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Communiqué Isranet Numéro 13 • vendredi le 25 janvier, 2002 Des Intellectuels saoudiens et
arabes : C’est notre éducation qui est en cause – En plus de l'habituel courrier des lecteurs niant toute responsabilité arabe ou musulmane dans les attentats du 11 septembre - ou alternativement, appelant les USA à s'amender en matière de politique étrangère - le quotidien londonien de langue arabe Al-Sharq Al-Awsat a publié quelques lettres appelant à un examen de conscience approfondi du monde musulman. Le 21 décembre 2001, le journal publiait une lettre de Madame le Dr Sahr Muhammad Hatem de Riyad, en Arabie Saoudite, intitulée, "Notre Culture de la Démagogie a Engendré Ben Laden, Al-Zawahiri, et les siens". La voici : "(...) Notre mentalité à tous a été programmée, dès l'école primaire, [à croire] que [l'Islam] est tout. On a insufflé dans nos petits esprits l’ [idée que le musulman] est dans son bon droit - quelle que soit la cause qu'il défend - et qu'il triomphera - même s'il n'est armé que d'un bâton contre un tank - parce qu'il [représente] la vérité et que les autres sont dans l'erreur. On a insufflé dans nos petits esprits la [conviction] que nous détenons le monopole des bonnes valeurs..." "On nous a enseigné que quiconque n'est pas musulman est notre ennemi, et qu’Occident signifie amollissement, licence, absence de valeurs et Jahiliya [c.-à-d. ignorance - terme employé pour décrire l'ère préislamique]. Celui qui échappe à cette programmation du milieu scolaire la retrouve sur le chemin de la mosquée, ou dans les media, ou encore dans la bouche des prédicateurs embusqués à chaque coin de rue (...) Voilà la culture qui a accordé à chacun de nous le droit de décider du sort de l'univers." "Nous sommes devenus une société complètement soumise à ceux qui se réclament de la religion. Avec une telle mentalité, que pouvons nous répondre à ceux qui prétendent que l'Islam est la seule solution sans pour autant présenter de solution ? (...)" " (...) Celui qui n'est pas d'accord se retient de parler et reste dans son coin, apeuré ou gêné. Et si jamais quelqu’un à qui il reste encore un peu de bon sens ose l'utiliser, il voit son sort fixé par l’un des deux [groupes suivants] : - Les Frères Musulmans : s'il est chanceux, il sera uniquement séparé de sa femme, mais s'il est malchanceux, son sang sera versé. - un autre groupe [le djihad islamique ou d’autres organisations du même genre] : ceux-là le tueront sans attendre, comme ils l’ont fait avec le Dr Faraj Fouda, (1) qui était à l'époque le seul à faire front, tandis que nous assistions aux faits sans intervenir, apeurés et gênés." "(...) Nous nous sommes tournés vers ceux qui prétendent être des cléricaux, leur déléguant le pouvoir de décision dans les domaines de la médecine, la technique, la recherche spatiale et toutes les sciences du vivant. La vie continue, [alors que] nous restons enlisés." "Nous avons commencé à vivre une vie imaginaire qui n'existe que dans nos têtes, alors que la réalité qui nous entoure est entièrement différente. C'est ce clivage [de la personnalité] qui a engendré des gens comme Ben Laden. Comme la réalité diffère de [l'image] mentale qu'il en a, il se prétend Mujahid [c.-à-d. combattant du Djihad] ; qu'il tue ou qu’il soit tué, il gagne (...)" "Nous nous focalisons tous sur Ben Laden et ses semblables (...) et jamais sur des gens plus dangereux, qui nous bourrent le crâne de vains propos dans les écoles, les mosquées et les media, qui répandent le poison lexical sans hésitation, sans penser aux conséquences ou même réaliser qu'à notre époque, le monde entier les entend." "Que leur importe-t-il ? Chacun d'entre eux croit détenir un mandat du ciel. Le résultat, c'est qu'ils ont dévoyé nos vies - qui l'étaient déjà avant - [et] notre religion tolérante, et ont compliqué nos relations avec le reste du monde. Combien de temps encore les musulmans devront-ils pâtir du tort qui leur a été causé ? La solution est l'Islam tel qu’il a été enseigné par le Prophète de notre nation - un Islam de tolérance - différent de celui enseigné par ceux qui contrôlent les media." (2) La lettre du Dr Hatem a été chaleureusement saluée par l'éditorialiste libéral du journal Khaled Al-Qashtini, qui l’a nommée "meilleure lettre de l’année 2001." Cette lettre, écrit-il, "a apaisé ma détresse vieille de plusieurs années - des années de désespoir, des années de pessimisme quant à l’avenir de notre nation. Mais maintenant, je perçois une étincelle de lumière. Si nous avons encore parmi nous une femme de Riyad au cœur courageux dont la tête est remplie d'idées éclairées, et si nous possédons encore un journal capable de publier son opinion - alors l'espoir est permis. A mes yeux, c'est LA lettre de l'année 2001, et cette femme mérite le titre de 'Femme de l'Année.'" (3)
Abd Al-Salam ben Al-Hussein, du Maroc, a aussi loué Madame le Dr Hatem pour sa lettre. Ce dernier a écrit au rédacteur en chef : "Elle a mis le doigt sur une des causes du mal : les conceptions fanatiques provenant de la mauvaise compréhension du [verset du Coran qui affirme que les Musulmans sont] 'la meilleure nation de l'humanité' - expression qui ne signifie pas que toutes les autres nations sont malfaisantes. L'Islam nous a apporté d'extraordinaires valeurs humaines, ce qui ne signifie pas que les nations non-islamiques en soient dépourvues et soient confinées à la Jahiliya (...) Nous devons arrêter de nous considérer comme le centre du monde, alors même que nous vivons en marge de l'histoire. Nous devons considérer les autres nations comme constituées d'être humains, dépositaires des valeurs universelles qu’Allah a inculquées à l'homme, indépendamment de toute notion de croyance et de race (...)" (4) Ahmad Othman, de Londres, a exprimé un point de vue similaire à celui du Dr Hatem, dans deux lettres parues dans le même journal. Dans la première, publiée juste après le 11 septembre, il écrit : " (...) Comme d'habitude, nous accusons les autres et refusons de reconnaître nos torts. L'identité de ceux qui ont participé aux attentats du World Trade Center ne fait pourtant l’objet d’aucun doute. Il s'agit de nos jeunes, de nos fils. Nous sommes responsables de l’éducation qu’ils ont reçue. Ils ont perpétré ces attentats en pensant, à tort, qu'ils sacrifiaient leurs âmes pour la nation arabe et la foi islamique. [Personne] ne peut nier que nous – et non l'Amérique - leur avons enseigné cela au moyen de nos media, nos écoles et toutes nos actions. Nous avons appris aux jeunes, dans nos pays, à haïr l'Amérique ; nous leurs avons enseigné la sainteté du martyre [qui consiste à mourir] en entraînant nos ennemis avec nous dans la mort (...)" (5) Environ deux mois plus tard, Othman voyait une autre de ses lettres publiée par le journal, il y écrivait : " (...) A l'heure qu'il est, il a déjà été prouvé, à coup sûr, que tous ceux qui ont participé aux attentats suicides du World Trade Center et du Pentagone (...) étaient arabes et musulmans. Il s’agit de nos fils, nés et éduqués dans nos sociétés arabes. Ces terroristes ont fréquenté nos écoles et ont été éduqués par nous. Ils ont puisé leurs informations dans notre presse et nos media. S'ils sont arrivés à la conclusion que se donner la mort et détruire la culture des autres était la seule manière d'exprimer leur identité, alors il ne fait alors aucun doute que c’est notre société qui a un problème – pas celle des victimes américaines (...)" "Au lieu de reconnaître nos fautes en éduquant correctement nos enfants dans l’Islam, nous avons accusé les Américains et la mondialisation pour justifier les crimes de nos enfants (...). Au lieu de chercher des prétextes politiques pour justifier ces opérations terroristes, n'aurait-il pas mieux valu être honnête et participer, avec les autres peuples de la planète, à la défense de l'humanité contre ce péril, dont nous sommes les premières victimes ? (...)" (6) ___________________________________ (1) Intellectuel
libéral égyptien assassiné en 1992. -------------------------------------------------------------------------------- Télévision
et radio palestiniennes détruites Sermon du vendredi sur la télévision palestinienne Comme chaque semaine, la télévision de l'Autorité palestinienne a diffusé le sermon du vendredi de la mosquée du Cheikh Ijlin à Gaza. Cette semaine, le prêcheur était le Cheikh Ibrahim Madhi, qui est aussi professeur d'hydrologie et d'écologie à l'université Al-Aqsa de Gaza. Voici des extraits de son sermon, interrompu au milieu en raison de problèmes technique: "Oh bien-aimés de Allah. Nous ne devons jamais oublier qui sont les Juifs, comment ils voient Allah, ce qu'ils pensent des prophètes et des apôtres, et ce qu'ils en disent dans leurs livres saints - c'est-à-dire dans les livres qu'ils appellent "livres saints". Nous devons toujours garder en tête la vision qu'ils ont du prophète Mahomet, la corruption dont ils souillent le monde, surtout le monde arabe et musulman. "Oh bien-aimés de Allah, qui sont les Juifs Voilà comment ils voient Allah: ils ont dit que sa main était enchaînée, mais c'est leur main à eux qui est enchaînée, et ils sont maudits pour avoir prononcé ces mots. Selon les croyances juives, et comme il est écrit dans certains de leurs livres saints, tel le Talmud, Allah divise son temps en trois tiers: une partie du temps il pleure. Pourquoi donc Parce que son peuple [élu] est dispersé aux quatre coins du monde. Un tiers du temps il s'amuse avec les baleines, et le dernier tiers est passé à ne rien faire de particulier. Voilà quelle est leur croyance pervertie sur Allah. "Oh bien-aimés de Allah. Une des actions maléfiques des Juifs est ce qu'on appelle l'holocauste, c'est-à-dire le massacre des Juifs par le nazisme. Mais des historiens révisionnistes ont prouvé que ce crime colporté contre une partie des Juifs, avait été manigancé par les dirigeants juifs et représentait une tactique politique. Voilà qui sont les Juifs contre qui nous nous battons, oh bien-aimés de Allah! "Et nous, comment considérons-nous les Juifs Allah les a décrits comme des ânes qui doivent porter les livres de la Torah - mais ils ne les ont pas portés. Notre croyance, qui est la vérité, est qu'Allah est en colère contre eux. Ils sont maudits de la malédiction d'Allah dans ce monde et dans le monde futur. C'est pourquoi nous leur disons, par pure amitié: "Oh Juifs, retrouvez votre bon sens, retournez à la vraie foi: convertissez-vous à l'islam." "Nous pensons que l'escalade de cette guerre qui nous oppose aux Juifs continuera jusqu'à ce que nous ayons vaincu les Juifs et que nous entrions à Jérusalem en conquérants, à Jaffa en conquérants. Nous ne nous contenterons pas d'un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale; nous proclamerons la création d'un califat islamique qui aura Jérusalem pour capitale. "Oh bien-aimés de Allah, comme nous l'avons toujours dit: quand les guerres entre musulmans et infidèles reprennent, les martyrs et les musulmans morts au combat vont au paradis. Par contre, ceux qui ne sont pas morts pour l'islam après que le prophète Mahomet eut délivré son message. termineront dans les flammes de l'enfer." (1) ___________________________________ (1) Télévision de l'Autorité palestinienne, le 21 septembre 2001 Numéro 12 • vendredi le 18 janvier 2002 "Qui
vive" Sur la phrase "Nous
sommes tous Américains", utilisée par Jean-Marie
Colombani, directeur du Monde, au lendemain du 11 septembre Le "Nous sommes tous Américains" est d'un autre ordre puisqu'il ne s'agit pas de marquer une similitude là où un pouvoir veut forger une distinction. Au contraire, nous reconnaissons une sorte d'indistinction, nous constatons que nous sommes tous exposés à ce type de violence, qu'elle s'est adressée à l'Amérique, qu'elle s'est catapultée contre les Twin Towers, mais qu'elle aurait pu aussi bien se catapulter contre je ne sais quel immeuble ou symbole parisien, londonien ou allemand. "Nous sommes tous Américains", c'est une réponse à l'indistinction dont les terroristes eux-mêmes nous frappent. La deuxième chose que
cette phrase m'évoque, c'est un paradoxe extrêmement douloureux.
L'Amérique, c'était pour tous les hommes une citoyenneté
potentielle. On ne disait pas "Nous sommes tous Américains"
mais "Peut-être demain, si les choses tournent mal, pourrons-nous
devenir Américains". L'Amérique, c'était
comme une structure d'appel face aux tragédies de l'histoire.
Et voilà tout d'un coup que la tragédie rejoint l'Amérique
et que nous sommes tous Américains, c'est-à-dire que nous
sommes tous vulnérables, nous sommes tous potentiellement victimes
de la tragédie historique. Autrement dit, aujourd'hui, il n'y
a plus de terre promise. Et ça, évidemment, c'est un deuil
abyssal. Il faut commencer par accepter de regarder la réalité en face. Ne plus chercher d'excuse à cet antisémitisme. Ne plus donner dans ce "deux poids deux mesures" de l'antifascisme traditionnel...Ne pas chercher d'excuses, dire "Le roi est nu". C'est de l'antisémitisme et rien d'autre, et c'est un antisémitisme d'une gravité extrême, précisément parce qu'on ne peut pas culpabiliser ses auteurs: l'histoire de l'Europe, eux, ils s'en fichent. On doit commencer par là.
C'est la condition initiale pour que le travail d'intégration
soit fait. Celui-ci ne peut pas être fondé sur l'hypocrisie
ou l'occultation de l'horreur. Il faut être capable de rompre
avec le discours islamo-progressiste en voie de constitution. Si on
ne fait pas cela, à la sécession d'un certain nombre de
beurs, protégés par le progressisme dominant, correspondra
l'isolement grandissant des Juifs. Et ce sera un double coup porté
à la République. Le deuxième écueil,
qui est plutôt une sorte de tentation, serait de penser que puisqu'Israël
est attaqué sur un mode antisémite alors Israël devient
forcément incritiquable. Nous pourrions être tentés
de nous prévaloir d'une critique ignoble pour interdire la critique.
Je crois qu'il faut raisonner autrement. Il faut refuser, de la manière
la plus claire, de pactiser avec ce discours, afin de libérer
demain un espace pour la politique. Il faut que la politique reprenne
ses droits - c'est-à-dire la négociation, le compromis
qui exigera évidemment des sacrifices d'Israël, le démantèlement
d'un certain nombre de colonies et le regroupement des colons sur la
base de ce qui avait été discuté et négocié
à Camp David... C'est là que le cœur
se serre, parce qu'on se dit qu'on a brandi le "devoir de mémoire"
- c'était cela, le sens de la repentance - pour condamner l'antisémitisme
partout où il se manifestait. Or, au bout du "devoir de
mémoire", qu'est-ce que l'on trouve? La haine des Juifs,
coupables, eux, de ne pas avoir su produire un "devoir de mémoire
" correct et acceptable. C'est un paradoxe stupéfiant et
même insoutenable. Il faut être très attentifs car cela devient un sport à la mode, un réflexe conditionné. Le 11 septembre, la cause, l'origine, c'est Israël. Et si la cause, c'est Israël, le responsable c'est Israël. Ici, à qui profitent les crimes d'honneur? Presque à Israël, puisque les Israéliens sont accusés par une rumeur de violer des femmes palestiniennes en sachant qu'elles seront tuées. Donc, ils pratiquent un crime contre l'humanité. Un crime plus grave qu'une vieille et horrible coutume dont ces gens n'arrivent pas à se défaire. Un crime commis de sang-froid par des Occidentaux bercés par les droits de l'homme et qui n'ont donc aucune excuse culturelle à faire valoir. Il y a là une tentation de toujours désigner Israël comme cause de tous les maux. Cette tentation peut renforcer notre sentiment paranoïaque. Et j'ai envie de supplier tous ces gens qui ne prient que pour que justice soit faite aux Palestiniens: si vous nous rendez paranoïaques, il n'y aura de justice pour personne. ________________________________________
Les Palestiniens ont toujours eu des options politiques et, à chaque occasion, ils ont choisi une stratégie qui les a menés dans un cul-de-sac Stephen Schecter Dernièrement dans Le Devoir
paraissait un texte malheureux de Denis Gaumond, texte dont l'auteur
s'est permis quelques réflexions sur le conflit israélo-palestinien.
Ces réflexions étaient aussi lamentables qu'erronées,
mais comme elles reflètent sans doute ce qui passe aujourd'hui
pour une idée politique dans une bonne partie de la classe intellectuelle,
je crois qu'elles méritent quelques correctifs. (Stephen Schecter est professeur
au département ____________________________________________________________ Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement le point de vue de l’Institut. Numéro 11 • vendredi le 11 janvier, 2002 Extraits des écrits
du Dr. Martin Luther King: Traduction par N. Lipszyc "... Tu déclares, mon ami, que tu ne hais pas les Juifs, que tu es seulement antisioniste. A cela je dis, que la vérité sonne du sommet de la haute montagne, que ses échos résonnent dans les vallées vertes de la terre de Dieu : Quand des gens critiquent le sionisme, ils pensent Juifs, et ceci est la vérité même de Dieu. " L'antisémitisme, la haine envers le peuple juif, a été et reste une tache sur l'âme de l'humanité. Nous sommes pleinement d'accord sur ce point. Alors sache aussi cela : antisioniste signifie de manière inhérente antisémite, et il en sera toujours ainsi. "Pourquoi en est-il ainsi? Tu sais que le Sionisme n'est rien moins que le rêve et l'idéal du peuple juif de retourner vivre sur sa propre terre. Le peuple juif, nous disent les Ecritures, vécut en union florissante sur la Terre Sainte, sa patrie. Ils en furent expulsés par le tyran de Rome, les mêmes Romains qui assassinèrent si cruellement Notre Seigneur. Chassé de sa patrie, sa nation en cendres, le peuple juif fut forcé d'errer sur le globe. Encore et encore, le peuple juif souffrit aux mains de chaque tyran qui vint à régner sur lui. "Le peuple noir, sait, mon ami, ce que signifie souffrir les tourments de la tyrannie, sous un joug que l'on n'a pas choisi. Nos frères en Afrique ont supplié, plaidé, demandé, EXIGE la reconnaissance et la réalisation de leur droit naturel de vivre en paix sous leur propre souveraineté, dans leur propre pays. "Pour quiconque chérit ce droit inaliénable de toute l'humanité, il devrait être si facile de comprendre, de soutenir le droit du Peuple Juif à vivre sur l'antique Terre d'Israël. Tous les hommes de bonne volonté se réjouiront de la réalisation de la promesse de dieu, que son Peuple retourne dans la joie sur la terre qui lui a été volée. C'est cela le Sionisme, rien de plus, rien de moins. "Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d'Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu'ils sont Juifs. En un mot, c'est de l'antisémitisme. "L'antisémite se réjouit de chaque occasion qui lui est donnée d'exprimer sa malveillance. L'époque a rendu impopulaire, à l'Ouest, de proclamer ouvertement sa haine des Juifs. Ceci étant le cas, l'antisémite doit à chaque fois inventer de nouvelles formes et de nouveaux forums pour son poison. Combien il doit se réjouir de la nouvelle mascarade! Il ne hait pas les Juifs, il est seulement antisioniste. "Mon ami, je ne t'accuse pas d'antisémitisme délibéré. Je sais que tu ressens, comme je le fais, un profond amour pour la vérité et la justice, et une révulsion envers le racisme, les préjugés, la discrimination. Mais je sais que tu as été trompé, comme d'autres l'ont été, en te faisant croire que tu pouvais être antisioniste tout en restant fidèle aux principes que nous partageons toi et moi du fond du coeur. Que mes paroles sonnent dans les profondeurs de ton âme : quand les gens critiquent le sionisme, ne te trompe pas, ils pensent les Juifs. " (Extrait de M.L. King Jr., "Letter to an Anti-Zionist Friend," Saturday Review XLVII [Aug. 1967], p. 76. Reprinted in M.L. King Jr., This I Believe: Selections from the Writings of Dr. Martin Luther King Jr. [New York, 1971] pp. 234-235.) ________________________________________________________________ Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement le point de vue de l’Institut. Numéro 10 • vendredi le 4 janvier, 2002 Un
entretien avec Ariel Sharon, Premier ministre israélien, au lendemain
de l'appel de Yasser Arafat à la cessation des violences contre
Israël Alain Louyot a rencontré Ariel Sharon, pour le premier entretien du chef du gouvernement israélien avec un média français depuis l'aggravation du conflit. Que pensez-vous de la dernière déclaration de Yasser Arafat, jugée «constructive» par Washington? Nous sommes las et fatigués des mots, des déclarations et des promesses sans lendemain. Ce qui nous importe, désormais, ce sont les actes et les résultats concrets. A peine Arafat avait-il fini son intervention télévisée que nous avons de nouveau essuyé des tirs de mortier. Et ces tirs continuent à l'heure où je vous parle. En outre, Hamas et le Jihad islamique ont annoncé, aussitôt après son discours, qu'ils poursuivraient leurs attaques. Quant au Fatah, il n'est pas en reste, bien qu'il soit sous le contrôle absolu d'Arafat. Voilà pourquoi, en résumé, nous ne nous laisserons plus bercer par de belles déclarations. Cette fois, pourtant, Arafat a été plus loin que d'ordinaire en exigeant que les Palestiniens cessent l'Intifada et toutes les opérations armées contre Israël... Je crois savoir que vous n'êtes en Israël que pour un jour seulement, à l'occasion de cette interview. Alors, si vous voulez que j'énumère toutes les promesses non tenues d'Arafat, tous ses mensonges, croyez-moi, cela prendra plus d'une journée, et vous raterez votre avion! Le nombre de fois où les Palestiniens ont annoncé un cessez-le-feu sans le respecter dépasse l'imagination!... L'Union européenne vient pourtant de réaffirmer qu'elle considérait Arafat comme le «seul représentant légitime du peuple palestinien» et les Etats-Unis assurent qu'ils continueront à parler avec lui en tant que «leader élu». Elu? Ce fut plus une sélection qu'une élection! En outre, le «président» Arafat s'est disqualifié en tant que leader en refusant de prendre les décisions stratégiques nécessaires pour combattre le terrorisme. Il s'est disqualifié en trahissant les espoirs de son peuple et en se dérobant, au lieu de s'engager résolument dans le processus de paix... Mais comment pourrait-il se montrer efficace alors qu'il est bloqué à Ramallah et que la police palestinienne est prise sous les bombardements? Arafat n'a pas besoin de se déplacer pour donner des ordres. Vous n'imaginez quand même pas que c'est lui qui va aller passer les menottes aux terroristes!...Dans cette ville [Ramallah], où se trouve en ce moment Arafat, il y a plusieurs hauts responsables du Front populaire de libération de la Palestine qui sont impliqués dans le meurtre [le 17 octobre dernier] de notre ministre du Tourisme Rehavam Zeevi. Ses deux assassins sont aussi à Ramallah. Arafat connaît leurs noms et sait très bien où les trouver...Je l'ai d'ailleurs dit à Jacques Chirac, que j'ai eu longuement, hier, au téléphone: comment pouvez-vous penser, monsieur le Président, que je puisse laisser Arafat sortir de Ramallah tant que des meurtriers palestiniens s'y promèneront librement?... Ne craignez-vous pas une radicalisation si la situation continue de se dégrader et qu'ainsi vous vous retrouviez avec pour seuls interlocuteurs les extrémistes de Hamas ou du Jihad, avec leurs exigences maximalistes? Mais pourquoi donc n'évoquez-vous pas aussi la garde présidentielle d'Arafat, la fameuse Force 17, qui a des relations étroites avec le Hezbollah? Vous imaginez un pays où la garde présidentielle entretiendrait des relations avec une organisation terroriste? Avec les membres du Tanzim [noyau dur du Fatah], appointés par Arafat, et le Front populaire de libération de la Palestine, ils sont à eux seuls responsables de plus du tiers des victimes israéliennes! Reste que je doute fort que Hamas puisse se substituer un jour à Arafat. Je ne crois pas à un tel danger... Actuellement, estimez-vous qu'Israël est en guerre? Vous savez, nous sommes un minuscule pays qui est le seul endroit au monde où les juifs ont enfin la possibilité de défendre leur vie par eux-mêmes, de prendre en main leur destin. Si l'on rapporte nos chiffres des victimes du terrorisme à la proportion d'un pays comme la France, cela signifie que, en un an seulement, il y aurait eu chez vous 2 420 tués et 23 800 blessés! Nous ne pouvons pas nous laisser massacrer sans rien faire! Lorsque nous savons qu'une attaque suicide se prépare, nous avertissons aussitôt l'Autorité palestinienne. Si elle n'entreprend rien pour l'empêcher d'avoir lieu, alors nous agissons; si elle n'arrête pas les terroristes, c'est nous qui le faisons. En parlant hier au téléphone avec le président Chirac...je lui ai dit que j'étais en train de lire un ouvrage terrible sur la guerre d'Algérie. Un livre dont le titre en hébreu signifie: «La guerre sauvage pour la paix». Je sais que le président Chirac s'est battu en tant qu'officier durant ce conflit et qu'il a même été décoré pour sa bravoure. Aussi, très amicalement, je lui ai dit: «Monsieur le Président, comprenez que nous, ici, nous sommes comme en Algérie. Nous n'avons aucun endroit où aller. Et d'ailleurs nous n'avons nullement l'intention de partir.»... Etes-vous disposé à faire des concessions pour la paix? Oui. Je suis même prêt à consentir à des compromis douloureux pour obtenir une véritable paix, une paix durable. Mais je ne ferai jamais le moindre compromis, ni aujourd'hui ni demain, tant que la sécurité des citoyens israéliens sera en jeu ou que l'existence de l'Etat d'Israël se trouvera menacée. J'ai été élu par le peuple d'Israël, et c'est mon premier engagement à son égard... Que faudrait-il pour reprendre les négociations? Il faudrait sept jours de cessez-le-feu total, puis, comme nous en sommes convenus avec les Américains, obtenir une période de calme de six semaines pour que la confiance soit rétablie. Ensuite seulement nous pourrons commencer à discuter. Mais Arafat ne se rend pas compte qu'il est peut-être en train de perdre sa toute dernière chance d'obtenir un accord de paix avec Israël. Même la gauche israélienne y croit de moins en moins... Espérez-vous obtenir un accord politique tant que vous serez au pouvoir? J'ai 73 ans. J'ai participé à de nombreuses guerres, j'ai commandé les unités les plus prestigieuses de Tsahal: les commandos, les parachutistes... Mes meilleurs amis sont tombés sur des champs de bataille et moi-même j'ai été par deux fois grièvement blessé. Il m'a souvent fallu prendre des décisions qui engageaient la vie et la mort d'autrui. Alors, mieux que d'autres hommes politiques, je sais sans doute combien la paix implique la sécurité...Je n'ai plus d'ambition politique, désormais, mais ce que je veux par-dessus tout, avant de m'en retourner m'occuper de ma ferme, c'est obtenir un accord politique sûr et durable entre Israël et le monde arabe. Voilà mon objectif, tant que je resterai au pouvoir. Mais, évidemment, pour l'atteindre, il me faudra un partenaire fiable.... Propos receuillis par Alain Louyot _______________________________________
Né à Bucarest
en 1946, Elie Barnavi arrive en Israël en 1961. En 1971, cet historien
des guerres de religion se rend pour la première fois en France
où il se lie à François Furet. Trente ans plus
tard, en décembre 2000, il est nommé ambassadeur d’Israël
à Paris. Proche de la gauche israélienne, il défend
aujourd’hui la politique de répression d’Ariel Sharon,
tout en restant optimiste pour l’avenir du processus de paix…
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