Communiqué Isranet
décembre 2002
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 60 • vendredi le 27 decembre, 2002

FRANCE : L'université Paris VI demande le non-renouvellement de l'accord universitaire Union européenne - Israël
Proche-Orient.info, par l'AFP, 19 décembre 2002

Le conseil d'administration de l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) vient de voter une motion demandant à l'Union européenne de ne pas renouveler son accord-cadre de coopération universitaire avec Israël, a annoncé jeudi Paris VI.

Cet accord quadriennal arrive à expiration début 2003 et le CA de Paris VI (22 voix contre 4 et 6 abstentions) a voté cette motion affirmant que "l'occupation israélienne des territoires de Cisjordanie et de Gaza rend impossible l'activité d'enseignement supérieur et de recherche de nos collègues palestiniens".

"Le renouvellement de l'accord constituerait un soutien à la politique actuelle de l'Etat d'Israël et serait en contradiction avec un article de cet accord même disant que les relations entre les parties se fondent sur le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques qui constituent un élément essentiel du présent accord", ajoute la motion. En conséquence, la motion "se prononce pour le non-renouvellement de l'accord, demande aux enseignants-chercheurs exerçant dans les universités israéliennes de prendre clairement position sur la situation faite aux enseignants et étudiants palestiniens et mandate le président de l'université pour nouer des contacts avec les autorités universitaires israéliennes et palestiniennes afin d'oeuvrer dans le sens de la paix".

Elle demande également à la conférence des présidents d'université française de se saisir de la question.

A ce sujet,une lettre envoyé au
président du CA de Paris VI

Annette Paquot
23 décembre 2002

J'ai appris que le Conseil d'administration de Paris VI vient de voter une motion demandant à l'Union européenne de ne pas renouveler son accord-cadre de coopération universitaire avec Israël. En tant qu'universitaire, je tiens à vous exprimer la vive indignation que m'inspire cette décision.

Ainsi donc, au nom des droits de l'homme, est suivi un appel au boycott qui vise exclusivement Israël et -il faut se demander pourquoi - ignore tant de comportements condamnables lorsqu'ils sont le fait d'autres pays, à commencer par les attentats suicides commis par les terroristes
palestiniens et commandités ou tolérés par les autorités palestiniennes. Par exemple, il n'y a pas de boycott universitaire de la Russie pour ce qu'elle fait en Tchétchénie ni de la Chine pour son occupation du Tibet.

Cette sévérité implacable contre le seul État juif, cette réprobation sélective, ce déséquilibre dans la condamnation, tout cela paraît bien suspect et devrait faire réfléchir. La vigilance critique à l'égard d'Israël ne serait pas un mal si tous les autres pays faisaient l'objet d'une égale attention, mais quand elle ne s'exerce que dans sa direction et va de pair avec l'occultation systématique des crimes de ses ennemis, non seulement elle est injuste, mais aussi elle perd toute crédibilité.

Ne pensez pas que personne ne s'en rend compte. Votre motion dénonce "l'occupation israélienne des territoires de Cisjordanie et de Gaza", qui rendrait "impossible l'activité d'enseignement supérieur et de recherche de nos collègues palestiniens". Soucieux des droits de l'homme et du libre exercice de "l'activité d'enseignement supérieur et de recherche" de nos collègues israéliens, avez-vous condamné l'attentat terroriste à l'Université hébraïque de Jérusalem de cet été? Ici, au Canada, plusieurs collègues l'ont fait et l'article, signé par quelques-uns d'entre eux, a paru dans deux quotidiens montréalais.

Au nom des valeurs qui doivent être non seulement celles de tout intellectuel, mais aussi celles de toute personne soucieuse du respect des droits fondamentaux, j' exprime ma solidarité et mon soutien à tous nos collègues israéliens, si injustement traités par votre motion. En tant
que citoyenne d'un pays libre et démocratique, comme l'est l'État d'Israël, je proteste aussi contre toutes les manoeuvres politiques qui tendent à faire mettre ce pays au ban des nations. De sinistre mémoire, elles sont la négation des principes qu'elles prétendent défendre.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes salutations distinguées.

Annette Paquot
Directrice
Département de langues, linguistique et traduction
Université Laval
Québec
Québec, Canada, G1K 7P4

Lire un texte de pétition contre le Boycott http://contreleboycott.free.fr/
e-mail : contreleboycott@wanadoo.fr

La honte de l'Europe
Oriana Fallaci
Panorama, 12 avril 2002

Nous reproduisons de nouveau cet article, déjà paru dans notre Communiqué Isranet du 19 avril dernier [Oriana Fallaci, La honte de l'Europe, Panorama, 12avril 2002] car nous pensons vraiment que le message qu'il transporte mérite d'être répété.

Traduit de l'italien par Claire Benveniste.

Je trouve honteux qu'on manifeste en Italie pour des individus habillés en kamikazes qui lancent contre Israël des injures scandaleuses, en brandissant des photos de dirigeants israéliens avec une svastika sur le front, et qui incitent à la haine contre les Juifs. Et qui vendraient leur propre mère pour voir à nouveau les Juifs dans des camps de concentration, dans les chambres à gaz, dans les fours crématoires de Dachau, de Mathausen, de Buchenwald et de Bergen-Belsen.

Je trouve honteux que l'Eglise Catholique permette à un évêque, logé au Vatican, une espèce de faux petit saint qu'on a surpris à Jérusalem avec un arsenal d'armes et d'explosifs cachés dans des compartiments secrets de sa belle Mercédès, de participer à ces manifestations en remerciant par haut-parleur les kamikazes, au nom de Dieu, d'avoir massacré des Juifs dans des pizzerias et des super-marchés. Et qui en parle comme de "martyrs qui vont à la mort comme on va à une fête".

Je trouve honteux qu'en France on brûle des synagogues, qu'on terrorise des Juifs, qu'on profane leurs cimetières, dans la France de la devise Liberté-Egalité-Fraternité. Je trouve honteux qu'en Hollande, en Allemagne et au Danemark, les jeunes portent le keffieh comme les avangardistes de Mussolini portaient les insignes du fascisme. Je trouve honteux que dans presque toutes toutes les universités européennes les étudiants palestiniens fassent la loi et alimentent l'antisémistisme. Qu'en Suisse on ait demandé de retirer à Shimon Peres le prix Nobel qu'il a obtenu en 1994, pour le réserver exclusivement à cette colombe au rameau d'olivier que serait Arafat. Je trouve honteux que les membres éminents du Comité du Prix Nobel, pour qui le mérite devrait l'emporter sur la couleur politique, aient pu prendre en considération cette demande au point d'envisager d'y répondre. Au diable le Prix Nobel et honneur à qui ne le reçoit pas!

Je trouve honteux que les télévisions d'État, en Italie, contribuent à l'antisémitisme, en pleurant sur les morts palestiniens et en passant sous silence les morts israéliens, dont ils ne parlent souvent que de façon expéditive. Je trouve honteux que les télévisions invitent dans leurs débats tant de voyous à turbans et keffieh, de ceux qui se sont réjouis des attentats du 11 septembre et qui aujourd'hui se réjouissent des massacres de Jérusalem, de Haïfa, de Netanya et de Tel Aviv. Je trouve honteux que la presse écrite en fasse autant, et qu'elle s'indigne de voir les chars israéliens cerner l'Eglise de la Nativité, alors qu'elle ne s'indigne pas de savoir que deux cents terroristes palestiniens, dont des chefs du Hamas et d'El Aqsa, armés, avec munitions et explosifs, soient, dans cette église les hôtes non désirés des moines (et qu'ils acceptent, des mains des soldats des chars, des bouteilles d'eau minérale et du miel). Je trouve honteux qu'un journal ait pu dire qu'il meurt plus d'Israéliens dans les accidents de la route (600 en un an) que depuis le début de la seconde Intifada (412).

Je trouve honteux que l'Osservatore Romano, le journal du Pape -- ce Pape qui, il n'y a pas longtemps, a mis dans le Mur des Lamentations une lettre demandant pardon aux Juifs -- accuse d'extermination ce peuple que les Chrétiens ont exterminé par millions. Et les Européens aussi. Je trouve honteux que ce journal dénie aux survivants de ce peuple (dont beaucoup ont encore un numéro tatoué sur le bras) le droit de réagir, de se défendre, de ne pas se laisser exterminer à nouveau. Je trouve honteux que les prêtres de nos paroisses et de nos centres sociaux flirtent avec les assassins de ceux qui ne peuvent plus aller manger une pizza à Jérusalem ni faire des courses sans risquer de sauter, et tout cela au nom de Jésus Christ (un Juif, sans qui aujourd'hui ils seraient tous au chômage). Je trouve honteux qu'ils se rangent du côté de ceux qui ont lancé le terrorisme en semant la mort dans les avions, les aéroports, les Jeux Olympiques et qui aujourd'hui se font un plaisir de tuer les journalistes occidentaux. De les fusiller, de les défigurer, de les décapiter. (Depuis que j'ai publié La Rage et l'Orgueil, j'en connais un en Italie qui voudrait bien en faire autant pour moi. Qui, à coups de citations du Coran, exhorte ses "frères" dans les mosquées et dans les communautés islamiques à me punir au nom d'Allah. A me tuer. Et même à mourir avec moi...).

Je trouve honteux que presque toute la gauche oublie aujourd'hui la contribution que les Juifs ont apportée à la lutte antifasciste (il y a vingt ans, cette gauche a toléré qu'une manifestation syndicale dépose un cercueil, avertissement maffieux, devant la synagogue de Rome). Qu'elle oublie Carlo et Nello Rossi, par exemple, et Leone Ginzburg, Umberto Terracini, Leo Valiani, Emilio Sereni, et des femmes comme mon amie Anna Maria Enriquez Agnoletti fusillée à Florence le 12 juin 1944, et les 75 des 335 qui ont été tués aux Fosses Ardeatines et tous les autres morts sous la torture, au combat ou devant des pelotons d'exécution (amis et maîtres de mon enfance et de mon adolescence). Je trouve honteux aussi que, par la faute de la gauche et surtout par la faute de la gauche, les Juifs aient de nouveau peur dans les villes d'Italie -- cette gauche qui ouvre ses congrès en applaudissant le représentant de l'OLP en Italie, le chef des Palestiniens qui cherchent la destruction d'Israël. Et dans les villes de France, de Hollande, d'Allemagne et du Danemark. Je trouve honteux qu'ils tremblent quand ils voient défiler ces voyous habillés en kamikazes, comme ils tremblaient à Berlin pendant la Nuit de Cristal, qui servit à Hitler à ouvrir la chasse aux Juifs.

Je trouve honteux que le mot de "paix" soit confisqué par ceux qui suivent la mode du Politiquement Correct, cette mode stupide, vile, malhonnête, dont profitent les opportunistes et les parasites. Qu'avec ce mot de "paix", désormais plus dévalué que les mots d'amour et d'humanité, ils puissent pardonner la haine et la bestialité, mais d'un seul côté. Qu'au nom du pacifisme -- ou plutôt du conformisme -- ceux qui il n'y a pas longtemps léchaient les pieds de Pol Pot entraînent aujourd'hui des gens peu informés ou intimidés. En les corrompant, en les faisant régresser un demi-siècle en arrière, à l'époque de l'étoile jaune. Ces charlatans qui se soucient des Palestiniens autant que moi je me soucie d'eux, c'est-à-dire pas du tout.

Je trouve honteux que tant d'Italiens et tant d'Européens aient pris pour porte-étendard "monsieur" Arafat. Cette nullité qui joue les Mussolini grâce aux sous que lui verse la famille royale Séoudite; ce mégalomane qui croit pouvoir passer à la postérité comme le George Washington de la Palestine. Cet illettré qui, lorsque je l'ai inteviewé, n'était pas capable de faire une phrase complète ou de produire un discours articulé. (De sorte que pour publier l'interview j'ai dû prendre sur moi de tout composer et tout écrire; j'en étais arrivée à la conclusion que, par rapport à lui, Khadafi faisait figure de génie). Cet espèce de faux guerrier qui se promène toujours en uniforme, comme Pinochet, sans jamais se mettre en civil, mais qui n'a jamais participé à aucune bataille. La guerre, il la fait faire par les autres, il l'a toujours fait faire par les autres. C'est-à-dire par tous ces pauvres gens qui croient en lui. Cet espèce d'incapable pompeux qui en récitant son rôle de chef d'État a fait capoter les accords de Camp David et la médiation de Clinton: "Non-non-non-je-veux-Jérusalem-en-entier-pour-moi". Ce perpétuel menteur qui n'a des accents de vérité que pour nier le droit à l'existence d'Israël (il ne le dit qu'en privé) et qui se contredit toutes les cinq secondes, comme je le raconte dans mon livre. Qui joue toujours le double jeu et serait capable de mentir même pour vous dire quelle heure il est.

Impossible de lui faire confiance. Jamais ! Il finit toujours par vous trahir. Cet éternel terroriste qui ne sait faire que le terroriste, tranquille et à l'abri et qui entraînait les terroristes de la bande à Baader-Meinhof, dans les années soixante, quand je l'avais interviewé. Et avec eux des gamins de dix ans. Pauvres gamins. Aujourd'hui, il les entraîne à faire les kamikazes. Une centaine de bébé-kamikazes sont en cours de fabrication. Une centaine ! Cette girouette qui garde sa femme à Paris, servie et adulée comme une reine, et qui garde son peuple dans la merde. Il le sort de la merde pour l'envoyer à la mort, tuer et se faire tuer, comme ces jeunes de dix-huit ans qui pour égaler les hommes doivent se garnir d'explosifs et se désintégrer avec leurs victimes. Et pourtant beaucoup d'Italiens l'aiment, vraiment. Comme ils aimaient Mussolini Et beaucoup d'autres Européens aussi.

Je trouve cela honteux et j'y vois la naissance d'un nouveau fascisme, d'un nouveau nazisme. Un fascisme et un nazisme d'autant plus pernicieux et répugnants qu'ils sont répandus par des gens qui font les belles âmes, les progressistes, les communistes, les pacifistes, les catholiques et les chrétiens en général, qui ont le toupet de traiter de bellicistes ceux qui comme moi crient la vérité. Je le sais, et voici ce que j'ai à dire. Moi, je n'ai jamais été tendre envers ce Sharon tragique et shakespearien (qui m'avait dit avec une certaine tristesse, en 1982, lors d'une interview: "je sais bien que vous êtes venue me voir pour ajouter un scalp à votre collection"). Je me suis souvent disputée avec les Israéliens et j'ai défendu les Palestiniens dans le passé. Peut-être même plus qu'ils ne le méritaient. Mais je suis du côté d'Israël, je suis du côté des Juifs. Je suis de leur côté comme je l'étais quand j'étais jeune au temps où je combattais avec eux et où les Anne-Larie mouraient fusillées. Je défends leur droit à exister, à se défendre, à ne pas se laisser exterminer une seconde fois. L'antisémitisme de tous ces Italiens et tous ces Européens me dégoûte, et j'ai honte de cette honte qui déshonore mon pays et l'Europe.
Tas de Ponce Pilate, plutôt qu'une communauté d'États. Et même si tous les habitants de cette planète pensent autrement, c'est ce que moi je continuerai à penser. ________________________________________________________________

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et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 59 • vendredi le 20 decembre, 2002

Abou Mazen, à Gaza :
« Cessez les opérations armées ;
notre méthode a échoué »

L'Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI)
Dépêche Spéciale, n° 449, 16 décembre 2002

Dernièrement, Mahmoud Abbas (dit Abou Mazen), Secrétaire du comité exécutif de l’OLP, considéré comme le numéro 2 de l’Autorité palestinienne, après Yasser Arafat, a parlé aux chefs des « Conseils populaires » des camps de réfugiés de la bande de Gaza. Il critique dans son discours la militarisation de l’Intifada et s’étend sur la question des réfugiés palestiniens. Son discours a été publié dans Al-Hayat, quotidien en arabe édité à Londres. En voici quelques extraits :

L’échec de l’Intifada
« Le but des accords d’Oslo était de conclure le processus de paix… Avec ‘Gaza et Jéricho d’abord’, puis avec les villes de la rive Ouest, jusqu’à ce que 42% du territoire de la rive Ouest… soit sous contrôle palestinien. Nous étions entrés dans la phase de construction, obtenant des capitaux et des investisseurs. Le monde avait entrepris de nous aider à bâtir notre patrie et à réaliser nos buts…, celui d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale, [celui] de la fin de l’occupation et des colonies, de la résolution du problème des réfugiés palestiniens conformément à la Résolution 194.

Mais ce qui est arrivé ces deux dernières années… se résume à la destruction totale de tout ce que nous avons accompli [sous Oslo] et avant. Nous vivons en dessous de seuil de la pauvreté à Gaza et dans la rive Ouest ; notre peuple se sent perdu, souffre de famine et d’autres maux. Cette situation est due au fait que plusieurs personnes ont répondu aux provocations israéliennes, faisant dévier l’Intifada. Ils se sont mis, comme jamais avant, à utiliser les armes et les moyens se trouvant à leur disposition, des mortiers, des grenades, d’autres moyens encore, à tirer à partir des habitations et dans les quartiers… Ces activités s’apparentent à une bataille militaire, non à un soulèvement populaire exprimant la colère du peuple, et contre lequel nul ne peut rien. Comme vous pouvez constater, chaque jour, toutes les villes de la rive Ouest sont soumises à des tentatives de destruction dues à l’exploitation par les Israéliens d’opérations qui à mon avis ne sont ni nécessaires, ni efficaces.

… Nous aurions dû saisir l’occasion du 11 septembre, quand Abou Ammar [Arafat] a déclaré : ‘Je suis contre le terrorisme’. Les Etats-Unis ont alors dit : ‘C’est l’homme qu’il nous faut’, et l’ont applaudi. Un moment plus tard, Sharon est apparu pour dire : ‘Comment pouvez-vous applaudir Arafat ? Vous vendez Israël !’ , et ils lui ont répondu : ‘Tais-toi !’

Mais le pire des scénarios a ensuite eu lieu, la situation se détériorant et les erreurs s’additionnant, encourageant Sharon à poursuivre ses agressions… »

Toutes les factions palestiniennes devraient accepter la « hunda » [trêve] « Maintenant, c’est nous qui subissons toutes les pressions : on nous accuse de ne rien faire et d’être à l’origine de toutes les opérations. Cela parce que nous avons tenu nos langues face à la terreur, ce qui nous ramène au contrôle insuffisant que nous avons de la situation. Malheureusement, nous ne sommes pas tous du même avis à Gaza. Entamons donc le dialogue pour essayer de s’entendre, d’abord avec le Fatah, puis avec les autres organisations [de l’OLP] – Le FPLP et le Front Démocratique – ainsi que le Hamas et le Djihad [islamique], afin de pouvoir définir notre destination. Grâce au dialogue, nous trouverons une formule qui nous convient, une formule d’hunda [trêve] qui nous permettra de défendre notre Etat…

Nous ne pouvons pas réaliser ce but par la force. C’est le devoir du nouveau gouvernement de choisir la voie, de l’annoncer au peuple et de persuader ce dernier du bien fondé de son choix. Il restera ça et là des opposants aux consensus palestinien. Nous essayerons de les pousser à placer les intérêts palestiniens supérieurs au-dessus de leurs intérêts personnels, par la force s’il le faut. »

Notre méthode a échoué
« Certains ont d’abord déclaré que l’Intifada provoquerait l’effondrement du gouvernement Sharon, vu qu’il a été élu sur son engagement à assurer la sécurité [israélienne]. Mais Sharon n’est pas tombé car l’Intifada a quitté les rails. Je pense que Sharon est aujourd’hui le plus grand leader que le mouvement sioniste ait connu depuis Herzl – qui lui-même ne bénéficiait pas des 80% de soutien de Sharon…

Ils ont dit : ‘Nous voulons libérer Jérusalem et les territoires occupés’, et tout ce qu’ils ont obtenu, c’est que les territoires libérés à la suite des négociations soient réoccupés par la force. Il ne nous reste plus que la bande de Gaza, et nous espérons la sauver avant qu’il ne soit trop tard… »

Cessez l’action militaire
« Que faut-il faire maintenant ? Déclarer avec force et détermination : ‘En voilà assez ! Ca suffit !’ Parce que si nous arrêtons maintenant, nous pourrons continuer de transmettre au monde que nous sommes massacrés et détruits, que ce crime doit prendre fin, que nous voulons la paix – et alors tous ceux qui croient à la véritable paix se tiendront de notre côté. Je tiens à signaler que c’est la première fois que le monde parle d’Etat palestinien. C’est quelque chose qui n’a jamais été mentionné auparavant… Nous sommes sûrs que Sharon s’effondrera après trois ou quatre mois de négociations, car il n’aura rien à offrir, vu qu’il s’oppose au démantèlement de toutes les colonies et refuse d’accorder plus de 50% ou 60% de la rive Ouest aux Palestiniens. C’est pourquoi aucun pays ne l’écoutera et tous lui diront : ‘Tu n’es pas dans le coup’. Et alors il subira le même destin que Netanyahou : la défaite et le départ de la Knesset…

Les investissements en provenance de l’étranger sont retournés d’où ils venaient, aux quatre coins du monde. Avec les fonds qui nous étaient accordés, nous avons pu construire quelques chose : nous avions des rues, des hôtels, des immeubles, des écoles et des universités. Mais une grande partie des fonds est repartie, et la question qui se pose est : ‘Pourquoi ?’ C’est une tragédie. Nous devons nous demander pourquoi.

Certaines organisations palestiniennes ne veulent pas véritablement de l’Autorité palestinienne. Elles veulent la détruire pour prendre sa place… Pourquoi le Fatah a-t-il participé à cela ? Avons-nous bâti notre patrie pour nous mettre en guerre [les uns contre les autres] ?…

Au symposium de Ramallah, on a dit que notre peuple faisait preuve de patience et de détermination. J’ai répliqué que notre peuple en avait assez. Le peuple veut manger, sentir que sa vie et ses biens sont en sécurité…. La manifestation des marmites et des casseroles à Gaza – pourquoi le peuple est-il sorti ainsi équipé ? De toute évidence pour nous dire : ‘Nous voulons manger’…

Nous n’avons toujours pas de ministère ou d’institut avec un budget clairement défini... Je m’y connais un peu en gestion financière : chaque sou qui entre devrait être incorporé au budget général et aucun sou ne devrait sortir sans autorisation. Quand nous aurons obtenu cela, nous aurons franchi avec succès la première étape [vers la réforme]. Parallèlement, on doit mettre fin aux ordres de paiement venant de tous côtés. Je sais que certains de nos ambassadeurs n’ont pas été payés.

Nous ne demandons pas de cesser l’Intifada : nous demandons de la canaliser et d’en ôter l’aspect négatif, notamment le phénomène de militarisation. Nous pouvons organiser des manifestations et des marches. Mais je n’aime pas le mot ‘tuerie’. Verser le sang de qui ? Le sang de nos enfants, de vos enfants ? C’est ce que j’ai dit au symposium des Tanzim à Ramallah, auquel ont participé des commandants et des dirigeants du Fatah. Ils se sont fâchés contre moi, m’ont critiqué en me disant : ‘Il y a des limites à ne pas franchir’… Aujourd’hui, nous devons, au nom de nos intérêts, cesser [ces agissements] et nous donner une chance. Puissions-nous gagner ! Tuer n’est pas notre passe-temps favori. Nous avons un but à atteindre… »

Le retour était possible grâce à Oslo
Quand nous avons signé les accords d’Oslo, personne ne s’est tenu à nos côtés. On nous a dit qu’il faudrait demander l’avis du peuple, l’avis de certains Etats arabes. Vous connaissez les accusations que nous avons essuyées. Après [Oslo], nous sommes retournés chez nous et avons obtenu une partie de notre patrie… Le phénomène des Palestiniens perdus à l’aéroport, à la frontière, est révolu : ils peuvent [désormais] retourner chez eux s’ils le souhaitent. Entre 250 000 et 300 000 personnes sont retourné vivre dans leur patrie. Le problème des réfugiés n’est pas encore résolu, mais celui des déplacements a au moins pris fin avec les négociations et la paix. Il aurait été impossible d’y mettre fin par la guerre. Nous avons participé à plusieurs guerres et vous en connaissez les résultats. Les tanks arabes ont-ils encerclé Tel-Aviv au moment où nous signions Oslo ? Israël était l’Etat construit pour conquérir tout le monde arabe en un instant… »

L’ « initiative arabe [saoudienne] » incluait le droit de retour
« Le sommet arabe a ratifié l’initiative qui traitait [également] du problème des réfugiés. Cette initiative faisait partie des plus réussies de l’histoire moderne. Elle est d’autant plus importante que l’Arabie Saoudite en est à l’origine, ce qui signifie que le monde arabe et islamique se trouve derrière. L’initiative est claire : la terre contre la paix et la normalisation. La perspective de relations normales en échange d’un retrait complet est très alléchante pour les Israéliens, ce qui fait que 60% des Israéliens y étaient favorables. A chaque occasion, Washington rappelait que les bases de la paix se trouvent dans les [Résolutions] 242, 338, [le principe de] la terre contre la paix et l’‘initiative arabe’. Avec l’‘initiative arabe’, nous avons pu faire du retour des réfugiés un principe de base. »

Les Arabes israéliens doivent nous aider à faire chuter ou mettre en place des gouvernements israéliens
« Un autre problème doit aussi être évoqué. J’ai des réserves quant à [l’utilité] de la participation de nos parents palestiniens – les Arabes de 48 – à l’Intifada, tout en appréciant fortement leur sacrifice. En effet, leur participation s’est avérée être une très grande erreur. Nous n’en avons pas voulu lors des première et deuxième Intifada, et leur avons dit : ‘Vous avez un rôle irremplaçable, différent du nôtre ; [c’est] un rôle important qui consiste à provoquer l’effondrement des gouvernements [israéliens] ou leur réussite. Conservez ce rôle. Si vous voulez nous aider, faites-le en approvisionnant [l’Autorité palestinienne] ou en manifestant avec les mouvements israéliens pacifiques.’ Mais ils se sont écartés de cette voie : au début de l’Intifada, ils sont partis dans une première vague de manifestations ; treize personnes sont [mortes] en martyres et 80 ont été blessées. Puis les Israéliens se sont levés pour dire : ‘Voilà cinquante ans qu’ils vivent parmi nous, et c’est comme ça qu’ils se comportent ? Comment voulons-nous faire revenir les réfugiés ?’ Et alors, aussi vite que l’éclair, chaque Israélien a commencé à se demander : ‘Pouvons-nous accepter le retour de ces gens ? Qu’allons-nous y gagner ?’

Quand j’ai parlé pour la première fois [aux Arabes israéliens], en termes clairs et sincères, ils se sont fâchés. Je leur ai dit : ‘Vous avez fait une grosse erreur en vous laissant porter par la rue et les sentiments, [refusant] d’agir la tête froide. Vous auriez pu nous aider d’une autre façon, en employant d’autres moyens. N’oubliez pas que vous avez la citoyenneté israélienne, et c’est là votre force ; c’est grâce à elle que vous pourrez nous protéger : votez la ‘non-confiance’ dans les gouvernements israéliens. Vous pourrez provoquer un changement de gouvernement grâce à vos membres de la Knesset. C’est comme cela qu’Itzhak Shamir a perdu le pouvoir ; le parti travailliste avait alors 56 membres à la Knesset, et les Arabes avaient de 5 à 6 mandats.’ S’ils avaient sérieusement participé aux élections, comme pour les élections municipales, ils auraient pu obtenir de 15 à 18 mandats et empêcher la mise en place d’un gouvernement dont nous ne voulons pas. Quand Rabin a envisagé l’expropriation de terres à Jérusalem, les députés arabes ont menacé de voter contre lui, ce qui l’a fait revenir sur sa décision. ‘Vous, Arabes, citoyens d’Israël, pouvez beaucoup faire [en agissant] rationnellement au niveau politique, sans courir après les illusions et la démagogie.’ Les conséquences de leur [attitude négative] ont été extrêmement néfastes. »

Israël doit accepter le droit de retour
« J’ai écouté honnêtement un certain nombre de députés et de ministres israéliens. Ils m’ont demandé combien de réfugiés comptaient revenir. Ce genre de questions montre qu’ils sont d’accord sur le principe. Je leur ai répondu : ‘Acceptez le principe et je vous donnerai le nombre’. A Camp David, quand ils ont voulu connaître le nombre, nous leur avons répondu : ‘Si vous acceptez le principe, nous vous donnerons le nombre – là, tout de suite.’ La reconnaissance du principe était le premier pas : Israël commence par reconnaître le droit de tous les Palestiniens à retourner sur leur terre. Ensuite le réfugié peut décider s’il souhaite ou non revenir. Puis viennent les négociations sur l’application [du principe] et avec, la possibilité de procéder au cas par cas. »

(1) Al-Hayat (Londres), le 26 novembre 2002

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Numéro 58 • vendredi le 13 decembre, 2002

Les nouveaux visages du terrorisme:
Le juge Bruguière parle

Jean-Louis Bruguière
L'Express, 12 décembre 2002

Un juge expérimenté

Jean-Louis Bruguière lutte depuis plus de vingt ans avec la même ténacité contre le terrorisme, depuis cette effroyable journée d'août 1982 où des tueurs palestiniens ont arrosé les passants à la mitraillette, rue des Rosiers, à Paris - son premier dossier antiterroriste. Il instruira, ensuite, les affaires les plus sensibles de la République, n'hésitant pas à affronter la Libye, après l'explosion d'un avion d'UTA, en 1989 (170 morts), ou l'Iran des mollahs, à la suite de l'assassinat de l'ancien Premier ministre du chah Chapour Bakhtiar, en 1991, à Suresnes (Hauts-de-Seine). Devenu, en 1986, patron du pool des juges antiterroristes, il comprend la dimension politique du phénomène. Après les attentats de 1995, il suit les dossiers des activistes algériens du GIA et sera l'un des premiers à pressentir l'imminence d'un terrorisme islamiste international. Ses méthodes, parfois critiquées avant le 11 septembre 2001, font aujourd'hui autorité. Et le système français, qu'il personnifie, est envié par la plupart des Etats occidentaux, qui s'y intéressent de près.

Les nouveaux visages du terrorisme
Des Etats-Unis à Djerba, en passant par Bali et Mombasa, la violence islamiste n'a cessé de frapper. Et ce n'est pas fini. En exclusivité pour L'Express, le magistrat antiterroriste décrit l'ennemi et ses tactiques, et déplore que les Etats occidentaux soient si peu préparés à l'affronter

Depuis le 11 septembre 2001, le niveau de la violence terroriste d'origine islamiste n'a pas décru. En cette fin d'année 2002, la menace paraît même s'alourdir et les mises en garde se multiplient en Europe ou aux Etats-Unis. Elles sont malheureusement fondées. Il est indéniable que la menace terroriste -- celle d'Al-Qaeda et de la mouvance islamiste radicale qui la sous-tend -- est prégnante. Sa propagation nous surprend et nous inquiète. Sa forme se diversifie comme se développe son terrain de lutte. Nul ne peut, aujourd'hui, en présager le terme.

Les attentats aux Etats-Unis, ceux de Djerba et de Karachi contre nos ressortissants, l'opération au Koweït, l'attentat au Yémen contre le pétrolier Limburg, les bombes de Bali, ainsi que, sans doute, les attentats de Mombasa (Kenya), s'inscrivent dans un processus évolutif.

Tous les indicateurs que nous avons à notre disposition laissent présager la poursuite des actions terroristes. Et le territoire européen -- déjà ciblé en décembre 2000 par un projet d'attentat visant la ville de Strasbourg -- ne sera pas épargné. Même s'il est impossible de prévoir la date ou le lieu de survenance d'un attentat en l'absence d'éléments d'enquête précis. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont
jeté une lumière crue sur une réalité trop souvent négligée, si ce n'est occultée. Nul ne conteste aujourd'hui que la menace terroriste est l'un des principaux enjeux du XXIe siècle. Pourtant, au début de l'année 2001, cette évidence ne s'était pas imposée aux opinions publiques de nos pays, ni même à nos gouvernants, mobilisés sur d'autres fronts. Il convient d'analyser ce phénomène nouveau bien que s'inscrivant dans un processus évolutif né des décombres de la guerre froide. Afin d'en tirer des leçons, et surtout de déterminer notre attitude dans le combat difficile que nous menons contre ce terrorisme «d'un troisième type».

La guerre de Cent Ans des temps modernes
Depuis le 11 septembre, la violence terroriste a pris un nouveau visage -- nous sommes à présent en guerre contre un adversaire diffus mais déterminé. C'est une situation unique et particulièrement inquiétante dans la mesure où, pour la première fois, le conflit ne peut déboucher sur aucune solution politique. Nous ne sommes pas confrontés à un terrorisme politique, nationaliste ou séparatiste avec des revendications précises et des interlocuteurs connus. Nul rapport avec, par exemple, des organisations de type marxiste-léniniste, telles la RAF allemande ou les Brigades rouges italiennes, ou avec des mouvements de type séparatiste comme l'IRA ou ETA, qui se revendiquent d'une idéologie ou se battent pour une revendication nationale. Le combat de Ben Laden, et de la mouvance islamiste qu'il a fédérée, est d'une toute autre nature. Il est impossible de négocier avec Al-Qaeda et il n'existe, d'ailleurs, ni partenaires ni interlocuteurs possibles. Nous sommes confrontés à une idéologie radicale de nature nihiliste, qui prône exclusivement la destruction totale de l'autre. La différence postule la haine et légitime la violence. Les tenants de ce radicalisme idéologique, au premier rang desquels on trouve les responsables d'Al-Qaeda, prêchent la lutte résolue -- la «guerre sainte» -- contre les «juifs et les croisés», mais aussi contre les «mécréants et les apostats», c'est-à-dire tous les dirigeants des Etats arabes qui, à leurs yeux, ont renié la «vraie foi». Il n'existe pas, pour ce mouvement extrémiste et sectaire, d'autre issue que la mort de l'adversaire. Si elle n'est pas maîtrisée, cette situation peut devenir la guerre de Cent Ans des temps modernes.

Les services antiterroristes occidentaux sont aux prises avec un ennemi polymorphe aux structures éclatées, qui se trouve à la fois partout et nulle part. Certes, le cour d'Al-Qaeda se situe dans la région pakistano-afghane -- où nombre de ses responsables se trouvent encore. Mais Al-Qaeda n'est qu'un catalyseur d'une mouvance plus large. La menace est à présent planétaire et les «combattants du jihad» se dissimulent à l'intérieur des pays-cibles: ils recrutent aux marges de nos métropoles dans ces «zones grises» où vivent des populations marginales, certaines en situation irrégulière. Elles constituent un terrain particulièrement favorable à la constitution de réseaux. Al-Qaeda tend à les récupérer et à les contrôler pour mener à bien ses desseins: la propagation du «jihad» par des attentats ciblés. Dans sa vision planétaire de l'affrontement intercommunautaire, Ben Laden cherche à globaliser la lutte. La récupération de la cause palestinienne s'inscrit dans cette perspective. Nul doute qu'il cherchera également à tirer profit des effets induits, en termes de déstabilisation sur l'opinion publique arabo-musulmane, d'un éventuel conflit en Irak. De cet affrontement, dont le 11 septembre serait le révélateur, naîtrait l'apocalypse rédemptrice, qui, seule, permettrait de recouvrer la «pureté» de l'islam originel, celui que pratiquaient les maîtres de Kaboul. Cet objectif destructeur et sans concession promet un
très long combat. Pour autant, il s'inscrit dans un processus qui s'est développé dans une relative indifférence. Jusqu'alors, la menace terroriste paraissait lointaine, floue et incertaine, un risque potentiel peu quantifiable, loin d'être une priorité pour les Etats qui, au contraire de la France, n'avaient pas fait la douloureuse expérience du terrorisme islamiste. De ce point de vue, les attentats du 11 septembre ont été non pas un événement isolé, un accident historique sans lendemain, mais la manifestation évidente d'une menace évolutive en pleine expansion

L'indifférence des nations
Pour avoir été confrontée à la menace islamiste d'origine algérienne, voilà maintenant dix ans, la France a, très tôt, pris conscience de la gravité du phénomène. Dès 1993, les réseaux islamistes algériens ont été implantés sur notre sol pour apporter un soutien logistique à la guérilla en Algérie. 1994 devait consacrer la victoire du salafisme (1) au travers du Groupe islamiste armé (GIA), qui avait supplanté le Front islamique du salut (FIS) et imposé, tant en Algérie qu'à l'extérieur, sa vision mondialiste d'un islamisme intolérant, conquérant et violent. Dans la logique de cette stratégie mondiale, la France devint rapidement une cible: en Algérie, par des attentats, des enlèvements et des assassinats, dont furent victimes nos ressortissants. Sur le territoire national, en décembre 1994, avec le détournement de l'Airbus d'Air France faisant la liaison Alger-Paris et la
campagne d'attentats de l'été et de l'automne 1995. La décision d'exporter la violence terroriste sur le sol français est un tournant majeur dans l'évolution de la menace islamiste. La stratégie de Ben Laden procédera de la même démarche envers l'Amérique. L'arrestation d'Ahmed Ressam [voir note en bas de page], le 14 décembre 1999, sur la côte Ouest des Etats-Unis, alors qu'il transportait dans son véhicule plusieurs dizaines de kilos d'explosifs, a permis de prévenir un attentat sur le sol américain. Ce projet était, en quelque sorte, un prélude aux événements du 11 septembre.

Pour avoir travaillé sans discontinuer sur ces réseaux, le dispositif français de lutte contre le terrorisme a pu assister à cette mutation capitale qui s'est opérée à bas bruit dans l'indifférence des Etats.

Stratégie et état de la menace
La stratégie opérationnelle d'Al-Qaeda est complexe et très souple. Elle s'articule autour de deux ensembles. D'un côté, le noyau dur constitué par Al-Qaeda et les organisations qui l'ont rejoint, cantonnées dans la zone arabo-persique, auxquels on doit imputer des attentats majeurs comme celui du 11 septembre 2001 et, plus récemment, ceux de Djerba, de Karachi et contre le Limburg. D'un autre côté, une vaste mouvance islamiste aux contours flous constituée de multiples cellules et réseaux sans structure définie, protéiforme et mutante, se développant de façon anarchique à l'échelle planétaire. Ces microstructures ne sont pas directement liées les unes aux autres et ne dépendent d'aucun commandement central. Elles partagent la même idéologie, les mêmes objectifs et ont recours à des méthodes identiques.

Ces réseaux éclatés, principalement basés en Europe, disposent d'une très large autonomie d'action. Ils sont à même de concevoir et de réaliser, sans l'intervention d'Al-Qaeda, des opérations terroristes, principalement sur le territoire européen. Ces dernières seront en tant que de besoin récupérées par la communication d'Al-Qaeda. Les menaces pesant actuellement sur l'Europe proviennent clairement de ces réseaux constitués de moudjahidin très mobiles se déplaçant entre l'Europe, la zone pakistano-afghane et, maintenant, le Caucase. Néanmoins, certains d'entre eux, qui ont effectué dans le passé des stages paramilitaires en Afghanistan, peuvent, à l'occasion de leurs déplacements ou par personne interposée, entretenir des liens avec Al-Qaeda ou avec ce qu'il en reste.

Les services antiterroristes éprouvent donc une extrême difficulté à découvrir l'existence de ces groupes et à identifier leurs mécanismes. Mais, indépendamment des relations individuelles, cette autonomie ne signifie pas pour autant qu'il n'existe pas une planification des attentats. Les «directives» peuvent emprunter des circuits compliqués, notamment à l'aide de relais au sein de la communauté islamiste, en particulier au Royaume-Uni. De même, les messages attribués à Ben Laden, enregistrés sur cassette audio, diffusés par les médias, ne sont pas sans incidence sur l'évolution de la menace. Ils peuvent, sans receler pour autant de messages codés, constituer une incitation à l'action ou, à tout le moins, entretenir une mobilisation des réseaux.

Ben Laden et son état-major maîtrisent parfaitement l'arme de la communication. Il mondialise son message et se sert des médias pour propager la terreur, qu'il s'agisse de la télévision, de la radio ou d'Internet. Il sait que les pays démocratiques ne contrôlent pas la presse, et il manipule cette liberté fondamentale en la dévoyant à son profit. Ce qui lui permet de s'approprier les médias de l'adversaire pour propager son message. L'arme médiatique valorise le message de terreur délivré par les attentats. Chaque objectif est choisi pour frapper l'opinion. Mais aussi en fonction de sa symbolique. L'opération de Djerba visait tout à la fois un pays jugé apostat, mais avait aussi pour buts de récupérer la cause palestinienne en ciblant une synagogue et de frapper l'économie tunisienne en s'en prenant au tourisme. L'assassinat des employés des chantiers navals à Karachi, par une opération suicide, est un signe direct adressé à notre pays. La France, qui s'est associée à l'attaque militaire contre l'Afghanistan, et qui est aux avant-postes dans la lutte contre l'islamisme radical, constitue une cible pour Al-Qaeda. Parallèlement, cette attaque contribue à déstabiliser le régime pakistanais, qui soutient les Etats-Unis.

Autre preuve de la détermination contre la France, l'attentat contre le pétrolier Limburg au Yémen. Le navire avait été repéré et l'attaque n'a pas été portée au hasard, mais au niveau d'une cuve remplie de pétrole brut. Bien que non directement lié à Al-Qaeda, le carnage de Bali procède également de la même stratégie. Après la zone d'influence traditionnelle d'Al-Qaeda, c'est l'Asie qui est atteinte. Ces trois attentats délivrent eux aussi un message fort. Sont visés la «luxure occidentale», les boîtes de nuit, les lieux de plaisir dans cette île de l'archipel, qui, avec les Célèbes, a résisté à l'islamisation. Mais c'est également l'économie indonésienne qui est déstabilisée. Toute la région du Sud-Est asiatique, y compris l'Australie, se trouve aujourd'hui confrontée à la menace islamiste. Enfin, après les tours du World Trade Center et le Pentagone, symboles de la puissance économique et militaire américaine, Al-Qaeda et ses affidés s'en prennent au pétrole, autre clef de l'économie mondiale, mais aussi à l'industrie du tourisme à Bali et au Kenya. Face à cette évolution de la menace islamiste, nous ne pouvons évidemment pas exclure que des attentats soient perpétrés en Europe.

L'Europe et la France
Nous savons depuis des années que l'Europe est un enjeu particulier. Cette situation a préexisté à la création d'Al-Qaeda, qui date du début de l'année 1998. La montée de la violence en Algérie a, ainsi qu'il a été mentionné, conduit à l'implantation en Europe, en France, en Allemagne, en Belgique, en Italie, aux Pays-Bas, de réseaux de soutien aux maquis algériens. Des structures similaires, mais d'origine marocaine ou tunisienne, se sont également constituées à l'époque. Ces réseaux européens, d'obédience salafiste, dériveront progressivement vers la mouvance internationale inféodée à Al-Qaeda. Parallèlement, les candidats au jihad en partance pour la zone pakistano-afghane ont été repérés dès 1994. L'ouverture d'une information judiciaire sur ces filières a permis de déterminer leur structure et de comprendre leur fonctionnement. Ces filières, bien organisées, ont ainsi permis à de nombreux islamistes résidant en France de s'entraîner militairement dans des camps en Afghanistan. Certains d'entre eux ont pu, à partir de 1998, fréquenter les structures d'Al-Qaeda présentes dans la région de Khost, à Kaboul et à Kandahar. De retour dans leur pays d'origine, ces «Afghans» ont structuré des cellules prêtes à agir. D'autres ont parfait leur parcours initiatique en rejoignant des terres du jihad, la Bosnie avant les accords de Dayton, le Kosovo, puis la Tchétchénie. La création, en 1998, par Oussama ben Laden, d'Al-Qaeda, dont l'influence ne cessera de s'affirmer en Afghanistan, contribuera à donner plus de cohérence à cet ensemble.

Néanmoins, en raison de leurs attaches d'origine, mais aussi du fait des facilités offertes par les pays d'accueil, ces microstructures terroristes sont restées pour la plupart en Europe. Al-Qaeda a très vite compris le parti qu'elle pouvait tirer de cette situation. Dans ses camps d'entraînement -- entre l'enseignement coranique et le maniement des armes -- étaient dispensés des cours sur les possibilités offertes par la liberté de circulation au sein de l'espace Schengen. De la sorte, l'Europe demeure une base privilégiée pour la mouvance islamiste. Jouant des différences de législation entre les différents Etats de l'Union, dotés de faux documents d'identité, les membres de ces réseaux se déplacent rapidement d'un pays à l'autre. Faisant usage de nombreux alias, ils sont difficilement repérables; ces cellules sont d'autant plus polymorphes que leurs membres n'ont pas de fonction définie. Le même individu peut un jour s'adonner à des activités de financement, le lendemain se livrer à un trafic de faux documents et, par la suite, faire partie d'un commando opérationnel.

De même, la référence nationale est rarement invoquée. Seul compte l'attachement au concept messianique du jihad. En 1998, des membres du GSPC (2), une organisation algérienne issue du GIA, et du Takfir wal Hijra, une secte salafiste, organisations pourtant rivales, avaient conçu le projet de frapper la France à l'occasion de la Coupe du monde de football. L'arrestation simultanée d'une centaine de membres présumés de ces mouvements dans cinq pays européens, au cours du mois de mai, a permis d'éviter des attentats. De même, le passage d'une organisation à une autre est fréquent. Des membres du GIA passent au GSPC pour adhérer ensuite au Takfir avant de rejoindre la mouvance Al-Qaeda. Ainsi, d'anciens membres du GSPC, condamnés pour des faits de terrorisme en France, ont été arrêtés par les Américains en Afghanistan, ou ont trouvé la mort à Tora Bora. D'autres islamistes, pour certains anciens membres du GIA, liés à la mouvance Al-Qaeda, ont été arrêtés à Francfort, en décembre 2000, alors qu'ils projetaient de commettre un attentat à Strasbourg. Les contours très mouvants de cette menace ont pu être cernés par les multiples enquêtes conduites par la section judiciaire antiterroriste depuis 1993. Dans ce cadre, 250 personnes ont été arrêtées et mises en examen en France, depuis 1993, et plusieurs centaines de perquisitions opérées. Nous disposons ainsi d'une masse documentaire très précieuse et d'une connaissance actualisée de l'évolution de ces réseaux. La présence, dans notre pays, d'un «dispositif de veille» mis en place par tous les acteurs de la lutte antiterroriste et notre capacité de réaction policière et judiciaire ont joué un rôle déterminant en matière de prévention. Mais cela ne suffit pas pour nous mettre à l'abri d'opérations terroristes. Des facteurs de risque perdurent.

Les réseaux islamistes n'ont pas désarmé et l' «effet 11 septembre» a amplifié le recrutement d'adeptes du jihad. Sur la scène internationale, le problème palestinien et la perspective d'une intervention militaire en Irak alourdissent la menace. La mouvance islamiste se montre plus mobile. D'autres filières apparaissent et le Caucase pourrait, demain, devenir un nouvel Afghanistan. Une vigilance accrue est de mise, d'autant plus que se profilent de nouvelles méthodes d'action comme l'emploi d'armes chimiques ou bactériologiques. Mais, sur ce point, nous ne disposons d'aucune information précise et, surtout, documentée. Ne cédons pas à une inquiétude qui ferait le jeu de l'adversaire.

Réaction et riposte
L'urgence de la situation consécutive aux événements tragiques du 11 septembre exigeait une réaction à la mesure de l'enjeu. L'action militaire conduite par les Américains, avec le concours de leurs alliés occidentaux, s'imposait. Elle a mis aussi un terme définitif à l'aventure des taliban, qui, par un pacte secret, avaient obtenu, à l'été 2001, l'allégeance d'Oussama ben Laden. Mais des dignitaires et responsables d'Al-Qaeda ont échappé à ces frappes militaires. Selon nos informations, Oussama ben Laden serait toujours en vie.

Toutefois, l'action militaire ne peut suffire. Il faut organiser et renforcer les «modes civils» de la riposte, c'est-à-dire les activités de renseignement et l'action policière et judiciaire. Les Etats démocratiques se doivent de privilégier ce mode de riposte dans le respect des droits fondamentaux. C'est la voie dans laquelle s'est engagée la France en 1986. La centralisation à l'échelon parisien des poursuites, de l'enquête et du jugement des faits de terrorisme constitue, de nos jours, la clef du dispositif de lutte antiterroriste français. Un système aujourd'hui envié par certains de nos partenaires et qui a fait la preuve de son efficacité. Celle-ci réside également, corollaire de la centralisation, dans la spécialisation des magistrats, qui, au fil des ans, ont pu acquérir une réelle connaissance du fonctionnement des réseaux. S'inscrivent aussi dans cette recherche d'efficacité la création d'une Division nationale antiterroriste, d'une section antiterroriste au sein de la Brigade criminelle de la préfecture de police de Paris. Et surtout, l'engagement de plus en plus déterminant de la DST dans la conduite des enquêtes judiciaires. Cette synergie est un gage majeur d'efficacité.

Une coopération judiciaire insuffisante
Dans cette lutte planétaire contre le terrorisme islamiste, la coopération internationale est devenue une exigence incontournable. Force est de constater qu'il n'existe pas, de nos jours, de réponse concertée. Sur le plan européen, en dehors de la décision-cadre sur le mandat d'arrêt européen, aucune avancée décisive n'a été enregistrée. Les disparités constatées en Europe, tant au niveau de la forme constitutionnelle des Etats que sur le plan de la législation et des pratiques judiciaires, ralentissent les mécanismes d'entraide et les procédures d'extradition. Rien n'a été réellement entrepris pour remédier à cette situation. Dans ce domaine, les «effets 11 septembre» semblent, au moins en Europe, s'être estompés. Les Etats répugnent à consentir à des abandons de souveraineté et privilégient, au détriment de cette lutte commune, des considérations politiques partisanes et des réflexes égocentriques. Placer la loi et les services chargés de sa mise en oeuvre au centre de la lutte contre le terrorisme n'est pas une obligation. D'autres choix peuvent être faits. Les Etats-Unis ont opté pour la solution militaire avec le camp de Guantanamo et la neutralisation ou la capture des membres d'Al-Qaeda par l'armée.

La France, pour sa part, a privilégié la démarche judiciaire avec son dispositif centralisé. Mais, face à la mondialisation de la menace, la réponse ne peut être qu'internationale. Et, à ce jour, la riposte des Etats occidentaux n'est pas à la mesure de l'enjeu.

La France en première ligne
Al-Qaeda a touché les ressortissants et les intérêts français à l'étranger. Mais les enquêtes judiciaires mettent au jour des réseaux actifs à l'intérieur même de l'Hexagone. En juillet 2001, le Franco-Algérien Djamel Beghal est arrêté à Dubaï, alors qu'il rentre d'un camp d'entraînement situé en Afghanistan, puis extradé en France. Il est soupçonné d'avoir animé un réseau européen qui projetait un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Paris. C'est également de Paris qu'a embarqué l'islamiste britannique Richard Reid, «l'homme aux chaussures piégées» qui, le 22 décembre 2001, a tenté de faire exploser le vol Paris-Miami. Les investigations se concentrent sur les milieux pakistanais, qui ont pu lui fournir une aide logistique en France. Quant à l'enquête sur l'attentat de Djerba, le 11 avril 2002, elle a révélé bien des surprises. Le téléphone satellitaire qu'a utilisé le kamikaze avait en effet été acheté en France par son frère. Enfin, le 25 novembre, la DST interpellait à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) Slimane Khalfaoui. Ce jeune homme serait lié au groupe islamiste de Francfort, qui avait planifié une attaque contre la cathédrale de Strasbourg à Noël, en 2000. Les fêtes de fin d'année restent une période sensible. Le gouvernement vient d'ailleurs de renforcer le plan Vigipirate.

Imprudence américaine
L'affaire Ressam préfigurait les attaques d'Al-Qaeda contre les Etats-Unis, mais les Américains ne l'ont pas compris. Le 14 décembre 1999, Ahmed Ressam est arrêté à la frontière américaine, en provenance du Canada. Le coffre de sa voiture de location contient tous les ingrédients pour assembler une puissante machine infernale. L'homme, ancien membre du GIA, est connu des services français et algériens. Il a été entraîné dans les camps afghans, formé par le bras droit de Ben Laden, Abou Zoubeida. Celui-ci a ordonné de monter une cellule terroriste aux Etats-Unis afin d'organiser des attentats. La bombe était destinée à exploser dans l'aéroport de Los Angeles à l'occasion des fêtes du millénaire. Jean-Louis Bruguière, qui était depuis plusieurs années sur sa piste, témoignera à son procès, qui se déroulera, à Los Angeles, en avril 2001. Il expliquera aux responsables américains, visiblement sceptiques, que les groupes islamistes radicaux, soutenus pour la plupart par Ben Laden, avaient pour objectif de s'en prendre à l'Occident et, au premier chef, aux Etats-Unis. Cinq mois plus tard, le leader d'Al-Qaeda lançait son opération contre New York et Washington.
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(1) Doctrine prônant la mondialisation de la lutte.
(2) Groupe salafiste pour la prédication et le combat.

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Les attentats antioccidentaux en 2002


11 avril: Djerba (Tunisie).
L'explosion d'un camion piégé devant la synagogue de la Ghriba cause la mort de 21 personnes (dont le kamikaze).

8 mai: Karachi (Pakistan).
Attentat suicide contre un autobus transportant des ingénieurs et ouvriers français. Bilan: 14 morts, dont 11 Français, et plus de 20 blessés.

14 juin: Karachi.
Attentat à la voiture piégée devant le consulat américain. 12 Pakistanais sont tués, une cinquantaine blessés.

6 octobre: Yémen.
Le pétrolier français Limburg est heurté par un bateau de pêche rempli d'explosifs au large des côtes yéménites. Un membre d'équipage est tué.

8 octobre: Koweït.
Un militaire américain est tué par des assaillants koweïtiens lors d'une manouvre.

12 octobre: Bali (Indonésie).
L'explosion d'une voiture piégée devant une boîte de nuit provoque un carnage: 192 morts, environ 300 blessés.

26 octobre: Moscou (Russie).
Assaut des forces de l'ordre russes contre un commando tchétchène dans un théâtre. Les terroristes sont neutralisés, mais 128 otages trouvent la mort.

28 novembre: Mombasa (Kenya).
Une voiture piégée lancée contre un hôtel provoque la mort de 13 personnes, dont 3 Israéliens, plus celle des 3 kamikazes. Deux missiles manquent de peu un avion israélien au décollage.

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Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme
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Numéro 57 • vendredi le 6 decembre, 2002

Du Kenya à l’UNESCO,
Israël cible de tous les assauts

France-Israël, Alliance Général Kœnig
Communiqué De Presse, 29 novembre 2002

(Paris)--Des assassins-suicidaires islamistes tuent des touristes israéliens à Mombassa au Kenya et font sauter leur hôtel.

Au Kenya également, d’autres assassins tentent d’abattre à l’aide de missiles un avion israélien chargé de 261 passagers.

Le même jour en Israël, des bombes humaines palestiniennes tuent six civils et en blessent quatorze, pour la seule raison qu’ils sont israéliens.

Tragique coïncidence, le lendemain 29 novembre, jour du 55ème anniversaire du vote de la résolution de l’Onu créant au Proche-Orient un État juif et un État arabe, (ce dernier refusé par la Ligue arabe), l’Unesco célèbre une Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien et présente une exposition pro-palestinienne « offerte par Médecins Sans Frontières ». L’ambassadeur syrien auprès de l’Unesco, président du Groupe arabe, est l’un des invitants.

Israël est ainsi frappé à la fois dans sa chair et dans sa légitimité. La machine mondiale à broyer le peuple juif tourne bien.

Il appartient aux dirigeants politiques du monde libre de mesurer leurs responsabilités pour le passé et pour l’avenir.

Courage Israël ! Ta force est nécessaire à ta sécurité. Elle est nécessaire au bon état du monde.

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Mombasa : les leçons d'un double attentat
Jacques Tarnero
Le Figaro, 2 decembre 2002

Combien de massacres seront-ils nécessaires pour que les bien-pensants ouvrent les yeux ? Quand Manhattan fut touché par les avions civils transformés en bombes volantes de Ben Laden, certains, à gauche, avaient estimé que Manhattan l'avait bien cherché. Un maître à penser de l'antimondialisation avait déclaré limiter sa compassion aux seules victimes «sans papiers» du World Trade Center... Finesse gauchiste oblige !

Mais maintenant ? Après Karachi, après le carnage de Bali ? Et si les missiles de Mombasa avaient atteint leur cible ? Qui aurait été le responsable ? Ariel Sharon ?

Est-on capable de penser cette déferlante meurtrière en sortant des catégories de lecture qui prétendent que c'est là l'effet d'un Sud meurtri par le capitalisme et d'un monde arabe torturé par le sionisme ? Est-on capable d'identifier ce terrorisme autrement que par cette expression qui ne veut rien dire : «terrorisme international» ?

Il flotte dans l'air du temps une jubilation à pouvoir de nouveau penser le monde de manière bipolaire et à traiter de «réactionnaire» qui tente de sortir de ce conformisme archaïque. Ce retour du gauchisme bien pensant trouve sa raison d'être en France, en particulier dans l'échec de la gauche réformiste. La figure repoussoir d'une extrême droite menaçante après le 21 avril dernier a redonné des ailes à tous ceux pour qui l'incantation du «fascisme ne passera pas» tient lieu de pensée magique. Cette disqualification de toute critique des effets pervers du «progressisme» s'accompagne de son corollaire international dénonçant l'ennemi américain.

Afficher son mépris sinon sa haine de l'Amérique, contre cet allié à la fois trop puissant et trop bête, trop «simpliste», est devenu le lieu commun d'un anti-impérialisme sur le retour. De José Bové à Maxime Gremetz, de Le Pen à Besancenot, c'est l'éventail politique des extrêmes qui est atteint par le syndrome du cocorico antiaméricain, comme s'il y avait dans cette affaire d'Irak l'opportunité d'une revanche intellectuelle.

Les Américains ne sont pas des angelots, et l'idéologie de ceux qui construisent la politique de l'équipe Bush exaspère à plus d'un titre. Penser le monde comme un vaste marché et réduire l'humanité au statut alternatif de consommateur et de producteur ne fonde pas un projet de société acceptable. Or il se trouve que le modèle démocratique américain ne se réduit pas à la caricature qui fait de Dallas le centre de l'univers. Les USA, avec tous leurs défauts, valent mieux que tous les totalitarismes et leurs nostalgiques laudateurs. Qui au bout du compte est intervenu en Bosnie, au Kosovo ? Qui a libéré l'Afghanistan du joug taliban ? Les Européens ? La Ligue arabe ?

Faut-il oublier le soldat Ryan ? C'est bien Manhattan qui a subi l'attentat le plus meurtrier de l'histoire, ce sont trois mille Américains qui ont été assassinés dans les tours du World Trade Center. Quelle aurait été la réaction de la France si les tours de la cathédrale de Strasbourg avaient été détruites par le groupe islamiste qui projetait de le faire ? Il suffit de lire Ben Laden dans le texte pour estimer que la riposte américaine en Afghanistan contre les talibans et al-Qaida a constitué une oeuvre de salubrité planétaire.

Aurait-on déjà oublié le sort qui était fait aux femmes afghanes ? Aurait-on déjà oublié que Daniel Pearl fut assassiné au Pakistan, après que ses assassins lui ont fait avouer son crime : il était juif ? Aurait-on oublié qu'en Algérie ce sont des émules version GIA de mollah Omar qui massacrent, tous les jours, dans l'indifférence du monde ? Est-on capable de prendre la mesure de la menace irakienne ? Pourquoi proposer, comme une certaine presse après le 11 septembre, un renversement des causes : c'est l'Amérique qui serait responsable de ce qu'elle a subi, c'est sa politique écrasant les pauvres qui a engendré la haine dont elle est l'objet... Bref, c'est Ben Laden, l'enfant adultérin de la CIA, qui se retourne contre son créateur...

Quant à Israël n'en parlons même pas. José Bové, qui a tout compris de l'Orient compliqué, a pu penser que c'était le Mossad l'auteur des attentats antijuifs commis en France. «A qui profite le crime ?», questionna l'antimondialiste fromager. On rêve face à cette régression mentale. Quelle est cette nouvelle imbécillité intellectuelle qui hurle au racisme ou au procès fait à l'islam dès lors que l'on tente d'analyser le goulag islamiste ? On pouvait penser que les attentats contre le World Trade Center auraient enfin ouvert des yeux. Mais les mécanismes qui étaient à l'oeuvre au temps des beaux jours de la pensée stalinienne sont de retour !

On aurait pu penser, de même, que la succession d'attentats commis en Israël par les bombes humaines palestiniennes aurait engendré un réflexe d'effroi et de répulsion. On aurait pu penser qu'ils auraient ouvert les yeux sur les intentions réelles de ceux qui explosent au milieu des convives un soir du Seder de Pessah. On aurait pu penser, qu'en France, les jeunes issus de l'immigration maghrébine auraient été contaminés par le virus de l'esprit critique plutôt que par celui du fanatisme. On aurait pu penser que ces jeunes-là auraient pu trouver dans la République un cadre pour leur propre émancipation. Et qu'a-t-on vu venir ? Une vague de haine antijuive a déferlé dans un étonnant silence de la société française. Il aura fallu de graves faits de violence pour que l'appareil médiatico-politique en prenne conscience, tant le conformisme idéologique ambiant était incapable de penser cette émergence. Dans les collèges et lycées, les «jeunes des banlieues» font des crises d'asthme dès que les mots «juif» ou «Israël» sont prononcés, et, lorsqu'ils veulent enseigner l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, des enseignants n'arrivent plus à faire cours, parce qu'ils sont mis en demeure, par certains de leurs élèves, d'«équilibrer» le sort des Juifs européens sous le nazisme par celui des Palestiniens aujourd'hui.

La pensée magique est bien là, celle qui nous dit que quand il fait trop chaud au mois d'août à Damas c'est la faute à Israël, que le trou dans la couche d'ozone c'est aussi la faute à Israël. Ce qui est nouveau c'est que ce soit en son nom que des «intellectuels et artistes» pétitionnent et incitent au boycott de tout Israël, faisant de tout Israélien un colon fanatique. L'antisionisme et l'antiaméricanisme constituent les deux matrices du nouveau progressisme des imbéciles. C'est à l'abri de la lutte antimondialisation que l'antiaméricanisme radical avance. C'est à l'abri de l'antiaméricanisme que l'anti-israélisme radical avance. C'est à l'abri de l'anti-israélisme que l'antisémitisme avance désormais légitimé et auréolé des vertus de la défense des droits de l'homme, des pauvres et des opprimés.

Cette machine de guerre avait déjà fonctionné à Durban, à la fin de l'été 2001, où, à l'abri d'une conférence des Nations unies contre le racisme, la plus limpide haine des juifs s'était affichée. Aucune leçon n'a été tirée de Durban, pas plus que de la destruction du World Trade Center. Mus par des réflexes pavloviens, des nigauds sans mémoire hurlent à la mort de l'Amérique et d'Israël, dénoncés comme épicentre du mal mondial.

Il y a fort à craindre que cet aveuglement se perpétue car il correspond à cet amour de la haine pour celui qui incarne la causalité providentielle de sa propre impuissance. La culture du ressentiment est fondatrice des discours sur l'humiliation et rend impossible tout esprit de réforme à l'intérieur du monde arabo-musulman. Son retour vers la modernité est au prix d'un regard critique de la camisole que l'islamisme impose aux musulmans et au mouvement national palestinien. Ce n'est pas aider la Palestine, le monde arabe et musulman que de les conforter dans cette immaturité. Mais les porteurs de miroirs ont toujours tort.

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Lettre à Le Devoir
Jean Ouellette

Monsieur, Madame: Je me demande quel danger pour la démocratie canadienne représenterait un appui à Israël. Les démocraties , que je sache, ne se font pas la guerre. Contrairement à ce que M. Leclerc exprime en conclusion de son texte (Le Devoir, 2 decembre) , nous pouvons et nous devons être solidaires de la communauté qui représente le mieux les valeurs démocratiques auxquelles nous pensons
souscrire même si ce choix devait nous amener à appuyer Israël.

M. Leclerc justifie le terrorisme palestinien en laissant supposer qu'il est engendré par la violence d'Israël. Ce pays est aux prises avec une guerre qu'il n'a pas voulue et défend son existence. Mais votre chroniqueur ne peut contempler cette dure réalité et préfère renvoyer les protagonistes dos à dos sous prétexte de neutralité.

Les défenseurs d'Israël ne cachent pas les erreurs et bavures engendrées par une guerre impitoyable. Les femmes et les enfants de Palestine, dont je n'envie pas le sort, peuvent quand même vaquer à leurs occupations, malgré de sévères et cruelles restrictions, sans crainte d'être victimes d'attentats de la part des Juifs israéliens. Les gens d'ici n'hésitent plus à exprimer ouvertement leur judéophobie. Nos concitoyens juifs sont de bons citoyens et ils méritent que nous les épaulions.

La tradition du Devoir pèse lourd dans l'autre sens. J'ajouterai que l'article de M. Leclerc est mal informé aveuglé qu'il est par son plaidoter tiers-mondiste en faveur du partenaire dont il admet lui-même qu'il recourt au terrorisme.Si j'étais juif et habitant Montréal, je serais insulté. Pire: je commencerais à craindre pour mes enfants.

(Jean Ouellette est professeur à l'Université de Montréal
et membre du conseil universitaire de ICRJ.)

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