Communiqué Isranet
août
2007
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Prof. Frederick Krantz,
Directeur
Numéro 47 •
vendredi le 27 septembre, 2002
Bethléem : quatre mois
après le siège, la nativité et la désinformation
revisitées
Jean-Marie Allafort
Proche-Orient.info,
25 septembre 2002
Jean-Marie Allafort, Français
catholique, était parti pour Jérusalem il y a treize ans
pour y étudier la pensée juive à l'université.
Il y est resté et, depuis, il enseigne à son tour le judaïsme.
Il est aussi le correspondant de plusieurs médias chrétiens.
Il avait suivi de très près le siège de la Nativité,
témoin de la désinformation orchestrée par le Patriarcat
latin de Jérusalem et dont les journalistes s'étaient
faits les complices, plus ou moins volontaires. Allafort est retourné
à Bethléem voici quelques semaines, il raconte, et il
évoque ce passé récent. Sans concession.
Le siège que Tsahal fait
autour des bureaux de Yasser Arafat à Ramallah en ce moment même
n'est pas sans rappeler celui de la Basilique de la Nativité
de Bethléem, qui avait duré cinq semaines. Pourtant, il
y a entre eux deux différences non négligeables : d'abord
Tsahal, contrairement à ce qui se qui se passe à Ramallah,
n'avait pas touché un seul des bâtiments du complexe du
Lieu Saint. Ensuite, la couverture médiatique des deux événements
est totalement différente. Si, pour le siège de Bethléem,
les journalistes sont venus en nombre des quatre coins du monde, le
siège de la Moukata ne semble pas, jusqu'à aujourd'hui,
provoquer une émotion comparable, loin de là….
Je suis retourné cet été
à Bethléem. La ville reprend peu à peu haleine.
Les liturgies et les processions ont repris, alors que les réparations
à l'intérieur du couvent orthodoxe ne sont pas encore
achevées. Le centre ville, autrefois chrétien, est toujours
désert et les quelques échoppes de souvenirs ouvertes
rappellent au touriste isolé que cette cité fut l'une
des plus visitées au monde, lors du Jubilée de l'an 2000.
En descendant à nouveau
dans la grotte où selon la tradition Jésus est né,
je me suis souvenu de ce vendredi 11 mai où, tout de suite après
le départ des soldats israéliens de la Place de la mangeoire,
je suis entré avec des dizaines d'autres journalistes dans la
Basilique. Et je ne peux m'empêcher, une fois encore, de repasser
dans ma tête le fil de ces événements qui avaient
si peu à voir avec ce qu'on en avait répercuté
des semaines durant….
Des ecclésiastiques
n'ont pas hésité à fabriquer une version officielle
Le siège avait duré
trente neuf jours. Il avait débuté le 1er avril, le lundi
de Pâques. Des Palestiniens armés avaient forcé
la porte du côté du couvent franciscain et s'étaient
retranchés, avec leurs armes et de très nombreuses munitions,
dans la Basilique. Ils étaient près de 240 – et
parmi eux, le gouverneur de la ville Muhammad Al Madani - , qui avaient
tout simplement pris d'assaut le Lieu Saint. Tous des musulmans, à
l'exception de Tony Salman, l'avocat de la paroisse catholique de Bethléem.
Dès l'annonce de l'entrée de blindés de Tsahal
dans Bethléem, toutes les portes du complexe de la Nativité
avaient été soigneusement fermées.
Et le jour même, certains
ecclésiastiques n'hésiteront pas à fabriquer une
version officielle qui sera retenue par les médias durant toute
la crise. Cette version ? L'Eglise a accordé le droit d'asile
aux Palestiniens, traqués par les Israéliens. Le Père
Raed Abou Sarié, chancelier du Patriarcat latin de Jérusalem,
deux mois après les événements, continuera lui
même à soutenir cette version volontairement erronée
des faits face aux caméras de télévision.
Pourtant, dès les premiers
jours de la crise, la Custodie de Terre Sainte (les Franciscains gardiens
des Lieux Saints en Israël, dans les Territoires palestiniens,
en Jordanie et à Chypre) qui a la juridiction sur la Basilique
de la Nativité avec les Orthodoxes et les Arméniens, publiera
un communiqué sans équivoque : « Quelques organes
de presse ont prétendu que c'était le patriarche latin
de Jérusalem qui a offert le sanctuaire de la Basilique de la
Nativité à un groupe de personnes désarmés.
Ce compte-rendu des faits n'est pas conforme à la réalité.
Comme chacun sait, le patriarche latin de Jérusalem n'a aucune
part dans la direction de la basilique de la Nativité à
Bethléem, laquelle, selon la loi internationalement reconnue,
est exclusivement réservée, avec les patriarcats grec
orthodoxe et arménien, à la Custodie de Terre Sainte.
En outre, la situation problématique créée dans
et autour de la Basilique est le résultat de l'introduction violente
effectuée par les hommes armés qui se sont barricadés
sur place. Les fausses informations ci-dessus aboutiraient non seulement
à attribuer aux religieux des responsabilités qui ne sont
pas les leurs mais aussi des choix qu'ils n'ont jamais fait.
Il est, bien sûr, instamment
nécessaire de mettre fin rapidement à cette situation
pour éviter le carnage et tous autres dommages, en assurant la
sécurité de toutes les personnes concernées, qu'elles
soient armées ou désarmées. » Ce communiqué
de presse sera totalement occulté par les journalistes couvrant
les événements….
Les sœurs de Ste
Brigitte ont été agressées par des Palestiniens
armés
Durant tout le siège,
la désinformation connaîtra des records inégalés.
Les nouvelles circuleront, nombreuses, étonnantes, souvent sans
lien aucun avec la réalité des faits. Par exemple, le
4 avril, en milieu de journée, on apprendra de 'source sûre'
qu'un prêtre salésien italien a été tué
à Bethléem alors qu'il célébrait la messe
au couvent Sainte Marie chez les Sœurs de Sainte Brigitte (situé
non loin de la Basilique) et que plusieurs d'entre elles ont été
blessées. Le journal de la mi-journée de France 3, se
conclura sur cette information de dernière minute. Un char israélien
aurait tiré un coup de canon vers l'Eglise en question…Sur
l'Internet, Yahoo donnera une autre version : l'ecclésiastique,
après avoir célébré la messe, en sortant
de l'église, s'est interposé entre les soldats et les
religieuses. Il a été tué et les religieuses ont
été blessées. Certaines agences de presse écriront
un éloge funèbre du prêtre défunt et n'hésiteront
pas à raconter avec détails les circonstances de sa mort.
Le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, demandera immédiatement
des explications au ministère des affaires étrangères
israéliens qui ne pourra que répondre : cas inconnu. Vers
le milieu de l'après midi, on apprendra enfin que le prêtre
est bel et bien vivant et que les religieuses sont saines et sauves.
Les agences de presse ne feront qu'un bref démenti et certains
médias ne jugeront même pas utile de rectifier leurs fausses
informations. Aujourd'hui, personne ne peut dire avec certitude qui
a lancé la rumeur. Or la vérité est tout autre
: les sœurs de Sainte Brigitte ont été victimes d'une
agression de la part de Palestiniens armés qui ont forcé
la porte de leur couvent pour se réfugier dans l'Eglise. Dès
lors, il est intéressant de savoir comment la revue du patriarcat
latin résume les événements : « Des Palestiniens
réfugiés au couvent Sainte Marie des Sœurs de Ste
Brigitte et ceux réfugiés dans l'église syrienne
orthodoxe trouveront la voie libre, eux aussi, pour aller se réfugier
dans la Basilique. Qui a facilité le refuge et laissé
la voie libre vers la Basilique ? Une question qui restera sans
réponse. » (Jérusalem, bulletin diocésain
du patriarcat latin, avril – juin 2002, p. 72)…..
Presque chaque jour, durant le
siège de Bethléem, les journalistes parleront de la situation
catastrophique à l'intérieur de la Basilique : les religieux
et les Palestiniens étaient privés de toute nourriture
et l'eau ne suffisait plus. Le supérieur général
des Franciscains allait envoyer une missive dans le monde entier, en
décrivant la situation des assiégés et demandant
aux chrétiens de faire pression, dans leur pays respectif, auprès
des ambassades israéliennes pour que cesse le siège. De
cette lettre, il ressort que la responsabilité des événements
incombe uniquement aux Israéliens. La Custodie de Terre Sainte
présentera même un recours à la Haute Cour de justice
d'Israël pour obliger Tsahal à nourrir les assiégés,
tant la situation à l'intérieur était à
la limite du supportable, prétendait-elle. La Haute Cour rejettera
la demande.
Les Franciscains avaient
des réserves pour six mois car l'opération était
programmée
Les journalistes qui ont pénétré
dans la Basilique à la fin du siège s'étonneront
de l'abondance des restes de nourriture dispersés un peu partout.
Le Custode de Terre Sainte, dans une conférence de presse improvisée
près de la chapelle des Arméniens, nous expliquera que,
depuis quelques jours, l'armée israélienne faisait passer
de la nourriture pour les réfugiés comme pour les moines
puisque l'issue de la crise était proche. En fait, après
enquête, il s'avère que personne n'a jamais eu faim ni
soif.
Les Franciscains avaient dans
leurs réserves de quoi tenir un siège de six mois. Pourquoi
? parce que dans les milieux chrétiens de Bethléem, plusieurs
mois avant les événements, des rumeurs avaient couru sur
une prise de la Basilique de la Nativité par des miliciens palestiniens
au cas où Tsahal entreprendrait une opération d'envergure.
De plus, depuis le premier jour, l'armée israélienne faisait
passer des repas et des boissons aux religieux et des cigarettes aux
Palestiniens. Certes, les repas étaient peu variés, du
riz ou des pâtes, mais de là à parler d'une situation
catastrophique sur le plan humanitaire, il y a une grande marge. De
même pour l'eau : si les réfugiés palestiniens n'ont
pu se doucher, ils n'en ont jamais manqué. Le couvent est en
effet doté de citernes qui, après les pluies d'hiver,
étaient pleines. En dehors de la promiscuité à
l'intérieur de la partie byzantine de la Basilique où
les Palestiniens vivaient, le désagrément le plus notable
fut la privation d'électricité.
Il est difficile de croire que
l'intrusion des miliciens armés n'a pas été programmée.
Lorsque Tsahal est arrivée sur la place de la mangeoire, face
à la Basilique, les démineurs ont désamorcé
une charge explosive de 3 kg et demi placée dans le système
de canalisations.
En ce matin du vendredi 10 mai,
la ville était encore sous couvre-feu et aucune âme ne
semblait y vivre lorsque les premiers Palestiniens sortirent du Lieu
Saint, sous l'œil de dizaines de caméras de télévision
et le regard de centaines de journalistes qui s'étaient postés
sur les toits donnant sur la Place de la mangeoire. De là, on
pouvait suivre les mouvements : la sortie des Palestiniens, l'arrivée
des responsables religieux et les préparatifs de l'armée
israélienne en vue du retrait. Un journaliste s'évertuera
à expliquer à ses téléspectateurs que les
13 palestiniens qui venaient de sortir ne sont pas des activistes dangereux
mais de simples militants « qu'Israël accuse de terrorisme
». Cette formule sera reprise toute la journée par de nombreux
médias. Si ces 13 Palestiniens ne sont pas des terroristes, on
peut s'étonner qu'il ait été si difficile de leur
trouver une terre d'accueil. Le Hamas, les Tanzim ou les Brigades des
martyrs d'El Aqsa sont-ils vraiment des organisations caritatives ?
Vers midi, les responsables religieux
qui, suivant le Statu quo (l'accord qui régit la vie des communautés
chrétiennes depuis l'époque ottomane) sont les gardiens
du Lieu Saint sont arrivés sur la Place de la Mangeoire : le
patriarche orthodoxe, le patriarche arménien et le Custode de
Terre Sainte. Avec eux, se pressaient des dizaines de Franciscains et
de moines orthodoxes. De loin, c'était un peu la confusion. Les
journalistes toujours postés sur les toits, essayaient de recueillir
des informations. Lorsqu'on a appris par le porte parole de Tsahal que
les agents américains chargés de l'inspection de la basilique
venaient de découvrir une quarantaine de mines à l'intérieur
du complexe de la Basilique, ç'a été la pagaille.
La majorité écrasante des journalistes présents
criaient à l'imposture et à la propagande. Pour eux, le
scénario de la fin du siège était déjà
écrit, et tout élément nouveau qui viendrait contrarier
la version fabriquée était automatiquement éradiqué.
Quelques jours plus tard, le Patriarche latin de Jérusalem, Michel
Sabbah, interrogé sur ce point précis par des correspondants
français soutiendra la thèse de la propagande israélienne.
À l'extérieur,
les chefs religieux ne sont pas d'accord sur la façon de procéder
pour réinvestir les lieux et pour faire le ménage. Le
différend avait en fait commencé bien avant : les Orthodoxes
et les Arméniens voulaient que les Israéliens soient encore
présents pour la réinstallation des autorités religieuses
dans la Basilique, alors que les latins (les catholiques occidentaux)
auraient préféré que les Palestiniens aient déjà
pris la relève. Cette attitude est caractéristique des
approches divergentes entre les communautés chrétiennes.
Alors que les latins font porter toute la responsabilité de la
crise sur les Israéliens, les orthodoxes eux, n'hésitent
pas à parler de violations et de sacrilèges de la part
des Palestiniens. Les Arméniens ont raconté que leurs
livres de prières et leurs objets liturgiques avaient été
saccagés. Lorsque les journalistes sont entrés dans l'enceinte,
les moines orthodoxes ont ouvert leur monastère pour montrer
les dégâts causés par les occupants indésirables,
alors que les Franciscains ont préféré fermer leur
porte. Et comme par hasard, l'église latine Ste Catherine qui
se trouve dans l'enceinte du lieu, était parfaitement propre,
sans la moindre trace d'occupation : les bougies de dévotion
brûlaient devant la statue de la Vierge et l'on aurait cru que
rien se s'était jamais passé. Quand, à 18h28 précises,
le dernier char israélien a quitté la place de la Mangeoire,
les enfants qui attendaient dans les ruelles avoisinantes ont crié
leur joie en hurlant pendant de longues minutes : 'Allah est fort'.
De nombreuses zones d'ombre
demeurent, un jour les langues se délieront
En entrant dans la basilique
dans la foulée, c'est d'abord l'émotion qui m'avait saisi….
Mes pas me conduisent tout de suite vers la grotte de la Nativité.
Un moine orthodoxe tient une bougie, il n'y a pas d'électricité
mais tout est intact et propre. Le Custode de Terre Sainte nous dira
quelques minutes plus tard que la messe a été célébrée
tous les jours dans la mangeoire suivant le statu quo. En remontant,
c'est en revanche une véritable porcherie que nous découvrirons
: les réfugiés ont dormi et mangé à l'intérieur
de la basilique, un autel retourné a servi de table à
manger ; d'après les odeurs, ils y ont fait aussi certains de
leurs besoins… Il n'y a pas de très gros dégâts,
seules les cellules des moines orthodoxes qui ont pris feu sont noircies,
il y a des vitres brisées et des traces de balles dans les cours
et les bâtiments de l'enceinte. Certains vitraux de la partie
orthodoxe ont été brisés : ils servaient de mirador
desquels les palestiniens tiraient sur les soldats israéliens.
Un peu moins de trois quarts d'heure après notre entrée
dans la basilique, les services de sécurité palestiniens
avaient investi le complexe et nous avaient prié de quitter les
lieux. Le lendemain, les traces les plus visibles du siège avait
déjà disparu et avec elles, la possibilité d'une
investigation méthodique. Encore aujourd'hui, de nombreuses zones
d'ombre planent sur cet événement, et il faudra attendre
patiemment qu'un jour les bouches se délient.
Le dimanche 12 mai, le cardinal
Roger Etchegaray, envoyé spécial du Pape pour résoudre
la crise, reviendra spécialement de Rome pour présider
une messe solennelle dans l'Eglise Ste Catherine de Bethléem.
Le patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, ouvrira la célébration
par un réquisitoire contre Israël et un refus de condamner
les attentats suicides, mettant ainsi la diplomatie vaticane dans une
situation plus que délicate : « Juste en entrant dans cette
église tout à l'heure, les médias m'ont demandé
si vous condamnez les bombes suicidaires. La réponse, j'espère
qu'elle est comprise : plus importante que toute déclaration
ou toute condamnation est une action qui puisse mettre fin à
toute manifestation de la violence. Car on a beau déclarer ou
condamner tant que la racine du mal est là, la violence restera.
La racine du mal c'est l'occupation précisément de cette
terre palestinienne, c'est la privation de liberté de la population
palestinienne et de cette population chrétienne ici présente
aujourd'hui pour prier et pour recommencer un chemin difficile vers
la justice et la paix. Ce dont nous avons besoin c'est d'une action
qui déracine les racines du mal et mette fin à l'occupation
qui ne fait que produire toutes sortes de violence, une action où
la justice est nécessaire afin que tout le monde puisse jouir
de la liberté et de la dignité humaine dans cette Terre
Sainte. »
On a parlé durant toute
la crise de propagande israélienne, mais qui osera dire que certains
responsables chrétiens ont fait de l'Eglise un agent quasi officiel
de la propagande palestinienne ? Les Palestiniens ont cyniquement utilisé
la Basilique de la Nativité pour servir leurs propres intérêts
politiques et ont violé, bien plus que les Israéliens,
la sainteté du Lieu. Ils ont pénétré de
force dans l'enceinte de l'église et se sont conduits comme des
soudards. Que l'Eglise les accueille est une chose, mais qu'elle inverse
les rôles et contribue à une distorsion de la vérité
en est une autre.
(« Proche-Orient »
est une association française à but non lucratif. Son
but est d'éditer une information exclusivement professionnelle,
complète, exacte et rigoureuse sur le Proche-Orient, ainsi que
sur les retombées de la situation régionale, en particulier
du conflit israélo-palestinien. Son objectif général
est d'aider à une meilleure compréhension du Proche-Orient
et de ses
enjeux. Pour plus d'information, adressez demandes et questions à
contact@proche-orient.info. Site Internet: www.proche-orient.info.)
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Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion
de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement
au point de vue de l’Institut.
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Numéro
46 • vendredi le 20 septembre, 2002
Israël
face à la dérive islamiste
Robert Wistrich
Le Figaro, 17 septembre 2002
Une année après
l'assaut meurtrier contre les tours jumelles de New York, les médias
occidentaux font toujours preuve d'une grande réticence pour
parler de l'antisémitisme musulman.
Cette réticence est encore
plus étonnante eu égard au flot continu d'images virulentes
qui s'étend du Maroc jusqu'aux pays du Golfe où les juifs
sont présentés comme une force maligne -- comme agresseurs,
usurpateurs, pécheurs, occupants, corrupteurs, infidèles
et barbares. Selon les dirigeants arabes comme le président Assad
de Syrie, Israël et les juifs sont « plus racistes que les
nazis » ; et pour Saddam Hussein, « l'entité sioniste
n'est qu'une pieuvre ou un cancer mortel qu'il faut éradiquer
totalement ». Le même discours est tenu par l'actuel dirigeant
de la République islamique d'Iran, Ali Khameini qui, en plus,
n'hésite pas à soutenir une contrevérité
historique, à savoir que les sionistes ont beaucoup exagéré
l'ampleur de la Shoah.
On peut affirmer désormais
que, pour la plupart de ces dirigeants arabes (sans parler de la «
rue » arabe), il n'y a plus de différence réelle
entre juifs et sionistes. L'idéologie antisémite arabomusulmane
a sa propre logique au-delà du conflit territorial avec Israël.
On ne doit pas la réduire à la propagande gouvernementale
ni à l'instrumentalisation des stéréotypes importés
de l'Occident. Les clichés qui ont caractérisé
l'antisémitisme européen depuis les débuts du XXe
siècle sont remontés à la surface, cette fois travestis
dans une rhétorique islamiste.
II y a quelque mois seulement,
les Protocoles des sages de Sion ont fait l'objet d'une série
de trente épisodes pour la télévision arabe, réalisée
en Égypte, avec un budget de plusieurs millions de dollars. Quatre
cents interprètes y ont participé. Dans les bandes dessinées
arabes, la diabolisation d'Israël et des juifs prend toute son
ampleur. Ils sont présentés comme un peuple odieux, qu'il
faut craindre et éliminer.
Visuellement, on représente le juif comme un homme courbé,
au teint basané avec un long nez crochu et un aspect répugnant.
Le judaïsme lui-même est dépeint comme une religion
sinistre et immorale, fondée sur des cabales et des rites sanglants.
Le but poursuivi ne vise pas seulement la délégitimation
de l'État d'Israël, mais aussi la déshumanisation
des juifs et du judaïsme. II s'agit d'un antisémitisme brutal
qui va au-delà de la manipulation politique et devient un instrument
puissant d'intoxication des esprits et d'incitation à la terreur
et à la violence.
II y a un an, pendant la mal
nommée « Conférence contre le racisme » à
Durban, cette intoxication avait provoqué une orgie de haine
contre Israël qui se trouvait accusé de génocide
contre le peuple palestinien, de « purification ethnique »,
d'apartheid et d'être un « État raciste ».
Le débat prévu sur l'antisémitisme fut supprimé,
au profit d'une formule à la fois surréaliste et délirante
qui élevait « les pratiques sionistes contre le sémitisme
» au rang de d'expression majeure du racisme contemporain dans
une inversion de la vérité digne des anticipations orwelliennes.
Très symboliquement, un tract affiché au Palais des expositions
de Durban présentait un portrait d'Adolphe Hitler avec la légende
: « Si j'avais gagné la guerre, il n'y aurait pas eu...de
sang palestinien versé. »
L'attaque terroriste contre le
World Trade Center s'est produite trois jours seulement après
ce déferlement de haine. La cible des terroristes islamiques,
comme pour les délégués de Durban a été
à la fois l'Amérique et l'Occident et aussi Israël
et le peuple juif. A leurs yeux Wall Street et la ville de New York
incarnaient non seulement le capitalisme financier et « les pouvoirs
anonymes » de la globalisation mais aussi la pieuvre géante
du judaïsme cosmopolite dont le dessein serait de corrompre et
détruire L'Islam !
Il y a là des analogies
saisissantes avec le nazisme allemand. Les islamistes ont, comme leurs
prédécesseurs d'il y a soixante ans, consciemment opté
pour un culte de la mort. Ils ont transformé le motif du sacrifice
et du martyre en quelque chose d'urgent, d'élémentaire,
de pseudo-religieux, voire de mystique. Le fascisme islamiste comprend
en effet la même aspiration totalitaire et pseudo-messianique
à l'hégémonie mondiale que le nazisme allemand
ou que le communisme soviétique. On ne peut pas séparer
la guerre terroriste menée actuellement contre Israël et
l'Occident de ses racines idéologiques dans le Djihad et des
obsessions antijuives au sein du monde arabo-musulman. Ce n'est pas
un petit détail de l'histoire ! II suffit de rappeler la joie
avec laquelle les attaques meurtrières du 11 septembre contre
les États-Unis furent accueillies dans le monde arabo-musulman,
y compris dans les territoires sous l'Autorité palestinienne.
Peu de temps après le massacre de Manhattan, le Mufti de Jérusalem
appela ouvertement à la destruction d'Israël, de la Grande-Bretagne
et des États-Unis. « Ô Allah, détruis l'Amérique,
car elle est dirigée par les juifs sionistes... Allah peindra
la Maison-Blanche en noir ! »
Malheureusement, l'actuelle vague
d'attentats suicides musulmans, le terrorisme et l'antisémitisme
(sous le masque « antisioniste ») semblent jouir d'un écho
très favorable auprès des Palestiniens et d'un nombre
toujours croissant d'Arabes et de musulmans. Le sommet du paroxysme
antisémite est atteint quand tant de responsables arabomusulmans
(pour ne pas parler des pourcentages très élevés
des populations au Moyen-Orient) ont pu fermement imputer les attaques
terroristes contre l'Amérique au Mossad israélien.
La théorie du complot
juif a pignon sur rue chez les musulmans dans les pays occidentaux,
y compris la France. Une partie des immigrés est influencée
par la propagande antisémite de leurs pays d'origine. Leurs sentiments
de haine ont été exacerbés par les images sans
cesse véhiculées par les médias arabes et européens
sur les événements du Proche-Orient et par un discours
massivement critique à l'encontre d'Israël. Dans cette atmosphère
extrêmement passionnelle on a entendu des cris « Mort aux
juifs ! » dans les rues de Paris pour la première fois
depuis la Seconde Guerre mondiale. Durant de longs mois, pourtant, on
n'a pas voulu parler de ces nouvelles formes d'antisémitisme
et même aujourd'hui il y a encore des personnes qui font tout
pour banaliser ces faits.
Les leçons qu'il faut
tirer du cataclysme du 11 septembre sont sans doute nombreuses. Mais
il est sûrement temps de prendre au sérieux et de lutter
contre le nouveau fascisme islamiste, un mélange vraiment explosif
d'antioccidentalisme, de fanatisme idéologique et de haine brutale
contre les juifs qui sous-tend une partie de la pensée musulmane
contemporaine. Cette dérive islamiste est en réalité
une déformation tragique des
enseignements du Coran dont les valeurs universelles sont bafouées
par ceux-là mêmes qui prétendent parler au nom d'Allah.
(Robert Wistrich, professeur
d'histoire moderne à l'Université hébraïque
de Jérusalem, est l'auteur de nombreux ouvrages dont "Hitler
and the Holoucaust" [Weidenfeld, Londres] et "Nietzsche: Godfather
of Fascism?" [Princeton University Press])
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Numéro
45 • vendredi le 13 septembre, 2002
Peur
de la vérité?
9 septembre 2002
Ce lundi, à Montréal,
l'intolérance et la haine de la liberté nous ont montré
leur hideux visage: des manifestants pro-palestiniens, aveuglés
par leur détestation d'Israël, ont forcé, par la
violence, l'annulation de la conférence que devait donner à
l'Université Concordia M. Benjamin Netanyahu, ancien premier
ministre d'Israël.
Que, dans notre pays, la liberté
d'expression d'une personne soit ainsi bafouée et qu'un de nos
hôtes soit privé de son droit, élémentaire
s'il en est, de s'exprimer ne peut que ternir notre réputation
et est déjà injustifiable en soi. Que cela se passe dans
le milieu universitaire l'est encore plus. Non pas parce que l'université
serait un lieu plus digne d'être protégé qu'un autre,
mais parce que cet événement est absolument le contraire
de ce qu'elle est censée être, ce qu'elle tente d'être:
une institution vouée à la réflexion, au débat
d'idées, un lieu ouvert, où règne le pluralisme.
Au nom des valeurs qui fondent l'université, qui en sont l'essence
même, et qui sont celles de tout intellectuel qui se respecte,
les universitaires devraient exprimer leur indignation devant ce qui
s'est passé à l'Université Concordia: si la liberté
d'expression est chassée de l'université, où se
réfugiera-t-elle? Si nous nous taisons quand elle est menacée,
comment justifierons-nous les privilèges que la société
nous accorde au nom, précisément, de la liberté
universitaire?
Or, qu'est-ce que la liberté
universitaire, sinon la liberté de penser, de chercher la vérité
et de parler? La liberté de déplaire, de ne pas hurler
avec les loups, de dire que le roi est nu et que, oui, le terrorisme
est un mal. Les universitaires ont depuis longtemps accordé beaucoup
d'importance à cette liberté. Il serait inconcevable qu'ils
la laissent bafouer dans l'enceinte même où elle est censée
s'exercer! Ils l'ont revendiquée -et obtenue- pour eux-mêmes,
certes, mais ils ont en contrepartie le devoir de veiller à ce
que leurs concitoyens (et leurs invités) puissent aussi jouir
des droits que leur garantit notre pays.
C'est donc aussi en tant que
citoyens d'un pays libre et démocratique, soucieux du respect
des droits fondamentaux, que nous devons tous protester contre de tels
agissements. Ils sont la négation des principes qui nous font
vivre. Et c'est en tant que citoyens que nous demandons que les auteurs
de ces actes injustifiables soient arrêtés et punis. Nous
ne pouvons pas les laisser gagner: accepter cette victoire de l'intolérance,
de la force sur le droit, ce serait reconnaître l’efficacité
de ces comportements et, par le fait même, l’accroître.
Ce serait nous mettre à la merci de tous ceux qui voudront utiliser
cette arme contre nous. Ne nous faisons pas d'illusion: ils le feront!
Et ce jour-là, nous regretterons notre liberté perdue.
Qu'est-ce qui les poussait, ces
étudiants intolérants? Le désir de régner
sans partage par la force? Sans doute et c'est là une des marques
de la tentation totalitaire. Ils y ont cédé: ils ont imposé
leur volonté par la force et la force l'a emporté, sous
les applaudissements d'une foule hargneuse et fanatique, heureuse d'avoir
triomphé si facilement. Ce que nous avons vu est terrible et
nous fait honte: ce n'était pas une simple manifestation, c'était
une émeute et des honnêtes gens ont été molestés
et injuriés, sous les yeux impuissants de la police.
Les émeutiers ne pouvaient
tolérer la tenue d'une simple conférence. Pourquoi? Pourquoi
ne pas accepter que leur adversaire parle et, ensuite, argumenter et
débattre? De quoi avaient-ils peur? D'entendre la vérité?
Mais s'ils ne peuvent l'entendre, ne serait-ce pas qu'elle n'est pas
à leur honneur? Ils défendent une cause, disent-ils. Celle
des Palestiniens. Leur comportement d'aujourd'hui est-il à l'image
de l'État qu'ils veulent pour eux? Cet État qu'ils prétendent
vouloir construire là-bas garantira-t-il les libertés
qu'ils foulent aux pieds ici? On nous permettra d'en douter.
Philippe Barbaud
Université du Québec à Montréal
Julien Bauer
Université du Québec à Montréal
Jean-Charles Chebat
HEC Université de Montréal
John J. Furedy
Université de Toronto
Claire Gélinas
Université du Québec à Montréal
Michael R. Marrus
Université de Toronto
Jean Ouellette
Université de Montréal
Annette Paquot
Université Laval
Michaël Laughrea
Université McGill
Reneo Lukic
Université Laval
Alexandre Sadetsky
Université Laval
Stephen Schecter
Université du Québec à Montréal
(L'article ci-dessus a aussi
été publié dans l'édition d'aujourd'hui,
13 septembre, du journal Le Devoir.)
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Le Communiqué
Isranet essaie de diffuser une grande variété d’opinions
sur Israël, le Judaïsme
et le Moyen-Orient. Les articles et documents reproduits expriment l’opinion
de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement
au point de vue de l’Institut.
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Numéro
44 • vendredi le 6 septembre, 2002
Les
mensonges antisémites qui nous menacent tous
Harold Evans
The Times, Londres, 28 juin 2002
L'antisémitisme répandu
dans le monde musulman, des écoles à la presse, la télévision
et Internet, non seulement rend la paix au Moyen Orient impossible,
il fait aussi de nous tous des cibles.
Juste avant qu'il ne soit renvoyé dans ses buts par le Président
Bush, Yasser Arafat a fait une offre extraordinaire, extraordinaire
non parce qu'elle répondait à une demande spécifique
que Bush allait faire, mais extraordinaire parce que Arafat reconnaissait
l'horreur intrinsèque que représente l'endoctrinement
de jeunes gens aveuglés pour qu'ils commettent des attentats
suicides. Décrivant son plan de réformes de 100 jours,
dans un mémorandum privé de six pages envoyé au
Président Bush et aux capitales arabes, Arafat écrit qu'il
"renoncera au fanatisme dans les programmes scolaires et répandra
un esprit de démocratie, d'humanisme et d'ouverture".
On trouve beaucoup de choses sous la pierre qu'Arafat a soulevée.
Le fanatisme a été instillé chez les assassins
suicides et chez des millions de jeunes dans tous les pays arabes, sans
que ne s'y intéressent ni les médias, ni les gouvernements,
ni les universitaires, ni les églises dans le monde civilisé.
Les écoles palestiniennes, financées par l'Europe, sont
de vrais égouts à ciel ouvert en termes de haine répandue,
non seulement contre Israël, mais contre tous les Juifs et tous
leurs amis. Le Dr Ahmad Abu Halabiya, ancien recteur, en charge de l'université
islamique de Gaza, définit le message : "Où que vous
soyez, tuez les Juifs, les Américains qui sont comme eux et ceux
qui les soutiennent."
Les leaders arabes viennent à Washington, Londres et Genève
avec des formules de paix, pendant que, dans leurs pays, ils alimentent
leurs populations d'appels à la haine similaires. Cela signifie
que même si, par miracle, il y a un accord sur la forme d'un Etat
palestinien, il n'y aura pas de paix au Moyen-Orient pendant une génération.
Les Israéliens peuvent oublier ou pardonner les assassins-suicide
; les Palestiniens peuvent oublier les humiliations de l'occupation.
Mais le conflit politique au sujet de la Palestine n'est qu'un des aspects
du fanatisme fomenté. Il aboutit à la déshumanisation
de tous les Juifs et il a été fabriqué et répandu
dans tout le Moyen-Orient et l'Asie du sud-est avec une intensité
et à une échelle sans précédents. C'est
un phénomène assez nouveau dans le monde musulman. Il
y avait plus de tolérance envers les Juifs dans l'empire de l'Islam
que dans l'Europe chrétienne.
J'étais conscient, comme nous le sommes tous, que les Palestiniens
haïssent l'état d'Israël. Ce qui m'a surpris, c'est
la virulence de ce nouvel antisémitisme dans tous les pays musulmans.
Il est délirant, vociférant, pervers, paranoïaque
et n'a que des rapports lointains avec le conflit palestinien. L'espoir,
le bromure habituel, semble n'avoir rien à voir avec la situation.
La période de grands espoirs qui a suivi Camp David a connu
une montée rapide, et non une diminution, de la marée...
Quiconque parle de la Palestine ou du terrorisme parle dans le vide,
car on ne peut rien comprendre sans une évaluation correcte de
la manière dont les esprits ont été empoisonnés.
Une seule attaque d'un skinhead contre une synagogue en Europe et c'est
une information, mais rien sur les attaques répétées
perpétrées chaque jour contre les Juifs, du Maroc au Caire
et à Damas, de Bagdad à Téhéran, de la bande
de Gaza à Karachi.
Le paradoxe est que le monde est interconnecté comme jamais auparavant
alors que, de manière léthale, tant de dépêches
sont aussi vides. Le fanatisme religieux qui a engendré et soutenu
le terrorisme et qui dirige ce nouvel antisémitisme est insensible
à la raison. Jonathan Swift avait formulé ce dilemme,
il y a plus de 200 ans : "On ne peut convaincre quelqu'un par la
raison d'abandonner quelque chose qu'il a adopté sans se baser
sur la raison".
La meilleure illustration de ce que nous devons combattre est illustré
par ce que les Juifs ont fait au World Trade Center. Chacun, dans le
monde musulman, sait que le 11 septembre a été un complot
juif destiné à préparer le chemin à l'opération
militaire conjointe israélo-américaine non seulement contre
Osama ben Laden et les
Talibans, mais aussi contre les militants islamiques en Palestine. Le
jour de l'attentat, 4000 Juifs étaient absents du World Trade
Center ; ils avaient été informés à l'avance.
Je pensais que ce marronnier diffamatoire avait depuis longtemps disparu
comme il était venu, mais il m'a été répété,
en toute sincérité, par un chauffeur de taxi pakistanais
de New York, la semaine dernière ; ce qui prouve seulement que
ce mensonge est maintenant une croyance musulmane indéracinable.
Des millions et des millions de gens croient en ces sornettes, comme
un sondage Gallup l'a montré, après avoir questionné
des personnes dans neuf pays à majorité musulmane, le
Pakistan, l'Iran, l'Indonésie, la Turquie, le Liban, le Maroc,
le Koweït, la Jordanie et l'Arabie Saoudite, qui représentent
à peu près la moitié de la population musulmane
du globe.
Environ 67% considèrent l'attentat comme moralement injustifié,
ce qui est quelque chose, mais pourquoi pas 100% ? On leur a aussi demandé
s'ils croyaient que des groupes arabes avaient perpétré
ces attentats. Ce n'est que chez l'allié de l'Occident, qu'est
la Turquie, que la réponse a été majoritairement,
mais faiblement, Oui : 46% contre 43%. Dans les huit autres pays musulmans,
la population a rejeté l'idée que des Arabes ou Al-Qaïda
aient été les responsables. J'insiste, ceci est un sondage
qui date seulement d'il y a quelques mois, après que des millions
de mots aient été prononcés par des reporters et
après la projection des vidéos enthousiastes d'Osama ben
Laden. Les majorités, au Pakistan, au Koweït, en Iran, en
Indonésie sont écrasantes, au Pakistan seuls 4% des sondés
reconnaissent que les tueurs sont des Arabes. Thomas Friedman, du New
York Times, a rendu compte, le mois dernier, d'Indonésie,
le plus grand pays musulman au monde, que personne, là-bas, ne
doute qu'il s'agisse d'une conspiration du Mossad.
Qui serait assez naïf/fou/malintentionné/égaré
pour disséminer de tels mensonges? Le flux provient de sources
officielles, journaux et télévisions dans les pays arabes,
écoles et mosquées subventionnées par les gouvernements,
éditorialistes arabes, caricaturistes, religieux et intellectuels,
sites Web qui mènent à un infini d'iniquité. L'apparence
de modernité dans les médias arabes est illusoire. Plus
importante que la présence de hardware est l'absence de software,
l'idée d'une presse libre farouchement indépendante et
autocritique. CNN filmera les dommages causés par les bombes
américaines en Afghanistan ; al-Jazeera et les stations du Moyen-Orient
ne rêveraient même pas de parler des veuves et des orphelins,
dont les êtres chers ont été déchiquetés
par les assassins-suicide. Un Arabe critique de l'Amérique et
de la coalition a toujours le dernier mot. Comment des gens peuvent-ils
être aussi réceptifs à la désinformation
? C'est simple, la théorie du complot simplifie un monde complexe.
L'absence de preuves est en elle-même preuve de complot...
Mais il existe une autre explication à la puissance des mensonges
aujourd'hui. C'est l'aura d'authenticité apportée par
la technologie, par Internet. John Daniszewski, du Los Angeles Times,
demanda à une rédactrice de La Nation à Islamabad,
Ayesha Haroon, pourquoi elle voyait en Israël le coupable. "Il
est fort possible qu'il y ait eu intention délibérée
de nuire en le publiant", admit-elle. "Je pense aussi que
cela a à voir avec l'Internet. Quand vous voyez quelque chose
sur l'écran d'un ordinateur, vous avez tendance à croire
que c'est vrai." Là, dans notre nouvelle magie, est la source
de bien des misères. Selon Friedman, un Indonésien, qui
visitait la place forte islamique de Yogyakarta, fut effrayé
par la marée montante de la volonté de djihad contre les
Chrétiens et les Juifs. Les utilisateurs d'Internet ne représentent
que 5% de la population, mais ces 5% répandent des rumeurs sur
les Juifs à tous les autres. "Ils disent, 'Je l'ai appris
sur Internet'. Ils pensent que c'est la Bible."
La calomnie qui accuse les Juifs morts dans le World Trade Center, et
que des millions de personnes perçoivent comme la réalité,
doit sa notoriété originelle, dès septembre 2001,
à un site Web appelé InformationTimes.com, "un service
d'information et de presse indépendant", dont l'adresse
était le Building de la Presse à Washington. J'ai eut
l'idée de demander à son rédacteur en chef, Syed
Adeeb, quelles étaient ses preuves. Il m'a dit que sa source
était la station de télévision Al Manar
au Liban. Quand je lui demandai s'il avait le moindre scrupule à
relayer Al Manar, alors que c'est l'organe de propagande du groupe terroriste
Hezbollah, dont l'objectif est de "mener une guerre psychologique
efficace contre l'ennemi sioniste", la réponse d'Adeeb fut
: "Mais c'est une station très populaire." Il est clair
que Adeeb croyait en sa propre histoire. Quand je mentionnais que des
Juifs étaient morts dans les tours, il accepta qu'un ou deux
aient pu mourir, mais il trouvait suspect que personne ne put lui dire
combien exactement.
Il avança qu'il était un citoyen américain, et
que certains de ses meilleurs amis étaient Juifs. La vision du
monde d'Adeeb parle d'elle-même dans ses titres : "Des Israéliens
possesseurs de matériel explosif ont été arrêtés
à Washington" ; "La mafia israélienne contrôle
le Congrès des Etats-Unis" ; "Des terroristes hindous
fous menacent l'Amérique" ; "Le FBI et la CIA devraient
enquêter sur le lobby israélien " ; "Des soldats
israéliens
barbares violent et torturent 86 femmes à Naplouse en Palestine".
Je m'enquis de la source de l'histoire du viol, et il me cita Lynne
Jones, le membre travailliste du parlement britannique pour la circonscription
de Birmingham Selly Oak. Après vérification il apparaît
que le Dr Jones a en effet mis en circulation cette rumeur d'atrocité,
en citant un e-mail d'un certain Anthony Razook, de Naplouse, mais avec
la prudence nécessaire en disant que "ce rapport n'avait
pas encore été vérifié". De telles
réserves disparaissent dans le retraitement sans fin de l'information.
Il fut un temps où de telles histoires circulaient seulement
sur des torchons ronéotypés transportées par vélo
et qui ne voyaient jamais la lumière du jour. Aujourd'hui, les
Magiciens d'Oz comme Adeeb ont un mégaphone pour délivrer
leurs messages à un monde crédule, avec la fausse authenticité
de la voie électronique...Aujourd'hui un mensonge peut aller
jusqu'à la planète Mars et en revenir avant que quiconque
ne soit même à moitié réveillé. Le
résultat final de ces titres incendiaires et de la propagation
irréfléchie de ces sortes d'emails est Danny Pearl, torturé
et massacré sauvagement parce qu'il était Juif et reporter.
Trop souvent, malheureusement, avec les meilleures intentions du monde,
les reportages et les commentaires, en Occident, aboutissent naïvement
à renforcer l'antisémitisme. Israël est soutenu comme,
selon l'expression de Lénine, une corde soutient un pendu. Le
même poids est donné à l'information en provenance
des Etats policiers, qui sont des menteurs avérés, qu'à
l'information en provenance d'une démocratie, qui pratique une
vigoureuse autocritique. L'attitude commune, pétrie de bons sentiments,
est qu'il est équitable d'agir ainsi, comme si la vérité
se trouvait dans un vide moral, comme si elle pouvait être mesurée
au mètre, comme un bout de tissu. Cinq millions de Juifs en Israël
sont une minorité vulnérable entourée par 300 millions
de Musulmans, gouvernés, dans leur vaste majorité, par
des régimes autoritaires, Etats quasi policiers qui, en plus
de 50 ans, n'ont jamais cessé d'essayer de l'éliminer
par la guerre et le terrorisme. Ils font taire toute opposition, tout
reportage critique, ils dirigent des systèmes judiciaires répressifs
et des écoles d'intoxication, ils ont échoué à
mettre en ouvre toute mesure de justice sociale ou politique, ils détournent
la frustration de la rue vers le bouc émissaire du sionisme,
et ils génèrent et financent le terrorisme international.
Et pourtant, c'est Israël qui est considéré avec
scepticisme et parfois avec hostilité.
Prenons la bataille de Djénine. La présomption des meilleurs
journaux et celle d'heures après heures de reportages télévisés
en Europe, dans leur recherche frénétique de nouvelles,
a été que les histoires palestiniennes de 3.000 tués
et enterrés dans des fosses communes secrètes étaient
vraies, bien que ceux les propageaient, comme Saeb Erekat, aient une
réputation de menteurs avérés. Le Guardian
s'est même laissé aller à écrire, dans un
éditorial, que les attaques d'Israël sur Djénine
ont été "tout aussi répugnantes" que
les attaques d'Osama ben Laden sur New York, le 11 septembre.
Aussi répugnantes ? Quelque chose nous aurait-il échappé?
Quelque provocation américaine d'Osama, comparable au meurtre
continu de femmes, d'enfants, de malades et de vieillards israéliens?
Y avait-il, dans le World Trade Center, une menace comme la fabrication
de bombes à Djénine, connue fièrement chez les
Palestiniens sous le nom de Capitale du Suicide ? En fait, il n'y a
eu ni massacre, ni fosses communes. Human Rights Watch a, depuis, établi
le bilan à 54 morts, incluant, selon leurs calculs, 22 civils,
les Israéliens disent 3 civils. Certains militants palestiniens
clament même que Djénine fut une victoire, du fait de la
mort de 23 soldats israéliens.
Bien sûr, la presse se devait de rendre compte des allégations
palestiniennes de massacre; elle avait le droit de poser des questions
et d'exprimer son inquiétude dans ses éditoriaux. Mais
la vérité ne résidait pas dans l'équilibre
entre des affirmations contradictoires, et l'hystérie générale
n'y contribua en rien. Des articles aussi sensationnalistes que ceux-là
demandent une rigueur encore plus grande dans les comptes-rendus, une
retenue de langage, un soin scrupuleux dans les titres, une citation
correcte des sources et, par-dessus tout, un sens aigu de la responsabilité
: "génocide" est trop tragique quand il est réel,
pour être dévalué par un usage à la petite
semaine. Décrire des meurtriers-suicide comme des "martyrs",
comme un titre britannique récent l'a fait, c'est approuver les
actes des barbares. Les Palestiniens peuvent appeler leurs terroristes
des martyrs s'ils le désirent, c'est de la diffamation envers
les martyrs de l'histoire qui ont donné leur vie pour sauver
les autres, non pour tuer au hasard, ou pour obtenir des récompenses
financières pour leurs familles. Les mots, a dit Churchill, sont
les seules choses qui durent éternellement. Nous devrions tous
avoir une attention aussi grande concernant le pouvoir explosif des
mots que celle que nous attendons lorsqu'on examine nos bagages dans
des aéroports.
Je rejette le sophisme selon lequel poser ce questionnement représente
une excuse pour tout ce qui se fait sous le couvert de la lutte contre
l'antisémitisme. Il n'est pas antisémite de poser des
questions sur Djénine, pas plus que ce n'est être anti-presse
que de poser des questions à propos de la manière de rendre
compte. Ce n'est pas être antisémite que de rendre compte
de mauvais traitements infligés aux Palestiniens et de protester
contre eux. Ce n'est pas être antisémite que de se poser
la question de savoir si le passé de Sharon ne serait pas incompatible
avec ses promesses pour le futur. Ce n'est pas être antisémite
que de déplorer la longue occupation, même si celle-ci
a été provoquée par les leaders arabes qui ont
instigué et perdu trois guerres.
C'est ETRE antisémite que de diffamer l'Etat d'Israël en
le traitant comme une abstraction diabolique, n'étant tolérant
qu'envers le Juif comme individu, mais pas envers le Juif comme membre
d'une collectivité. C'est être antisémite que d'inventer
des outrances venimeuses. C'est être antisémite que de
condamner constamment, en Israël, ce que vous ignorez ou approuvez
partout ailleurs. Il est, par-dessus tout, antisémite de
déshumaniser le judaïsme et le peuple juif de manière
à inciter à son extermination et à justifier celle-ci.
C'est ce que nous avons vu, des milliers et des milliers de fois, à
une échelle incroyable.
L'Union Européenne a récemment voté l'attribution
supplémentaire de millions à l'Autorité palestinienne.
Aussi corrompue soit-elle, on a de la sympathie pour le soulagement
de la pauvreté et des misères de la population, mais n'aurait-il
pas fallu assortir cette attribution de la condition que l'AP cesse
d'utiliser l'argent européen pour sa propagande raciste dans
ses écoles, ses mosquées, sa télévision
et sa radio, dans ses rassemblements politiques et dans les camps d'été
? Le fanatisme auquel Arafat offre de renoncer, en tant que monnaie
d'échange, pas en tant que principe moral, est le fanatisme stimulé
par son Autorité Palestinienne qui, parmi d'autres "lumières",
produit des films éducatifs montrant des petites filles chantant
leur détermination à devenir des martyres. Le degré
atteint par l'infection est apparu clairement à l'Université
Al-Najah, dans la ville de Naplouse, où les étudiants
ont monté une installation intitulée "L'Exposition
du Café Sbarro".
Le Café Sbarro est une pizzeria où un terroriste-suicide
palestinien a assassiné 15 personnes durant leur repas. L'exposition,
selon Associated Press et les médias israéliens, incluait
des tranches de pizza et des morceaux de corps dispersés dans
la pièce. Les murs étaient peints en rouge pour montrer
le sang éclaboussé.
On s'obstine à chercher de la santé mentale dans cette
image, spécialement dans le Service de Psychiatrie de l'Université
Ein Shams, au Caire. Là, le Dr Adel Sadeq, qui préside
aussi l'Association arabe des Psychiatres, déclare en ce qui
concerne les attentats-suicide : "En tant que psychiatre professionnel,
je peux dire que le
sommet de la béatitude arrive vers la fin du décompte
: dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un. Quand le
martyr atteint 'un' et explose, il a le sentiment de voler, car il sait
avec certitude qu'il n'est pas mort. C'est une transition vers un autre
monde, plus beau. Personne, dans le monde occidental, ne sacrifie sa
vie pour sa patrie. Si sa patrie coule, il est le premier à quitter
le navire. Notre culture est différente. C'est la seule arme
arabe et quiconque dit autre chose est un conspirateur.".
Patient suivant, SVP! Les caricatures du Juif, dans le monde musulman,
suivent toutes les mêmes stéréotypes ennuyeux; les
Juifs sont sales, ont le nez crochu, sont rapaces, ce sont des parasites
vindicatifs et intrigants. Ce sont des barbares qui répandent
délibérément le vice, les drogues et la prostitution,
et qui empoisonnent l'eau. Voici quelques-uns de leurs mensonges : les
autorités israéliennes ont injecté à 300
enfants palestiniens le virus du SIDA durant les années d'intifada
; Israël a empoisonné les Palestiniens avec de l'uranium
et des gaz inervants ; Israël distribue du chewing gum et des chocolats
contenant de la drogue, de manière à rendre les femmes
corrompues sexuellement ; les Juifs utilisent le sang des Gentils pour
fabriquer les matzoth de Pâques (Al-Ahram, Le Caire).
En avril dernier, des étudiants de l'unisersité d'Etat
de San Francisco ont placardé une affiche montrant un bébé
"égorgé selon les rites juifs, avec un permis administratif
américain."
Incroyablement, les médias arabes et musulmans, et derrière
eux leurs états, ont ressuscité le faux russe, les
Protocoles des Sages de Sion. Ce prétendu document occulte,
qui ressemble à une idée trop ridicule rejetée
pour le scénario du film de Mel Brooks "Les Producteurs",
est le plan sioniste secret par lequel les Juifs sataniques vont conquérir
et dominer le monde. Ce plan a été abattu de plus de lances
que le cour de Dracula, dans ses multiples avatars cinématographiques,
et néanmoins ce faux bizarre a encore cours dans le monde musulman.
Une série de 30 épisodes, ayant coûté plusieurs
millions de dollars, a été produite en Egypte par la Radio-Télévision
arabe. Avec 400 acteurs ! Et ce n'était pas une satire.
Ce sont les "Protocoles" qui inspirent au mouvement islamique
Hamas l'enseignement qu'ils prodiguent à leurs enfants, selon
lequel les Juifs contrôlent la richesse et les médias de
masse du monde. Selon le Hamas, et quiconque dans ses classes, ou dans
la rue, questionnera sur ce qu'ils disent, les Juifs sont les instigateurs
délibérés des révolutions française
et russe, et également de la Première Guerre Mondiale,
et ce dans le but de détruire le califat musulman et de créer
la Ligue des Nations, "pour pouvoir régner sur le monde
par son intermédiaire".
Soit dit en passant, quand j'ai effectué une vérification
sur le site Palestine Watch, pour rendre compte de ce qu'ils disaient
au monde sur la propagande israélienne, je n'ai rien trouvé,
mais le site écrivait que le Hamas ne cherche que la paix dans
la dignité, oubliant seulement de mentionner que l'objectif premier
du Hamas est la destruction de l'Etat d'Israël.
En plus du volume et de l'intensité de la campagne multimédia
globale, il y a eu un inquiétant changement de direction politique.
La frustration arabe, suite à la reconnaissance de l'Etat d'Israël,
après la Deuxième Guerre Mondiale a été
exprimée pendant des décennies sous la forme de la question
suivante : "Pourquoi les Arabes devraient-ils donner aux Juifs
une compensation pour l'Holocauste, qui a été perpétré
par les Européens?".
Aujourd'hui, le thème est que l'Holocauste est une invention
sioniste. Il est exprimé avec une véhémence surprenante
qui n'a d'égale que son mépris pour le savoir.
Un éditorialiste typique de Al-Akhbar, le quotidien gouvernemental
égyptien, écrivait, le 29 avril : "Toute cette question
(l'Holocauste), comme bien des savants français et britanniques
l'ont prouvé, n'est rien de plus qu'un énorme complot
israélien destiné à extorquer de grosses sommes
au gouvernement allemand en particulier et
aux autres pays européens. Personnellement, au vu de ce conte
imaginaire, je dois me plaindre auprès de Hitler, lui disant
même : 'Si seulement tu l'avais fait mon frère, si seulement
cela s'était réellement produit, le monde pousserait un
soupir de soulagement d'être débarrassé du mal qu'ils
causent et de leurs péchés'."
Hiri Manzour dans le journal officiel palestinien : "Le chiffre
de six millions de Juifs brûlés dans les camps nazis d'Auschwitz
est un mensonge", une supercherie avancée par les Juifs
dans le cadre de leurs "opérations de marketing" internationales.
Seif al-Jarawn dans le journal palestinien Al-Hayat al-Jadida
: "Ils ont concocté des histoires horribles de chambres
à gaz, où Hitler, clament-ils, les aurait brûlés
vivants. La presse a été inondée d'images de Juifs
abattus en masse. ou poussés dans des chambres à gaz.
La vérité est qu'une telle persécution maligne
a été inventée par les Juifs."
Il est clair qu'il s'agit là d'une tentative cohérente
de miner la base morale sur laquelle repose l'état d'Israël,
adoptée par un grand nombre de gens soi disant modérés.
L'ancien Président d'Iran, Ali Akbar Hashemi-Rafsanjani, a déclaré
sur Radio Téhéran : "Une bombe atomique effacerait
Israël sans laisser de trace, alors que le monde islamique ne subirait
que des dommages et ne serait pas détruit par la réplique
nucléaire israélienne."
L'intelligence de toute cette campagne antisémite est sa stupéfiante
perversité: les médias arabes et musulmans et les mosquées
décrivent les Israéliens comme des Nazis, le très
conciliant Barak comme le faucon Sharon sont affublés de svastikas
et de crocs dégouttant de sang, et médias et mosquées
propagent la même judéophobie
qui prépara la voie à Auschwitz. Comment pouvez-vous parler
à quelqu'un qui ne parle qu'en se tenant sur la tête et
qui hurle tout le temps ? Des gens, en Occident, qui adoptent les mêmes
métaphores meurtrières sur Israël - et je l'ai souvent
entendu lors de mes récentes visites en Europe -, peuvent être
considérés comme des clowns dans leur propre pays, mais
ce n'est pas là que les choses se passent. Ce sont des handicapés
sur
le plan moral, mais ils cautionnent les menteurs malveillants du Moyen-Orient.
En comparaison avec la fantasmagorie que je viens de décrire,
le fait que, sans exception, les livres scolaires palestiniens fournis
par l'Autorité Palestinienne, financés par l'Europe, n'aient
aucune place sur leurs cartes pour l'Etat souverain d'Israël, aucune
mention de ses cinq millions d'habitants juifs, aucune reconnaissance
pour les liens historiques des Juifs avec Jérusalem, semble de
peu d'importance.
L'exigence palestinienne d'un Etat est irrécusable, et avec un
leadership plus sage un tel Etat aurait prospéré depuis
des années. Il est tragique que cette cause soit maintenant défendue
si impitoyablement par l'usage du mot Juif comme incitation extrémiste
à la haine de l'Amérique et de l'Occident. C'est cela
le djihad. Il nous vise tous, nous les Européens qui "ressemblons"
aux Américains parce que nous croyons en la démocratie
de liberté et sommes infectés de culture américaine.
Mais ses premières victimes sont les Palestiniens et les masses
frustrées du monde musulman. Leurs leaders les ont conduits dans
l'ignominie durant trois guerres. Ils ont échoué à
réformer leurs sociétés corrompues et incompétentes.
Il est facile de détourner le désespoir et la colère
de la rue contre Israël et les Juifs qui, soi disant contrôlent
l'Occident, mais la terreur et la haine empoisonnent toute société
qui l'encourage ou la tolère.
Lorsque Bernard Lewis observa, il y a 16 ans, que l'antisémitisme
devenait partie de la vie intellectuelle arabe, "presque comme
cela s'était produit en Allemagne nazie", il ajouta l'idée
réconfortante qu'il n'avait pas la qualité viscérale
de l'antisémitisme de l'Europe centrale et de l'est, en ce qu'il
était "encore largement politique et idéologique,
intellectuel et littéraire", sans animosité personnelle
profonde ni résonance populaire, qu'il était exploité
cyniquement par les dirigeants arabes et les élites, une arme
polémique à jeter lorsqu'elle ne sera plus nécessaire.
Mais c'était avant l'explosion électronique actuelle de
haine, avant le lavage de cerveau que j'ai brièvement décrit,
avant le 11 septembre. Les habitudes d'esprit qui ont tendance à
approuver la terreur s'enracinent dans le monde musulman, avec le consentement
de l'Europe, né de sa léthargie et de ses préjugés:
les Palestiniens qui dansèrent de joie, le 11 septembre, et les
étudiants qui organisèrent l'exposition sanglante des
assassinats de la pizzeria ne faisaient pas partie d'al-Qaïda,
mais leur acceptation de la terreur comme substitut de la politique
n'augure rien de bon pour le futur de leur pays ni pour les possibilités
de dialogue politique pacifique dans tout Etat arabe.
(Harold Evans est un journaliste
réputé, tant en Europe qu'en Amérique.
Il a été rédacteur en chef du Sunday Times et du
Times, de Londres, Directeur
de la rédaction du Daily News, de New York, de l'Atlantic Monthly
et du
magazine US News & World Report. Cet article du Times est la version
allégée d'une conférence destinée au 30ème
anniversaire de l'association
"Index on Censorship" [la censure à l'index].)
--Traduction française
de Norbert Lipszyc pour reinfo-israel.com: http://fr.groups.yahoo.com/group/Reponses-Israel.
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Conseil
editorial
Prof. Frederick Krantz,
Editeur (Concordia Univ.)
Prof. Julien Bauer (Univ. du Québec
à Montréal)
Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
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