Communiqué Isranet
mars
2002
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 21 •
vendredi le 22 mars, 2002
Veuillez prendre avis que
nous ne publierons pas de Communiqué Isranet le vendredi 29 mars,
en raison des congés de Pessah. Les activités reprendront
cours à compter du 5 avril.
"
Les nouveaux visages, rouge et vert, de l'antisémitisme "
Alexandre del Valle
Centre d'Information et de Documentation
sur le Moyen-Orient (Bruxelles), 20 mars 2002
Après
le 11 septembre 2002, une idée à notre avis fort dangereuse,
a germé dans les conscients et inconscients collectifs "
stokholmisés " de nombreuses âmes européennes,
à savoir la conviction selon laquelle, en fin de compte, "
la colère " de Ben Laden, des Islamistes et des Arabes-Palestiniens-Irakiens,
etc en général, est en partie compréhensive et
n'est peut être que la conséquence de " l'arrogance
" américano-occidentale et du " colonialisme-raciste
" israélien, Al Qaïda ou le Hamas ayant voulu "
venger " la misère des enfants irakiens et le " martyr
du peuple palestinien ". Aux termes de ce terrible raccourci exonérateur,
la barbarie islamiste, la nature totalitaire de cet " obscurantisme
vert ", en ressortent niées, oubliées, occultées.
Syndrome de Stokholm
et instrumentalisation-retournement de la Shoah au service du Totalitarisme
islamiste
D'après nous, ce phénomène
consistant à trouver des circonstances atténuantes aux
bourreaux et à accabler les victimes, trouve en partie ses origines
dans une forme renouvelée de haine antijuive doublée d'une
haine de soi de la part des populations occidentales déchristianisées.
Celles-ci voient dans l'islamisation progressive de leurs sociétés
une sorte de rédemption-punition visant à expier les fautes
passées : Croisades, Inquisition, colonialisme, impérialisme,
Shoah, etc, le " sionisme " apparaissant, qu'on en soi solidaire
ou non, au sein des représentations arabo-islamiques et d'extrême-gauche,
comme la continuation et l'incarnation moderne la plus éclatante
de l'arrogance européenne et occidentale. Une forme d'autant
plus détestable et à combattre qu'elle constitue, avec
l'Amérique WASP, la partie la moins culpabilsée et la
plus apte à se défendre de la civilisation occidentale,
l'Europe semblant avoir d'ores et déjà renoncé
à demeurer dans l'Histoire (exceptée peut être la
Russie de Poutine). D'une certaine manière, la haine anti-sioniste
et anti-américaine primaire, propre à une certaine gauche
radicale, exprime le sentiment de haine de soi et de désir de
mort propre aux sociétés déclinantes...
Nous nous attarderons en particulier
au cours des lignes qui suivent sur le thème de la nouvelle judéophobie,
dans la mesure où - paradoxe apparent, seulement - ce sont ceux
là même qui ont le plus instrumentalisé la Shoah
et les douleurs du peuple juif, à savoir l'extrême gauche
et la gauche internationaliste en général, qui oeuvrent
le plus aujourd'hui dans le sens d'une diabolisation des Juifs, via
l'Etat d'Israël et le sionisme dont ces derniers sont solidaires,
relayant ainsi directement les thèmes de propagande d'Oussama
Ben Laden qui n'a pourtant jamais été préoccupé
par le sort des Palestiniens.
D'après nous, la plus
haute forme de judéophobie post-holocauste consiste à
retourner la Shoah contre ses victimes historiques juives : Israël,
assimilée à un " Etat fasciste ", est accusée
de perpétrer une nouvelle Shoah contre les Palestiniens, qui
ont traduit Shoah par Naqbah (" catastrophe " en arabe et
en hébreux) et commémorent leur " catastrophe "
(la création d'Israël) à la même date, cependant
que la Shoah est profanée puis utilisée comme principe
de délégitimation-disqualification définitive du
fait national et de la civilisation occidentale judéo-chrétienne
en général rendus responsables originels de la Shoah.
La récente surenchère médiatico-politique contre
l'Etat d'Israël et le Sionisme, voire contre les Juifs tout court,
accusés d'être solidaires de la politique " fasciste
" de Sharon, aura au moins permis de désocculter et révéler
au grand jour l'extraordinaire perfidie et les arrières pensées
judéophobes des antisionistes d'extrême gauche, premiers
complices idéologiques du nouveau Totalitarisme islamiste lancé
à l'assaut des démocraties occidentales, et maîtres
suprêmes en hypocrisie puisque leur démagogique judéophilie
tactique et orientée masque en fait une judéophobie "
relookée " et sournoise.
La mutation " progressiste
" du virus antisémite
Au moment où paraît
le dernier livre de Pierre André Taguieff, La nouvelle judéophobie
(Fayard), livre magistral identifiant les deux principaux foyers de
la nouvelle haine anti-juive dans l'extrême gauche et les mouvances
nationalistes arabes et islamistes, il apparaît opportun de clarifier
un certain nombre de concepts et d'idées, à commencer
par la notion même d'antisémitisme, à la fois si
ambivalente et porteuse de confusions. Car, en ce qui concerne le sujet
qui nous intéresse tout particulièrement, la judéophobie
d'origine arabo-islamique ou exprimée chez les tiersmondistes
de gauche avec le prisme de " l'antisionisme ", l'utilisation
même du terme antisémitisme permet aux anti-juifs musulmans
et à leurs complices objectifs pro-arabes et pro-palestiniens
'extrême gauche de rétorquer : " nous ne pouvons pas
être antisémites, puisque les Arabes sont plus sémites
encore que les Juifs, souvent d'origine européenne comme les
Ashkénazes, nous ne sommes qu'antisionistes ". Parler de
" nouvelle judéophobie " permet d'invalider cette argumentation
sémantique habile pour aller droit au but.
Il va sans dire que le traditionnel
antisémitisme (entendu ici comme haine anti-juive) d'essence
racialiste (Edouard Drumont, conceptions nazies, etc) ou catholique
(maurrassisme, doctrine des Juifs " déicides ", etc),
tel qu'il a pu se manifester et surtout s'exprimer jusqu'à la
seconde guerre mondiale, n'existe plus en France et en Europe, les Chrétiens
ayant globalement abandonné les théories relatives aux
Juifs déicides tandis que l'antijudaïsme racialiste à
la Rosenberg n'est plus le fait que de groupuscules extrémistes
aussi ridicules que marginaux, incapables de nuire physiquement aux
Juifs et souvent même discréditées au sein même
de leurs familles politiques. Comme nous le confiait récemment
le Président d'Avocat Sans Frontières, William Goldnadel,
auteur
d'un essai remarquable et fort politiquement incorrect " Le nouveau
bréviaire de la haine (Ramsay) ", c'est principalement "
au nom de l'extrême gauche terroriste (Action Directe, Groupe
Carlos, Bande à Baader, Armée Rouge japonaise, etc) et
de l'Islamisme ou du nationalisme arabo-palestinien (Gamaà, Al
Qaïda, GIA, Jihad islamique, Hezbollah, Hamas, etc) qu'a coulé
le sang juif ces vingt dernières années, et non au nom
de l'extrême droite, fusse-t-elle antisémite "...
Comment expliquer une telle dyssimétrie,
un tel deux poids deux mesures ? Pourquoi un juif tué ou agressé
par l'extrême gauche ou des " jeunes " arabo-musulmans
serait-il moins victime et moins à défendre qu'un Juif
agressé et tué par l'extrême droite ? La raison
est en fait assez évidente. Dans les représentations d'une
certaine gauche sartrienne, trotkyste, mondialiste et tiersmondiste
à la Foucault, les Juifs ont toujours été choyés
démagogiquement et instrumentalisés parce qu'ils étaient
perçus exclusivement comme des victimes apatrides persécutées
par le nationalisme et par l'Etat-nation en général...Si
bien que s'est développée une équivalence infernale
assimilant la Nation, l'Etat et l'ordre au fascisme et même au
nazisme, donc au Mal absolu, à abattre au moyen du radicalisme
révolutionnaire mondialiste. Toute cette idée est exprimée
à travers l'expression terriblement dévastatrice "
CRS SS ". Mais dès lors que les Juifs, voulant par là
résoudre définitivement la question antisémite
avec le sionisme puis menant à bien cette aventure avec la création
de l'Etat juif en 1948, accèdent à nouveau à une
dimension stato-nationale, bref, dès lors qu'ils s'identifient
à un Etat, qui défend jalousement ses frontières
(notamment depuis la date charnière de 1967) et fait régner
un Ordre, jusqu'à être fier de son armée - et quelle
armée - (ce qui bat en brèche le mythe du Juif pleutre
et réfractaire à la chose militaire) et de son uniforme
(horreur bsolue puisque les Nazis portaient l'uniforme !), la figure
du Juif intrinsèquement apatride, dont la douleur est instrumentalisée
sans vergogne our justifier les thèses marxistes anti-nationales
et révolutionnaires, disparaît, au profit d'une nouvelle
victime apatride, d'une nouvelle figure victimaire essentialisée
sans Etat: le Palestinien, l'Arabe, le Musulman.
Or si l'Arabe est la nouvelle
victime absolue sans Etat et le Juif israélien le/son nouveau
bourreau-nationaliste par excellence, et si l'incarnation la plus "
arrogante " de la réalité nationaliste " blanche
" apparaît être Israël, on assiste à un
véritable renversement des rôles selon lequel l'Arabo-musulman
est le " nouveau juif " exotique victime du racisme blanc
et le Juif sioniste " le nouveau nazi-raciste ". Ce nouveau
mythe répulsif s'exprime à travers ce syllogisme accablant
: " Israël est un Etat fasciste et raciste ; les Arabes sont
ses victimes innocentes ; or les Juifs sont massivement solidaires de
cet Etat soumis à la reductio ad Hitlerum ; donc les Juifs sont
des racistes et des Nazis "... Les nouveaux visages de l'antisémitisme
" relooké " ne sont donc plus seulement bruns, mais
de plus en plus verts. Les Juifs incarnent aujourd'hui, à travers
Israël, le camp de " l'oppression colonialiste " et nationaliste,
les Palestiniens étant quant à eux les " rebelles-opprimés
" par excellence, les nouveaux David arabes luttant le Goliath
Tsahal, les nouvelles victimes musulmanes a priori, essentielles, donc
jamais réellement coupables, même lorsqu'elles optent pour
la barbarie terroriste, puisque certains trouvent des excuses et des
circonstances atténuantes à Ben Laden, au Hezbollah ou
au Hamas. Ces nouvelles victimes essentielles vertes, " humiliées
" par l'impérialisme " américano-sioniste "
ne font en effet que " résister " contre un Etat hébreux
" fasciste ", incarnant le nouveau Mal fascistoïde absolu.
Tel qu'elle s'exprime en France
et en Europe, cette nouvelle judéophobie est sans conteste bien
plus sournoise que l'antisémitisme de l'entre deux guerre, dans
la mesure où elle se cache derrière de nouveaux habits
légitimateurs " progressistes " (tiersmondisme, anti-racisme,
anti-impérialiste, islamophilie, xénophilie sélective,
gauchisme révolutionnaire, etc), et tend à se présenter
comme une réaction face au " racisme sioniste ", que
d'aucuns voulaient condamner unilatéralement à Durban.
Là, se déroula cet été une incroyable conférence
mondiale initialement prévue pour condamner toutes formes de
racisme et d'esclavagisme et qui tourna, sous la pression des nations
musulmanes du tiersmonde, au tribunal anti-occidental et antisioniste,
seuls les racismes européen et israélien puis l'esclavage
occidental ayant été identifiés et condamnés.
On réhabilitera alors la résolution de l'ONU assimilant
le sionisme au racisme, comme si les Etats islamistes et esclavagistes
du Golfe, sans parler du Soudan génocidaire ou du Nigéria,
n'étaient pas encore plus racistes que le seul Israël qu'on
le veuille ou non démocratique.
Qu'on le veuille ou non, les
nations musulmanes du monde entier sont de plus en plus gagnées
par l'idéologie revancharde et haineuse de l'islamisme, pour
lequel la totalité des maux dont souffrent les ploutocraties
du Dar al Islam sont dus à égalité aux "croisés-colonisateurs
" européens et aux " américano-sionistes ",
d'où l'expression chère à Ben Laden : " les
Juifs et les Croisés ". Dans le monde islamique comme en
Occident, qui abrite désormais des millions de Fidèles
d'Allah, lorsque les jeunes musulmans fanatisés par les propagateurs
du nouveau " totalitarisme vert " ne passent pas à
l'acte, on les entend se réjouir du terrible sort des victimes,
en grande partie juives, de l'attentat du World Trade Center et du Pentagone,
tandis que d'autres, apparemment moins violents, rebaptisés "
jeunes ", peuvent crier sans vergogne " Mort aux Juifs "
place de la République, lors de manifestations " antisionistes
" et " antiracistes " (octobre 2001), sous les habits
légitimateurs et déculpabilisants du MRAP (partie prenante
à la fameuse manifestation pro-palestinienne où l'on entendit
des appels à la haine antijuive) et de l'extrême gauche
" antisioniste "...
Comme on le constate chaque jour,
l'antisémitisme ne sévit plus uniquement dans les couloirs
explicitement haineux de l'antisémitisme racialiste, puisque
c'est désormais l'extrême-gauche et toute une partie de
la gauche qui renoue, sous prétexte de dénoncer les outrances
passées et présentes de Sharon, mélange de "
Lepen juif " et de " Milosevic israélien ", avec
un " antisionisme radical " que l'on croyait dépassé
depuis la fin des
" années de plomb " (âge d'or du terrorisme antisioniste
d'extrême gauche) et qui légitime de facto l'antisémitisme
et le totalitarisme arabo-islamistes. On se souvient également
de Lionel Jospin, caillassé, rappelé à l'ordre
par le Quai d'Orsay et ses camarades du PS, après avoir osé
dénoncé la nature terroriste du Hezbollah, officiellement
consacré " force de résistance " contre Israël.
Ou encore d'un rapport interne du PS rédigé par le
" monsieur géopolitique " du Parti socialiste, Pascal
Boniface, exortant la Gauche d'abandonner progressivement l'électorat
juif (700 000 personnes à tout casser) au profit de l'électorat
arabo-islamique, potentiellement équivalent à 5 millions
d'âmes... En vertu de cette grille de lecture, la solution au
" problème sioniste ", nouvelle transposition du "
problème juif " de Marx, n'est autre qu'une disparition
de l'entité qui pose problème, l'Etat hébreux,
bref, sa disparition, car pour les antisionistes radicaux d'extrême
gauche et arabo-islamiques, c'est bien l'idée même de l'Etat
juif-occidental en plain cour du tiersmonde arabe, qui est rejetée.
En termes clairs, c'est une " nouvelle solution finale " qui
est implicitement proposée par les " nouveaux judéophobes
", Ben Laden et les Islamistes radicaux étant quant à
eux carrément explicites puisqu'ils appellent à "
tuer les Juifs et les
Croisés américains...partout où ils se trouvent
". Comme on le voit, entre Rouge et Verts, la convergence idéologique
antisioniste et anti-américaine constitue plus qu'un simple terrain
d'entente. Elle fonde la crainte de nombreux services de renseignements
occidentaux qui redoutent une complicité terroriste entre les
réseaux
islamistes radicaux et les structures terroristes d'extrême gauche
de type " néo-brigadistes ".
Gare au " nouveau
Munich islamiste "
Il ne faudrait pourtant pas s'y
méprendre : " lâcher " Israël ou se désolidariser
des Etats-Unis, comme le préconisent représentants occidentaux
de mouvances pro-arabes et tiersmondistes, ne calmera pas plus l'hydre
islamiste que les accords de Munich ne dissuadèrent Hitler de
poursuivre ses forfaits. Et ceci pour deux raisons : premièrement,
le totalitarisme islamiste n'a pas Israël pour seule cible, le
monde de la " mécréance ne faisant qu'un " (millatun
kufru wahida) : Inde, Israël, Russie, Union européenne,
Etats-Unis sont une seule et même réalité anti-islamique
pour les fanatiques d'Allah. Deuxièmement, toute désolidarisation
au sein du monde occidental, dont fait intrinsèquement partie
la société israélienne - plus qu'à moitié
européenne et fondée par des gens originaires d'Europe
de l'Est et centrale - serait perçue, par les Islamistes, comme
une marque de faiblesse et un encouragement à redoubler de violence
contre les " Judéo-croisés ".
Faudra-t-il que surviennent de
nouveaux attentats, déjà redoutés, comme ceux du
11 septembre pour que les Occidentaux réalisent que les fascistes
islamistes qui ont frappé Manhattan sont de la même engeance
et sont financés par les mêmes émirs saoudo-wahhabites
- " amis de l'Occident " - que ceux qui sèment la haine
et la terreur d'Allah au Cachemire, en Tchétchénie ou
en Israël ? Faudra-t-il d'autres drames encore plus meurtriers
pour que l'on comprenne le cri du pourtant très pacifiste Shlomo
Ben Ami, ancien Ministre israélien des affaires étrangères,
lequel nous expliquait récemment que l'on ne peut négocier
avec des ennemis de la négociation, qu'Israël ne pourra
rien obtenir de l'OLP de Yasser Arafat, tant que ce dernier subira les
pressions toujours plus
hégémoniques et menaçantes du totalitarisme islamiste,
dont les Musulmans, notamment palestiniens, demeurent les premières
victimes?
(Alexandre del Valle, géopolitologue,
est notamment l'auteur de l'essai
"Guerres contre l'Europe", paru récemment aux éditions
des Syrtes, où sont
décrits les réseaux islamistes terroristes dans le monde
et en Europe. Il prépare actuellement un Dictionnaire de l'islamisme
[Plon] avec Antoine Sfeir et les meilleurs spécialistes français
de l'islamisme, ainsi que deux nouveaux ouvrages sur le Totalitarisme
islamiste face aux démocraties [Syrtes, 2002] et Vert-Brun-Rouge
: l' islamisme et la convergence des totalitarismes [Syrtes, 2003])
Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion
de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement
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Numéro
20 • vendredi le 15 mars, 2002
NOUS
RÉCUSONS LES DISCOURS FRANÇAIS
France-Israel Information, Novembre-Décembre
2001
Les membres de l'Association
France-Israël, réunis en Assemblée générale
à Paris le 25 novembre 2001, ont adopté à l'unanimité
(environ 300 voix) les RÉSOLUTIONS SUIVANTES :
1. Nous adressons à tous les Israéliens l'expression de
la solidarité des Français qui, plus que jamais, considèrent
Israël comme "notre ami et notre allié".
2. Nous prétendons que les traîtrises terroristes qui frappent
Israël en permanence sont des actes de guerre. Elles sont la suite
programmée de l'éducation à la haine que l'Autorité
palestinienne n'a cessé de dispenser à ses enfants en
les condamnant à devenir des adultes barbares. Nous exigeons
donc que les autorités françaises et européennes
mettent fin aux financements que, en connaissance de cause, elles ont
accordé à la télévision et à l'éducation
palestiniennes.
3. Nous soulignons que c'est pour des raisons éthiques qu'Israël
ne réprime pas les émeutes avec la brutalité dont
les États sont coutumiers. En 1961, nous le rappelons à
titre d'exemple, quand Bourguiba a envoyé la foule occuper la
base de Bizerte plus tôt que convenu, la répression des
émeutes par la France a fait, en trois jours, plus d'un millier
de morts tunisiens et une trentaine de morts français. Aucun
État n'a de titres à donner des leçons à
Israël.
4. Nous exprimons notre effroi et notre révolte devant le climat
socio-politique insidieusement anti-israélien qu'autorise en
France, dans la plupart des médias et des organes de l'État
(dont l'AFP), la partialité de notre politique étrangère
au Proche-Orient. Sans nier que le sort des Palestiniens appelle une
solution, comme celui de dizaines de millions d'autres hommes dans le
monde, nous récusons les discours français qui prétendent
faire une juste balance entre Israël et une Autorité palestinienne
haineuse, belliqueuse, fourbe, corrompue et corruptrice.
5. Nous rappelons avoir mis en garde nos autorités, depuis des
années, contre la dose d'antijudaïsme que leur politique
induisait dans notre pays. Nous leur rappelons que l'antisionisme -
de celui qui sévit en France aux délires extrêmes
de la Conférence contre le racisme de Durban - donne aux forces
latentes de l'antijudaïsme la liberté de haïr et de
s'attaquer aux Juifs. Nous redisons à ces autorités que,
pour avoir levé les verrous, elles ont la responsabilité
d'avoir laissé empoisonner l'opinion publique française
et d'avoir conduit certains à commettre des attentats - bien
plus nombreux en France qu'ailleurs - contre des personnes et des biens
de la communauté juive. Nous estimons que cette carence autorise
d'inquiétants rapprochements avec les pages les plus sombres
de notre histoire récente.
6. Nous affirmons que le conflit proche-oriental ne se réduit
pas à un problème de frontières et que, à
l'invincible espérance de paix des Israéliens, la Ligue
arabe continue d'opposer un refus existentiel d'Israël. Ces réalités
devraient interdire tout lien avec les tragiques attentats anti-américains
et, a fortiori, toute pression sur Israël pour établir une
illusoire coalition anti-terroriste avec les États arabes. Que
des concessions d'Israël ne soient pas actuellement de nature à
mettre un terme au conflit, c'est une hypothèse pour le moins
plausible qui devrait commander aux diplomaties une retenue et une prudence
qu'elles n'ont pas. Leurs incantations à la paix sont surtout
chargées d'hypocrisie et d'esprit munichois et non de la véritable
solidarité que, sous peine de périr, nos sociétés
démocratiques doivent à Israël.
7. Nous avons compris que la diplomatie française, derrière
un discours d'apparence humaniste en faveur des Palestiniens, a pour
objectif principal la fin de la souveraineté israélienne
sur Jérusalem, dans le mépris de l'attachement tri-millénaire
du peuple d'Israël à sa capitale. Nous en voyons la preuve
absolue dans le fait que le Quai d'Orsay s'est accommodé sans
réagir entre 1948 et 1967 d'une souveraineté arabe sur
les Lieux saints, en dépit des exactions et discriminations commises
par les Jordaniens à l'égard des Juifs et des Chrétiens.
8. Nous attendons des autorités politiques et morales en France
qu'elles aient la volonté et le courage de dire haut et fort,
à l'intention des pays arabo-musulmans où la haine antijuive
se déchaîne, que l'éradication de cette haine est
LE préalable essentiel à la paix au Proche-Orient.
_________________________
L'ANTIJUDAISME COMME VIRUS MUTANT
France-Israel Information, Novembre-Décembre
2001
Le nouveau breviaire
de la haine
–Antisemitisme et antisionisme.
Gilles William Goldnadel
Editions Ramsay. 154 pages. 2001
En présentant son livre au cours d'une conférence de France-Israël,
l'auteur a évoqué un thème qui lui est cher: l'antijudaïsme
est << comme un virus mutant doté d'une fascinante capacité
d'adaptation >>.
Aujourd'hui la détestation d'Israël est à son comble,
et les communautés juives de la Diaspora sont à nouveau
victimes d'actes hostiles, dans une relative indifférence. Il
ne s'agit en réalité que d'une résurgence de l'antisémitisme,
d'un nouveau bréviaire de la haine, nourrie d'une mutation de
l'image caricaturale des Juifs.
Avec la guerre des Six Jours, les Israéliens ont montré
leur capacité de puissance et, pour l'antisémite, cette
decouverte a inversé l'archétype du Juif : jusqu'alors
considéré comme un être faible, apatride, incapable
de se battre, il est devenu un être fort mais belliqueux et nationaliste.
En même temps, la Shoah, paradoxalement, est retournée
contre les Juifs: les Israéliens sont accusés de s'en
servir comme d'une excuse pour se comporter comme des nazis à
l'encontre des Palestiniens.
Le phénomène antisémite de toujours, doué
d'une remarquable capacité d'adaptation, s'est parallèlement
grandi du rejet de l'État-Nation, issu de la découverte
de l'horreur du génocide commis par un État omniprésent.
Dès lors, haine de l'État juif et haine du Juif tendent
à se confondre.
Dans la note de lecture qu'il a consacré à l'ouvrage dans
Le Figaro du novembre 2001, Patrick Devedjian, le député
d'Antony, relève comment Gilles William Goldnadel montre <<
qu'à toutes les époques, l'antijudaïsme a toujours
su prendre le masque séduisant du moderne…et surfer sur
les vagues de l'humiliation et de la frustration du pauvre de tous les
temps >>.
Nota : Nous avons stigmatisé [en pages 10 et 11 du France-Israel]
dans Le Monde par Eyal Sivan. Il se trouve que, dans son livre, William
Goldnadel a bien épinglé ce type de personnage. Il y dénouce
, << l'attitude extrémiste de certains Juifs ou Israéliens
antisionistes qui, invoquant publiquement et bruyamment leur judéité,
sont ravis de se poser en s'opposant[...] pour un intellectuel israélien,
il s'agit d'une recette aussi efficace qu'éprouvée pour
atteindre une rapide notoriété : il a l'assurance que
son discours sera utilisé par la partie adverse et relayé
par les médias qui ne manqueront pas de souligner l'intérêt
d'une thèse forcément recevable et objective, puisqu'elle
émane du camp opposé…>>
_________________________________
SILENCE COUPABLE
France-Israel Information, Novembre-Décembre
2001
Imaginons un seul instant ce
scénario : des Juifs attaquant, en France, des mosquées
ou des écoles coraniques. L'indignation, à juste titre,
se transformerait en une tempête publique. Alors pourquoi les
actes antisémites qui, jour après jour, se multiplient
dans notre pays laissent-ils les gouvernants et les médias sans
voix ? Les faits sont pourtant accablants. Depuis le déclenchement
de la deuxième Intifada, en septembre 2000, en Israël, une
onde de choc traverse notre société et un climat de violence,
sans précédent depuis des décennies, y menace les
Juifs. L'empressement, politique, à relativiser ces agressions
et leur minoration médiatique traduisent, bien sûr, la
peur d'importer chez nous << les passions du Proche-Orient >>,
selon la formule de Lionel Jospin.
Car, c'est un fait, ces actes sont commis, pour l'essentiel, par des
musulmans. Ce grand silence a, cependant, de lourdes conséquences.
Il traduit une défaillance dans la solidarité nationale
et crée, chez les Juifs français, un double sentiment
d'insécurité et d'abandon. Ce climat est, en outre, aggravé
par la compassion presque exclusive que mos dirigeants et la presse
manifestent pour les Palestiniens. La République, pourtant, ne
peut pas faire deux poids deux mesures dans la protection de ses citoyens.
Ceux qu'elle délaisse ont le sentiment qu'ils ne sont plus membres
à part entière de la communauté nationale. Le risque,
aujourd'hui, est d'autant plus sérieux que l'intégration
des Juifs a été sacralisée – pour effacer
leur exclusion tragique dans le passé – et exploitée
face à la montée du Front national dans les années
80. Il est donc temps d'en finir avec cette omerta française
qui couvre les exactions antisémites. Il n'est de pires maladies
que celles qui ne se diagnostiquent pas. Ou ne s'avouent pas.
Denis Jeambar
L'Express du 6 decembre
Le Communiqué
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sur Israël, le Judaïsme et le Moyen-Orient. Les articles et
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Numéro
19 • vendredi le 8 mars, 2002
11
septembre - L'Amérique et nous
Jean-Marie Colombani
Le point, 1 mars, 2002
Au lendemain des attentats
du 11 septembre, le directeur du Monde, Jean-Marie Colombani, publiait
un éditorial où il appelait à une solidarité
totale avec le peuple américain.
[...] De dérobade en dérobade,
la stratégie des défenseurs de Ben Laden va ainsi s'affiner
peu à peu. [...]
Dans cet embrouillamini, trois groupes se distinguent. Un premier, que
l'on pourrait appeler le groupe des tiers-mondistes souffrants, refuse
la condamnation en bloc des talibans. De tout temps, nous dit-on, des
formes extrêmes de piété ont vu le jour, qui se
sont retournées. Ainsi, au XVIIe siècle, les jansénistes
ont inauguré une forme de religion très dépouillée,
à l'image de Saint-Cyran et de BIaise Pascal ; par une évolution
surprenante, ces mêmes jansénistes devinrent, au XVIIIe,
des convulsionnaires qui entendaient des voix à la manière
des charismatiques contemporains. Les grandes idées peuvent ainsi
se perdre. Il en va un peu de même du tiers-mondisme. Au départ,
sa démarche est généreuse : droit à l'indépendance,
à la démocratie, au progrès, au bien-être
matériel pour tous. C'est le combat de la première génération
anticolonialiste, celle qui s'est élevée contre les sophismes
de l'Algérie française et qui a forgé les outils
de la France moderne. Elle a rendu un immense service au pays - je pense
ici à tous ceux qui ont payé de leur carrière,
ou plus, ce combat-là. Mais, dans les années 70, passé
l'ère des indépendances, les Etats du tiers-monde ont
rapidement montré qu'ils peinaient à franchir l'étape
suivante. Des dictatures, au premier abord débonnaires, sont
devenues plus féroces, leur despotisme de moins en moins éclairé.
On est ainsi passé de Ben Bella à Saddam Hussein, de Nasser
à Hafez el-Assad ou Kadhafi. L'islam, toile de fond d'un débat
qui se formulait initialement dans les termes de la raison universelle,
est redevenu peu à peu une doctrine politique récusant
le discours élaboré dans l'indépendance et qui,
forgé avec l'Occident, était celui du progrès.
Parce que l'intégrisme recrute souvent parmi les pauvres, les
paysans chassés de leurs terres, les nouveaux urbains déboussolés
et abandonnés à eux-mêmes, les humiliés,
s'instaure alors une nouvelle vulgate de la bien-pensance qui est, à
bien des égards, l'opposé métaphysique de l'anticolonialisme.
On ne dit plus : le tiers-monde est comme nous. Mais : on ne peut pas
juger ; tout est différent. On ne dit plus : tous les peuples
ont droit à la démocratie. Mais : si les Etats du tiers-monde
ne veulent pas d'une démocratie, c'est qu'ils n'en ont pas besoin.
Pas plus qu'ils n'ont besoin de femmes émancipées, de
démocratisation de la culture, de progrès matériel.
La théocratie ? C'est ce qu'ils veulent.
On est donc passé d'un extrême rationalisme à son
contraire. Tout comme Charles Péguy disait que la mystique du
combat dreyfusard était devenue politique, l'amour du peuple
s'est ainsi transformé en un populisme qui justifie l'injustifiable.
Parce que les intégristes seraient « le peuple »,
ils auraient raison contre les élites, décrites pour l'Algérie
comme de « nouveaux harkis », selon l'expression absurde
de Bruno Etienne. Et c'est ainsi que des gens de gauche, issus d'une
tradition de soutien au FLN, se sont mis à soutenir le FIS ou
à couvrir ses exactions au prétexte que les islamistes
algériens incarnent à tout le moins la lutte contre la
corruption. C'est vrai, la corruption est là et il est nécessaire
de lutter contre, mais pas contre elle seule ! Le raccourci employé
ici paraît on ne peut plus contestable. Il paraît difficilement
acceptable, en effet, de justifier les buts et les méthodes des
« fous de Dieu » pour mieux souligner la corruption officielle.
Le droit à la différence ? Certes. Mais sur fond d'égalité.
Quand on reconnaît la différence entre peuples, entre hommes
et femmes, ce ne peut être que pour mieux atteindre à l'égalité
du genre humain, aux mêmes droits à la liberté,
à toutes les libertés, à l'égalité
sociale, à la parité homme-femme, à l'Etat de droit
et à la liberté de conscience ; bref, le droit à
la différence n'est qu'un moment sans aucun doute nécessaire,
mais pour mieux faire prévaloir les valeurs universelles.
Il y a un deuxième groupe que l'on pourrait qualifier d'extrême,
et pour lequel le slogan franquiste « Viva la muerte ! »
retentit encore. Pour celui-là, l'acte résolu, le passage
à l'acte du commando kamikaze, a une valeur supérieure
à tout ce que peuvent prôner nos sociétés
de moutons consommateurs. Caricature ? Oui et non. C'est presque ce
qui se dit. C'est l'analyse sous-jacente à cette pornographie
fasciste. C'est cette esthétisation du crime qui fait renvoyer
dos à dos la vacuité de l'Amérique marchande et
le nihilisme islamiste. Comme si le consommateur unidimensionnel, figure
dominante de nos sociétés, qui est censé passer
sa vie entre le supermarché et la télévision, puis
de la télévision au supermarché, représentait
une menace équivalant à celle du tueur aveugle (d'ailleurs
non, pas tout à fait aveugle, puisqu'il vise en priorité
des juifs et des chrétiens !). Mais ce mépris d'un consommateur
réputé aliéné, citoyen type de nos sociétés,
est-il autre chose qu'un aristocratisme fascisant ? La fascination de
la mort, le rejet hautain de la multitude, le tout appuyé par
quelques citations de Nietzsche, qu'est-ce d'autre qu'une des figures
postmodernes du pire ? Au moins, les lecteurs de Herbert Marcuse que
nous étions en 1968 considéraient l'ouvrier sans culture
comme une victime de la société de consommation. Aujourd'hui,
il est coupable. Presque bourreau, au même titre que les pilotes-suicide
qui s'attaquèrent aux Twin Towers.
Comme la psychanalyse l'a montré, le masochisme extrême
et l'extrême sadisme éprouvent l'un pour l'autre d'étranges
affinités. Bourreaux ? Victimes ? Du crime considéré
comme une oeuvre d'art ? C'est la pensée d'un petit noyau. Mais
c'est un noyau radioactif au sein de la société intellectuelle,
qui irradie vers des couches beaucoup plus larges.
Le troisième et dernier groupe est plus traditionnel. Il est
plus simplement pacifiste, cimenté ou attiré par un antiaméricanisme
superficiel mais tenace. Il s'agit cette fois d'une idéologie
qui a vocation à persuader le plus grand nombre. Non que lesdites
foules soient tentées d'approuver Al Qaida. Beaucoup de pétitions
commenceront d'ailleurs par une vive réprobation des attentats.
Mais ce sera, chaque fois, pour ajouter que, même si les attentats
sont dangereux, odieux, ils ne valent pas que l'on mette en péril
la paix mondiale, qui, elle, est LA valeur suprême. « Je
dis : la paix, je dis : la paix... », ainsi que le chante Guy
Béart. D'abord et avant tout la paix ! Ne pas se mêler
d'ajouter la morale à la mort. Ne pas « ajouter la guerre
à la guerre », comme disait François Mitterrand
au début des guerres des Balkans.
Ce réflexe - estimable entre tous - vient s'inscrire sur un fond
d'antiaméricanisme viscéral. Les crimes de l'Amérique,
nous dit-on, pour être moins spectaculaires, n'en sont pas moins
réels, plus insidieux, plus durables et plus dangereux. On y
ajoutera volontiers, pour faire bonne mesure, ceux d'Israël et
les terribles forfaits de Sharon. Voilà bien esquissée
une doctrine qui pourrait se constituer en doctrine de masse : la paix
comme bien absolu ; l'Amérique comme pays indéfendable
; Israël comme butte témoin de cette Amérique indéfendable.
L'expression publique de ces doctrines n'a pas encore donné lieu
à des manifestations impressionnantes. Ni n'a même obtenu
la caution de personnalités exceptionnelles. Mais cette pensée
peut espérer capturer un troisième cercle qui, lui, a
potentiellement vocation à s'élargir : celui des pacifistes
relatifs. Les antimondialistes, beaucoup plus nombreux que les antiaméricains
absolus, peuvent le rejoindre. Si tous ces groupes devaient se rapprocher,
si un antimondialisme simpliste devait se transformer en antiaméricanisme,
si le pacifisme pragmatique devait tourner au pacifisme absolu, comme
cela fut le cas pendant la guerre du Vietnam (à cette époque,
pour de bonnes raisons), alors la situation deviendrait difficile.
Qui pourra faire la différence ? Les clercs, les intellectuels
eux-mêmes. Ceux d'entre eux qui ont foi dans la démocratie
et qui doivent s'exprimer pour dissuader l'opinion de rejoindre les
cercles de la défaite.
D'aucuns regrettent peut-être que l'on demande à des intellectuels
de prendre fait et cause de manière aussi tranchée. Il
y a chez eux une exigence de remise en cause plus forte. En eux est
à l'oeuvre un radicalisme critique qui correspond mieux à
leur essence. Mais n'est-ce pas en même temps un piège
? N'est-ce pas l'une des raisons qui rendaient si difficile, avant 1939,
le combat antinazi en France ? Tous ces intellectuels qui avaient peur
de retomber dans le « bourrage de crâne » de la guerre
de 1914, toutes ces ligues des droits de l'homme, à majorité
pacifiste, contre leur chef antimunichois Victor Basch ; le grand pédagogue
qu'était Alain, démocrate radical sceptique ; le père
de Lionel Jospin et, avec eux, tous ceux qui, à gauche, de Marcel
Déat à Marceau Pivert, refusaient de démoniser
l'Allemagne, fût-elle hitlérienne, en signant le manifeste
« Mourir pour Dantzig » de mai 1939... Tous ceux-là
n'ont-ils pas, à leur façon, accompagné le pire
?
Tout intellectuel craint d'abord de participer à une propagande.
Pourtant, il s'agit de bien autre chose ici que de la « défense
de l'Occident ». Il s'agit de vaincre, avant qu'il n'ait commis
des dégâts irréparables, un fascisme dont la cible
principale, même si elle n'est pas explicitement affirmée
comme telle, est les musulmans eux-mêmes. Peut-être l'Occident
n'est-il pas irréprochable. Peut-être n'a-t-il pas le droit
moral de son côté pour mener cette guerre-là. Mais,
s'il ne la mène pas, il livre à eux-mêmes ceux qui
seront directement menacés demain : femmes, intellectuels, journalistes,
minorités bafouées, écrasées, torturées,
pendues, sacrifiées. Et il se rend complice, dans ces pays-là,
d'un bain de sang annoncé. Le cortège des victimes, ne
l'oublions jamais, est d'abord un cortège musulman. Refuser le
combat, en l'occurrence, revient à choisir d'abandonner des millions
d'hommes et de femmes à une violence insensée. [...]
Jean-Marie Colombani, 53 ans, est directeur et président
du directoire du quotidien Le Monde. Il a publié une dizaine
d'ouvrages politiques, parmi lesquels : « Portrait du président
: le monarque imaginaire » (Gallimard, 1985), « Les héritiers
» (Flammarion, 1992), « Le double septennat de François
Mitterrrand : dernier inventaire » (Grasset, 1995), « Le
résident de la République » (Stock, 1998), «
Les infortunes de la République » (Grasset, 2000).
Extraits de « Tous Américains ? Le monde après le
11 septembre 2001 », de Jean-Marie Colombani (Fayard, 168 pages,
12 euro).
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Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion
de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement
au point de vue de l’Institut.
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Numéro
18 • vendredi le 1 mars, 2002
Le
vrai crime de Daniel Pearl
Lysiane Gagnon
La Presse, 28 février 2002
Les journalistes ont été
prompts à voir dans l'ignoble assassinat du reporter Daniel Pearl
par des extrémistes islamistes une attaque contre leur profession.
Pour Reporters sans frontières, Pearl a été «le
bouc émissaire de la politique de son gouvernement». La
Fédération internationale des journalistes s'indigne de
ce qu'elle voit comme «une attaque à la liberté
de presse».
Le diagnostic est erroné. Bien entendu, la liberté de
presse ne sort pas gagnante de cette horrible affaire, mais telle n'était
pas la cible des terroristes.
Je mettrais ma main au feu que ces derniers n'ont aucune opinion sur
la liberté de presse. C'est là, tout simplement, un concept
étranger à l'univers mental des fondamentalistes musulmans.
La liberté de presse ne pousse pas dans les arbres. Elle ne procède
pas de l'instinct, non plus. C'est le produit d'une lente évolution
psychosociale. Elle ne se conçoit pas en dehors de la démocratie
dont elle est, à l'instar du pluralisme et de la tolérance,
l'un des plus beaux sous-produits.
Ce n'est pas d'abord le journaliste qui, en Pearl, était visé.
Certes, son métier l'exposait à des risques particuliers,
puisqu'il a été kidnappé alors qu'il enquêtait
sur les mouvement extrémistes pakistanais. S'il avait été
cordonnier ou agent d'assurances, rien de cela ne serait arrivé.
Peu importe que Pearl ait travaillé pour le Wall Street Journal.
Les partisans de la djihad ne font pas de distinction entre les publications
américaines: ce ne sont toujours que des «instruments de
propagande» du Grand Satan.
Ses geôliers n'ont pas davantage attaché d'importance au
fait que Pearl, un idéaliste qui avait le coeur à gauche,
ait été sympathique à leur cause. Comme le signale
dans Libération son ami Maati Kaabad, Pearl avait appris l'arabe;
il «était constamment à l'écoute de l'Islam
et des musulmans (dont) il voulait transmettre à ses lecteurs
les attentes, les malaises et les espoirs».
Il suffisait que cet homme soit Américain. Il suffisait surtout
qu'il soit juif.
* * *
Dès sa capture, ses geôliers, faisant fi des convictions
de Pearl, l'avaient accusé d'être un agent des services
secrets israéliens - ce même Mossad à qui une bonne
partie du monde arabo-musulman impute la responsabilité des attentats
du 11 septembre.
Dans la vidéo réalisée par ses ravisseurs, Daniel
Pearl déclare que son père et sa mère sont juifs
et qu'il est allé en Israël. La scène du meurtre
a été juxtaposée à celle de l'aveu. Immédiatement
après cette «confession», une main apparaît
par derrière pour lui saisir la tête, pendant qu'une autre
main lui tranche la gorge avec une lame. (C'est vraisemblablement un
montage, car Pearl porte des traces de blessures au couteau à
la poitrine et ne réagit pas lorsque la lame le touche).
Le message est clair: ce sont sa judéité et ses séjours
en Israël (où son père est né et où
vit sa grand-mère) qui constituent le crime justifiant sa mort.
(On ne peut entrer dans un pays arabe, sauf en Égypte, avec un
passeport portant le sceau de la douane israélienne. Même
au Liban, l'une des conditions pour être accrédité
au prochain Sommet de la francophonie est que votre passeport ne porte
pas un tampon d'Israël.
C'est pourquoi les douaniers israéliens s'abstiennent d'estampiller
les passeports quand on le leur demande.)
Toujours selon le compte rendu de l'agence de presse pakistanaise à
laquelle la vidéo a été remise, on voit ensuite
en gros plan la tête de Pearl, qui a été décapité,
pendant qu'une voix «off» dit en ourdou que si les exigences
des ravisseurs (fin des «atrocités contre les musulmans
à travers le monde», libération des prisonniers
de Guantanamo et livraison de F-16 au Pakistan) ne sont pas acceptées,
le même sort attend «les Américains et les Juifs».
Pearl a eu le malheur d'être les deux à la fois...
Ce sont donc, très explicitement, les juifs et les Américains
qui sont visés à travers lui. Son statut de reporter est
accessoire. C'est, une fois de plus, le juif qui incarne ce que honnit
par-dessus tout l'extrémisme islamiste (tout comme d'ailleurs
le fascisme de l'avant-guerre): le cosmopolitisme, le libéralisme
et la modernité.
* * *
Pis encore, cette vidéo ne semble pas avoir été
produite dans le but premier d'intimider les Occidentaux. Il s'agit
plutôt d'un instrument de propagande à l'intention des
musulmans, histoire d'intensifier le recrutement pour la guerre sainte.
Certains observateurs croient que des copies sont déjà
en circulation dans les mosquées extrémistes.
Tout comme celle où ben Laden se félicite du succès
de l'opération contre le World Trade Center, cette vidéo
présente le macabre rituel comme un objet de fierté, un
acte à la gloire de Allah, un geste à imiter.
L'aspect cérémonial du meurtre de Daniel Pearl n'a pas
échappé au criminologue Jean-Paul Brodeur, qui signalait
cette semaine dans Le Devoir que la vidéo est sortie au moment
de la fête musulmane d'Aïd-el-Adha, qui commémore
le sacrifice de son fils par Abraham. Le fait que Pearl ait été
exécuté à l'arme blanche plutôt que par une
arme à feu évoque les amputations et les décapitations
prescrites par la charia.
Au Pakistan, cependant, la décapitation est illégale et
passible de la peine de mort... sauf si la victime est un non-musulman.
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Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
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editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
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Jean-Claude Léon
(Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
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