien, ne sachent rien de la décision qu’il tramait,
ce, jusqu’au dernier moment. En un mot, explique un haut fonctionnaire
cité, « la décision la plus grave de l’occupation
fut prise en secret, sans que les principaux conseillers du président
aient l’occasion de l’examiner et de présenter leurs
vues au président ». Les chefs d’état-major
des Forces armées (joint chiefs) n’eurent pareillement
pas l’occasion d’en débattre. Mais quand Bremer et
ses adjoints présentèrent leur plan de « reconstruction
» d’une armée qu’ils venaient de détruire,
elle était si petite et si inadéquate qu’elle ne
put contribuer à la sécurité du pays.
On s’en serait douté,
Bremer défend aujourd’hui sa décision en mentant
comme un arracheur de dents et en « chargeant » tous les
autres. C’est qu’entre-temps, Bush lui a décerné,
à l’issue d’un choix des plus ineptes, la plus haute
décoration civile des Etats-Unis, la Médaille présidentielle
de la liberté – en compagnie de cet incompétent
banqueroutier, George Tenet, dont la CIA, sous sa direction, fut incapable
de détecter quoi que ce soit des machinations ourdies contre
les Etats-Unis.
Il y a ici des leçons à
méditer :
D’abord, l’incroyable
ineptie de Bush, manœuvré comme un bleu par sa bureaucratie,
incapable de défendre ses propres décisions, incapable
des les imposer à ses subordonnés, incapable d’en
tirer les leçons, sauf une fois par an, quand la coupe est pleine
et que la moutarde lui monte au nez. Ca ne fait évidemment pas
une politique. Dans de telles circonstances, le choix des hommes est
décisif, et c’est probablement là que le bât
blesse le plus cruellement.
Puis l’ineptie non moins
croyable de ses proches conseillers, Condi Rice la première,
qui, au lieu de stopper ou de freiner la décision de Bremer,
pour que le président puisse prendre son temps, se tut et accepta
l’usurpation de pouvoir, n’exerçant donc pas son
rôle d’ « aiguilleur en chef », régulatrice
du trafic des décisions entre ministères et autorités.
Ineptie condamnable et nuisible.
Encore, la méthode suivie
par le diplomate Bremer est celle que pratiquent, sans vergogne ni interruption,
le département d’Etat et la CIA. Elle consiste à
manipuler, utiliser le secret, les fuites de presse, pour circonvenir
les représentants élus par le peuple, qu’ils méprisent
et qu’ils considèrent tout juste bons à être
blousés.
Les conséquences sont gravissimes,
pour l’Irak et pour les Etats-Unis, de l’incroyable légèreté
de Bremer, qui se prenait vraiment pour le « MacArthur de Bagdad
», et ne tolérait aucun manquement à son autorité.
Voilà ce qui se passe quand on laisse la bride sur le cou des
fonctionnaires ; irresponsables, ils ne rendent de comptes à
pas grand monde, surtout si le président a renoncé aux
prérogatives de sa charge : qui veut être président
doit dompter la bureaucratie, et non se faire rouler dans la farine
par elle. Cela, Bush ne l’a jamais su ni compris.
Ajoutons que le crétinisme
qui attribue aux « néo-conservateurs » tous les pêchés
de la Guerre d’Irak est battu en brèche par ces révélations
: c’est Bremer et les diplomates, c’est Bush et Condi, alors
que les néo-con avaient vu juste. Qui va faire son mea culpa
? Ne comptons ni sur les idéologues, ni sur les menteurs pour
se porter volontaires – autant dire que les media n’ont
aucune intention de se dédire : ils sont toujours infaillibles,
ces braves gens.
13 conférences
de terroristes convoquées par Saddam dans l’année
qui précéda l’invasion
Autre pièce versée cette semaine au dossier :
un rapport commandé par le gouvernement à l’Institute
for Defense Analysis (IDA) (l’Institut pour l’analyse de
la Défense), l’un des principaux instituts de recherche
militaire para officiels [3]. L’IDA a reçu du département
de la Défense 600 000 documents irakiens (le Dossier «
Harmonie »), saisis à Bagdad par les forces américaines.
Leur analyse montre une entreprise systématique d’étroite
collaboration entre les services secrets irakiens et les affiliés
régionaux d’al-Qaida, dont le Djihad islamique égyptien,
ex-group de Zawahiri, le numéro deux d’al-Qaida.
Parmi ces documents, un rapport
annuel de 2002 à la section M8 (Directoire des mouvements de
libération nationale) du Service de Renseignement Irakien (IIS),
montrant que l’IIS avait convoqué 13 conférences
de terroristes dans l’année – un an avant l’invasion
– et que Saddam avait reçu personnellement pas moins de
37 messages de félicitations de groupes terroristes internationaux.
L’IIS avait émis 699 faux passeports au bénéfice
de terroristes pendant l’année. Certes, Saddam et Bin Laden
étaient en désaccord au sujet de la finalité :
restauration du Califat ou hégémonie irakienne sur le
panarabisme et la région. Cela n’a jamais empêché
les collaborations, fussent-elles uniquement ponctuelles, pourvu qu’elles
soient anti-occidentales. Commentaire d’un expert : c’est
comme la collaboration entre le Cartel de la cocaïne de Cali et
celui de Medellin. Autrement dit – et il y a une masse de documents
qui vont dans le même sens, l’Irak saddamien était
bien un lieu de rendez-vous protégé de la terreur djihadiste
et terroriste internationale.
L’ « image
de toute l’Affaire » tranche avec son récit médiatique
Il faut tout le réductionnisme de l’expertise
molle ou nulle qui sévit en Occident pour classifier comme des
entités rigidement organisées et isolées les unes
des autres les groupes djihadistes. Pour les traiter comme des partis
parlementaires occidentaux – pour prendre avec des pincettes les
traces de ces collaboration, et n’y pas voir une entreprise d’importance
: comme Téhéran, Damas, et la partie immergée de
l’establishment saoudo-wahhabi, la Bagdad saddamienne était
membre du grand carré d’as de la terreur arabo-musulmane,
sans oublier le joker du mouvement palestinien. Une administration pourvue
de ses esprits aurait joué cette carte dans son œuvre de
relations publiques et diplomatique, sans attendre le crépuscule.
Au bilan, ces trois affaires nous
montrent la singulière impéritie de l’administration
Bush ainsi que la genèse et le visage véritables de l’insurrection
en Irak. Il aurait été souhaitable de ne pas perdre quatre
ans pour y arriver. Ce que l’on appelle l’image de toute
l’affaire diffère en tout cas fondamentalement du récit
que l’engeance médiatique et l’establishment multinalionalisto-onusien
en a donné. Conjugués, ces deux facteurs ont fait de la
guerre un embrouillamini complet, jusqu’au Surge (la contre-offensive
américaine victorieuse contre les terroristes. Ndlr) en tout
cas. Les succès impressionnants enregistrés sous l’égide
de généraux Petraeus et Odierno avec la guerre contre-insurrectionnelle
ont permis de remonter la pente, mais celle-ci aura été
bien plus abrupte qu’elle aurait pu et dû l’être.
Notes :
[1] http://www.freerepublic.com/focus/f-news/1986706/posts
[2] http://www.nytimes.com/2008/03/17/world/middleeast/17bremer.html
[3] http://www.scribd.com/doc/2280917/Iraqi-Perspectives-Project-Saddam-and-Terrorism-Emerging-Insights-from-Captured-Iraqi-Documents
Début
de la page
Volume VII, Numéro
326 • vendredi le 14 mars 2008
Que feriez-vous
donc à la place d'Israël?
Ilan Greilsammer
Le Devoir, 10 mars 2008
Pour bien se représenter
la situation dans laquelle l'État d'Israël se trouve, le
lecteur québécois devrait imaginer que, depuis sept ans,
je dis bien sept ans, une ville telle que Montréal, Hull ou Trois-Rivières
est bombardée jour et nuit par une pluie de roquettes qui terrorisent
la population, tuent et blessent les passants, et rendent la vie quotidienne
absolument insupportable.
Oh, me diront les gens bien intentionnés, ces roquettes ne sont
que de vulgaires tubes d'acier remplis de poudre à exploser,
des «jouets d'enfants», des projectiles primitifs, et la
plupart, tirés au hasard, tombent «à côté».
C'est vrai qu'ils tombent souvent dans les banlieues ou dans les champs,
mais les habitants de Sderot ou d'Achkelon ne voient pas ces «jouets
d'enfants» avec la même bienveillance que les donneurs de
conseils assis dans leurs fauteuils devant la télévision.
Car lorsque ces «kassams» tombent par malheur sur une maison,
un jardin d'enfants, une école, une infirmerie, malgré
le caractère primitif du projectile, il y a des morts et des
blessés, des habitants de Sderot qui ont perdu des mains et des
jambes, deux enfants pas plus tard que la semaine dernière. Sans
compter la masse des pauvres gens qui sont frappés d'hystérie,
de terreur, les personnes âgées et les enfants qui ne dorment
plus, les élèves qui n'arrivent plus à étudier
en classe. J'imagine, non je suis sûr, qu'aucun gouvernement au
monde ne laisserait pourrir une situation pareille, dans laquelle ses
civils sont attaqués jour et nuit, sans réagir. Et que
l'on ne vienne pas nous raconter le contraire!
Nous, le camp de la paix israélien, nous pensions très
sincèrement en 2005 qu'après le désengagement israélien,
après que le territoire de Gaza eut été évacué
par l'armée et que les colonies juives eurent été
détruites jusqu'à leur fondement, les Palestiniens, une
fois maîtres absolus de leur territoire, feraient tout pour améliorer
la situation de leur population, utiliseraient l'abondante aide étrangère
pour construire des infrastructures, des logements, des écoles,
des hôpitaux...
Sans aucun doute, la réussite économique et sociale de
Gaza aurait ouvert rapidement la voie à d'autres évacuations
israéliennes, en Cisjordanie, et à un processus de paix
dont l'aboutissement aurait été un État palestinien
souverain aux côtés d'Israël. Mais à notre
désespoir, un groupe archi-terroriste a pris le pouvoir à
Gaza, liquidant physiquement ses opposants de l'Autorité palestinienne,
amenant via l'Égypte des quantités gigantesques d'armements
plus meurtriers les uns que les autres, devenant le client privilégié
de l'Iran, s'alignant sur le Hezbollah libanais et faisant de la bande
de Gaza, au lieu d'une oasis de croissance et de prospérité,
un immense arsenal entièrement dirigé vers la destruction
d'Israël.
Alors, je le demande sérieusement à vos lecteurs: que
peut faire Israël? On nous dit: allez, discutez avec le Hamas !
Mais peut-on discuter avec quelqu'un qui refuse de reconnaître
votre existence et appelle à votre élimination physique?
D'autres donneurs de conseils disent: entrez dans Gaza, nettoyez les
poches terroristes et supprimez le pouvoir du Hamas! Mais... dès
qu'Israël fait quelque opération militaire que ce soit contre
le Hamas et les terroristes armés, le monde entier s'indigne:
vous, les Juifs, vous employez une force disproportionnée! Et
lorsqu'Israël tente d'empêcher l'arrivée d'armes,
de fusils, de missiles, à travers la frontière égyptienne,
ou en contrôlant sévèrement les points de passage,
les gens du Hamas, relayés par une grande partie des médias
internationaux crient au blocus et prétendent qu'Israël
affame les Palestiniens!
La vérité, celle des gens honnêtes est qu'Israël
n'a jamais cessé de fournir aux habitants de la bande de Gaza
les vivres, les médicaments, l'électricité et toute
l'aide humanitaire dont ces habitants ont besoin. Et n'est-ce pas un
cruel paradoxe qu'Israël continue cette aide, et que les maisons
de Beit Lahia, de Beit Hanoun et de Jebaliya continuent d'être
éclairées par l'électricité en provenance
d'Israël, alors que les maisons de Sderot et des localités
qui longent la bande de Gaza sont plongées dans la terreur et
l'obscurité par le tir ininterrompu des kassams? Alors, que faire?...
Il faut que la frontière égyptienne cesse d'être
une passoire et que le Hamas cesse de recevoir par ses souterrains des
missiles, de l'argent et des armes venant de l'Iran. Sinon, ce n'est
pas seulement Achkelon qui sera atteint par les missiles palestiniens,
mais Ashdod, Kyriat Gat, avant que l'agglomération de Tel-Aviv
elle-même soit menacée. En même temps, il faut que
la Communauté internationale, du moins les personnes honnêtes,
celles qui ne sont pas toujours et systématiquement contre Israël,
aident Mahmoud Abbas et les modérés de l'Autorité
palestinienne à reprendre le contrôle de l'ensemble des
territoires palestiniens.
France/
Qui adoptera Charles Gurfinkiel ?
MICHEL GURFINKIEL
michelgurfinkiel.com, 17 février
2008
Qui adoptera mon frère
Charles Gurfinkiel, né à Paris le 8 décembre 1933,
raflé à Paris le 16 juillet 1942, déporté
à Auschwitz par le convoi numéro 21 à la date du
19 août 1942, gazé sur place dès l'arrivée,
avec 816 autres personnes dont 372 enfants de moins de treize ans ?
Car c'est cela qui est en jeu dans le projet que le président
de la République, Nicolas Sarkozy, a évoqué mercredi
dernier au cours du dîner annuel du Crif. Les élèves
de CM2 seraient invités à aller à la rencontre
de jeunes destins assassinés. Non pas à travers un récit
abstrait, mais en passant une sorte de pacte, de personne à personne,
d'individu à individu, d'enfant à enfant, avec une ombre.
Ma première réaction
: de quel droit ? De quel droit dispose-t-on de la mémoire de
mon frère ? Charles Gurfinkiel est devant moi tous les jours.
Au sens propre. Sa photo – l'une des trois photos qui restent
de lui – est sur mon bureau, en face de moi, au moment où
j'écris ces lignes. Autrefois, elle était dans le petit
atelier de mon père, juste en face de la machine à coudre.
Un grand frère, mon aîné de quinze ans, qui est
pourtant toujours un petit garçon, et le restera pour toujours.
Ses yeux sont magnifiques. Son sourire, radieux. Cet enfant était
aimé de ses parents, et le savait. Petit garçon, grand
frère, dis-moi, de quel droit seras-tu « adopté
» , au hasard d'une initiative gouvernementale ? Comme si tu n'as
pas eu une famille réelle. Comme si moi, qui te regarde chaque
matin et chaque soir, je n'existais pas ?
Ma seconde réaction ? Le
président de la République et ses conseillers ont-ils
mesuré ce qu'ils faisaient en imaginant un tel pacte ? Croient-ils
que le petit enfant français de 2008 qui « adoptera »
un petit Juif de France assassiné en 1942 passera ensuite, comme
si de rien n'était, aux jeux vidéos ? Les forces de l'esprit
existent, comme l'a confessé un autre président de la
République. On peut tout envisager. Que le souvenir de Charles
soit une source d'inspiration pour le petit garçon et la petite
fille qui le reçoivent en héritage provisoire. Ou que
l'enfant de 2008 rejette de toutes ses forces ce qui lui apparaisse
comme une sorte de dibbouk, de fantôme déroutant, et veuille
à tout prix s'en défaire.
Ma troisième réaction
? Charles, du haut de ses neuf ans, était à la fois un
petit Juif exemplaire et un petit Français exemplaire. A l'automne
1940, juste après la promulgation du Statut des Juifs par le
gouvernement de Vichy, il avait rossé un camarade de classe qui
l'avait insulté. Le directeur de l'école avait convoqué
mon père : « Monsieur, je dois renvoyer votre fils pour
vingt-quatre heures », avait-il commencé à lui dire,
d'un air sévère. Avant d'ajouter, en lui serrant la main
: « Monsieur, vous avez un brave petit gamin. C'est avec des enfants
comme ça que la France, un jour, renaîtra ». A ce
titre, son destin peut être, en effet, un enseignement : contre
la culture de renoncement que certains voudraient imposer.
Ma quatrième et dernière
réaction ? Nous verrons ce qu'il en sera du projet présidentiel,
et s'il prend forme. La bonne volonté et la sincérité
de Nicolas Sarkozy ne sont pas en cause. L'homme que le suffrage universel
– et Dieu – ont porté à la tête de la
France est un ami véritable, sincère, du peuple juif et
du pays d'Israël. Si ce projet est mis en application, je m'engage
à l'avance à recevoir l'enfant français inconnu
qui « adopterait » Charles Gurfinkiel, 1933-1942. Que dis-je
? J'exige de le rencontrer. Je jouerai jusqu'au bout le jeu de l'histoire
républicaine. Et gare aux tricheurs, quels qu'ils soient.
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Volume VII, Numéro
325 • vendredi le 7 mars 2008
La guerre d'Israël
contre les tirs de fusées palestiniens
Dore Gold
Jerusalem Issue Brief Vol. 7, No.
34, JCPA, du 3 Mars 2008
Traduction française
: Jean-Pierre Bensimon (Objectif-info)
Une réponse israélienne à l'escalade
du Hamas
L'incursion israélienne entamée le 1er mars 2008 dans
la bande de Gaza, et qui vient de s’achever, n’aurait
pas dû provoquer de grande polémique internationale.
Après tout, pendant plus de sept années les organisations
terroristes palestiniennes ont tiré, intentionnellement et
au hasard, des fusées contre des cibles civiles israéliennes,
en particulier sur la ville israélienne de Sdérot, qui
a essuyé à peu près 45 pour cent des quelque
3.000 attaques lancées (1). Comme le faisait remarquer le 2
mars le ministre israélien de la sécurité publique,
Avi Dichter, le nombre de civils israéliens exposés
à la menace des fusée de Gaza est passé de 25.000
à 250.000 depuis que la ville d'Ashkelon a été
inscrite sur la liste des cibles palestiniennes.
A l’opposé, les
opérations militaires israéliennes à Gaza en
réponse aux tirs de fusées palestiniens, ont été
dirigées contre des cibles militaires, des fabriques de fusées,
des équipes de tireurs, et des chefs terroristes. Les pertes
civiles palestiniennes, quand elles se sont produites, étaient
la conséquence non intentionnelle des efforts d’autodéfense
d’Israël. Comme les organisations terroristes palestiniennes
utilisent souvent des aires de lancement situées dans des secteurs
urbains et comme elles stockent leurs armements dans des territoires
densément peuplés comme le camp de réfugiés
de Jabaliya, elles portent la responsabilité des pertes parmi
les civils palestiniens qui servent en fait de boucliers humains.
(2) On l'oublie souvent, Israël s'est complètement retiré
de la bande de Gaza en août 2005 ; le retrait israélien
de la Bande de Gaza démontre clairement que l’armée
israélienne (IDF) n'a absolument aucun motif pour opérer
à Gaza depuis quelques années, sauf si Israël est
attaqué à partir de ce territoire. S’il n’y
avait pas de tirs de fusées depuis Gaza, l’armée
n’aurait aucune raison d’intervenir.
Néanmoins, Israël est très rapidement devenu l’objet
d’une critique internationale féroce. Ban Ki-moon, le
secrétaire général de l'ONU a condamné
Israël pour une utilisation de la force "disproportionnée
et excessive." (3) La présidence de l’Union européenne
a tenu le même langage, parlant d’une "récente
utilisation disproportionnée de la force par l’armée
israélienne contre la population palestinienne de Gaza."
(4) Les armées occidentales sont engagées une guerre
asymétrique contre les Talibans en l'Afghanistan et Al-Qaïda
en Irak. Pourtant, on ne trouve pas de déclarations de la même
eau à propos de ces batailles légitimes de la guerre
contre le terrorisme. À leur crédit, les États-unis
et la Grande-Bretagne se sont opposés à la tentative
de faire adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU
un projet de résolution condamnant davantage Israël. Cependant,
les discussions de New York ont montré à quel point
les États membres de l'ONU n’ont pas conscience de l'importance
de la menace balistique qui pèse sur Israël et qu’ils
risquent de connaître eux-mêmes à l'avenir.
Pour mieux saisir les principaux aspects de la menace que font peser
sur Israël les fusées palestiniennes tirées de
Gaza, il faut examiner les informations contenues dans les cartes
et les diagrammes ci-joints [voir en fin d'article ndlr], préparés
par le Centre de Renseignement et d'Information sur le terrorisme,
qui utilise les sources de la division des opérations de l’état-major
général des opérations de l’armée
israélienne. On peut tirer de ces données les conclusions
suivantes.
Les tirs de fusées ont débuté et se sont amplifiés
à l’époque où le Fatah contrôlait
Gaza
La menace des fusées Kassam date de 2001 et s'est amplifiée
à l’époque où l'Autorité palestinienne
était sous le contrôle du Fatah. Le Hamas a introduit
les fusées Kassam pour la première fois en 2001, et
les tirs ont augmenté régulièrement de 2002 à
2005. Par la suite, après la mort de Yasser Arafat en novembre
2004, les tirs de fusées Kassam à partir de Gaza se
sont poursuivis sous le régime de Mahmoud Abbas (Abou Mazen).
Il est vrai que Abbas a appelé les Palestiniens à interrompre
les tirs sur Israël en 2006, mais sur le terrain, les chefs du
Fatah et lui-même n’ont pas fait preuve de la volonté,
ou de la capacité, nécessaires pour interrompre les
attaques du Hamas qui se multipliaient, avec une seule exception.
En août 2005, les tirs de Kassam se sont nettement réduits
pour ne pas entraver le retrait d’Israël de Gaza.
En outre, les groupes affiliés
au Fatah à Gaza ont développé leurs propres systèmes
de fusées : les fusées d'al-Aqsa et al-Yasser. A Gaza
les Brigades des Martyrs d'al-Aqsa du Fatah tirent également
des fusées sur Israël, et une équipe de lanceurs
du Fatah à Tulkarem en Cisjordanie a fait deux tentatives de
tir contre Israël. (5)
Le nombre de tirs palestiniens a bondi après le retrait
d’Israël de Gaza
Les tirs de Kassam n'a pas commencé avec le retrait d’Israël
de Gaza. Néanmoins, après le désengagement, le
nombre de frappes contre Israël au moyen de fusées a augmenté
de plus de 500 pour cent. Pendant l'année 2005, Israël
a essuyé 179 frappes de roquettes. Le retrait de Gaza date
d’août 2005. Le nombre de tirs s’est élevé
à 946 en 2006, soit une multiplication par 5. C’est l’évacuation
de la majeure partie de Gaza en 1994, aux termes de l’accord
Gaza-Jéricho découlant des accords d’Oslo, qui
a permis au début aux organisations palestiniennes de développer
leurs capacités balistiques en toute impunité.
Le retrait de Gaza en 2005 a donné au Hamas un sentiment de
puissance et une confiance en soi qui ont abouti à une escalade
incontestable de l'emploi des ressources balistiques qu'ils avaient
préalablement acquises. La victoire du Hamas aux élections
parlementaires de l'Autorité palestinienne en janvier 2006
en a été la conséquence politique. Mais militairement,
comme on l’a décrit plus haut, le retrait de Gaza a également
mené à une augmentation dramatique des tirs de fusées.
La perte du contrôle de la frontière entre l'Égypte
et Gaza a abouti à l’envoi de fusées iraniennes
sur Ashkelon
Le désengagement de Gaza a abouti à la perte du contrôle
israélien sur la route Philadelphie entre la Bande de Gaza
et le Sinaï égyptien, permettant une augmentation significative
de la portée et du nombre de fusées de l'arsenal palestinien.
Ce qui est radicalement nouveau dans les tirs de fusées de
2008, c’est la portée et le nombre de fusées mises
à feu. Ashkelon, une ville de 120.000 habitants, a été
frappée à plusieurs reprises par des fusées Katioucha
(Grad) en février 2008. En 2007 et 2008, la ville israélienne
de Netivot a également été prise pour cible par
les Palestiniens.
Avant 2006, le nombre de tirs palestiniens atteignait rarement 50
par mois. Au début 2008, les organisations palestiniennes ont
montré qu’elles étaient en mesure de lancer 50
fusées par jour. Deux circonstances supplémentaires
ont permis au Hamas et à quelques organisations d’importer
facilement le matériel et le savoir-faire nécessaires
à l’accroissement de leur potentiel balistique : la prise
de contrôle militaire du Hamas sur Gaza en juin 2007, et l’ouverture
d’une brèche dans la barrière frontalière
entre l’Égypte et Gaza en janvier 2008.
En conséquence, les quantités d'explosifs et de fusées
à longue portée qui ont pu entrer dans le territoire
de Gaza ont considérablement augmenté. Yuval Diskin,
le chef des services israéliens de sécurité a
déclaré devant la Commission des Affaires étrangères
et de la défense de la Knesset au début 2006 que la
quantité d'explosifs passée en contrebande dans la bande
de Gaza depuis l’Égypte avait considérablement
augmenté, de plus de 300 pour cent. (6) Il est vrai que les
organisations palestiniennes avaient utilisé dans le passé
des tunnels pour acheminer des armements en contrebande du Sinaï
égyptien à Gaza. Mais il est clair qu’après
la prise de contrôle complète du Hamas à Gaza,
la frontière égyptienne devenant aisément franchissable,
cette contrebande a changé radicalement d’échelle.
Selon Diskin, en novembre 2006, 33 tonnes d'explosifs militaires étaient
passées en contrebande dans la Bande de Gaza depuis le désengagement
de 2005. Ce nombre a grimpé jusqu'à 112 tonnes en octobre
2007. (7) Des roquettes de portée de plus en plus grande sont
aussi entrées librement à Gaza. (8) Les forces israéliennes
de sécurité ont récemment découvert dans
le Néguev occidental les débris d'une nouvelle fusée
de 175 millimètres, d'origine iranienne, dont la portée
est de 26 kilomètres. (9)
Si les tendances actuelles se poursuivent, Israël devra faire
face à une autre génération de fusées
d’une portée supérieure aux Katiouchas qui frappent
Ashkelon. Les porte-parole du Hamas ont déjà exprimé
leur ambition de développer la portée de leurs fusées
jusqu’à Ashdod, le second port maritime d’Israël
pour le fret international. Les sources de la sécurité
israéliennes pensent que l'Iran tentera de faire passer des
fusées Fajr à Gaza à l'avenir. Un Farj3 de 45
kilomètres de portée, par exemple, peut passer en contrebande
par tronçons et être assemblé en à Gaza.
(10)
L'échec des contrôleurs
de l’Union européenne
Au lendemain du désengagement de Gaza, la secrétaire
d'état Condoleezza Rice a négocié un accord sur
le passage de Rafah le 15 novembre 2005, pour contrôler la frontière
entre Gaza et l’Égypte. L'accord prévoyait des
contrôles par une tierce partie, qui sont revenus à l'Union
européenne. Les contrôleurs européens n'ont pas
réussi à stopper les flux d’armes et d'argent
liquide envoyés aux organisations terroristes. D'ailleurs,
comme la situation de sécurité s’est dégradée
dans la Bande de Gaza en 2006 et 2007, les contrôleurs de l’Union
européenne se sont retirés à plusieurs reprises
de la zone du passage frontalier. En outre, l'Égypte a été
complètement inerte dans la zone frontalière de Rafah
; Le Caire a même permis à des hommes du Hamas de quitter
Gaza à destination de Téhéran, où ils
ont été formés par les corps des Gardes islamiques
de la Révolution (IRGC) avant de rentrer à Gaza.
Deux principaux sujets
de préoccupation
Actuellement, Israël est face à de nombreux choix difficiles
pour affronter les tirs continus de Kassam et de Katioucha sur ses
villes. Les responsables de la sécurité d’Israël
devront finalement s’occuper de deux zones spécifiques
:
La route Philadelphie - Aussi longtemps que la route Philadelphie,
le long de la frontière entre Gaza et l’Égypte,
sera ouverte à la contrebande du Hamas, le risque encouru par
Israël augmentera en fonction des exportations de fusées
iraniennes d’une portée croissante dans la Bande de Gaza.
Le port d'Ashdod sera probablement la prochaine cible. Mais si des
fusées Farj entrent à Gaza, il n’y a aucune raison
pour que le Hamas ne menace pas aussi Tel Aviv.
Les aires de lancement du nord
de Gaza - Les fusées Kassam à courte portée utilisées
par les Palestiniens sont produites localement et ne peuvent donc
pas être stoppées par la fermeture de la route Philadelphie.
Cependant, le contrôle des secteurs de lancement du nord de
Gaza pourrait réduire de manière significative la capacité
du Hamas de harceler Sdérot et les communautés du Néguev
occidental par des tirs de fusées et de mortiers.
La leçon maintes fois confirmée des sept dernières
années est qu’en définitive, Israël est seul
en mesure d’assumer la responsabilité de sa propre sécurité.
Le recours aux contrôleurs de l’Union européenne
dans le secteur du passage de Rafah n'a pas été efficace
; à l'avenir d'autres contrôleurs internationaux ne garantiraient
pas plus la sécurité dans un secteur aussi dangereux.
L'Égypte sait bien qu'un régime de Frères Musulmans
à Gaza met en danger sa propre sécurité, mais
il y a des limites à ce que l'Égypte peut normalement
faire, face au Hamas, sans perdre tout appui de l'opinion égyptienne.
En outre, même lorsqu’elle contrôlait Gaza, l'Autorité
palestinienne du Fatah n’a jamais entièrement stoppé
les tirs de fusées du Hamas, qui provenaient des territoires
placés sous sa juridiction.
La guerre d’Israël
contre le Hamas est à peine interrompue. Comme les attaques
du Hamas continuent, Israël devra prendre de nouvelles mesures
pour stopper les tirs. Actuellement, la direction du Hamas a compris
que les attaques répétées de Katioucha contre
Ashkelon auront comme conséquence une incursion israélienne
au sol qui peut coûter une centaine de victimes dans leurs rangs.
Mais si la question de la route Philadelphie et celle des zones de
lancement du nord de Gaza ne sont pas réglées, il est
douteux que ce genre de calculs, fondés sur la seule dissuasion,
arrêtent les tirs de fusées du Hamas et allégent
le malheur des résidents israéliens de Sdérot.
Parallèlement à sa réponse militaire, Israël
devra aussi entreprendre une action diplomatique pour sauvegarder
son droit de se défendre, que de nombreuses forces s’évertuent
à saper au sein de la communauté internationale. Même
dans ce dernier épisode du conflit, au moment où Israël
a voulu se défendre contre les tirs de fusées palestiniennes,
il a rencontré une critique féroce qui occasionnera
de nouvelles pressions internationales quand la lutte avec Hamas reprendra.
(Dore Gold, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies de
1997 à 1999, est président du Centre de Jérusalem
pour les affaires publiques. Il est l’auteur de « Le royaume
de la haine : l’Islam radical, l’Occident et l’avenir
de la Ville Sainte » (Regnery, 2007). )
Notes
1. La menace des fusées de la Bande de Gaza, 2000-2007, Centre
d’Information et de Renseignement sur le terrorisme au Centre
Renseignement Héritage et Commémoration d'intelligence
d’Israël (IICC), décembre 2007, p. 70.
2. Ibid., p. 64.
3. Anne Penketu, "Le choc entre les Etats-Unis et les Etats arabes
au Conseil de sécurité de l’ONU" The Independent
(R-U), 3 mars 2008.
4. "Appels des États-unis à la fin à la
violence ; Le monde arabe proteste contre les morts de Gaza",
Ha'aretz, 3 Mars 2008.
5. La menace des fusées de la Bande de Gaza, 2000-2007, p.
69.
6. Yaakov Katz, "3.000 armes arrivent mensuellement à
Gaza," Jerusalem Post, 2 janvier 2006.
7. Ministère israélien des affaires étrangères,
"La menace sur les civils israéliens en provenance de
la Bande de Gaza," 21 novembre 2006, http://www.mfa.gov.il/MFA/Terrorism-+Obstacle+to+Peace/Terrorism+and+Islamic+Fundamentalism-/Behind+the+headlines+
-- +The+Threat+to+Israeli+Civilians+from+the+Gaza+Strip+21-Nov-2006.htm.
8. Yaaakov Katz, "Le Hamas construit des bunkers près
de la frontière", Jerusalem Post 29 Octobre 2007.
9. Alex Fishman et Aryeh Algozi, "L’inquiétude :
la portée continuera d’augmenter", Yediot Ahronot
(hébreu), 3 mars 2008.
10. Ibid.
Comment
transférer Gaza à l'Égypte
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 7 février
2008
Adaptation française:
Alain Jean-Mairet
«Écoutez-moi attentivement»,
disait le président égyptien Hosni Moubarak à
un interviewer le 30 janvier dernier. «Gaza ne fait pas partie
de l'Égypte et n'en fera jamais partie (…). J'entends
parler d'un projet qui consisterait à transformer la Bande
en une extension de la péninsule du Sinaï, à se
décharger de sa responsabilité sur l'Égypte»
mais Moubarak ne veut voir là qu'un «simple rêve».
Les forces de sécurité
égyptiennes rétablissent le mur frontalier à
Rafah, le 3 février 2008, à l'aide de barbelés.
(AP Photo / Adel Hana)
Cela n'a rien d'un rêve. C'est en fait la réalité
qui a émergé depuis le 23 janvier, lorsque les agents
du Hamas ont détruit de larges segments du mur séparant
Gaza de l'Égypte. Ce geste inattendu a signalé au monde
que les Palestiniens étaient empêchés de quitter
leur territoire et de commercer avec l'extérieur par un embargo
égyptien tout autant que par celui d'Israël.
Vu que les Gazaouis se sont montrés incapables d'assumer leur
autonomie politique et que Le Caire a tacitement autorisé la
contrebande d'armes depuis 2000, Moubarak doit être rendu responsable
de la Bande de Gaza. Comme je l'indiquais dans mon article de la semaine
passée, «Washington et d'autres capitales devraient déclarer
que l'autonomie expérimentale de Gaza s'est soldée par
un échec et pousser le président égyptien Hosni
Moubarak à faciliter les choses».
Le Hamas est en partie d'accord: l'un de ses leaders, Ismail Haniyeh,
espère que Gaza pourra «évoluer dans le sens d'un
désengagement économique d'avec l'occupation israélienne»,
et un autre, Ahmad Youssef, souhaite que la frontière entre
Gaza et l'Égypte soit ouverte aux échanges commerciaux
et que l'Égypte serve à Gaza de «passerelle»
vers le monde extérieur. D'autre part, le Hamas promet que
la fermeture de la frontière par Le Caire le 3 février
ne fera pas revenir les choses en arrière et les Frères
musulmans d'Égypte, un mouvement allié au Hamas, exige
que cette frontière soit ouverte. Moubarak peut-il ignorer
ces revendications, qui sont populaires parmi les Égyptiens?
En fait, Gaza a déjà commencé à s'imposer
à une Égypte récalcitrante.
Certains Israéliens souhaitent favoriser cette issue. Matan
Vilnai, ministre adjoint de la défense israélien, par
exemple, soutient que Le Caire devrait reprendre les rênes au
plan économique. «Si Gaza est ouverte de l'autre côté,
nous n'en sommes plus responsables. Or nous voulons cesser de leur
fournir de l'électricité, de l'eau et des soins médicaux.»
La Cour suprême israélienne ayant décidé
le 30 janvier que le gouvernement est en droit de réduire les
fournitures en fuel et en électricité à Gaza,
la séparation est possible.
Comment accomplir le transfert de Gaza?
Robert Satloff, du Washington Institute for Near East Policy, me suggère
que Jérusalem annonce trois choses: «une date fixe pour
l'interruption de l'approvisionnement par Israël en eau et en
électricité et la suppression des accès commerciaux;
le libre passage pour des services de remplacement via l'Égypte;
et un appel au soutien international afin de relier Gaza au réseau
électrique égyptien.» Giora Eiland, un ex-conseiller
israélien à la sécurité nationale, préconise
aussi de détacher Gaza de son union douanière avec Israël
et la Cisjordanie.
Ces initiatives israéliennes permettraient de forcer la main
des Égyptiens. Bien sûr, ceux-ci tenteront de restaurer
la frontière, avec l'aide du Fatah, et même du Hamas,
et de replacer la responsabilité sur Israël. Mais en fin
de compte, la solidarité arabe exige que les «frères»
égyptiens assument ces charges, à la place de l'ennemi
israélien. Une fois que Jérusalem aura coupé
l'approvisionnement, Le Caire n'aura pas d'autre choix que de prendre
le relai. Ensuite, la dépendance économique intensifierait
l'implication de l'Égypte, ce qui aurait d'autres conséquences:
Cela ranimerait l'ancienne idée qui consistait à résoudre
le conflit israélo-arabe via une solution sur trois axes, avec
l'Égypte, Israël et la Jordanie.
Le Hamas pourrait être mis en liaison avec son organisation
parente, les Frères musulmans. En fait, les forces de sécurité
égyptiennes ont déjà arrêté au moins
12 membres armés du Hamas en Égypte ainsi que d'autres
Gazaouis en possession de ceintures d'explosifs. Ainsi, le contrôle
et l'expulsion de la violence islamiste dans Gaza deviendra une priorité
égyptienne – mais Moubarak a déjà géré
les problèmes posés par les islamistes pendant les 27
années de sa présidence et il peut affronter ce nouveau
défi avec des moyens dont Israël ne dispose pas.
Le Hamas et le Djihad islamique seront moins libres d'attaquer Israël.
Oui, les Égyptiens veulent que des roquettes s'abattent sur
Sdérot, mais Le Caire sait que la poursuite de ces actions
déclencherait des ripostes israéliennes et peut-être
une guerre totale.
Empêcher les Gazaouis de créer des troubles en Égypte
ou d'attaquer Israël implique d'installer de lourdes infrastructures
policières sur leur territoire. Cela exigerait probablement
un assouplissement des restrictions draconiennes imposées au
déploiement des forces égyptiennes à proximité
de la frontière avec Israël prévues par l'annexe
I du traité de paix israélo-égyptien de 1979.
Fort heureusement, les services de sécurité égyptiens
à Gaza n'auraient besoin que d'armes légères
et la Force multinationale et observateurs de la péninsule
du Sinaï pourrait ajouter des contrôles correspondants
à ses fonctions actuelles.
Bref, Gaza peut être transférée à l'Égypte
avec l'assurance que les Égyptiens devront l'accepter et devront
entraver les attaques des Gazaouis contre Israël. Mais le démarrage
de ce «processus de paix» exigera d'Israël et des
États occidentaux une imagination et une énergie dont
ils ne sont pas coutumiers.
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