Communiqué Isranet
novembre
2001
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 5 •
vendredi le 30 novembre 2001
Islam : quelle humiliation ?
Fethi Benslama
Le Monde, 27 novembre 2001
Depuis les attentats du 11 septembre,
un thème explicatif domine les esprits, celui d'un islam humilié
qui répondrait par la terreur sacrificielle, en se vengeant des
Etats-Unis d'Amérique, voire de ce qu'on appelle l'Occident,
accusés d'être les auteurs de cette humiliation.
Ce motif est d'un maniement très dangereux ; il dresse, sous
les dehors d'un acte de reconnaissance d'un tort, une série de
pièges infernaux. D'abord, il infère que ceux qui ont
planifié l'attentat expriment l'islam et les musulmans et qu'ils
sont engagés dans une logique d'honneur et de dignité
à recouvrir. Quel parfait alibi pour poursuivre dans la même
voie, et quelle meilleure soudure avec le désespoir des masses
! Nous savons que l'humiliation par l'autre est un affect puissant qui
déplace les masses et permet d'impulser les logiques sacrificielles
les plus extrêmes pour recouvrer la dignité outragée.
S'il est vrai que les masses, dans le monde arabe, endurent depuis des
dizaines d'années une condition dégradante sur tous les
plans, en réduire les ressorts à l'humiliation par l'Occident
ou les Etats-Unis, c'est commettre une imposture intellectuelle quant
aux mécanismes qui ont abouti à cette condition. La victimisation
par les seules forces extérieures ne peut que détourner
l'attention des causes internes et perpétuer la position passive
qui caractérise la posture de l'humilié, en tant qu'il
reste de tout son être rivé à sa propre débâcle
sans échappée possible.
Depuis plus de vingt ans, l'actualité nous a fourni sur tous
les fronts les signes d'un délabrement politique profond du monde
arabe, qui a atteint ses structures anthropologiques fondamentales.
Un processus funeste lié à la structure du pouvoir a nourri
une pathologie dont l'énergie n'a pas fini de semer souffrance
et désolation. On n'éclairera pas les causes de ce délabrement
si l'on ne revient pas à l'évidence première de
l'existence de toute communauté humaine : la destruction du politique
engendre une cruauté qui ruine la dignité des hommes.
En ce sens, le monde arabe
est sujet de sa propre humiliation. La responsabilité principale
en incombe incontestablement à ses gouvernants. Après
une génération d'hommes politiques courageux qui ont mené
leurs peuples à affronter les puissances coloniales, à
arracher leur émancipation et à gagner le respect de tous,
a succédé une clique de "mal venus" qui se caractérisent,
à quelques exceptions près, par une combinaison de traits
infâmes : ils sont souvent incultes, corrompus, tyranniques.
Que de méfaits, que de mystifications ils ont accumulés
au sujet de leurs peuples ! Leur catalogue serait long à établir
; il est à la mesure du ressentiment et de la fureur qui s'étalent
au grand jour. Et ce n'est pas parce que leurs exactions n'ont pas pris
les formes visibles du camp et du génocide (c'est le cas pour
certains) qu'elles ne sont pas dévastatrices. De quoi est faite
cette dévastation ? De la banalité monstrueuse d'une machine
de jouissance du pouvoir associant la famille archaïque, l'Etat
répressif et l'appropriation des richesses entre les mains des
mêmes.
La richesse du monde arabe est détenue par deux cents familles
régnantes, y compris dans les pseudo-républiques. La principale
d'entre elles, la plus paradigmatique de cet état, est la famille
Saoud qui a assimilé tout un pays à ses campements. L'Arabie
est le seul Etat au monde dont le nom porte cette appropriation familiale.
Cette machine n'a pas cessé depuis trente ans d'exterminer contestation,
opposition, créativité, par la prison et la torture, par
les meurtres, par la corruption des élites et l'imposition des
normes les plus féroces de la planète. Elle a maintenu
et aggravé les formes archaïques de domination du mâle
et de la répression sexuelle. La plupart de ses membres ont exclu
les femmes de la vie politique et n'ont toléré leur présence
publique qu'emballées dans des sacs ou munies de muselières.
Si humiliation il y a, elle est donc essentiellement le fait de cette
engeance.
Depuis quelques années, sentant que la trop grande patience de
leurs peuples s'épuisait, ils ont trouvé le moyen, à
travers des médias à leur dévotion, de détourner
l'attention sur leur principal protecteur comme responsable du désespoir
qu'ils ont semé. Le thème de l'humiliation par les Etats-Unis
ou l'Occident leur permet d'échapper à leur responsabilité
de première ligne. Il faut dire que ces puissances, sans la complicité
desquelles ces régimes n'auraient pas survécu, n'ont épargné
aucune occasion pour montrer le peu de cas qu'elles faisaient des intérêts
des peuples que leurs protégés sont supposés représenter.
La forfaiture, l'inconsistance et la soumission de ces derniers ont
permis que se perpétuent les foyers d'injustice et les défaillances
du droit international.
La croissante grossièreté de ces hommes, l'indécence
de leur richesse étalée, la laideur de leurs manières
qu'ils veulent faire passer pour un patrimoine culturel, tout cela a
diffusé dans le monde une image détestable des Arabes.
Si les Etats-Unis sont haïs pour leur puissance arrogante, la représentation
des Arabes qu'ils ont propagée suscite le mépris par la
disgrâce d'un mélange d'impotence niaise et de bouffonnerie
ombrageuse. Bien évidemment, le racisme anti-arabe a trouvé
matière à s'en repaître et à retarder la
conscience dans le monde de l'injustice faite à ces peuples.
On ne soulignera jamais assez combien le pétrole a donné
une capacité de perversion et de manipulation qui a fait naître
des configurations historiques improbables. L'accaparement des richesses
et l'assujettissement de l'Etat aux intérêts particuliers
des familles et des clans rentiers les a propulsés, dans leur
archaïsme même, en avant-garde de l'ultralibéralisme
du marché mondialisé. Ils étaient archaïquement
en avance par rapport au nouvel ordre économique mondial. C'est
là que réside leur puissante alliance avec le camp néo-libéral
américain. D'autre part, on ne comprend pas pourquoi la modernité
du monde arabe s'avère si catastrophique, alors que, à
la différence d'autres régions de la planète, il
existe avec l'Europe un fonds culturel si important que nombre de penseurs
incluent le monde arabo-islamique dans l'aire occidentale.
Si nous savons que les civilisations sont mortelles, dit-on assez qu'elles
sont sujettes à des narcoses qui peuvent être fatales,
mais aussi donner lieu à des réveils où se ressource
le vouloir-vivre ? Après une longue période de léthargie,
le monde arabe va connaître à partir de la première
moitié du XIXe une période d'éveil et de désir
de modernité, qui deviendra un mouvement où les forces
de progrès vont dominer idéologiquement la société,
jusqu'à l'émancipation du colonialisme. Mais, au cours
des années 1960, les familles rentières du pétrole
ont compris que cet éveil prenait la forme d'une renaissance
dangereuse pour leur existence ; aussi ont-elles fomenté un dessein,
qui visait à lui donner un coup d'arrêt.
Profitant de la guerre
froide, des contradictions du processus de transformation, des erreurs
stratégiques des progressistes, les familles financeront l'émergence
des mouvements islamistes radicaux pour détruire les forces de
liberté, suspendre l'interprétation des textes anciens
et diffuser leurs propres valeurs. Elles réussiront au-delà
de leurs prévisions. La gauche détruite, la revendication
politique n'a plus d'autre possibilité que de passer par la formation
la plus armée émotionnellement, l'idéologie religieuse
mâtinée de nostalgie de l'âge d'or. Elle convertira
l'exclusion des masses en un puissant ressentiment contre la modernité.
Fabriquer du mensonge avec de l'argent et du sacré, voici la
prouesse idéologique des familles rentières, à
la tête desquelles on trouve le pouvoir saoudien. Issus d'une
faction qui prône un puritanisme rigoriste (le wahhabisme), qui
répudie l'islam des lumières, elle diffusera à
travers les mouvements islamistes une conception littérale de
la religion, hantée par un Dieu vengeur qui demande toujours
plus de renoncement, lequel renoncement, comme nous le savons depuis
Freud, ne peut engendrer que davantage de revendications pulsionnelles,
de répression et d'étanchement sacrificiel en boucle.
Voici encore une configuration improbable à laquelle l'histoire
donne jour : l'une des branches ultraminoritaires de l'islam, quasiment
une secte, parvient, par les moyens que lui donne la richesse du pétrole
et avec le soutien de son protecteur américain, à transformer
l'anomalie en une idéologie dominante. L'invention des talibans
était inscrite dans la logique de ce processus, que l'Arabie
saoudite a commandé de bout en bout.
Quand finira-t-on d'invoquer l'essence des peuples pour expliquer leurs
malheurs, quand cessera-t-on l'acquiescement à une condition
qui n'a pas fini d'engendrer le pire?
(Fethi Benslama est maître
de conférences de psychopathologie
et psychanalyse à l'université Paris-VII, directeur de
la revue Intersignes.)
_________________________________
Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion
de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement
au point de vue de l’Institut.
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Numéro
4 • vendredi le 23 novembre 2001
La
trahison des clercs
L’Editorial de Claude Imbert
Le Point, 16 novembre, 2001
Des Lumières à
Zola, ils menèrent, jusqu'à l'affaire Dreyfus, de courageux
combats. Mais un siècle a passé et la phalange autoproclamée
des « intellectuels » est devenue un mandarinat voué
à l'erreur.
Avant la guerre, ils firent les yeux doux au nationalisme préfasciste.
Après la guerre - sans honte ni relâche -, au communisme.
Aujourd’hui, ces rejetons dégénérés
de Voltaire, plutôt que d’« écraser l’infâme
» des fous d’Allah, font le procès de qui ? De l’Amérique!
Après Michel Foucault admirateur, jadis, de Khomeyni, voice que
leur petite troupe condamne Ben Laden du bout des lèvres mais
qu’ils vitupèrent l’Amérique à pleine
voix…« L’intellectuel français, disait Bernanos,
est si souvent un imbécile que nous devrions le tenir pour tel
jusqu'à ce qu’il ait prouvé le contraire…
»
Hélas, le maigstère de l’intellectuel pétitionnaire
pèse encore sur notre cléricature universitaire ou médiatique.
Contorsions historiques pour expliquer la frustration arabe et ses révoltes,
joie mauvaise à caresser toute promesse d’enlisement occidental,
c’est toujours la même rumination. Leur dissentiment où
il entre de la « heine de soi » et de la fascination pour
le « barbare » est constitutif de la pensée politique
française.
Les «intellectuels›› eurent jadis, il est vrai, le
mérite de conquérir des droits de l’homme étranglés,
d’ouvrir les yeux sur les misères du monde et les ratés
du capitalisme libéral. Depuis l’exaltation rousseauiste
du « bon sauvage ›› jusqu’au reniement de l’aventure
coloniale caricaturée en mise à sac du tiers-monde, leur
courant n’a cessé d’irriguer, pour le meilleur et
pour le pire, la mauvaise conscience européenne. Le meilleur
est passé. Le pire prend le dessus.
Car la promesse d’un destin alternatif s’est racornie en
culte obsessif de la déesse Révolution. Une quête
irrépressible d’absolu ! Un acharnement maniaque à
combattre la perversion, réputée intrinsèque, du
système libéral et marchand. Comme si nous ne savions
pas, aussi bien qu’eux, que notre système n’a rien
d’idéal ! Mais nous savons aussi que sa vertu est d’être
amendable et, en tout cas, « préférable »
aux autres. Comme la démocratie elle-même que notre système
est seul à dispenser.
Dans une oration prémonitoire, Aragon, magnifique écrivain
et suppôt consternant de Staline, a dit un jour: « Monde
occidental, tu es condamné à mort. Nous sommes, nous,
les défaitistes de l’Europe. Que l’Orient, votre
terreur enfin, à votre voix réponde !…» Ben
Laden a répondu!
La cohorte négationniste ne voit dans les réussites occidentales
que victoires d’exploiteurs où la dignité humaine
se dégrade sans fin. Elle tient pour négligeables les
libertés conquises et les protections assurées. C’est
avec les mêmes oeillères qu’elle respire dans la
mondialisation le complot souterrain de l’Amérique. Et
qu’elle décortique, aujourd’hui, l’attentat
de Manhattan. Elle voit l’Amérique, son bouc émissaire,
partout haïe et partout haïssable. Quelle erreur ! L’Amérique
n’est réellement « haïe » que dans une
partie limitée de la zone arabo-musulmane. Ailleurs, elle est
souvent moquée mais beaucoup enviée, et son modèle,
en Asie at en Amérique latine, fait plus d'adeptes, aujourd'hui,
qu'il y a trente ans.
Le même délire nous peint en noir un Occident acharné,
depuis les croisades, à l'oppression du monde arabo-musulman.
C'est oublier que l'Empire ottoman opprima pendant cinq siècles
la Grèce et un bon tiers de l'Europe chrétienne, et que
l'esclavage ne fut pas une exclusivité européenne. C'est
oublier que la Turquie, l'Iran, l'Arabie saoudite préservèrent
– certes avec l'accord intéressé de l'Ouest ! –
leur indépendance. Et que maintes autres nations arabes se libérèrent
à leur satisfaction de la domination ottomane. Qu'en Bosnie ou
au Kosovo l'Occident vient de protéger les musulmans malmenés
par les Serbes. C’est oublier enfin l'essentiel: le sous-développement
arabo-musulman tient plus à l'obscurantisme coranique, à
l'asservissement des femmes et à la corruption des princes pétroliers
qu'à l'oppression occidentale.
Quant à l'Amérique, ses erreurs sont en effet patentes,
portées par l'outrecuidance euphorique de celui qui est devenu
le malabar de l'Occident. Mais a-t-il voulu cette « hyperpuissance
», conquise par le dynamisme de ses immigrants et une méritocratie
severe ? Pas sûr ! Ses succès (et l'effrondrement soviétique)
la lui ont conférée sans qu'il ait pu – ou su –
élaborer une doctrine digne de son statut. Un « empire
sans doctrine impériale », dit Kissinger. Et Morand : «
Les Américains sont des Romains improvisés »…
Mais ils forment une des nations les plus démocratiques du monde.
Plus que ses fautes, c'est cette réussite-là que nos vieux
dévots ne lui pardonnent pas.
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Le
nouvel antisémitisme passé sous silence à l'UQAM
Elias Levy
Le Devoir, 15 novembre, 2001
Demain, le Centre de recherche
sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté (CRIEC)
et le Centre de droit international de Montréal (CEDIM) organisent,
à l'Université du Québec à Montréal,
un colloque sur les défis et les enjeux de l'après-conférence
internationale sur le racisme de Durban. Patrimoine Canada et le ministère
des Relations avec les citoyens et de l'Immigration du Québec
parrainent ce forum.
Plusieurs problématiques relatives au phénomène
délétère du racisme seront analysées par
les conférenciers invités à cette rencontre. Toutefois,
il est regrettable que les organisateurs de cet événement
aient complètement éludé un sujet épineux
qui a pourtant prédominé tout au long de la conférence
de Durban: l'émergence d'un nouvel antisémitisme émanant
de l'antisionisme débridé affiché par les détracteurs
de l'État d'Israël.
Un représentant de la communauté arabe proposera, dans
le cadre du colloque du CRIEC et du CEDIM, des pistes pour élaborer
une stratégie afin de lutter contre le racisme antiarabe et antimusulman.
Une réflexion nécessaire et salutaire, notamment à
un moment critique où, en Occident, on a tendance à associer
le monde musulman à l'islamisme suicidaire prôné
par ben Laden et ses séides. Parmi toutes les versions possibles
de l'islam, les Occidentaux n'ont cessé de privilégier
les fondamentalistes alors même que ces derniers sont minoritaires
dans le monde musulman. On oublie trop souvent que si le nombre fait
foi, de fait, les plus grandes communautés musulmanes au monde
sont javanaises et indiennes. Or la grande majorité des musulmans
javanais ou indiens ne pratique pas un islam littéral, qui serait
fondé sur une lecture rigoriste du Coran.
Pourquoi les organisateurs du colloque ont-ils décidé
de faire fi de l'une des dimensions cardinales du racisme contemporain,
le nouvel antisémitisme, drapé dans les oripeaux de la
rectitude politique, qui a sévi avec véhémence
à Durban? L'échec cuisant de la conférence de Durban
continue de tarauder toutes les nations qui souhaitent ardemment adopter
des moyens d'action concrets pour combattre vigoureusement le racisme
et les violations des droits de l'homme qui sont légion dans
les quatre coins de la planète.
Mais dès son ouverture, une nuée de délégués
survoltés a transformé cette conférence sur le
racisme en un tribunal impitoyable qui avait pour unique mandat d'instruire
le procès de l'État d'Israël, une entité «coloniale,
maléfique, criminelle, arrogante... » - expressions employées
par des organisations arabo-islamiques présentes à Durban
- à laquelle on a imputé sans ambages tous les maux qui
affligent l'humanité.
Une «palestinophilie»
À Durban, on a vu jaillir avec force un nouvel antisémitisme,
né dans la mouvance de la gauche autour d'une «palestinophilie»
mystique qui a aujourd'hui pour principal vecteur l'islamisme. La haine
vouée aux juifs, par Israéliens interposés, se
porte bien en ce début du troisième millénaire.
La plupart du temps, il est vrai, cette haine viscérale se déguise,
elle louvoie, elle a des pudeurs d'élégante. La langue
est riche, elle offre à l'antisémitisme un attirail d'exutoires
trompeurs et protecteurs: antisionisme, révisionnisme, nationalisme,
chauvinisme, traditionalisme, grâce auxquels, désormais,
l'interdit se dit avec le sourire.
À Durban, la haine vouée au peuple juif et à Israël
a atteint des proportions effarantes. Ce nouvel antisémitisme,
qui, depuis la guerre des Six Jours en 1967, a germé à
gauche, plus précisément dans les milieux allant du gauchisme
jusqu'à la nouvelle social-démocratie en passant par le
communisme, puise son essence dans un antisionisme absolu qui postule
qu'Israël est l'incarnation du «mal absolu», un État
paria qu'il faut absolument éradiquer du monde.
À Durban, nombreux étaient ceux qui ont affirmé
sans fard que l'annihilation de l'État hébreu atténuerait
la détresse des damnés de la Terre. Mais qui peut rationnellement
penser une seconde que la destruction de l'État d'Israël
améliorera d'un iota la situation des descendants d'esclaves
aux États-Unis ou au Brésil, celle des Afghans, des Pakistanais,
des peuples de l'Afrique noire?
Le nouvel antisémitisme exploite trois stéréotypes
antijuifs tenaces, profondément ancrés dans le subconscient
des contempteurs de l'État d'Israël, notamment dans le monde
arabo-islamique: la thèse du complot fomenté par l'impérialisme
«américano-sioniste» en vue de la domination du monde;
le meurtre rituel, commis par des «Juifs cruels et sans pitié»,
projeté aujourd'hui sur Tsahal, une armée tueuse d'enfants
palestiniens; et la banalisation de la Shoah, le génocide juif
perpétré par les nazis pendant la Deuxième Guerre
mondiale.
La stratégie négationniste est l'un des principaux corollaires
de la logique pernicieuse inhérente au nouvel antisémitisme.
Une stratégie parfaitement transparente: puisque la Shoah confère
à Israël une légitimité particulière,
il suffit de la mettre en doute, voire de la dénoncer comme un
mensonge, pour délégitimiser l'État hébreu.
Ce n'est pas non plus par hasard que le politologue juif américain
Norman Finkelstein est devenu une coqueluche adulée dans les
milieus militants et intellectuels arabes. Son pamphlet, L'Industrie
de l'Holocauste - Réflexions sur l'exploitation de la souffrance
des juifs, paru en français cette année aux éditions
La Fabrique, est désormais un livre-culte dans le monde arabo-islamique.
Finkelstein, dont les parents étaient des rescapés du
ghetto de Varsovie et des camps d'extermination nazis, est porté
au pinacle dans les cénacles intellectuels atabes et palestiniens.
En mai dernier, invité par l'Union des étudiants arabes
et palestiniens de Montréal, cet antisioniste invétéré
a prononcé dans une salle archicomble de l'université
McGill une conférence intitulée «Israël, l'Holocauste
et la Palestine».
Une conférence raciste
À Durban, les adversaires d'Israël ont jeté l'opprobre
sur la mémoire historique du peuple juif en tissant des analogies
abjectes et fallacieuses entre le comportement de l'État hébreu
à l'endroit des Palestiniens et la bestialité indicible
des nazis que les juifs subirent pendant la guerre.
Comme me l'a expliqué l'écrivain de renommée mondiale
et Prix Nobel de la paix Élie Wiesel au cours d'une entrevue
récente, «ce n'est plus un secret pour personne. Ceux qui
attaquent aujourd'hui la mémoire juive le font parce qu'ils détestent
l'État d'Israël. Puisque l'État juif se réclame
de cette mémoire, ceux qui vouent Israël aux gémonies
se doivent alors de dénigrer la mémoire historique du
peuple juif. Aux États-Unis, ceux qui écrivent des pamphlets
contre la mémoire juive sont les mêmes qui ne cessent d'attaquer
violemment et vicieusement Israël» (entrevue avec Élie
Wiesel publiée dans l'édition du Canadian Jewish News
du 8 novembre).
À Durban, la judéophobie la plus ignoble et l'antisionisme
le plus échevelé ont fait très bon ménage.
Cette conférence, qui devait combattre le racisme, s'est rapidement
métamorphosée en une conférence raciste.
Dans des milieux arabo-musulmans et de gauche, on appelle cela le nouveau
progressisme!
(L'auteur, Elias Levy, est
journaliste.)
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Le Communiqué
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Numéro
3 • vendredi le 16 novembre 2001
Mais
si, cela a à voir avec l'islam !
Salman Rushdie
Courrier International, Numéro
575, 8 Novembre, 2001
"Cela
n'a rien à voir avec l'islam." Les leaders de ce monde répètent
cette litanie dans l'espoir louable d'éviter que des musulmans
innocents ne soient victimes de représailles en Occident et aussi
parce que si les Etats-Unis veulent préserver la cohésion
de leur coalition contre le terrorisme, ils ne peuvent s'offrir le luxe
de suggérer qu'islam et terrorisme aient quoi que ce soit en
commun.
L'ennui, avec ce démenti nécessaire, c'est qu'il est faux.
Si cela n'a rien à voir avec l'islam, pourquoi ces manifestations
de soutien à Oussama Ben Laden et Al Qaida dans tout le monde
musulman ? Pourquoi ces 10 000 hommes armés de sabres et de haches
se sont-ils massés à la frontière entre le Pakistan
et l'Afghanistan en réponse à l'appel au djihad d'un quelconque
mollah ? Pourquoi les premiers morts britanniques de la guerre sont-ils
trois musulmans tombés au combat aux côtés des talibans
?
Bien sûr que si, cela a "à voir avec l'islam".
Reste à savoir ce que l'on entend exactement par là. La
plupart des musulmans ne sont pas de savants exégètes
du Coran. Pour un grand nombre d'hommes musulmans "croyants",
qui dit islam dit, d'une façon confuse et mal définie,
non seulement la crainte de Dieu - la crainte plus que l'amour, semble-t-il
-, mais aussi tout un tas de coutumes, d'opinions et de préjugés
parmi lesquels les pratiques alimentaires, la séquestration ou
quasi-séquestration de "leurs" femmes, la haine de
la société moderne en général, elle qui
déborde de musique, d'impiété et de sexe, et plus
particulièrement la haine - et la peur - de l'idée que
leur environnement immédiat ne soit conquis, "occidentoxiqué"
par le mode de vie libéral de l'Occident.
Depuis trente ans environ, des
organisations motivées regroupant des hommes musulmans (ah, que
n'entend-on la voix des femmes du monde islamique!) développent
des mouvements politiques radicaux à partir de cet humus de "foi".
Ces islamistes incluent les Frères musulmans d'Egypte, les sanguinaires
combattants du Front islamique du salut et des GIA en Algérie,
les chiites radicaux iraniens et les talibans. Ils s'appuient avant
tout sur la pauvreté, et leurs efforts ont pour fruit la paranoïa.
Cet islam paranoïaque, qui rejette sur les étrangers, les
"infidèles", tous les torts des sociétés
musulmanes et qui, en guise de remède, propose de fermer ces
sociétés au projet concurrent de la modernité,
est aujourd'hui la version de l'islam qui connaît l'expansion
la plus rapide de par le monde.
Cela ne rejoint pas entièrement
la thèse de Samuel Huntington sur le "choc des civilisations",
pour la simple raison que le projet des islamistes ne s'oppose pas seulement
à l'Occident et aux "juifs", mais aussi à leurs
coreligionnaires islamistes. Les dissensions entre les pays musulmans
sont au moins aussi profondes, sinon plus, que le ressentiment qu'ils
éprouvent vis-à-vis de l'Occident. Il serait néanmoins
absurde de nier que cet islam paranoïaque et autodisculpant exerce
une fascination idéologique considérable.
Il y a vingt ans, j'écrivais
un roman sur les luttes de pouvoir dans un Pakistan de fiction, et il
était déjà de rigueur dans le monde musulman de
rejeter tous les malheurs sur l'Occident. A l'époque comme aujourd'hui,
certaines de ces critiques étaient fondées. Mais la question
que je posais n'a rien perdu de son importance : et si les maux de nos
sociétés n'étaient pas principalement la faute
de l'Amérique, mais plutôt la conséquence de nos
propres errements ? Comment les comprendrions-nous alors ? En acceptant
notre part de responsabilité dans nos problèmes, ne pourrions-nous
pas commencer à apprendre comment les résoudre par nous-mêmes
?
De nombreux musulmans,
ainsi que des analystes laïques ayant des racines dans le monde
musulman, commencent à raisonner ainsi. Ces dernières
semaines, des voix se sont élevées dans tout le monde
musulman pour protester contre le détournement obscurantiste
de la religion. Les exaltés d'hier (dont Youssouf Islam, également
connu sous le nom de Cat Stevens) se refont aujourd'hui une improbable
virginité. Un écrivain irakien cite un satiriste de son
pays : "La maladie qui est en nous vient de nous."
Un musulman britannique écrit : "L'islam est devenu
son propre ennemi." Un ami libanais, de retour de Beyrouth,
me dit que, depuis les attentats du 11 septembre, on hésite moins
à critiquer ouvertement l'islamisme.
Cela me rappelle la façon
qu'avaient les socialistes non communistes de prendre leurs distances
vis-à-vis du socialisme tyrannique soviétique. Quoi qu'il
en soit, les premiers balbutiements de ce contre-projet ont une signification
profonde. Si l'on veut réconcilier islam et modernité,
il faut encourager ces voix jusqu'à ce qu'elles deviennent assourdissantes.
Beaucoup parlent d'un autre islam, de leur foi personnelle, privée.
Il faut rendre la religion
à la sphère du personnel, la dépolitiser, c'est
l'essence de ce que doivent comprendre toutes les sociétés
musulmanes pour se moderniser. Le seul aspect de la modernité
qui intéresse les terroristes, c'est la technologie, qu'ils considèrent
comme une arme que l'on peut retourner contre ses créateurs.
Si l'on veut vaincre le terrorisme, le monde musulman doit accepter
à son bord les principes laïques et humanistes qui sont
le fondement du moderne et sans lesquels la liberté des pays
musulmans ne restera qu'un rêve lointain.
(Cet article de Salman Rushdie est
d'abord paru dans l'édition du 2 novembre 2001 du New York Times.
Salman Rushdie est un écrivain britannique d'origine indienne,
jadis condamné à mort par une fatwa lancée contre
lui par les ayatollahs iraniens, après la publication de son
roman Les Versets sataniques .)
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Sari
Nusseibeh bouscule le credo de l'OLP
sur le sort des réfugiés
Le Monde, 10 novembre, 2001
Jérusalem de notre correspondant
Sous
les sourcils charbonneux, le regard est espiègle. Bien campé
dans son fauteuil, Sari Nusseibeh grille paisiblement ses cigarettes
en jouant avec les grains noirs d'un chapelet. C'est pourtant par lui
qu'une controverse sur le droit au retour des réfugiés
palestiniens est arrivée, à la suite d'une tribune publiée
simultanément le 24 septembre par un quotidien palestinien et
par un journal israélien. Il invitait les Palestiniens à
prendre en compte l'opposition irréductible des Israéliens
à un retour éventuel à l'intérieur de leurs
frontières reconnues internationalement, ébréchant
ainsi l'un des credos de l'OLP. Malgré les critiques et des appels
lancés au chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat,
pour qu'il le démette de ses nouvelles fonctions de représentant
de l'OLP pour Jérusalem - sui! te au décès de Faycal
Husseini -, le recteur de l'université d'Al-Qods, qui assure
s'exprimer à titre personnel, ne veut pas en rabattre.
"Si on considère que la perspective ouverte par les accords
d'Oslo, c'est de voir à terme deux Etats vivant côte à
côte, alors le droit du retour des réfugiés palestiniens
ne peut être conçu que dans le cadre de l'Etat palestinien,
à certaines exceptions près. On sait très bien
que les Israéliens n'accepteront jamais un droit au retour qui
mettrait en cause le caractère juif de leur Etat (...).
C'est la réalité. Il faut la prendre en compte, tout comme
il faut prendre en compte la question des compensations, individuelles
et collectives, et la reconnaissance publique, incontournable, par Israël,
de sa responsabilité dans cette tragédie", considère
M. Nusseibeh. "C'est seulement ainsi que l'on s'approchera
le plus près des résolutions des Nations unies sur ce
sujet." Il met en regard avec cette "! ;ligne rouge"
israélienne, celle que constitue pour les Palestiniens l'intégrité
des territoires aujourd'hui partiellement autonomes de Gaza et de la
Cisjordanie, mités par des colonies en continuelle expansion,
à l'origine, selon lui, de l'échec actuel du processus
de paix israélo-palestinien. La paix, ajoute-t-il, ne peut être
bâtie sans cela.
Le recteur reconnaît qu'il fait plus œuvre de pédagogie
que de tactique politique en abordant des questions "aussi
émotionnelles", mais il estime que la raison rapporte
parfois beaucoup plus que l'habileté. "Pendant des années,
la question de la reconnaissance d'Israël a agité l'OLP,
cela a créé de grandes tensions et de nombreux préjudices
alors que nous nous privions dans le même temps des avantages
que cette reconnaissance aurait pu apporter", assure-t-il. "Et
puis je suis convaincu que le débat sur la question des réfugiés
(...) fait son chemin dans les têtes, inconsciemment."
Né en 1949 dans l'une des grandes familles palestiniennes de
Jérusalem, ce professeur de philosophie a grandi dans l'aura
d'un père respecté, Anouar, tour à tour ministre
du premier "gouvernement palestinien" à Gaza, au début
des années 1950, professeur et ambassadeur. Ce n'est pas la première
fois qu'il joue les francs-tireurs. En 1986, sa participation à
des réunions avec une délégation du Likoud lui
avait valu d'être roué de coups par des étudiants.
"Le projet sur lequel nous travaillions (...), nous était
bien plus favorable que les accords d'Oslo, notamment sur Jérusalem-Est",
assure Sari Nusseibeh en riant. Il se dit prêt à "tester"
le premier ministre israélien, Ariel Sharon. "Il faut
que les Israéliens comprennent que (...) c'est aujourd'hui
ou jamais", estime-t-il. ! "La violence mène à
une impasse. Il n'existe que deux solutions : deux Etats, ou un seul
Etat, binational, qui signifiera donc la fin de leur projet d'Etat juif.
S'il nous apparaît que la piste de l'Etat palestinien n'est pas
possible, si les colonies continuent de se développer, il ne
nous restera plus qu'à nous retourner vers la seconde solution
et de mener une lutte pour l'égalité des droits dans un
Etat sécularisé. A terme, je ne doute pas un instant de
l'issue d'une telle lutte", prévient, de sa voix douce,
M. Nusseibeh.
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Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme et le Moyen-Orient. Les articles et
documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne
représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.
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Numéro
2 • vendredi le 9 novembre 2001
LASSITUDE,
EQUILIBRE, ET LUCIDITE
Elie Barnavi
L'Express, 8 novembre, 2001
L'ambassadeur d'Israël
à Paris, Elie Barnavi, tire les enseignements d'un sondage réalisé
par la Sofres. Leïla Chahid, déléguée générale
de Palestine en France, et l'écrivain Elias Sanbar réagissent.
Que pensent les Français d'Israël, des Palestiniens, du
conflit israélo-palestinien? Comment évaluent-ils les
responsabilités des uns et des autres dans la crise actuelle,
et quelle idée se font-ils des chances d'un règlement?
Sur toutes ces questions et bien d'autres encore, nous avions jusqu'ici
une vue plutôt impressionniste, au gré des lectures, des
intuitions et des sentiments de tout un chacun. Nous avons voulu en
savoir plus.
Du 10 au 14 septembre 2001, la Sofres a effectué pour le compte
de l'ambassade d'Israël à Paris un sondage d'opinion auprès
d'un «échantillon national de 1 000 personnes représentatif
de l'ensemble de la population [française] âgée
de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à
leur domicile par le réseau de [ses] enquêteurs.»
Il s'agissait pour nous de nous doter d'un outil d'analyse et d'information.
Le tableau d'ensemble met en scène une opinion publique française
assez lasse d'un conflit proche-oriental qui s'éternise au-delà
du raisonnable et fort sceptique sur les chances d'un dénouement
heureux. Une opinion publique, aussi, qui «ne s'en laisse pas
conter», et donc plutôt équilibrée, lucide
et critique.
L'image d'Israël
aux yeux des Français
n'est sans doute plus ce qu'elle était
dans les années 50 et 60
Une opinion publique, enfin, qui,
au terme d'une année de violences durant laquelle Israël
a été plus qu'à son tour mis sur le banc des accusés,
se montre dans l'ensemble bien plus favorable à l'Etat hébreu
qu'on n'osait l'espérer ou qu'on pouvait le craindre, c'est selon.
Ainsi, les sympathies de 26% des sondés vont plutôt à
Israël (19% aux Palestiniens, 11% aux deux, 35% à aucun
des deux). Et, si l'image d'Israël aux yeux des Français
n'est sans doute plus ce qu'elle était dans les années
50 et 60, elle reste globalement positive, puisque 44% des Français
nous conservent leur sympathie. C'est moins que les Etats-Unis, avec
77% (il y aurait d'ailleurs des choses à dire sur l'antiaméricanisme
supposé des Français), l'Egypte (64%), le Maroc (64%)
et la Russie (50%), mais plus que la Jordanie (36%), le Liban (34%),
la Palestine (32%), la Syrie (21%) et l'Iran (14%). L'étude par
catégories d'âge et de sexe, de niveau d'éducation
et d'appartenance socio-professionnelle, partisane et confessionnelle
aide à brosser un portrait-robot du Français sympathique
à Israël: adulte, de sexe masculin, catholique non pratiquant
(il est vrai que la catégorie «autre religion» -
35% d'opinions favorables - risque d'être fortement influencée
à la baisse par la disproportion entre l'islam, deuxième
religion en France, et toutes les autres, judaïsme compris), issu
des classes moyennes et plutôt cultivé.
Sur les principaux chapitres du contentieux israélo-palestinien,
l'opinion française se montre très partagée, avec
d'ailleurs une forte proportion d'indécis. Sur le statut de Jérusalem,
un quart des Français contre 17% sont plutôt favorables
à la position d'Israël. La propagande arabe ne semble pas
avoir réussi à convaincre les Français que, comme
l'a affirmé brutalement un des négociateurs palestiniens
à Camp David, «les Juifs n'ont rien à faire sur
le Haram el-Sharif [le mont du Temple]». En revanche, la présence
israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza n'enthousiasme
guère les Français: s'il se trouve tout de même
15% de Français pour se dire plutôt favorables à
la position d'Israël sur la question des implantations, 36% sont
plutôt favorables aux thèses palestiniennes (remarquons
tout de même que près de la moitié - 49% - sont
sans opinion sur ce sujet, pourtant abondamment présenté
par la presse comme crucial dans la crise actuelle). Enfin, 27% sont
plutôt favorables à la position des Palestiniens sur la
question essentielle du retour des réfugiés contre 18%
et 55% sans opinion. Il nous faudra expliquer sans relâche à
l'opinion française notre opposition absolue et unanime, tous
partis et courants de pensée confondus, à ce «droit»
aux allures benoîtes et compatissantes. Car ce n'est pas d'idéologie
qu'il s'agit: l'acceptation du «principe» du retour signifierait
la négation de la légitimité de l'Etat d'Israël;
sa réalisation passerait nécessairement par la disparition
pure et simple de l'Etat juif.
Curieusement, c'est dans un domaine où nous attendions une quasi-unanimité,
tellement il semble relever de l'évidence, du bon sens, que surgit
la surprise la plus désagréable: la démocratie.
En effet, seuls 34% des Français estiment que le vocable «démocratique»
s'applique davantage aux Israéliens qu'aux Palestiniens. Certes,
8% seulement pensent le contraire; mais ils sont 21% pour juger qu'il
s'applique autant à l'un qu'à l'autre, et à peine
plus (22%) pour estimer qu'il ne s'applique ni à l'un ni à
l'autre. Au total, donc, la démocratie israélienne trouve
grâce aux yeux de 55% des Français, ce qui est peu. C'est
là qu'on mesure le mieux les ravages de l'Intifada sur une opinion
publique abreuvée d'images guerrières qui collent mal
avec l'image irénique que l'Occident se fait de la démocratie.
«Seuls 27% des
Français pensent
qu'"Israël ne fait qu'éliminer des terroristes"»
Pour autant, et sans doute pour
les mêmes raisons, l'Intifada a une image déplorable: 24%
des Français l'approuvent tout à fait (3%!) ou l'approuvent
plutôt, alors qu'ils sont 56% à la désapprouver
tout à fait (28%) ou à la désapprouver plutôt.
Manifestement, les porte-parole palestiniens et leurs relais français
n'ont pas réussi à convaincre l'opinion publique que la
violence palestinienne s'apparentait à une forme de résistance
légitime à l'occupation israélienne.
Plus généralement, la violence provoque une réaction
de rejet, et ce d'autant plus que des négociations prometteuses
paraissaient devoir y mettre un terme. En effet, à la question:
«Quand vous voyez sur une photo ou à la télévision
des civils israéliens blessés ou tués dans un attentat
commis par un Palestinien, laquelle de ces deux phrases correspond le
mieux à votre réaction?», 39% répondent qu'il
«est honteux que les Palestiniens tuent des civils innocents»,
34% préfèrent l'affirmation que «les Israéliens
tuent également beaucoup de civils palestiniens innocents»,
et 27% se disent «sans opinion», ce qui en l'occurrence
me semble plutôt une manière de ne pas prendre position.
Pis, nous n'avons apparemment pas réussi à persuader l'opinion
française du bien-fondé de la politique d'attaques ciblées,
puisque seuls 27% des Français pensent qu'«Israël
ne fait qu'éliminer des terroristes», alors qu'ils sont
43% à les assimiler à des «assassinats» et
30% à ne pas se prononcer.
En revanche, et comme on pouvait s'y attendre, la forme de violence
la plus odieuse aux yeux de l'opinion française est l'attentat-suicide:
faisant justice de la thèse du «désespoir»
(11%), qui rendrait compte (et, au passage, légitimerait) ces
actes de barbarie, les Français y voient massivement «une
preuve de fanatisme» (83%). Mais ils n'aiment pas non plus le
rôle des enfants dans l'Intifada. A la question: «Quand
vous voyez sur une photo ou à la télévision un
enfant palestinien blessé ou tué par les soldats israéliens,
laquelle de ces deux phrases correspond le mieux à votre propre
réaction?», 34% rejettent la faute sur Israël («C'est
honteux que les soldats israéliens tirent sur des enfants»),
mais 46% trouvent «honteux que les Palestiniens envoient des enfants
se battre contre les soldats israéliens».
Mais qui est responsable de l'impasse actuelle? Le verdict est sans
appel: Israéliens, Palestiniens, Américains, pays arabes,
tous coupables, à parts à peu près égales
(respectivement 83%, 80%, 76% et 77%). Viennent ensuite des vilains
plus inattendus: les grandes organisations juives dans le monde (sans
doute à cause de la puissance prêtée au lobby juif
américain), la Grande-Bretagne (vieux souvenir du mandat britannique?),
l'Union européenne (trop passive?) et la Russie (pourquoi pas?).
Et à qui faut-il imputer l'échec des négociations
de paix? Peut-être parce que pendant longtemps la seule version
des faits publiée a été palestinienne - parce que
le gouvernement Barak, amer et déçu, a tourné le
dos à Camp David; et que celui de Sharon n'avait nulle raison
de le défendre - les Français renvoient dos à dos
Israéliens et Palestiniens: si 8% pensent que la responsabilité
en incombe aux Israéliens et autant aux Palestiniens, ils sont
75% à estimer qu'elle est partagée.
Et l'avenir? Sans surprise, les Français pensent que la solution
du problème passe par la coexistence de deux Etats dans la région
(83%). Seuls 3% jugent qu'il ne devrait y avoir qu'un Etat israélien,
et à peine 1% pour penser qu'un Etat palestinien suffirait. Mais
ils sont terriblement pessimistes: peu (16% contre 68%) croient à
la volonté sincère d'Israël d'accepter l'existence
d'un Etat palestinien (en fait, tous les sondages israéliens
disent exactement le contraire), encore moins font confiance aux Palestiniens
pour accepter sincèrement l'existence d'Israël (14 contre
70), et guère nombreux sont ceux qui en jugent capable le monde
arabe dans son ensemble (16 contre 62). Enfin, à la question
de savoir si, à leur avis, il y aura un jour une paix durable
entre Israël et les Palestiniens, seuls 25% des Français
se prononcent par l'affirmative, alors que 63% répondent «non»
et 12% haussent les épaules. On comprend que, par les temps qui
courent, l'optimisme se porte mal. Mais je veux rassurer les Français:
il n'est pas de conflit éternel - après tout, même
la guerre de Cent Ans n'a duré que cent seize ans... Ce conflit
s'achèvera donc bien un jour, comme les autres, et d'ailleurs,
nous y étions presque. Aussi bien, je ne doute pas que la raison
finira par reprendre le dessus, même si, à en croire un
grand diplomate qui s'y entendait, les nations ne se résignent
aux solutions de sagesse qu'après avoir essayé toutes
les autres.
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Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion
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Numéro
1 • vendredi le 2 novembre 2001
QUELS
BUTS POURSUIT MANLEY?
Norman Spector
La Presse, 30 octobre 2001
Dans le cadre de ses nouvelles
fonctions au sein du Cabinet, qui sont d'assurer la sûreté
et la sécurité des Canadiens, on peut s'interroger sur
le but de la visite de John Manley à Tel-Aviv et Téhéran
cette semaine.
John Manley s'arrêtera en Iran et en Syrie, deux pays qui figurent
sur la liste des commanditaires du terrorisme, dressée par les
Américains. Ce sont deux pays qui élèvent les tueurs-kamikazes
du Hamas au rang de «défenseurs de la liberté»
lorsqu'ils fixent des explosifs à leur ceinture et font sauter
des mères et leurs enfants dans des pizzérias. Ils maintiennent
qu'Israël est un État terroriste lorsqu'il réagit
à ces attaques. La Syrie abrite toute une variété
de terroristes, notamment les membres du groupe responsable de l'assassinat
du ministre du Tourisme d'Israël. L'Iran n'appuie pas l'appel du
Canada pour la création d'un État palestinien voisin d'Israël,
souhaitant plutôt que la Palestine remplace celui que les Iraniens
appellent «le petit Satan». Lorsque l'Iran déclare
que l'occupation de la Palestine est la cause du conflit, il sous-entend
que l'existence d'Israël en est la vraie raison. Pour soutenir
son argument, l'Iran fournit des armes au Hezbollah pour qu'il mène
l'attaque sur sa frontière nord. (...)
Si ce n'est déjà fait, M. Manley devrait obtenir une traduction
des messages diffusés et des fatwas écrites par ben Laden.
C'est une erreur de considérer ce dernier seulement comme un
lunatique ou un anarchiste.
Si déraisonnables soient-elles, le chef de l'Al-Quaeda a bel
et bien des revendications territoriales. En fait, en ce qui a trait
au territoire situé entre le Jourdain et la Méditerranée,
ses objectifs sont les mêmes que ceux du Hamas. Aucun ne veut
d'un État palestinien vivant en harmonie avec son voisin juif.
Les deux considèrent que ce territoire est un waq'f, relevant
exclusivement des Musulmans, et que l'existence d'Israël est une
hérésie.
Il est certain que ben Laden poursuit un objectif territorial. Il veut
que les É. -U. et la Grande-Bretagne cessent de bombarder l'envahisseur
du Koweït, l'Irak. De plus, il veut qu'ils se retirent du Moyen-Orient,
de la région du golfe Persique et de ses pays pétroliers
- et surtout de l'Arabie Saoudite, le plus riche d'entre eux.
Ben Laden semble n'avoir aucune difficulté à recruter
des kamikazes saoudiens riches, instruits et prêts à tuer
des Américains. De plus, tout comme le Hamas, il n'a aucun scrupule
à prendre pour cible des civils. Pour justifier leurs actes,
ils invoquent tous les deux une interprétation extrême
de l'islam qui glorifie le martyre - et qui promet soixante-douze vierges
aux jeunes hommes qui font sauter des adolescents dans une discothèque
ou des employés de bureau dans un gratte-ciel.
Manley dit comprendre la «frustration» d'Israël. Espérons
qu'il saura dire à Yasser Arafat que le temps est venu pour lui
de décider de se ranger du côté des terroristes
ou de celui des Américains et de leurs alliés, même
si sa popularité est le prix qu'il doit payer. Ce n'est qu'alors
que le monde saura s'il dirige un régime semblable à celui
des talibans ou s'il est prêt à entreprendre de nouveau
des négociations de paix. Des centaines de Palestiniens sont
morts inutilement l'an dernier. Bien qu'il exerce depuis peu ses nouvelles
fonctions, M. Manley doit également comprendre que les Israéliens
ont eux aussi payé très cher, avec une succession de premiers
ministres au fil des années, dont l'un a été assassiné.
Et aussi en nombre de victimes: proportionnellement, le nombre de juifs
israéliens et d'arabes tués l'an dernier est plus élevé
que le nombre de victimes de l'attentat du 11 septembre.
Du sang, c'est du sang, monsieur Manley.
Arafat, le seul interlocuteur?
Israël a demandé à plusieurs reprises que le leader
palestinien démantèle les cellules du Hamas et qu'il en
emprisonne les acteurs comme il a promis de le faire dans le traité
de paix d'Oslo en 1993. Ce n'est qu'en raison de ce refus d'Arafat qu'il
a été décidé de les capturer «morts
ou vifs».
John Manley affirme qu'Arafat est le seul «interlocuteur auquel
ils ont accès pour tenter de parvenir à une résolution
pacifique du problème palestinien». En réalité,
les Israéliens tentent depuis 1993 de savoir si cela est vrai.
Personne, incluant Manley, ne peut encore affirmer qu'Arafat soit disposé
à reconnaître la légitimité d'un état
juif au Moyen-Orient.
La bonne nouvelle est que la plupart des Israéliens acceptent
encore aujourd'hui que deux peuples doivent se partager ce territoire.
C'est pourquoi leur gouvernement n'a pas renversé Arafat et qu'il
se contenterait de l'extradition des terroristes (sujet dont George
Bush refuse de discuter avec les talibans). Et c'est pourquoi Israël
a choisi de mener des raids ciblés et mesurés, lancés
par des forces spéciales, plutôt que de procéder
aux attaques aériennes généralisées menées
aujourd'hui en Afghanistan, avec des résultats discutables.
Ainsi, les Américains courent donc beaucoup moins de risques
que les soldats israéliens et les espions sur le terrain. Les
attaques de la semaine dernière ont fait beaucoup plus de victimes
civiles en Afghanistan qu'en Palestine. Alors que M. Manley s'est opposé
à l'incursion israélienne, il n'a toutefois pas critiqué
nos alliés américains pour ces «dommages de guerre».
Et il n'a pas à le faire, compte tenu des limites de notre participation
militaire et de notre expérience en contre-terrorisme. Cependant,
il ne devrait pas se montrer aussi empressé de prêcher
aux Israéliens qui vivent une situation dont aucun ministre canadien
ne peut apprécier le danger.
Dans le cadre de ses nouvelles responsabilités ministérielles,
il devra bientôt affronter une fraction de la menace terroriste
à laquelle les Israéliens font face chaque jour. En attendant,
il devrait simplement leur rappeler qu'en raison de la guerre menée
en Afghanistan, il serait préférable qu'ils fassent preuve
de la plus grande retenue au Moyen-Orient - et qu'ils s'assurent de
ne pas être vus sur les écrans de télévision
du monde islamique.
Secrétaire général du premier ministre Brian Mulroney
durant la guerre du Golfe, l'auteur a été ambassadeur
du Canada en Israël et le premier représentant du Canada
auprès de l'Autorité palestinienne à Gaza.
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Conseil
editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ) |
Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
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