Communiqué Isranet
décembre 2001
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 9 • vendredi le 28 décembre, 2001

Rien n'a changé
Entretien avec Benny Morris

Le quotidien Yedioth Aharonot du 23 novembre a publié dans son supplément « 7 jours » un article sur l’historien Benny Morris, un des pères fondateurs des nouveaux historiens, ainsi qu’un entretien intitulé « Rien n’a changé.» Voici quelques extraits de l’article et de l’entretien :

Le public de l’institut théologique de Berkeley pensait savoir à quoi s’attendre. On lui avait promis une conférence sur le processus de paix par le professeur Benny Morris, historien israélien, homme de gauche connu, qui même dans les universités raffinées d’Israël avait du mal à obtenir un poste, à cause de ses opinions inhabituelles, qui réfutent l’histoire officielle du sionisme. Berkeley est toujours le siège de la gauche et du radicalisme américain et tous les participants qui se trouvaient dans la salle étaient persuadés que l’orateur dirait exactement ce qu’ils avaient envie d’entendre : qu’Israël est responsable de tout, qu’elle est la puissance offensive et méchante, et que les Palestiniens sont les gentils. « Ils s’attendaient à entendre une conférence d’un universitaire anti-israélien », nous raconte Benny Morris dans un café de Jérusalem, ayant du mal à cacher son plaisir.

Mais M. Morris avait d’autres intentions. Il savait parfaitement ce qu’il réservait à ses auditeurs : une grande, très grande surprise. Depuis les années 30, a-t-il dit, les Palestiniens refusent obstinément tout compromis. Ils ont refusé le plan de partage de la Commission Peel en 1937 ( Etat juif sur 20 % du territoire de la Palestine dans les régions du Sharon et de la Galilée), ils ont rejeté le plan de partage de l’ONU en 1947 (Etat arabe sur 40 % du territoire), ils ne voulaient rien entendre du plan d’autonomie de Sadate et Begin (qui faisait partie de l’accord de Camp David et n’a jamais été appliqué) et ils se sont débrouillés pour ne pas accepter la généreuse proposition faite par Bill Clinton (95 % du territoire de Judée-Samarie). En bref, les Juifs ont toujours accepté, les Arabes toujours refusé, et la culpabilité incombe presque uniquement aux Palestiniens. Cela fait soixante-dix ans qu’ils font des erreurs historiques qui doivent être réparées.

Le mensonge des Palestiniens

Celui qui a eu du mal à trouver un emploi universitaire à cause de ses idées de gauche, dément le fait qu’il ait changé d’opinions. Il affirme avoir toujours pensé de la sorte, mais que personne ne le savait. Même quand il exprimait ses opinions, les journalistes préféraient ne pas le citer. Selon lui cela n’aurait pas été politiquement correct. Cependant, il avoue avoir engrangé beaucoup de colère contre les Palestiniens durant les deux dernières années. Car ils ont rejeté la proposition de Clinton. Barak aussi a commis des erreurs, mais elles étaient marginales. En gros, Barak avait accepté la généreuse proposition de Clinton, qui exigeait la cession de 95 % des territoires de Judée-Samarie et 100 % de la bande de Gaza ainsi que le partage de Jérusalem. D’ailleurs, en ce qui concerne Jérusalem, Morris n’est pas d’accord avec Barak ; il n’aurait pas accepté d’abandonner le Mont du Temple : « s’il y a un peuple qui doit avoir le contrôle du Mont du Temple, c’est nous. Mais une injustice s’est produite et deux mosquées ont été érigées il y a 1 400 ans sur les décombres du Temple et les Arabes possèdent également une partie du Mont du Temple. J’accepterais un compromis selon lequel Juifs et Arabes auraient le contrôle du Mont du Temple, mais que seuls les Palestiniens aient le contrôle- pourquoi ? En quoi est-ce juste ? » De toutes façons, tout paraît insignifiant face à l’erreur de Yasser Arafat qui a rejeté la proposition de Clinton. Morris affirme que : « à cause de leurs erreurs, nous payons en vies humaines, les nôtres et les leurs. »

Le droit au retour

Morris, l’homme qui a évoqué le sujet sur la place publique, a une idée toute arrêtée sur la question. Toute évocation du droit au retour est une catastrophe, une façon de détruire l’Etat d’Israël. Même si Arafat accepte qu’Israël reconnaisse uniquement sa responsabilité concernant le problème des réfugiés et même s’il renonce à l’exercice de ce droit, Israël doit refuser la proposition. « Si Israël se reconnaît responsable, des millions de personnes viendront exiger immédiatement leur portion de terrain. A partir du moment où il y aura un droit au retour, il y aura tentative d’exploitation et alors il n’y aura plus d’Etat d’Israël. Il n’y aura plus ici d’Etat juif. »

Question : Il a été question à Taba qu’Israël reconnaisse sa responsabilité quant au problème des réfugiés, sans que les réfugiés intègrent Israël, à part une petite minorité à propos de laquelle une décision devra être prise. Même ceci ne vous paraît pas concevable ?

Réponse : Les Palestiniens ont dit à Yossi Beilin être prêts à toutes sortes de formules concernant les réfugiés, mais ils lui mentent. Ils ne renonceront jamais au droit au retour. Ils ne peuvent se tourner vers leur peuple dans les camps de réfugiés et leur dire : « nous avons renoncé à votre droit au retour. » Ils ne sont pas capables de cela.

Q : C’est pourtant ce qu’a affirmé Sari Nousseïba, responsable du dossier de Jérusalem auprès de l’Autorité palestinienne.

R : C’est une exception et je pense que de telles affirmations mettent sa vie en danger. Il ne fait pas partie des hauts responsables. Je n’ai pas entendu Mohamed Dahlan, Gibril Rajoub, Abou Ala et leurs semblables s’exprimer de la sorte. Et même s’ils acceptent ce genre de formule à un moment donné, une nouvelle génération dans dix ou vingt ans viendra leur dire qu’ils n’avaient pas le droit d’abandonner.

Q : Pourtant vous êtes la personne qui a révélé aux Israéliens leur responsabilité quant aux problème des réfugiés. Vous leur demandez maintenant de ne pas prêter attention à ce que vous leur avez révélé ?

R : J’ai révélé aux Israéliens la vérité sur les faits historiques qui se sont produits en 1948. Mais ce sont les Arabes qui ont commencé à se battre et à tirer. Alors pourquoi devrais-je en porter la responsabilité ? Ce sont les Arabes qui ont initié la guerre, ce sont eux les responsables.

Q : Cela signifie qu’il faut ignorer cette question dans le statut permanent ?

R : Il faut trouver une solution aux Palestiniens, mais nous ne devons pas reconnaître le droit au retour. Arafat et ses contemporains ne peuvent abandonner leur vision de tout Israël aux mains des Arabes. Parce que c’est une terre sainte pour l’Islam. Elle était dans le passé aux mains des Musulmans et il n’est pas envisageable que des infidèles comme nous habitions cette terre. Ceci étant, même si Arafat signe un accord, étant donné son comportement dans les deux dernières années, j’ai du mal à croire que lui ou ses successeurs le respecteront.

Q : Parce qu’ils sont Arabes ?

R : Non parce qu’ils sont Arabes, mais parce qu’ils ne comprennent pas que les revendications du camp adverse sont légitimes. Nous comprenons la légitimité de leurs requêtes. Avez-vous jamais entendu un dirigeant palestinien déclarer la légitimité de la revendication juive de tout Israël ? Je n’ai jamais entendu cela.
Une réalité fluctuante

C’est l’année dernière que Benny Morris est parvenu à cette reconnaissance que le droit au retour empêcherait tout accord éventuel. Quand les pourparlers d’Oslo ont débuté, au début des années 90, il espérait que cela s’achèverait par un accord. Qu’il y aurait aussi une solution pour le droit au retour. A présent tout s’est évanoui. Le professeur de l’université de Beer-Sheva ressemble plus à un prophète de malheur de droite qu’à un partisan de gauche.

« Nous ne parviendrons pas à un compromis dans cette génération, dit-il, et je crains que nous n’arrivions jamais à un vrai accord permanent. Le cœur de tout palestinien renferme le désir que l’Etat d’Israël n’existe pas. Chez de nombreux d’entre eux cela se traduit par quelque chose de plus fort qu’un simple désir. Selon eux, nous sommes la source de tous leurs problèmes et nous éliminer pourrait les sauver. Leur salut c’est toute la Palestine. »

Q : Ne comprennent-ils pas la réalité ? Ne comprennent-ils pas qu’ils essuient sans cesse des échecs à cause de ce refus de faire des compromis ?

R : Chaque peuple a sa façon de comprendre la réalité et leur réalité est très fluctuante. Ils sentent que la démographie finira par vaincre les Juifs dans cent ou deux-cents ans, comme les croisés. Et peut-être les Arabes auront-ils une arme atomique. Pourquoi accepter un compromis aujourd’hui, alors qu’il n’est pas juste à leurs yeux ?

Q : Et quand vous entendez des dirigeants palestiniens, comme Abou Mazen et autres, qui affirment être prêts à accepter Israël et à vivre avec, les croyez-vous ?

R : Pas vraiment. Je les crois quand ils applaudissent Ben Laden.


Nous souhaitons à tous nos amis: bonne santé, paix, et heureuse année 2002!

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Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement le point de vue de l’Institut.

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Numéro 8 • vendredi le 21 décembre 2001

Le discours ignoré d'Arafat

Suite à son discours au peuple palestinien largement diffusé et célébré comme un discours modéré par les médias occidentaux, le président de l’Autorité palestinienne et de l’OLP, Yasser Arafat, a fait plusieurs déclarations publiques ignorées par la presse internationale. Nous reproduisons ici quelques extraits d’un discours prononcé par Arafat à Ramallah, le 18 décembre dernier.

Discours aux Jérusalémites (Ramallah, le 18 décembre, 2001):

« Je vous le dis, nous sommes maintenant à une étape historique… vous défendez la première direction de la prière [NdT Jérusalem était la première qibla] et le troisième lieu saint [NdT de l’Islam], le lieu de naissance du Messie [sic], votre résolution est de la plus grande importance non seulement pour la Palestine et la nation arabe, mais aussi pour tous les chrétiens et les musulmans du monde… »

« Ô frères, il y a une conspiration pour judaïser Jérusalem, et c’est pourquoi je vous le dis , ô mes compagnons de route, vous êtes sur la ligne de feu de cette bataille… »

[Montrant du doigt une petite fille, Arafat poursuit]: « Cette petite mignonne est la première de nos soldats, nous affrontons une conspiration pour judaïser Jérusalem, mais tant que vous serez à l’avant-scène de cette terre de première ligne, personne ne pourra lui faire de tort… c’est la nation de géants [les Palestiniens] qui, si Allah le veut, imposera sa position ».

« Un de nos louveteaux ou une de nos fleurs [NdT un jeune palestinien ou une jeune palestinienne] brandira, si Allah le veut, le drapeau de la Palestine au-dessus des murs de Jérusalem, de ses églises et de ses mosquées, qu’on ne le veuille ou non, et celui qui s’y oppose peut boire l’eau de la Mer Morte ».

« J’en appelle à mes bien-aimés à Jérusalem: 'Plus de détermination, plus de force, plus de résolution. Et si Allah le veut, nous prierons dans la Mosquée Al-Aqsa et dans l’Église du Saint Sépulcre».

« Je dis ces choses pour qu’elles soient entendues dans le monde entier, la nation de géants défendra cette terre sainte avec son sang, ses âmes, sa propriété et tout ce qu’elle possède. »

(Extraits tirés de Recent Statements by Yasser Arafat, Special Dispatch - PA,
December 20, 2001, No. 317, Middle East Media Research Institute. Traduit par David Ouellette, un chercheur associé de l’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme.)

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Israël-Palestine : les vraies causes du conflit

Arno Klarsfeld, avocat
Le Monde, 4 décembre 2001

La racine du conflit du Moyen-Orient, ce n'est ni Jérusalem ni l'étendue des territoires dévolus au futur Etat palestinien. La racine est le refus des dirigeants arabes et des dirigeants palestiniens d'accepter l'Etat d'Israël comme un Etat juif. L'échec des négociations de Camp David et de Taba est dû à la volonté des Palestiniens d'imposer à l'Etat d'Israël le droit de retour aux réfugiés palestiniens et à leurs descendants. Ainsi les juifs seraient minoritaires en Israël et les Palestiniens majoritaires dans trois Etats : la Jordanie, le nouvel Etat palestinien et Israël.

"S'il n'y avait pas eu d'Etat d'Israël, il n'y aurait pas eu de réfugiés palestiniens". Cette affirmation est exacte, mais implique-t-elle corollairement une responsabilité morale et/ou politique ? Si les Etats arabes ne s'étaient pas opposés à la création conjointe d'un Etat arabe et d'un Etat juif en Palestine, comme le prévoyait la résolution du 24 novembre 1947 de l'ONU, il n'y aurait pas eu de réfugiés palestiniens.

Si les dirigeants arabes et les "élites palestiniennes" n'avaient pas appelé la population palestinienne à fuir dans les pays avoisinants, en attendant que les juifs fussent "jetés à la mer", il n'y aurait eu sinon aucun, tout au moins sensiblement moins de réfugiés palestiniens.

Les Etats arabes n'ont rien fait pour assimiler ces réfugiés, pourtant "leurs frères". Ces réfugiés ont été laissés volontairement dans un état de misère et de dénuement par leurs dirigeants pendant des décennies (événement inédit dans l'histoire), pour être utilisés comme une "arme" contre Israël. Ces réfugiés peuvent s'installer dans le nouvel Etat palestinien. Enfin, il est possible et légitime de considérer qu'un échange de population a eu lieu, 900 000 juifs ayant été expulsés à la même période des pays arabes, devant tout laisser derrière eux. Ces réfugiés ont été pour la plupart accueillis par Israël. Les réfugiés palestiniens étaient environ 700 000 en 1948.

Si l'on accepte la légitimité de l'Etat d'Israël par les votes de l'ONU quant au partage de la Palestine et à la reconnaissance de l'Etat d'Israël, en mai 1948, on est tenu par la logique d'admettre que la responsabilité de l'existence des réfugiés ne provient pas de l'Etat d'Israël, mais de l'intransigeance des pays arabes à accepter son existence.

L'établissement du mandat britannique en Palestine doit son origine à une décision des principales puissances de 1917, relayée plus tard solennellement par la Société des nations, de venir en aide au peuple juif, et, plus particulièrement, aux masses juives persécutées en Europe, afin que celles-ci puissent à la fois trouver un abri séculier et réaliser leur idéal religieux en s'établissant en Palestine pour y créer à nouveau une vie nationale juive.

Cette décision était une application politique du principe reconnu par les puissances alliées du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. A travers siècles et époques, les juifs ont conservé et maintenu leurs traditions sans s'assimiler, et cette non-assimilation était la preuve non seulement de leur foi religieuse, mais aussi de leur amour profond pour leur patrie perdue.

Le Congrès de Bâle, en 1897, marque le début institutionnel du mouvement sioniste moderne s'appuyant sur deux idées fortes de Théodore Herzl : un Etat pour les populations juives persécutées en Europe ; une législation du travail à bien des égards nouvelle pour l'époque, puisque y figure la semaine des 35 heures, tout juste adoptée en France. La Palestine de 1917, année où la déclaration Balfour fut énoncée, était constituée du territoire couvert aujourd'hui par Israël, la Cisjordanie et la Transjordanie. Ce dernier Etat, amputé de la Palestine, ne fut créé qu'en 1922.

La déclaration Balfour avait été précédée, le 4 juin 1917, d'une lettre de Jules Cambon, secrétaire général des affaires étrangères de la France, dans laquelle il déclarait la sympathie du gouvernement français pour la cause sioniste, ayant en vue, notamment, l'établissement en Palestine d'une nationalité juive. En février et en mai 1918, les gouvernements français et italien signifièrent leur acceptation de la déclaration Balfour et, au mois d'août de la même année, le président Wilson exprima sa satisfaction de voir les progrès réalisés par le sionisme et son accord avec la déclaration.

Par l'effet de la déclaration Balfour, qui a été reproduite dans le préambule du mandat britannique sur la Palestine accordé par la Société des nations, le droit d'établir un foyer national en Palestine ne pouvait être conféré qu'au peuple juif ; ce droit excluait l'établissement de tout autre foyer national dans le territoire sous mandat, et les Arabes en Palestine ne semblaient pas alors constituer une nation en raison des liens sociaux, ethniques, culturels et religieux qui les unissaient aux Arabes de Syrie, du Hedjaz et de Mésopotamie. Ce foyer national destiné à accueillir les juifs persécutés en Europe, les Arabes l'ont refusé, poussant les Anglais à limiter de manière drastique l'émigration juive dans une terre qui leur avait pourtant été promise.

Lorsque les dirigeants arabes affirment qu'ils n'ont aucune responsabilité, même indirecte, dans la Shoah, c'est faux. Si les juifs persécutés d'Allemagne, de Pologne, de Hongrie, de Roumanie et d'ailleurs avaient été admis à immigrer en Palestine, ainsi qu'il avait été convenu et reconnu par la Société des nations, sans doute le nombre de juifs exterminés aurait été très inférieur à ce qu'il fut. On ne peut à la fois reprocher aux Suisses de ne pas avoir ouvert toutes grandes leurs frontières aux juifs pourchassés et ne pas rappeler aux Arabes de Palestine et d'ailleurs qu'ils ont consciemment fermé les leurs à une population juive en danger mortel, alors que l'espace pour l'accueillir ne manquait nullement.

Le Grand Mufti de Jérusalem s'était engagé auprès des nazis, il avait rallié Berlin en 1941, encouragé l'extermination des juifs en Palestine et demandé à Hitler de "régler la question juive dans l'intérêt national et populaire sur le modèle allemand".

Les dirigeants arabes persistent à éduquer leurs peuples dans la haine des juifs. Lorsque Bachar El Assad déclare devant le pape qu'"Israël est un peuple déicide", et que le "sionisme est l'équivalent du racisme", ce n'est rien ou presque rien par rapport à ce qui est imprimé dans les journaux, prêché dans les mosquées, vu à la télévision, entendu à la radio de la plupart des pays arabes, sans compter l'endoctrinement des âmes de toute une génération d'élèves à la haine des juifs par le contenu des manuels scolaires.

Pour que la paix puisse s'établir entre deux nations, il faut, avant toute chose, renoncer à la haine et au terrorisme comme moyen politique. Mais les dirigeants arabes et l'Autorité palestinienne ont-ils intérêt à une telle renonciation ? Une paix avec Israël signifierait, à plus ou moins long terme, la démocratisation des régimes arabes, et donc la chute des dictatures. Mieux vaut pour les dictateurs maintenir leur population dans la haine des juifs et d'Israël.

Arafat sait certainement que, si les violences d'aujourd'hui n'étaient pas dirigées contre Israël, elles le seraient à l'encontre d'une Autorité palestinienne corrompue, alors que le peuple, lui, vit depuis des générations dans une situation de marginalité, dépourvu de presque tout. C'est là le choix délibéré des dirigeants arabes et palestiniens.

On dit : "Israël occupe la Cisjordanie." C'est vrai, mais on ne le reprochait pas au royaume hachémite, qui avait annexé la région à la Jordanie jusqu'en 1967, date à laquelle les troupes israéliennes l'ont occupée. Mais si Israël a occupé la Cisjordanie, c'était non par ambitions territoriales, mais afin de disposer d'un moyen de pression pour engager des pourparlers de paix avec ses voisins. Israël a toujours considéré cette occupation comme temporaire, en attendant la signature d'un traité de paix en bonne et due forme. Seule la partie orientale de Jérusalem (parce qu'elle contenait le mur des Lamentations et le mont du Temple) fut annexée par décision de la Knesset.

L'Etat d'Israël a toujours reconnu et respecté les lieux de culte musulmans, ce qui n'a pas été le cas des Arabes : avant 1967, ils détruisaient les synagogues du quartier juif de Jérusalem, interdisaient aux juifs de prier au mur des Lamentations, ou utilisaient les pierres tombales juives du cimetière du mont des Oliviers pour construire des latrines.

Certains proposent qu'Israël se retire des territoires et construise un mur pour garantir sa sécurité. Outre le symbole négatif, sur quelle ligne construirait-on le mur ? Tout Etat a besoin de frontières définies et reconnues.

On dit : "Les implantations juives dans les territoires occupés sont un obstacle à la paix." Peut-être. Mais on peut aussi retourner le propos. Pourquoi des juifs ne pourraient-ils pas habiter en Cisjordanie et à Gaza, alors qu'un million d'Arabes vivent en Israël ?

On dit : "Il faut mettre un terme au cycle de violence". Quel cycle ? Il y a d'un côté une volonté génocidaire d'exterminer le plus de juifs possible et, de l'autre, une volonté légitime de châtier les terroristes, responsables de ces atrocités et qui se préparent à en commettre d'autres.

On dit : "La France et l'Allemagne se sont réconciliées, et pourtant, combien de millions de morts entre les deux peuples !" C'est vrai, mais jamais la France ou l'Allemagne n'a nié à l'autre le droit d'exister en tant qu'Etat.

Les négociations ne pourront valablement reprendre que si, en préambule, du côté palestinien, on renonce à un droit de retour qui sonnerait le glas d'Israël en tant qu'Etat juif, et que si, du côté israélien, on accepte de se retirer de la Cisjordanie et de Gaza. Après, et seulement après, pendant la phase de négociations, on pourrait discuter d'un droit de retour pour certains réfugiés et d'échange de territoires entre l'Etat palestinien et Israël, afin de permettre à Israël d'annexer des implantations de peuplement en Cisjordanie.

On peut se demander, enfin, quelle logique il y aurait à un Etat palestinien exigu, divisé et surpeuplé, alors que la Jordanie est vaste, peu peuplée et habitée majoritairement par des Palestiniens. Il faudra bien penser un jour à résoudre cette absurdité territoriale. Peut-être retrouvera-t-on alors l'"option jordanienne", mais après la création d'un Etat palestinien indépendant.

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Numéro 7 • vendredi le 14 décembre, 2001

Elie Barnavi: «La riposte militaire, seule, ne suffira pas»
Le Figaro, 3 decembre, 2001

Elie Barnavi est ambassadeur d'Israël en France depuis 1 an. Militant de la paix, cet historien répond à nos questions après la vague d'attentats qui a fait 30 morts et 200 blessés dans son pays. Pour lui, en dépit de la situation actuelle, l'avenir passe bligatoirement par la négociation.

Propos recueillis par Baudouin Bollaert

Les derniers attentats en Israël ont fait 30 morts et plus de 200 blessés. Pouvait-on s'attendre à un tel carnage ?
Elie Barnavi: Oui, nous nous y attendions. Nous avons réussi, ces derniers temps, à déjouer 80-% des attentats qui visaient Israël. Rien qu'entre la mi-octobre et la mi-novembre, nous avons pu prévenir huit attentats suicides. Mais rien n'est jamais étanche, pas même le système de sécurité le plus performant. Donc, hélas, ces attentats - si douloureux soient-ils - ne sont pas une surprise. Seule peut-être l'ampleur du carnage en est une.

La branche militaire du Hamas a revendiqué ces attentats. Que dire de ce mouvement ?
C'est une organisation intégriste qui est opposée au processus d'Oslo. Elle a pour programme la disparition pure et simple d'Israël et refuse la solution du partage territorial. C'est un mouvement d'autant plus dangereux que, contrairement au Djihad islamique, il a des racines populaires. C'est une organisation totalitaire qui, il faut le dire, a le vent en poupe. Elle prospère sur la corruption de l'Autorité palestinienne.

Le gouvernement israélien a rejeté la responsabilité des attentats sur Yasser Arafat. Est-ce à dire que le leader palestinien cautionne l'action du Hamas ?
Yasser Arafat a ouvert la bouteille d'où s'est échappé le djinn. Le problème d'Arafat est, qu'aujourd'hui, il ne peut plus faire rentrer le djinn dans la bouteille... Soit il veut vraiment agir contre le terrorisme, soit il ne le peut pas. Dans les deux cas, le résultat est le même et c'est tout aussi grave.

Compte tenu de la situation, comment envisager une éventuelle reprise du processus de paix ?
En fin de compte, une reprise de ce processus sera inévitable. Il est évident que la riposte militaire seule ne suffira pas. Il faudra bien, un jour, se rasseoir autour d'une table et réengager les négociations qui, je vous le rappelle, étaient sur le point d'aboutir il y a seulement un an...Mais qui s'en souvient? Le tout est de savoir dans quelles conditions cette reprise pourra se faire. Peut-être faudra-t-il toucher le fond pour pouvoir remonter. La question est de savoir si, aujourd'hui, nous avons enfin touché le fond et si les événements dramatiques auxquels nous assistons permettront de réengager le processus en passant par la phase indispensable qui est l'arrêt du terrorisme.

Avant les derniers attentats, un sondage indiquait - après d'autres - que 62% des Israéliens étaient favorables à des concessions substantielles. Est-ce encore le cas ?
Il est extraordinaire de constater que ces sondages ne varient guère depuis huit ans, quels que soient les aléas du processus de paix enclenché à Oslo. Les gens comprennent très bien qu'il n'y a pas d'autre choix et qu'il faut aboutir à une paix avec les Palestiniens. Ce dont ils ne veulent pas, c'est la violence bien entendu. Or, au lieu de tirer les conséquences de ces sondages, Arafat a préféré lâcher les chiens...

J'ai appris hier par les dépêches que l'Autorité palestinienne demandait une semaine de répit à Israël pour pouvoir faire le ménage chez elle. Quelle ironie! C'est cette même semaine que nous demandons depuis des mois, sans succès, à Yasser Arafat!

Jacques Chirac puis George Bush ont tous deux appelé à la reprise des négociations. Quel impact peuvent avoir leurs déclarations ?
Tout dépendra de ce qui se passera sur le terrain. J'ignore surtout ce que va décider le président de l'Autorité palestinienne. Y a-t-il un début de prise de conscience de sa part ? Nous verrons bien. Il est certain que les appels de MM. Chirac ou Bush ne pourront voir un effet que si le calme revient dans la région. Les prochaines journées seront cruciales à la fois pour l'avenir du processus de paix et pour celui de l'Autorité palestinienne. Vous n'ignorez pas que la moitié environ du cabinet israélien exige la liquidation pure et simple de cette Autorité. Donc, encore une fois, beaucoup dépendra de l'attitude de Yasser Arafat.

La première riposte israélienne aux attentats du Hamas, hier, a été la destruction de l'héliport de Yasser Arafat à Gaza. Qu'en pensez-vous ?
On est dans le symbolique. Nous savions bien que le président de l'Autorité palestinienne n'était pas sur place, puisqu'il était à Ramallah. Il s'est agi d'une sorte d'avertissement.

Pour revenir aux attentats et à l'éventuelle reprise du processus de paix, estimez-vous que le président égyptien Hosni Moubarak ou le roi de Jordanie sont à même de jouer un rôle de médiateur utile dans les jours qui viennent ?
Oui je le pense. Sous des dehors très solennels et martiaux, l'Egypte comme la Jordanie jouent un rôle plutôt modérateur en essayant de peser sur Yasser Arafat. Il faut espérer qu'elles continueront.

Si Arafat s'en allait, qui pourrait lui succéder? Et son successeur serait-il plus «facile» ?
Il est malaisé de répondre à cette question. L'«après-Arafat» donnera certainement lieu à d'âpres luttes. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il y a dans son entourage des hommes parfaitement capables de lui succéder et qui ont une conscience très aiguë de l'impasse dans laquelle Yasser Arafat a conduit son peuple. Or, la nouveauté, c'est que ces hommes le lui disent de plus en plus fort. Hélas, aucun d'entre eux n'a l'aura, le prestige, le rôle de symbole et la légitimité historique d'Arafat.

Personne ne pourra s'imposer facilement. D'autant qu'il est dans la nature de ce type de régime de ne pas permettre une succession au pouvoir sans histoire. La succession d'Arafat est donc un énorme problème. J'ai toujours dit que ce que l'on pourra faire avec lui, il vaudra mieux le faire tant qu'il est aux commandes, car l'«après-Arafat» n'est pas clair...

Dans quelle mesure les événements du 11 septembre interfèrent-ils dans la situation présente entre Israéliens et Palestiniens ?
Sur le terrain, leur influence me paraît mince, contrairement à ce que l'on aurait pu croire au début. Finalement, le sort du processus de paix dépendra des protagonistes eux-mêmes.

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"Why Europe Hates Israel"
Bret Stephens
Wall Street Journal Europe, November 29, 2001

Yesterday, a Belgian court heard arguments from lawyers representing 23 Palestinians, survivors of the 1982 Sabra and Chatilla massacres near Beirut, that Israeli Prime Minister Ariel Sharon should be prosecuted in Belgium for crimes against humanity. Though Mr. Sharon almost certainly will never sit in a Belgian jail, the trial could hardly be freighted with more significance.

More than a half-century after the Holocaust, a Europe awakened to the importance of human rights is looking to sanction the leader of the world's only Jewish state for a crime that was actually committed by a Christian Lebanese militiaman, later employed by the Syrian regime of Hafez Assad. And yet blame for the massacres seems to be apportioned to Mr. Sharon alone. Why?

The short answer is the Belgian legal system, whose well-meaning laws lend themselves to this sort of opportunistic and sensational indictment. A slightly longer answer is that many Europeans are sincerely convinced that Mr. Sharon really is a war criminal, as a BBC documentary attempted to show last summer.

But the real answer is that European governments today are, by and large, tacit enemies of the state of Israel, much as they might protest that they merely take a more "evenhanded" approach to the Arab-Israeli conflict.

Consider a few recent examples. In April, France voted to censure Israel at the U.N. Human Rights Commission in Geneva--while abstaining from a vote of censure against China. During his diplomatic foray to Tehran in September, British Foreign Secretary Jack Straw offered that "one of the factors which helps breed terrorism is the anger which many people in this region feel at events over the years in Palestine." The European Union has so far refused to follow America's lead by freezing the assets of terrorist groups such as Hezbollah and Hamas, with the European Commission's external relations spokesman, Gunnar Wiegand, arguing that "Hezbollah could play a major role in regional stability."

That Europe today should be hostile to Israel may seem a bit of a mystery, not least given the usual sympathy of aims between democratic states. The explanation comes in several parts. First, as historian Howard Sacher points out, Europe's left sees in Israel's political evolution a betrayal of its utopian ideals. It's easy to forget that in the years following the establishment of Israel, many Europeans looked to it as a model socialist country. They admired its largely state-run economy and especially its collectivist kibbutzim. Hundreds of young European leftists, most of them non-Jews, flocked to these farms in the 1960s, looking for the kind of workers' paradise they could not find on the other side of the Berlin Wall.

This fondness, however, evaporated after the 1967 war, when Israel went from being the Middle East's underdog to its Goliath, holding a colonial-like mandate over the lands that came into its possession. Partly under the sway of Soviet propaganda, partly in keeping with the fashion of radical chic, European leftists abruptly transferred their allegiances to the Palestinians and the PLO, which in the 1970s drew the likes of current German Foreign Minister Joschka Fischer to their meetings. Meanwhile, successive Israeli governments veered to the right. "The era when Yitzhak Rabin or Golda Meir could address their European counterparts as 'comrades' at gatherings of the Socialist International had passed," says Mr. Sacher.

There was also a shift of attitudes on the European right. With the exception of Britain, whose notoriously Arabist Foreign Office has dominated its Mideast policy under both Conservative and Labour governments, much of the Continental right had at one time looked on admiringly at "plucky little Israel." Thus, beginning in 1952, the conservative German government of Konrad Adenauer provided Israel with critical financial support in the form of Holocaust reparations, while Charles de Gaulle's France helped to build its nuclear reactor at Dimona.

But it was also de Gaulle who, in 1967, slapped an arms embargo on Israel for firing the first shot in the Six Day War. Thereafter, the hostility increased, partly because France fancied itself a champion of its former Arab colonies, partly out of simple anti-Americanism. But the chief reason, of course, was Europe's dependence on Arab oil. As French President Georges Pompidou put it to Henry Kissinger during the 1973 OPEC oil embargo, "You only rely on the Arabs for about a tenth of your consumption. We are
entirely dependent on them."

Since then, Europe's reliance on Mideastern oil has abated, but the habit of reflexively seeking to appease the Arabs at Israel's expense has not. In 1974, French Foreign Minister Michel Jobert toured the Middle East, seeking to earn price concessions on oil for France by mouthing a hard anti-Israel line. In 1980, the European Community formally recognized the PLO despite the fact that Yasser Arafat had neither made peace with Israel nor dropped his overt sponsorship of terrorism. Currently, the EU supplies the Palestinian Authority with the bulk of its foreign aid, even as much of that money goes indirectly to funding textbooks describing Jews as monkeys and vermin.

Given all this, many Jews have been led to conclude that what's at work here is a thinly veiled form of anti-Semitism. But while there might be some truth to this, it's easily exaggerated. Mr. Straw, of German-Jewish descent, is clearly no anti-Semite, and the one bright spot of Jacques Chirac's presidency has been his efforts to acknowledge the sins of France's suppressed Vichy past.

Underlying European policy is an uneasy sense of guilt. In the immediate postwar period, Europe's guilty conscience worked in Israel's favor. But in the postcolonial spirit of the '60s, the balance of guilt switched to the Arab side: It was they who were being oppressed; and it was Europe that, with its previous support for Israel, had helped inflict the oppression. So Europe pressures Israel to withdraw from the West Bank and the Gaza Strip, heedless of the dire security consequences that such withdrawal would entail. That Israel has so far refused to accede to this pressure stands as an infuriating rebuke to modern Europe's fundamental conception of itself as the virtuous defeated, free to pass judgment while absolved of the moral responsibilities of wielding actual power.

Whatever the case, a foreign policy based on a combination of left-wing disillusionment, French opportunism and all-around cravenness cannot yield good results. With the U.S. State Department increasingly leaning toward the European line on Israel, it's well that the basis of that policy be properly understood.

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et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 6 • vendredi le 7 décembre, 2001

Réaffirmer notre solidarité avec le peuple juif et l'État d'Israël
Il faut condamner le terrorisme et l'antisémitisme qui l'inspire

Annette Paquot
Le Devoir, 7 décembre, 2001

Il y a quelques semaines, une école juive a été incendiée à Marseille et, dans la cour de récréation, on a creusé des trous dans lesquels on a caché des clous pour que les enfants s'y blessent en jouant. Des terroristes islamistes avaient planifié de faire sauter une «mégabombe» à Outremont ou dans les environs et voulaient provoquer l'explosion «la plus dommageable possible» pour les nombreux juifs qui vivent dans ce quartier. Et en Israël, la série d'attentats contre des civils continue, presque sans répit, à faire des victimes innocentes: le delphinarium de Tel-Aviv, la pizzeria de Jérusalem... Et samedi soir, place de Sion, les attentats de kamikazes, l'horreur au coeur de Jérusalem, et, ce dimanche 2 décembre, la terreur aveugle à Haïfa...

Les actes de haine s'alignent sur les discours de haine. Nous les avons tous entendus, à Durban, ces slogans abominables dépeignant Israël comme un État raciste et satanique et nous les avons vues, ces pancartes associant l'étoile de David et la svastika. Nous l'avons lu dans de trop rares journaux: les manuels scolaires de l'Autorité palestinienne enseignent à leurs élèves que les Juifs sont par nature «traîtres» et «cupides» et qu'il faut les «expulser» du pays qu'ils ont fait reverdir. Ils leur présentent le martyre comme un accomplissement et les maîtres d'école sont invités à considérer comme un objectif pédagogique d'en faire naître le désir.

Le 14 août, un quotidien montréalais nous apprenait que, dans un défilé de 2000 à 3000 personnes dans la bande de Gaza, il y avait des enfants portant des ceintures d'explosifs factices. On les a vus aussi, très fugacement, sur certains écrans de télévision.

Nous le savons ou nous devrions le savoir: Les Protocoles des sages de Sion, faux antisémite bien connu, sont un succès de librairie dans le monde arabe. Une certaine presse arabe reprend systématiquement, comme en décalque, les pires accusations du vieil antisémitisme européen et du régime nazi: il est question d'Israël qui distribue des bonbons empoisonnés aux petits enfants palestiniens, d'une «matsa [galette azyme] juive faite avec du sang arabe» (al-Ahram, 28 octobre 2000), et l'on a pu entendre à la radio des phrases comme celle-ci: «[...] les temps sont proches où les musulmans combattront les juifs et les tueront, où le juif devra se cacher derrière une pierre ou un arbre, et la pierre ou l'arbre, s'adressant au musulman, lui dira: toi le musulman, toi l'esclave de Dieu, il y a un juif qui se cache là derrière moi, approche-toi et tue-le.» (Radio-Orient, La Mecque, 27 octobre 2000).

La télévision palestinienne

À la télévision palestinienne, le 13 octobre 2000, le lendemain du lynchage de deux soldats israéliens à Ramallah, un ancien recteur de l'université de Gaza a dit: «N'ayez pas pitié des juifs, où qu'ils soient, dans n'importe quel pays. Combattez-les, où que vous soyez. Partout où vous les voyez, tuez-les.» Ce ne sont là que quelques exemples parmi des dizaines d'autres...

Il y a quelques mois, B.-H. Lévy rapportait dans Le Point (8 juin 2001) ces paroles terribles d'un colonel du Fatah: «Nous aimons beaucoup plus la mort que les juifs n'aiment la vie.» Comment ne pas les rapprocher de celles d'un lieutenant d'Oussama ben Laden qui disait récemment que «des milliers de jeunes de notre nation veulent autant mourir que les Américains veulent vivre»? Le discours est le même, et le mode de combat, la bombe humaine qui sème la terreur, aussi.

Beaucoup d'entre nous ont tenu à manifester leur solidarité avec l'Amérique attaquée par la haine. Au delà de toute considération politique, c'est là un geste de simple dignité humaine, l'affirmation de notre foi commune en la liberté et de notre désir de défendre la démocratie: un non au terrorisme et un oui au citoyen libre et à la vie choisie. Nous devons affirmer clairement la même solidarité envers le peuple juif, qui partage ces valeurs et, agressé par les mêmes ennemis, les applique en Israël envers et contre tout. Car - et il ne devrait pas être nécessaire de le répéter - Israël est une démocratie: n'importe qui peut s'assurer qu'y règnent le pluralisme et la liberté d'expression, que les élections y sont libres, que les citoyens y votent selon le principe «une personne, un vote», qu'il s'y pratique l'alternance du pouvoir, que des Arabes siègent au gouvernement, à la Knesset et à la Cour suprême. Que la liberté de culte y est totale. Que la population israélienne elle-même est incroyablement bigarrée et diverse, par la langue, la couleur, les coutumes, la culture. On ne peut en dire autant de ses ennemis.

J'allais écrire: «Israël, qui est en butte à la même haine». Ce n'est pas exact. La haine qui motive les terroristes du Hamas et du Jihad islamique est politique, certes, comme celle qui a anéanti les tours de New York et leurs occupants: fasciste et totalitaire dans son essence, elle vise la société ouverte dans son mode de vie libre et ses valeurs de pluralisme. Mais elle est pire encore, si c'est possible: elle réanime des démons qui, on veut le croire, ont été écrasés en Occident et que l'histoire du XXe siècle devrait nous avoir appris à reconnaître: un «racisme de guerre», qui veut la destruction de l'État d'Israël non seulement parce que cet État est une sorte d'avant-poste de l'Occident démocratique dans l'Orient des dictatures islamiques mais surtout parce que c'est l'État du peuple juif. Comme on peut le constater par les quelques exemples que j'ai cités ci-dessus, les méfaits que cette propagande lui impute sont indissociables de la nature malfaisante qu'elle attribue aux juifs.

Les masques sont donc tombés et on ne peut l'ignorer: les terroristes palestiniens s'en prennent explicitement à Israël parce qu'ils ne veulent pas, n'ont jamais voulu, d'un État juif. Qui osera encore prétendre maintenant que, dans ce conflit, il faut distinguer entre l'antisionisme et l'antisémitisme, et que l'antisionisme est plus légitime que l'antisémitisme qui a fait la honte de l'Europe?

Comprenons-nous bien, il ne s'agit pas ici de tomber dans le travers que je dénonce et de tenter de disqualifier radicalement et de diaboliser absolument l'autre partie, l'ensemble de la population palestinienne, qui ne mérite certes pas d'être confondue avec ses segments les plus extrémistes. Il s'agit de condamner le terrorisme et l'antisémitisme qui l'inspire. Point. Nous ne pouvons continuer à nous taire et, si nous le faisons, notre silence pourra être interprété comme de l'indifférence ou de la désinvolture. Pire: comme un consentement. Un consentement à l'abomination ne peut être que moralement ignoble et politiquement désastreux.

(Annette Paquot est professeur titulaire à l'Université Laval.)

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