Communiqué Isranet
mai 2003
Un service de l’I.C.R.J.
l ’Institut canadien de recherches sur le Judaïsme

Prof. Frederick Krantz, Directeur

Numéro 81 • vendredi le 30 mai 2003

Le Gouvernement israélien adopte la feuille de route
Ambassade d’Israël en France, 30 mai 2003

Le Gouvernement israélien vient d'adopter la feuille de route. Douze ministres l'ont approuvée et sept s'y sont opposés. Quatre autres se sont abstenus.

Le Premier ministre Ariel Sharon a de son côté déclaré que « les Palestiniens ont droit à un Etat à eux ». Les Palestiniens n'ont pas caché leur satisfaction lorsqu'ils ont appris que le Gouvernement israélien avait approuvé la feuille de route. Le responsable de l'information, Nabil Amar, a déclaré qu'il s'agissait d'une « démarche positive dans la bonne direction ».

A la suite de ce vote, l'Administration américaine a décidé l'organisation d'un Sommet tripartite qui réunira le Premier ministre israélien, le président Bush et le chef de l'Autorité palestinienne Abou Mazen le mercredi 4 juin prochain.

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Les 14 observations d'Israël
concernant la feuille de route
proposée par le Quartette

proche-orient.info, 28 mai 2003

Parmi ces 14 points : pas de passage à une phase suivante tant que la précédente n'est pas entièrement appliquée - l'État palestinien provisoire n'aura pas autorité à signer des alliances de défense ni de coopération militaire - pas de discussions avant l'accord final sur les implantations de Judée, Samarie et à Gaza – référence aux seules résolutions 242 et 338 - pas de droit au retour pour les Palestiniens - accord direct entre les deux parties…

1. La première condition du processus est que le calme soit maintenu dès le début et pendant toutes ses phases d'application. Les Palestiniens devront démanteler les organisations actuellement existantes en charge de la sécurité et mettre en place les réformes nécessaires à la sécurité. De nouvelles infrastructures seront créées pour combattre la terreur, la violence et l'incitation à la violence : l'incitation à la violence doit cesser immédiatement et l'autorité palestinienne doit éduquer le peuple à la paix. Ces organisations s'engageront à prévenir de façon sincère et véritable la terreur au moyen d'arrestations, d'interrogatoires, de prévention et poseront les bases juridiques permettant investigations, poursuites et condamnations. Dès la phase initiale du plan et comme condition pour entamer la deuxième phase, les Palestiniens auront détruit complètement les infrastructures terroristes (Hamas, Jihad islamique, Front populaire, front démocratique des Brigades des Martyrs d'al-Aqsa et autres), auront remis à une tierce partie toutes les armes illégales en leur possession afin qu'elles soient supprimées de la région et détruites. Ils auront empêché le passage illégal et la fabrication d'armes à l'intérieur de l'Autorité palestinienne et auront agi pour la cessation totale de l'incitation et la prévention pleine et entière de la violence. Il n'y aura pas de passage à la seconde phase tant que les conditions de la première ci-dessus énoncées et ayant trait à la guerre contre la terreur n'auront pas été entièrement remplies. Les plans de sécurité à mettre en place sont ceux de Tenet et Zini. [De même que dans les autres cadres d'accords mutuels, la feuille de route n'exigera pas d'Israël qu'il cesse la violence et l'incitation contre les palestiniens].

2. L'accomplissement total de chaque phase sera la condition nécessaire au passage à l'étape suivante et à la progression entre les différentes étapes. La première condition sera l'arrêt total de la terreur, de la violence et de l'incitation. Le passage à la phase suivante impliquera l'application totale de chaque élément de la phase précédente. Une attention particulière sera portée non aux délais d'applications mais à la vérification de leur exécution (les délais ne devant servir que de base de référence).

3. Installation d'une nouvelle direction à la tête de l'Autorité palestinienne dans le cadre de la réforme gouvernementale. La formation d'une nouvelle direction constitue une condition au passage à la deuxième phase du planDans ce cadre, des élections au conseil législatif palestinien devront avoir lieu en concertation avec Israël.

4. Les procédures de vérification seront établies sous arbitrage de l'Amérique. L'essentiel des activités de vérification se concentrera sur la création d'une nouvelle entité palestinienne et sur le progrès du processus de réforme civile à l'intérieur de l'Autorité palestinienne. Les vérifications seront faites sur des bases professionnelles à l'exclusion de toute autre et par thèmes (économie, droit, finance) sans faire intervenir de procédure mixte ou unifiée. Les décisions importantes resteront entre les mains des deux parties.

5. Les caractéristiques de l'État palestinien provisoire seront déterminées par des négociations entre l'Autorité palestinienne et Israël. Cet État provisoire aura des frontières provisoires et certains aspects de souveraineté. Il sera totalement démilitarisé, sans forces militaires quelles qu'elles soient, mais disposera d'une seule police et de forces de sécurité intérieure ayant une portée et des armements limités. Il n'aura pas autorité à signer des alliances de défense ni de coopération militaire et Israël aura droit de contrôle sur les entrées et les sorties de toute personne ou cargaison, ainsi que sur son espace aérien et son spectre électromagnétique.

6. En rapport à la fois avec les déclarations initiales et l'accord final, le droit d'Israël à exister en tant qu'état juif et la renonciation de tout droit au retour des réfugiés palestiniens dans les limites de l'État d' Israël devra être clairement établi et officiellement inscrit.

7. La fin du processus signifiera la fin de toute revendication et pas seulement la fin du conflit.

8. Le règlement définitif n'aboutira que par des négociations et des accords directs entre les deux parties, sur la base de la vision définie par le Président Bush dans son allocution du 24 juin.

9. Il n'y aura pas de préalables sur des problèmes qui ne seront réglés que lors de l'accord final. Parmi les problèmes qui ne seront pas discutés : les implantations en Judée, Samarie et à Gaza (à l'exclusion d'un gel des implantations et des avant-postes illégaux), le statut de l'Autorité palestinienne et de ses institutions à Jérusalem et tout autre sujet lié en substance à l'accord final.

10. Abandon de toute référence autre que les résolutions 242 et 338 (1397 : initiative saoudienne et initiative arabe adoptée à Beyrouth). Un accord basé sur la feuille de route sera un accord autonome qui trouvera sa propre légitimité. Seule une référence aux résolutions 242 et 338 pourrait être acceptée, et alors seulement en tant que cadre à de futures négociations sur un accord permanent.

11. Mise en œuvre du processus de réforme de l'Autorité palestinienne : une constitution palestinienne de transition devra être établie, une infrastructure juridique palestinienne devra être construite et la coopération avec Israël dans ce domaine sera renouvelée. En ce qui concerne la sphère économique : les efforts internationaux visant à réhabiliter l'économie palestinienne devront se poursuivre. En ce qui concerne la sphère financière : l'accord tripartite : Amérique- Israël - Palestine devra être pleinement appliqué et sera la condition du transfert des recettes fiscales.

12. Le déploiement des forces israéliennes de défense le long des lignes de septembre 2000 sera soumis à la stipulation de l'article 4 (calme absolu) et sera effectué au vu des changements requis par la nature des circonstances et nécessités nouvelles ainsi créées.
L'accent sera mis sur la répartition des responsabilités et l'autorité civile comme en septembre 2000, et non sur les positions des forces sur le terrain à ce moment-là.

13. Sous réserve des conditions de sécurité, Israël œuvrera à restaurer une vie normale pour les Palestiniens : assistance économique, relations commerciales, aide et assistance à l'action des organisations humanitaires reconnues. Il ne sera pas accepté que le rapport Bertini serve de base d'engagement dans le cadre des problèmes humanitaires.

14. Les États arabes aideront au processus en condamnant les activités terroristes. Les négociations avec les Palestiniens ne serviront de base de direction à aucune autre négociation (Syrie-Liban).

--Traduction de Danièle Malka

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Numéro 80 • vendredi le 23 mai 2003

33% DES FRANÇAIS SOUHAITAIENT
LA VICTOIRE DE SADDAM HUSSEIN

Une entrevue avec l’intellectuel
et philosophe Français André Glucksmann

Elias Levy
Canadian Jewish News, 22 mai 2003

André Glucksmann n’a cure qu’on lui ait accolé l’épithète de “pro-guerre”. Ce grand intellectuel français, qui est considéré comme l’un des philosophes européens les plus célèbres de l’époque, ne fait pas dans la dentelle. Pendant que la crise irakienne battait son plein, il n’a cessé de critiquer très sévèrement les positions de la France dans ce conflit. La position défendue résolument par André Glucksmann est des plus minoritaires dans un pays où 33% de la population souhaitaient la victoire de Saddam Hussein.

“J’ai l’habitude d’être minoritaire. Quand je défendais Soljenitsyne au sein de la gauche, j’étais minoritaire. Quand je défendais les dissidents russes, j’étais minoritaire. Quand, à la fin des années 70, je défendais les boat people avec Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, nous étions malgré tout minoritaires au sein de la gauche et aussi au sein de la droite. Quand j’appelai à agir contre Milosevic en 1991, nous n’étions qu’une poignée, avec Bernard Kouchner et Pascal Bruckner. Et, depuis 10 ans, je suis extrêmement minoritaire quand j’appelle à arrêter les activités génocidaires de l’armée russe en Tchéchénie”, nous a confié André Glucksmann au cours de l’entrevue qu’il a accordée récemment au Canadian Jewish News.

Cet intelllectuel “anti-politically correct”, très réfractaire au “pacifisme européen sot et aveugle”, a publié dans l’influent quotidien anglo-saxon The Wall Street Journal (édition du 28 avril) un article vitriolique, intitulé East versus West, dans lequel il a mis en charpie les positions défendues par la France pendant la crise irakienne. Un texte cinglant qui a suscité l’ire de la “France chiraquienne bien-pensante”...

André Glucksmann nous a livré ses réflexions sur cette affaire épineuse et des plus passionnelles.

Canadian Jewish News: Une récente enquête d’opinion -les résultats de ce sondage ont été publiés dans les principaux journaux français- révélait que 33% des Français souhaitaient la défaite de la coalition militaire américano-britannique et la victoire de Saddam Hussein. Cette proportion alarmante de Français pro-Saddam vous surprend-elle?


André Glucksmann: Non, pas du tout.Vous comparez cette statistique -exacte d’ailleurs- aux résultats du vote au premier tour des présidentielles françaises du printemps 2002 et vous vous apercevez qu’il y a en France environ 15% au moins de gens d’extrême droite, lepénistes, racistes, xénophobes..., et, d’autre part ,15% de gens appartenant à l’ultra-gauche qui sont tout aussi indifférents aux malheurs que subissent les populations opprimées par des dictatures, sutout quand ces dictatures sont communistes, comme par exemple Cuba.

Par conséquent, qu’il y ait aujourd’hui en France 30% de gens qui ont des connivences avec les extrémismes de droite et de gauche, et souvent ils les ont ensemble car Saddam Hussein a réuni des suffrages de l’extrême gauche et de l’extrême droite, je ne m’en étonne pas. C’est un noyau dur de bêtises françaises, mais qui n’existe pas qu’en France, qui existe probablement dans toute l’Europe.

C.J.N.
: La France n’avait-elle pas une spécificité bien à elle dans cette crise irakienne?

A. Glucksmann: Oui, elle avait une caractéristique à elle dans la mesure où son gouvernement et sa population étaient unis dans le fait qu’on considérait que George Bush était un ennemi beaucoup plus important -c’était l’ennemi numéro 1- que Saddam Hussein. C’est pour cette raison qu’il y a eu moins de manifestants dans les rues de France que dans les autres pays européens. En Italie comme en Angleterre et en Espagne, on manifestait contre son gouvernement alors qu’en France le gouvernement était sur la même longueur d’onde que la population.

C.J.N.: Très nombreux sont en Europe ceux qui estiment que l’intervention militaire américano-britannique en Irak était illégale car ni les Américains ni les Anglais n’ont reçu l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU. Je suppose que vous ne partagez pas ce point de vue.

A. Glucksmann: L’illégalité c’est l’exercice de la terreur contre les populations, donc l’illégal en l’occurrence c’était Saddam Hussein et non pas George Bush. Quant à l’ONU, il est arrivé extrêmement souvent qu’au nom d’une pseudo-légalité elle laisse se consommer des massacres absolument énormes. Le plus effroyable a été celui perpétré au Rwanda. Comme n’a cessé de le répéter le Général canadien Dallaire, l’ONU aurait pu envoyer 5000 Casques bleus pour interrompre dans l’oeuf ce génocide. Résultat: l’ONU, et la France qui a participé activement au soutien aux génocideurs, sont responsables du génocide au Rwanda. Par conséquent, les voeux pieux concernant l’unanimité d’un Conseil de Sécurité qui ferait régner la paix, l’ordre et la sécurité sur la planète me semble relever de l’irréalisme total.

C.J.N.: S’il est indéniable que la campagne américano-britannique en Irak a été un succès militaire immédiat, force est de reconnaître qu’il sévit actuellement dans ce pays exsangue un grand chaos social que les Américains n’ont pas pu prévenir.

A. Glucksmann: Peut-on s’étonner qu’après 35 ans de dictature totalitaire il y ait une situation chaotique en Irak et que les Irakiens soient quelque peu perdus? Lorsque vous regardez ce qui s’ est passé neserait-ce qu’avec des gens aussi innocents que des joueurs de football, qui étaient soumis au terrorisme et aux tortures d’Oudaï, le fils de Saddam Hussein, vous comprenez que le peuple irakien est évidemment très malade du régime qu’il a subi pendant plusieurs décennies.

Les bien-pensants qui croient que tout peut se passer comme si nous étions au Canada ou en France me semblent légèrement rêveurs. Regardez des films sur la libération de l’Italie ou de la France. Les films italiens de Rosselini par exemple. Vous y verrez que la situation est toujours extrêmement compliquée après la libération d’un peuple qui a été occupé et opprimé. Le grand écrivain italien Curzio Malaparte raconte dans un de ses livres qu’un porte-avion américain ancré dans la baie de Naples a disparu en l’espace d’une nuit. Le matin on ne savait plus où est-ce que ce porte-avion était. Il avait été mis en pièces détachées, qui avaient rapidement disparu. C’était l’oeuvre à la fois de la mafia et du petit peuple napolitain. Donc, vous voyez qu’une libération ne se passe jamais aussi tendrement qu’un mariage à Montréal aujourd’hui.

C.J.N.: Cette guerre aura-t-elle des incidences bénéfiques sur le conflit israélo-palestinien?

A. Glucksmann: Je ne suis pas Madame Soleil -très célèbre voyante française-. Je pense que le problème israélo-palestinien dépend de quatre populations, les Israéliens, les Palestiniens, les Américains et les Européens. Je ne suis pas devin. Tout ce que je peux dire c’est que la suppression de Saddam Hussein n’empirera pas la situation vu qu’il dépensait des sommes assez rondelettes pour soutenir les familles des bombes humaines palestiniennes.

C.J.N.: Les dictateurs dans le monde arabe comprendront-ils le message très clair que l’administration Bush leur a adressé après la chute de Saddam Hussein?

A. Glucksmann: Des messages il y en a 100 000 et les dictateurs les reçoivent ou ne les reçoivent pas. Le cas de l’Irak est assez particulier. Il s’agissait d’un pays qui était encore en guerre avec l’ONU. Donc, à mon avis, l’intervention américano-britannique n’était pas le commencement d’une guerre. Cette intervention militaire avait pour principal but de terminer une guerre qui avait commencé une dizaine d’années avant.

C.J.N.: Cette crise a-t-elle discrédité la France ou, au contraire, a-t-elle renforcé son image au niveau mondial?

A. Glucksmann: Cela dépendra de l’avenir du monde. Si le monde prend comme héros Monsieur Chirac, qui a tout fait pour que Saddam Hussein reste en place, je crois que le monde est assez mal parti...

(Elias Levy est journaliste au Canadian Jewish News.)

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Ajouter à la désolation
Annette Paquot
19 mai 2003

Le 16 mai, à Casabalanca, cinq bombes humaines se font exploser presque simultanément en divers endroits de la ville et font de nombreux morts et davantage encore de blessés. Entre le 16 et le 19 mai, en Israël, des bombes humaines se font exploser dans diverses villes du pays, tuant et blessant plusieurs personnes. Voici les mots utilisés dans La Presse pour rendre compte de ces attentats. En ce qui concerne le Maroc: «Attentats terroristes à Casablanca». En ce qui concerne le premier des attentats en Israël: «Un kamikaze se fait exploser à Hébron». Pas question de terrorisme dans ce dernier cas, ni dans cet article ni dans les autres. Pourtant, dans les deux séries, les événements sont de même nature. De même nature par la façon d'opérer: des explosions d'être humains. De même nature par le type d'endroits où ces explosions ont lieu: des lieux publics (centre commerciaux, restaurants, transports en commun) très fréquentés. De même nature par les cibles visées (visées, pas seulement atteintes): des civils, hommes, femmes et enfants.

Comment justifier cette différence dans le traitement de l'information, plus précisément, dans le choix des mots retenus pour présenter des faits analogues? Pourquoi, dans certains cas, qualifier de tels actes de terroristes et, dans d'autres, se refuser à le faire? Le mot terroriste est lourd à porter, il stigmatise ceux qu'il désigne et on sait que les journalistes ne l'utilisent pas à la légère; cette différence sémantique, moins anodine qu'il n'y paraît, n'est donc pas le fruit du hasard.

Depuis longtemps, de nombreux médias évitent systématiquement d'employer le mot terrorisme à propos de ce qui se passe en Israël. Ce serait, dit-on, risquer d'enflammer des passions qui, dans un conflit aussi brûlant, pourraient devenir incontrôlables. Ce serait aussi porter un jugement moral, ce qui n'est pas le rôle du journaliste. Comme le «terroriste» des uns serait le «résistant» ou le «combattant de la liberté» des autres, l'employer pour désigner une des parties serait prendre parti pour l'autre, ce qui est incompatible avec la neutralité du journaliste. Et, de toutes façons, ajoute-t-on, c'est un mot très difficile à définir, dont les sens sont multiples et les définitions floues.

Notons d'abord, que le fait que certains mots aient une charge affective et, parfois, un réel poids politico-juridique ne permet pas de conclure que le choix qu'on en fait ne dépend que de l'attitude ou du jugement de celui qui les emploie. Car, plus important que leur connotation, les mots -on aimerait ne pas devoir le rappeler- ont un sens (ce qui fait que le mot chou ne désigne jamais une carotte). L'emploi juste et véridique des mots NE dépend PAS principalement de la valeur subjective que veut leur donner celui qui parle, il dépend avant tout de la nature de ce qu'on veut désigner. De plus, comme l'a écrit A. Pratte, le mot terrorisme correspond à «un concept utile qui, dans le sens commun, renvoie à quelque chose de spécifique» (La Presse, 15 avril 2002). Ne pas l'employer, c'est donc se priver de ce concept utile. Par ailleurs, presque tous les mots qui relèvent de la politique ont des sens nombreux et des définitions imprécises: que l'on songe, par exemple, à des mots comme justice ou liberté! On s'en accommode pourtant.

Ensuite, l'argument de la neutralité. Il mérite que l'on s'y attarde plus longuement, car il présente l'apparence (mais l'apparence seulement!) de la sagesse. Ne pas employer le mot terrorisme pour désigner des faits qui répondent à sa définition sous prétexte que cela correspond à l'usage ou à la volonté d'une des parties, ce n'est pas faire preuve de neutralité. Car la neutralité, c'est précisément appeler les choses par leur nom, quelles que soient à ce sujet les positions, voire les pressions, des parties en cause. C'est un peu comme si un juge refusait de qualifier un acte de crime sous prétexte que cela correspond au désir du procureur de la Couronne. D'autre part, quelles sont, ici, les positions des parties en cause? En général, Israël et ses partisans demandent que l'on emploie le mot terrorisme pour tout attentat qui vise délibérement des civils. Ceux qui s'y opposent sont les partisans des Palestiniens auteurs de ces actes. Si être neutre c'est n'adopter la position d'aucune des parties d'un débat ou d'un conflit, refuser le mot terrorisme pour des attaques contre un café ou un autobus, ce n'est pas être neutre!

Mais, plus important encore, pourquoi tous ces scrupules ne concernent-ils que les attaques dont la victime est Israël? Les arguments «anti-mot-terroriste» ne sont-ils pas valables aussi pour les attentats du Maroc et ceux d'Arabie Saoudite, pour ceux de Bali et ceux de New-York? Refuser de considérer comme terroriste l'attentat qui vise une pizzeria à Jérusalem ou une discothèque à Tel-Aviv et l'accepter pour celui qui vise un restaurant de Casablanca ou une discothèque à Bali, c'est donc prendre doublement parti. C'est prendre parti contre les victimes ET c'est dire que les victimes israéliennes ne doivent pas être considérées comme des victimes comme les autres. Au nom de quoi?

Terroriste, un mot à éviter parce que, selon l'expression d'A. Pratte, il «mine irrémédiablement la crédibilité de toute cause qui y est associée, [parce que] le mot lui-même sème la désolation»? Pour certains, qui, dans le cas du seul Israël, condamnent le mot pour mieux défendre la chose, peut-être. Mais n'oubliez jamais, Mesdames et Messieurs les journalistes, que ce sont les terroristes qui tuent. Et que leurs victimes, si ignoblement arrachées à la vie, ont droit à la vérité de leur mort. Le nier, c'est ajouter à la désolation.

(Professeur Annette Paquot est directrice du département de langues, linguistique
et traduction à l'Université Laval. Mme Paquot est aussi membre du Conseil
académique de l'ICRJ et de l'équipe éditoriale de notre Communiqué Isranet.)

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Numéro 79 • vendredi le 16 mai 2003

Est-il permis de défendre l'Etat juif ?
François Zimeray*
Le Figaro, 10 mai 2003

La nomination d'Abou Mazen au poste de premier ministre de Yasser Arafat offre à la paix au Proche-Orient une chance nouvelle à saisir absolument. Elle éclaire autrement la réalité des courants qui traversent la vie politique palestinienne en apportant la démonstration que le regard de nombreux Palestiniens portent sur le terrorisme, entretenu depuis si longtemps par quelques leaders corrompus qui leur servent d'autorité, peut être au moins aussi lucide que celui des soutiens d'Israël les plus épris de paix et de réconciliation. Si la nomination du nouveau premier ministre a fait l'objet de tractations si difficiles avec Arafat, c'est bien que les obstacles à la paix ne sont pas exclusivement israéliens et qu'imputer les raisons du conflit qui ensanglante la région à la seule politique conduite par Sharon relève de la stigmatisation, de même qu'il relève de la manipulation de réduire tous ceux qui condamnent avec force le terrorisme palestinien au carré des soutiens inconditionnels de cette politique.

Parmi les procureurs d'Israël, qui prétendent forger la pensée de la gauche et des socialistes français sur la question du Proche-Orient, Pascal Boniface offre, dans Est-il permis de critiquer Israël ? (1), la démonstration la plus parfaite des perversions intellectuelles et politiques auxquelles les postures les plus partiales et les moins nuancées conduisent à coup sûr.

Comme socialiste français, comme parlementaire européen, comme juif attaché viscéralement à la pérennité d'Israël mais aussi à la reconnaissance d'un Etat palestinien, je ne peux que trouver haïssable un ouvrage qui entretient la haine en tentant de prouver que la violence serait systématiquement et presque par essence israélienne, alors que la souffrance ne serait que palestinienne, transformant par là même le terrorisme en avatar de cette souffrance, au point de le légitimer par un prétendu désespoir. Sur ces postures avantageuses, prises par ceux dont le silence des cabinets de travail ne sera jamais rompu par le choc des bombes qu'on accroche à la ceinture des jeunes Palestiniens fanatisés par l'éducation à la haine du juif, je veux dire simplement ma pensée et le sens du combat à mener.

La question de savoir si l'on peut critiquer Israël n'a d'intérêt que pour autant qu'on commence par reconnaître qu'Israël est d'abord effectivement critiqué. A Paris, à Durban ou à Tel-Aviv. Car Israël est d'abord critiqué par lui-même, c'est d'une démocratie dont on parle, une démocratie dont les gouvernements sont démocratiquement élus au terme de débats qui ont la violence des confrontations les moins complaisantes, une démocratie dont certains leaders historiques ont payé de leur vie le choix qu'ils avaient su faire de la paix.

Israël est aussi critiqué dans le monde, et pour des raisons qui ne tiennent pas seulement à sa politique, qui renvoient simplement à la légitimité de son existence. Y en a-t-il d'autres dans ce cas ? Enfin, Israël est critiqué par certains intellectuels et médias occidentaux, qui, consciemment ou non, voient dans leur posture systématiquement pro-arabe, le moyen de solder à bon compte les dettes de leur passé colonial en réduisant la question du Proche-Orient à l'occupation des territoires par Israël. Ceux-là mêmes qui reprochent aux juifs de ne pas avoir su dépasser la Shoah sont ceux qui témoignent d'une incapacité à dépasser la relation qu'ils entretiennent à leur propre histoire coloniale. Et lorsque Pascal Boniface, dans une note interne aux dirigeants socialistes, préconise qu'on arbitre en faveur du vote beur, au détriment du vote juif, pour des raisons qui empruntent davantage à la prégnance de la démographie qu'à celle de la morale, il apporte une
démonstration supplémentaire de cette névrose très française, qui est celle du colonisateur coupable, névrose pour laquelle le soutien aveugle et inconditionnel à la cause palestinienne agit comme une thérapie.

Pour Pascal Boniface, comme pour d'autres dont il exprime la pensée dans l'outrance, la question n'est donc pas de savoir si l'on peut critiquer Israël, puisque tout dans les faits apporte témoignage qu'Israël est volontiers accusé, mais elle est de savoir si l'on peut critiquer davantage Israël, en faisant reposer sur lui tous les péchés qu'en langage populaire on lui prête aisément. Et si, dans la démonstration, l'idée de sa supériorité militaire, institutionnelle - et pourquoi pas démocratique -, pouvait le faire percevoir aux yeux du monde comme plus arrogant, alors sa défense face au terrorisme qui frappe aveuglément ses enfants pourrait aussi se révéler condamnable. C'est par cet enchaînement des choses que le terrorisme palestinien tend à devenir légitime.

Dès lors, je comprends pourquoi la condamnation de l'incitation à la haine des juifs dans les manuels scolaires palestiniens, outils d'une pédagogie financée par l'Union européenne, justifie aux yeux de Pascal Boniface mon excommunication de la gauche et du Parti socialiste. C'est que ce combat contre la haine et pour la paix entre les Palestiniens - qui ont le droit de forger la conscience de leurs enfants autrement que dans l'apologie de la violence - et Israël interdit un procès instruit seulement à charge. Il ne faut pas unilatéraliser la critique afin de ne pas alimenter les haines unilatérales.

De ce point de vue, c'est une étrange perversion de l'esprit que de trouver hautement condamnable la dénonciation d'un enseignement dispensé en forme d'incitation à la haine, et d'ériger cette condamnation en faute morale justifiant ainsi un procès en excommunication digne des méthodes les plus pernicieuses des tribunaux les plus expéditifs, puis d'inférer de cette position qu'elle constitue un soutien inconditionnel
à «la politique de Sharon».

A ceux qui pensent comme Pascal Boniface, à ceux qui trouveront dans son ouvrage de quoi alimenter leur pensée, il faut rappeler que le courage de Rabin ou de Sadate ne tolérait aucune complaisance à l'égard du terrorisme de la désespérance, car la guerre se poursuit aussi longtemps qu'il est des intellectuels pour porter des haines légitimes.

* Député au Parlement européen (PS).

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(1) Robert Laffont.

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Numéro 78 • vendredi le 9 mai 2003

Force du faible, faiblesse du fort
Georges Bensoussan
Le Monde, 20 juin 2002

Israël a contre lui la force de l'évidence. L'impressionnant étalage de sa force militaire fait paraître indécente l'évocation d'une faiblesse du fort de la même façon qu'une population démunie et assiégée empêche de comprendre la force du faible. C'est pourquoi le souci historien est aux sociétés ce que l'analyse est au sujet, il permet de parler au lieu d'être parlé et dupé par l'écume des choses.

C'est dans la durée seule que se lit un conflit. Il faut entendre dans celui-ci l'arrière-fond du refus arabe : l'Etat d'Israël ne figure pas sur les cartes des manuels de géographie en
usage en Palestine, pas plus qu'il n'est mentionné sur le planisphère exposé à l'Institut du monde arabe à Paris. C'est à partir de ces détails (« où le diable se niche », comme le dit le proverbe allemand) que se lit l'essence d'un conflit. La « force d'Israël » comme les « attentats-suicides de désespérés » illustrent combien la culture de l'instant aveugle les contemporains, combien l'évidence (Paul Veyne a dit de l'historien qu'il est « celui qui se méfie de ce qui va de soi ») est antinomique de la réflexion, combien la compassion tient lieu de pensée politique dès lors qu'une victime ne saurait avoir tort et que toute victoire militaire est a priori suspecte.

« Vous aimez la vie autant que nous aimons la mort. » C'est à partir de cette profession de foi de l'un des dirigeants palestiniens que peut s'entendre le gouffre culturel qui sépare le culte du martyre (shahid) de la raison occidentale. Lire en termes occidentaux les « bombes humaines » qui se font exploser en Israël dans des lieux peuplés de civils, c'est, avec la meilleure intention du monde, montrer combien perdure l'ethnocentrisme culturel. Si la motivation première du suicidé est de se supprimer, ici, elle est de tuer le maximum d'Israéliens, voire de juifs, comme le précise le Hamas, pour lequel « tout juif est une cible ».

Le terrorisme des uns, entend-on à raison, est la résistance des autres. A ceci près : la Résistance française, érigée en modèle par les uns et les autres, n'a jamais assassiné de femmes et d'enfants allemands dans des lieux dépourvus du moindre intérêt stratégique (un café-restaurant, par exemple). A ceci près encore : la mise à mort de ces civils israéliens, à l'intérieur des frontières de 1967, murmure autre chose, le refus de la légitimité d'une présence juive où que ce soit sur le territoire de l'ancien mandat britannique.

Des « actes de désespoir », dit-on. Qui nierait, en effet, la situation tragique d'un peuple qui, depuis le plan Peel de 1937 jusqu'aux compromis de Camp David (2000) et de Tabah (2001), a, de refus en refus, manqué les occasions historiques et fait de la sorte son malheur (à commencer par les réfugiés de 1948) comme celui de la région tout entière ? Le « désespoir » ne fabrique pas les « bombes humaines », elles feraient sinon le quotidien de cette planète : du Tibet au Kurdistan, quid de tant de situations désespérées, où l'on n'entend guère parler de « bombes humaines » ? C'est la culture du sacrifice et du martyre, y compris dans les « milieux laïques » du Fatah, qui y pourvoit. Quand, pour protester contre les persécutions infligées aux bouddhistes, les bonzes sud-vietnamiens s'immolaient jadis par le feu, c'est leur vie seule qu'ils mettaient en jeu, sans chercher à entraîner dans la mort des victimes alentour. Ici, au contraire, la priorité est l'assassinat et non le suicide. Mue non tant par le désespoir que par un refus rémanent d'ordre social et culturel (on a oublié le statut du juif dhimmi en terre d'islam), d'ordre politique, voire quasi métaphysique (« Reconnaître Israël, ce serait reconnaître le non-être arabe », déclarait jadis Ahmed Ben Bella), qui se traduit par une incapacité à accepter la légitimité d'une
présence juive sur une portion de cette terre.

Il n'y aurait pas là de quoi s'étendre beaucoup si le processus de délégitimation du sionisme n'était aujourd'hui bien avancé. Ainsi, doucement, le pogrom sec de Durban (septembre 2001) parviendra-t-il, demain peut-être, à ses fins : faire prévaloir l'idée de l'Etat « en trop sur la terre ». Aidé par cette « bien-pensance » qui confirmera le mot de George Orwell selon lequel la gauche, pour être antifasciste, n'est pas pour autant antitotalitaire.

(Georges Bensoussan est professeur d'histoire, en détachement au Centre de documentation juive contemporaine. Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient existe à Bruxelles depuis 25 ans.)

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Numéro 77 • vendredi le 2 mai, 2003

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE S’USE QUAND ON LA DESSERT
Liliane Messika
Primo Europe, 17 avril 2003

La presse française étant libre et variée, on pourrait imaginer que les événements du Moyen-Orient y sont rapportés et analysés avec une grande diversité d’opinions. On pourrait…

En effet, la loi du 29 juillet 1881 précise que « la presse est libre sauf à répondre des abus qui sont commis en son nom ».

La société française étant elle-même pluraliste, la très grande majorité de sa presse d’information générale ne prétend pas à l’objectivité, mais affirme clairement son identité idéologique, dont l’acuité varie avec celle de l’engagement politique.

Ainsi L’Humanité, quotidien du Parti Communiste français en est réduite à lancer des souscriptions pour ne pas disparaître, quand le parti qu’elle représente, a vu, en une trentaine d’années le nombre de ses électeurs divisé par six. Elle est là, la cohérence, plus que dans la ligne du parti !

De la même façon observe-t-on de moins en moins de différence entre des médias qui s’affirmaient de droite et d’autres qui se revendiquaient de gauche. Comme les Français, qui ont témoigné massivement, en mai 2002, de leur désintérêt pour la politique, la presse française a opté pour la tiédeur.

En ce qui concerne la couverture du conflit au Moyen-Orient, à l’exception notable du Figaro, la totalité des médias français a adopté un point de vue non pas tiède mais très chaleureusement et inconditionnellement pro-palestinien.

Au point qu’un quotidien aussi prestigieux que Le Monde fait l’impasse pendant plusieurs mois (de juillet à novembre 2002) sur la publication du Rapport d’Amnesty International qui qualifie les attentats terroristes palestiniens de « crimes contre l’humanité », alors que le même quotidien consacrait à la même époque (août 2002), pendant plusieurs jours d’affilée, différents articles, éditoriaux et analyses à un site Internet juif raciste absolument confidentiel.

On peut imaginer que Le Monde applique une ligne éditoriale en phase avec ses options philosophiques, lesquelles pourraient être ainsi décrites : un journal de gauche ne peut que soutenir le faible contre le fort, l’individu contre l’état, le pauvre contre le riche, le Sud contre le Nord. L’Islam symbolisant désormais ce que représentait le prolétariat avant la chute du mur de Berlin, il est logique de le choisir contre le monde judéo-chrétien, auquel est attachée la double culpabilité du capitalisme et du colonialisme. Le Palestinien étant le pauvre de l’Islam, il est une victime au carré et donc celui que, par définition, tout « honnête homme » et a fortiori tout journal de gauche se doit de défendre envers et contre tout.

Si ce raisonnement est applicable à la presse de gauche, il n’est pas valable pour les journaux d’un autre bord ni pour les médias audiovisuels dont le fonds de commerce n’est pas l’opinion mais l’information.

Pourquoi, alors, une telle unanimité ?

L’Agence France presse
La plupart des médias s’alimentent aux dépêches des agences de presse. Celles-ci ont des correspondants dans toutes les parties du monde, qui sont souvent des autochtones émargeant auprès de plusieurs agences, parfois des envoyés permanents, renforcés, en temps de crise par des envoyés spéciaux.

L’AFP, Agence France Presse, représente une intéressante exception française par rapport à ses homologues d’autres nationalités.

Contrairement à feue l’agence Tass, service de propagande de l’Union Soviétique baptisé « agence de presse », l’AFP n’appartient pas au gouvernement français. Cela a été le cas, mais depuis 1991, il n’est plus actionnaire qu’à 50%. En revanche, les abonnements des différentes administrations françaises représentent 45% du chiffre d’affaires de l’agence.

Comment, dans ces conditions, l’AFP peut-elle respecter une charte qui stipule qu’elle doit fournir une information respectant des obligations « d'exactitude, d'équilibre et d'objectivité » ?

Une objectivité d’autant plus acrobatique dans le cas du Moyen-Orient que l’AFP s’enorgueillit d’être la première agence de presse en langue arabe (son service en Arabe a été inauguré le 1er janvier 1969) alors qu’elle n’a qu’un seul client en Israël : le ministère des Affaires Etrangères. Cela nuit-il à son impartialité ? On peut l’imaginer.

Clément Weill-Raynal, Président de l'Association des "journalistes juifs de la presse française", s’est livré à une étude sémantique des dépêches de l’AFP traitant du conflit au Moyen-Orient.

Il constate que sur une centaine de dépêches, les seules fois où le terme « extrémiste » est employé, c’est à propos de juifs, d’israéliens et le plus souvent de « colons ». Ainsi « Des extrémistes juifs manifestent devant l’esplanade des Mosquées » (AFP 10/04/2001, 19h33), « Des centaines de jeunes juifs extrémistes crient ‘’mort aux Arabes’’ (…) en face de la discothèque de Tel Aviv où un attentat a fait 19 morts dans la nuit, dont le kamikaze porteur de la bombe » (AFP 02/06/2001, 20h46).

On remarque ainsi que les manifestants qui réagissent à la mort de 19 civils sont des extrémistes, alors que l’auteur de l’attentat terroriste est un « kamikaze ». On remarquera surtout que la première information, celle qui compte donc le plus dans la hiérarchie de l’émetteur, est la réaction, l’effet, et que la cause de la réaction, elle, n’arrive que dans un deuxième temps. Il ne s’agit pas là de subtilités mais d’un véritable cryptage de l’information : les dépêches d’agence sont toutes formatées de la même manière ; elles répondent à une série de questions : « quoi », et s’il y a plusieurs réponses, elles sont hiérarchisées de la plus importante à la plus bénigne, « quand », « où », « comment » et éventuellement « pourquoi ».

Si l’on fait abstraction des a priori idéologiques qui fondent la hiérarchisation de cette dépêche précise, on ne peut que constater qu’un attentat ayant fait 18 victimes doit être, pour une agence de presse, plus important que la manifestation de centaines de jeunes, quel que soit le slogan qu’ils crient. Or ce qui est présenté est l’inverse. Imaginons, justement, l’inverse, mais dans le choix des protagonistes. A-t-on déjà vu l’AFP titrer
« Manifestations palestiniennes au cri de 'Mort aux juifs' dans les Territoires où une incursion israélienne a fait 18 morts » ?

On notera enfin, que même si au « où ? » répond « en face d’une discothèque », il n’est nulle part précisé que les victimes sont des civils, adolescents de surcroît. Ce n’est pas faire un procès d’intention que de constater que l’AFP nous donne en revanche l’âge de toutes les victimes palestiniennes et formule souvent leur description de manière à ce qu’on les imagine civils, même quand il s’agit d’hommes en armes.

Toujours dans le domaine des choix sémantiques, on peut lire « Un militant du groupe radical Djihad Islamique a été tué par les Israéliens » (AFP 23/07/2001, 20h56) ou « Le chef spirituel de la Résistance Islamique (Hamas) appelle les Arabes à fournir des armes» (AFP 05/04/2001, 18h06).

Mais en revanche, « La police israélienne a arrêté trois extrémistes juifs qui tentaient de s’infiltrer sur l’esplanade des mosquées ». Allaient-ils commettre un attentat ? Non : suite de la même dépêche : « Ces extrémistes y revendiquaient le droit d’y prier » (AFP 21/05/2001, 14h50)…

Une comparaison a été faite, le 11 juin 2002, des dépêches de trois agences de presse, l’AFP, Associated Press (américaine) et Reuters (anglaise) sur le Moyen-Orient. La conclusion est que « l’AFP use volontiers d’un ton pessimiste et pratique le dénigrement systématique des efforts entrepris par Israël en faveur de la paix », alors que « Associated Press met plus volontiers l’accent sur l’intransigeance des candidats au suicide palestiniens et sur les victimes israéliennes », ce dernier aspect étant également souligné par Reuters, qui « met en exergue les exécutions sommaires des Palestiniens soupçonnés de 'collaboration' par les leurs ».

Pendant ce temps, l’AFP ne parle que de l’encerclement d’Arafat par Israël (sans jamais en mentionner les raisons) et ne cite les victimes israéliennes qu’au regard d’autres victimes, palestiniennes, et en reprenant la terminologie palestinienne : «Attaque contre une colonie juive de Cisjordanie: quatre morts, trois blessés » (AP) samedi 8 juin 2002, 13h01.

« Attaque d'une colonie en Cisjordanie, trois Israéliens tués » (Reuters, 08/06/2002, 12h42).
«Tsahal empêche une tentative d'infiltration par la mer » (Reuters, 08/06/2002, 12h30.)
«Proche-Orient : Un couple de colons et cinq Palestiniens tués. » (AFP, 08/06/2002, 10h14. )

Si l’AFP nourrit chroniquement la presse française avec des opinions plutôt que des faits et des interprétations manichéennes d’un conflit qu’elle ne replace jamais dans son contexte, il faut probablement y voir l’écho de la politique française. Celle-ci, de droite ou de gauche, a toujours eu, selon le mot d’Alain Finkielkraut, « une forte tendance à se réclamer de la justice pour mieux s'incliner devant la force »

La meilleure preuve en est que, malgré les nombreuses déclarations des porte paroles palestiniens (publiées dans la presse arabe et diffusées sur la chaîne Palestinienne) concernant la planification de la deuxième Intifada par Arafat dès juillet 2000 il n’y pratiquement plus que deux organismes au monde qui continuent de marteler que la visite d’Ariel Sharon au Mont du Temple a déclenché cette « manifestation populaire spontanée». Ce sont l’AFP et le Quai d’Orsay.

De Jéningrad à Jenisoara
L’affaire du « massacre de Jénine », fantasme dont s’est régalée la presse hexagonale au mois de mai 2002, est assez exemplaire de l’adhésion systématique des journalistes à la cause palestinienne et de son corollaire, la haine non dissimulée manifestée envers l’état d’Israël, dépeint en toute occasion comme l’archétype du coupable.

La presse française n’est pas la seule à avoir une attitude non seulement partiale, mais anti-professionnelle à ce sujet, et l’explication avancée par Pilar Rahola sur la presse espagnole peut être transposée à la France sans changer une virgule : « Aujourd'hui il faut se faire justicier, de gauche et si nécessaire antisémite pour être crédible. (La presse en est) arrivée au point ou, par exemple, Sharon est toujours coupable d'être coupable alors qu'Arafat est un personnage probe, innocent, un vieux résistant infatigable, une figure héroïque, une sorte de Gandhi, (…) bien qu'il s'agisse en réalité du chef d'une oligarchie qui a plein de sang sur les mains. Les comptes-rendus du Proche-Orient s'accompagnent toujours de professions de foi qui amplifient la culpabilité des juifs et des Israéliens et qui occultent totalement la culpabilité des Palestiniens. Israël n'est pas un pays qui essaye tant bien que mal de survivre depuis 50 ans, mais un pays réduit à une seule image : un pays qui occupe les Territoires et dont la vocation est de rendre misérable la vie des pauvres Palestiniens. »

Il est incontestable que la presse hexagonale a avalé les énormités qu’on lui a présentées avec un total manque de discernement, voire avec gourmandise, au point de remiser toute forme d’esprit critique ou même de bon sens élémentaire. Qui, en effet, peut croire à l’existence de 5000 victimes tombées après des combats sanglants dans les ruelles d’un quartier dont la surface au sol est sensiblement égale à celle de la Place de la Concorde à Paris ?

Il faut, pour adhérer à la théorie du massacre, refuser d’ouvrir les yeux sur un élément aussi basique que la géométrie ou l’arithmétique : dans un carré de 100 mètres de côté occupé par un dédale de bâtiments, combien doit-on faire entrer de civils palestiniens pour arriver à dénombrer 5000 cadavres au bout de dix jours ? Mathématiquement, cela fait deux cadavres au mètre carré. Est-ce vraisemblable ?

Ou alors, il faut refuser d’admettre que toute l’action se passait dans ce quartier dont les photos aériennes (disponibles sur Internet) attestaient pourtant qu’il était le seul théâtre des opérations.

Pourquoi les médias occidentaux et français en particulier n’ont-ils jamais remis en cause leurs certitudes après avoir, eux-mêmes, diffusé les images de ce cadavre palestinien accompagné au cimetière par des pleureuses, qui tombait de sa civière, y remontait par ses propres moyens, retombait et s’enfuyait à toutes jambes ? Le mea culpa qui avait suivi Timisoara a-t-il suffi une fois pour toutes aux médias pour qu’ils ne se sentent plus obligés de vérifier leurs sources, de faire état des fraudes quand ils en sont témoins, ou de présenter des excuses quand ils en ont été victimes ?

Le Nouvel Observateur qui s’était déjà, quelques semaines plus tôt, illustré en « oubliant les guillemets » d’un racontar présenté comme un fait avéré (le prétendu viol systématique des femmes palestiniennes par les soldats israéliens), est exemplaire de cette attitude en général et de l’hystérie qui a sévi pendant les combats de Jénine.

Après que le camp de Jénine ait été évacué, mais avant que les Palestiniens ne ramènent le chiffre de leurs victimes de 3000 à 500, puis à 52, le Nouvel Observateur du 3 mai 2002 sous le titre : « les survivants racontent », ouvrait ses colonnes au récit verbatim des habitants.

S’il pouvait ressortir une incertitude sur la fiabilité du contenu de l’article, elle ne s’appliquait pas au témoignage des « victimes ». En effet, après avoir mentionné que « le gouvernement israélien affirme qu’il n’y a eu ni exécutions sommaires ni utilisation de boucliers humains », formulation qui met en garde le lecteur contre l’éventuelle tentation d’être dupe d’un mensonge aussi grossier, le magazine précisait que « plusieurs organisations humanitaires et les témoins que nous avons interrogés disent le contraire ». Parmi les exactions imputées aux Israéliens, la mort des neuf enfants d’Abou Ali qui déclarait : "Ça sent la mort ici ; je suis sûr que tous mes enfants sont enterrés sous les décombres. Revenez dans une semaine, et vous verrez les cadavres".

Trois semaines plus tard, le rédacteur en chef du journal israélien Haaretz, Hanoch Marmari, lors d’une conférence à Bruges, en Belgique, racontait s’être renseigné sur les enfants d’Abou Ali, qui étaient, tous les neuf, en parfaite santé. Lorsqu’il en a informé le Nouvel Observateur, Marmari s’est vu répondre que l’affaire était classée : la rédaction ne trouvait plus le sujet suffisamment intéressant pour en tirer même une brève.

Mohammed Al-Dura : symbole du néo-négationnisme Mohamed Al-Dura, un enfant palestinien de 12 ans, est mort en direct, le 29 septembre 2000, « sous les balles de l’armée israélienne », selon l’accusation gratuite portée par un journaliste de France 2, Charles Enderlin, qui n’avait pas assisté à la scène, mais qui se référait à 50 secondes des 27 minutes d’images tournées par son caméraman palestinien, Talal Abou Rahma, et au commentaire de celui-ci. L’enfant est ainsi devenu le symbole de l'Intifada, le martyr palestinien majuscule, dont le sang doit être vengé par les musulmans et la mémoire sanctifiée par tout l’Occident. Parallèlement, Tsahal a vu se fortifier, par la grâce de ces images, sa réputation d’un ramassis de nazis sanguinaires prenant plaisir à assassiner des enfants de sang-froid. Cet épisode de l’Intifada ne peut pas être étranger à la transformation de la conférence de l'ONU, à Durban, en croisade antisémite, ni à la multiplication par cent des attentats antisémites en France dans les mois qui ont suivi.

Pourquoi, un jour de grève générale, alors que Gaza était sous le coup d’une « opération ville morte », le père de Mohammed a-t-il décidé d’aller acheter une voiture avec son fils ? Pourquoi y avait-il, au carrefour de Netzarim, ce jour-là, un caméraman palestinien qui attendait, l’objectif braqué pendant 45 minutes sur l’enfant et son père ? Pourquoi, alors que des dizaines de civils (palestiniens) se trouvaient à ce carrefour, les Palestiniens ont-ils soudain décidé d’attaquer une position israélienne ? Pourquoi, alors que ces civils couraient en tous sens, le père et le fils sont-ils restés immobiles pendant 45 minutes ? Comment, compte tenu des emplacements respectifs de l’enfant et de son père d’une part, des snipers palestiniens et de la position israélienne qu’ils attaquaient d’autre part, a-t-on pu conclure que l’enfant avait été tué par des balles israéliennes, sans expertise balistique ni autopsie de la victime ? Comment se fait-il que l’agence Reuters ait reçu le reportage de l’enterrement de Mohammed Al-Dura une première fois la veille de sa mort et une seconde fois une heure avant celle-ci ?


Ces questions font partie de celles que pose Esther Shapira, réalisatrice de la série documentaire "The Fourth Square", dont une enquête sur la mort de Mohammed Al-Dura a été diffusée sur la chaîne allemande de télévision ARD, le 18 mars 2002. Elles sont également posées dans le documentaire tourné par la MENA (Metula News Agency) et qui regroupe les rushes du tournage de cette mise en scène, parmi d’autres tout aussi instructives mais moins spectaculairement symboliques.

Une enquête diligentée par l’armée israélienne, menée par une commission indépendante et dirigée par un physicien civil, spécialiste en balistique, conclut que nulle balle israélienne ne pouvait atteindre l’enfant à l’endroit où il se trouvait avec son père.

On sait aujourd’hui qu’il ne s’est rien passé ce jour-là, sinon le tournage de saynettes de propagande destinées aux médias occidentaux. Pourtant la chaîne française qui est à l’origine de la pseudo-culpabilité israélienne s’obstine à ne même pas vouloir visionner le documentaire dont les conclusions s’opposent à celles de son journaliste, comme elle avait refusé de diffuser le film allemand.

Il a fallu une manifestation sous ses fenêtres, le 2 octobre 2002, pour que s’exprime Olivier Mazerolle, son directeur de l'information : « Si j'avais trouvé dans le film d'Esther Shapira un élément concret de nature à apporter une autre lecture de l'affaire Al-Dura, je l'aurais évidemment passé », déclarait-il lors d’une interview donnée au site Internet www.proche-orient.info.

Quant au contenu du film tourné par la MENA, il ne pourra pas influencer M. Mazerolle dans un sens ou dans l’autre tant qu’il n’aura pas accepté de le voir…

Le point de vue d’un intellectuel palestinien jette, justement, sur cette polémique, un éclairage très différent de ce que croient y apporter les médias français avec leur a-priori inconditionnellement pro-palestinien et leur soutien non moins inconditionnel à leur confrère Charles Enderlin devenu un héros : Sami el-Soudi s’élève avec véhémence contre les « faux amis des Palestiniens vivant dans les démocraties libérales. » Il considère que les médias européens en général et français en particulier encouragent « les pitreries propagandistes orchestrées, régies, par les leaders corrompus qui nous gouvernent et qui nous enfoncent dans une impasse stratégique, chaque jour un peu plus avant. » El-Soudi estime que cette bienveillance systématique relève d’un racisme à l’envers qui se traduit par une moindre exigence vis-à-vis des Palestiniens que des autres peuples « Mettez-vous donc à ma place, ou à celle de dizaines d’autres intellectuels palestiniens, que votre promptitude à avaler les manœuvres infantiles de M. Arafat et de son entourage plonge chaque fois dans l’embarras et dans le ridicule. », demande-t-il aux thuriféraires de l’Autorité Palestinienne qui sont légion dans les rédactions françaises. Et de donner comme exemple la honte qui l’a saisi, lorsqu’ont été diffusées « les images, reprises par toutes les télévisions du monde, qui montraient le mort de Jénine remontant sur sa litière par ses propres moyens ! » Pourquoi la presse occidentale est-elle plus royaliste que le roi ?

L’affaire Daniel Mermet : « là-bas si j’y suis » ou « ils sont partout » ?
Daniel Mermet réalise tous les jours sur France Inter, radio du service public français, une émission intitulée « Là-bas si j’y suis », constituée de reportages dans différents endroits du monde. Ces reportages ont en commun de présenter les points de vue des victimes, des oubliés, des pauvres, des sans voix. « Sans voix » et « oubliés » ne décrit pas de façon adéquate les Palestiniens, à qui Mermet a pourtant consacré plusieurs numéros de son émission. Malgré leur présence multi-quotidienne sur les ondes françaises, notamment avec une rubrique dans chaque bulletin d’information.

Après plusieurs « reportages » consacrés à la vision de M. Mermet des « exactions israéliennes » dans les Territoires (« témoignages » de présumées victimes, commentaires négatifs d’Israéliens d’extrême gauche), Daniel Mermet a choisi, parmi les nombreux messages laissés sur le répondeur de « Là-bas si j’y suis », de diffuser des propos particulièrement orduriers à l’encontre du peuple juif, ce qui lui a valu d’être accusé de « propos antisémites et d’incitation à la haine » par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme (LICRA, Avocats sans frontières…).

Le répondeur de « Là-bas si j’y suis » reçoit certainement de nombreux messages chaque jour et la présentation qui avait été faite du nazi israélien sans scrupule écrasant sous la botte les attachantes colombes palestiniennes a permis aux antisémites d’extrême droite de se déculpabiliser : le négationnisme ne consiste pas seulement à prétendre que la Shoah n’a pas existé, mais aussi à la banaliser en cherchant à démontrer que les victimes d’hier font la même chose ou pire à d’autres victimes aujourd’hui.

À la suite du procès dont il est sorti acquitté (12 juillet 2002), Daniel Mermet n’en a pas moins continué à bénéficier d’une large compassion confraternelle dans l’ensemble des médias français. Notamment parce que, feint-il de regretter, les juifs ont fini par obtenir l’inverse de ce qu’ils cherchaient : «et c'est le pire », explique-t-il à Libération du13 septembre 2002, « au bistrot du coin, on vient me dire : 'vous avez raison, les juifs, on en a marre’. »

Il est intéressant de noter que c’est précisément la diffusion de cette phrase qui lui avait valu le procès… La cause est devenue l’effet : quelle magie, la radio ! Quant à la remarque, elle lui a peut-être été faite au bistrot, mais elle ressortait aussi clairement d’une lettre de félicitation reçue d’un nostalgique de Vichy, ce que Mermet s’est bien gardé de mentionner :

« Sous le Gouvernement du Maréchal Pétain, mon père a fait son devoir dans la Division Charlemagne, dans l’espoir de purger la France de la racaille qui l’avait envahie.

Ma mère (qui était alors sa fiancée) peut s’enorgueillir d’avoir débarrassé Paris de plusieurs familles de ces parasites en signalant leur présence illégale aux Autorités.
Je suis fier de leur action, bien que cette fierté ne pouvait se manifester que dans des cercles restreints. (…) Vous m’avez rendu cette fierté, comme à tous les vrais Patriotes, ceux qui ne font pas passer leur confort personnel ou leur réputation devant leurs Idéaux.

Vous avez démontré que les youpins font aux palestiniens le génocide qu’ils prétendent avoir subi des Allemands. Tout le monde vous a entendu et tout le monde vous donne raison. Car c’est Vrai !

Vous avez d’autant plus de mérite que vous avez contre vous une forte partie : ils possédaient l’argent, les banques, l’influence. Ils ont compris que cela ne suffisait pas et ils tiennent aujourd’hui les médias.

Mais vous avez su contrecarrer leur puissance en utilisant une méthode que nous avions mise au point : faire dire les vérités les plus embarrassantes contre les youtres par l’un d’entre eux. »

Cette convergence d’antisémitisme entre l’extrême droite et l’extrême gauche ne se rencontre que sur le conflit israélo-palestinien et sur un sujet connexe : l’opposition à la guerre contre l’Irak. Notons que dans les manifestations européennes « pacifistes » qui ont eu lieu depuis septembre 2002 en France et en Angleterre, les banderoles exigeant « la liberté pour la Palestine » étaient plus nombreuses que celles réclamant la paix. Notons que plus la guerre approchait, plus les manifestants « pacifistes » devenaient violents, au point, le 22 mars 2003, d’agresser deux adolescents juifs aux cris de « il y a des juifs là-bas », « Allah hou akbar » et autres déclarations guerrières : « Nous, les musulmans, nous pouvons marcher la tête haute, mais eux [les juifs] doivent se cacher. Le Coran dit qu’on peut faire subir ce qu’on a subi… »

Cette unanimité des mots d’ordre et la violence qui en découle ne sont pas fortuites. Ce sont les mêmes à Londres et à Paris et il est pour le moins étrange de voir pacifistes de gauche, anti-mondialistes et autres verts au coude à coude avec extrémistes religieux islamistes et partisans du front National réclamer « la paix pour l’Irak et la liberté pour la Palestine », reproduisant une contradiction interne dans laquelle les médias français sont également empêtrés.

La presse française, souvent de gauche, ferme les yeux sur des dictatures pratiquant l’esclavage et la ségrégation envers les femmes, défend des pays où les dirigeants, quand ils sont élus, recueillent 100% des suffrages, rend compte d’un sommet de la francophonie sans mentionner qu’il se déroule dans un pays où l’anti-occidentalisme est officiel, et où un journaliste juif est confiné dans sa chambre d’hôtel… pendant que la moitié des discours officiels se tiennent en Arabe. Mais elle ne manque pas une occasion de vilipender la seule démocratie de tout le Moyen Orient.

La seule, il est vrai, où les journalistes sont libres de circuler, la seule qui possède une presse elle-même libre et critique, la seule où les informations sont disponibles même quand elles sont défavorables au gouvernement, la seule qui ne punit ni ne menace les journalistes étrangers.

Il était une fois une presse libre, qui n’avait à répondre que des abus commis en son nom, et qui s’était usée à force d’avoir servi, au sens où l’on « sert la voix de son maître »…

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