Communiqué Isranet
juin 2002
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 34 • vendredi le 28 juin, 2002

Arafat envoie des bombes, l’Europe finance
Thomas Kleine-Brockhoff et Bruno Schirra
Die Zeit de juin 2002

Cinq cents hommes et jeunes hommes se sont rassemblés pour les prières du vendredi à la mosquée Sheikh-‘Iljlin de Gaza. Ils écoutent l’Imam, Cheikh Ibrahim Madh. Nous sommes le 12 avril 2002 et l’Imam parle de la nation palestinienne.

" Nous sommes convaincus de la victoire d’Allah ; nous croyons que bientôt nous rentrerons dans Jérusalem en tant que conquérants, dans Jaffa, dans Haïfa, dans Ramle et Lod et dans toute la Palestine, en tant que conquérants, selon le décret d’Allah… Quiconque n’atteint pas le martyre en ces jours devrait se réveiller au milieu de la nuit et dire : ' Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous privé du martyre pour votre nom ? ' Un Hadith (tradition) dit : ' Les Juifs vous combattront, mais vous les dominerez. '…Si le Juif se cache derrière le rocher et l’arbre, le rocher et l’arbre diront : ' Ô Musulman, ô serviteur d’Allah, un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le '… Ô Allah, accepte nos martyrs dans les cieux supérieurs… Ô, Allah, donne un jour funeste au Juif… Ô, Allah, annihile les Juifs et ceux qui les soutiennent… Ô, Allah, élève l’étendard du Jihad dans tout le pays… Ô, Allah, pardonne nos péchés… "

L’Imam a prononcé ces paroles sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne (AP), qui l’a également récompensé de ce service. Son sermon avait dû être avalisé par les services officiels d’Arafat. PA-TV, la station de télévision officielle de l’AP, a diffusé le sermon le jour même. Et cette station (la station d’Arafat) est financée par L’UE depuis des années.

L’aide était initialement prévue pour "la création d’un système d’information ouvert et pluraliste, et ce faisant, la formation d’une société palestinienne démocratique ".

PA-TV doit presque tout aux contribuables européens : cafétérias, camions, émetteurs, cours de formation pour journalistes. Bruxelles a même pris en charge la reconstruction de l’antenne après les attaques israéliennes.

La station de TV, qui dépend du financement européen, ne diffuse pas seulement des sermons et pas seulement les jours de fêtes musulmanes...Depuis quelque temps déjà, des observateurs occidentaux accusent l’élite politique et religieuse de l’entourage d’Arafat de se servir de sa station de TV pour propager un appel à la guerre éternelle contre les Juifs, en expliquant que les accords de paix sont une étape temporaire, et en déclarant la guerre d’Allah pour la liquidation de l’Etat d’Israël. Tout ceci a lieu sous le couvert de la liberté de presse du gouvernement palestinien.

Mais la liberté de la presse n’interdit pas aux bâilleurs de fonds de voir ce qu’ils subventionnent exactement. Il est très aisé de se rendre compte à quoi sert l’argent de l’Europe. Il suffit de se trouver en Terre Sainte et d’allumer la télévision. Malgré cela, la propagande télédiffusée n’avait pas atteint les Institutions européennes avant le 23 novembre 2000. A cette date, un député européen belge, Olivier Dupuis, a soumis la question de savoir si la Commission Européenne "considère comme acceptable que les fonds européens soient utilisés pour attiser des sentiments de haine contre le peuple israélien ? "...

Le 12 décembre 2000, le Commissaire Européen Chris Patten, de Grande-Bretagne, a permis que la question reste sans réponse. Il s’est référé à l’accord avec l’Autorité Palestinienne, qui stipule que la coopération est basée sur "le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’homme"...

...Le 6 mai de cette année, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a fait parvenir à l’Union Européenne un document de 100 pages, le "Dossier Arafat"... Ce dernier entend montrer qu’Arafat a trompé le monde et a l’intention d’établir son Etat, non par la voie des négociations, mais par la voie du terrorisme (sous ses ordres personnels). Comme preuve, Sharon présente des documents que ses troupes ont confisqués dans les centres de l’administration d’Arafat, à Ramallah et ailleurs en Cisjordanie. Le document comporte de sérieuses allégations : "Arafat et son peuple ont utilisé les fonds versés par d’autres pays, y compris l’Union Européenne, pour financer le terrorisme". L’Union Européenne répliqua immédiatement. Le lendemain, 7 mai, le Commissaire Chris Patten écrivit une lettre au Ministre des Affaires Etrangères de l’Union Européenne. "La Commission de l’UE n’a pas reçu, à ce jour, de preuves évidentes que les fonds de l’UE ont été abusivement détournés pour financer le terrorisme ou d’autres fins".

Les nouveaux livres scolaires palestiniens glorifient "les martyrs"

Qui a raison ? Die Zeit a enquêté à Berlin, Bruxelles, Washington, en Israël et dans les Territoires palestiniens : partout, des preuves et des documents ont été examinés qui montraient comment les fonds de l’UE destinés à la paix ont servi à la guerre, et comment les fonds destinés à la construction de structures démocratiques ont servi à financer un réseau de terrorisme.

Les résultats de cette enquête sont alarmants.

Le 2 septembre 2000 fut un grand jour pour les Palestiniens. Ils célébrèrent en grande pompe (à peine quelques semaines avant le déclenchement de la deuxième Intifada) le franchissement d’une étape supplémentaire sur la voie de leur Etat. Naim Abu Houmus, Ministre de l’Education, convia dans son ministère, à Ramallah, des diplomates, des étudiants et des enseignants pour la cérémonie de présentation des nouveaux livres scolaires, les premiers jamais écrits par des Palestiniens pour des Palestiniens. "Un rêve de mon peuple a été réalisé", dit Abu Houmus, en plaçant dans les mains des enfants les livres destinés au cours préparatoire et à la sixième. "Désormais nous enseignerons la vérité ".

Ce fut un grand jour pour les Européens également. Ils savent que des livres peuvent être des armes. Par conséquent l’aide en matière d’éducation est la pièce maîtresse le l’action européennne pour la paix en Palestine. Sans l’Europe, le système scolaire n’existerait pas. Les bâtiments, les salaires et la commission des livres scolaires sont tous subventionnés par Bruxelles (plus de 330 millions d’euros depuis les accords d’Oslo). Six états européens, avec la coordination de l’Italie, ont financé l’impression des livres scolaires. Les Palestiniens ont donné l’assurance au groupe des Six qu’ils permettraient que les livres soient soumis à leur approbation initiale. Mais jusqu’à présent, il semble que ces derniers ne veulent pas savoir. Les Italiens, heureux qu’aient été remplacés les anciens livres, dont l’antisémitisme était flagrant, détournent poliment les yeux quand les accords sont violés.

Dès leur parution, les nouveaux livres scolaires ont déclenché un déluge de critiques émanant d’experts occidentaux (malgré les quelques progrès vers une modération du ton, unanimement reconnus)... Le processus de paix et les accords d’Oslo ne sont jamais mentionnés...Les Juifs n’apparaissent que dans un contexte historique. Leur lien à la Terre Sainte se borne à l’Antiquité. La réinstallation juive en Palestine est appelée "infiltration". Même s’il n’y a pas d’appel direct au terrorisme, "les Martyrs de la Palestine" sont glorifiés, y compris "l’ingénieur" Ayash, qui organisa des attentats-suicide, dans les années 1990, et tua des dizaines d’Israéliens. L’Etat d’Israël n’existe pas. Son nom n’apparaît sur aucune carte, les termes tels que "ligne verte", "l’intérieur du pays" ou bien "la terre de 1948" sont utilisés de manière répétitive. Les villes créées par Israël, comme Tel Aviv, ne sont jamais mentionnées. Le nom de l’Etat de Palestine et l’emblème de l’Autorité palestinienne d’Arafat sont partout, en particulier sur les couvertures des livres. Cet Etat sembler devoir s’étendre du Jourdain à la Méditerranée...

Il a fallu plusieurs semaines pour que la controverse sur les manuels scolaires atteigne l'Europe. Le 15 novembre 2001, le député européen socialiste français François Zimeray a posé une question devant la Commission européenne. Il voulait savoir pourquoi elle finançait "un système éducatif dans lequel les manuels scolaires véhiculaient une propagande antisémite, interdite dans tous les pays de l'Union européenne en vertu des lois contre l'incitation à la haine raciale"... Chris Patten, Commissaire aux Affaires étrangères, répondit que L'UE ne finançait pas l'impression des livres de classes. Cela était techniquement exact, mais restait évasif...

Quand la seconde Intifada fut déclenchée, à l'automne 2000, Israël interrompit le transfert des fonds aux Palestiniens. Pendant des années, les Israéliens avaient transféré à Arafat sa part des taxes d'importation. Or, le nouveau gouvernement Sharon était persuadé qu’Arafat, loin de contenir l'Intifada, l’encourageait au contraire, et surtout tolérait et favorisait les nouvelles séries d'attentats suicides contre Israël. Les Européens voyaient la situation d’un autre point de vue : C'était Sharon lui-même qui avait déclenché l'Intifada par sa visite provocatrice au Mont du Temple ; les mouvements Jihad et Hamas etaient responsables des actes de terreur et Arafat essayait de calmer la situation et de protéger le processus de paix des extrémistes.

L’UE dut faire face à un choix décisif (comme cela apparaît désormais). Elle se substitua à Israël et, à partir de juillet 2001, versa 10 millions d'euros par mois, sous forme d’assistance budgétaire directe, et non plus comme "assistance pour des projets". Selon les déclarations du Commissaire européen, Chris Patten, cela représentait une "importante contribution pour éviter que la société palestinienne ne sombre dans l'anarchie, le chaos et la pauvreté". L'argent était destiné aux "besoins publics élémentaires", tels que "l'éducation, la santé, la police et les salaires des fonctionnaires". Arafat a-t-il utilisé cet argent conformément aux buts pour lesquels il avait été alloué ?

2200 kilos d'explosifs, une quantité suffisante pour des centaines d’attentats-suicide

Au début de l'été 2001, alors que les Européens décidaient de financer Arafat directement, celui-ci, derrière leur dos, s’adonnait à une activité bien différente, dont le monde entier devait entendre parler, quelques mois plus tard, le 3 janvier 2002.
Ce jour-là, le chef d'État-major israélien, Shaul Mofaz, volait au dessus de la Mer Rouge qu'il observait au travers de jumelles spéciales. Loin en dessous, naviguait un rustique cargo bleu. Cela faisait trois mois que les services de renseignement observaient ce navire. Mais maintenant, Mofaz était nerveux. Il regarda dans ses jumelles jusqu'à ce que l'inscription figurant sur le flanc du bateau soit lisible : Karine A...En quelques minutes, plusieurs commandos de la marine prirent le bateau d'assaut. Pas un coup de feu ne fut tiré...

Cachés sous une cargaison de vêtements et de lunettes de soleil de mauvaise qualité, les soldats découvrirent des armes et des explosifs dans des conteneurs étanches, en quantité suffisante pour équiper une petite armée : des roquettes d’une portée de 20 kilomètres, des grenades, des armes anti-chars, des mitraillettes, des mines. Assez d'explosif C4 pour alimenter 300 attentats suicides: 2200 kilos, soit 5 fois le poids total des explosifs utilisés dans tous les attentats-suicide, en Israël, depuis la fondation de l’Etat.

Pourtant, ce qui a bouleversé le Proche-Orient ce ne fut pas la quantité d'armes, mais leur provenance et leur destination. Le capitaine fait prisonnier avoua que le Karine A venait d'Iran et que les armes étaient destinées à la bande de Gaza. Les Israéliens furent très satisfaits de ce que le capitaine répète sa confession devant les journalistes du New York Times et de "Fox TV". Au cours d’une interview, l'homme (Omar Akawi) donna également le nom de son commanditaire : l'Autorité palestinienne. "Ils m'ont dit que ces armes étaient pour la Palestine". "En tant qu'officier palestinien, je fais ce qu'on me dit de faire."

Entre-temps, les officiels américains et européens examinèrent les preuves et confirmèrent la version israélienne. L'ordre d'acheter ces armes constitue un tournant dans l’attitude de Yasser Arafat, qui passe d’une stratégie de paix à une stratégie de guerre.

Ce changement s’est effectué durant la période même où l'Europe plaçait sa confiance dans le lauréat du Prix Nobel de la Paix, et lui promettait des fonds versés directement. Comment Arafat paya-t-il le prix d’ami de dix millions de dollars pour la cargaison du Karine A, c’est un grand mystère. Quiconque trouve cela rassurant devrait se livrer à un petit calcul : à l'époque du trafic d'armes, l'Europe fournissait 10% du budget courant d'Arafat et 50% de toutes les aides générales. En dehors des Européens, Arafat n'avait que deux autres sources de financement : les aides substantielles des États arabes et la rentrée insignifiante des taxes. Quelle est la probabilité qu'Arafat n'ait pas sali la réputation de l'Europe ?...

Si l'on en croit l'Union Européenne, il existe un processus de contrôle pour l’aide à la Palestine : c'est le FMI (Fonds Monétaire International). Le commissaire européen, Chris Patten, écrit que le FMI procède à un contrôle précis des paiements avant d’approuver la déclaration mensuelle de ratification. Ce travail est effectué pour le FMI par Karim Nashashibi, qui vit à Jérusalem. L’homme qui, selon Patten, est supposé vérifier les comptes de l'Autorité Palestinienne est lui-même Palestinien. Il vient du même clan et porte le même nom de famille que celui qui fut longtemps le ministre des finances de Yasser Arafat. Il a même été sur le point d'entamer une carrière politique avec Arafat : jusqu'à lundi soir de cette semaine, l'homme du FMI, Nashashibi, devait devenir le prochain ministre des finances d'Arafat. Mais le vent a tourné et le prédécesseur de Nashashibi au FMI est maintenant pressenti pour ce poste. Le conseiller financier d'Arafat, Fuad Shoubaki - l'homme qui a acheté le Karine A -, est fier d'appeler Nashashibi, le représentant du FMI, "son ami ". Cet ami qui est aussi supposé être un contrôleur, fait cette remarque : "Nous n’avons pas de registre de comptes sur la façon dont est dépensé chaque euro parce que nous ne sommes pas des contrôleurs aux comptes". Le FMI, explique-t-il, se contente de vérifier que les fonds sont bien affectés au bon département pour les sommes prévues. Le FMI, à Washington, ne voit pas les choses différemment. "Nous n'avons pas de responsabilité d’audit", disent-ils. "Nous aidons simplement à établir le budget de l'Autorité Palestinienne". C’est aux Palestiniens d’effectuer des contrôles. Autant dire qu’il n’y en a pas du tout...

Des témoins palestiniens commencent peu à peu à rompre le silence. Ils racontent (sous couvert d'anonymat) les réunions de l'Autorité Palestinienne pour fixer sa stratégie. Ces réunions ont commencé avant même le déclenchement de la deuxième Intifada, à l'automne 2000, et se sont apparemment achevées avec la recommandation de déclencher le terrorisme.

L'une de ces réunions a eu lieu en février 2001, peu avant l'élection israélienne. Elle s'est tenue à l’Orient House à Jérusalem. Deux options y furent évoquées :

Première option : les supporters d’Arafat déclencheraient un soulèvement contrôlé...Le Premier ministre israélien, serait obligé d'arriver à un compromis.

Notre souhait : forcer Sharon à perpétrer un massacre. "Pas si Ariel Sharon est élu", firent valoir les adeptes de la deuxième option. Ils proposèrent une analyse différente, présumée moderne, de la situation. Parce que le Premier ministre, Ariel Sharon, ne proposerait jamais davantage que ce qu'avait offert son prédécesseur, Ehoud Barak, l’année précédente, durant les négociations de Camp David, une guerre serait déclenchée. N'avait-on pas prouvé, il y a quelques mois, qu'Israël pouvait être vaincu ? C'était l'interprétation que faisait ce groupe du retrait israélien du Liban. Les Israéliens ne savent pas souffrir et ils ne toléreront pas des pertes continuelles.

L'invisible auteur d'attentat-suicide est l'arme qui frappera au cœur cette société occidentale sur le déclin. Cette stratégie leur semblait meilleure pour un faucon comme le Premier Ministre israélien. Si on arrivait à provoquer Sharon suffisamment, il répliquerait avec brutalité. Les troupes personnelles d'Arafat, les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, se tenaient prêtes.

Un homme cynique, haut placé dans la hiérarchie de l’Autorité Palestinienne déclara : "Notre désir est que Sharon fasse un vrai massacre". Après tout, cela permettrait d'appliquer le "modèle Kosovo". Le monde entier, furieux contre Israël se précipiterait à leur aide...

Les Israéliens prouvent, sur base des documents, qu’ au printemps 2001, Arafat lui-même avait pris la tête de ce mouvement et transformé ce fantasme en stratégie. Des documents ont été découverts quand les tanks israéliens se sont frayé un passage à travers les territoires occupés, après chaque série d'attentats-suicide, laissant derrière eux des ruines et des cadavres, et occupant des postes de police, des bâtiments administratifs et le Quartier Général de Yasser Arafat. Aujourd’hui, les documents sont conservés dans des entrepôts. Une très importante équipe analyse des millions de pages et de données informatiques. L'armée israélienne a publié certains de ces documents sur son site Internet et en a fourni d'autres à la presse, pour essayer de convaincre le monde entier.

Le 21 mars 2001 fut une de ces journées terribles qu’il est impossible d’oublier. La bombe explosa au cœur de Jérusalem Ouest, sur l'avenue King George. Le coupable était un jeune homme, un Arabe, qui avait paru suspect aux passants. Ils prévinrent la police qui le ceintura, mais trop tard ! L'assassin et trois victimes gisaient, mortes, et 70 personnes étaient blessées... Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa d'Arafat, revendiquèrent l'attentat. Les polices israélienne et palestinienne se réunirent pour des consultations. Le Secrétaire d'État américain, Colin Powell, appela Arafat et exigea qu'il prenne des mesures décisives contre le terrorisme. La direction palestinienne répondit qu'elle appréhenderait les responsables de cet attentat. Selon les documents découverts ultérieurement au QG d'Arafat et dans les bureaux des services de renseignement de Tulkarem et de Naplouse, c'est lui-même que le leader palestinien aurait du, à ce moment-là, arrêter.

Veuillez, je vous prie, attribuer la somme de 2000 dollars à chacun des combattants dont les noms suivent

...Deux hommes, Nasser Ash-Shawish et Mohammed Ka'abina, appelés "opérateurs", dirigèrent l’opération, tous deux ayant moins de 30 ans, tous deux originaires de Naplouse, l'un d’eux membre des services de renseignements d'Arafat, et l'autre membre du Jihad islamique. Les instructions étaient données à l'un des treize services de renseignements d'Arafat, que ne semblait pas gêner le fait d'utiliser un membre de la faction islamiste.

La cellule sera découverte, pendant les mois de préparation, par un autre des services de renseignements de l'empire d'Arafat. Son agent rédigea un rapport, le 2 décembre 2001. Après cela, il fit arrêter les trois membres de la cellule pour les interroger. Il reçut l'ordre de relâcher les trois hommes mais de continuer à les surveiller, apparemment pour utiliser leur services ultérieurement...

Le 8 février 2002, l’heure du martyr arriva. On lui ordonna de se rendre à Tulkarem. La ceinture d'explosifs autour de la taille, il attendit l'ordre, qui ne vint pas. Il est probable qu’au service des renseignements, on n’arrivait pas à se mettre d'accord sur celui qui dirigerait les opérations. Au lieu d’être envoyé en mission, le terroriste fut à nouveau arrêté. Il fut amené à Ramallah. Pendant ce temps, Yasser Arafat s'était impliqué personnellement. Lors d'une conversation téléphonique avec les Israéliens, il se vanta de sa lutte contre le terrorisme et mentionna que ses services avaient arrêté un terroriste. Selon une note écrite, que le coordinateur des services de renseignement d'Arafat, transmit à la cellule, on rendit sa ceinture d'explosifs au terroriste et on lui indiqua le lieu et la date de sa mission : Jérusalem, le 21 mars 2002.

Les opérateurs survivants devaient être récompensés après leur mission. Les Israéliens trouvèrent une liste de noms, suivie des mêmes formulations : "Veuillez, je vous prie, attribuer la somme de 2000 dollars à chacun des combattants dont les noms suivent ". L'homme qui a satisfait à cette requête est Yasser Arafat lui-même. Les Israéliens ont réussi à identifier sa signature sur ces documents...

Les Israéliens ont trouvé des reçus bancaires de paiement destinés aux terroristes et qui remontent, après une série de transferts, à des comptes alimentés par l'Union Européenne. C’est une indication que les choses prennent une tournure effrayante. Mais pas assez, toutefois, pour prouver que le prix du sang sort des subsides de Bruxelles. C’est pourquoi il est important de déterminer si l’enquête israélienne sur Yasser Arafat et son système est fiable...

Les Allemands ont envoyé leur propres experts des services de renseignements fédéraux (BND) pour conduire une enquête. A la mi-avril le BND fit son premier rapport. Il considère que les documents sont authentiques et confirme les conclusions israéliennes. Les preuves de l’implication d’Arafat ne sont pas utilisables pénalement. Le 2 mai 2002, le BND livra un autre rapport. Les auteurs tirent les mêmes conclusions. Les premiers documents israéliens n’apportaient pas de "preuves directes" du détournement des fonds européens pour financer le terrorisme". Il semble évident, d’autre part, qu’Arafat ne fait pas de distinction entre la structure de l’Autorité Palestinienne et son mouvement Fatah". Par conséquent on "ne peut écarter la possibilité" que des fonds aient été détournés. Le rapport parle de "mauvaise gestion flagrante" et de "corruption généralisée" et arrive à la conclusion suivante: "Il n’est pas réaliste de prétendre que les fonds de l’UE ont été… contrôlés à 100%"...

Selon les sources de Die Zeit...le BND a entraîné et équipé les services secrets palestiniens dans la bande de Gaza depuis les accords d’Oslo...Le BND a officiellement mis fin à sa coopération avec les Palestiniens à la fin 2000, aussi discrètement qu’il l’avait initiée. Le BND doit s’être rendu compte des changements internes de ses disciples... Le 5 avril 2002, Friedbert Pflueger, président du Comité des Affaires Européennes, s’est adressé au Ministre des Affaires Etrangères, Joschka Fischer, pour examiner les documents israéliens. "S’ils sont authentiques", écrit le député démocrate chrétien, "l’Allemagne et l’UE ne peuvent plus continuer à financer l’Autorité Palestinienne de cette manière". Depuis l’authenticité des documents a été confirmée, mais, malgré cela, le débat n’a pas lieu. Pourquoi donc ?

...[L]es politiciens allemands et en particulier les européens se sont empêchés eux-mêmes de comprendre qu’il n’existe tout simplement plus aucun fondement au financement d’ Arafat. Ces politiciens veulent la paix et non un mouvement de guérilla constitué de meurtriers à l’explosif. Rien que depuis la fin du siège des bureaux d’Arafat, son mouvement des Brigades des Martyrs Al-Aksa a revendiqué trois nouvelles attaques meurtrières contre des Israéliens. Quiconque désire éviter une catastrophe humanitaire en Palestine ne doit pas soutenir le chef de son gouvernement, ni son budget, ni sa bureaucratie.

Les Palestiniens demandent que l’Europe paie le prix du sang

Jusqu'ici, les politiciens européens ont fermé les yeux sur tout indice d’abus dans l’utilisation de leurs fonds. Initialement, en 1994, ils se trouvaient en bonne compagnie. Les Américains et les Israéliens faisaient la même chose. Ils ont fait semblant d’ignorer les budgets occultes d’Arafat, dans l’espoir qu’en fin de compte ils obtiendraient la paix. C'est pour cette raison que, dans un premier temps, ils n’ont pas réagi quand Arafat a armé sa police, en violation du traité. C'est seulement quand les partisans d’Arafat sont devenus des terroristes qu'ils ont tiré la sonnette d'alarme. Mais l'Europe n'écoutait pas.

L'Union Européenne est fière de sa politique d’équilibre entre les Israéliens et les Palestiniens. Mais alors qu'elle critique le Premier ministre Ariel Sharon pour sa politique d'occupation et d'implantations, et pour sa réticence à l’égard de la paix, elle ignore le revirement d’Arafat. Personne ne veut détruire l’image du combattant de la liberté, avec son keffieh, si éloignée qu’elle soit de la réalité. Certains ne veulent pas briser la figure emblématique de la Gauche, d’autres ne veulent pas perdre leur dernier partenaire de négociation. Le résultat de cette politique, c’est le refus de fournir des pièces détachées à Israël pour ses tanks, et, en même temps, le refus, depuis des mois, de reconsidérer le soutien financier à Arafat. Jusqu’à ce jeudi (4 juin) le parlement européen n’a pas suspendu ses paiements et aussi longtemps que le Parlement Européen ne prendra pas cette décision, l’argent continuera à couler...

Le 22 avril 2002, lors de la Conférence Méditerranéenne de Valence, en Espagne, le Ministre palestinien, Nabil Shaath, a présenté aux membres de la Commission Européenne, des demandes d'aides pour un montant de 1,9 milliard de dollars. Selon ce que rapportent plusieurs témoins, la liste de souhaits de Shaath incluait 20,6 millions de dollars pour des armes et 40,6 millions de dollars pour l'aide aux réfugiés et aux "familles des martyrs". Les Palestiniens pensaient sérieusement que les Européens suivraient l’exemple de Saddam Hussein et paieraient le prix du sang.

Les diplomates européens rassemblés n’ont pas accueilli cette demande avec un sursaut d’alarme. Ils n’ont pas été horrifiés, mais seulement embarrassés. Ils ont laissé cette liste de desiderata s’évanouir vers la voûte. Ils auraient préféré se faire "truander" discrètement.

Traduction française (sur la version anglaise) par Danielle Elinor Guez pour reinfo-israel.com. Révision et corrections par Menahem Macina, administrateur des sites reinfo-israel : www.reinfo-israel.com. La traduction anglaise de l’article, paru originellement dans Die Zeit, a été réalisée par Stefan Sharkansky.

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et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 33 • vendredi le 21 juin, 2002

Plus de Violence Garantie!
Charles Krauthammer
Washington Post, 20 juin 2002

Après tout massacre en Israël, les porte-parole palestiniens se précipitent pour dire "Oui c'est terrible, mais c'est ce qui arrive quand un peuple est laissé sans espoir de voir la fin de son occupation". Les défenseurs occidentaux reprennent invariablement en écho ces propos "explicatifs et disculpants".

Parmi tous les mensonges qui polluent le discours Moyen Oriental, celui-ci est le pire. Il suppose que celui qui écoute est non seulement stupide, mais aussi amnésique. Il y a seulement 2 ans, au sommet de Camp David, en présence du président des Etats-Unis, le premier ministre d'Israël a offert aux Palestiniens la fin d'une occupation, totale et définitive.

Ils répondirent NON! Ils dirent NON, parce qu'on leur demandait de faire la paix, en retour!

Souvenez-vous! La "mantra" répétée à Israël pendant des dizaines d'années était "la terre contre la paix". Il s'est avéré qu'Arafat voulait la terre, mais à Camp David, comme toujours, il refusa de faire la paix. La raison pour laquelle des innocents meurent chaque jour n'est pas l'occupation de la terre, mais parce que le Palestiniens croient qu'ils pourront avoir la terre sans la paix (comme le H'ezbollah au Sud Liban).

Et pourquoi ne pas croire à cette possibillité? Le Département d'Etat veut justement la leur donner. Pour sortir du bourbier moyen-oriental, Colin Powell a vivement conseillé au Président de donner aux Palestiniens "une lumière au bout du tunnel", en leur conférant un état "intérimaire" ou "provisoire", même si les massacres continuent, comme ces derniers jours où 26 personnes ont explosé en morceaux lors de deux attentats.

La rémunération de la terreur n'est pas seulement un scandale moral. C'est une diplomatie désastreuse. Mais que signifie cet état intérimaire pour les Palestiniens? On peut rejeter un État offert voilà deux ans, commencer une guerre, tuer tous les jours, et puis on vous offre à nouveau un État, sans vous demander de faire la paix cette fois-ci?

Pour une politique étrangère américaine dont le principal objectif est la stabilité et la non-violence, on ne peut concevoir pire. Si deux ans d'effusion de sang innocent peuvent donner aux Palestiniens un état "provisoire", sans le moindre cessez-le-feu, à défaut d'une paix réelle, quelle serait alors l'incitation possible pour cesser la violence?

Créer un État avant qu'une paix ne soit garantie, c'est la certitude d'accroître la violence. Après tout, que signifie "État provisoire"? Personne n'a jamais vu cela. Powell devrait expliquer ce concept pendant qu'il le fait accepter. Mais si un État signifie quelque chose en tout cas, il signifie ces trois choses:

a) Inviolabilité territoriale: Israël arrête aujourd'hui 90% des attaques terroristes planifiées, et si la terreur est réduite, c'est parce que l'armée d'Israël entre dans les territoires autonomes pour attraper et arrêter les terroristes. Si un état est déclaré, cette pénétration devient une invasion de territoire et celui-ci devient un sanctuaire pour les terroristes. A chaque fois qu'Israël les poursuivra, le Conseil de Sécurité sera appelé en session d'urgence, et les Etats-Unis seront censurés, à moins de condamner l'invasion israélienne.

Cette politique conduira à une plus grande terreur et à un plus grand mécontentement à l'égard des Etats-Unis.

b) Armes: le préalable de base de la politique américaine pendant 25 ans a été que pour assurer la paix, il fallait une entité Palestinienne démilitarisée. Bien entendu, on offrant un " Etat provisoire ", les Etats-Unis insisteront sur les limites des stocks d'armement. Mais ces limites seront aussi facilement dépassées que celles imposées à la Police Palestinienne, depuis les accords d'Oslo. Mais cela sera pire! Une fois qu'ils auront un État, les Palestiniens diront qu'ils ont le droit, comme tout État qui se respecte, de s'armer comme ils le désirent. Alors pourquoi pas la Palestine? La Cisjordanie ne sera pas seulement inondée d'armes de guerilla, mais aussi d'armes de combat, des missiles Katyousha et antiaériens. Imaginez l'atterrissage d'avions civils à l'aéroport Ben Gourion, sous le feu de missiles tirés à partir d'une Palestine " provisoire ".

c) Alliances: l'attribut essentiel d'un État est le droit de contracter des alliances. Avant tout État, Arafat s'est déjà allié secrètement avec l'Iran et le H'ezbolah. Avec un État, il pourra le faire ouvertement. Et que ferons-nous s'il signe une alliance avec la Syrie ou l'Irak et invite leurs chars en Cisjordanie pour protéger les Palestiniens des " agressions "
israéliennes?

Un État " provisoire " est une folie. Que les Etats-Unis l'offrent constitue un effondrement moral et stratégique. C'est un moyen de satisfaire les objectifs Palestiniens, sans même le moindre simulacre de leur demander de cesser le feu.

Un Etat pour les Palestiniens c'était couru d'avance. La seule question aujourd'hui est de savoir s'ils l'auront pendant qu'ils continuent à massacrer des Juifs, ou seulement après qu'ils aient renoncé. " La terre contre la paix " . Souvenez-vous!

Traduit par Albert Soued, écrivain - www.chez.com/soued, le site des Symboles dans la Bible

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Numéro 32 • vendredi le 14 juin, 2002

Le moyen de progresser au Proche-Orient
Ariel Sharon
New York Times, 9 juin 2002

Il y a trente-cinq ans, le 5 juin 1967, au début de la guerre des Six-Jours, Israël a vu son existence menacée lorsque les troupes des armées arabes se rassemblèrent le long des fragiles lignes d'armistice qui séparaient les forces arabes et israéliennes depuis 1949. Le long des collines de Judée-Samarie, qui avaient été occupées par les Jordaniens, des unités d'infanterie et de blindés se déployèrent, prêtes à couper la plaine côtière israélienne - qui n'avait que de 13 km de large à la hauteur de Natanya. Un tiers de l'armée iraquienne traversait le territoire jordanien, prête à se joindre à la coalition contre Israël. L'objectif déclaré de cette attaque était d'éliminer Israël.

Israël ne pénétra en Judée-Samarie qu'après que ses villes et ses aéroports aient été pris sous le feu de l'ennemi. Les opérations israéliennes étaient parfaitement légales, puisqu'il s'agissait clairement d'actions de légitime défense. C'est pourquoi le Conseil de Sécurité de l'ONU déterminait, dans une décision historique, la résolution 242, qu'Israël avait le droit à «des frontières sûres et reconnues» et n'était pas censé se retirer de tous les territoires dans lesquels ses forces étaient entrées, et à partir desquels il avait été attaqué, durant la guerre des Six-Jours. En effet, la résolution stipulait qu'il s'agissait de territoires disputés sur lesquels Israël avait le droit légitime à des frontières défendables, parallèlement aux revendications des parties arabes au conflit...

Conformément à la résolution 242 - qui devint la pierre angulaire du processus de paix - Israël se retirait de la péninsule du Sinaï aux termes du traité de paix conclu avec l'Egypte en 1979. C'est en vertu des principes de la résolution 242 qu'Israël assista à la conférence de paix de Madrid en 1991 au cours de laquelle le président Bush (père) exprima l'idée de «compromis territorial» entre les parties. Une fois encore, dans la ligne de la résolution 242, opérant conformément aux accords d'Oslo de 1993, Israël retira son armée des zones de population palestinienne, de sorte que, en 1999, 98 % des Palestiniens en Judée-Samarie et à Gaza étaient sous contrôle palestinien.

Néanmoins, les dirigeants palestiniens décidèrent de débuter la guerre actuelle contre Israël après l'échec du sommet de Camp David en juillet 2000. Plutôt que de résoudre les différends entre Israéliens et Palestiniens de manière pacifique, ils encouragèrent une vague d'attentats terroristes contre les Israéliens. Ils ne respectèrent pas les engagements qu'ils avaient signés et selon lesquels ils devaient démanteler les organisations terroristes internationales comme le Hamas et le Djihad islamique. Bien au contraire, ils leur fournirent un asile dans leurs zones de juridiction. Ils déchaînèrent également leurs forces les plus fidèles, comme les milices du Tanzim appartenant au Fatah et la garde présidentielle, contre des civils israéliens. Finalement, le conseiller financier personnel de Yasser Arafat, Fouad Shoubaki, ne se contenta pas de financer de nombreux attentats, mais organisa également un consortium de terrorisme au Proche-Orient composé de l'Autorité palestinienne, l'Irak et l'Iran.

En dépit de cette situation, il y a moyen de progresser.

Premièrement, Israël doit vaincre le terrorisme ; il ne pourra négocier tant que le terrorisme n'aura pas cessé. Israël a fait dans le passé de douloureuses concessions pour obtenir la paix et fera encore preuve de flexibilité diplomatique pour l'obtenir, mais il exige tout d'abord un partenaire fiable. En 1977, quand le président égyptien Anouar el-Sadate se rendit à Jérusalem, il dit au peuple israélien «La guerre, ça suffit !». A partir de là, grâce au traité de paix signé en 1979, la menace de violence qui pesait sur les relations égypto-israéliennes disparut. Le roi Hussein de Jordanie suivit le même modèle en 1994. Malheureusement, cet engagement élémentaire de renoncer de façon permanente à la violence pour résoudre les différends politiques n'est pas respecté par les actuels dirigeants palestiniens.

Deuxièmement, quand Israël et les Palestiniens finiront par se ré-engager dans le processus de négociations, il faudra que la diplomatie soit empreinte de réalisme. La course vers un accord sur le statut permanent, à Camp David, et aux pourparlers de Taba, en Egypte, en janvier 2001, a échoué en raison des importantes divergences entre les deux parties. La seule option sérieuse pour qu'un accord négocié puisse réussir doit être basée sur un accord intérimaire à long terme qui repousse à plus tard les problèmes qui ne peuvent pas être résolus pour le moment.

Durant cette période de près de deux années d'Intifada palestinienne, le peuple israélien a été témoin de l'exploitation des faiblesses israéliennes, de la profanation de ses lieux saints, de la contrebande massive d'armes à feu dirigées contre ses villes. C'est pour cette raison qu'Israël ne retournera pas aux lignes d'armistice vulnérables de 1967, qu'il ne divisera pas à nouveau Jérusalem, ni ne fera de concessions sur son droit à des frontières défendables, conformément à la résolution 242. La seule façon de passer d'un accord intérimaire à long terme à un arrangement permanent est que se produisent des changements dans la réalité des relations israélo-palestiniennes, et non que soit fixé un calendrier rigide.

Finalement, afin d'obtenir une paix stable, il faut que le processus diplomatique ait une portée régionale. Durant la guerre des Six Jours, Israël a dû faire face à une coalition d'Etats arabes. Il est logique qu'Israël ne puisse parvenir à une paix permanente uniquement avec les Palestiniens. Israël a besoin de la paix avec tout le monde arabe. C'est pour cette raison qu'Israël a proposé une conférence de paix régionale avec des Etats modérés du Proche-Orient qui rejettent le terrorisme et cherchent à renforcer la stabilité régionale. L'idée de cette conférence est basée sur le principe selon lequel c'est par l'éradication du terrorisme qu'il sera possible de faire la paix, et non l'inverse.

Il y a un peu plus de dix ans, la victoire américaine dans la guerre du Golfe établissait les conditions nécessaires pour que se tienne la conférence de paix de Madrid. Il a été prouvé alors que la sécurité est une condition préalable à la paix. De même, aujourd'hui, une victoire dans la guerre contre le terrorisme fournira une nouvelle base diplomatique pour une paix stable au Proche-Orient.

(Ariel Sharon est Premier ministre de l'Etat d'Israël.)

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Texte transmis par Menahem Macina, administrateur des sites reinfo-israel : www.reinfo-israel.com. Traduction de l'hébreu par Tania Berg-Rafaëli.

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Cette Shoah qui ne passe pas
Françoise Giroud
Le Monde, 12 juin 2002

Avec une rapidité remarquable,dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s'est produit, saisissant. Enfin ! On a le droit de dire du mal des juifs !.

Même si ce vieux brigand d'Arafat débloque en déclarant qu'il n'y a jamais eu de temple juif à Jérusalem, la cause palestinienne est excellente. Un Etat palestinien doit enfin pouvoir naître et se développer dans le respect et la paix, on ne dira jamais le contraire. Avec une réserve cependant : assassiner tous les jours des civils, des femmes, des enfants par paquets au moyen d'hommes-suicide éduqués dans cette perspective ne stimule pas la sympathie, même si cela semble ne déranger personne parmi ceux, nombreux, qui ne connaissent de cet horrible conflit qu'un responsable : Israël.

Mon propos n'est pas de chercher à exonérer les Israéliens d'un long aveuglement, d'une longue arrogance envers leurs voisins de palier, mais d'essayer de comprendre comment ils sont devenus aux yeux de Français, en particulier d'intellectuels qui ont la réputation de réfléchir avant d'écrire, des cibles exclusives pour la réprobation sinon pour la haine (dans Le Monde du 4 juin, Danièle Sallenave, Edgar Morin et Sami Naïr).

Je crois que l'ensemble des peuples chrétiens n'a jamais avalé la Shoah. Que sa révélation, relativement tardive, son ampleur, sa méticulosité hallucinantes et avant tout le caractère d'anéantissement systématique et gratuit d'un peuple entier ont causé un choc beaucoup plus profond qu'on ne le croit. Non par sympathie particulière pour les victimes mais parce que "la solution finale" a obligé le plus étourdi à découvrir que l'homme était peut-être intrinsèquement mauvais, et Dieu intrinsèquement distrait.

L'humanité a connu d'autres exterminations, certes, mais non comparables. On a exterminé des ennemis, des adversaires, des guerriers, les occupants d'un territoire à conquérir. Les Français, pour ne parler que d'eux, ont exterminé les protestants, torturé les Algériens ; les Américains ont massacré les Indiens ; les Soviétiques ont massacré tous azimuts ; la liste n'est pas limitative. Mais jamais l'homme n'avait exterminé méthodiquement d'autres hommes sans raison, par caprice en quelque sorte - et par millions.

Je crois que cette révélation du mal vivant au cœur d'hommes européens élevés depuis plusieurs générations dans la foi chrétienne et se dévergondant sans entrave a été intolérable, insupportable, suffocante. C'est à mes yeux la raison pour laquelle ceux qu'on appelle les négationnistes nient contre toute évidence la réalité de la Shoah. En bonne logique, dans la mesure où ils se déclarent ouvertement ennemis déclarés des juifs, ils auraient dû se féliciter d'en voir disparaître autant d'un seul coup et mettre cet acte d'hygiène à l'actif du national-socialisme.

Mais ceux qui nient ne supportent pas mieux que d'autres que cela ait été. Et bien que les années passent, chacun porte avec ennui, avec irritation parfois, sa petite part de culpabilité dans la plus remarquable extermination de l'histoire parce qu'elle était sans objet. Parce que ce n'est pas le ixième malheur des juifs qu'elle a révélé mais ce dont l'homme contemporain policé, cultivé, éduqué, est capable, donc nous-mêmes. "Chaque fois qu'on a tué un juif pendant la guerre, a pu dire un moraliste, c'est Jésus que nous avons tué, le premier d'entre eux".

Or que se passe-t-il aujourd'hui ? L'occasion de transformer la figure du juif martyr en juif bourreau. D'évacuer cette culpabilité récurrente qui excède pour libérer le petit fond d'antisémitisme que tout le monde trouve dans son berceau.

Avec une rapidité remarquable, dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s'est produit, saisissant, qui serait inexplicable sans le tableau de fond sur lequel il s'inscrit. Enfin ! On a le droit de dire du mal des juifs ! "Antisémite, moi ? Vous m'insultez, mais cet enfant palestinien qui meurt sous nos yeux à la télévision, qui l'a tué ? Qui ?" Surtout, ne pas discuter, l'émotion ne se discute pas, ni le désir naturel de se ranger du côté du plus faible.

Moi non plus je n'aime pas qu'on tue les enfants palestiniens, moi aussi je suis scandalisée qu'Israël refuse une commission d'enquête sur Jénine, moi aussi je supporte mal de voir des soldats israéliens relever la chemise de leurs prisonniers pour s'assurer qu'ils ne portent pas une ceinture d'explosifs ou les marquer de chiffres sur leur avant-bras.

Mais ce concours macabre qu'Israéliens et Palestiniens semblent faire sur le nombre de morts enterrés chaque jour, les Palestiniens sont en train de le gagner, ils tuent davantage, ils tuent énormément de civils israéliens, 400 depuis le début de la seconde Intifada dans les rues, les autobus, les cafés, les lieux où la jeunesse danse, preuve que la stratégie antiterroriste d'Ariel Sharon est une impasse.

A la guerre, on pardonne aux généraux de faire des victoires avec des morts, pas des défaites. Mais à Paris, les personnes de bon goût ne comptent que les morts palestiniens. Quand on arrive aux autres, on ne sait plus compter. D'ailleurs, ce sont des goujats... Les fils d'un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table, je veux dire à la guerre, et prendre les coups sans les rendre, c'est à peu près ce qu'ici et là on entend et on lit.

Prendre les coups sans les rendre paraît néanmoins une conduite sur laquelle on ne doit plus pouvoir compter de la part des juifs, en aucune circonstance. En revanche, au lieu de montrer aujourd'hui - vainement - leur force, on voudrait les adjurer de montrer leur intelligence, et leur si longue sagesse. "Choisis la vie", dit le message de Moïse.

(Françoise Giroud est éditorialiste au Nouvel Observateur, écrivain, ancienne secrétaire d'Etat.)

Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 31 • vendredi le 7 juin, 2002

Israël-Palestine : pour une paix sèche
Bernard-Henri Lévy
Le Monde, 3 juin 2002

Israël est le plus fort, aujourd'hui. Il bénéficie de cette mince fenêtre qui lui permet de reprendre l'initiative, déplacer les lignes, briser le cercle infernal de la double naïveté belliciste et pacifiste.

Face à cette guerre nouvelle, face à cette arme nouvelle que sont les hommes-bombes lâchés sur les civils, vous avez le choix, amis israéliens, entre plusieurs stratégies.

La solution militaire. Peut-être était-elle inévitable, après tout. Et il est vrai qu'aucun Etat au monde n'accepterait sans riposter de voir des centaines de ses citoyens assassinés de cette façon. Mais elle est insuffisante. Elle est, à terme, inopérante. Et, outre que l'on ne voit pas très bien en quoi la juste lutte contre le terrorisme exigeait de détruire les bâtiments, les infrastructures, les disques durs de tels ministères de l'Autorité palestinienne, il y a beaucoup de naïveté à croire que l'on puisse, à coups de F16 et de canons, éradiquer la haine des centaines, demain des milliers, d'hommes, femmes et, parfois, enfants qui croient qu'en tuant des juifs, ils iront au paradis. Il y a un autre pays qui vit sous la menace des hommes-bombes. Vous le connaissez, ce pays, puisqu'il est un allié d'Israël et que vous lui fournissez de! s avions. Il se trouve que je le connais, moi aussi, et que j'y ai rencontré des hommes et, surtout, des femmes formés pour tuer en se tuant. Il s'appelle, ce pays, Sri Lanka. Et il est la preuve, ce pauvre Sri Lanka qui vit depuis vingt-cinq ans, malgré une pression militaire sans relâche, sous la menace de ces hommes-bombes, que c'est une arme terrible, presque fatale et à laquelle on ne connaît pas de parade militaire véritable.

Il y a la solution de la paix. Il y a la solution de ceux qui, malgré les morts, malgré le fleuve de sang qui les sépare, chaque jour un peu plus, de leurs interlocuteurs palestiniens, sont prêts à tout recommencer, à repartir en quelque sorte de zéro et à reprendre, comme si de rien n'était, leur bâton de pèlerin de la négociation, du dialogue, du rapprochement à petits pas.

Je les comprends, bien entendu. Sans doute, si j'étais israélien, militerais-je à leurs côtés. Mais comment ne pas voir, en même temps, l'absurdité de leur situation ? Comment ne pas sentir - et, d'ailleurs, ils le sentent - qu'avec le déclenchement de l'Intifada, c'est comme un voile qui s'est déchiré et a, du jour au lendemain, révélé l'autre visage de leurs partenaires ? Peut-être, d'ailleurs, le voile n'était-il même pas un voile. Peut-être n'aveuglait-il que ceux qui ne voulaient pas voir. Et peut-être aurait-il fallu, bien avant cela, prêter plus d'attention aux déclarations d'un Yasser Arafat qui n'a jamais renoncé à son rôle de nouveau Saladin appelé à délivrer Jérusalem de ses nouveaux croisés. Ce que je sais, c'est que quelque chose s'est brisé de! puis deux ans. Et s'il y a de la naïveté à penser que l'on va dissoudre le terrorisme dans la poudre des canons, il y a une autre naïveté, symétrique, à croire qu'on va le résoudre dans le flot d'une parole inlassablement renouée.

Alors ? Alors, il reste une troisième solution. Un geste, en fait. Un simple geste. Mais énorme. Incalculable. Et qui consisterait à prendre appui sur les succès de ces dernières semaines, à s'engouffrer dans la brèche ouverte par la destruction annoncée des "infrastructures du terrorisme", bref, à tirer parti du fragile répit que semble avoir offert l'opération "Rempart" pour, d'un seul coup, en rupture avec la vieille diplomatie des petits pas, des étapes et des périodes intérimaires, en rupture aussi avec l'obsession, naïve également, de la "double reconnaissance" censée être le préalable à tout règlement, prendre appui, donc, sur tout cela pour imposer un scénario que les intéressés ne pourront refuser sans se couper de leur peuple et se déjuger aux yeux du monde : 1. rencontre sans délai, nolens v! olens, avec ce qui reste de la direction palestinienne ; 2. appel à une conférence internationale où les Etats-Unis, l'Europe, les Etats arabes modérés, se porteraient garants des termes du contrat proposé ; 3. en échange de l'évacuation de l'essentiel des territoires et du démantèlement des implantations non contigues à Israël, en échange, autrement dit, d'un Etat palestinien viable dont vous seriez les promoteurs, les accoucheurs, presque les parrains, la pleine reconnaissance, par le nouvel Etat ainsi que par les Etats arabes, de la légitimité et des frontières d'Israël.

Cette initiative, cette percée, seraient conformes à la justice, c'est-à-dire, pour parler clair, à ce droit des Palestiniens à un Etat qu'aucun démocrate, aucun dirigeant juif et, plus encore, aucun sioniste, ne peut sérieusement leur dénier. Le sionisme n'est-il pas la preuve vivante de ce que la conscience, et l'entêtement dans cette conscience, sont un des facteurs décisifs qui fondent l'appartenance à un peuple ? Des juifs vivant aux quatre coins de la planète, parlant des langues différentes, n'ayant parfois plus de lien religieux ni même culturel avec le judaïsme, ont été fondés à bâtir un Etat - et on refuserait le même droit à des gens qui ont, non seulement une langue, une culture, une religion, mais un territoire en commun ?

Mais elle serait aussi la seule capable de garantir, très vite, la sécurité d'Israël. Non pas, bien entendu, qu'Arafat ou ses successeurs vous sauraient gré de les contraindre à cet Etat dont, au fond d'eux-mêmes, ils ne veulent pas ou qu'ils ne veulent, plus exactement, que trempé dans les larmes et le sang de la martyrologie suicidaire. Mais enfin cette paix sèche, cette séparation franche, ce retrait à votre initiative mais béni par les nations (toutes les vertus, au fond, du retrait unilatéral mais sans ses effets pervers et avec le renfort, surtout, de la loi internationale !), changeraient la donne sur, au moins, trois points décisifs.

Vos frontières jouiraient d'une garantie, notamment arabe, dont, pour l'heure, elles sont privées.

Vous auriez en face de vous, au lieu de ces foules mi-civiles mi-militaires dont l'indétermination même vous paralyse, fait de votre force une faiblesse et réduit à quasi-néant l'écrasante supériorité de Tsahal, un Etat normalisé et soumis, comme le vôtre, aux lois éternelles de la guerre et la paix entre les nations.

Et puis, dans l'autre bataille enfin, dans la bataille si importante qui se joue devant le tribunal d'une opinion mondiale dont la dernière des religions est la religion de la victime, les Palestiniens perdraient l'incalculable avantage que leur conférait, jusqu'ici, le statut de peuple martyr, opprimé par un pouvoir "sûr de lui et dominateur", et dont le porte-parole, coiffé de son légendaire keffieh, volait de capitale en capitale pour exalter la cause de ses "damnés": ah ! si seulement vous pouviez, en le contraignant à cette paix qu'il redoute et qu'il fuit, transformer Arafat en un chef d'Etat comme les autres, sommé de s'atteler à des questions d'intendance urgentes et triviales, et perdant aux yeux du monde ce statut d'exception, cette aura, cette souveraineté de la souffrance et du malheur qui, depuis tant d'années, l'autorisent à mentir ! 24; son peuple, à le fourvoyer.

J'ajoute que les dirigeants d'Israël n'ont pas le choix et que le fait de sortir aujourd'hui, à leur heure et à leurs conditions, de ces "territoires" qui, de glacis protecteur d'Israël, sont devenus un piège, la source de vos déboires et de vos deuils, votre talon d'Achille, sera la seule façon de trancher le nœud qui entrave le destin du pays. Car enfin, dans le cas contraire, et si l'occupation s'éternisait, de deux choses l'une. Ou bien les Palestiniens seraient durablement privés des droits dont jouissent, pour l'essentiel, les Arabes de Nazareth et de Saint-Jean-d'Acre - et Israël, où coexisteraient deux régimes distincts de citoyenneté, cesserait d'être la démocratie dont vous êtes, à juste titre, si fiers. Ou bien vous leur conférez ces droits ; ils deviennent, parce que la démocratie l'exige,! des citoyens à part entière ; et Israël cessera d'être un Etat juif, il deviendra l'Etat binational dont rêvent ses ennemis - ce que je ne peux, pas plus que vous, imaginer.

Nul n'est jamais assez fort, disait l'historien grec Thucydide méditant sur le destin d'Athènes, pour être sûr d'être toujours le plus fort. Israël est le plus fort, aujourd'hui. Il bénéficie de cette mince fenêtre qui lui permet, pendant quelques semaines, peut-être quelques jours, de reprendre l'initiative, déplacer les lignes, briser le cercle infernal de la double naïveté belliciste et pacifiste. Puisse le premier ministre saisir cette occasion historique. Puisse-t-il ne pas manquer cette chance unique de transformer un avantage militaire, par définition provisoire, en victoire politique et morale.

Si je parlais à des Palestiniens, si je m'adressais, comme je l'ai fait l'année dernière, aux étudiants, non de Tel-Aviv, mais de Bir Zeit, je soulèverais, bien entendu, d'autres questions.

Je dirais, comme Kofi Annan, que "prendre délibérément pour cible des civils est moralement répugnant". Je dirais, comme Amos Oz, que l'inscription du droit au retour au premier rang des revendications de l'OLP est une pure provocation car il ne signifie plus, ce droit, un mais deux Etats palestiniens : le premier, là, tout de suite, sur les territoires restitués ; l'autre, plus tard, en Israël même, quand les millions de réfugiés autorisés à faire retour auraient fait de l'Etat juif un pays à majorité palestinienne.

Je demanderais que l'on explique par quelle logique cet Etat palestinien que l'on attend aujourd'hui d'Israël, nul ne songeait à l'exiger des Jordaniens et des Egyptiens au temps où ce sont eux qui occupaient les mêmes terres.

Ou bien je m'indignerais de cet autre négationnisme qui s'en prend, non pas à l'existence des chambres à gaz (encore que...) mais à celle d'un Temple juif au pied des mosquées de Jérusalem - je vous adjurerais de dénoncer ce révisionnisme géo-théologique dont le but est de dénier aux juifs le principe même de leur présence en terre sainte...

Si vous étiez français, si je m'adressais, comme je le fais parfois, à l'un de ces publics français qui continuent, comme à Durban, de faire du sionisme une sorte de pratique criminelle assimilable, au mieux, à la traite des Noirs et au racisme, au pire à l'extermination des juifs, je vous tiendrais un autre discours encore.

Je vous dirais que je suis allé à Bethléem, au plus fort du siège de l'église de la Nativité profanée par des Palestiniens en armes, et que ce qui m'a frappé, alors, c'est plutôt la retenue, le scrupule, du bataillon israélien.

Je dirais que je suis allé à Jénine, au lendemain du retrait de Tsahal et que, si le spectacle d'un champ de bataille, voire d'un quartier détruit, est toujours un spectacle de désolation, j'ai vu assez de guerres dans ma vie, assez de villes fantômes et de carnages, pour affirmer que parler, comme on l'a fait, de "massacre", dire que ce qui s'est produit là "passe l'entendement", prouve, soit que l'on a l'entendement un peu court, soit que l'on veut sciemment désinformer, sataniser.

Je raconterais comment l'une des premières choses que j'ai faites, en arrivant, a été de rendre visite à quelques-uns des survivants des attaques-suicides qui furent ordonnées depuis Jenine et Ramallah et dont les victimes, alors que l'on tient - et tant mieux ! - un décompte si précis des morts palestiniens, n'intéressent bizarrement personne en Europe. Pourquoi ce double traitement, demanderais-je ? Pourquoi une si bruyante "solidarité" d'un côté, et une si cruelle indifférence de l'autre ? Pourquoi, surtout, persister à dire "martyrs" pour "hommes-bombes" ? "Résistants" pour "assassins"? Pourquoi prendre pour argent comptant la vision du monde, le lexique, les missiles sémantiques de la guerre des mots palestinienne ?

Mais ce n'est pas à des Français que je m'adresse. Ni à des Palestiniens. Mais à vous, amis israéliens, qui ne serez jamais assez forts pour être sûrs d'être toujours les plus forts et que j'exhorte donc, aujourd'hui, à cette paix sèche, sans psychologie ni pathos, sans préalable, sans considérations incertaines sur l'humeur, la sincérité ou non, les arrière-pensées du partenaire : une offre de paix qui reconnaîtra à celui-ci le droit à son Etat (dont votre premier ministre a lui-même dit qu'il est un "fait accompli") ; une offre qui, dans la bataille de l'opinion, donnera à celui qui la fera un avantage décisif (condamner Arafat à la paix, le contraindre à dire enfin quel type d'Etat il veut construire, n'est-ce pas la vraie façon, non seulement de le confondre, mais de désamorcer la machine des mensonges ?) ; et puis une offre qui, surtout, rétablira Israël dans des frontières, sinon sûres, du moins défendables (au lieu de ce front qui est partout et nulle part, et fait de chaque Israélien une ligne de front à lui tout seul !).

Il faudra, pour tout cela, un homme d'Etat.

Il faudra un Sadate juif, un nouveau Begin.

Il faudra, en réalité, ce mélange d'audace et de foi dans les valeurs juives qui fut à l'origine de toutes les victoires d'Israël.

Israël n'était pas militairement le plus fort en 1948. Ni en 1967, quand l'ennemi contrôlait le Golan et les hauteurs de Judée. Il n'était toujours pas le plus fort en 1973, face aux armées arabes coalisées. Et s'il l'a emporté, si ses généraux ont, chaque fois, triomphé du pire, c'est qu'ils disposaient de cette autre arme, bien plus décisive, qu'est l'élan d'une nation, la foi en un idéal, la conviction d'être porté par une juste et noble cause.

C'est cet élan qu'il faut retrouver.

C'est cette foi en vous-même, et dans les valeurs de l'humanisme juif, avec quoi il faut renouer.

Moyennant quoi les dirigeants d'Israël sauront, dans le même geste, rendre justice à leurs voisins, assurer la sécurité d'Israël et entrer, à leur tour, dans l'Histoire.

(Ce texte est extrait d'une allocution prononcée le 27 mai, lors d'une
cérémonie de remise de doctorat honoris causa à l'université de Tel-Aviv.)

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