Communiqué Isranet
mars 2008
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Volume VII, Numéro 327 • vendredi le 28 mars 2008

Le Hamas a déclaré la guerre à Israël -
Comment Israël doit-il répondre ?

Alan Dershowitz
le Blog du Jerusalem Post, 13 mars 2008

Adaptation française de Sentinelle 5768
L’article 51 de la Charte des Nations Unies garantit à ses membres le « droit inhérent à… l’autodéfense » contre « une attaque armée ». En janvier 2006, le Hamas a été élu pour gouverner l’Autorité Palestinienne. Après qu’Israël ait mis fin à l’occupation de Gaza et en ait retiré tous les habitants juifs, le Hamas expulsa l’Autorité Palestinienne de Gaza et prit le contrôle, aussi bien de facto que de jure, de toute la bande de Gaza. Ses dirigeants donnèrent alors pour instruction à leur branche militaire de tirer des roquettes contre des cibles civiles au sud d’Israël. Ces roquettes étaient d’abord des Qassam à relativement courte portée. Aujourd’hui, elles incluent des Katiouchas, qui peuvent atteindre de grandes villes israéliennes comme Ashkelon, avec sa population de 120.000 habitants. Le Hamas a officiellement déclaré que sa politique est de développer ou de passer en contrebande des missiles à plus longue portée, capables d’atteindre Tel Aviv, la plus grande ville d’Israël, et son centre vital, l’aéroport Ben Gourion. Il a promis de poursuivre les tirs de missiles contre des cibles civiles jusqu’à la destruction finale de l’Etat juif.

Si ce n’est pas une « attaque armée » selon l’article 51, je me demande alors de quoi il s’agit. Le seul argument contre le fait qu’il s’agisse d’une attaque armée, c’est que tirer des roquettes sur des centres de population civile, comme le fait le Hamas, est un crime de guerre. La loi internationale interdit, même pendant une guerre déclarée, de cibler délibérément des civils, ou de bombarder des centres de population civile n’ayant absolument aucune implication militaire. Mais les crimes de guerre peuvent aussi constituer une attaque armée : l’invasion de la Pologne par Hitler constituait les deux à la fois, comme l’a déterminé le tribunal de Nuremberg. Le moins qu’on puisse en dire est qu’une attaque qui est aussi un crime de guerre justifie le droit à l’autodéfense, plus encore qu’une simple attaque armée.

On ne peut pas dire non plus que ces attaques sur des villes et des agglomérations israéliennes sont seulement l’œuvre de terroristes individuels ou de groupes terroristes. La branche militaire du Hamas est en fait une organisation terroriste, comme les Etats-Unis et la Communauté Européenne l’ont reconnu. Mais depuis que le Hamas détient le contrôle politique et militaire de la bande de Gaza évacuée par Israël, la branche militaire du Hamas est aussi l’armée officielle de ce gouvernement, comme le Hamas l’a proclamé.

Quels sont alors les droits d’Israël, selon la loi internationale, selon les lois de la guerre, selon les précédents historiques, et selon les différents traités et concepts des droits de l’homme ? Qu’ont fait, et que feraient, d’autres nations dont les cités et les villes seraient attaquées par des roquettes ennemies ? Israël a certainement le droit de contre-attaquer face à l’ennemi, de détruire sa capacité de titrer des roquettes, et de s’engager dans des « représailles de guerre ». La seule contrainte à l’action d’Israël est la « proportionnalité ». Les actions militaires d’Israël doivent être proportionnelles. Mais proportionnelles à quoi ? Certainement pas au nombre réel de personnes qui ont été tuées ou blessées jusqu’à présent par des attaques à la roquette. Israël a dépensé des sommes considérables pour construire des abris de protection contre les roquettes. Plusieurs milliers de roquettes ont été tirées sur le sud d’Israël durant les années récentes. Chacune d’elles a la capacité de tuer des dizaines, voire des centaines de civils. Le fait qu’aucune roquette du Hamas n’ait encore frappé un bus scolaire, un jardin d’enfants, une ambulance, une synagogue, ou une cour d’école, est pur hasard. Ce n’est qu’une question de temps avant que cela n’arrive. Aucune nation ne doit attendre que l’ennemi ait atteint ses objectifs pour lancer une riposte proportionnelle. La proportion doit être définie en fonction de la menace posée par l’ennemi et non par le mal qu’il a provoqué. Aucune nation ne peut se permettre de laisser ses ennemis jouer à la roulette russe avec ses enfants.

Israël a essayé plusieurs options qui, chacune, ont été condamnées par des membres bruyants de la communauté internationale, de groupes de droits de l’homme, et d’organisations religieuses – dont certaines ont gardé le silence sur les crimes de guerre qui ont précipité les actions israéliennes. Israël a essayé plusieurs méthodes : sanctions économiques, contrôle des frontières, attaques ciblées contre les terroristes, et incursions sur le terrain. Chacune de ces mesures de guerre, généralement acceptées, comporte le risque de victimes civiles. La raison en est que la distinction entre combattants et civils a été délibérément brouillée par le Hamas. Des roquettes sont tirées à partir de zones densément peuplées, précisément pour obliger Israël à choisir entre laisser ses citoyens être tués du fait de son inaction, ou prendre des mesures qui risquent de toucher ou de tuer des civils palestiniens. Le Hamas gagne sur les deux tableaux. Si Israël ne fait rien, le Hamas le taxe d’impuissance. S’il fait quelque chose, le Hamas l’accuse de disproportion. Le chef du Hamas, Khaled Maashal, a défini les actions militaires d’Israël à Gaza comme étant « le véritable Holocauste ». Même Mahmoud Abbas, le dirigeant palestinien, soi-disant modéré, de la Cisjordanie, a déclaré que les efforts militaires israéliens pour arrêter les roquettes étaient « plus qu’un Holocauste ».

Il est temps pour les critiques d’Israël de dire à Israël ce qu’il doit faire face à ces attaques croissantes de roquettes sur ses centres de population civile. S’il n’est pas question de sanctions économiques, de contrôle des frontières, d’élimination des terroristes ni d’incursions terrestres, quelles sont les alternatives ?

La réponse à cette question est importante non seulement pour Israël, mais pour les Etats-Unis et d’autres nations démocratiques qui seront certainement confrontés à la perspective de prendre des mesures pour empêcher des attaques terroristes d’ennemis qui se cachent délibérément parmi des civils. Les salves d’une critique non constructive, dirigée contre l’autodéfense israélienne, ne feront qu’encourager à plus de terrorisme de cette nature.

On en apprend de belles !
Laurent Murawiec
Metula News Agency, Info no. 012603/8

Que dit la sagesse des nations ? « Tout vient à point à qui sait attendre ». On nous l’a répété à satiété : l’Irak de Saddam n’avait rien de rien à voir avec al-Qaida. Bush avait donc menti. La Guerre d’Irak était illégitime. C’était un prétexte pour mettre la main sur l’or noir (pour qu’il coûte moins cher !), pour les profits d’Halliburton, pour servir les intérêts d’Israël, et ceux, évidemment, de la domination impérialiste du Moyen-Orient. N’oublions pas que l’Irak de Saddam n’avait rien à voir, en général, avec la terreur, ni avec al-Qaida, en particulier, et que seule l’invasion américaine a amené les djihadi par milliers à venir en Irak pour y constituer le centre nerveux de la terreur mondiale ; oublions au passage que les Américains en ont tué pas loin de 35 000 ; les djihadi sont venus, ils ont vu, ils ont été vaincus. Il y a des évidences dont l’examen prouve l’inanité, sans les empêcher d’être sans cesse rabâchées.

Al-Qaida préparait l’insurrection, en Irak, avant l’invasion américaine
Eh ! bien, ayant attendu un peu, on en apprend de belles. On apprend que le 17 Février 2008, Al-Ekhlaas, le forum terroriste numéro un (protégé par mot de passe) sur le Net, publiait un document d’al-Qaida sur la vie et l’œuvre d’Abou Moussa Al Zarqawi, le tueur fou du djihad, qui dirigea AQI - al-Qaida en Irak -, à grands renforts de massacres et de décapitations, avant de se faire proprement dégommer par une bombe américaine. Le texte, signé par « Saif Al Adel », pseudonyme d’un dirigeant important de l’organisation djihadie, indique que Zarqawi était arrivé dans les zones sunnites du centre de l’Irak avant le déclenchement de l’assaut américain, en 2003, pour y préparer l’insurrection contre les Américains (baptisée « résistance » par le crétinisme médiatique ambiant). [1]

On était déjà au courant de la présence de Zarqawi en Irak du Nord avant la guerre, où il avait travaillé avec « Ansar al-Islam », groupe irakien affilié d’al-Qaida et actif dans les zones kurdes du pays. Ansar al-Islam avait aidé des membres d’al-Qaida proprement dit à s’installer en Irak – avant la guerre. Bien que l’auteur nie qu’al-Qaida ait entretenu des relations avec le régime de Saddam, cela n’empêche pas que l’organisation de Bin Laden se soit trouvée sur place avant l’invasion américaine, au motif unique d’y préparer la lutte contre les forces américaines.

Quelles que soient les dénégations de « Saif Al Adel », il n’y a aucune raison de supposer que le régime policier et totalitaire de Saddam n’ait pas été au courant de la présence d’al-Qaida, et de celle de Zarqawi : ce dernier séjourna dans les zones sunnites du centre de l’Irak, totalement acquises – la suite insurrectionnelle l’a montré – à Saddam Hussein. On voit mal Zarqawi préparer une insurrection et mettre sur pied des cellules terroristes en plein territoire saddamien et à l’insu des multiples services barbouzards du régime –. En fait, on voit mal qu’il ait pu se passer de leur approbation.

L’auteur a beau prétendre qu’ « il n’y avait pas de relations entre [Zarqawi] et le régime de Saddam qui vaillent d’être mentionnées », mais peut-être y avait-il des relations qui valent de ne pas l’être. En tout état de cause, « le frère Abou Moussab [Zarqawi] décida d’aller en Irak… Notre analyse était que les Américains, tôt ou tard, feraient l’erreur d’envahir l’Irak, que l’invasion mènerait à la chute du régime, et que nous devrions jouer un rôle important dans la confrontation et la résistance, et que c’était là notre chance historique d’établir l’Etat islamique… ». Ajoutons que le régime de Saddam avait lui-même préparé une guerre insurrectionnelle dans les régions sunnites, ouvrant la possibilité de synergies entre saddamiens et djihadi, qui se manifesta effectivement pendant la période 2004-2007 –. Les fables épousées par la quasi-totalité des media internationaux concernant la « résistance » spontanée « des Irakiens » s’évaporent, quelles qu’aient été les erreurs commises du côté américain.

Le « proconsul » de Bagdad se prend pour MacArthur
Et, a propos d’erreurs américaines : on trouve dans un long article de l’excellent reporter qu’est Michael Gordon, paru le 17 mars dans le New York Times [2], l’histoire ahurissante qui suit : comment la décision prise par Bush (et Rumsfeld, et son adjoint Doug Feith), dix semaines avant l’invasion de 2003 – de purger les généraux baasistes et de garder les officiers – fut du jour au lendemain, à la hussarde, révoquée par Paul Bremer, le « proconsul » américain à Bagdad. On apprend ainsi qu’au cours d’une réunion du Conseil national de sécurité, le 22 mai 2003, Bremer « informa le président et ses adjoints qu’il s’apprêtait à émettre un décret dissolvant l’Armée irakienne ». Cette décision équivalait à ouvrir un bureau de recrutement aux djihadi, puisque les cadres supérieurs de l’Armée de Saddam étaient surtout sunnites.

Le lendemain, le décret paraissait. Bremer « avait pris la décision sans consulter le gouvernement [américain], sans discuter avec le secrétaire d’Etat [Colin Powell], ni le plus haut gradé américain en Irak, le général David D. McKiernan. ». Powell – qui a la menterie facile quand il s’agit de protéger sa réputation – rapporte cependant qu’il s’en ouvrit à Condi Rice, alors conseillère à la Sécurité nationale. « Condi, que s’est-il passé ? » Et elle de répondre : « J’ai été surprise, mais la décision est prise et le président soutient [Bremer]. C’est lui qui est sur le terrain. » Powell conclut : « Fin du débat ».

On croit rêver : une décision présidentielle est annulée par un haut fonctionnaire manipulateur qui prend tout le monde à l’improviste et fait passer en force une décision désastreuse. Le président, loin de piquer un fard, accepte humblement de se faire négligemment traiter comme un subalterne sans importance. Ses conseillers – dont la mission aurait dû être de mettre le holà à cette folie, ne disent rien. Le plan développé avant l’invasion par le général Jay Gardner, qui fut le premier administrateur américain en Irak, était pourtant bien clair : l’Armée irakienne contribuerait à la protection du territoire et agirait comme force de reconstruction nationale. Le 12 mars 2003, huit jours avant l’invasion, l’adjoint de Rumsfeld, Feith, présenta le plan au NSC. Il prévoyait de dissoudre la Garde républicaine, les prétoriens de Saddam – pas l’armée. Feith lançait aussi un avertissement : on ne peut licencier 250 à 300 000 soldats et les jeter à la rue. Le général Abizaid, numéro deux des forces américaines, remarquait, avec pertinence, que les armées arabes sont nombreuses, parce que cela permet aux gouvernements de neutraliser les jeunes gens en colère afin qu’ils ne courent pas les rues et de les encadrer.

Le général McKiernan rapporte qu’il ne fut jamais consulté. Les sources consultées par Michael Gordon jurent que Bremer avait tout orchestré pour que le reste du gouvernement, tous ceux qui avaient la charge du dossier irakien, ne sachent rien de la décision qu’il tramait, ce, jusqu’au dernier moment. En un mot, explique un haut fonctionnaire cité, « la décision la plus grave de l’occupation fut prise en secret, sans que les principaux conseillers du président aient l’occasion de l’examiner et de présenter leurs vues au président ». Les chefs d’état-major des Forces armées (joint chiefs) n’eurent pareillement pas l’occasion d’en débattre. Mais quand Bremer et ses adjoints présentèrent leur plan de « reconstruction » d’une armée qu’ils venaient de détruire, elle était si petite et si inadéquate qu’elle ne put contribuer à la sécurité du pays.

On s’en serait douté, Bremer défend aujourd’hui sa décision en mentant comme un arracheur de dents et en « chargeant » tous les autres. C’est qu’entre-temps, Bush lui a décerné, à l’issue d’un choix des plus ineptes, la plus haute décoration civile des Etats-Unis, la Médaille présidentielle de la liberté – en compagnie de cet incompétent banqueroutier, George Tenet, dont la CIA, sous sa direction, fut incapable de détecter quoi que ce soit des machinations ourdies contre les Etats-Unis.

Il y a ici des leçons à méditer :

D’abord, l’incroyable ineptie de Bush, manœuvré comme un bleu par sa bureaucratie, incapable de défendre ses propres décisions, incapable des les imposer à ses subordonnés, incapable d’en tirer les leçons, sauf une fois par an, quand la coupe est pleine et que la moutarde lui monte au nez. Ca ne fait évidemment pas une politique. Dans de telles circonstances, le choix des hommes est décisif, et c’est probablement là que le bât blesse le plus cruellement.

Puis l’ineptie non moins croyable de ses proches conseillers, Condi Rice la première, qui, au lieu de stopper ou de freiner la décision de Bremer, pour que le président puisse prendre son temps, se tut et accepta l’usurpation de pouvoir, n’exerçant donc pas son rôle d’ « aiguilleur en chef », régulatrice du trafic des décisions entre ministères et autorités. Ineptie condamnable et nuisible.

Encore, la méthode suivie par le diplomate Bremer est celle que pratiquent, sans vergogne ni interruption, le département d’Etat et la CIA. Elle consiste à manipuler, utiliser le secret, les fuites de presse, pour circonvenir les représentants élus par le peuple, qu’ils méprisent et qu’ils considèrent tout juste bons à être blousés.

Les conséquences sont gravissimes, pour l’Irak et pour les Etats-Unis, de l’incroyable légèreté de Bremer, qui se prenait vraiment pour le « MacArthur de Bagdad », et ne tolérait aucun manquement à son autorité. Voilà ce qui se passe quand on laisse la bride sur le cou des fonctionnaires ; irresponsables, ils ne rendent de comptes à pas grand monde, surtout si le président a renoncé aux prérogatives de sa charge : qui veut être président doit dompter la bureaucratie, et non se faire rouler dans la farine par elle. Cela, Bush ne l’a jamais su ni compris.

Ajoutons que le crétinisme qui attribue aux « néo-conservateurs » tous les pêchés de la Guerre d’Irak est battu en brèche par ces révélations : c’est Bremer et les diplomates, c’est Bush et Condi, alors que les néo-con avaient vu juste. Qui va faire son mea culpa ? Ne comptons ni sur les idéologues, ni sur les menteurs pour se porter volontaires – autant dire que les media n’ont aucune intention de se dédire : ils sont toujours infaillibles, ces braves gens.

13 conférences de terroristes convoquées par Saddam dans l’année qui précéda l’invasion
Autre pièce versée cette semaine au dossier : un rapport commandé par le gouvernement à l’Institute for Defense Analysis (IDA) (l’Institut pour l’analyse de la Défense), l’un des principaux instituts de recherche militaire para officiels [3]. L’IDA a reçu du département de la Défense 600 000 documents irakiens (le Dossier « Harmonie »), saisis à Bagdad par les forces américaines. Leur analyse montre une entreprise systématique d’étroite collaboration entre les services secrets irakiens et les affiliés régionaux d’al-Qaida, dont le Djihad islamique égyptien, ex-group de Zawahiri, le numéro deux d’al-Qaida.

Parmi ces documents, un rapport annuel de 2002 à la section M8 (Directoire des mouvements de libération nationale) du Service de Renseignement Irakien (IIS), montrant que l’IIS avait convoqué 13 conférences de terroristes dans l’année – un an avant l’invasion – et que Saddam avait reçu personnellement pas moins de 37 messages de félicitations de groupes terroristes internationaux. L’IIS avait émis 699 faux passeports au bénéfice de terroristes pendant l’année. Certes, Saddam et Bin Laden étaient en désaccord au sujet de la finalité : restauration du Califat ou hégémonie irakienne sur le panarabisme et la région. Cela n’a jamais empêché les collaborations, fussent-elles uniquement ponctuelles, pourvu qu’elles soient anti-occidentales. Commentaire d’un expert : c’est comme la collaboration entre le Cartel de la cocaïne de Cali et celui de Medellin. Autrement dit – et il y a une masse de documents qui vont dans le même sens, l’Irak saddamien était bien un lieu de rendez-vous protégé de la terreur djihadiste et terroriste internationale.

L’ « image de toute l’Affaire » tranche avec son récit médiatique
Il faut tout le réductionnisme de l’expertise molle ou nulle qui sévit en Occident pour classifier comme des entités rigidement organisées et isolées les unes des autres les groupes djihadistes. Pour les traiter comme des partis parlementaires occidentaux – pour prendre avec des pincettes les traces de ces collaboration, et n’y pas voir une entreprise d’importance : comme Téhéran, Damas, et la partie immergée de l’establishment saoudo-wahhabi, la Bagdad saddamienne était membre du grand carré d’as de la terreur arabo-musulmane, sans oublier le joker du mouvement palestinien. Une administration pourvue de ses esprits aurait joué cette carte dans son œuvre de relations publiques et diplomatique, sans attendre le crépuscule.

Au bilan, ces trois affaires nous montrent la singulière impéritie de l’administration Bush ainsi que la genèse et le visage véritables de l’insurrection en Irak. Il aurait été souhaitable de ne pas perdre quatre ans pour y arriver. Ce que l’on appelle l’image de toute l’affaire diffère en tout cas fondamentalement du récit que l’engeance médiatique et l’establishment multinalionalisto-onusien en a donné. Conjugués, ces deux facteurs ont fait de la guerre un embrouillamini complet, jusqu’au Surge (la contre-offensive américaine victorieuse contre les terroristes. Ndlr) en tout cas. Les succès impressionnants enregistrés sous l’égide de généraux Petraeus et Odierno avec la guerre contre-insurrectionnelle ont permis de remonter la pente, mais celle-ci aura été bien plus abrupte qu’elle aurait pu et dû l’être.

Notes :
[1] http://www.freerepublic.com/focus/f-news/1986706/posts
[2] http://www.nytimes.com/2008/03/17/world/middleeast/17bremer.html
[3] http://www.scribd.com/doc/2280917/Iraqi-Perspectives-Project-Saddam-and-Terrorism-Emerging-Insights-from-Captured-Iraqi-Documents

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Volume VII, Numéro 326 • vendredi le 14 mars 2008

Que feriez-vous donc à la place d'Israël?
Ilan Greilsammer
Le Devoir, 10 mars 2008

Pour bien se représenter la situation dans laquelle l'État d'Israël se trouve, le lecteur québécois devrait imaginer que, depuis sept ans, je dis bien sept ans, une ville telle que Montréal, Hull ou Trois-Rivières est bombardée jour et nuit par une pluie de roquettes qui terrorisent la population, tuent et blessent les passants, et rendent la vie quotidienne absolument insupportable.


Oh, me diront les gens bien intentionnés, ces roquettes ne sont que de vulgaires tubes d'acier remplis de poudre à exploser, des «jouets d'enfants», des projectiles primitifs, et la plupart, tirés au hasard, tombent «à côté». C'est vrai qu'ils tombent souvent dans les banlieues ou dans les champs, mais les habitants de Sderot ou d'Achkelon ne voient pas ces «jouets d'enfants» avec la même bienveillance que les donneurs de conseils assis dans leurs fauteuils devant la télévision. Car lorsque ces «kassams» tombent par malheur sur une maison, un jardin d'enfants, une école, une infirmerie, malgré le caractère primitif du projectile, il y a des morts et des blessés, des habitants de Sderot qui ont perdu des mains et des jambes, deux enfants pas plus tard que la semaine dernière. Sans compter la masse des pauvres gens qui sont frappés d'hystérie, de terreur, les personnes âgées et les enfants qui ne dorment plus, les élèves qui n'arrivent plus à étudier en classe. J'imagine, non je suis sûr, qu'aucun gouvernement au monde ne laisserait pourrir une situation pareille, dans laquelle ses civils sont attaqués jour et nuit, sans réagir. Et que l'on ne vienne pas nous raconter le contraire!


Nous, le camp de la paix israélien, nous pensions très sincèrement en 2005 qu'après le désengagement israélien, après que le territoire de Gaza eut été évacué par l'armée et que les colonies juives eurent été détruites jusqu'à leur fondement, les Palestiniens, une fois maîtres absolus de leur territoire, feraient tout pour améliorer la situation de leur population, utiliseraient l'abondante aide étrangère pour construire des infrastructures, des logements, des écoles, des hôpitaux...


Sans aucun doute, la réussite économique et sociale de Gaza aurait ouvert rapidement la voie à d'autres évacuations israéliennes, en Cisjordanie, et à un processus de paix dont l'aboutissement aurait été un État palestinien souverain aux côtés d'Israël. Mais à notre désespoir, un groupe archi-terroriste a pris le pouvoir à Gaza, liquidant physiquement ses opposants de l'Autorité palestinienne, amenant via l'Égypte des quantités gigantesques d'armements plus meurtriers les uns que les autres, devenant le client privilégié de l'Iran, s'alignant sur le Hezbollah libanais et faisant de la bande de Gaza, au lieu d'une oasis de croissance et de prospérité, un immense arsenal entièrement dirigé vers la destruction d'Israël.


Alors, je le demande sérieusement à vos lecteurs: que peut faire Israël? On nous dit: allez, discutez avec le Hamas ! Mais peut-on discuter avec quelqu'un qui refuse de reconnaître votre existence et appelle à votre élimination physique? D'autres donneurs de conseils disent: entrez dans Gaza, nettoyez les poches terroristes et supprimez le pouvoir du Hamas! Mais... dès qu'Israël fait quelque opération militaire que ce soit contre le Hamas et les terroristes armés, le monde entier s'indigne: vous, les Juifs, vous employez une force disproportionnée! Et lorsqu'Israël tente d'empêcher l'arrivée d'armes, de fusils, de missiles, à travers la frontière égyptienne, ou en contrôlant sévèrement les points de passage, les gens du Hamas, relayés par une grande partie des médias internationaux crient au blocus et prétendent qu'Israël affame les Palestiniens!


La vérité, celle des gens honnêtes est qu'Israël n'a jamais cessé de fournir aux habitants de la bande de Gaza les vivres, les médicaments, l'électricité et toute l'aide humanitaire dont ces habitants ont besoin. Et n'est-ce pas un cruel paradoxe qu'Israël continue cette aide, et que les maisons de Beit Lahia, de Beit Hanoun et de Jebaliya continuent d'être éclairées par l'électricité en provenance d'Israël, alors que les maisons de Sderot et des localités qui longent la bande de Gaza sont plongées dans la terreur et l'obscurité par le tir ininterrompu des kassams? Alors, que faire?...


Il faut que la frontière égyptienne cesse d'être une passoire et que le Hamas cesse de recevoir par ses souterrains des missiles, de l'argent et des armes venant de l'Iran. Sinon, ce n'est pas seulement Achkelon qui sera atteint par les missiles palestiniens, mais Ashdod, Kyriat Gat, avant que l'agglomération de Tel-Aviv elle-même soit menacée. En même temps, il faut que la Communauté internationale, du moins les personnes honnêtes, celles qui ne sont pas toujours et systématiquement contre Israël, aident Mahmoud Abbas et les modérés de l'Autorité palestinienne à reprendre le contrôle de l'ensemble des territoires palestiniens.

France/ Qui adoptera Charles Gurfinkiel ?
MICHEL GURFINKIEL
michelgurfinkiel.com, 17 février 2008

Qui adoptera mon frère Charles Gurfinkiel, né à Paris le 8 décembre 1933, raflé à Paris le 16 juillet 1942, déporté à Auschwitz par le convoi numéro 21 à la date du 19 août 1942, gazé sur place dès l'arrivée, avec 816 autres personnes dont 372 enfants de moins de treize ans ? Car c'est cela qui est en jeu dans le projet que le président de la République, Nicolas Sarkozy, a évoqué mercredi dernier au cours du dîner annuel du Crif. Les élèves de CM2 seraient invités à aller à la rencontre de jeunes destins assassinés. Non pas à travers un récit abstrait, mais en passant une sorte de pacte, de personne à personne, d'individu à individu, d'enfant à enfant, avec une ombre.

Ma première réaction : de quel droit ? De quel droit dispose-t-on de la mémoire de mon frère ? Charles Gurfinkiel est devant moi tous les jours. Au sens propre. Sa photo – l'une des trois photos qui restent de lui – est sur mon bureau, en face de moi, au moment où j'écris ces lignes. Autrefois, elle était dans le petit atelier de mon père, juste en face de la machine à coudre. Un grand frère, mon aîné de quinze ans, qui est pourtant toujours un petit garçon, et le restera pour toujours. Ses yeux sont magnifiques. Son sourire, radieux. Cet enfant était aimé de ses parents, et le savait. Petit garçon, grand frère, dis-moi, de quel droit seras-tu « adopté » , au hasard d'une initiative gouvernementale ? Comme si tu n'as pas eu une famille réelle. Comme si moi, qui te regarde chaque matin et chaque soir, je n'existais pas ?

Ma seconde réaction ? Le président de la République et ses conseillers ont-ils mesuré ce qu'ils faisaient en imaginant un tel pacte ? Croient-ils que le petit enfant français de 2008 qui « adoptera » un petit Juif de France assassiné en 1942 passera ensuite, comme si de rien n'était, aux jeux vidéos ? Les forces de l'esprit existent, comme l'a confessé un autre président de la République. On peut tout envisager. Que le souvenir de Charles soit une source d'inspiration pour le petit garçon et la petite fille qui le reçoivent en héritage provisoire. Ou que l'enfant de 2008 rejette de toutes ses forces ce qui lui apparaisse comme une sorte de dibbouk, de fantôme déroutant, et veuille à tout prix s'en défaire.

Ma troisième réaction ? Charles, du haut de ses neuf ans, était à la fois un petit Juif exemplaire et un petit Français exemplaire. A l'automne 1940, juste après la promulgation du Statut des Juifs par le gouvernement de Vichy, il avait rossé un camarade de classe qui l'avait insulté. Le directeur de l'école avait convoqué mon père : « Monsieur, je dois renvoyer votre fils pour vingt-quatre heures », avait-il commencé à lui dire, d'un air sévère. Avant d'ajouter, en lui serrant la main : « Monsieur, vous avez un brave petit gamin. C'est avec des enfants comme ça que la France, un jour, renaîtra ». A ce titre, son destin peut être, en effet, un enseignement : contre la culture de renoncement que certains voudraient imposer.

Ma quatrième et dernière réaction ? Nous verrons ce qu'il en sera du projet présidentiel, et s'il prend forme. La bonne volonté et la sincérité de Nicolas Sarkozy ne sont pas en cause. L'homme que le suffrage universel – et Dieu – ont porté à la tête de la France est un ami véritable, sincère, du peuple juif et du pays d'Israël. Si ce projet est mis en application, je m'engage à l'avance à recevoir l'enfant français inconnu qui « adopterait » Charles Gurfinkiel, 1933-1942. Que dis-je ? J'exige de le rencontrer. Je jouerai jusqu'au bout le jeu de l'histoire républicaine. Et gare aux tricheurs, quels qu'ils soient.

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Volume VII, Numéro 325 • vendredi le 7 mars 2008

La guerre d'Israël contre les tirs de fusées palestiniens
Dore Gold
Jerusalem Issue Brief Vol. 7, No. 34, JCPA, du 3 Mars 2008

Traduction française : Jean-Pierre Bensimon (Objectif-info)

Une réponse israélienne à l'escalade du Hamas
L'incursion israélienne entamée le 1er mars 2008 dans la bande de Gaza, et qui vient de s’achever, n’aurait pas dû provoquer de grande polémique internationale. Après tout, pendant plus de sept années les organisations terroristes palestiniennes ont tiré, intentionnellement et au hasard, des fusées contre des cibles civiles israéliennes, en particulier sur la ville israélienne de Sdérot, qui a essuyé à peu près 45 pour cent des quelque 3.000 attaques lancées (1). Comme le faisait remarquer le 2 mars le ministre israélien de la sécurité publique, Avi Dichter, le nombre de civils israéliens exposés à la menace des fusée de Gaza est passé de 25.000 à 250.000 depuis que la ville d'Ashkelon a été inscrite sur la liste des cibles palestiniennes.

A l’opposé, les opérations militaires israéliennes à Gaza en réponse aux tirs de fusées palestiniens, ont été dirigées contre des cibles militaires, des fabriques de fusées, des équipes de tireurs, et des chefs terroristes. Les pertes civiles palestiniennes, quand elles se sont produites, étaient la conséquence non intentionnelle des efforts d’autodéfense d’Israël. Comme les organisations terroristes palestiniennes utilisent souvent des aires de lancement situées dans des secteurs urbains et comme elles stockent leurs armements dans des territoires densément peuplés comme le camp de réfugiés de Jabaliya, elles portent la responsabilité des pertes parmi les civils palestiniens qui servent en fait de boucliers humains. (2) On l'oublie souvent, Israël s'est complètement retiré de la bande de Gaza en août 2005 ; le retrait israélien de la Bande de Gaza démontre clairement que l’armée israélienne (IDF) n'a absolument aucun motif pour opérer à Gaza depuis quelques années, sauf si Israël est attaqué à partir de ce territoire. S’il n’y avait pas de tirs de fusées depuis Gaza, l’armée n’aurait aucune raison d’intervenir.

Néanmoins, Israël est très rapidement devenu l’objet d’une critique internationale féroce. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU a condamné Israël pour une utilisation de la force "disproportionnée et excessive." (3) La présidence de l’Union européenne a tenu le même langage, parlant d’une "récente utilisation disproportionnée de la force par l’armée israélienne contre la population palestinienne de Gaza." (4) Les armées occidentales sont engagées une guerre asymétrique contre les Talibans en l'Afghanistan et Al-Qaïda en Irak. Pourtant, on ne trouve pas de déclarations de la même eau à propos de ces batailles légitimes de la guerre contre le terrorisme. À leur crédit, les États-unis et la Grande-Bretagne se sont opposés à la tentative de faire adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution condamnant davantage Israël. Cependant, les discussions de New York ont montré à quel point les États membres de l'ONU n’ont pas conscience de l'importance de la menace balistique qui pèse sur Israël et qu’ils risquent de connaître eux-mêmes à l'avenir.

Pour mieux saisir les principaux aspects de la menace que font peser sur Israël les fusées palestiniennes tirées de Gaza, il faut examiner les informations contenues dans les cartes et les diagrammes ci-joints [voir en fin d'article ndlr], préparés par le Centre de Renseignement et d'Information sur le terrorisme, qui utilise les sources de la division des opérations de l’état-major général des opérations de l’armée israélienne. On peut tirer de ces données les conclusions suivantes.

Les tirs de fusées ont débuté et se sont amplifiés à l’époque où le Fatah contrôlait Gaza
La menace des fusées Kassam date de 2001 et s'est amplifiée à l’époque où l'Autorité palestinienne était sous le contrôle du Fatah. Le Hamas a introduit les fusées Kassam pour la première fois en 2001, et les tirs ont augmenté régulièrement de 2002 à 2005. Par la suite, après la mort de Yasser Arafat en novembre 2004, les tirs de fusées Kassam à partir de Gaza se sont poursuivis sous le régime de Mahmoud Abbas (Abou Mazen). Il est vrai que Abbas a appelé les Palestiniens à interrompre les tirs sur Israël en 2006, mais sur le terrain, les chefs du Fatah et lui-même n’ont pas fait preuve de la volonté, ou de la capacité, nécessaires pour interrompre les attaques du Hamas qui se multipliaient, avec une seule exception. En août 2005, les tirs de Kassam se sont nettement réduits pour ne pas entraver le retrait d’Israël de Gaza.

En outre, les groupes affiliés au Fatah à Gaza ont développé leurs propres systèmes de fusées : les fusées d'al-Aqsa et al-Yasser. A Gaza les Brigades des Martyrs d'al-Aqsa du Fatah tirent également des fusées sur Israël, et une équipe de lanceurs du Fatah à Tulkarem en Cisjordanie a fait deux tentatives de tir contre Israël. (5)

Le nombre de tirs palestiniens a bondi après le retrait d’Israël de Gaza
Les tirs de Kassam n'a pas commencé avec le retrait d’Israël de Gaza. Néanmoins, après le désengagement, le nombre de frappes contre Israël au moyen de fusées a augmenté de plus de 500 pour cent. Pendant l'année 2005, Israël a essuyé 179 frappes de roquettes. Le retrait de Gaza date d’août 2005. Le nombre de tirs s’est élevé à 946 en 2006, soit une multiplication par 5. C’est l’évacuation de la majeure partie de Gaza en 1994, aux termes de l’accord Gaza-Jéricho découlant des accords d’Oslo, qui a permis au début aux organisations palestiniennes de développer leurs capacités balistiques en toute impunité.

Le retrait de Gaza en 2005 a donné au Hamas un sentiment de puissance et une confiance en soi qui ont abouti à une escalade incontestable de l'emploi des ressources balistiques qu'ils avaient préalablement acquises. La victoire du Hamas aux élections parlementaires de l'Autorité palestinienne en janvier 2006 en a été la conséquence politique. Mais militairement, comme on l’a décrit plus haut, le retrait de Gaza a également mené à une augmentation dramatique des tirs de fusées.


La perte du contrôle de la frontière entre l'Égypte et Gaza a abouti à l’envoi de fusées iraniennes sur Ashkelon
Le désengagement de Gaza a abouti à la perte du contrôle israélien sur la route Philadelphie entre la Bande de Gaza et le Sinaï égyptien, permettant une augmentation significative de la portée et du nombre de fusées de l'arsenal palestinien. Ce qui est radicalement nouveau dans les tirs de fusées de 2008, c’est la portée et le nombre de fusées mises à feu. Ashkelon, une ville de 120.000 habitants, a été frappée à plusieurs reprises par des fusées Katioucha (Grad) en février 2008. En 2007 et 2008, la ville israélienne de Netivot a également été prise pour cible par les Palestiniens.

Avant 2006, le nombre de tirs palestiniens atteignait rarement 50 par mois. Au début 2008, les organisations palestiniennes ont montré qu’elles étaient en mesure de lancer 50 fusées par jour. Deux circonstances supplémentaires ont permis au Hamas et à quelques organisations d’importer facilement le matériel et le savoir-faire nécessaires à l’accroissement de leur potentiel balistique : la prise de contrôle militaire du Hamas sur Gaza en juin 2007, et l’ouverture d’une brèche dans la barrière frontalière entre l’Égypte et Gaza en janvier 2008.

En conséquence, les quantités d'explosifs et de fusées à longue portée qui ont pu entrer dans le territoire de Gaza ont considérablement augmenté. Yuval Diskin, le chef des services israéliens de sécurité a déclaré devant la Commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset au début 2006 que la quantité d'explosifs passée en contrebande dans la bande de Gaza depuis l’Égypte avait considérablement augmenté, de plus de 300 pour cent. (6) Il est vrai que les organisations palestiniennes avaient utilisé dans le passé des tunnels pour acheminer des armements en contrebande du Sinaï égyptien à Gaza. Mais il est clair qu’après la prise de contrôle complète du Hamas à Gaza, la frontière égyptienne devenant aisément franchissable, cette contrebande a changé radicalement d’échelle.

Selon Diskin, en novembre 2006, 33 tonnes d'explosifs militaires étaient passées en contrebande dans la Bande de Gaza depuis le désengagement de 2005. Ce nombre a grimpé jusqu'à 112 tonnes en octobre 2007. (7) Des roquettes de portée de plus en plus grande sont aussi entrées librement à Gaza. (8) Les forces israéliennes de sécurité ont récemment découvert dans le Néguev occidental les débris d'une nouvelle fusée de 175 millimètres, d'origine iranienne, dont la portée est de 26 kilomètres. (9)

Si les tendances actuelles se poursuivent, Israël devra faire face à une autre génération de fusées d’une portée supérieure aux Katiouchas qui frappent Ashkelon. Les porte-parole du Hamas ont déjà exprimé leur ambition de développer la portée de leurs fusées jusqu’à Ashdod, le second port maritime d’Israël pour le fret international. Les sources de la sécurité israéliennes pensent que l'Iran tentera de faire passer des fusées Fajr à Gaza à l'avenir. Un Farj3 de 45 kilomètres de portée, par exemple, peut passer en contrebande par tronçons et être assemblé en à Gaza. (10)

L'échec des contrôleurs de l’Union européenne
Au lendemain du désengagement de Gaza, la secrétaire d'état Condoleezza Rice a négocié un accord sur le passage de Rafah le 15 novembre 2005, pour contrôler la frontière entre Gaza et l’Égypte. L'accord prévoyait des contrôles par une tierce partie, qui sont revenus à l'Union européenne. Les contrôleurs européens n'ont pas réussi à stopper les flux d’armes et d'argent liquide envoyés aux organisations terroristes. D'ailleurs, comme la situation de sécurité s’est dégradée dans la Bande de Gaza en 2006 et 2007, les contrôleurs de l’Union européenne se sont retirés à plusieurs reprises de la zone du passage frontalier. En outre, l'Égypte a été complètement inerte dans la zone frontalière de Rafah ; Le Caire a même permis à des hommes du Hamas de quitter Gaza à destination de Téhéran, où ils ont été formés par les corps des Gardes islamiques de la Révolution (IRGC) avant de rentrer à Gaza.

Deux principaux sujets de préoccupation
Actuellement, Israël est face à de nombreux choix difficiles pour affronter les tirs continus de Kassam et de Katioucha sur ses villes. Les responsables de la sécurité d’Israël devront finalement s’occuper de deux zones spécifiques :

La route Philadelphie - Aussi longtemps que la route Philadelphie, le long de la frontière entre Gaza et l’Égypte, sera ouverte à la contrebande du Hamas, le risque encouru par Israël augmentera en fonction des exportations de fusées iraniennes d’une portée croissante dans la Bande de Gaza. Le port d'Ashdod sera probablement la prochaine cible. Mais si des fusées Farj entrent à Gaza, il n’y a aucune raison pour que le Hamas ne menace pas aussi Tel Aviv.

Les aires de lancement du nord de Gaza - Les fusées Kassam à courte portée utilisées par les Palestiniens sont produites localement et ne peuvent donc pas être stoppées par la fermeture de la route Philadelphie. Cependant, le contrôle des secteurs de lancement du nord de Gaza pourrait réduire de manière significative la capacité du Hamas de harceler Sdérot et les communautés du Néguev occidental par des tirs de fusées et de mortiers.

La leçon maintes fois confirmée des sept dernières années est qu’en définitive, Israël est seul en mesure d’assumer la responsabilité de sa propre sécurité. Le recours aux contrôleurs de l’Union européenne dans le secteur du passage de Rafah n'a pas été efficace ; à l'avenir d'autres contrôleurs internationaux ne garantiraient pas plus la sécurité dans un secteur aussi dangereux. L'Égypte sait bien qu'un régime de Frères Musulmans à Gaza met en danger sa propre sécurité, mais il y a des limites à ce que l'Égypte peut normalement faire, face au Hamas, sans perdre tout appui de l'opinion égyptienne. En outre, même lorsqu’elle contrôlait Gaza, l'Autorité palestinienne du Fatah n’a jamais entièrement stoppé les tirs de fusées du Hamas, qui provenaient des territoires placés sous sa juridiction.

La guerre d’Israël contre le Hamas est à peine interrompue. Comme les attaques du Hamas continuent, Israël devra prendre de nouvelles mesures pour stopper les tirs. Actuellement, la direction du Hamas a compris que les attaques répétées de Katioucha contre Ashkelon auront comme conséquence une incursion israélienne au sol qui peut coûter une centaine de victimes dans leurs rangs. Mais si la question de la route Philadelphie et celle des zones de lancement du nord de Gaza ne sont pas réglées, il est douteux que ce genre de calculs, fondés sur la seule dissuasion, arrêtent les tirs de fusées du Hamas et allégent le malheur des résidents israéliens de Sdérot.

Parallèlement à sa réponse militaire, Israël devra aussi entreprendre une action diplomatique pour sauvegarder son droit de se défendre, que de nombreuses forces s’évertuent à saper au sein de la communauté internationale. Même dans ce dernier épisode du conflit, au moment où Israël a voulu se défendre contre les tirs de fusées palestiniennes, il a rencontré une critique féroce qui occasionnera de nouvelles pressions internationales quand la lutte avec Hamas reprendra.

(Dore Gold, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies de 1997 à 1999, est président du Centre de Jérusalem pour les affaires publiques. Il est l’auteur de « Le royaume de la haine : l’Islam radical, l’Occident et l’avenir de la Ville Sainte » (Regnery, 2007). )

Notes
1. La menace des fusées de la Bande de Gaza, 2000-2007, Centre d’Information et de Renseignement sur le terrorisme au Centre Renseignement Héritage et Commémoration d'intelligence d’Israël (IICC), décembre 2007, p. 70.
2. Ibid., p. 64.
3. Anne Penketu, "Le choc entre les Etats-Unis et les Etats arabes au Conseil de sécurité de l’ONU" The Independent (R-U), 3 mars 2008.
4. "Appels des États-unis à la fin à la violence ; Le monde arabe proteste contre les morts de Gaza", Ha'aretz, 3 Mars 2008.
5. La menace des fusées de la Bande de Gaza, 2000-2007, p. 69.
6. Yaakov Katz, "3.000 armes arrivent mensuellement à Gaza," Jerusalem Post, 2 janvier 2006.
7. Ministère israélien des affaires étrangères, "La menace sur les civils israéliens en provenance de la Bande de Gaza," 21 novembre 2006, http://www.mfa.gov.il/MFA/Terrorism-+Obstacle+to+Peace/Terrorism+and+Islamic+Fundamentalism-/Behind+the+headlines+ -- +The+Threat+to+Israeli+Civilians+from+the+Gaza+Strip+21-Nov-2006.htm.
8. Yaaakov Katz, "Le Hamas construit des bunkers près de la frontière", Jerusalem Post 29 Octobre 2007.
9. Alex Fishman et Aryeh Algozi, "L’inquiétude : la portée continuera d’augmenter", Yediot Ahronot (hébreu), 3 mars 2008.
10. Ibid.

Comment transférer Gaza à l'Égypte
Daniel Pipes
Jerusalem Post, 7 février 2008

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

«Écoutez-moi attentivement», disait le président égyptien Hosni Moubarak à un interviewer le 30 janvier dernier. «Gaza ne fait pas partie de l'Égypte et n'en fera jamais partie (…). J'entends parler d'un projet qui consisterait à transformer la Bande en une extension de la péninsule du Sinaï, à se décharger de sa responsabilité sur l'Égypte» mais Moubarak ne veut voir là qu'un «simple rêve».

Les forces de sécurité égyptiennes rétablissent le mur frontalier à Rafah, le 3 février 2008, à l'aide de barbelés. (AP Photo / Adel Hana)

Cela n'a rien d'un rêve. C'est en fait la réalité qui a émergé depuis le 23 janvier, lorsque les agents du Hamas ont détruit de larges segments du mur séparant Gaza de l'Égypte. Ce geste inattendu a signalé au monde que les Palestiniens étaient empêchés de quitter leur territoire et de commercer avec l'extérieur par un embargo égyptien tout autant que par celui d'Israël.

Vu que les Gazaouis se sont montrés incapables d'assumer leur autonomie politique et que Le Caire a tacitement autorisé la contrebande d'armes depuis 2000, Moubarak doit être rendu responsable de la Bande de Gaza. Comme je l'indiquais dans mon article de la semaine passée, «Washington et d'autres capitales devraient déclarer que l'autonomie expérimentale de Gaza s'est soldée par un échec et pousser le président égyptien Hosni Moubarak à faciliter les choses».

Le Hamas est en partie d'accord: l'un de ses leaders, Ismail Haniyeh, espère que Gaza pourra «évoluer dans le sens d'un désengagement économique d'avec l'occupation israélienne», et un autre, Ahmad Youssef, souhaite que la frontière entre Gaza et l'Égypte soit ouverte aux échanges commerciaux et que l'Égypte serve à Gaza de «passerelle» vers le monde extérieur. D'autre part, le Hamas promet que la fermeture de la frontière par Le Caire le 3 février ne fera pas revenir les choses en arrière et les Frères musulmans d'Égypte, un mouvement allié au Hamas, exige que cette frontière soit ouverte. Moubarak peut-il ignorer ces revendications, qui sont populaires parmi les Égyptiens? En fait, Gaza a déjà commencé à s'imposer à une Égypte récalcitrante.

Certains Israéliens souhaitent favoriser cette issue. Matan Vilnai, ministre adjoint de la défense israélien, par exemple, soutient que Le Caire devrait reprendre les rênes au plan économique. «Si Gaza est ouverte de l'autre côté, nous n'en sommes plus responsables. Or nous voulons cesser de leur fournir de l'électricité, de l'eau et des soins médicaux.» La Cour suprême israélienne ayant décidé le 30 janvier que le gouvernement est en droit de réduire les fournitures en fuel et en électricité à Gaza, la séparation est possible.

Comment accomplir le transfert de Gaza?

Robert Satloff, du Washington Institute for Near East Policy, me suggère que Jérusalem annonce trois choses: «une date fixe pour l'interruption de l'approvisionnement par Israël en eau et en électricité et la suppression des accès commerciaux; le libre passage pour des services de remplacement via l'Égypte; et un appel au soutien international afin de relier Gaza au réseau électrique égyptien.» Giora Eiland, un ex-conseiller israélien à la sécurité nationale, préconise aussi de détacher Gaza de son union douanière avec Israël et la Cisjordanie.

Ces initiatives israéliennes permettraient de forcer la main des Égyptiens. Bien sûr, ceux-ci tenteront de restaurer la frontière, avec l'aide du Fatah, et même du Hamas, et de replacer la responsabilité sur Israël. Mais en fin de compte, la solidarité arabe exige que les «frères» égyptiens assument ces charges, à la place de l'ennemi israélien. Une fois que Jérusalem aura coupé l'approvisionnement, Le Caire n'aura pas d'autre choix que de prendre le relai. Ensuite, la dépendance économique intensifierait l'implication de l'Égypte, ce qui aurait d'autres conséquences:

Cela ranimerait l'ancienne idée qui consistait à résoudre le conflit israélo-arabe via une solution sur trois axes, avec l'Égypte, Israël et la Jordanie.

Le Hamas pourrait être mis en liaison avec son organisation parente, les Frères musulmans. En fait, les forces de sécurité égyptiennes ont déjà arrêté au moins 12 membres armés du Hamas en Égypte ainsi que d'autres Gazaouis en possession de ceintures d'explosifs. Ainsi, le contrôle et l'expulsion de la violence islamiste dans Gaza deviendra une priorité égyptienne – mais Moubarak a déjà géré les problèmes posés par les islamistes pendant les 27 années de sa présidence et il peut affronter ce nouveau défi avec des moyens dont Israël ne dispose pas.

Le Hamas et le Djihad islamique seront moins libres d'attaquer Israël. Oui, les Égyptiens veulent que des roquettes s'abattent sur Sdérot, mais Le Caire sait que la poursuite de ces actions déclencherait des ripostes israéliennes et peut-être une guerre totale.

Empêcher les Gazaouis de créer des troubles en Égypte ou d'attaquer Israël implique d'installer de lourdes infrastructures policières sur leur territoire. Cela exigerait probablement un assouplissement des restrictions draconiennes imposées au déploiement des forces égyptiennes à proximité de la frontière avec Israël prévues par l'annexe I du traité de paix israélo-égyptien de 1979. Fort heureusement, les services de sécurité égyptiens à Gaza n'auraient besoin que d'armes légères et la Force multinationale et observateurs de la péninsule du Sinaï pourrait ajouter des contrôles correspondants à ses fonctions actuelles.

Bref, Gaza peut être transférée à l'Égypte avec l'assurance que les Égyptiens devront l'accepter et devront entraver les attaques des Gazaouis contre Israël. Mais le démarrage de ce «processus de paix» exigera d'Israël et des États occidentaux une imagination et une énergie dont ils ne sont pas coutumiers.

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