COMMUNIQUÉ ISRANET

Avril 2002

  Numéro 25Numéro 24 / Numéro 23 / Numéro 22 



          Numéro 25                                          Vendredi, 26 avril, 2002

COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J.
L’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel :
cijr@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org
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Ne refusez pas à l'Etat juif la légitime défense
Arno Klarsfeld
Le Monde, 17 avril 2002
 
   La France agit et se comporte comme si les menaces à l'encontre d'Israël étaient insignifiantes ou ne portaient pas à conséquence. Comme si Israël était Goliath et les Palestiniens David.
 
   Durant des siècles, les juifs ont été persécutés en raison de leur religion, ce qui a entraîné une suite quasi ininterrompue de mesures vexatoires et humiliantes, d'expulsions et de pogroms. Puis, au XIXe siècle, la race prit la relève de la religion, suscitant la Shoah et la disparition des deux tiers des juifs d'Europe. Aujourd'hui, l'antisémitisme trouve ses racines dans l'existence de l'Etat d'Israël et de l'attachement des juifs de la diaspora à cet Etat.
 
   Cet antisémitisme est entretenu par les pays arabes et les groupes terroristes palestiniens. Souvenons-nous des attentats contre les synagogues de Vienne, Budapest, Istanbul, Paris, rue Copernic, du massacre de la rue des Rosiers, au restaurant Goldenberg et de tant d'autres symboles juifs qui furent la cible des extrémistes palestiniens soutenus par l'infrastructure de pays arabes qui les finançaient, les entraînaient, leur fournissaient armes, positions de repli et d'impunité.
 
   L'Europe a déjà voulu oublier comment furent célébrés comme des héros dans les pays arabes ceux qui assassinaient les athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich ou les enfants en bas âge de tant de crèches dans tant de kibboutzim en Israël.
 
   La Révolution française a libéré les juifs mais, dans l'inconscient collectif de l'Europe chrétienne, le peuple juif n'a pas encore gagné le droit d'être considéré à l'égal des autres peuples. Les juifs, oui ; Israël, non. Paradoxe : les nations accordent au peuple juif de se reconstituer en tant qu'Etat et lui refusent le droit de se défendre en tant que tel.
 
   Ce droit, on le lui refusait déjà en 1967. Le message du général de Gaulle était alors : "Ne vous défendez qu'une fois attaqués. Pas d'initiative d'autodéfense." Quand la victoire fut acquise, cela donna la formule célèbre : "Peuple sûr de lui et dominateur."
 
   En 1973, Israël, pourtant attaqué par surprise sur trois fronts - dans le sud par l'Egypte, dans le nord par la Syrie et à l'est par la Jordanie et l'Irak -, ne trouva pas non plus grâce auprès de la diplomatie et du gouvernement français. Ce dernier décréta un embargo à son encontre, refusa aux avions américains chargés des éléments nécessaires à sa défense le droit de se poser sur son territoire et résuma, par la bouche de Michel Jobert, alors ministre des affaires étrangères, la politique extérieure de la France quant à la guerre menée contre Israël : "Je ne trouve rien d'étonnant, pour les pays arabes, de vouloir rentrer chez eux."
 
   La politique de la France n'a pas changé aujourd'hui, refusant toujours à Israël le droit de se défendre et de protéger ses citoyens. Les bombes humaines et leurs cortèges de victimes israéliennes innocentes, dont tant de rescapés de la Shoah, ne sont pour la France que la conséquence de l'occupation du territoire palestinien. Ceux qui raisonnent ainsi oublient ou plutôt veulent oublier que ceux qui commettent ces attentats génocidaires ne veulent à aucun prix d'un Etat juif.
 
   "Retirez-vous de Cisjordanie et les attentats cesseront" : voilà à quoi se résume le message de la diplomatie française, qui refuse de voir l'évidence. Tout endroit duquel Israël s'est retiré a aussitôt été transformé en base pour des attaques terroristes à l'encontre de la population israélienne.
 
   La France agit et se comporte comme si les menaces à l'encontre d'Israël étaient insignifiantes ou ne portaient pas à conséquence. Comme si Israël était Goliath et les Palestiniens David, alors qu'aujourd'hui David est toujours juif et les pays arabes le véritable Goliath. Goliath, des pays comme l'Irak ou l'Iran, riches du pétrole, de dizaines de millions d'hommes fanatisés par des dirigeants qui n'ont cure du bonheur de leur peuple mais cherchent avant tout à assurer la pérennité de leur pouvoir personnel.
 
   Oui, les menaces existentielles perdurent à l'encontre d'Israël. L'Irak cherche à se doter de l'arme nucléaire tout comme l'Iran. Ils n'hésiteront pas à l'utiliser. Mais la France veut rester aveugle.
 
   Je me souviens, lors du procès de Maurice Papon, des représentants des associations comme le MRAP ou la Ligue de défense des droits de l'homme qui aujourd'hui condamnent avec tant de vigueur et de mauvaise foi lsraël : ils apostrophaient injustement Papon en lui citant tel ou tel article des années 1930 qui témoignait de l'antisémitisme des nazis : "Mais comment, vous ne saviez pas ? Vous ne lisiez donc pas la presse ? La volonté de génocide se devine dans ces lignes... !"
 
   L'antisémitisme déclaré des nazis dans les années 1930 est bien moins vigoureux que l'antisémitisme déclaré dans la plupart des pays arabes où l'on appelle au meurtre des juifs. Aujourd'hui, tout est disponible sur Internet pour ceux qui désirent s'informer : les discours dans les mosquées, les thèses universitaires sur les "mensonges du génocide", les appels des dirigeants arabes comme le ministre de la défense syrien, qui affirme qu'il "est du devoir des Arabes de tuer un juif par jour"ou les déclarations de l'ex-président iranien souhaitant que l'Iran se dote de l'arme nucléaire pour l'utiliser contre Israël.
 
   On répond qu'il ne faut pas prendre ces menaces au sérieux. Comment ne pas les prendre au sérieux alors qu'elles sont suivies d'actes ? Israël a le droit et la responsabilité de se défendre. D'affirmer son droit d'être là.
 
   Israël se souvient des discours des dirigeants des pays arabes en 1948. Le secrétaire de la Ligue arabe déclarait juste avant l'offensive contre l'Etat hébreu et trois ans après la Shoah : "Nous exterminerons les juifs d'une telle façon que cela fera apparaître comme pâles les massacres perpétrés par les Mongols ou par les Croisades."
 
   Israël n'a pas déclaré la guerre au peuple palestinien mais aux cellules terroristes. Doit-il y renoncer parce que ces terroristes trouvent refuge au milieu de la population civile, que ces groupes tiennent en otage, qu'ils fanatisent et dont ils se servent pour justifier de leurs actions ?
 
   Ces dirigeants savent que, si les actes de terreur continuent, Israël boucle les territoires pour se protéger ; ils savent que si les actes de terreur redoublent, Israël n'a d'autre solution que d'essayer de les éradiquer, causant, hélas, des victimes civiles. Mais qui se réjouit de ces morts innocents ? Pas les Israéliens mais les dirigeants palestiniens, de la même façon qu'ils se réjouissaient de la mort des enfants qu'ils envoyaient en première ligne jeter des pierres tandis que, derrière eux, se dissimulaient les combattants armés de mitraillettes qui tiraient sur les soldats, espérant bien qu'une balle perdue atteindrait ces enfants.
 
   Que reproche-t-on à Sharon ? D'avoir été opposé au processus d'Oslo ? Et alors ? L'avenir lui a donné raison. Remettre à plus tard les points essentiels comme le problème des réfugiés ou Jérusalem était inepte. Sharon a toujours dit : "On ne peut pas faire confiance à Arafat." Arafat avait tout intérêt au processus d'Oslo : de terroriste il est devenu "président" de l'Autorité palestinienne, a reçu de l'argent de la communauté internationale. Les Israéliens lui ont fourni les armes pour sa police (35 000 hommes, aucune entité ou Etat n'a autant de policiers au prorata de la population), armes que l'Autorité palestinienne a utilisées pour commettre des attentats en Israël. Tout cela sans jamais renoncer à son véritable dessein : faire disparaître l'Etat juif. II y! a encore quinze ans, cette disparition signifiait jeter les juifs à la mer, aujourd'hui elle consiste à faire des juifs une minorité en Israël.
 
   On dit de Sharon qu'il n'a pas de perspective, mais a-t-on besoin d'une perspective pour se défendre ? Barak avait une perspective, elle a été refusée par Arafat. Alors que reste-t-il à faire sinon à se défendre ? Se laisser exterminer, acte génocidaire après acte génocidaire ? Sans répondre ?
 
   Qui se réjouit, sinon ceux qui sont hostiles à la paix ? Et quel est l'intérêt d'Israël à ne pas vouloir la paix ? Dans toute enquête criminelle, on cherche le motif. Israël a largement intérêt à la paix, d'un point de vue humain, économique et social. L'intérêt humain joue peu chez les dirigeants arabes.
 
   Que disait Nasser durant la guerre d'usure qu'il menait à Israël à la fin des années 1960 : "Si on a 50 000 morts, on peut continuer à se battre parce que nous avons des réserves d'hommes. Mais si nous infligeons 10 000 morts aux ennemis sionistes, ils devront arrêter de se battre parce qu'ils ont trop peu d'hommes."
 
   Les Israéliens chérissent la vie. Les dirigeants palestiniens le savent et ne s'en cachent pas : "Les Israéliens ont peur de la mort, pour nous c'est une bénédiction." Comment lutter contre de tels ennemis ?
 
   On veut croire que c'est la politique de Sharon qui entraîne le terrorisme. On sait que c'est faux. Nul ne peut se laisser massacrer sans se défendre et chercher, sinon à se venger, du moins à éliminer ceux qui tentent de vous exterminer.
 
   Les noms des juifs d'Israël ne doivent pas être lus et ne seront pas lus un jour comme ceux des juifs d'Europe assassinés le sont le jour de Yom Hashoah.
 
(Arno Klarsfeld est avocat.)

Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme
et  le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.
 


          Numéro 24                                          Vendredi, 19 avril, 2002

COMMUNIQUÉ ISRANET
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La honte de l'Europe
Oriana Fallaci
Panorama, 12avril 2002
 
Traduit de l'italien par Claire Benveniste 

   Je trouve honteux qu'on manifeste en Italie pour des individus habillés en kamikazes qui lancent contre Israël des injures scandaleuses, en brandissant des photos de dirigeants israéliens avec une svastika sur le front, et qui incitent à la haine contre les Juifs. Et qui vendraient leur propre mère pour voir à nouveau les Juifs dans des camps de concentration, dans les chambres à gaz, dans les fours crématoires de Dachau, de Mathausen, de Buchenwald et de Bergen-Belsen.
 
   Je trouve honteux que l'Eglise Catholique permette à un évêque, logé au Vatican, une espèce de faux petit saint qu'on a surpris à Jérusalem avec un arsenal d'armes et d'explosifs cachés dans des compartiments secrets de sa belle Mercédès, de participer à ces manifestations en remerciant par haut-parleur les kamikazes, au nom de Dieu, d'avoir massacré des Juifs dans des pizzerias et des super-marchés. Et qui en parle comme de "martyrs qui vont à la mort comme on va à une fête".
 
   Je trouve honteux qu'en France on brûle des synagogues, qu'on terrorise des Juifs, qu'on profane leurs cimetières, dans la France de la devise Liberté-Egalité-Fraternité. Je trouve honteux qu'en Hollande, en Allemagne et au Danemark, les jeunes portent le keffieh comme les avangardistes de Mussolini portaient les insignes du fascisme. Je trouve honteux que dans presque toutes toutes les universités européennes les étudiants palestiniens fassent la loi et alimentent l'antisémistisme. Qu'en Suisse on ait demandé de retirer à Shimon Peres le prix Nobel qu'il a obtenu en 1994, pour le réserver exclusivement à cette colombe au rameau d'olivier que serait Arafat. Je trouve honteux que les membres éminents du Comité du Prix Nobel, pour qui le mérite devrait l'emporter sur la couleur politique, aient pu prendre en considération cette demande au point d'envisager d'y répondre. Au diable le Prix Nobel et honneur à qui ne le reçoit pas!
 
   Je trouve honteux que les télévisions d'État, en Italie, contribuent à l'antisémitisme, en pleurant sur les morts palestiniens et en passant sous silence les morts israéliens, dont ils ne parlent souvent que de façon expéditive. Je trouve honteux que les télévisions invitent dans leurs débats tant de voyous à turbans et keffieh, de ceux qui se sont réjouis des attentats du 11 septembre et qui aujourd'hui se réjouissent des massacres de Jérusalem, de Haïfa, de Netanya et de Tel Aviv. Je trouve honteux que la presse écrite en fasse autant, et qu'elle s'indigne de voir les chars israéliens cerner l'Eglise de la Nativité, alors qu'elle ne s'indigne pas de savoir que deux cents terroristes palestiniens, dont des chefs du Hamas et d'El Aqsa, armés, avec munitions et explosifs, soient, dans cette église les hôtes non désirés des moines (et qu'ils acceptent, des mains des soldats des chars, des bouteilles d'eau minérale et du miel). Je trouve honteux qu'un journal ait pu dire qu'il meurt plus d'Israéliens dans les accidents de la route (600 en un an) que depuis le début de la seconde Intifada (412).
 
   Je trouve honteux que l'Osservatore Romano, le journal du Pape -- ce Pape qui, il n'y a pas longtemps, a mis dans le Mur des Lamentations une lettre demandant pardon aux Juifs -- accuse d'extermination ce peuple que les Chrétiens ont exterminé par millions. Et les Européens aussi. Je trouve honteux que ce journal dénie aux survivants de ce peuple (dont beaucoup ont encore un numéro tatoué sur le bras) le droit de réagir, de se défendre, de ne pas se laisser exterminer à nouveau. Je trouve honteux que les prêtres de nos paroisses et de nos centres sociaux flirtent avec les assassins de ceux qui ne peuvent plus aller manger une pizza à Jérusalem ni faire des courses sans risquer de sauter, et tout cela au nom de Jésus Christ (un Juif, sans qui aujourd'hui ils seraient tous au chômage). Je trouve honteux qu'ils se rangent du côté de ceux qui ont lancé le terrorisme en semant la mort dans les avions, les aéroports, les Jeux Olympiques et qui aujourd'hui se font un plaisir de tuer les journalistes occidentaux. De les fusiller, de les défigurer, de les décapiter. (Depuis que j'ai publié La Rage et l'Orgueil, j'en connais un en Italie qui voudrait bien en faire autant pour moi. Qui, à coups de citations du Coran, exhorte ses "frères" dans les mosquées et dans les communautés islamiques à me punir au nom d'Allah. A me tuer. Et même à mourir avec moi...).
 
   Je trouve honteux que presque toute la gauche oublie aujourd'hui la contribution que les Juifs ont apportée à la lutte antifasciste (il y a vingt ans, cette gauche a toléré qu'une manifestation syndicale dépose un cercueil, avertissement maffieux, devant la synagogue de Rome). Qu'elle oublie Carlo et Nello Rossi, par exemple, et Leone Ginzburg, Umberto Terracini, Leo Valiani, Emilio Sereni, et des femmes comme mon amie Anna Maria Enriquez Agnoletti fusillée à Florence le 12 juin 1944, et les 75 des 335 qui ont été tués aux Fosses Ardeatines et tous les autres morts sous la torture, au combat ou devant des pelotons d'exécution (amis et maîtres de mon enfance et de mon adolescence). Je trouve honteux aussi que, par la faute de la gauche et surtout par la faute de la gauche, les Juifs aient de nouveau peur dans les villes d'Italie -- cette gauche qui ouvre ses congrès en applaudissant le représentant de l'OLP en Italie, le chef des Palestiniens qui cherchent la destruction d'Israël. Et dans les villes de France, de Hollande, d'Allemagne et du Danemark. Je trouve honteux qu'ils tremblent quand ils voient défiler ces voyous habillés en kamikazes, comme ils tremblaient à Berlin pendant la Nuit de Cristal, qui servit à Hitler à ouvrir la chasse aux Juifs.
 
   Je trouve honteux que le mot de "paix" soit confisqué par ceux qui suivent la mode du Politiquement Correct, cette mode stupide, vile, malhonnête, dont profitent les opportunistes et les parasites. Qu'avec ce mot de "paix", désormais plus dévalué que les mots d'amour et d'humanité, ils puissent pardonner la haine et la bestialité, mais d'un seul côté. Qu'au nom du pacifisme -- ou plutôt du conformisme -- ceux qui il n'y a pas longtemps léchaient les pieds de Pol Pot entraînent aujourd'hui des gens peu informés ou intimidés. En les corrompant, en les faisant régresser un demi-siècle en arrière, à l'époque de l'étoile jaune. Ces charlatans qui se soucient des Palestiniens autant que moi je me soucie d'eux, c'est-à-dire pas du tout.
 
   Je trouve honteux que tant d'Italiens et tant d'Européens aient pris pour porte-étendard "monsieur" Arafat. Cette nullité qui joue les Mussolini grâce aux sous que lui verse la famille royale Séoudite; ce mégalomane qui croit pouvoir passer à la postérité comme le George Washington de la Palestine. Cet illettré qui, lorsque je l'ai inteviewé, n'était pas capable de faire une phrase complète ou de produire un discours articulé. (De sorte que pour publier l'interview j'ai dû prendre sur moi de tout composer et tout écrire; j'en étais arrivée à la conclusion que, par rapport à lui, Khadafi faisait figure de génie). Cet espèce de faux guerrier qui se promène toujours en uniforme, comme Pinochet, sans jamais se mettre en civil, mais qui n'a jamais participé à aucune bataille. La guerre, il la fait faire par les autres, il l'a toujours fait faire par les autres. C'est-à-dire par tous ces pauvres gens qui croient en lui. Cet espèce d'incapable pompeux qui en récitant son rôle de chef d'État a fait capoter les accords de Camp David et la médiation de Clinton: "Non-non-non-je-veux-Jérusalem-en-entier-pour-moi". Ce perpétuel menteur qui n'a des accents de vérité que pour nier le droit à l'existence d'Israël (il ne le dit qu'en privé) et qui se contredit toutes les cinq secondes, comme je le raconte dans mon livre. Qui joue toujours le double jeu et serait capable de mentir même pour vous dire quelle heure il est.
 
   Impossible de lui faire confiance. Jamais ! Il finit toujours par vous trahir. Cet éternel terroriste qui ne sait faire que le terroriste, tranquille et à l'abri et qui entraînait les terroristes de la bande à Baader-Meinhof, dans les années soixante, quand je l'avais interviewé. Et avec eux des gamins de dix ans. Pauvres gamins. Aujourd'hui, il les entraîne à faire les kamikazes. Une centaine de bébé-kamikazes sont en cours de fabrication. Une centaine ! Cette girouette qui garde sa femme à Paris, servie et adulée comme une reine, et qui garde son peuple dans la merde. Il le sort de la merde pour l'envoyer à la mort, tuer et se faire tuer, comme ces jeunes de dix-huit ans qui pour égaler les hommes doivent se garnir d'explosifs et se désintégrer avec leurs victimes. Et pourtant beaucoup d'Italiens l'aiment, vraiment. Comme ils aimaient Mussolini Et beaucoup d'autres Européens aussi.
 
   Je trouve cela honteux et j'y vois la naissance d'un nouveau fascisme, d'un nouveau nazisme. Un fascisme et un nazisme d'autant plus pernicieux et répugnants qu'ils sont répandus par des gens qui font les belles âmes, les progressistes, les communistes, les pacifistes, les catholiques et les chrétiens en général, qui ont le toupet de traiter de bellicistes ceux qui comme moi crient la vérité. Je le sais, et voici ce que j'ai à dire. Moi, je n'ai jamais été tendre envers ce Sharon tragique et shakespearien (qui m'avait dit avec une certaine tristesse, en 1982, lors d'une interview: "je sais bien que vous êtes venue me voir pour ajouter un scalp à votre collection"). Je me suis souvent disputée avec les Israéliens et j'ai défendu les Palestiniens dans le passé. Peut-être même plus qu'ils ne le méritaient. Mais je suis du côté d'Israël, je suis du côté des Juifs. Je suis de leur côté comme je l'étais quand j'étais jeune au temps où je combattais avec eux et où les Anne-Larie mouraient fusillées. Je défends leur droit à exister, à se défendre, à ne pas se laisser exterminer une seconde fois. L'antisémitisme de tous ces Italiens et tous ces Européens me dégoûte, et j'ai honte de cette honte qui déshonore mon pays et l'Europe.
Tas de Ponce Pilate, plutôt qu'une communauté d'États. Et même si tous les habitants de cette planète pensent autrement, c'est ce que moi je continuerai à penser.
 
© Oriana Fallaci, Panorama, 12 avril 2002. 

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          Numéro 23                                          Vendredi, 12 avril, 2002

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Mots à maux
Elie Barnavi
Libération,10 avril 2002
 

Elie Barnavi est ambassadeur d'Israël en France.

   Le propos de José Saramago, prix Nobel de littérature, participe d'une entreprise de délégitimation radicale de l'Etat d'Israël.

   L'autre jour, sur France Inter, un auditeur a affirmé que les opérations de Tsahal dans les territoires palestiniens réhabilitaient la mémoire de Hitler, ou quelque chose d'approchant. En visite dans la région avec une délégation du Parlement international des écrivains, le romancier portugais José Saramago, prix Nobel de littérature, a comparé Ramallah à... Auschwitz. On peut renvoyer le premier d'un haussement d'épaules à son anonymat imbécile et haineux et se débarrasser du second en arguant de la sénilité d'un vieux stalinien atteint d'incontinence verbale. On aurait tort. Les deux sont caractéristiques d'un phénomène général et de son application particulière.

   Le phénomène général est l'insoutenable légèreté dont on use et abuse du langage comme des analogies historiques  le terrifiant mépris des mots dont notre époque est coutumière et le goût des comparaisons irresponsables n'étant d'ailleurs que les deux faces d'une même médaille. Son application particulière à Israël et au conflit israélo-palestinien lui confère une dimension proprement tragique. Le recensement des illustrations de cette double dérive ferait un épais volume. Contentons-nous de Monsieur Saramago, c'est un cas d'école.

   Monsieur Saramago est un touriste humanitaire et bien-pensant. Comme tant d'autres, notamment sa version beauf de la Confédération paysanne, il n'est pas allé là-bas pour s'informer. Il y est allé pour conforter une idée qu'il s'est faite chez lui, bien au chaud, devant sa télé, entouré de ses livres et confit dans sa bonne conscience. Bien sûr, il ignore tout de la complexité du drame qui se joue au Proche-Orient, ne comprend rien aux
angoisses des peuples qui s'y font face depuis des décennies et se moque des facteurs psychologiques, démographiques, sociaux, culturels et politiques qui rendent si difficile une lecture intelligente des événements tragiques dont la télévision lui renvoie une image caricaturale. Les faits mêmes qu'il a sous les yeux le laissent froid : à l'heure où il profère
ses inepties, la campagne militaire israélienne s'est soldée par une poignée de tués palestiniens, tous armés, soit moins que les Israéliens, tous civils, assassinés à Netanya
le soir du repas pascal, massacre qui a provoqué précisément ladite campagne militaire. Plongé dans la réalité forcément pénible d'une action de guerre, il ne lui vient pas à l'idée d'en analyser les tenants et les aboutissants, ne serait-ce que pour la critiquer en connaissance de cause. Comment le ferait-il, puisqu'il ne s'en est pas donné les moyens, pourquoi s'en serait-il donné les moyens puisqu'il n'en avait nulle intention ?

   Cette cécité volontaire aurait pu conduire l'auteur de l'Aveuglement à d'autres comparaisons historiques blessantes, l'histoire contemporaine en fournit une pelletée. Il a préféré aller droit à l'essentiel, à Auschwitz. A une journaliste israélienne qui lui faisait remarquer que, tout de même, il n'y avait point de chambres à gaz à Ramallah, l'illustre écrivain a rétorqué que cela ne saurait tarder...

   Malgré son évidente absurdité, la violence inouïe de l'accusation et, surtout, son inscription dans une longue série d'agressions verbales et physiques antijuives et anti-israéliennes, conduit à d'amères réflexions.

   D'abord, si Ramallah est Auschwitz, alors Auschwitz n'est plus qu'une opération militaire qui a particulièrement mal tourné. Que Tsahal plante à Ramallah des chambres à gaz, ce qu'il fera très certainement si on lui en laisse le loisir, et l'histoire se sera dupliquée à l'identique. Cette effrayante banalisation de la Shoah a un nom : négationnisme. En effet, le négationnisme n'est pas uniquement la négation pure et simple du génocide ; en sa forme plus subtile, il consiste à lui assimiler tout et n'importe quoi. Monsieur Saramago n'est certes pas négationniste à la Faurisson, il est négationniste à la Monsieur Jourdain ; mais il est négationniste.

   Ensuite, comment ne pas voir que le propos de Saramago vient de loin. Il révèle la persistance têtue de cette affection pathologique de l'âme européenne pour laquelle un des pères du sionisme politique, le Docteur Léo Pinsker, a inventé le néologisme de «judéophobie». En effet, rien de ce que font les Juifs n'est à mesurer à l'aune de la normalité, fût-ce dans ses aspects les plus discutables. Ainsi, pour dire tout le mal que l'on pense de ce qu'ils font à Ramallah, les méfaits des colonialismes européens ne suffisent pas, il y faut ceux des nazis. Et voilà comment on retourne contre les fils les crimes
commis naguère contre les pères. Monsieur Saramago n'est certes pas un antisémite vulgaire à la Bardèche ; mais il est antisémite.

   Enfin, le propos de Saramago participe d'une entreprise de délégitimation radicale de l'Etat d'Israël. Car, si Ramallah s'apparente à Auschwitz, l'Etat qui se rend coupable d'un tel crime n'a pas droit à l'existence. On ne discute pas avec un tel Etat, on ne fait certainement pas la paix avec lui, on l'élimine. L'Etat, pas le régime.

   En effet, de l'Allemagne nazie à la Serbie de Milosevic en passant par l'Afrique du Sud de l'apartheid, le Cambodge de Pol Pot ou l'Irak de Saddam Hussein, innombrables ont été les régimes jugés criminels et illégitimes par la communauté internationale ; mais nul n'a songé à remettre en cause la légitimité de ces Etats. Dans le cas d'Israël, c'est à l'Etat
lui-même, à son essence, à son idéologie fondatrice qu'on en veut. Israël est ainsi le seul Etat constitué, par ailleurs porté sur les fonts baptismaux par les Nations unies, dont les membres de ces mêmes Nations unies souhaitent explicitement la destruction. Monsieur Saramago n'appelle certes pas publiquement au démantèlement de l'Etat d'Israël, du moins pas à ma connaissance ; d'autres s'en chargent, et lui leur apporte sa caution morale et intellectuelle.

   Le dit de José Saramago renvoie ainsi non pas à la politique du gouvernement Sharon, qui peut prêter le flanc à la critique, même acerbe, comme tout gouvernement démocratiquement élu ; mais plutôt aux grands autodafés antijuifs contemporains : la fameuse résolution de l'ONU de 1975 assimilant le sionisme à une forme de racisme et de
discrimination raciale, ou encore la grand-messe antisémite de Durban. Que cet assaut contre le peuple d'Israël et le peuple juif tout entier prenne appui sur des idéologies respectables  la laïcité, l'antiracisme, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ,
sur des valeurs universelles qui ont fondé l'Etat juif et qui sont gravées dans le marbre de sa Déclaration d'Indépendance, voilà qui doit faire réfléchir tout démocrate. Une
civilisation qui a perdu le respect des mots est guettée par la décadence. L'humanitaire dévoyé est une forme de fascisme sournois.  Or le fascisme, c'est d'abord la manipulation de la parole.

   Un dernier mot aux frères ennemis palestiniens. Ne vous laissez pas abuser par les sirènes qui se défoulent sur votre malheur de leurs propres complexes et s'offrent à bon compte d'héroïques frissons ; On a la guerre d'Espagne qu'on peut.  Ce n'est pas avec Monsieur Saramago et ses semblables que vous avez à faire la paix, ce n'est pas avec eux que vous aurez à vivre en voisins aussi longtemps qu'il nous sera donné de vivre sur cette terre. C'est avec moi. Lui est un touriste chez nous, il fait trois petits tours et puis s'en va, content de lui-même  et de sa conscience soulagée. Moi, j'y  suis pour y rester.

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Mensonges Suicidaires
Thomas L. Friedman
The New York Times, 31 mars, 2002
 
   Le résultat de la guerre en cours entre Israéliens et Palestiniens est vital pour la sécurité de tout américain, et, en effet je le pense, pour toute notre civilisation. Pourquoi?  Tout simplement parce que les Palestiniens sont en train d'expérimenter une toute nouvelle forme de guerre, utilisant des bombes humaines travesties en Israéliens, pour atteindre des objectifs politiques. Et cela marche.
 
   Les Israéliens sont terrifiés. Et malgré que leur stratégie ait dévasté leur société, les Palestiniens se sentent de moins en moins impuissants. Ils sentent qu'ils ont finalement une arme qui crée un équilibre des forces avec Israël, et peut-être, dans leurs fantasmes, qu'ils peuvent le vaincre. Comme un chef du Hamas, Ismai'l H'aniya l'a dit au Washington Post, les Palestiniens font fuir les Israéliens parce qu'ils ont découvert leur pointfaible. "Les juifs aiment la vie plus qu'aucun autre peuple, et ils préfèrent ne pas mourir" dit-il. "Ainsi les bombes humaines palestiniennessont l'arme idéale pour les user". C'est à en vomir! 
 
   Le monde doit comprendre que les Palestiniens n'ont pas choisi le suicide à la bombe parce qu'ils sont "désespérés" de l'occupation israélienne. Ceci est une énorme mensonge. Pourquoi?  Pour commencer, beaucoup de gens sont désespérés de par le monde, cependant ils ne se bandent pas de bâtons de dynamite pour autant. Plus important que cela, le président Clinton a offert aux Palestiniens un plan de paix qui aurait pu mettre un terme à leur désespoir eu égard à l'occupation, et leur chef Yasser Arafat lui a tourné le dos. Encore plus important, depuis longtemps les Palestiniens avaient sous la main une
tactique bien plus efficace, la résistance non-violente, à la Gandhi. Un mouvement non violent Palestinien, qui aurait séduit la conscience de la majorité silencieuse israélienne, aurait permis depuis déjà 30 ans la création d'un état palestinien, mais cette stratégie a aussi étéé cartée.
 
   La raison pour laquelle les Palestiniens n'ont pas choisi ces autres stratégies c'est qu'ils veulent gagner leur indépendance par le feu et le sang. Tout ce qui les met à l'unisson en tant que communauté, c'est lavolonté de détruire et non celle de construire. Avez-vous déjà entendu Mr. Arafat parler de système éducatif ou de mesure économique qu'il préfère ou de type de constitution qu'il veut? Non, parce que Mr. Arafat n'est pas intéressé par le contenu d'un Etat, seulement par ses contours.
 
   Soyons très clairs. Les Palestiniens n'ont pas adopté la stratégie de la bombe humaine
par désespoir. Or celle-ci menace toute la civilisation, et sion permet qu'elle se développe en Israël, alors, comme les prises d'otageset les bombes volantes, elle sera copiée, et pourra mener à une bombe nucléaire humaine menaçant des nations entières. C'est pourquoi le monde entier doit se défaire de cette stratégie palestinienne de la bombe
humaine suicidaire.
 
   Comment? Cette sorte de terreur peut être jugulée seulement par la modération et son rejet par la communauté même où elle est née. Aucune armée ne peut arrêter des petits groupes prêts à se tuer. Mais alors comment susciter cette dissuasion auprès des Palestiniens?  En premier lieu, Israël doit d'abord frapper fort militairement pour montrer clairement que la terreur n'est pas payante.  Ensuite, les Etats-Unis doivent clairement dire que la stratégie de la bombe humaine n'est pas le problème d'Israël seulement. Pour cela, ils doivent déclarer que bien qu'ils respectent la légitimité d'un nationalisme palestinien, ils ne traiteront pas avec leurs chefs aussi longtemps qu'ils tolèrent ces suicides à la bombe. De plus, nous devons clairement dire aux leaders arabes qui appellent "martyrs" ces bombes humaines, qu'ils ne sont pas les bienvenus chez nous.
 
   Tertio, Israël doit dire au peuple palestinien qu'il est prêt à reprendre ledialogue là où l'a laissé Mr. Clinton, avant cette guerre d'usure. Ces pourparlers étaient à deux doigts (90%) de terminer l'occupation et de créer un Etat palestinien. En quatrième lieu, les Etats-Unis et l'Otan devraient garantir toutefrontière israélo- palestinienne.
 
   "La guerre civile espagnole a été l'endroit où les puissances ont testéleurs armes avant la 2ème guerre mondiale" a dit un théoricien politique israélien Yaron Ezrah'i. "Eh bien, le conflit actuel est la guerre civile espagnole pour le 21ème siècle. Une grande répétition est en train de se produire pour savoir si la bombe humaine en tant que stratégie de libération peut réussir.  Elle doit être vaincue, mais cela requiert un peu plus qu'un réponse militaire."
 
   Les Palestiniens sont aveuglés par une telle rage narcissique qu'ils ont perdu de vue la vérité de base sur laquelle la civilisation est bâtie : lavie humaine, en commençant par la sienne, est sacrée. Dernier bastion duréalisme, si l'Amérique n'emploie pas toute par celle de son énergie pour arrêter cette folie, en l'appelant par son nom, alors elle se répandra. Le Diable est en train de danser au Moyen Orient et se dirige vers nous en dansant.
 
© The New York Times
 
--Traduit de l'anglais par Albert Soued spécialement pour "Reponses-Israel"
 (
http://fr.groups.yahoo.com/group/Reponses-Israel).

 
J'accuse Bill Graham
Norman Spector
La Presse, 4 avril 2002
 
   Au Proche-Orient, affirmait l'ancien secrétaire d'État américain, George Schultz, les paroles ont leur importance. Malheureusement, celles qu'a prononcées Bill Graham, ministre des Affaires étrangères du Canada, contribuent indirectement à la mort d'innocents civils israéliens - tant juifs qu'arabes.
 
   En vacances aux Bahamas, monsieur Graham a donné hier une conférence de presse téléphonique. Il a repris les paroles du premier ministre condamnant les attentats-suicides, notamment la bombe qui a fait sauter un restaurant arabe d'Haïfa cette semaine. (Sur une note plus personnelle, il a informé les journalistes qu'il avait exprimé ses condoléances aux victimes du massacre de la pâque juive survenu la semaine dernière à Netanya.) De plus, il a reconnu le droit d'Israël de se défendre contre ceux qui voient son existence comme un péché contre l'Islam. Monsieur Graham a toutefois critiqué l'État juif pour son «usage démesuré de la force».
 
   Lorsqu'un journaliste lui a demandé ce qui constituerait un usage modéré, il a été incapable de formuler une seule recommandation d'ordre pratique. Il n'a pas parlé des postes de contrôle qui font l'objet de tant de critiques - dont l'un a pourtant permis d'éviter une attaque à Jérusalem cette semaine. Et encore moins de la fouille des ambulances palestiniennes qui, a-t-on appris il y a quelques jours, servent à transporter des explosifs dissimulés sous de jeunes enfants.
 
   Il a plutôt demandé à Israël de retirer ses troupes, en refusant d'admettre qu'il y avait là deux poids et deux mesures à la lumière de la présence active de l'armée canadienne en Afghanistan. Graham a souligné que les États-Unis avaient voté en faveur de la résolution 1402 du Conseil de sécurité des Nations unies, le week-end dernier. Il a toutefois négligé d'ajouter que cette même résolution exigeait un cessez-le-feu immédiat, ce qu'a refusé Arafat dans les jours qui ont précédé la dernière campagne d'attentats à la bombe. M. Graham a aussi dénaturé le but des opérations militaires d'Israël, l'accusant de tenter d'occuper de nouveau la Cisjordanie et Gaza. En fait, Israël ne fait que ce que les Américains avaient demandé à Arafat de faire, soit d'appréhender les terroristes et de saisir leurs armes.
 
   À ceux qui le pressaient de recommander des moyens que pourrait employer Israël pour éviter la mort de civils, monsieur Graham a marmonné que les mesures prises par Israël ne doivent pas empêcher la reprise du processus de paix. Personne n'est en désaccord avec cet objectif. Mais tous conviennent que le cessez-le-feu exigé par le plan Tenet élaboré par les Américains est une condition préalable à la réussite d'un processus politique. Monsieur Graham est passé sur ce point et a rappelé que régnait avant le massacre de la pâque juive l'espoir que la paix était proche. Mais cet espoir s'est évanoui lorsqu'on a appris qu'Arafat avait fait libérer l'auteur du massacre tout en sachant que ce dernier planifiait un attentat-suicide.
 
   Graham a raison de dire que seule une solution d'ordre politique mettra fin à la violence au Proche-Orient. Mais Yasser Arafat a clairement démontré au cours des derniers dix-huit mois qu'il n'a aucun intérêt à stopper le terrorisme. Il est persuadé que cela donne des résultats.
 
   Selon Graham, tout ce que le Canada reproche à Arafat c'est de ne pas dénoncer ces attentats-suicides en langue arabe comme il le fait en anglais. On pourrait s'attendre à ce que les paroles prononcées par le leader palestinien sur le réseau arabe Al-Jazira suscitent chez lui une certaine inquiétude: «Je leur dis (que je serai) un martyr, un martyr, un martyr et un martyr... Et ils seront en première ligne jusqu'au Jugement dernier... et l'un de leurs martyrs (qui mourra durant la bataille pour la conquête de Jérusalem) vaut 40 martyrs... Allah, accorde-moi le martyre à... (Jérusalem), là où le prophète Mohammed est monté aux cieux et là où notre Seigneur Jésus est né... Je serai peut-être martyrisé, mais il est certain que l'un de nos fils ou l'une de nos filles fera flotter le drapeau de la Palestine au-dessus des murs de Jérusalem, au-dessus des minarets de Jérusalem et au-dessus des églises de Jérusalem. Ils pensent que c'est encore loin, mais nous savons que c'est imminent, et nous avons raison... Ils entreront dans la mosquée comme ils y sont entrés la première fois... C'est la voie que j'ai choisi... Allah, accorde-moi le martyre... »
 
   Nous ne devons pas nous laisser berner par ses vagues regrets exprimés devant «la mort de nombreux civils» qui sont l'équivalent moral de ce qui sous-tend la position de Graham. Et les actes sont plus importants.
 
   Graham devrait consulter les documents que les Israéliens ont découvert cette semaine dans les quartiers généraux d'Arafat. Il se trouve que le corécipiendaire du prix Nobel de la paix de 1994 finance des attentats-suicides menés par la Brigade Al-Aqsa, la branche terroriste de son mouvement Fatah. Le moment est venu pour le Canada de lui demander des comptes.
 
(L'auteur a été ambassadeur en Israël et le premier représentant
du Canada auprès de l'Autorité palestinienne, à Gaza.)

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