Communiqué Isranet
novembre 2002
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 56 • vendredi le 29 novembre, 2002

Un Israélien sur quatre est directement
affecté par les attentats

Stéphanie Le Bars
Le Monde, 23 novembre 2002

Près d'un Israélien sur six a été personnellement confronté à un attentat entre septembre 2000, date du début de l'Intifada, et avril 2002. Près d'un sur quatre (22 %) a un ami ou un parent qui a été blessé ou tué au cours d'une attaque palestinienne. Rendus publics la veille de l'attentat-suicide qui a causé la mort de 11 civils israéliens, jeudi 21 novembre, à Jérusalem-Ouest, ces chiffres, publiés dans le quotidien Yedioth Ahronoth, émanent d'une enquête réalisée par le directeur de l'hôpital psychiatrique de Lev Hasharon, Avi Blich.

Cette étude révèle également que 10 % des Israéliens, soit plus de 500 000 personnes, souffrent d'un stress post-traumatique dû au climat de terreur engendré par les attentats régulièrement perpétrés à travers le pays. Cette pathologie se manifeste par une fragilité émotionnelle qui empêche les personnes touchées de se comporter comme elles le faisaient dans leur vie antérieure. La plupart souffrent d'insomnies. Les plus atteintes ne réagissent plus aux événements extérieurs, subissent des sautes d'humeur et souffrent de réactions physiques, telles que des tremblements.

Les femmes ont cinq à six fois plus de risques que les hommes d'être touchées par ce syndrome. Dans leur ensemble, 57 % des Israéliens interrogés se déclarent "découragés" ; 50 % souffrent de troubles du sommeil ; 37 % ressassent la vision des attaques (dans les heures qui suivent un attentat, les télévisions israéliennes diffusent en boucle les images du lieu du drame et de l'arrivée des victimes dans les hôpitaux) ;
27 % souffrent de troubles temporaires de la mémoire.

"NOUS DEVENONS INDIFFÉRENTS"

Pour tenter de vaincre leur peur, la plupart des Israéliens ont modifié leur comportement. Selon l'étude, 55 % évitent de fréquenter les lieux publics et n'empruntent plus les autobus. D'après un décompte de l'Agence France-Presse, 52 bus ont été pris pour cible depuis le début de l'Intifada.

L'étude indique aussi que 83 % des Israéliens sont désormais en contact téléphonique avec leurs proches plusieurs fois par jour ; 80 % ont eu recours à une aide sociale ou psychologique ; 75 % s'efforcent de rester froids face aux événements. "Maîtriser nos émotions nous sauve, a indiqué M. Avi, mais, d'un point de vue social, le prix à payer est lourd. Nous devenons indifférents aux événements qui affectent notre société." La foi
aide 60 % des Israéliens à affronter la situation ; enfin, 50 % comptent sur l'humour pour surmonter leurs angoisses.

La principale compagnie israélienne de transports (Eged) vient d'ailleurs de déposer une plainte contre l'Autorité palestinienne. Elle lui réclame 170 millions de shekels (42 millions d'euros) pour compenser les dommages matériels causés aux véhicules lors d'attentats-suicides et la baisse de 10 % enregistrée dans la fréquentation.

Face à la multiplication du nombre de victimes d'attentats -- sur les 671 Israéliens tués et les milliers de blessés depuis le début de l'Intifada, la majeure partie sont des civils --, les services sociaux chargés de venir en aide aux blessés et aux familles endeuillées commencent à être débordés. Plus grave, les "traumatisés", les personnes "choquées" ou les blessés "légers" ont toutes les peines du monde à faire admettre à la sécurité
sociale, à leur employeur et parfois même à leur entourage la réalité du handicap qui les frappe.

Cette situation de menace permanente affecte aussi le travail des psychologues, largement sollicités lors de chaque attaque, et le suivi des personnes affectées par la situation. Confrontés, au même titre que leurs patients, au climat général d'angoisse, certains psychologues suivent désormais une formation spécifique. "Elle est censée nous donner le recul nécessaire pour prendre en charge des personnes dont l'état d'esprit est
proche du nôtre", témoigne une psychologue de Jérusalem.

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Ephémérides de la Ville Eternelle
''Israël le juif des nations !''

Daniel Gal Ambassadeur d'Israël
Guysen Israël News, 25 novembre 2002

Durant la seconde guerre mondiale une caricature très significative fit la une des journaux antisémites dans de nombreux pays européens.

Elle représentait un coiffeur faisant la barbe de son client en parlant bien sur de politique et confiant à celui ci que la guerre avait éclaté à cause des juifs et des cyclistes ce à quoi le client réagit immédiatement "et pourquoi les cyclistes?"

Soixante ans après ces événements tragiques rien n' a changé.

Il suffit de feuilleter certains journaux ou voir certaines émissions de télévision de par le monde et je ne parle pas seulement de l'Egypte ou le grand succès sur le petit écran est la série basée sur le livre les protocoles des sages de Sion oeuvre toute imaginaire et connue pour son antisémitisme virulent, pour réaliser que les vieux démons se réveillent de nouveau.

Et l'antisémitisme qui passe souvent difficilement après la tragédie de la shoah se masque d' antisionisme pour être " plus acceptable".

Mais tout cela ne devrait pas nous surprendre. Ce n'est qu 'un transfert psychologique.: Israël est devenu le juif des nations.

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Des directeurs de journaux officiels saluent le récent attentat suicide
perpétré dans un bus de Jérusalem

L'Institut de Recherche Médiatique du Proche Orient
Dépêches spéciales - No. 442, 26 novembre 2002

Des directeurs de journaux officiels ont salué le récent attentat suicide perpétré par le Hamas dans un bus de Jérusalem où se trouvaient de nombreux écoliers. Dans le même temps au Caire, de hauts responsables égyptiens et des représentants du Fatah tentaient de persuader les délégués du Hamas d'éviter les attentats suicides en Israël. Voici quelques extraits de ces éditoriaux :

Al-Akhbar : « Onze terroristes israéliens ont été abattus »

Un éditorial du journal égyptien officiel Al-Akhbar intitulé « L'opération de Jérusalem : la seule réponse [possible] au terrorisme israélien » affirme que « onze terroristes palestiniens ont été tués au cours de l'opération », poursuivant : « En réponse à tous les actes inhumains perpétrés par l'entité sioniste dans le but de soumettre le peuple palestinien, une opération martyre a eu lieu hier [le 21 novembre 2002] dans la ville de Jérusalem occupée pour prouver une bonne fois pour toutes qu'Israël se fait des illusions en imaginant qu'avec son appétit insatiable de meurtre, de destruction et de terreur, il instaurera la sécurité et la paix.

Il est inconcevable que le gang des dirigeants de Tel-Aviv puisse parvenir à réaliser son projet d'assujettir les Palestiniens et de les forcer à accepter les conditions de soumission qu'Israël essaie de leur imposer depuis plus d'un demi-siècle.

Cette opération, au cours de laquelle onze terroristes israéliens ont été tués et des dizaines blessés, a plusieurs causes, la première étant que cette opération est le résultat d'une courageuse embuscade préparée par des martyrs palestiniens. à Hébron. en raison de la folie qui s'est emparée du gang de dirigeants israéliens mené par Ariel Sharon, dont le but est de verser le sang palestinien, et en particulier le sang des enfants, des femmes, des vieillards et des courageux résistants.

Chacun sait que la résistance est le seul moyen de parvenir à la libération, qu'il n'existe pas d'autre moyen. Cette arme, l'arme de la force légitime, est la seule que craigne Israël. Seule la résistance peut avoir raison de l' arrogance d'Israël et de la stupidité de ses dirigeants. » (1)

Al-Gumhuriyya : « Cette vaillante et courageuse opération. La plus honorable des missions »

Le directeur du quotidien Al-Gumhuriyya, Samir Ragab, a aussi mentionné dans sa chronique journalière l'attentat de Jérusalem : « Les courageux Palestiniens seront considérés comme des terroristes par les Israéliens tant qu'ils perpétreront des opérations martyre, lesquelles ne sont que piètres représailles aux crimes commis contre eux ! Les Israéliens ne connaîtront ni sécurité, ni stabilité, tant qu'ils s'entêteront à rester dans les
territoires occupés par la force, qu'ils détruiront les demeures sur leurs habitants et verseront le sang innocent sans aucun problème de conscience.

Hier, un martyr palestinien âgé de vingt trois ans s'est fait sauter dans un bus de Jérusalem, en conséquence de quoi onze Israéliens ont trouvé la mort, quarante-sept ont été blessés dont neuf sont dans un état grave ! Cette opération n'est bien sûr pas la première [du genre], ni la dernière ; [il y en aura] tant que les Israéliens poursuivront leur politique d'oppression, d'entêtement et de traîtrise. Ils ne veulent pas comprendre que la violence entraîne la violence. Plus la frustration sera grande dans le cour des êtres sans espoir, plus haut s'élèveront les flammes de la colère.

Le maire de Jérusalem, Ehoud Olmert, . en regardant les restes des corps, a dit : « Nous nous sommes fait des illusions en imaginant que le terrorisme touchait à sa fin. » Il est normal qu'Olmert, qui est un proche du sanguinaire Sharon, considère ceux qui ont mené cette vaillante et courageuse opération comme des 'terroristes', passant outre le fait qu'Israël soit un Etat terroriste dans ses déclarations comme dans ses actions, dans son apparence comme dans ses idées et que ses dirigeants soient, pour la plupart, des criminels de guerre que le tribunal de l'histoire n'épargnera pas, même s'il faut pour cela attendre longtemps.

Au même moment, Binyamin Netanyahou, ministre des Affaires étrangères, et le Premier ministre Ariel Sharon se sont mis, fidèles à leur habitude, à menacer tous les Palestiniens, de Yasser Arafat au dernier né des nourrissons palestiniens. Ce sont de folles clameurs qui ne font que compliquer davantage la crise et perpétuer le cycle de la violence : les Israéliens se lèveront au matin, placeront leurs victimes dans des sacs en plastique et quelques heures plus tard, les Palestiniens s'enlaceront après avoir prononcé la Shahada [déclaration de foi islamique], prêt à accomplir la plus noble, précieuse et honorable des missions. » (2)

Les Juifs sont à l'origine de toutes les calamités

Le jour suivant (le 23 novembre 2002), Samir Ragab, directeur d'Al-Gumhuriyya, a de nouveau évoqué le sujet : « Pour la centième, peut-être pour la millième fois, nous demandons : 'Est-ce que la réoccupation des régions palestiniennes par Israël, les couvre-feu et la destruction des habitations - Est-ce que tout cela mettra un terme aux opérations suicide et à ce qu'ils qualifient de 'terrorisme' ?

Il est surprenant et même choquant de constater qu'en Israël, ils ne comprennent toujours pas. Dès qu'ils se retrouvent avec quelques dizaines de victimes, ceux qui se battent pour le poste de Premier ministre se hâtent de réclamer un changement radical et violent. Et nous devons encore répéter que c'est Israël la cause de tout ce qui arrive, vu qu'ils refusent d'admettre que l'époque où l'on dirigeait en vertu de la force militaire est révolue et que les Palestiniens en sont arrivés au point où il n'est plus question d'ignorer le moindre de leurs droits.

Cessez d'accuser Arafat et ses hommes : ce sont les Juifs la cause de toutes les calamités ! » (3)

Al-Ahram : Quand Israël comprendra-t-il ?

L'éditorial du premier quotidien officiel d'Egypte, Al-Ahram, fait preuve de plus de retenue. Sous le titre : « Quand les dirigeants israéliens comprendront-ils la leçon ? », on peut y lire : « Une fois de plus, une opération martyre perpétrée hier à Jérusalem Ouest, qui a fait onze morts et quarante neuf blessés israéliens, montre que la violence n'entraîne que la violence et que les mesures de sécurité, aussi strictes soient-elles, n'empêcheront pas le sang d'être versé dans des opérations de ce type, la seule solution étant de revenir à la table des négociations et de trouver une solution de paix qui satisfera les deux côtés en répondant à leurs exigences légitimes, principalement celle d'un nouvel Etat
palestinien. » (4)

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(1) Al-Akhbar (Egypte), le 22 novembre 2002
(2) Al-Gumhuriyya (Egypte), le 22 novembre 2002
(3) Al-Gumhuriyya (Egypte), le 23 novembre 2002
(4) (Egypte), le 23 novembre 2002

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Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 55 • vendredi le 22 novembre, 2002

ENTRETIEN AVEC...
Georges Bensoussan
"L'affreuse nouveauté française"

Cyril Da
Nouvel obs.com, 21 novembre 2002

[Georges Bensoussan est historien et auteur de "Une Histoire intellectuelle et politique du sionisme" (Fayard, 2002) et de "Auschwitz en héritage" (Mille et une nuits, 1998)]

On observe selon les chiffres de la police une décroissance des actes antisémites en France au cours de l'été. Quelle est la réalité de ce phénomène en 2002 ?

Si on s'obnubile sur les statistiques depuis le mois de mai, la police a raison. Il faut quand même considérer qu'un grand nombre de menaces ne sont pas portées à sa connaissance. Essentiellement parce que la majeure partie de nos concitoyens juifs voudraient porter plainte et qu'on les en dissuade en leur proposant une main courante. Mais depuis début septembre, les tensions de la rentrée trouvent à s'exprimer dans un antisémitisme qui s'inscrit dans un flux plus important qui remonte au moins à une dizaine d'années, ce qui correspond à mon avis à la Guerre du Golfe. Or, dans la perception commune, tout viendrait de l'Intifada et de la politique de Sharon. Certes, tout montre que la seconde Intifada a exacerbé les tensions. Mais cette situation préexistait. De surcroît, on notera que le gros des violences antisémites eut d'abord lieu alors que Ehoud Barak était encore au pouvoir à Jérusalem, soit d'octobre 2000 (incendie de la synagogue de Trappes ndlr) à février 2001. Le pic de violences antisémites correspond à une période d'espoirs de paix, puisque c'est alors que se déroulait, en Egypte, la négociation de Taba. Le lien de cause à effet Sharon-exactions antisémites en France évite de poser des questions plus douloureuses.

Est-ce que l'antisémitisme des années 1990 se produisait dans les mêmes milieux qu'aujourd'hui ?


Oui, dans les mêmes milieux et dans la même population, celle issue de l'immigration maghrébine. Les actes antisémites d'aujourd'hui sont le fait de gens qui étaient à peine âgés de cinq à dix ans lors de la Guerre du Golfe. Quant à ceux qui, alors adolescents, tenaient des propos antisémites, peut-être sont-ils aujourd'hui sur les mêmes positions, mais ils se sont sans doute davantage intégrés dans la vie sociale. Nombre de jeunes maghrébins sont indéniablement victimes aujourd'hui d'un racisme anti-arabe, lequel est plus insidieux qu'il n'y paraît : il passe par la ségrégation face à l'emploi, face au logement, voire par le délit de faciès. Or, ces victimes se conduisent aujourd'hui en oppresseurs et pas seulement des Juifs qu'ils côtoient et contre lesquels ils charrient les pires poncifs de l'antisémitisme. De surcroît, vous noterez qu'à s'en tenir à la victimologie ambiante, vous ne constaterez pas une telle dérive raciste et surtout antisémite dans la bouche de jeunes Turcs ou de jeunes Noirs qui sont pourtant, eux aussi, dans une situation de grave échec scolaire. La frustration sociale est ici une explication un peu courte.

Quels sont les autres facteurs ?

Il faut incriminer ici la culture du rejet de ce qu'on appelle le "dhimmi" dans le monde arabo-musulman, et qui, dans le cas du juif, est davantage encore une culture du mépris. Il faut prendre en compte cette dimension qui fait malheureusement partie de la culture arabo-musulmane du Maghreb. Mille exemples en témoignent : qu'on pense au pogrom de Constantine en 1934, aux massacres de Jerrada au Maroc en 1952 pour nous en tenir à ces deux seuls exemples. A cet héritage déjà pesant, il faut ajouter que le phénomène a pris dans certains pays du Maghreb l'allure d'une obsession nationale : ainsi en Algérie. C'est d'ailleurs plus largement vrai d'une partie du monde arabe où aucun des maux qui l'affectent n'est explicable sans la référence à Israël. A ce degré d'autisme, on ne peut s'étonner qu'une partie des populations maghrébines vivant en France soient imprégnées de cette culture du rejet qui vient du terreau de l'enfance, des parents et des grands-parents. Par ailleurs, aujourd'hui, entre autres facteurs de délitement civique, la télévision par satellite freine l'intégration. Or, à l'époque où les Italiens (ou les Polonais) tentaient de s'intégrer en France, et où la xénophobie à leur encontre se portait bien, tous les vecteurs de l' intégration étaient encore en place : le syndicat, l'école, l'armée, l'emploi. Aujourd'hui, le service national n'existe plus, le collège unique est un demi-échec tenu pour tel par plus de deux-tiers des professeurs, le syndicat se réduit comme peau de chagrin.

Vous pensez donc, comme le président de SOS Racisme Malek Boutih, que "le fond de l'affaire, c'est l'antisémitisme du Lumpenproletariat", pour reprendre une formulation marxiste ?

Sur le fond, je crois que Boutih dit vrai en la matière. Nombre de jeunes sont scandalisés par ces dérives antisémites et s'en désolidarisent. Il n'y a pas de communauté maghrébine homogène, mais il faut faire avec la pression de la famille et plus largement du groupe d'appartenance qui laisse peu de liberté de pensée et de parole. C'est rendre service à la communauté maghrébine que de dénoncer ces errements et de parler haut et fort pour l'aider à prendre sa place dans la République. Ainsi, lors de l'affaire du foulard islamique, on a eu tort de ne pas soutenir davantage le camp laïc et ce au nom du fameux " droit à la différence " : c'est oublier que dans 9 cas sur 10, la situation de la femme en pays d'Islam est oppressive. Il faut aider ces jeunes filles en ne soutenant pas, par notre silence, le nouveau fascisme qui sévit dans les banlieues, à savoir le règne du caïdat, du sexisme et d'une violence dont l'antisémitisme n'est qu'une forme.

Restons à l'école. Plusieurs témoignages récents de professeurs d'histoire font état de polémique, voire d'obstruction, lorsqu'il s'agit d'aborder l'affaire Dreyfus ou l'Holocauste. Est-ce un élément nouveau dans la vague d'antisémitisme que vous datez de la Guerre du Golfe ?

C'est un élément nouveau. Parmi les facteurs qui l'expliquent, entrent en compte une diabolisation de l'image d'Israël dans les médias, et, plus en profondeur, une délégitimation du sionisme. Le sionisme a longtemps été considéré comme un mouvement national légitime. Aujourd'hui, on n'est pas loin de le considérer comme une expression du racisme, voire du "fascisme". Un deuxième élément entre en jeu qui fait qu'en France, la situation présente diffère beaucoup de celle qui prévalait en 1975 quand l'ONU avait voté la fameuse résolution assimilant sionisme et racisme. Depuis 1975, en effet, une immigration de masse a changé le visage de ce pays. L'Islam est la deuxième religion du pays. Ce n'est pas là un jugement de valeur, c'est une réalité, et la politique est précisément, aussi, l'art de faire avec le réel.

Justement, plusieurs observateurs relèvent l'absence de représentants légitimes de la "communauté" musulmane. En admettant qu'il puisse y en avoir, existerait-il un risque de renforcer l'opposition entre les deux "communautés" par un duel entre leurs représentants ?


Je pense, à l'inverse, que s'il existait un "Islam de France", avec des représentants autorisés à parler, et formés en France, le dialogue serait plus fructueux. Peut-être, alors, des voix fortes s'élèveraient-elles pour mettre en garde la communauté maghrébine contre cette dérive antisémite. Certes, ces voix existent aujourd'hui, ainsi, par exemple, celles, courageuses, du recteur de la Mosquée de Paris, de Malek Boutih, de Rachid Kaci et de quelques autres. Mais elles sont bien peu entendues.

Est-ce paradoxal de demander aux musulmans de se constituer en "communauté" tout en leur disant qu'ils sont des individus qui peuvent parler librement et bénéficier d'une forme de laïcisation ?

Y a t-il contradiction entre l'existence du Consistoire de France et du CRIF et le fait que les Juifs sont des citoyens français égaux en droits et en devoirs aux autres ? On peut espérer que le schéma d'intégration des Juifs en France se reproduira. Reste que comparaison n'est pas raison. Les situations historiques sont différentes du fait de cet arrière-fond de guerre culturelle qui rend l'avenir opaque.

Les jeunes Juifs qui vivent pour la première fois l'antisémitisme contre leur intégrité physique peuvent-ils faire la part des choses ?

Les petits-enfants des rescapés de la Shoah pour la part ashkénaze de la communauté juive, comme la jeunesse juive d'origine séfarade ont surtout, et heureusement, appris l'antisémitisme dans les livres d'histoire. Or, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, voici les uns et les autres confrontés physiquement et verbalement à des agressions antisémites. Place de la République, à Paris, en octobre 2000, on a entendu "A mort les Juifs" au cours d'une manifestation de soutien à la Palestine. C'est la première fois qu'en France, depuis 1944, on entendait ce type de slogan dans une manifestation publique. Telle est l'affreuse nouveauté française, cette étonnante libération de la parole antisémite. Or, ce n'est pas le Front national qui est à l'origine de cette licence, laquelle, en retour, est précisément en train de donner un blanc-seing au Front national. Aujourd'hui, en effet, à l'extrême droite, des voix se permettent de tenir des propos qui n'auraient pas été proférés il y a cinq ans. Elles sentent que le climat est à l'impunité. Après la profanation du cimetière juif de Carpentras, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour dire leur dégoût. Or, après les récentes vagues de violences antisémites, seuls des Juifs sont descendus dans l'arène publique pour dire leur soutien à d'autres Juifs : degré zéro du lien civique et social et négation des notions de démocratie et de citoyenneté. Au sein de la jeunesse juive française, cela réactive les pires cauchemars, et c'est pourquoi il n'y a malheureusement guère lieu de s'étonner de voir grimper les demandes d'émigration vers Israël, la Suisse ou le Canada. A l'évidence, il ne s'agit pas d'une émigration de masse, seulement d'un frémissement. Certains pensent simplement à partir sans savoir où. Nombre de gens installés dans la vie, des hommes, des femmes âgés de 40 à 50 ans, issus de milieux sociaux divers, se demandent pour la première fois de leur vie s'ils vont finir leurs jours dans ce pays. Imaginez un instant le déchirement que représente la menace d'un tel déracinement physique et spirituel pour ces hommes et ces femmes, ces Français qui, au delà de leur attachement existentiel à l'Etat d'Israël, n'ont pas d'autre horizon politique et spirituel que la France.

Peut-on dire que, dans les conditions actuelles, le temps joue en faveur de l'antisémitisme ?

L'horreur ne se répète jamais à l'identique. Tout se passe comme si l'on tentait, par le silence qui entoure encore trop souvent ce climat dégradé, d'acheter la paix civile. Or, le silence, loin d'apaiser la situation, d'une part accroît l'anxiété d'un nombre conséquent de Juifs français et, risque, d'autre part, d'être interprété par les agresseurs comme un feu vert. L'esprit de Munich, on le sait, n'a jamais évité les conflits. Il a seulement permis, pour reprendre le mot de Churchill, de conjuguer le déshonneur et le conflit.

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Le Communiqué Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 54 • vendredi le 15 novembre, 2002

Deux ans d'Intifada:
le vrai bilan des victimes

Jacques Tarnov
L'Arche n°536-537, octobre-novembre 2002

Combien y a-t-il de combattants parmi les victimes de chacun des deux camps? L'analyse détaillée des chiffres donne une image qui tranche radicalement avec les idées répandues dans les médias.

À la fin du mois de septembre, les médias ont largement rapporté les chiffres de victimes de deux ans d'Intifada, en se référant aux sources palestiniennes. Il en ressort une très forte disproportion dans le bilan des pertes: au moins deux victimes palestiniennes pour une victime israélienne. Cette impression correspond certes à la réalité statistique, même si les Palestiniens ont tendance à "gonfler" le nombre des victimes dans leur camp. Mais les statistiques peuvent être trompeuses.

Par exemple, les auteurs des attentats-suicides sont comptabilisés parmi les victimes palestiniennes; ce n'est pas entièrement faux, si l'on considère qu'ils ont été "victimes" d'un lavage de cerveau qui a fait d'eux des assassins, mais on ne saurait décemment les placer sur le même plan que les enfants ou les vieillards qu'ils ont emportés dans la mort. De même, sont recensées parmi les victimes palestiniennes de l'Intifada: les hommes morts lors d'un "accident de travail" (explosion d'une bombe qu'ils étaient en train de préparer), ceux qui ont été tués par d'autres Palestiniens parce qu'ils étaient accusés d'avoir "collaboré" avec Israël, et les victimes de combats internes entre milices palestiniennes.

Enfin, même parmi les Palestiniens qui ont été effectivement tués par des Israéliens, les définitions données de sources palestiniennes et reprises par les médias sont pour le moins ambiguës. On considère comme "civil" tout combattant qui ne porte pas l'uniforme; il est pourtant incontestable, selon tous les critères du droit de la guerre, que les hommes armés appartenant aux diverses milices palestiniennes ne sont en rien des civils. On parle aussi d'"enfants" dès qu'il s'agit de jeunes de moins de 18 ans; en l'occurrence, cette classification-là répond à une règle internationale, mais elle est pour le moins inadaptée lorsqu'un "enfant" palestinien de 17 ans affronte, les armes à la main, un "soldat" israélien de 18 ans… Le nombre des "enfants" victimes de l'Intifada, sans cesse cité par la presse, n'a donc guère de signification hors du contexte.

De manière plus générale, les statistiques des victimes de l'Intifada doivent être abordées avec davantage de discernement que ne l'ont fait les médias. Il n'est pas indifférent de savoir combien, parmi les victimes de chaque camp, étaient des combattants tués dans le cours d'un affrontement, et combien étaient des "non-combattants" pris dans une fusillade ou victimes d'attentats. Or les bilans qui ont été publiés jusqu'ici ne fournissaient pas ce genre d'information.

Un institut de recherche israélien spécialisé dans l'étude du terrorisme, l'ICT (1), a entrepris de collationner systématiquement les chiffres des victimes depuis le commencement de l'Intifada, fin septembre 2000. Une base de données a ainsi été établie, que chacun peut consulter librement sur Internet. Pour chaque "incident" rapporté par l'une ou l'autre des parties, on y trouve les sources d'information, les noms des victimes, leur état civil (sexe, âge…), les circonstances de leur mort, leur "statut" selon les descriptions disponibles (combattant ou non, en uniforme ou non, manifestant, etc.), et le responsable direct de leur mort (le camp adverse, ou leur propre camp). Lorsque l'information n'était pas suffisamment fiable, cela a été indiqué par la mention "probable" ou "indéterminé".

Certes, cette base de données est israélienne. Mais les informations qui y figurent concernant les victimes palestiniennes proviennent des mêmes sources que les chiffres habituellement cités: les médias arabes, les ONG et l'Autorité palestinienne. La différence est qu'au lieu d'additionner indistinctement les chiffres, on les analyse afin de les comprendre réellement. (D'autre part, le fait que cette base de données est affichée intégralement sur Internet lui assure une forte crédibilité: chacun - y compris les porte-parole palestiniens - peut l'étudier en détail, de sorte que s'il y avait un "biais" persistant dans le travail de l'ICT, rien ne serait plus aisé que de le dénoncer.)

Un chercheur, Don Radlauer, a établi, sur la base de données de l'ICT, une grille de lecture qui a la particularité de s'ajuster au jour le jour en fonction des données réelles parvenant du terrain. Cette grille sert de fondement à un article détaillé, disponible lui aussi sur le site Internet de l'ICT (2).

Si l'on prend les chiffres correspondant à la fin du mois de septembre 2002, soit exactement après deux ans d'Intifada, que voit-on? D'abord, que parmi les morts palestiniens il y a davantage de combattants que de non-combattants. Ensuite que, si l'on s'en tient aux seuls non-combattants tués par le camp adverse, les chiffres des victimes sont bien plus proches qu'on ne le croit: en deux ans, il y a eu 647 Palestiniens non-combattants tués par des Israéliens, et 480 Israéliens non-combattants tués par des Palestiniens. Durant la même période, le nombre des Palestiniens qui ont été tués non pas par des Israéliens, mais par des actions palestiniennes (attentats-suicides, accidents de travail, éliminations et combats internes) est de 217.

Une comparaison suffit pour éclairer cette question. Sur les deux années écoulées, plus de 50% des Palestiniens tués étaient, au moment de leur mort, activement engagés dans un combat contre les Israéliens (il s'agit, précisons-le, d'un combat les armes à la main: les lanceurs de pierres ne sont pas inclus). Parallèlement, plus de 80% des Israéliens tués étaient des non-combattants.

Un examen plus attentif encore livre d'autres enseignements. Ainsi, le nombre des victimes féminines. En deux ans, de fin septembre 2000 à fin septembre 2002, 75 femmes palestiniennes et 192 femmes israéliennes ont été tuées. La disproportion est manifeste: parmi les femmes tuées au cours du conflit, 72% sont Israéliennes. Ce chiffre - aisé à établir, et pourtant absent des comptes rendus publiés par les médias - donne à lui seul la mesure de ce qui se passe réellement sur le terrain. Si l'on ne prend en compte que les non-combattants tués par la partie adverse, la disproportion est plus flagrante encore: 55 Palestiniennes et 189 Israéliennes, soit 77% d'Israéliennes parmi les victimes femmes.

Ici aussi, une comparaison suffit à éclairer la question. Parmi les victimes israéliennes de l'Intifada, il y a 31% de femmes (et près de 40%, si l'on considère les seules victimes non-combattantes). Parmi les victimes palestiniennes, le pourcentage des femmes est inférieur à 5% (il est de 8% si l'on considère les seules victimes non-combattantes). Pourquoi un tel décalage? La réponse est évidente. Les femmes palestiniennes ont été victimes des "dommages collatéraux" (balles perdues, bombardements, tirs de chars…) lors d'actions militaires, tandis que les femmes israéliennes ont été victimes d'attentats touchant indistinctement la population civile.

Les femmes étant des victimes civiles par excellence, elles sont beaucoup plus frappées du côté israélien que du côté palestinien. On peut dire cela autrement. Si plus de 95% des morts palestiniens de l'Intifada sont des hommes, c'est parce qu'il s'agit souvent soit de combattants actifs, soit de militants (même très jeunes) engagés dans des affrontements avec l'armée israélienne. Ce seul chiffre est un flagrant démenti aux discours de propagande selon lesquels l'armée israélienne s'en prendrait "indistinctement" à la population palestinienne: s'il en était ainsi, on trouverait une forte proportion de femmes parmi les victimes.

Autre catégorie: les non-combattants âgés de 45 ans et plus. Là aussi, il s'agit d'une population civile par excellence. Et les chiffres sont du même ordre: 57 morts du côté palestinien, et 153 morts du côté israélien. Sur les deux ans de l'Intifada, les Israéliens constituent donc 73% des victimes dans cette catégorie. Chez les enfants de moins de 12 ans, la proportion revient à ce qu'elle est dans l'ensemble de la population: 46 morts palestiniens et 22 morts israéliens, soit 68% de morts palestiniens. Cela s'explique par le fait que les "dommages collatéraux" se produisent souvent lors d'actions militaires israéliennes dans des zones fortement peuplées, comme ce fut le cas pour l'attaque contre un dirigeant du Hamas, Salah Shéhadé, à Gaza. Par ailleurs, on observe qu'à partir de 12 ans les victimes palestiniennes sont presque exclusivement des garçons - alors que, chez les Israéliens, garçons et filles sont touchés dans les mêmes proportions. Là aussi, l'explication est évidente: un grand nombre de jeunes Palestiniens sont tués lors de manifestations auxquelles seuls les garçons prennent part, alors que du côté israélien les victimes des deux sexes sont indistinctement frappées par des attentats terroristes.

La distribution statistique des victimes de l'Intifada est le meilleur indicateur de la nature de l'affrontement. Prenons le secteur de la population composé des jeunes âgés de 12 ans à 29 ans. Chez les Palestiniens, ce secteur représente à lui seul 63% de l'ensemble des non-combattants tués par les Israéliens. Chez les Israéliens, ce secteur compte pour 26% des non-combattants tués par les Palestiniens; les autres victimes se répartissent entre les diverses couches d'âge. Comme l'écrit Don Radlauer: "Les statistiques montrent que les Israéliens non-combattants ont été tués essentiellement au hasard, les terroristes palestiniens ayant décidé d'attaquer toutes les cibles civiles qui leur étaient accessibles. En revanche, les victimes palestiniennes sont nettement concentrées dans un seul segment de la population, celui des adolescents et des jeunes gens."

Les véritables chiffres des victimes, auxquels peuvent désormais accéder les journalistes, les responsables politiques et les simples citoyens, permettent de mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain. On saisit mieux, alors, cette vérité essentielle que l'Intifada est une tragédie pour les deux peuples. Il n'y a pas des "bonnes" et des "mauvaises" victimes: il n'y a que des êtres atteints par la fureur de la guerre. Et s'il importe d'y mettre un terme, c'est au nom de tous.\

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NOTES:
1. L'International Policy Institute for Counter-Terrorism (ICT) est dirigé par des universitaires et des spécialistes du renseignement. La base de données contenant les identités des victimes et les circonstances de leur mort est consultable sur le site Internet www.ict.org.il.
2. Don Radlauer, "The "al-Aqsa Intifada" - An Engineered Tragedy", www.ict.org.il.

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et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement au point de vue de l’Institut.

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Numéro 53 • vendredi le 8 novembre, 2002

Entretien exclusif : La doctrine Rumsfeld
Michel Gurfinkiel
Valeurs Actuelles n° 3440, 1 Novembre 2002

Depuis plus d’un an, le secrétaire à la Défense des États-Unis, Donald Rumsfeld, dirige la “guerre contre le terrorisme” et prépare l’armée américaine du futur. Il a gagné la bataille d’Afghanistan, fin 2001. Mais les théâtres ne cessent de s’étendre : de Karachi à Bali, de l’Irak à la Corée du Nord. Sans parler des conflits chroniques du Proche-Orient ou de la région indo-pakistanaise. Partout, l’Amérique est engagée, seule ou avec ses alliés. Donald Rumsfeld a reçu " Valeurs Actuelles " au Pentagone, le 24 octobre dernier. Pour expliquer son action à l’opinion française : la coopération stratégique des deux côtés de l’Atlantique lui paraît indispensable à la sécurité commune. Un document exceptionnel.

Monsieur le secrétaire à la Défense, quelle a été votre réaction quand un avion suicide s’est écrasé sur votre ministère le 11 septembre 2001, peu de temps après la double attaque sur le World Trade Center ?

Vous vous souvenez du déroulement des événements. Minute après minute, nous percevions plus clairement ce qui était en train de se passer. Quand nous avons appris qu’un second avion s’était écrasé sur le World Trade Center de New York, il a été clair, à nos yeux, que cela ne pouvait pas être seulement un accident. Et quand un troisième avion s’est écrasé sur notre propre bâtiment, ici, à Washington, nous avons su qu’un sacré travail allait commencer pour nous.

Cela fait quoi de se trouver dans un bâtiment qui subit une telle attaque ?

On a l’impression qu’une bombe vient d’exploser. Un choc terrible, qui ébranle le bâtiment entier. Franchement, je n’ai pas imaginé, sur le moment, que c’était un avion, comme à New York. Juste cette impression terrifiante que tout risquait de s’écrouler autour de nous.

Cela fait plus d’un an que les Etats-Unis sont engagés dans une guerre contre le terrorisme. Pouvez-vous dresser un premier bilan ?

Nous avons pris un bon départ en Afghanistan. Notre intervention dans ce pays nous a en effet permis de démanteler des éléments clés du dispositif terroriste, d’empêcher les terroristes de l’utiliser comme un “sanctuaire”, de les contraindre à prendre la fuite, et enfin de collecter une très grande quantité d’informations…

Que vous avez pu utiliser ?

Nous avons déjà exploité tout ce qui pouvait l’être à des fins tactiques. En revanche, nous avons encore du travail à faire en matière d’analyse stratégique, notamment pour mieux comprendre le mode de fonctionnement d’Al-Qaïda.

Et en dehors de l’Afghanistan ?

Là encore, le début est prometteur. Dans le monde entier, les mesures de contrôle et de sécurité ont été renforcées, y compris sur le plan financier : c’est le cas, notamment, de pays qui pouvaient passer jusqu’ici pour des “ventres mous”, comme le Pakistan. Nous avons développé notre coopération en matière de lutte contre le terrorisme avec de nombreux Etats, à leur demande : par exemple la Géorgie et les Philippines. Mais le plus important reste à faire. Nous devons mettre les terroristes sur la défensive, empêcher la création de nouveaux “sanctuaires”, dans des pays tels que le Yémen ou la Somalie, et surtout, surtout, interdire aux terroristes d’avoir accès aux armes de destruction massive.

Vous pensez à l’Irak et aux autres pays de l’“axe du Mal” ?

Nous devons nous concentrer, en effet, sur les Etats qui cherchent à se doter de ces armes et qui pourraient en doter des organisations terroristes.

L’“axe du Mal”, qu’est-ce que c’est ? Une simple coalition d’Etats voyous ou un système totalitaire qui menace globalement les pays occidentaux et démocratiques ?

Les deux définitions se complètent. En termes techniques, l’“axe du Mal” peut être défini comme une coalition d’Etats voyous et d’organisations terroristes mettant leurs ressources en commun. C’est en ce sens qu’il inclut, par exemple, la Corée du Nord : ce pays a apporté un appui majeur aux Etats qui cherchaient à se doter d’armes de destruction massive. Mais l’“axe du Mal” possède également une dimension politique, fort complexe d’ailleurs. La plupart des pays impliqués cherchent à faire face aux difficultés liées à la modernisation en se repliant sur une vision déformée, excessive, de leur passé et de leurs traditions. Cela ressemble fort au fascisme européen du début du XXe siècle. Les extrémistes islamistes instrumentalisent et dévoient l’islam traditionnel, tout comme le régime de Mussolini avait manipulé à son profit le souvenir de la grandeur romaine, ou comme le nazisme avait utilisé et dénaturé la culture germanique.

Les réseaux terroristes palestiniens font-ils partie intégrante de l’“axe du Mal” ?

Les réseaux terroristes palestiniens le Hamas, le Djihad islamique, certains éléments du Fatah reçoivent une aide financière et technique de l’Iran et de l’Irak. Cette collaboration qui sert les intérêts respectifs des différents partenaires s’est soldée par le massacre de nombreux Israéliens innocents. Elle a également porté atteinte à des aspirations palestiniennes légitimes. Je ne sais pas si l’on peut en déduire que les terroristes palestiniens constituent une partie intégrante de l’“axe du Mal”, mais ils en sont certainement des partenaires ou des compagnons de route idéologiques.

Que pensez-vous des ripostes israéliennes contre ces organisations ?

Israël doit-il se défendre contre le terrorisme ? Oui, c’est là une attitude légitime et nécessaire.

La victoire contre le terrorisme peut-elle être obtenue par des moyens purement militaires ou implique-t-elle un processus de modernisation et de démocratisation dans certains pays, notamment au Proche et au Moyen-Orient ?

Il n’y aura pas de victoire sans démocratisation. Bien que non démocratiques, les modes de vie traditionnels présentent de nombreux aspects positifs et ne conduisent pas, en tant que tels, au terrorisme. Mais leur maintien semble de plus en plus problématique : les populations concernées cherchent à bénéficier en même temps des avantages de la civilisation moderne. C’est dans cette situation ambiguë, intermédiaire, où le monde traditionnel sert toujours de référence et où le monde moderne n’est pas encore en place, où le ressentiment est généralisé, que naît l’interprétation extrémiste de l’islam à laquelle je faisais allusion plus haut. Bien entendu, cet extrémisme intolérant sur le plan religieux et voué à la haine de l’Occident sur le plan politique n’est pas l’islam. Mais il suscite beaucoup d’échos dans le monde musulman d’aujourd’hui. Le souvenir d’une époque où les sociétés musulmanes étaient les plus développées du monde ne fait qu’aggraver le malaise.

Comment les pays occidentaux peuvent-ils aider les pays musulmans à cet égard ?

En fait, le monde islamique est actuellement en proie à une sorte de guerre civile. Les non-musulmans n’ont pas à prendre parti dans les aspects purement religieux ou civilisationnels de cette querelle. Mais le monde civilisé dans son ensemble a évidemment intérêt à aider les musulmans qui rejettent l’extrémisme et qui épousent un islam modéré, tolérant et pacifique. De nombreux pays musulmans se situent déjà du côté de la modération. Je voudrais citer deux cas significatifs : la Turquie, qui est un grand pays de près de soixante-dix millions d’habitants, une société profondément musulmane, un Etat démocratique de type occidental, et un allié ancien et important des Etats-Unis ; et l’Indonésie, victime d’une attaque terroriste massive le 12 octobre, qui est, par sa population, cent quarante millions d’habitants dont 90 % de musulmans, le plus grand pays islamique du monde.

Monsieur le secrétaire, vous avez joué un rôle important, il y a quelques mois, en vue d’éviter une guerre nucléaire entre l’Inde et le Pakistan. Croyez-vous que ces deux pays puissent devenir, à terme, des partenaires stratégiques des Etats-Unis ?

Un milliard et demi d’êtres humains vivent en Asie du Sud : la stabilité, la paix et la prospérité de cette région constituent évidemment, pour les Etats-Unis, un intérêt stratégique. En ce qui concerne, plus spécifiquement, la guerre contre le terrorisme planétaire, l’Inde et le Pakistan assument des rôles irremplaçables, aux côtés des Etats-Unis et des autres membres de la coalition mise sur pied après le 11 septembre 2001. En autorisant les forces américaines à utiliser des bases opérationnelles situées sur son territoire, le Pakistan a contribué à la chute du régime taliban en Afghanistan ; et le gouvernement pakistanais continue à assurer son soutien aux actions militaires contre les éléments résiduels d’Al-Qaïda, le long de la frontière pakistano-afghane. Les forces armées indiennes, de leur côté, ont développé leur coopération avec les forces américaines, en vue de mener de manière plus efficace des opérations conjointes. La marine indienne, en particulier, apporte son soutien aux patrouilles dans le secteur Est de l’océan Indien afin d’y garantir la liberté de navigation, la libre circulation des ressources et le commerce maritime. A terme, notre objectif est de mettre sur pied la plus large coopération possible, en matière de sécurité, avec les deux pays ainsi d’ailleurs qu’avec tous les Etats amis de la région.

Comment évaluez-vous les relations stratégiques des Etats-Unis avec l’Union européenne ?

Les Etats-Unis entretiennent des relations raisonnablement constructives avec l’Union européenne à tous les niveaux et dans les domaines les plus variés : la lutte contre le terrorisme global, le processus de paix au Moyen-Orient, la consolidation de la paix dans les Balkans et la remise sur pied de l’Afghanistan. C’est un partenariat cimenté par une histoire commune, des principes communs, de multiples liens culturels et économiques. Pour autant, il n’a rien d’automatique. Nous devons sans cesse travailler en vue de garder nos principes en commun, et sans cesse nous concerter sur les actions à prendre en fonction de ces principes. Notre héritage mérite un tel effort, me semble-t-il. Rien ne me paraîtrait plus grave qu’un désaccord entre l’Europe et l’Amérique sur de telles questions.

Les relations euro-américaines doivent-elles passer uniquement par l’Otan ?

L’Europe coopère avec l’Otan dans divers domaines, notamment les Balkans et la lutte contre le terrorisme. Il y a sans doute encore des progrès à faire dans ces domaines, notamment afin de parvenir à des structures permanentes de coopération. Les deux dimensions me semblent également bénéfiques : entre les Etats-Unis et l’Union européenne d’une part, entre l’Otan et l’Europe d’autre part.

Où en sont les relations franco-américaines ?

Les Français sont nos alliés de toujours, et nous attachons le plus grand prix aux relations que nous entretenons avec eux. Nous n’oublierons jamais qu’ils nous ont offert leur sympathie et leur assistance au lendemain du 11 septembre 2001, qu’ils se sont engagés à nos côtés dans la guerre contre le terrorisme et qu’ils ont été un élément important de la coalition qui est intervenue en Afghanistan. Cela dit, bien entendu, nos relations pourraient être encore meilleures. Et ce que je disais voici quelques instants de l’Europe en général s’applique a fortiori à la France : notre histoire commune justifie les efforts que nous avons à faire dans ce sens, de part et d’autre.

Vous venez de recevoir au Pentagone la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie…

J’avais déjà eu l’occasion de la rencontrer ici ou là, à Varsovie et ailleurs, et d’apprécier son caractère et son intelligence. J’ai été absolument ravi de la recevoir aux Etats-Unis, voici quelques jours, dans le cadre de ses fonctions de ministre de la Défense. Nous avons discuté des relations franco-américaines, bien entendu, mais aussi de l’Otan et de l’ensemble des problèmes de sécurité de ce début de siècle. Il est incontestable que la France fait en ce moment des efforts importants dans ce domaine.

En augmentant son budget de la défense ?

Notamment. La France fait partie, comme l’a observé le secrétaire général de l’Otan, lord Robinson, des trois ou quatre pays qui prennent en ce moment leurs responsabilités et procèdent aux choix budgétaires nécessaires en vue de faire face plus efficacement aux défis actuels en matière de sécurité. Nous vivons dans un monde dangereux. La paix et la sécurité de tous dépendent de la détermination de chacun d’entre nous, au niveau national comme dans le cadre de l’Otan.

La Russie est-elle devenue un allié des Etats-Unis ?

Il y a en effet de nombreux sujets sur lesquels nous sommes désormais d’accord avec les Russes et où nous travaillons avec eux. Je cite, pêle-mêle : le nouveau conseil de coopération stratégique Otan-Russie, les mesures en vue d’empêcher la dissémination des armes nucléaires et des autres armes de destruction massive, la conquête de l’espace, la réduction des armements nucléaires existants, l’entretien et la surveillance des arsenaux de destruction massive hérités de l’ex-URSS, le développement des relations économiques entre les deux pays, à travers le commerce et les investissements directs, et enfin les programmes d’assistance destinés à consolider la démocratie russe. Le président George W. Bush a pris, vous le savez, des initiatives qui ont permis de renforcer la compréhension mutuelle et de préparer l’avenir. Tout n’est pas parfait dans nos relations bilatérales, mais les premiers succès sont encourageants. Il en va, en fait, de nos intérêts nationaux bien compris : trop de facteurs militent contre un retour à nos anciennes façons d’agir. La guerre froide est finie. Entre nos deux nations, l’heure est désormais à la coopération, et non plus à la rivalité ou à la compétition.

Avant le 11 septembre 2001, vous prépariez une importante réforme stratégique et militaire. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Voici un peu plus d’un an, avant le 11 septembre, nous mettions la dernière touche à une évaluation stratégique globale ce que nous appelons, dans notre jargon, “l’évaluation quadriennale des questions relatives à la défense nationale” (le document a été finalement publié le 30 septembre 2001). La première conclusion à laquelle nous étions arrivés, c’était que les Etats-Unis ne devaient pas se laisser aller à un sentiment de fausse sécurité. La deuxième, qu’il nous fallait raisonner dorénavant en termes de défis globaux plutôt que de menaces spécifiques. Et la troisième, qu’il nous fallait apporter un certain nombre d’améliorations à nos forces armées, à leur organisation, à leur équipement et à leur mode d’opération. A peine avions-nous achevé ces travaux que nous avons été confrontés aux effroyables agressions terroristes que vous savez. En fait, la guerre contre le terrorisme que nous menons aujourd’hui n’a fait que confirmer notre analyse. L’expérience nous a montré que nous avions raison de chercher à mieux protéger nos bases opérationnelles essentielles, y compris sur le sol américain. Elle nous a révélé à quel point il était important de pouvoir projeter et maintenir des forces armées sur des théâtres éloignés ou encore d’anéantir les “sanctuaires” où l’ennemi se retranche afin de mieux attaquer. Elle nous a convaincus que la réforme militaire était plus nécessaire que jamais, et qu’il fallait la mettre tout de suite en chantier, en urgence absolue.

Avant même que la guerre contre le terrorisme ne soit achevée ?

La réforme ne doit pas être lancée après cette guerre. Elle doit se faire en même temps.

Que sera l’armée américaine du futur ?

Je ne peux pas vous en dresser une fiche signalétique complète, mais je peux mentionner quelques éléments caractéristiques.

Nous voulons mettre sur pied un instrument militaire intégré. Ce ne devrait pas être une simple juxtaposition d’unités, mais un tout, un ensemble holistique.

Cet instrument devrait reposer sur des approches conceptuelles et organisationnelles entièrement repensées. Elle devrait aller plus loin encore qu’aujourd’hui dans l’utilisation des technologies de l’information et d’autres technologies nouvelles.

Cet instrument devrait être en mesure, en cas de crise ou de conflit, de présenter au président des Etats-Unis le plus large éventail d’options stratégiques ou opérationnelles, en vue d’agir au mieux sur les événements.

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Numéro 52 • vendredi le 1 novembre, 2002

Défendre Israël à Montréal
Jean Ouellette

La défense d’Israël a un prix. Depuis longtemps témoin attentif des événements qui marquent la vie du peuple israélien et solidaire des destinées historiques des Juifs en vertu d’un engagement intellectuel et personnel qui transcende le fait existentiel d’une judéité qui n’est pas la mienne et que je ne revendique pas, j’assiste, impuissant, à la réprobation quasi universelle d’Israël. Prévenons une double méprise : Israël, état souverain, n’a pas besoin de mon soutien pour défendre sa légitimité et encore moins son existence, que je crois néanmoins toutes deux menacées en dépit de l’avantage que confère à l’État juif son incontestable supériorité militaire, et, j’ose ajouter, morale. De même, le fait que la communauté juive de Montréal résiste remarquablement bien aux assauts dont ses membres font régulièrement l’objet pour le soutien constant et généreux qu’elle accorde à l’État d’Israël, rendrait inutile et même ridicule toute prétention de ma part à agir en défenseur de ses prises de position en faveur de cet état commodément qualifié par ses détracteurs d’« entité sioniste ».

L’accusation est facile. Elle est contenue dans l’étiquette « sioniste » que des débats onusiens et tiers-mondistes ont rendue à dessein ignominieuse en l’associant à une forme particulièrement perverse de racisme. La défense d’Israël a un prix : je récuse l’accusation au risque, à mon tour, de subir l’affront réservé à ceux qui persistent à voir dans le sionisme l’une des formes les plus honorables qu’ait revêtues la modernité dans le judaïsme. Au risque aussi de perdre l’amitié de ces collègues juifs courtisés par nos médias et dont certains journalistes éclairés se plaisent à encenser les déclarations antisionistes, qualifiées de « rafraîchissantes » par opposition aux opinions présumées obscurantistes d’un establishment juif jugé a priori trop monolithique pour jouir d’une quelconque crédibilité. Comme s’il était impossible de reconnaître dans le sionisme la doctrine qui a présidé à la naissance de l’État d’Israël et en fournit toujours la justification idéologique! Ce mouvement ne représente-t-il pas, au contraire, le fer de lance de l’ « impérialisme américain » ou encore une forme particulièrement nocive de nationalisme chauvin dépourvu de tout idéal démocratique?

Démocratique l’État d’Israël? Non, « théocratique », rétorque un savant politologue qui préfère battre en retraite devant mes arguments, non sans avouer que son ignorance des réalités israéliennes est aussi profonde que sa méconnaissance de la Finlande. Oserai-je diriger mon interlocuteur vers des auteurs juifs ou israéliens ou américains sans courir le risque, une fois de plus, de me disqualifier? Certains, en effet, trouvent mon choix de lectures contestable et apprécieraient davantage mon discours s’il s’abreuvait à des sources plus résistantes au « virus » du sionisme.

Israël défend présentement sa légitimité et peut-être même son existence dans les affres d’une guerre que sa population n’a pas voulue. Faux, me rétorquera-t-on. Sharon, puisqu’il faut « sharoniser » le débat, pratique une des pires formes de terrorisme d’état de l’époque moderne. La défense d’Israël a un prix et je paie. J’insiste. Trop, semble-t-il, car, ce faisant, je dévoile ma propre inféodation aux intérêts de la « juiverie » internationale. La connotation manifestement péjorative du mot « juiverie » en français, contrairement au sens plus noble du vocable « judería » en espagnol, m’incline à penser que le propos est plus injurieux qu’élogieux.

Baraq à Camp David. N’avons-nous pas là l’exemple éloquent de la bonne foi d’un homme de gauche, quoique militaire, qui consentit des concessions qui laissèrent entrevoir, un bref instant, l’émergence d’un État palestinien dans des frontières que des négociations subséquentes auraient permis de bonifier. Mes interlocuteurs, cette fois, sont proches du monde des affaires. Mais Baraq état-il de bonne foi? N’avons-nous pas tous fait l’expérience de la duplicité juive en affaires? Quelles raisons Arafat avait-il de faire confiance à un Juif même issu d’un parti de la gauche israélienne?

Quel prix devrai-je payer pour défendre le droit de Netanyahu, ex-premier ministre du Likud, à être entendu dans un auditorium de Concordia? Cette fois, point d’interlocuteur. Je suis un auditeur. Une ligne ouverte déverse des flots de commentaires qui diabolisent Israël.. Personne ne voit dans l’éviction du conférencier une atteinte à une quelconque liberté d’expression.. « Netanyahu n’appartient-il pas à la race qui a tué Jésus-Christ? » lance un auditeur, pensant ainsi clore le débat une fois pour toutes. Ahurissement senti même de la part de l’animateur.

La défense d’Israël a un prix. Je n’étoufferai pas toute critique d’Israël sous le manteau de l’antisémitisme. Sinon, il faudrait, à ce prix, museler toute la presse israélienne. Mais je dénoncerai la délégitimation systématique d’Israël sous couvert d’antisionisme, entreprise à laquelle s’adonnent beaucoup de personnalités de notre milieu qui ne se sont jamais investies dans la mouvance trouble de l’antisémitisme mais qui, sans s’en rendre compte peut-être, sont prêtes à succomber à une nouvelle forme de judéophobie pour mieux décrier une idéologie de l’émancipation qui fait l’honneur du judaïsme.

(Jean Ouellette est professeur à l'Université de Montréal et membre
du conseil universitaire de ICRJ. L'article reproduit ci-dessus est paru
dans l'édition française du Jerusalem Post du 30 octobre 2002.)

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" La dérobade ne nous sauvera pas "
Brice Lalonde
Le Figaro, 24 octobre 2002

L'histoire avait pris fin avec la chute du Mur de Berlin. Elle a repris son cours avec la destruction des tours de New York. Elle oppose le fascisme islamiste à la civilisation occidentale. Une guerre sans merci a commencé. Elle va durer de longues années, employer toutes les armes, ouvrir tous les fronts, se mener sur tous les continents. Pour la gagner, il nous faut des Churchill, non des Daladier.

La plupart des hommes politiques français ont vu dans le 11 septembre une péripétie, monstrueuse certes, mais qui ne constituait pas à leurs yeux un événement géopolitique majeur. C'était simplement un attentat plus élaboré que les autres. Au reste il visait les Etats-Unis, non la France, qui a tant d'amis dans le monde arabe. Et nos dirigeants ne cessent depuis lors de prétendre calmer le jeu, rassurer la population et faire la leçon aux
va-t-en-guerre.

Qu'un pétrolier explose au large du Yémen, nos chefs ne peuvent se prononcer. Il faut attendre. Un an plus tôt, une usine explosait à Toulouse. Sur-le-champ, le procureur mit en cause l'entreprise, forcément coupable. A Béziers un homme ceint du bandeau d'Allah a ouvert le feu au lance-roquette. Ce n'était qu'un malfaiteur, avec une arme d'un modèle périmé. A Guantanamo, on apprend que des Français avaient rejoint les rangs talibans. Ce sont des idéalistes injustement détenus. Dans la région parisienne un conseil municipal est mitraillé. Par hasard, le fou avait fréquenté les camps bosniaques. Un maire en exercice est poignardé. Son agresseur est évidemment déséquilibré. Qu'importe qu'il soit un zélote d'une religion dont les extrémistes n'aiment ni les homosexuels ni les
femmes.

Dans certains pays les premiers sont exécutés, les secondes sont lapidées. Au mieux elles reçoivent de l'acide au visage, comme au Pakistan. Heureusement nous ne verrions pas de femmes égorgées ni brûlées vives au pays des droits de l'homme dont les défenseurs professionnels assignent Oriana Fallaci en justice, mais laissent les imams prêcher la guerre sainte, dont les derniers marxistes manifestent contre les Etats-Unis, mais pas contre les attentats sanglants de Djerba ou Bali, dont le ministre de l'Intérieur lutte contre le terrorisme, mais reçoit l'inspirateur et financier du fascisme islamiste, le Saoudien Abdullah Turki, missionnaire de la charia.

La dérobade ne nous sauvera pas. Nous aurons les bombes, évitons le déshonneur. Pourquoi s'acoquiner avec le Pakistan, le Soudan ou l'Arabie saoudite ? A cause des errements de notre diplomatie, onze Français ont trouvé la mort à Karachi. En abandonnant Massoud et en vendant nos sous-marins au Pakistan, nous avons paru donner des gages aux islamistes. Ils ne nous ont pas pardonné ensuite notre appui à l'intervention américaine en Afghanistan. Gardons-nous de croire que nous pourrons conserver de bonnes relations avec les uns tout en faisant un minimum de guerre avec les autres.

Il est de bon ton de se moquer de George Bush. L'axe du Mal paraît simpliste. Que notre premier ministre s'interroge cependant sur le financement des mutins qui occupent le nord de la Côte d'Ivoire, qu'il surveille l'avancée islamiste vers l'Afrique tropicale, les troubles au Kenya, la charia au Nigeria. Qu'il prenne en compte l'appui de l'Irak au terrorisme, la dissémination des armes nouvelles après la décomposition de l'Union soviétique, le gazage des villages kurdes, les récompenses offertes aux familles des bombes humaines de Palestine. Qu'il vérifie l'origine des fonds et la formation des militants de certaines associations humanitaires ou culturelles. Qu'il voit le monde tel qu'il devient, qu'il évalue le poids de la démographie. A la surface de la planète, l'islam est la religion d'un homme sur quatre. L'objectif des islamistes est de retourner cet homme-là contre nous. Et de nous détruire.

Dans un souci d'apaisement, nous pouvons décider de mâtiner notre Code civil d'un peu de charia, accepter la progression du voile chez les femmes, fermer les yeux sur les manifestations antisémites. Cela plaira à ceux qui préféraient naguère être rouges plutôt que morts, mais ne fera qu'accélérer une polarisation inéluctable. Alors la violence deviendra quotidienne. Entre le fascisme et la résistance, chacun sera obligé de choisir son camp. C'est pourquoi il faut prendre les devants, aider les démocrates du monde musulman, contribuer au bien-être de leurs peuples, trouver un règlement au Proche-Orient, mais ne rien céder au fascisme islamiste. Quand un ennemi nous déclare la guerre, la mobilisation est la seule priorité.

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Conseil editorial
Prof. Frederick Krantz, Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)

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